ABBÉ DE GUISTRES ET CONSEILLER DU ROY AU PARLEMENT DE PROVENCE
À AIX
Je ne vous fais ce mot que pour vous tenir adverty de la continuation de ma très bonne santé. J'escris cecy hors du logis parce qu on m'est allé prendre des avant sept heures pour venir desjeuner et après aller voir toutes ces magniûcences et particulièrement les devises et inscriptions préparées pour l'entrée du Roy. Je voulois attendre à demain, mais on m'a dit qu'il y auroit trop de presse. C'est le Père Manchault (sic) , principal du collège des Jésuites ^ cousin germain de ce brave homme que vous avez cogneu et qui est mort en ces dernières
timent, je contredirais k ce que je viens de dire si je vous en dîsois un advis certain. Je n*ay point la vanitë de dire (jne j'en cognoisse la façon et mon humear aulcunement Pyrrboniene [ces deux mots, que le copiste n'avait pas su lire, sont de la main de Peiresc] est bien edoignëe d'en asseurer quelque chose. Ce que je vous en vay aussi dire tout en b^guayant, ne sera que pour vous donner la satisfaction qu'il vous piaist avoir, que je vous en dise peu ou prou , et pour ne vous donner pas subject de croire que je desdaigne vos semonces, si je parois par ce moien ridicule, je seray tousjours au moins officieux, et tesmoignant de la foiblesse en mon esprit j'auray au moins tesmoignë aussy une bonne et constante volonté.
rr Pour commencer donc, j'eusse bien désiré que l'observateur eust remarqué encore plusieurs choses, sçavoir est les diamètres de tous ces cerdes, leur espesseur, la distance des soleils entra eulx, leur grandeur, la disparition du soleil, etc., le vent qu'il
faisoit alors, la constitution précédente de l'air, etc. . . • je dis ete, non pas que je n eusse encore» beaucoup de choses à dira , mais pour reserver quelque chose de ces recoins de papier, à vous dira quelque chose d'un autre subject. Je crains mesme d'en avoir plus dict sur oelluy là qne vous n'eussiez désiré, mais quel ramède? Il ne me fiische que de ce qu'escripvant à la haste et pour en vouloir trop dire, je l'auray dict trop coniîisement pour mon sens, mais je sçay à qui j'escripts et voila pourquoy j'y vais avec une simplicité nompareille. En6n, c'est assez de cela, etc.i*
De Bruxelles, ce xt joiog 1629.
^ J.-B. de Machault, de la Compagnie de Jésus, né à Paris en iSgi, oatré au noviciat en 1609, professa les humanités à Bourges^ la rhétorique à Paris, fut recteur des collèges de Nevers et de Rouen et mourut à PontoLse, le aa mars i64o.
Voir le recueil Backer-Sommervogel, t. II, col. 93i.
guerres du Piedmont, qui a eu la direction de tout ce travail. Je viens de rencontrer un sien frère qui m'a dit comme à Toreiile que le tout sera imprimé dans peu de temps^ Gella me soulagera du soin que j'avois fait dessein de prendre de remarquer et d'escrire le tout par le menu pour vous en faire part. Quand Timpression n en seroit pas faite, ce gentilhomme m'a asseuré qu il m'en feroit recouvrer une copie manuscrite. L'entrée est remise à après demain, si le beau temps qui nous rit ce matin^ pouvoit continuer jusqu'au bout de ce jour-là. Mais on dit qu'il y en aura bien jusqu'à la minuit. La feste en seroit plus belle. Je m'en vay boire à vostre santé après vous avoir encore reprié d'une des choses contenues en mes précédentes si toutes fois il y en a quelqu'une qui soit arrivée jusqu'à vous, c'est de me faire copier et envoyer promptement, s'il vous plaist, ce cahier d'observations que je vous envoyay de ])igne sur mon despart. Une autre fois avec plus de loisir je vous diray pourquoy c'est. Vous ferez, s'il vous plaist, sçavoir de mes nouvelles à mes amis. Le bruit court que le Roy doit estre en campagne dans le xv du mois prochain. Si ce sera pour le Languedoc, pour l'Italie' ou pour tous les deux, c'est sur quoy le monde devine. Mais adieu, brebis qui bele^ etc.
Je suis toujours,
Monsieur,
vostre très obéissant et très affectionné serviteur,
Gassend.
Paris, ce 19 décembre 1698 ^
' Eloges et discours sur la triomphante réception du Roy en sa ville de Paris, après la réduction de la Rochelle, accompagnez des figuTUj tant des ares de triomphe, que des autres préparatifs. Paris, Pierre Rocolet, 1699, iûrf de 180 pages, avec gravures de Melchior Tavernieret Pierre Firens, d après Abraham Bosse. Le recueil parut sans nom d*aateur. Voirie Dictionnaire des anonymes de la Compagnie de Jésus, par le B. P. C. Sommervogel, col. a 58.
' Expression bien gracieuse et dont on peut rappi'ocher ce vers d'un contemporain, Théophile de Viau {Ode sur la paix de l'an^ nie 16^0):
Que le ciel rit k son pUifir.
' On sait que ce fut pour Tltalie (Piémont), et que Louis XIII se distingua entre tous à la journée du Pas-de-Suzc.
* Brebis qui bêle perd sa goolée.
' Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 9536, fol. i&i. Autographe.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC