IV
H s'imprime bien ici comme à Lyon quelquesfois des gasettes S mais * non pas d'ordinaire^.
À MONSIEUR, MONSIEUR GiSSENDY,
DOCTEUR BN S^ THS0L06IB BT THEOLOGAL BN L'BGLISB GiTHBDBALB DB DIGNE,
À DIGNE
Monsieur, J'ay reçeu par le député de Yoetre ville Yostre dernière despesche qui accompagûoit TEsope de M' de Mesiriac, dont j ay veu trei volontiers la vie qui se peut dire nouvelle eu esgaid à cdle qu'on a voit tenue depuis tant d'années; je le vous renvoyé avec mes très humbles remercimenz, et par mesme moyen aussy le Cornélius Gelsus que vous m'aviez envoyé par l'équivoque de vostre homme/ Si nostre ordinaire arrivoit demain à temps avant que le présent porteur monte à cheval , ce me serort une belle commodité pour vous faire tenir voz lettres de Paris, car je crois bien qu'il y en aura pour vous. Au reste vous aviei grande raison de dire que le P. Scheiner avoit descouvert de belles choses de la veûe tant naturelle qu'artificielle par les lunettes, vous asseurant que ce m'a esté un plaisir nompareil de voir la comparaison qu'il faict de l'œil avec la chambre obscure où l'on observe les macules solaires, et me tardera d'avoir le bien de vous voir pour vous entretenir sur les conceptions et imaginations qui me sont venues sur ce subject, et speciallement sur une observation que j'ay faicte aul trèsfois sur l'apparence d'un double object, que j'avois attribuée à la diversité de superficie tant de la peau cornée que du globe eristalin en la
' n faudrait rechercher avec d^autaot les eomniuicationi par lui foonies à ces
plus de soin les Gaxettes imprimées à cette modestes feuilles locales,
époque à Aix, que Peiresc y inséra plus de ' Bibliothèque nationale, fonds français,
nouvelles reçues de Paris et de Tétranger i^??», fol. s6. De la main d*un secré-
et qu*il serait bien curieux de relever toutes taire.
manière que les glaces de miroirs de verre doublent les espèces d'une chandelle allumée, par la distance de Tespoisseur du verre d'entre les deux superficies dudict verre, lorsqu'on ne le regarde pas de front, ains un peu en biais , si ce n'est qu'on vueille accorder que Tespeisseur (sic) de la convexité de l'humeur cristaline puisse faire le mesme effect d une superficie à l'autre.
Au reste l'un des amis que j'ay employé aux terres d'oultremer pour avoir ces Pentateuques samaritains et autres livres en langues orientales me prie instamment de luy faire avoir un Alcoran de la version latine inîprimée en Allemagne in fol. ^ J'en avois un exemplaire que je donnay il y a 5 ou 6 ans à un gentilhomme de mes amys qui passa par îcy, m'estant apperceu qu'il en avoit quelque envie, n'ayant pas esté beaucoup friand de telles sortes de livres, et spécialement de celluy là dont je sçavoîs bien que la version n'est pas des plus fidèles du monde, et le mal est qu'ayant escript à Lyon pour voir si j'en aurois quelqu'un de ce costé là, il ne s'y en est pas trouvé, de façon que je voys bien qu'il me fauldra attendre quelque temps avant que de pouvoir donner contentement à cest amy, si je ne trouve quelque secours d'autre costé plus bref, et d'aultant que j'ay appris qu'il s'en vendit un en ceste ville, un peu devant la peste , qui pourroit bien estre tombé entre vos mains ou de quelque autre de voz amys, j'ay creu que vous me blasmeriez si je ne prenois la confiance de vous ouvrir ce moyen de m'obliger, soit que le livre soit en vostre pouvoir, ou de tel autre de qui vous puissiez disposer aussi librement, comme je m'asseure que vous pouvez faire de M' \e lieutenant Castagny et de tout ce qu'il y a de plus honnestes gens en ce pais là , ausquels nous tascherons de faire remplacer quelques pièces, si c'est chose qu'ils affectent, et si mieux ils n ayment à voir qudques aultres livres qui soient plus de leur usage, le tout sans rien diminuer de mes obligations tant envers eulx qu'en-
' Il s'agit là du recueil de Théodore laL tnmrferri euramt. La première édition Bibliaoder : Maehumetû ejutque Mueceuo- est de 1 5&3 , Bftle , ia-foL , et la seconde , de mm vitœ, ioetrina, ae ip^e Alcoran, qvœ iB5o. Voir le Manuel du libraire, t. III, D. Parui, abboi Chtn. , ex arMca Ungua in coL i8o8.
vers vous. J'attendray de ciorre la présente jusques à demain , pour
voir si l'ordinaire pourroit avoir rien apporté pour vous asses à temps
et demeureray tousjours,
vostre, etc.
DB Pbirksg.
A Aix, ce 7 janvier i633.
Du 8' janvier i633.
L'ordinaire estant depuis arrivé, j'ay receu diverses lettres du 3 o et dernier du mois passé, tant de la part de M' du Puy que aultres, sans qu'il y eusse aulcune chose pour vous, dont j'ay esté bien fasché pour l'amour de vous; je n'ay pas mesme receu la Gazette accoustumée, mais j'ay eu une lettre de M' de Rossy du 5* de ce mois, qui m'accuse la réception du ballot de M*" Lhuillier, et dict l'avoir joint à une cassette de vases et figures antiques de bronze que le sieur prieur de Roumoules a ramassez de tous les plus curieux cabinetz de Paris, et à ung aultre petit fagot que l'on m'adresse de Bezançon pour faire tenir au Cardinal Barberin, le tout bien emballé et consigné à un célèbre mulletier de ces quartiers nommé Biscantin qui debvroit arriver dans la sepmaine prochaine pour le plus tard, et en mesme temps vous pourrez croire que je ne perdray point de commodité de vous faire tenir ce qui vous appartient que je ne l'embrasse incontinant. J'ay receu par le mesme ordinaire une lettre de M*" Lejay du lay*" décembre où il me demande quelques pièces de la Bible arabique et syriaque, lesquelles je voudrois bien avoir à ma disposition pour son contentement, mais on ne m'a pas tenu parolle de tout ce qui m'avoit esté promis du Levant d'où, comme vous scavez, il fault prendre ce qu'on peut et s'en contenter. J'ai recouvré, cez jours cy , un trez beau Pentateuque des Samaritains escript pour la pluspart en caractères arabiques, n'y ayant quasi que les commancementz des chapitres et des principaux versetz qui soient en caractères samaritains où nous avons desja rencontré des varie tez de leçons qui sont fort notables. Je l'envoyeray à
Paris à ces Messieurs par la prochaine commodité d'amy ; je pensois y trouver quelque fragment des livres de Josué des Samaritains, mais j ay trouvé que le volume qui accompaguoit ledict Pentateuque estoit tout autre chose qui ne sera possible pas neantmoinsdu tout inutile, comme j'espère ; il y a entr aultres une généalogie de Mahomet à la prendre depuis Seth que je veux conférer avec celle de M'" Skikard.
Tandis que j'attendois qu'on vint prendre ceste despesche de la part du député de vostre ville, j'ay receu le ballot de Lyon fort bien cojiditionné , oik j'ay trouvé un petit paquet in 8° addressé à moy sans aulcun cachet, soubz l'enveloppe duquel j'en ay trouvé un aultre addressé à vous sans neantmoins aulcune enveloppe particulière, ains seulement attaché avec du Glet. C'est pourquoy sans le destacher il ne m'a pas esté mal aysé de recongnoistre que ce n'estoit qu'un exemplaire du livre de Flud in fol. pleyé in 8° comme un auitre pareil qui n'estoit point attaché, lequel j'ay retenu suyvant l'ordre que m'en avoit donné M** Lhuyllier par sa dernière lettre , -mais avec icelluy il y avoit un exemplaire de la petite Ëpistre de Skikardus in /i^ sur vostre Mercurius in sole que ledict sieur Lhuillier avoist laissé destaché afin que nous eussions moyen de le voir, comme de faict j'y ay rejette un second coup d'œil, et après je n'ay pas voulu manquer de le joindre à vostre pacquet et aux autres livres que j'avois à vous renvoyer qui seront tousjointz soubs une mesme enveloppe, mais il me reste un scrupule de ce que dans mon fagot j'ay trouvé certains livres manuscrits que l'on me renvoyoit et certains livres que j'avois demandez, parmy lesqueltz j'en ay trouvé 5 ou 6 aultres pièces que je n'avois point demandez dont aulcuns sont pleyez et battus qui sont possible à vous sans que je puisse neantmoins m'en esclaircir de moy seul, parce que il n'y avoit point de-lettre jointe ny point de roole du contenu en mon fagot, non plus que du contenu au vostre, tout estant meslé les uns parmy les aultres sans aulcune distinction par ligature ne par enveloppe si ce n'est pour lesdictz livres de Flud et de Skikard, de quoyvous nous pourrez mieulx esclaircir, je m'asseure. Cependant j'ay faict mettre à part tout le contenu audict ballot, afin de vous pouvoir envoyer tout ce qu'il vous plaira m'or-
278 LETTRES DE PEIRESG [1633]
donner, ce qu'attendant je vous remereieray du livre de Flud aaasy hîen que M' L'huiilier, vous suppliant de nous envoyer à voatre commodité les observations que vous nous faictes espérer de Televation polaire du lieu où vous estes, avec Taultre que vous avez £sdcte en mesme temps. Gomme je faisois escripre cecy, j ay voulu revoir un passage dans vostre Epistre de Skikardus, oultre ceux que j avois auparavant reveuz et me suis apperceu qu'il y manquait une feuille dont j'ay .esté grandement Seisché pour l'amour de vous , n'estimant pas qu'elle se puisse estre perdue entre mes mains , attendu qu'elle estoit soubz une enveloppe que j'ay ouverte moy mesme , et qui estoit adressée à moy, que je ne pense qu^on ayt eu la curiosité d'ouvrir à Lyon, j'ay en mesme temps voulu revoir tous les livres pleyez et battus pour voir si par mesgarde ce cahier n'auroit point esté confondu parmy aoicun d'ieeulx» mais il ne s'y en est rien trouvé, de sorte qu'il fault que ceste fueille soit demeurée à la boutique du rellieur qui l'a pleyé et battu , ou du laveur que M' Lhuillier a employé pour le laver, car je ne doubte point que le bon homme Skikardus ne le voua aye envoie bien complet. Cependant cela a esté la cause que je n'en ay pas voulu parler à M' le premier Président, à qui je me serois possible dispensé de le iaire voir sans cela, tandis que vostre consul attendoit son expédition. Il fauldra en advertir M' Làhuillier pour faire rechercher ceste fueUle, à quoy il y aura peut estre bien peu de resource, jusques à la prochaine îwre de Pasques ^
XXXDL
Monsieur, Je vous avois appresté un pacquet long temps y a, pensant que vostre consul en deusse estre le porteur aprez la feste , mais il s'en alla
^ Bibliotfaèqiie nationale, ibnds français, 19771 , fol. 98. De la main d*an secrétaire.
à Marseille , et quelque eiacte recherche que j'aye peu faire toute ceste sepmame, il na point esté en mon pouvoir de trouver aulcune corn*inoditë de le vous faire tenir. Cependant nostre ordinaire est arrivé ce jourd'huy, par qui j'ay receu un pacquet pour vous qui sera cy joint, et à ce soir un honneste homme m'estoit venu dire de vostre part qu il avoit apporté de voz lettres à M' le prieur de la Valette, et qu'il s'en alloit lundy, par qui je le pensois envoyer, et par mesme moyen vous respondre à vostre despesche du jour des Roys que le procureur Robert m'apporta un jour trop tard pour l'eipedition de l'ordinaire, àiais parce que vous estes né coiffé, comme je pense , puisque vous seul avez peu voir Mercure dans le Soleil , il se présenta incontinent une commodité d'un gentilhomme qui partit d'icy en poste jeudy dernier par qui je Tenvoyay, m'asseurant qu'elle ne fera pas moins de diligence que l'ordinaire, et un peu plus tard à ce soir mesmes Gastelli m'a ramené céans vostre consul qui s'est venu offrir de partir dez demain, au point du jour aprez la première messe pour vous porter plus firaisches les nouvelles de nostre ordinaire que j'avois receûes à ce matin en recompense du retardement du paequet qui avoit esté céans en chaumage toute ceste sepmaine, et parce que je ne l'ay guieres entretenu, et que je me suis depuis advisé qu'il vaudroit mieux vous envoyer dez à présent tous les petite livres pieyez et battuz ou reliiez que j'avois receuz dans mon ballot aSin que vous en peussiei retenir tout ce qui s'y trouvera de vostre compte ou de vostre goust, je viens de luy envoyer mon homme pour luy en faire voir le fagot affin de l'en charger s'il ne luy est incommode, sinon je l'envoyeray par celluy qui doibt partir lundy s'il a le courage de s'en charger.
Si voz lettres pour les sieurs Naudé et Bouchard feussent arrivées aujoord'huy , elles eussent rencontré une occasion fort opportune de leur faire passer les monts. Au reste vous ne sçaariez croire le plaisir que j'ay prins de voir les thèses du bon homme Skikard, et de vous y trouver enregistré au nombre des plus grands génies de tous les meii* leurs siècles, quoy que vostre modestie vous puisse faire dire au contraire. Je les feray voir à M' le premier Président, aussy bien qu'à
M*^ le prieur de la Valette, et à tous nos meilleurs amys, priant Dieu qu'il bénisse toujours de plus en plus voz louables travaux, et qu'il me donne plus de moyen que je n'en ay peu avoir pour vous servir comme « Monsieur,
vostre, etc.
DE Peirbsc.
A Aix, ce 1 5 janvier 1 633.
Mon homme me vient de dire que vostre consul veut tout porter, tellement que je feray tout mettre en un pacquet^
Monsieur, Je receuz hyer vostre despesche du 3 3 de ce mois avec le fagot de livres que vous m'avez voulu renvoyer et une lettre pour M' de Digne que je joindray à voz précédentes pour les envoyer par le présent ordinaire, s'il se veust charger de mon pacquet; sinon ce sera par la voye d'Avignon. J'avois receu trois ou quatre jours auparavant une autre despesche vostre , avec voz autres lettres tant pour Venise que pour Rome, à toutes lesquelles je tacheray de donner toutes les. meilleures adresses que je pourray, mesmes à celles de Paris qui arrivèrent trop tard pour le précèdent ordinaire, lesquelles s'en yront par le prochain Dieu aydant. Celluy qui est arrivé aujourd'huy m'a apporté une petite lettre pour vous, laquelle sera cy joincte, et laquelle pourra aller par un homme que M"" le sacristain Robert il (sic) dit estre en volonté de partir demain , estant bien marry de ne vous pouvoir respondre ponctuellement à l'une et à l'autre de voz despesches pour ce coup, mais il faudra que vous m'escusiez, s'il vous plaict, et que vous ayiez agréable
* Bibliothèque nationale, fonds français, 1977*^, fol. 3o. Delà main d*un secrétaire.
que je remette la partie à la première commodité , pour pouvoir escripre à Rome, à ce soir, désirant grandement de voir voz observations sur le Mercure, et voudrois bien aussy, comme vous, que M** Skicard les peusse voir à temps avant qu'achever son livre, et vous conseille bien de les luy envoyer, sytost que vous les aurez achevées. Tenez moy tousjours cependant.
Monsieur,
comme vostre, etc.
DE Peiresg.
A Aix, ce 99 janvier i633 \
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Je receuz hier vostre petit pacquet du dernier janvier, où je ne trouvay qu'une lettre vostre pour M' Lhuillier avec la mienne ; il fault que vous ayez oublié d'y joindre celle. du P. Mercenne dont vous me parlez, pour l'amour de qui j'ay escript pour voir si nous pourrions rien avoir d'oultremer de ce qu'il demande, n'ayant encore peu chevir de cez menestriers de tymballes. J'ay aultreffois voulu prendre des instructions concernant cez M'* de Beyne qui estoieut muetz^ mais je n'y trouvay pas tout ce que l'on m'en avoict dict, et tant s'en fault qu'aulcun d'eux ayt composé de livre que je n'ay pas sçeu veriffîer qu'ils ayent jamais sceu lisre dans un livre, ouy bien pour quelque nom propre que je leur ay veu designer par le bout du doigt, eu escripvant sur leur main nostre surnom de Callas, pour leur faire cognoistre que mon frère et moy estions filz de feu M' de Callas, lequel
' Bibliothèque Dationale, fonds français, vol. 19773, fol. 3 1. De la main d*an secrétaire. I?. 3G
tMrftiHtlUS HATIOXiXI.
ii avoit congaeu , mais je n ay pas peu faire de plii8 grande veriffication que cela de leur lecture. Bien ay-je veu un aultre muet nommé M' de Roumoulles de Linceaux, qui estoit nostre parent, lequel avoit faict un livre de raison qui estoit tout en peinture, et avoit fait son testament en peinture aussy. Je pense que la méthode que vous aviez commancéé pour instruire un jeune muet eust esté admirable, si vous eussiez eu moyen de la continuer. Je n'avois point ouy parler de ce garçon qui parloit sans langue, et le demanderay à cez Messieurs de Paris par la première commodité.
Je suis fort ayse que vous ayez achevé voz observations du Mercure et vous auray bien de l'obligation quand il vous plairrade les nous communiquer. 11 fault que vous vous résolviez de les envoyer à M*" Skikard le plustost que vous pourrez. Quant à M' Taxil, si j'ay aucun moyen de le servir, vous pouvez bien croire que je ne m'y espargneray point, non plus qu'en tout ce qui regaixle voz contentementz, et particulièrement ce qui sera des intherestz de l'Eglise et du public.
Quant k vostre conjecture sur les peuples Avantici, cela mérite une disquisilion particulière un peu à loysir. Il y a une inscription sur un arc de l'Ëmp^ereur Auguste en la ville de Suze, où sont desnommez la plus part de cez peuples des Alpes en termes un peu differentz aulcunes fois de ceux qu'il en avoil rapportez de Pline, ce qui meriteroit bien d'estre examiné d'une main un peu plus exacte que le commun. Quand il se trouve des inscriptions antiques sur les lieux dont on cherche les vieux noms plus propres, ce sont les plus asseurëes marques et les meilleurs et moings reprochables tesmoignages qui se puissent rapporter, pour peu qu'il s'y trouve de mentioa des noms propi*e8 des lieux ou des peuples. Je rencontray, un jour, dans une église ruinée du terroir de Greoux S assez proche d'une source d'eau chaude, une inscription d'un autel dédié NYMPHIS GRYSEUGIS', qui monstroit un
' Grëoalx est une commune des Basses- graphie des Btueee-Alpes , troisième édition, .
Alpes, canton de Valensole, à i A kilomètres Digne, 1890, grand in-8*, p. 196) donne
de cette ville et à 61 de Digne. les détails suivants sur Tinscription citée par
* M. le chanoine Feraud {HiêUÀrt et géo- Peiresc et dont on découvrit le complément
nom bien plus ancien et plus propre que celluy du pouillier ecclésiastique où le curé de ce village est appelé Rector de Gredulis^. Je ne double point que si vous faisiez chercher soigneusement dans les églises de cez quartiers dont vous me parlez, il ne se trouvast quelque chose qui fortifliast voz conjectures. J'ay aultresFois creu que nostre nom vulgaire de Gavot venoit de Gap ou de Vapineum, et que l'origine de Vapincum venoit du gaullois et d'une mesme source et dérivation qu'une infinité d'aultres motz qui signiffient rivière ou ruisseau, ou qui en despendent, dont je vous entretiendra y quelque jour plus à loysir Dieu aydant, quand nous aurons le bien de vous voir, y ayant aultres fois rencontré des convenances grandement curieuses, et qui peuvent bien donner de la lumière à des origines fort incongneîies et qui paroissent grandement ignorables^. le rencontray, un jour, en la ville d'Ap l'inscription d'un pied d'Ëstal de statue dédié par les peuples du village de Gordes, qui n'en est pas esloigné^ soubz le nom de Vor^ denses. J'en ay rencontré grand nombre d'aultres encores plus expresses. Mais la compagnie qui me vient surprendre me contraint de clorre à mon grand regret, dont je vous supplie de m'excuser et me commander tousjours ,
Monsieur,
•comme vostre, etc.
DE Peiresc.
A Aix^ce 4 febvrier i633*.
en i8o6: trCeUe inscription, gravée avec beaucoup de nëgligeoce sur une pierre calcaire grise, aujourd'hui placée dans Tan^e d'un jardin de rétablissement thermal, est un monument de reconnaissance élevé par £elia Faoslina, épouse de Titus Vitrasius Poilion , consul et préteur pour la deuxième fois, imperator, pontife, proconsul d'Asie, aux nymphes de Gréoidx; il rappelle qu*eUe avait trouvé le rétablissement de sa santé par Tusage de ces eaux. Vitrasius Poilion fut consul pour la deuxième fois avec Flavius
Aper en Tan 1 76 de notre ère et en Tan 819 de la fondation de Rome. 9
^ L*abbé Ferand (à la page 196 de Fouvrage dté ci-dessus) donne la forme gryzeUum*
* Peiresc avait déjà exposé ses idées sui* ce sujet dans une lettre du 38 avril 1699 àDiipuy(t. II, P.89-8&).
^ Chef-lieo de canton de Tarrondissement d'Apt, à 19 kilomètres de cette ville.
* Bibliothèque nationale, fonds français, voLia779« fid.3S. De la main d*un secrétaire.
XLH À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, CHANOINE THEOLOGAL DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE,
Monsieur, Je vous ay escrip ce matin en m'abillant assez à ta haste pour aller au Palais, où voz Messieurs ont eu une partie de ce qu'ils ont demandé, dont je n ay pas esté marry pour Tamour de vous aussy bien que pour M' Taxil. Je n'avois poinct encores veu jusques à ce soir le fagot de livres que vous m avez renvoyez où j'ay trouvé cez poèmes tant de M' de Boissieu^ et de M' Guillet^ que j'ay pris grand plaisir de lire, principallement cez trois pièces sur les trois merveilles du Dauphiné, et celle du chevalier Bayar^ auxquelles je ferois volontiers passer les monts pour les faire plasser à la Bibliothèque du Pape ou du Cardinal Barberin, sy j'estois asseuré d'en recouvrer d'autres pareilles, car je ne voudrois pas m'en desasorlir. Vous me ferez grande faveur d'en
' Denys de Salvaing, seigneur de Boissieu, dëjè mentionna ea ce volume (Lettres de J.-J. Bouchard).
* Scipion GuiHet ou Guilliet est un obscur écrivain qui n*a guère composé que des pièces de circonstance. On cite de lui : Renouvellement dès anciennes alliances et ew^eàhror lions des nuiisons et couronnes de France et de Savoy e, au mariage de Victor-Amêdée , prince de Piémont, avec Madame Christine de France, par Scipion Guilliet, avocat au Par^ lement, Paris, 1619, in-4*. Près de vingt ans plus tard, on publia ses vers latins en rhonneur du mariage de son ami, le futur premier président delà Chambre des comptes de Dauphiné : DionysH Salvagtdi BoessU et
Isabellœ Deagentœ epithalamium , auciore Scipione Guillelo (à la suite de Touvrage de Boissieu : Sylvœ quatuor de tâtidem miraeuUs Delphinatus, i638, in-6*). Ce n*est plus seulement de quatre mei-veiiles du Dauphiné, mais de sept merveilles qu'il est question dans le necueil intitulé : Septem miracula Delphinatus Ad Christinam Alexandram Serenissimam Suecorum, Gothorum et Vandahrum reginam , unicam magni Gustavi sobolem (Grenoble, chez Philippe Charuys, i656, in-8* de 167 pages).
