IV
niraiBtUI lATIOHALR.
130 LETTRES DE PEIRESG [1635]
moy d'avoir veu icy aulcan sien parent depuis dix ans et davantage* Tant est que je ne puis que louer grandement vostre bon mesnage et vostre zelie à me faire expédier plustost que plus tard. Mais j'ay un peu de regret que TËniinentissime cardinal Patron ne tienne à impoiiunité la peine de présenter un mémorial au pape pour faire porter lauto^ graphe de Tauthenr chez vous, m'en remettant du tout à vostre bonne et absolue direction et disposition , soit que vous bailliez 1 9 ou 1 5 escus pour la coppie de tout ce gros volume, dont vous pourrez prendre i argent de M' d'Espiotz ou bien le luy faire bailler sur un billet de M** de Bonnaire pour vostre descharge.
Je ne trouve pas estrange que le nombre &&a que vous aviez eotté pour le volume de médecine se soit trouvé faultif par équivoque, mais je m estonne que ne layiez peu retrouver sur les niesmes indices sur lesquels vous l'aviez rencontré lors de vostre première recherche que vous fistes en compagnie de M*^ Holstenius, lequel vous y foumiroit possible de rechef quelque adresse , ou bien le sieur Léo Aliatius , s'il est de vostre cognoissance , car il a une gràtade routtine, à ce que j'en* tends, dans les livres de la Vaticane, et possible vous pourroit il fournir qudqne autre bonne adresse d'autres anciens ouvrages grecs ou latins en cette matière, non seulement dans la Vatîcane, mais aîileurs.
Au reste nous avons admiré la rigueur de cette bulle de reûdanoe, et seroys bien marry qu'elle interrompist le voyage de l'Eminendssime cardinal de Bagny en vostre cour et le bénéfice qui en peult redonder au bon M*" Naudé. A temps l'Ëvescpe dont estoit question s'en est relire, vous asseui^nt que j'ay hiea eu du regret d'entendre que vostre mutuelle mezintelligence soit venue à de plus ^andes ruptures que je me l'estoys imaginé. Et désirant que vous me teniez tousjours.
Monsieur,
pour vostre, etc.
A Ail, ce 3 1 janvier i635.
Je VOUS rends mille trez humbles grâces du bon accueil que voua
avez daigné faire au sieur d^ Remery Maillan ^ et vous en suis bieu redevable ^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD
A ROMB.
Monsieur, Je ne pensoys pas avoir le moyen de vous escrire de cet ordinaire tant je mestoys trouvé pressé d'aller un jour plustost que nous ne croyions au devant de TEm™® cardinal de Lyon'. Mais le mauvais temps qui s'est mis sus et qui se renforce, nous faisant doubter s'il aura peu passer la rivière de Durance, nous a faict resouldre de monter à cheval un peu plus tard, pour attendre si nous en aurons aulcune certitude. Cependant j'ay bien voulu proffiter ce peu de temps inespéré pour vous escrrre et à quelques autres et pour vous accuser la réception et remercier trez humblement, comme je le faicts du meilleur de mon cœur, de la continuation de l'honneur de vostre souvenir, et de voz seings non seulement à m'envoyer cez cahiers du catalogue des Epistres de Libanius que j'ay veu trez volontiers, mais de me procurer cez troys volumes du Golotius, que j'attendray en bonne dévotion puisqu'il vous plaict. Si M' Hullon^ m'adresse vt>stre pacquet il vous sera fort seuremenl envoyé. M' du Puy m'escript que le coppiste du S* Cyrille travaille incessamment à la copie de vostre Georgius Syncellus.
^ C'est ëvidemmeat ie même perfloniuige qui a été appelé plus haat (lettre XXI) n]e sMor MaHaa de Remiremont».
' BibKothèque de TÉcole de médecine de Montpellier, vol. H 971, fol. so&. Autographe.
^ On sait que Peiresc «Tait les meilieuret rdatioiM avec le cardinal Alphonse de Rkhelieu, qa*il avait eu pour ardieféque et
pour voisin pendant trois années (1696* 1699).
* HuUon, prieur de Cassan en Languedoc, était ie frère utérin de Boiicbard, étant le fik d'un premier mari de Callierine Noyan, mire de Taateur des Cm^ûukm.
