IL-LEG-VIII-AVG
NO-COLONIAE
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PARIS
Monsieur, Vostre despesche du U est veniie conjoinctenient avec celle de M' vostre frère du 9 par nostre ordinaire dernier, mardy au soir. Je
' Peiresc écril comice pour corniche, comme l'écrivait Olivier de Serres dans ceUe |))irase du Théâtre d'Affricutlure citée par Lillré : tfl^es pigeons se nielteiit sur le
toit es comices ou ceiutures euvironnans le colombier.» Les Italiens disent aussi cornice.
'' Vol. 716, fol. 391.
suis marry que vous n'ouvristes le pacquet de M"^ Rubens pour voir ce qu'il y touchoit des curiositez. Je luy ay l'aict aujourd'liuy responce, et me suis laissé emporter si avant en discours sur toutes les antiquailles ' (dont il m'avoit envoyé des empreintes arrivées peu auparavant) , qu'avec un peu de visites ma journée s'est escoulée sans que j'aye satisfaict à mon debvoir en vostre endroict, ne de M' vostre frère. Il fauldrà que vous m'excusiez pour ce coup, et que vous preniez en escliange ce que j'escripts au dict sieur Rubens, ayant laissé sa lettre ouverte exprezafin que vous y voyiez ma justification, et comme cez petites badineries me prennent par le nez, tout aiusin que faict la moustarde, ne me pouvant tempérer en cez clioses là bien que ce ne soit tout rien qui vaille au bout du conte. Vous me ferez la faveur de refermer aprez ma lettre et la luy faire tenir. Et quand il vous en viendra d'aultres de sa part pour moy, ouvrez les je vous supplie pour ne me pas donner le soing de les vous renvoyer comme je ferois volontiers celle que vous m'avez envoyée à présent, sans qu'il me la fault monstrer à cause de ce que je luy avois escript touchant un canal de rivière que l'on est aprez de faire conduire en cette ville-, où l'on vouldroit employer de cez gents intelligents qui sont si prattics^ en semblables entreprinses aux païs bas, soit du costé des Hollandois ou de l'aultre'. Il ne manque à cette ville cy que cela pour la rendre bonne ville.
' Le mot antiquailles avait déjà été employé par Arnyot, comme Littré nous le rappelle.
' Il s'agissait du canal du Verdon, rivière qui prend sa source dans le département des Basses-Alpes et qui se jette dans la Durance, au-dessous de Gadarache. Voir sur la part considéraI)!e que prit Peiresc à l'étude du projet, le récit de Gassendi (livre VI, à l'année 1698, p. Saô). Quelques auteurs ont écrit que le projet fut alors réalisé, mais Gassendi a bien soin de nous ap[)rendre que la peste, qui survint peu de temps après , les troubles de l'État el le long
séjour de Peiresc à Belgentier, empêchèrent ce bon citoyen de rendre ainsi la ville d'Aix plus riche et plus florissante.
^ La forme pratic a été employée par d'Aubigné ; Littré nous rappelle qu'au xvn' siècle on écrivait habituellement pratic el que la Bruyère a dit : irll était homme délié et pratic dans les affaires.»
' D'après Gassendi (passage déjà eité), Peiresc écrivit dans les Pays-Bas, pour faire venir un des ingénieurs qui y avaient exécuté des Iravaiu du même genre et qui s'occupaient de faire communiquer par un canal l'Escaut avec la Meuse.
Vous avez merveiHeuseinent bien comparé la guerre du Montferrat à la fable du loup et de la brebis ', laquelle est excellante en cette rencontre. On escript de Gènes du i a"^ de ce moys, que Trin^ estoit à l'extrémité, que les approches estoient à la portée du poignard, que la bresche estoit suffisante et que i'assault se debvoit donner d'heure à aultre, et qu'on ne croyoit pas que les assiégez le voulussent attendre, dont nous avons un extrême regret. De Rome l'on escript du 6"°^ que le cardinal Magalotto ^ a eu l'evesché de Ferrare, et aussytost aprez son obediance pour y aller résider comme prélat. Et accuse t'on les Colonnes'^ de cette desi'aveur, avec opinion qu'on le rappellera bien tost. Je m'en rapporte. Et pour le voyage du Grand Duc on ne croid pas le bruict qui avoit couru de sa recherche du tiltre de Royaulté, mais il a affecté de s'esloigner de sa mère avec laquelle il est trez mal ^ durant quelques moys qui restoient de sa tutelle®. Je vous remercie de l'extrait du catalogue de la foire où j'ay trouvé de jolies curiositez, et surtout la continuation de l'Histoire de M' de Thou sera fort à mon goust, s'il en arrive. Vous verrez les nouvelles d'Alger en la lettre cy joincte, et je finiray, demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 19 mai i6a8.
' Dupuy avait cilë l'apologue d'après le recueil de Phèdre (livre I, fable I, Lupus et agnus).
^ Trino , à 20 kilomètres sud -ouest de Verceil , près de la rive gauche du Pô.
' Laurent Magalotti, né à Florence, avait été nommé cardinal en lôai; il mourut en 1687.
* On sait combien la famille Colonna fut longtemps puissante à Rome. Un des membres de cette famille, Jérôme Colonna, était alors membre du Sacré Collège (depuis
l'année 1627); il mourut en 1666, après avoir été évêque de Frescati et archevêque de Bologne.
' Le grand-duc de Toscane , Ferdinand II , avait pour mère Marie-Madeleine d'Autriche , sœur de l'empereur Ferdinand II, morte en i63i.
" Nous avons déjà vu que Ferdinand H, à l'époque oîi nous place cette lettre, n'avait pas encore dix-huit ans révolus, étant né le ih juillet 1610.
[1G28] AUX FRÈRKS DUPUY. C17
J'ay inesperement recouvré un second exemplaire du Synode provincial d'Ambrun \ que je vous envoyé. Et y ay joinct un livre que l'on m'a preste de Lonjromontanus sur la Ciclomettrie'^ pour le faire voir aux curieux de delà, afin de vérifier mieux si c'est celuy mesmes quia faict cette dernière cyclomeirie; vous le pourrez faire voir aussy à M' Gassendi qui se loiie infiniment de vostre favorable accueil et de celuy de M' vostre frère dont je vous suis infiniment redevable. On m'escript de Rome que le P. Morin de l'Oratoire est quasi sur le poinct de faire imprimer le Pentateucte Hébreu escript en caractère samaritain' que M' de Sancy avoit apporté de Constantinople*. Il y en a un aultre exemplaire pareil au Vatican. Et un jjentilhomme Romain de la Valle* venu du Levant en a apporté un aultre en langue et caractère samaritain que j'estimerois encores plus que tout le reste. Il fauldroit voir de faire entreprendre l'édition coiijoinctement tant de l'un que de l'aultre. Feu M'' de la Scala avoit désiré de voir cela avec une passion extrême. Vous pourriez bien sonder "^ le dit P. Morin sur cette édition, et voir s'il se pourroit espérer qu'elle fust entreprinse à Paris en bonne forme.
M'' llolstenius est bien glorieux d'avoir recouvré son m[anu]-
' Décréta St/nodi provincialis Ëbreduni Itabitœ , anno iSSs a Guill. d'Avanson, «;•chiepiscopo , édita et conjirmata (Lyon, Pillehotte, 1600, m-4°).
' Cyclometna vere et absolule in ipsa uatura circiili cuin rectilineo inventa, etc. (Haïuboui^, 1627). C'est la seconde édition due aux soins du libraire Georjjes-Louis Froben. La première édition est de Copenhague (i6iu).
' Ce fut seulement en 1645, dans le tome V de la Polyglotte de Le Jay, que le P. Morin publia les textes suivants : Pentateuchus Hebrœo - Samaiitamis ju.rtn codicem oratorianum Jussu Eminentis Cardinalis BeruUii edi cœptus anno 1 63o , et absolutus anno 1 63s , et Pentateuchus idiomate Sama-
ritano, cum una utriusque versione latina.
" Achille de Harlay, fils de Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, naquit en i58i , fut ambassadeur en Turquie en 1611, devint évêque de Saint-Malo en i63a et mourut en novembre i646.
' Le \oyageur Pierre délia Valle, déjà mentionné plus haut (lettre XCIX).
" Sous le mot sonder, pris dans le sens figuré, Littré cite plusieurs écrivains postérieurs à Peircsc (Bossuet, Corneille, Fénelon, Fléchier, Molière) et seulement deux écrivains antérieurs : Aniyot et Montaigne ; encore le second n'a-t-il employé le mot que dans cette phrase métaphorique : ffSondant le gué de bien loin. ■»
IVl'IilMt.llE
s[crit] de Athanase, mais je plains bien les aultres pièces esga-
rées
GXIV À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Vostre despesche du 16 arriva mardy de fort bonne heure, tandis que nous estions dans le palais oii la nouvelle de la veniie des Angloisniit tout le monde en estât de faire des vœux à Dieu pour leur desconfitture, et pour la conservation de la personne du Roy, et prospérité de ses affaires. Espérants que Dieu exhaulcerà les prières des gents de bien et confondra les desseins des nieschants, car on nous asseure icy que l'ordre est trez bon au camp, et tel que cez canailles ne sçauroient humainement rien faire pour les Rochellois. Le livre de la Relation de Ré vint fort bien conditionné, ensemble cez harangues d'Outremer et aultres curiositez dont je vous remercie trez humblement, comme aussy des lettres de voz amys qui sont trez bonnes. Et de la continuation de tant de précieux tesmoignages de l'honneur de vostre bienveillance, dont je ne sçaurois jamais vous rendre de revanche qui ayt aulcune proportion à noz debvoirs. Je viens tout présentement de recevoir un fagot de Rome party ou délivré au battelier, puis le 7 avril, où se sont trouvez quelques exemplaires des vers de M' Aleandro imprimez à Venize conjoinctement avec ceux des sieurs Amathes ses parents, dont je vous envoyeray par cette voye un ou deux exemplaires, à tout hazard, au cas que n'en ayez eu ou qu'eussiez distribué ceux que pourriez avoir eu , ne me souvenant pas bien si M"" Aleandro ou vous ne m'avez poinct escript cy devant, qu'il
' Vol. 716, fol. 998. wo»resdeBassompierre(t. in, p. 372-874).
■ Sur l'arrivée delà flotte anglaise devant La flotte ennemie s'éloigna le 18 du même In Rochelle, le ii mai i6a8, voir les Mé- mois {ihid., p. 876).
vous en eust esté envoyé quelque nombre, ou bien qu'on eust desseigné de le faire. Je chercheray ses lettres pour m'en esclaircir mieux , cependant vous n'aurez pas désagréable ceulx cy, qui seront bcms pour de voz amys ou des nostres de pardelà, si vous n'en avez que faire. Je ne vous puis dire ce que c'est n'ayant eu moyen d'y jetter les yeux pour l'heure tarde et la presse de clorre la despesche. Mais je crois que vous y trouverez de jolies pièces, car le génie de ce personage est bien gentil. J'ay receu par la mesme barque les assises de Hierusalem tout complet pour le texte, il n'y fault adjouster que les indices que nous avions eus cy devant, et aprez ce livre des généalogies d'oultre mer, si tant est qu'on l'y veuille joindre. H y a encores d'aultres choses, mais il est demeuré quelques fagots en arrière en la maison de M"" le vicomte de Fourrières, qui avoit faict venir le tout avec ses bardes; entre cy et le prochain ordinaire nous verrons ce que ce pourra estre Dieu aydant. Il y avoit une de cez thèses du cardinal de Lorraine^ qui est en termes assez extraordinaires, ne doublant poinct que lesJesuiltes n'en avent faict voir de pardelà, puis que c'est depuis le moys de novembre dernier qu'elles ont esté soubstenùes en Lorraine. J'escriray qu'on me tienne adverty du succez des affaires du chevalier de la Madeleine puis que vous le desirez ^. Par le dernier ordinaire je receus une paraphrase de Fabius Leonidas sur les VII Pseaulmes de la pénitence, que j'ay voulu incontinant vous communiquer, avec trez humble prière de m'en faire sçavoir confidemment l'advis et jugement que l'on en fera de pardelà, vous suppliant aussy de faire mettre sur un papier, s'il est loisible, ce qui s'est trouvé à redire sur ceux du sieur Viaz, car il est fort mgenu, et est homme pour croire conseil, et prendre en fort bonne part les advis d'un amy. Il n'est pas du tout si jeune, mais il n'est pas aussy fort advancé en aage^. Au reste j'ay admiré les vers
' Nicolas- François de Lorraine, nomme « Sans doute quelque parent, peut-être
cardinal en 1637, ne larda pas h rendre un frère d'Anne de la Magdeiainc, seconde son chapeau, devint duc de Lorraine et l'enime de François de Bonne-Crëipiy, duc ëpousa, en i634, sa cousine Claude de de Lesdiguières, morte en juillet i656. Lorraine. ^ Balthazar de Vias avait alors quarante-
de M' Gr[otius] sur le bruict de la grossesse , qui despuis ne s'est pas trouvé bien véritable ^ Il en fault désirer ce que Dieu cognoistra estre plus utile pour le bien de la cbrestienté et grandeur de la France. Personne ne les verra que moy qui y trouve de trez belles et nobles conceptions. J'ay veu l'indice des portraicts contenus au livre de Fertius Bergonus que j'ay trouvé rangez en un merveilleux ordre. Je pense qu'il y en peult avoir de bons des modernes, mais pour cez anciens comtes de Hapsbourg, ce ne peuvent estre que choses supposées, aussy bien que ce sont les noms mesmes de plusieurs des dicts princes. Tant est que j'ay prins plaisir de voir ce que c'estoit et que l'édition soit OEniponti^ ihG^ d'oili sont sortis quasi louts les livres plus curieux de cette maison là.
Nous avons apprins avec grand regret par Lyon la prinse de Trino rendu par composition à faulte de pouldres et crains bien que les discours de la lettre de madame de Rohan ne soient plus vrays en beaucoup de choses, qu'il ne seroit de besoing. Cette relation de l'entreprinse sur Gènes ne sçauroit estre que bien curieuse, en son temps, quand elle vous tombera en main.
Quand on dict à M"" de Guise que Londrieres estoit mort dans La Rochelle, il respondit que c'estoit grande perte parce qu'il y servoit le Roy, bien que Ion eust communément une bien contraire opinion de ses intentions. J'ay veu une lettre qui touche certaines particularitez concernant une contention arrivée au parlement de Paris sur les lettres de la nouvelle delà veniie des Anglois, mais ne venant pas de si bonne main je ne scay qu'en croire. Et m'imagine que si cela est vray, vous nous en direz des nouvelles.
Nous avons eu icy M'" le Tenneur (filz du greffier du conseil, mon bon voisin et ancien amy) ensemble M. Léger, qui reviennent de Perse,
cinq ans révolus, étant né, comme nous ne fut que dix ans plus tard que la gros-
l'avons vu, le ih septembre 1087. sesse de la mère de Louis XIV devint une
' 11 s'agit Ihde la grossesse d'Anne d'Au- réalité, triche, prématurément chantée par Grotius ' Inspruck, c'est-à-dire J90h( de l'Inn.
<]ui habitait alors Paris (i6i2i à i63i). Ce capitale du Tyrol.
[16-28] AUX FRKRKS DUPUY. 621
où ils ont sesjourné longuement, et veu familiairement le Prince de ce pais là '. Ils estoient cncorcs sur le pais quand il fit mourir son filz aisnc dont ilz vous diront les parlicularitez -, car ils ont l'honneur d'estre cogneus de vous à ce qu'ils m'ont dicl, et m'ont asseuré qu'ils vous communiqueront volontiers toutes leurs relations et observations qui sont bien curieuses. Il fauldrà, s'il vous plaict, moyenner de leur faire voir M' Gassendy, pour profTitter ce qui se pourra du calcul des compterooilcs^ qu'ils ont tenu de plusieurs distances de lieux, et mosmes des élévations polaires. Ils ont veu une Géographie arabique avec des chartes diiïerante de celle du Nubiensis. Et tout plein d'autres belles singularitez. lis ont veu une source de petite rivière de Perse au pied d'une montagne toute taillée et figurée de grandes Histoires de ronde bosse espargnée tout d'une pièce sur la façade du roc, qui est ung ouvrage bien lare et bien merveilleux. S'ils eussent eu le moyen de le portraire, il yeust bien eu de quoy s'exercer pour en chercher l'interprétation. S'ils fussent passez par icy en allant, comme ils ont faict en revenant, et qu'ils eussent prins langue icy\ nous eussions bien adjousté quelque chose à leur curiosité, et je m'asseure qu'ils en auroient rapporté beaucoup plus de contentement. J'oubliois de vous dire que du mesme lieu que vindrent les ni[anu]s[crit]s Grecs, j'ay receu cez jours cy un petit m[anu]s[crit] qui estoit resté en arrière des XII livres de la Thebaide de Statius, dont il ne manque que le dernier feuillet. Il est de forme longuette comme les livres de raison, et d'assez bonne marque ayant certaines petites scholies et diverses leçons aux
' Schah Abbas, surnommé le (îrand, fut proclamé souverain de Perse en 1 586, et mourut à Casvin vers In (lu de décembre iCaS.
' D'après l'An Je vérifier les dates [chronologie historique des Schahs, ou rois modernes de Perse , l. V , 1 8 1 8 , in-8", p. a 88 ) , ce ne fut pas seulement le fils niné de Schah Abbas qui fut la victime de ce prince; il aurait encore sacrifié h d'in-
jusles souprons trois autres de ses enfants.
' D"Aubi|fné écrivait le mot à [leu près de la niênip façon : Conterollc. On trouve dans les Essais de Montaigne : Contrerooller , contreivolleur.
* S JUS la locution /H-cm/cc /«(ig-ue, Lillré n'a donné que des exemples postérieurs à l'époque où nous sommes, empruntés à Dancourt, à Saint-Simon et même à Chateaubriand.
marges escriptes de 3 à 600 ans. A mon advis il le fauldrà faire conférer.
Monsieur de Guise a interposé si avant son auliioritc en l'affaire do madame de Crequy, cez jours passez, (ju'il a empesché que les deux dernières requestes de part et d'aullre n'a vent este rechargées, tant celle de séparation de lict et de biens que celle d'adultère, et envoyé le sieur du Chaylar vers M'' de Crequy pour commancer le traicté. On asseure d'ailleurs que le dict sieur de Crequy doibt venir icy dans 8 ou 1 0 jours.
Les trois Estats de cette province furent ouverts lundy dernier au lieu accouslunié du Palais du Roy, où M"" de Guise parla et le présidant Galiffet des Enquestes^ aprez luy. Et puis sur la réquisition verbale qui leur fut faicte de la part des gents des dicts trois estats, on leur permit de s'assembler au refectoir des Jacobins, où M"' l'archevesque fit l'aprez disnée sa harangue en termes trez éloquents et fort agréables à touts les auditeurs. M"' de Guise y estoit présent, l'assesseur fit par aprez une aultre harangue et icelle finie M'' de Guise sortit, et l'on commança à y délibérer des affaires du païs, entr'aultres on a résolu des trez humbles remonstranccs au Roy, sur divers edicts et aultres subsides que l'on vouloit introduire de nouveau, et a t'on député M'I'archevesque, le marquis de Jançons'^, le sieur de Salernes, etledict assesseur, avec quelques députez des communaultez. On y a rattifié le traicté et contract cy devant passé soubs le bon plaisir des dicts Estats, pour l'establissement de l'ordinaire, de sorte que l'atfaire est achevée heureusement Dieu mercy, dont tout le monde se loue grandement attendu la notoire commodité que cela faict à touts ceux qui ont des affaires à Paris ou en cour, qui y reçoivent un grandissime bénéfice,
' C'était Alexandre de Galliffet, reçu prë- Cui-t, et le tome II du Nobiliaire de Pro-
sident aux enquêles en 161 5. C'est du se- vence, par Artefeuil.
rond fils de ce magistrat, Jacques, ne à Aix ' Jean de Forbin, en faveur duquel la
le 20 mars 1616, que provinrent les sel- seigneurie de Janson (Bouches-du-Rhône)
gneurs du Tholonet. Voir le tome II du venait d'être érigée en marquisat (niai
Nobiliaire du Comtat-Veiiaissin, par Pi thon. 1636).
On a accordé à M' de Guise /i8 mille escus, à ce matin, dont il est allé remercier les Estats cette aprez disnée.
Quelques Turcs corsaires ont prins quelques barques, et icelles relaxées aprez avoir retenu ce qu'il y avoit do facultez des Espaj^nols, On en estoit en grand murmure à Marseille, mais on attend l'événement d'une conferance sur ce subject, sur les approches d'une barque turquesque avec la bannière blanche, où l'on a envoyé, comme vous verrez par la lettre cy joincle.
Les navires anglois qui estoient à Villefranche se sont la plus part retirez, Dom Felice, gouverneur de Nice, ayant faict semblant défaire emprisonner quelques uns des cappitaines des dicts navires pour leur l'aire faire satisfaction aux plaintes que M'' de Guise luy avoit envoyé faire contre les dicts anglois avec asseurance que s'il ne faisoit donner contentement, il leur feroit courre sus et touts lesNissarts' ou aultres subjects de Savoye. Voila tout ce que nous avons pour le présent, et je finis, demeurant,
Monsieur,
voslre trez humble et obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce a6 mai 1628 '.
À MO^'SIEUR, MONSIEUR DU PU Y, A PARIS
Monsieur,
Voz despesches du 29 et 2 3""= arrivèrent mardy sur le tard avec le
Seneque d'EIzevir, et le Glericus que mon relieur eust loisir de couvrir
en marroquin pour luy faire passer les monts par l'ordinaire d'Avignon
qui l'a emporté à ce matin, avec l'aultre exemplaire que m'aviez en-
' Habitants de Nice. — ' Vol. 716, fol. a 95.