' Scip. Guilleti de Pétri TeraUn equitv^ Bayardi tumulo. On trouve cette pièce dans le recueil qui vient d'être cité : Sylvœ quatuor elc.
remercier M*" Lagiieau quand vous lui escrirez et de Tasseurer que je voudrois bien avoir moyen deluy rendre quelque bon service, n'estant point de besoing de le priver de son Âlcorant puisqu'il est sy curieux de livres. Je feray tenir Dieu aidant par le prochain ordinaire la lettre que vous escrivez à M' Lhuillier, et si celluy que nous attendons demain apporte aucune chose pour vous, j'en accompagneray la présente, et en chargeray du tout M*" Taxil.
Au reste, j'ay eu quelque vent d'un traicté de Plutarque de Vita Homeri^ qui est, comme je croy, ce que vous me demandiez pour M' de Meseriac. J'escriray pour le faire transcrire, s'il se trouve quelque bon copiste grec pour vostre contentement et d'un sy gallent homme que celluy-là. Gepandant ayant recouvré de Lion quelques exemplaires du Saint Ambroise du P. Théophile, je vous en renvoy un pour remplasser le vostre que vous m'aviés baillé et vous supplie de me fere voir voz observations du Mercure le plus tost que vous pourrez. Je n'ay poinct d'ediction en petit volume des opuscules que vous me demandez tant du Tertulian de anima que de YHipocrate de aère et de veteri medicina^ qui sont engagés dans deux fort gros volumes in fol^ du Tertulian ^ de Pamelius* et de l'Hipocrate de Foesîus grec et latin de Francforts J'ay offert à M' Taxil de luy remettre l'un et l'autre volume, lesquels il pourra faire prendre quand bon luy semblera, n'ayant rien qu'il ne soit absolument à vostre service, puisque je suis de tout mon cœur.
Monsieur,
vostre, etc.
DE Pbirbsg.
A Aix, ce vendredy au soir 4' febvrier i633.
^ Les critiques sont d'accord pour con- l'édition princepsde Beatus Rhenanuê {Bèie ,
tester Fauthenticité de la Vie d'Homère at- J. Froben, 1 5a i ) et celle de Nicolas Rigault
tribnëeà Mutarque. (Paris, i634), n'est pas mentionnée dans
* Là et deux lignes plus haut Peiresc a le Manuel du libraire,
écrit Tereuliam, On ne s'explique guère * Opéra rnnnia quœ extant . . . latina inter-
cette double faute. pretatione et annotationibus illustrata, Anutio
^ Cette édition, placée par sa date entre Fœnoauthore, . . (Francfort, 1 5 96, in-fol.).
Je viens de recepvoir un pacquet pour vous par Tordinaire qui sera cy joinct avec une lettre que m'escript M' Lhuiilier que je vous envoyé pour vous faire voir que l'imperfection de la lettre de Skikardus est venue ainsy d'Allemagne entre ses mains ^
XUII À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Depuis la venue du dernier ordinaire par qui je receuz un pacquet de M*^ Lhuiilier pour vous , nous n'avons sceu trouver commodité de le vous faire tenir M'' le sacristain Robert ni moy, non plus que de respondre à la dernière despesche qu'il vous pleut me faire sur le subjecl de la remise des deniers de M'' Lhuiilier, sur quoy j'ay escripl suivant vostre ordre à M"" Lhuiilier non seulement ce que m'en a mandé M"" de Gastines de Marseille dont vous aurez la coppie cyjointe, mais aussy tout ce que m'en a dict de bouche M*" de Rossy, de Lyon , dernièrement que j'euz le bien de le gouverner céans un jour ou deux à son retour de Marseille pour Lyon, lequel s'offrit fort courtoisement de vous y servir conjointement avec M' L'huillier, et sans y rien prendre de sa part, mais ilne me peut pas dire précisément quel party il s'en pouvoit faire, ne quel advantage y pou voit prendre M' L'huillier de l'advance de ses deniers qu'il n'eust esté à Lyon et qu'il n'eusse veu le cours de la place, ou du marché, d'oii il me promist de m'escripre tout le meilleur chemin qui s'y pourroit tenir, mais il ne debvoit estre à Lyon que vendredy prochain. Je ne manqueray pas d'en tenir adverty M' L'huillier aussy bien que vous, et de vous servir l'un et l'autre en toutes les meilleures façons qu'il me sera possible.
Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 1 277a , foi. 33. De la main d'un secrétaire. Le po8t-scriptum est de la raain d'un autre secrétaire.
M' du Puy m'envoye, ce dit-il, par M' le sacristain Vabelle un livre nouveau qui sera bien de vostre goust, dont je ne manqueray pas de vous faire jouir incontinant, croyant bien qu'il ne peut n^eshuy tarder d'arriver. Je pense vous avoir escript que j'ay envoyé en Italie toutes voz lettres. Je voudrois bien avoir quelque meilleur moyen de vous servir, et puisque vous avez songé au sesjeur de Venise pour vostre particulière satisfaction et tranquillité, quelque dommage que nous y debvions prétendre de vostre part en vostre esloignement, je voudrois que vous y fussiez desja, car cela presupposeroit que nous aurions vostre Epicure, et ne laisrions d'avoir possible quelque moyen de vous servir en ce païs là, vous asseurant que j'estimois grandement M' L'hu illier, mais que je l'estime au centuple depuis que vous m'avez faict sçavoir avec quelle générosité il se porte à vous servir, et seconder voz louables estudes, ne doublant point qu'un tel sesjour ne fusse capable de vous faciliter la communication de beaucoup de rares et singulières pièces^ qui ne se peuvent pas facilement rencontrer ailleurs.
Un marchant de vostre ville, qui m'avoit rendu vostre dernière lettre, m'avoit promis de repasser par icy à son retour de Marseille et d'y faire prendre les deux volumes que j'avoîs faict apprester tant du Tertulian de Pamelius que de YHyppocrate que j'avois faict couvrir de loille cirée tout prestz à marcher. Si nous trouvons d autre commodité, nous ne manquerons pas de Jes vous Xaire tenir. Cependant je demeureray,
Monsieur,
vostre, etc.
])£ Peiresc.
Aix,'ce i5 febvrier i633.
Depuis avoir escript la despesche esltant demeurée à faulte de commodité , j'ay receu de Paris le livre dont on me faisait tant de feste lequel j'ay trouvé estre d'un père jesuiste d'Anvers professeur du collège de Madrid nommé le P. Jean de la Faille, qui a cherché la quadrature du cercle dans les proportions du centre de la gravité, ou c'est qu'il y
a des choses qui semblent assez bien inventées pour ce peu que j'en ay peu voi^^ Je m'en vay envoyer ce livre à M' le prieur de la Valette pour l'examiner, en attendant la commodité de le vous envoyer. Tout ce que j'y trouve de fascheux est que l'on me mande de ne me pas priver facilement de ce livre sans me. dire pourquoy, ce qui me faict craindre que l'autlieur Taye possible voulu supprimer et en faire retirer les exemplaires ou bien le rendre plus exquis et plus désirable à la mode d'Espaigne où c'est qu'ilz font imprimer seulement cinquante coppies d'un livre qui ne se vendroit qu'un teston pour le faire vendre dix escus.
J'avois oublié de vous dire que M*" Taxil le bonhomme m'avoit donné espérance de vous porter l'un des deux gros volumes, soit le TertuUian ou l'Hippocratte , mais il s'en alla sans me dire adieu et sans l'envoyer prendre comme il me l'avoit promis^.
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THE0I.06IB ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, J'ay porté avec grande impatiance que toute la semaine se soit escoulée sans vous pouvoir faire tenir une despesche que je vous avoys faicte dez l'arrivée du pénultième ordinaire de Lyon pour accompagner les lettres qu'il vous avoit lors apportées , lesquelles ont esté accueillies céans d'une seconde despesche par le dernier ordinaire et d'une lettre de Rome que l'on me mande estre de M^ de Digne. Mais Dieu aydant elles ne chaumeront plus icy, car je receus hier au soir vostre pacquet du 17* par un qui s'en retourne demain, ce dict-il , qui en sera le porteur. Cependant la lettre que vous escriviez à M' L'huillier est
' Voir sur Tauteur et le livre le recueil Peiresc-Dupuy. — * Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 12773, fol. 87. De la main d'un secrëtaire.
arrivée assez à temps pour aller par cet ordinaire qui part ce matin. J'avois desja donné advis la semaine passée à M*^ L'huillier de ce que j avois apprins de Marseille, et que j'attendoys de Lyon pour la remise de son argent; mais il n'y a rien de perdu au dellay, puisqu'il ne vous manque pas cependant de bon et bien agréable entretien.
J'ay prins plaisir de voir la lettre du bon P. Mercenne que je serviray volontiers quand je le pourray, et ne tiens pas impossible ce que vous dictes pour Tinstiuction d'un muet non seulement pour le faire lisre et escripre, mais aussy pour le faire parler en quelque façon. Le muet de Roumoles, dont je vous parlois dernièrement, avoit plusieurs mots qu'il prononçoit de son invention pour signifier diverses choses, entr'autres PETA PETA, quand il esloit en colère, et qu'il vouloit battre ses vallets, ne me souvenant pas des aultres, mais je veux escripre à M' de Saint-Martin, son fils, mon cousin, pour me faire une relation exacte de la vie de feu son père , et pour me faire apporter son livre de raison pour l'amour de vous. Je prieray aussy quelqu'un de noz parentz du costé d'Arles de me mander au vray tout ce qu'il y a déplus certain des habitudes contractées par touts les muets de la maison de Beines.
J'ay prins plaisir d'apprendre le digne employ de M' de Boessieu en l'Ambassade de M' de Grequy, et l'édition de ce qu'il a faict In Ibin^9 que je demanderay à Lyon par le premier. Et tiens vostre conjecture sur la Tour sans venin fort vraysemblable et apparante^. Je n'ay jamais esté à Grenoble à mon grand regret, et par consequant n'ay jamais veu la fontaine qui brusle nom plus que le mont inaccessible. C'est pourquoy si vous en avez faict quelque bonne remarque, vous m'obligerez bien de m'en faire part k vostre commodité , principalement de la fontaine que je prise infiniment.
Je n'ay poinct ouy parler d'aulcune assemblée du Clergé avant
^ C'était un petit travail au sujet du exprimait ses conjectures sur la Tour sans
poème satirique composé par Ovide sous venin. On voit du reste que toute une série
le titre dlbU. de lettres de Gassendi à Peiresc nous manque
* Nous n^avons pas la lettre où Gassendi pour les années i63a et i633.
Tannée i635, encores moings d'Estats generauh, et nen cix)yray pas facilement. Mais ce bruict est possible fondé sur la petite assemblée des Prelatz nommez par le Roy et commis par Nostre Sainct Père pour faire le procez aux Evesques rebelles, dont M' l'Archevesque d'Arles est le chef ^ qui a esté mandé par Sa Majesté à Paris pour cet effect, ses collègues estants Mess" les Evesques de Boulogne (Bout6iller^),de S^-Flour (de Noailles^), deSaint-Malo (Sancy*),qui ont esté choixsis par le Pape sur le roole de dix que le Roy luy a voit nommez, avec faculté à TArcbevesque d'Arles d'en subroger d'aultres, en cas d'excuse de quelqu'un des nommez. On avoît mesme voulu dire qu'ils assembleroient les Prélats qui se trouveroient à la suitte de la Cour pour y faire le rapport de leur procédure comme en un petit Concile, mais la commission que j'ay veue n'en porte rien.
J'ay receu de Paris un livre du P. Jean la Faille d'Anvers, professeur des mathématiques au collège impérial de Madrid, sur des préparatifs k la quadrature du Cercle, par les proportions du centre de la gravité d'Archimede, od je prins bien du plaisir, l'aultre jour, durant une bonne heure, mais, allant au palais, je l'envoyay à M" le Prieur de la Valette pour l'examiner, lequel ne^m'a pas rendu responce depuis; je l'envoyeray semondre de le faire avant le despart de ce porteur, et demeure ,
Monsieur,
vostre, etc., DE Pbircsc.
A Aix, oe 9s febviw i633\
' JeftD Jeubert de Barmuli. Vmr à son ' Gkarles de Noaiilee ixii^oa de 1610 à
sujel le recueil des Lettres de Peiresc aux i646.
frères Dupuy. * Achille de Harlay hi ëvèque de Saint-
' Victor le Bouthillier qui devint arche- Malo de i63a à 16&6.
véque de Tours en 16&1 et mourut «n ^ Bibliothèque nationale, fonds français,
1670. 127731 fol. 39. Auto^aphe.
fl6S3] ET DE GASSENDI. 291
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EK L'EGLISE CATiiEDRALLE DE OIGNE,
A DIGNE
Monsieur,
Ce mot à la haste aest seulement que pour advertir que le jour d'hier je vous envoyay deux despesches eu responce de vox dernières par Pierre Bassac, muletier, nepveu de M^ Taxil, qui se chargea inesperement du fagot des livres qae vous desiriez, mais ce fut avec telle précipitation que mes gentz oublièrent d'escripre la subscription dudict fagot, ou d'en cotter la jonction au pacquet de mes lettres, mais je croy bien qu'il soit homme de si bonne foy, qu'il ne laisra pas de vous rendre le tout fidèlement. Cependant j'ay receu des lettres de Rome du cardinal Barberin et de quelques uns de ses domestiques du 29 janvier où il m'accuse la réception et faict de grands remercimentz de cez pelitz opuscules de la patrie de S^ Ambroise et du Mercure de Skikardus, sur la lecture desquels Son Em** estoit encores, à ce que m'en escripvent aulcuns des siens, aprez laquelle on me mande qu'il feroit monstrer au P. Scheiner celluy de Skikard conformément à vostre désir. J'escriptz aujourdhuy qu'on prenne le seing de retirer la responce dudict P. Scheiner et par mesme moyen feray tenir vostre paquet à M' de Digne. M' le Prieur de la Valette, depuis 3 ou & jours, ne se laisse trouver ni jour ni nuict chez luy, tant il est affaizandé à se promener par }a ville nonobstant la pluye, et possible le faict-il dire ainsy chez luy pour avoir plus de liberté d'estre dessus ses livres, et possible de poltronizer dans le lict, dont je luy feray bien la guerre à la première veue , car cependant je ne vous puis rendre aulcune responce concernant le livre du P. La Faille dont je vous avais parlé.
Quant à la lettre du bon P. Mercenne, je le trouve bien de loysir quand il prétend vous engager à luy envoyer voz^ sentinientz du livre
àe Flud , ce que vous vous garderez trez bien de faire si vous m'en croyez, car je l'estime du tout indigne non seulement de vous donner cette peine, mais de la lecture de son livre et de tout ce qu'il sçauroit jamais escripre; vous avez assez de meilleures occupations pour employer vostre temps, et voudrois bien que vous eussiez mis en surseance toutes sortes d'aultres divertissementz susceptibles de quelque delay, pour vous donner le temps de mettre la dernière main à vostre Epicure qu'il me tarde grandement de voir, aussi bien que la naissance des occasions de vous servir utilement selon mes petites forces, Monsieur,
compie vostre, etc.
DE Pbiresc.
A Aix, ce a5' febvrier i633*.
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'iCLIZE CATHEDRALLE DE DIGNE,
À DIGNE
Monsieur, Je receuz hyer seulement la despesche dont vous aviez chargé le s"" Jacques, à qui je fis un peu d'ambnition fraternelle, lorsqu'il m'advoua d'estre arrivé icy deux ou trois jours auparavant que de me la rendre, mais je ne lesseay pas de l'asseurer de mon trez humble service en tout ce qu'il pourroit despendre de moy tant en son particulier que pour le gênerai de vostre ville, et en dis autant à M' Gandin, mais je le feray bien plus volontier quand je le pourray, vous suppliant de croire que vous auriez grand tort sy vous vous absteniez de m'employer librement, comme vous le pouvez et devez faire eu toutes les occasions où vous me jugerez propre pour vostre service ou pour celuy
^ Bibliothèque nationale, fonds français, 1977^, M. au Autographe.
[t633] ET DE GASSENDI. 293
de voz amiz. Despuis la dernière lettre que je vous escrivis par un homme que M' le sacristain Robert m'avoit addressé et auparavant par un muletier qui se chargea tant du Tertulian que de ITppochratte, M' de la Valette me renvoya le livre du P. La Faylle que je fis incontinent couvrir et courir mon homme aprez le porteur, mais il se trouva desja trop esloigné de la ville. Je n ay pas encore peu voir M' le Prieur de la Vallelte pour sçavoir son advis sur ce livre, vous Taurez maintenant cy joinct avec un pacquet arrivé au matin de Paris. J'avois esté sy occupé tout hyer et tout aujourdhuy que je n avois pas eu moyen d'ouvrir vostre roulleau, jusques à ce soir que j'ay pris grand plaisir d'en voir quelque petite chose à la derrobée, attendant de le remettre demain à M' le Prieur de la Valette qui sera plus capable que moy d'en juger, et d'en tirer le profit qu'il faut. J'aurois bien des choses à vous dire, mais on ne m'en donne pas la commodité. Vous m'en escuserez, s'il vous plaict, et me tiendrez tousjours. Monsieur,
vostre, etc.,
DE PeIRBSC.
D*Aix , ce 26' febvrier i633 ^
XLVn
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOGTBUR BN S^ THE0L06IB ET THEOLOGAL DB L'iCLIZB CATEDRALE DE DIGNE,
À DIGNE
Monsieur,
J*ay tantoat receu par M' Taiil vostre lettre du jour d'hier avec celle
pour M' Lhuyllier que je ne pense pas pouvoir envoyer avant mardy
prochain, et celle pour M' de Digne pour laquelle il fauldra attendre
le prochain ^ordinaire quelques .sepmaines, le dernier -estant passé seu-
* Bibliothèque nationale, fonds français, 13773, fol. &3. Autographe.
in LETTRES DE PEIRESC [1633]
lement depuis sabmedy, tellement que puisque vous la vouliez accompagner d'une lettre vostre, vous aurez tout ioysir de la faire et de me l'envoyer à temps pour y estre jointe. Cependant M' Taxil ma faict voir le titre de deux ou trois livres que vous envoyez à M"" le Prieur de la Valette qui n estoient point venuz jusques icy, et en attendant que je puisse trouver du temps de les voir, je seray bien ayse que vous me disiez l'opinion que vous en avez, surtout de celiuy de M'' Midorge ^
Je n'ay point ouy parler de ceste invention des longitudes de M' Morin, dont vous dictes que vous escript le P. Mercenne, de qui je vous renvoyé la lettre de la veille des Roys, que mon homme avoit laissée l'aultre jour sur ma table par oubliante, ayant pris grand plaisir de voir les curiositez dont il vous entretient, mais il y a peine aulcunes fois à deschiffrer son escripture^. Si vous avez des observations parti* culieres de M' Midorge, vous me ferez un singulier plaisir de m'en faire part; je n'ay point veu le livre latin contre le Galilée, qu'il vous mande avoir esté faict à Pise; j'en ay envoyé quérir. Je vous renvoyé par mesme moyen la lettre ou mémoire de M' L'huylier sur la remise de ses deniers, pour raison de quoy M' de Rossy m'escripvoit de Lyon qu'à l'arrivée du premier ordinaire de Venise, il me pourroit donner toute sorte de resolution; mais si M' L'huillier ne s'en sert à ce coup, tousjours l'advis luy servira possible de quelque meilleure addresse pour l'advenir, lorsqu'il aura plus de commodité de s'en prévaloir actuellement.
Nous attendrons en bonne dévotion la venue de M' le Lieutenant du Chaffauit avec voz depesches; mais j'ay bien eu un peu de mortiffication d'apprendre par les dernières que nous eusmes, cez jours passez, de vostre part, que vous aviez reculé vostre venue jusques à la my-Avril d'aultant que j'avois espéré de vous pouvoir gouverner un peu plus à souhaict durant noz feriatzde Pasques, qui sont de 8 jours devant et 8 jours aprez, que je ne pourray peut estre pas faire aprez Quasimodo
' Sur le mathëmaticien Claude Midorge, voir le recueil Peiresc-Dupuy. — ' Ce n'est pas quelquefois, c'est toujours que récriture du P. Mersenne est détestable et presque indéchiffrable.
durant la séance du Parlement, à cause du petit nombre que nous sommes en nostre chambre, où nous avons cinq ou six malades ou absentz, de longue maladie ou de longue absence, et à cause de la grâce que m'ont faicte M" de nostre Compagnie lors de la réception de mon nepveu, laquelle m'oblige de xne tenir plus subject au pallaix que je ne ferois, et le mal est que je me doubte fort que le delay que vous prenez jusqu'à la my-Avril ne soit suivy de beaucoup d'aultres prorogations sur les grandz divertissementz qui peuvent survenir inopinément. C'est pourquoy il vauldroit mieux vous résoudre pour une bonne foys (puisque vous ne pouvez en si peu de temps avoir mis la dernière main à vostre ouvrage , et qu'il fault que vous y laissiez quelque chose à faire quand vous viendrez ça bas), il vaudroit mieux, dis-je, anticiper vostre venue de quelques jours, pour proffiter la commodité de noz vaccances. Je sçay bien que vous auriez quelque plaisir de faire plustost à Digne qu'ailleurs vostre observation de la prochaine éclipse principalemnt à cest'heure que vous avez mieux déterminé que devant la vraye situation de vostre ville, et que possible vous vous imaginez, comme il y a apparence, que M' Skikard observant la mesme éclipse chez luy, .vous donnera moyen de régler la distance d'un lieu à l'autre, mais vous avez faict assez d'aultres observations à Digne pour pouvoir suppléer à ce deiïault là, et si vous ne venez dans le temps que nous desirons, vous perdrez l'occasion d'y voir le P. Athanase Kirkser\ qui s'est engagé de parolle de me venir voir dans ce temps là, et de m'apporter son autheur arabe avec la version latine qu'il en a faicte concernant la manière de lisre et interpréter les hiéroglyphiques de l'yËgypte , dont il m'a envoyé un petit eschantillon qui m'a faict concevoir beaucoup meilleure espérance et opinion que je n'avois de la cognoissance de choses qui ont esté si incongneues à la Chrestienté, depuis prez de deux mil ans, ce qui mérite bien de venir de Digne jusques à Aix, envers un homme qui a la curiosité de M' Gassendi. Il ne m'avoit pas voulu promettre de s'arrester icy plus avant que jusques à Quasi-
^ Sur ce Bavant jésuite, voir le recueil Peiresc-Dupuy.
modo à cause des leçons où il est engagé au collège d'Avignon, mais
si vous y estes nous le retiendrons encores toute la sepmaine suivante
pour attendre TËclipse, ce que nous ne pourrions pas faire si vous n'y
estes, estantz destituez comme nous sommes des instrumentz et aultres
choses nécessaires pour y pouvoir vacquer avec quelque fruict. J'avoys
mesme £aict espérer M' le Premier Président que vous viendriez dans
le temps des feriatz de Pasques, àquoy il s'atlendoit, et de vous pouvoir
gouverner, tandis que le pallals luy laisroit plus de relasche, et je ne
sçay s'il n auroit point esté bien ayse de voir luy mesme TËclipse avec
vous, ou du moins que l'un de M" ses enfans vous y tinsse compagnie.
Vous en userez selon vostre bon plaisir et je ne laisray pas en toute
façon d'estre toute ma vie,
Monsieur,
vostre , etc. ,
DE Pbiresc.
A Aix, ce 3' mars i633'.
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL E> L'EGLISE CATHEDRALLE DE DlGNig,
À DIG?iE.
