‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 20 sur 34 · CONSEILLER DU ROY AU PARLEMENT DE PROVENCE · texte numérisé non relu

CONSEILLER DU ROY AU PARLEMENT DE PROVENCE

ÀAIX.

Monsieur, Il y a un mois ou bien peu davantage que je vous escrivy de ceste ville ^ sur mon despart pour la Holkmde. Je ne vous ay point escrit durant tout ce voyage parce que je me reservois tousjours de vous en faire une bien ample relation à mon retour, c'est toutesfois chose qu'à mon grand regret je ne puis point faire maintenant. Je suis arrivé trop tard au matin pour escrire par l'ordinaire, el rencontrant maintenant un coche qui s'en va partir pour Paris, je n'ay pas de loisir assez pour vous dire tout ce que je dezirerois. Pour vous ramplir neantmoins sommairement ceste page, je vous diray que d'icy je m'en allay à Mons ^ où je vey le P. Prévost Jemiste \ dont les escrits sur la théologie sont receus avec beaucoup d'applaudissement^; il salue fort le P. fjhrin; de là par Valenciennes à Doiuiy, où je vey les sieurs Colvareneu\ gardien et autres professeurs et escri vains, et particulièrement le bon M'' Hoius ^ qui me donna une copie de son Orthoepeia '', et me dit qu ii

* C'est la lettre écrite de BruxeBes le 1 5 juin qni vient d'être reproduite en partie dans la dernière note de la lettre VIII,

p. jgS.

* Chef-lieu du Hainaut, èi 5 a kilomètres de Bruxelles.

^ Jean le Prévost, ne à Arras le i8 mars iSyo, entra dans la Compagnie de Jésus le ùU avril iSgQ, enseigna pendant seize ans la théologie à Douai et à Louvain, vécut quelques années à Rome , où il était censeiu* des livres, et mourut ù Mons le 8 juin i63â.

* Le P. le Prévost composa divers com-

mentaires sur les ouvrages de saint Thomas d*Aquin. Voir la liste de ses publications dans le recueil Backer-Sommervogel, édition in-P, t. II, col. 9i&5.

• Georges Colvener, né à Louvain en i56&, fut prévôt de la coll^ale et chancelier de l'université de Doui^^ ; il mourut en 16&9.

* Hoy (André) fut directeur du séminaire d' Arras, puis de Técole de Béthune; il professa le grec, Téloquence et Thistoire h Douai et publia un certain nombre d'ouvrages de 1687 h 163g.

' Était-ce la copie d'un manuscrit qui

avoit eu le bien de disner ane fois avec vous passant par ce pals chez M' le président Richardot^ De là, j'ailay voira Arro^ la fameuse abbaye et bibliothèque de S* Vaast. J'y vey aussi le P. Malapertij Recteur des jemisteSy qui doit faire imprimer un livre de maculis solis ^, et attend seulement que le P. Scheiner^ [ratuheur de PApelles post tabulam)^ qui est maintenant à Rome, ait publié le sien du mesme sujet. Passant par j?e^ thune y M' de Gremieourty gouverneur de la ville, auquel j'avoy des lettres de recommandation, me tesmoigna qu'il avoit ouy parler de vous et dezira que je vous saluasse de sa part. A Ayre^ je vey le tombeau du Roy Pépin y à 5' Omei^ oultre Fabbaye et Bibliothèque fameuse de S^ Bertinje vey les Isles flottantes ^. Je m'embarquay à Calais pour la Hollande peu d'heures après que M'^fe Chasteauneup fust party pour Angleterre ^ quifust le deuadesme de ce mois. Arrivé à la Haye , AP de Baugy Ambassadeur m'y feit beaucoup de caresses. Entre autres choses il me dit que c'estoit luy qui yous avoit fait tenir estant à Bruxelles le pacquet des sieurs Putean'' et Vendelin, et comme nous estions à table nous bevions diverses santez, il voulust particulièrement boire à la vostre: si vous aviez quelque occasion de luy escrire et trouviez bon de l'en remercier, vous le pourriez faire, m'ayant obligé de me donner plusieurs lettres de recommandation pour l'armée et ailleurs, et ayant deziré que je luy

n'aarait pas ëtë imprimé? Je n'en trouve aucune mention dans les articles sur Hoy du Dtetiotmaire de Morëri, de la Nouvelle biographie générale , etc.

^ Jean Grusset-Ricbardot, président du conseil d'Artois, un des négociateurs de TEspagne pour le traité de Vervins, naquit h Champlitte (Haute-Saône) en i5âo, et mourut à Arras en 1609. Son fils, Jean, fut évéque de cette dernière ville en i6oa et archevêque de Cambrai de 1610 à 161A.

* Sur le P. Malapert et son livre, voir le recueil Peiresc-Dupuy,;)<M«tîii.

* Sur le P. Scheiner et ses ouvrages

d'astronomie, voir le recueil Peiresc-Dupuy , passnn.

* Aire-sur-la-Lys (Pas-de-Calais). Au même département appartiennent les villes énumérées un peu plus haut et un peu plus bas (Arras, Bélhune, Calais, Saint-Omer).

* Nous en trouverons une description détaillée dans la lettre suivante.

* Charles de TAubespine, marquis de Châteauneuf , déjà plusieurs fois mentionné dans le recueil Peiresc-Dupuy , ne devait pas rester longtemps en Angleterre: il (ut rappelé. Tannée suivante, pour remplir les fonctions de' garde des sceaux.

' C'estrè-dire Van de Putte.

200 LETTRES DE PEIRESG [1629]

donnasse souvent de mes nouvelles, luy recommandasse mes amis, etc. Je pris congé de luy, fus à Leyden deux ou trois jours, et y vey particulièrement M'' HensiuB^ qui me donna un exemplaire de son Lau$ asini augmenté ^. Ty vey aussi le bon M' Vomus ^, qui me feit bonne chère, comme feit aussi M'' Rivel^. Il seroit trop long de vous dire la peine que cez messieurs, et encores les sieurs Keumius^ et Warslu$ ^ médecins prirent de me &ire voir les églises et tombeaux, le théâtre anatamique où il y a de très rares choses y le jardin, etc. À Amsterdam ^ le sieur Nicolaus a Wassenaer médecin '', qui a correspondance par tout le monde et les plus grandes raretez qu'on luy apporte de tous endroits, dezira à mu relaUan de communiquer aussi avec vous si vous Tavez aggreable; il n eust point le loisir de vous escrire, mais s'il vous plaisoit de lobliger de quelqu'une des vostres, je vous asseure que vous n'en seriez jamais que très satisfait ^. Cest luy Fautheur de ces histoires belgiqués

' Daniel Heinsiiu, bibliothécaire de la ville de Leyde, a éiè meolionnë dans le recueil Peiresc-Dupny.

' Lapremièreëditionderironiqueoavrage est de 1693 (Leyde, in-i* de 99a pages). La seconde ëdilion a été augmentée d'aoe troisième partie {tertta parte auctior) et de divers morceaux plaisants {emn aUis festivi* opuseuUs). Cette édition, due comme la précédente aux EIzévier, est de &38 pages, format in-9A.

' Gérard-Jean Vossius fut professeur de grec ë Leyde et directeur du collège tliéologique de cette ville avant d*aller occuper une chaire d'histoire à Amsterdam. Sur lui , comme sur presque tous les personnages mentionnés en cette lettre, voir le recueil Peiresc-Dupuy.

* 11 s'agit là du célèbi*e théologien calviniste André Rivet, né h Saint-Maixent le 6 août 1873, mort à Bréda le 7 janviei* 1 65 1 .

^ Otiion Heurnius (Van Hëum) vécut de i5i3 i 1601 ; il professa la médecine et

la philosophie à Leyde , et publia divers ouvrages relatifs à ces deux sciences. C'était le (ils de Jean Heurnius, qui avait aussi professé la médecine à Leyde et qui avait été médecin de Maurice de Nassau.

* C'est l'auteur d'une oraison funèbre de Saumaise, publiée par les EIzévier, et intitulée: Adolpki Vorsti med. prof, Oraiio m exeessum illustrU viri Claudii Salmasii, principis erudiiùrum (Leyde, i65&, plaquette in '4* de &o pages).

^ Bougerel (p. &â) lui donne le prénom de Jacques, l'appelle Woésunaer et ajoute qu'il irétoit un gentilhomme des plus anciennes maisons du pays, réduit à professer la médecine 9). Dans la Biognmhie universelle, le gentilhomme médecin est appelé Jean Nicolas de Wassenaer: on le fait naître à Heusden (Hollande); on le montre «ragr^ au collège des médecins d'Amsterdam 9) et on met sa mort aux environs de l'année i639.

* Je n'ai pas trouvé une seule lettre adressée par Peiresc au docteur Wassenaer.

qui s'impriment enjlammand tous les six mois. Quand je luy eus fait voir les parhelies que vous m aviez envoyez, il en feit faire une copie pour Tinserer dans son histoire du semestre passé; il ne le pourra point faire sans que faisant mention de moy il le face aussi de vous. Le sieur Gheritseny qui ]e doit tailler, voulust que je luy traçasse un petit discours des causes de ce phaenomene pour Tadjouster à la description envoyée de Rome \ je ne luy peu barbouiller que la mesme chose que je me souvenois de vous avoir escrite. Je compris qu'il la vouloit aussi imprimer en fueille volante. Le sieur H. Hondius^ me feit voir les livres ou sont des chartes de ta France, et le sieur Janssenius me dit que dans peu de mois nous aurions une nouvelle sperede Copernic , en laquelle par dessus celle que vous avez il y auroit Fhorizon et plusieurs autres choses. A Utrecht comme à Rotterdam je ne trouvay point des gens de lettres de grande réputation; ayant passé par Middelbourg en Zelande'je ne me souvins jamais que ce fust là la demeure du sieur Lantsbergius^, ainsi à mon grand regret je ne l'ay point veu. A Dordrecht, j'avoy desja veu et vey despuis ancore à mon retour de l'armée le sieur Baeckman le meilleur philosophe que faye encore rencontré'^. A Gorckon il y a im Maronite qui a des opinions admirables touchant la disposition du monde. En larmée M'' de Fresnes Canaye pour me faire cognoislre le sieur Albert Girard^ celluy qui a fait

' Parketia seu soks iv spurii qui apparuerunt Rwna die ao Martti i6ag et de eisdem epiitola ad Henrieum Reneriutn, L'opuscule a ea plusieurs éditions (Paris, i63o; La Haye, i656; enGn Lyon, i6S8).

' Le géographe Hondius venait de publier son c^èbre recueil: Nova et accurata Italiœ hodiemœ descripUo, omë de beaucoup de cartes et plans.

' Bougerel, qui n'a pas connu la présente lettre, na mentionné dans la Vie de Gassendi ni Lansbergius, ni Hondius, ni divers autres personnages énumérés ici.

^ Eloge à retenir. J'emprunte aux éditeurs des Œuvres complètes de Ckristiaan

IT

Huygens (La Haye, 1890, t. UI, p. £77) celte note biographique : «rlsaac Beeckman, fils du théologien Abraham Beeckman et de Susanna Van Rhee, naquit vers 1870 h Middelboui^ et mourut à Dordrecbt le ao mai 1637. En 1697, il devint recteur et professeur de logique au gymnase de Dordrecbt, où il fut le précepteur de Jehan de Witt Demeurant en 1617 ë Breda, fl fit la connaissance de René Descartes, d'où résulta une amitié intime. 1»

^ Le mathématicien Albert Girard est Fauteur des Tahks des sinus, tangentes et sécantes, etc. (La Haye, pour Leyde, chez les Elzevier, 1 6â 6 , in-i a , réimprimé en 1 639).

tMPBIVtBIC «AnOVllK.

réimprimer le Marohns ^ ingénieur maintenant au camp , luy donna à soupper en ma compagnie ; au reste tous ces gens là sont pour le mouvement de la Terre. Je fus au camp (vous entendez bien que c est devant Bois le Due ^) tout dimenche et lundy derniers et en partis le mardv sur les neuf heures. J'eus le loisir et le moyen d'y voir toutes choses, les ouvrages des retranchemens et approches sont nompareils, pour leur façon et grandeur, pour la nature des lieux et le peu de temps qu'on a eu à les randre parfaits. Vous ne verrez point de plan qui vous puisse bien faire imaginer ce que c'en est. En tous ceux que j'ay veu ii manque beau->coup de choses. Lundy au soir et la dernière fois que je fus dans les tranchées du cartier du prince d'Orange les François avoient porté leur gallerie à travers le fossé à un pas ou deux piez de la faulse braye' du fort Isabelle. J'y fus jusqu'au bout quoyque proche des coups à la longueur de la picque, je fus aussi jusqu'au bout de ]a gallerie des Anglois, mais elle estoit encore à cinq ou six pas de la face de l'un des bastions du fort S^ Antoine, qui est sans fausse braye. Estant arrivé icy j'ay ouy dire que le soir un grand fort avoit esté desamparé. Le comte Henry est party depuis cinq ou six jours pour aller joindre les troupes de l'Empereur.

Vostre serviteur, Gassend.

De Bruxelles, ce ai juillet 1699*.

' Les œuvres de Samuel Marolois parurent eo 1697 sous ce titre; Opéra geametriea et tnathenuUiea ( 5 vol. in-fol.). Voir le recueil Peiresc-Dupuy (t. I, p. 63 1 -633).

* Sur le siège de Bois-le-Duc, voir le tome II du recueil Peireso-Dupuy, p. iSa.

' La braye ou braie ëtait un ouvrage de défense palissade qu'on plaçait en avant d'une porte ou d'un pont de fortification.

* Collection d'Alfred Morrison, esquire, & Londres. Autographe. Cette lettre a été dérobée (probablement par Libri) dans le manuscrit Fonds français g536 , où elle avait été vue par M. Guérard qui lui avait donné la cote 1 6 9 . Le même M. Guérard , par une note

datée du 8 octobre 1 853, a constaté l'absence du document inscrit par lui sous le n* 1&9. Au sommet de la page, qui est de format in-8", on remarque une petite croix +. Dans un coin au verso, Peiresc a inscrit les indications suivantes :

GâSSMDI

ti joillH 1619.

Brandies.

