‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 23 sur 34 · XX1V · texte numérisé non relu

XX1V

A MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

Monsieur, Voslre pacquet arriva liier au soir tout à temps pour faire mettre celluy que vous envoyez à Paris dans ma despesche de l'ordinaire. Pour celluy de Rome il fauldra attendre la sepmaine prochaine que je Tenvoyeray en Avignon, les courriers de Lyon qui passent par icy m'en ayant faict perdre quelques uns, bien qu'ilz m'eussent rançonné à leur poste, de sorte que je me suis résolu de les laisser et de tenir désormais la voye d'Avignon, quoyque plus longue. Je receuz pour vous par le dernier ordinaire un petit pacquet dont par mesgarde j'ouvris l'enveloppe que je trouvay d'abord addressée à moy, pour n'avoir pas achevé de lire la subscription , dont je vous supplie de m'excuser. Je receuz par mesme moyen de la part dé M** du Puy un exemplaire du petit livre de Skikardus^ à la lecture duquel je prins un indicible plaisir dez le soir mesme de son arrivée, et le lendemain

' Bibliothèque nationale , fonds français , cata de la lettre précédente portée à Digiie

1977a, fol. i5. Ln lettre suivante adressée par le P. Moximilien, cordelier. L'une el

à Grenoble, où Gassendi allait arriver, et l'autre sont ëorites par le secrétaire et

recammaniée à la courtoisie de M, Valois, signées par Peiresc. intendant de la tnaison de i\f. le comte de * C'était la réponse de Scbickard au

Sault par son très humble serviteur Dumay Mereurius in sole visus. Cette réponse parut

(secrétaire de Peiresc), nest que Je dupli- à Tubingue (iS39).

au matin l'envoyay à M' le Prieur de ia Valette avec prière de me le rendre incontinant qu'il Tauroit leu, afin de le vous pouvoir envoyer, jugeant bien qu'il n'est possible pas encore parvenu entre voz mains puisque vous ne nous en avez rien mandé, et qu'il importe d'anticiper tant que faire ce pourra la satisfaction qui vous en doibt revenir, et avois mesmes résolu de vous envoyer un lacquay exprez pour cet effect, sans que M'Taxil, vostre bon hoste, m'a asseuré d'une commodité opportune par laquelle il envoyoit quérir son cheval, et par laquelle vous auriez moyen de me r'envoyer le dict livre comme je vous prie de le faire si vous vous en pouvez passer aprez la première veûe, d'aultant que je voudrois bien luy faire passer les Montz, et l'envoyer au cardinal Barberin la sepmaine prochaine. Dieu aydant, puisqu'il tesmoigna me sçavoir si bon gré lorsque je luy fis tenir vostre observation qui a donné subject audict s*" Skikardus d'en tirer de si belles et excellentes conséquences. J'ay escript à M** du Puy de m'en procurer, s'il est possible, quelques aultres exemplaires, qu'il y aura moyen de voir plus à loisir en son temps, Dieu aydant. Cependant j'ay pris un grand plaisir de voir la méthode de ce bon homme pour l'observation de l'Eclipsé et encore plus celle qu'il a teniie pour déterminer si precizement le vray lieu de vostre Mercure, et pour sauver son apparente petitesse, et par conséquent l'observation de ceux qui ne l'avoient point veu par le tuyau sans verre. Je faisois desja grand cas de ce personnage sur la relation de M' Holstenius et sur un petit livre que j'avois veu de luy concernant la généalogie des vieux pati'iarches, mais à ceste heure je le prise et chéris au centuple tant pour l'amitié qu'il vous porte que pour l'excellence qu'il faict paroistre de son esprit et de sa vertu dans ce petit ouvrage qui me fera attendre avec grande impatience l'aultre qu'il promet eœ professo sur le mesme subject de vostre Mercure avec cez belles traductions dont il vous parle , et me rendray désormais fort soigneux d'apprendre quelz livres sont sorliz de ses mains pour en recouvrer ou voir tout ce que je pourray, et si je pou vois contribuer quelque chose à ses louables et recommandable sesludes, je n'y espargnerois rien de mon foible crédit, dont je ne désespère pas de

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rencontrer peut eslre quelque occasion paraiy certain nombre de

livres que j'atlendz du Levant.