Monsieur,^ J'ay receu vostre lettre de dimanche avec le livre que vous y aviez joinct des Commentaires de M*" de Boisseu in Ibin^ dont je vous remercie trez humblement. Par vostre précédente despesche je n'avois receu que TAlcoran avec deuxex emplaires des poèmes tant de la tour sans venin que du mont inaccessible^, et un exemplaire des ËPINICIA
^ Bibliothèque nationale, fonds français, cette toui\ h demi ruinée dès le xtii' siècle,
1 s 773 , fol. AS. De la main d'un secrétaire. il reste un pan de mur quadrangulaire, de-
' La Tour Sans Venin est située sur la bout sur un mamelon de 760 mètres d'où
rive gauche du Drac, près de Pariset. De Ton découvre un admirable panorama sur
[16â3] ET DE GASSENDI. 297
de SCIPIO GVILETVS/ couvert de papier bleu m-k^ que vous pouviez bien avoir mis par équivoque dans voslre pacquet au Heu des Commentaires m Ibin. Cest pourquoy je le vous renvoyé. Quant à TAIcoran, il fault croire que ceste bonne vefve aura ouy dire à son mary ce qu il avoit apprins de vous touchant la demande exorbitante qu'on vous- avoit faicle à Lyon pour le prix d'un pareil livre. C'est pourquoy il sera peut-estre meilleur de la remercier de ses honnestes offres et de luy renvoyer son livre car si on ne luy paye aultant comme on vous en avoit demandé, elle ne sera pas contente, et croira d'avoir subject de se plaindre tant de vostre discrétion que de la mienne, et toutesfois cette édition là qui est la première n'est pas si ample que la suyvante, en laquelle le mesme imprimeur adjousta tout plein d'aultres pièces sur ceste matière tant anciennes que modernes qui méritent bien d'estre veûes par ceux qui ont la curiosité de lire l'Alcoran; je ne vous auray pas moings d'obligation pour tout cela, du seing qu'il vous a pieu prendre de me faire avoir ce
les Alpes. On trouve dans YHUtoire de Grenoble, par A. Pilot (Grenoble, 1829), les détails suivants : tr Voici Torig^ne de ce nom , expliquée par Debrosse : On met au nombre des sept merveilles du Dauphinë la Tour Sans Venin, où les animaux meurent à ce que Ton prétend , aussitôt qu on les y porte. |je fait est démenti par Texpérience, mais cela n'empêche pas que le peuple n'y ajoute la même foi : c'est son usage. Le vrai nom de cette tour et de la chapelle voisine est Torre San Vemeno, la Tour Saint-Vrain.
On a dit, par une prononciation altérée, TorreSan Verieno, et, en français, par une mauvaise équivoque, Tour Sans Venin, ce qui a suffi pour établir cette fable. » (Communication de M. Alfired Vellot, membre de l'académie Delpbinale.) — Le mont Aiguille ou Mont inaccessible, énorme rocher calcaire, isolé, en forme d'obélisque, de 9,097 n^^^res de hauteur, domine Cldles au
rr.
sud : il est situé dans le Trièves, près de Chichilianne. On croyait impossible de parvenir à son sommet. En 1^99, le gouverneur de Montélimar le gravit avec plusieurs personnes. Cette année même (1891), des Grenoblois en ont tenté l'ascension h cinq reprises différentes, et cinq fois la tentative a réussi. (Communication du même érudit.)
* Epinicia Lodoico Jnsto Francorum et Navarreorum régi Christtanissimo , pio,felici, inelyto, victori, triumphatori ae semper Augvsto ob eœfugnatos fortiter felieiterque perduelles Ruppellanos, Rkeam insulam strenue prapugnatam , auxiliares Britannos terra manque profligatos : Scipio Guillietus consiliarius R^^, et in evprema prcefectwra ratitmumJUei Delphinalis Cornes et corrector primarim epodico et amœbeo carminé concinebat. Ad illustrissmum eardinalem de Richelieu. (Grenoble, i6a8, in-4' de 100 pages.)
tarKIMKKII «ATieiAil.
298 LETTRES DE PEIRESG [1633]
livre , et des honnestes offres que vous me faisiez de le faire mettre à ma discrétion, dont je ne me tiens pas moins redevable à vostre courtoisie que si j'en avois accepté le party. Mais je vous suis redebvable au centuple de la favorable communication que vous m'avez daigné faire du desseing de vostre machine pour observer les phœnomenes du Soleil et de la Lune , dont j ay trouvé la description fort facile à comprendre et fort aparemment propre à faciliter semblables observations. Mais Dieu sçait si nous trouverons icy des gens cappables de nous faire un tel instrument dont je ferois bien volontiers la despence, et si ceiluy qui a faict les vostres en vouloit faire un aultre pour moy, je le payerois encore plus volontiers et ne regarderois pas la despence pour le faire apporter jusques icy, mais l'obligation en sera bien plus grande si je le pouvois avoir quelque jour avant l'Eclipsé pour en faire Tessay sur les macules ordinaires du soleil , sur quoy attendant vostre responce je finiray demeurant,
Monsieur,
vostre . etc.
DE PeIRESC.
Je ne manqueray point de faire voz excuses à M' Lhuiiiier, sy je n'avois de voz lettres par le prochain ordinaire.
A Aix, ce 16 mars t633 \
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE GATHEDRALLE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Je vous envoyé le pacquet de M' L'huillier que je receus sammedy par l'ordinaire, bien marry de ne le vous avoir peu faire tenir plus
^ Bibliothèque nationale, fonds français, 19779, fol. (7. De la main d*un secrétaire.
tost, mais toutes noz banques avoient manqué tout dun coup^ M' de Rossy m'escripvoit que si M' L'huillier eusse eu présentement occasion de faire tenir de l'argent à Venize, il n'y eusse rien perdu sur les pistoles et il l'eusse servy de tout son cœur, à ce qu'il me mande. Je vous faicts ce mot fort à la haste, sur le coup de l'expédition de l'ordinaire de Paris auquel j'avoys remis tout plein d'arrérages dont je ne m'estoys peu acquitter avant cez feriatz. C'est pourquoy vous m'excuserez si je ne vous entretiens plus à plein, n'ayant pas neantmoings voulu laisser partir Mous' Roberty le sacristain vostre bon amy sans joindre un mot au paquet de M' L'huillier et sans vous asseurer, comme je faictz, que je suis et seray à jamais de tout mon cœur, Monsieur,
vostre, etc., DE Peiresc.
A Aix, ce ai mare l633^
Monsieur, Je n'avois point manqué d'escripre à M" Lhuillier par les deux précédents ordinaires à vostre deffault, mais j'eus hier un peu de colique réitérée par troys foys, qui me fit oublier de luy escrire par l'ordinaire, qui est party ce matin, dont j'ay esté marry pour l'amour de vous et de luy, qui n'a pas manqué de vous escrire , ainsin que vous aurez peu voir par voz lettres que M' Robert le Sacristain a prins la peine de vous faire tenir; vous en aurez maintenant une que je nay pas voulu laisser aller toute seule comme les aultres, pour vous dire
' G*e8t4-dire toos nos moyens d'aboatir, toutes nos ressources. — * Bibliothèqae nationale, fonds français, 1S779, foL &8. Autographe.
que jay eu deux lettres du cardinal Barberin, Tune du iâ°^ febvrier par laquelle il me dict qull a faict communiquer au P. Scheiner le livret de Skikard sur Tobservation que vous avez faicte de Mercure. Si vous eussiez escript à ce bon père, il n eusse peu se desdire de vous respondre, et de porter ses lettres à Son Em" avec l'observation du Polonoys que j'avois dict de luy demander. Mais sur cela on ne me faict poinct de responce, comme Tayant oublié par la suilte du temps depuis la réception de cette pièce que le cardinal voulut voir, dont il ne trouva pas si tost le loisir. Par Tautre du la mars, il me mande qu il a leu (non sans peine d'en trouver le temps) la vie d'Esope du s' de Mezeriac avec grand plaisir et grande estime de ce personage à qui il rend un éloge d'honneur d'importance ^ La lettre est toute de la main de ce Prince et de troys grandes pages, sur tout plein de curiosilez, sur la Gn de laquelle il me demande mon approbation de l'eschange * qu'il a faict avec le cardinal Antoine, son frère, de la légation d'Avignon pour celle d'Urbin, et me dict que la Bibliothèque des ducs d'Urbin intercédera pour luy, offrant de m'en faire transcrire quelques bons livres, si j'en veulx, dont je suis résolu de prendre au mot pour certaines pièces entraultres d'un calcul des Indiens, qui sera possible de vostre goust que j'ay veu mentionné en un petit mémoire que m'en avoit envoyé M' Naudé, l'année passée. Mon frère, s'en allant en Avignon, m'a emporté ceste lettre, parce qu'il y est faict mention du Vice-Legat; sans cela je la vous eusse envoyée, afin que vous vissiez comme le livre et les pensées de M' de Meziriac, vostre bon amy, ont esté bien receûes. Je m'attends, au premier, d'avoir quelque semblable responce sur la conception de M' de Boisseu pour son Higynus ou Ibis d'Ovide , que j'envoyay dernièrement. EnGn le R. P. Athanase Kirser m'a envoyé une partie de ses protheories^sur l'explication des Hiéroglyphiques iËgypliens des plus anciens obélisques, Iraictez par son Raby Barachias Nephi de Babylone qu'il a traduict de l'Arabe '. Mais je ne
* Voilà uDe bonne note donnée par un ' Le mot /ro(AÀ>rîeaYait4l jamais ëtëem-
bon juge et les futurs biographes de Mezeria ployë déjà ? A-t-3 jamais ëtë employé depuis? nuront à en tenir grand compte. ' Ce devait être un manuscrit, car Tou-
lay que d*hier depuis lequel temps il m'a esté impossible d'y jetter les ieulx à cause de mon mal et de l'expédition de l'ordinaire et de vostre dernière audiance de Digne que nous avons tenue à ce matin, pour laquelle il m'a ïallu entrer, aultrement noz Messieurs n'estoient pas en * nombre. Mais à ce peu que j'ay veu à l'ouverture du libvre je croys qu'il y aura bien à profFitter, quand mesmes ce ne seroit pas tout ce qu'on en eusse peu attendre. Il me promet de venir voir au plus tard à la Pentecoste, mais que possible il anticipera le temps. Je suis attendant si vostre menuysier aura peu et vouleu entreprendre l'instrument pour l'observation des macules du soleil, lequel sera très bien venu, Mons' le Premier Président ^ ayant désiré d'en voir l'essay. Si non , quand vous serez icy nous verrons de donner courage à quelque aultre de l'entreprendre. Cependant je vous demeureray infiniment redevable de la confirmation de voz bons offices, et seray à jamais.
vostre, etc.
DK Peiresc.
A Aix, ce 5 avril i633V
À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC
ABB^ ET SBIGNEOR DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROI EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENGE,
À AIX
Monsieur, Je n'ay pas tout à fait esté surpris par le despart dif R. P. Maximilian, mais nostre chapitre m'a donné quelques petites occupations, qui m'ont desrobbé le temps que j'avois destiné à vous escrire par luy. La
vrage de Kircher sur les hiéroglyphes ne ' Laine de la Marguerie.
parut qn*en i659 sous le titre de: OEdxpua ' Bibliothèque nationale, fonds français,
^^Sffjfptiacus. vol. 18778, fol. ig. Autographe.
302 LETTRES DE PfiIRESC [1633]
consolation qui me demeure c'est que je ne tarderay point désormais d'avoir le bien de vous voir et de vous dire en présence ce qui pourroit donner sujet à une longue lettre. Je vous escrivis samedy dernier un billet pareil à celluy cy par un neveu de M*" le prieur de Colmars, et vous donnay advis d'une tasche que j avois remarquée au soleil ce jour précèdent. Je ne Tay point veûe deapuis à cause que tous cez jours passés nous avons eu de la pluye ou de la neige ou à tout le moins le temps couvert. Aujourd'huy je l'aurois peu voir, mais je n'ay sceu estre au logis jusques à ceste heure que le soleil n'y paroist plus; si vous l'avez mieux peu voir j'en seray bien ayse. J'ay une petite consolation de ce que le temps semble se vouloir remettre, espérant qu'il pourra continuer jusques à vendredy. S'il ne le fait point, patience; à tout le moings ne tiendra il point à ma négligence que l'observation ne se face assez bien. Attendant de vous escrire incontinent après qu elle aura esté faite, si elle le peut estre pourtant, et de vous donner advis du jour que je pourray partir, je demeure, Monsieur,
vostre très humble , très affectionné et très obligé serviteur,
GiLSSEND.
Je ne vous addresse point de lettre pour M' Luillier parce qu'oultre le billet que vous aurez receu avec le vostre, je luy escrivis dimanche asses amplement par un marchand qui devoit partir iundy matin pour Lion, après avoir receu comme je descendois de chaire sa despesche que vous aviez pris la peine de donner à un homme de Sisteron.
A Digoe, ce v* apvril xvf xxmi \
' Bibliothèque Victor Cousin à la Sor- Tenveloppe ce petit sommaire : irGassendi, bonne, M. ioo3 cali. q. Autographe avec 5 avril i633. Macule observée au soleil le cachet bien conservé. On lit en un coin de vendredy i** avril.*
LU À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY
DOCTEUR EN S^^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALLE DE DIGNE,
À DIGNE
Monsieur, Jay bien receu voz deux lettres du v® de ce moys, mais non pas celle que vous y accusez du sammedy précédant, laquelle nous eussions neantmoings veu bien volontiers M"^ le Prieur de la Valette et moy pour nous esclaircir si vous n'y aviez poinct exprimé plus particulièrement le lieu du disque solaire, et l'heure du jour où vous aviez remarqué une tasche le jour précédant, car en attendant l'ecclypse d'hier nous la vismes en telle situation que je jugeoys qu'elle avoit desja continué sa quarriere environ buict jours ou neuf tout au plus, de sorte que puisque vous la vistes le vendredy, il falloit qu'elle fusse assez proche de son limbe, et quelle n'eusse eu guieres de loysir de s'y advancer, ne m'estonnant pas qu'elle vous y aye sitost paru en lieu où elles ne sont communément gneres apparantes, puisqu'elle estoit si grosse en la place où nous la vismes qu'elle occupoit trois minutes ou 60°^ du diamètre du soleil, mais elle estoit triple, pu divisée en troys pièces dont la plus grosse avoit bien une minute entière en sa longueur, et prez d'une demye de largeur; les autres estoient plus petites, principallement la plus haulte, et si bien vous ne vous apperceustes pas lorsqu'elle fust divisée en trois pièces, nous ne l'avons pas trouvé estrange nom plus, attendu la situation latérale où elle estoit pour lors, où c'est que telles divisions debvoient estre quasi imperceptibles. Le temps estoit ci interrompu des nuages que nou9 n'en sceusmes pas distinguer d'aultres encores que nous eussions assez djs sérénité pour bien exactement observer le commancement et la fin de l'Ëcclypse. Mais aujourd'huy que le temps estoit plus serain, et que nostre lunette estoit plus ferme et le lieu plus parfaictement obscur^ ayant moy voulu revoir la macule dhier, j'ay
trouvé qu'il y en avoit troys aullres petites dont Tune suyvoit la grosse d'environ un doigt prez, et les aultres deux estoient fort proches du centre solaire. Nous vismes hier advancer l'ombre de la lune sur le soleil jusques à une minute prez, ou peu de plus, de la macule, et la vismes couverte peu de temps aprez, mais les nues nous des* roberent ie moment de la contigencc de l'ombre de la lune avec la macule, qui eust esté plus agredble. Nous ne vismes pas nom plus sortir précisément ladicte macule du dessoubs de l'ombre, mais quand les nues nous firent jour, nous la vismes dehors distante seulement d'une minute ou un peu moings, dont M' le Prieur de la Valette marqua le temps sur son petit quarré, comme ie commancement et la fin de recclyp8e,.et les doigts d'obscurcissement à peu prez et de plus l'occupation de la circonferance aultant qu'elle se pouvoit desrober parmy le mouvement du vent;. une aultre foys nous le ferions peult estre mieux. Nous ne peumes pas bien recognoistre sur ie champ le poinct du milieu de l'ecclypse, ne par consequant jusques où l'ombre de la lune avoit le plus occupé du corps lumineux, mais de ce que les nues nous laissèrent voir, nous ne vismes pas de plus grande ecdypse que jusques à prez de neuf doigts, en sorte qu'il nous restoit du diamètre lumineux troys doigts touts entiers, et une seiziesme minute de plus. Le calcul fera voir si nous avons veu le milieu ou non. Je m'escusay de l'audiance de relevée pour tenir compagnie à M' le Prieur que je ne pouvoys quasi faire resouidre de s'en donner la peine. A ce matin, les chambres assemblées, M' le premier Présidant m'en a faict des reproches publiques, et m'a dict qu'il avoit bien sçeu que M' le Prieur de la Valette estoit lors avec moy, et qu'il eust bien volontierz esté luy mesmes de la partie, et n'y eusse pas manqué sans l'audiance, ou s'il eust creu aprez l'audiance qu'il y eusse eu encor assez de temps pour en voir la fin, comme il y en eut de vray, M' d'Agut qui avoit tenu ma place à l'audiance, aprez icelle, y estant venu, et ayant veu une bonne demy heure de la fin, sans aulcune interruption des nues. U y eust deux ou troys aultres conseillers et aultant de chanoines qui y venoient
chercher M' le Prieur, entr auitres M' de Bargemon ^ et le hon homme de M' Giraut. Jugez que c eust esté si vous eussiez esté de la feste. Il nous tardera bien de sçavoir ce que vous en aurez veu et mis par escript. M' le Prieur ne m'a pas encores baillé son calcul ; j'ay escript Tobservation de la macule parcequil n'en avoit pas la patiance, et vous envoyé les lettres de l'ordinaire venues ce matin, demeurant, Monsieur,
. voslre, etc.
DE Peiresg.
A Aix, ce 9 avril i633.
M' Du Puy m'escript que M*" Lhuillier s'employoit fort vivement pour une affaire que je luy avoys recommandée , d'un brave soldat de Marseille qu'on a assassiné prez de Paris ^, dont je luy ay bien de l'obligation, et n'en doibs pas moings avoir à vous, puisque c'est pour l'amour de vous^
LUI À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Vous vous en allastes tout à poinct pour ne pas estre tesmoing de ma honte et de ma mortification à l'arrivée des deux caisses de livres grecs, où je ne trouvay rien qui fusse bien digne de vous, ni de l'ex-
^ Sur Antoine d'Arbaut de Matberon, sieur de Bargemon, d'abord chanoine de r^se métropolitaine de Saint-Sauveur d'Aix, puis ëvèque de Sisteron (i6â8, 36 mai i666), voir Doeitments inédits sur Gautndi, p. 1 1. On s'ëtonne de ne trouver aucune mention de ce grand ami de Gassendi dans le livre de Bougerel.
' Voir dans le recueil Peiresc-Dupuy, t. Il , p. Ayâ , le post-scriptum de la lettre du 91 mars i633 où Ton trouvera force détails sur cette affaire.
' Bibliothèque nationale, vol. 1977a, fol. 5i. Autographe. Une copie de cette lettre est conservée dans la Bibliothèque de Garpentras, registre LX, t. Il, fol. 81.
pectation où nous en estions, la bonne fortune du poursuyvant ayant manqué à ce coup, car la pluspart ne sont que rituels et livres destinez au service des Eglises des Grecs, dont il y a deux volumes in-folio en caractère majuscule qui monstrent d'estre fort anciens, et y en a de plus modernes, où je pense que le R. P. Mercene trouvera les notes de musique qu'il leur demandoit, mais il fauldroit un interprète musicien du païs. Des aultres livres il n'y a pas chose trop considérable, mais possible y en aura t' il encores quelque petit fragment. Nous y avons rencontré une homélie d'Asterius, evesque d'Amasée, sur la vie de Saint Focas, qui n'a pas esté imprimée parmy ses œuvres ^ J'ay eu si peu de temps d'y vacquer que je n'ay encores peu achever de les parcourir, et le pix est que l'une des caisses a esté mouillée dans le navire, en sorte que plusieurs volumes sont fort endommagez, et aulcuns quasi pourris, ce qui augmente un peu la mortiBcation.
Le fagot de M' L'huillier est arrivé depuis hier, et ce païsan s'est rencontré tout à propos pour vous porter voz bréviaires, tant de la grande que de la petite forme, en ayant retenu l'un de la petite relié en marroquin de Levant si magni6quement qu'il a faict honte au pauvre Gorberan et luy fournira neantmoingz des adresses pour l'imiter aultant qu'il pourra en aultre chose. Le mal est que la lettre est si menue, qu'il me fauldroit rétrograder de vingt ans pour retrouver le temps que mes yeulx y eussent peu mordre. Je suis si accoustumé à l'édition des bréviaires de Venise, qui ont la lettre fort grosse, et fort approchée, que je ne sçauroys plus me servir de ceux de Paris ne d'Anvers, encores qu'ils soient in-8^, ou en un petit in-&^, quelque secours que j'y employé des lunettes. Je ne laisray pas de le garder comme un des plus dignes meubles dont pouvoit estre enrichye mon estude, et d'en remercier M"" L'huillier, comme je doibs, par le prochain ordinaire, le dernier vous ayant apporté un petit pacquet qui sera cy joinct. Get homme est
^ VAêterhu in Phœam est mentionne avec traduction ialine par le savant dodans le tome II du recueil Peiresc-Dupny, minicain marmandais François Gombefis p. 539. J'ajouterai que les œuvres oratoires (Paris, 16&8). du saint ëvâque d'Amasée ont été publiées
si pressé que je ne sçauroys lisre les lettres de M' Naudé et de M"* Gaffarel que vous recevrez Dieu aydant par le prochain; seulement vous diray-je que vous avez oublié de me mander ce qu'a cousté Tinstrument à voir dans le soleil. Si vous venez, vous nous obligerez d'apporter vostre nouvelle lunette de Venise, ou de l'envoyer tandis que nous y pourrons voir Venus cornue si elle y paroit bien despouillée de rayons et bien grande et visible. Gorberan me la fit voir, avant-hier, dans la mienne, rangée quasi dans une seule ligne avec la Lune, et Gastor, Pollux estant tant soit peu hors de la ligne plus occidantal que les aultres astres. Je croys bien que vous l'aurez observé, et je finiray demeurant, Monsieur,
vostre, etc. ' DE Peiresg.
A Aix, ce 11 juin i633, en haste.
Depuis avoir escript, le présent porteur s'estant un peu laissé entretenir à Gorberan, il m'a donné le temps de lisre les lettres de cez Mess" que je vous renvoyé avec mille remerciments trez humbles, ayant prins un souverain plaisir de voir leur franchise dont je vous suis trez redebvable, et ne manqueray pas de leur en rendre les remerciementz que je doibs de leur souvenir, et spécialement à M*" Gaffarel qui a plus de soing de moy que je ne mérite.
J'avoys oublié de vous parler de vostre Alcoran, et voys bien qu'il fauldra le payer ce que veulent cez gents, pour ne donner plus de soing à d'aultres de s'en mettre en peine.
On imprime à Paris l'Ëpistre de Saint Glement aux Gorinthiens ^
On mande que la trêve de Hollande est rompue , que le duc de Saxe a mandé au Roy qu'il ne se despartiroit poinct de la ligue Suédoise.
Le Roy a permis à M' le Président de Mesmes de se retirer à sa maison de Balagny ^.