De maculis in sole du P. Malapertes Scbeiner

le P. Lomii Hotvs Douât

Le S*^ de Goemicourt à Bethuae Le S' de Baogy, Ambassadeur à la Haye Nie. Vassenaer, médecin à Amsterdam Gueriten qui taille en coyvre Jansonias, sa nouvelle sphère de Gopemicoa

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

Monsieur, Vos lettres receues après ma dernière escrite et celle là particulièrement qu'il vous a pieu m'escrire ^ ii de ce mois ont bien

guéri mes aprehensions. Le bon Dieu veuille que vous soyez quitte de la maladie pour la peur que vous en avés eue , et que s'il vous faut . faire des quarantaines, vous ne les puissiés point faire en lieu plus sain que dans la ville mesme. J'ay veuce que M' d'Agutvous escritde nostre pauvre ville ^ et particulièrement de M*^ Taxil^. Il semble qu'il donne e&perance que le bon Dieu allongera son bras et aura enfin pitié des reliques ^ de ce pauvre peuple. Â la mienne volonté que cella soit ainsy et que vous puissiés bientost m'en donner des nouvelles I Ce qui m'a beaucoup rejouy, ça esté de voir par les lettres de M^'d'Agut mesme que le bruit qu'on avoit semé de sa mort se soit trouvé faux. Et une chose qui a beaucoup touché mon sentiment , a esté le soin qu'il vous a pieu luy donner de s'informer si particulièrement de Testât de ce mien amy, mais ce ne sont là que des traits ordinaires de vostre courtoisie et obligeant naturel;- et si je n'use point de remerciment, c'est pour ne faire point tousjours ce qu'il me faudroit tousjours faire. Par mes deux dernières escrites de cette ville depuis mon retour je vous ay donné advis de la réception de mon Epicure. M*^ Haligre en avoit encore eu beaucoup plus de soin en son chemin qu'il ne vous avoit promis. Je me suis donné l'honneur de le voir, et le remercier en la compagnie de M' mon camerade ^, son cousin , qui l'avoit desja aussy

Bnkman Phe [abréviation du mot philosophe] son fiinèbre de Gassendi et son successeur

Albert Gérard, ingénieur i Bosleduc dans la charge de prëvôt du chapitre, voir

Mes flottantes à Saint-Omer |e j^y^^n Peireso-Dupuy. Tombeau de Pepih à Ayre. 4 fl,;^, ^^^ j^ ^^ j^ ^^

' Lacune de la copie. ' Ce camarade ou compagnon de voyage

' De la ville de Digne. était François Lùillier.

^ Sur le chanoine Taxil , auteur de Torai-

prévenu et entretenu de moy. Vous pouvés penser si après vostre recommandation il ma témoigné de Tamitié. li est maintenant aux champs où il est allé voir M' le Ghancellier, son pere^ Avant que de partir il a dessigné quelque partie pour nous voir à son retour plus particulièrement. Le Lexicon hébreu dont mon dit camarade vous fait présent^, n'est deu quà la seule opinion quil a conceu et à Testât particulier qu'il fait et à bon droit de vostre mérite. Je vous puis seulement dire qu il voudroit bien que ce fut par quelque gage de plus d'importance qu'il peut témoigner et l'estime qu'il fait de vous et la passion qu'il a d'estre conservé en l'honneur de vos bonnes grâces. S'il a choisy ce livre là, ça esté pour y avoir quelque part, ayant inspiré le courage au sieur d'Âquin^ de le faire imprimer par la contribution qu'il a faite à la depanse de l'impression. J'ay dit à M*" du Puy qu'il n'estoit pas nécessaire d'en séparer, pour vous en faire voir les premières feuilles, parce que, outre les raisons que vous luy marqués, je vous en avois envoyé quelques unes dès le temps que le livre commençoit à s'imprimer. Avant que partir de Bruxelles pour m'en revenir icy, je vous escrivis sommairement le tour que j'avois fait et une partie de ce que j'avois veu en itkon voyage de Hollande. Je pense bien que ma lettre vous aura esté rendue, puisque M" du Puy m'ont asseuré de vous l'avoir envoyée. Vous y aurés veu, entre autres choses, que j'estois depuis allé voir ces isles flottantes de S^ Omeî* dont vous me faites souvenir par vostre lettre et parce que prévenant le défaut que vous aurés depuis remarqué en ma narration trop succinte, vous désirés que je vous en fasse une plus particulière relation, je vous en vay brièvement dire ce que la mémoire m'en suggérera.

^ Sur le chancelier É. d' Aligre et sur sa famille, voir poêstm le recueil Peiresc-Dupuy.

' Dietionarium hehrœo-ehaUiœo-ikalmU'' diço-rabhinicutn ( Paris , 1 6 a 9 , in-f* ).

' Philippe d*Aquin naquit à Carpentras , vers la fin du xvi* siècle, dans la religion juive; appelé d'abord Mardochée, il reçut le baptême à Aquino (ancien royaume de

Naples) et prit le nom de cette ville. Il mourut à Paris en i65o après avoir publié, outre le dictionnaire déjà cité, divers ouvrages ou opuscules. On connaît sa coUaboratiou active h la Bible polyglotte de Le Jay, laquelle finit de paraître en 1 668. Voir le Dictionnaire bibliographique de Vaucluse, par le docteur Barjavd, t. I, p. 81.

Tout au bas de la ville de S^ Omer ^ il y a une plaine marescageuse entourée de petites colines et qui va aboutissant en forme de vallée vers le Nord- Ouest ^ de la ville du costé de la mer. C'est ce que M' Ghifflet' veut estre le Portus [Iccius] interior*. Cette plaine est entrecoupée d'une infinité des petits canaux qui servent comme des bornes à diverses propriétés toutes presque cultivées et par lesquels les maistres vont avec petits bateaux chacun à la sienne; or aux endroits où ces canaux s'élargissent et font comme des plages de 18, so, 3o, ko toises en quarré ou autre figure, c'est là où sont ces prétendues isles^ Je vous decriray seulement celle en laquelle je coupay un rameau de saule dont je vous vay envoyer un brin par curio* site. Elle est presque en quarré long ayant treize de mes pas de longueur et sept de largeur. Son épaisseur ne me paroissoit pas de plus de trois pieds dont environ l'un estoit emineut sur la surface de l'eau. Elle estoit toute couverte d'une herbe fort épaisse, dont je fis faucher une partie pour en considérer mieux le fonds. Je trouvay que ce fonds n'estoit point terreux comme celuy de nos prairies, mais qu'avec fort peu de terre c'estoit un tissu continuel de racines des susdites herbes, en façon que ce n'estoit là qu'un corps comprimable et spongieux, et qui par sa laxeté et légèreté pouvoit facilement surnager. Sa pesanteur estoit néanmoins telle dans la liberté de l'eau ^, que tout ce que je pouvois faire c'estoit en pressant mon bateau contre le bord ferme, de la faire remuer bien lentement avec une perche dont je la poussois. Un gros goujard qui m'y avoit conduit, plus gaillard que moy "^9 la con-

^ A partir de ces mots la lettre a été reproduite par Boagerel (p. &i-A3),avec de petites modifications.

* crVers le nord-est)», selon Bougerel (p.4i).

' Sur le médecin antiquaire Jean-Jacques Ghiiflet, voir le recueil Peiresc-Dupuy.

* Ce (ut en 1637 que Chifflet publia sa dissertation sur Portus leeius Julii Cœsaris, on il cherche k prouver que ce port était

à Mardick. Sa thèse n*a pas été acceptée par les géographes. La phrase sur fopinion téméraire de Chifflet n*a pas été conservée dans la citation de Bougerel.

* Phrase abrégée par Bougerel.

* Bougerel, trouvant l'expression trop hardie, a voulu Tédulcorer, disant: rrdans Tendroit où Teau étoit libre*).

^ Le timide Bougerel a encore adouci les expressions goujard et gaillard , tournant

206 LETTRES DE PEIRESG [1629]

duisoit par cy par là plus sensiblement en s'en servant comme d'un batteau. Il y avoit une isle voisine presque de mesme grandeur, mais plus ronde. Nous les fismes premièrement baiser et, après, passant entre deux, nous les éloignasmes Tune de lautre d'environ la longueur de nostre batteau. Le fonds de Teau estoit alors d'environ huit pieds et la plage estoit de quelques vingt toises de longeur et de quelques sept ou huit de largeur. La principale herbe qui y estoit, estoit de cette aulgue [algue] qui est comme une espèce de glayeul , et les arbrisaux qui y avoient creu et paroissoient d avoir esté fort tronsonnés n estoient que des petits saules dont le tronc n estoit pas plus gros que deux fois l'épaisseur de mon poulce ^ J'y coupay un baston et, en l'ebranchant, mis dans un livre que j'avois en la pochette quelques bouts de ramaux l'un desquels estoit celuy que vous trouvères dans cette lettre. Si je vous jugeois d'une autre humeur, je ne m'exposerois point en moquerie pour une si légère curiosité , mais pour vous j'ay creu que vous sériés encore bien ayse de considérer ce petit feuillage, ne fust-ce que parce qu'il vous arrivera de si loin^. Je ne vous dis point la satisfaction que j'ay eue ' de voir à mon ayse cette rareté *, les méditations que je faisois quand, assis sur l'herbe, je me voyois emporter comme par un charme * avec les arbres voysins ®. Ce m'est assés de vous avoir simplement recité ^ cette histoire.

Il faut que sur le propos de S^ Omer, et tandis qu'il m'en souvient, je vous die qu'après que M' Wittus ®, moine de Saint-Bertin , et le fils de celuy dont est Histaria Britannica j m'eut fait voir l'église et la bibiio-

ainsi la double difficulté : tr Celui qui me * L*auteur de la Vie de Gassendi a sub-

servoit de patron, beaucoup pins vigoureux sdtué eurwsité h rareté.

que moi. . . » " Bougerel a fait suivre le mot d^arme

^ Bougerel résume la dernière partie de la de Tadjectif secret.

phrase en ces mots: «rdont le tronc n'avoit ^ Id s'arrête la citation de Bougerel.

pas plus de deux pouces d*ëpais8eur». ^ Réciter pour raconter.

* Phrase supprimée par Bougerd , quoi- ' Ce nom, omis dans la copie impar-

qu'elle soit charmante. faite qu en Tabsence du document original

^ Bougerel a cru devoir raccourcir ainsi je suis obligé de suivre, nous est dcmnépar

la première partie de la phrase : cr Jugez de Bougerel qui a analysé le passage relatif h

la satisfaction que j'avois. . . n la visite de cr Tabbaye de Saint-Benottn.

theque de cette fameuse abbaye, il me mena dans sa chambre où, me faisant voir diverses pièces de son travail , il me montra particulièrement Vindicias Childerici régis. C'est un traitté où il montre tout par pièces authentiques tirées de leurs archives que ce dernier Roy de la première race fust véritablement renfermé et porta Thabit dans ce monastère là où nos historiens, comme vous sçavés trop mieux, en parlent si inconstamment et avec si peu de certitude. Une autre pièce qui nous touche, ou pour le moins nos voisins du Languedoc, est l'histoire d'un S* Bernard qui a esté en ce pais la un vray miroir de pénitence, mais l'histoire en seroit trop longue.

Révenant à vostre lettre, j'ay montré à M*" Le Jay ce qu'il y avoit pour luy. Il m'a dit qu'il estoit après de vous faire réponse pour vous remercier de l'honneur que vous luy avés fait en luy escrivant à luy mesme presque les mesmes choses. Je me suis cependant chargé de vous dire qu'il estoitveritablement desja saisi d'un exemplaire arabique de la Bible, mais qu'il cust esté bien aise de pouvoir recouvrer un autre en particulier de Rome pour, en les conférant, avoir plus du plaisir et tirer plus d'asseurance de sa conformité, ou, en cas de

défaut, ^ diversité pouvoir ou corriger ou donner par ce sujet là

les divertissemens nécessaires. C'est donc pour cella que vous l'obligerés bien fort si vous luy en pouvés pratiquer le recouvrement, sinon il faira travailler sur l'exemplaire unique qu'il en a. Pour le Samaritain, il l'a bien entier aussy, mais parce qu'il n'en a point de version, il ne songera point à l'imprimer, et en ce qu'il avoit désiré d'avoir le Pentateuque Samaritain de Rome, c'estoit qu'il croyoit pouvoir recouvrer la mesme version avec.

Je suis très ayse du travail auquel vous avés disposé M** Galaup que je salue de tout mon cœur, et je le seray encore davantage quand j'auray le bien quelque jour de le voir devant mes yeux, ce que j'espère devoir estre par vostre entremise. Vous m'avés singulièrement obligé

^ Lacune dans le manuscrit, comme partout où des points sont marqués en la présente lettre.

208 LETTRES DE PEIRESG [1629]

des nouvelles qu'il vous a pieu de me donner de M*" Valois ^ J'en estois en quelque peine , car icy M*^ Gillier, qui est à Thostel Desdiguieres et qui fait les affaires de M' le Mareschal de Crequy, ne m'en avoit point sceu donner des nouvelles certaines. Je luy ay escrit par l'entremise dudit sieur Gillier depuis mon relour seulement pour luy faire sçavoir que j'estois icy, mais sans sçavoir où ma lettre pourroit ou devroit estre portée. Le livre dont M' Valois vous a parlé, M"" du Puy en a un exemplaire pour vous envoyer^. Je Tavois desja veu avant que partir pour l'Allemagne et en avois dit mon sentiment en ma lettre au P. Mersenne qui enGn se verra peut estre bientosl imprimée. Son opinion de la continuelle circulation du sang par les artères et veines est fort vraysemblable et establie, mais ce que je trouve à dire en son fait est qu'il s'imagine que le sang ne sauroit passer du ventricule droit du cœur au gauche par le [^/^^um], là où il me souvient que le sieur Pay en' nous a fait voir autrefois qu'il y a non seulement des pores, mais des

canaux très ouverts qui rendent cette doctrine évidente. Vous

verrez quelque jour ce que j'en ay dit.

J'aurois encore beaucoup de choses à dire , mais pressé du temps et de la fin de ceste page, je remettray le surplus à une autre fois. J'ay eu une visite depuis 8 heures jusques après onze dont j'aurois bien à vous entretenir, pendant que je voulois commencer la narration des isles, qui a tout précipité mon fait. J'ay seulement à vous prier que si vous pouvés faire donner de mes nouvelles à mes amis, il vous plaise de le faire. Si c'est à Rians que vous ayés envoyé à M*^ de la Vallette^ la lettre que j'avois jointe pour luy à la susdite de Bruxelles, vous n'aurés pas apris la qualité des livres rares dont j'avois oublié de vous

faire mention, qui ont esté apportés du Levant par M" en la

profession de la langue Arabique et destiné successeur ..... en la chaire

^ L*a8lronome de Grenoble déjà men- ' Payan était <r un habile chirurgien

tienne. d'Aixn, au témoignage de Bougerel, qui

* Le livre de Wilh'am Harvey sur la cir- analyse cette lettre (p. 6&-65). culation du sang {Exereitatio anatamica de * Le prieur Joseph Gauthier.

motu cordis et sanguinis in anvnalibus ,169 8).

de mathématiques. Mais quand j'en auray receu la liste que ledit

sieur me promit de m'euvoyer, je vous en fairay part et aiusy

vous ne perdrés rien au delay, si ce n'est qu'en attendant vous puissiés

sçavoir de M' de la Vailette ce que je luy en avois escrit. Je suis en

quelque peine de sçavoir qu'est ce qu'est devenu M'^ de Digne. Il m'avoit

attendu pour le voyage d'Italie. Je ne sçay si enfin il sera parti sans

moy, s'il s'en revient par deçà, ou s'il s'est laissé engager dans ces

dangers de la maladie. Si vous en scavés quelque chose, vous m'obli-

gerés de m'en faire part. M*" du Puy vous escrira les nouvelles de la

surprise de

Vostre, etc.

Gassend.

De Paris, oe 38 aoust 1699 \

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG

Je ne vous fay ce mot que pour m'entretenir dans la possession que j'ay reprise de vous escrire par tous les ordinaires. J'ay esté travaillé huit ou dix jours d'un assez fascheuxflux de ventre, mais par la grâce de Dieu j'en suis maintenant quitte. Je prie Dieu que vous soyez de mesme hors de toutes ces appréhensions que vous avez eues de la maladie, et que je puisse hien tost apprendre quelques bonnes nouvelles de nostre pauvre ville. Geste petite indisposition m'a fait tenir la chambre durant tout le susdit temps, si bien que je n'ay point appris de nouvelles despuis ma dernière que celles qu'on m'y a apportées. S'il y en a quelqu'une qui mérite de vous estre escrite, Monsieur du Puy aura assez de soin de vous en faire part. J'avois desja auparavant rencontré M' Frey^. Il avoit vostre lettre quant à soy, qu'il me feit

* Bibliothèque Mëjanes, à Aix. Collée- ce peraonnage le recueil Peiresc-Dopuy. J'ai tien Peiresc, registre V, fol. 65. Copie. oublie de citer, en la noie 3 de la page &&

* Le docteur Jean-Cécile Frey. Voir sur du tome II, une page curieuse du Dénom^

iiirBianii batiosau.

iî

lire, et me tesmoigna qu'il la portoit et conservoit ainsi pour Testât qu'il en faisoit^ Je ne lu y pariay point de sa mauvaise humeur de jadis, je portay seulement compassion de voir que pour un philosophe il eust de ces petites inesgalités et fus très joyeux, au reste, de voir qu'il fait l'estime que j'avoy deziree de vostre mérite. Il fait r'imprimer ses merveilles, parmy lesquelles et de toutes les curiositez de cabinet qu'il m'a fait voir ^, j'ay principalement admiré ceste pièce de crystal qu'il a avec une portion qui y adhère de la veine nourrissante. Je pense que M' GafTarel vous escrira le bruit qu'ont fait ces Messieurs^ de Sorbone sur la censure de ses Guriositez inouyes. Il n'est pas raisonnable que je le prévienne en cella. Je ne me suis point encore souvenu de dire à M*" Moreau ce que vous m'escrivistes dernièrement du livre de M' Constantin ^ ; pour moy j'en ay esté plus fasché pour la peine que vous y avez prise que pour autre chose. Ce monsieur là croyoit peut estre que ce fust là quelque grand trésor dont on se voulust prévaloir à son desavantage ^. Il en tirera iuy mesme le fruict qu'il pourra et pour vous vous devez estre satisfait de n'avoir rien oublié de ce qui pouvoit regarder soit la mémoire du defunct soit l'honneur du pais. L'importunité des grandes et excessives chaleurs s'est relaschée icy despuis le 3 o du mois passé, auquel jour et sur les dix heures du matin il pleust le plus vivement que j'aye jamais veu pleuvoir, et parmi les grands tonnerres qu'il feit, on m'a rapporté que la fouldre estoit tombée dans le logis de Monsieur le Nonce, qu'elle y a voit fait quelque petit fracas, sortant avoit tué un homme

bremetU qai suit les Mévmre9 de l'abbë de MaroUes (t. III, p. 379) sur rrjanus Cecilius Frey, du canton de Fribourg dans le païs des Suisses, mon maître en philosophie, etc.»

^ C*est la lettre du a mars i6ag ngnalée dans la note qui vient d'être citée.

' Frey, malgré son cabinet de curiosités , ne figure pas dans le Dictionnaire des amateurs français du ivif siècle. Peut-être

M. Edmond Bonnaffî a-t-il considéré comme un étranger ce fik adoptif de la France.

' C'est ici Toccasion de rappeler que Ton n'a conservé aucune des nombreuses lettres écrites à Peiresc par Gaffarel.

^ Le docteur provençal Antoine Constantin, plus haut rencontré.

* Phrase reproduite par Bougerel à la page 37 de la Vie de Gassendi, ainsi que la phrase suivante, jusqu'à l'honnevr du pais.

emmy la me \ avoit bruslé les chausses d'un autre sans endommager sa chair, et avoit ainsi prattiqué quelques petits esgayements. Parmy ce que vous m'aviez escrit ^de ces parhelies qui avoint paru à Aix, j'avoy bien fort admiré principalement deux choses, Tune qu'elles eussent paru sans aucuns cercles comme celles de Rome d'environ le mesme temps, comme celles du temps d'Auguste cum soles in orbem coaluerunt que j'interprète in circulum, comme toutes les autres qui ont esté observées avec quelque curiosité ; l'autre que ceste apparition se soit randûe si fréquente à cest homme que vous dittes qu'il en ait peu former des présages pour le temps. Certes j'eusse bien deziré à propos de cella que cest observateur romain eust entre autres choses remarqué le temps qu'il avoit foit cidevant et après ceste apparition. Pour ce qui regarde le présage des couronnes solaires, je n'y ay encore point trouvé de constance. Cest homme dit que quand les couleurs paroissent bien vives c'est un signe infaillible de pluye. Il est vray que j'ay veu quelquefois pleuvoir après, mais quelquefois aussi je n'ay rien veu que beau temps. Pour achever de remplir cette marge, j'y vay mettre ce qui m'a tantost hazardeusement ^ passé devant les yeux cerchant quelque autre chose parmy mes mémoires : Die maii â3 anno 1 6 3 9 Antwerpiae , corona solaris ejusdem magnitudinis quœ visa ab hora matutina ij m. meridiem et ultra colores valde apparentes ad Boream flavus, rubeus, subviridis omnes tamen pallidiores longe quam in iride. Subnascente prope observavi. Dispositio enim aeris suspicionem aliquam generationis ipsius mox faciendae praebuit. Hebdomada quidem precedens pluvia, sed très aut U [quatuor] immédiate antécédentes dies satis sereni, reliquus dies pulcher, ad auroram diei sequentis guttœ paucae, subsecuta est serenitas per plurimas dies. J'avoy tousjours eu dessein de vous faire part de quelques particularités que j'ay apprises icy touchant la vie et humeurs de Tycho Brahe partie de Janssonius partie d'Arnoldus van Langren qui l'un et l'autre avoint esté avec luy,

* C*e8(-À-cKre : au milieu de la rue. — 'Ce synonyme de fuir hasard n*a jamais été fort employé.

mais je les remettray meshuy à une autre foys ^ Ce mot icy est desja asses bien multiplié. Je baise bien humblement les mains à M' le Baron vostre frère et à M' vostre nepveu. Je ne scais point quel autre de mes amis pourroit estre en disposition de recevoir de mes recommandations et nouvelles par vous. Je m en remets à vous en priant le bon Dieu qu il vous conserve.

Yôstrè très humble serviteur, Gassbnd ^.

De Paris, ce iv* septembre 1699.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

Monsieur, J'ay receu vos deux lettres Tune da x . . . , Tautre du u . . . du mois passé, et ne vous saurois exprimer le ressentiment avec lequel j'ay considéré le soin qu'il vous a pieu prendre tant de mes petites besognes et de M' Taxil que vous saviés estre mon bon amy, que de cette mienne affaire concernant la prevosté. Si M** le prieur de la Vallette vous renvoyant vostre lettre vous a aussy renvoyé celle que je luy avois escrite, vous aurés leu que je le priois de m'envoyer mes papiers touchant ladicte affaire, parce que arrivant en ceste ville j'y trouverois homme à qui resigner mon droit sous pension , s'en pouvant instruire par les pièces. J'avois oublié de luy marquer qu'il m'escrivit en quel estât l'affaire estoit demeurée avant la closture de vostre parlement, d'autant que par quelque une des siennes, je m'estois imaginé qu'elle auroit peu estre jugée par forclusion contre moy. Si c'est là ce que

^ Gassendi n'a pas manqué de repro- corîphm, Nieolai Capemiei, Gwrgii Puer-

diiire ces particularités dans le recueil de baekii et Joatmis R^amonUmi, oclrmoma-

ses notices biographiques sur quatre astro- rum eelebrium vitœ (Paris, lôSi, in-&*).

nomes dont deux surtout sont iUuslres : ' BiUiothèque nationale, fonds français,

Tychams-Brahei equiUs Dont oêtronomanm vol. 96 36, fol. aoa. Autographe.

M" Beneton vous aura dit ou non, je desirerois bien, s'il vous plaisoit, d'en avoir quelque esclaircissement, et quoy qu il en soit il faut que je me tienne, ou, si ledit jugement y est, me remettre sur pied, jusques à ce que, resignant mon droit, je resigne aussy le soin de le poursuivre et ailleurs qu au dit parlement. Pour la règle de mbrogandis^ je ne say point si me pouvant servir, je serois encore dans le temps de l'employer par la levée des nouvelles bulles, comme n'estant point vraysemblable qu'attendu mon absence, et la qualité de la maladie, la connoissance m'en soit venue sitost, n'ayant pris qu'hier au soir vos lettres chés M** Du Puy. Je ne sçauroîs, ce matin, m'en aller instruire pour vous en donner advis à temps par cet ordinaire , bien qu'il m'est advis que ladicte règle n'est point pratiquée en ce pays cy.

Pour le [sujet] dont le s' Beneton^ vous a parlé, je ne me souviens point de ce que c'est. Je m'en vay après celle cy en escrire un mot à M' de la Valette. Vous m'obligerés, s'il vous plait, de la [sic) luy faire tenir, et, s'il vous escrit, comme je le prieray de vous escrire son sentiment, qu'il trouve ladicte levée des bulles bonne, j'ose me dispenser de vous prier de faire fournir en Avignon ce qui sera nécessaire, et aussy tost que j'en auray advis, je ne failleray poiut de vous faire tenir tout ce qui aura esté payé. Je vay aussy escrire un mot au s' Beneton aGn que cepandant il évoque au parlement l'instance de recreance qui aura esté introduite au siège par ces nouveaux impétrants. Je m'advise que peut estre la dicte dispense seroit inutile, n'estant point moy en disposition d'aller faire un nouveau forma dignum dans le temps qu'il faudroit prendre possession, mais M' de la Valette f advisera mieux, s'il luy plait. J'escriray aussy un mot à mon frère pour le resjouir parce qu'il m'a escrit qu'il estoil indisposé. S'il n'estoit plus à Avignon, comme il m'a escrit que peut estre il en sortiroit, et que ma lettre ne luy peut

^ Maître Beneton assista Gassendi dans du chapitre de Digne, une lettre (n** VI,

quelques-uns de ses procès. Voir, à la suite p. 69 ) adressée à M. Beneton , tr procureur en

de ma réimpression de YOratêonJunèbre du la cour du Parlement», le so mars i6A3.

philosophe, parmi les Lettres et requêtes au- Cette lettre est suivie (p. 73 ) d*unc requéle

tographes médites conservées dans les archives rédigée par ce procureur.

2\à LETTRES DE PEIRESG [1629]

point estre rendue, patience. Si fescris aussy un mot à M'Taxil, et qu'il ne le puisse pas recouvrer, à la bonne heure.

J'ay esté fort resjouy d'apprendre le lieu et Testât de la santé de M' de Digne. Ce sera une autre foys que je luy escriray et pour l'aller trouver, comme je pense bien qu'il m'attend , il n'y a pas beaucoup d'apparence, entre autres choses la peste qui s'est reprise à Lyon me pourra servir de quelque excuse.

J'avoys desja apris d'assés bonne part la nouvelle que vous m'avés escrite de la prise de Garthagene en la Castille par les Hollandois, mais ce qui tenoit l'Académie^ en suspend, estoit que M' Grotius n'en avoit eu point de nouvelles dans les lettres de Hollande par le dernier ordinaire, et on s'attendoit à ce qu'il en apprendroit demain. Vous avés raison de dire que cette perte n'est pas moins considérable au Roy d'Espagne que celle de la flotte du mois dernier, si surtout les Hollandois peuvent conserver la place. Après les richesses qu'ils y ont trouvées , ce seroit là le levain de grandes affaires.

Je ne vous avois point escrit les anagrammes qui avoient esté faites en Hollande et en Flandres sur^ le nom de Pieter Hain', après la prise de la dicte flotte, parce que je m'imaginois qu'on vous les auroit écrites d'ailleurs. A tout événement, en cas que vous ne les ayés point veues, 'et bien que la chose ne soit point beaucoup considérable, je m'en vay vous les dire icy tandis qu'il m'en souvient. Les Hollandois donc avoient trouvé dans le mot de PETRYS HAINVS anagramme de ISPANVS RVET et avoient ensuite publié ce distique, bien qu'il ne comprit point l'anagramme :

Qaid jam Borna tui célébras miracuia Pétri ? Petrus apud Batavoa plora stupenda facit

' L*acadëmieoa cabinet des frères Dapuy dëtnjîsit, le ao mars 1698, la flotte espa-

dont Gassendi ëlait le principal ornement gnole dans le golfe do Mexique. Peu de

' Je corrige ainsi Tëvidente faute du co- temps après (90 août 1699), il périt, égë

piste qui avait écrit : sous le nom. de cinquante-neuf ans, à la suite d'un eom»

' L'amiral hollandais Heyn, qui avait bat naval livré sur les cAtes de Flandre

pris San Salvador (Brésil) le 10 juin 1694, aux corsaires de Dunkerque.

Les Flamans donc cherchèrent si dans le mesme nom il y auroit quelque chose à leur advantage , mais le plus beau qu'ils y trouvèrent fut cecy : PETRVS PETRVS HAYNVS, anagramme : HEI PVTRIS ANVS. Ils firent ensuite ce distiche :

Ha, He, He I ridete forisque domique cachinni PetroB apud Batavos navita PVTRIS ANVS.

Je ne sçay si je vous avois marqué d'avoir veu le tombeau qu on creusoit à Delphe ^ et au lieu le plus honnorable de la grande eglize audit Pitrhain. Pour Tinscription qu on luy pouvoit avoir préparée, je ne la peus point apprendre. Mais je m'imaginois qu elle seroit semblable à celle de ladmiral Heemskerck qui mourust en la deflaile de Tarmee espagnoUe auprès de Gilbraltar en 1607, laquelle vous aurés peu voir à une église d'Amsterdam au bas d'un chef d'œuvre qui est la représentation de ladicte bataille navalle en marbre.

Pour le tombeau du Roy Pépin dont vous me parlés en l'une des vostres, je ne vous en sçaurois point donner grande satisfaction, parce que je n'en ay point celle que je desirerois moy mesme. Il faut que vous vous imaginiés que dans la grande église d'Ayre, sous le tiltre de Saint Pierre, on tourne (comme ailleurs) par derrière le maistre autel. Cette closture postique ^ n'est point percée à jour, mais c'est une haute muraille de pierre de taille qui bien que beaucoup brunie ne paroit point neantmoins beaucoup usée par l'aage. Estant donc là derrière, et tournant la face vers l'autel, on voit à main droite, et à demy toise de hauteur dans ladicte closture ou muraille une fenestre treillissée, et à travers une petite voûte sous ce costé là de l'autel dedans, on y voit comme deux chasses, mais faites de pierres et sans artifice, à costé l'une de l'autre, et c'est là ce qu'on dit estre le tombeau du Roy Pépin et de la Reyne Rerthe , sa femme. Pour des epitaphes ou inscriptions, je n'en descouvris point. Je m'en voulus après eclaircir

^ C*e8(4-dire à Ddft, ville forte de la Hollande mëridionale, à i3 kilomètres nord-ouest de Rotterdam. — ' Pour fMxAe.

216 LETTRES DE PEIBESG [1629]

à Bethune de M' de Gremicourt, et à Saint Orner de M' Weith, mais ils me dirent l*un et lautre qu ils nen avoint eu aucuns documens, et qu il n y avoit guère que la tradition joincte à la vénération conti* n^uée en ce pays là de la fille de ces princes. J'en escriray ueantmoins encore à M** de Gremicourt afin que s'il peut, il en desterre et nous en donne quelque plus particulière instruction, ou bien si vous desi* riés de luy escrire , l'ouverture de vostre [commerce , correspondance] ne me sembleroit pas impertinente par ce prétexte.