La despesche dont vous estes en peine me fut rendue à Beaugentier,

jnais la grande maladie que j'ay eue ne tarda pas de me surprendre

et me fit possible diflerer plus que je ne debvois de vous y respondre,

et de vous en avoir accusé la réception le plustost que j'en euz le

moyen. Nous verrcms fort volontiers ceste belle vie d'Esope que M' de

Mezeriac a recueillie, et si vous pei*sistez en vostre resolution de venir

aprez les Roys, je vous prie de nous en advertir à l'advanee à celle

iin que nous puissions en donner advis au s' Salonloii Azoby^ qui

se rendra icy en mesme temps pour avoir le bien de vous gouverner,

car de s'attendre à M' le Prieur de la Valette, vous sçavez qu'il est

assez difficile à manier, si on ne le prend fort à son advantage^; sur

quoy, attendant de voz nouvelles, je (iniray demeurant,

Monsieur,

vostre, etc.

DE PeIRBSC.

A Aix, ce 7 décembre i 63q \

k MONSIEUR, MONSIEUR GASSËNDY»

DOCTEUR Blf S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE,

A DIGNE

Monsieur, J'oubliay, Taultre jour, en vous escripvant, de vous dire que M' du Puy m*a escript que puisque vous n'avez plus besoing du Diogenes

* Voir le fascicule IX des Correspondants * Sur roriginalilë du caractère de Joseph

de Ptirese intitule : Sahmon AtM, rabbin (laullier, voir le fascicule IV des Correspm^

de CarpetUras, Lettrée inédites écrites de dants de Peiresc, Avertissement, p. 8.

Carpentras (t 63a- 1 6S3) , avec notice tomplé- ^ Bi biiothèque nationale , fonds français ,

mfnffffr^ de Jules Dukas ( 1 885 , grand in-8*. 1^779, fol. 19. De la main d'un secré-

Kitrail de la Revue des études juives). taire.

Laertius, M' Guiet^ leur a demandé avec grande instance, tellement

que si vous nous le renvoyez, je leur feray tenir et le s' Briançon

présent porteur, greffier de vostre seneschaussée de Digne, trouvera

des commoditez de me l'envoyer ça bas, si vous n'en avez d'ailleurs.

N'estant la présente à aultre fin, je demeureray,

Monsieur,

vostre, etc.

DE Peirbsc.

A Aix, ce 10 décembre i63s *,

XWVI

À MONSIEUR, MONSIEUR 6ASSENDY,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Je receuz par Mons' Taxil le fagot de livres dont vous vous estiez chargé à Paris pour l'amour de moy, ensemble le petit livre de la patrie de S* Ambroise*, dont je vous remercie trez humblement ayant envoie le petit pacquet qui y estoit joint pour M' Lhuillier dez dimanche que partit en poste le s^ du Puy, l'un des commis de nostre greffe, lequel se seroit fort volontiers chargé du Diogenes Laertius^ mais je ne le receuz qu'hier au soir assez à temps neantmoins pour joindre au pacquet de l'ordinaire les lettres qu'il y avoit pour M" Lhuillier, qui sont parties à ce matin, et le livre de Laertius fera le voyage par le premier amy qui s'en ira de ce costé là. Je fuz bien fasché de ne pouvoir vous escripre par M' Taxil, mais j'estois lors trop embarassé, et je crois bien que vous aurez volontiers admis lez excuses que je

^ Sur François Gaiet, voir le recueil ' Theaphili Raynaudi Sodetatiê Je9u,

Peiresc-Dupuy. Amhrotiua^ sueeus eœkstis, ubi Galliarum

* Bibliothèque nationale, fonds français, expresius, seu bicuiratio de notait solo saneti

19779, fol. 91. De la main d*un lecré- Ambrogu m Galim (Lyon, Jacob Cardon,

taire. i63a, in- 19).