^ Cette ëpttre a été souvent mentionnée * SurieprésidentdeMesmesvoirlerecueil
dans le recueil Peiresc-Dnpny. Voir notam- Peireso-Dupuy, /Mu^tm. La famille de Mesmes, mentt U, p. Sa 6 et suiv., t. III, p. 38, i65. par son alliance avec la famille de Monluc,
UV À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur,
Je vous escrivis hier fort à la haste par un paîsan que m'amena un
prebstre et vous envoyay le pacquet de l'Ordinaire et les bréviaires de
M'' L'huillier avec des livres de musique lesquels je creus estre de leur
suitte , car on ne m'en escrivoit rien. A ce matin , j ay receu d'Avignon
un paquet de Rome où j'ay trouvé un pacquet pour vous recommandé de la part de M' Suarez, qui est maintenant Ëvesque de Vaison. M^ YEïû°^ cardinal de Bagny a esté fort aise de voir le catalogue des historiens françoys de M' du Chesne, et m'escript que cela a donné envie au cardinal Barberin de faire une grande perquisition par touts les anciens monastères d'Italie pour recueillir touts les vieulx historiens dltalie, estimant qu'on en pourroit bien faire une pareille compilation, à quoy je l'exhorteray tant que je pourray. Au reste je verifiay hier sur mes nouveaux Mss. qu'une Iliade d'Homère y est avec des gloses interlineaires en rubrique, et des notes ou apostilles marginales qui ne sont poinct celles du scholiaste ordinaire imprimé soubz le nom de Didymus^ nomplus que celles d'Eustathius ^, et portant en quelques
endroictz le nom de Porphyre, mis en teste de quelques articles, ce qui me faisoit soubçonner que ce peussent estre celles du Proclus, qui
devint propriétaire du cliAteau de Balagny et aussi d'un manuscrit des Commentaires utilise par M. le baron Alphonse de Ruble dans son édition. Voir dans ^Introduction du savant éditeur divers détails sur le président de Mesmes considéré comme héritier des Monluo-Balagny. — Bibliothèque nationale, fonds français, 1 977a , fol. 53. Autographe. * Sur les diverses éditions auxquelles
ont été jointes les scolies de Didyme, notamment celles de i5at (Venise, Aide), de i535 (Bftle, J. Hervagius), voir le Manuel du libraire, t III, col. 369, 970.
* Sur les diverses éditions enrichies des commentaires d*Eustathe, notamment celles de i5&9-i55o (Rome, A. Bladus), iSSg- 1 56o ( BAle , Froben) , voir le même recaefl , mime tome, col. 977, 978.
faisoit tant d'estat et de capital de son Porphyre. Gesner faict mention d'une semblable pièce dans la bibliothèque de l'empereur, contenant riliade avec des scholies marginales et interlineaires. Mais il faict aussy mention d'une édition que je n'ay poinct veue, Homericarum quœstionum de Porphyre, imprimées avec des commentaires grecs anonymes In Homerum iSig \ qui pourroit bien estre chose approchante à mon Ms. dont il fauldra s'esclaircir avec le temps.
J'ay un petit volume des œuvres d'Orphée où est la continuation de Proclus Lycius in Solem, Venerem et Musas dont je n'ay pas veu l'édition alléguée par te dict Gesner^. On ne me laisse pas vacquer à cette recherche et à cet examen, tellement qu'il y fauldra plus de temps que je ne pensoys. Cependant je n'ay pas voulu laisser retourner M' d'Ësclangon sans vous faire cette recharge, demeurant,
Monsieur,
vostre, etc.
DB PsiRBSC.
A Aix, ce 19 juin t633 \
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Vostre despesche du xf arriva assez à temps pour faire tenir à Paris par l'ordinaire des lettres de M' l'Ëvesque de Digne et les vostres comme celle de Marseille y a esté envoyée en mesme temps. M' l'Ad-
* Homericarum qwBstùmum Uber (Rome, ' Orphei Argonautica, et kymni. Prœli
in-&* de â& feuillets). G Wrëditioapriûoeps. Lycii phU, hymni, édition de Florence,
Le Manuel du libraire (t. IV, col. SaS) Ini Philippe Jante, i5oo. C'est la première
donne la date de i5i8 et non 1619 et édition.
mentionne les éditions suivantes de 1 Sa 1 et ' Bibliothèque nationale, fonds français,
de 1539. 1977a , fol. 55. Autographe.
vocat du Roy survint tost aprez avec voz lettres du lendemain , et la lunette que je fis esprouver le mesme jour par Gorberan sur le soleil , tandis que j'estois contrainct d'aller au Palais. Mais le soir j'y vis les cornes de Venus beaucoup plus grandes et plus distintes qu'en la mienne et que je n avoys encore veu en aulcune autre, dont je fus merveilleusement bien édifié et mortifié tout ensemble de n avoir peu en mesme temps voir Saturne pour vérifier si j'y pourroys recongnoistre la triplicité de son corps, nom plus que la Lune qui estoit lors couverte de nuages, et je n'eus pas la patiance d'attendre qu'ils eussent faict chemin comme ils firent, car Gorberan qui y demeura me vint dire au lict qu'il avoit veu Saturne fort long. Depuis le temps a esté quasi tousjours trouble comme vous le descrivez en voz cartiers. Aux objects de terre, ceste lunette faict fort bon effect, mais la multiplicité des tuyeaux faict pencher les deux bouts plus que le mitan du seul fardeau de la garniture des verres, ce qui corrompt un peu l'effect principalement au soleil, et possible est cause que Venus ne s'y trouve pas si bien despouillée des rayons comme il seroit à désirer. Gorberan est aprez pour refaire un tuyeau de deux ou troys pièces seulement qui se puisse estendre plus directement ^ Tant est que je ne vous sçauroysdire combien je vous suis redevable du plaisir que vous m'avez procuré en cela, et par consequant à M" l'Evesque de Digne, envers lequel je vouldroys bien avoir peu mériter ceste faveur, par quelque bien digne service. Ayant un peu de regret que l'excez ordinaire de voz honnestetez ne vous ayt porté à renoncer au droict qui vous estoit acquis sur une si curieuse pièce, et à l'acceptation possible un peu plus libre qu'il n'eust fallu des honnestes offres qu'en faisoit une personne de ceste qualité, à laquelle elle estoit sans comparaison beaucoup mieux séante et mieux employée qu'à moy qui me suis trouvé surprins d'une grande confusion et bien empesché à me deffendre de la courtoisie et libéralité tant de l'un que de l'aultre, craignant que vous ne m'ayez
^ On voit que Gorberan n'était pas seulement un habile relieur, mais qu'il était aussi quelque peu opticien, mécanicien, etc.
laissé la preferance de la meilleure dont vous ne debviez vous priver en façon quelquonque, ne pour quelque cause que ce fust, à cause de Tinterest et du préjudice qui en pourroit revenir au public, et que vous n ayez despourveu M*^ de Digne de chose qu'il avoil apportée de si loing et recherchée avec tant de soing. C'est pourquoy j accepte bien la bonne volonté toute entière et n'en veux pas estre moings redevable que de l'effect envers l'un et l'aultre, mais aprez que le temps aura recouvré sa sérénité, et que nous aurons peu voir avec la commodité requise ce qui se pourra voir et faire voir à noz amys et aux vostres en ceste ville de cez merveilles de Venus et de Saturne, il sera bien raisonable de nous en contenter, et que M' de Digne trouve bon que nous luy en fassions la restitution, sans diminution quelquonque du bon gré que nous luy en debvrons trez touts et que je noublieray de ma vie, durant laquelle il ne m'esloit point arrivé de voir rien de plus beau ne plus digne d'admiration, ne que j'eusse plus ardamment souhaicté d'esprouver depuis plus de vingt ans. Au reste j*ay veu la lettre que luy escript M' GalTarel ; et ay esté bien ayse d'apprendre les particularitez que nous avions ignorées de cez païs là, dont je doibs des remei^ ciments particuliers à M' de Digne et à vous, m'imaginant que le voyage dont parle M"" Gaffarel pouvoit estre en la Cour de Savoye, oii j'entends que M' de Digne se trouva lors de ceste célèbre entreveûe du Cardinal Infante, dont j'eusse bien voulu sçavoir le destail au vray principalement sur cette cérémonie de l'estrieu que S. A. voulut tenir conjoinctement avec le filz du conte de Verrue, lorsque le Cardinal Infante monta à cheval pour s'en retourner à la mer. Car cela s'est raconté de plusieurs différantes façons, et je vouldrois bien estre asseuré de la vérité du faict, si vous pouviez desrober quelque heure du temps pluvieulx durant lequel voz observations plus pressantes cessent, vous m'obligeriez bien de m'en escrire un peu de relation exacte pour ma curiosité particulière de tout ce que M' de Digne trouvera bon de vous racconter sur cette entreveûe, et spécialement sur cette sorte de compliments. On escript de Marseille que l'Italie est toute en grande allarme de la guerre à renouveller à Mantoûe par ce Cardinal Infante ,
et qu'il s'est enfin saisy de Plaisance pour y faire sa place d armes, quoyqu il y eust eu bruict contraire que l'on y avoit receu garnison françoyse. On escript aussy que M' de Crequi estoit passé le premier de ce moy s à Ligourne sans prendre terre , ne recevoir les raffraichissements que le Grand Duc luy envoyoit présenter, s'estant contenté de recevoir ses compliments par Dom Pedro, et de luy respondre par le mesme à cause du soubçon de la peste de Florance. J'ay faict rendre à M' de Frejus^ sa lettre et le roole qui Taccompagnoit , estimant que Dom Poly carpe ^ en aye veu aultant. Quant à M' Sckikardus, je suis bien aise que vous vous soyez résolu de luy escripre plustost que plus tard, et de luy communiquer voz rares observations dont il sçait si bien faire son profit^, et suis bien marry qu'il ne se soit rien trouvé dans mes caisses du Levant qui puisse estre de son goust que je scaiche. J'avoys receu, cez jours passez, une petite lettre d'advis de M' Petit sur son arrivée à Nismes, oii je luy envoyay les Tables hébraïques manuscrites d'astronomie dont je vous avoys parlé pour les traduire, s'il jugeoit qu'elles en valleussent la peine, ensemble le manuscrit hébraïque de la petite chronique des Juifs que M"" Genebrard avoit traduit autresfoys* pour voir si en le conférant il y trouveroît rien de remarquable. J'ay eu un peu de regret de n'avoir songé à temps pour ce regard à M' Sckikard qui possible eust esté bien aise de voir cez tables. Mais sitost que M' Petit les nous aura renvoyées , si nous voyons qu'il y ayt rien de digne de M' Sckikard, nous les luy pourrons faire tenir. L'autheur de cez Tables vîvoit 3oo ans y a, ce dict-on, à Tharascon. Si M** Sckikard vouloit voir de cez livres samaritains, possible y trouveroit-il quelque chose de son goust, en cez Ëpistres à Scaliger et en l'un de
^ Barthélémy de Camëlin occapa iesi^ de Prëjus de 1896 à 1637. Voir le recueil des Lettres de Peiresc aux frire» Dupuy,
* Dom Polycarpe de la Rivière , de Tordre des Chartreux. Voir le recueil des Lettres de Peiresc aux frères Dupuy,
^ Bougerel dit (p. laS) que Gassendi ir passa le reste de Tannée ( 1 63 3 ) à Taneron ,
village situé auprès de Digne, d'où il envoya à Schickard plusieurs observations astronomiques. La lettre qu^il lui écrivit, ajoute-tril, est si longue qu'il l'appelle luimême un volume. y>
^ Sur Gilbert Genebrard, archevêque d'Aix, voir le recueil des Lettres de Peiresc auxfi'ères Dupuy,
cez derniers volumes que j'ay encor icy escript en lettres partie samaritaines, partie arabiques, concernant divers discours de leurs meurs, où il y a une généalogie de Mahomet de fort peu de générations, dont je m'asseure que M' Sckikard se prevauldroit beaucoup mieux que le R. P. Morin \ Nous luy en envoyerons le volume, si vous voulez, vous asseurant que je suis amoureux de la vertu et ingénuité de ce personage et que je reputeroys à grand heur de luy pouvoir rendre service et tesmoigner mon affection. Ce que vous m'avez mandé que les nues vous avoient couvert le ciel durant tant de jours, m'a donné courage de vous envoyer l'observation que fit Gorberan le soir de l'arrivée de mes caisses de livres, où il fit l'esseay de ce que vous luy aviez ordonné, avec son astrolabe, et mit sur le papier les haulteurs de cez quatre astres que je vous disoys dernièrement avoir veus rangez quasi en une mesme ligne et quasi en œquidistance. Il tesmoigne une grande envie de Continuer. Je luy veulx faire faire un baston de Jacob pour cela, si je trouve un ouvrier. Ce qui me faict souvenir de vous reprocher que vous ne m'avez pas mandé ce que vous m'aviez promis pour l'ouvrier de la machine aux macules solaires, que je vous supplie de ne plus oublier, si me voulez laisser en ma liberté. Sur quoy je finis demeurant, Monsieur,
vostre, etc,
DE PEIRBSG4 A Aix, C6 16 juin i633.
J'estoys au lict dernièrement quand Gorberan ouvrit le pacquet des bréviaires de M*" L'huillier, et ne vit pas lorsqu'il avoit laissé en arrière dans les enveloppes deux aultres petits livres qui seront cy joincis, l'un du P. Sirmond, l'aultre que je croys estre celuy dont parloit M' L'huillier de M'Bourdelot, que je n'avois pas veu, et que j ay esté bien aise de voir, dont je vous ay l'obligation.
^ Rappelons que Schickard ne fiit pas moins savant orientaliste qu'excellent astronome.
IT. ho
Je serviray M' laclvocat du Roy seion le mérite d'un personage de sa condition , cousin de M' Taxil , et si intime amy de M*" Gassendi , à qui j'estois desja serviteur de longues années.
Depuis avoir escrîpt, ma despesche estant demeurée à faulte de corn'modité, le temps s estant remis au beau ce jourd'huy, M' de la Marguérie, fils de M'* le Premier Présidant, avec le P. Aillant ont voulu venir voir à ce soir les cornes de Venus qui leur ont donné un merveilleux j^aisir, principalement lorsqu'elle estoit bien proche de Torison, où les vapeurs despouilloi^it entièrement le croissant de ses faulx rayons. Car auparavant Teffect n'eu estoit pas si beau ne si net. Ils ont veu pai* mesme moyen le corps de Saturne irregulier fort allongé quasi comme un citron, mais il y a voit des faulx rayons fort importuns, et qui ne iaissoieot pas bien jouyr de la vraye apparance de ce coi*pH céleste dont la couleur estoit bien aussy melancholique comme le bruicl. Il m'a semblé une foys ou deux, mais je ne voudrOys pas estre garent formel que la moindre rondeur des deux bouttons principalement de l'Oriental estoit fort apparante, et comme distiute (bien que non séparée) du plus grand corps principal de cet astre. Nous avons veu dans la Lune une poiucte esclairée au mitan d'une grande macule au bord oriental qui faisoit un trez bel effect. De sorte que M' le Prieur de la Valette qui n'a pas eu te courage de venir pour estre de la partie, sera un peu mortifié demain à nous ouyr parler Dieu aydant.
L'ordinaire est arrivé à dix heures du soir, comme cez messieurs se reliroient. J'ay receu pour vous un paquet de M' L'huillier, où vous trouverez, je m'asseure, un supplément de vieille gazette bien notable, et un de M*" Gaffarel qui vous escript, je m'asseure, ce qu'il me mande, mais vous aurez agréable que je diiïere à lundy ou mardy pour vous envoyer la lettre qu'il m'escript, afin que }e luy puisse respondre par l'ordinaire, si c'est possible.
Ce samedy au soir, 18 juin ^
' Bibliothèque nationale, fonds français, gard est le nom de Gaffarel. (Esl-ce le nom 13779, fol. 67. Autographe. A la suite de de Tauteur ou seulement de l'envoyeur?) la date on irome un distique latin; en ve^ Voici oediatique ou Ton reconnaît fisicikment,
H.»T»ii!fa»*=
A MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN 8*^ THEOLOGIR ET THEOLOGAL Elf L'EGLISE GATHEDiALE DE DIGNE,
À DIGNE
Monsieur, J'adjousleray ce mot à ma despesche puisqu'on ne Ta pas encores acheminée pour accompagner le livre ci joincl que M' Petit m'a envoyé de Nisraes', afin que vous voyiez s'il y auroit aulcune observation de vostre goust, comme il s'y en est trouvé de la mienne; et quand vous me l'aurez r'envoyé, je verray de luy faire passer les monts. Cependant je seray à jamais, Monsieur,
vostre, etc.
DE PeIRESG.
A Aix, ce dimanche 19 juin i633*.
sscc*«aas»3«i
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEL'R EN S^^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE,
À DIGNE
Monsieur, En attendant si l'ordinaire sera venu ceste nuict„je prens la plume avant qu'aller au palais à la réception du sieur de S^ Martifi Grimaud,
SOU& le jeu de mots, une alliuioa au cardinal Infant :
Gaffaroflus :
Latiui infaotem colnber pnut ore ToniWt Nunc Infans eolabram levior angue vorat.
^ Le maauficrit en langue bébnïqne qui 86 trouve mentionna dans la lettre prëcëdente.
^ Bibliothèque nationale, bnds français, 1.3773, fol. &i. Autographe.
resignataire de Toflice de conseiller du président de Paule^pour vous dire que si les pluyes et les nues, qui vous ont caché le ciel depuis vostre retour chez vous, proviennent de quelque vangeance de ceste desdaigneuse Venus, à laquelle vous avez tant faict la cour depuis ceste année ^ elle pourroit bien avoir voulu vanger quant et soy la pauvre ville d'Aix que vous aviez abandonnée si soudainement lorsqu'elle se promettoit de vous gouverner un peu plus à souhaict, puisque lorsqu'elle se cache tant dans voz montaignes , elle nous a faicl si bon marché de par deçà de tout ce qu'on pouyoit espérer de sa veûe. Car si bien nous avons eu des pluyes et des nuages comme vous, ce na jamais esté pourtant si assiduement, qu'il n'y ayt eu de grands intervalles dilucides, qui eussent esté bien suffisants à un homme amoureux pour proffiter des regards de sa maistresse, et lequel auroit peu se donner la patiance de les attendre aussy impunément comme peult faire un corps aussi robuste que le vostre. Et de faict vous aurez peu voir par la première observation de Gorberan que je vous envoyay que vous eussiez peu prendre un phœnomene bien notable du passage de la Lune prez de vostre Venus en un allignement si gentil avec les deux jumeaux. M' le Premier Présidant ayant depuis apprins de M"' de la Marguerie, son filz, ce qu'ils avoient observé des cornes de cette nymphe, en voulut avoir sa part, etaprez luy d'aulires jusques au bonhomme M'' le doyen OHivier qui ne fit de sa vie de si grandes admirations, quoyquil en fusse assez libéral partout. Gez jours passez, la Lune s'estant approchée de Saturne quand nous voulions considérer de plus prez sa triplicité, ou beslongueur informe, il voulut faire un essay de ce qu'il pourroit mieux faire, s'il estoit mieulx instruict, et pensoit voir passer la Lune sur le cœur du Scorpion, ce qui luy fit veiller quasi toute la nuict, mais elle reservoit ce spectacle à un aultre hémisphère, dont il demeura
^ Cette plaisanterie et les plaisanteries qui pour les féliciter de leur réconciliation et
vont suivre peuvent être rapprochées d'une souhaiter que leurs brouilleries aient
petite gauloiserie du bon Gassendi écrivant toujours le sort de celles des amante. (Voir
quelques mois plus tard (janvier 1 634), Bougerel, p« 199.) à Michel Const'intin et h Jacques Gaffarel
un peu morlifië. Cependant il se bazarda de &on propre mouvement de faire uUe observation des distances, tant de la Lune à Saturne, et d'elle aux estoilles fixes plus voisines que desdictes fixes entr elles pour imiter voz rectifications aussy bien que les haulteurs, mais le pauvre garçon n avoit pas bien preveu la differance qu'il y -a d'observer par les pinnules de vostre baston de Jacob, ou par celles d'un astrolabe, dont l'une est si esloignée du centre qui doibt régler les degrez de la circonferance. D'une chose l'ay-je bien asseuré, que vous ne luy scauriez aulcun mauvais gré de cet effect de ses bonnes intentions, et qu'il ne tiendroit qu'à luy de se rendre aussy célèbre à la postérité que le maistre Âuzias de M' Valloys\ s'il en avoit tant soit peu d'envie, comme il tesmoigne de n'en estre pas esloigné. Auquel cas je luy feray faire des instruments les meilleurs que je pourray. Au reste je vous remercie trez humblement de la bonne relation qu'il vous a pieu me faire des mérites de M' Bourdelot, et des bons offices que vous m'avez aultresfoys rendus de sa part, dont je vouldrois bien avoir mérité les bonnes grâces par quelque digne service ayant prins plaisir de voir son beau poème que vous aurez depuis receu. J'ay eu une vieille despesche de M' Naudé du 2 1 febvrier enfermée dans une caisse venue de Rome par les galères de M*" de Crequy dans laquelle j'ay receu afforce vases de bronzes antiques, cappables de me bien donner de l'exercice, et afforce desseins de vieux marbres, et quelques médailles et autres curiositez pour servir d'un supplément inespéré de ce que j'avoys trouvé à redire à mes pauvres caisses du Levant, de façon que, comme vous avez fort bien pronostiqué, je ne suis pas encores si peu heureux, comme je pensoys, car il y a d'assez belles et bonnes pièces, et avecladicte cais- . sette j'ay eu deux vases dans chascun desquels y a une plante vivante et fort bien conditionnée du vray Papyrus dont les anciens faisoient leurs feuilles à escrire. Ce que je n'a vois jamais veu qu'en peinture, laquelle estoit bien différante de l'original. Vous prendriez plaisir de
^ L'astronome amateur de Grenoble avait donc, pour ses observations, un auxiliaire dont le nom alors fort connu ne nous serait pas parvenu sans la révélation de Peiresc?
318 LETTRES DE PRIRESC [1683]
la voir. C'est le cardinal Barberin qui me lea envoyé, et j'en envoyé seulement une plante à Boisgency, ayant retenu Taultre icy jusques à Tautomne pour essayer si cela pourroit ayder à vous induire à revenir entre cy et là. Car quand vous estes en un lieu, vous y estes aymé et retenu si fortement par tous ceux qui onl le bien de vous cognoistre, qu on ne vous en sçauroit arracher que par force, ou par quelque petit artifice que j'employeroys bien volontiers pour en venir à bout.
M' Naudé m'escript que le P. Scheyner escrivoit dez lors ex proffesso contre le pauvre Galilée, qu'il y travailloit puissamment et avec grandissime animosité, à ce qu on leur en mandoit de Rome; dont les effects u'ont que trop paru à mon grand regret et peult estte au dezadvantage des arts liberaulx^
L'ordinaire estant depuis arrivé, j'y ay apprins une nouvelle bien agréable pour vous aussy bien que pour moy, en faveur du pauvre Galilée, que M' du Puy m'escript estre heureusement sorly des pri*sons de Flnquisition aprez s'estre glorieusement purgé de la calomnie qu'on luy avoit imposé d'avoir changé quelque chose en l'édition de son libvre depuis la correction du Padre Mostro, maistre du sacré Palais. De sorte qu'on luy mande de Rome qu'il y avoit apparance qu'enfin ses Dialogues se publieroient; et dict que ses lettres de Rome sont du âS de may. J'en ay bien de plus fraisches de Rome du 3 et 3 juin, et par la poste , et par le retour des galères de M' de Crequy, mais persone ne m'en dict rien. Vray est que je n ay pas de lettre de ceux qui m'en pourroient papier, ne pas mesmes du cardinal Barberin. Mais on m'a dict qu'un jacobin a prins terre à Antibe ou Cannes, lequel s'estoit chargé de tout plein d'aultres paquets pour moy, duquel il nous fauldra attendre la commodité, avant que l'avoir icy, puisqu'il n'a eu la patiance de venir faire son desbarquement à Marseille. Vous aurez un paquet de M*" L'huillier, qui vous dira, je m'asseure, la prinse de Reimbergue le 19® jour de son siège, et que Monsieur fut par ce moyen constraint de
' A rapprocher des pages 116 et 117 cIq la Vie de Gassendi, où Boiigerel analyse ou mentioiffie des lettrée du P. Scheiner, de Galilée et de Gaffarel.