Quant à la relation des isles flotantes, je vous Fay desja faite par une de mes précédentes de ceste ville. Je pense qu elles vous auront toutes esté rendues, au moins nay-je point laissé passer d'ordinaire depuis mon retour qui fust le. • . du mois passé, sans m'estre donné l'honneur de vous escrire.

M' Gaffarel prit hier la peine de me venir voir^ et comme nous tombasmes à parler de son livre ^, dont il m'a voit obligé de me donner une copie et de la mention qu'il faisoit là dedans en quelques endroits de vous', je luy demanday s'il ne vous en avoit point aussy envoyé un exemplaire. Il me dit que non et qu'il n'osoit plus vous escrire, comme ne sachant point si vous lui faisiés tousjours l'honneur de Taimer, attendu que depuis son retour après tant de fois qu'il vous avoit escrit des choses dont il vous avoit prié, et d'autres qu'il vous avoit en* voyées, il n'avoit point eu le bien d'avoir aucun mot de lettre ou response de vostre part. Je l'adoucis le mieux que je peus et entre autres

' Sur les excellentes relations de ces deux personnages , voir Quatre lettres méditée Je Jacquet Gqfarel (Kgae , 1886, p. 7).

* Gaffarel pnblia deux ouvrages en 1 6 9 9 : une traduction d'un ti*ai(ë du rabbin Elcfaa [De fine munii a R. Ekha ben David, ex hebr. in latin, interprète /. Gaffàrello) sur lequel on peut voir Bougerel (p. 38-39) « ^ '^ ^^ riositez inouyes sur la sculpture talismanique des Persans. C*estdu second de ces ouvrages qu'il est question, comme nous allons le prouver dans la note suivante.

' C'est dans les Curiositez inouyes que Gaffard fait mention de Tami de Gassendi, lequel fut aussi son propre ami, une première fois (p. 173 de Tëdition de 1660) à propos d*un ir instrument merveilleux qu'on void dans le cabinet de M' de Peiresc . . » , une seconde fois (p. 177) à propos des 6gures talismaniques que (r Monsieur de Peiresc, duquel j'ay parie cy- devant, très curieux et sçavant dans l'antiquité, a parmy le grand nombre des raretés de son cabinet. . . ».

choses le fis souvenir de la mention que vous aviés fait de luy en quel* ques unes de celles que vous m'aviez fait l'honneur de m'escrire, marquant que vous attendiés de luy donner de vos nouvelles jusques à ce que vous eussiés remué vostre cabinet pour trouver quelque chose selon son dessein. J'ay jugé à propos de vous escrire cecy afin que sçachant toutes choses, vous en fassiés comme il vous plaira de trouver bon. Pour ledict livre, il est plein de beaucoup de belles et bonnes choses, et je suis marry que M' Gaffarel n'aye trouvé un peu d'adoucissement à certaines façons de parler qui ont fait cabrer quelques uns de ces Mess" de Sorbonne. Il leurs a offert une déclaration assés bien conceue, mais ils ne s'en contentent point, et veulent qu'il y adjoute les termes dont ils avoient desja conceu leurs censures, qu'il avoit esté injurieux à l'Ëscriture, aux SS. Pères, comme il est après, à mon

ad vis, de n'en faire rien et les autres de passer outre le de

ce mois ^

W Tiraqueau, grand vicaire de Mets, a enfin trouvé moyen.de tirer nostre bagage de la ville pour le faire consigner à un charlier qui nous l'apporte. Quand j'auray entre autres choses recouvré mes petites mémoires, je me mettray à repolir et donner la dernière main à mon Epicure. Ce à quoy je m'occupe maintenant, c'est de traduire le x^ livre de Laërce qui est tout d'Epicure rempli de tant de [fautes^] qu'[il n'jest pas presque recognoissable en tous les lieux les plus importants. J'ay devant moy diverses traductions, notes et manuscripts et conférant le tout avec la petite cognoissance que j'ay de la philoso-

' Boagerei, après avoir analyse (p. 66) ia pr^nte lettre qui, dit-il , n*a jamais été imprimée, ajoute : trEn effet la Sorbonne le condamna le i d*août de Tan 1699 et déclara que la doctrine qui y étoit contenue éloit fausse, erronnée, scandaleuse, contraire à rÉcriturc sainte, injurieuse aux Saints Pères, superstitieuse, etc. Gaffarel ne suivit pas le conseil de Gassendi : il donna le quatre d'octobre un acte par lequel il dé-

clare que son intention n'était pas d^aflirmei* tout ce qui était dans son* livre, mais de rapporter seulement ce qu'il avoit lu dans les livres arabes et hébreux, et de n'ajouter foy à leur relation qu'autant que l'Eglise le lui permettroit ... «

* D'après Bougerel (p> 67 ), qui avait pu la lettre originale sous les yeux, c'étaient surtout des fautes d'omission.

oiramBstB sAnovALc.

phie de cet homme, je tasche d'en faire une traduction à ma mode, et que je puisse débiter quand j'employèray 1 authorité de Laerce.

^ qui a imprimé en AUemagne les œuvres de Gampanella,

attend, comme il tesmoigne avec beaucoup d'impatience, que j'aye achevé pour en commencer l'impression. Je ne scay encore ce que j'en feray. J'attends particulièrement advis de ce que je vous marquay par ma première de cette ville, et quoyque je peusse faire, je ne prévois point que, quand je fairay imprimer cette pièce par Tampach, je luy peusse envoyer ma copie avant la fin du mois de mars. Mais c'est assés. Je baise humblement les mains à M' le baron, vostre frère, et suis, etc.

Gassend.

A Paris, ce xi septembre 1699'.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

SBIGNEUR ET ABBE DE CUISTRES , CONSEILLER DU BOY AU PARLEMENT DE PROVENCE ,

AAIX.

Monsieur, Je n ay point encore de nouvelles si les premières des miennes escrites de ceste ville d'environ le 1 o^ du mois passé sont arrivées jusques à vous. Les bruits qu'on fait courir icy plus grands beaucoup que ce que j'ay appris par voz dernières m'en tiennent un peu en suspens. Je ne laissrny point toutesfoys de continuer à vous faire tous les mardis

' Il faut lire ici Tampach , comme on le {Apohgiapro Galileo, plaquette de 58 pages

voit quelques lignes plus loin. Le Manuel in-&*), en 1698 {Realia phUosophiœ epilo-

du libraire signale (t. I, col. iSao) divers ^Wc^p/i'^n^u/itooroùron trouve, p. A17 à

ouvrages de Gampanella imprimés à FranC- â6&, la Civitas solis, idea reipubUcœ plato-

fort par les soins de Godefroy Tampach , nieœ , in-^à'').

impensis Gode/ridi Tampackii, en i6qo ' Bibliothèque Mëjanes, à Aix. Collection

(édition originale du traite: De sensu rerum Peiresc, registre V, fol. 69. Copie. et fnoffia libri quatuor, etc. , in-4") , en 1 63a

El

un petit mot, jusques â ce que j'apprenne ce qui n'arrivera point s'il plaist au bon Dieu que ce commerce entre vous et nous soit tout à fait interrompu. Avec celle que je vous escrivy il y a huit jours j'attachay un pacquet que j'addressay à M"" de Digne, cestoit pour vous oster d'un plus grand soin et le charger luy que je croyois estre suivant vostre dernière en une sienne maison des champs, de faire tenir à M' Taxil et à mon frère deux billets que je leur escrivois. Despuis ' j'ay receu deux lettres de mondit sieur escrivant de Lion, l'une du 7, l'aultre du 1 1 , par lesquelles il me marque qu'il devoit partir de là le i 4*^ pour s'en venir en ceste ville. Ainsi l'addresse de mon pacquet n'aura point esté bonne. Si par bonne fortune vous l'aviez encore en main, ou s'il estoit en part que vous en peu^siez disposer, je vous supplie d'y faire mettre une autre enveloppe et l'addresser à M"" Taxil, sinon tout soit à la bonne heure. M' de Digne entre autres choses m'escrit que le bruit ayant couru de la mort de ma partie ^ il avoit voulu, de l'advis de M*^ le lieutenant Gastagny, envoyer en Avignon pour moy, mais que despuis il ne l'avoit point fait sur un bruit contraire, oultre l'impossibilité qu'il avoit recogneiie de faire passer aucun jusqu'en Avignon; qu'il soit mort ou non, j'ay considéré après ma dernière envoyée que ce que M' Beneton vous avoit dit estoit un advis rapporté suivant l'ordre que vous lui en aviez donné et que soit pour n'estre point dans le temps ou autrement la despence dont je vous avois prié seroit peut estre asses inutile. Je m'en rapporte toulesfois à l'advis que M' le prieur de la Valette vous en aura peu donner. Pour la facilité de faire le a forma dignum?) dont j'estois en peine, je l'auray bien maintenant icy, et si recevant celle cy vous n'aviez point encore envoyé ma précédente à M' de la Valette il vous plairroit de lui en faire marquer un petit mot. Toutesfois je crois qu'il faudroit estre asseuré de la mort du personnage. Ce n'est pas que j'en doute beaucoup, car la qualité de quelques uns des

' C'est-à-dire de Biaise Ausset qai, comme rétignataire de Branel, dernier pourvu, lui contestait la prévôté de Digne depuis Tannée 163a.

impetrans et leur forme d'impetratîon me rendent cette mort comme asseurée , mais c est seulement pour dire qu il suflSroit de faire prendre cependant ]a date, attendant si dans le temps de lever la bulle on n'auroit point des nouvelles plus certaines de ladite mort. Par ma première de ceste ville, je vous escrivy une recepte tant preservalive que curative de la peste ^ Tay despuis considéré que j'y avois fait une équivoque, car où je mis qu il falloil 5 on. tant spermatis ecti que terrae sigiilatae vere, il n'en falloit que demie once de chascune. La haste dont j'escrivy fit que je ne consideray point que ce paragraphe vouloit dire unciœ semissem et non pas uncias 5. Tay pensé de vous en dire cecy afin que si vous trouviez à propos de faire pratiquer ceste recepte, ce niesconle en soit à dire. M^ du Puy vous escrivant toutes nouvelles, il ne me reste rien après vous avoir souhaitté la conservation d'une parfaite santé que je prie aussi à toute vostre famille, sinon de me dire comme je le suis en effet tousjours.

Monsieur,

vostre très obéissant, affectionné et obligé serviteur,

Gassend.

Paris, ce i8 septembre 1629.

M' Luillier, mon camerade, vous salue de toute son affection. L'amitié qu'il me porte et la bonne volonté qu'il a pour moy fera qu'à mon très grand regret j'affligeray un peu M' de Digne en n'allant point passer l'hyver dans Sainte Catherine avec luy ainsi qu'il espère et m'en escrit comme n'en doutant point. Tapprehende un peu son arrivée pour le combat qu'il me faudra souffrir, mais il faut tousjours boire quelque petit calice. Je ne vous dis rien de mes occupations puisqu'elles continuent tousjours les niesmes. M' Gaffarel est encore renvoyé au 1' mensis du mois prochain'^.

^ Cetle lettre ne nous a pas été conservée. — ' Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 9536, loi. 9o3. Aulographe.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

SEIGNEUR ET ABBlî DE GUESTRB , CONSEILLER DU ROY EN SON PARLEMENT DE PROVENCE.

Monsieur, Je vous demande ' très buaibiement pardon si je ne vous entretien point pour ce coup comme j'avois deziré de faire. Un violent accès de fièvre que j'eus vendredy au soir ma laissé tout estourdy, et pressé d'une toux la plus importune du monde, si bien que je n'oze point encore m'empresser à rien et particulièrement à lire ou escrire. Je vous fais seulement ces lignes pour accuser la réception de.voz deux lettres du 3 de ce mois et vous dire qu elles m'ont grandement resjouy voyant que les miennes de ceste ville vous estoint randus et que vous estiez en bonne santé. Si j'ay esté fascbé et appréhende encore de vous savoir en un lieu où il fait si dangereux vous le pouvez penser. Je fey voir à Monsieur l'archevesque ^ ce que vous me marquiez par la première de M' le JPrevost en m'imaginant que vous n'auriez point desaggreable que je prisse ceste liberté et sur tout par ce que je veis qu'il estoil en peine d'en apprendre des nouvelles. Pour la dernière n'estant point sorly de ma chambre despuis vendredy je me suis seulement dispensé de la luy envoyer monslrer scachant qu'il seroit bien aise d'apprendre au vray et sans desguisement Testât de la chose. Je vous ay desja escrit l'équivoque que j'avois faite en la description du remède en mettant une quinque pour une semis. J'espère neantmoins qu'en cas qu'il ait esté prattiqué avant que vous en ayez eu receu l'advis ce mesconte n en aura point altéré l'effect. Monsieur de Digne est attendu icy aujourd'huy ou demain. Je vous ay desja marqué de quoy j'appréhende sa venue. Je ne rescry point pour ce coup à Monsieur de la Valette car vray ment après ceste page achevée je sens que je me presserois Irop^^.

' Uarcfaevéque d*Aix, Alphonse de Richelieu, qui, comme nous Tavons d^jh vu, ëtait également Tami de Peiresc et de Gassendi. — ' C'est-à-dire me fatiguerais trop.

Je lui escriray s'il plaist à Dieu dans huitaine et encore à M' Beneton suivant ce qu^ii m*en a marqué. Il reste que j adjouste icy que le sieur Gulielmus Schicardus, célèbre mathématicien de Tubinge', ayant un généreux dessein de géographie en main, a deziré par Tentremise de M** Diodati que je luy communicasse quelques observations qui servissent à son ouvrage. Je Tay desja fait et parce que dans sa lettre il y a des nouvelles de Keppler que vous serez bien aise d'apprendre, je m'en vay la transcrire icy et puis finir ^. De Kepplero itaque erga quem te bénévole affectum cognosco. Scias domine quod is jam ad annum circiter agat Sagani Silesiœ sub dominio illustrissimi' Frîdlandi nuper etiam Megapoledsium . . . titulo aucti (Vous savez, Monsieur, par parenthèse, que ce tiltre de duc de Mekelbourg est celluy que le seigneur prend maintenant et est tel qu'il luy fait donner de son Excellence) ( t ab illo mathematicarum œque*ac martialium artium perito bénigne habeatur. Non tamen per hanc migrationem desiit esse Gaesaris stipendiarius, sed consensu majestatis ejus propterea illuc se contulit quod per seditionem rusticanam austriaca Lintzia fugatus esset, prœcipuo instrumento suae professionis , typographeio scilicet illius loci per praedictum tumultum exusto. *

Je demeure tousjours,

Monsieur,

vostre trez obéissant, affectionné et obligé serviteur,

Gassend.

A Paris, ce a5 septembre 1699 \

* Nous avons dëjk trouve, dans le recueil Peiresc-Dupuy, fréquente mention de Guillaume Schickard, h savant professeur de Tubingue, à la fois malhëmalicien , astronome, géographe, orientaliste, etc.

