‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 30 sur 34 · BB · texte numérisé non relu

BB

À PEIRESC

Monsieur,

Par celle que je vous escrivys il y a cinq ou six jours j'en demeuray,

si j'ay bonne mémoire, sur ce que je vouloys dire que la disposition des

montaignes qui ont quelque notable longueur n'est point toujours du

Levant au Couchant. Du lieu dont je vous escrys cecy j'en ay une tout

^ Bibliothèque d'Ingoimbert, à CarpentraB. Collection Peiresc , registre LX , t. H , foi. 7*1 1 . Copie.

/i96 LETTRES DE PEIRESC [1635]

devant mes yeulx, qui va plustost du Midy au Septentrion. C'est la montaigne des Dourbes qui est coupée du costé du Couchant, et a son talu du costé du Levant. Elle en a au derrière une aultre encore plus liauite disposée de inesme du Midy au Septentrion avec talu de part et d'aultre, mais plus du costé de Levant qui est vers Thoramme , la basse \ que du costé du Couchant qui est vers Blegiers^. J'en ay encores veu d autres en divers sens, mais cela n'empesche pas que la plus grande partie de celles que j'ay veues ne soient disposées comme vous laviez pensé.

Au reste entre les deux montaignes dont je vous ay faict mention, j'ay remarqué un vallon où l'on recognoit manifestement l'ouverture d'un rocher qui le traverse avoir esté faicte par la violence de l'eau, qui l'a miné peu à peu, et ea la suitte de plusieurs siècles. J'ay remarqué la mesme chose en un vallon qui est par deçà, et au dessus de Drais^ et encore en plusieurs aultres lieux, ce qui me confirme d'aultant plus en la créance que les ouvertures des rochers de S* Marc*, de Chante Perdrix ^, de Sisteron et aultres semblables pourroient bien avoir esté faictes par le cours des rivières qui travailloient à les creuser depuis un si grand nombre d'années.

Cecy me faict souvenir de vous dire que j'ay recouvré et désiré vous envoyer trois ou quatre coquilles pétrifiées , qui à mon advis vous seront agréables, parce qu'elles servent à justifier l'opinion que vous avez que telles pierres ont esté autresfoys des véritables coquilles, soit marines, soit aultres. C'est pour la difierance qui y paroist, à tout le moins en deux , de la matière petrifiable dont elles ont esté remplies

^ Thorame-Basse est une commune du canton de Colmars, à 17 kilomètres de cette ville, à 36 de Gastellane et à 60 de Digne, selon le chanoine Feraud ( HUioire et géographie des Baues-AlpeSy p. 979).

' Divers , sur la rive droite de la Bi^ne , est une commune du canton de La Javie, k 7 kiloniètreB de cette ville et è 9 9 de Digne (/. ciV., p. 197).

^ Aujourd'huiDraix, commune du canton de La Javie, à 10 kilomètres de cette ville et à i3 de Digne (/. cit,, p. 199).

^ B s'agit ici de Saint-Marc-la-Morée, . dans ia banlieue d' Aix , où TArc passe à travers une gorge des plus ëtroites.

' Chante-Perdrix est la trouée faite par la Durance aux rochers qui formaient ia due de Mirabeau, aujourd'hui percée.

dans celle qui semble lui avoir esté naturelle , estant Tune blanche , et lautre noirastre; elles ont esté trouvées icy en la mesme pièce de Mons' Taxil où se trouvent cez pierres estoilées dont je vous ay autrefoys envoyé et porté assez bon nombre de toute grandeur ^

Pour la fontaine de Golmars dont je m*estois réservé de vous dire quelque chose, je ne fus pas plustost arrivé à la ville, Tavant-veille de l'Ascension, sur les onze heures du matin, que je m'allay faire monstrer le lieu, tandis qu'aussi bien il falloit qu'on m'apportast à diner. Elle est en une pente et face de montaigne qui regarde assez précisément vers le Midy, et a au pied la rivière de Yerdon avec la ville de i'aultre costé. On l'appelle Font Levant. Je ne sçay si c'est parce que son cours estant en biais semble venir du costé du Levant, ou parce qu'elle se lève et croist si souvent et par des reprises dont il est bien malaisé de deviner la cause.

Il y eust en la compagnie un bon vieillard de notaire qui dit qu'il la falloit appeler font beuvant, parce que l'eâu en effect en est trez agréable au goust , et j'en voulus faire apporter pour en boire à mon disner. Par paranthese ce notaire est un homme qui mérite que vous en cognoissiez le nom. C'est un Mons*^ Gaultier qui, bien que desja octogénaire, est encore d'une merveilleuse vigueur, car il grimpoit encore par ses montaignes aussy véritablement que moy. Mais ce n'est pas là ce qui le rend recommandable : c'est l'extrême curiosité qu'il a d'apprendre toutes choses et de les mettre par escript. Gomme il est enclavé^ dans ses mon* taignes, et n'a point de correspondance au dehors, il ne peut pas tenir registre de beaucoup de choses estrangeres , mais à tout le moins pour ce qui regarde sa ville, il n'est rien arrivé de considérable depuis cinquante ans qu'il ne l'ait mis sur le papier^, et pensez*vous, me dirent quelques-uns , vous ne serez pas plustost sorty d'icy qu'il s'en ira escripre

^ Ces pierres ëtoilëes ne sont autre choee ' Gassendi a pris ici le mot enelaoé au

que i'â^ant Pentacrinus Tubereulatut , sur sens propre à'enehui, comme devait le faire

lequel M. Ed.-F. Honnorat a publié ua mé- quelques années plus tard Boileau, dans le

moire spécial (Digne, i883, in-8*). C'est chant III du Lutria. avec ce fossile que les bijoutiers dignois ' Je disais dans une note des Impreaious

créent de ravissants bijous. de voyage de P. Gaesendi (p. -ji) an sujet

rapMiacHic aâTiosAu.

an LETTRES DE PEIRESC [1635]

comme quoy vous y avez esté un tel jour, et dit telle et tdle chose* Parce qu il m avoit ténu si bonne compagnie » je vouleus avant que de partir Taller voir dans sa maison et me faire monstrer ses registres, mais ce qui est plus admirable en luy, c'est la mémoire dont, en dis* courant, il cotte les dattes de toute les principaulx evenementz. Je vous âsseure que si en chaque ville il y avoît tousjours un homme de pareille valeur, il ne seroit pas malaisé de faire de bonnes histoires^.

Pour revenir à la fontaine, .elle sort en biais, ainsi que j ay dict, à travers une petite ouverture de rocher, ayant neantmoins son lict meslé d'un peu de sable et gravier noirastre de la mesme nature que sont la terré comme les pierres ou rochers de la montaigne. Quand j'y arrivay, il n'estoit guiere plus d'un demi quart après onze heures. Ceux qui m'y conduisirent me dirent que l'eau venoit de verser, parce qu ilz la re* cogneurent à son decroissement. Gomme il passoit onze heures et demie, ces gentz s'estonnoient bien fort de quoy elle tardoit tant de revenir et conmiençoient desja à faire des comptes (mc) , qu'autrefoys Mons' Pelissier de BoUogné^ disoit d'y avoir esté par un grand froid durant plus de deux heures sans qu'il eust eu le moyen de la voir couler. Enfin à onze heures et demi précisément cette eau vinst et revinst, un accroissement fort prompt jusques à environ la grosseur de mon bras et après descreust d'abord assez sensiblement, mais en suitte fort insensiblement jusques à ce qu'il n'en coula plus qu'environ la grosseur de mon petit doigt. Elle creust après et descreust dé nïesme pour la deuxiesme foys, et après pour la troisiesme, et après pour là

de ce chroniqueur si zëlë et si scrapalenx : pestre que dans le reste de la France,

irli serait curieux de savoir si Voa à cou- * De la remarque qui couronne cette

serve dans sou pays natal quelque souvenir charmante petite anecdote, je n^procherai

de sa personne et de sa famille, surtout cette phrase de Bernard Palissy (édition

quelque fragment de son joumdl.» Per- Cap, p. 99): «rPour mieux descrire la ve-

sonne, dans le département des Basses- rite, je trouverois bon qu'en chacune ville,

Alpes, où Ton compte' tant de bons tra- il y eust personnes députées pour escrire

vailieurs, oik je compte tant de bons fidèlement les actes qui ont esté faits. ••>

amis, n*a pu répondre à mon appel, ' Nous avons rencontré plus hatit le itom

et le notaire Gaultier et son registre sont de ce chanoine de Digne, ancien adversaire

aussi inconnus en toute la Provence Al- de Gassendi.

quatriesme jusques à ce que ma monstre estant sur le midy, Teau recommencea de couler pour la cinquiesme foys, et moy je pensay d'en prendre et en aller mesler avec du vin. Aussy tost que j*eus disné, je me desrobay avec mon bénéficié et un valet pour retourner sur le lieu afin de considérer mieux toutes choses, desbarrassé de la compagnie que j'y avois auparavant. J'y arrivay sur une heure et demie tandis que l'eau estoit sur la fin de son descroissement, et me randis attantif pour recognoistre le moment auquel commenceroit de croistre. D'abord que je la recogneus, je me mis à compter les battements de mon poux et n'en eus pas compté i!i5, qu'elle eust creu jusques au plus haut en telle sorte que, comptant la 50°*% je commençay d'en recognoistre le sensible descroissement. Continuant après, j'en comptay jusques à 960 avant que l'eau retournast et refey après la mesnie expérience jusques à huict foys, c'est-à-dire jusques à deux heures et demie ou un peu davantage, mais les intervalles ne furent pas tousjours précisément esgaux, car tantost je comptay 900 battements,* fantost 800, tantost 700, tantost plus, tantost moins 9 mais jamais moins de 700. La quantité de l'eau aussy me sembloit tantost un peu plus grande, tantost un peu moindre et plus grande quand elle mettoit plus de temps à revenir.

On m'a dit qu on avoit observé que sur le printemps elle couloit et plus souvent et plus abondamment qu'en autre saison, mais pour la différence du temps sec et du tenïps humide , personne ne m'en sceut rien dire. Bien me dit-on qu'il y avoit encore au terroir de Golmars une autre fontaine qu'on appelle la fontaine S^ Jean qui par son abondance marque la sécheresse et stérilité de l'année, aussy bien que ne coulant que peu. ou point elle en marque l'humidité et l'abondance* À propos de quôy j'ay appris depuis mon retour en cette ville qu'il y a une source aux Mees^ qu'on appelle le Tapoulet (si toulesfoys j'ay bonne mémoire) qui demure quelquefoys les deux ou troys ans de couler et après déborde parfoys si furieusement qu'elle noyé toute la

' Gbrf4ieti de canton de l'arrondissement de Digne, sur la rive gauche de la Durance, à a 5 kilomètres de Digne. Les Sorgves de Montfort, près des Mëes, sont dans le cas du Tapoulet;

500 LETTRES DE PEIRBSC [1635]

plaine, et qui plus est Ton m'asseure quon a observé quelle ne coule jamais qu'elle ne marque la stérilité de Tannée, en sorte que parce qu'elle coule maintenant. Ton a assez mauvaise opinion de la saison à la récolte prochaine.

Pour retourner encore une foys à mes moutons S comme je demanday si cette fontaine de Golmars ne decroissoit point quelquesfoys en telle façon que son petit lit tarit tout à faict, quelques-uns me respondirent qu ouy ou pour le moins qu'ils avoient veu qu'à grand peine y demuroit il quelque goutte ou petite humidité. Quand j'eus vea que, comme avant le disner, cette fontaine avoit coulé quatre foys dans une demie heure, ainsy après dans une heure elle en avoit coulé huict, je commençay de doubter si je ne m'estois point trompé aussy bien que toute la compagnie en l'intervalle de nostre abord , et aurois créa de l'avoir esté, si je n'eusse point eu regardé à ma montre. Quoy qu'il en soit, je fus bien fasché que partie l'appréhension de la pluye, qui me menaçoit de fort près, partie la nécessité de faire encore deux grandes lieues à ce jour là pour pouvoir me rendre icy le lendemain, veille de l'Ascension , à midy, m'obligeoit à quitter les spéculations de cette fontaine, pour ne pas dire qu'estant de retour à la ville, j'y estois attendu par le bon notaire' pour m'aller monstrer tant les restes d'une Eglise qu'on avoit commencé de bastir depuis l'an 1637 et que Monsieur le Grand Prieur avoit faict démolir afin qu'elle ne peut point sei*vir de forteresse, que le toict entièrement abbaltu de leur nouvdle Eglise dans la ville par la pesanteur de la neige qui y estoit tombée au mois de février dernier. Mais je me reservay, si je passoys l'esté en ce pays cy, de faire encore un voyage de huict jours en ces quartiers là pour observer mieux toutes choses.

/ LVmploi de cette gaie ioculion prover- à Liiillier, du 5 avril 1 63g, inscrite sous le

biole montre une fois de plus que Gassendi n* I dans TAppendice des ImpnukmM de

apportait dans sa correspondance la bonne vw^e de P. Gautnài, p. 96. humeur qui, selon ses biographes, dtait un ' Ck)mment Bougerel a-t-il laisse de e6lé

des grands agréments de sa société. On tout ce qui est relatif à ce ion noimret Ne

trouve un nouvel exemple de cette bonne devait-il pas une mention honorable au ct-

huroeur dans les premières lignes de la lellre cerone de son béros?

