‹ Lettres de Peiresc; (volume 3)Chapitre 31 sur 34 · CXXX · texte numérisé non relu

CXXX

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^ THEOLOGIE, PREVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, C'est à mon trez grand regret que me voicy encores eu arrérages a faulte d'une bonne heure de loisir, pour revoir, et remettre en bon ordre ce que la précipitation et nécessité du temps avoit faict escrire parfoys trop confusément en la suitte des observations de Tecclypse, dont le progrez de Tombre alloit si viste sur le corps de la Lune qu'à peine le pouvions nous suyvre, et avoir prins et couché par escript la haulteur d'une estoille fixe, et tout quante quand la description de la phase apparante, cependant qu'on prenoit la haulteur de la Lune que la face en sembloit non seulement altérée, mais notablement changée, de sorte que c'estoit à recommancer. Au deffault de cez Messieurs qui cherchèrent des excuses, nous eusmes une trez bonne assistance du bon père Théophile Minuti qui veult estre de la confrairie, et a bon courage d'aller faire quelque digne et importante observation aux

* Autographe de la collection de M. Alfred fiter de ses trouvailles dans la collection de

MorrisoD, esquire (Londres). Gommnniqpié Victor Cousin. À cette lettre est joint un

par M. Tbibandeau à M. Henri Berr, pro- billet en langue latine d'une autre écriture

fesaeur au lycée Buffon, lequel a bien (peut-être Boulliau), billet entièrement a»-

voulu partager avec moi sa bonne fortune , tronomique et où les chiffres sont plus npm-

de même qu*il a bien voulu me bire pro- breux que les mots.

U^ LETTRES DE PEIRESG [1635]

lieux mesmes où peuvent avoir observé cez grands hommes de TAntiquité, si vous luy en voulez donner les dimissoires, en sorte que soubs vostre bon plaisir il me prestera son nom à ce coup. Aussy bien tenoit-il, comme on dict, l'un des bouts de la corde.

Garrot mauioit le grand quadran de fer et escripvoit de sa main les haulleurs qu'il y prenoit, lesquelles un aultre escripvoit concurramluent ailleurs, et y adjoustoit la description des phases que dictoit celuy qui a voit Tœuil dans la meilleure lunette, tandis que deux aultres tenoient comme conterolle avec chascun sa lunette à Tœuil, pour y vérifier si celui qui dictoit la description de la phase, voyoit la mesme chose qu eulx , ou si la diiïerance en estoit considérable ou non. J'estime qu'il y aura des observations de touts les temps et moments que vous demandez, ou bien prez; mais je ne sçay pourtant si vous pourrez bien vous en satisfaire. Car aprez un ou deux doigts, et tout au plus jusques à trois du diamellre éclipsé ou illuminé de rechef, mon œuil ne pouvoit pas bien» commodément déterminer l'estimation des & , ou des 5, ou des 7, ou des 8 dans la précipitation et diligence qui y cscheoit, et me sembloitplus commode, ce semble , de marquer la proportion de la circonferance breschée de l'ombre, ou restante en clarté, et quelquefoys j'y mettoys Tune et l'aultre, mais il me sembloit que je desroboys mieux cette proportion là de la circonferance que celle de l'estimation des portions du diamètre, où je rencontray un aultre grand inconveniant vers la fin de l'ecclypse, en ce que la Lune s'approchant de Torizon , s'agrandissoit tellement que ce que j'avoys prins pour un doigt au commancemant de l'ecclypse, n'estoit quasi pas un demydoigt en ce temps là. Ce qui estoit cappable de me confondre plus que la portion de la circonferance. Combien que tout à la fin j'avois de la peine à voir tout le globe de la Lune dans la lunette d'un seul coup d'œil pour .son aggrandissement occidental. Mais vous ne laisrez pas d'y trouver possible vostre compte en toute façon, et de suppléer noz manquements par la suitte et proportion des unes aux aultres. Le pix est que sur la fin les fixes nous manquants, tant par les jiûes qui les couvroient que par l'arrivée du jour, nous ne peusmes

avoir que les différantes haulteurs de la Lune, et vous avez mesmes veu qu'en Tune des principales époques une nue nous avoit desrobé la Lyre. Il en fallut prendre une aultre lors incogneûe, que nous avons enfin trouvé devoir estre une qui ne pouvoit pas estre à la haulteur escripte, parce qu'elle estoit au droict d'un clocher, où ayant depuis porté le quadran un peu aprez avoir prins la mesme haulteur de la Lyre que nous avions marquée auparavant, il s'est trouvé que la précipitation avoit faicl regarder à contre sens sur le quart de cercle de fer pour en prendre les nombres, et avoit fait prononcer la pour 21, par le moyen de quoy tout revient à son deub, et c'est l'estoille du dos du Gigne, à mon advis, qui parut en cet endroictlà dans cet instant.

Au reste vous verrez par la lettre ci-joincte de M' Bouillaud que les niies l'ont quasi aultant incommodé comme vous pour les commancements et principales époques desquelles il n'a que le recouvrement de lumière, mais il en tire pourtant de si belles consequances de ce peu qu'il a veu que j'en suis ravy, et m'imagine qu'il auroit bien faict d'aultres discours, s'il eusse esté là où nous estions. Tant est que j'estime que vous serez merveilleusement aise de voyr qu'il ayt rencontré la phase des sept doigts d'observation comme vous , ce qui abrégera bien la peine de vostre calcul , en faisant la comparaison de l'une à l'aultre, la diiferance d'un demy doigt de plus ou de moings estant bien difficile à estimer à l'œuil, s'il n'y a d'autres adminicules de la circonferance. Or puisque vous avez eu tant de patiance, je vous supplie de l'avoir encores jusques à mecredy que je prendray le loisir de revoir le cayer de Garrat, et le vous envoyeray incontinant pour l'examiner, et voir s'il y aura rien qui puisse estre à vostre usage. Aujourd'huy j'ay receu une lettre du cardinal Bagni qui me dict avoir donné charge à Bologne, à Naples et à Gesena au Ghiaramonte, d'observer cette ecclypse, et qu'il m'en envoyerales observations. L'ordinaire d'Avignon passa hier, et reviendra dans 1 5 jours, Dieu aydant, tout chargé, comme je pense, de cez observations, car ses lettres seront de Rome du jourd'huy seulement. Le P. Kirser m'escript aussy qu'il l'observera

nPRlVtkll 1IATI*«ÀU.