62^ LETTRES DE PEIIIESC [1628]
voyé de Republica Scotia el Hiberiiia à cause que le précédant exemplaire avoit esté prins chez le cardinal ' par gents aux quels il ne l'avoit pas voulu redemander, de sorte qu'il m'en fauldrà encor un troisiesme exemplaire pour me rassortir, s'il s'en retrouve. Nous sommes si pressez durant ce moys que je ne sçaurois me promettre de pouvoir faire aulcune recherche qui vaille dans mon estude. Mais je suis résolu d'entreprendre à ce moys de juillet de la ranger, afin que M"" Rubens qui nous promet de venir cette automne^ puisse voir les restes de mes pauvres curiositez ^. Et ainsin l'empreinte de la métamorphose d'Hiacvnthe ne me sçauroit eschapper et aussy tost je l'envoyeray à M"" de Saulmaise et à M'' Rigault désirant passionnément de leur pouvoir rendre quelque agréable service. J'envoyeray aussy le m[anu]s[crit[ Grec de Constantin Porphyrogenete, et les Assises de Hierusalem avec quelques aultres choses dont je suis en arrérage en vostre endroict, mesmes les extraicts du concile, et les relations du cardinal Bentivoglio et quelque aultre curiosité qui me pourra passer par les mains dont je feray une cassette. Mais à vous confesser ingeniiement la vérité, je n'ay sceu prendre un peu de temps, pour jetter les yeux sur quelques unes d'icelles comme j'eusse désiré au préalable, pour mieux entendre par aprez ce qu'il vous plairrà de m'en dire. A ce moys de juillet Dieu aydant sans aultre dellay, nous satisferons à tout Dieu aydant, toutes aullres choses laissées. Vous remerciant Irez humblement du soing que vous avez de me procurer tant de bien , et mesmes des empreintes du frère de M' du Chesne, où je ne plaindray nullement un peu d'argent non plus que vous. Et surtout de tant de bonnes pièces dont il vous plaict nous faire part , où il y a de si belles choses à apprendre. Je n'y regrette que la peine que vous y prenez d'escrire de vostre main, ce qui
' C'est loujours du cardinal Fraiiccsco jourd'hui des deux genres, ainsi que le dé-
Darberini qu'il s'agit. clare l'Académie française dans la dernière
' Ce mot, qui e'tait des deux genres au édition de son Dictionnaire (1878).
xvi" siècle et aussi au xvn", car M"" de ^ lUibens ne fil pas à son ami Peiresc la
Sévigné emploie, comme Peiresc, le mot au visite annoncée, féminin, avec Fénelon, est encore au-
me faict rougir de honte à touts moments quand j'y songe. Nous n'avons pas maintenant d'au! très nouvelles que le passage des Galleres du Pape, qui s'en vont porter en Espagne le nonce extraordinaire ou futur cardinal Monti, à ce qu'on dict; elles partirent de Rome le 20 may, s'arresterent à Gènes ti jours entiers, pendant lesquels les galères de Sicile vindrent descharger les.trouppes de INaples en trez piteux équipage et abordèrent aux Isles de Marseille raardy au soir, ayant prins leur routte d'Espagne mercredy au soir avec un temps favorable. Le jour avant le partement des dictes Galères de Rome, le P. Gabriel le Febvre, procureur gênerai de l'ordre des Cordeliers conventuels, fut confirmé en sa charge pour trois ans, par bref du S' Père, à la re^, commandation du Roy, [malgré] une grosse horde des partisans contraires , à ce que m'a dict un honneste homme venu sur les dictes Galères. J'ay enfin receu tout ce que l'on m'envoyoit de Rome par une barque demeurée longtemps en chemin, et entr'aultres un petit pacquet du cardinal Barberin oii il y avoit un livre de Gramigna in-i° intitulé Fanlasie où il y a prou de bizzarries, et un autre de mesme forme De statu religionis in Scotia Georgii Gonaei^ qu'un Escossois que nous avons icy de la suitte du comte de Sault, nommé Valois ^, a prins grand plaisir de voir; je ne l'ay pas encores veu moy mesmes. J'ay eu par cette voye là une lettre du dict seigneur Cardinal qui eust deub venir par l'ordinaire du 7 apvril où vous verrez avec combien de plaisir il a veu les notes de M"" Grotius sur Tacite bien qu'il ne le nomme pas. J'ay aussy receu, deux petites lunettes que je veux envoyer à M' Rigaultpar le prochain, si je ne le puis faire par cet ordinaire icy,
' Le titre complet de l'ouvrage est celuici : De- duplici statu religionis apud Scotos libri duo (Rome, 1&98 , in-W). Conasus était un théologien écossais qui mourut à Rome en janvier 16/10. Ce fut dans cette ville qu'il publia, en i6a4, une histoire de Marie Stuart ( Vita Mariœ Stuarlœ , Scotiec régime, in-19) qui eut assez de succès, comme on le voit par les éditions et traductions
qu'indique le Manuel du Libraire (t. II, col. 210).
*• L'astronome Jacques de Valois, dont il a été déjà plusieurs fois fait mention, notamment dans la lettre h Dupuy, n" LXXV. L'origine écossaise de Jac(|ues de Valois est attestée aussi par Gassendi (liv! IV, p. 3i8) et par Hilarion de Coste [Eloge du P. Mersenne, 1669, p. 9a).
IHMIlMCtIl HATtOKiLI.
afin qu'ii essaye si par petites parcelles, il pourroit distinguer ce qu'il y a de plus remarquable aux abeilles, puis que ne pouvons avoir d'assez grandes lunettes pour les y regarder entières, et les y envoyeray toutes deux afin qu'il en ayt le choix et qu'il puisse voir plus promtement diverses choses en divers lieux, que s'il en fault osterles unes pour en remplacer d'aultres. Et tousjours y a il du plaisir d'y voir les petites graines qui y sont. J'ay receu par Marseille une lettre de M' Rubens du 1 9"^ may ' dez mercredy dernier du mesme moys, et ay admiré la datte si fraische. Il persiste à vouloir venir cette automne^. Si je puis desrober encor assez de temps à ce soir pour luy respondre, je vous envoyeray sa lettre, sinon ce sera par le prochain; il ne se peut rien parangonner^ à son honnesteté et gentilesse. Sur quoy je finiray demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, D£ Peiresg.
D'Aix, ce a juin 1628.
Mon frère est en Avignon depuis mercredy, où M' l'Archevesque le voulut mener allant dire ses adieux au gênerai Malatesta qui est fort de ses amys, en intention de revenir icy à ce soir ou demain et de partir la semaine prochaine pour aller droict à la Grande Chartreuse et
de là en * faire sa deputation des Estats avec le marquis de Janson
et aultres selon la charge que leur en ont donnée les dicts Estats comme vous verrez en l'article VII de l'imprimé cy joinct. Vous y verrez aussy ia ratification de l'establissement de l'ordinaire en poste, et l'imposition faicte ensuitte, de sorte que c'est une affaire achevée Dieu mercy^.
' Cette leUre a été imprimée, d'après une d'une visite à Peiresc pour l'automne, copie de la Méjanes, par M. Emile Cachet ' Littré n'a cité sous ce verbe que deux
dans son recueil de LeHre* mérfttes (fc Pi'erra- écrivains du xvi' siècle, Michel de Mon-
Paul Rubens (Bruxelles, i84o, p. 996). taigne et Ambroise Paré, et un qui appar-
' La lettre reproduite par M. Cachet tient h la fin du xvii* et au xvni', le duc de
était sans doute incomplète, comme plu- Saint-Simon, sieurs des copies de la Méjanes, car on ' Déchirure du papier.
n'y trouve pas ia moindre promesse ' Vol. 716, fol. agS.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN IK COUR DE PARLEMENT 0E PARIS, À PARIS
Monsieur, J'ay receu la vostre du 3o may avec la lettre de M'' de la Hoguette que j'ay veiie trez volontiers et avec un indicible plaisir et consolation, pour la bonne espérance qu'il vous donne', à laquelle je deffere grandement. Je vous remercie de tout mon cœur de celle faveur et de la communication de tant d'aultres belles singularilez, comme aussy du livre de Cardan que vous avez donné à M' Gassendy, dont je vous suis bien redevable veu la peine que je sçay que vous aviez eue pour en faire venir des païs bas. Nous n'avons poinct de quoy pouvoir user de revanche qui vaille, mais vostre honnesteté est si surabondante que vous vous contentez de quoy que ce soit que voz amys et serviteurs vous envoyent parce que vous ne considérez que leur bonne volonté. Aussy est ce véritablement ce qui me console en la cognoisçance de mon impuissance. Je feray indubitablement la cassette pour le m[anu]- 8[cril] Grec etaultres curiosilez de deçà, dez que nous serons hors de ce moys et de ce parlement par mesme moyen avec l'ayde de Dieu, ne pouvant satisfaire dans ce temps cy à mon debvoir, ne trouver de commodité de rien fere avec un peu d'exactesse à ma mode, et possible, entre cy et là, nous pourrions avoir receu un aultre livre qu'on me promet de Cypre de la haulte cour et de la basse cour en termes qu'il semble que ce soit en François et non en Italien, bien que cela ne soit pas assez clairement exprimé à mon gré. Mais tousjours aurez vous la coppie de la haulte cour tirée du Vatican, laquelle je receus cez jours passez fort bien conditionnée Dieu mercy, ensemble les opuscules
' Au sujet de la prochaine reddition de la Rochelle.
628 LETTRES DE PEIRESG [1628]
du cardinal Bentivoglio et vostre coppie du concile, et tout ce que [je pourray]^ ramasser que je juge de vostre goust.
M'' Gassendy m'escript que le bonhomme La Rochemaillet^ luy a faict voir des lettres originalles de feu Charron ^ à la lecture desquelles il a prins grand plaisir''. Je pense qu'elles vauldroient peult estre bien la peine d'estre transcriptes. Faictes les vous nionstrer et si les trouvez de mise il n'y aura pas de danger que noz coppistes y passent quelques journées estimant que quasi toutes les lettres d'un tel homme que celuy là pourroient estre aussy dignes d'estre leûes et conservées comme celles de M"" d'Ossat ou aultres semblables. Et possible en trouverez vous bien quelques unes parmy voz recueils, qui se pourroient transcrire par mesme moyen que les aultres du sieur de La Rochemaillet. Au reste j'ay esté tout scandalizé d'entendre que M' Holstenius aye subject de se plaindre du sieur Suarez'' de qui j'eusse jugé l'humeur toute aultre, n'ayant jusques icy paru que grandement doulce et charitable, et grandement modeste et aliéné de vanité*^. Mais il est originaire d'Espagne bien que natif d'Avignon luy et quelques uns de ses ayeulx''. Il me faict accroire qu'il est fort de mes amys, et m'a souvent escript de beaux éloges pour M' Holstenius, me remerciant de l'adresse que je luy en avois faicte et me priant de l'enti'etenir en ses bonnes grâces. J'en es-
' Déchirure du papier.
* L'avocat Gabriel Michel, sieur de la Rochemaillet, était alors âgé de soixante-six ans, étant né le 19 octobre i562 , à Angers. Le honhomme devait vivre encore quatorze années : il mourut à Paris le 9 mai i6ia.
' Pierre Charron, né à Paris en i54i, y mourut le 1 6 novembre 1 Go3. Ce fut le siepr de la Rochemaillet qui donna ses soins à l'édition de la Sagesse, corrigée et augmentée ( Paris , 1 6oi ) , ouvrage dont la première édition avait été donnée à Bordeaux chez Milianges en 1601, in-8°. Michel mit en têle de l'édition dé i6oi une notice biographique sur Charron dont il avait été le disciple el l'ami.
* Ces lettres autographes qui avaient fait tant de plaisir à Gassendi, et qui nous en feraient tant, pai-aissent être perdues.
^ Le futur évêque de Vaison. Suarès n'avnit-il pas été calomnié par Holstenius qui se montra souvent, dans ses relations avec les érudits, inquiet, exigeant, désagréable?
" Aliéné dans le sens A'éloigné, séparé.
' Voir sur la famille Suarès le Dictionnaire bio-bibliographique du docteur Baijavel (t. II, p. 4 2 5-4 2 6). On y trouve que la famille Suarès n-se transplanta vers i53o de Cordoiie h Avignon, dans fa personne de Didace qui mourut dans celte dernière ville, oîi il s'était marié'!.
criray librement à M' Holstetiius par le prochain ordinaire d'icy à trois semaines, cependant si vous en sçavez le destail mandez le moy, je vous prie, car je le pourrois avoir à temps avant la dicte despesche de Rome, et je serviray le dict sieur Holstenius envers touls et contre touts sans exception. Je crains qu'il n'y ayt possible plus d'ombrage que d'effect, à cause de l'humeur Tudesque naturellement fort soubçonneuse\ mais nous nous en esclaircirons Dieu aydant, et en tout cas je feray envers le dict sieur Suarez tout ce qui me sera possible sans reserve. Asseurez vous en et que je seray à jamais. Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 9 juin 1628.
Le fagot du sieur Cramoisy vient d'arriver présentement de Lyon bien conditionné Dieu mercy, à ce que mon relieur a vérifié inconlinant, mais j'en remettray la veûe à demain, Dieu aydant, vous remei'ciant cependant de la peine que vous et M' vostre frère y avez prinze'^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre despesche du 3o en trez bon estât avec cez trois poèmes de G, Barlaus où j'ay prins un indicible plaisir, tant pour la gentillezze de la conception que vous aviez cottée sur le mariage d'Es-' pagne, que pour une infinité d'aultres qui ont reuscy fort à mon goustv mesmes ce qu'il y a de la stabiUté du soleil et mobilité de la terre. Mais j'ay esté si pressé depuis la réception de vostre pacquet que je n!y ay
' Peiresc avait deviné juste. — ' Vol. 716, fol; 3oo.
peu jetter les yeulx qu'à la desrobée. Et prendray le premier temps que je pourray pour les savourer un peu à loisir, et pour les faire voir à noz curieux de deçà, pour aprez le vous renvoyer fidèlement.
Cependant je vous envoyé quelques uns des papiers qui y estoient joincis avec quelque ari'esl d'affaires ecclésiastiques à faulte d'une meilleure matière et une coppie que le sieur Napolon me vient de laisser, .de sa dernière lettre d'Algers que je n'ay pas veûe moy mesmes, n'ayant peu songer à accommoder les petites lunettes de Rome, pour les extraordinaires divertissements que nous a apportez le dessein du partement de M' l'Archevesque lequel est enfin party ce jourd'huy, et mon frère l'a accompagné jusques à la couchée de Manosque. Et l'accord de Madame de Grequy s'estant rompu hier au grand regret d'un chascun, qui vouldroit voir M' le Mareschal en estât de passer les monts pour M' de Mantoiie, vous verrez icy un papier où il y a quelques particularitez de ce qui s'y est passé sur le traicté de M'' de Crequy, à quoy je ne sçaurois adjouster en la presse où je me trouve pi'esentement, si ce n'est que M" l'Archevesque s'en alla mecredy' matin au Parlement dire ses adieux à la compagnie en termes grandement honnestes et elegans, à quoy M'' le premier présidant fit une repartie bien honorable et, l'aprez disnée, il en fit aultant dans la chambre des. comptes et puis alla visiter les présidants de l'une et de l'aultre cour ayant receu des visites de chascun d'iceulx, et de tous les aultres des dictes compagnies. Aujourd'huy M' de Guise est allé à la chambre des comptes leur dire qu'il avoit une commission pour faire publier et enregistrer un edict de création de correcteurs des comptes dont la finance est destinée au traicté d'Algers. Mais qu'il aymoit mieux en remettre la vérification à leur libérale volonté, espérant qu'ils donneront contentement au Roy sans l'engager luy à user du pouvoir qui luy est donné pour ce regard, de sorte qu'ils en ont remis la délibération à mecredy prochain à cause des festes ou feriats qui sont entre cy et là, dont il a monstre se
' On trouve la forme mecredy dans la Vie gënéralement mi-kre-di; prononciation que de Calvin de Théodore de Bèze. Litlré dit Vaugelas condamne et que Th. Corneille dit sous le mot mercredi: nLe peuple prononce être la plus usitée de son temps.»
contenter, bien qu'on dict qu'il ayt encor à part une commission, pour faire exploiter des adjournements personels contre 6 de cette compagnie là , y comprins l'advocat gênerai du Roy. La Royne mère leur a aussy escript pour la mesme vérification, mais elle n'a pas usé des termes de noz amez et féaux , ains de (Mess"^) par abbregé. Au surplus puis que M"' d'Aubray n'a pas receu ses peintures, je vous envoyeray au premier jour un dessein de celle dont est question, pour le faire voir au dict sieur Saulmaise et à cez aultres Mess" et aprez l'envoyer à M"' Rubens afin de voir les sentiments des uns et des aultres. Gomme je seray bien aise de l'avoir aussy S touchant le fragment de l'inscription de nostre vieille tour ne doubtant pas que la mention de LEGIO VII et VIII ne soit trez commune aux inscriptions. Mais je vouldrois sçavoir à peu prez le temps qu'elles furent honorées du surnom de GEMINA FELIX AVGUSTA , etc. , si faire se peult pour mieux juger du temps de la dicte inscription qui nous est incogneu. Il me tarde bien de voir le Soiin de M' Saulmaise. Et s'il s'en pouvoit avoir un exemplaire en grand papier, sans attendre les tables et indices, je l'achepterois volontiers cependant, car les indices se pourroient tousjours bien avoir, pour y lisre les observations qu'il a faictes de l'antiquité de cez notes des planètes et de cez noms de chevaulx circenses, n'ayant jamais trouvé de telles notes des planètes dans les médailles antiques ne dans les graveures et pierreries que j'ay veiies quasi par toute l'Europe, si ce n'est certain nombre qu'avoit recueilly le sieur Chaduc^, où je trouvois un peu à doubter de la fidélité de beaucoup de choses des plus considérables, mais cela soit entre nous, s'il vous plaict, pour ne nuire ou faire desplaisir à ce bon vieillard. J'ay prins plaisir à l'appanage de Monsieur imprimé in 6° et vouldrois en avoir un autre exemplaire, s'il s'en trouve. J'ay le livre du Marolois de l'aultre édition', qui pourra passer
' Sous-entendu : le sentiment de Sau- le Cabinet des mëdailles de la Bibliothèque
maisc. nationale.
' Louis Chaduc, né à Riom en i564, ' Il s'agit là du mathématicien Samuel
mourut en septembre i638. Cet antiquaire Marolois et de son recueil intitula: Opéra
avait rassemblé une riche collection de geomelrica de inathematica (i&û'j, m-fo\.). pierres gravées, conservée aujourd'hui dans
pour cette heure, à ce que M" Gassendi escript. J'ay aussy le Rueus de Gemmis de l'édition que vous dictes de Gesner de l'an i565 avec plusieurs aultres opuscules de mesme matière^ Nous attendrons la Republique d'Italie^ et un peu davantage de papier madré, que j'ay trouvé fort beau et fort propre pour ce dont nous en avions à faire. Ne soyez pas en peine des livres de M"^ de Thou car, Dieu mercy, plusieurs balles que M'' Aubery avoit adressées à Marseille avec les bardes de M'' l'abbé du Jar* arrivèrent à bon port et furent envoyées à Lyon, avant les mouvements du Daulphiné. J'ay aussy le livre de Siracuse de Vincenzo Mirabella 161 3 folio petit* 011 entre aultres choses il y a un plan de ceraitiere ^ soubsterrain si vaste qu'il semble une aultre ville soubsterraine, et qui est bien aultre chose que les catacombes de Rome; vous prendrez plaisir de voir cela, je m'asseure. Il y a un aultre livre de médailles que je n'ay jamais veu et que je verrois bien volontiers si par hazard il en arrivoit de par delà sur les antiquitez de la ville de Gades en Hespagne, où j'en ay demandé sans en pouvoir recouvrer.
Nous avions sceu l'entrée de M"' l'Archevesque de Thoulouse*^, et de plus que le parlement n'alla pas en corps l'attendre à l'église comme de coustume , à cause de certaine nouvelle difficulté pour les séances et qu'il faisoit grande difficulté de prester le serment dans le dict parle-
' Il s'agit du recueil dont Niceron {Mémoires, t. XVII, p. 367-868) rapporte le titre complet qui n'a pas moins de 98 lignes. Voici le commencement et là fin de ce titre interminable : De omni renim fossilmm génère, gemmis , lapidibus , metallis et hvjuS' modi libri aliquol, plerique 7iunc primum editi. , . Francisa Buei Medici Insulani de Gemmis aliquot. . . libri duo (Tiguri, i555 , in-8°). Niceron ne mentionne pas l'édition de i565 posse'dëe par Peiresc.
^ Peiresc veut parler du recueil intitulé : De principatibus Italiœ tractatus varii (Leyde, Elzevier, i6a8, in-ai).
' Abbaye d'Augustins dans le diocèse
de Sens. Voir GalUa Christiwia, t. XH.
' Dichiarazioni délia planta deW antiche Siracuse, e d' alcune scelte medagUe d' esse, e de'principi che quelle possedetlero (Naples, i6i3, petit in-folio avec figures). Voir Manuel du libraire (t. III,, col. ijSg). Mncent Mirabella naquit en 1670 à Syracuse et mourut en 162^ à Motica.
" Lillré rappelle que Marguerite Buffet, en 1668 {Observations, p. Zig) recommande de ne pas dire cemetiere.
' Charles de Montchal avait fait son entrée solennelle dans sa ville métropolitaine le li mai 1698.
ment, mais qu'enfin ii s'y résolut et que la croix fut portée jusques dans la sale de l'audiance, mais que son porte croix l'osta du manche, et ia ])Osa sur un autel qui y est. Comme aussy que l'archidiacre et assistans de l'Archevesque ont prétendu suyvre immédiatement l'Archevesque, comme on avoitaultres foys prétendu icy. Mais que M'' le premier présidant Le Mazuyier^ respondit aux députés du Chappitre qui luy en estoient venus parler, que puis qu'ils faisoient difficulté de rendre à la cour l'honneur qui luy estoit deub, selon lesanciennes coustumes, elle ne s'y trouveroit pas et n'honoreroit pas leurs actes comme elle souloit faire. On dict encor que l'Archevesque prétend quelque séance en l'hostel Dieu sur M' le premier présidant de quoy nous ne sommes poinct en contention icy, d'aultant que l'Archevesque ne s'y trouve poinct. Et sur ce je finis estant desja bien tard, demeurant. Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 9 juin i6a8.