Il me resteroit de vous dire quelque chose touchant mes foibles conjectures de la cause de ces reprises et accroissements merveilleux ^ mais voicy Mons' Robert qui, au lieu d'attendre départir après disner, comme il m'avoit faict espérer, se trouve pressé de partir tout à l'heure mesme, et ainsy m'empesche de vous pouvoir dire autre chose. J'avoys faict dessein particulièrement de vous faire sçavoir comme quoy il n'y avoit point eu d'hyperbole en mon faict quand je vous avois dict que l'eau de Moriez estoit plus salée cinq ou six foys que celle de la mer, parce qu'en effect elle l'est dix ou douze foys dadvantage, voire qu'elle est salée autant qu'eau le peut estre, ainsy que j'ay desja expérimenté. Mais ce sera pour une autre foys, n'ayant pas mesmes loysir d'escrire wï mot à Monsieur Luiliier; je vous supplie d*y suppléer par Tenvoy de la présente et me conserver cependant tousjours l'honneur de vos bonnes grâces comme estant tousjours.

Monsieur,

vostre etc. ,

Gassbimd.

De Digne, ce xxv de may au matin i6xxkv'.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI

DOCTEUR BII S^ THEOLOGIE, PREVOST DE L'EGLISE GATHEDR/ILE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Vous aurez vostre pacquet ordinaire de M' Luiliier et ce peu d'observations que Garrat a peu faire durant troys soirées de vostre Mercure, avec beaucoup de regret que ce n'ayt esté en vostre présence, puisqu'il a anticipé de plus de sept ou huict jours sa comparution, eu esgard au temps qrie le bon homme Kepler le faisoit attendre. Mais il

' Bougerel rappelle (p. iSy) qae «Cas- * Bibliothèque dlngoimbert, k Garpen-

seodi a pins tard expliqué tous ces phéno- iras. CoHedion Peiresc, registre LX, t. H, mènes dans sa PAyMfiie, « fol. ii-i3. Copie.

n'a peu en prendre les dimensions, avec plus d'une Gxe, non sans une grande inorti6cation. Il faudra voir s'il ne sera poinct plus heureux à l'advenir.

Au reste j'ay receu par l'ordinaire une lettre du bon homme Galilée, qui a prins en fort bonne part les petits offices que je luy ay rendus auprez de l'Ëm^^ cardinal Barberin, bien qu'il n'en attende pas grand eflfect. Si mon homme eust transcriptsa lettre, comme je le luy avoys ordonné, vous en auriez maintenant la coppie, car j'ay envie d'envoyer l'original ouvert à M' de Rossi et à W Deodati demain, Dieu aydant. Le bon père Campanella m'escript aussy qu'il a eu brevet du Roy, et touché doo libvres par moys, et que son frère et son neveu ont abandonné leurs maisons pour se réfugier à Rome, aprez quon leur a saisy et ravagé leurs maisons , et que les nonces Mazzarini et Bologneti luy ont faict des compliments de la part du Pape, et asseuré U continuation de ses appointements de Rome, pourveu qu'il n'imprime rien à leur desceu, à quoy il s'est engagé.

Le s' de la Perrière est party, et nous a faict voir i'effect de l'or fulminant, ou pettant, que nous avons trouvé bien beau. Mais je pense que vous l'aviez desja veu dans vostre cours de chymie^ Il nous dict qu'il avoit attendu 3 moys durant à Rayonne la pesche de quelque balene, et qu'il la manqua, mais il m'envoya dire aprez son départ ce qu'il avoit oublié d'adjouster qu'on luy envoya rua des ieulx qui n'estoit gueres plus gros que celuy d'un bœuf, bieii que la beste fust fort grosse, et que le seul aisleron ne pouvoit eatre trainé que par une paire de bœufs ou deux. C'est un trez galant homme, et je croys qu'il passera l'esté quelque part en Italie, poiir aller aprez faire une pérégrination d'importance en Sicile, et y faire desterrer des Géants, s'il peult. Il ira voir les metailophites d'Aqua sparta, et je demeure,

vostre, etc.,

IMI PBIBBSCt À Ail, ee 96 may i683 ^

^ Bibliolhèqaenatioiude, fonds français, 19779, fd. iSg. Aatograpbe.

(A cette lettre sont annexés les bUlets que voici :)

De Paris, ce 16 mars i635.

Vous aurez sceu qu'enfin M' de Bellievre partyt d'icy le 2 a* pour son ambassade d'Italie où il va en diligence, son train s'estant advancé jusques à Lyon pour l'y attendre. Monsieur est venu fort à l'impourveu en ceste ville en poste sur le point que M' Bouthillier estoit prest de l'aller trouver à Blois. Il est au prez du Roy à Chantilly où se sont rendus tous les grands de la cour pour voir danser le ballet de la Merlaison. M' le Cardinal est à son Abbaye de Reaulmont.

De Lyon , ce 9 1 mars.

Monsieur de Bellievre arriva lundy en ceste ville et prend le chemin de Grenoble pour son Ambassade extraordinaire à Venise et à d'aulires princes et potentats d'Ilalie et M' le Présidant Melian partit samedy dernier de ceste ville pour son Ambassade ordinaire aux Suisses.

Monsieur, Ce billel ne sera que pour accompagner la coppie de lettre de M' 6alilei, que Monsieur m'a commandé de faire s'en allant au Palais, qui a esté achevée à temps ppur proffitter la commodité que M*^ Besson nous est venu annoncer, comme ce peu de nouvelles qui y seront jointes. Je voudrois estre assez heureux pour vous tesmoigner le ressentiment des obligations que je vous ay par ces services que je vous ay voué depuis que j'ay l'honneur de vostre congnoissance. C'est à vous à commander avec l'absolu pouvoir que vous vous estes acquis,

Monsieur, sur

vostre très humble et très obéissant serviteur,

Parbot^

Ce 96 mars i635.

' Ce PaiTot (François) était le secrétaire i636 , comme en 1687, année de sa mort,

de Peiresc, et ce litre lui est donné dans ie Peircsc avait à son service Corberan, Garrat

testament de son mattre (p. 3i). Gassendi (appelé souvent A^rat, comme nous l'avons

(au livre VI de la Vk de Peiresc, p. ^47) dit ici) et ParroL rappelle fidmimiu paiietiiiinnnuque. En '

LETTRES DE PEIRESG

cxvni

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI

DOCTEUR EN 8^ THEOLOGIE, PBEVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Je vous félicite le beau voyage par des lieux où il y avoit tant de belles choses à voir, et vous remercie trez humblement de la communication qu il vous a pieu me faire de tant de rares observations que vous y avez faictes, et particulièrement de celle de Tiris de Sillans que j'ay trouvée trez belle, et que je n ay encores peu faire voir au s"" Guyon pour mieux voir si , en aultre temps et à aultre heure , il n'a voit pas peu voir ce qu'il nous avoit dict. Marry que vous ayiez esté si pressé que vous n ayiez peu donner jusques à celle dés Arcs, oik la plus grande quantité d'eau de la cheutte de la rivière d'Argens exposée au Levant, comme on dict, pouvoit faire quelque aultre effectS et jusques aux montagnes de Peiresc

^ Pour aller de la cascade de Bresqae, près SillaDS, h celle de TArgeiis, voisine des Arcs, Gassendi n'aurait eu qu*à suivre le fil de Teaa; car la Bresqae est la principale des petites rivières dont la réunion constitue le fleuve d*Argens. Ce fleuve minuscule, dont le nom {AnuUs ArgetUeus) indique la merveilleuse limpidité, se jette dans le golfe de Fréjus. 11 a eu Thonneur d'être mentionné dans une lettre de Lépide à Cicéron {Epist, , lib. X). Il n'a de commun que le nom avec la commune d'Argens, érigée en marquisat en 179s , et h quiTauteur des Lettrée jvives a fait une notoriété européenne. Cette commune, voisine de la terre non moins historique de Peiresc, appartient au bassin du Verdon, affluent de la Durance.

La cascade des Arcs est moios bruyante, au moins chez nos géographes provençaux,

que celle de Sillans. Je n'en trouve guère la mention que dans les Lettrée de Zai enr la Provence, par E. Garcin (Draguignan, i8&i,U, 996):

ffMe voici de nouveau sur le bord du fleuve d'Aigens, mais au quartier i^Entrmgoê, h Saint-Michel-flOus-terre. . . Près de la chapelle de Saint-Michel , Argens se précipite dans des goufEnes profonds; l'eau disparaît entièrement, pour sortir avec grand bruit ë une certaine distance. «

Et c'est tout. On remarquera pourtant, dans ces quelques lignes, une particularité linguistique digne d'être soulignée. Le peuple de Provence a gardé, en plus d'un endroit, l'habitude païenne de traiter les rivières et les montagnes comme des êtres animés : Argens, Lar, Calavon, Lure, Vancluse et non f Argens, le Galavon. la Lare,

dont vous avez passé si prez^ Mais ce fut nostre faulte de vous avoir trop retenu icy inutilement. Vos observations des fontaines salées en si grand nombre ne seront pas moings bonnes en leur temps quand vous aurez le loisir de les rédiger par escript, et celles des allignements des montagnes du Levant au Ponant, et de leur tallu vers la pente du Septentrion, moings précipité qu'en celle du Midy, ausvsi bien que des couches de rocher biaizantes et penchantes du Midy au Septentrion, quelques exceptions que vous y ayiez rencontré, dont le destàil seroit tousjours trez bon à sçavoir si vous en avez retenu aulcune mémoire. J'eus vostre lettre mardy un peu trop tard pour la pouvoir lisre avant que clorre la despesche de Paris dont je fis excuse à M** Luillier en lu y envoyant la lettre que luy escriviez, et attendant le prochain. Cependant M*" le Prieur de la Valette et M' Guyon la pourront voir.

J ay receu par ce dernier ordinaire d'hier et par celuy de Rome et par le précédant de Paris des lettres à vous communiquer tant du Galilée qu'àultres, où vous prendrez bien du plaisir, je m'asseure, mais pour en faire part encores à M' le Prieur de la Valette, vous excuserez, s'il vous plaict, si ce n'est à ce coup cy. Ayant eu responce du P. Sylvestre assez ample et de M' Rubens ^concernant cette machine où l'on advoûe l'aymant estre le principal ingrediant.

Au reste j'ay faictanatomiser les yeulx d'un monstre marin de 48 pans de long et de 2 0 de large et de 6 o ou 8 o quintaulx, qui n'estoient pourtant guieres plus gros que ceux d'un gros ton. Il y avoit du plaisir d'y présenter un flambeau allumé qui se peignoit au fonds du miroir concave, pour remédier à la petitesse de l'object d'une chandelle. M"* le Prieur de la Valette y fut. L'animal ressembloit quasi au Phocas ou veau marin.

M' Ruffe est de retour et avoit apporté troys grosses pièces d'ambre

la Vaucluse. Aryens a débordé, Calavan ent Baêêesr Alpes , p. ayo), une caverne d'où

à <fc^ etc. (ComrounicatioD de M, Lëon de il sort le soir, au coucher du soleil , un vent

Beriuc Perussis.) froid qui va augmentant jusqu'à minuit et

^ rrOn trouve dans cette commune, dit cess a lever du soleil. ^ Tabbd Feraud {Histoire et biographie des

ir. 6&

Mil

gris qu€ nous rompismes hier pour voir les diverses couches ou veines qui y paroissoient, et trouvasmes je ne sçay combien de fragments des croustes et escailles de certains animaulx quasi comme escrevices noires, mais si tenues et déliées, quoyque bien gi*osses, que je les jugeroys piustost de gros scorpions ou des tans ou aultres grosses mouches et insectes soubsterraines pour y avoir peu estre prins et engagez en la forme des moucherons de l'ambre jaulne. Car si c'estoient des excréments de poisson, comme dabbord i] m'avoit semblé, je n estime pas que des moucherons si tenues fussent indigestibles à des bestes cappables de faire de si gros pelottons d'excremenls ; et puis cette matière est si grasse qu'en la touchant d'un fer chauld elle se fond comme cire. Je n'estime pas que ce soit une observation à négliger pour la notice de cette drogue là si précieuse. J'en ay conservé des fragments qui ressemblent fort à des cheles ^ d'escrevice ou de gros scorpions, et mesmes à des aislerons de moucherons noirs. Je finis de peur de perdre la commodité qui se présente dans ce temps des festes et demeure tousjours ,

Monsieur,

vostre, etc.

DE Pbirbsg.

À Aix, ce 36 may i635.

M' Deodati vous supplie de ne pas publier la lettre de M*" Schikard pour ce qui touche le s' Morin. fen ay enfin retenu une coppie que je feray voir à M' le Prieur de la Valette pour ne pas retarder vostre participation^.