5&6 LETTRES DE PEIRESG [1635]

pour lamour de vous, et en attendant, après yous avoir remercié de

la peine envers Madame de Spinouse , je demeureray,

Monsieur,

vostre, etc.

DB Peibbsc.

À Aix, ce 8 septembre an soir i635^

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

ABBlé ET SEIGNEUR DE CUISTRES ^ CONSEILLER DU ROT EN SA COUR DE PARLEMENT DE PROVENCE,

 AIX

Monsieur, Si bien monsieur Signoret nostre organiste que vous avez desja veu me vinst advertir hier au soir de son despart à ce matin, je ne vous escrivis point neantmoins à l'heure mesme, parce que je m'allois mettre à table, ny encore après souper, parce qu'oultre que ce nest pas mon ordinaire, je fus d'ailleurs diverty à faire reparer un insigne tort que i'uu des officiers de ce siège m'avoit foit, en permettant à mes parroissiens de la Glape de faire séquestrer mes grains décimaux sous prétexte de certaines réparations qu'ils disent vouloir faire , et ce sans m'avoir oûy, en telle sorte que n*en sachant rien j'y avois envoyé dez hier au matin des hommes avec du bestail qui s'en retournèrent à vuide. Je ne me suis point non plus mis à escrire dez le grand matin, bien ({ue je soye debout des avant les troiz heures \ tant parce que j'ay achevé de donner ordre à ceste affaire la, que parce que j'ay fait une courvée dont je ne suis tout présentement de retour que sur les six heures et demie , et dont vous ne serez pas fasché d'apprendre des nou-

^ Bibliothèque nationale, fonds français, taire La Poterie {Doeumenu tnèdiu sur Gai-

1 9779 , foi. 171. Autographe. êendi, p. aç) : «son eatude principale estoit

* C'était là chez Gassendi une yieilie ha- le matin, se levant tons les jours dès trois

bitude. On lit dans le Journal de son secré- on quatre beures*. • . . n

velles, sur la parole que monsieur Signoret me donna hier au soir d'attendre de partir pour Tamour de vous et de moy jusques à sept heures et davantage s'il estoit nécessaire; or la courvée que j'ay faicte, ça esté à S^ Vincent, ce monastère des Mathurins ou Pères de la S^ Trinité que vous pouvez vous souvenir d'avoir veu au haut de ceste montaigne^ au pied de laquelle est nostre eglize cathédrale extra mwroê^. C'a esté parce que devant Mercure commencer de paroistre du costé du Levant environ ces jours cy et y ayant une montaigne avec un rocher fort haut qui nous couvre cest endroit la icy à la ville , j'ay voulu esprouver si je ne le verroy point paroistre du dit monastère qui pour son assiete a l'horizon beaucoup plus libre, en telle sorte que lendroit auquel j'attendoy le compaignon n'est pas davantage occupé par des montaignes esloignées, que vous avez à Âix haute la Montaigne ou Rocher de S** Aventure • environ laquelle aussi je croy que 5 vous paroistra. Je ne l'ay au reste point sceu descouvrir,*ny ceux qui estoient avec moy non plus, bien que nous ayons tous regardé fort attentivement à Tendroict oii il devoit estre selon l'ephemeride, sçavoir est à environ la mesme distance du cœur du Lion vers le Levant qu'est le cœur du Lion de la plus claire qui est au col du mesme vers le Septentrion , en imaginant un angle droit fait en l'estoile du cœur par les lignes tirées vers luy du dit endroit et de l'autre estoile. J'ay esté un peu consolé en ne l'ayant pomt veu de ce que j'avois oublié de vous

^ Le couvent des rdigienx frinitaires avait été fondé dans les dernières années du !▼* siècle. (Chanoine Feraud, Hûtoire et géographie des Bassee-Alpes , p. 106.)

* L'ancienne cathédnde, appdée Notre- Dame -du -Bourg, classée parmi les monuments historiques, fat âevée dans le XI* siède, sur remplacement de Tëglise bfttie dans le iv* siècle par les saints évèqœs Domnin et Vincent {Ii.,iiid,, p. 109.)

' La montagne de Sainte-Aventure n'est autre que celle de Sainte-Victoire, qui domine le paysage d'Aii, au levant, et qui se

nomme en langue provençale Santo Venturi. L'ermitage qui ia couronnait était un ancien couvent de Camaldnies, remplacé de nos jours par une croix monumentale, portant sur ses quatre faces des inscriptions en latin , en grec, en français et en provençal. Un pèierini^ annuel y attire de nombreox visiteurs. Les ruines du couvent appartiennent, comme la montagne de-mème, à M. le marquis d'Isoard-Vauvenargues, neveu du cardinal de ce nom. (Communication de M. Léon de Berlue Perussis.)

donner avis par ma dernière, d'en advertir Garrat, bien que par adventure il s'en sera bien apperceu de luy mesnoe; à tout événement monsieur Signoret ma promis de vous rendre encore demain au soir ceste lettre, sur ce que je l'ay prié de le faire, afin que si Garrat ne sestoit point pris garde de cette apparition de $ jusques à présent, il vous plaise de le luy dire pour luy faire jetter les yeux de ce costé là dez aprez demain matin. Je m'asseure qu'il aura fait quelques bonnes observations sur ces rencontres considérables de la Lune avec Mars qui en fut presque baisé samedy, et avec ^ qui luy fust tout contre dimanche pour ne rien dire des approches de ^ et de 9 qu'il faisoit encore extrêmement beau voir à ce matin comprennant entre deux le cœur du ^ presque en pareille distance, à sçavoir ^ de 2 degrés 22 minutes et 9 de 2° 1 6'. Ainsi la face de l'Orient sera merveilleusement belle à ces jours suivans quand on verra tput d'une suite ces quatre planètes c? ^ 9 $ avec les estoiles du Lion. Mais voicy revenir monsieur Signoret pour prendre ceste lettre et j'appréhende d'abuser plus longuement de sa courtoisie. Ainsi je n'escriray point pour ce coup à monsieur Luillier, mais par adventure se rencontrera il quelque autre commodité entre icy et la fin de la semaine pour le faire. Si par cas fortuit je n'en rencontroy point, vous pourriez seulement, pour ne vous donner pas la peine de luy escrire, luy faire addresser ceste lettre, parce que pourveu qu'il voye de mon charactere ^ ce luy est assés. Or je me recommande très humblement à l'honneur de voz bonnes grâces, en demeurant tousjours, Monsieur,

vostre très humble , très aiïectionné et très obligé serviteur,

Gassend.