Je vous recommande l'incluse pour le sieur Robin qui nous doibt envoyer un jardinier à qui possible il fauldrà fournir quelque chose pour son voyage, ou pour achepter quelque oultil de jardinage, auquel cas je vous supplie luy faire badler ce que le dict sieur Robin trouvera bon, par la dame de Lignage, à quoy il sera punctuelement satisfaict à poinct nommé selon vostre ordre. Excusez nous de tant de courvées, et mesmes de l'adresse du petit pacquet pour Lorraine d'un que vous avez veu autres foys à mon service^.
' Voir sur le premier pre^sident Gilles le Masuyer, V Histoire du parlement de Toulouse, par M. Dubëdat (t. II, in-8°, i885, p. 3o el 8uiv.). — ' Vol. 716, fol. 3o2.
mPRIVKUC RiriQWALt.
LETTRES DE PEIUESG
GXVIII
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur, Le soir que se faisoit la despesche du dernier ordinaire de Lyon je receus le ballot party de Paris le k may fort bien conditionné Dieu niercy, dont j'accusay seulement la réception par apostille à M' du Puy. vostre frère. Le lendemain je le voulus voir et prins grand plaisir d'y trouver cet Eusebe, et ce Cantacusenus comme aussy le Typotius, le Caecie(?) et les recueils de la Marine, le livre des logarithmes du sieur Tavernier, et le siège de Breda qui me fera attendre impatiemment le discours que le dict sieur Tavernier nous promettoit sur iceluy. Cette histoire mesmes de Melun ' ne peult estre que bonne à mon usage, quand ce ne seroit que pour la vie d'Amiot^. J'ay faict rendre incontinant à M"' d'Agut l«s dessains qui estoient pour luy tant de la Rochelle que de Breda. Mais surtout je prins infiny contentement à voir les cahiers m[anu]s[crit]s dont vous u'aviez pas faict faire de roolle. C'est pour quoy je vous en diray le contenu. J'y trouvay donc oultre ceuxdélia Regenza, le discours funèbre du sieur de Villeloing^ duquel j'ay
' Histoire de la ville de Melun , contenant plusieurs raretés notables, etc., par Sébastien RouiJlard , de Melun , avocat au Parlement (Paris, Loison, i6a8, in-i"). Rouillard mourut à Paris en 1689. Voir sur sa vie et ses nombreux ouvrages, quelques-uns très bizarres, les Mémoires du P. Miceron (l. XXVII, p. aS 1-961). V^oir encore un opuscule de M. G. Leroy : Essai biog-raphique sur Rouillard (Melun, 1 861).
' Dans le titre même de VHistoire de la ville de Melun, lequel est très développé , on mentionne ainsi cette biographie : . . . «1-
semble, la vie de Jacques Amiot, écêque d'AuxeiTe, grand aumônier de France. Voir sur cette vie, qui commence à la page 6o5 et qui a été utilisée par Bayie dans son Dictionnaire critique, la Bibliothèque historique de la France (t. III, p. 198, art. Sasi.S). Auguste de Blignières a souvent cité Rouillaixl dans son Essai sur ;4îHyo( (Paris, 1 8.5 1 , in-8°).
' G'est-h-dire de l'ancien abbé de Villeloin (diocèse de Tours, arrondissement de Locbes, à 19 kilomètres de celte ville), lequel abbé, nommé de Cornac, était mort
bonne opinion à cause de rautheiir que j'ay cogneu et aymé. La relation du sieur Myron, qui estoit nécessaire pour l'assortiment des afl'aires de la Valteline. Celle de l'Ambassade de ïan i5i5 aux Suisses que j'estime devoir estre notable, comme quasi la principale source de tout ce qui s'est depuis négocié avec ces peuples là. (^onime aussy les instructions de Yan 1016 pour le traicté qui s'alla faire à Cambray, et surtout l'aultre cahier lïinslnictions non dattées, que je pense estre de la mesme datte de i5i6 oii sont exprimez les droicts du Roy au royaulme de Naples, etc. , où j'ay trouvé des choses de mon goust, mais je crains qu'il n'y ayt eu quelque obmission du coppiste sinon de celuy qui a transcript ma coppie, au moins de celuy qui a transcript celle d'oii la mienne est tirée au feuillet et endroit qui est environ au tiers du discours où il déduit la généalogie de Marie, lille puisnée de Charles duc de Calabre, que je vous supplie de vouloir levoir et reprendre sur l'original, poui' y suppléer les obmissions si elles s'y trouvent, ou bien sur les coppies de M' de Lomenie, si par hazard elles venoienl de quelque aultre exemplaire moings incorrect. .l'en ay transcript l'article en un billet à part sur lequel s'en pourra faire la collation. Il y avoit encores cinq pièces touchant les mouvements de M' d'Alençon ' qui semblent bien curieuses et bien dignes d' estre conservées selon le peu que j'y ay peu jetter les yeulx dessus parmy une infinité de divertissements. Tai>t y a qoe je ne puis dissimuler l'obligation immense que je vous ay de la faveur qu'il vous plaict me faire en prenant tant de soing et de peine pour me faire tomber en main de si nobles curiositez, encores que je m'en revanche si mal et que je sois en estât de n'oser pas seulement espérer d'avoir jamais des moyens de vous rendre la pareille. Mais vous prenez plaisir à demeurer comme cela dans toute sorte d'advantage sur vos amys et serviteurs.
On me fit hier feste d'un m[anu]s[crit] nouvellement desteiué qu'on
le a décembre 1696. Voir ce qu'en dit son (à partir de mai 1076) duc d'Anjou, fut le suecesseur, Michel de MaroUe» {Mémoirei, cinquième (ils de Henri II et de Catherine I. I, 1755, p. i4o, i53). de Médiciâ; né le 18 mars i55i, il mourut
' Hercule-François, due d'Alençon, puis à Château-Thierry le 10 juin t584.
Ho.
m'a promis de me faire voir dans peu de jours, d'un autheiir ancien qui a escript de Pigmonlis^ oii il eslfaict une longue enumeration d'autheurs de la plus haute antiquité qui avoient escript de cette matière, et aultres choses qui en peuvent dépendre, mesmes de Pictura et de Pictoribus. Il me tarde bien de sçavoir si ce sera rien qui vaille, et qui n'ayt poinct encores veu le jour. Et si cependant vous nous pouviez donner notice de par delà de rien qui soit à peu prez semblable, vous m'obligerez bien et me faciliterez daultant plus le recouvrement du dict m[anu]s[crit] à cause de l'humeur de celuy qui en a la disposition. M' Saulmaise et M' Rigault en pourront infailliblement dire quelque chose.
J'escripts à M"" Deodati, concernant l'édition du Théophile de M^ Fabrof^ et vous envoyé ma lettre ouverte, afin qu'il vous plaise la voir avant que la faire clorre et rendre^, vous suppliant d'ayder un peu à nature, pour l'amour de nioy, aussy bien que pour l'amour de la vertu de ce personage , me persuadant qu'un mot de vostre part sera cappable de frapper le principal coup et que nostre patrie pourra tenir cet honneur de vous et de Monsieur vostre frère. Je sçay qu'à Paris on imprime assez mal volontiers des livres de droict, mais puis qu'ils y ont faict, cez jours passez, le cours de Godefroy, ils pourroient bien se bazarder au Théophile. Sinon il fauldrà passer par les mains de cez Mess" de Genève si M"" Deodati y peult prendre goust. Car c'est luy qui y a les principales directions des meilleurs ouvrages. C'est pourquoy je me suis adressé à luy, soubs vostre adveu etsoubs l'asseurance que j'ay prinse que vous nous y ayderiez comme je vous en supplie de tout mon coeur. Vous pourrez voir et faire voir les deux premiers chappitres qui seront cy joincts, sur lesquels se pourroit commancer l'édition. Que si vous trouviez qu'il fallust attendre longtemps pour la commancer à bon essiant, je serois quasi
' Des matières colorantes. est conservée à Carpentras (registre III des
' Le Theophilus antecessor de Charles- minutes de la Collection Peiresc, fol. i46).
Annibal Fabrot ne parut qu'en 1 638 (Paris, On la trouvera, avec près d'une trentaine
in-i°). d'autres lettres de Peiresc à Diodati, dans
Celte lettre, datée du i3 juin 1698, un des volumes qui suivront celui-ci.
fl628J AUX FRERES DUPUY. 637
d'advis de faire imprimer cez deux chappitres, par forme d'épreuve comme M' Higault a faict de quelques chappitres de son Pline, et plus tost je fourniray volontiers, si besoing est, quelque chose pour les imprimeurs, quand ce ne seroit que pour en pouvoir distribuer quelques exemplaires aux amys en attendant que l'édition se puisse faire toute entière. Et en ce cas il se pourra prendre cliez Madame de Lignage ce qui sera nécessaire, et je feray raffraischir les ordres du crédit, par les marchands de Marseille. Je suis bien marry de vous donner tant d'importunitez, pardonnez m'en la liberté, je vous supplie, puis que vous le voulez et que je sois toute ma vie. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peibesc.
D'Aix, ce 1 3 juin 1628'.
GXIX
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur,
J'ay veu la lettre que vous escript M'' Saulmaise touchant les Thyrses Bacchiques, et seray infiniment aise d'avoir moyen de le servir en cela et en toute aultre chose, qui pourra dépendre de moy. Espérant qu'à cez premiers jours des prochaines vaccances de nostre parlement, je pourray mettre ensemble des pièces antiques sur lesquelles il aura de quoy satisfaire à sa curiosité pour ce regard.
Cependant vous luy pouvez dire que parmy les mystères, devises et figures Thymeliques^ dont j'ay veu des images et représentations an-
' Vol. 716, fol. 3o6. chestre, à la miisique de iWùlre. Mais ici
" Le mot Thyméliques ne se trouve dans thymélique a une signification particulière
auciui de nos dictionnaires. Les mots Thy- et désigne ce qui regarde les fêtes de Bac-
melicus, S-uf/sAixos, se rapportent à l'or- chus.
tiques en nombre infini tant dans les marbres et bas reliefs que dans les médailles ou monoyes publiques, et principalement dans les pierres précieuses gravées de creux ou de relief (que les lapidaires appellent camayeuls'), dans lesquelles pierres précieuses principalement sont plus fréquentes les figures et mystères Thymeliques, j'en ay fort peu rencontré où il n'y eust des Thyrses, qui sont tousjours semblables les uns aux aultres, sans y avoir jamais recogneu de difierance considérable, car ce n'est qu'un long baston vers le hault duquel est attaché un ruban, par un noeud faict à une ou plusieurs boucles dont les deux bouts sont longuetz et pendants et tout à la cime du dict baston y a comme une petite teste en forme de cône ou de pomme de pin poinctûe, qui est feuilletée ou escaillée justement comme ce que nous appelions aujourd'huy communément des artichauts^.
Il est vray que en aulcuns des dicts thyrses antiques, les escailles ou feuilleures de la teste sont plus distinctes, plus apparantes et plus espanouyes qu'aux aultres , retenant tousjours neantmoings la figure conique en l'assemblage et rangement des dictes feuilles ou escailles les unes soubs les aultres.
J'avois creu aultres foys que ce fust véritablement une pomme de pin , ce qui n'estoit pas incompatible avec les mystères Thymeliques , ains bien fort convenable. Mais depuis je m'estois advisé que supposant que ce fust un artichault espineux, il n'estoit pas mal propre aux combats Thymeliques entre personnes nues et ennyvrées, pour les esveiller et esguillonner sans que la blessure en peust estre mortelle ne dangereuse, et pour ayder à faire mieux paroistre la fainte de leur furie.
Quant à ce que les autheurs anciens et modernes ont escript des Testes ou Thyrses de l'Acanthe ou du Papyrus, je le reverray en passant pour en pouvoir dire mon sentiment, mais selon l'idée qui m'en est demeurée de fort longtemps, j'oserois quasi bien asseurer qu'il y a un peu d'équivoque en l'application de la plante que les modernes ont
' Camaieuœ dans les Lettres de M"* dfe Se- doine , onyx. Le mot camée a la même origine, vigne, cctmayeuœ dans les Mémoires de Phi- ' Littrë n'a cité sous le mot artichaut que
lippe de Goramines. Du bas latin canwetts, sar- deux phrases d'Olivier de Serres.
appellée Branca Ursina, ou vray Acanthe. Car si bien les feuillages ont des decouppeures pareilles à celles des Articliauts et des Chardons qui sont quasi plus convenables aux feuillages des chapitteaux des colonnes et des IVises antiques que celles des dicts Artichauts et Chardons, si est-ce que la differance de la tige principale des dictes plantes et de leur fleur et boutton est si grande, que j'ay de la peine à me persuader que l'application de la dicte Branca Ursina soit bonne et conforme à l'intention des anciens autheurs. Attendu niesmes que j'ay veu des anciens chappiteaux de colonnes et frises d'excellent ouvrage, qui estoient revestus non seulement des feuilles de l'Acanthe, mais aussy accompagnez des bouttons et fleurs de Chardon ou d'Artichault si proprement qu'ils y estoient merveilleusement bien séants, et sembloientpar mesme moyen en exclurre la plante de la Branca Ursina, dont les fleurs sont si dissemblables de celles là. Estimant que soubs un seul nom ou espèce générale des chardons sont coraprinses toutes les plantes différantes qui ont quelque rapport aux dicts chardons, quelque difl'erance de noms particuliers qu'on y ayt imposé, soit par les anciens ou par les modernes et par consequant les Artichauts ou Ginereus ou KTNAPA bien que les unes soient espineuses, et les aultres non , et bien que les fleurs des unes soient jaulnes et les aultres violettes ou rougeastres, puis qu'en efl'ect elles ont tant de rapport en la figure et de leurs feuilles et de leurs bouttons, fleurs et semances, tout de mesmes comme les rosiers, bien que de différantes couleurs de fleurs, et que les unes ayent des espines et les aultres n'en ayent poinct, passent tousjours soubs le nom gênerai de Rosiers.
Et aussy crois je que soubs le nom principal et possible gênerai d'AKANQION ou AKAN0A, sont comprinses toutes les sortes et de Chardons et d'Artichauts, bien qu'on leur ayt approprié d'aultres différants noms à chascung en particulier. Et de faict ils parlent d'un Acanthium majus, et ne distinguent pas aprez le minus, qu'ils laissent passer soubs aultres noms de l'espèce particulière et sont le Myacanlha, Leucacantha, Polyacantha et aultres qu'on tient estre toutes espèces de chardons distinguées selon leurs particulières differances, en sorte
neantmoings que les vestiges y restent bien apparantes du dict nom principal ou gênerai aussy bien que les espines qui ont donné subject à telle dénomination bien qu'il y en ayt plus aux unes des dictes plantes qu'aux aultres, voire mesmes bien qu'aulcunes soient tout à faict sans espines, car si plusieurs artichaults n'en ont poinct, il y en a aussy plusieurs qui en ont peu ou prou. Tout de mesmes comme des ronces que nous avons en quelque endroit de ce païs icy, lesquelles ont les branchages, feuilles et fruicts de moeures, tout semblables aux ronces espineuses, et toutefoys n'ont apparance quelconque d'espine, et ne retiennent pas moings le nom de Ronces comme les espineuses.
Or cela supposé, il n'y auroit pas grande peine à aller chercher la source et vraye forme du Thyrse, et à concilier ce qu'en disent les autheurs. Estant bien certain que toutes les sortes de chardons font un boutton, lequel avant qu'estre achevé de fleurir et d'espanouyr a son rapport tout entier avec ce qui se void au bout du Thyrse ancien, aussy bien que l'Artichault.
Mais pour le Papyrus j'ay aultres foys eu la curiosité de m'en informer des feus sieurs Lobelius' et Prosper Alpinus^ lesquels ont veu et descript assez exactement cette plante en leurs herbiers et en ont faict imprimer la figure bien fidellement. Il est vray qu'ils se sont contentez de la represanter en sa perfection quand la fleur est espanoiiye plainement. Mais ils me disoient que quand elle est en boutton, avant qu'espanoiiyr, elle faict le conus fort bien formé (quasi comme toute sorte de bouttons) et ressembloit aucunement un artichault, de sorte
' Mathias de Lobel, botaniste et médecin, Notice biographique sur Mathias de Lobel ,
né à Lille en i538, mourut à Highgate, par Ch.-F.-A. Morren (Bruxelles, i853,
près de Londres, en mars 1616. Élève de in-8°).
l'école de Montpellier, il fut médecin du ' Prosper Alpini, botaniste et médecin
prince d'Orange , puis botaniste du roi d'An- lui aussi, naquit en i555 dans l'Etat de
gleterre, Jacques I". Ses deux ouvrages les Venise et mourut professeur à l'univer-
plus considérables sont: Plantarum seu stir- site de Padoue en 1617. Il rapporta d'un
pium historia , oui adne-Tum est adoersariorum voyage en Egypte (i58o-i583) les niaté-
volumen (Anvers, 1676, in-fol.), et : Icônes riaux de plusieurs de ses livres, notamment
stirpiuni , seu plantarum tam exoticarum quant du livre ; De plantis /Effypti {\ea\9e, 1693,
indigenarum (Anvers, i58i, in-4°). Voir la in-4°).
[1628] AUX FRÈRES DUPUY. 64t
qu'il ne peult estre que fort convenable à ce qui se voit en to.us les Tliyrses. Et sibien,quanclla fleur en estplainement espanouye, elle ressemble une liouppe (comme dict M' Saulmaise ') ou bien des vergettes à vergetter les habits, elle n'est pas pourtant trop dissemblable de la fleur des chardons, quand elle est bien achevée d'espanouyr, car elle est aussy en forme de houppe ou de vergettes, et ne seroit pas inconveniant, que sur les Thyrses on eut mis de telles testes plus ou moings ouvertes ou espanoyes, en forme de houppe, ou plus ou moings refermées et reiinies en forme de boutton prest à esclorre sa fleur.
J'oscrois bien dire une aultre conjecture si j'avois un peu de temps pour l'examiner, c'est qu'en un fragment que j'ay, venu de Perse et trouvé eu Bagadad mesmes il y a 7 ou 8 ans, qui est la pièce la plus antique de tout mon cabinet, et possible des plus notables bien que ce ne soit qu'un morceau d'une vieille bricque couverte d'une incrustation de porcellaine quasi à la mode de celle de la Chine , mais esmaillée et colorée de verd azurin^comme les vieilles idoles des Mummies des OEgvptiens (laquelle brique est possible des Laterculi de Pline oii les Babyloniens representoient leurs observations), il y a des caractères Hiéroglyphiques et vieilles figures en peinture linéaire vestiies quasi à l'OEgyptienne neantmoings avec quelque diiïerance, lesquelles portent des longs bastons, quasi comme Thyrses, abouttissants à une houppe toute espanoiiye, qui pourroitbien estre du Papyrus de Babylone , par oii Bacchus debvoit estre passé en son voyage des Indes, et d'où il le pourroit bien avoir rapporté entr'aultres trophées. Mais il y fault songer un peu plus à loisir. C'est pourquoy je vous prie d'excuser la besveûe que j'y pourrois faire, trop précipitamment.
Pour ce qui est du livre d'Arislote des plantes, j'escriray en Italie pour sçavoir s'il se trouveroit rien de cette ancienne version Latine, et vous donneray advis de ce que j'en pourray apprendre^.
' Voir une leUre spéciale de Saiimaisc Appendice, \>.^çf-i 01). — * Lillré ne donne
sur le papyrus, adressée de Leyde, à Dupuy, aucun exemple de l'emploi du mot aiurin.
le 10 décembre i633, dans le fascicule V ' Voir sur cette question les Recherches
des Correspondants de Peirese (Dijon, 1883, critiques sur l'âge et l'origine des traductions
urmitiBii VATtottALi.
Bieç vous diray je que dans un roolle de livres Arabes qui est aultres foys passé par mes mains, je pense y avoir veu l'Aristote des Plantes. El possible est il entre ceux de l'Escurial, dont il y a moyen de s'esclaircir. Je cherclieray ce roolle. Et vouldrois avoir de meilleures occasions de tesmoigner à M' Saulmaise ce que je désire faire pour son service, aussy bien que pour le voslre, estant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 16 juin 16a 8 un peu trop à la haste.
Si j'avois loisir de relire une aultre foys cette lettre , j'y trouverois sans doubte d'aultres choses à adjouster ou changer. C'est pourquoy si vous me la r'envoyez aprez que vous l'aurez veiie, et que vous en aurez entretenu M'' Saulmaise, je verray si la conferance des Antiquailles me pourra fournir quelque subject de changer d'advis en quelque poinct, avec un peu plus de reflexion et de loisir d'y penser, comme il fault en matière de conjectures, et de cez vieilles recherches, de choses où la mémoire se peult tromper si aisément, parmy tant d'aultres divertissements que j'ay maintenante
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Je vous escrivis cez jours passez, pendant les festes, concernant ce qui s'estoit trouvé dans le fagot de livres du U may. Depuis l'ordinaire apporta voz despesches du 6"* avec les deux exemplaires de principâ-
latines d'Aristole, par Amable Jourdain, Charles Jourdain (Paris, i843, in-8' nouvelle édition revue et augmentée par p. 173-175). — ' Vol. 716, p. 3o8.
[1628] AUX FHÈRRS DUPUY. 643
tibus Italiae et le Justiiiianus^ et tout plein d'aultres petites pièces dont je vous remercie trez luimblement, ot dont je vous renvoyé quelques papiers quej'ay trouvez trez beaux et Irez curieux, rnarry de n'avoir de quoy pouvoir user de revanche.
