‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 4 sur 34 · IV • AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

IV • AVERTISSEMENT

valeur d'une telle correspondance, et il suffira de dire, pour la louer dignement, qu'elle met admiral^lement en lumière les diverses qualités de deux des plus nobles cœurs et des plus grands esprits qui aient honoré le xvri* siècle.

Philippe Tamizey de Larroqce.

Pavillon Peiresc, à Larroque, près Goniaud, 3o décembre 189a.

À B. BORRILLY.

À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,

NOTAIRE ROYAL ET SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DC ROY

A AIX

Monsieur, J ay receu la vostre par nostre laquay, avec le mémoire du R. P. Jean, où il y a à dire quelque chosette, et dont je vous remercie bien fort, comme aussy des vers de M' BiilonS et de la peine que vous avez prinse pour M' Fabrot^, qui se resouldra de se rendre là au plus tost, s'il n'y est desjà à cez heures ioy. Au reste vous avez peur que j'aye perdu la mémoire de voz médailles de cuyvre que Mademoiselle de Blacas ^ m'est veniie demander aujourd'huy, à qui je les eusse incontinant faict bailler si j'eusse esté bien asseuré de les trouver dans jqaon estude^. Mais la confusion qui y est encores et la presse que j'avois pour aultre chose m'en a faict dispencer pour à cette heure. Tant y a que vous pouvez bien vous asseurer qu'elles ne sont pas perdues, et que au pix aller j'en seray le porteur moy mesmes, Dieu

^ Sur le poète Thomas de Billon, voir une note dans le tome 1 des Lettres de Peirese aux frères Dupyy, p. Uoh.

' Sur ie jurisconsulte Annibal Fabrot, natif d'Aix comme Billon , et grand ami de Peiresc , voir la Tabk alphabétique des trois tomes du recueil qui vient d'être dtë, où son nom se retrouve si souvent mentionné.

' L'insuffisance des indications données par Peiresc ne permet pas de reconnaître ridentitë de cette personne au milieu des femmes qui en assez grand nombre ont porté le nom de Bkeas pendant les trente premières années du xvu* siècle.

* Cabinet de travail.

lUrRIMtHIB SATioaAi.r.

aydant, ne croyant pas que vous y veuiiliez estudier maintenant que vous avez tant d'aultres meilleures occupations, sur quoy je fîniray demeurant,

vostre trez humble et obligé serviteur,

DB Pbirbsg.

A Beaugentier, ce i3 septembre i63o'.

k MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,

NOTAIRB ROYAL BT SBCRBTAIRB ORDINAIRB DB LA GHAHBRB DU ROY,

À AIX

Monsieur, J*ay receu la Vostre du 17"^ avec le dessein de Tespée antique d'Avignon que j ay trouvé fort beau et fort semblable à celle que vous m'aven veu. J'estime que ce sera une bonne acquisition, et à laquelle je n'espargnerois pas la valieur de la monstre ne de la sonnerie que vous dictes. Mais j estime qu'il seroit bon de ne faire pas porter dans Aix cette pièce, maintenant qu'il semble qu'il n'y ayt rien d'asseuré dans cette pauvre ville \ si Dieu n'a pitié des gents de bien , que Ton faict passer pour aussy coulpables que les plus meschants à Tappetit du moindre mot qu'en veuille dire quelqu'un de ceux qui leur peuvent estre mal aflPectionnez sans s'enquérir si c'est par calomnie ou non et s'il y a apparance quelqu'onque de vérité^. Dieu par sa saincte grâce,

' Kbliothèqoe nationale, fonda français, qneiques-^uns de ses concitoyens. Voir à ce

vol. iBaoS, fol. t. Autographe. snjel Une ieUre de Peirwc à son reUmtr

* H s*agît dea troubles canaës h Ait par Corberan, éerila de Mgentier quelques

rëtabKssemeDt dea âoa, troablesdont il est jours après la présente lettre, e'estr^-dire

souTent question dans le tome II des Lettreg le 98 octobre {AnmuùreSuihtin deiaSo*

dePeinscauxfrhnDfÊfuff, ciM de VHistmre de France, L XXVI,

' Allusion aux injustiees dont Peiresc 1890, p. iai-i«6). fut personnellement victime de la part de