À Digne, ce 11 de septembre i635.

{Observation marginale de la main de Peiresc:) Il l'a observé fort à souhait la matinée du 1 2 et l'eusse possible veu

Pour écriture.

le 1 1 s'il ne se fust endormy, dont il eusl bien des reproches le mesme jour car il lavoit cherché dez le 10°** sans l'avoir veu paroistre^

k GASSENDI.

Monsieur, La Durance n'estant pas navigable, nostre ordinaire est eschoùé. C'est pourquoy vous n'aurez poinct de lettres du costé de Paris pour ce coup, mais en revanche vous en aurez de Rome de la part de M*^ de Fontenay-Bouchard, qui me prie de vous faire voir ce Crisis contre le pauvre Puteanus^ que vous aviez desja veûe icy, et possible plustost. II est bien empesché de ses contenances, car tantost il vouldroit succéder à M*^ Suarez (à cette heure evesque de Vaison) pour la charge de la bibliothèque du cardinal Barberin, tantost il vouldroit eslre à M' de NouaiHes, Ambassadeur ordinaire, et j'ay peur qu'en aspirant à touls les deux, il ne perde l'un et Taultre'. Nous avons icy M' Petit qui nous promet d'y estre tout ce moys Dieu aydant ; il est tousjours plus modeste et plus honneste; il va donner les Loix Attiques^ et ne s'est peu desprendre tout ce jour d'hily de la lecture d'un ancien Père grec, Ms. sur S^ Mathieu, dont nous ne sçavons pas le nom, d'aultant qu'il y manque le commencement, et jusques au quatriesme chappitre de S^ Mathieu, et encores un peu de la fin du dernier chappitre. L'escritture est de cinq à six cents ans environ. Il vous honnore grandement* et si vous estiez homme de parole pour l'advenir aussi bien que pour

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 9535, fol. a3&. Autographe.

* Erycius Puteanus (Van de Patte) dëjà mentionne en ce volume ainsi que dans les précédents.

' Peiresc avait deviné juste : Bouchard ne iîit ni bibliothécaire du cardinal Barberini, ni secrétaire de Tambassade du

comte de Noailies. Il finit pourtant par être attaché à la maison du cardinal en qualité de secrétaire des lettres latines.

* Gassendi n'honorait pas moins Samuel Petit et il a également célébré, dans la vie de Peiresc, sa vertu et son érudition, raram mrtutemerudUHmemque{]ibAV, année 1699, p. 335).

le passé et le présent, vous ne différeriez pas plus avant dans Tautomne pour nous venir revoir, afin de compenser en sa personne ce qui manque à toute la viile, sur quoy je demeure, Monsieur, .

À Aix, ce 18 septembre i635 \

vostre, etc.

DE Peirbsc.

GXXXIV k MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDI,

DOCTEUR EN S^® THEOLOGIE , PREVOST DE L'EQLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur,

J ay faict rendre tout ce que vous m ordonniez par la vostre du 1 8°^ excepté le pacquet de M' Luillier qui s'en ira par ie prochain ordinaire Dieu aydant. J'ay bien du regret d avoir tant différé de vous envoyer chose que vous attendez avec plus de sollicitude qu elle n'en sçauroit mériter. Je ne sçay d'où sortent les occasions non preveues pour nous embarrasser tous les jours de plus en plus. Vous ne tarderez pourtant guieres plus. Dieu aydant, et si je puis avoir quelque heure aujourd^huy, ce sera pour le premier, et Garrat nous envoyera son Mercure, sitost qu'il ne le verra plus, afin que vous le puissiez envoyer à M' Schikard plus tost que plus tard , avec TEclipse.

J'ay receu enfin un pacquet de lettres de M' le Lieutenant de Forcalquier' pour M' Yendelin ; si vous y vouliez joindre un mot pour

' Bibliothèque natloDak, fonds frpnçab, Provmee (Digne, 1890, în-8*). Lagréabk

1977a, foL 173. Autographe. autant qpe préeiae érudition du biographe

* Sur André Arnaud, ou mieiud'AnKaud, nous a fidt aussi bien oonnaltce le lieur

Tauteur des Joei, voir le recueil Peireso* tenant général de la sénéchaussée de For-

Dupuy (t. I, p. 169; t m, p. 717); mais ealquier que le précepteur des eu&nts de

voir surtout la fine ei savante notice de ce^ntilhomme. M. L de Berlue Penissis sur WendcUn en

l'animer à Texecution de sa promesse de nous venir voir, vous obligerez * bien ledict s' Lieutenant et tous ses amys, sinon il fauldra attendre vostre commodité comme vous attendez celle de voz amys et serviteurs plus patiemment qu'ils ne méritent. L'ordinaire de Rome passa hier, et me laissa afforce lettres sans aulcune de ceulx qui pouvoient avoir recueiliy des observations de l'Eclipsé, dont je fus bien marry, car les plus fraisches estoient du 7 septembre. Possible viendront-elles par Lyon. Sinon il fauldra attendre à un moys ou à six semaines d'icy, auquel temps j'espère qu'en toute façon nous en debvrons avoir. Cependant nous avons apprins par ceste despesche le deces du pauvre M' Raphaelis à Rome S dont M** de la Ferriere qui l'a traicté durant six semaines m'escript tout le destail par une lettre du 7 de ce moys^, auquel jour il deceda. Messieurs du chappittre en ayants eu le vent, esleurent en sa place le R. P. du Ghesne de l'Oratoire, qui est en Guienne, mais j'estime que le Pape y aura pourveu, la vacance estant advenue en cour de Rome. Le dict s^ de la Ferriere m'escript d'avoir anatomisé un cheval dé M"^ l'Ambassadeur', et y avoir trouvé la vessie remplie d'urine, d'où il argumente que le remède prattiqué pour la suppression aux chevaux, pourroit par un peu de chattouillement irriter la faculté expulsive. Il me parle d'une grotte prez de Givita- Vecchia dans laquelle des ladres et veroUez incurables s'estants couchez une nuict touts nuds ont esté guaris par un estrange remède de certains serpens vellus qui leur vont succer les playes et en les laischant ou avec l'haleine les mettent en estât de guarison*. M' Menestrier alloit pour en apporter quelque relation plus exacte au cardinal Bagni. Le cavalier del Pozzo m'envoye la relation en espagnol de ce blessé des espines de prunier qui avoit produit des marques d'une plante espineuse en son corps, et m'envoye le dessein de Tune de ses espines. Je

* C'était nn ecclésiastique d'Aix dont le ^ Encore une lettre perdue du docteur

nom revient souvent dans la correspondanoe agenais ! de Peiresc qui lui a adresse une seule leUre. ' Le comte de Noailles.