En responce donc de vostre lettre je vous diray que le m[anu]s[crit] de la Thebaide du Stace vous est entièrement desdié, et à M'' Guiet*. Vous l'en pourrez asseurer, et que s'il n'estoit un peu trop gros je l'envoyerois par la poste, mais le premier amy qui s'en ira à Paris, je le luy bailleray pour le vous remettre en main, ce sera le plus grand heur que pouvoit avoir ce pauvre livre d'estre réservé à un si bon usage, dont je seray bien glorieux, pour l'honneur que je vous porte et au dict sieur Guiet, dont j'ay admiré la vertu fort longtemps y a. Et si je ne luy ay rendu service, il n'a pas tenu à moy, ains à ce qu'il ne m'a voulu commander, comme je l'en avois souvent requis et interpellé*.
Je seray infiniment aise que M' Fetan puisse faire quelque fortune digne de ses mérites. Et quand vous en apprendrez le progrez et establissement, vous m'obligerez de m'en fair eparticipant.
Par le dernier ordinaire de Rome j'ay receu une lettre de M' Aleandro qui sera ci-joincte afin que vous voyiez ce qu'il me manque du m[anu]s[crit] des textes du droict civil dont l'antiquité est bien esloignée de ce
' Jtistinianus. Corpus jurin cteitis, cum nous D. Golhofredi (Paris, Vilray, 1627, a vol. in-fol.). Voir, sur celle édition et le» précédeates, le Manuel du libraire (t. III, col. 607-608).
' François Guiet ou Giiyet, mî h Angers en 1675, mourut à l'aris le iq avril 1 655. C'était un grand ami des frères Dupuy, comme l'a remarqué Bayle ( Dictionnaire critique, édition Beuchot, t. VII , p. SSg). Voir, dans le Bulletin du bouquiniste du i" avril 1876, un article que j'îii publié sons ce titre: 2'ro»« lettres inédites de Guyet (p. 887- 399). Ces lettres, fort curieuses, sont adressées à ir Monsieur Du Puy n. Voir encore
sur ce fin et savant critique les Lettres de Gttei de Balzac (1873, p. 438, 445, 799, 80a , 808), les Lettres de Jean Chapelain (1880, t. I, p. 169, i85, 187, 25a, etc.). Peiresc écrit le nom de l'ancien précepteur du cardinal de la Valette comme Guiet l'écrivait lui-même, ainsi que l'observe M. G. Poi-t dans le Dictionnaire de Maine-et-Loire (t. II ,
' On sait que Guiet n'a publié aucun des travaux philologiques dont il s'occupait sans cesse. Ses annotations sur Stace ont été recueillies dans l'édition des œuvres de ce poète donnée à Paris en i658 (in-8*).
que l'on en avoit dict. Mais ce qu'il adjouste de la maladie de M'' Holstenius m'a grandement affligé. Toutefoys, ce qu'il dict de la déclinaison du mal' qui m'est confirmé par d'aultres amys me console un petit*.
Si je puis desrober encor une demy heure je verray de vous escrire quelque mot sur ce que M'' de Saulmaise désire, sinon ce sera par le prochain.
Feu M'" Buon m'avoit véritablement envoyé quelques feuilles de l'histoire de Mess" de S'* Marthe in fol"^, mais en mauvais papier. Et l'oeuvre mérite bien d'en avoir un exemplaire du plus beau papier, comme je vous supplie de me le procurer et pour la perfection des feuilles que j'ay je vous en envoyeray le mémoire afin de recouvrer les restantes, et ce sera pour passer les monts. Je verray aussy ce qu'il y aura à desmesler avec les héritiers du dict Sieur Buon, pour souldernoz comptes, mais il fault que nous soyons Dieu aydant hors de ce moys fascheux et importun.
Je vous remercie de l'advis des deux éditions que vous avez trouvées du MARBODVS; s'il ne s'en peult trouver ailleurs, nous vous prierons possible un jour de trouver bon que quelqu'un en face la collation, sur l'édition que j'ay, aprcz qu'elle aura esté conférée au m[anu]s[crit]. Mais cela ne presse poinct.
Au reste je vous envoyé une boitte oiîi il y a un tuyeau de lunette d'ivoire que je vous prie de faire rendre à M"" Gassendi et les deux petites lunettes venues de Rome, que je vous prie voulloir bailler à M"" Rigault, pour y faire les essays et observations qu'il avoit tant d'envie de faire sur les abeilles. M'asseurant qu'il y prendra plaisir et que vous y trouveriez mesmes de quoy exercer vostre curiosité bien que cela ne fasse pas l'effect si accomply comme possible faisoient les lunettes sur
' Dimiriiilion, déclin. Décttnaixon a dans ' C'était, comme nous l'avons vu, la se-
ce sens élô fort souvent employé par Michel conde édition de VUàtoire généalogique de
de Montaifrne. la maison de France, par Scévole et Louis
^ Un petit |)our un peu se retrouve, de Sainte- Marthe (Paris, Gramoisy, 1628,
comme le rappelle littré, dans la Fontaine, a vol. in-fol.). Molière et M"' de Sévigné.
lesquelles est faicte la planche en taille doulce. Pour moy j'y ay prins grand plaisir et pense que M"" Rigault aura de quoy satisfaire à sa curiosité suffisamment pour ne pas avoir de prétexte de plus différer d'achever l'édition du texte de son Pline concernant les abeilles et aultres insectes. Je vous envoyé aussy deux exemplaires des feuilles de la dicte planche de taille doulce , l'une pour vous, et l'autre pour le dict sieur Rigault, afin que vous en puissiez faire la comparaison. Il ne s'en vend plus à Home la planche en ayant esté emportée, et y a eu de la peine d'avoir cez deux là , avec une troisiesme pour moy. Car celle que j'avois eue de la main du Cardinal m'a esté retenue par un à qui je l'a vois prestée.
Je n'envoyeray poinct de là les monts de cez livrets de Principatibus Italiae, que je ne sçaiche si vous avez dessein d'y en envoyer ou non. Vous verrez un peu de relation de l'accueil du Grand Duc de Toscane auprez de l'Empereur, que je trouve bien advantageux pour luy, et qui me faict désirer d'en avoir une relation bien exacte. Cela meriteroit de la faire demander par M"" de Lomenie aux agents du Roy prez l'Empereur, ou pour le moings aux commis de M"" d'Herbault ou de le faire demander par la Royne Mère, laquelle aura assez d'inclination à faire sçavoir le dettail de chose si honorable au chef de sa maison. Et sur ce je finiray demeurant à M'' du Puy vostre frère et à vous,
iMonsieur^
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 16 juin 1638.
M"' de Ventadour, et le marquis Malatesta , gênerai d'Avignon , et le Collatéral sont encor icy, traictez par M'' de Guise et de Crequy alternativement, lesquels leur font bien passer le temps, et quand c'est chez M"" de Crequy, on use d'une cérémonie que je n'avois encores veu pratiquer, car on prépare une table à part, où M"' de Guise disne ou souppe et le gênerai d'Avignon avec luy. Et là auprez on dresse la grande où se met M' de Crequy avec M' de Ventadour et tout le traiii
des uns et des aultres. L'afl'aire de Madame de Crequi s'est enfin accommodée tout à faict et fut achevée de conclurre hier au soir en telle sorte que Madame abandonne touls ses biens tant à M' le conte de Sault qu'à Monseigneur de Grequy soubs la reserve de 26 mille livres de rente sa vie durant, et la disposition en plaine propriété seulement de i ( )'■ mille livres présentement pour acquitter ses
debtes, et de toutes ses bagues, et de la maison de cette ville d'Aix^ et des meubles convenables à sa qualité, et à sa discrétion, avec faculté d'aller habiter quand bon luy semblera, au chasteau de la Tour d'Aiguez ^ ou de Sault^, ou de Vigile ^ ou aultre quelconque de ceux de la maison d'Aideguieres et de Sault. Et que les 26 mille livres se prendront sur les plus clairs deniers des revenus de cette province icy. Et moyennant ce elle pourra sortir du monastère et aller en sa maison de cette ville d'Aix, 011 M' son mary l'irà voir.
Et pour Madame la Connestable M' de Grequy promet de joindre ses prières avec celles de M'" de Guise envers le Roy, pour luy procurer le
' Déchirure du papier. Il faut lire probablement 4o,ooo livres.
' C'était la maison autrefois liabitée par Palamède de Forbin, dans la Grande-Rue- Saint-Jean , aujourd'hui du Pont-Moreau.
Voir les Rues d'Aix, par Roux-Alpheran (t. I, p. ôga). Le même auteur donne beaucoup de détails (p. 5 98-60 4) sur l'affaire dont Peiresc annonce à Dupuy la conclusion.
' La Tour-d' Aiguës est une commune du département de Vaucluse, arrondissement d'Apt, canton de Pertuis, à 5 kilomètres de cette ville. Tallemant des Réaux (t. I , p. 189) dit : (f On persuada donc à la Mareschale cette supposition, comme elle estoit à une maison des champs , appellée la Tour-d'Aigues. t D'après Roux-Alpheran (p. 698) , la maison de la (irande-Rue-Saint-Jean ctfiit le théàti-en de celte irsupposition de part dont les cir-
constances nous ont été conservées dans les mémoires manuscrits de Jacques Gaufredi , alors assesseur d'Aix, depuis premier président du parlement semestre ... ».
' Aujourd'hui chef-lieu de canton du département de Vaucluse, arrondissement de Garpentras, à 43 kilomètres de cette ville, à 67 kilomètres d'Avignon. Sur Sault, comme sur la Tour-d'Aigues, on peut consulter le Dictionnaire géographique , historique, archéologique, etc., des communes du département de Vaucluse, par Jules Courlet (seconde édition, Avignon, 1877, in-8°, p. 188-192 et p. 3i3-322).
' Aujourd'hui Vizille, chef-lieu de canton du département de l'Isère, arrondissement de Grenoble, à 17 kilomètres de cette ville. Voir sur le château de Vizille une note des Documents historiques sur Gassendi (1877, p. 11 et 1 9 ).
pardon et remise de ce qui peult estre des interests'du Roy. Et le faict (aie) que les interests de M'' de Crequy M' de Guise eu arbitrera absolument selon son bon plaisir et volonté. Vous en verrez, s'il est possible, une relation un peu plus exacte dont je vous prieray de faire part à M' de Lomenie avec prière de ne la poinct laisser voir et pour cause. Vous prendrez plaisir de voir un jour le registre delà procédure de M' de Guise en la cbambre des comptes sur la vérification d'un edict pour la moitié seulement, c'est à dire pour deux oflices de quattre qui estoient nouvellement créez par le dict edict. .l'entends qu'en l'an i C07 ou environ le feu Roy envoya feu M'' le Comte de Soissons à la Chambre des Comtes de Paris, pour quelque vérification d'edicts, si mal recetic par la chambre qu'ils sortirent touts et laissèrent les commissaires louts seuls. S'il y a moyen d'avoir coppie du verbal ou registre sur ce dressés, je le verrois trez volontiers.
Je me suis laissé surprendre au courrier qui porte la despesche de cet ordinaire, lequel est de ma cognoisçance, et me constrainct de clorre l'enveloppe de mon pacquet sans avoir loisir de faire clorre les lettres cy joinctes de Mess''* Rigault et Gassendi, mais il n'y aura pas grand danger, ils ne prendront pas en mauvaise part de les recevoir ouvertes venants de vous, et possible ne serez vous pas marry d'y donner un coup d'œil à l'advance. .
Dans la presse qu'on me donne pour clorre la despesche, je reserveray au premier ordinaire le second exemplaire de la feuille des Abeilles en taille doulce n'en ayant peu retrouver à présent qu'une seule '.
' Vol. 716, fol. 3io.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUï, À PARIS.
Monsieur, J'ay receu vostre pacquet du 1 1 avec le catalogue de la foire où je n'ay rien trouvé qui touchast ma curiosité oultre les livres que vous en aviez extraicts cy devant, si ce n'est le grand volume in fol" de Swertius, intitulé Athena Batava^. Estimant qu'il sera plus complect que les aultres éditions et qu'on y pourra trouver des relations des oeuvres de tant de grands pei'sonages qui ont fleury en ce païs la depuis quelques années, et qui y font si bien leur debvoir encor aujourd'huy. Cette Saxonia Ghitrai ^ usque ad annum 1 6 1 5 , il me semble que vous me l'ayez envoyée l'année dernière car je n'ay eu le moyen de l'aller vérifier présentement. Vous m'avez fort obligé de me retenir les deux exemplaires des tables Rudolphines, que nous attendons en bonne dévotion avec cez voyages de M'' de Brèves ^ et encores plus le Tertullian de M'' Bigault. Nous avons eu icy M' le Marquiz de Grimauld" qui est
' Le véritable titre de l'ouvrage est celuici : Francisci Swerlii Alhenœ helgicœ sive Nomenclator inferiorum Gei-tnaniw scriptorum. Anvers , 1 6a8 , ia-fol. Nous avons déjà trouvé le nom de Swertius dans la lettre LXVI.
^ David Chytrée, Chylrœus, né en i53o, tut disciple de Mélanchtlionà Wittenberg, de Joacliim Gamerarius à Tubing-ue, professa longtemps dans l'académie de Roslock, et mourut en juin 1 6oo. 11 avait publié sous le voile de l'anonyme : De Chromcis Vandaliœ et Saxoniœ Alberti Krantzii conlinuatio (Wittenberg, i586, in-fol.). Il donna de cet ouvrage une seconde édition sous son nom : Chroiitcon Saxoniœ et vicinarutn aliquot gentium , ab anno looo ad annum i5g3 (Leipsick, 1693, in-fol.). Cette histoire fut con-
tinuée par un anonyme (Leipsick, 1628, in-fol.).
^ Relation des voyages de M. de Brèves, tant en Grèce, Teire Sainte et Egypte, qu'aux royaumes de Tunis et Arger ; ensemble un traictéfaict l'an i6oi , entre le roy Henry te Grand et l'empereur des Turcs, le tout recueilli par J. D. C. (Jacques du Castel). Paris, 1698, in-4°. L'ouvrage est dédié par le secrétaire du voyageur au fils de son ancien maître, ce Camille Savary, sieur d'Auvour, conseiller et aumosnier de la Royne •mère du Roy, et abbé de Saint-Pierre du Mont-Majour-lez-Arlesr. Le privilège royal est daté du i2o mars 1628 ; l'achevé d'imprimer est du 3 1 mai.
' Ce personnage sous le nom de Desplan
[1628] AUX FRKRES DLIPUY. 649
allé jusques à Grimauld', mettre ordre à quelques siennes affaires particulières sans passer plus oultre. Il ne voulut pas advoiier d'avoir eu aulcune charge du Roy à ce voyage, et nia nommément d'avoir rien eu à faire ou traicter avec M' de Savoye. Il partit hier au soir pour s'en retourner en cour. Son père estoit venu icy avec luy, du Contât, où est sa residance.
Vous verrez une relation concernant le contract de M"^ de Crequy à laquelle je ne sçaurois adjouster, si ce n'est que quand il fut question de signer, il y eut un peu de cérémonie. M"" le Mareschal signa tout le premier, et aprez diverses semonces Madame de Crequy signa, et puis jettà la plume assez desdaigneusement et rudement, M' de Guise signa au dessoubs, et puis les procureurs des absants, et le curateur et les tesmoings. Et tout estant faict, tandis que M"' de Guise r'amenoit Madame de Crequy dans le monastère. M' de Crequy demeura au parloir à causer avec ses demoiselles, en ayant prins une sur son gyron, et aprez les avoir toutes baisées et caressées, descendit à la riie, où il alla retrouver M"' de Guise, et s'en allèrent touts deux à la comédie où M' de Crequy entretint les dames de ce qu'il venoit de faire, disant qu'il venoit de se rabiller avec une bonne soeur, laquelle il vouloit aymer et servir comme sa chère soeur. La première foys qu'il alla voir sa femme chez elle le lendemain de la signature du contract, il s'entretint fort longuement à une fenestre, et ailleurs, avec des grandes caresses, et la print diverses foys, en l'embrassant, et relevant, pour la faire seoir, sur quoy des mauvaises langues dirent en sa présence qu'il ne la debvoit trouver pas trez pesante, l'ayant allégée'^ comme il avoit faict.
11 s'invita hier chez un conseiller de la cour pour aller voir passer la
ou Esplaii Cguie à Y Appendice . {\etlre de cette ville. Marie de la Baume , fille de Fran- Dupuy, n°XX.XVlI). Ajoutons à la note dont çois delà Baume, comte de Montrevel, il est là l'objet, qu'ilfut blessé dans un duel avait apporté à Esprit Allard la terre de et qu'il mourut h Troyes des suites de sa Girmaud, baronnie qui fut pour lui érigée blessure. en marquisat par lettres d'avril 1687, et ' Aujourd'hui Grimaud, chef- lieu de qui passa ensuite dans la maison de Cascanton du département du Vai', arrondisse- tellane. ment de Draguignan, à lih kilomètres de ^ G'est-à-dire dépouillée.
tar«IKLftlK NAT(0?I11.L.
procession de la feste Dieu, de peur d'estre obligé d'aller chez elle en un temps qu'on le pouvoil inviter à desjuner ou disner. On dict que ceux de Nismes ont faict leur cueillette bien que un peu avant terme, et qu'ils commancent h venir ravager et faire le desgast à ceux de Beaucaire au lieu qu'on le leur fasse à eux, dont l'allarme a esté fort grosse en cette ville là. Vous aurez un petit advis des thèses des Dominicains à Thoulouze qui mérite qu'on s'enquiere exactement de ce qui en a esté. Vous aurez des nouvelles du Bassa d'Arzeron^ et je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DK Pëiresc.
A Aix, ce a3 juin 1628.
Je vous remercie bien humblement de l'acte du 9 mars 1606 que j'ay trouvé bien notable. Vous aurez coppie de celuy de M' de Crequy, par le prochain ordinaire, Dieu aydant. Je vous prie de faire voir à M' de Lomenie la relation concernant iceluy*.
GXXIi À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
À PARIS
Monsieur,
Vostre despesclie du 20 arriva mardy fort bien conditionnée ensemble les relations du camp' depuis le d jusques au i/i, lesquelles M'" de Fetan y a voit jointes soubs son enveloppe, dont je vous remercie trez humblement, comme aussy du troisiesme exemplaire de la Republique d'Escosse (qui fera mon assortiment), et des stances de l'Anonyme, que je n'ay pas encores veûes, mais je doubte fort que la prolixité ne soit un mauvais indice de l'observation de ce qui y seroit requis. Je vous remercie encores trez humblement du soing que vous avez daigné prendre des lettres de Lorraine, et de celles de M"" Gassendi, maintenant qu'il est logé si loing de chez vous, ce qui me faict
' C'est-à-dire Erzeroum. — * Vol. 716, fol. 3 1 s. — ' Devant la Rochelle.
appréhender de vous en faire plus l'adresse, mais je luy mande que dezliorsmais il envoyé quérir ses lettres chez vous le soir de l'arrivée de l'ordinaire ou le lendemain au malin. Il est là si voisin de M' Mido rge ' que je ne le plains pas, s'il le peult disposer à faire quelques observations avec luy, ce qui ne peult reuscir qu'à trez grand fruict pour le public. Le voisinage mesmes du bon P. Mercene^ ne luy nnyra pas nomplus.
Je vous remercie pareillement des otïres qu'il vous plaict me faire pour le jardinier^ lequel j'attends en bonne dévotion, pour prendre nn peu plus seing que ne faict celuy que nous avions, de noz plantes plus rares, oîi nous avons adjousté depuis peu le Coral arbor venu de Seville, qui poulse deux belles branches, et le Narcisse jacobée, qui a poulsé une tige de la grosseur du pouice , de la haiilteur de deux pieds sur laquelle paroissent desja trois bouttons. Et finalement le Jassemin jaulne venu de Portugal, mais la plante n'est pas encores à plus de quattre doigts sur terre, il fauldrà attendre la fleur. On nous faict espérer bien tost l'oranger et citronnier à fleur double. Mon frère est maintenant sur les lieux* où il m'invite pour aller voir la fleur du Narcisse Jacobée et possible m'y attirera, veuille je ou non, afin de voir aussy la fleur du Narcisse Tubereux^ (qui suyvrà l'aultre de bien prez car les tiges sont •desja grandes) ensemble le Jassemin d'Arabie à feuille d'oranger, qui se va tout couvrir de fleurs. Mais il y a une grande mortification que j'appréhende bien, pour la mortalité des grands orangers de noz spalieres*,
' Nous avons vu jdus haut (n° I.XXXVI) que Claude Mydorgc habitait près de la place Royale.
' Le père Merseiine résidait dans le couvent des Minimes de la place Royale. C'est dans l'égUse de ce couvent que Gas.iendi avait l'habitude d'aller dire la messe les dimanches et jours de fêtes. Voir l'errault , Les hommes illustres qui ont paru en France pendant le ira' siècle, édition de 1721, in-ia, t. I, p. i34.
' 1(0 jardinier choisi par Robin le simpliciste.
* A Belgcnlier.
' Ce fut Peiresc qui dut faire connaître à son correspondant Robin cette belle plante. Ou lit dans les Mélanges d'histoire et de littérature de Vigneul Marviile, que Robin, garde du Jardin des plantes, trest le premier qui a doimé la vogue aux tubéreuses, qu'on ne connaissait qu'en Provence".
* Peiresc conserve dans cette orthographe la CoriiiB originelle italienne, spallitre.
qui sont un piteux object et qui ne sçauroient estre remis en estai de quelques années. Et pour surcroyt de malheur on en avoit faict planter quelques uns nouvellement venus d'Italie, que nostre jardinier a si indiscrètement arrousez qu'il a faict pourrir la plus part des belles anémones de mon frère qui n'en estoient pas loing faulte de les avoir tirées de terre en temps et lieu, qui est une bien notable perte car il y en avoit d'excellantes et qu'on n'avoit jamais veiies à Paris. C'est ce qui nous faict principalement désirer la veniie de nostre nouveau jardinier à qui je vous supplie de donner un peu de courage s'il vous va voir avant que s'en venir.