* Oq lit distinctement le mot cheles; pas être rapproche des aiskrtms de mou-

comme ce mot est incompréhensible, je me cherone à la On de la phrase, demande s'il ne faut pas lire aisles et si, * Bibliothèque nationale, fonds français,

dans la pensëe de Peiresc, ce mot ne doit 19773, fol. ii3. Autographe.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,

DOCTEUR BN S^ THiOLOGIB ET PREVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE ,

À DIGNE

Monsieur, Vostre dernière lettre arriva asse^ à temps pour passer à Paris par l'ordinaire avec la précédante ez mains de M' Luillier qui sera bien aise , je m'asseure , de voir toute vostre pérégrination , et les belles observations que vous y avez faictes. Je viens d'en recevoyr un petit pacquet pour vous et une lettre à moy que j'ay creu vous debvoir envoyer à cause de l'espérance qu'il nous donne de vous venir prendre en ce pais en octobre, si vous y estes encore, ce qui nous seroit un grand heur et aussy advantageux qu'inespéré. J'ay |rar mesme moyen receu une lettre du père Gampanella que j'ay creu vous debvoir pareillement envoyer, parce que c'est sur une plainte que j'avoys faicte à M' Deodati de ce qu'on m'a voit mandé qu'il parloit assez indiscrètement de vostre philosophie, dont j'avoys eu quelque mot aùltresfbys du s'Bourdelot, et puis une recharge du pero Mercene, qui me piqua et extorqua de moy une lettre audict s' Deodati que je ne suis pas marry qu'il aye monstrée audict père Gampanella, où je luy lavoys la teste comme il falloit, et croy bien qu'il sera plus sage à l'ad venir. Vous verrez l'escbappatoire qu'il prend à distinguer et restraindre ses contradictions à la seule persone d'Epicure, pour en séparer la vostre; mais je luy repliqueray bien encores ce qu'il fault, et veux croire que ce n'aura pas esté inutilement que je l'auray faict lever à ce coup; j'ay veu icy un de ses compagnons revenu de Rome, qui en a rapporté une grosse caisse de livres qui est à Marseille chez M' de Gastines. Je me suis voulu enquérir quelle sorte de livres ce sont, et ay esté ravy de voir que cen'estoit quasi que la somme de S^ Thomas commantée avec quoy cez gents là se font tenir à quattre. Je n'ay poinct encore faict responce au s' Galilée, ne au père Sylvestre, et me suis résolu d'attendre l'ordi-

naire de Rome qui pourra venir dans 1 5"* pour voir ce que nous en pourrons apprendre de plus. Cependant le bon M' Dormalius pourroit arriver, car M' du Puy me mande qu'il estoit à Paris, et luy avoit demandé une lettre pour moy. 11 nous parlera de visu de la machine du P. Linus\ et nous le pourrons enquérir de beaucoup de choses, et si vous ne pouvez donner jusques icy pour en prendre vostre paii, comme je tascheray de l'arresler quelques jours, mandez nous sur quoy vous vouldriez que je le fisse parler pour ce regard ou aultre. Je ne suis en peine que des bruicts de ces navires de guerre d'Espagne qui sont en nostre coste, et crains que cela ne luy fasse prendre aultre routte, ce qui me seroit d'une bien grande mortification, à présent que je m'y suis attendu. Je vous envoyé donques tout ce que m'en ont escript le s*" Deodati, sur la relation du s*" Gallei liegeoys^, le s' Rubens, le père Silve^tre et le s' Galilée. Je vous envoyé aussy la lettre du s' de la Ferriere, où vous verrez ce ^'il a apprins des Géants de Sicile*, par une lettre de Vincenzo Mirabella, tesmoing occulaire que le s^Menestrier m'a nommé, adjoustant qu'il m'en apportoit la coppie, et des morceaux de ce boys pétrifié plus ou moings, ce qui me faict croire que le dict s' de la Ferriere aura envie de revenir avant les chaleurs.

Vous aurez desja veu la lettre du sieur Schikard au s"" Deodati, où il cotte précisément le poinct de son observation déjà dernière ecdipse de lune du i3 mars à 8 h. 53 m., et M' le Prieur de la Valette m'a baillé le calcul qu'il a prins de la vostre à 8 h. 6 â m. i/a en prenant tout le coramancement et la dernière fin pour en déterminer le milieu plustost que le commancement et fin de sa totale obscurité, où il y auroyt quelques minutes à dire. Je vouldroys bien que m'eussiez jnandé précisément le choix que vous en avez faict, et à quel poinct

^ Voir SOT le P. Liny et sur sa machine être si curieuse. Du reste , comme je crois

le recueil Peiresc-Dupuy. 1 avoir déjà fait remarquer, presque toutes

* Voir sur le mathématicien Gallé (Jean) les lettres du docteur Jacques de la F^ère

les Notes pour servir à l'histoire des mathi- h Peiresc ont été perdues et je n'ai pu en

mattques dans l'ancien pays de Liège , par retrouver qu*ane seule qui va paraître dans

C. Le Paige, Liège, 1 890 , p. ^8-59. un recueil de lettres inédites de quelques ém-

' Nous n'avons pas cette lettre qui devait pains et savants de VAgenak,

vous Taymez mieux establir à vostre compte pour juger de la differance de vostre observation avec celle de M' Schikard et vous prie de m'envoyer par mesme moyen son calcul et le vostre pour la précédante ecclipsc, afm que je voye aussi' quelle differance il y peult avoir, et quelle conformité de proportions qu'il y a d'une ecclipse à l'aultre, car je vouldroys bien vous en dire un jour mes conjectures, et possible en escrire un mot au s' Scbikard, avant qu'il se mette en parque de rembarrer, comme il dict.

Au r^ste j'ay faict de nouvelles observations dans mes yeulx aussy merveilleuses que pas une des précédantes, par l'impression des images retenues et par le changement successif des couleurs d'icelles tant au clair qu'au brun, avec des vicissitudes admirables, de jaulne paillé au jaulne doré, du doré au rouge, du rouge au pourpre. Je fus interrompu quelque moment de temps par importunité de compagnie survenue, puis je me trouvay dans le verd gay, qui redevmt verd de mer ou verd grisastre, et en6n se desteignit en mourant et anéantissant, ayant tousjours conservé la figure et les contours de l'image, et par disgrâce j'ay esté si assassiné d'occupations depuis lors que je n'ay peu me remettre à faire une pareille investigation. Bien ay je observé par hazard dans cez bouteilles pleines d'eau des effetz grandement remarquables , et cappables d'ouvrir le chemin à quelque chose de plus que ce que nous avions. Mais il fauldroit bien du discours pour le faire comprendre sans le voir à l'œuil. Si faudra t'il pourtant le rédiger par escript tost ou tard. Cependant en vous remerciant de la participation de vostre itinéraire, bien niarry de ne pouvoir y rqspondre par chefs à cette heure, je demeureray.

Monsieur,

vostre, etc.

DE Peiresc.

A Aix, ce 9 juin i635.

Vous aurez sceu la bonne nouvelle de la deffaitte des troupes du Prince Thomas.

Garrat n'a peu observer vostre Mercure qu aujourd*huy, car Taultre jour il s'estoit mesprins, et a voit prias marte pour reuard par la rencontre de Tœuil du Taureau ^

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, PREVOST DE L'EGLISE CATHEDRàLK DE DIGNE,

4 DIGNE

Monsieur, J ay receu la vostre du 3 o du passé avec celle pour M' Lhuillier que je luy envoyeray par l'ordinaire. Je vous envoyay hier par un muUetier un paquet qu'un honneste homme, qui m'avoit faict escrire, oublia de venir prendre comme il avoit promis. Vous trouverez afforce lettres des amys. J'oubliay de vous dire que j'avoys parlé par occasion à M' de S* Marc, et luy avoys faict advouer que le voyage de M*" son fila à Paris ne pouvoit pas estre faict plus à contre*temps -qu'en esté durant l'absance de la Cour et des plus hoiinestes gents. Il l'avoit quasi achevé de marier ces jours icy avec la fdle de M"^ la Présidante de S* Jean'.

* Bibliothèque nationale, fonds français, 1^773, foi. i^A. Aatogrraplie.

* François Saint-Marc , d'une famille qui n'avait pas d*autre nom patronymique et qu'il ne faut pas confondre avec les seigneurs de Saint-Marc (Pugel, Meyronnet, etc.), d'abord primicier de l'uni versilë d'Aix, en 1 6 1 ^ , fut reçu conseiller au Parlement de Provence le a juin 161 5, mourut à Aix et fut enseveli aux Dominicains le 9& décembre 16/11. Il avait ëpousë en 1610 Madeleine Dedons, fille de Pierre, coseigneur d'Istres, et de Diane Arbaud de Rognac. — Louis Saint-Marc, leur fils atnë, pourvu le 8 juin 1 638 de la charge de son père, fut

reçu ie 8 octobre siûvant, devint doymi en 1691, mourut à Aix , encore en charge , en 1709, le plus ancien officier de Parlement du Royaume , ayant exerce pendant soixante et onze ans. Il était le quatrième conseiller de sa famille de père en fils et avait épousé, en premières noces. Honorée Estienne, petite-GUe de l'illustre président, seignew de Saint-Jean [dont M. Tamizey de Larroque a dit quelque part ignorer les Ste-

phoni D. a S* Joanne de Sa&is deei"

êiones ], fille de feu Gabriel, seigneur

de Montfiiron, président au Parlement, et de Philippe de Roussel, dame de Prunières; cette dernière était héritière de tous les

Mais sur la signature des articles le traité fut rompu ; le dot est de m, 000 libvres. On m'a dict aujourd'huy que cela se renoue. Je n'ay as veu le s'' Gastaigne. Si je le puis voir, je feray Tolfice con bel modo selon l'intention de l'amy, et non aultrement.

Je suis bien marry que voz consuls n'ayent encor effectué leur promesse. Si mon frère esloit icy, je verrois de leur en faire escrire. Mais il est à la suitte de M»' lé Mareschal [de Vitry], qui est party de ToUon pour aller vers Antibe, depuis que les 8 gallions se sont allez loger devant le cap de S* Troppez, de crainte qu'ils ne veuillent entreprendre ailleurs qu'à TouUon, -où les fortifications sont bien achevées à perfection.

J'ay faict voir à Garrat l'honneur qu'il peut se promettre, s'il peuit observer vostre Mercure , lequel il est résolu d'espier avec toute sorte de diligence. Mais le temps a esté fort couvert aujourd'huy, et l'est bien encores. Il est vray que la pluye est communément suivye du mistral qui serene le ciel\ y ayant quelque espérance de l'attrapper encores avant qu'il eschappe, si Dieu plaict, ce qui me tardera bien pour vous induire à escrire au bon homme M' Schikard, à qui je seray bien aise d'escrire aussy. Mais je vouldroys sçavoir la differance précise des calculs de voz observations réciproques des deux dernières ecclipses, pour en tirer Tappuy ou la destruction de mes conjectures.

J'ay depuis receu lettre du P. Kircher du 29 apvril, qui dict avoir trouvé des merveilles dans des aultres autheurs arabes et des cittalions des passages de son Barachias et des origines de sa bonne antiquité incogneûes à ce qui nous reste des autheurs grecs et latins. Son vocabulaire des Gophtes ou au moings son Prodromus sur cette

bien3 de sa famiUe et les porta à charge qnis de Boisgelin, dont je lui suis d'autant

d*en prendre le nom et les armes à ses en- plus reconnaissant qu'il y rëpare un pëchë

fants, qui se filèrent en Dauphinë et y sont d'omission en matière bibliographique de

encore connus de nos jours sons le nom Tëditeur des lettres de Peiresc.) d^Batienne de Prunières. — Louis de Saint- ' Serener le ciel, gracieuse expression

Mare épousa, en deuxièmes noces, Ghré- que nous avons eu le tort de remplacer par

tienne Duchaine et n'eut aucun enftnt de ces rendre eerein, deux femmes. (Communication de M. le mar-

langue là est soubs la presse aux despans du cardinal Barberin. Il me demande une recharge pour avoir un peu plus libre disposition de quelques volumes du Vatican , mais sa lettre n arriva qu un jour aprez le parlement de l'ordinaire de Rome à mon grand regret. Vray est que dezhorsmais les courriers du Roy ayants changé leur routte de ce costé-cy, il y aura plus souvent des moyens d'escrire à Rome. Je ne sçay si je ne vous ay pas dict d avoir receu ce vocabulaire des Kophtes qui a esté six moys sur la mer, et que j'y ay trouvé un chappitre entier des poids et des mesures, où il y a encor quelque chose à apprendre pour cette curiosité. Je l'envoyé à M' Petit pour en prendre vistement ce qu'il pourra, et puis l'envoyer à M' de S&ulmaise. J'ay advis de l'arrivée à Ligonrne d'un navire d'iEgypte qui m'apporte les U Ëvangelistes en deux langues dont l'Arabe est la version de l'aultre, m'imaginant que ce soit en Cophte. L'on m'a dict que les corsaires ont mis en liberté les persones et rendu la barque sur laquelle estoit mon volume des Ëpistres de S^ Pol, et un des passagers qui est venu a recouvré touts ses papiers, et m'a laissé un peu d'espérance qu'il ne soit pas perdu tout à faict, ne par conséquent les aultres deux volumes dont Fun estoit d'astronomie.