Ihi moins n*en conserve-t-on qu'une parmi les * Ce singulier rëdt fut plus tard démenti ,

roinutesde ringuimbertine(reg. II, fol. 466). comme nous allons le voir.

vous euvoyeray le tout, Dieu aydant, en son temps, et demeure tousjours, Monsieur,

vostre, etc., et meilleur amy,

PE Pbiresc.

À Aix, ce 9 1 septembre 1 635 *.

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESC

ABBÉ ET SEIGNEUR DE CUISTRES, CONSEILLER DU ROY EN S\ COUR DE PAARLMENT DE PROVENCE,

À AIX

Monsieur, Je receu avant hier le pacquet de Monsieur Luillier venu par le dernier ordinaire. Desja auparavant j avoy receu celluy qui estoit venu par le précèdent avec la lettre qu'il vous avoit pieu donner à M' Signoret nostre organiste, qui en me randant vostre despesche m'engagea à vous remercier, comme je fay de tout mon cœur de la faveur que vous luy avez faite en faisant appeiler sa cause. Il ne faut point s'il vous plaist que vous vous pressiez de m'envoyer vostre observation touchant TEclipse dernière , je la recevray asses tost quand ce sera sans vostre incommodité. Ce que je regrette le plus, c'est d'avoir laissé esgarer le fueiHet dans lequel vous m'aviez fait marquer les quatre points principaux, mais c'est là un trait de ma négligence ordinaire. Pour empescher que ces papiHottes ou plumetifs de mes observations ne s'esgarent plus j'ay commencé despuis quelque temps d'escrire le tout en une main de papier toute entière que j'ay cousue et couverte d'un parchemin à ce dessein. Et à propos d'esgarement, je souhaitte bien qu'avant l'ouverture vous ayez eu quelque heure de loisir pour voir si ce

^ Bibliothèque nationale, fonds français, 19772, fot. 11$. Autographe.

chetif cahier de physique se seroit peu retrouver, non pas que je regrettasse la peine de le refaire, mais parce que je n'en sçaurois venir à bout pour avoir perdu toutes les particulières mémoires et sur tout des passages des anciens autheui^ sur lesquels je Tavoy basty. Pour les observations de Mercure, les nuées ont esté si importunes durant quelques jours, que je nay sceu voir ce planète à souhait despuis le 2 0°** de ce mois qu'avant hier au matin 2 5®. Si le sieur Garrat a esté plus heureux que cella, en telle sorte qu'il me puisse fournir quelque supplément, j'en seray très aise. Nous eusmes icy des esclairs, tonnerres et pluyes de mesme que vous durant la mesme nuit du 20* au 2 1*^. Nous en eusmes encore hier au soir avec un vent fort impétueux qui a continué avec la pluye durant presque toute la nuit, et principalement à S* Vincent où à bonne heure me prist la pluye sur l'entrée de la nuit en y arrivant. Je n'avoy point encore pensé d'escrire à M"^ Vendehn sur l'opinion que j'avoye et qui me continue encore si ce n'est que vous m'en guérissiez qu'il n'est pas possible de luy faire tenir des lettres dans le païs oîi il est, attendu Testât des choses. Oultre ce qu'il a deziré par la lettre que vous avez veûe d'apprendre des nouvelles de TËclipse qu'il attendoit au mois d'aoust aussi bien que nous, et que je dois attendre de luy donner, jusques à ce que je sçache si vous vous donnerez la peine de luy escrire vous mesme vostre observation ou si vous me voudrez laisser le soin de la luy communiquer après l'avoir receûe. J'ay bien regretté la mort du pauvre M' Raphaelis. 11 ne devoit guiere moins attendre de ce voyage attendu son eage, ses incommoditez , le pais et la saison, que ce qui luy est arrivé, mais oblatus est quia ipse voluit. Je tien avecques vous que le pape aura pourveu à son bénéfice, mais si rien oblige celluy qui aura la provision de céder son droit à celluy que le chapitre a choisy, ce sera l'obligation attachée audit bénéfice si ce n'est que ce ne soit point un Italien ny quelqu'un qui soit pourveu à la poursuite et réquisition de monsieur l'ambassadeur ou de monsieur le cardinal de Lion mesme.

Je vous baise très humblement les mains de la part qu'il vous a pieu de me faire de ces curiositez observées par monsieur de la Fer-

IVFItlRMI lâTMIAU.

riere et par M' le cavalier delTozzo. Elles sont Ires considérables et f en feray bien mon profit. Cependant, pour ne perdre pas loccasion du despart de monsieur ]e conseiller de Gaubert auquel je vais envoyer par un garçon exprès ma despesche, et pour incontinent après aller faire collation et partir de là gaigner la montaigne, je vais finir après avoir très humblement salué madame de Valaves, monsieur le Baron et madame la Baronne en demeurant tousjours, Monsieur,

vostre très humble, très affectionné et très obligé serviteur,

Gassend.

