‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 16 sur 34 · CONSEILLER DU ROT EN SA COUR DE PARLEMENT · texte numérisé non relu

CONSEILLER DU ROT EN SA COUR DE PARLEMENT

À AIX

J'ay receu avec la voetre le Gleomedes dont ii vous a pieu laccompaigner. Ç'avoit esté en moy trop d'indiscrétion d ozer tirer une telle

' Qudque membre de cette famille pro- au Pariement d'Aix en iSgi. Ce magistrat,

veoçale de la Garde à laquelle appartenait, non moina distinguië par sva Bavoir que

comme s'exprime Roiu-Alpherand(£«« met par sa haute piëté, (bt le iondateiir de

d'Ata, t II, p. &i8), le trvertueox André Thôpital des Incurables de cette demitee

de la Garde, natif de Marseille, qui Ait vîUe.»

d'abordlientenant particdier au siège d0 ' BibUothèque natioDale, fonds français,

adite ville et qui devint procureur gënëral vol. 19,779, foi. 1, autogrqihe.

pièce de Yostre biUiotheque, mais ça n'a esté qu'un tesmoinage ordi-» naire de vostre courtoisie quand vous m'avez voulu contenter nonobstant ma témérité. J'ay desja veu ce livre et je le vous r'envoyerois maintenant si je ne m'estois engagé à M' Gbeylan de le vous renvoyer par luy mesme. Au reste, cest autheur à mon jugement est très bonneste homme, et il parcHst bien en son procéder qu'il est plus ancien que Ptolemée^ Je trouve qu'il traitte si disertement les principes de l'Astronomie que selon mon advis il seroit à bon droit préféré à Sacro< bosco^ dans les escboles. Il y a plusieurs belles curiositez que j'y ay remarquées, mais entre autres choses ay-je veu avec plaisir que cest autheur ait faite mention du voyage de Pytheas philosophe de Marseille en l'isle Thule autrement Islant\ J'avois passionné de voir cest autheur parce qu'ayant appris qu'il avoit combattue Topinion qu'on attribue à Ëpicure que le soleil n'est pas plus grand qu'il.paroist, c'est à ^çavoir d'un pied de diamètre, et sçacbant d'ailleurs qu'il avoit esté stoïque ou du moins qu'il avoit soustenus plusieurs dogmes de ceste secte touchant la nature, je m'estois imaginé qu'il auroit sans doute dcschii^ Ëpicure à belles dents. Or je n'ay point esté trompé en nion imagination, car je vous puis asseurer que de tant d'autheurs qui

^ VoîUi Gassendi en désaccord avec Le- Iroime, qui fiit vm de nos plus savants et de nos plus sagaces critiques. Répétons que Tëpôque où vécut Cleomedes reste problématique.

' Jean d'HoIy wood , plus connu sous les noms de Joannes de Sacrobosco , naquit dans le comtédTorket mourut en t aSG.Son traité de Sphœra nrnndi (Ferrare, lAya, in-A**) a été Tobjet de très nombreuses éditions (soixante-cinq, dit-on). On compte presque autant de commentaires. Cet abr^éde Ptolémée était une sorte de manuel d^astronomie à Fusage des étudiants. Voir l'article de B. Hauréau dans la Nouvelle biograjMe générale y l'article de Daunou dans Y His-

toire littéraire de la France (t. XIX , p. 1-6). ' Pythéas florissait vers le milieu du I?* siècle. On peut citer sur lui un mémoire de Bougainville dans le Recueil de VAcadé^ mie des inscriptions et belles-lettres (t. XIX), un article de Daunou dans YHistoire littéraire de la France (t I, p. 71-78), un article de F. Hœfer dans la Nouvelle biographie générale, deux ouvrages spéciaux, un de Lelewel (Paris, 1837, in-S**), Tautre de W. Bessei (GœUingue, i858, in-8*).

Dans le recueil intitulé : Proportio gnomonis ad solstitialem umbram, observata MassiUœ an. î636 pro, Wendelini voto (La Haye, 1 65 6 , in-A** ) , Gassendi réhabilita le navigateur marseillais, accusé de mensonge.