Voir sur Huilon ces mêmes C^f^mions (p. 5 à 65). Voir aussi les L€Ur$$ de Peireâe aux frèrê9 Afwy, k la Taik,
132 LETTRES DE PEIRESG [1635]
Vous m'avez tout resjouy de la bonne nouvelle que m avez donnée de la bonne disposition des affaires pour ia chaire de ]a Sapiance ^ J'entends que le pape a donné TEvesché de Rieti à rEminentissime cardinal de Bagni, au lieu de celle de Gervia, de sorte que n'estant qu'à deux journées de la cour, il y pourra estre à toutes heures.
Vous m'avez fait grand plaisir de m'advertir de cette belle réputation du martyre de S*® Theodora en musique, dont il nous tardera bien qu'il s'imprime quelque chose, car nous ne sçavons poinct encores en France practiquer ces sortes de musique sur le théâtre, que j'ay autrefoys trouvées excellantes en Italie ^.
J ay receu un exemplaire de la Roma Sotteranea ^, de la libéralité de Son Em^, et bien que je ne l'aye peu voir que bien mal posément en cette conjoncture , si est ce que j'ay trouvé de trez belles gentilesses à mon gré. Et pense que ce sera une ouverture à d'autres suppléments des usaiges de la primitive église qui ne pourront estre que de trez grand fruict.
Les vers que vous dictes du s' de Grammont * ne sont pas en mon exemplaire, n'y en ayant que d'unPicus, un Lippa et un autre^, qui ne vont pas de l'air dudict s' de Grammont ^ Je n'oublieray pas de parler
^ Chaire qu*oa voulut donner à Gabriel cher fortune à Rome où il passa ia plus
Naudë qui la refusa. Voir la lettre de Bon- grande partie de sa vie. On trouve souvent
chard à Peiresc, du ai juin i635 (fasci- son nom dans les Lettrei aux frères Dupuy, ca]ellldeACorresp<mdanisdePeife8c,f*3'j), * Peiresc avait reçu un eieroplaire in-
Voir aussi plus loin la lettre de Peiresc à complet, car les yers latins de Grammont
Bouchard , du 3 1 octobre i635 (n'^XXXIII). {Grandimonte) en Thonneur du monument
* Peiresc dans ses lettres aux frères Du- ëlevë par les savantes mains de Bosio puy, à propos de Topera de Saint-^exis s*ëtalent dans les deux premières pages du que fit repr^nter le cardinal François Bar- livre (non numérotées).
berini, rappelle h quelles belles fêtes poëtico* * La postérité a donné raison au dédain
musicaleSfCéiébréesenrbonneur du mariage de Peiresc pour Picus, pour Lippa et pour
de Henri IV avec Marie de Médicis , il assista , le troisième poète qu'il ne daigne pas même
pendant son séjour en Italie (i6ôo). nommer. Un juste oubli enveloppe œuvre
* L'immortel ouvrage d'Ant. Bosio (Rome, et ouvriers. Scipion de Grammont était bien 1683, grand iu'^f'). supérieur h ses concurrents et même dans
* Il s'agit là du poète provençal Scipion les poésies de circonstances et qui lui étaient de Grammont qui lui aussi était allé cher- commandées, il montre un talent qui.
de M*^ Vaieran à l'Ëminentissime cardinal de Lyon et de le servir tant pour son mérite que pour l'amour de vous et de tant d'autres braves hommes qui sont de ses amys partout où il me vouldra commander.
Si vous allez voir le Capitole , je vous prie de bien remarquer la forme des lettres numérales de Finscription de la colonne de Duillius particulièrement aux notes des millénaires •& et en celle du D tant en icelle (s'il y en a, comme il s'en trouve en quelques exemplaires ou coppies), qu'aux fragments des Fastes Capitolins, et de remarquer, s'il vous plaict, si pour le nombre quinquagénaire, ils ne diversifient poinct la note de la lettre L tantost ainsin qu'un j^ renversé et tantost quasi comme un V ou un Y grec, ainsin qu'il se void en une inscription que l'Appian a transcrit d'un marbre contre le clocher de Cori entre Terracina et Gaeta^ où je vous supplie de l'observer exactement si vous y passiez de hazard pour aller à Mont Gassin ou à Naples.
Le 8"^ Ëvesque de Vaison se porte fort bien dans son diocèse; j'en
ay receu des lettres depuis peu, et aujourd'huy mesmes un certain
manuscrit en vieux françoys et le livre du P. Scheiner de Arte deli-
neandi '^ avec la machine pour le mettre en practique que je luy ren-
voyeray au premier jour, Dieu aydant, après Tavoyr veu un peu plus
à loysir et je demeure.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Peiresg.