[1630] \ B. BORRILLT. 3

qui void le plus profond* des coeui^s, sçaict bien qui sont les coulpables du mal dont on se plaiuct, et le descouvrira tost ou tard, et fera voir Tinnocence de ceux qui ont tousjours préféré les interests da public aux leurs propres et particuliers, comme nous avons faict toute nostre vie^ Ce qui nous faict espérer que comme il nous a daigné préserver de la maladie^ il nous préservera encores, s'il loy plaict, de la main de noz ennemys. Que s'il en a voit disposé aultrement, nous sommes tous à sa mercy, sa volonté soit faicte, nous aurons au moings cette consolation, que si pour noz peschez Dieu nous veuit chastier, au moings ne sera ce pas pour avoir desservy le public, ne faict tort à nostre essiant à ame qui vive, ne doubtant pas quil ne le face paroistre tost ou tard. Mais comme il nous a voulu donner des biens et des commoditez, il est raisonable qu il les nous puisse ester quand bon luy semble aussy bien que les persones des parents et des amys, et que la propre santé de noz corps. Depuis avoir escript cecy, j'ay veu les lettres que vous escrivent Messieurs de Zanobis' et Rostagny^, il fauldroit voir Tem-

^ C'esl ce que Peiresc redit avec plus de développements dans sa i*enidrquaUe lettre à Simon Corberan : « Jusques à ce qu'il aye pieu i Dieu iaire descouvrir la venté et recognoistre Tarliflce et la malignité de quelque particulier ennemy de nostre maison, qui noua a jeté sus une si grande calomnie que celle que Ton nous veut imputer pour nous rendre suspectz dans le monde, etnous faire perdre la réputation que nous y avonsacquise de gentz de bien, en servant un chascun quand nous Favons peu , et principalement le public , pour lequel seul nous avons travaillé quasi toute nostre vie, sans vouloir quasi considérer noz intherestz particuliers», etc.

* C'est-à-dire de la peste qui ravageait alors la ville d'Aix et toute la Provence.

'Voir sur les Zanobis, qui ont habité Avignon au xvi' siècle et Pemes au xvu*, le Dictionnaire biographique du département de Vaucluse par le docteur Barjavel. Rappelons

que le manuscrit autographe du Discours des guerres de la comté de Venaysein et de la Provence, de Louis de Pemssis, que potsède ringuimbertiiie de Carpentras, et qui provient de la bibliothèque de Peiresc, avait e U> donné h ce dernier par un rr sieur Zanobis 9» , d'Avignon, probablement le même qui est mentionné dans la présente lettre. Voir à ce sujet une note du fascicule VIII des Corres^ pondants de Peiresc, le cardinal Bichi (p. 3 9). * Voir le Dictionnaire biographique du département de Vaneluse, au sujet de la fiimiile Rostaing mi Rostagni qui, dès le XII* siècle, jouissait dans le Comtat Venaissin d'ime grande considénilion. Le docteur Barjavd , qui renvoie ses leclaiifs au Nobiliaire de Pithon Gurt , rappeMe que cette famille a fourni, en 1975, un évéque au diocèse de Carpentras , h la tin du xv' siède un jugemage à cette dernière viMe , au commencement du xn* siècle (iSog) un oooseiiler

à LETTRES DE PEIRESC [1630]

preinte de cette graveure de Zenobia^ Je vous p'envoye les dictes lettres,

ayant retenu le desseing, que je vous r envoyeray aussy quand vous

Youldrez, et vous félicite vostre cassette nouvelle, mais j'estime qu'en ce

temps il seroit bon de ne pas faire de monstre des choses rares, pour

ne faire venir envie à quelqu'un d'entreprendre de vous faire quelque

tort. Sur quoy je finis demeurant, •

Monsieur,

vostre trez humble serviteur,

DE Peiresg.

A Beaugentier, ce 19 octobre i63o'.

\ MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,

SEGRETAIBE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROY

À AIX

Monsieur, J'ay receu l'extraict que vous m'avez envoyé de ce testament qui estoit demeuré en arrière, dont je vous remercie trez humblement, comme aussy des honnestes offres que vous y adjoustez pour Ms'' le cardinal Barberin', et des nouvelles de l'archevesché de M' de Cavaillon\ à qui je crois qu'elle sera fort bien employée^, et encores plus la

au pariemeDt de Provence, Bertrand de Rostaing, mort en i5i8, etc.

* A sainte Zënobie on avait essaye de rattacher la famille Zanobis. Voir Tarticle déjà cite du Dieiùmnaù*e du docteur Baijavel.

' Fonds firançais, vol. i5ao5, fol. 3.

Autographe. Cette lettre a ëtë publiée par le président Fauris de Saint- Vincens à la page 5 du recueil cité dans V Avertissement, mais non seulement Torthographe en a été modernisée, le texte même a été dénaturé, tronqué. Toute la fin du document manque k partir de : Depuis avoir eserqtt cecy.

^ Le cardinal François Barberini , dontilest question plus de cent fois dans les trois volumes des Lettres de Peiresc aux frères Dupuy,

^ L'évéque de Gavaillon était alors Fabrice de la Bourdaisière qui siégea de 1616 h 1 6&6 (voir Gallia Christiana, 1. 1, col. 987) et qui ne fut point appelé, par conséquent, à l*archevéché dont Borrilly avait parié à son correspondant.

^ Le mot areheviehé était alors du féminin, comme nous l'avons remarqué, au sujet du mot éviehé, dans le recueil des Lettres de Peiresc auxfi'ères Dttpuy.

[1630] À B. BORRILLY. 5

vice légation qui debvroit suyvre bien tost si voz nouvelles sont bien vrayes ^ Nous vous servirons quand nous le pourrons en revanche de tant d'excez de bonne volonté. Mais je plains bien la perte de voz six pistoies, et'plaindrois encores davantage celle de vostre monstre si vous laviez confiée à si mauvaises mains, et m'estonne que M'^ le Prieur vostre cher filz ^ qui est sur les lieux n'ayt eu moyen de vous esclaircir de tout cela. Vous sçaviez bien d'aultres nouvelles que vous ne nous avez pas voulu dire, mais le temps les fera pénétrer encores plus loing qu icy. Je prie à Dieu qu il donné à un chascun ce qui luy fault et principalement à ce pauvre pais, et quil vous tienne en sa saincte garde, estant.

Monsieur,

vostre trez humble et obligé serviteur,

DR Peibesg.

A Beaugenlier, ce 1 9 novembre 1 63o '.

À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,

SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROT

À AiX.

Monsieur,

J'ay receu voz deux despesches du 30 et 9 1°*% ensemble les extraicts

dont je vous remercie trez alTectueusement et les ciseaux que je vous

renvoyé avec tous les remerciments bien humbles qui y peuvent

escheoir ^. Et tout aultant que si j'y eusse trouvé de quoy rassaisier

^ Les nouvelles données par Borrilly ' Fonds français, vol. iSaoS, foi. 5.

n^étaient pas plus vraies pour la vice-l^a- Autographe,

tion que pour i*archevéché. * Phrase ainsi reproduite par F. de

* Sur ce 6is de Boniface Borrilly, Tabbë Saint- Vincens dans le fost-seriptum d*une

Michel Borrilly, prieur de Ventabren, voii* lettre qu'il date du 18 aoûtiGSo (p. 99):

