‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 17 sur 34 · CH4N0INB THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE · texte numérisé non relu

CH4N0INB THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur,

On m'a apporté à ce soir vostre lettre du jour d'hier avec voz

livres de Patricius et de Gardanus*, et m*a on dit qu'il failloit bailler

la response aujourdhuy mesmes dont j'ay eu du regret pour me

trouver occupé dans des affaires qui ne me permettent pas seulement

* SurleP. J»deLoriai,delaGoDip«giiie de Jésus, voir les Lettres de Peùrew aux frères Dupwfy t. Il, p. 544.

' Gassendi raconte ainsi {De vita Pei^ rtskUr lib. IV, p. 3o3^3o4), b visite de Lorioi : ifNon omittendam fuisse qaoque magDopere exhiiaratum consaetudine perhumana locobi [sic] Lorini e societate lesu , Psaimorum eommentatoris , qui eum prius Komai*ediisset, Avenione ad ipsum venit, et autogrepbo qaoddam BeUarminî donavii.»

^ BibiiothàqiieQatioaale, fimdt firançttS, vol. 1 3779 , fol. 3. Attii^gnipha Sor lacdntre-

partie de oa feufllet 3 .Gassendi « noltf les titres et les premiers mots de plusieurs sta* tuts synodaux d^Embnm et de Digne.

^ JérftmeCardan.surlecjud on peut voir plusieurs pasaages des trois tomes des Lettres de Peiresc aux frères Dupuy, Deux critiques fort distingues, feu Charles Nisard (de rinstilut) et M. A. Pavaro, professeur h funiversilé de Padooe, m*ont T«procbë d'avoir été trop sévère pour le fécond polygraphe dans une note du fiiscièak des CarrwpawAwte d» Pekese 6)ilsâcré è GoMet Naudé. Je désavoue vokittkm ee qa'il peul y avoir d'iqiute dans mon appréciation.

18â LETTRES DE PEIRESC [1626]

de lire et de considérer vostre lettre, et les belles observations qui y sont, tant s en faull que je puisse jetter les ieux sur les livres, mais ce sera pour la première comodité. Cependant je n*ay pas voulu différer de vous en accuser la réception et de vous remercier comme je faicts trez humblement de tant honestes offres que j ay rencontrées au bas de vostre lettre dont je n ay garde d'abuser, parce que les livres sont beaucoup mieux employez à vous qui vous en pouvez servir comme il vous plaist que non pas à moy qui n ay ny la sente, ny le temps, pour y pouvoir vacquer comme il faudroit, mais je vous en ay pas moins d'obligations pourtant, et demeureray à jamais. Monsieur,

vostre, etc.

DE Peirbsc.

D^Aix, c6a6joiUeCi6a6'.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI

CHANOINE THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, En revenait du Palais, où le procez de M"^ de Grequy nous avoit tenuz depuis sept heures jusques aprez midy ^, j'ay trouvé cet honneste homme céans avec un pacquet du xii, qui demandoit la responce sur le champ , et le cœur me failloit de sorte qu à grande peine m-a il permis de boire un coup à vostre santé, et aussyfost j'ay prins la plume pour vous accuser la réception de vostre despesche, et du seel d'Âmbrun dont je vous ay bien de l'obligation et à M"" Castagny, lieutenant particulier,

* Bibtiothèque nationale, fonds français, ^ dëroale dans les Lettru aux frères Dupitjf.

vol. 19779, fol. 5. La signatnre seule est Peii^ est revenu sur le même sujet dans

de la main de Peiresc. plusieurs autres de. ses lettres,* notamment

' Toute rhistoire de ce scandaleux procès dans les lettres h Lomënie.