lavois prié de vous faire de ma part, comme je vous en supplie en-cores de tout mon cœur. Il me fit voir un livre de Lansberghis^ que je n'avois pas encore veu qu il intitule Progytnmmnaia^ lequel j ay desja demandé à cez M" de Paris, aussy bien que les œuvres que vous m'aviez cottées du s*" Skikardus. Je reeeuz par le dernier ordinaire un pacquet pour vous que j'envoyay encor au s' Taxil avant son despart, et reeeuz par mesme moyen une lettre de M' Lhuillier en responce de celle que je luy avois escripte dernièrement sur Tadvis de vostre arrivée. Il me mande de m'avoir addressé deux exemplaires du livre de Fiud, l'un pour vous et l'aultre pour moy, ce que je doibs mettre sur vostre compte, comme ne l'ayant faict que pour l'amour de vous, car je ne luy ay rendu service quelconque. Il dict qu'il y a adjousté pour vous un exemplaire de l'Epistre de Skikardus, qu'il voudroit bien avoir en double pour m'en despartir un, dont je ne luy ay pas moins d'obligation et à vous aussy que si l'effect s'en estoit ensuivy^. Vostre pacquet pour M' de Digne s'en est allé par un courrier extraordinaire avec plus de diligence qu'il n'eust faict par l'ordinaire, s'il n'eust esté heureusement oublié lors de l'expédition d'icelluy. Cette commodité me tenta et me fit joindre à une lettre que j'escripvis au cardinal Barberin le petit livre que vous m'aviez envoie- du P. Théophile^ sur la patrie de S* Âmbroise, qui sera bien, à mon adviz, de son goust, s'il ne l'a veu auparavant, de sorte que s'il în'en sçait du gré, ce sera à vous que j'en auray l'obligation. J'en ay envoie demander à Lyon une demi-douzaine d'exemplaires pour pouvoir remplacer le vostre et en faire part aux amis.

Quant à la Musique du P. Mercenne, la relation que vous m'en faictes m'en faict prendre meilleure opinion que je ne l'eusse possible

' Voir ie recueil Peiresc-Dupuy. et III du sâ juillel i63o et du s 5 février

^ Nous n'avons pas la lettre de Laillier t6â3. dont il est ici question. Les deux lettres dont ^ Rappelons que le P. Théqihiie Rayla date se rapproche le {dus de celle de la nand soutenait que saint Ambroise n'est lettre perdue sont, dans le faseicnie XVI ne ni à Lyon, ni à Trêves, mais bien à des Correspondants de Peiresc, les lettres II Arles.

peu coQcepvoir. Il est bien aysé de luy £aîre crayonner les tynibales comme je feray, mais pour s'en acquitter avec Texactesse qui seroit requise, noo6 aurions besoing de quelqu'un qui en Gst une description proportionnée à ses justes dimensions selon les reigles de la Géométrie, ce qui ne nous est pas facile en ce pays icy présentement à mon grand regret, car j'aurois bien d'aultres choses à faii e faire aultant et plus importantes que celle-là. Pour daultres instrumenz je ne sache rien d'extraordinaire qu'une certaine Sanbucca que l'on ma dict avoir esté inventée à Rome depuis quelques années, en forme quasi d'un clavessin, mais je n'ay veu personne qui en aye ouy luy mesmes la mélodie, pour m'en pouvoir parler avec plus de certitude. Dans les marbres antiques il est vray que j'ay veu plusieui*s pièces fort bigearres qui meriteroieQt une grande disquisition , et entr'aultres des doubles fleustes fort longues sur les trous desquelles estoient entées d'aultres moindres petites fleustes eu nombre les unes de sept et les aultres de cinq, où je pense qu'il y auroit bien de belles choses à dire comme sur le nombre des cordes de la lyre, et sur la forme du plectrum, et la manière différente d'en toucher les cordes, mais il y faudroit ua peu plus de loysir que je n'en ay encore peu trouver depuis que je suis icy.