le fascicule XVIH des CorrespimianU de trroubliois de vous remercier des ciseaux

Peirese, p. 1 1. que vous m'avez envoyé, que je vous rap*

grandement toute ma curiosité , y ayant trouvé tout plein d aultres in^ scriptions que vous ne m aviez pas cottées, car vous ne me parliez que de celle qui est sur le fourreau et laissiez les deux aultres qui sont gravées sur le fer^ en cez termes ESTIMÉS LE VOVLOIR, POVR VOVS SERVIR. Mais je ne m'estonne pas que cez lettres ayent eschappé à vostre veue, puisqu'elle vous avoit mal servy au reste que vous m'aviez escript des couleurs de l'armoirie qui y est peinte, car vous disiez que les quattre quantons de la croix rouge estoient d'argent, et toutefoys ils sont d'or, et ne disiez pas que sur ledict escusson d'or y a un chef rouge avec la croix blanche de Malte, de sorte qu'il ne faultpas en aller chercher l'interprétation en Angleterre comme nous faisions, ne plus loing que de quelque bon chevalier de Malte François qui vivoit il y a environ une centaine d'années, lequel avoit vraysemblablement faict faire cez ciseaux, pour en faire presant à sa mère, pour ne dire sa maistresse ou sa g[arce]. Si le reste de la gayne ne s'estoit perdu on y eut veu la représentation de quelque médaille à l'antique ou de quelque teste d'empereur d'or en champ d'azur. Tant est que c'est tousjours une belle pièce de cabinet et que je vous conseille de garder chèrement, pour l'amour de la main d'où vous la tenez. Si le pauvre feu M' Templery ^ estoit en vie, je crois qu'il en auroit eu grande

porterai, s» Dans la collection Peiresc de la Mëjanes, t. II (n** loao du catalogue général des manuscrits), on trouve (fol. 364, sous la date du i8 novembre i63o) une autre lettre k Borrilly relative à des ciseaux. En voici les premières lignes : tr Je vous feKcite l'aquisifion des ciseaux que vous me descrivez, que j'estime pouvoir estre que bieti beaux, enoores que les armoiries ne s^aocordent pas bien avec celles, de M"* Laura (qui n'estoient pas autres que celles de Sade).«

^ Passage ainsi réduit h sa plus simple expression par F. de Saint-Vincens ( hc, cit, ) : (T J'y ai trouvé sur le fer une inscription dont

vous ne me pariez pas ; elle est en ces termes : Estimée U vouloir pour v&u9 servir. Je m'estonne que ces lettres aient eschapé h votre vue; au reste, sur la moitié du fourreau qui reste, sont des armoiries qui sont une croix rouge avec quatre cartons (sic) d'or. . . y» Résumer ainsi un texte, c'est le dtfgoier. Ce n'est plus traduire, c'est trahir.

* Sur Tarcbéologue Jean Templery, voir une note du tome I des Lettres de Petrese aux frères Dupuy, p. 699. Templery était mort dans les premières semaines du printemps de i6a8, comme nous l'appr^, le i4 avril, Peiresc en ces termes {ibii.) : ffli est mort cez jours cy un antiquaire

[1680] X B. BORRILLT. 7

envie , car il en cherchoit de si longs qu'ils peussent coupper une feuille de papier d'un seul coup, ainsin que ceux la sembleroient pouvoir faire. Il me reste à vous remercier comme je faicts des anagrammes de M' de Foresta ^ et de Taultre livre de la peste. Bien marry de n'avoir de quoy vous envoyer quelque bonne revanche de tant de tesmoignages de vostre bonne volonté et de tant de peine que vous donnez à voz gents, qui est ce que je crains leur devoir estre bien importun, en touts cez extraicts, et qui me faisoit désirer d'y faire employer quelque aultre pour leur soulagement. Car pour l'ortographe de l'escritture, il n'est poinct de besoing de s'en pener, attendu qu'elle ne change pas la substance du discours qui ne laisse pas d'estre tousjours bien aisé à entendre. Et c'est tout ce que l'on y doibt désirer. M' Grange m'avoit dict qu'il vous en trouveroit quelqu'un , en quoy il me feroit sans doubte un singulier plaisir, et je ne vous demeurois pas moings reder vable et à voz gents. Et vous supplie de le mettre à l'espreuve, et de me commander librement en eschange comme, Monsieur,

vostre trez humble et obligé serviteur,

DB Pbubsg.

A Beangentier S ce !i3 novembre i63o.