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mastinent ^ ce pauvre homme à peine en ay-je veu aucun qui ie traitte plus mal que cestuy cy. Toutes fois je n*ay pas trouvé qu*il oppose rien à quoy je n'eusse desjà bien paré avant que le voir non seulement en gênerai mais presque en particulier. Mais à quoy lire est-ce que je vous amuse. Pour ce Gaelius que je vous avois mis en peine de cercher, j'en suis tousjours aux mesmes peines. Sans doute qu'à ce que j'ay peu comprendre, il doit avoir dites beaucoup de choses à la louange du mesme Epicure. Mais ce n'est point ny Lactance qui semble avoir pris à prix fait de le descrier, ny moins encor Rhodigin ^ qui soit pour soit contre n'en a dit que fort peu de choses en passant. Je ne sçay donc qui ce peut estre si ce n'est cest historien dont Giceron parle et reparle tant en son premier livre de la divination. Certes cest historien ayant descrite la première guerre punique et parlé des choses advenues du t^mps de Pyrrhus auquel l'opinion d'Epicure commençoit d'estre divulguée tesmoing les discours de Gyneas avec Fabrice joint à ce que Epicurus a vescu et fleury en ce temps la mesme comme a remarqué Aule Celle' oultre ce que nous sçavons que la durée de son eage a esté de la 1 09 à la 1 27^ olympiade^. Pour ceste raison il pourroit estre que ce Gœlius auroit faite quelque mention d'Epicure. Mais quand cella auroit esté, je ne pense point que cest autheur se trouve en nature. J'achève, Monsieur, de peur de vous estre plus longuement importun. Ce m'est un vice presque naturel que je suis grandement paresseux à mettre la main à la plume et cependant quand je l'ay saisie à peine la puis je quitter. Il faudra peut estre que dores en avant

^ Maatmer, c'est rëprimaader, gourmander, et dans ie sens piimitif , mordre comme un cbîen, un mâtin. Voir le Glossaire do La Curne de Sainte-Paiaye.

' Lodovico Ricchieri naquit vers 1 &5o à Rovigo , l'ancien Rhodigium , d'où son surnom de Rbodiginus , et mourut dans la même ville en i5a5.

' Nuits attiques, livre XVII , chapitre xxi. Voici le passage auquel se rapporte Tindi-

cation de Gassendi : rrC'est 670 ans après la fondation de Rome que commença la guerre avec Pyrrhus. A ce moment-là Épicure d'Athènes et Zenon de Gittium étaient fameux comme philosoplies, et ce moment est celui ou G. Fabricius Luscinus et Q. iEmilius Papus étaient censeurs à Rome. »

* On s'accorde à faire nattre Epicure en 3âi avant J.-G. et k le faire mourir en 370.

vous îne pardonniez souvent ce dernier défaut car pour ]e premier il

est sans excuse. Ayez s'il vous piaist soin de vostre santé, et si M** de

la Garde n est sage désormais, je le recommande à fanfreluche ^ Pour

moy. j'ay défendu à ce porteur de vous rompre aucunement la teste

d'un'e affaire qui sera peut estre rapportée en vostre présence par

Monsieur d'Agut^, quoy que j'y aye quelque peu d'interest. C'est parce

que je ne dezire rien que vostre contentement a6n que j'aye le bien

de vous voir plus longuement et heureusement vivre à l'advantage des

gens de lettre et amateurs de la vérité. Encor une fois donc conservez

vous, et aimez moy s'il vous piaist qui suis,

Monsieur,

vostre très obéissant et très affectionné i^erviteur,

Gassbnd.

A Digne, ce 9 5 avril 1696 \

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI

CHANOINE THB0L06AL EN JL'BGLISR CATHEDRALE OB DIGNE,

À DIGNE

Monsieur, J'ay receu vostre lettre du a de ce moys depuis mon retour en cette ville d'un petit voyage que j'estois allé faire du costé d'Ieres où elle m'avoit

'. Je ne retrouve cette expression ni dans nos lexiques, ni dans nos vieux auteurs.