[1633] ET DE GASSENDI. 8ld
rebrousser chemin avec larmée espagnole aussy tost aprez avoir passé la Meuse. Le Roy avoit escript à M' le Président de Mesme qu'il luy permettoit de venir faire sa charge, sur quoy je finis demeurant, Monsieur,
vostre etc., DE Pbihesc.
A AiXfCe 36 j»in i633.
On m'escript de Pans que comme on commançoit à transcrire la vie d'Homère par Plularque, on s'est apperceu qu'elle esloit imprimée dans le recueil des poètes in-fol. de Henri Estienne, ce qui fit cesser la transcription. Mais j'ay recouvré l'Ëusebe de Scaliger d'un de mes amys, oii il n'y a rien d'escript comme au mien, de sorte que nous le pourrons envoyer à M' de Mezeriac quand vous vouldrezpour le garder tant qu'il luy plairra , car ce mien amy m'en laisse la disposition fort ample'.
À PEIRESC
Monsieur,
Tant parce qa« j6 sui^ surpris par le' despnl't àe ce porteur, que percé que j'espère de vousescrire lundy ou mardy plus anirplement par le retour de Mad^*'^ de Morgues (parimy les bardes de laquelle je mettray le livre de Mons* Petit), je me cantenteray de vous faire ce root pour accompaigmr celldy que j'escry à Motis" Luillier et vous prier cependant de m'envoyer la traduction ou faire Sçavoir sommairement k sujet des lettres escrites du Levant à feu M"" Scaliger. C'est afin qu'escrivant à M** Schickard je luy puisse dire ee que- c'est Despuis que j'ay tant fait, je pense que j'atlendray de luy escrirejusques à ce que j'aye encore
' Bibliothèque ^ationefle, hnès françM, isf^ar^ M^ ^ Autôga^arphip.
veu $ à ceste fois cy. Il y a deux ou trois jours que je suis aux aguets, et vay coucher pour cest effect tous les soirs en un monastère des Mathurins que nous avons icy en une assez haute montaigne. Je vien en effect d'en arriver, mais il y a eu quelques nuages qui m'ont empesché de descouvrir le compagnon. Hier au matin je pensoy l'avoir attrapé, mais je trouvay après que c'estoit Mars. Je l'ay encore veu aujord'huy et Jupiter après. Si le sieur Corberan dezire d'en voir quelque chose, il le rencontrera mardy ou mercredy matin à main droite et plus bas que Jupiter, et esloigné d'environ autant que Castor de Pollux. Il fera un assez joly triangle avec Gapella et la Poulsiniere. Mais surtout s'il veut voir quelque chose de beau, qu'il prenne garde de demain dimanche en huit jours, auquel temps l'Ëphemeride de Kepler remarque qu'en premier lieu se lèvera la c après c5^, de suite ^ à sa droite et enfin $ sur la c .
Je suis toujours.
Monsieur,
vostre très humble, très affectionné et très obligé serviteur,
Gassbndi,
Je vous envoyé une lettre de mons"^ Morin afin que vous y voyez ses recommandations et fassiez, s'il vous plaist, rendre à mons' de la Va* lette celles qu'il y a pour luy. Je pense que je vous doy aussi envoyer une lettre de mons' Bourdelot en laquelle il fait mention de vous et parce qu'il parle là dedans d'un certain M' Constantin, qui luy a donné un epigramme sous le nom d'Eustathius, en teste du poème que vous avez veu S je vous vay aussi faire part de la dernière lettre. que j'en ay receue. Je scay bien que vous avez d'autres choses meilleures à voir, mais moy n'ayant rien de meilleur à vous monstrer, $ fisiZov i^fl^,
70\Jt6 (TOI SlSùJlJd.
A Digne, ce samedy xx? juin au matin mdgxixiii'.
* S*agit-il là de Michel Constantin, men- * Bibliothèque dlnguimbert. à Carpen-
tionné dans une note de la lettre prëcélente à tras , collection Peiresc , registre LX , t. II , Toccasion de sa réconciliation avec Ga£hrel? fol. i5o. Autographe. .
< ,. j -s — aj
LK À GASSENDI
Ne pouvant vous escrire à mon aise, à mon grand regret, non plus qu'à M"^ vostreEvesque, je me contenteray de vous accuser la réception de voz lettres et des siennes , ensemble du livre de M' Petit. Vous aurez icy deux pacquets venus par l'ordinaire, et un cahier venu de Venize de la part de M' Gaffarel qui m'en envoyé un pareil , et m'escril ce que vous aurez en la seconde partie du mémoire cy joinct.
Depuis la closture de nostre Parlement j'ay icy gouverné un honneste homme de Marseille qui a esté 20 ans au Cayre, de qui j'ay apprins de fort jolies curiositez pour mon goust particulier. Vous y eussiez, je m'asseure, prins grand plaisir, entr'aultres à luy ouyr dire l'embrasement que la terre vomit sur les confins de l'iSthiopie voisins du pais de Suachem prez le Nil, en mesme temps que celuy de Naples à peu de jours prez, lequel duroit encores au moys de mars suyvant, pendant lequel temps il avoit désolé troys ou quattre lieues de païs à l'entour et y eut un tremblement de terre jusques au Cayre. Quelque temps devant y avoit eu à la Mecque un aultre accidant bien estrange aprez des ravages et déluges de pluyes fort extraordinaires qui a voient mis à terre la mosquée de Mahomet, que la terre s'entr'ouvrit et en sortit un vent si puant, si chauld et si mallin que grand nombre de peuple en fut malade, et plusieurs en moururent. Mais cela (ut bientost* recomblé. Il y a entre la Meque et le mont de Sinaï des bains et eaux chauldes en deux divers endroicts fort célèbres, entr'aultres en la ville de Médina Nebith , où sont le sepulchre de la jambe de Memet et les bains du prétendu prophète. Et le Tor oi!^ se font les provisions de l'eaa pour tous les navigants en la mer rouge , lesquelles eaûes sont corrompues dans a& heures, et engendrent des vers gros comme le doigt qui par aprez se convertissent en gros mouscherons ou papillons, et aussytost l'eau se clarifie et rend par aprez incorruptible et excçl-
IVrklHKMI BATIOIAir..
322 LETTRES DE PBIRESC [1638]
lante , la challeur de cez eaux faisant indice de la disposition soubsterraine aux embrasemens. Cet homme s'en retourne en JEgypte, et ma promis de me faire colter précisément le jour de touts cez grands accidents, pour en voir le rapport avec ceux de Naples. Sur quoy attendant la relation de Villefranche, je demeure,
vostre , etc.
DB Pbibbsc.
A Aix, ce 3 juiikt i633^ .
À MONSIEUR, MONSIEUR DE GASSENDY
CHANOINE THEOLOGAL,
À DIGNE
HEGOMHAIfDi X M' LB BARON D*BSPUfO0SE.
Monsieur, En envoyant au s' Besson les lettres que j'avois eues de lordinaire , il me r envoya la vostre du dernier juin, où je trouvay celuy que vous adressez à M'^ L'huillier qui s'en ira demain au matin, Dieu aydant, par l'ordinaire. Je me trouve encores bien embarrassé, n ayant pas commancé d'escrire pour l'ordinaire où il me fault escrire tout plein de lettres, mais je nay peu m abstenir de jetter les ieux sur vostre lettre, où j ay prins un grand plaisir, et ne maaqueray pas de la faire voir à Gorberan pour Tanimer, et à M' le Prieur de la Valette pour l'inviter à luy donner quelque bonne instruction, n'ayant encores peu lisre les lettres de voz amys qu il vous avoit pieu me communiquer; mais je me promets bien que vous ne laisrez pas de m'excuser comme je vous en supplie , et de faire mes excuses à M' l'Evesque de Digne à qui je ne cuis que trop obligé, n'ayant pas voulu laisser aller ce laquay de
^ Bibliothèque nationale, fonds Trançais, 1B779, foi. €3. Antographe.
M"^ d'Ëspinouse sans vous rendre ce petit compliment, attendant que je me puisse acquitter de mon debvoir. C'est la vérité que M*" du Ghaffault m'obligera beaucoup de me faire voir son escuellon de brome, et y a de Tapparance que puisque les Médailles dont il estoit remply sont toutes d'un siècle, la mesure y pourra avoir du rapport. J'en ay receu de Rome et d'iEgypte que je n'ay pas encor examinées, faulte de loisir, mais ce sera Dieu aydant bien tost. Sitost que les trois livres seront venus, je les porteray à M' le Prieur de la Valette, selon vostre ordre, pour les vous envoyer incontinant. Ëxcusea-moy et me commandez comme, Monsieur,
vostre, etc.
DE Pbihbsg.
A Aix, ce ^ juillet i633.
L'on me faict feste du livré eotté au billet cy joinct, mais on ne mande pas de me l'avoir encor envoyée
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Je ne vous sçaurois exprimer les embarras qui m'accueillent de tous costez et qui m'accuUent sans me laisser aulcun moyen de m'acquitter de mon debvoir envers mes bons seigneurs et amys, et sans me laisser rien commancer du travail que je pensoys avoir achevé dans la my-juillet, où nous sommes desja si advancez. C'est pourquoy vous excuserez, s'il vous plaict, Monsieur, le retardement des offices que mon
* Bibliothèque nationale, fonds firançais, 19779, fol. 65. Autographe.
321 LETTRES DE PEIRESG [1633]
impuissance faict demeurer en arrérage. M' le Premier Présidant a prius resolution de partir dans huict ou dix jours, ayant eu permission du Roy daller faire un voyage en Cour, et d'aller faire un peu de séjour en ses maisons des Champs. Il prend le chemin de Thoulouse, Bordeaux et Angoulmoys oiSi il a sa maison de la Marguerie à quattre iieûes d'Angoulesme, de sorte que M' TEvesque de Digne courra fortune de ne le pas trouver icy en octobre non plus que vous, car il ne parle pas d'estre icy de retour avant la fin de novembre, et Dieu sçaict combien de choses pourroient se mettre à la traverse pour luy faire allonger ce terme , et possible perdre la volonté de plus revenir, car on ne luy donne gueres de subject de s'y plairre à mon très grand regret.
Nous avons icy depuis sept ou huict jours le bonhomme B. Salomon Azuby^ que je vouloys vous envoyer là hault pour vous aller voir chez vous , puisque sa maladie l'a empesché de vous venir voir icy tandys que vous nous fesiez l'honneur d'y prendre la patiance, mais il n'a pas encor eu assez de courage pour s'y resouldre, bien que je luy offrisse un de noz chevaulx et un guide et de le desfrayer. J'ay envoyé quérir chez luy son exemplaire des Tables astronomiques pour le faire travailler à la traduction d'icelles, à cause que j'avoys envoyé le mien comme vous sçavez à M' Petit, qui aura de la peine d'en venir à bout, à ce que pense ce bon homme cy. Il m'a apporté ses observations des deux dernières ecclypses, c'est-à-dire le calcul qu'il en a faict sur les règles desdictes Tables, où je m'asseure ^ue vous aurez du plaisir de voir comme il s'y prend. Je ne le laisray pas eschapper que je n'aye de voz nouvelles, et si vous aviez du sang aux ongles, vous viendriez dire adieu à M' le Premier Présidant, et à M*" vostre Prélat aussy. Car il a de la peine à mettre son train en estât pour un si grand voyage avec toute sa famille et n'a pas mesmes les chevaulx de carrosse qu'il luy fault. J'ay esté fort tenté de vous envoyer noz
' J'ai dëjà renvoyé, au sujet du savant rabbin de Carpentras, au fascicule IX des Correspondants de Peiresc ( Versailles , 1 886 )•
chevaulx pour cet effect , et si M' vostre Prélat n eust esté là , possible m'en seroys-je dispensé à tout hazard, car il n'y pouvoit pas avoir grande perte, quand bien vous n'auriez peu venir.
Ce io~juaiet i633.
Du 13* juillet
J'ay aujourd'huy au matin escript à Paris à M' Lhuillier à faulte de luy pouvoir envoyer de voz lettres et demain, Dieu aydant, j'espère de pouvoir faire aller le pacquet de M' de Digne à Rome, comme sa lettre pour Marseille fut envoyée à la poste le mesme jour, et l'aultre de Gaillard baillée chez luy, car il estoit aux champs. Mais le laquay du s' de Pontis* avoit esté huict jours en chemin. J'avoys commancé de vous escrire le contenu de l'aultre part, il y a deux jours, pensant joindre de mes lettres à celles que j'avoys eues pour vous de Paris, mais M' Besson les vint prendre céans que j'esloys au lict, et l'on ne luy donna pas mesmes celle que j'avoys ja escripte à M** l'Ëvesque de Digne. J'ay esté plus de 8 ou i o jours avant que pouvoir lisre les troys belles lettres qu'il vous a pieu m'envoyer des s" Bourdelot, Constantin et Morin, tant je suis mal à moy, car je puis bien vous jurer que j'estoys trainé à grande force ailleurs, pendant tout ce temps. En6n j'ay prins un souverain plaisir à les lisre, et vous ay bien plus d'obligation que je ne sçauroys exprimer en une lettre des favorables offices que vous me prestez envers ces messieurs que je vouldroys bien pouvoir condignement servir en revanche de tant d'amitié que j'ay si mal méritée. Il me souvient bien que vous m'avez escript aultres foys du s' Bourdelot et de son inclination à me vouloir du bien , dont je pense vous avoir supplié de luy faire mes remerciements trez humbles
^ S*agit-il là de Louis de Pontis, Tofli- où fut écrite la préseiite lettre, Louis de
cier qui alla finir ses jours à Port-Royal et Pontis était Âgé de cinquante ans. Rien
sous le nom duquel on a publié des mé- donc n'empècbe de croire que le person-
moire»<|ui ont paru suspects à de nombreux nage mentionné par Peiresc est le même
critiques? On sait que la famiHe de Pontis queTauteur prétendu des Mémoires publiés
est provençale. On sait aussi qu'à Tépoque en 1 676.
comme je faicts encores. J'avoys bien veu son Pétrone, mais nous sommes si mal advertys, et en pais si mal attaché au commerce des livres , que je n'avoys pas seulement ouy parler de son LucianS quoyqae ce ne puisse estre qu une (sic) ouvrage de longue haleine et de grande importance, et de faict je tascheray d'en faire venir un exemplaire avec la première balle qu'on me fera. Ce M*" Constantin doibt estre d'une bien gentile humeur, et que je gousteroys bien, je m'asseure, et j'ay prins plaisir de voir ce qu'il rapporte des différants de cez moynes. Je ne sçay pas bien quel homme est ce Gérard dont il parle, et me feres plaisir de me le mander à vostre loisir. Quant à M' Morin, je le remercie trez affectueusement de son souvenir, et vous supplie de luy en faire les compliments de ma part quand vous luy escriree, ayant eu du plaisir de voir la déduction qu'il vous faict de tout ce que Longomontanus luy a envoyé , principalement concernant la quadrature du cercle dont je seray bien ayse d'apprendre avec le temps ce qui en reuscira. Car je n'en attends pas davantage que de ce que tant d'aultres y ont faict inutilement Surtout j'ay esté bien aise de voir par sa response la liberté avec quoy il falloit que vous luy eussiez escript sur son invention des longitudes, où je pense qu'il aura grand besoing de cavesson pour le retenir de trop promettre, aussy bien que du reflux de la mer, pour raison de quoy il allègue un Villon dont je vous prie me dire vos sentiments, s'il vous plaict^.
Je viens de recepvoir une lettre du s' Gaffarel du 96 juin de Venise, portant que M'' de Savoye a faict imprimer un libvre de son tiltre prétendu de roy de Gypre, qu'il entend de prendre la qualité deïï AUezza real et avec la couronne close. Il adjoùste que le cardinal Infant a eu une grande mortification de ce qu'un conte milanoys a faict coupper le nez avec un razoir à un segneur de sa suitte en hayne de ce qu'il luy avoit pris la main droicte. Le due de Feria se faict bien prier de partir,
^ Le LflMten de Jean Bourdefot était pour*- ' Sur Villou ( Antoine ) , auteur de V Usage
tant publie depuis dix* huit ana (Paris, des Épkimèndes, voir le recueil Peiresc-
i6i5, in-foL). Voir le Matêuet du liiraire Dupuy, t. III, p. 89, 60. (t. III, col, 1207).
et le due de Parme est tout à faict bon françoys extérieurement, comme tous ses voisins le sont au cœur bien qu'ilz ne Tosent faire paroistre. Il me charge de vous faire de ses recommandations. Il me resteroit bien des choses à vous dire encores en response de voz dernières lettres, mais il fauldroit entreprendre un bien long discours, et entamer ou employer une aultre feuille que je remettray avec vostre congé à une aultre occasion. Seulement vous diray-je que la lunette que j'ay m'a monstre à ma foibie veûe le corps de Saturne beaucoup plus petit que ia distance des cornes de Venus, et que je n'ay sceu prendre cez dimensions que vous dictes avec l'ouverture de la lunette bien nettement et que je trouvois Venus plus grande que la clnquiesme et quasi aultant que le quart dudict diamettre à peu prez à comprendre ce globe de cette petite Lune, mais pour Saturne jamais je ne luy sceus establir une proportion bien apparante, et ne Tay jamais veu si poinctu comme vous le faictes par les deux bouts, comme d'ung comble à augive, les bouttons me sembloient incomparablement beaucoup plus gros que vous ne les faictes, si ce n'estoit un faulx effect ou vice du verre de la lunette, car elle ne le despouille jamais bien de ses rayons, et en fault prendre la figure du corps par pièces et fort à la desrobée. J oublioys de vous dire que nous avons icy encores pour quelques jours M' Valoys qui pensoit vous y voir, et ne peult vous aller chercher en voz montaignes à son grand regret; mais il arriva trop tard pour voir les cornes de Venus qui nous estoit disparue deux jours devant que je sceusse son arrivée. Corberan a prou de bonne volonté, ce semble, mais l'incommodité du lieu du costé du Levant et la difficulté de se lever matin, aprez les desbauches dont il a peine de se sevrer, luy ont faict tout quitter lorsqu'il y devoit estre le plus ardanL J'attends vostre lettre pour M** de Mezeriac, afin d'accompagner l'Ëusebe, et me fault cornmancer d'escrire à Rome de peur d'estre surprins demain. Excusezmoy donc, je vous prie.
Monsieur,
comme, etc.
Dfi Peiresc.
Sitost que je retrou veray les epistres de Scharon^ je les envoyeray à M' L'huillier. C'est par la commodité extraordinaire d'un homme de M'' d'Ëspinouse que je vous envoyé ma despesche.
A Aix, ce 19 juillet i633.
Le temps estoit hier fort chaud, et le vent de la marine nous faisoit extraordinairement ouyr les cloches de Saint-Jean , mais on a jugé qu'il dehvoit avoir porté de la plage aux montagnes, car le temps s'est fort r'affraischy ce jourd'huy, grâces à Dieu , et le vent s'estoit tourné du costé du Mistral.
Vous aurez une lettre du bon P. Athanase Kirser qui m'a esté apportée par le P. Gyriacus Sciotto grec, et une du R. P. Dom Polycarpe bien curieuse , qui estoit céans plus de huict jours y a , sans que j'eusse ouvert le pacquet sinon aujourd'huy, parce que c estoit avec un libvre que le bon P. me renvoyoit et le Chartreux qui me l'apporta lors me dict qu'il n'avoit peu escrire pour s'estre trouvé fort malade , tellement que je ne croyoys poinct qu'il y eust aulcunes lettres dans le fagot dudict livre que j'ay voulu monstrer à un amy, et ay esté bien honteux d'y trouver vostre lettre et d'aultres bien envieillies de leur datte dont je vous supplie m'excuser, n'ayant poinct failly que sur le dire de ce bon religieux qui m'avoit donné une grande allarme de la santé de Dom Polycarpe , mais grâces à Dieu il se porte beaucoup mieux ^.
^ C'est-k-dire Scarron. S*agit<-il là de la présente lettre (Paris, Toussaint Quinet,
quelques ëpltres manuscrites de rëcrivain i6&3, in-i**).
buriesque, alors ftgë de vingtr>troi8 ans? On ' Bibliothèque nationale, fonds français ,
sait que la première édition de ses poésies 18773, fol. 67. Autographe, parut dix années seulement après la date de
LXU À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI
DOCTBUR EN 8^ THSOLOGIS ET THEOLOGAL DE L^iOLISB CATHEDRALE DE DIGNE,
À DIGNE
Monsieur,
Cette aprez disnée M' Valioys estoit céans quand M' Besson nous a apporté voz despesches du neuf et dix avec le paquet pour Paris qui ne pourra aller que' mardy prochain à mon grand regret, si nous n'avons quelque commodité extraordinaire, comme il s'en présente d'aulcunes foys. M' Valloys s'est saisy de vostre libvre , et aprez luy je tascheray d'y passer la veûe à mon tour pour le vous r envoyer incontinant. M' le Mareschai^ est revenu des Champs pour adsister à une tragédie que les PP. Jesuistes font pour deux jours^, et s'en va sammedy à Marseille pour estre icy lundy. M' le Premier Présidant persiste en sa resolution de partir la semaine prochaine, mais il n'a pas encore son faict bien prest. J'escris à Rome et vous supplie m'excuser, si je ne faicts mieux mon debvoir estant ,
Monsieur,
vostre, etc.
DE Peiresc.
A Aix, ce i3 juillet i633'.
^ Le maréchal Nicolas de THospital , mar* quis de Vitry, gouverneur de Provence depuis Tannée précédente (ses provisions avaient été vérifiées le 17 mai 1 63a).. Voir sur ce gouverneur le recueil Peirese-Dupuy.
' Cette tragédie n^est mentionnée ni dans la nouvelle édition , donnée par le P. G. Sommervogd , de la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus (Bruxelles et Paris, 1890, in-6\
t» I, à Tarticle Aùe ou Ténumération des exercices dramatiques du collège fondé en 1 6a 1 ne commence qu'en 1 6 A 5), ni dans les Annales du collège royal Bourbon d'Aix publiées par Tabbé Edouard Méchin (Marseille, t I, 1890, grand in-S").
^ Bibliothèque nationale, fonds français , 13779, fol. 69. Autographe.
If.
Ua
330 LETTRES DE PBIRESC [1633]
À MONSIEUR» MONSIEUR GASSENDY,
DOCTBUB EN 9^ THISOLOOIB IT THEOLOGAL EN L'fOLISB GATHBDR4LLB DB DIG9iB,
À DIGNB.