M' Lombard^ vous dira le desplaisir où nous sommes de la maladie dont a. esté attainte une maison dans Guers^ depuis deux jours. Or c'est

nonunë ie neur Tempiery, le {dus exc^ent homme pour restaurer les médailles antiques et anltres rdiques de Tantiquitë que j*eu86e jamais veu. «

^ On ne sait rien de ce faiseur d*ana« grammes. J*ai vainement oherchë ses jeux d^esprit et même son nom dans les rq^btres de la eollection Peiresc à Garpentras.

' Le nom est écrit en abrégé iai^.' ' Jean Lombard était Tintendant 'de la maison de Peiresc, son homme d*afiaires.

On le trouve souvent mentionné, ainsi que M."* Lombard « sa femme , dans la correspour danoe de son mettre. Voir aussi sur ce dévoué serviteur de Peiresc et, auparavant, du père de ce dernier, divers passages de Gassendi en la biographie de son ami (édition de la Haye , i65i, p. 187, aoi, 367).

* Ghef-jieu de canton du département du Var, arrondissement de Toulon, à ai kilo* mètres de cette vilk.

LETTRES DE PEIRESG

[leso]

que de boone fortune personne n'estoit allé d'icy durant 6 ou cinq jours que les pluyes n'avoient poinct cessé '.

À MO.NSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,

SECBETAIRE OBOINAOE DB LA CHAMBRE DU B01,

Monsieur, Je vous ay accusé la réception de vostre despesche du 1 7 octobre par le sieur Fressière de Rheims, avec la lettre de M. le pré^dent du Chaine^ à qui je faicls responce. Jay aussy receu la vostre du i3"* et suis marry de n'avoir veu le jeune peintre d'Anvers ' que vous dictes avoir tant gouverné^. Vous nous debviez bien escrire son hom, et le temps à peu prez qu'il disoit avoir veu travailler le sieur Ant.Vandyk, que je sçay estre bien vaillant homme en sa profession et grandement prix8é^ vous remerciant de l'advis. Pour les monnoyes du roy Jean, je pense en avoir de plus de trente ou quarante diiïerantes sortes. Si vous poulsez sur de la cire d'Espagne celle que l'on vous a monstrée, je jugeray bien tost si c'est rien qui nous soit incogneu. Bien vous

* Fonds français, vol. i5qo5, fol. 7.

Autographe.

* C'était Jean-Baptiste du Chaine, fils du président Louis du Chaine, le grand ami de Guillaume du Vair et le dévoué serviteur du roi Henri IV pendant les troubles de ta Ligue. La mère de J.-B. du Chaine était Anne de Bausset et sa femme Claire de Forpsta. '

' C'était un peintre du nom de Fredeau, comme nous le verrons dans une des lettres suivantes.

^ C'est-à-dire avec lecpiel vous dites avoir eu tant d'entretiens, tant de causeries. Je

me suis dt^à accusé {eorreetionê et additions, t. III) d'avoir donné un sens beaucoup trop large au mot gouverner, en déclarant ( Lettres de Peirese aux frères Dupuy, t. 1, p. 1, note 1) que le mot signifiait ir'avoir soin de quelqu'un, loi faire fête?».

^ L'illustre Van Dyck, au -moment où Peirese lui décernait ce double éloge, était âgé de trente et un ans. J'ai rappelé ((orne I des Lettres atucjrhres Dupuy, p. 73&) qu'il nacjuit à Anvers le 93 mars iSgg. Peirese devait bien une aussi honorable mention au grand artiste qui avait fait de lui un si beau portrait.

[1630] À B. BORRILLY. 9

puis je asseurer que ce n'est pas à mou advis un soid comme vous dictes, et que je suis tousjours, Monsieur,

vostre bien humble et obligé serviteur,

DE Pbirbsc.

A Beaugentier, ce ao décembre i63o.

On a voit laissé esgarer la lettre de M' Rostagny sans que je Teusse veûe, je suis bien aise qu'on l'ayt retrouvée pour la vous renvoyer. S'il estoit homme assez courtois pour cela, il fauldroit le prier de nous laisser voir son trebuchet\ pour voir si c'est aultre chose différante de tant d'aultres que nous avons, si non il luy en fault demander un petit dessein à peu prez de la mesure, et pour l'horeloge si une sonnerie de prix honneste sufiiroit, je ne la voudrois avoir espargnée^.

