AVERTISSEMENT
émulée Nous disons ëmule, et non rival, car on sera touche de l'affectueuse générosité avec laquelle, bien différents de ces jaloux et mesquins collectionneurs qui préfèrent leurs richesses à leurs amis, Peiresc et Borrilly se donnaient joyeusement lun à Tautre les objets auxquels ils attachaient le plus de prix^.
Les lettres à Bouchard (19 mars i63i-5 juin 1687), un peu plus nombreuses que les lettres à Borrilly, les dépassent généralement en étendue et aussi en importance. Comme lancien hâte de Peiresc à Belgentier^ habita, tout ce temps, l'Italie , vivant au mi-* lieu de la cour romaine, fréquentant la bibliothèque des Barberini et la bibliothèque du Vatican, on devine tout ce que Peiresc avait à lui demander au sujet des hommes, au sujet des événements, surtout au sujet des livres et des manuscrits. Cette correspondance, que complétera, dans le tome suivant, la correspondance avec deux autres érudits, qui résidaient à Rome en même temps que
* Voir sur Borrilly et sur son cabinet ie fascicule XVdl des Correspondants de Peiresc (Aix en Provence, iSgo^in-S'deya pages).
J'ai l'intention de consacrer, plus tard, une <^Uide spéciale au cabinet de Peirese. Voir mon programme h cet ^ard dans une note de^ Petits mémoires de Peiresc (Anvers , 1 889 , p. 61).
' Quelques extraits de ces doeoments ont étë publiés dans le Magasin encyclopédique d'avril 1796 et réimprimés en 181 5 {Lettres inédites de M. de Peiresc, publiées par le président Fauris de Saint- Vincens, correspondant de rinslitut, Paris, de l'imprimerie de J.-B. Sajou, in-8* de a 3 pages). En rapprochant du texte reproduit ici ees extraits où non seulement l'orthographe et le style ont
été rajeunis, mais où le sens même a parfois été altéré et travesti, on reconnaîtra que rien B6 ressemble moins h la leçon fournie par les autographes, que la copie iipprimée
par Fauris de Saint-Vincens. G*est le terrain solide d'un côté et, de Tenlre côté, ie sol mouvant. C'est le vin pur et généreux d'iuie part, et, d'autre part, le vin frelaté. Ne reprochons pas k men devancier on tort qui n'était pas le nea : c'était le tort de l'époque où il vivait. L'usage semblait autoriser l'arrangement des textes et tout éditeur croyait avoir le droit d'agir k sa goise et h sa ian* taisie,
^ Voir les récits et descriptions de Bouchard dans son Voyage de Paris â Home en i63o publié à la suite de ses Confeuious (Paris, 1881, in^8% p. laô-iSa). Pour ceux qui n'auraient pas k leur disposition l'étrange livre, devenu très rare, je dirai qu'ils retrouveront tout le savoureux morceau dans le fascicule UI des Corre^xmdants de Peiresc {?9im,tS8i M Appendice, n*VI, sous ce titre : Um visite de Bouekârd i Pei-^ resc, p. 7t-8o).
AVERTISSEMENT. . m
Bouchard, elquenoufl venons de nommer, Holstenius et Menestrier, ajoute beaucoup de choses à ce que nous savions des relations de Peiresc avec lltalie. Des particularités piquantes y sont mêlées à des indications précieuses pour l'histoire littéraire, et dans le vaste ensemble des lettres de Nicolas-Claude de Fabri , les pages écrites à Bouchard ne sont pas celles qu'on lira avec le moins de profit et d'agrément. Mais la partie la plus attachante de ce volume est sans contredit le recueil des cent et une lettres adressées à Gassendi du 7 avril i6â6 au 4 mai 1687, et le recueil des cinquante-neuf lettres du futur professeur au Collège de France (26 avril 1626- 3o avril 1 687) ^ Aucun de ceux qui jetteront les yeux sur ces documents n'ignore combien les deux compatriotes s'aimèrent toujours, avec quel dévouement Peiresc protégea Gassendi en toutes ses entreprises scientifiques, quelle pieuse reconnaissance, à son tour, ce dernier témoigna constamment à son bienfaiteur, qu'il assista finalement à son lit de mort et dont il ne cessa, dès qu'il l'eut perdu, d'honorer la mémoire par ses discours et par ses écrits. Cette mutuelle affection, si profonde de part et d'autre, donne un charme singulier aux lettres qu'échangèrent, pendant dix années, les deux vaillants chercheurs et où, grâce à la variété et à l'étendue de leurs connaissances, ils traitent toutes sortes de sujets, comme ils le faisaient de vive voix, en étudiant ensemble tantôt le beau ciel étoile de la Provence, du haut de l'observatoire dont était surmontée ht maison de Fabri à Aix , tantôt la botanique et les autres oranches de l'histoire naturelle parmi les myrtes et les orangers de Belgentier. Il serait superflu d'insister sur l'attrait et sur la
^ Saivaotrexcellent conseil que m*a donné dance ne soit pas à tout moment rompu, et
le Comité des travaux historiques, je pu- qu'au lien de deux longs monologues suc-
blierai, sans les séparer les unes des autres , cessifs, on trouve ici, ce qui est plus na-
les lettres échangées entre Peiresc et Gas- turel'et ce qui est pins intéressant, le dia-
sendi, de sorte que le fil de la correspon- logue même de deux amis.