' Honore d*Agnt, le collègue de Peiresc au Pariement d*Aix et son ami intime. Il en a été souvent question dans les trois volumes des Lettres aux frères Dupuy,

^ Bibliothèque nationale , fonds français , vol. 9536, fol. 196. Autographe. Voir une analyse de ce document dans la Vie de Pierre Gasêendi parle père Bougerel , 1 787, in-i q , p. 3o-3i. C^est la première des lettres de

Gassendi è son protecteur et ami mentionnée par le docte Oratorien qui, ne Toublions pas, eut à sa disposition le dossier complet de ia correspondance de son héros avec Peiresc. C'est donc probablement la première de toutes les lettres écrites èi ce dernier par son futur biographe. Rappelons, à propos du commencement des relations épistolaires des deux amis, que Peiresc avait alors quarante^x ans et Gassendi trente-huit ans.

esté adressée sans m*y avoir rencontré, et doù Ton me Ta r^avoyée icy; j ay esté marry d'entendre que l'indiscrétion de mes gents m*ayt envié le bien de vous voir avant voetre despart, dont ce seroit à moy de vous faire des excuses, si vous vous payiez de ceste monnoye; mais puisque nous avons si unanimement banny les cérémonies , je ne suis pas dadvis d'en faire davantage sur ceia, croyant bien que vous ne doublez nullement de ma bonne volonté, non jdus que je ne doubte poinct de la vostre. Il fault Caire les cérémonies de mon costé en vous servant librement, si je le puis, comme je suis bien asseuré que vous ne kisrîes pas facilement eschapper aucune occasion de me faire plaisir du vostre.

J'ay veu le formulaire de serment judaïque tiré de voz statuts que j'ay trouvé bien beau , et n ay trouvé h redire qu'à cette abbreviation que vous avez faicle pour decemmandatay et ces (r x nomina?) et puis tr lix nomina 7). Je vouldrois bien que vous eussiez exactement vérifié sur l'original la forme des caractères de cette ligne là, pour juger précisément de ce qui y pouvoit estre , et pour avoir la chose plus accomplie , je serois bien aise d'avoir la préface et le premier article de voz statuts, ensemble le dernier et la conclusion pour mieux juger du siècle, tant par le style que par les dattes, s'il y en avoit àulcunes, ou par la mention des Evesques ou Prevosts qui les ont autborisez, dont on peult apprendre le siècle par aultres charthes.

Quant à vostre Fr. Patricius S il est d'une édition plus ancienne que le mien de plus de dix ans ^, et soubz un tiltre et distinction bien dil^ ferants. C'est pourquoy je serois bien aise de les comparer touts deux ensemble, si vous trouvez commodité de me faire tenir le vostre, et je le vous renvoyeray par aprez fort seurement.

Au surplus nous avons gouverné icy quelques jours le bon Père Lo-

' Francis Patmzi, né à Sienne, (ut ' Peut-être Peiren poBBëdait41 Tëdition

ëvéque de Gaëte et mourut en 1&9Â. Voir de i53& (Paris, in-fid.), poskérieare d*ane

dans le Manuel eu libraire (t. IV, p. àko) quincainedannéeaàfdksde i5i8et 1819.

l'indication de plusieare ëditiona de son D enste aussi un ëeart de pins de dix années

traité De ÎMlàud'oiie re^Miem Ubri ntmeuL entre les éditions de 1667 ei 1661, d'une

La première est de Paris, i5i8. part, et de i585, dautre part.

riuus S en la compagnie duquel il s'apprend de irez belles choses '. Nous n'avons pour le présent rien de nouveau. J'estois allé quasi malade à mon voyage, et m'y suis tout refaict, estant revenu beaucoup plus gaillard Dieu mercy que je n'estois, et par consequant plus propre à vous servir comme je le désire, en qualité, Monsieur,

de vostre, etc., DE Pkiresc.

D^Aû,oe 18 juillet i6s6'.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI

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