À MONSIEDR, MONSIEUR BORRILLY,

SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROY

ÀÂIX.

Monsieur, J'ay receu voz lettres du 26 et 26"** avec l'extraict du mariage de Jaques Rosier dont je vous remercie trez affectueusement, comme de tant d'aultres bons offices que vous ne cessez de me rendre sans que nous sçaichions nous en revancher à demy de ce que nous debvrions. Ce sera Dieu aydant quand nous en aurons de meilleurs moyens, estant

* C'est-^i-dire une balance ancienne. balances antiques et une autre phrase sur

* Fonds français, i5ao5, fol. 9. Auto- un mânoire relatif an pape Jean XXII. On gitiphe. Un fragment de cette lettre, publie retrouvera cette dernière phrase dans la par Fauris de Saint-Vincens (page 6 du re- lettre suivante (n" VI), d*oà die avait été cueil cité plus haut) a été tiré seulement du extraite ou , pour mieux dire, arrachée on post^criptum et encore est-il ëcourté. En re- ne sait pas pourquoi.

vanche Téditeur y a ajouté une phrase sur les

mrfclBBBlB «ATIOIALS.

bien marry de n'avoir icy les volâmes de ia vie des peintres, que je vous eusse envoyez de bon cœur^ Mais je ne songeois pas à les em«porter et pour remédier à ce deffault, j'escripts un mot à M*" du Peiier qui en a un exemplaire ^, que je vous ay prié d'aller voir les vies de voz Mmxello VenusH et Prospero Bresciaiio^, comme si ce n'estoil que pour ma curiosité, de sorte que vous ne debvrez pas faii*e de difficulté de 1 aller voir pour Tamour de moy comme je vous en prie, et de luy porter ma lettre pour voir iesdictes vies, dont vous nous écrirez par aprez ce que vous y pourrez rencontrer qui sera à vostre goust. Quant au mémoire que vous m'envoyastes du Pape Jean XXII, que Ton a ci*eu avoir esté archevesque d'Aix*, je le chercheray et le vous envoyeray, mais je ne pense pas qu'il soit ti'op asseuré, parce que plusieurs ont escrîpt qu'il avoil esté evesque d'Aqs^,'et puis d'Avignon^, omis non pas archevesque d'Aix; toutefoys je m'en rapporte, et ne laisray pas de le vous envoyer pour M. Paullet, à qui je vouldrois rendre meilleur service comme à vous. La malvoisie ne se mettra poinct en perce que vous n'en ayez et pour Madame et pour vous, n'en soyez pas en peine''. Au reste comme vous m'avez faict un singulier plaisir de m'envoyer ce

' Il s'agit ià du célèbre recueil de Giorgio Vasari : Le vile de' piû excellerui pittori , seultort ed arckttetU, etc. La première édition est de Florence, i55o, petit iii-4% Une édition plud répandue, probaUement celle que possédait Peiresc , fut donnée h Florence en 1 568 , en 3 volumes în-4*. Voir, sur d^autres éditions de cet ouvrage classique, ie Manuel du lArakv, t. V, p. 1096.

* Le conseiller Du Périer, &ls de Tarchéologue François, avait du trouver ie Vasari dans ie riebe cdbiael de sob père, mort en t&aS avec h rëputatioii d*UB des plus aiéié» GoUectioiiBettrB de i* Provence. Le goùL de la eumsité, cornue on Ta cUt, était kérédîUire din» la fiMnîlie Du Périer.

' Le peintre Marcello Veouati , né à Mantoue, fut un des meilleurs élèves de Perino

del Vaga. Prospero Brescîano fut un scul[)teur qui, né à Brescia, vécut h Rome et mourut sous le pontificat de Sixte-Quint, dans la maison de Taiichéologue Fulvio Orsiûi,. grand protecteur et aaii des artistes.

^ Jean XXII (Jacques d'Euse) ne fut jamais archevêque d'Aix.