Je suis bien aise que les arrests en matières ecclésiastiques n'ayent pas desagréé à M' vostre frère. Il s'en est donné un aultre fraischement contre un aultre espagnol Carme deschaussé désfrocqué, prestre célébrant, condamné au Ponton pour cinq ans, qui n'est pas moings notable que les aullres; je le voulois accompagner de la coppie d'un pasquin^ dont il estoit saisy, mais j'ay trouvé qu'un aultre de Mess" de la compagnie s'en estoit saisy : quand il l'aura restitué, vous en aurez la veiie, avec prière de le supprimer. Il est en termes espagnols fort specieulx contre le pape et contre Rome. Ce marault^ avoit esté ao ans aux Indes, et monstroit d'avoir assez bien estudié, mais il se vouloit faire huguenot pour trouver à vivre, ce disoit-il, bien qu'il recogneut qu'il faisoit contre sa consciance. Vous aurez cependant l'arrest. Et un de cez matins vous en aurez un aultre d'importance contre l'Abbesse de Tarascon^ soeur du conte de Roure\ quoyque fugitive, prévenue
' Sous le mot pasquin Littré cite Brantôme, Voiture, Boileau, M"" de Sëvignë.
' Peiresc écrit le mot marault comme on l'écrivait du temps de Villon. Plus tard on a écrit maraud (Searron, Molière, Regnard , etc. ). Ajoutons toutefois que du temps même de Peiresc, son ami Malherbe avait adopté la forme maraud.
' frMargarita de Maugiron du Roure ab anno i6a8 ad 16. Si" [Gallia christiana, t. I, Monasiertum Tarasc. S. Hotio-
rali, col. 892). Voir encore Animadv., col. LI, oîi l'on substitue \ 696 h 1628. On voit par l'indication de Peiresc qu'il y a une autre date à modifier dans le court article du Gallia christiana, puisque labbesse était déjà fugitive en juin 1628. H faut donc désormais effacer i63i et remplacer cette année par l'année 1628.
*' Scipion de Grimoard de Beauvoir de Monllaui-, comte du Roure , marquis de Grisac, chevalier des ordres du roi, lieutenanl
[lG-28] AUX FRÈRES DUPUY. 653
d'avoir acouché dans son monastère d'un gros enfant que l'on donne à un gentilhomme nommé d'Avignon Entragues^ Il y avoit eu des arresls pour la closture de ce monastère, et pour luy prohiber nommément à elle d'en sortir, à cause de certain voyage qu'elle estoit allé faire en Avignon. Mais le mal estoit desja prins. Quant aux livres je pense qu'il sera meilleur de prendre ailleurs que chez Buon ou ses hoirs, la Bible des 70 et l'histoire de Mess" de Sainte Marthe en fin papier, aultrement il y auroit trop à attendre. Et cela vous donnera moyen de faire le ballot. Je seray bien aise d'avoir le Ghronicon Juliani Toletani de ce Raniirez , et puisqu'il est imprimé là , il ne sera pas de besoing d'en donner de la peine à M"' Rigault, pour en avoir. Si ce n'est que cet Espagnol eust faict à la mode de son pais et retiré tous les exemplaires. Je n ay jamais veu le livre des Antiquitez de Gades% et pensois que vous m'en donneriez (juelque notice. J'ay escript pour m'en faire venir d'Espagne quelques exemplaires, ce ne sera pas sans vous en faire part s'ils viennent.
Ma nièce la religieuse' a prins tel goust à deux livrets que vous m'aviez envoyez l'un de la vie de MARGYERITE DE LORRAINE DVCHESSE D'ALENÇON, chez Gramoisy, 8°\ l'aultre de la vie de
général de ses armées , gouverneur de Mont- ville et à la même distance d'Avignon, pellier, etc. , mourut à Paris en 1 669. C'e'tait ' Nicolas Antonio ( Bibl. Uisp. nova, édile fils de Jacques de Grimoard de Beauvoir, tion de Madrid, 1788, t. I, p. 654, col. 1) comte du Rome, et de Jacqueline de Mont- indique les Grandezas y antigtiedades de laur, dont la mère s'appelait Marie de Mau- la Islti y Ciudad de Cadk (Gadibus, in-4°) giron. Dans la gt'néalogie de la maison de par Jean-Baptiste Suarez de Salazar, clia- Grimoard donnée par le Morcri, on meu- noine de la cathédrale de sa ville natale. Esttionm (t. V, p. 887) Marguerite, abbesse ce de ce livre quil s'agit? Antonio cite ende Tarascon, comme la quatrième des filles core un autre ouvrage sur la même ville: de Jacques de Grimoard de. Beauvoir. Uistoria y antiguedades de Cadiz , par le do-
' Vilhoa-Curl [Nobiliaire du Cointat-Ve- minicain Thomas de Lima.
naissin, t. 111, p. 6ti) mentionne la famille ' Quelque fille du beau-frère de Peiresc.
d'Avignon comme une des plus ancieimes de Henri de Seguiran.
la ville d'Avignon (xii" siècle) et de la ville * Vie de Marguerite de Lorraine, duchetse
de Pernes {xm' sikch). Entraigues est une d'Alençon, gruiide-ayeule du roi Louis le
commune de f arrondissement et du canton Juste, par Pierre du Hameau (Paris, i6a8,
de Carpentras, à 12 kilomètres de cette in-8°).
654 LETTRES DE PEIRKSC [1628]
PHILIPPE DE GVELDRES Duchesse de Lorraine 8 ' Pont à Moisson 1637' que ses compagnes en ont eu envie, et les a fallu envoyer à iMarseille et ailleurs; je vous prie de m'en envoyer encor une coupple d'exemplaires de chascun, pour les contenter et me tenir tous jours,
DE Peiresc.
D'Aix, ce dernier juin 1698.
Vous verrez en une coppie de lettre escritte à mon frère, l'aultre jour, ce que nous avions icy de nouveau n'y pouvant adjouster si ce n'est que M' de Montmorancy n'est plus attendu à cause du commandement qu'il a receu du Roy pour faire le degast à Misme*. On m'a faict feste d'un livre intitulé le Franc Huguenot pour responce à quelque remonstrance du présidant du Suc, et dict-on que c'est une suitte des manifestes de M'' de Rohan et de la Rochelle, qui est d'importance. Si je le puis attrappcr je vous en feray pai't. CiCpendant je vous envoyé une aultre espèce de manifeste des Genevois criminels, que je n'ay pas veu entièrement, mais en le parcourant. Il y a bien des particularitez notables, il y a encor un aultre advis en une feuille seulle,le tout appartenant à M'' d'Agut à qui je l'ay prins au palais pour le vous envoyer
' Vie de Philippe de Gueldre, Royne de Hierusalem el de Sicile, Duchesse de Lorraine, et depuis pauvre religieuse au couvent de Sainte-Claire au Pont -à-Mousson, par Christophe Merigot, jt!siiile; au Pont-à- Mousson, 1627, in-8'. La Bibliothèque historique de lu France indique, h la suite d'une faute d'impression (t. I, n° i5t88), 1617 pour 1697. Le père C. Merigot naquit h Nancy en 1679, fut reçu dans la Compagnie de Jésus en 1607, et mourut à Langres en i636. Les auteurs de la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (t. II,
col. 1908) considèrent l'ddition de 1617 comme douteuse; ce n'est pas assez dire.
' Voir la plaquette intitulée : Récit véritable de ce qui s'est passé au dégât fait es environs de Nismes, Usez, Anduse et Alez, en la présence du duc de Rohm et de son armée; avec la défaite de son avant-garde , et le nombre des blessés et pris prisonniers , par Monseigneur de Montmorency, duc et pair de France , gouverneur pour le Roy au pays de Languedoc (Paris, J. Barbote, jouxte la copie imprimée à Tolose, par 1. Boude et N. d'Esley. 1698, in-S").
[1628] AUX FRÈHES DUPUY. 655
à la charge de vous sallûer ticz liumblemeiit de sa part comme je faicis. Je ne sçay si ce qu'avoit M"' le Noiicc esloit la mesme chose ou non. Je feray ce que je pourray pour en retirer de semblables du costé de Turin auquel cas vous en aurez vostre part.
A faulte d'aultre chose ayant recouvré quelques exemplaires des vers cy joincts faits à Bordeaux et à Grenoble, j'ay créa vous en debvoir faire part tels qu'ils sont, car si bien il y a beaucoup à désirer, il y a neantmoings d'assez jolies conceptions en quelques endroits, et je suis d'une humeur, que je n'estime pas moins les roses pour estre accompagnées d'espines. Vous accepterez la bonne volonté à faulte de meilleure monoye. M"" de Lomenie vous fera voir ma lettre où vous trouverez (|uelque chose de plus, que je ne rediray poinct jjour ce coup.
Je vouldrois bien voir les modifications soubs lesquelles le parlement de Paris receut les lettres de confirmation du parlement lore de i'appanage de Monsieur qu'on y vouloit faire vérifier si cela se peut voir. Je vous recommande la lettre cy joincte d'un curieux à un gentilhomme Allemand, à qui je vous prie en faire demander la responce par un des vostres, aux trois perches, à l'isle du palais.
Il y a encor une lettre pour Cologne, que j'eusse adressée à M' le Nonce s'il eust esté à Paris; c'est d'un jeune homme bien vertueux él bien docte : en un besoing, quelqu'un des domestiques du dict Sieur Nonce en sa maison de Paris la pourra faire tenir ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
ADVOCAT EN LA COIJH UE PAULEMENT DE PARIS, À PARIS
Monsieur, Je repute à trez grand honneur l'adresse qu'il vous a pieu me faire
' Vol. 716. fol. 3ii.
du Seneque de M' Aleandro*, et vous en remercie trez humblement, bien marry qu'il ne vint la précédante semaine car il seroit allé de là les monts par l'ordinaire qui passa vendredy dernier. Vous ne serez plus en peine des nouvelles de M"" de Thou, car je pense que vous en aurez eu de mesnie datte et en mesme temps que moy. Et quand les vostres auroient esté arrestées quelque part, vous aurez demain ma lettre que je vous envoyay la semaine passée. J'en ay depuis receu une de M"^ Avaulx^ du lo juillet, qui me mande en avoir receu^une du dict M'' de ïliou du 28 may de Constantinople, où il estoit arrivé le i5 may aprez trois moys et demy de navigation, non sans beaucouj) dincommoditez, à mon trez grand regret, mais qu'il se portoit lors trez bien Dieu mercy et faisoit estât d'en partir pour la Palestine sur la fin de ce moys. Je luy ay escript aujourd'ijuy par la mesme voye de Venize à tout liazard, en cas qu'il eust plus sesjourné en Constantinople, ou qu'on y ayt des.comnioditez de luy faire tenir ma lettre en Levant la part où il sera.
J'ay trouvé fort estrange la procédure de Monseigneur le Garde des Sceaux^ envers le fdz de M' de Bellievre". Et la lettre escritte sur ce subject est bien extraordinaire aussy. Mais si crois je qu'il fauldrà qu'il se résolve à contenter un si grand corps , eu chose si usitée et si dilficiie à changer au siècle où nous sommes.
li est vray que je vous ay envoyé aultres foys des lettres patentes du l\oy François premier, en vertu desquelles nous avons maintenu la préséance de noz présidants sur l'Archidiacre, au dessoubs de l'Archevesque dans le cœur; ensemble un arrest du conseil de l'an lôaS à Fontainebleau qui nous y a maintenu contre feu M"" d'Augustopoli. INostre parlement avoit faict un arrest sur mesme subject en l'an 1601, pour maintenir feu M'' du Vair en cette possession contre l'un des quel-
' C'est-à-dire du Sénèque destiné à demain de la yowrnee <fcs Dapes (i 1 novembre
M. Aleandfo. - i63o).
' L'ambassadeur à Venise déjà mentionné ' Ce fiis du chancelier Pomponne de
dans la leUre n° LXXV. ~ Bellièvre devait être Nicolas, né en i583,
' Michel de Mariilac , qui garda les sceaux président à mortier au parlement de Paris
depuis le 1" juhi i6a6 jusqu'au len- eu lôii , mort en juillet i65o.
ques suffragans de cette métropole que M'"rArchevesque de Vallegrand', avoit faict placer au lieu du dict Archediacre. Vous avez pareillement eu cet arrest. Mais je n'eu ay sceu trouver la liasse pour ce coup, ce sera Dieu aydant par le prochain ordinaire que je vous satisteray de ce costé ià.
Au reste j'ay receu de M'' Rigault une lettre qui m'a scandalizé, et iuy ay faict une responce, que le ressentiment de son procéder a extorqué de moy sur la chaude^. C'est pourquoy je la vous envoyé et laisse à vostre disposition de la jetter dans le feu, si ne trouvez à propos de la rendre, car je n'entends nullement de perdre son amitié, estant résolu d'aymer mes amys avec toutes leurs humeurs, comme je ne vftuldrois pas perdre l'usage des roses pour les espines qui y sont nieslées. Mais au moins cela vous fera cognoistre mes sentiments, et possible trouverez vous bon de Iuy en jetter quelque mot, pour esviter à l'advenir une petite action de mespris. N'y ayant guieres de si petite peine et de si petite honesteté, à laquelle on puisse refuser un mot de compliment, tesmoing les simples bonnettades^. Aultrement on leveroitbien le courage de jamais entreprendre aulcune difficile recherche. On n'eust pas extorqué de si rares pièces qu'on a arrachées de divers lieux pour l'amour des gents de lettres, si on eust esté si avare de tels petits compliments. Il fauît bien essuyer d'aultres diffîcultez pour y parvenir, et souvent des rebuts tous formels qui ne se domtent que par la patiance, et persévérantes instances, et tesmoignages de sçavoir bon gré de toutes choses, soit précieuses ou non, quand il fault considérer l'honesteté de celuy qui s'en prive pour l'amour de ses amys auquel on doibt, sinon la revanche, au moins les remerciments proportionnez plus tost à son estimation ou à son opinion qu'à la juste valleur des choses qu'on tire de Iuy. Je seray trez aise que M'' l'Archevesque de
' Paul Hurault de l'Hospilal , qui siégea qui signifie la même chose, esl dans les Mé-
de 1598 à i6a3, comme nous l'avons déjh moires de F^a Noue, dans les Mémoires de
vu (lettre n° V, du q5 janvier i6a4). Saint-Simon, ele.
' A l'instant, vivement. Sur la chaude est ' Montaigne s'est servi de ce familier
dans les Essais de Montaigne. A la chaude, synonyme de coup de honnet, salut. t. 83
uiriiiMi,iiiE 5irifl^M t
Thoulouze achevé cette negotiation, au contentement de M' Rigault et advantage du public, et crois asseurement qu'il est bien mieux en son pouvoir d'en venir à bout, qu'au mien de moy, qui n'ay peu agir que par interposition d'aultres personnes de plus de crédit que moy. Mais je ne vois pas qu'un remerciment de M"' Rigault, de ce petit livre qu'on luy a faict avoir, tel qu'il est, peult nuire ou desplaire au dict sieur Archevesque. Je seray bien contant que les choses qui restoient à faire se fassent sans moy, et en seray daultanl deschargé, qui ne me sera pas peu d' advantage, car les gents de Thoulouse ne font rien pour rien, je vous prie de le croire. Et que je ne me suis pas chargé de peu d'iuaportunité quand je me suis obligé à eux, car ils sçavent bien tirer le soûl de fin de toutes choses ^ et se prévaloir du temps, n'ayants rien en leur pouvoir qu'ils n'estiment au centuple de sa valleur. Je suis marry de vous ennuyer par un si fascheux entretien, et vous supplie trez humblement de me pardonner, et de mesnager mon discours, et mes ressentiments, avec la charité et desbonnaireté qui vous est si propre, car vous pardonnerez.
Monsieur, à
vostre trez humble et plus obéissant serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce à aoust 1638.
Si vous voyez M' Deodati, je vous supplie de luy faire mes excuses pour ce coup , car il est bien mezhuy tard pour luy pouvoir escrire. Je n'oublieray poinct, en escrivant à Rome, de demander les opuscules de Cardan de fato et Arcanis iîlternitatis^.
' Nos dictionnaires ne donnent pas l'explication de celte locution qui, si je ne me trompe, ne se retrouve pas ailleurs. — ^ Vol. 716, fol. 3 16.
[1628] AUX FRERES DUPUV 659
X MONSIEUR, MONSIEUR DU PUT
Monsieur,
J'ay receu voz despesches du 27 du pass<i, où j'ay apprins avec plaisir que les lunettes soient arrivées bien conditionnées nonobstant le mouvement de la poste, dont on ni'avoit, depuis leur parteiuent, voulu donner quelque appréhension. 11 fauldrà voir ce que cela pourra opérer envers M"^ Rigault, pour accellerer son labeur sur les insectes de Pline. Cependant je vous remercie du soing que vous avez eu de les luy faire mettre en main, et j'attendray qu'il m'en accuse la réception pour envoyer sa lettre à Rome pour ma descharge. Je n'ay encores peu achever de remuer les papiers de ma chambre, pour retrouver i'aultre feuille des abeilles imprimée qui s'est esgarée ou plustost coufondiie ' ; je ne larderay pas d'y satisfaire, et tousjours pourrez vous vous servir de celle que je vous ay envoyé.
Je vous remercie encores du soing que vous avez prins des lettres et du tuyeau de lunette du sieur Gassendy, non sans quelque appréhension de l'incommodité que cela doibt donner à voz gents, estant esloigné comme il est de chez vous.
Comme aussy de la bonne volonté qu'il vous plaisoit de donner toute satisfaction au jardinier, dont je ne vous suis pas moings redevable que s'il eust eu recours à vostre honnesteté. M"^ Robin escript à mon frère du 27 qu'il estoit party le 28, et qu'il luy avoit baillé ce qui luy avoil faict besoing pour se conduire et pour quelques outils, sans dire quoy; nous l'apprendrons d'iceluy à son arrivée qui ne peut meshuy guieres tarder, et lors je vous supplieray de l'en faire rembourser.
J'ay esté en peine de la maladie de M"^ Holstenius, mais j'en espère
' C'est-à-dire qui s'est mêlée à d'autres papiers, qui s'est confondue avec eux.
660 LETTRES DE PEIRESG [1628]
bien sur la relation qu'on nous en faisoit ; dans huict jours que l'ordinaire viendra, j'espère que nous apprendrons Dieu aydant sa guerison. Je vouldrois bien que c'en fust de mesmes de M''Pnandy que j'appréhende bien davantage à cause de la saison, et du lieu et de la malignité de son mal. Dieu les veuille bien assister tous deux.
Je vous supplie de réitérer mes remerciments trez humbles à M'" Guiet de tant de tesmoignages de sa bienveillance envers moy. L'absance de la court faict que peu de gents partent à présent d'icy pour aller à Paris, ains s'en vont droict à l'armée, ce qui rend plus rares les commoditez d'envoyer la Thebaide du Stace m[anu]s[crit]. Mais s'il tarde plus guieres de s'en présenter, je me hazarderay de le bailler à un de noz courriers ordinaires, quand ce sera à son tour d'aller à Lyon, lequel est de ma cognoisçance , pour le consigner là au messager de Lyon , si le pacquet se trouve trop gros pour la poste. Cependant pour grossir un peu mon pacquet du jourd'huy, j'y mettray un exemplaire des vers du sieur Aleandro et des Amaltées, que je vous supplieray de bailler de ma part au dict sieur Guiet.
Je seray bien aise d'entendre ce que vous dira M"" de Saulmaise concernant les autheurs de Pigaientigo (?) n'ayant pas encores peu voirie m[anii]s[ciit] pour vous en faire la relation qu'il fault. J'ay veu ce que vous me mandez touchant le livret de principatibus Italicis, où j'ay admiré infiniment Vostre modestie et deferance trop honneste, de vous reserver d'en pourveoir M' Aleandro pour me laisser l'avantage d'en envoyer au Cardinal , en quoy vous m'avez mis en bredouille. Car pour respondre à vostre courtoisie , je m'en debvrois abstenir, et je crains d'ailleurs que vous preniez en mauvaise partie scrupule que j'en debvrois faire, si je ne vous rends en cela comme en toute aultre chose une obéissance aveugle.
M'Deodati est extrêmement obligeant. Aydez moy, je vous supplie, à suppléer les deffaults des trez humbles remerciments que je luy doibs, ensemble des excuses qui y peuvent escheoir, pour n'avoir possible pas escript en termes assez convenables à son humeur. Car certainement je pensois que aulcuns des imprimeurs de Genève eussent quelque de-
pendance de luy, et qu'il leur peusl ordonner ce que bon luy sembloil. Mais il faultque j'ay esté mal iiistruicl sur ce subject, dont je le supplie trez humblement me vouloir pardonner. Cependant je luy ay tousjours une trez grande obligation comme à vous des bons oflices qu'il vous plaict nous promettre en l'édition du Théophile auquel il peuH joindre, ou donner à part, si on veult, un joly recueil des jurisconsultes Grecs sur les Règles de droict, avec de bien gentiles notes dont aulcuns n'ont jamais esté mis au jour.
Nous avons veu icy le sieur Ozier', mais ce n'a esté que comme un esclair y estant arrivé hier au soir, et en estant voulu partir ci ce matin. J'ay faict ce que j'ay peu pour le retenir quelques jours, et au moings jusques à disner, pour le pouvoir gouverner pendant ce temps là à l'issue du palais où j'estois constraint d'aller pour un procez d'importance commancé qui ne se pouvoit achever sans moy, ne différer à cause que M'' le premier présidant se debvoit absanter demain. Mais tandis que j'estois au palais à ce matin il s'en est allé à Marseille sans avoir voulu promettre de revenir par icy.