Monsieur, Je fus bien marry de ne vous pouvoir escrire, la d entière fois que le sieur Besson vint prendre vos lettres de l'ordinaire, mais je ne veux pas laisser aller celles icy sans vous dire que par le calcul de R. Salomon Aziibi sur les règles des Tables astronomiques de R. Ëmanuel, (ils de Jacob, faictes anciennement à Tarascon, il a trouvé la dernière ecclypse de lune du 27 octobre dernier debvoir commancer à 1 th. 65 m. As., finir à ^ b. 16 m. i3 s., et par consequant le milieu à 1 h. 1 m., en quoy il se trouve avoir posé le commancement seulement U m. et 39 s. plus tard que les Ëphemerides de Keplerus, mais il y a unze minutes et 1 s s. de differance au mitan de Tecclypse et 1 7 m. 35 s. à la fin. Il y a aussy 1 5 m. 9 s. de moings sur la quantité des doigts de Tecclypse. Mais au calcul de la dernière ecclypse du soleil, il l'a faict plus tardive de 2/1 minutes ou environ, mais pour la durée il ne la faict que de s h. â m. /i s., en quoy la differance est bien petite, avec vostre supputation et observation. L'autheur de cez Tables , qu'il intitule Aisles d'aigle, dict que celles de Ptolemée n'estoient pas si commodes que les siennes, et recommande fort l' Albategnius ; il ne faict poinct de mention de celles du roy Alphonce dont je suis estonné, car encores qu'il ne parle pas du temps qu'il escrivoit, ce neantmoings par le rapport des cicles solaires employez en ses Tables , il se trouve qu'elles ont esté dressées ou escriptes, environ 3 00 ans y a, et par consequant bien prez du temps d' Alphonce. Ce pauvre bon homme a tant d'envie de vous voir que je suis aprez à le faire resouldre d'aller en voz quartiers, et luy bailleray un de noz chevaux, affin qu'il aille demeurer deux ou trois jours avec vous pour apprendre quelque chose en cette matière. J'avoys une foys voulu revocquer en doubte que cez
tables n'eussent esté composées en la vilie de Tarracone en Espagne plustost qu'à Tarascon , mais oultre que la lettre S n'y est pas obmise au texte hébraïque, il met la haulteurdu pôle de tili degrez qui ne convient pas trop mal à Tarascon, et pour la longitude, il la met eslognée de l'Orient de 9 heures &6 qui ne reviendroit pas peult estre si bien à la situation du Rhosne, à le commancer à {'opposite du méridien des Azores; mais vous y trouverez possible queiqu'aultre observation à faire. J'attends impatiemment des nouvelles du s*" Samuel Petit sur le snbjectdu manuscrit de cez Tables, et m'imagine qu'au retour de la foyre quelqu'un m'en debvroit apporter, s'il n'en est luy mesmes le porteur, pour voir s'il y pourroit rien avoir du goust du s' Skikard. Au reste nous avons eu icy M*^ Bosquet, Tautheur de ce petit essay de l'histoire de nostre église Gallicane', et avons encores M' de S^ Ghaumont, neveu du s' Pietrequin , grand vicaire de i'abbé de Montmajour, touts deux des principaulx suppos de l'Université de Paris, dont ils m'ont dict une infinité de curieuses nouvelles, et spécialement des interests de vostre M' Gérard et du bon M' de Cordes et du s' Alibert, qu'on tient estre grand amy d'Aurelius, si ce n'est luy mesmes. Ils m'ont racconté la prononciation solannelle de cette Cenomannica de Gérard, et le grand concours qu'il y eut, et m'ont dict qu'Aurelius a faict im* primer son Anarhaeticus avec privilège qui a bien faict du bruict^.
M' Valloys a esté à Marseille, mais il est de retour. J'avoys hier escript jusques icy quand on me vint interrompre pour tout le reste du jour. Je continue dans le lict oii l'on m'a faict asseoir pour ne pas laisser eschapper, sans vous envoyer voz lettres de l'ordinaire , la commodité du retour d'un honneste homme, qui a prins la peine de m'apporter céans présentement voz despesches du 1 3 et a o avec l'escueUon ou grande cueiller de bronze antique de M' du Ghaflault, accompagnée
* La visite à Peiresc da futur ëvéque de * Voir sur Tonvrage de Jean du Vergier
Montpellier n'a pas ëtë mentionnée parGa&- de Hauranne, abbë de Saint-Cyran, et sur
sendi. Je ne crois pas que , d*autre part , elle la querdle de ce dernier avec le P. Sirmond ,
ait été connue des biographes de François le recueil Peirese-Dupuy, t. H, p. 456,
de Bosquet. note a.
de tant de Médailles que l'on ne me laisse pas visiter avant que luy rescrire, non sans beaucoup de mortiBcation pour moy. Cependant vous le pourrez bien asseurer que je luy suis infiniment redevable d'une si confidante et libérale communication de tant de curiositez, estant impossible que dans un si grand nombre, il ne se trouve quelque pièce extraordinaire , comme la forme de ce vase m'est extraordinaire de ceste grosseur, n'ayant jamais veu de cueiller antique plus grande que de la contenance d'une hemina ou cotyie ou demy sestier qui estoit le Tryblion minus. Bien ay-je veu dans les autheurs grecs une mesure du triple, nommé Tryblion magnum et aultrement Cochlearion, que je vouldroys bien estre celle-cy. Mais je crains qu'elle ne soit encore trop grosse, à veûe d'oeuil. Si la feste du dimanche nous empesche de l'examiner aujourd'huy, parce qu'il y fault reparer les bossellures , j'espère que demain Dieu aydant nous pourrons nous en esclaircir et vous en donner des nouvelles. Monsieur le Premier Présidant partit ou se desroba dez le samedy au soir de la semaine passée, et s'en alla attendre à Sallon M"* la Première Présidante qui ne partit que lundy. Il m'a envoyé faire des compliments de Saint Gilles S et faict son voyage fort gayement nonobstant l'extrémité des chaleurs qui ne sont venues que depuis son partemçnt. J'auray soing de faire tenir les lettres à M' de Mezeriac avec l'Eusebe , au P. Théophile , à M' Gaffarel et à M' L'huillier, à qui j'escrivis par le dernier ordinaire à faulte de lettres de vostre part, car j'avoys rencontré la commodité d'un courrier extraordinaire qui emporta dimanche passé voz despesches venues trop tard par le précèdent ordinaire , comme j'ay faict tei\ir le pacquet de Rome. Conservez moy l'honneur de vos bonnes grâces et celles de M' TËvesque et de M"^ du Chaffault, et me tenez tousjours, Monsieur,
pour vostre, etc.
DE Pbirbsc.
 Aix, ce â/l juillet i633 en haste dans le lict.
*■ Saint-Gilles est un chef-lieu de canton de rairondissement de Ntmes, à ao kilomètreB de cette ville.
Tandis que je m'habillois et que j'attendoys qu'on re vinst prendre ma despesche, M' Suchet^ a bouché les feleures du vase, et trouvé qu'il contient justement les troys hemines, dont je suis bien 6er, et bien obligé à M' du Ghaffault et par conséquent à vous \
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR JBN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L*^6LISE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Je vous avoys escript bien à la haste à ce matin dans mon lict, et à M" du GhafTault, et en allant à la messe avoys laissé le pacquet céans, parceque l'homme avoit dict à mes gents qu'il le viendroit prendre incontinant. Mais à mon retour j'ay trouvé qu'il n'estoit point venu. Cependant on m'a apporté de Paris deux petits fagots de livres où s'est trouvé le volume des Tables de Lansbergius que j'ay en mesme temps remis à Gorberan pour le couldre en diligence, afin que si l'homme n'est party, il le vous puisse porter, tandis qu'il reliera plus à loisir les œuvres d'Hadrianus Metius^ et les deux volumes de Jonston^ dont le 1** est in-/i** et les autres in- 12° et in-i6^ J'ay commancé de voir les Médailles de M' du Ghafaud et ay commancé par celle qu'il avbit cottée Severus, dont la cotte me sembloit plus extraordinaire en ce siècle là; mais la pièce s'est trouvée de Postumus. J'ay aprez prins le gobellet qui n'estoit poinct cotté que d'un nombre où j'ay trouvé deux légions remarquables en revers de Galiien, et d'aultres jolies pièces,
^ Snr Joseph Souchet ou Sachet, maître * Jean Jonston, mëdecin, né en i6o3 en
fondeur à Aix , voir le recueil Peiresc-Dupuy, Pologne d*ane famille écossaise , voyagea en
t. III, p. iSy. Allemagne, en Angleterre, en France, en
* Bibliothèque nationale, fonds français, Italie, exerça la médecine à Francfort, pois
1 3779 , fol. 70. Autographe. à Leyde, et moumt le 8 juin 1678 h Ziben-
' Sur Adrien Metius voir le recueil dorf , près Lignitz. Peiresc-Dupuy, 1 1 et II.
33& LETTRES DE PBIRESC [163S]
mesmes deux yEmilians qui sont assez nets, et bien conservez, et qai ne sont pas communs. Je vouloys continuer les aultres gobelets, mais on me vient quérir pour disner, afin de continuer la mortification d'à ce matin. En quoy j'esprouve la mesme répugnance interne de cez chevaulx altérez auxquels on laisse mouiller seulement la bride ou le museau , sans les laisser boire à pleine gorgée ^ Mais j'ay pourtant parcouru les cottes des gobelets de papier, et ay admiré de n'y voir quelque nombre de pièces des 3 o Tyrans, puisqu'il y en a tant de Gallien, de ceux qui ont esté les plus voisins de son règne tant devant qu'aprez. Car je n'estime pas que puisqu'elles ont esté si fraischement desterrées, elles ayent esté maniées par gents du mestier qui eussent peu esfleurer ce qui estoit de plus rare. Ce sera l'entretien de cette aprez disnée. Dieu aydant, pour faire passer le chauld. Cependant pour ne laisser de tenir preste la despesche, je la clorray en allant boire a vostre santé, et de voz bons et cordiaux amis et serviteurs, estant. Monsieur,
vostre, etc.
DE Peirbsg.
Aix, ce a 4 juiHet i633.
Trouvant cet honneste homme de bonne volonté, je l'ay chargé de 4 pistoles, de l'alcoran et de troys escus pour vostre menuisier^.
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'^GUSE CATHEDRALE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Ce mot ne sera que pour accompagner le pacquet de M' L'huiUier du dernier ordinaire par lequel j'ay receu l'epistre de S^ Clément aux
^ Comparaison bien pittoresque et qui, poar tous les sëlës travailienrs interrompus dans leurs délectables occupations, est aussi vraie que pittoresque. -^ ' Bibliothèque nationale, fonds français, 19779, fol. 79. Autographe.
Corinthiens de l'édition d'Angleterre extrêmement belle. M' Valloys Ta entre les mains. On l'attend avec telle impatiance dans Rome qu'il fauldra que je l'envoyé par le premier courrier, sauf de le voir sur un aultre exemplaire, qu'on m'envoye par les Moreaux, et lors vous le verrez comme nous. II n'y a rien de nouveau que la Gazette ne contienne. L'ordinaire de Gènes ne nous a pas apprins grande chose, que le refus faict en Sardaigne aux galleres d'Espagne qui y vouloient loger des trouppes, qui ont esté constraintes de revenir descharger en Vay. Les Genevoys entrent en ombrage des Espagnols et ont renforcé leurs gardes. Les Espagnols disent tousjours qu'ilz veuUent envoyer leurs trouppes en Alsace, mais on commance à croire qu'ils s'en veuUent servir en Italie, et que le prince Doria leur prestera le nom pour fournir un prétexte d'attaquer le duc de Parme sur la restitution de quelques terres des dépendances de la Duché de Valdetarsa, dont ledict Doria a espousé l'heritiere, et ainsin ils prétendent justifier la guerre qui seroit trop injuste et tyrannique en leur propre et privé nom. Sur quoy je vous prie de m'entretenir aux bonnes grâces de monsieur vostre Evesque et aux vostres, estant tousjours, Monsieur,
DE Peirbsc«
J'ay trouvé dix ou douze médailles de Gallien, appartenantes aux légions romaines, avec leurs symboles ou enseignes militaires, qui m'ont bien donné de l'exercice agréable. C'est ce qu'il y a de meilleur en tout ce grand nombre de médailles de M' du Chaifaud, oultre celles que je vous avoys cy devant cottées.
Le bon R. Salomon Azubi s'est retiré chez luy, sans avoir courage de vous aller voir.
A Aix, oe dernier juiflet i633 '.
^ Bibliothèque nationale, fonds français, 19773, fol. 7&. Autographe.
À PEIRESC
Monsieur,
Je ne scay si on vous aura fait tenir une lettre que j'envoyay à la ville, il y a quelques jours, pour la vous faire porter par la première commodité. Je vous fay celle-cy de me^me, c'est-à-dire pour l'envoyer demain à Digne, et recommander qu'à la première occasion on tasche de la vous faire tenir. J'ay esté bien aise d'apprendre que voz tables astronomiques sont autre chose qu'une simple traduction, et le seroy encore davantage si l'autheur ayant esté habile homme comme je présume, y a inséré parmy, quelques observations faites par luy ou par d'autres voisins de son temps. C'est aussi à mon advis ce que dezireroient principalement voir Schickard et les autres. Je ne vous renvoyé point les Tables de Lansbergius sans que je soye à la ville, a6n de sçavoir à qui je les recommanderay. Je les prise beaucoup pour estre des plus exactes , mais principalement pour leur grande facilité au prix des Rudolphines. Je fay mesme icy au village quelques petites observations.
J'y ay fait apporter mon rayon, et le matin j'observe la station de 9, et le lieu des planètes qui se trouvent auprès *
Je n'ay point veu mons' du Chaffaut despuys vostre despesche receue pour luy faire voir ce qu'il y a voit pour luy dans mes lettres, mais je luy ay envoyé la sienne, et n'eust esté l'espérance qu'il avoit donnée à mons"" de Digne de le venir voir, je luy auroy aussi envoyé celles qu'il vous a pieu de m'escrire pour luy faire lire le bon gré que vous y lesmoignez luy sçavoir du présent qu'il vous a fait. Je suis infiniment aise que vous y ayez trouvé quelque chose qui vous ait aggréé. Pour dire que personne du nlestier eust effleuré aucune chose, vous présumez fort bien que non, car tout ce que peuvent faire les plus intelligens de ce pays, c'est de cognoistre quelqu'une de ces lettres. On -m a bien
^ Ici je eiipprinie un passage qui ne serait compréhensible que pour les initiés.
dit que les curés de Gorbons^ et de Thoard^ a voient pris deux ou trois médailles chascun, et peut estre que celluy qui les avoit trouvées en aura aussi donné quelques unes à d'autres, mais il n'est pas croyable qu'il y ait eu rien d affecté. Si ce n'est qu'on en aura choisy quelques unes des plus luisantes, et aussitost que je seray de retour à la ville je me feray envoyer celles qui se trouveront entre les mains de ces curés et des autres s'il en vient point à ma cognoissance, afin que si par cas fortuit il s'en rencontroit quelqu'une des trente tyrans je la vous puisse envoyer.
Monsieur, j'en estois hier au soir au bas de la page précédente quand je voy arriver à Tanaron *un homme avec un cheval qui m'alloit quérir pour xn'amener en ceste ville. J'y suis en effect dez les huit heures du matin et attens d'en repartir aprez avoir fait ce qu'on deziroit que je feisse sur les quatre heures du soir. J'ay cependant trouvé de bonne fortune à mon arrivée vostre lettre du dernier du mois passé avec le pacquet de mons*" Luillier et parce que j'ay apporté tant un pacquet que j'avoys desja fait pour M' Luillier que ceste lettre commencée, je vous vay addresser ledit pacquet et adjouster icy ces lignes pour vous remercier de l'honneur de vostre souvenir, et vous dire que je suis bien aise que le bon homme R. Salomon n'ait point faict ceste fascheuse courvée, parce qu'en effect quid eœisset in desertum videre * ?
Quand il y aura moyen de voir l'Epistre de S* Clément, vous pouvez bien présumer que j'en seray bien aise. Mons' Diodaty m'ayant escrit par cest ordinaire m'a envoyé une copie de certaine lettre que M' Galilei luy avoit envoyée devant celle que vous avez veue, ayant deziré qu'elle fust aussi commune à luy et à moy. C'est pour la vous faire voir
' Je ne trouve aucane localité de ce nom dans le département des Basses-Alpes. Peutêtre faut-il lire Curban, commune située sur la rive gauche de la Durance, à 33 kilomètres de Sisteron et à 73 de Digne.
^ Commune des Basses-Alpes, sur le versant nord de la montagne de Siron, à ao kilomètres de Digne.
^ Commune des Basses-Alpes, sur une montagne, à 16 kilomètres de Digne. La terre de Tanaron appartenait aux évéques de Digne, et leur ancien château existe
encore.
Gassendi applique trop modestement à la visite qui lui aurait été faite parle rabbin Azubi les paroles de TÉvangile.
mpBiMsais JiArioiiti.
3S8 LETTRES DE PEIRESC [16a3J
sur ce que Mess"* du Puy luy ont dit que vous eo aviez envie. Je la vous envoyeray doncques avec celle^cy, vous priant seulement après que voBtre homme en aura fait une copie de me la renvoyer parce que j'en ay perdu une autre que j'en avoy. Je vous vay aussi r envoyer les deux lettres de M' Gaffarel avec mille remercimens de quoy il vous a pieu de me les communiquer. J avoy aussi fait une lettre à Tanaron pour le bon P. AthanaseS que j'ay apportée pour la vous addresser, mais je vien de me prendre garde que je m'oblige d'y mettre Ja table de mon observation de TEclipse dernière, et cependant j'ay laissé à Tanaron tous les cahiers de mes mémoires. Il faudra donc, s'il vous plaist, que si vous en avez une vous preniez le soin de la luy faire copier. Je vous engage aussi par ma lettre de luy envoyer quelqu'une de mes chetifves pièces si vous en avez point , en re vencbe de celle qu'il dezire de m'envoyer, vous m'obligerez, s'il vous plaist, de le faire et je tascheray de les remplacer. S'il ne devoit partir dez le lendemain de S' Laurent comme il m'a escrit, je ne me presserois pas tant de luy donner de . nos nouvelles, mais je ne voudroy pas qu'il portast si loin l'imagination qu'il pourroit avoir que je n'eusse pas tenu assez cher l'honneur de son amitié. Si Mons' Valois est encoi*e à Aix, il sçaura, s'il vous plaist, que je le salue et aura part de la susdite observation d'hier comme aussi M' de la Vallette en cas qu'il ne soit pçint à Rians. J'ay fait à ce matin avant que de partir une assez bonne observation, mais non pas pour le soleil, parce qu'il m'eust fallu trop longuement attendre. Je suis toujours.
Monsieur,
vostre, etc.
De Digne, ce m d^aoust i633.
J'oublioy de vous dire que M*^ Diodati vous baise un million de fois les mains et à M' de la Valiette, et qu'il est homme pour noua venir bientost voir. Il m'escrit entre autres choses, qu'un des principauh
* Il e8t presque iDuliie de rappeler qa'îl 8*agit du P. Kircher.
Barons d'Angleterre et d'Irlande nommé M*^ Herbert, qui a eaté cinq ou six ans durant ambassadeur en France S m'envoye la copie d un livre qu il a fait pour en avoir mon jugement et censura. C'est ainsi qu'il parle bonnement. 11 est intitulé de verùate pr(hut disiingiiùur a remlaûom verisimiliyapombili, afako , et traitte et conclud d'une façon ioiite singulièfie. Quand je l'auray, vous pouvez bien croire que vous Taure? aussi ^.
À MONSIEUB, MONSIEUR GASSEîSDY,
BOCTEUB EN S^ THJSOLOGlfS JST TBOOIiOGAL W L'éW.SE C^TH^PB^IE W DIGN^,
À PXGM.
Je n'ay pas receu de lettre pour vous par cet ordinaire dernier, nom plus que de vous pour envoyer à Paris par celuy qui est party ce jourdhuy; j'ay seulement receu une simple lettre de M' L'huillier adressée à raoy dont je luy ay faict responce, laquelle je vous envoyé afin que si vous n'en avez receu de luy par quelque auUre voye vous y voyiez qu'il se porte bien, et qu'il ne diminue pas sa courtoisie, car il y excède tous les jours de plus en plus, et me faict grande honte. En deffault de ses lettres vous en aurez une que je viens de recevoir de la part du bon P. Athanase Kirser qui ne m'a pas escript, mais il m'a faict dire qu'il s'apprestoit fort pour venir, et a desja remis à M*" de Mondevergues^ la caisse de livres qu'il a voit de moy. Je l'ay adverty que j'avois receu les 4 volumes du Trésor de la langue arabique de la
' Voir sur Edouard Herbert de-Cberbury et sur son livre (qui parut pour la première fois à Londres eu i6aA, gui reparut dans la même ville en i633 «t en i6^5, m-&%et dont une traduction française fut publiée par les soins de Fauteur en iGSg, in-A**), sans parler de tous les recueils biogra* phiques et bibliographiques, de tous les historiens de la philosophie et de la littérature
anglaise, la Vie de Gassendi, par Bougerel (p. 1 34-1 87), le recueil Peiresc-Dupuy, etc.
* Bibliothèque d^Inguimbert, h Carpentras, collection Peiresc, registre LX, t. II, fol. 96. Autographe.
' Surcepersonnage qui habitait Aviguon , où résidait momentanëment le P. Kircher, voir le recueil Peiresc-Dupuy.
3/iO LETTRES DE PEIRESC [1633]
Bibliothèque Ambrosienne , afin qu'il anticipas! sa venue pour s'en servir à la version de son Barachiaz\ s'il y restoit quelque difficulté à esclaircir. Je vous envoyé une lettre de M' Gaffarel de vieille datte; j'en ay receu de sa part une de M"* Naudé qui est encores plus vieille, bien que venue depuis deux jours seulement. EU' est si mal escritte et de lettre si meniie que toutes mes louppes y sont courtes et j'ay peine d'en entendre la moitié^; il y avoit joinct son action de grâces du doctorat ' que je vous envoyé avec des recommandations qu'il me charge de vous faire, attendant de luy respondre demain ou aprez demain par le prochain ordinaire Dieu aydant, et aprez je la vous envoyeray. J'ay receu une lettre du cardinal Barberin du 2 juillet toute de félicitations et éloges de M*^ de Boisseu^; je la vous cnvoyerois sans qu'il luy fault respondre demain Dieu aydant et aprez vous la verrez, et la -pourrez envoyer à Grenoble si voulez, car ses amys prendront plaisir de voir en combien bonne bouche il en parle. M' Naudé m'envoye un rooUe de vieux historiens des choses de Padoue et aultres lieux circonvoisins que l'on imprime à Venize, oii il y aura de bonnes choses, car j'en avoys veu d'aûlcuns assez curieux ez mains du pauvre feu M' Pignoria \ Sur quoy je finiray demeurant.
Monsieur,
vostre, etc.
DE PsiRBSG.
A Aix, Cfii 9 aoust i633.
* Sur cet ouvrage et divers autres ouvrages du P. Kircher voir la Bibliotkèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, par les PP. de Backer et C. Sooimervogel. Ces ouvrages ont, du reste, été déjà mentionu^ soit dans le présent volume, soit dans les trois volumes des Lettres de Peiresc aux frères Dupuy,
' Tous ceux qui ont eu à déchiffrer des autographes de Gabriel Naudé ont exprimé les mêmes plaintes. Pour moi, je ne vois en toutes les écritures du xvn* siècle, qu*une
écriture aussi peu lisible que la sienne, celle du P. Mersenne. J'ai en déjà roccasion de dénoncer les hiéroglyphes de Naudé dans le fascicule XIII des Correspandants de Peiresc , p. ho , note 3 , et p. hk^ note i .
' Voir le recueil Peiresc^-Dupuy.
^ Salvaing de Boissieu, comme nous; Pavons vu plus haut.
• Voir sur Tantiquaire Lorenzo Pignoria , le recueil Peireso-Dupuy, notamment 1. 1. p. 3 et &.
Si vous u aviez parmy voz Ëvesques un acte d*un WILLELMVS
FARAVDI s' de Toramene chef de la maison de Glandeves, qui se donna au monastère de S^ Victor de Marseille par devant L. Evesque de Digne Tan m. gc. xyh ^ vous le pouvez cotter, car j'ay veu la pièce depuis deux jours ^.