' Jean XXII ne Ait jamais évéque de Dox.

^ Jacques d*Ëus6 fut évèque d'Avignon de 1 3 1 o jusqu'à son élection ( 7 août 1 3 1 6 ). Avant d'occuper le siège épiscopal d'Avignon, le futur Jean XXII avait été évèque de Fréjus (i^o-i3io).

* Sur le vin de Malvoisie que Peiresc aimait à offrii* h ses amis, voir le recueil ^«e j'ai publié softs le titre de PelHs mémoires de Peirese (Anvers, 1889, p. «17, note 1).

[1630] À B. BORRILLY. 11

mariage de Jaques Rosier avec Pierre [peut-être Pierrette] Guirau, fille d'Honoré Guiran et de Catherine, vous me feriez bien encores plus de plaisir si vous me pouviez faire voir le vray surnom de cette Catherine, femme d'Honoré Guiran, soit par leur mariage, ou par le testament de l'un ou Taultre qui sont possible dans voz escritures, si vous y faictes bien chercher, et par mesme moyen je desirerois qu'on regardast si on n'y trouveroit poinct le mariage ou le testament d'une aultre Catherine, mère dudict Jaques Rosier qui estoit vraysemblable-* mentdesjà morte lors dudict mariage de son filz Jacques l'an iÂ83 et du si6 septembre. Et toutefoys elle vivoit encores Tan làSa, ^^ ^9 ^oût, lors du testament d'Ëstienne Rosier son mary, que vous m avez faîct voir. Car je vouldrois bien estre assenré de la maison d'où elle estoit sortie, comme aussy d'une Madeleine, femme de Jean Gastînel , qui vivoit en mesme temps. Et si n'en trouvez rien dans voz escritures, il fauldroit faire chercher leurs mariages ou testaments chez voz amys qui peuvent avoir des vieilles escritures, et en un besoing y employer M» Jusberty*, qui le feroit volontiers pour l'amour de moy. Excusez moy, je vous supplie, et en tirez vostre revanche comme de. Monsieur,

vostre trez humble et obligé serviteur,

DE Pr»bsg.

Ce a8 deranibi'e i63o*.

' Voir sur ia fiinulle Juriiiert, éteinte vers ' Fonds fnmçais, tSsoS, M. 1 1. Anto-

ie milieu du xvii' siècle, après avoir donné graphe. Voir, à V Appendice , une ieUte de

plusieurs consuls à la ville d*Aix en 1 5 1 1 , Peiresc à Borrilly, du 1 7 janvier 1 63 1 , tirée

i58f, i5g6. Les Rues d'Aix par Roux- de Tlnguimbertine de Carpentras où elle esl

Alpheran (t. I, p. /iâ3). conservée -à Tétat de copie.

vn

À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,

SECRETAIRE ORDINAIRE DE LA CHAMBRE DU ROT

ÀAIX.

Monsieur, J'ay receu vostre pacquet du 18"* avec celuy de Rome joînct aux médailles, dont je vous prie de faire mes remerciments à M"" Mimauit qui me l'a apporté, et dont je me tiens son obligé, et me revancheray en sonendroict et au vostre quand je le pourray. Vous m'avez bien faict venir la salive en bouche quand vous m avez mandé Texactesse^ dont usoil M' Jusberty non seulement aux petites instructions dont je Tavois prié, mais aussy au recueil des monnoyes ou de leur cours et valleur durant tant d'années. Ce qui mérite bien de n'estre pas perdu ou supprimé nom plus que l'honneur et l'advantage de celuy qui s'est attaché à ce labeur, et pour le rendre plus accomply il y fault joindre ce que j'ay recueilly des ordonnances qui en ont esté faictes, non seulement en cette province, mais aussy en celles de noz voisins dont nous imitions les espèces, ou dont ils imitoient les nostres. Et puis comparer le tout avec les pièces mesmes dont vous sçavez que j'ay un grand nombre et une grande diversité qui pourra donner grande lumière aux observations de M*" Jusberty, comme les siennes pourront faire à ce que j'en ay assemblé. C'est pourquoy il lu y fault donner courage de ne pas demeurer en si beau chemin^, et cependant je luy escripts un mot à Tadvance que vous luy pourrez rendre et l'asseurer que je