L'on me faict Teste d'un grand volume de la Bible en huict colonnes et textes différants. Si c'estoient des Octaples, nous jetterions bien de la pouldre aux ieulx à touts cez bibliothécaires jaloux. J'apprins hier une singularité que j'ay bien voulu vous escrire du costé de Bearn et des Pyrénées qu'au mitan de la ville de Dacs, il y a un petit lac d'eau chaulde qui n'a point de fonds \ lequel poulce de la fumée fort visible

' Sur ce prëlenda lac sans fond , qui Q*est qu une fontaine profonde autant qu'intarissable , voir la description qui en a étë faite par un archéologue gascon du xvi' siècle, André delà Serre, dont j'ai publié une notice intitulée : De la mlk d'Aeqs en GoMoigne et des choses stnguUères et remarquables en ieelle et es Ueux cireonvaisms (à la fin dtt recueil des Documents inédits pour sertir k

l'histoire de la ville de Dax, Paris, i883, in-8% p. 53-6a). C'est à la page 55 qu'André de la Serre qui était tr natif de la ville d'Acqs.n comme il le rappelle fièrement au-dessoQS de sa signature, décrit «la source fort grande et abondante, qu'on void sortir à grands fiotz en divers endroicts, laquelle est si extrêmement profonde, qu'avec tous engins, cordes et bastons, on n*a jamais

toutes les foys qu'il doibt pleuvoir, et non aultrement. L'on m'en a promis quelque observation bien circonstanciée, et de ce trou du hault des Pyrénées, où jettant des pierres, il en sort pareillement des vappeursou fumée suyvies de pluyes, gresle et tonnerres ^ Mais on ma dict des merveilles d'une cheutte d'eaux de toute la rivière du Gabe cappable de porter batteau, qui tombe d'un précipice de plus d'un quart de lieue de hault, tout à plomb ayant fendu ou usé tout le roc pour se faire canal , et respendant par Tair unepetite pluye menue où se void journellement l'arc en ciel, non seulement simple mais double. Car il y en a tousjours un petit qui a les couleurs rangées comme l'iris ordinaire, et puis un grand au dehors qiifi a les couleurs disposées en ordre tout contraire, comme je l'ay veu aultrefoys dans le Ciel. Cette cheutte est aux confins d'Espagne au dessus de Dacs, en un lieu nommé Varieges, auprez duquel il y a des bains chauds assez célèbres. C'est à ti lieues de Bannières^.

Il fauldroit envoyer au bonhomme M' Schikard cez observations là de l'arc en ciel dans cez cheuttes d'eau pour l'y faire un peu resver, et en examiner les dimensions et proportions, si elles sont réglées comme je le croys, et d'où peult venir cette règle si constante, puisqu'elle suit nostre œuil partout, pourquoy le cercle n'en est pas plus ou moings grand, et pourquoy cet aultre double arc est si extraordinairement grand au prix du premier. Je croys que qui seroit en ce lieu de Varieges à divers jours et en diverses saisons , y pourroit bien estudier et esclaircir cette matière. Car cet honneste homme dit que les couleurs y sont si vivemeùt peintes, et le petit cercle si bien formé dans le mitan d'un aultre qui paroit d'immense grandeur au prix de celuy là, que ceux qui ne l'ont jamais veu en sont ravys d'admiration. Mais il dict bien

peu atteindre le fonds, qui est chose de notre pays, le clergë et la magistrature,

esmerveiOable et fort effroyable à voir. 9 brûlaient avec une parfiiite assurance sor-

' Nous sommes ici en plein dans la géo- ciers et sorcières, graphie fantastique et Ton s'étonnerait de ' On a reconnu Bar^|6s et Bagnères. Je

la crédulité de Peiresc si Ton pouvait ou- suppose que la chute d*eau dont on avait

blier que tout le monde était crédule à une parlé à Peiresc n'était autre que la magni-

époque où deux des corps les plus éclairés lique cascade de Gavarnie.

If. 6û

ai»MIIKMC lATIORAU.

qu'il n a jamais veu le cercle entier, ains toosjours esmoussé par eo bas comme quasi lare en ciel. Il est vray qu'il ne la jamais regardé de hault en bas. II confirme Tallignement des montagnes du Levant en Ponant pour la suitte de leur longueur fort généralement, et m'a promis d observer en quel sens vont les couches des rocs, et s'il y paroit de l'esmousseure plus d'un costé que d aultre. J'oublioys de vous dire que M' Gailhard m'a apporté la pierre flottante du bon P. Mercene^ dont nous fait aujourà'huy la preuve qui est trez belle à voir. EU'est de couleur roussastre comme la rouille du fer, et semUe de cou* sistance quasi comme le grès sans aulcunes concavités comme la pierre ponce. J'en feray toutes les preuves que je pourray tant au feu qu'ailleurs, et demeureray à jamais.

Monsieur,

vostre, etc.

DE Pkibbsc/

A», oe 3 juin i63o'.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S*^ THEOLOGIE ET PREVOST DE L^EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Voz lettres arrivèrent hier tout à temps pour envoyer par l'ordinaire celle de M' L'buillier, ne vous ayant peu escrire depuis celle dont M' Du GhafTàult s'estoit chargé que vous n'aviez pas receûe, comme je

^ On trouvera beaucoup de dëtaila sur rapprin» hier une eingulariti, ju8qa*à : ie

ceUe pierre flottante dans la correspondance l'eenumsêeure phte d'un eosté que d'auUre

de Peiresc avec le savant minime. se trouve k i*Inguimberliae de Carpen-

* Bibliothèque nationale, fonds français, tras, collection Peiresc, fol. 119 du re-

1 9779, fbl. 1&6. Autographe. Une copie de gistre LUI consacre aux Obtervatioiù de

la dernière partie de cette lettre depuis : dieenes merveilles de la nature. Le bi-

pense, lorsque vous escriviez voz dernières, puisque vous ne m y en accusez pas la réception non plus que par les précédantes du iv, en^ suitte de laquelle je fis tenir à M' Lhuillier les arrests qu il demandoit dez la semaine passée. Vous y aurez eu une lettré de M' Vendelin dont M' le Prieur de la Valette a voulu avoir coppie pour y gloser. Il eust désiré que vous eussiez peu observer le solstice à Marseille, et M' le Lieutenant m'avoit dict qu il enyoyoit ses chevaulx qui vous en fourniroient la commodité , mais il doit avoir changé d advi&, et je suis bien marry de n*en arvôir esté adverti à temps, car j'eusse au moings tasché d'envoyer Garrat à Marseille pour l'observer comme il eust peu. A faulte de quoy il l'a observé icy, et le fauldra conférer à ce que vous en aviez faict autres fois pour en examiner la fidélité, et voir s'il en fera rien à l'advenir à quoy l'on se puisse arrester.

Au reste nous avons encor icy M' Dormalius, chanoine de Liège, qui vous avoit attendu en bonne dévotion. Mais il se resoult de passer oultre, nonobstant les chaleurs violantes, sur le propos desquelles il n'y a pas de danger que je vous die que m'arraisonnant ces jours passez avec le Turc que vous cognoissez Matton Sassan, il me dict qu'en la. caravane de la Mecque , estant à Medine , il se leva un vent de Labech ^ entre le Midy et le Ponant, qui traversoit la mer Rouge et couvroit le Ciel sans pluye, lequel estoit si chauld et brusiant qu'il tua 5 ou 6 mille persones dans une nuict, bien que pas un ne fust attaint de peste, et que ceux qui estoient nuds ou vestus trop légèrement moururent presque touts, et ceux qui estoient le plus vestuz résistèrent le plus au mal et en furent le moings touchez principalement ceux qui a voient de bons manteaux ou chappes bien fortes et bien doublées, nonobstant Tardante chaleur de l'air et du dict vent, ce que j'ay gran-

bliothécaire Lambert, dans son Catalogue peurs da lac de Dax et da iroii du pic

ia manuscrits de ringuimbertiae (t H, da Midi.»

p. 3i5), analyse ainsi ce fragment d'une ^ Cest, comme nous lavons rappela

lettre qu'il ne savait pas avoir été adres* (t. III, p. i3&, note a), le nom provençal

sée à Gassendi : irDe Tins de Variègej d'un vent du sud-ouest qui souflUe sur les

à double cercle, dans les Pyrénées. Va- bords de la Méditerranée.

516 LETTRES DB PBIHBSG [1685]

dément admiré. Il m*a promis un mémoire du vray temps de l'an et •du moys et du jour h peu prez que cela advînt, iuy estant presant, et si les relations des auih'es sont bien véritables, ce vent yenoil à peu prez d'un lieu où il y a une montaigne ardante, qui fit des ravages semblables à ceux du Vésuve, la mesme année que le Vésuve s'entrouvrit dernièrement, ce qui pourroit bien avoir contribué à quelque malignité venimeuse sortye des antres de la terre par la gueuUe de cette montagne.

J ay receu un aultre. volume arabe de la musiqHe où y a troys traiclez différants, et le P. Mercene m'a renvoyé le premier où le Turc a dei^a mordu bien avant, et sur ce je demeure, en vous attendant.

Monsieur,

voslre, etc.

DE PfilRKSC.

À Aix, ce 17 juin i635 \

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, PBEVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Nous avons icy M' Dormalius, compagnon d'estude de M*" Holslenius, chanoine de Liège, qui s'en va à Rome pour ayder avec ledict sieur Holstenius à l'impression des iibvres grecs que Ton y veult faire reflorir. Il m'a rendu une lettre de M' Yendelin adressée à vous, Moih sieur, où vous verrez la bonne espérance qu'il a conceûe de pouvoir régler des choses bien dignes de l'estre, et Tardante passion qu'il auroit de pouvoir faire observer la haulteur du Foie ou du Soleil à Mar*

^ Bibliothèque nationale, fonds fronçais, 19779, fol. i5o. Aatographe.On lit na dos de celte lettre, une copie d'une lettre en italien écrite par Peiresc, le 3 juillet i635,à un religieux, à l'occasion de Gassendi.

seiile à ce solstice prochain. Si vous en pouviez faire la courvée, vous l'obligeriez merveilleusement et consequamment touts ses amys et tout le pais qui a interest à cez beaux esclaipcissemenlz. Mais je crains bien que meshuy le temps ne vous soit trop court. Vous verriez par mesme moyen les experiances de la pierre flottante que le bon P. Mercene m'a envoyée, et ouyiriez de la bouche du s' Dormalius la description de la machine du P. Liny et que despuis s'estre servy de dre pour son globe intérieur, il en avoit faict d'aultres matières, et finalement de cuyvre vuidé, à qaoy il s'est enfin arresté. Mais ce mouvement orizonlal me faict grand ombrage, et croy que ce pourroit bien estre quelque artifice à peu prez comme ce qu'en dict le s' Galilée. Je suis résolu d'essayer un globe de cette pierre flottante, et de le faire cercler de menu fer, et puis toudier avec l'aimant quand ce ne seroit^ue pour lu y fayre choixsir l'élévation et la declination de son vray Nort plus librement que ne pouvoient faire les esquilles de feu M' Aleaume, suspendues tant dans un astrolabe de verre entre deux pivots, que dans une fioUe de verre sur un pivot accompagné des doubles cercles, comme les lampes rouUantes. J'ay mis eu besoigne le s' Ruffe pour tirer les sels de diverses pierres et mesmes de celle de l'aymant, et demeure. Monsieur,

vostre , etc.

DB PeIBBSC.

À Aix, ce iSjuin ]635^ On lit sur ua billet à part inclus dans cette lettre et qai est de la main de Garrat :

Monsieur, à la baste je n'ay pas eu le loisir de vous envoyer quelques observations que j'ay faites depuis quelques jours. Neantmoins je vous fais sçavoir comme hier 17 il parut une couronne au soleil, sur une heure et demi. J'ay priç la haulteur du soleil qui estoit à 67 degrez et 5 minutes, et le bord de la couronne australe Ixb^ 3o.

* Ribliothèqae nationale, fonds* français, 1977s, fol. 1&8. Autographe.

518 LETTRES DE PBIRESG [1635]

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR BN S^ THBOLOGIB BT PRBVOST DB L*B0U9B C4THBDBÀLB DE DIGNB ,

A DIGNB.

Monsieur,

Je n'avoys peu envoyer par l'ordinaire que vostre paquet venu joinct à la vostre du vi™", et avoys escript assez amplement non seulement à M' Uuillîer en responce d'une sîeùne despesche venue par le dernicar ordinaire, mais aussy à M' Deodati, et encor à M' Schikard et au s' Bernegger mesmes à la semonce dudict s' Deodati , ne m*attendant quasi plus que vous poussiez sitost escrire audit s'^ Schikard. Mais f ay esté infiniment aise d'apprendre par vostre dernière du i o*^ que vous aviez desja commancé en attendant les mémoires de Garrat (qui se seront esgarés avec la lettre du s' Vendeiin vraysemblablement que M' du Ghaffaut disoit avoir donné au s' Godur receveur lequel s'en est si mal et indignement acquitté). Il vous en a depuis envoyé auitant, ce dict^il, de sorte que vous n'aurez plus rien à attendre de ce costé là.