Il m'a apporté afforce recommandations non seulement de M'' de Lomenie et de Monsieur de la Ville aux Clercs, mais aussy de M"' du Ghesne et de Mess" de S''' Marthe, auxquels je suis bien redebvable de l'honneur de leur souvenir. 11 m'a apprins une chose que je n'avois pas sceue, à sçavôir que feu M' de Brèves, avant son decez, avoit vendu tous ses livres Arabes et aultres m[anu]s[crit]s et ses matrices et characteres à M'"du Val 2, de sorte qu'il fault que le pauvre Maronite' en aye este sevré. Je ne scay si pour avoir changé de maistre le public en aura plus de communication, mais ce M'' du Val est assez soigneux, ce me
' Pierre d'Hoziei-. Voir une note sur le (i6/i4, in-4°). Voir sur G. Duval, profcs-
ce'lèbre généalogisle à r/i;)^CK(/(ce, n° XLIV seur en philosophie grecque et hUine, le
(lettre de Dupuy du 6 mars 16a 8). Mémoire historique sur le Collège royal de
' Guillaume Duval, mëdecin et érudit, France, par l'abbë Goujet (t. II, p. ti3'i-
né h Pontoiâe vers 1670, mort à Paris en ai?)-
i646, fut I éditeur des OEuvres d'Arisiole ' Le maronite Gabriel Sionite. Voir plus
(1619, k vol. in-/t°, réimjiriinëes en i654, haut la lettre CIV. •2 vol. in-fol.), l'auteur du Collège roi/nl
semble, de faire travailler la presse de l'imprimerie. Le dict sieur Ozier m'a faict feste de plusieurs livres nouveaux comparus de par delà, depuis que j'en suis venu, en matière de Généalogies et Armoiries, tant de ceux d'Italie et d'Espagne que d'Angleterre.
Oultre ce il m'a parlé de dix ou douze volumes m[anu]s[crit]s en cette matière qu'il a recouvrez depuis peu , entre lesquels il fault qu'il y ayt d'assez bonnes et curieuses choses qui luy sont bien employées à luy, en faisant la profession particulière et n'en estant pas chiche comme d'aultres.
Au surplus je vous renvoyé enfin le discours du Galilée du reflux de la mer, que j'ay retiré depuis j)eu de chez le sieur de la Valette. Vous y trouverez les figures restablies, qui se réduisent toutes à une seule, mais la suitte eu est fort intelligible à présent.
Je vous envoyé aussy une relation bien que trez mal escritte de cette Reyne d'Angleterre prétendue*, laquelle avoit esté en ce païs, et se disoit fille du Mareschal de Themines, Cuitive^ pour ne vouloir espouser le prince de Marsillac filz de M'' de la Rocliefoucault^ afin de se pouvoir rendre religieuse, mais l'imposture fut descouverte le mesme jour par les dames de la Visitation, et elle s'en alla à Tollon affronter celles de S'^ Ursule durant quelques semaines. Ensemble un cappitaine de Galère qui la trouvoitpas trop deschirée* pour luy. Enfin elle se saulvà, pour aller faire ce qu'elle a depuis supposé.
' Dubernard, écrivant d'Agen a Peiresc, le i5 juin i6a8 {Les correspondants de Peiresc, fascicule 1, 1879, p. 9), lui promet le prochain envoi de » certaine relation qui se promène icy de la procédure qui a esté faicte à Limoges contre une extravagante soy disant Reyne d'Angleterre qui a esté, depuis quelques jours, à ce qu'on nous dit, poui" sa folle supposition, condamnée au fouet 1. Voir, au bas de cette même page 9 , une citation relative à la pseudo-reine d'Angleterre tirée de V Histoire de saint Martial par Boçaventure de Saint -Amable (Limoges, i6a5, in-fol.).
^ Le mol/iiitif, ponv fugitif , est an mot du XVI* siècle, que l'on trouve notamment dans Amyol.
■^ Le prince de Marcillac, l'auteur des Maximes, était alors âgé de quinze ans, étant né le i5 décembre 161 3.
' Expression qui semblait être beaucoup plus moderne. On lit dans le Dictionnaire de Littré: ffFiguréraent et familièrement, cette fenmie, cette fille n'est pas si déchirée, elle n'est pas laide, elle est assez jolie. » Littré ne cite de l'emploi de cette locution aucun exemple antérieur à celui qu'il tire de la
La cour a faict un arrest de nouveau pour la reformalion du couvent des Augustins, où elle donna deux religieux reformez pour adsistants au Prieur, mais cez gents ont si peu de volonté de bien faire, qu'ils courent fortune d'estre r'envoyez eu aultres couvents libertins pour laisser la place aux bien vivants, non de la grosse reforme mais d'une modérée, qui est neantraoings bien disciplinée et de vie exemplaire. Vous en aurez les procédures. Et je demeureray. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 7 juillet aa soir i6a8.
Si vous m'envoyez des livres, je vous supplie d'y faire mettre le recueil des plus beaux vers de Malherbe, Racan, etc. , in 8° de Toussain du Bray 1627 s'il n'y en a une édition postérieure '. Ensemble un petit livret in ai des Souspirs de Saint Augustin de René Gaultier ^ chez Adrien Taupinard 1622, où plus récemment cez trois volumes du recueil des pièces de l'admiraulté se sont trouvez assortis de plus de pièces les uns que les aultres, et qui pix est, aulcunes pièces imparfectesen tous les trois volumes, et d'aultres en quelques uns seulement. S'il s'en pouvoit avoir un exemplaire en blanc bien complect, j'en serois bien aise, pour le faire relier à ma fantaizie avec d'aultres choses sortables.
Partie de chasse de Henri IV, par GolM : tt Vous y verrez ma femme Margot, qui n'est pas encore si dtîchirée. ji
' Recueil des plus beaux vers de Messieurs de Malherbe, Racan, Maynard, etc., Paris, Toussainct (lu Bray, 1626, in-8°. D'autres éditions, ou peut-être seulement des exemplaires de i6a6 rajeunis par de nouveaux frontispices, comme le remai-que M. Lud. Lalanne {Notice bibliographique , dans le toaie I des Œuvres complètes de MaUterie, p. cw), sontdatésdeiCay, i63o,i638,e(c.
' René Gaultier, itné vers 1 56o, non certainement au Boumois, comme il est dit partout , mais peut-être à Angeis , 1 selon l'observation de M. G. Porl{Dictionnairede Maineet-Loire, t. II, p. 987), mourut à la lin de i638. Cet érudit ajoute que l'on connaît de lui une trentaine d'opuscules, la plupart traduits de l'espagnol ou du latin, sans intérêt que de dévotion pure. Il cite quelques-uns de ces opuscules , mais non les Sougpirs de saint Augustin qui , quoique fort rares , ne sont pas mentionnés dans le Manuel du libraire.
664 LBTTRES DE PEIRESC [1628]
iNous attendons impatiemment les Tables Rudolfines, et s'il s'y en peult adjousler un troisiesme exemplaire pour moy, vous m'obligerez bien.
J'ay admiré la nouvelle du jour de la Pentocoste concernant les miracles du Roy en la guerison d'une muette et d'un boitleux; si vous en apprenez aultre confirmation, vous m'obligerez de m'en faire part. Cependant je vous envoyé un sonnet en Provençal d'un Viveti^ et un François qu'on m'a dict estre de Nostradamus^ sur la sainteté des Roys de France de vingt en vingt, qui furent faicts lors du passage du Roy en cette ville ■\
Je vous supplie de recommander le petit pacquet de Bordeaux et vous informer de ce qu'on a de coustume de faire payer du port des lettres sur le chemin là de Paris à Bordeaux, pour le faire taxer dezhorsmais et faire mettre la taxe sur le pacquet car les commis de la poste les surtaxent par aprez quelque foys bien excessivement. On paye 3 sols par once de Paris à Lyon et au retour de Lyon à Paris aultant; possible est-ce la mesme chose à peu prez du costé de Bordeaux.
Vous verrez quelques extraicts de lettres de Bordeaux et d'Agues* touchant l'affaire de M' Servien, maistre des requestes^, sur la fonction de sa commission d'intendant de la justice, où il y a quelque chose à remarquer. Il fallut soudainement renvoyer les originaulx, de sorte que les dicts extraicts en furent tirez fort à la haste. Vous excuserez le choix
' C'est l'auteur de deux quatrains en vers provençaux sur le combat d'une huître et d'un rat qui figurent dans \ Oslréomyomachk déjà plusieurs fois citëe et qui ont été reproduits dans Y Appendice IV du fascicule X des Correspondants de Peiresc : Guillaume d'Abbalia. En nommant là I. Vivety, j'ai exprimé le regret de n'avoir rien à dire sur le compte de ce poète.
^ Il s'agit là de César de Nostredanie , un des fils de Michel , né à Salon , mort dans la même ville en 1609. Voir le fascicule II des Correspondants de Peiresc : César Nostradamus (Marseille, 1880, in-8°).
' Louis XIII , d'après le Journal de Jean Héivard, séjourna à Aix du 3 au 5 novembre 169a et du 10 au 11 du même
mois.
* C'est-à-dire Dax (département des Landes), ville que l'on appelait souvent Dacqs, D'Aques, etc. Voir la notice d'André de la Serre intitulée : De la villed'Acqs en Gascoigne et des choses singulières et remarquables en icelle et es lieux circonvoisiits , publiée dans les Documents inédits pour servir à l'histoire de la ville de Dox (Paris, 1 88.3 , in-8°, p. 53 ).
^ Voir sur Servien à V Appendice, n° XVI , une lettre de Dupuy du i4 févrieriôay.
que fit mon homme des articles, meslez pariny d'auUres affaires domestiques ^
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre lettre du 3"' de ce moys, avec celle de M' Deodati, concernant l'édition du Théophile de M'Fabrot, à qui j'ay communiqué les difficultez de l'Imprimeur pour ce qui estoit du commentaire, et au contraire sa bonne disposition à imprimer le texte bien repurgé avec des petites notes les plus nécessaires. Il a incontinant approuvé ce dessein, principalement ayant veu que vous. Monsieur, et Mess" Rigault et Deodati ne l'improuviez pas, ains le trouviez appuyé de bonnes et puissantes raisons et considérations auxquelles je me rangeay facilement, comme ayant de mon naturel certaine aversion à toute sorte de grands commantaires, et au contraire trouvant les petites notes bien succintes et bien choixsies d'un goust beaucoup plus friand et délectable. Il s'est donc résolu de se conformer à ce bon conseil, qu'il vous plaict luy donner, et durant cez vacances, s'en va mettre au net son texte tout pur avec les simples corrections et notes plus nécessaires pour en appuyer le changement, soit aux additions tirées des m[anu]s[crit]s qui sont fort succintes, et qui souvent ne sont pas inutiles, se recognoissant grandement vostre obligé de la peine que vous avez daigné prendre pour luy, et encores plus de vostre bon advis auquel il defferre entièrement. Pour moy je participe grandement à ses obligations en vostre endroict et vous en remercie trez humblement tant de son chef que du mien, vous suppliant de continuer voz bonnes inclinations à
' Vol. 7t6, fol. 3i8.
larkiMiMi »TioaA&a.
696 LETTRES DE PEIRESC [t628]
ayder et promouvoir cet ouvrage, et de nous commander l'un et l'aultre en revanche avec toute authorité, en tout ce que vous nous jugerez propres à vostre service.
La continuation de nostre parlement, ou plus tost les arrérages du travail commancé avant le terme ordinaire de la fin du dict parlement, ne m'ont pas encores laissé recognoistre; mais j'espère que la semaine prochaine nous commancerons d'avoir les aprez disnées libres et aussy tost je me mettray à la recherche de ce qu'il faut joindre à la cassette que je vous faicts apprester. Cependant je vous envoyé l'un des tomes du Pline de feu M' Pelicier, lequel j'ay inespérement receu depuis hier de la part de l'héritier ' de feu M"' Gatel de Thoulouse, sans toutes foys avoir encores eu ses lettres, qui sont demeurées en arrière dans les hardes de celuy qui s'en estoit chargé, mais celuy qui a solicité cette affaire sur les lieux^ m'escript qu'en luy renvoyant ce volume qui contient les xvi premiers libvres, il me fera envoyer le second qui contient les reatants. Je leur avois mandé, voyant le danger des chemins, de ne rien bazarder sans commodité bien seure, mais que cependant j'eusse bien désiré d'avoir coppie des diverses leçons ou annotations faictes sur le xi* livre des insectes. Car je voulois fournir cet esguillon à M"" Rigault pour luy faire achever la correction de ce livre entier, s'il estoit possible. Et à ce que je puis comprendre cex Messieurs ont mieux aymé envoyer le volume où il estoit, que d'en faire transcrire les annolalions. Lesquelles je voulus incontinant conférer en cet endroiet ià, sur la feuille ou espreuve imprimée par M"^ Rigault, et trouvay que dies diverses leçons ou corrections, il n'en estoit pas eschapé une seule as dict sieur Rigault et que toutes les aultres annotations se reduisoieitt à bien peu de chose, à mon trez grand regret. Je voulus voir aprez l'édition é^ Daleschamp* et trouvay qw'il avoitt luy mesmes v«u quelque
' M. de Puymisson. Lyon fe t" mars i588. Voir au s«jet (te
' Guillaume d'Abbtali». Voir {^$cicu)e X celle deraière date une noie des i/«i(r«/wa«-
(ïes CorrespondanU de Peiresc (p. i3-i5) mises médites de Joseph Scaliger (p. 2 6 a).
uue lettre du 20 juin i6-j8. Le Pline de Dalecbamp parut h Lyon en
" Jacques Daleckamp, médecin et bota- 1687 et reparut à Francfort-sur-le-Mein
nistc, naquit h Caen en i5i3 et mourut à eu iSgg.
chose de semblable, et que pour les corrections pareilles, il alleguoit le Pline de Chiffletius, qui me fit juger de deux choses l'une, ou que M' Pelicier et M' Chidlet avoient veu le mesme m[anu]s[crit] sur lequel s'estoienl prinses les dictes corrections ou bien que le dict Chifïlet avoit mis la main sur les observations du dict Pelicier, comme il y a de l'apparance. Tant y a que tousjours debvons nous sçavoir bon gré à cez Mess" de nous avoir si libéralement confié ce volume annoté de la main du dict Pelicier, tel qu'il est. Et si M' Rigault juge à propos de recouvrer l'aullre volume en rendant celuy cy, je m'asseure que nous l'obtiendrons avec la mesme facilité. J'avois creu comme iuy que ce fust sur un Pline imprimé in fol° que le dict Pelicier eut annoté ses observations principales, et m'informeray particulièrement s'il n'y en auroit poinct quelque aultre. Bien suis je asseuré que feu M"^ Catel rae monstrà un fort gros volume in fol° des commantaires du dict sieur Pellicier sur plusieurs libvres de Pline, mais comme ce fut fort à la haste, et en concurrance de plusieurs aultres libvres curieux, je n'observay pas précisément ce qu'il en avoit. Quant à M' Holslenius, nous en attendons des nouvelles par l'ordinaire d'Avignon qui passera demain, possible encor à temps pour vous en faire part par noslre ordinaire de Lyon. J'espère tousjours bien de sa convalescence , et vous supplie de me conserver l'honneur de voz bonnes grâces comme. Monsieur, à
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peikesc.
D'Aix, ce %m juillet 1693'.
' Vol. 716, fol. 9ti.
À JIONSIEUR, MOÎVSIEUR DUPUY, A PARIS.
Monsieur,
Voz bienfaicts se rendent si ordinaires par touts les courriers, que nous ne debvons ordinairement faire que des remerciments trez humbles, comme je faicts maintenant, bien marry qu'ils ne puissent estre suivis de quelques bons efîects de revanche. Voz despesches du 6™" de ce moys vindrent mardy de meilleure heure que de cousturae, en trez bon estât, et par conséquent les livres et papiers y contenus, ayant prins plaisir à celuy de M' Chifïïet non rogné', en supplément de l'aultre que Monseigneur Bagny m'avoit envoyé par vostre moyen, lequel je n'avois peu reserver pour moy, ayant esté pressé d'en accommoder un bon homme de nies amys qui en avoit eu grande envie.
Je fus infiniment aise d'apprendre la guerison de M''Priandy, comme je l'ay pareillement esté à ce matin de celle de M' Holstenius, que j'ay apprinse par lettres du dernier juin , au passage de l'ordinaire de Rome.
L'extraict du procez de cette supposée Royue d'Angleterre debvoit tousjours estre veu, et nous en debvions estre plus curieux que d'aultres parce que nous l'avions icy jugée telle qu'elle estoit véritablement. Vous aurez veu par l'eschantillon que je vous en avois envoyé, la semaine passée, que nous n'en avions rien qui vaille, c'est pourquoyj'en ay bien de l'obligation à M"" de Cordes, aussy bien qu'à vous, puis que vous avez si libéralement concouru l'un et l'aultre à me faire cette faveur. Le mal est que je ne sçaurois pour astheure luy rendre le change
' Portus Iccius Julii Ceesaris demonslralus Angleterre était Mardick, aujourd'hui com-
( Anvers, 1637. in-4°). A propos du mot mune du département du Nord, arrondis-
(Umonstratus , il convient de l'aire observer sèment et canton de Dunkerque, h ta kilo-
<|ue J.-J. Chifllet n'a pas du tout prouvé que mètres de cette ville, le lieu où César s'embarqua pour passer en
[1628] ' AUX FRÈHKS DUPUY. 669
non plus qu'à vous. Toutefoys, à fauUe d'aultre chose, je vous envoyé une espreuve d'arrest qui s'imprime pour les règlements raffraiscliis à la fin d'iceluy donné sur quelques discours du principal condamné, tenus en l'an i 6i/i contre la Régence, dont la procédure avoit esté supprimée, et depuis desterrée en haine de quelque aultre procez. Si l'affaire n'eust esté si envieillie, l'homme eUst esté pendu indubitablement. Il y a eu 9 ou 3 divers arrests concernant l'estabhssement de la reforme des Augustins de cette ville que je vous envoyeray touts ensemble, Dieu aydant, par le prochain ordinaire ne les ayant encore» peu retirer. Je vous félicite la preconisalion ' du nouveau General des Feuillans, puis qu'il est de voz parens et amys et que le P. Goulu en aura tant plus de loisir pour rembarrer l'arrogance de son Antagoniste'^. Nous attendrons en bonne dévotion le livre de M"' Rigault, et sa responce à noz lettres. Vous verrez le livie que je lui envoyé avec les appostilles de feu M' PeJicier, et pourrez voir aussy ce que je luy en escripts, et à M"' du Puy, vostre frère. J'ay depuis rejette la veue sur quelques unes des dictes notes selon que les trouvois plumettées^, et en ay rencontré d'assez bonnes, non comprinses dans celles do Daleschamp de sorte que possible vauldront elles encores la peine d'estre parcourues par M'' Rigault, au raoings les derniers livres, car je pense qu'il a peu voir les commentaires du dict Pelicier suf les 8 ou i o premiers que feu M' le Cardinal de Joyeuse avoit en sa bibliothèque. M' de Saulmaise aura peult estre plus de patiance d'y jetter les yeulx, mais lequel des deux que ce soit qui en prenne la peine, il ne peult que bien réussir. La grosseur de ce livre et sa pesanteur aulcunement extraordinaire pour le volume m'empesche d'y joindre aultre chose, peur de trop grossir le pacquet.
Le jardinier de M' Robin est arrivé depuis peu fort gaillard Dieu mercy, et mon frère qui estoit à Rians, l'est allé mener à Bcaugentier
' Litiré ne cite sous ce mot qu'un texte ' Jean-Louis Guez de Balzac,
du xiv" siècle, des Ordonimnces des rois de ' Nos recueils lexicogi-npliiques ne ilou-
France, où le mot est employé dans le nent le mot plumeté que comme terme de
sens de publication. blason.
67i) LETTRES DE PRIRESC [1628]
pour le mettre en possession de nostre jardin et luy prescrire son ordre. U me fit voir un certificat du Primat de Lorraine qui i'avoit tenu deux ans à son service, oi!i je trouvay nouvelle cette qualité de P^imatie^ ne doubtant poinct que ce n'ayt esté ce qui avoit faict venir l'appétit des nouvelles eveschez que l'on vouloit faire créer en Lorraine en desmembrant celles de Thoul et de Verdun. Ce garçon nous dict que M' Robin luy avoit baillé 5 escus et que sur une sienne lettre il en avoit receu encoresdeux à Lyon, dont je vouldroisbien faire rembourcer le dict sieur Robin, ensemble du prix des gros ciseaux à tondre les parterres qu'il acheptà à son départ de Paris. J'estime que Madame Lignages ne fera pas de difficulté de vous fournir tout ce que vous désirerez, pour mon compte. Je ne regrette en tout cela que vostre peine et l'importunité que nous vous donnons si souvent.
Je n'ay poinct trouvé de lettres du cardinal entre celles que m'a laissées icy l'ordinaire de Rome, je ne sçay si elles seront passées en Avignon soubs l'enveloppe du Vice légat, comme par le précédant ordinaire. Mais M' Aubery m'asseure de la guerison de M"" Holstenius, comme aussy M'' Aleandro, qui adjouste que le sieur P° délia Valle ne fera pas difficulté de laisser imprimer son pentateuche en langue samaritaine, pourveu que l'original ne sorte pas de ses mains. Et qui plus est une partie de la Bible, qu'il a en langue OEgyptienne antique, escripte par colonnes, avec la version Arabique è regione* qui seroit chose bien plus exquise, pour estre aujourd'huy cette langue entièrement perdue comme la Punique. Feu M' Scaliger auroit tiré de belles choses de cez reliques là, s'il en eust eu la veiie.