* Bougerel (p. 71) a donne cette rapide traduction des renseignements fournis sur Kepler : trll est dans la Silésie auprès du prince Ferdinand, duc de Mekdbourg, et

très bien venu aupri^s de ce prince, qui est non seulement très habile mathématicien, mais encore très sçavant dans Fart de la guerre. Kepler est toujours pensionnaire de TEmpereur ; il s^est retiré \h avec le consentement de ce prince, depuis qu*il a été chassé de Lintz. »

' Bibliothèque nationale, fonds français, vol. g536 , fol. 90&. Autographe.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

ABBÉ ET SEIGNEUR DE GUISTRE, CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENGE,

À AIX

Monsieur, Si ce mot icy peut arriver jusques à vous, il vous dira que par la graec du bon Dieu je me trouve beaucoup mieux maintenant que je ne faisois en vous escrivant il y a aujourd'huy huit jours. J'ay bien encore une toux qui me presse par intervalles, mais comme de jour à aultre elle se rend moins importune , ainsi j^espère d'en estre bien tost entièrement soulagé. Monsieur de Digne est enfin arrivé en ceste ville. Il m'a voit esté bien aisé d'estre bon prophète, mais il m'a bien servy aussi de m'estre généreusement resoulu. J'espère neantmoins que ce bon seigneur n'en relaschera point de la bienveillance dont il m'oblige. Je le vay souvent voir et manger avec luy et tasche de luy faire comprendre qu'il n'est point incompatible ny messeant que je soye en ceste ville, et ne soye point chez luy tout à fait. Ce sont des contes estranges qu'il m'a faits de la fureur de la maladie en nostre païs et des dangers qu'il a courus et de la peine qu'il a eue pour s'en revenir. Dieu veuille que désormais le mal diminue et que particulièrement vostre personne soit exanpte de péril. Nous ne sçavons point si vous estes à Aix ou à Beaugencier, ny comme quoy tout se porte par delà despuis il y aura demain un mois que voz dernières furent escrites. A la mienne volonté que tout se porte mieux et que quand nous ne recouvrerons point de voz lettres, cella vienne du défaut des chemins et non des lieux dont vous pourriez escrire. Icy il y a bien toujours de la maladie et particulièrement au faulx-bourg S^ Marceau, mais vous sçavez le peu de compte qu'on y en fait. Il en mourusl un gentilhomme de ma cognoissance ces jours passés en la rue S^ Antoine, mais ce sont là des accidens qui n'ont point de suite en ce climat icy. J'en avoy fait pareille

observation en Anvers et Bruxelles. Je pense que M' Dupuy vous envoya ]es articles de la composition de Bois le Duc. Tay veu lettre escrite d'Amsterdam qui marquoit qu on ne sçavoit qu'est ce que le comte Henry de Berghe estoit devenu, que ses troupes pressées de nécessité de vivres et d'appréhension avoint abbandoné le pont fait sur l'Ysel, que la garnison de Wesel * couroit jusques à Goloigne et par de là, que les chanoines, prieurs, religieuses qui avoient des prieurés, prébendes ou autres revenus en fonds à Bois le Duc, y pourront demeurer et en jouir leur vie durant sans toutesfois aucun exercice de leur religion. Je marque cecy parce que vous ne le verrez point dans lesdits articles. J'ay encore veu des chanoines catholiques à Utrecht jouissant ainsi de leurs rentes. Monsieur le Prince de Portugal qui me monstroit ladite lettre me dit qu'il aivoit veu des religieuses à Delphe^ qui y achevoint leurs jours de mesme. La cavalerie qui estoit devant Bois le Duc est en campagne, mais on ne scait point encore où; le Gouverneur Grobbendom n'est point ailé droit vers l'infante qui est à ce qu'on dit bien malade. Hier les comtes de la Suze^ et de Roussy^ sortirent de la Bastille. Je demeure tousjours, Monsieur,

vostre très obéissant, affectionné et obligé serviteur,

Gassend.

Paris, ce deuxième octobre 1699 ^

' Ville forte de TAHemagne au confluent Bassompierre, édition de ia Société de

de la Lippe et du Rhin, h ào kilomètres au THistoire de France, t III, p. aa3, aSo.

sud-est de Clèves. ^ Le comte de Roucy (un La RocheTou-

' Pour Delfl, comme nous Tavons déjà cauld) avait probablement été emprisonne

vu h la page a 1 5. pour quelque duel , ainsi que son adversaire.

^ Sur Louis de Champagne, comte de ^ Bibliothèque nationale, fonds français,

laSuze, voir les Mémoires du maréchal de voLgSSG, foL ao5. Autographe.

\ MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG

ABB^ ET SBIGRBOR DB GOISTBES, CORSSILLBB DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROTEKCE,

À AIX

Monsieur, Je suis tousjours souhaittdnt que rempeschement que nous avons de recevoir de voz lettres vienne d'ailleurs que de vostre costé. Nous en sommes desjà vrayment aiïamez. Mais comme nous sçavons bien les difficukez qu'il y a qu'on aille ou vienne par ces pais la , ainsi ce qui nous console parmy les appréhensions que nous avons pour vostre personne c'est que vous aurez bien sceu vous tirer du danger en cas que le mal ait augmenté dans la ville. Le bon Dieu veuille que noz conjectuiies soint vrayes et que vous soyez en part dont vous puissiez faire comme ceux qui voyent du bord de la mer ceux qui font naufrage estant eux mesmes bien en seureté. Je continue de vous bazarder tousjoui*s quelques lignes afin que si elles peuvent passer jusques à vous vous apprenniez Testât auquel vostre serviteur se trouve. Je suis maintenant assez bien Dieu mercy pour ma santé et n'ay plus rien que les restes de ma toux qui m'importune. Je commence de faire trouver bon à Monsieur de Digne qu'il se passe de ma compagnie durant cesl hy ver. Hier tout en disnant avec luy je luy en donnay des persuasions assez bonnes. L'hyver gaigné Dieu pourvoira à tout. J'ay receu ces jours passés des lettres de Monsieur GhiiHet par lesquelles il m'a marqué les nouvelles qu'il a receuès de vous par l'entremise de M*" le Nonce. J'en ay esté bien aise parce qu'il est bien officieux et méritant qu'on se souvienne de luy^ Le bruit couroit hier icy que les HoUandois avoient assiégé Breda. Si la nouvelle est vraye ou non je m'en rapporte. La saison semble y répugner et si rien en peut donner l'occasion c'est à mon

^ PeiresG lui aussi a donne des ëloges à {obligeance du docteur J.-J. Chifflet, comme on le verra dans les lettres qu'il lui adressa et qui paraîtront dans la troisième sërie de ce recueil.

nr. ag

UirRISIBII RATiOlAlK.

advis la considération de la guerre d'Italie. On dit qu'elle s'y allume el que les troupes de l'empereur qui y sont arrivées ont desja pris quelque place dans le Mantouan. Vous aurez peut estre sceu les nouvelles de la mort de M^ le cardinal de Berule^ Il y a aujourd'huy huit jours que nonobstant qu'il se trouvast mal il voulust dire la messe^. Estant au canon' et bien prez de faire la consécration, sa grande Ibiblesse estant recogneûe par deux pères qui lassistoint^, il fut retiré de l'autel bien qu'avec résistance de sa part et remis sur son lit ^. Gomme ces deux pères là croyoint qu'il s'en allast trespasser sur l'heure ils luy demandèrent sa bénédiction^. Voicy les paroles qu'il leur dit : trNostre seigneur Jésus principe du mystère de l'Incarnation vous bénisse au nom du Père du Fils et du Saint-Esprit. 19 Ils vouloint encore avoir quelques paroles de consolation , mais ils ne peurent. On luy administra après l'extrême onction, et comme toute la compagnie fust en sa chambre et à ses pieds pour avoir sa bénédiction, il eust encore la force d'oster son bonnet, joindre ses mains et levant ses yeux en haut dire ces paroles : a Jésus et Maria vos benedicant et regant in nomine patris et filii et spiritus sancti. d II deceda sur les deux ou trois heures

^ La maladie le prit le 37 septembre, èi son retour de Fontainebleau où il avait dlnë chez Richelieu. (Cette note et toutes les notes suivantes relatives à la maladie et à la mort du cardinal de Bërulle, m'ont été fournies par mon savant ami le père Ingold , prêtre de rOratoire et bibliotbëcaire de la maison de Paris.)

* On avait dresse un autel dans la salle d'audience attenante à sa chambre.

^ Tombe une première fois après TÉvangile , il avait voulu repi;pndre le sacriGce , mais il ne put parvenir que jusqu'au canon.

* Cloyseault ( Bibliothèque oratoriennè, t. II, p. 398), nous apprend le nom du jeune confrère qui servit cette dernière messe du cardinal de BëruUe. C'était Charies Lecointe, le futur et si savant auteur des Annales eeele-

siasUei Franearum ( 1 665 à 1 683 , 8 vol. in-P.)

* Sur un petit lit improvisé en face de l'autel.

* Ceci est raconté un peu différemment par tous les historiens du cardinal. Dès qu'on le vit en cette extrémité, disent-ils, le supérieur de la maison, qui était le célèbre père Gibieuf, vint, entouré de la communauté , apporter le saint viatique au mourant. C'est seulement après cette cérémonie que le cardinal donna h ses disciples sa bénédiction en ces termes : Ce m sera pas moi qui vous bénirai, mais Jésus-Christ comme principe et comtnepère, comme principe dans la Trinité et comtnepère dans l'Incarnation, Après cela, on lui donna l'extrème-onction; puis il bénit encore une fois les oratoriens dans les termes que rapporte Gassendi , et mourut

après midy ^ et fust enterré deux jours après. Monsieur de Paris ^ assisté de monsieur de Bellay' et quelques autres fit Toffice^. Son corps fust remis dans une bière de plomb et posé dans une muraille de leur petite église ^ en attendant que la grande soit achevée et beniste pour y en faire la translation. Monsieur Luillier mon camerade vous baise bien humblement et affectueusement les mains. Moy je suis tousjours.

Monsieur,

vostre très obéissant, affectionné et obligé serviteur,

Gassend ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

SBI6NBUR ET ÂBBE DE CUISTRES, CONSEaLER DU ROY EN SON PARLEMENT DE PROVENCE,

ÀAIX.

Monsieur, J ay enfin esté tiré d'une grande peine par celles que j'ay eu le bien d'avoir de vous et de Monsieur le Baron vostre frère de la fin du

' Un peu avant une heure de Taprès-niidi.

* Jean-François de Gondi , qui siégea de fCsS h i65& (ai mars).

^ Jean-Pierre Camus de Pontcarrë, qui, nomme ëvéque de Beliey en 1 608 , se démit de son ëvéchë en 1639.

* Voici de précieux détails sur cette cérémonie, au sujet de laquelle aucun des historiens du fondateur de TOratoirene nous renseigne aussi bien. Ils nous disent simplement que les obsèques de M. de Bénille furent célébrées trsans rien de la pompe qu*autorisait et semblait même réclamer sa haute dignité». Nous apprenons, au contraire, par ce passage, que ces obsèques se firent avec une certaine solennité, puisque Tévéque de Paris, assisté du célèbre Camus, les présida.

* Ceci n'est pas tout à fait exact. C'est bien dans la grande église de TOratoire (aujourd'hui le temple de TOratoii'e Saint-Honoré) que fut tout de suite inhumé le cardinal de Bérulle. Il est vrai qu'elle était inachevée en ce moment, mais die ne fut terminée que longtemps après, vers le miUeu du xviu* siècle. Le coips du cardinal de Bérulle fut provisoirement déposé dans une chapelle , et enGn , le 9 1 juillet 1 669 , mis en terre au-dessous d'un mausolée superbe , de François Anguier. Aujourd'hui les restes précieux du restaurateur de la vie sacerdotale en France sont conservés dans la chapelle du séminaire Saint-Sulpice de Paris. Conférez VÉglUe de t Oratoire Saint- Honoré, par le P. Ingold, p. & 6 et 81.

* Bibliothèque nationale, fonds français,

mois passé. J'ay appris que vous estiés retiré à Beaugencier de quoy j'ay esté infiniment aise , désirant bien fort de n apprendre point que vous en deslogiez pour retourner à Aix que la ville ne soit vuide non seulement du mal, mais du soupeçon mesme. Tay eu ces jours passés des lettres tant de Monsieur du Chaffaut que de Monsieur Gastagny S par lesquelles j'ay appris entre autres choses que le bruit qui avoit couru de la mort de ma partie s'estoit trouvé faulx. Gella veut dire qu il n y a point de mal de ne s'estre point hasté à avoir des Bulles de subrogation. Tay aussi receu des lettres de Monsieur de Baugy, Ambassadeur en Hollande, qui entre autres choses, parce que je luy avois marqué le ressentiment^ que vous aviez eu de son souvenir, m'a recommandé de l'entretenir en voz bonnes grâces. Je suis en grande disposition de me voir despestré' de Monsieur de Digne au moins pour rhyver et suis après de mettre la main à mon Epicure. Il ne me reste plus que cinq ou six après disnées à achever de parcourir la bibliothèque de Monsieur de Thou dontapres j aurayveu tous les livres Tun après Tautre. Je ne disposeray point peut estre la pièce comme je vous avois marqué. Je présume toutes fois que les dernières pensées seront les meilleures ^ Vous aviez cogneu monsieur Maurin^. Il a esté installé en la chaire de mathématique occupée cy devant par le sieur Sanclarus ^. J'en ay esté aise infiniment parce que c'est un bien méritant et très bon personnage et à qui il manquoit une fortune comme

9536, fol. 906. Autographe. La date de cette lettre était dans la marge qui a "été mutilée ; il ne reste plus que le mot Denys, Gassendi avait donc écrit la présente lettre le jour de la fête de saint Denis, c'est-àdire le 9 octobre.

* C'étaient des amis que Gassendi possédait à Digne. Bougerel n'a fait mention ni de Tun ni de l'autre.

* Ressentiment est ici employé dans le sens de reconnaissanee.

' Le mot est un peu familier, même un peu irrévérencieux, mais que ne peut-on

se permettre de dire en causant avec un intime ami?

* Ce qui regarde la bibliothèque de M. de ^Thou et le travail sur Épicure a été repro-

luit par Bougerel dans la Vie de Gauenii p. 65).

* Jean-Baptiste Morin, déjà mentionné dans le recueil Peireso-Dupuy.

* David de Saint-Clair. Sur ce personnage, comme sur son successeur, voir l'abbé Gouje^, Mémoire historique sur le collège royal (t. II, p. i96-is8 pour le premier, t. II, p. 137-1 47 pour le second).

celle la ^ Il fust receu aussi tost après le retour du Roy \ mais je me suis seulement souvenu astqre de vous Tescrire sur ce que je lattens avec une lettre qu'il aura escrite ou fait le dessein d'escrire à Monsieur de la Vallete (sic) ^. Si elle n est^oint attachée à celle cy et qu'il vous plaise feire donner de mes nouveljes et recommandations à Monsieur le Prieur de la Yallette (ne) vous luy ferez un singulier plaisir de luy faire sçavoir ce que je vous en dy. Monsieur Luillier mon camerade vous salue de tout son cœur et moy de tout le mien, Je suis vostre serviteur,

Gassend^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG

ÀAIX.