à qui j'en feray mes remerciments si tost qui! me sera possible, ce porteur estant trop pressé de partir pour ne perdre la commodité de sa compagnie et de ceux qui lu y portent ses bardes et sont desja partiz. Cependant vous le pouvez asseurer de mon bumble service et que je luy auray une trez grande obligation , s'il me faict part des papiers et mémoires du Gapençois, dont j'ay desja quelque cbose, mais je crois bien qu'il en aura beaucoup plus, et tascheray de le servir en revanche de tout mon pouvoir et de toute mon affection pour vous; je vous escriray par l'ordinaire de Lyon chez M' Jacquet s' de Fetan \ et si je ne le pou vois faire aujourd'huy attendu l'heure tarde, je le feray par le prochain ordinaire et adresseray vostre lettre à Paris chez M' du Puy rue des Poitevins prez S^ André des Arcs en la maison de M' de Thou où vous serez le bien venu quand vous y aborderez. Je n'ay peu voir voz observations; je les verray entre cy et là et vous en diray mon adviz de Taurore ^. Excusez moy cepandant et disposez de tout ce qui me concerne comme de celuy qui est, Monsieur,

vostre, etc.

DE Peiresc.

D'Aix, ce i& avril i6s8.

J'envoyeray vostre lettre à M' Puteanus^, et luy escriray de l'aurore et au sieur Vendelin* et en Italie*.

^ Noms que l*on retrouve bien souvent dans les LeUrtê aux frères Dftpuy, comme dans les antres parties de la vaste correspondance qui avait tant besoin des soins particuliers des employés de la Poste.

* L'aurore boréale.

' Sur Van de Putte , voir le recueil Peiresc- Dupuy, pauim. Sur les relations de cet énidit avec Gassendi, voir Bougerel, p. Si-Sa.

* G. Wendelin figure souvent dans le recueil Peiresc-Dupuy et nous retrouverons plusieurs fois le nom de cet astronome dans les pages suivantes. On sait que Peiresc laissa à Gassendi le portrait de leur commun ami Wendelin. Voir (p. 98) le Testament déjà cité.

' Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 19779, fol. 10. Autographe.

ir.

l«»CiatKlt HAIIOaiLI.

À MOiNSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC.

À AIX

Je vous escrîvy par le dernier ordinaire et addressay vostre pacquet avec une enveloppe à M"^ Jacquet comme vous m'aviez ordonné. Despuis ces Mess" du Puy m*ont fait la faveur de nie dire que je n'avois qu'à leur bailler les despesches que je vous voudrois faire parce qu'ils les metlroient dans un pacquet avec les leurs ^ J'avois promis de le faire ainsi, et leur devois en effect porter ce pacquet dez hier au soir, mais comme je fus destourné et n'eus pas loisir de l'achever, ainsi crains je de ne les aller point voir tantost assez à temps, et qu'il ne me faille faire comme l'autre fois, mais à la bonne heure, puis qu'aussi bien je sçay quel estât M^ Jacquet fait de vous. Je vous marquay par ma précédente que j'avois trouvé icy à mon arrivée le pacquet qu'il vous avoit pieu de m'y addresser tant de voz lettres que de celles de M' Valois^. Par celle cy je vous donne advis que par l'ordinaire auquel nous craignions qu'il ne fust mesarrivé, et qui n'arriva en effect que ie mardy, j'ay despuis receu l'autre dans lequel estoit incluse la lettre de M' Diodati'. Je vous donnrois advis du peu de nouvelles que je puis sçavoir si je n'estois asseuré que vous les

^ Bougerel assure (p. 3a) qae Gassendi arriva à Paris au milieu de mai. On voit, (l*après ce que ce dernier nous apprend des lettres envoyas dëjh à Peiresc par un précëdcnl courrier, qu*il devait éti*e arrivé à Paris au commencement du mois.

' Sur Jacques de Valois, trésorier général de France à Grenoble, et astronome amateur, voir (passim) le recueil Peiresç-Dupuy.

Bougerel a signalé (p. i5) les bonnes

relations (aniérieurâs h Tannée 1699) de Valois et de Gassendi. Cf. les DoeumenU inédits sur Gassendi, 1877, p. 11.