Monsieur, Vostre despesche du 3 aoust n'arriva pas à temps pour envoyer à M' L'huiilier son pacquet par le dernier ordinaire , mais je luy respondis à la lettre que j avoys receu de luy, et que je vous ay depuis envoyée par une commodité dont le s' Besson me vint advertir. J'ay depuis receu un petit ballot que le Prieur de Roumoules m'avoit faict avant que de partir de Paris pour son voyage de Bordeaux, dans lequel j'ay trouvé un pacquet de libvres de M' Moreau, où il y avoit une demy douzaine d'exemplaires de sa harangue ', dont j'en ay ce jourdhuy envoyé deux par l'ordinaire de Rome aux cardinaux Barberin et Bagni, et y avoit par mesme moyen un pacquet pour vous de la mesme largeur que j'estime estre d'aultres exemplaires de la mesme harangue. Il y avoit une lettre du s' Moreau pour moy en datte du 3 juin, à laquelle je respondray Dieu aydant par le prochain ordinaire. J'ay receu en mesme temps un autre pacquet de livres in-8^ sans autre addresse que pour moy que j'ay trouvé en l'ouvrant estre celuy dont parloit M' L'huillier,
' Citait Tévéque Lantelme qui siégeait scopat de Lantelme qa^eD i a 1 1 et où i^oo
déjà en juillet isio et qui mourut le 6 oc- fait mourir le prélat dod le 6 octobre,
tobre laSa. Voir Histoire et gégrapkie des mais le 5.
Basses'Alpes , par fabbë Feraud, chanoine- ' Bibliothèque nationale, fonds français,
curé des Sièyes, 3' édition, Digne, 1890, 19773, fol. 76. Autographe, grand in-8% p. &86. L'estimable auteur ' René Moreau et sa harangue ont été
n^est pas entièrement d'accord avec le Gaflia déjà mentionna dans le recueil Peiresc-
ehristiana, où Ton ne fait commencer Fépi- Dupuy.
lequel je vous feroy tenir avec celuy de M'Moreau^si le présent porteur s en voult charger. Il y a ce gros volume de TËvesque du Bellay^ et les poèmes du s'' Gbappellain et du s' Pellant^ que nous avions desja veus et de plus cez deux pièces pour les prédicateurs que- je n ay en* cores peu voir en la conjoncture présente. Mais dans mon fagot ou ballot j'ay trouvé enlr aultres pièces un libvre in-û®, Glaudi Dausqul [sic) sanctomari can[onici] Tor[nacensis] TERRA ET AQVA, seu TERR/E FLVTANTES [pour fluctuantes] Tornaci i633' où je pense qu'il se trouvera de curieux traictez de la nature. J'attends aujourdhuy Corberan que mon neveu avoit mené à Rians, cez jours passez, pour le faire relier, et avoir moyen de le parcourir et le vous envoyer incontinant, ne doublant pas que vous ne soyez bien aise de le voir. Au surplus je vous envoyé la lettre du cardinal Barberîn en responce de celle que M' de Boisseu luy avoit porté de ma part, et un mémoire des reliques de S^ Jean Ghrysostome que M' Suarez (à présent evesque de Vaison et Camerier secret du Pape) m'a envoyé* Vous aurez aussy une lettre que m'a escripte le bon P. Athanaze Kircser, où il en a transcrit une aultre par iuy receûe du P. Scbeiner de Rome , où vous serez bien aise de voir à quel poinct monte l'estime qu'il faict de vous, mais bien mortifié aussy de voir ce qu'il y dit du pauvre s' Galilée, que je plains grandement» ce que je seroys bien d'advis de ne pas divulguer, si vous m en croyez, pour bons respects, puisque la chose avoit esté tenue dans Rome si secrette jusques à présent Si cela se doibt publier, il vauldra mieux qu'il vienne d'aultre main que de la nostre.
J'ay prins un plaisir extrême de voir la jolie invention avec quoy vous avez trouvé le moyen d'observer la distance de Venus et du Soleil aussy bien que du Soleil avec la Lune encore si peu visible et si peu
^ Le fameux Camus. Voir le reeuail Pét- mettent à Tëditeiir de s'effaœr devant son
reso-Ihipuy. autoar, ce qu'il ne pouvait fsire dans le
* Sur les odes de Chapetom et de PeHant eommentaire des lettres aux fnères Dapny
voir le raâme recueil. -et mtixmi des premières lettres adressées à
^ Sur Tëerivain et sur son livre voir eu- oes dem personinges. core le même recueil. Tous oes renvois par-
(listante, que vostre instrument ait peu prendre Tung et laultre ensemble. Je pense que plusieurs choses pareilles donneroient de grands moyens aux grands astronomes pour régler les mouvements célestes. Je vous remercie bien fort cependant de la communication qu'il vous a pieu m'en faire, et de la lettre du s' Galilée à vous et à M'Diodati, mais je ne sçay si c'est celle dont vous m'aviez faict feste, et me double que M** Diodati se sera équivoque de prendre l'une pour l'aultre.
J'ay faict transcrire vostre supputation de la dernière Ecclypse du soleil pour la joindre à la lettre que vous escrivez au P. Athanaze, et feray chercher de voz opuscules quand Corberan sera de retour, mais il en laissa à Boisgency qui m'ont bien faict faute souvent. Je crains d'avoir oublié de vous escrire que l'Epistre de S* Clément pape m'est eschappée des mains par l'opportune rencontre d'une commodité extraordinaire pour Gênes, par laquelle je l'envoyay au cardinal Barberin, me promettant que vous m'excuseriez de cette preferance, à cause que c'est la nouveautté principalement qui faict valloir telle marchandise , laquelle perd toute sa grâce quand ell' est prévenue. M*" le Prieur de la Valette m'a asseuré qu'il l'avoit toute leûe dans un soir, comm' avoit faict M'' Valoys qui en estoit demeuré fort bien édifié. Nous en aurons Dieu aydant bientost un aultre exemplaire, que je ne laisray pas eschapper sans le vous communiquer.
Je viens de recevoir une lettre de M*" Valoys de Sault, le 9"® de ce moys avec quattre volumes manuscrits en parchemin qu'il a tirez des Archives du chasteau de Sault, qui ne sont que romans la plupart en Provençal, et y en a un de Charlemagoe d'un langage qui nest gueres moings provençal que françois, et vers du temps ^ Mais je n'y ay pas
^ Mon savant ami, M. Camille Ghabaneau, correspondant de Tlnstitulde France et charge de cours à la Faculté des lettres de Montpellier, croit que parmi les romane ^ conservés dans les archives du château de Sault dont les précieux papiers ont été à la disposition de Jehan de Notre-Dame , qui en
a fait un si déplorable usage, pouvaient se trouver : le roman de Blandm de Conumailles , en vers, dont ie manuscrit unique est à Turin et dont Tauteur des Vies des pbu celèbree poètes provençaux avait eu connaissance, peut-être parb collection du château de Sault; le roman de Ferahras, traduction
trouvé ce que je cherchoys à mon grand regret. Il me faict feste de certaines Chartres avec des Seaux bien anciens et me remercie fort du sorbet à la Turquesque qu'il avoit tasté chez nous , et dont il eut bien de la peine d'accepter un petit pot pour se désaltérer par les grandes challeurs, tant il est cérémonieux, dont il faillit à se repentir; il auroit bien besoing d'en faire moins qu'il ne faict. J'avoys oublié de vous dire que M' le Présidant Seguiran\ ayant faict faire une carte de la coste de Provence de la longueur de plus de deux toises assez curieusement mesurée aultant que pouvoit faire Jaques Maré^, m'a demandé l'ele--
provençale du poème français, où beaucoup de mots, à la rime sorlout, gardeot la forme française, ou, du moins, une forme semifrançaise. C'est à ce roman, dont le manuscrit unique est en Allemagne depuis 181 5, que s'appliqueraient le mieux les mots «r dont un de Charlemagne». M. Ghabaneau ajoute que Ton poun^ait encore penser h Girart de Roussillm, roman en vers, dont on possède trois manuscrits. Le principal est d'une langue d'apparence hybride, mais où les caractères provençaux dominent. 11 est vrai que l'antagoniste du héros est Charles Martel pt non Chariemagne , mais Peiresc avait pu s'y méprendre, trahi par un examen superficiel.
^ Le beau-frère de Peiresc déjà plusieurs fois mentionné dans les précédents volumes.
' Je viens de reproduire d'intéressantes lignes de M. Ghabaneau. Un autre de mes savants amis, M. Léon de Berlue Perussis me communique cette excellente note ou, pour mieux dire, notice sur un artiste trop peu connu :
(r Jacques Maretz, que l'on a nommé quelquefois, mais h tort Des Maretz, portait un nom étranger à la Provence*. 11 semble pour-
tant né h Aix et, selon toute vraisemblance , sous Henri IV. De bonne heure, il se signala comme graveur et comme géomètre, et fut pourvu , dans sa ville natale , d'une chaire de mathématiques.
ff C'est le voyage de Louis XII [ en Provence qui lui fournit, en i6aa, l'occasion de se faire connaître. Il collabora aux deux ou* vrages publiés à Aix a cette occasion :
fr 1 ** Le Baudrier du sacre de Borilly ( Aix , Tbolosan, 16s 3, in-A") , dont Mareti grava et signa le frontispice. Cette œuvre de début, un [)eu lourde peut-être, atteste pourtant un burin ferme, et dont la netteté rachète l'inélégance;
ff a* Le Discoun de Galaup Chasteuil sur les ares triomphaux (Aix, 1696, in-fol.), à la suite duquel est un plan géométrique de la ville d'Aix, par Maretz (11x7 pouces). Ce plan, le premier en date dans la nombreuse liste des plans d'Aix, est remarquable pour sa préciition. Il marqua à l'artiste sa véri* table voie , celle des travaux graphiques.
(t Une dizaine d'années plus tard , Richelieu chargea le premier président aux comptes, Henry de Seguiran (le deuxième des quatre Seguiran investis de cette charge), de faire
* Si ce D*étiiit que je trouve det Marez à Versailles au temps de VArmoriûl général, je jugerais que ce nom fleure le flamand, comme celui de tant d'autres artistes aixois des xti* et xtii* sièdes.
vation et longitude de Marseille pour sur icelle régler le reste. J'ay eu recours à M"" le Prieur de la Valette qui m'a dict que l'élévation estoit asseurement de 63 degrez â3 minutes, mais pour la longitude il ne m'a sceu rien déterminer, et me conseille de prendre celle de Ptolemee de 2Û degrez 3o. Je vouldroys bien en sçavoir vostre ad vis, et m'estonne que Kepler en ses Tables RudolGnes n'ay pas marqué la diiïerance du Méridien des Azores d'avec le sien de Rome, com' il en a mis tant d'aultres dans l'Orient jusques dans les Indes, et jusquesaux extremitez de l'Espagne et de l'Afrique occidantale. Il n'est pas que vous n'en ayez observé quelque chose dans les autheurs modernes plus curieux dont je vous prie de me faire part pour un si digne subject. Nous sommes aprez tirer ladicte carte de la coste de Provence, pour y avoir recours en cas que l'original s'esgarast en cour.
M' Valoys est party longtemps y a. Je feray voir vostre lettre à M' le Prieur de la Valette. Nous ne refuserons pas la veûe de ce libvre de M' Herbert^ Ambasçadeur d'Angleterre, en son temps puisqu'il
dresser une carte côtière de la P/ovence. Seguiran s'adressa tout naiureUement h Jacques Maretz , et celui-ci montra dans Texëculion de ce travail autant de goût que d'exactitude. L'immense carte qu'il exécuta sur vëlin, avec enluminures et lettres en or, fut très goûtëe du Cardinal. (La lettre de Gassendi semblerait Gxer k i633 la confection de cette carte; mais ce n'est que l'année suivante qu'elle fut achevée et envoyée è Paris.) Peut-être, avec quelques recherches, retrouverait-on ce précieux document géographique dans l'un des dépôts parisiens.
(rLe succès de sa carte entière détermina l'auteur à entreprendre une carte générale du comté de Provence. Il n'eut pas le temps d'y mettre la dernière main; mais son œuvre, comme nous allons le voir, ne fut pas perdue.
ff Maretz n'avait qu'une fille unique , Made-
leine Maretz. Il la maria en 1637 à Tuu de ses élèves, Louis Gundier; et quand la mort le surprit, peu après 16&3 (rue de Jouques près l'Université) , il laissa à son gendre des dessins et des documents assez nombreux pour que cdui-ci pût pai*achever le travail du vieil artiste.
(r C'est ainsi que Louis Gundier put graver la belle carte de Provence , placée en tète du tome II de l'Histoire de Provence d'Honoré Bouche, carte qui est l'oeuvre de son beaupère autant que la sienne propre. .
rrLa postérité de Maretz et de Gundier demeura fidèle aux traditions des deux artistes : Jean-Claude, Jacques et B. Gundier, fils de Louis, furent tous les trois peintres oujgra» veurs de portraits, et Jacques II Guodier, fils de l'alné, continua cette dynastie, dont les œuvres sont aujourd'hui fort recherchées des curieux et des iconophiles provençaux.»
tIfPKIKtmil lATfOUAtl.
vous plaictS et serions bien plus aises de voir venir et gouverner M» Diodati. Le s' Baudier ma escript d'Avignon où il estoit encores le 7°*® de ce moys, ayant sesjourné en Languedoc plus qu'il ne croyoit*. Il a fort gouverné le R. P. Athanaze, comme vous verrez par sa lettre, sur quoy estant pressé d'aller au palais, je 6nis en vous baisant trez humblement les mains, et vous suppliant de m'entretenir aux bonnes grâces de Monsieur TEvesque de Digne, vostre digne hoste, et user de moings de cérémonies avec moy qui suis de si bon cœur et si franchement, Monsieur,
vostre, etc.,
DE PbIRESC.
A Aix, ce 13 aoust i633.
Ce Renoux qui avoit apporté voz dernières lettres, n'estant pas revenu, comme il avoit promis, pour prendre la responce, ne voulut nommer son hoste pour la luy pouvoir envoyer chez luy, tout est demeuré, et depuis j'ay receu pour vous par l^ordinaire un pacquet de M"" L'huillier et un aultre avec quoy M' L'huillier a prins la peine de m'escripre, et y a faict joindre une lettre de M*" Chapelain, la plus honneste et la plus genlile qu il est possible de voir, qui m'a rendu bien honteux^. M' L'huiUier me faict fesle d'une philosophie morale et politique qui est bien aultre chose que sa poésie et que vous aurez posK sible veûe\ Je ne sçay si je ne vous ay point mandé ce que j'avoys
* Le livre de Veritate.
* Sur le iangaedocien Michel Baudier voir le recueil Peiresc-Dupuy où son nom revient très fréquemment.
^ Voir cette lettre qui doit être inexactement datée, car, comme elle est antérieure k celle de Peiresc du i4 août, elle ne peat être du 3i du même mois, et est sans doute du 3 de ce même mois, voir, dis-je, cette lettre dans le tome I de
la Correspondanee * de Chapekm, p. &d.
^ Nous n*avons pas la lettre oii Uiuillîer vantait tant le traité manuscrit de ChapelaÎD. On voit que Peireeo semble beaveoap plus disposé à goAter la prose de Chapelain qifil n'avait goûté sa poésie, car il y a quelque peu de dédain dans cette expression : qui ett bien autre chose que sa poisie. Peifesc, phis heureux que nous, vit-il jamais le traité philosophique admiré par Lhuilliert
[1633] ET DE GASSENDI. 3â7
cy devant apprins de M'' du Puy que M' Saumaise avoit prins son congé de cez Mess" de Leyden, pour s'en revenir en France bieutost. Quand vous aurez veu cez deux pièces des prédicateurs de Paris tant l'imprimée que manuscrite, vous nous ferez la faveur de les nous prester pour les voir à nostre tour, car je n'en avoys pas présentement le loysir.
Ce lA"' aoust*.
À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC
ABBÉ ET SEIGNEUR DE GUISTBES, ET CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE,
ÀAIX.
Monsieur, Je vous demande très humblement pardon de quoy j'ay si longuement tardé de vous donner de mes nouvelles. J'ay creu une fois ou deux de l'avoir fait, mais maintenant les commodités de vous escrire sont non seulement rares, mais encore inconstantes. Tel se promet de partir aujourdhuy,' et sous cette espérance prend de mes lettres qui après ne part point demain et parfois ne part point du tout. Si faudra-il qu'en cas que Mons' de Bouniaine ne parte point encore si tost, je vous face tenir ma despescbe phitost par un porteur exprès afin qu'elle puisse partir d'Aix par l'ordinaire prochain. Vous la trouverez un peu grosse, mais c'est qu'oultre quelque chose que Mons' de Digne y a mis, j'y ay inclus mes responses à Schickard et à Hortensius dont celle à Schickard contient dix fueilles de minute minutissime. Si vous avez du temps à perdre avant le despart de l'ordinaire, et s'il vous plaist de prendre la peine d'ouvrir mon pacquet , vous pourrez voir ce que c'est, il n'y a pas chose qui vous doive estre cachée. Je me suis di^ensé d'adjouster sur la fin de ma lettre à Schickard des recommandations de
^ Bibliothèque nationale, fonds français, 1977a, fol. 79. Autographe.
3â8 LETTRES DE PEIRESC [1633]
vostre part, parce que suivant ce que vous m*avez escrit de voz inclinations pour cest honneste homme, j'ay creu que vous l'auriez aggreable. Si Mons*" de la Vallete est à Aix il y pourra voir quelques unes de mes dernières observations faites à Tanarou , et particulièrement pour les distances prises entre Venus et le Soleil. J'ay despuis un peu mieux veu Saturne et remarqué un peu plus distinctement ses appendicules que je n'avoy point fait auparavant. Dans ma lettre à Hortensius vous verrez la démonstration de Mons' de la Vallette , laquelle il pourra luy mesme voir, pour sçavoir si je l'auray assez desduite à son gré, excepté que faisant la figure un peu à la haste je Tay un peu barbouillée. Si je puis charger celluy qui portera ce pacquet de son li,vre, je le luy r envoyeray. Je vous vay envoyer avec celle-cy deux lettres que j ay receues fraischement, l'une de Grenoble de Mons' Laigneau, l'autre de Paris du Père Mersenne. C'est afin que vous voyez par celle là les offres que M*" Laigneau vous fait touchant le recouvrement de quelques livres, et par celle-cy, que j'ay assez de peine de deschiffrer S ce que vous pouvez faire pour ce boa père touchant voz manuscritz de la Musique des Grecs, receus despuis peu, car je m'imagine que c'est de ceux-là qu'il m'escrit qu'il dezireroit les voir. Non autre sinon qu'avec vostre permission je baise tousjours très humblement les mains à Mons'^ le Viguier^, à Mons' le Baron, et encore à mes dames, et que je demeure tousjours.
Monsieur,
vostre très humble, très affectionné et Ires obligé serviteur,
Gassend.
A Digne, ce xviu d'aoust i633\
^ Constatons que Gassendi ef Peiresc gneur de Valavez , qui était alors viguier de
(voir la lettre suivante) sont parfaitement Marseille.
d'accord au sujet de Tillisibilité de Tëcriture ^ Bibliothèque dlnguimbert, à Garpen-
du P. Mersenne. tras, registre LX, t. II. fol. gB. Auto-
' G*e8t-à-dire Palamède de Fabri, sei- graphe.
k MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,
DOCTEUR EN s'® THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE,
À DIGNE
Monsieur, Vous aurez à ce coup une lettre de M' L'huillier arrivée ce jourdhuy par l'ordinaire, et je receuz hier un gros pacquet vostre par un homme qui s'en relournoit sur le champ si soudainement, que je n'eus pas moyen seulement de lisre vostre lettre à mon grand regret à cause de la compagnie qui ne me laissa jusqu'à la nuict et à ce matin il a fallu estre à l'audiance , au sortir de laquelle j'ay eu les lettres de l'ordinaire que je n'a y encores peu voir à demy, mais parceque M*" Besson m'a dict qu'il y avoit commodité de vous faire tenir noz lettres, je luy ay baillé celles que j'y ay trouvé pour vous, en attendant de vous escrire aprez disner, et pour cest effect j'ay veu vostre lettre , et ay esté bien aise d'entendre qu'ayez enfin escript à M"" Skicard et Hortensius, mais je suis fort tenté d'ouvrir vostre enveloppe, puisque vous le remettez à la discrétion d'un homme si affriandé à savourer les belles pièces qui sortent de voz mains. Il est vray que je viens d'envoyer vers M' le Prieur de la Vallette afin que ce soit en sapresance, s'il est possible, car il ne se laisse guieres trouver chez luy. J'ay veu par mesme moyen la lettre de M' Lagneau et luy ay bien de l'obligation de sa bonne volonté. Mais pour cez livres dont il parle, il est malaisé d'en choisir à boulle veiie sans voir la facture ou le catalogue qu'il promet. Pour la lettre du bon P. Mercene, vous avez raison de dire qu'elle est difficile à deschiiïrer, car il y fauldra bien du temps pour moy. Cependant je vous diray bien en gros que je feray mettre à part les livres notez de musique, et feray faire un ballot pour le faire envoyer avec d'aultres choses; j'attendoys responce d'oultre-mer d'un grand musicien turc, que l'on attend d'heure à aultre sur les particularitez de ses demandes, et me faict on espérer de l'avoir dans une quinzaine de jours au plus
tard, dont je seroys bien aise. M*" Gaffarel m'escript qu'on luy offre la charge de bibliothécaire de S* Marc vacante depuis 20 moysS et qu'il a peine à se resouldre ; je seroys d'avis qu'il la prinst s'il y trouve son comte, car il n'y a rien à faire et de grandes commoditez d'estudier, et tenir correspondance d'amys. Je vouldroys bien qu'il s*y habituast. Il dict que M*^ de Marche ville luy demande de voz nouvelles, et le prie de vous faire souvenir de vostre promesse. J'ay receu le livre des isles flottantes^ et le bailleray au presant porteur, s'il s'en veult charger, mais je crains que vous n'y trouviez pas tout ce qu'on en pourroit attendre, sur quoy je demeure.
Monsieur,
vostre, etc.
DE PfiLUËSîC.
A Aix, ce 30 aoust 1 633 '.
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI
DOCTEUR EN S^^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE
A DIGNE
Monsieur, Depuis mes dernières je cherchay en vain plusieurs foys M' le Prieur de la Valette chez luy, en présence de qui je voulois ouvrir l'enveloppe de vostre despesche pour Sckickardus, mais il £t tousJQUtrs dire qu'il estoit à la promenade , et toutesfoys le deriiier jour y ayajoit envoyé sur les 8 à 9 heures du soir, il se laissa Irpuver par un des miens, par qui
' Celte particularité a été ignorée de tous (Claude) : Terra et aqua, seu terrœ fiuitanUB
les biographes de GaiTarel. Je m'accuse de (Tournai, i633, in-&^). Voirie recueil Pei-
n'avoir pas songé à la rappeler dans VAter- resc-Dupuy, t. II, p. 5 67.
tissetnetU qui précède Quatre lettres inédites ' Bibliothèque nationale, fonds français,
de Jacques Gaffarel (Digne, 1886). 10773 , fol. 80. Autographe.