À Digne, ce 97 de septembre i63S ^

À PEIRESC-

Monsieur, Ayant appris le passage de ces bons pères par ceste ville, je n en ay pas voulu perdre Toccasion pour vous faire ce mot et en accompaigner la lettre que je viens d'escrire à Monsieur Luillier. C'est encore pour vous dire que je me mettray à escrire à Monsieur Schickard incontinent après que le sieur Garrat m'aura communiqué ses observations de Mercure pour les joindre aux miennes. La dernière que j'en ay peu faire à cause des nuées est du â5°^ du mois passé, le ciel ne m'ayant point despuis esté favorable jusques au premier de ce mois auquel jour ce planète ne fust plus veu en estât de pouvoir estre observé. L'on m'a proposé une voye d'accommodement pour mon affaire, lequel, s'il pouvoit réussir, je seroy non seulement paisible dans mon bénéfice, mais encore descfaargé de pension. L'accident arrivé aux Mées est cause qu'il n'en aura pas esté parlé plus avant, mais j'espère qu'au premier jour nous en pourrons renouer le traitté. Cepen-

^ Bibliothèque nationale, fonds français , 9536, foi. s36. Autographe.

dant la chose est secrelte et je ne vous en touche ce mot qu afin qu elle ne vous soit point ignorée dez sa naissance. Je m'en vay en escrire le détail à Monsieur le prieur de la Vallete qu'il vous pourra communiquer si toutesfois ces bons religieux n arrivent point si tost pour prendre ma despesche. C'est en demeurant tousjours, Monsieur,

vostre très humble, très affectionné et très obligé serviteur,

Gassend.

À Digne, ce iv d'octobre t63S.

Voyla ces bons peres arrivés, ce sera donc pour une autre fois que j'escriray à M*" delà Valette pour avoir son advis du tout^

k PEIRESC.

Monsieur, Je ne vous fay ces lignes à la haste que pour accompagner une petite despesche à Monsieur Luillier et vous dire que j'ay receu l'observation du père Kircser faite à Rome. Je n ay point encore eu le loisir de l'examiner, mais je le feray dez demain Dieu aidant pour en faire pail au bon homme Schickard auquel j'ay commencé d'escrire depuis que j'ay eu receu les observations de Mercure par le sieur Garrat J'auroy continué s'il m'eust aussi envoyé l'observation de l'Ëclipse toute entière, mais en ayant à tout le moins les points principaux, je ne lairray pas de poursuivre sauf d'adjouster après le reste ou par la mesme lettre ou par une autre en laquelle il faudra faire part au bon homme d'autres choses. Par adventure aussi sera-il arrivé quelque chose encore du costé d'Italie ou d'ailleurs, et pour le plus tard nous pourrons faire le sup« plément du tout après que ? aura paru et disparu tant le soir que le

* Bibliothèque nationale, fonds firançais, 9636, Sol. 938. Autographe.

matin dans les deux ou trois mois suivans. Je n ay point manqué de cercher la lettre de M' Galilei touchant l'invention du père Linus, mais asseuremeut elle n*est point demeurée icy et je la vous ay sans doute renvoyée avec un grand fagot d'autres. Je seroy bien regretteux qu'elle fust perdue, parce que je n'ay point aussi retenu de mémoire de l'invention du mesme Galilei approchante à mon advis de celle de l'autre. Mais il se pourra faire que vous la rencontriez quelque jour quand vous y penserez le moins. L'entremetteur de mon affaire est encore absent à Aix pour le sujet que je vous ay dit autresfois, c'est pour-

quoy toutes choses demeurent * comme moy toujours,

Monsieur, ,

vostre très humble, très affectionné et très obligé serviteur,

Gassend.

À Digne, ce a o d'octobre i635*.

GXXXVIII

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTEUR EN S^^ THEOLOGIE ET PREVOST DE L'ÉGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Je suis bien honteux d'avoir fait de si longs arrérages avec vous, et que non seulement je doibve responce à deux de voz lettres, mais que je ne vous aye encore peu envoyer tout plain d aùltres lettres d amys que j'avois envie de vous communiquer, et le petit verbal de lecclipse dernière, pour raison de quoy je n'ay point d'excuse. Aussy n'en sçauroîs-je employer que la seule confiance en vostre bonté que j'ay estimée assez grande pour excuser toutes les faultes que peut commettre un vostre serviteur, quand bien il abuseroit de vostre courtoisie, comme je

* On trouve ici un mot illisible; illi- que sûrement tout le monde reconnaîtra, sible même pour le plus habile des palëo- * Bibliothèque nationale, fonds français,

graphes que je ne puis nommer, mais 9536, fol. aSg. Autographe.

recognais ingenûemeut d avoir faict qaoyqu'à mon grand regret. Il est vray que depuis quelque temps il ne m'a pas manqué d'occupations fascheuses et cappables de mettre bien à Tespreuve la constance humaine à supporter les morsures des serpents domestiques que Ton a pris peine à norrir^ ayant eu puisqu'il plaist à Dieu en la maison de céans depuis hier à la suitte de la sollicitation de quelques jours précédents un acte d'ingratitude et impiété dont l'on n'avoit point encore ouy parler de plusieurs siècles et qui me faict appréhender, pour peu de vie qui me puisse rester en l'ame, d'en avoir encore trop pour ne pas en voir le chastiment exemplaire que Dieu luy reserve indubitablement.

Je receus hier au soir afforce lettres dltalie revenues d'Avignon où l'ordinaire les avoit passées par quelque équivoque entre lesquelles je ne doubte point qu'il n'y aie quelque observation de l'eclipse, mais je n'a y pas encore peu prendre le tems de voir ce que c'est, me trouvant ahcté, et si celluy que M" Besson m'a dict estre prest à partir m'en donne quelque heure de loysir, je seray bien ayse d'y chercher des objectz qui me puissent divertir des aultres plus fascheuses considérations. Cependant vous aurez le pacquet ordinaire de M' Luilh'er avec une petite lettre que je crois estre de M" Hortensius puisque je la vois accompagnée de deux exemplaires d'un sien libvre de Oculoj dont je vous envoyé l'un, comme je vous envoyay l'aultre pour le livre de Primirosius contre Arvœus de circulatione sanguinis^, lequel je suis chargé d'envoyer à Rome avec le volume de insectis ^, et deux opuscules de Verulamius^ en langage anglois; mais j'attendray que vous ayez faict de celluy là, vous priant de ne point escripre de Téclypse à M^ Schi-

^ Peiresc applique à son ingrat neveu la vœi de circulatione singwnis (Londres,

comparaison classique du serpent réchauffe 1 63o , in-&*).

dans le sein du bienCûteur qu*il va mordre. ' Le livre de^^Mouffette. Voir recueil Pei-

' Primerose était un savant d*origine resc-Dupuy, t. III, p. 187, 819, 636.