Monsieur, Apres les nouvelles de ma santé qui par la grâce de Dieu sont fort bonnes la principale chose que j'aye à vous dire c'est que Monsieur Le Jay ^ a pris la peine de me venir prier de vous r'escrire touchant

^ Cet âoge ne devait pas être toujours mérite. Gassendi, en i643 , fut oblige de se brouiller avee Morin qui Taceabla d*injures dans un opuscule intitule : Les autels de la terre brisés (Paris, in-4'). Dans ce livre Morin taxait d^bërësie son ancien ami. La querdle recommença en 16&9 et fut plus violente que jamais , Morin n'ayant pas craint de reprocher à son adversaire ignorance et déloyauté.

* On voit que les biographes, même les plus récents, ont tort de mettre en i63o la Domination de Morin qui, comme Taffirme Peiresc, fut installé dans sa chaire aussitôt après le retour à Paris du roi , qui était parti de Nimes le 1 5 juillet 1639.

^ Sur les relations de J.-^B. Morin avec Joseph Gautier, qui Teut pour hôte dans sa maison d*Aix, voir Bougerel, Vie de Gassendi, passim,

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 9536, fol. 907. Autographe. La lettre doit 1 être de Tautomne de Tannée 1699. La date 1 était dans la marge à un endroit qui a été déchiré.

^ L'avocat au pariement de Paris , Guy- Michel Le Jay, dont il est si souvent question dans le recueil Peiresc-Dupuy, ainsi que de sa belle entreprise, Fimpression de la Bible polyglotte qui a immortalisé son nom et sa générosité.

le Pentateuche Samaritain dont vous nous aviez eacrit. Il a appris la differance qu'il y a de celluy là avec cellu^ qui est en ceste ville. Cella fait que pour randre son ouvrage plus accooiply, ii ne dezire point imprimer l'un, sans marquer par r'envoy ce en quoy il différera de l'autre. Il vous supplie donc de tout son cœur qu'il vous plaize prendre la peine de luy faire recouvrer de Rome ce Pentateuche qui s'y trouve et moy puisqu'il Ta deziré j'y adjouste aussi mes prières. C'est un personnage dont vous recognoissez desjale mérite, et qui ne manquera point de randre le tesmoinage qu'il devra au soin qu'il vous plaira prendre de ceste affaire. Je m'imagine bien et je luy ay dit qu'attendu Testât présent des choses il y pourra avoir de la difficulté à luy procurer si tôst son contentement, mais ce luy est assez dé sçavoir qu'en ayant seulement receu l'advis vous soyez homme qui ne perdiez point de temps en ce qui regarde le bien public ou l'interest des gens de lettres. Je n'auray point si tost achevé de parcourir la bibliothèque de Monsieur de Thou que je m'estois proposé ; ayant commencé par le bout qui m'estoit plus familier, je n'avoy point mesuré le temps qui me restoit à un assez juste pied, il pourra estre toutesfois que j'en cheviray entre icy et la Toussains. Je n'ay point encore manqué d'y employer dez assés longtemps toutes les après disnées excepté hier, ayant esté diverty après avoir assisté à l'ouverture du Chastelet avec Monsieur mon camerade, où M*^ le Lieutenant civil son beau frère fait des merveilles ^ Nous allasmes après disner chez son autre beau frère M' de Sarron ^ où M' de Champigny' survenant de Fontainebleau nous feit le compte tout en disnant de ce fourbe qui avoit voulu faire croire au despens de sa peau qu'il y avoit des gens en campagne avec le dessein d'attenter

' Ce lieutenant civil, beau-frère de François Luillier, était Michel Moreau, lequel avait ëpousë Isabelle Luillier. Voir le fiiscicale \VI des Corregpondants de Peirese, p. lâ.

' Marie Luillier avait été mariée ^vec François Bochart, seigneur de Saron, qui fut maître des requêtes, conseiller d'État,

intendant de justice, etc. Voir le fascicule cité dans la note précédente, p. lo.

'^ Jean Bochart, seigneur de Ghampigni, parent du pi*écédent, allait être nommé premier président du parlement de Paris quelques semaines plus tard, - mais il n'occupa cette charge que bien peu de temps, étant décédé le ay avril i63o.

à la personne du Roy. Ce (iist iny qui Texamina et tira la confession de sa forfanterie. Voila pourquoy il nous en pouvoit parier avec certitude. Je vous en marquerois quelques particuiaritez si je ne presnmois que vous les sceussies desja.

Vostre serviteur, Gassend.

A Paris, ee 33 octdu^ 1699.

Monsieur Luillier mon camerade vous baise les mains de tout son cœur*.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

À AIX

Monsieur, Le derir que j'ay d'apprendre des nouvelles de vostre santé fait que je me rauds importun à vous advertir de la mienne. Je suis tousjours fort gaillard Dieu mercy et la seule peine que j'ay, c'est de no sçavoir point comment est-ce qu'il va maintenant parmy vous touchant Testât de ces maladies. Nous avons icy despuis sept ou huit jours le plus beau temps du monde, je présume qu'en estant de mesme en Provence, si vous y avez la santé vous n'avez pas de quoy vous plaindre. Souvenez vous s'il vous plaist tousjours quoy qu'il arrive de vous conserver et pour vous et pour vos amis et serviteurs. Nous n'avons icy rien de nouveau ou que pour le moins M' Du Puy ne vous escrive. Le Roy se doit randre aujourd'huy de Versailles à S* Germain et la Reyne mère part aussi aujourd'huy pour s'y en aller. On m'a asseuré que le Roy veut aller passer l'hyver à Troye en Champagne^. Poui^ quoy cella peut estre ce n'est pas à moy à le deviner. On n'imprime plus icy des pièces curieuses despuis ces grandes defences. Je vous

* Bibliothèque nationale , fonds français , ^SSô , fol. ao8. Aut<^raphe. — ' Malgré Tossnrance donnée à Gassendi, Louis XIII ne passa point Thiver à Troyes.

â32 LETTRES DE PEIRESG [1629]

envoyeray une copie de la retractation de M' Gaffarel qu on a faite imprimer avec la censure de Picherel, mais je pense que M' Du Puy vous en a desja empaqueté une. Je commence de r ajuster mes flustes; de sçavoir qu est-ce que j'en feray après, ladvenir le nous dira. Pauray tantost achevé de parcourir la Bibliothèque S si après ceila je me reposeray ou iray encore boire la poulsiere de quelques autres j'y adviseray tout doucement. Je coule cependant tousjours fort doucement Teage en la compagnie de M' mou camerade ^ qui vous baise tousjours bien fort les mains. Continuez tousjours s'il vous plaist de m'hounorer de vostre bien-vueillance. Pour moy je ne cesseray jamais d*estre, Monsieur,

vostre très obéissant et très affectionné serviteur,

Gassbnd.

A Paris, ce 3o oetobre i6s9\

À MONSjœUR, MONSIEUR DE PEIRESC,

ABBl£ ET SEIGNEUR DE GUISTBES, CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE,

À AIX

Monsieur, Craignant de n avoir pas le loisir demain matin de vous escrire, et me trouvant à présent en commodité de vous faire ces lignes chez

^ La bibliothèqae de Thou dont il a été questioD déjk et dont Gassendi va reparier encore dans la lettre suivante.

' CétaittantAt à la ville et tantôt à la campagne. Si Ton me demandait où <^tait situëe la maison de campagne de François Luillier, je dirais que Tallemant des Rëaux ne l'indique pas dans Thistorielte consacrée h Torigmal magistrat(t. IV, p. 191-1 98). Mais BQuchard

{Les cor^essims, p. 56) nous appi^nd que son ami travoit une petite maison au bout des faubourgs d'Alexandrie», c*est4Hlire de Paris. L'éditeup des Confesnons met sous ce passage la note que voici : cr probablement à la Chapelle Saint-Denis, où était né Chapelle quatre ans auparavant, en 16a 6.»

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 9536, fol. 910. Autographe.

Messieurs Du Puy , je les fÎEf is pour les leur laisser, afln qu'ils les mettent

dans leur pacquet, et seulement pour vous dire que par la grâce de

Dieu je continue tousjours en bonne santé. Je vien d'achever de voir

au moins tous les tittres des livres de ceste belle bibliothèque. Pour le

dedans j'y ay parcouru une partie de ce qui estoit de mou goust et

pour le surplus j'en ay pris quelques mémoires pour le voir après à

loisir. C'est assez que je sçache ce que c'est, et oil je le pourroy

trouver. J'ay aussi recommencé aujourd'huy de voir quelques prattiques

de chymie en un cours qui s'en fait composé tout d'honnestes gens. Je

vous baise très humblement les mains et à M** le Baron vostre frère et à

M*" vostre nepveu. Si je croyois^que vous eussiez bien la commodité de

faire tenir quelques lettres à Digne ou ailleurs, je vous en donnerois Tim-

portuhité, mais je me creins fort que la difficulté n'en fust trop grande.

Vivez joyeux et avec le soin de vostre conservation. Honnorez-moi tous^

jours, s'il vous plaist, de vostre amitié et continuez de me croire.

Monsieur,

vostre très obéissant et très affectionné serviteur,

Gassend.

A Paris, ce 6 novembre 1699 ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

ABB^ ET SEIGNEUB DE GDISTRES, CONSEILLER DU ROT AU PARLEMENT DE PROVENCE,

ÀAIX.

Monsieur,

Ce mot sera seulement pour continuer à vous dir^e que nous nous

portons tous bien par-deça, et que nous sommes encore tousjours lan-

guissans aprez voz nouvelles. Je vien de passer chez Messieurs Du Puy

qui m'ont dit qu'ils ne vous escrivoint point par cest ordinaire. Ils se

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 9886, fol. fi 10. Autographe.

ptraisnn iatioiau.

portent bien et continuent tousjours dans la mesme douceur et entretien de l'Académie. Tout ce qu'il y a icy de plu8 nouveau c'est le retour de la cour revenue ces jours passés , et du Roy qui doit arriver aujourd'huy . Monsieur de Champigny fiist fait premier Président et presta serment entre les mains du Roy à S* Germain mercredy dernier, et aujourd'huy il doit estre receu en la cour^ J'ay receu ces jours passés une lettre de Monsieur Diodaty par laquelle il me prie de vous présenter ses très humbles recommandations. Il me marque qu'il a en main un exemplaire du concile de Trente^ de ceste dernière impression en italien qu'un sien cousin en a fait faire pour vous en faire présent, et qu'il est seulement en peine du moyen de le vous faire tenir. Si par cas fortuit vous escriviez en ce pais là , et trouviez à propos de faire part de voz nouvelles à ce brave homme qui vous honnore infiniment, vous l'obligeriez bien fort de luy faire sçavoir l'addresse qu'il devroit tenir, non seulement pour ledit livre, mais encore pour tels auti*es qu'il vous plairoit exiger de son industrie. Le sieur d*Âquin^ me doit donner un exemplaire de l'examen du monde qu'il a traduit d'un certain Rabin ^ pour le vous faire tenir; s'il le me donne je le remettray avec tout ce qui est desja entre les mains de Messieurs Du Puy. Je ne sçais si j'avois oublié de vous escrire la mort du pauvre M' Bértius^ qui arriva deux jours après celle de Monsieur le cardinal de Berule® dont je vous avois ce me semble donné advis. Un M"" Tarin a eu sa chaire''

' Od a souvent prétendu que la nomination de Jean Bochart, seigneur de Champigny, fut faite en novembre 1698. Je m'accuse d'avoir moi-même répété cette errem-, après Moréri et bien d'autres (fascicule XVI des ComspmdanU de Peiresc, p. 10, note â).

' L'histoire du Concile de Trente par Fra Paolo Sarpi.

' Philippe d'Aquin, déjà plus haut mentionné.

^ Bechinatk Ohm, au l'examen du monde de Rabbi Jacob (Paris, 1639, in-8*).

^ Sur le géographe Pierre Bertius, voir le recueil Peiresc-Dupuy.

* On dit généralement que Bertius mourut le 3 octobre. S'il était mort, comme l'assure Gassendi, deux jours après le cardinal de Bérulle, il fisiudrait mettre son décès au & octobre.

' Sur Jean Tarin, voir le tome II du recueil Peiresc-Dupuy, p. 3 16. Je n'ai cité ià ni l'abbé Goujet {Mémoire $ur le collège royal) , ni les Litres de Guy Patin , ni l'excellent article de M. C. Port (de l'Institut) dans le Dictionnaire de Maine^t^Loire»

mais sans gaiges, comme en effet elle navoit esté cstablie que pour la seule considération de la personne du dit sieur Bertius. M" Morin feit hier son ouverture avec le reste des professeurs. Je coutinûe tou»jours dans les mesmes exercices. Vous ferez s'il vous plaist mes recommandations telles que vous pourrez et jugerez à propos. Je vous fay celles de M' Luillier mon camerade et demeure tousjours, Monsieur,

vostre très humble et très affectionné serviteur,

Gassbnd.

A Paris, ce i3 novembre 1639.

Comme je disoy à Monsieur mon camerade le contenu de ceste lettre, 4 ma ditquil seroit bien aise que vous^sceussiez comme quoy il a l'honneur d'estre très proche allié de M' le premier président. Il me semble vous avoir marqué que Monsieur de Sarron fils de Monsieur le premier président conseiller au grand conseil a espousé une de ses seurs, afin qu'ayant le bien d'estre aimé comme il est de luy, s'il pouvoit vous servir en quelque chose auprès de sa personne vous l'employez avec liberté ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

SEIGNEUR ET ABBE DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROT AU PARLEMENT DE PROVENCE,

À AIX

Monsieur,

J'avoy discontinué ces deux ou trois ordinaires de vous escrire à

l'exemple de Monsieur Du Puy. Nous ayant despuîs M' Pelletier asseuré

que par lettres de M' d'Agut vous estiez gaillard , et nous estans imaginez

que bien que nous n'eussions pas de voz nouvelles noz lettres pourront

^ Bibliothèque Dationale, fonds français, gSSG, fol. su. Autographe.

236 LETTRES DE PEIRESC [162ft]

bien arriver jusques à vous, nous avons resoulu de ne faire point

d'interruptions si grandes. Je ne vous escrivy point il y a huit jours

me contentant des recommandations que M' du Puy me promit

mettre de moy dans sa lettre. Aujourd'huy j'ay voulu joindre ce mot

à l'imprimé que je vous envoyée C'est l'eau qui s'en rêva à sa source.

Vous n'y verrez rien de nouveau que le charactere et un peu de mon

jargon qu'on y a adjousté; encore vous avois-je desja escrit presque la

mesme chose. On m'en a envoyé quatre copies par le dernier ordinaire

de Hollande, les trois m'ont esté enlevées, j'ay garanty celle-cy comme

vous estant deûe. Je ne la prise pour ce qui me touche que parce que

j'ay donné sujet d'y estre fait mention de vous. Ces messieurs qui

l'ont fait imprimer y ont appliqué le tiltre et m'ont qualifié comme ils

ont voulu. J'en serois vrayment'bien honteux s'ilne paroissoit que la

chose n'a point esté faite de mon consentement. Quoy que c'en soit

vous verrez ia pièce, et tout le premier continuerez d'excuser mes

petites ignorances. Je vous baise très humblement les mains, à M' le

Baron vostre frère et à Monsieur vostre nepveu et demeure tousjours.

Monsieur,

vostre très obéissant et très affectionné serviteur,

Gassbnd.

A Paris, ce xi* décembre 1639.