Quant à vostre dernière lettre à M' Luillier (qui ne pouvoit pas arriver à temps pour l'ordinaire, puisque celle qui l'accompagnoit ert dattée du i o , que l'ordinaire partit d'icy) , vous avez esté ^ heureux que je fus adverty quasy aussitost que je l'eus recette d'un courier extraordinaire qui partoit pour ia Gour, par qui je l'addressay à mon frère de Vallavez , croyant que le courrier l'aura peu r'attetndre à Lyon , ou pour le plus tard à RouaneS de sorte que mon frère la luy fera tenir incontinant. M' le Lieutenant m'avoit bien dict qu'on l'avoit faict assigner sur la requeste civile , et qu'il croyoit que c'estoit pour évoquer, mais il ne m'avoit pas déclaré qu'on l'eust instrumenté pour advoûer desja des parentez. Il fault advoûer qu'il y a bien des chicanes

' Roanne (Loire).

a« inonde. A tout }e moings il debvroit bien vous déclarer de la part de qui il a esté requis de souffrir ceste procédure pour vous en pouvoir deffendi*e. M'imaginant que ce soit aussitost.le père du boitteux.que le parent de celuy qui preste le nom. Mais je pense qu'à quelque chose malheur pourra estre bon» et que cela vous servira à quelque aultre chose à quoy Ton ne pense pas, et si mon frère vous y peult servir, il ne s'y espargnera pas durant son sesjour en Cour. J'en feray la semonce à M' Luillier par le prochain, car je fus hier trop surprins pour luy pouvoir escrire, ne quasi à mon frère, à qui j'avoys faict voir ici vostre précédante lettre du vi, où il fut honteux de voir Texcez de vostre bon gré de si peu de chose.

Au reste j'ay esté infiniment aise d'apprendre les belles observations que vous avez commancé de faire pour les sels et les rares consequances que vous tires de voz experiances pour la philosophie d'Ëpicure, estimant que vous y en trouverez bien d'aultres encores quand vous y aurez acquis plusde practique, comme dans les ieulx nous ne trouvions pas si bien du commancement les effects du miroir concave et aultres que nous y descouvrous maintenant quand nous voulons. Je dis cela pour ce qui peult estre de ce mouvement du centre à la circonferance , durant la formation des sels, comme des pierres et des tartres, où vous trouvez tant d'incompatibilité, car je le tiens si certain et indubitable, qu'il est mesmes demonstrable, si je ne me trompe, quand Teffect en seroit invisible à nos ieulx, ce que non^ qu'il. ne soit ainsin les tonneaux où Ton met le vin n'ont guères moings de tartre par le hault que par le bas , comme les pots de terre où l'on faict le sucre candyt et aultres choses pareilles, et toutes cez pierres creuses que je vous ay faict voir garnies de pointes de crystal et d'amethiste.

Le P. Gilles de Losches^ m'a envoyé une boitte de coquillages de la

* Peiresc a mis après le mot non un poipt ^ Sur le P. Gilles dç Loches, de l*ordre

parfaitement marque, mais qui n*a aucune des Capucins, voir le recueil de son con-

raison d^élre et que, par conséquent, je frère d'aigourd^hni, le R. P. Apollinaire de

supprime comme ëtant le^roduit d*une dis- Valence : Correêpondanee de Peirue mee plu-

traction. tieurs miênmmamê et reUgimx, etc. , 1 63 1 -

520 LETTRES DE PEIRESG [1635]

forest de Pruilly en Touraine ^ entre lesquels y a une coquille dont la substance est noirastre. Mais le dedans est garny de pareilles pointés de crystal aultant dessus que dessoubs. Ayant veu mille anitres effects de la nature cappables de convaincre ceste supposition comme trez véritable, et Teffect mesmes que vous avez remarqué des premiers grains cubiques qui se forment en la surface de Teau et y surnagent, monstre bien que ce n est pas au fonds qu'ils vont commancer à se former, et je iay fort bien observé comme vous et plusieurs foys, mais je me sois aussy apperceu que c'est le changement de temps au marin qui les faict dissouldre et descendre plus bas que la superficie, voiré jusques au fonds comme aussy que lorsque contre les premiers grains il s'en forme d'aultres qui s accumulent et se rendent trop pesants pour pouvoir eslre retenus en la surface de Teau, à faulte d*y avoir trouvé le corps solide où ils se poussent attacher, lors ils coulent pareillement à fonds, et y descendent à plomb comme vous dictes, mais cela ne destruit pas la presupposition que je vous en ay faicte , car au contraire je vous ay dict que quand les pierres sont achevées de former ou les sels, tout va droit au fonds et à plomb, s'il n'a trouvé d'auitre corps solide à s'attacher en se formant, et si l'on peult user de ce terme, en veg^ tant, aprez quoy comme les plantes et les fruicts ayants achevé leur végétation ne sont plus susceptibles d'auitre mouvement que de celoy qui va à plomb.

Au reste, comme c'est par les plus grandes ardeurs du soleil que le sel se peult mieux former qu'en toute aultre saison de l'année, ceux qui en ont la conduitte disent que si un jour de grand chaud il fait un peu de vent frais, ils font plus de sel en ce jour qu'en toute une semaine de challeur estouffée, et semble que le froid y doibve intervenir pour achever plus commodément celte congélation, et possible est-ce pour cela que vous la voyez commancer en la surface de l'eau plufrtost qu'ailleurs, tout de mesme comme la glace commanee plustostà

1637 (Paris, Alphonse Picard, 1891, Joseph Scaliger, comme Peiresc, écrivait grand in-8*). Pruilly. Voir les bettns françaises publiées

* Aujourd'hui Aifitt7/y(Indre^t-Loire), en 1881, p. 976 et suivantes.

SB former en la surface que plus proffond. Pour vous en esclaircir, il fault remplir de vostre eaue de cez fiolles toutes rondes à petit goulet* et les mettre en lieu chaud, et neantmoings un peu au vent de bise, et .vous les verrez bien garnir par les cottez, et par le hault aussy bien que par le bas. Mais le sel commun pourroit estre mal propre à cela parce qu'il est fort subject à se refondre et se dissouldre dans son eaûe. primitive, et à perdre sa forme et figure entièrement, ou du moings en perdre une bonne partie, et ce qui luy pou voit rendre sa figure plus proportionnée, comme sont les arestes plus vives de sa quarreure devenants quasi de forme ronde ou fort irregulière. L'aliun vous donnera plus de plaisir, parce qu'il conserve mieulx sa figure, et si vous y mettez des basions par dedans, vous les verrez bientost garnir, non seulement de ce peu qui les peult toucher, mais de la matière pierreuse qui peult se rencontrer à certaine espace assez esloignée, laquelle s'y vient attacher invisiblement et toute liquide et de mesme couleur que d'aultre eaue , ou difficile à discerner, si l'on n'y regarde de bien prez ; et c'est là par aprez qu'elle s'achève de cailler peu à peu , non qu'il faille que l'eau s'évapore, car si cela estoit les petites poinctes ne pourroient pas retenir leurs figures de l'octaèdre ou du cube, ou des aultres, ne le lustre que la nature leur communique tout aussy grand que celuy de l'eau qu'elles touchent à toutes leurs facettes , mais quand tout est bien formé et caillé plus ou moings viste, selon la température du temps et du lieu, si l'eau s'esvapore, ou si on la verse, tout le restant demeure en sa naturelle forme et figure acquise primitivement Et les grains qui se sont formez vers le centre ou en lieu trop esloigné de la circonferance, ou des aultres corps solides oà ils se seroient peu attacher, demeurent façonnez esgalement de touts coslez tant devant que derrière, et tant dessus que dessoubs, et puis tombent au fonds, quand ils sont achevez de cailler, mais ils y sont destachez d'avec les aultres qui se sont formez contre le fonds. Or je n'estime pas qu'il soit bien aisé de prouver et de faire paroistre à l'œuil que touLs cez petits corps cubiques que vous voyez formez en la surface de vostre eau se puissent rassembler pour en faire un plus grand corps de mesme

If. 60

522 LETTRES DE PEIRESG [1635]

figure cubique ou qaii 8 en forme d aultres par dessoubs aussi petits que les premiers du. dessus pour s'unir et continuer ia formation dun plus grand corps cubique. Bien croys-je assurément qu'sprez la formation des premiers, il y eu peult survenir d-au}tres cappabies de s'y joindre et de les comprendre ou embrasser témérairement dans leur plus grand corps, comme en voulant adhérer à un solide plus vieil qu eux, voire quil se peult faire et se faict diverses formations par différantes couches en divers temps, cappabies despaissir la crouste extérieure de Teaue, et adhérante au vase ou aux basions et aultres corps qui se peuvent enclorre et plonger dans Teaue du vase. Il est vray que je croys aussy que comme une seule goutte d'eau m potentia est cappable de retenir la figure ronde du globe entier de la terre et de Tonde, j'estime que chacun des corps cubiques du sel est cappable de se subdiviser en infinis aultres moindres corps cubiques , et possible touts les aultres sels, et les pierres mesmes, sinon par simple fraction comme le sel , au moins par dissolution et recongelation , ayant souvent faict fondre un gros grain octoedrique d'allun, lequel faisant recailler, on formoit dix mille petits de pareille forme à la mère, si Teaue estoik estendiie sur une assiette, ou si l'on remûoit la bouteille, car le mouvement rompant le corps du germe encore liquide en diverses parcelles, chascune retenoit la parfaicte figure du total. Yoyla ce que je vous en puis dire sur voz propositions, et que j'entendray volontiers le progrei de voz experiances et des causes de la piqueure et volatibilité du sel ammoniac.

Bien marry de ne vous pouvoir asseurer de mon voyage à Boysgency, tandis que mon frère sera absant, et de n'avoir de meilleur moyen de vous faire paroistre de combien bon cœur je suis et seray à jamais,

Monsieur,

vostre, etc.

DK PbIBBSG.

A Aix, ce XII juillet i63S '.

' Bibliothèque oatioûale, fonds français, layya, foi. i5i. Autographe.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR BN S^ THEOLOGIE , PREVOST DE V^GLISE CATHEDRALLE DE DIGNE

A DIGNE

Monsieur, Je viens de recevoir la vostre du xxvn par un vénérable vieillard qui ma bien resjouy d'abbord par la bonne nouvelle qu il ma dicte de vive voix de vostre bonne disposition , et que j'ây esté bien aise de voir aprez confirmée de vostre main, quoyque j'aye esté fasché que la compagnie où il m*avoit trouvé ne m'eusse pas permis de louvrir en sa presance pour luy offrir ce que je doibs à ceux que vous aymez si tendrement, comme je le feray demain, Dieu aydant. J'y ay apprins une auUre nouvelle bien agréable que l'original de la lettre du s' Vendclin s'estoit enfin retrouvé pour vous tirer de peine des vices de clerc, que vous aviez grand subject d'appréhender, aprez avoir veu les besveues qu'avoit faict ce pauvre coppiste , en transcrivant ses observations du Mercure du moys d'avril, où je verifiay qu'il avoit primitivement escript dans son autographe touts les mesmes chiffres que vous aviez opinion qu'il eust deub mettre, et ne scay où il avoit son e^rit allors qu'il y adjousta partout des millénaires. Il avoit fort veillé, ce dict-il, mais je croys qu'il pensoit estre bien fin et se corriger. Tant est que je marquay au marge de vostre Epistre au s"" Schikard que les veri-< tables nombres de l'autographe alioient comme vous les aviez divinement conjecturez, et mis le nom de Heca du diocèse de Liège, lieu natal du s' VendelinS à ce que j'en avoys apprins du s^ Dormalius,

' Il faut lire crHerck, une des bonnes sur son compatriote, ne manquera pas de

villes de Tancien pays de Liège» , comme dit multiplier les détails sur les relations de cet

M. C. Le Paige dans la notice déjà citée sur astronome avec Peiresc et surtout sur ses re-

«Il astronome belge du. xnf êtècle, Godefroid lations avec Gassendi, qui durèrent beau-

Wendelin (Bruxelles, 1890, p. i). M. Le coup plus longtemps, car elles se proton-

Paige, dans le travail étendu qu'il prépare gèrent pendant prèâ d*un demi*siècle.

52iï LETTRES DE PEIRESC [1635]

n ayant pas sceu si c estoit en tirant vers Louvain ou ailleurs. Durant les 3 ou & jours que je garday vostre lettre, je la 6s transcrire par Bonis, par mon homme et par Garrat, et envoyay à M' Luillier Toriginal et la coppie pour s'en servir s*il y pouvoit escheoir, au cas que la commodité se presentast inopinément pour ne la perdre. Mais je n en ieus que le commancement et la fin , ayant eu regret de n avoir leu au moings ce que vous disiez de Tecclipse ; il le faudra voir un jour sur la coppie, Dieu aydant. J'envoyay eu mesme temps au P. Mercene le livre de la nouvelle musique de Rome, que j avoys montré à rostre organiste.

Au reste j^ay prins un grand plaisir de voir voz nouvelles remarques de formation des sels, mais je n'ay pas icy 'maintenant vostre lettre pour vous dire quelque chosette que j'y trouvois à désirer. Il le fauldra remettre soubs vostre bon plaisir. Cependant je vous en remercie trez humblement, comme aussy de l'advis du protocolle de Tan 1/177, qoi seroit possible trez utile à nostre maison, s'il y avoit moyen de le voir, ou un inventaire des actes y contenus à peu prez s'il a esté dressé, ou du moings la coppie de l'un desdicts actes pour juger des aultres. Nous en avons recouvré quelques uns de divers endrbicts, et si le possesseur ne faict pas trop le renchéry, nous pourrions bien nous en accommoder à prix raisonnable, et tousjoùrs vous sommesnous grandement obligez du soing que vous continuez de prendre à veiller à tous aos interests, et demeure de tout mon cœur,

Monsieur,

vostre, etc.

DE Pbibesg.

À AU, ce 99 juillet i635 ^ ^ Bibliothèqae nationale, fonds français, 19779, fol. t56. Autographe.