On escript de Rome du a 3 et dernier juin que l'Empereur veult à cette heure accorder au Duc de Mantoùe la possession des biens contentieux tandis que des gents de lettres examineront les prétentions réciproques, et y dict on tout hault que la certitude qu'on a de la prinse de la Rochelle faict parler si doulx comme font les partisans d'Espagne,
' Littr^ sous le mot pritnatie n'a cité aucun écrivain antérieur à La Bruyère, Soinl-Simon et Voltaire. — ' En regard.
[t628] AUX FRÈRES DUPUY. 67t
et leur faict entendre à traicler d'accommodement. On adjouste de Gènes du 6 juillet, que Monseigneur Scappi ^ travaille au dict accommodement avec grande ardeur, et que desjà on tenoit la tresve pour conclue devant Gasal, et que l'armée Espagnole debvoit ce jour là s'esloigner de la ville d'une lieue en arrière. Sur quoy je finis demeurant. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DR PEUtESC.
D'Aix, ce 1 4 juillet i6s8*.
On nous dict que M' le Mareschal (?) de Villars' s'en vient icy présenter des lettres d'érection de Villars avec la Baronnie d'Oyse etaultres terres jusques à 6000 livres de rente seulement, en tiltre de simple Duché sans Pairrie* aux clauses de reunion à la couronne en deiïault de masies. 11 me souvient d'avoir veu que l'on en fit de mesmes lors de la première érection d'UZEZ en tiltre de Duché seulement, vérifiée au parlement de Thoulouse, et quelque temps aprez annexée à une nouvelle pairrie vérifiée au parlement de Paris. Je crois que M"" de Loinenie aura coppie tant des dictes lettres d'érection de simple duché d'Usez que de l'arrest de vérification à Thoulouse, et en vouldrois bien avoir la coppie maintenant, s'il luy plaisoit,pour m'asseurers'il n'est pas vray, comme je me l'imagine, que ce ne fut que la Grande chambre qui en fit l'arrest, comme des Marqutzats et Gomtez.
Je vous envoyé une petite observation do M'Fabrot denum[erJo pu«rperii, qui vient d'estre achevée d'imprimer*, et vous supplie d'excuser
' livêque de Câinpagna (province de Naples). Il fui nonce du pape auprès des cantons suisses catholiques et ensuite à Milan.
' Vol. 716, fol. 3a 3.
' Rappelons que la baronnie d'Oise, lès terres de Champtercier et de Villàrs en Provence avaient été érigées eu duché , sous le nom de Villars (septembre 1697), en faveur du frère putné de l'amiral de Villars,
Georges de Braucas, lieutenant ge'néral de Normandie, dont il a été question dans lu lettre n° XWII, du qq novembre 1626.
* Le duché devint pairie en juillet i65'i. Georges de Brancas ne mourut qu'en janvier 1657, âgé de quatre-vingt-douze ans.
' Nous avons déjà vu (lettre LX) que Niceron met la publication du De numéro puerpeni en i6a8, et Charles Giraud en
l'adresse de tant de pacquets et de lettres mesmes de cehiy de Bordeaux que je vous supplie de faire recommander et taxer, et me mander quelle taxe ou proportion on a acoustumé de suyvre à peu prez. Je vous adresse celuy de M'' Robin afin que par mesme moyen vous luy mandiez, s'il vous plaict, de venir recevoir chez vous les 7 escus du jardinier et le prix des ciseaux qu'il a fournis.
M' Valois m'a dict que M' Gassendi luy a achepté un exemplaire des Voyages des Indes Anglois de Purchas\ vous les pourriez faire joindre aux tables Rudolfines, pour faire un juste ballot à envoyer de pardeçà. J'oublioisde vous dire que les trouppes qui vont vers M' de Manloùe sont arrestées autour d'Ambrun et de Guillestres^, attendant quattre canons qu'on doibt tirer de Piedmore^ et de Chorges*, qu'ils veullent traîner par le mont Ginebre ^, s'attendants de combattre leur passage en divers lieux et le Duc de Savoye est à Chambery avec 5,000 hommes pour entrer en Daulphiné, ce dict on, en cas de passage des dictes trouppes en son païs ^.
1637. Il y eut peut-être deux éditions, l'une en 162 7, l'autre en 16 38, ou du moins, en cette dernière année, un supplément à la dissertation de l'année précédente portant le même titre que cette dissertation. Le formel témoignage de Peiresc ne permet pas d'écarler une publication spéciale faite en l'année 1628 par Fabrot sous le titre de : De numéro puerperii.
' Voir sur le recueil des voyages de Samuel Purchas, la lettre n° XXVI à Dupuy, du 22 novembre 1626.
' Guillestre est un chef-lieu de canton du département des Hautes-Alpes , arrondisse-
ment d'Embrun, à 1 9 kilomètres de cette ville.
•' C'est Puymaure, colline dominant la ville de Gap et sur laquelle Lesdiguières fit construire en i588 une forteresse qui fut rasée en i633 par ordre de Richelieu. Puymaure, le Podium mauronum des actes anciens, était appelé, au xvi' et au xvii* siècle, Piedmore , Piedmaure , Piedmoron.
* Ghorges est un chef-lieu de canton du département des Hautes-Alpes, arrondissement d'Embrun, à q3 kilomètres de cette ville, à 17 kilomètres de Gap.
' Le mont Genèvre.
' Vol. 716, fol. 393.
[1G28] AUX FRKBES DUPUY. 673
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y, À PARIS
Monsieur,
J'ay receu depuis inardy vostre despesche du xi avec les livres de la vie de Pliilippe de Gueldres et de celle de Marguerite de Lorraine Duchesse d'Alençon, dont je vous remercie trez humblement, ensemble le plan de Gasabet aultres pièces curieuses bien gentiles, et surtout celte lettre de M' de la Hoquette concernant le pourparler de La Fitte avec ce Touppet Rochelois', dont nous avons conceu trez bonne espérance et jugé que les li persones entrées de la part du Roy dans la Rochelle, y avoient esté admises par bravade pour leur faire voir leurs provisions et munitions restantes. Mais nonobstant tout cela je ne pense pas qu'ils puissent eschapper de ce coup et crois que la candeur et innocence de nostre roy porte un malheur inesvitable à tous ses ennemys, et les réduira à leur debvoir, avec leur Jionte et confusion. Les semaines nous seront bien longues dez liorsniais d'un ordinaire à l'aultre pour en apprendre le progrez et l'issiie. Avec ferme confiance que les Anglois feront aussy mal que de coustume, et que puisque sans trouver quasi de résistance, ils n'ont sceu rien faire qui vaille, ils ne feront pas mieux trouvants à qui parler.
Les scrupules de Monseigneur le Garde des Sceaux sont trouvez bien estrangcs en la personne du lilz de M'' de Rellievre, petit filz de deux Chancclliers de France; la jalousie de conserver la dignité des parlements, qui luy a servy de prétexte à ce coup là, n'a pas esté en pareille considération auprez de luy, lorsqu'il a laissé resouldre et expédier les arrests fulminants du conseil contre le parlement de Bordeaux, pour
' Sur les pourparlers de La Fitte, sergent-major du régiment de La Mailjeraye , avec Pierre Toupet, voir les .Wé^noiVes de Bassompierre (t. III, p. 384).
UIPUMtUI RATIMAU.
avoir trouvé à redire à la procédure d'un maistre des requestes^ qui a faict exécuter à mort des gents qui avoienl bec et langue pour se deffendre et pour contester bien que sans aultre commission qu'une lettre de cachet et une aultre particulière pour alTaires bien différantes de celle pour raison de quoy il a exercé tant de rigueur. L'arrest intervenu sur cette Regale d'Angers sera bien notable, et encores plus le résultat du registre et de l'acte requis de la part de M'" le Procureur General du Roy, si tant est qu'il soit visible.
M"" d'Agut est bien fier d'avoir veu que vous luy ayiez sceu gré de la pièce qu'il vous avoit envoyée et bien honteux tout ensemble d'avoir tant tardé de vous escrire; vous auriez pitié de luy si vous voyiez comme il est encor accablé, mais faict ce qu'il peult pour se desvelopper d'embarras^, et vous escrirà par le prochain s'il ne le peult faire par celuy cy : cependant il vous salliie tous deux trez humblement.
Nous attendrons avec impaliance par le prochain ordinaire le TertuUian de M'' Rigault, lequel il m'escripvoit pai- sa lettre du lo debvoir y estre joinct. Et m'estonne qu'il ayt trouvé tant de diflicultez à choisir sa dédicace, qu'il en soit demeuré sur l'abslinance. Je vous remei'cie trez humblement du soiug qu'avez eu de vous servir de l'occasion de la balle du filz de M'' Gardon pour nous envoyer les livres contenus en vostre mémoire, dont les tables Rudolfines tiennent en escheq de galants hommes en cette vacation*, qui compteront les heures de la veniie de ce fagot. J'ay esté bien aise que vous y ayiez joinct le Guterius de Officiis domxis Augustœ, qu'il promcttoit depuis si longtemps.
' Abel Servien. Voir sur loutt; celte aftiire V Histoire du parlement de Bordeaiwc , par Hosclieron des Portes (t. I, 1878, p. 4 6.5 et suiv.).
^ Malherbe, lui aussi, a employé le alol développer avec le sens de tirer de , dégager, dans cette phrase de la dédicace à M. de Luyiies de la Traduction du x ixj/;' livre de Tile- Live: ffNe luy serions-nous pas injurieux si
nous pensions qu'il y eût monstre qui put échappera sonépée, ni labyrinthe d'oti sa prudence ne fût capable de nous développer ? r, Voir Lexique de la langue de Malherbe, tome V de l'édition des Œuvres complètes ,
' Litlré n'a cité sous celte locution que deux phrases de Pascal, une tirée des Provinciales, et l'autre des Pensées.
Il fauldrà que j'en aye un aultre exemplaire pour l'Italie à la première conmiodité. Pour la Bible des 70, puisqu'elle est de si liault prix, vous avez fort bien deviné qu'un exemplaire suffiroit, car M'' Marchier qui m'avoit prié de luy en faire venir une pour luy en a esté bien tost desgoutté et dict qu'il se contentera de voir la mienne, puis qu'ainsin est qu'elle n'est poinct encor acheptée. J'ay escript à Marseille pour faire r'alfraiscliir l'ordre à la dame de Lignage, et en attends la lettre de crédit demain à temps pour cet ordinaire. Si elle ne venoit pas à temps, je hazarderay quelques pistoles dans vostre pacquet, à la faveur d'une boitte de semances assez légère qui y sera enclose pour M'" Robin. Nostre nouveau jardinier a trouvé nostre petit jardin en situation bien agréable pour son humeur, ce dict il. H monstre d'aymer les plantes, qui est ce qui me faict bien espérer de luy. Je ne sçay pas de mauvais gré à M"" de la Marche, vostre bon voisin, de son péché d'envie, laquelle je vouldrois bien avoir moyen de luy faire passer à souhaict, n'ayant rien qui ne soit à son service, ne sur quoy il eut de besoing de recourir aux peschez d'envie ou de larecin pour en prendre la disposition, principalement si nous avons moyen de nous mettre un peu en race. Mon frère m'escripl que le Narcisse Jacobée estoit encor en fleur pour les plus liaultes, et que la plus basse estoit en disposition toute entière de grener, et que l'Hiacynthe tubéreuse poulce plus de vingt grosses tiges, haultes desja de plus d'un pied.
Sur quoy je finiray demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
Ce ao juillet i6a8.
Du 2 1 juillet. J'ay depuis eu responce de Marseille avec lettre de crédit pour 100 livres cy joincte; sur quoy je vous supplie de prendre les 7 escus du sieur Robin et les luy envoyer, s'il ne les vient quérir, ensemble le prix des ciseaux à tondre les parterres.
Je vous recommande le pacquet de Bordeaux afin qu'il puisse aller
par l'ordinaire plus prochain s'il est possible et de faire demander si la taxe les contentera, ou à quelle raison ils la veullent pour leur donner satisfaction. Je vouldrois bien que M'' Ferrand recommandast généralement mes lettres et des miens à un sieur de Saugnat, tant le père que le fdz, qui ont l'intendance du costé de Bordeaux, afin de les rendre plus soigneux de ce qui me touchera. En un besoing M' de Lomenie leur en pourroit bien dire un mot puis que le père est là^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PARIS
Monsieur, Ce mot sera pour accompagner l'escbantillon du texte Grec de Théophile avec les notes de M' Fabrot, pour voir si cez Mess"^ s'en contenteront. Il se resolvoit quasi à bailler le texte tout pur bien corrigé sans aulcunes notes pour déférer encoi-es jusques là à l'advis de M' Rigault. Mais j'ay insisté au contraire, ne trouvant pas tant raisonable, de ne donner des livres qu'aux plus doctes veu qu'ils sont en si petit nombre. Et prenant grand plaisir moy mesmes de trouver aux occasions des petites notes pour peu qu'elles soient choisies, à quoy il n'y a pas peu de soulagement, pour les gents de nostre volée de nous, qui sont en bien plus grand nombre, voire mesmes pour ceux qui sont encor au dessoubs, qui en peuvent bien faire leur proffit s'ils y employent le temps avec attention et persévérance. Car la rigueur de M'' Rigault est trop grande à mon sentiment, de ne vouloir poinct du tout de notes, par ce, dit-il, que l'oeuvre mesmes n'est qu'un commentaire et qu'elle n'a pas de besoing d'interprétation. Ce que je crois bien pouvoir avoir lieu en sa personne, mais je ne me vanteray pas de la mesme chose, et
' Voi. 716, fol. 3a5.
[1628] AUX FRKRES DUPIY. 677
plusieurs aultres en diront autant que moy, à l'usage desquels le livre se doibl accommoder aussy bien qu'au sien particulier. Enfin il a commancé de niellre au net de sa main la préface tant Grecque que Latine, avec ses notes, et pensoit continuer le reste de mesnies, qui eust esté une grande peite de temps pour luy. Mais i\ s'est depuis advisé de se servir du texte d'une édition qu'il a corrigée comme il fault, et y a mis les corrections du4exte dans la marge intérieure, comme si c'eust esté sur une espreuve d'imprimerie, croyant que cela ne sera pas dilFicde à comprendre aux compositeurs et correcteurs de l'inqjrimerie, et a mis les notes à la marge. Sur lesquelles vous jugerez si elles sont encores subjectes à aultre plus grand retranchement pour se conformer, comme il désire, entièrement à vostreadvis. Que si l'imprimeur le trouve bon, il luy semble que le texte de Justiiiian n'y est pas si absolument nécessaire, et qu'il se pourroit bien obmettre, et subroger ses notes à la place d'iceluy, pour laisser l'édition de pareille ou moindre grosseur que celle de Genève , attendu qu'un chascun a le texte de Justinian d'ailleurs quand il se met à la lecture de cet autheur, voire une mémoire locale chacun dans son texte de Justinian, selon l'édition casuellement accoustumée, plus agréable à parcourir que tonte aultre édition. Nous en attendrons vostre advis, et en vous suppliant d'excuser nostre liberté, je clorray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce ai juillet 1628'.
' Vol. yiG, fol. .•5a7.
678 LKTTRES DE PKIKESG [1628]
GXXIX A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Vostre despesche du 18 est venue en son temps trez bien conditionnée et par consequant le Tertullian de M"" Rigault avec sa lettre, à laquelle j'ay respondu, où vous pourrez voir mon sentiment, puisqu'il m'avoit ordonné de le luy desduire avec liberté, et m'ayderez, s'il vous plaict, à trouver excuse en son endroict en cas que jugiez qu'il soit de besoing. Je suis marry que le Stace ne se soit trouvé de cez bonnes marques demandées par les critiques du plus hault goust, c'est à dire pour le moings d'esgale antiquité au m[anu]s[crit] du Tertullian de M'" Godefroy. Mais de cent il ne s'en trouve pas un de cette note là'. Je suis bien aise qu'au moings il m'ayt sceu gré de ma bonne volonté. J'eus hier un Lucain ni[anu]s[crit] de mcsme qualibre, je veux dire de mesme forme de volume, de mesme caractère et avec de pareilles notes marginales et interlineaires. Avec un aultre en plus grande forme et plus grand caractère, plus net et sans aulcunes scholies, mais il est un peu plus récent. Si quelqu'un en a affaire, ils seront à son service, et le seroient tout aultant quand ils seroient cent foys meilleurs. Je vous remercie du bon office que vous m'avez rendu envers M' Deodati, il m'a faict venir l'envie d'avoir l'édition qui est soubs la presse de l'histoire du concile italienne, à cause des additions qu'il dict y avoir esté apposées par l'autheur mesmes avant son decez^, dont je vouldrois bien sçavoir au vray ce qui s'est passé sur ce subject, et de quelles mains elles sont venues, s'il est possible, et si ce ne sont pas les mesmes qui sont en la version Françoise. Quant aux livres Arabiques de feu
' De celte qualité. C'est dans ce sens que ' Rappelons que l'auteur de l'histoire du
l'on dit : «un homme de note, un homme Concile de Trente. Paolo Sarpi, élait niorl fort au-dessus du coininun 1. le 1 5 janvier 1 6 9 .3.
M' de Brèves, encores fault il sçavoir au vray ce qu'ils sont devenus, le Maronite' le pourra bien dire, ou M'' du Val mesmes qu'on dict les avoir acheptez qui est voisin de M"^ Autin et, je in'asseure, de ses amys. Je me repents de n'avoir eu la curiosité d'avoir coppie de l'inventaire des dicts livres, et si le Maronite l'a il ne seroit que bon de le faire transcrire par nostre coppiste, s'il le veuit permettre; sinon je suis bien liomme, pour me bazarder, à le demander moy mesmes au dict sieur du Val que j'ay autres foys cogneu assez familièrement pour cela. L'interprète du Roy qui se tient à Marseille m'a baillé tantost la version qu'il a faicte, comme il a sceu, des dernières lettres d'Algers escrittes à M"' de Guise et au sieur Sanson Napolon que je vous envoyé. Le traicté s'est commancé et se continue lousjours non soubs le nom du Roy, mais de M" de Guise, qui a mieux ayiné le faire en son nom que de le laisser faire au nom des Marseillois. Je pense bien que sur quelque occasion, on pourroit avoir extorqué certaine lettre de cachet du Roy à ceux d'Algers pour leur tesmoigner du gré de leurs offres et services ou aultremeiit, mais non pas pour lier jamais aulcun traicté avec eux au nom du roy. Et toutefoys vous verrez ce qu'on en a faict à croire en Constantinople par la lettre que j'ay receûe de M"' de Thou , laquelle m'a grandement resjouy, voyant qu'il y est arrivé en si bonne sauté et disposition. Je ne doubte pas qu'il ne vous ayt escript en mesme temps, mais neantmoings je n'ay peu m'abstenir de la vous envoyer, quand ce ne seroit que pour vous faire voir ce qu'il a apprins des ruines du temple d'AppolIon en l'isle de Delos, et de la figure de Diane qui y est de la main de Phidias, ce dict il, ou de Praxitèle»''.
' Gabriel Sionite.
^ Voir Recherches sur Delos, par M. Alberl Lebègue, ancien membre do l'école d'Athènes, docteur ès-letlres (Paris, 1876, grand in-S"). De celte remarquable thèse on peut rapprocher déplus récents travaux , notamraentreux de M. Homolle et de M. Salomon Reinach dans le Bulletin de correspondance hellénique (1878 à )885). Des rechei-ches de ces trois
savants il résulte que Délos possédait plusieurs sanctuaires d'Apollon, que le plus célèbre était le temple le plus voisin de la mer, celui-là même dont veut parler Peiresc; que tous les voyageurs ont été frappés de la beauté des ruines de ce temple, ovi l'on distinguait surtout un grand nombre de débris d'admirables colonnes; que les derniers exploraleui-s. M. Homolle et M. Reinach, y
Dieu ie veuille bien conduire et préserver en une si grande et si curieuse pereoi'ination. J'escripts à M' du Cliesne en responce de sa iettre en attendant son livre ^ et ay esté infiniment aise d'apprendre qu'il songe à faire commancer l'édition du recueil des autlieurs latins de l'Histoire de France, dont je ne pense pas qu'aultre se puisse mieux acquitter que \uy'\ et vouldrois bien sçavoir si M"" L'Abbé^ ne s'est poinct enfin lesolu de luy remettre ceux dont il s'estoit chargé, mais j'ay esté fasché d'entendre que le pauvre M'' du Gliesne soit entré en picques* avec Mess" dç S*" Marthe; \cu l'ingénuité et desbonnaireté de ce pauvre homme, cez Messieurs luy pouvoient bien déférer quelque chose, avant qu'en venir à mettre des reproches sur la presse. Cez contentions sont tellement contre mon goust que j'ay peine de les pardoinier à qui que ce soit. Quand il vous plairrà m'envoyer le Seneque pour M"^ Aleandro je le feray tenir seurement, mais sans mentir il y a de l'excez en voz honesletez et deferances pour le livret de Principatibus Italiae, dont la disposition sembloit vous devoir estre réservée à vous aultres Messieurs, pour avoir comraancé d'en présenter de pareille grandeur, attendu que j'en envoyé souvent, et déplus gros, que vous ne vouldriez pas avoir envoyez. Le pix que j'y trouve est aux compliments que vous y adjoustez, qui m'ont faict rougir à bon essiant, recognoissant bien qu'il
oui reconnu plusieure statues d'Aiiëinis, une principalement qui paraît très ancienne et qui est sans doute celle que de Tliou attribue à Phidias ou à Praxitèle, attribution que rien ne justifie. Celte statue de marbre, qui n'a pas moins de i m. 7a cent, de hauteur, est de la part de M. Homolle l'objet d'une description dëtaillëe, avec planche, dans la livraison de janvier 1879 du Bulletin (p. 3 et suiv. ).
' André du Ghesne publia en lO-jg le second volume de l'Histoire de Bourgogne, sous ce titre : Histoire généalogique des ducs de Bourgogne de la makon de France.