M"" Luillier mon camerade vous baise les mains et me charge de vous faire ses très humbles recommandations^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

Monsieur, Je n'ay point deu laisser passer cette occasion sans vous donner de

' C'était, dit Bougerd qui analyse (p. 70) la présenté lettre, trun exemplaire de son phénomène des parhdies imprimé en Hollande i». — * Bibliothèque nationale, fonds français, g5 3 6 , fol. 9 1 a . Autographe.

mes nouvelles, puisque j'ay quelque asseurance que tost ou tard ma lettre vous sera randue. Si j'ay desjà despuis asses long temps discontinué de vous escrire, ça esté l'imagination que j'ay eue que Testât de la maladie empeschoit noz lettres d'arriver jusques à vous. En cas que vous les receviez toutes à la fois, il y en aura assés bon nombre. Vous n'y trouverez rien de particulier de ma part qu'une copie du phœnomene de Rome que vous m'aviez envoyé, imprimé à Amsterdam. Je ne vous avoy point fait part du catalogue que M' Golius m'avoit envoyé\ parce que M' du Puy en avoit mis quelque copie dans ses pacquets. Je vous en vay à l'adventure envoyer encore un, afin que s'il vous plaist vous en faciez part à vostre commodité à M' le prieur de la Vallette. Vous trouverez dans ce mesme pacquet quelques copies d'un livre dont M'Luillier vous escrit^. Peut estre je pourray sçavoir et vous marquer à quelque autre occasion qui est ce Tubero, qualifié l'autheurMe la pièce. En envoyant le catalogue à M" de la Vallette vous obligerez s'il vous plaist M*" Luillier et moy de luy faire aussi tenir une desdittes copies, peut-estre y adjouteray-je un mot de lettre. Nous passons tous jours le temps assés doucement ensemble et avons quelque dessein d'aller faire un tour en Angleterre dans ce mois de may'. Si vous avez quelque chose à nous employer en ce pais là , vous nous en pourrez s'il vous plaist donner advis. Nous avons commencé de donner quelques heures à l'estude de la langue arabique. C'est pour pouvoir quelque jour devenir interprètes de quelqu'une de voz curiositez. La cognoissance de la langue hebraique nous y sert beaucoup. Nous y advancerons

' Boagerel a eu soin de rappder (p. 68) qa*en 1699 Gassendi avait écrit à Jacques Golius, successeur de Thomas Erpenius dans la chaire de langue arabe à l'Université de Leyde, le priant de donner au public le catalogue des manuscrits qu'il avait apportés d'Orient, et que les savants souhaitaient avec impatience. «

* Voir cette lettre, écrite de Paris le 33 mars ]63o, dans le fascicule XVI des

Correspondants de Peirese, p. 5. Le livre en question était intitulé : Dialogues faits à l'imitation des anciens. L'auteur était François de la Mothe-le-Vayep qui s'était caché sous le nom de Orasius Tubero. Voir sur les Dial<^fues, dans le fascicule déjà cité et à la même page 5 , une note où j'ai résumé et sur un point complété les indications spéciales fournies par M. René Kerviler. ' Le voyage projeté ne se fit pas.

238 LETTRES DE PEIRESG [1630]

ce que nous pourrons sans nous destoumer de noz plus sérieuses estudes. Le P. Mersenne fait imprimer ma lettre par Cramoisy^ On y travaille assez lentement. Si elle est achevée avant noslre despart, je vous en pourray envoyer moy niesme quelques exemplaires. Je vous baise très humblement les mains, à W le Baron vostre frère et à M' vostre nepveu et suis tousjours.

Monsieur,

vostre très obéissant et très affectionné serviteur,

Gassendi^.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY.

Je crois bien que vous aurez veu en l'Académie le siem* Samuel Petit et que vous n'aurez pas moings prins de goust en la douceur de sa conversation que Messieurs du Puy qui s'en louent tant et qui sont demeurez si bien édifiez des eschantillons qu'ils ont veuz de son Plaute, et des autres beaux ouvrages qu'il a pretz à mettre soubz la presse. Je veux dire que vous aurez trouvé assez de subject de vous lier d'amitié avec luy sans qu'il luy faille d'autre addresse à vous, mais si falloit-il que je vous disse que je suis son serviteur très obligé et que vous me pouvez aultant et plus obliger en sa personne que vous sçauriez faire en la mienne propre, comme aussy M'Lhuillier lequel je supplie vouloir rendre à ce personnage les bons offices qu'il luy plaisoit m'offrir envers M"" le premier président de Ghampigni, son parent,

' La lettre contre R. Fladd : EpistoUea exereitalio in qm prœcipua frincipia pkilomh phiae Roberti Fluddi dHegeniur, etc. , iii-8*. L'ouvrage est dëdië au P. Merseone qui n'aurait pu trouver un meilleur défenseur.

* Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 9536, fol. SI 3. Autographe. I^ lettre

n'est pas datée, mais si elle a ëtë ëcrite en même temps que la lettre de Fr. Luillier dont elle était accompagnée, elle serait du a3 mars i63o. Signalons dans la collection Dupuy, volume 688, fol. 87, une lettre de Gassendi à Peiresc sar l'observation de l'éclipsé, datée du 10 juin i63o.

et encoresses autres amys, pour luy procurer de bons patrons, qui luy puissent faire ressentir quelque secours afin qu il aye de quoy vacquer plus paisiblement à ses estudés et qu'il ne soit pas contrainct de retourner à Nismes parmy ces esprits aussy malades que sont à présent les corps de la plus part dans la plus grande violence de la maladie contagieuse. Je m'asseure que vous vous acquitterez dignement de cesle mienne très humble prière, et que vous prendrez un grand plaisir de le mener et chez vous et chez M'' d'Halligre et chez tous vos bons seigneurs et amis et particulièrement encores les miens. Mais que vous luy ferez part volontiers de vos singularitez, comme je vous en supplie, et de luy faire sçavoir ce que je vous avois escript de ces lettres et livres en langue samaritaine dont je pense qu'il se pourroit rendre bien curieux et ayder un jour le public de bien rares observations, à la suite de celles de feu M' Scaliger, ayant desja trouvé de belles choses à escripre sur le Gomput desdicts Samaritains rapporté par ledict Scaliger et travaillé fort particulièrement sur la bonne chronologie, et ayant de si grandes lumières naturelles et acquises qu'il ait eu de quoy interpréter tout ce qu'il y avoit de punique dans Plante si heureusement comme il a faict, à la grande honte de tant de siècles qui y avoient esté aveugles depuis l'Empire Romain. Ce qui mérite des éloges et recognoissances bien particulières et doibt fournir de bons passeportz partout où vous trouveriez bon de l'introduire, comme je vous supplie de faire et de procurer les occasions et opportunitez , car il est si discret et modeste qu'il ne s'ingereroit pas de faire ce que ses amis luy doibvent faire faire, comme je m'asseure que vous ferez et vous en prie de bon cœur, estant sans autre cérémonie, Monsieur,

vostre etc.

A Boisgency, ce 18 janvier i63o\

' Bibliothèque d'iDgaimbert, à Carpentras, collection Peiresc, rqpstre des minutes N-R. fol. âi3 V*. Copie.

2i0 LETTRES DE PEIRESG [1630]

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

Monsieur,

Je ne vous fay ce mot que pour vous prier de faire tenir à M' Luillier par le premier ordinaire celle que je luy escry, pour luy donner advis de l'évocation quon poursuit au nom de ma partie, a6n quil tasche d'empescher qu'elle soit accordée, sans que je soye ouy. Je crain que cella soit sur ce que M' le lieutenant Du Chaflfaut a simplement déclaré sur une sommation qu'on luy a faite que les alliances cottées sont véritables et n'a point desadvoué qu'il soit partie, qu'il soit ou ait jamais esté en qualité, qu'il y ait procès formé au parlement d'Aix (ou je crois que M' Beneton pour le moins n'a point encore présenté pour moy) , etc. Le porteur n'ayant point le loisir d'attendre que j'aye un extrait de la signification qui m'a esté faite de ladite sommation et responce, j'en vay sommairement dire le sujet à M' Luillier afin qu'il face ensuite ce qu'il jugera à propos, soit en formant opposition au sceau ou autrement. Et cependant je seray tousjours,

Monsieur,

vostre très humble, obéissant, affectionné et obligé serviteur,

. Gassend.

A Digne, ce x* de jofliet au point da jour, Hvfzxx.

J'ay desja commencé et bien avancé ma lettre à M' Scickardus^ en me reservant d'y mettre à la fin l'observation de M"^ Garrat, quand j'auray ce qu'il a fait dans le mois d'avril , suivant ce que j'ay marqué par mes précédentes^.

^ Mercunus in sole vitu$, et Venus inmsa, etc. L'opnscole adresse à Sdiickard parat Tannée suivante (Paris, in-&'). — * Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 9536, fol. i56. Autographe.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRKSC

ABBi ET SEIGI^iEUR DE CUISTRES, ET CONSEILLER DU ROY AU PARLEMENT DE PROVENCE,

À AIX

Monsieur, Je receu ces jours passés cinq de voz lettres tout à la fois et en divers pacquels. Elles estoit [sic) toutes des mois de novembre , décembre et janvier derniers , mais pour estre ainsi vieilles elles ne laissèrent pas de me resjouir infiniment attendu la faim en laquelle j'estois de voz nouvelles et pour les bonnes et agréables choses qu elles contenojnt. J'y trouvay parmy un pacquet pour M*" le cardinal de Lion; je le luy envoyay aussitost avec les excuses nécessaires. Pour le surplus il me fauldroit autant de lettres pour respondre à autant des vostres. Il suffira que pour ce coup je vous entretienne de ce qui m'a principalement touché entre toutes les choses qu'il vous a pieu m'escrire. C'est pour le fait duphœnomene qu'il vous avoit pieu m'envoyer. Je vousadvoûe que cest imprimé fust fagolté de la plus Batavoise façon qu'on sçauroit imaginera Quand je vous en envoyay l'exemplaire je n'osay point vous escrire le particulier mescontentement que j'en avois receu. Je voyois bien que c'estoit chose faite et que si vous en deviez estre fasché vous mesme mon mal ne gueriroit pas le vostre. La seule chose qui me consoloit c'estoit que vous recognoistriez assez que si bien il y avoit eu de

ma faute au moins le tout n'auroit point esté de mon fait. Maintenant

' Bougerei , analysant ( p. 8 s ) la prësenle gner h Gassendi son chagrin , ce qui fit avouer

lettre, nous donne sur Fimprimë si spiri- à celui ci qu'il avoit eu tort d'être si com-

tuellement juge par Gassendi les rensei- municatif envers des gens qui pouvoient en

gnements suivants : (rReneri, comme je Vai abuser; aussi à son retour à Paris, il le re-

dëjè dit, avoit fait imprimer à Amsterdam toucha, lui donna une nouvelle forme, et

l'ouvrage de Gassendi sur les parhdies : mais remit son manuscrit entre les mains du célèbre

il ëloit sorti de la pi^esse si plein de fautes , Vitre qui l'imprima , et le fit paroître en latin

que Peircsc ne peut s'empêcher d'en tëmoi- au mois d'aoïU 1 63o, sous un nouveau titre. »

■ «âTIOIAU,

que je vois le desplaizir que vous en avez eu pour les conséquences que vous en craignez je ne m'en excuse point. Je confesse ingénument d'avoir failly de m'estre randu trop communicaiif envers des gens qui en pouvoint abuser. Gella ne vous guérira pas et ne me rendra pas plus capable de mériter la continuation de voz bonnes grâces, mais pour une chose desja passée je n'en sçaurois estre en autres termes. Si vostre lettre m'eust esté portée à mesme que vous l'eustes escrite à l'adventure je vous eusse peu donner sinon tout^ à tout le moins une partie du contentement que vous deziriez. M'ayant esté randue si tard j'ay esté bien empesché de me resouldre à ce que je devois faire. Car pour la Hollande ce qui pouvoit estre à distribuer le doit desja estre, et puis c'est là un pais auquel si on avoit eu vent qu'on dezirast la suppression de ceste pièce , je me crains qu'on s'imaginast que ce dezir vinst de plus haut, et que cella peust donner sujet de la r'imprimer et y adjouster peut estre quelque chose de pis. Pour ceste ville j'ay advisé que nous la pourrions bien faire r'imprimer en meilleure forme, mais j'ay aussy considéré que ce seroit peut estre maintenant bien tard, et ai doute si par adventure la chose estant desja surannée , vous ne trouveriez point mieulx à propos qu'il ne s'en parlast plus pour tout. Ayant communiqué et vostre lettre et la peine en laquelle j'estois à M*" Luillier mon camerade il a esté d'advis que nous feission r'imprimer la pièce icy. Son mouvement a esté que n'en faisant tirer que certain nombre de copies que nous pourrions toutes retenir par devers nous quand vous ne trouveriez point que la chose allast bien , la suppression nous en seroit aisée. J'ay trouvé qu'il avoit raison et que c'estoit là tout le mieulx que nous pouvions procurer veu l'eslat de la chose pour vostre satisfaction. Gella a donc fait que j'ay un peu regratté ce sujet et luy ay donné presque toute une nouvelle forme. Elle est neantmoins telle que paroissant comme précédente au susdit imprimé, en cas que quelque copie dudit imprimé ait esté portée à Rome, il paroistra que ce n'aura esté que comme un extrait de ce qui aura esté imprimé icy. Je n'ay point trouvé à propos de l'addresser à M*^ le Cardinal Barberin tant parce que ce seigneur ne me cognoist point que parce que la pièce

[1630] ET DE GASSENDI. iâS

ne le vant pas, et puis la chose eust para trop affectée oa poar vous OQ pour moi, onltre ce que je n^eosse point sceu prendre de biais si adrantagen pour Tostre descharge en cas qne quelque copie dudit imprimé fost deqa tombée entre les mains de ce seigneur là. De la façon que je Fay conceue c'est la plus grande partie, res gesta, car c'est une lettre ou pour le moins le sujet d'une lettre que j'escrivis en effet de Leyden à Amsterdam comme je voulois revenir, à un certain Renier^ qui m'avoit procuré la cognoissance du docteur W'assenaer et avoit esté cause que je luy avois communiqué ledit phénomène. Quand vous aurei veu ce que c'est vous m'ordonnerei ce que vous trouverei bon d'en faire. Ten ay desja donné le soin à M' Vitray qui d'abord qu'il a eu compris que c'estoit chose qui visoit à vostre contentement s'en est chargé d'une eitreme allégresse. 11 a desja fait graver la planche à celluy qui grave les chartes de leur Bible , et s'attend de faire composer dez demain le discours. Je pense que nous vous en pourrons envoyer par fordinaire prochain une espreuve. Au reste je ne sçauroy vous exprimer le contentement que luy et M' Le Jay ont receu d'apprendre le recouvrement et la forme de vostre Pentateuche et Nouveau Testament. Ilz vous escrivent et le P. Morin encore pour vous prier de le leur communiquer. Je leur ay non seulement fait espérer que vous le feriez, mais fait comprendra que vous n'aviez asseurement tasché de recouvrer les pièces que pour l'amour d'eux. 11 ne m'a pas esté malaisé de le