GXXV À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN SAINTE THEOLOGIE, PBEVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur,

J'avoys attandu mardy le s' Gaubert et voz lettres pour Paris, mais il n arriva que le mecredy au soir, et le jeudy je luy eu demauday des nouvelles au Palais, il me respondit que vous ne luy en aviez point baillé, et que possible en auriez-vous chargé son homme qu'il attendoit hier, mais à ce matin il m'a dict qu'il n'en avoit poinct apporté, et m'a donné adresse du s' Meinyer qui s'en va à Digne, par qui je vous envoyeray le pacquet de M' Luillier et sa consulte, à laquelle je ne vous sçauroys rien adjouster pour le présent, si ce n'est que vous avez esté fort maltraicté par des gents qui vous dévoient bien mieux considérer. Il fauldra faire la guerre à l'œuil.

Je n'ay pas reveu le bon vieillard porteur de vostre lettre que j'avoys envoyé chercher» pour luy oITrir plus formellemept mon service pour l'amour de vous et de l'amitié que vous luy aviez portée. Je vous envoyé la lettre que j'ay receu du P. Gampanella sur ce que je vous avois escript dont vous aurez aultant, et les lettres du s' de la Perrière et du s' Bourdelot. Le cavalier del Pozzo m'escript de la salade de ce géant, mais comme de chose descouverte prez deMinerbino au royaulme de Naples dont un médecin luy avoit donné l'advis et promis le dessein de la dicte salade, mais il me parle d'une génération de pruniers dans la playe d'un corps humain qui est bien estrange^ Je Tay prié d'en bien vérifier ce qui s'en pourra apprendre, et de m'envoyer le por-

' D 8*ag[it do prunellier qui se développa attache à la maison du cardinal Fr. Barbedans le corps du pâtre espagnol, dont il a rini, auquel on avait directement envoyé éU déjà fait souvent mention en cette cor- d*Espagne la nouvjelle que Peiresc avait bien respondance et dont le cavalier del Poszo raison de trouver estrange. avait ëtë informe de première main, étant

526 LETTRES DE PEIRESG [16S5]

traict de cette plante. J'escripvis à M' Luillier par rordihàire en vostre

deffault. An reste le pauvre M' le Prieur de la Vallette, qui estoit allé

avec le conseiller sou neveu à la bastide d'Artigues^, y a eu un si

fascheux accidant que le bruict s'estoit espandu qu' il estoit mort.On

m'a voulu asseurer qu'il en a esté quitte pour la peur, et qu^il n avoit

pas laissé de railler par aprez. Je prie à Dieu qu'il le préserve pour sa

vertu et pour l'amour de ses bons amys et demeure»

Monsieur,

vostre, etc.

DB Peiusg.

À Aix, ce & aoust t635.

J'ay recouvré un caméléon verd plus gros que les aultres, mais nous ne luy voyons point manger de moaches, et cette nuict, je luy ay oui faire un petit cry semblable aux aultres qui ne tardèrent pas de mourir, ce que j'appréhende \

À MONSIEUR, MONSIEUR 6ASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, PREVOST DE L^IGUSI CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNB,

Monsieur, Je ne laisray point partir Madame d'Ëspinouse sans faire charger quelqu'un des siens d'un mot de lettre pour vous advertir que par le s"" Meinier qui partit hier au soir, je vous ay envoyé vostre pacquet

^ Artîgaes esl un petit viifaige sitaëtout- • remplacement d'Honorë, son père, ne suc-

près de Rîans. Les Gcutier en étaient sei- comba pas à la maladie dont il était atteint

gneurs aa dernier siècle, et probablement en i635, et mourut doyen Me la Cour

déjà au temps du' prieur de la Valette. Le en 1 653.

neveu du prieur, Antoine de Gautier, «eir ^ BibKotlièque nationale, fonds français,

gneur deMimet, Gardane et SaintrPierne, 1977a, fol. 1 58. Autographe,

reçu conseiller au parlement en 161 5 en » :..,:.

ordinaire et plusieurs lettres escripteé à moy par divers amys. L on

nous a donné à oe soir de bonnes nouvelles /{ue M' le Prieur de la

Valette s'en vient en lictiere pour avoir icy plus de secours qu^il u ed

pourrdit avoir aux champs, et que M' le Conseiller son neveu lie se

porte pas trop bien, leur voyage des champs ne leur ayant ^as esté

heureux. S'il m'en eut adverty avant que partir, je ne le luy eusse pas

conseillé, attendu que la vallée d'Arligues, au gros de l'esté, ne peult

pas estre des plus agréables, sans couvert, entre des rochers mal ves-

tus, et il se haxardoit un peu trop à l'ardeur du soleil d'esté, à mon

gré , quelque accoustumance qu'il y puisse avoir prinse en aultre sai*

son de l'année, ce que j'ose bien vous dire pour en faire vostre proflit,

craignant que vous ne vous choyiez pas trop bien nom plus sinon pour

le soleil, au moins pour le trop grand serain dé l'hiver. 11 fault songer à

vivre, et puis du reste en faire ce qui se peult de gré à gré, et laisser

faire à d'autres ce qui ne pourra venir de nos mains, sur quoy je fini^

ray demeurant.

Monsieur,

vostre, etc.

À Aix, ce 5 aoust au soir i635.

. Madame d'Espinouse' m a promis de vous faire un jour ouvrir le cabinet de feu M*^ de Flaiols^ pour y recognoistre les livres qui y pouvoient estre à moy, qui auront la pluspart mon chiffre, entr'autres un volume du Zurita en espagnol de l'Histoire d'Aragon in*fol.' qui me faict grind faulte, les aultres volumes suyvantz estant imperfects de ce commancement là. Il y avoit plusieurs aultres livres de l'histoire d'Espagne, où il vouloit chercher des instructions de noz contes de

' Noas avons vu que c'était Isabeau de 1691 des Anahu de la earana de Aragon

Faucon, fenuoe de François de Villeneuve v (Sarégosee, 8 vol. in-fol.)< Voir sur les

seigneur d'Bspinouse. autres éditions du très savant ouvrage de

' ' Isabeau de Faucon, quand die se ma* Gèrouiino Çurita ou. Zurita, paru poiur la

rîa avec Fr. de Villeneuve, était veuve dé première fois en' iSya et années suivantes »

François dé Villeneuve-Fiayoac le Mâmtêl dm Einire (t. U , ooL A&6).

' C'était probableroeuirédition de 1 6 it>r ^

52Ô LETTRES DE PEIRESG [1635]

Provence et de la noblesse qui les suyvoit; or mon chiffre ne s'y met* toit pas tousjours si règlement pour le moings du commancement, car je ne l'introduisis qu'assez tard.

Madame d'Espinouse n'estant point partie, M' le Prieur de la Vallelte estant de retour des champs, résolu d'enterrer ceux qui ont couru son beneGce^ Il a souppé k table comme un soldat^ en présence de son neveu et de bonne compagnie, dont Garrat a esté du nombre'.

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, PREVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, , .

Lorsque j'eus receu vostre dernière despesche qui estoit, si je ne me trompe, du 3 de ce moys, je ne manquay pas d'escrire à M' Luillier le besoing que vous avez de vostre observation du 3o may dernier a&n qu'il la nous envoyas! extraicte de la coppie de vostre lettre à M' Schikard que j'avoys faict transcrire icy par Perrot, Garrat et Bonis, et que j'avoys depuis envoyée avec vostre autographe de crainte de ce qui estoit advenu, que l'opportunité de voicture fust trop précipitée, et de faict M^ Luillier m'a voit escript qu'il s'estoit résolu d'envoyer vostre autographe et de se contenter de ma coppie, mais celny qui s'en debvoit charger anticipa du matin au. soir précédant son partement, de sorte que par le dernier ordinaire il me mande qu'il avoit laissé eschapper celte bonne commodité de faire tenir vostre despesche non sans regret, mais qu'il y auroit cette consolation de la pouvoir collationner plus exactement avec M' Bouillaud, et à cez heures il verra

* Joseph Gaultier avait déjà soiiante-dix ^ ' Les lexicographes ont-ils note cette iocu-

am révolus quand il se promettait si fière- tion proverbiale?

ment d'enterrer ceux qui avaient en trop de * Bibliothèque nationale, fonds français»

liâle de lenterrer lui-même. 1977a, fol. 160. Autographe.

aussy ce que vous demandiez de vostre observation du 3o may dont vous avez laissé esgarer le plumetif volant, et la vous pourra transcrire de Toriginal.

J'ay commancé à remanier mes papiers pour retrouver vostre cahier et le vous envoyeray incontinent. Je loue fort le conseil qu'on vous a donné de faire descharger M*" Du Ghaffault de son cautionnement, ou coUaudation , si ce n'est que vous ne soyez pas marry de l'évocation, auquel cas je ne doubte pas que cet expédiant ne vous peusse bien servir puisque l'affaire n'est pas encore jugée ne réglée. M' de Gaubert ne m'en a rien dict, et je n'ay pas estimé nécessaire de luy en ouvrir le discours, cognoissant comme je faicts le pèlerin. Je me resjouys infiniment de l'amandement de vostre santé, qui ne peult eslre qu'au poinct qu'il fault, puisque vous espériez dez le soir mesme ou le lendemain reprendre le train de voz observations célestes.

M' Naudé m'escript du s i juillet de Riety où il a suivy son patron que S. Ëm^ a donné ordre en deux ou trois différants endroicts pour faire observer la prochaine eclypse, et que luy a prié le s' Léo Âllatio de la faire observer à Rome par le P. Incofer, jésuite, et à Padoue par le vieil Argoli et qu'à Naples le s*" Pietro la Senne la faict observer par le Gamillo Glorioso Napolitain, amy du s' Bouchard qui Ten a pareillement prié ^ et s'est chargé de m'en faire tenir les observations. Ce Gamillo a faict de gros volumes en mathématiques, et passe pour un homme fort versé en cette proffession. Je vous envoyeroys volontiers Sa lettre tant pour cela que pour tout plein d'aultres petites curiositez qui pourroient rencontrer vostre goust en quelque article, mais il fault que je luy responde la semaine prochaine, Dieu aydant, et aprez je la vous envoyeray sans regret avec tout plein d'aultres.

Cependant je vous diray que nous eusmes l'aultre jour un ton qui ne pesoit pas bien dix libvres dont l'œuil estoit neantmoings fort gros, et beaucoup plus que l'œuil d'un homme, voire quasi comme celuy d'un bœuf. Il esloit dans une boitte quasi aussy espaisse et aussy dure que

^ Tous ies personnages qui viennent d'être ënamërës figorent dans les lettres de Peiresc à J.-J. Bouchard et dans les notes de IMditear.

iT. C7

celle des plus gros poissons de mesme nature, et le crystallin, qui estoit véritablement plus petit que des gros tons, avoit neantmoings les oreilles aussy apparantes ef aussy tenaces que celles des gros. Nous y vismes le flambeau allumé dans le fonds du miroir concave fort bien apparant. M' de Cormis, 61z de M' TAdvocat gênerai, et receu en survivance en la charge de Monsieur son pere\ y.estoit présent avec M' le General Siguier. Le ton n avoit esté pris que la nuict précédante.

Nous gardons un renard privé pour anatomîser ses yeulx en quelque bonne occasion de compagnie. Pleust à Dieu en peussiez vous estre! Mais je voys bien que vous voulez observer Tecclipse à Digne, et Dieu sçait ce que nous pourrons faire icy touts seuls. Car il ne fault pas espérer que M' le Prieur de ta Vallette en veuille estre tant il a eu de peur du mal que luy fit une pierre comme une lentile qui mit tant de monde en peine à courir pour luy, ou pour sa despouille. Je luy ay conseillé de reprendre Tusage de Teau de noz bains, qu'il avoit pratiqué 18 ans, et laissé depuis peu, et je pense quil s'y sera résolu. Car je n'attribue les pierres que je fis dernièrement qu'à la cessation de mon eau des bains durant 3 semaines, ou un moys, que les grandes chaleurs en avoient faict dispencer mes gents par paresse de la mettre à raffraischir assez à temps plustost que moy mesme, qui avois tous-

^ Pierre Decormis (a/ta« de Cormis), seigneur de Beaurecueil, Roqueshautes, etc., assessear d'Aix ea 1611, pourvu d'une charge d'avocat gënëral au Parlement de Provence le s 8 août 1618, reçu le 16 octobre suivant, conseiller d'État, résigna sa charge à son fils en i635 , mourut à Aix et fut enseveli aux Dominicains le 9 a janvier 16A9. Il avait épouse Antoinette Fabry de Fabrègues. — Louis Decormis, marquis de Bréganron, seigneur de Beaurecueil, Roqueshautes, etc., pourvu le 9 avril i635 de la charge d'avocat général au Parlement dont son père Pierre s'était démis en sa faveur, fut reçu le i5 juin suivant; pourvu le 17 janvier i65o d'une charge de prési-

dent au même Parlement, reçu le lâ mars suivant; prit part aux séditions contre le premier président Henri de Forbin Mainier d'Oppède en 1 65 8, en suite de quoi il vit sa charge confisquée par jugement des commissaires du Roi; mais sur la demande de la compagnie on lui laissa le temps pour s'en démettre; ce qu'il fit en faveur de son fils Pierre. Celui-ci, sans se faire recevoir, la revendit h Auguste Thomas , marquis de Villeneuve, Lagarde, etc. — Louis Decormis mourut k Aix et fut enseveli aux Dominicains le aâ novembre 1669. D avait épousé Marie Cadenet de Lamanon. (Commanication de M. le Marquis de Boisgelin.)

jours creu d'en boire mais raffraischie , à quoy il n'est pas manqué maintenant, et je m'en trouve très bien. Voire j'estime que si vous eussiez esté icy pour en user, vous n'eussiez eu que faire pour guarir vostre mai, d'user de ligature où de retranchement de voz emorroïdes, qui se seraient fort doulcement et insensiblement diminuées et flestries sans en venir à un si extrême remède que je ne sçauroys approuver en façon du monde, sçaichant le grand danger que vous y couriez, n'estimant nullement que vostre mal fusse bien cogneu.