^ Éiie Diodati , qui figure souvent dans le recueil Peiresc -Dupuy, sera souvent mentionné dans la présente correspondance. Ce fut un des meilleurs amis de Gassendi dont il avait fait la connaissance à Grenoble Qn i6a5. Voir Bougerel, p. 37. Ce fut Diodati qui servit de trait d*union entre Gdilée et Gassendi (juillet 1 69 5).

scav^ trop mieux d'autre part. Ces Messieura du Puy particulièrement me relèvent de ceste peine et de vous faire tenir ce qu'on imprime de nouveau. J'ay seulement à vous donner advis d'un petit livre nouveau et d'une invention nouvelle qu'ils n'ont point, c'est de lactibus âive lacteis venis quarto vasorum mesaraicorum génère novo invento Gasparis Âseliii, Gremoneusis, anatomici Ticinensisdissertatio, Mediolanî apud Jo. Bapt. Bidellium, 1637^ 11 n'y en a que trois copies en ceste ville que M** Naudé a apportées d'Italie dont il a données l'une à M' Riolan^, l'autre à M** Moreau', et la troisiesme qu'il s'est réservée, c'est celle que je n'ay qu'à prest. J'eusse bien deziré qu'il s'en fust trouvé une pour vous envoyer, mais si vous en desirez, ce n'est qu'un volume d'un doigt in-A^^, que je sçay que vous pouvez recouvrer d'Italie fort facilement. Pour mon particulier j'ay esté bien aise de voir ceste pièce, parce que si bien elle destruit par adventure quelqu'une de mes imaginations^, loulesfois et je suis très joyeux de voir qu'un autre approche plus de la vérité que moy, parce que ce n'est que me feciliter le chemin à ce que je cerche, et ayant cognoissance de ce qui est desja mis en lumière, cella me peut empescher de faire quelque incongruité. Et pour vous toucher un mot de ce, que c'est et du mérite du livre, il ne m'estoit jamais sceu entrer dans la teste que le passage du chyle au foye se fist par l'entremise de ces rameaux de la veine porte qui sont semez par le mezenterre comme servans non seulement à porter du foye la nourriture nécessaire à toute ceste

' Ifi-&* avec quatre fibres sur bois et le portrait d^ÂBeUL La difisertaticm du firofesseur de Pavie fut rëimprimëe à Bâle en 1 6^8 (in-A*) et à Leyde, en 16A0 (in-/i') Voir MmmeiduLibraite, t. I, p. SaB-SaA.

' Le docteur Jeau Riolan, fils d autre Jean, également médecin, naquit à Paris vers 1^77 et mourut dans la mAme ville le 19 février 1667.

* Sur René Moreau, confrère et ami de Gabriel Naudé, voir le recueil Peirese-Dupuy,

fâêtim. — ^ C*est en effet plutôt une pia* quetle qn*uo volume, car on n*y compte que 79 pages et 1 o feuillets non chiffrés.

* Cest-ii-dire : quoiqu'elle détruise quelques-unes de mes imaginations. Bougerel, qui analyse la lettre (p. 39-35), a mal compris ce passage et a introduit dans la citation ce contresens : rj'ai été bien aise de voir cet ouvrage, parce qu'il détniù quelques -uaes de mes imaginations «.

f88 LETTRES DE PEIRESC [1628]

région intestinale, dont tous ies rayons sont ramplis et rouges de sang vermeil, mais encore à en rapporter des intestins dans le foye, ie chyle destiné a estre converty en sang. J'en avois souvent et longuement conféré avec feu M'MerindoP, et peut estre trouveroit on parmy ses mémoires la responce qu'il apprestoit à une lettre de douze ou quinze feuilles que je luy avois escrite sur ce subject quelque temps avant sa mort^. J'avois donc imaginé un nouveau passage bien plus commode et compendieux, sçavoir est le canal du pore chotidoque par lequel les médecins veulent seulement que la bile soit deschargée dans les intestins pour servir aux excremens de clystere naturel. Et parce que M"" Merindol m'y avoit formé beaucoup de difficultés, je croyois d'y avoir tellement satisfait par ma dite lettre, qui aussi à mon advis se trouveroit encore, que je ne pensois point que mon opinion ne deust estre de quelque considération parmi les personnes qui seroient sans préoccupation. Or voici aujourdhuy arriver cest Asellius (qui neantmoins comme Copernicus est décédé avant l'impression de son livre) lequel a descouvert une infînité de petites veines semées par ce mezentere et implantées d'un costé au foye et de l'autre aux intestins, desquelles jamais jusques aujourd'huy personne ne s'esloit pris garde, et qui semblent avoir esté destinées à la fonction que je n'avois jamais sceu accorder aux mezeraignes communes. Elles sont blanches et ramplies d'un lait ou substance blanche telle qu'on veut estre celle du chyle, mais elles ne peuvent estre veûes ni observées qu'en l'animal encore vivant et quelques heures après qu'on l'a bien faict paistre, c'est à dire quand l'aliment préparé dans l'estomach descend le long des intestins. Gest homme là en a fait tout un monde d'expériences' en divers animaulx qu'il a ouverts tous vivans comme