écossaise qui mourut à Bordeaux en 1660. * De François Bacon, baron de Vérulam,

Voici le titre complet de son traité : Exer- si souvent mentionné dans le recueil Peiresc-

citathnes et anmaioermnei in Ubnm Har~ Dupuy.

kard que voub n'ayez receu tout ce que je vous en envoyeray à la première commodité, sur quoy je demeureray.

Monsieur,

Yostre, etc., et meilleur ami,

DE Peibesc.

A Aix, ce^S octobre t635 ^

À PEIRESC

Monsieur, Tout en ouvrant ]a despesche et le livre qu il vous a pieu de m en* voyer, cest homme amené icy par Monsieui* Taiil m'est venu dire qu il partoit pour Âix, ayant desjeuné et tout. le lay prié d'attendre un petit quart d'heure pour me donner le loisir de parcourir le dit livre afin de le vous renvoyer, puis que vous dezirez de luy faire passer les monts et que le messager d'Avignon doit passer par Aix dans la semaine suivante, durant laquelle mesme je ne suis point asseuré de trouver d'autre commodité à cause de la foire que nous avons en l'autre d'après. J'ay donc desja jette légèrement les yeux sur ce livre et ne trouve pas que l'nulheur^ soit si hahile homme qu'il doive entrer en comparaison avec celluy contre qui il escrit, bien que par adventure au fonds il ait quelque sorte de raison. J'aimeroys bien mieux voir ce que luy doit desja avoir reparty l'autre. Il est vray que je n'ay pas eu le moyen de voir et moins d'examiner tout ce que cestuy-cy a dit. Je vous r'envoye donc le livre avec mille remerciemens pour la continuation de tant de faveur. Je n'ay point continué ma lettre à Schickard parce que j'ay creu nécessaire de voir préalablement vostre observation de l'eclipse toute entière pour la pouvoir mieux conférer avec celle de M' Bouillaud

^ Bibliothèque nationale, fonds Grançais, 1 977s , fol. 177. De la maid à'na aeerâaire. — * Il s'agit de Primerose, mentionne dans la lettre précédente.

et la mienne. Desja si M' Bouillaud a esté exacte comme je le croy et

s'il y eust quelque mesconte en l'observation de Monsieur Midorge de

Tannée i6a8, ces observations icy concourent fort à nous remettre, je

yevL% dire ceste ville au mesme méridien ou peu s'en faut que celluy

de Tubinge, de quoy nous estions eu mesfiance nonobstant les deux

ou trois éclipses précédemment observées à Tubinge et en ce pais cy.

Vous m'obligerez donc s'il vous plaist de m'envoyer au plus tost toute la

suite de vostre observation, quelle confusion qu'il y puisse avoir, parce

que je ne lairray pas de desbrouiller et bien comprendre le tout.

Pour l'observation de Rome, elle n'est pas de trop grande asseurance,

encore neantmoins vaut elle mieux que pas rien. Je regrette bien fort

que cest homme icy qui s'impatiente desja bien fort ne me donne point

le loisir d'escrire un mot à Monsieur Luillier, mais vous m'obligerez s'il

vous plaist de hiy faire faire un mot d'excuse*

Je demeure toujours,

Monsieur,

vostre très et [sic) serviteur,

Gassend.

À Digne, ce 97 d'octobre i635 *.

GXL

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSEND,

DOCTBUB BN S^ THZOLOGIE ET PBBVOST DE L'iCLISE CATHEDRALE DE D16KE,

Monsieur,

Je viens de recepvoir vostre lettre du 27^ avec le libvre de Prime-

rosius, où je suis bien marry que vous n ayez plus trouvé de subject

de satisfaction. II n'y avoit rien qui pressast si foii; de le renvoyer, car je

pensois vous avoir maodé que s'il n alloit par cet ordinaire, il attendroit

* Bibtiolhèque natioiitle, fonds friinçais, 9536, fol. 176. Aolographe.

1 auitre. Mais puisqu'il n'est pas homme à se comparer à Harvœus, il n y a rien à regretter. J'ay depuis veu quelques unes de mes lettres d'Italie, parmy lesquelles j'ay trouvé que le cardinal Barberin m'envoye un petit abbregé de la mesme observation du P. Athanase [Kircher] pour l'eclypse dernière, et une auitre que vous estimerez bien mieux, je m'asseure, parce qu'il a prins les haulteurs de quelques estoilles fixes. Mais il ne se nomme point, et le cardinal mesmes ne le nomme pas non plus. J'ay faict extraire les parolles de sa lettre, afin que vous voyiez à quoy il en est. J'ay trouvé dans un auitre pacquet du cardinal Bagni une observation de Naples d'un Espagnol qui dict avoir mesuré la haulteur de la Lune avec un bel instrument, mais il ne parle poinet d'avoir prins la haulteur d'aulcune estoile, et neantmoins faict un calcul fort particulier; mais j'ay peur quil l'aye prins sur les suppositions de <]uelques tables astronomiques puisqu'il parle de la fin de l'eclypse k i 3 minuttes soubs l'orison; ce qu'il ne pouvoit pas voir, et toutesfois il allègue un mathématicien présent. Il y a un autre papier dans lequel il y a trois différentes observations faites à Rome, l'une parle P. Incofer (qui est celluy dont le P. Athanase disoit avoir esté assisté), l'aultre par le P. Grimberger qui avoit si souvent assisté le P. Scheiner, et un troisiesme qui n'a pas voulu estre nommé. M' Naudé m'a escript une grande et longue lettre de je ne sçay combien de feuilles^ dont je n'ay peu lisre que la i'®, où il est dict que le Gamillo Glorioso de Naples a observé et rapporté quelques parolles du commancement de l'observation el des dimensions qu'il voulut prendre des haulteurs d'Adébaram^ mais il n'en met point la mesure que l'on luy promet avec le calcul fort exacte dudict Gamillo Glorioso. Il attend encore l'observation

^ Cest assurdment la lettre qui, dans le « (p. ii&) de substituer i635 k i636. Ma

fascicule XIK des Correspondants de Peirese, proposition de 1887 est justifiée par la date

n^occupe pas moins de seize pages (98 à de la présente lettre, Peirese, le jour oà il

1 1 A). Les observations de CamiHo Glorioso récrivait, ayant reçu récemment celle que

y sont mentionnées (p. 99). Cette lettre, Naudé lui adressait de Rieti un mois au-

dans la copie de la Méjanes, porte une date paravant. inexacte : a8 septembre t636. J'ai proposé ' Sic pour ^Ueioroit.

de TArgolî de Padoûe, estimant que tout cela viendra par le prochain ordinaire dans une so^ de jours, tandis que je verray de vous faire envoyer les nostres, bien marry du retardement et de la peine où vous tient ceste attente, demeurant, Monsieur,

vostre, etc.