Quant à la musique orientale, c'est la vérité que je pense que la seule diversité des espritz est capable de leur fournir des conceptions de concerlz que la nouveauté nous feroit paroislre excellente. Ce que j'ay esprouvé en une chetifve chanson que je fiz mettre en tablature de musique sur le chant d'un forçat de gallere, laquelle ayant despuis faict chanter à un jeune homme qui sçavoit chanter des airs à la mode de la Cour sur une petite guitlarre, l'armonie nous en sembla si extraordinaire et si délicate que nous en estions ravis, et celluy mesme qui la chantoit ne pouvoit assez admirer l'excellence de certains accordz et ceriaine cadence qu'il n'avoit jamais ouye, qui fut la cause que je prins la hardiesse d'en envoyer une copie à Rome dont on m'a remercié comme si c eust esté quelque chose de bon. Je la feray chercher pour vous en faire faire une coppie, et tascheray d'envoyer un mémoire en

divers lieux du Levant pour Famour de vous, sur ce que desii*e le P. Mercenne, mais je peuse que pour luy satisfaire punctuellement, il faudroit qu'il y fusse luy mesine, car sans cela je ne crois pas qu'on puisse exécuter ce qu'il désire avec la perfection qu'il luy faudroit. Cependant je serois bien ayse d'apprendre de vous ou dudict P. Mercenne s'il n'a point entrepris de faire imprimer tous cez anciens autheui^ grecz de la musique, dont il se trouve divers recueilz manuscrits auquel cas je voudrois sçavoir le roolle des autheurs qu'il a apprestez pour cest effect» pour voir s'il y en pourroit adjouster quelque aultre de plus, en ayant veu en divers endroictz qui eussent bien mérité de voir le jour, et de rencontrer un charitable traducteur qui y peussc joindre les nottes et commentaires dont vous estimez si capable le bon P. Mercenne que je vous supplie de salluer de ma part quand vous luy escriprez ,' et l'asseurer de mon humble service, que je iuy desvoue d'aussy bon cœur que je suis,

Monsieur,

vostre, etc.

DB Peiresc.

A Aix, ce ai décembre i63a '.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,

DOCTEUR EN SAINTE THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L*EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE,

À DIGNE

Monsieur, Je viens de recevoir vostre despesche par le P. Maximiliau sur le point qu'il falloit sortir pour aller à la messe à ce bonjour^, et que j'estois engagé en une compagnie que je ne pouvois faire attendre,

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 1977a, fol. ii3. De la main d'un secrétaire. — Le premier jour de Tannée, où l'on avait alors Thabitude d'entendre la messe comme en un jour de fête.

'de sorte qu'à peine ay-je peu lisre vostre lettre, et ouvrir le livre qu'il vous plaist m'envoyer que j'ay trouvé estre le Comelius Celsus^, ce qui me faict doubler qu'il n'y aye de l'équivoque, si l'on a imprimé ou rellié derrière ce que vous dictes de la vie d'Esope, ce qu'il fauldra veriffier plus à loisir. Vous avez tort de me faire les excuses que vous me faictes de i'addresse de voz lettres que je recois à si grand honneur et faveur; si vous m'envoyez celles de Mess. Naudé et Bouchard pour Rome, je les envoyeray par la voye d'Avignon où les ordinaires de Lyon passent deux fois le mois pour Gènes, mais pour M' Gaffarel de Venise j'en ay receu une lettre à laquelle il me fault respondre et je suis encore en peine de quel costé je choisiray ma correspondance en ce quartier là, où elle a esté interrompue depuis & ou 5 ans. Toutesfois si vous m'envoyez vostre lettre possible m'obligerez vous à luy respondre plustost que je n'eusse faict. M' de Rossy de Lyon m'escript du 29 de ce mois qu'il m'envoyoit par des muiletiers une cassette que M'' Genom luy avoit remise pour moy à laquelle il pensoit pouvoir joindre un petit fagot de livres que M' Lhuillier disoit luy avoir addressé, mais qu'il ne l'avoit point encore receu, dont je suis bien marry pour l'amour de vostre Flud, vous remerciant bien humblement de l'offre que vous me faictes du premier exemplaire double que vous aurez de l'epistre de Skikardus, car M' du Puy m'escript qu'il ne m'en a sceu avoir un autre pour le remplacement de celluy que j'ay envoie à Rome, mais à la prochaine foire, ilz ne nous pourront pas manquer, Dieu aydant, et la pièce vaudra bien la peine d'être reimprimée à Paris, sur quoy je demeure ,

Monsieur,

vostre, etc.

DE Peibbsg.

A Aix , ce premier joar de 1 633 , que je vous soohaitte le plus heureux de vostre vie.

' L'auteur du De re mediea (en VIII livres). On sait que Celse vécut dans le premier siècle de notre ère.

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