^ Antoine Meriiidoi , — je reprodab la ' Bougerai a remplace quelqw temps

note de Bougerei (p. 33), — un des omiiiI sa mort par la veille de sa mort.

quatre médecins du Roi, ëtait très sa- ' Quoique Bougerei ait mis ses citations

vant, et mourut à Aix, sa patrie, au mois entre guillemets , elles ne Bont pas textuelles ,

de décembre i6d 4, Age de cinquante- et en cet endroit, par exemple, il a abr^

quatre ans. Voir sur ce médecin le recueil ainsi la phrase (p. 36) : tr Asellius a bien

Peiresc-Dupuy, /»a«Mifi. fait des expériences n.

chiens, chats, agneaulx, porceaulx, vaches, voire mesmes en un cheval achepté exprès pour ne servir qu'a cella, estant bien considérable que d*abbord que Tanimal expire, ces vases ne laissent point de vestiges d'eux mesmes, et que si l'animal n'est repeu et on ne l'ouvre en une heure convenable, on n'en sçauroit aussi rien voir. Je n'en ay point encore veu l'expérience, mais oultre la foy que ce brave homme semble mériter, M' Riolan et autres qui l'ont desja éprouvé m'ont asseuré qu'il n'en faut point pour le doutée Je vous escris toutes ces choses, par ce qu'encore qu'elles peussent sembler à un autre esloignées de vostre curiosité, moy toutesfois qui sçay l'universalité de vostre esprit et de la cognoissance -que vous avez de tout ce qu'on peut priser dans ces sciences, j'ay cru que vous ne scauriez estre deplaisant de vous estre amusé à lire ces lignes. A tout le moins jugerez vous que si j'avois quelque chose de mieulx pour vous entretenir, je le ferois très volontiers. Quoy que c'en soit, il vous plairra tousjours de me croire.

Monsieur,

vostre très obéissant et très affectionné serviteur,

Gasseind.

De Paris, ce 16 may i6a8.

Monsieur Cramoisy^ n'a point encore receu sa facture. Le père Petau que je dois aller voir demain luy fait imprimer les œuvres de l'Empereur Julien grec et latin in-Zi'"'. Nous y devons voir des epistres

' Passage ainsi réduit par Bougerel seul; la seconde {Juiiani mperatwiê operum

(p. 35) : rrJe n'ai point encore fait d'expë- pars seeunda), qui occupe âig pages, con-

rieoce, mais M. Riolan m'a assuré qu'il tient les traductions de deux coliaborateurs

n'en falioit pas douter. 7) du docte helléniste : interpretilnu Carolo

* Sur le libraire Sébastien Gramoisy Canioclaro, supplicum UheUormn in curia

(1 585-1 669), voir le recueil Peiresc-Dupuy, magùtro, et Petro Martino Morentino,

pMsim, Navarro. Le P. Petau a fourni à cette seconde

' Voir le recueil Backer-Sommervogel partie les annotations qui remplissent près

(in-fol., t. Il, col. 1898, n"" a 6). Il y a de 900 pages : Ad JuHaniimp. opéra nolœ

deux parties dans l'édition de i63o; la pre- (p. 9 A 3-33 a) et Miêcellaneœ observationeg

niière partie (de 558 pages ) est du P. Petau (p. 3&t-&i9).

LETTRES DE PEIRBSC

et des oraisons qui n avoient point encore esté imprimées. Ainsi peusse je voir en cette viile la maison où ce grand piince logeoit le soir que pour sa grande frugalité et continence il se trouva si mal '.

À MONSIEUR, MONSIEUR PËIRESC,

À MX.