A Aix, ce a8 febvrier i635.
' Mandez-moy, je vous prie, les tiltres et les qualitez que le s' Gio.
comme le reooimait Peiresc, o*était pas vul- * Cori est à i3 kilomètres sud-est de
gaire. Je voudrais qu'un bon travailleur Velletri.
provençal étudiât la vie et les publicatioas " Sur le P. Scheiner, voir, outre le j-e-
trës nombreuses de Scipion de Grammont, cueil Backer-Sommervogel (tome III), di-
qui écrivit en français aussi purement qu'en vers passages des Lettres de Peiresc aux
latin. frèret Dupuy signalés à la Table,
\U LETTRES DE PEIRESG [1635]
Bat. Doni ^ peult avoir plus agréables et le nom de la rue oa Cartier où il se tient ^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD
À ROME
Monsieur, Je ne double pas que vous apparoissant du mérite et de la vertu de Monsieur de la Ferté, aumosnier ordinaire du Boy', et à luy de la vôstre, vous ne soyez incontinant portée réciproquement à touts les offices d'honneur et d'amitié qui y peuvent escheoir, et qu'il n aye de bien meilleures addresses que les miennes. Mais ayant sceu le désir particulier qu'il a de faire offre de son service à l'Eminentissime cai^ dinal Barberin et à l'illustrissime cavalier del Pozzo, je luy ay baillé de mes lettres qu'il a tesmoigné désirer tant pour l'un que pour l'autre, et ay creu que vous vous employeriez volontiers (comme je vous en sup* plie et conjure de tout mon cœur) pour l'introduire vers ledict sieur cavalier del Potzo , et par le moyen d'iceluy faire procurer quelque particulière audiance de l'Eminentissime cardinal Patron, en quoy vous
^ Doni %are daas h Mtomeol de Bou^ chard (p. 7): il laisse par moitié à Doni et à Ascanio Filomarino sa collection de portraits des savants pour qu^iis puissent en décorer leurs livres. On trouve souvent le ném de Ddni dkù$ las LêtttêêdêPirireêe iMte frères Dupuy^ ainsi que dans les Lettres de Jean Chapelain,
* BibUotbique de TÉcole de médecine de Montpellier, vol. H 971, fol. aSS. Autogfraphe.
' Etnery-Màrc tk la Ferté devint i^vêque du Mftns en 1O37 et siégea jusqu'en 16&8. On peut conmiltef sur «6 ft€ihl dèbt ou-
vrages d'un genre bien différent, le Galiia amtiana (t. XIV) et les Hùtonettei de Tallemant des Réaux (t II). Tallemant, dans THistoriette consacrée au cardinal de Ricbelieu (t. H, p. 3o, 3i) donne de très piquants renseignements sur la nomination faite proprio motu par Louis XIII de son aumônier comme évéque du Mans, à Tinsu du tout^ puissant ministre. Ce chroniqueur revient (t. V, p. i56) sur erFEvesquc du Mans, cehty h qui le feu Roy a voit eu Taudace de donner tet evèsehé mus en parier au cardinal de RicheUm».
[1635] À l-S. BOUCHARD. 135
ne m'obligerez paB moings que ce gentilhomme , pour la cognoissance qui m*a esté donnée de sa vertu et pieté singulière, et de tout plein d'autres grandes parties qui le rendent fort recommandable , en ce siècle, et en Taage où il est, auquel il excelle desja en la prédication, à ce que j'entends, et se contient dans une innocence de moeurs nompareille. Oe qui m'a ravy en admiration, etfaict désirer trez ardamment de luy pouvoir rendre quelques bonnes preuves de mon service, et de ma dévotion , ayant creu vous faire plaisir de vous donner une si honorable addresse, quand mesmes vous l'auriez d'autre meilleure main que la mienne, et que vous ne trouveriez pas mauvais que je prinse part aux faveurs que vous luy daignerez desparttr^ comme je la de^ sire prendre en touts ses interests et qu'il vous plaise vous servir librement de moy en revanche comme , Monsieur,.
de vosti^e, etc.
A iix m ba«t«, oe 3 mars i63i5 \
À MONSIEUR, MONSIEUR DE FONTENAY BOUCHARD