DE Pbibesc.

À Aix, oe d8 octobre i635 \

GXU

À MONSIEUR, MONSIEUR GÂSSEND,

DOCTEUB EN S^ THEOLOGIE ET PREVOST DE L*^6LISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur,

Voz charitables remonstrances m*ont grandement consolé dans le sentiment de mon affliction, dont je ne vous avoys pas desduict le subject, jugeant bien que vous le devineriez aisément, en ayant veu les préparatifs de si longue main, et ayant trouvé si peu de disposition en celuy que j*ay tant obligé ^, de m'en tesmoigner tant soit peu de gratitude. Il avoit eu assez de temps pour cuver son vin, et songer à se recognoistre, mais il est toujours allé de mal en pix, et vous n'en sçauriez rien imaginer de pire que ce qu'il a faict.

Je suis bien aise que vous soyez donné la peine d'escrire au bon P. Mercene. J'envoyeray vostre lettre à M*" Luillier pour la luy faire tenir, et tascheray de la lisre avant qu elle parte d'icy par le courrier si je peus , vous faisant ce mot à la desrobée des visites qui m'assassinent dans mon iict , afin d'accompagner les lettres cy-joinctes de Rome

' BiUiothèqae natioaide, fonds français, tard Gassendi eut, h son tour, beaucoup à

1 977s , fol. 36o. Autographe. se plaindre des procédés du neveu de Pei^

' C'est Toccasion de rappeler que plus reècyoïrOoemnenUinéUtideGaMundiffAS.

If. 71

sur la grotte des serpents, où vous verrez la differance des relations de visu à celles de auditUy et je demeureray, Monsieur,

vostre, etc. et plus cordial amy,

DE Peirbsc.

À Ail, ce 5 novembre i635 *.

aesi

À MONSIEUR, MONSIEUR GASSENDY,

DOGTEOR EN S^ THEOLOGIE ET PBEVOST DE L'EGLISE CATHEDRALE DE DIGNE

À DIGNE

Monsieur, Je viens de recevoir vostre despesche du ij°^ par un honneste homme qui me dict s'en retourner encor à ce soir, ce qui me faict incontinant asseoir sur mon lict pour prendre la plume, et avant que vous re5ipondre vous advertir qu inesperement faisant remuer des pilles de mes papiers à Gorberan pour chercher un livre que M' du Puy me demande, d où aultresfoys M' de Cordes avoit extraict le Journal du Roy Henri III qu i! fit imprimer^, je vis paroistre dez mon lict vostre cahier des 5 sens de nature^ que je recogneux à la forme, et en effect cestoit le mesme Gorberan qui m'advoiia de l'avoir mis au lieu mesme où il Tavoit depuis couvert d'aultres pilles , à mesure qu'il cherchoit quelque auitre chose pour moy. Je suis si aise de ceste trouvaille que de long temps je ne le fus tant, et vous respons que cela m'a faict saige pour choses pareilles à l'advenir, et le vous renvoyeroys bien volontiers par le présent, si je

^ Bibliothèque nationale, fonds français, fut doonée par Pierre Dapuy à Paris, ai

12773, fol. 18a. i6fli, in-4'.

' On sail qne la première édition da ' C'est ce que Gassendi, dans une lettre

Journal de Henri III, par Un audienckr de précédente, en réclamant ce manuscrit,

la Chancellerie de Paris (Pierre de TEstoiie) appelait son traité de physique.

peosoys qu en fussiez pressé. Mais m'imaginant que ce n'est que pour le remettre en son rang que vous en estes en peine , puisque vous ne m'avez pas encore mandé d'avoir reprins le train que vous interrompistes pour la poursuitte de vostre procez lant de temps y a, je me flatte jusques là que vous ne trouverez pas mauvais que je le retienne encore quelques jours, s'il vous plaict, comme je vous en supplie, pour voir si je pourroys prendre le loysir de le lisre bout à bout bien attentivement, comme je le desireroys à cette heure que les aultres experiances que nous ayons faictes nous peuvent donner entrée à mieux comprendre voz règles et maximes, et pour chercher de nouveaulx divertissements à l'object domestique si disposé à me fascher, dans les suittes de l'affaire dont M' de Saint Martin vous a entretenus lequel véritablement vous en peult dire plus que tout aultre comme le seul plus sage et qui fut choisy comme le plus digne de toutes les enquestes pour estre honoré de leur deputation, et pour aller faire la proposition aux chambres assemblées de leur part d'un règlement de la discipline du Palais, luy qui est si bien discipliné, et si amateur de l'ordre et de l'honneur du charactere des officiers de la Cour, aussy bien que de celuy de sa maison, où il se porta avec la véhémence et l'impatiance qui a produict de si beaux effects dans le palais et dans la maison d'un de ses confrères. Mais puisque sa sœur avoit tant travaillé de son costé envers ma nièce pour la mettre en mauvaise humeur contre nous et que son beaufrère m'avoit rendu en* Cour touts les mauvais oflSces possibles pour y flatter la passion aveuglée de mon neveu , et pour le porter à la foUie qu'il a faicte esclorre, en vengeance de vostre affaire, ce dict-il, mais plustost en espérance d'obtenir sa subrogation en ma place de xn°^ pour entrer en la compensation des 50"^^ de feuilles [«ic, probablement de tailles] anuellement, il estoit bien raisonnable que M' de S^ Martin y mist encores la main à sa mode pour couronner l'œuvre et faire mieulx parler de luy en recognoissance des bons offices que luy et toute sa maison avoient receus de nous et de la nostre en mille occurrances et de

^ Nous avons vu plas haut que François Tricbard, seigneur de Saint-Martin, avait été reçu conseiller au parlement d'Aix en mai 1699.