Je ne sçay si je vous ay mandé que j'ay enfin reçeu un caméléon de troys que l'on m^en envoyoit, les aultres ayants esté desrobez à mon grand regret. Il est plus gros que les aultres, et est tout verd, comme la femelle que j'avois eue avec des tasches noires et jaulnes blaffardes. Il ne vient pas si noir que les aultres au soleil, bien qu'il se brunisse fort, et d'aulcunes foys, bien qu'il soit au soleil, quand il est sur les arbres du jardin, il ne noircit point, ains souvent paroit quasi jaulnastre, tant sa verdeur naturelle se pallit. Nous ne l'avons pas vu manger des mouches, comme l'aultre qui le ressembloit, ce qui me faisoit appréhender de le perdre bientost, mais il n'a pas laissé de fianter troys ou quattre foys, ce qui nous donne quelque opinion qu'il mange lorsqu'on ne le regarde pas. Sa fiante est partie noire et partie jaulne, et le jaulne se réduit en pouldre de couleur dorée, ce qui me faict juger que, comme le lion faict pareillement sa fiante en pouldre, et qu'on dict d'un qui roulle les yeulx comme un lyon, que ce pourroit bien estre de ces petites analogies qu'on eusse prins l'occasion de luy imposer le nom de chameleon, ou petit lyon ^ Il est si privé que d'aulcunes foys quand je l'ay prins sur ma main, aprez s'estre un peu rasseuré, il a monstre de s'y plairre, et tant de confiance qu'il s'y endormoit tout à faict. Il dort comme les aultres, non seulement agraphé contre les montants de sa cage, mais aussy suspendu aux branches du ciel de sadicte cage, et toutesfoys il dort quelquesfoys perché sur les basions qui la traversent.

* On sait qae h véritable ëtymologie est XoEfcoiAtfaw, lion qui se traîne à terre.

Tay receu )e gros volume des U Evangelistes en cophte et en arabe,

où devant le texte de chascun y a un catalogue de tiltres des chap-

pitres et en teste d'iceluy une petite préface et un peu de mémoire

des temps et des lieux où les Evangelistes ont escript , où c est que pour

S' Marc et pour S^ Luc les époques de la chronologie et du synchro-

nysme des années U et ta"*' de l'Empire de Claude, et la"* et xi™'

de TAscension de J.-C. sont excellantes et trez vra y semblables. II y a

un peu de soubçon d'équivoque en celles de S^ Jean , et celles de

S^ Mathieu manquent au i^ feuillet du volume, dont j'ay desja demandé

les suppléments tant à Rome qu'en iGgypte. Le cardinal Baronius se

donne bien de la peine à concilier diverses authoritez et diOicultez qui

sont toutes d'accord en cez peu de lignes icy. L'on me faict espérer

d'aultres bien belles pièces. Mais cez corsaires tant Espagnols que

Turcs me font bien de l'appréhension et sur ce, en bien esperant,Je

demeure,

Monsieur,

vostre, etc.

DE PziRBBG.

A Ail, ce 19 aousl i635.

L'on me faict de nouvelles instances pour avoir le libvre de M' LAutaret^ Je vous supplie de me mander où il est imprimé, car si c'estoit à Lyon, nous en pourrions faire venir de là, n'^n ayant peu avoir icy.

J'ay depuis recouvré le libvre de M** L'Autaret, et ne sera plus de besoing de vous en mettre en peine.

C'est par une servante ancienne de noslre maison qui s'en va mener son mary malade en voz bains que je vous escrips la présente; ce sont de fort bonnes gents.

A la suile de celte lettre on trouve dans le registre 1977a, fof. i63, le billet suivant du

^ Était-ce un livre récent? S'il en ëtait mentionne dans le recueil Peiresc-Dupuy

aiusi, nous ne le connaîtrions pas, car on (t. III, p. 335) : Lei merveilles des bains

ne possède du docteur de Lautaret qtrun naturels et des étuves naturelles de la ville

seul ouvrage qui a été d4jh prëc^demment de Digne en Provence (Aix, 1690). Mais

secrétaire Perrot à Mongieur, Monsieur Gaueni, docteur en samle théologie, Prévost de F église cathédrale de Digne , à Digne :

Ce mot de la part de M' de Peiresc sera seulement pour vous accuser la réception de vostre pacquet, que M' Tomatoris luy a rendu ce matin, comme aussy le registre de M' Gastines quil ne peut présentement parcourir pour la presse où il est de sa despesche de Paris. Il s'y est trouvé une lettre pour M' Luillier qu'il ne manquera pas de faire tenir. Il vous escripvit hier assez amplement par une bonne femme qui s'appelle Josephe qui a esté servante de la maison aultresfoys, et qui mène son mary aux bains. C'est pourquoy il s'asseure que vous aggreerez ses excuses pour ceste fois et que vous ne laisrez pas de ladvouer comme moy en mon particulier qui me diray avec vostre permission ,

Monsieur,

vostre, etc.

Perrot.

Monsieur vous supplie de faire favoriser cette femme avec son mary de ce qui luy sera nécessaire sans vous incommoder.

Monsieur Tomatoris vous porte le libvre que vous demandiez.

Ail, ce 31 aoust i635 *.

GXXVIII

k MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, PREVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Parce qu'il me fault escrire à Rome, je ne pourray pas respondre punctuellement à vos deux dernières lettres du â 3 et du 36. Seule-

peut-étre le personnage qni voulait lire quinze ans après la publication de ce livre, le livre de Lantaret ëtait-il un retarda- ' Bibliothèque nationale, fonds français,

taire dont la curiosité avait été ëveilltfe 19779, fol. 161. Autographe.

53& LETTRES DE PEiRESG [1635]

ment vous diray-Je que la dernière n est venue entre mes mains qu à ce matin , et coiisequamment trop tard pour envoyer par Tordinaire celle que vou« escriviez à M^ Luillier à qui j'escrivis, et luy dis que nous avions observé l'ecclypse fort à souhaict, pour avoir esté le temps fort embarrassé de nuages, car nous prismes le poinct du commencement de Tombre, celuy de la totale obscurité, celuy du recouvrement de lumière, celuy de la fin de Tecclypse, et plusieurs aultres d'entre deux, principalement depuis le commancemant jusqu'à la totale obscurité. Nous vismes encore coucher la Lune toute claire plus d'une bonne demy heure aprez la fin de l'ecclypse; mais il ne paroissoit aulcune estoille qui peusse lors marquer l'heure, et n'y eust aulcun moyen de voir le soleil d'une heure ou deux aprez son lever, ne consequamment aulcune des planettes d'allentour, qui eussent peu suppléer la disparution des fixes. Il^fallut se servir de l'horologe des Jesuistea pour ce regard là et des rectifications telles que nous en avons depuis faict faire. J'avoys envoyé Gorberan sur la montagne de S^ Aventure, mais ils s endormirent et laissèrent eschapper le commancement de l'ecclypse , et quand ils s'en apperceurent, ils firent signe d'un feu, mais il y avoit desja assez long temps que nous en marquions le$ phases. Il survint par aprez de la pluye, des esclairs et des tonnerres qui leur firent peur, et les firent chercher leur retraicte dans l'hermitage, sans qu'ils eussent depuis l'esprit et le courage de remonter pour marquer au nioings le coucher de la Lune, puisque le lever du Soleil leur estoit interdit comm' à nous. A quoy nous nous estions tousjours attendus, jusques à six heures sonnantes, non que nous n'eussions veu coucher la Lune une demy heure auparavant, mais en attendant s'ils feraient aulcun signe qui nous fusse bien perceptible quand ils appercevroient le Soleil , bien que ce ne fust le vray point de son lever, à cause des nues qui couvroient tout l'Orient. Le fils de Ghaillan^ clerc du greffe, et le peintre Martel^ y avoient accompagné Gorberan avec un guide de cette ville.

^ Chaillan ou CbaiUau. La lecture est même de ceux qui ont étaiié d'uos 6iocei'tame. çoa spéciale Thiatoire des artistes proven-

* Le peintre Martel est inconnu à Aix , çaux.

J'avoys voulu que Martel me fist un peu de carte ou veiie figurée de ce qui paroissoit de cette montagne, mais il na sceu rien faire qui vaille, de sorte que la peine a esté toute perdue pour ce costé là. Si le P. Théophile [Minuti] eusse faict la courvée, tout seroit bien mieux allé, mais je m'en advisay un peu tard, et il vint céans pour estre tesmoing des observations de Tecclypse, et y sçavoir travailler une aultre foys, s'il estoit en Levant, comme il ne luy en manque pas de bonne envie. M' de Bargemon nous avoit promis de venir, mais en estant semons, s'excusa sur des massons qu'il debvoit aller conduire à Aiguilles la matinée suy vante. M' le Prieur de la Valette, enquis s'il vouloit que Garrat allast chez luy avec les instruments pour observer, dict que la maison n'estoit pas bien propre, et qu'il pourroit bien venir céans, mais ayant veu vostre lettre du s 3°^ résolut d'aller à sa bastide d'où il croyoit de pouvoir observer le couchant de la Lune et l'orient du Soleil; mais il y a des montaignes encores trop haultes du costé du Levant, quoy qu'il die, et je ne pense pas que les tonnerres ne luy fissent quicter la parade, car il en estoit un peu plus voisin que nous. Il fauldra voir ce qu'il aura faict, croyant bien qu'au moings aura-t-il observé comme nous la fin de l'ecclypse et le couchant de la Lune non ecclypsée, et possible aura-t'il veu quelque marque en ce poinct là qui nous eusse eschappé à nous, car les nues estoient deschirées en divers endroicts. Je n'ay pas encores sceu qu'il soit de retour de sa bastide.

L'on m'escript de Marseille qu'il y a des lettres d'Alexandrie portant l'arrivée du navire par lequel j'envoyoys au P. Agathange ^ des lunettes et un quart de cercle pour l'observation de l'ecclypse, de sorte qu'il aura peu recevoir le tout peu de jours aprez, et consequamment bien à temps pour l'observation de l'ecclypse, espérant que c'en aura esté de mesmes pour ce que j'avois envoyé au P. Gelestin du costé d'Alep, et que M' Galaup^ aura faict quelque observation au Liban, car

* Au sujet du P. Agathange de Yen- reêc avec plusieurs nUssiotmaires et rv/t-

dAme, de Tordre des Capucins, voir le gieux, etc.

recueil précédemment cité du P. Apolli- * Le solitaire du mont Liban, François de

nnire de Valence : Correspondance de Pei-- Galaup-Ghasteuil.

le P. Théophile dict quil y-avoit quelques instruments, et mesmes

deux giohes en arabe excellants, de sorte que de quelque costé Ion

pourra avoir de quoy secourir M"" Schikard, mais il n'aura pas receu

voz lettres ne les miennes à temps ^vant cette ecclypse en laquelle j'ay

veu bien apparamment la differance qu il y avoit d'observer à plein

œuil, ou par les lunettes, et que cela est bien cappable d*en altérer les

proportions et apparances vrayes, dont nous avons marqué la differance

tant que nous avons peu, ensemble les macules, au droict desquelles

s'acheva d'obscurcir le corps lunaire, et où s'acheva paraprezde perdre

la dernière obscurité quand Tecclypse finit, n'ayant pas songé à la

mesme diligence au commmancement de l'ecclypse, et n'en ayant pas

mesmes eu la mesme commodité, à cause des brouillards à travers

lesquels il nous falloit prendre les phases, mais quand les nues se

deschiroient, nous en marquions ce que nous pouvions. Je vous res-

pondray au restant plus à loisir, et cependant demeure,

Monsieur,

vostre, etc.

DB Pbirbsc.

Ce sg aoast t635.