* Le livre (mentionné déjà) de Deusque
je luy envoyoys vostre lettre du s'^ Hortensius, laquelle il me renvoya tosl aprez par son petit laquay disant que ses lunettes esioient trop foibles^ pour la lisre, qui fut la cause qu'au lieu de luy envoyer celle de Skickard je la despartys au bon M' Bouche * et à quattre ou cinq autres de mes amys qui se trouvèrent icy fort opportunément, lesquels en brochèrent^ en SI 4 heures une coppie entre touts d'aultant de cahiers que vous aviez faict de feuillelz, et j'envoyay le tout à M' L'huillier. Je veux dire tant la coppie que l'original autographe, afin de diminuer vostre regret, et la peine du bon P. Mercene et de cet aultre honneste homme, auxquels vous en endossiez la courvée, lesquels auront bien pluslot collationné et corrigé cette coppie qu ils n'en auroient faiot la transcription de leur main, et puis ils la remettront au net tout à leur aise, sans retardation de l'envoy de vostre original au bon Sckikard par la plus promle commodité qu'ils en pourront trouver, estimant que vous ne serez pas marry qu'aprez tout cela ce griffonnement en demeure par devers moy pour la vénération que je porte à vostre nom et à tout ce qui vient de vostre main, comme j'ay prié M' L'huillier de me le faire renvoyer tout à son loisir et commodité. Cependant je ne reverray pas M"' le Prieur de la Valette sans luy faire un peu la guerre des mauvaises instructions qu'il donne à son laquay, car il me confessa que son maistre n'avoit bougé du logiz de toute la semaine, à cause d'un petit rhume, et toutefoys on me disoit à moy aussy bien qu'à touts les aultres, qu'il esloit à la promenade, à l'heure mesme de la cheutte du serain, que je ne luy eusse pas faict prendre dans les conventions particulières que nous avons ensemble de ne nous point accompagner hors de la chambre où nous nous trouvons^. Ce retardement fut cause que j'ouvris trop tard vostre enveloppe pour faire travailler à cette coppie dont je vis que vous estiez bien en peine,
^ Sans doute rhistorien Honoré Bouche ' Voir quelques observations au sujet de
qui, ne à Aix en iSgS, avait alors trente* ce passage dans la notice sur Joseph Gaul-
cinq ans. Peut-être aussi son frère Balthazar, tier, prieur de la Valette, en tête du fasci-
le jurisconsulte. cule IV des Correspondants de Petrese (Aix,
■ Peîresc a écrit : brachèrent. i88i, p. 8 et 9).
et pour voir moy mesmes voz observations exactement, comme j'eusse désiré, de sorte que je fus constraint de remettre la partie au retour de mes cahiers. Bien vis-je le commancement et la fin où j'admiray la gentilesse de voz compiimentz et conceptions de correspondance cordiale à celle de ce bon vieillard; mais je fus bien honteux à la fin de voir Texcez de la bonne opinion que vous avez voulu concevoir et imprimer en l'esprit de voz amys d'une si chettive personne que la mienne. II m'eschappoit quasi d'y insérer un billet pour luy cotter le nom et le. tiltre du livre de cez Tables astronomiques ou aisles de nostre R. Manuel de Tarascon, et quelque relation de ce volume samaritain et arabe, où est la généalogie de Mahomet un peu différante de ce qu'il a mis en la sienne des Persans, pour voir s'il auroit agréable de voir ce que c'est s'il ne les a jamais veu. Mais tandis qu'on travailloit à cette transcription , je vis vostre lettre à Hortensius et prins plaisir de voir comment vous aviez traicté l'invention de M"' le Prieur de la Valette pour ce supplément du Plolemée et du Lansbergius qu'il m'avoit envoyé à Boysgency, il y a un an ou deux, en aultres termes un peu moings précis que les vostres. J'y rencontray une petite équivoque des lettres qui servent à designer cez triangles, que je me dispensay de reparer par forme de glose interlinaire soubs vostre adveu. Je n'ay pas leu le livre dudict Hortensius, et quand il ne vous sera si nécessaire, je seray bien aise d'y jetter les yeux, à cette heure que nous sortous de service et le vous r'envoyeray incontinant.
Vous aurez un pacquet de M*^ L'huillier qui vient d'arriver par l'ordinaire. Je retiens sa lettre pour luy respoudre; sans cela je la vous envoyeroys. Je ne sçay si je ne vous ay poinct mandé que j'ay lettre de M' de Bonnaire de Rome, qui désire bien que M*" vostre Evesque de Digne reçoive de ses hugibles recommandations, et jô croys bien qu'il ne les pourroit pas recevoir de meilleure main que les vostres. Je vous supplie de les luy présenter conjoinctement avec les miennes, et luy dire que ce bon gentilhomme est demeuré avec un grand regret sur le coeur de ce que pensant aller dire à Dieu à M*" de Digne à son retour
de Naples, il le trouva party plustost qu'il n avoit creu , sur quoy je finis demeurant,
vostre, etc.
DE Peiresg.
A Aix, ce ay aoust i633 \
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE GATEDRALLE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Je receus par des Cordeliers il y a deux jours un pacquet vostre soubs Tenveloppe duquel je trouvay un aultre paquet adressé à M' L'huillier, que je luy ay faict tenir cejourdhuy par l'ordinaire avec une lettre vostre pareillement adressée à luy, qui n'estoit pas cachettée, afin que j'y peusse voir comme vous avez prins en bonne part ma liberté d'avoir ouvert le paquet où estoient voz lettres aux s" Sckikard et Hortensius. J'y ay par mesme moyen trouvé la lettre que le P. Scheiner vous escript, laquelle je vous r'envoye avec mes remerciements trez humbles, ayant prins plaisir d'y voir la vénération qu'il porte à vostre vertu et à voz utiles travaulx , mais j'ay esté un peu touché de voir qu'il ne se puisse abstenir d'attaquer ce pauvre vieillard ^ aprez l'avoir terrassé à ses pieds, et l'avoir faict mesmes condamner, oultre la retractation, à une
' Bibliothèque nationale, fonds français, pour la situation des lieux d dont lui Peiresc
1377 3, fol. 8a. Autographe. — Aufol.SAon avait ëcrit à Gassendi, «restant bien estonnë,
trouve un tout petit bilFet, du 38 août 1 633 , ajoute-t-ii, qu^il manque encor un c^er à
où Peii*esc accuse réception à Gassendi d'un ce petit libvret que je n*ay point ieu ne sorty
paquet «venu en grande diligence», lui de son enveloppe, que pour en voir le
parle de sa lettre de la veille envoyée à Digne tfltre».
par rintermëdiaire de tr M' Guez , médecin « , * Galilée , alors âgé de soixante-neuf ans.
et le remercie (rtrez humblement de Tadvis
nVUHttU «ATfOIALI.
354 LETTRES DE PBIRESC [1633]
prison perpétuelle ^ comme vous verrez en la lettre cy joincte d'un sien parent, bien qu'elle ayt esté remise à la volonté du Grand Duc de Toscane, et toutefoys le bon P. Âthanase que nous avons veu passer ioy bien à la haste, ne se peult tenir de nous advoûer, en présence du P. Ferrand, 'que le P. Malapertius et le P. Glavius mesmcs n improuvoient nullement Tadvis de Copernicus, ains ne s'en esloignoient guieres, encores qu'on les eusse pressez et obligez d'escrire pour les communes suppositions d'Aristote, que le P. Scheiner mesmes ne suyvoit que par force et par obediance aussy bien que luy qui ne faict pas de difficulté d'admettre au corps de la Lune, non seulement des montaignes, des vallées et des mers où estans, mais des arbres et des plantes, et mesmes des ariimaulx, pourveu qu'on en veuille excepter et exclure les plus parfects, et d'admettre aussy que la terre face une réverbération sur le globe de la Lune, de la lumière du Soleil, qui responde à celle que faict la Lune sur la nostre.
Cependant j'ay receu un petit fagot où j'ay trouvé un lîbvre cotté de vostre nom, oà iLne paroissoit pas de cachet. Je m'imaginay que c'estoit vostre ambassadeur angloys dont vous me parliez dernièrement, et trouvay qu'il estoit véritable, m'estant dispencé d'ouvrir l'enveloppe. Mais pour prévenir les inconveniants passer j'appeliay incontinant Goi^ beran pour le luy faire non seulement ooUationner, mais couldre , de peur qu'il s'en perdit aulcun cahier, jugeant bien que cela ne vous seroit pas dezagreable ne inutile, puisque vous n'aviez pas là>hault de libraire à mon âdvis, et tandis» que nous attendions commodité de vous le faire tenir, je l'envoyay à M' le Prieur de la Valette, chez qui je viens de l'envoyer reprendre ayant apprins du s"" Besson qu'il y a voit
commodité asseurée pour demain, et y ay jette les ieulx en quelques
^ D après une communication du savant exagéré les torta du P. Scheiner k F^fard
qui connaît le mieux an monde tout ce qui de Galilée. Voir ie résumé de cette impcM^
regarde la vie et les travaux de Galilée, tante commanication dans une note de la
M. Antonio Favaro, professeur k runiversifté poge 1 1 5 du ûiaciaile XIll des Cbrmpon-
de Padoue et éditeur des Œuvres complètes dauti de Pcirtse. GabrielNùudé (Paris, Léon
de rillustre mathématicien, on aurait fort Tediener, 1887).
[1639] ET DE CASSENOT. 355
endroictS) dont je ne suis pas demeuré mal satisfaict, el quand vous l'aurez veu à vostre aise, je j^rendrày grand plaisir d'en lire quelques cbappitres, mais ne vous en pressez nullement, je vous supplie, car j ay bien maintenant de la besogne taillée pour tout ce moys et de plus. J'ay receu par mesme moyen le libvre du P. Malaperlius dont je reeognéus incontinant le nom que vous m'aviez allégué aultresfoys, lors de vostre voyage de Hollande avec de si beaux éloges, qui fut la cause que je le 6s incontinant couldre aprez le vostre, et ne le laissay que je n'en eusse dévoré les principaulx chappitres, m'asseu-^ rant que vous jugerez bien que ce ne fut pas sans grand plaisir, car vous sçavez combien j'ay eu de peine à me desprendre de l'opinion que les macules solaires ne soient pas hors de son corps, et vous responds que son sentiment est si convenable au mien, que s'il n'y a d'aultres choses plus fortes que tout ce que j'ay veu dans le P. Scheiner, je me rangeray beaucoup plus volontiers de son costé que de l'aultre, et ce que vous avez trouvé de la petitesse du corps de Mercure et des aultres j^anettes me confirmera bien fort à cet advis, puisque la conglobation de plusieurs petits corps célestes peut saulver toutes les irrégularitez des figures de voz macules, et que la petitesse de chacung à part ne laisse pas de suffire pour de bien grands astres à les voir de plus prez que nous ne sommes. Je seray bien aise d'avoir vostre advis sur ce qu'il dict du mesurage de la distance des dictes macules hors du globe solaire, où il met environ une dixiesme de son diamètre, car si cela estoit bien denoonstré, il fauklroit bien se rendre et laisser au P. Scbeiner la circonvolution du corps solaire, autour de son centre. Il fauldroit voir par voz lunettes ce que dict le dict P. Scbeiner de la superficie gravelleuse du corps solaire que je n'ay jamais observée pour voir ce qui s'en pourroit induire, car si le corps solaire se qpntourhe à i'entour de son centre, il fauldroit que cez figures gromellées revinssent à certaines périodes bien courtes, ou que la surface .fut subjecte à aultant de changements que celle de noz nuages, ce qui est plus difficile à concevoir que le reste, à mon advis. Si cet homme se veult charger du libvre des Isles flotantes, je l'y joindray aussy.
M' le Prieur de la Valette a veu le Malapertius et me Ta l'envoyé sîtost ' que je ne 8çay s'il s'en est moqué. Le P. Athanaze [Kircher] Ta tout leu aussy, et lient un tertium genus de sentiment qui n'est ni pour luy ni pour le P. Scheiner, et veult que les macules soient hors du corps, comme des fumées d'une fournaise, mais je ne sçay comment elles pourroient estre si permanantes en un seul lieu durant tant de jours qu'on les y void.
Au reste je ne trouvay poinct de lettre vostre pour moy soubs mon enveloppe de vostre dernier pacquet, et toutesfoys il y avoit U médailles, que je jugeay estre de cez pauvres curez dont vous m'aviez parlé, lesquelles je vous ay voulu renvoyer pour les leur restituer, car ils croiroient d'avoir perdu la bonne fortune que cez choses portent, au dire du vulgaire, à ceux qui participent au premier partage qui s'en faict quand on les desterre. Aussy bien n'y a-tr-il rien de remarquable, et je ne vous en suis pas moins redevable et à M'^ le Lieutenant que de toutes les aultres , desquelles il fauldra bien un jour luy faire aussy quelque restitution, aprez en avoir retenu des mémoires, et quelques pièces parmy le marché, ce qui ne diminuera pas pourtant mon obligation en son endroict nom plus qu'au vostre, vous suppliant de l'asseurer cependant de ma dévotion en son endroict. On nous vient de dire que M' de Crequi parloit d'aller du costé de Venize, de façon que nous ne reverrons pas icy cez Messieurs qui l'accompagnent K M*" Gaffarel vous sallùe ; je ne luy ay peu respondre cejourd'huy par l'ordinaire. Sans cela je vous envoyeroys sa lettre. Ce sera par le prochain. Dieu aydant. Nous avons esté touts en trouble céans durant deux jours pour la maladie et decez de la 611e de mon neveu ^ en absance de toutes noz femmes qui estoient à Marseille avec mon frère, et mon neveu s'y est trouvé inopinément. Si elles eussent esté céans, je m'en fusse trouvé moins chargé. Il fault vouloir ce que Dieu
' MM. de Boissicu, Louis Videl, etc. tobre i639 ; elle n'avait donc pas un an ré-
^ C'était Isabeau de Fabri, la première volu quand elle mourut dans les premiers
des petites-nièces de Peiresc, nëe k Aix (pa- jours de septembre i633, avant le 6 de ce
roisse Sainte-Madeleine) et baptisée le 1 9 oc- mois et probablement le b.
veult sans murmurer. Je prie Dieu qu'il vous tienne en sa saincte
garde et demeure,
Monsieur,
vostre, etc.
DE Peiresg.
A Aix, ce 6 septembre t633.
J'ay creu que vous m'aviez escript et que vostre lettre estoit demeurée sur vostre table par mesgarde, et aprez avoir envoyé mon pacquet, il m'est venu en la pensée que vous pourriez bien avoir laissé par équivoque la lettre de M' L'huillier hors de son enveloppe, pour y envelopper la mienne. Si je m'en fusse adviséplustost, je me feusse dispensé de l'ouvrir.
Le R. P. Dom Polycarpe est à Marseille pour la cérémonie de la première pierre de la Chartreuse nouvelle. Nous le verrons icy à la fin de cette semaine, ou au commancement de Taultre. Voyez si je luy doibs rien dire de vostre part.
Nous avons esté si inaleureux que nostre pacquet demeura à mou grand regret et a attendu icy l'arrivée de l'ordinaire par lequel j'en ay receu deux aultres pour vous pour lesquels insérer je l'ay rouvert. M' L'huillier m'escript qu'il a trouvé du soulagement à la transcription de vostre epistre à Sckikard, et qu'en ayant colla tionné le i^' cahier avec le P. Mercene, il ne l'avoit pas trouvé faultif, Dieu veuille qu'ainsin soit des aultres, et que par la prochaine voye d'Allemagne il envoyeroit l'original au s^ Skickard , remettant la coppie du s*" Hortensius à un plus grand loisir. M' Petit m'escript qu'il partira de Nismes au 1 5"® de ce moys pour nous venir voir. On a veu là le livre de l'Anarheticus^ que l'on ne m'a poinct encor envoyé que je sçaiche. M' Rossi de Lyon m'escrit du 7"^ que le Galilei estoit de retour à Siene , d'oil l'on escrit qu'il ne bougeroit sans qu'il receust son congé de Rome, et que la deffance de son livre en avoit faict enlever tous les exemplaires à grande furie '^. Je viens de recevoir un second exemplaire de i'Epistre de S* Clément;
' Le livre dëjli mentionné de Tabbé Du scrits ont été particulièrement recherchés et Vergier de Hauranne. que la saveur du fruit défendu a paru plus
* C'est de tout temps que les livres pro- tentante.
mais je suis en grande peine si ce porteur dont M' Besson vient de m'advertir présentement s'en vouldra charger, ayant desja refusé les auitres, et je vouldrois bien le vous envoyer afin que vous me le peussiez renvoyer à temps pour le faire voir à M' Petit à son arrivée, qui me mande en avoir grande envie. Sinon, je le vous envoyeray sitost qu'il l'aura veu.
Je viens d'avoir du costé d'Avignon un pacquet de Rome du i U aoust où j'ay trouvé des pacquets et lettres pour M' l'evesque de Digne et pour quelqu'un des siens, qui sont arrivées à temps pour les insérer dans ce pacquet, mais j'ay grande peur que je u'aye perdu la commodité de le vous faire tenir, car l'homme du sieur Gastagni à qui j'avoys bailié voz lettres de Paris ne s'est pas trouvé logé là où il avoit dict, quand j'ay voulu envoyer vers luy pour y adjouster ma despesche et les livres, et scavoir s'il s'en vouldroit charger de touts.
Ce lo"* septembre \
À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC
ABB^ ET S£IGNEUB DE.GUISTBE, CONSEILLER DU ROY EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE,
À AIX
Monsieur, Despuis avoir receu les deux derniers pacquets de Mons' Luillier qu'il vous avoit pieu de donner au valet de Mons' le lieutenant Gastagni, je n'avoy point rencontré d'occasion de vous escfire. Je pren celle-cy long temps par advance (parce que ma despesche pour Paris ne pouvant point arriver à vous demain au soir afin d'estre envoyée par ' l'ordinaire d'après demain, il faudra qu'elle demeure à Aix jusques à l'autre semaine), mais je ne suis pas asseuré de trouver dans ceste
' Bibliothèque nationale, fonds français, vol. 12773, fol* 169. Autographe.
prochaine quelque autre commodité. Je vay joindre à celle-cy une lettre de ce Mons' Constantin dont vous avez desja veu une autre, attendu principalement qu'il y est faite [sic) ample mention de vous. Je pense que j'y adjousteray encore celles de Mess" Bourdelots honcle et nepveu dont le dernier se doit donner l'honneur de vous voir dans ce inoîs-cy sur son passage pour Rome avec Mons*" l'Ambassadeur ^ dont il doit estre le médecin. C'est un jeune homme que vous trouverez bien honneste et bien sage et qui a très bon esprit. Il estudioH çncare en médecine quand je pârty de Paris, et il navoit mesme point de barbet mais oultre son érudition et son jugement il a un advantage plar dessus les autres pour l'exercice de sa profession, qu'il a esté fort bon compaignon d'apoticaire et de chirurgien, ayant que d'estudier en la Faculté. Son grand père, c'est à dire le père de M'' Bourdelot son honcle, a esté en grande réputation de chirurgien à Sens, mort seulement despuis mon despart de ce paisla, aimé grandement de Mons*" le Prince, dont tous ces messieurs sont encore cogneus et aimez, et c'est luy qui assista à Topera^ tion césarienne de ceste femme dont on tira il y a environ cinquante ans cest enfant petrefié dans l'espace de vingt-huit ans dont vous sçavee que l'histoire a esté célèbre. J'oubliay de vous dire par ma dernière despcsche qu'un cordelier vous a deu rendre que vous pouvez garder les lettres de Sckickard et Hortensius à moy pour les voir tout à vostre aize tant qu'il vous plairra, puisque leur ayant moy respondu vous jugez bien que je n'en puis pas avoir grandement à faire: Si je rencontre dans la semaine l'occasion de vous escrire je le feray plus amplement et à Paris aussi. Cependant je suis tousjours.
Monsieur,
vostre très humble , très affectionné et très obligé serviteur,
Gassbnd.
A Digne, ce xi* de septembre i633'.
^ Le comle François de Noailies. ' KMiotbëqne dlngaimbert, k Carpen-
* ' Le docteur, au moment où Gassendi le tras, Collection Peiresc, registre LX, t. II,
recommandait si chaleureusement, n'avait fol. i oo. Autographe, que vingt-trois ans.
À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,
DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE ET THEOLOGAL EN L'EGLISE CATHEDRALLE DE DIGNE
À DIGNE
Monsieur, Ce mot ne sera que pour vous accuser la réception de la despesche dont vous aviez chargé le procureur Maureau, qui me l'a rendue ce jourd'huy, et à mesme temps j'ay envoyé la lettre addressée à M' le Prieur de la Valette chez luy, car il est à sa bastide, et feray tenir à M*^ L'huillier son pacquet par le prochain ordinaire , vous faisant ce mot à la haste et à la desrobée parmy tout plain de compagnie, seulement pour accompagner TEpistre de S* Clément que je vous envoyé et deux petits libvres que j'ay receuz de la part de M"; L'huillier cottez de vostre nom, bien marry de n'avoir encores peu lisre les lettres qu'il vous a pieu me communiquer de la part tant du s"* Bourdelot que Constantin, dont je ne laisray pas de vous remercier en attendant de les voir plus à loysir avant que les vous renvoyer. J'ay receu par mesme moyen l'Anareticus dePetrus Aurelius^ que je feray couldre pour vous l'envoyer. Vous verrez cependant deux lettres que j'ay receues tant de M' de la Fayette que de M' de la Hôguette^, à qui je me suis dispensé d'escripre d'estranges bigearries* sur ces embrasementz sousterrains*, et demeure tousjours,
Monsieur,
vostre, etc.
DE Peiresg.
[ De ]a main d'un secrétaire en ce qui regarde la copie de la lettre et le premier post-scriptum. Le dernier est autographe.]
A Aix, ce 1^ septembre i633.
* Pseudonyme de Du Vergier de Hau- * Pour bizarreries,
ranne. * Cette lettre, qui devait être bien ca-
* Sur ces deux personnages voir le recueil lieuse, est malheureusement perdue. Peiresc-Dupuy.
Je pensois que vous eussiez receu un fagot de livres qui debvoit accompagner mes dernières lettres, mais M' Besson vient de me dire qu il est encore icy à mon grand regret et qu il me Tenvoyera incontinant pour y joindre les aultres mentionnez en la présente lettre.
J'ay ^ depuis eu le temps de lisre celles de M'* Bourdelot et Constantin, où j'ay apprins des efTects bien inesperez de leur courtoisie, aussy bien que de la vostre, dont je ne leur suis pas moins redevable qn'à vous , et seray bien aise de m'en rendre plus digne en les servant que je ne pouvois estre en Testât qu'ilz m'ont surprins, et si j'ay l'honneur de voir icy le neveu de M'' Bourdelot à son passage pour Rome, il ne tiendra pas à moy que je m'en acquitte en quelque façon pour son regard. Et quant à M*^ Constantin, si je sçavoys à quoy il travaille, possible y auroit-il moyen d'y contribuer quelque curiosité de son gousl, regrettant de faict que sa pensée n'ayt esté vérifiée et que je ne vous aye peu tenir à Boisgency quelques jours, en la saison où nous sommes, pour vous y pouvoir gouverner un peu plus à souhaict et faire voir les merveilles maritimes qui s'y trouvent pétrifiées, aussy bien que les feuilles de divers arbres et des vignes^. Quand vous leur escrirez, je vous supplie de les asseurer de mon fidèle service.
Au reste je fus si malheureux l'ordinaire passé que la maladie de mon homme fil demeurer mon pacquet, de sorte que voz lettres pour M'^ L'huillier ne laisront pas d'aller aussi viste comme elles eussent faict, quant elles seroient arrivées lundy, ce qui servira à vous consoler du retardement. Mais j'ay eu un aultre malleur qui n'est pas si réparable en la persone du P. Athanase Kircser, qui passa com' un esclair par icy, et me mandoit de Marseille qu'il y attendoit les galères du Pape, et puis à l'impourveu se résolut de s'embarquer sur une felouque, ne m'en ayant adverty que la veille de son départ, de sorte que les lettres que j'avoys faictes pour Rome à cez Mess", qu'il y desiroit
' À partir de ce mot la lettre devient décrire soit les pétrifications de Belgentier, autographe. soit les fleurs et les firuits de ses beaux
* Rappelons que, dans les lettres aux jardins, frères Dupuy, Peiresc s'est souvent phi h