* Fauris de Saint -Vincens (page 7 du recueil déjà plusieurs fois cite) a remplacé exactesse par exactitude et a supprime tout ce qui précède la phrase qui commence ainsi : Vous m'avez bienfait venir la salive en bouche,

* Voici comment Fauris de Saint- Vincens transforme et dénature ce passage (p. 8) :

(rEt s'il peut faire une incursion sur les monnoyes ou médailles de Marseille , il marchera en beau chemin , quoique non encore bien battu. Cette rivale de Rome et fille de la Grèce, Marseille, poussoit dans un temps bien avant lart du dessin et des arts. 9) F. de Saint-Vincens a supprimé tout le reste du paragraphe.

A B. BORRILLY.

suis bien acquis à luy et aux siens, et qu'il m'employe librement si je le puis servir. Je regrette bien la perte du pauvre M' le Présidant Aymar \ pour l'amour principalement de Madame la Présidante sa femme, qui meritoit plus de bonheur que cela^, et pour l'amour du public et de la compagnie, laquelle y perdra beaucoup. Car c'estoit un trez honneste homme et qui commençoit à faire honneur au pais. Il sembloit avoir de la santé et de l'embonpoint pour enterrer bien du monde. Ce doivent bien estre de grands advertissemenLs à ceux qui sont plus infirmes et plus incommodez de leur santé qu'il n'a voit jamais esté. Il fauldra vouloir ce qu'il plairra à Dieu.

Si j'eusse eu de la graine que vous me demandiez du laurier rose blanc pour Madame de S* Jean ma cousine, je n'aurois pas manqué de vous en envoyer, mais vous sçavez que l'année passée nous la laissasmes perdre par inadvertance, le vent l'ayant emportée en deux ou trois jours, tant elle est légère, sans que nous fussions apperceus de sa maturité^. Cette année elle n'a pu mourir surprinse du froid anticipé, mais il y a encores quelques gousses sur l'arbre, qui pourroient meurir si le temps se r'addoucit, auquel cas vous en aurez incontinant; mais vous pouvez asseurer Madame de S* Jean que j'en veux faire anter sur du laurier rose rouge, et que si tost que j'en auray faict race je luy en donneray ce qu'elle vouidra, estant tout desvoûé à son service et de toute sa maison *, et sur ce je demeureray.

Monsieur,

vostre bien humble et obligé serviteur,

DE Peiresc.

A fieaagentier, ce ai janvier i63i.

^ Il s'agit ici de François d* Aymar, baron de Château-Renard, sieur de Sainte-Catherine , etc. , président en la Cour des comptes , frère d'Honoré d'Aymar, sieur de Montsailon» pr^ident à mortier au parlement d'Aix.

* Anne d'Aibi, dame de Brès, ^ Voici ce que devient cette phrase dans Tëdition cwrigie de F. de Sainl-Vincens

(p. 8) : ffVous sçavez que j'ay pris à singulier gré le laurier rose, blanc, double et triple; il vient ici à merveille comme je Tay expérimenté cet esté dernier; la graine en est si légère que le vent me Ta presque toute emportée sans que nous [nous] fussions apperçus de sa naturalité (»tc).»

* Ces dernières lignes ont été supprimées

LETTRES DE PBIRESC

Voue pourrez dire « M*" Jusberty, qu'au mariage que vous m'avez envoyé de Delpiiine Gasliuel avec Jean de TËvesque, son frère Gas- {lard Gastinel luy consiitua uneidot certaine pour touts droi^ts, et spécialement fit comprendre les légats que luy avoient faict Jean Ga^ tiiicl et Madeleine ses père et mère, de sorte que les testaments de Fun ou de l'autre pourroient esclaircir ce que nous demandions de la lainilie de. celte Madeleine si ils se trouvent chez les notaires ^

À MONSIEUR, MONSIEUR BORRILLY,

SECRETAIRE ORDINAIRE DR LA GHAMRRE DU ROY

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