‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 18 sur 34 · ABBE DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROY AU PARLEMENT DE PROVENCE · texte numérisé non relu

ABBE DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROY AU PARLEMENT DE PROVENCE

A AIX

Monsieur, Arrivant hier au soir de Saint- Germain où j'avois accompagné M' de Digne qui y estoit allé voir le Roy, je Irouvay vostre lettre du xiv^ du mois passé avec ce paquet de M*^ Galaup'. J'avoy bien appris de vos nouvelles un peu plus fraisches par les vostres à M*" du Puy, mais ce me fust bien plus de contentement voyant qu'il vous

^ Dourdan ( Seine-et-Oise ). Louis XIII revenait de la Rochelle, où il avait fait son enlrde triomphale le i*' novembre précédent.

* Bibliothèque nationale « fonds français, vol. 9356 , fol. 901 . Autographe. Bougerel a donné f analyse de cette lettre (p. 35*37 ). Le nom du mois a été mutilé par le relieur.

Il ne reste plus que la fln du nom : mbre. J'ai cru pouvoir attribuer la lettre au mois de décembre plutôt qu'aux mois de septembre et de novembre.

^ François de Galaup-Chasteuil qui, comme le prieur de la Valette, Gassendi, Peiresc, et tant d'autres Provençaux, s'oc* cupait beaucoup d'astronomie.

ixyRnnuB «atioiiau.

194 LETTRES DE PEIRESG [1628]

avoit pieu de prendre la peine de m'en donner par vons mesme en y joignant celles de M' de la Valette et de M** Valois. De mon costé je vois quil y a eu assez de malheur. Car si je n'eusse pas laissé de bazarder tousjours quelques lettres à l'ordinaire je compren bien qu'en fin quelques unes seroint arrivées jusques à vous. Là où ayant cercbé d'autres occasions je me crains fort d'avoir mal rencontré, puis que vous ne me faites point mention d'avoir receu aucune des miennes par autre voye que de l'ordinaire. C'est donc par l'ordinaire que je vous addresse ou bazarde celle cy, et n'ayant pas loisir de vous entretenir beaucoup, je vous diray seulement deux ou trois choses que je me souvien vous avoir desja répété en mes précédentes. Si bien ce ne sont que redites, vous n'estes pas homme qui en soyez importuné. L'une et la plus importante c'est qu'il faut, s'il vous plaist, que vous prenniez la peine de faire copier ce cahier d'observations que je vous laissay sur mon despart de Provence, et m'obligiez de me l'envoyer le plus promptement qu'il sera possible. C'est pour satisfaire au Père Mersenne, qui dezire qu'elles soient insérées en quelque pièce qu'il souhaitte de moy. L'autre, que M"" Moreau attend, oultre le livre imprimé de M*" Constantin, la partie manuscrite, estant en dessein de la faire imprimer et de vous en faire la dedication^ J'aurois beaucoup d'autres choses à vous dire, mais à faute de loisir, il faut que je les remette à l'ordinaire prochain. Encore cecy ne sera pas peu si par ma bonne fortune il arrive entre voz mains. Je vous avoy marqué quelque chose par mes précédentes de l'apparence qu'il y avoit que je me pourroy accommoder par deçà. Je m'advise que si mes lettres vous sont rendues, il ne sera pas nécessaire que vous en faciez s'il vous plaist aucun bruit. Je baise

y Bougerei cite (p. 87) une lettre de Gassendi à Peiresc, du 7 décembre i6s8, laquelle ne nous a pas été conservée et où il était encore question de cette édition du livre de Constantin qui ne se fit pas. C'est à cette lettre perdue que se rapportent cette analyse et cet extrait doiniés par Bougerei :

(T Gassendi nous apprend que Moreau croioit que ce fut quelque grand trésor dont on voutoit se prévaloir à son desadvantage : tV en tirera, dit-il, tout k fruit qu'il pourra: pour vous, vous devez être très satisfait de n'avoir rien oublié de ce qui pouvait regarder, sait la mémoire de Constantin, soit l'honneur du pays. %

très humblement les mains à M"^ le Baron vostre frère, et demeure tousjours, Monsieur,

vostre très obéissant et très affectionné serviteur,

Gassend.

Paris, ce lo [décembre] 1638 ^

^ Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 9536, fol. i&o. Autographe.

Je donne ici quelques extraits d^une lettre de Gassendi très longue et presque entièrement consacrée anx choses astronomiques, lettre qui a été citée par Bougerel (p. 69) et qui est conservée dans la collection Peiresc de la bibliothèque de Carpentras ( registre LX , intitulé : Epistolœ elarorwn tirorum erudiUB, t. II,fol. i5):

(T ... Je ne vousdiray rien en ce qui regarde les présages. Je loge ce phénomène au rang des choses purement naturelles, et estime que s'il a esté signe de quelque chose, ce n'a esté que de quelque eflect naturel. Je ne veux pas dire que Dieu ne s'en peust servir pour nous signifier quelque chose d'extraordinaire , mais quoy qu'il en soit, nous n'en avons point de preuve , et estime que Dieu ne se joue point ainsy avec les hommes que de leur proposer des choses h resver et deviner, comme on faict aux petits enfans. Quand il voulut que l'arc-en-ciel fust signe de quelque chose plus que naturelle, il en advertit les* hommes. En effect, ce cpi regarde leur salut est trop important pour le leur cacher, eu faisant seulement mine de leur en vouloir dire quelque chose. Ainsy ce que vous me marquez que quelques uns estiment que par ces cinq soleils est présagé un insigne changement [au gouvernement de] l'Eglise dans les cinq années prochaines, je ne le veux pas contredire comme si j'estois

bien asseuré du contraire, mais ces messieurs Ih me pardonneront bien , si je ne les en crois pas, sans qu'ils y adjoustent une révélation du ciel, et tandis que je me tiendray à ce passage, a signis eœli nolite metuere. Certes quand j'y pense, c'est une chose pitoyable de voir que la plus pai't des gens sçavants se laissent ainsy emporter aux opmions populaires et que ces phénomènes pour arriver rarement leurs jettent aussy bien de lapouldreaux yeux que s'ils n'a voient point au moins vraysemblablement leurs causes dans la nature. Je veux bien que nous en ignorions les causes, comme en effet nous les ignorons et ensemble la façon dont ilz sont produictz, mais si cesle ignorance là nousdoibt faire appréhender quelque chose, appréhendons hardiment de tout ce qui est produit en nature, car k vray dire nostre ignorance s'y trouve esgale partout. Que si la plus grande rareté le doibt faire, je trouveray qu'y ayant k craindre partout, et n'y ayant en tout différence que du plus et du moins, il y aura beaucoup plus à craindre en la rare génération des lions qu'en la fréquente des lapins. 0 que j'ay aultresfois admiré l'esprit de Thaïes au banquet des Sages , dans Plutarque , d'Anaxagore en la vie de Périclès et autres semblables hommes endos rencontres extraordinaires! Mais quoy, il n'y en a pas à douzaines dans le monde dé ceux-là. (rPour la production de ces mesmes par^ hélies dont vous demandez aussi mon sen-

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

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