la grâce non méritée qui iuy avoit esté faicte de si fraische datte , ayant esté assisté pour collègue eu sa deputation d'un aultre personage, qui n'est pas de gueres moings de marque, à sçavoir le s' de Gordon r qui s'est signalé en tant d'aultres violances et faicts héroïques, comme il croid, et qui se faict tant d'honneur de sa robbe, tant est, dicls-je, que M' de S^ Martin pouvoit bien vous desduire au vray la procédure dont estoit question , puisqu'il avoit esté si avant du conseil , pour ne dire complot, et monopole ourdy de si longue main , et qu'au refus de toufs les aultres qui avoient un peu de pudeur, il fallut recourir 4 iuy pour exploicter de si louables entreprinses qui ont tant faict discourir le monde, et augmenter la réputation qu^il s'estoit acquise entre les gents d'honneur et de discrétion qui en sont demeurez si scandalisez et si mat satisfaicts de toute la Compagnie, que j'ay grand subject d'en regretter l'interest gênerai plus que le mien particulier, pocn* lequel vous avez fort bien deviné que peu de chose estoit cappable de me faire prendre la resolution qui y peult escheoir; mais pour ne pas abandonner le public qui a esté si oultragé en ma persone, il me fault malgré moy prester le nom et le collet pour en tirer la réparation telle qui s'en peult espérer en ce siècle, et c'est ce qui me tient en peine et soucy, veuille je ou non, en attendant ce qui s'y pourra faire pour faire cognoistre it cez jeunes gents leur tort et leur debvoir envers leurs anciens. Cependant comme il est bien difficile de ne ressentir quelque attainte d'inquiétude, je m'en deffends le plus que je peus, et affecte touts les divertissements cappables de m'esloigner. Mon sesjour dans le lict durant xvni ou \x jours n'ayant pas empesché que nous n'ayions faict faire en nostre présence la dissection d'un œil de chevreuil que noz gents de Rians avoient pris à la chasse dans noz boys, où nous trouvasmes, sammedy dernier, le miroir concave du fonds avec sa teinture et lustre métallique argentin, accompagné des couleurs de lopale ou nacre de perle admirables, mais entre la bulbe de l'œuil et les paulpieres, il y avoit comme aux aigles une membrane garnie d'un cartilage en forme de ressort cappable de recouvrir la prunelle de l'œuil et s'y estendoii; en sens oblique ou en escharpe, comme à laigle, venant de vers le ba»

desûarrines en hault vers les oreilles, et estoit blanehe bordée de noir, comme celle du renard, et quasi du tout pareil au renard, qui avoit aussy la bordeure noire, et sur qui nous avions par deux foya trouvé ce ressort ou bandage de cartilage de différante forme, au rombe spherique des cartilages de l'aigle, et de ceulx du chat, dont ils recouvrent la prunelle de leurs yeulx par le dedans de leurs paulpieres. Nous vismes encore l'œil de coc d'Inde, et voulions voir celuy de lièvre, mais la compagnie qui survint nous en envia le plaisir, qui fut différé à une aultre foys, et la compagnie m'ayant laissé, le temps s'estant addoucy, je commancay de me lever un peu du lict, car mes petits accez^ de 6ebvre double tierce avoient cessé au xiv^ la nuict de jeudy au vendredy que j'eus le plus long de touts les précédants, mais au xv et xvl^ -et cette nuict au \\n^ je n'en ay comme poinct eu de ressentiment quoyqu hier je fus à la messe, et debout une bonne partie du jour, comme je faicts estât de me lever tantost. Dieu aydant, au bon du jour. Ayant un peu recouvré de someil depuis quelques jours et consequament de quiétude d'esprit, je n'eus pas meshuy de mal de teste durant tout mon xiv°^accez, comme devant, quoyque plus long que les aultres, ce qui me fit espérer la cessation d'iceulx à Tadvenir, qui s'en est ensuyvie si à souhaict avec un peu plus d'appétit et de vigueur.

Au reste, je receus 3 exemplaires de la harangue d'Hortensius, de sorte qu'il m'en est demeuré deux sans y penser, car je n'en pensoys avoir reteau qu'ua» mais il y aura bon remède Dieu aydant. Je ne l'ay pas encores leu , car de me la faire lire par d'aultres, je ne sçay si cela me suffiroit, la lecture d'aultruy n'estant bonne que pour des choses qui ne veullent pas tant d'attention que les matières de mathématiques, où il faut poser le pîed un pas aprez l'aultre sur le ferme, comme quand! oa grimpe par de^ lieux scabreux ^ et non pas courir ne mar^ quer mesmes le pas ordinaire.

Je viens de me faire représenter les deux exemplaires de ce livret, où j'ay trouvé vostre nom et celuy de M' Valoys escript de la main de l'autbeuf ; c'est pourquoy je vous les envoyé touts deux, sauf de recouvrer de vous le tro.isiesme tout à loisir, ou peult-estre retiendray-je le vostre

566 LETTRES DE PEIRESG [1635] .

pour y jetter les îeuk, si je peux, en attendant le mien. Quant au Ptolemée d'Âliatius, vous le pouvez retenir tout à faict, car j'en ay receu deux de Hollande, et oubliay de le vous dire, en le vous envoyant, n'en voulant pas envoyer en Italie pour ne faire tort audict ÂHatius qui le voudra présenter luy-mesmes.

J'aymeroy bien mieulx qu'il eust trouvé une semblable paraphrase sur YAlmagestey ou quoyque ce fust en cette matière, plustost qu'en celle du Quadripertite. Je vous envoyé la lettre de M' Luillier pour y voir les observations du s' Boulenger sur ses propres ieulx. Le P. Gelestin de S^^ Liduine ni'escript du 5 aoust qu'il preparoit une bonne observation de l'eclipse lors prochaine, et y vouloit engaiger d'aultres de ses aniys intelligents en cette sorte de science, et un qui m'escript de Leyde du 2 3 aoust, m'escript qu'il y avoit deux navires en leur port qui feroient voile dans quelque temps par lesquels j'attends cez observations, comme le P. Agathange m'en a promis du Gayre. Nous aurons, je m'asseure, la semaine prochaine au retour de l'ordinaire de Rome, celles de Gamillo Glorioso et de l'Argoli. Cependant je verray de ranger la nostre, si j'ay un peu de relasche sur pied, et demeure.

Monsieur,

vostre, etc. et plus cordial amy, DB Peibbsc.

À Aix, ce XII novembre i636'.

GXLin

À MONSIEUR, MONSIEUR DE PEIRESG

ABB^ ET SBI6NEUB DE GUISTRES, ,

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