Ma lettre n'ayant pas trouvé de porteur, j'ay esté bien fasché d'apprendre par la vostre de mesme datte que le temps vous ayt esté si contraire, et que vous ayez eu tant de peine et si peu de contentement ou de satisfaction, et vouldrois^bien que vous eussiez esté icy pour proffitter mieux que nous n'avons sceu faire de la commodité que nous y avons eue de faire tant d'observations, qu'il n'y a pas encor eu de moyen de les faire mettre au net. Cependant j'en choixsis six des principales non seulement du commancement et de la fin , ensemble de l'entière immersion et du recouvrement de lumière à regarder par les lunettes, mais aussy du commancement et fin à regarder à plein œuil, dont M' le Prieur de la Valette fit hier le calcul, et en demeura si satisfaict que j'en estois estonné ayant déterminé le mitan de l'ecclypse à 3 h. i3. Vous en verrez le bordereau, en attendant que nous vous

puissions envoyer toute la suitte des observations qui contiennent plusieurs feuilles de papier. J'escrivis hier à Rome au cardinal Barberin et au cardinal Bagni et à M' Naudé , et les priay fort de nous faire envoyer les observations qui s'en seroient faictes de par delà , tandis que nous ferions préparer celles de deçà pour leur en faire part, et leur donner le plaisir de les comparer aux leurs. M' le Prieur de la Valette na observé que la Gn, encores ne sçay*je s'il a rien escript, mais il print plaisir de voir coucher la Lune toute claire dans Torizon, une demy-heure aprez la fin de i'ecclypse ^

CXXJX À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG,

ABB^ ET SEIGNBOR DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROI EN SA COUR DE PARLEHENT DE PROVENCE,

À Ail.

Monsieur, Je vien de recevoir tout présentement la dcspesche dont vous m'avez fait mention par vostre précédente. Elle se trouve du xvi de juin, et si la lettre de Mons*^ Vendelin n'y a point esté incluse, je ne sçay si elle ne le sera poinct dans quelque autre qui m'arrive encore plus tard que celle-cy. Elle m'a appris ce que je n'avoys point encore sceu, à scavoir ce fameux accouchement de tant de pierres que vous avez poussées. Le bon Dieu vueiile que ce soient les dernières. Je preschay despuis aux premières vespres de la Visitation, et pris pour mon thème le verset du cantique que Nostre Dame chanta à ce purlk^ fecit potentiam in hraechio sue : dispersit superbos mente cordis sut pour avoir sujet de discourir des succès du Roy contre les Espagnols^. En sortant de la chaire Ton me randist une lettre qu'il avoit pieu à Mons' de Valavez de m'escrire de Tholon par nostre premier consul, envers lequel il avoit fait pour

* Bibliothèque nationde, fonds français, 19779, fol. 167. Aoto^aphe. — * On voit que dans Gassendi 1 orateur ne dédaignait pas Taetualitë.

iT. 68

moy et sans en estre prié plus que de tout ce qui m eust sceu venir en la pensée. Mais cella veut dire que vous estes frères. Si je ne le croyois party, je luy escriroye, mais à l'autre premier voyage je vous addresseray un mot à luy pour Paris, aussy bien en aoroy-je plus de loisir qu'à présent. Je me remets aussi de vous escrire plus amplement touchant la formation des selz, n'en ayant pas aussi bien encore faict toutes les expériences que je désire d'en faire. Seulement j)e puis^je pas me tenir de vous dire que je justifie tousjours quelqu'une de mes anciennes resveries louchant les principes de la philosophie d'Epicure. Je recognoy particulièrement^ que ces gros solides soient cubiques, soient octohedriques , ou autres, sont tous composez d'autres moindres, de mesme figure, et ceux cy d'autres moindres jusques à la resolution en de si menus, qu'ils sont presque insensibles et tmisjours figurez de mesme, dont je conclus que ceux cy se vont encores resolvant jusques aux atomes, qui par quelque sorte de nécessité doivent estre de mesme figure. La composition le demonstre, par la façon dont j'observe qu'ils grossissent despuis qu'ilz sont devenuz comme des cirons^, J'ay tasché d'observer exactement ce que vous avez pensé du mouvement de ces corps vers les plus prochains solides lors de leur formation', mais rien ne m'a encore peu réussir pour le justifier. Car la distinction et formation de ces corps ne se fait pas toute à la fois, mais seulement à mesure que l'humidité s'évapore S si bien qu'il y va d'un assez long espace de temps despuis la formation des premiers jusques à celle des derniers. Or dez le commencement plusieurs se forment en superficie mesme de l'eau ^, et ceux la surnagent jusques à ce qu'ils sont devenus si gros que la masse de l'eau ne les pouvant plus supporter quoyque beaucoup espessie ils fondent en bas. Sur ces entre-

^ Peiresc a souligné toat le passage com- è partir de : du momemeiU de ces corps. pris entre que ces gras eoKdee et La coÊnpasi- ^ Même observation pour les six mots

ùott le demonstre, qui s'oirétent à s'évapore.

* Peiresc a souligne cette phrase à partir * Même observation pour les huit mots

de : dont j'observe , etc. qui s'anAteot à de Peau.

' Même observotion pour cette phrase

faites là j'ay appliqué des solides à une toile d'arraignée près de la surface de l'eau et les ay rapproches à mesure que Teau s'abbaissoit , mais jamais aucun corps ne s'y est attaché. J'en ay faict surnager à l'eau, en telle sorte qu'il y eut de ces corps très proches latéralement, pour voir s'il y en auroit quelqu'un qui s'y voulust aller joindre, mais jamais point, ains tousjours tous sont allés perpendiculairement vers le fonds, mesmes ceux qui estoient proches des costés des vases, au lieu d'aller s'attacher ausdits costés comme plus voisins s'en sont tousjours allés à plomb de mesme. Il est bien vray qu'il en demeure tousjours aux costés ou aux petits basions qui nagent au dessus S mais ce sont ceux qui sont formez là mesme de l'eau qui y adhère pour sa glutinosité et qui s'y desseichant y laisse le corps dont elle estoit grossie. Oultre ce qu'il demeure aux mesmes costés de ceux qui tombent tandis qu'il y a encore de l'eau, si lesdiis costés sont disposés non pas à plomb comme noz bouteilles guarnies, mais eu rond ou en autre sens, comme noz platz et noz escuelles. Vous y penserés s'il vous plaist, et si vous n'avés point le loisir de faire là dessus quelque expérience qui vous pourra venir en la fantaisie et que vous trouvères bon que je face, vous n'avés qu'à ' me la prescrire. Si vous estiez homme, ou si Testât des affaires comme de vostre santé vous permeltoit d'aller passer une partie de ces vacations à Boisgency, comme vous l'aviez projette, je seroye homme de parole à vous y aller tenir compagnie, et là nous expérimenterions mieulx toutes ces choses et plusieurs autres. Je croy d'avoir descouvert pourquoy le sel ammoniac est si picquant, si volatile^. Mais voicy bien plus de paroles que je ne m'estoye promis de vous dire. En recompense je n'escriray point à M' Garrat, mais je vous supplie de luy dire que je n attien que ce qu'il a observé 5 dans le mois d'avril * suivant ce que je croy de luy avoir marqué pour me mettre à escrire à Mons' Schickard^. Mes très humbles recommandations, s'il vous plaist, à Mons' le Baron

' Même observation pour les quatorze * Même observatiOD pour les douze mots

mots qui s'arrêtent à au^ssus. qui s*arrêtent à aoriL

' Même observation pour les neuf mots ^ Même obsei*vation pour les six mots qui

qui sVrêtent à voiaCile. s'arrêtent à SeUekard.

et à madame la Baronne. Je ne sçay si Mons' de S^ Marc n'a point encore rien sceu de la requeste civile que ma partie a obtenue contre son arrest.

Je suis tousjoura,

Monsieur,

vostre très humble, affectionné et obligé serviteur,

Gassend.

À Digne, ee vi de juillet i635 '.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

ABBB ET SEIGNEUR DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROT EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE,

ÂAIX.

Monsieur, Je receu hier au soir par monsieur Pena le manuscript du concile de Basie qu'il vous a pieu de luy faire donner. Je le conserveray pour le vous renvoyer avec les autres livres que j'ay à vous après avoir pris un extrait non seulement de la harangue que vous aviez eu soin de me faire copier, mais encore d'une précédente sous ce tiltre, propositio domini Pétri Dignensis Episcopi Ambaxiatoris Régis Siciliae coram generali concilio Basiliensi^. Et à propos de voz livres, incontinent après que Mad* de Spinouse fust arrivée en ceste ville il y a trois ou quatre jours je ne manquay point de l'aller trouver. D'abbord après qu'elle m'eust présenté voz observations elle adjousta qu'avant que de partir d'Ayglun elle avoit curieusement visité tous les livres que feu M"" de Flayosc y avoit fait porter, mais qu elle n'y en avoit point trouvé qui eust vostre

^ Autographe. Collection de M. Paul Ar- * L'ëvéque de Digne ëtait alors Pierre de

baud , à Aix , en Provence. En tête de la Verceil ou Versailles qui succéda à Bertrand

lettre on a mis ce titre : De la formation Raoul, mort en février i/i 3 a, et qui (îittraûs-

ieê sels, féré sur le siège de Meaux en octobre i iSg.

chiffre, lequel vous aviez pris la peine de luy monstrer. Je luy dy que vous en aviez mesme preste quelques uns à mons*^ de Flayosc qui n'avoint point vostre chiffre, et principalement des Espagnols et que si elle me faisoit la faveur de me les laisser voir, je les pourrois hicn recognoistre. Elle me repartist qu'il ny en a voit point d'Espagnols, et sur tout en matière d'histoire comme je luy avois dit, et sur ce que je luy avois fait comprendre que je sçavoy que mons' de Flayosc tenoit la pluspart de ses livres dans un cabinet en ceste ville, elle adjousta qu elle les visiteroit et que si elle en rencontroil point qui vous appartinst, elle me les consigneroit, mais jamais elle ne m'accorda, ou plustost ne me respondisl point sur la veùe que je luy avoy demandé de jetter sur lesdits livres. Je ne sçay quelle jalousie elle en a , ou si elle a peur que j'y descouvre le martyrologe dont je vous ay parlé autresfois, et qu'elle m'a autresfois nié d'avoir jamais veu parmi les livres de son feu mary, bien que par ce que j'ay appris des gens mesme de nostre chapitre il ne puisse vraysemblablement estre ailleurs que là.

Au reste un peu avant que de recevoir ledit manuscrit j'avoy receu vostre despesche de la fin du mois passé, qui certainement m'avoit ravy, voyant combien le temps vous avoit esté favorable pour l'o6«ervatian de VEcUpse^^ et combien vous n'aviez point appréhendé une si longue veille et tant de travail pour l'observer exquisement. De vray cella me sert d'une extrême consolation dans le peu de faveur que le ciel m'a dcsparlie en ceste occasion, puisque par vostre soin et labeur je pourray si advantageusement suppléer à ce qui me manque. Et je suis bien aise d'avoir laissé quatre ou cinq pages en blanc après la description de ce peu que j'ay veu , pour y insérer à ma mode vostre observation, au lieu que j'avois destiné ce vuide pour ce que je pourrois apprendre d'ailleurs, comme n'ayant point le courage de m'imaginer que vous eussiez peu voir grand'chose. J'attendray donc avec un peu d'impatience tout ce qu'il vous plairra de m'en envoyer.

Ces mots et tous les autres mots souligner Font é\ii par la main de Peire«c.

5â2 LETTRES DE PEIRESC [1035]

et cependant je vous diray que je ne suis pas moins satisfait que Monsieur le Prieur de la Vallete de cest échantillon dont il vous a pieu de me faire part. Nous en coUigeons ^ qu'il ne faut ponU absolummU s'en fer aux tableSy soù pour la précision des mouvemenSy saii pour les différences de longitude puis qu'au lieu que les EcUpses du printemps onl communément retardé ^ ceile-cy au contraire a si fart advancéy qu'au Ueu de ù8 minutes tempo ranées de différence en longitude que donnent les tables de Keppler entre le méridien A'UrmUbourg et celluy ^Mûr ou de Marseille, il s'y en trouve plus de 60. En telle sorte qu'en vain nous avoit rEphemeride fait espérer que la C [lune] se coucheroit en nostre horizon encore éclipsée, et quen vain vostre monde eust esté sur la montaigne de S*^ Aventure sur le lever du soleil quand mesme il eust fait beau temps. L une des choses que j'attends de voir en la suite de vosire observation^ c'est s'il n'y aura point de temps marqué pour quelqu'une des quatre phases que fay remarquées cependant que la (£ s'obscurcissoit, et principalement pour la dernière , lors de laquelle (qui fust de sept doigts et demy) je pense de vous avoir marqué que j'ay trouvé avoir esté deitx heures sept minutes. Â tout le moins est-ce celle que je tiens la plus asseurée; pour les autres je trouve qu'à cinq doigts il estait 1 h. 5à n^in. À six doigts [ici des développements astronomiques] Pour ce que vous avez recogneu qu'il y a bien

à dire d^observer avec la lunette ou avec la simple veue la chose est bien tellement considérable qu'elle fait environ un doigt de différence^ c'est à dire emporte quelques cinq minutes de tempSy ce que j'ay marqué par ma dernière lettre à Schickard sur la conjecture que j'ay eue qu'il ne se sert point de noz lunettes de longue veûe pour discerner les phases qu'il remarque et qu'il nous envoyé. Je pardonne bien au surplus à Mons'* de la Vallete de ne vous avoir point tenu compagnie, mais pour mons*^ de Barjemon de vous avoir respondu ji^a boum emi, etc. , je ne puis presque me tenir de dire mittite illum in tenebras exte-

' Nous nvons dëjè vu que sous la plume de Gassendi cela vei]^ dire : Nous en concluons.

[1635] ET DE GASSENDI. 5i3

riores. Cependant je vous baise très humblement les mains et suis tousjours, Monsieur,

vostre très bumble, très affectionné et très obligé serviteur,

Gassend.

À Digne, ce iij de septembre i635 \

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