Monsieur, Je croy que cette voye ici sera plus asseurée que les précédentes. C est pourquoy je ne me privera y point de vous redit*e encore une fois

' Je (iois k TobligeaDce de mon cher et savant compatriote, M. Ernest Dapay, inspectear d* Académie à Paris, la communication suivante, où Ton trouvera une traduction aussi fidèle que possible du rëcit auquel Gassendi fait allusion. Le passage visé est dans Topuscule satirique, le Misopogon. L^Empereur ou celai qui parle raconte que, grAce à son r^ime sévère, il n'a vomi qu'une fois dans sa vie, et il s'amuse à expliquer dans quelles circonstances il passa lliiver à Lntèce. Suit une description souvent citée de la ville des Parisii et de leur beau Qeuve et de leur climat plein de douceur, rr Cette année -là rbiver était plus rude que de coutume : le fleuve ctiarriait de vraies tables de marbre. Vous cannaisses la pierre de Phrygîe : c'est k cela que faisaient penser les biocs de glace énormes et accumulés les uns sur les autres : ils arrivaient à faire un passage solide et à jeter un pont sur le courant du fleuve. Dans ces conditions, je redoublai de sévérité pour raoi-méme, je ne laissai pas chauffer le lieu où j'habitais, k l'aide des foyers [poêles] en usage dans les maisons de ce pays, et

quoique j'eusse chez moi toutes les facilités de me procurer la douceur du feu ... Je voulais m'habiluer k endurer cette taoïpérature, an lieu de chercher k en adoucir la rigueur par tous les moyens dont je disposais, mais l'hiver prenait plus de force, et le froid redoubkiit; je ne dtfeodis plus k mes gens de chaufler la chambre, mais pour éviter de faire sortir des murs toute l'humidité, je fis seulement apporter du feu tout allumé, un 8im]Je brasier de charbon. Si peu que ce Mt, ce brasier fiiit sortir des murs de si épaisses vapeurs, que je suis pris d'un sommeil lourd , et que je manque périr d'une suffocation. On m'emporte au dehors; les médecins me font rendre ce que j'avais mangé; c'était bien peu de chose, grâce an cid ; je vomis et je me sens aussitôt mieux. Je passe une nuit aases bonne, et dès le lendemain je peux reprendre les occupaticHis qu^ me plaît. C'est ainsi que, semblable k ce bourru du poète Ménandre , je me rendais la vie dure à mai-m6me, au pays des Celtes. i — Ribliollièque nationale, fonds français, vol. 9&36, foL 198. Autographe.

la mesme chose. M' Moreau, ayant veu ce que voys m'escrivies du Uvre de M"* Constantin S me dit que vous uavies qu'à le nous envoyer par la première commodité parce qu'il prendroit le soin de le faire imprimer en ceste ville, et en tout cas à Genève, ayant dessein de vous en faire laddresse par une Epistre liminaire. Il adjousta qu'il seroit bon de voir avant toute œuvre la partie imprimée parce que s'il faloit adjouster, retrancher ou changer quelque chose à ce manuscrit, ou rapporteroit mieux toutes choses à l'intention de l'autheur. Voyia pour M' Moreau. Pour moy, je dezirerois qu'il vous pleust de m'envoyer quelque chose avec un peu plus de diligence. C'est une copie que je vous prie de faire faire des observations dont je vous laissay un cahier en partant. S'il vous plaist de prendre ce soin , je vous prie surtout de faire prendre garde qu'on ne se mesconte point aux chifres, et aussi tost que ceste copie sera faite, prendre la peine de me la faire tenir par la première commodité que vous en aurez. Je ne vous dois point dissimuler pourquoi c'est. Le P. Mersenne avoit dit quelque chose en ses commentaires sur la Genèse qui a pregné et offensé le\ S*" Flud^. Cest homme icy en voulant avoir raison a publié et nous avons receu dez ceste foire dernière un volume in-folio (out plein el animé de bile contre ce Père. Or ce Père dezirant repartir, a prié quelques uns de ses amis de luy donner leur jugement touchant cest ouvrage. Il m'y a compris, et m'a addressé une lettre par laquelle il me prie de cella, maisprennant prétexte qu'il dezire bien que je lu^ face part de quelques unes de mes observations. J'ay esté neantmoins si peu prévoyant que je n'en ay point apporté au moins avec leur description particulière quant à moy '. Il faut donc que pour sa responce