' Boagerd (p. hk) rappelle, (Taprès Adrien Baillet, le biographe de Descartes, que Benri Reneri (c'est k nom qu il lui donne) ayait é(ë le premier disciple da grand pbikwopbe dans les Pays-Bas. Un peu plus loin (p. Ss-Sy), Bongerd résume une importante lettre de Gassendi à Reneri, qui, àiargé de Téducation de trois jeunes gens, lui arait demandé qadie était la meilleure méthode k suivre. A la fin de cette lettre, Gassendi eonsole son correspondant «rde n'avoir pas obtenu la chaire de professeur de pbiloeophie dans l'Université de Leyde,

vacante par la mort de François Burgersdick, dont fl avait été juge* très capable^. D fut , en revanche , profiessenr de pbilo6op!iie à Deventcr, puis à Utrecht Voir (p. 98) l'analyse d'une antre lettre âi Reneri, celte dernière roulant sur erriHustre M. Descaries «. V^oir aussi (p. 180) le récit de la inori de Reneri, qui, ayant miné sa santé par ses loi^fues veilles, s'était imaginé qu'un mariage pourrait contribuer au rétablissenient de sa santé et expira le jour même de ses noces (16 mars iGSg), âgé de quarantecinq ans.

deviner pour la cognoissance que j'ay de Textreine inclination que vous avez à obliger toutes les personnes de mérite et qui travaillent pour le public. Ainsi quand ils m'ont dit de joindre mes prières aux leui*s pour vous disposer à leur faire ceste faveur, je leur ay reparty qu il ne falloit point se mettre en peine de vous donner d'autre disposition que celle que vous aviez desja en vous mesme de leur faire ce plaizir,et que j'estois bien trompé, ou les commoditez vous auroint bien manqué, si desja cez pièces n'estoient en chemin. Ils vous offrent toute sorte d'asseurance pour les vous conserver et restituer saines et entières, mais j'espère que la principale asseurance sera l'eloge qu'ils donneront à vostre valeur sur le front mesme de ceste grande pièce. Je ne sçay quand est-ce que j'auray la commodité de vous faire tenir quelques copies de mon Ëxercitation contre Fludd. Je ne m'en empresse pas beaucoup parce que ce n'est pas grand'chose qui vaille; estant toutesfois obligé de le vous faire voir je tascheray de n'en négliger point l'occasion. Cependant je vous supplie de ne laisser pas de m'aimer et croire que je suis tousjours, Monsieur,

vostre très obéissant et affectionné serviteur,

Gassbnd.

A Paris, ce ai juillet i63o \

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

kBhi ET SEIGNEUR DE CUISTRES ET CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE.

Monsieur, Ayant trouvé Monsieur de Digne en peine de faire tenir ce pacquet à son grand vicaire, j'ay creu me pouvoir dispenser de vous en faire

* Bibliothèque Victor Cousin, & la Sorbonne, M. ioo3, cahier a. Autographe. En un coin de Tenveloppe on trouve ce sommaire : Gassendi ùijuillel i63o sur l'éditim de son phcmomené; du Peotaleuque Samaritain.

faddresse, m'asseurant que pour sa considération et ]a mienne vous auriez aggreabie que quelqu'un des vostres prinst le soin de le faire tenir. Apres tant d'autres iibertez vous excuserez s il vousplaist encore celle-cy. Nous estions tous en peine de vous quand celle que Monsieur du Puy receut il y a quelques jours de Monsieur le Baron vostre frère nous asseura de vostre bonne santé et de la continuation de vostre repos. Je pense que vous aurez receu celle que je vous escrivy il y a environ un mois et à laquelle je joigny une copie du phénomène. Je n'y mis point d^enveloppe à M' Du Lieu comme je vay faire à ce pacquet icy , mais je masseure que la despesche ne vous en aura pas moins esté addressée; vous aurez aussi receu des mains de Monsieur le Prieur de Romoules ^ ce que je luy ay donné la peine de porter. Monsieur de Marcheville est tousjours dans le dessein de partir en novembre; au moins ne prevoit-il rien qui l'en destourne. Il n'y a que la maladie du Roy qui tient tout le monde estourdy^. On attend aujourd'huy les nouvelles de la confirmation de sa convalescence. Le Bon Dieu veuille qu'elles sôint bonnes. Le couvent de Batisbonne. n'e^ point encore achevé ^. On asseiire que le traitté du Roy de Danemarck avec la ville d'Hambourg est conclu par l'entremise des HoUandois et dit-on que c'est là une paix faite pour vingt ans. Je ne vous escry point d'autres nouvelles parce que vous en estes assés adverty d'ailleurs. Il faudra attendre que je sois en Levant^ dont je vous en puisse escrire des plus particulières. Monsieur de Digne veut que je luy donne le reste de temps que j'ay à estre encore icy, je pense que je luy donnray ce contentement dez la fin de ceste semaine. Je vous baise tousjours très

' Denis Guiilemin , si souvent mentionne de Nevers dans ie duchë de Mantoue (i 3 oc-

dëjà et que nous allons surtout retrouver tobre). dans le volume suivant. * Le voyage de Gassendi en Levant, en

' Louis XIII ëtait tombe dangereuse- compagnie du comte de Marcheville, am-

ment malade à Lyon, le 9q septembre bassadeur à Constantinople , ne devait pas

prëcëdent. plus s'effectuer que ses voyages projeta en

' Convmf^ convention. Ce fut cinq jours Angleterre et en Italie. Voir Bougerel,

après que la France et TEmpire signèrent p. 91-9901 is5. à Ratisbonne un traite pour maintenir le duc

2â6 LETTRES DE PEIRESG [1630]

humblement les mains comme aussi à M' le Baron vostre frère et à M' vostre nepveu , et attendant d avoir bien tost l'honneur de vous voir, demeure toujours, Monsieur,

vostre très humble et très affectionné serviteur,

Gassend.

Paris, ce 8 octobre i63o^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

ABBÉ ET SEIGNEUR DE CUISTRES, CONSEILLER DU BOY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENGE,

À BEAUGENGT.

Monsieur, Si je n'apprehendois de vous parler en poëte, je commencerois par vous dire que le pacquet de voz lettres nous a paru comme un soleil qui a desveloppé noz esprits d'un tas de vaines fantaizies. Loué soit Dieu de quoy vous vous portez bien, et commencez d*esperer mieux pour le restablissement de nostre commerce. Certes comme il est innocent ainsi est-il à regretter quand la fortune luy cause de si grandes interruptions. Ce que j'en fay maintenant n'est que pour recommencer d^ mon costé , m'estant advis que je reviens comme d'un engourdissement. Ma santé est tousjours très bonne Dieu mercy. Monsieur de Marcheville a suivy le Roy ^. H avoit creu de pouvoir estre bientost de

^ Bibliothèque nadonde, foads français, 693G, fol. a 1 &. Autographe.

' On lit dans les Mémoires de Bassompierre (t. IV , p. 1 39) : rr Le roy partit inocm- Unent après le careime prenant [cette année le mardi gras était le A mars] pour aller à Orléans forcer Monsieur son frère de le venir trouver. . . Monsieur frère du roy, sentant le

roy s'approcher de luy, ne le voulut attendre et s*en alla par la Bourgongne à Besançon. Le roy le suivit jusques h Dijon, n M. de Chantérac ajoute au texte de son auteur les dates suivantes: Louis XIII partit de Paris le 11 maiv, arriva le 96 du même mois à Dijon et en repartit le 9 avril.

retour pour entreprendre son parlement, je ne sçay toutesfois ce qui en sera. Je vien de recevoir des nouvelles que mes affaires de Digne n'ont point la disposition que j'avoy creu pour estre terminées en un simple passage ; cella joint au dezir que Monsieur Luillier a que je l'attende pour partir en septembre et nous en aller à Gonstantinople par terre, sera peut estre cause que Monsieur de Marcheville estant revenu je m'excuseray de ne partir point quant et luy. Pen delibereray toutesfois plus amplement entre icy et son retour, et ne failliray point de vous en tenir adverty. Je n'ay point encore veu le P. Morin ni M' Le Jay, mais j'ay fait voir vostre lettre à M' Vitray qui en a esté très joyçux et s'est chargé d'en donner la nouvelle à ces Messieurs; il me devoit apporter un exemplaire du livre du P. Morin ^ que je dezirois consigner à ces Messieurs qui s'en vont. Il ne l'a point toutesfois fait. Leur pentalheuque samaritain est commencé, et oultre l'exemplaire qu'il vous plaist leur en communiquer, ils s'attendent aussi à recouvrer vostre nouveau testament arabe, l'attente duquel les a fait arrester court à la fin des évangiles. Je suis très aise que M*" le cardinal Barberin ait esté satisfait de mon petit traitté ^ et ne le suis pas moins de ce que vous en estes content vous mesme, vous pouvant asseurer que jusques à aujourd'huy j'en avoy esté en peine. Il parust d'autres Parhelies à Rome au mois de janvier de l'année passée'. J'en ay escrit au P. Scheiner Jésuite qui les observa par M' Naudé. Si j'en ay responce je le vous feray sçavoir. L'apparition fust plus admirable encore que la précédente, parce qu'il y avoit deux cercles ou arcs et deux soleils davantage. Pour le petit extrait des archives de Montpellier, je vous puis dire que Diwus «um\ ou je n'y ay pas encore assés pensé. Je vous baise neantmoins bien fort les mains de la faveur qu'il vous a pieu me faire de me le communiquer. Il y a desja assez longtemps que je n'ay point de

* Voir sur la polémique entre le P. Morin ' lie phénomène précédent avait été reet lliébralsant Orléanais Siméon Marotte de marqué le 90 mars 1639.

Mnis , le recueil Peiresc-Dupuy, t. II , p. 289. * ADusion au mot plaisant et célèbre d'un

* Le traité sur les Parbélies imprimé par héros de Térence. Vilréen i63o.

nS LETTRES DE PEIRESG [1631]

nouvelles de M' Golius par luy mesme, mais un autre professeur de Leyden ma escrit qu'il esloit bien gaillard maintenant, à telles enseignes qu'il ne pensoit presque qu'à faire l'amour ^ Je ne sçay si c'est pour le zèle de sa religion qui comme vous sçavez est grandement maritatoire. Monsieur le Prieur de la Vallete respirera à mon advis bien tost. Pourveu que j'apprenne qu'il soit en vie et bonne santé, ce m'est une consolation bien grande. J'ay oublié de demander au sieur Vitray s'il n'avoit plus de copies du catalogue que vouç demandez, mais je ne l'oublieray pas des la première fois que je le vèrray. Je pense de vous avoir escrit la mort du pauvre Keppler à Ratisbonne despuis la veille de l'écIipse de lune qui arriva au mois de novembre dernier, perle de vray irréparable^. Je baise très humblement les mains à M' le Baron vostre frère et à M' vostre nepveu bien joyeux de ce que nous aurons bien tost le bien de le voir par deçà.

Vostre très humble serviteur,

Gassend.

De Paris, ce 17 mars i63i\

* Cette plaisanterie et la plaisanterie de la phrase suivante sont âi rapprocher d*ane joyeuse saillie rapportée dans les Documents inédits sur Gassendi (p. Sa ) et qui, selon la remarque de Tannotateur, n nous donne une idée de Taimable enjouement de la conversation» du philosophe. La vieille gaietë gauloise éclatait aussi parfois dans les entretiens de Peiresc avec ses amis , comme Ta constaté un témoin auriculaire, J.-J. Bouchard ( Voyage de Paris à Rome, p. 1 3i ).

* Bougerel dit (p. 96): tt Cependant Jean Kepler, qui était allé à Ratisbonne , y mourut âgé de cinquante-huit ans et quelques mois au commencement de novembre 1 63o

[ le 1 5 novembre]. A cette nouvelle, Gassendi écrivit à Schickard une lettre , dans laquelle il déplore la perte que la république des lettres venait défaire, et s'abandonnant en quelque sorte à sa douleur, il dit tout ce que son bon cœur lui suggère sur la mort d*un si grand homme.* Des éloquents rçgrets exprim(-s par Gassendi on peut rapprocher Téloge funèbre de Kepler par Joseph Gaultier, prieur de la Valette (fascicule IV des Correspondants de Peirese, p. 97) : «rLes bonnes lettres ont perdu un puissant patron et grand ouvrier, etc.?»

' Bibliothèque nationale, fonds français, 9686, fol. 916. Autographe.

\\\ À MONSIEUR, MOXSIEIR DE PEIRESC

ABBÉ ET SEIG>EIR DE GlISTRES, CONSEILLER DC BOY E>' SA COIR DE PlRLEMENT DE PRO\E>CE,

K AIX

Monsieur, Je ne vous repele point ce que je vous av dit par mes precedenles louchant mon changement de dessein, et du sujet de ma resolution à ne faire le voyage de Gonslantinoble et autres heux de Levant que dans un an, et ce par l'Allemagne , Hongrie, etc. en la compagnie de Monsieur Luillicr. Je vous diray seulement que j'espère de partir dans quelques mois quant et Monsieur nostre Evesque pour aller achever de donner ordre à toutes mes petites affaires de Digne, oullre une procuration d'y faire cependant ce qui sera possible laquelle jVnivoye présentement à M' Taxil par l'addresse de Monsieur le prieur de la Vallete auquel j'escpy aussi. Cependant je continue tousjoui^ dans mes petites occupations. Je revois ma philosophie d'Epicure et en suis à environ la moitié, mais ce qui est fait surpasse desja de beaucoup tout ce que vous en avez veu. La cause de ceste surcroissance est que non seulement j'adjouste tous les passages grecs dont je n'avois point les livres chez nous, avec beaucoup d'autres trouvez despuis, et y interpose encore quelques nouveaux raisonnemens avec des responces et addoucissemens convenables aux points qui touchent nostre foy : mais oultrc cella je tasche d'enrichir tout l'ouvrage par la comparaison de tout ce que nous avons de mémoire de la philosophie ancienne avec la doctrine d'Epicure. Si je fay bien ou non je m'en rapporte. Tant y a que la satisfaction me demeure de descouvrir tousjours quelque chose dans l'esprit de ces braves hommes du temps passé, dont peu de gens se prennent garde. Ce m'est de la peine de vray, mais le plaizir que je reçoy à n'apprendre rien à crédit, et puiser moy-mesme dans les sources qui ont peu surmonter les injures du temps, ce que les anciens

im

ont imaginé des choses, me paye avec très grande usure tout le travail que j*y puis employer. J'en suis présentement sur la matière des cieux après avoir desja achevé deux livres de la physique dont Tun a esté de la nature et l'autre du monde. Le bon P. Mersenne et quelques autres tesmoignent de voir avec une grande avidité ce que j'en fais cahier par cahier. Si vous n'estiez pas si esloigné je vous en envoyeroy quelque pièce pour en avoir vostre jugement, mais je vay mettre au revers de ce fueillet la liste des chapitres que j'ay desja faits afin que si vous aviez la curiosité d'en voir quelqu'un je le vous peusse faire copier. Monsieur Vitray vient de m'apporler une copie du livre du P. Morin. Je m'en vais la porter tantost à Monsieur le Prévost Marchier afin qu'il tasche de la loger dans la malle. Je vous baise tousjours cependant les mains avec toute sorte d'affection , et demeure , Monsieur,

vostre très humble et très obéissant serviteur,

Gassend.

A Paris, ce â8 avril i63i \

Vapohgte pour la vie d'Epicurc contient ces chapitres icy :

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