^ Antoine Constantin, médecin provençal niste, Robert Fladd, voir Boogerel (p. 35-

mort en i6a6, avait compose un livre inti- 36), le recueil Peiresc-Dopuy (pamm) et

tulë : Brief traité de la pharmacie provençale, le fascicule des Correspondants de Peiresc con-

et familière, dont la première partie avait été sacré au P. Mersenne, lequel sera très pro-

imprimëeen 1897. Peiresc désirait que Tou- hablement imprima au moment où on lira

vri^ tout entier fût donné au public. ces lignes.

* Sur le P. Mersenne el sur son antago- ' G^est-à-dire avec moi.

à ceste lettre je vous donne l'importunité de m'en faire tenir ce que j'ay laissé entre vos mains car d'en pouvoir recouvrer chez moy il y a bien moins d'apparence. Pour le surplus je ne sçay si j'y reussiray, je suis neantmoins après à deschilTrer les mystères de la caballe de Flud. Je pense d'avoir descouvert que ce n'est tout que pure alchyraie dans le dessein du grand œuvre. Il ne me reste que d'en adjuster les flustes. Ce n'est pas là une estude de mon goust, mais il faut complaire à ses amis et je dois estre bien aise de voir sérieusement pour une fois à quoy peuvent abboutir tous les secretz de ces prétendus magiciens , cabalistcs, alchymistes, frères de la Aose Croix et semblables sortes de gens. Vous en serez un jour le juge. Je suis encore tousjours après à me résoudre si je changerois le séjour de ce pais icy pour celluy de Provence. Il pourra estre que dans un mois je vous en diray quelque chose de plus particulier. Où que je soye vous m'aimerez s'il vous plaist tousjours puisque et partout et tousjours, je veux estre, Monsieur,

vostre très obéissant et très affectionné serviteur,

Gassbnd.

A Paris, ce deuxième décembre i6a8.

Monsieur, estant pressé d'envoyer ceste lettre pour l'enclorre dans le pacquet d'un de mes amis, je vous supplie de faire sçavoir à Mous' de la Vallete que je suis tousjours en bonne santé, et que je le prie d'en donner advis au reste de mes amis et particulièrement à Digne et à mon frère^ Si M' Valois est encore à Aix, il aura aussi s'il vous plaist de mes recommandations. J'attends dans cinq ou six jours une commodité moins pressée de leur escrire, et encore à Messieurs de Perier* et

* Cëtait Jean Gassendi dont il esl ainsi seule fois nomme dans les 5oo pages du vo-

question, au sujet d'une éclipse de soleil lume du P. Bougerel.

(1631), dans le Journal qui fait partie des ' L'avocat Scipion du Përier, mort en

Documents inédits sur Gassendi (p. it): 1666, était le fils de Tami de Malherbe,

frater germanùs Joannes Gassendus aderat olh- François du Périer. Voir le recueil Peiresc-

servabalque. L'éditeur des Documents a con- Dupuy (/Mwsîm), le Testament de Peiresc,

^taté(notei) que Jean Gassendi n'est pas une déjà plusieurs fois cité (p. 3i-3a), etc.

de Gaultier que je vous prie bien humblement vouloir saluer de ma pari à la première rencontre. M' vostre frère s*il vous plaist ne sera pas oublié. J'oublie à propos de vous dire quelque chose touchant le voyage de M' Deodaly et particulièrement touchant la retraitte de Keppler. Mais ce sera meshuy pour une autre fois. Pour des nouvelles de la prise de la flotte d'Espagne par les HoUandois, des affaires un peu descousues de l'Empereur et autres semblables, c'est chose que vous pouvez sçavoir d'ailleurs. On s'appreste fort icy pour la réception du Roy. Il est a Dorden^ despuis trois jours avec les Roynes, et ne doit point estre icy que sur la fin de la sepmaine prochaine ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEYRESC

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