' André du Ghesne donna seulement en
i633 le plan de ce grand recueil sous ce titre : Séries auctormn omnium , qui de Franeorum Uistoria et de Rébus Francicis scripserunt, ab e.rordio Hcgni Franciœ ad noslra usque teinpora, lequel plan fut réimprimé a\ec de grandes augmentations en iC35.
Les cinq volumes in-folio du recueil pai'urent de i636 à lôig (Paris, Séb. Gramoisy):
Historiie Fraticonim scriptores coœtanei ab gentis origine usque ad Phtlippi IV tempora.
" Charles Labbé, déjà mentionné plus haut (lettre XXXIX. du a4 février 1697).
' Litlré, sous le mot considéré comme synonyme de brouillerie, n'a pas mentionné la locution : entrer en picques.
n'y a rien en moy qui puisse mériter une telle preferancc. Mais je n'oserois me plaindre de vous, ayant juré de vous complaire en tout et partout ofi il me sera possible, mais je vous supplieray bien à l'advenir de m'espargner un peu davantage, et me vouloir mesurer à mon aulne et à mon humeur, qui ne vous sçauroit meshuy estre incogneiJe. L'ordinaire de Rome party d'Avignon est passé à ce matin par icy, et pour grossir un peu mon pacquet, je l'ay chargé du Justinianus Fr. Guineti ^ du sieur Cramoisy, encores qu'il ne soit pas pour entrer en competance avec les aultres qui ont traicté de cette matière, mais pour ne laisser pas celuy la en arrière, puis qu'on y avoit eu le Rivius de ma main^, à cause de leur Procope, de sorte qu'il m'en fauldrà un aultre exemplaire pour moy à vostre commodité. J'escripts à Lyon pour retirer le fagot du sieur Trost. Quand vous ferez un aultre fagot, je vous supplie d'y faire adjouster.une ou deux livres de bonne cire d'Espagne, de celle que nous vend ordinairement le marchant du Palais qui est à l'image de l'Empereur, qui en tient de trez bonne et parfumée et non parfumée. Et me pardonnez cette importunité que je vous supplie commettre à quelqu'un de voz domestiques, ou bien envoyer quérir chez vous le dict marchand de l'Empereur qui ne fera pas difficulté de s'y transporter au premier mandement. Si par hazard se trouvoit là chez Sonnius ou aultre l'Historia délia Ciutat de Murcia de Rignoux f", je l'achepterois volontiers'. Je plains bien la perte du pauvre M' Aubery, et que ce soit d'une si malheureuse maladie, et ne plains pas moings le pauvre M' Bignon* en la perte de son père* qu'il aymoit si
' François Guinet, avocat de Nancy, fils aîné de Nicolas Guinet, professeur en droit à l'université de Pont-à-Mousson , et auparavant professeur d'éloquence au collège de Navarre, narpjit en i6o4 et mourut en décembre 1681. Voir son éloge dans la Bibliothèque de Lorraine, par Dom Galmet.
Son Commentaire sur Justinien, avec un discours sur l'élude du droit, parut en i6a8, in-8°.
' Voir sur Th. Rivius la lettre n° LI, du 16 mai 1627.
^ On a de Francisco Gascales : Historia de Murcia, y su reyno (Murcia, iGai, in-fol.).
' Jérôme Bignon. Voir plus haut la lettre XI, du 8 septembre 16a 4, et aussi à V Appendice, n° HI, la lettre de Dupuy, du aS juillet iCao.
' C'était Roland Bignon, avocat au parlement de Paris, qui naquit en iSSg, le
tMPRIKKKtIt NATIORILK.
G8â LETTRES DE PEIRESC [1628]
tendrement. Mais il est si généreux qu'il aura prins en payement non seulement la volonté et disposition divine, mais aussy la raison et l'ordre de cette vie humaine, restrainct dans cez bornes et limites, bien que griefves, et souvent trop anticipées.
Quant aux nouvelles, un courrier de M'' de Guise nous en apporta de l'armée du 1 5°"= quasi en mesme temps que nous eusmes voz lettres, ou peu auparavant. Vous verrez en quels termes m'en escrivoit le personage dont je vous envoyé la lettre cy jointe avec prière qu'elle ne passe pas à aultres mains, s'il vous plaict, non qu'il y ayt rien qui mérite d'estre tenu secret, mais pour garder crédit et esviter qu'il ne sceut que je me fisse de feste avec ses lettres à cause des habitudes qu'il a là au cabinet de la Royne mère. Je vous envoyé par mesme moyen un mémoire escript de la main du feu Hoy Henry III lorsqu'il alloit possible en Pologne, ou qu'il y estoit, pour se dresser à parler en public, selon les advis et conseils du feu sieur de Pibrac'. H s'est trouvé entre les papiers que le feu secrétaire du defunct Archevesque d'Aix^ avoit retenus à son maistre depuis son decez. On m'a dict qu'il y avoit de bonnes choses que je tascheray de voir. Je vous envoyé aussy le livret du ministre dont je vous avois parlé que j'ay promis de restituer à un médecin à qui il appartient, qui en estoit bien jaloux, et possible l'aurez vous desja veu là, estant malaisé qu'il ne s'y en porte quelque exemplaire veuille on ou non.
J'oubliois de vous remercier comme je faicts de la lettre de M'" de Saulmaise concernant les thyrses ou j'ay prins grand plaisir de voir les inductions qu'il faictde l'authorité d'Anacreon, de Macrobe et de Clément
i" mars, à Saint-Denys-d'Anjou. Il avait date de son décès et se contente de dire
épousé Marie Ogier, fille de Christophe quVil mourut après le commencement du
Ogier, avocat au parlement de Paris. Le xvn" siècle n.
Moréri, qui le comble d'éloges, l'appelant ' Voir sur Gui du Faur de Pibrac la
T un des plus savants hommes de son siècle», lettre n° XL de Peiresc à Dupuy, du a4 fé-
trmodèle d'une rare probité», ffgrand vrier 1637.
homme», et (ce qui est singulièrement dit) * Peiresc a déjà parlé de ce secrétaire de
«•père le plus digne de l'être, qui eût encore rarclie\êque d'Aix (Laurent Strozzi) dans
paru», le Moréri, dis-je, n'a pas connu la la lettre Cil, du 16 mars i6a8.
Alexandrin, pour la difîerance (|u'il y veult establir, et luy en ay de l'obligation comme de la continuation de l'honneur de sa bienveillance. Mais je crains qu'il ne tombe en quelque petite equivocque s'il ne se donne patiance de voir ce qui s'en trouve dans les reliques de l'antiquité soit en marbres soit en pierreries gravées, dont j'ay veu un fort grand nombre, mais les thyrses se ressemblent touts grandement, encores qu'il y aye quelque petite diiïerance en la forme des feuillages ou feuilleuresS qui se voient au mucro^ ou en la houppe ou bouquet qui estoit au bout, et je ne pense pas qu'il y ayt jamais eu de thyrse qui n'ayt eu en son extrémité quelque chose de semblable à ce mucro ou bouquet ou cône, ne pouvant me persuader en façon quelquonque que la verge qui se void en la graveure descritte par Casaubon soit rien qui approche tant soit peu du thyrse, la trouvant trop courte, et desgarnie du mucro et des rubans pendants qui se trouvent en touts les thyrses que j'aye jamais veus aux ouvrages Grecs et latins; j'exprime ceux là, pour les distinguer des CEgyptiens plus antiques, où il y a quelque chose d'approchant moins grandement ditFerant neantmoings comme je vous disois l'aultre foys.
Je n'ay encores peu faire ma recherche dans mon cabinet, non sans un grand desplaisir, pour trouver de quoy luy faire voir mon sentiment mieux représenté sur les pièces, que je ne sçaurois descrire. S'il est pressé de l'édition de ses prolégomènes', et qu'avant les mettre soubs la presse, il eust agréable de m'envoyer coppie de cet endroict oîi il veult traicter des thyrses, je pense que sur l'aspect de ce que j'en auray, j'auray de quoy saulver fort apparemment tout ce qu'en ont escript les anciens, sur les portraicts qui en restent, sans y constituer de si grandes differances des uns aux aultres.
Desja pour celuy de Macrobe qui l'appelle hastam vel jaculum cujus
' D'Aubigné {Histoire universelle) a em- ' Littré n"a cite sous le mot ^^ro/É^g-omcwcs
ployé le mol feuillure dans le sens de qu'une seule phrase empruntée au Barbon feuillage. de Balzac, opuscule qui ne fut publié qu'eu
' Mol latin qui veut dire poi'n/e, extrémité. iC48 (l'aris. Aug. Courbe', in-8").
68a LKTTRES DE PEIRESC [1628]
mucro hedera lambente obtectus est, j'en puis monstrer un où vous diriez qu'on a garny la poincte de diverses feuilles de lierre assemblées l'une successivement au dessoubs de l'aultre, en forme d'artichault ouvert ou qui commance de s'ouvrir sans neantmoings perdre la figure conique d'un bouquet qui n occupe que le hault bout du javelot ou de la lance.
Et je pense que le sens d'Anacreon n'a rien d'incompatible avec cela, car il ne dict pas qu'il fust tout garny ou revestu de feuilles de liairre du hault en bas. Et j'en ay veu dont le cône ou le mucro estoit plus longuet l'un que l'aultre, et les feuilleures plus ouvertes aux uns qu'aux aultres, pour monstrer qu'il y en eusse de revestu quelque plus aux ungs qu'aux aultres. Mais je n'en ay jamais veu qui fut garny du hault en bas, comme cette petite verge que tient en main l'une des figures de la graveure de Casaubon en posture bien différante de celle qu'on avoit accoustumé de porter le thyrse, qui estoit comme des lances ou javelots.
Ce neantmoings je m'en rapporteray tousjours trez volontiers à ce qu'en vouldra déterminer M'' Saulmaise aprez qu'il aura ouy mes remonstrances trez humbles, et veu les dessaings des antiques que je luy pourray faire voir, estimant qu'il est si amoureux de la vérité^ qu'il luy lairrà la place qu'elle a droict de tenir partout, et qu'il ne prendra pas en mauvaise part que je vous en parle avec cette liberté, puis qu'il a tesmoigné d'en vouloir sçavoir mon sentiment. Excusez moy, je vous supplie. Monsieur, envers luy, et admettez vous mesmes mon excuse de la prolixité de ce discours où je me suis laissé emporter insensiblement.
Je pensois vous entretenir de la vérification de la nouvelle Duché de Villars que nous fismes lundy en la Grande Chambre, mais estant pressé et destourné , je vous ay faict transcrire ce que j'en avois escript l'aultre jour à la Cour, ensemble des aultres choses qui se sont pre-
' Peiresc semble bien êlre un des premiers phrase celle de Descartes , dans le Discours qui aient employé celte expression si éner- de la Méthode (1687) : (rj'estimoisfort l'élogique et si heureuse. Il faut ra])procher de sa quence , et j'estois amoureux de la poésie. »
sentées en nostre compagnie à la suitte de cette affaire là; je pensois aussy vous envoyer l'arrest, mais le greffe s'est trouve fermé toute l'aprez disnée; les commis estoient en desbauclie. Ce sera pour le premier [ordinaire]; cependant vous aurez coppie des lettres, et je clorray en vous salluant trez humblement avec M"" du Puy, vostre frère, et demeurant tousjours, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce a8 juillet au soir i6a8 '.
GXXX À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Je leceus mardy au matin, soubs une mesme enveloppe de M"' Jacquet, deux despesches de chez vous, l'une de M"" du Puy, vostre frère, du ai avec le Senecque bien empacquetté, et sans aulcune apparance d'estre mal conditionné, etl'aultre vostre du 26 du moys passé, avec le Codex canonum Dionysii exigui ^, que j'avois longtemps y a désiré de voir, dont je vous remercie trez humblement, ensemble des petits souspirs de S' Augustin. Et serois bien aise d'avoir encor une coupple d'exemplaires du dict Dionysius exiguus non pour Rome (car voz cérémonies me feront meshuy abstenir d'une bonne partie de ce que je
Vol. 716, fol. 399. tophe Ju8lel,néà Paris enmars i58o,mort ^ Denys le Petit était un théologien grec dans la même ville en juin 1649, et qui, qui vivait au vi* siècle de l'ère chrétienne. Sa attaché à la maison de Bouillon , publia collection des canons apostoliques et des dé- quelques année» plus tai"d l'Histoire décisions des conciles de Nicéo, de Constanli- néalogique de la maison d'Auverg)ie et celle tinople, de Calcédoine, de Sardes (Co//ec<îo de la maison de Turenne (Paris, 16 45. tive Codex Canonum ecclesiasticorum) fut in-folio, deux tomes réunis dans le même publiée (Paris, i6a8, in-S") par Chris- volume).
ferois), mais pour de mes amys de cette province qui en ont la curiosité et par le moyen desquels j'ay eu une compilation des canons m[anu]s[crit]s faicle par un Gregorius presbyter dédiée à un Didacus, archevesque de Compostelle, oiî j'ay trouvé de jolies choses, bien qu'il y ayt fourré la donation de Constantin comme si c'estoit chose authentique ^ Vray est que ce n'est que par appendice à la fin. Je serois bien aise d'apprendre s'il s'en trouve des m[anu]s[crit]s chez vous ou ailleurs; il en est faict mention en la préface d'Ant. Augustinus^ en ses collections antiques des Decretales^, et en l'édition du Droict canon de Rome soubs Grégoire XIII. Je vouldroisbien pouvoir faire l'assortiment de toutes ces compilations de canons etdecretalesqui se peuvent trouver imprimés et qui sont mentionnez en la dicte prefface. Et m'estonne que quelque curieux ne se soit advisé de les faire iuiprimer ensemble par ordre, selon les temps qu'elles ont esté faictes, par forme de supplément du recueil du dict Ant. Augustinus. Je vous supplie à vostre loisir de m'envoyer un bordereau de ce qu'il s'en trouve en la bibliothèque de M' de Thou ou en la vostre, pour voir ce qui m'en peult manquer, bien sçay je que je n'ay pas cette première édition d'Alemagne si succinte, mentionnée en la dicte préface, laquelle je vouldrois bien rencontrer et payer si par hazard les libraires ou fripiers en avoient.
J'ay receu les lettres de Mess" de S'* Marthe et Bergeron*etsuis bien marry que l'on m'ayt aujourd'huy desrobé le temps destiné à leur escrire, il fauldrà remettre au prochain ordinaire à mon trez grand regret, ensemble pour M' Deodati et possible M'' Rigault, et M'' Gassendi aussy, lesquels m'excuseront, s'illeur plaict. Mais si faut-il que j'escrive en toute façon à M' vostre frère, vous remerciant bien humblement de
' Peiresc était un trop bon critique pour Tarragone en ih^lt et mourut en i586.
ne pas donner raison à Laurent Valla et ^ Aniiqvte collectioiies decrelalium , ciim
aux autres ërudils qui avaient soutenu que nous Ant. Auguslini (llerda, 1667, in-fol;
la donation de Constantin est apocryphe. Rome, i583, in-fol.; Paris, 1609, in-foi.).
' Antoine Augustin, un des plus célèbres ' Sur Pierre Bergeron voir à l'/l/îpeniice,
jurisconsultes de l'Espagne, naquit à Sara- n" V, une lettre de Pupuy du 7 décembre
gosse en t5i6,fut nommé archevêque de i6a6.
la part qu'il vous a pieu nous faire tant des pièces trez curieuses que je vous renvoyé comme de l'offre de la primacie de Lorraine (dont j'accepteray volontiers la coppie pourveu qu'il vous plaise la faire faire par noz coppistes) , mais principalement des instructions des Duchez d'Uzez et de Ventadour. Mais puis que M'' de Lomenie n'a l'arrest de Thoulouze pour Uzez, j'y escriray pour le faire extraire et pour vous en assortir, et M' de Lomenie aussy.
J'ay esté infiniment aise que vous ayez si paisiblement gouverné M' Léger, et avec tant de délectation, en si bonne compagnie. Quand vous le reverrez, je vous supplie de luy faire mes trez humbles recommandations.
Quant au Pline appostillé, j'ay depuis escript ce que vous verrez à M' vostre frère, et vous supplie d'interpréter benignemcnt mes sentiments. Le G que vous avez trouvé devant le mot de Catel est pour dénoter feu Guiliaulme, conseiller au Parlement de Thoulouze, autheur de l'Histoire des comtes de Thoulouze, qui estoit fort mon amy particulier, et entre les mains de qui j'avois veu un gros volume in fol" du Pline de Pelicier. H estoit frère aisné de ce Paul GateP que vous avez cogneu. Je ne pense pas que cez appostilles soient les dernières pensées du dict feu Pellicier, mais je crois pourtant que ce soit de sa propre escritture, pour le moings me l'a on ainsin faict entendre, et si vous me faictes la faveur de m'envoyer monstrer quelque chose de ce que vous avez de son escritture, je seray bien aise d'en pouvoir faire la comparaison moy mesmes estant certain qu'il y a des gents qui altèrent grandement leur caractère selon la diversité des aages, aussy bien que la couleur de leur cheveleure. Tant y a que je ne sçay comme cez Mess" l'ont parcouru, mais encor y ay je trouvé de bonnes corrections et diverses leçons qui n'estoient poinct en l'édition de Daleschamp, sur quelques uns des premiers livres, n'en ayant peu faire achever la collation pour ne perdre la commodité de le vous envoyer par le premier
' U a été df?jà question des deux frères Calel dans la lettre de Peiresc h Diipuy, n° XL, dat^ du qA février 1637.
ordinaire. Mais je la feray achever quand vous me l'aurez renvoyé , et ne seray pas si délicat que de refuser la veiic de l'aultre volume si on me l'envoyé quand celuy cy aura esté remis en sa place, pour en tirer, non les gloses ou interprétations, mais bien les corrections et diverses leçons où j'en ay trouvé de jolies qui m'estoient incogneiies et qui n'estoient pas en mon Daleschamp, desquelles je vous envoyeray coppie, si vous voulez. -~^
Pour les nouvelles nous n'avons que des bruicts, qui ne sont guieres certains, que M'' de Rohan a failly Aygues Mortes , et que M"' d'Espernon est bien malade' s'il n'est decedé, et dict on que c'estoit une intelligence dans Aiguesmortes, et que desja il y estoit entré plus de 60 ou 5 o soldats, aprez quoy on ferma la Sarrazine^, et de la tour de Constance on tira afforce canonades sur le gros qui estoit dehors. Mais possible n'est il rien de tout cela.
M"" le comte de Sault a escript icy à son sien agent que M' le Mareschal ^ s'estoit enfin résolu de passer les monts , avec ses forces particulières jointes à celles du marquiz Ducelles\ il a desja touché 5o mille escus. Il a couru un bruict de quelque petite escarmouche en la vallée de Pragela entre quelques coureurs de part et d'aultre en fort petit nombre , ofi il en est demeuré aulcuns des nostres. Quelques trouppes de M'' Ducelles s'estant venu loger à Seine ^ et aultres lieux de Provence, M' de Guise y a envoyé en grande diligence avec menasses
' Sur la maladie du duc d'Épernon à Castelsarrasin , pendant qu'autour de Montauban nie degast se faisoit avec beaucoup de bon succès n, comme dit Guillaume Girard, voir l'ouvrage de ce biographe (édition de 1780, p. Aag).
^ Synonyme de herse, Liltré , qui cite seulement sous le mot sarrasine une phrase du xvi" siècle, tirée des Mémoires de Martin du Bellay, explique ainsi l'origine de ce mot: (T Comme on avait quelquefois donné aux herses la forme orientale, on appela les herses sarrasines. »
' Le maréchal de Grëquy.
* Jacques du Blé, marquis d'Uxeiles, seigneur de Gormarin, capitaine et gouverneur de la ville et citadelle de Ghalon, maréchal des camps et armées du roi, allait être tué d'un coup de mousquet, l'année suivante , au siège de Privas. Voir la généalogie de la maison du Blé, dans le Moréri de 1759(1. Il, p. 5o8).
' Peut-être Senez, chef-lieu de canton du département des Hautes-Alpes, arrondissement de Gastellane. à 1 9 kilomètres de celte ville.
d'y aller tailler tout en pièces si on ne sortoit de son gouvernement. Et sur ce je finis demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, le à aoust 1638,
J'avois escript à M"" GaFndon pour retirer mon fagot des sieurs Prost, mais ils ont esté si lionnestos qu'ils ont prévenu cet office et m'ont escript du 3o juillet que dez la mesnie matinée ils m'avoient envoyé le dict ballot, qui arrivera sans doubte clans un jour ou deux, Dieu aydant.
On faict courir encor un bruict qui meriteroit bien d'estre vérifié, concernant un certain songe du Roy, qui parloiten dormant, et se plaignoit, dict on, qu'on l'assassinoil avec deux pistolets, dont ses valets de chambre s'aperceurent, dict on, et le firent resouvenir le matin, et qu'allant à la messe il recogneul un visage d'un homme qu'il disoit ressembler celuy qu'il avoit veu en songe, et ayant commandé qu'on l'arrestast, on le'trouva saisy de deux pistolets'.
GXXXI
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, J'ay receu la vostre du 1" aoust avec le volume du Pline et aultres pièces fort bien conservées Dieu mercy, et vous asseure que j'ay esté bien aise de voir que vous soyez demeuré d'accord avec M'" Rigault de la vérité de l'escritture des apostilles pour estrede la main de Pellicier. Je feray continuer l'extraict des corrections non contenues en l'édition
' Vol. 716, fol. 333.
tHrtlMKIItX RiriOHAI-K,
de Daleschamp, et puis le r'envoyeray à Tliouiouze, et ne seray pas marry de laisser venir l'aultre volume pour faire extraire les niesnies corrections sur les aultres livres suyvants, pour mon usage en attendant l'édition de cez Mess" là, laquelle sera peut estre encores bien longue, pour nioy qui ay si peu de santé. J'ay receu par mesme moyen une boitte de plantes de M"" Robin adressée à mon frère, à qui j'ay envoyé les lettres à Rians, où il est en mesnage. Mais je ne pense pas meshuy que la responce arrive à temps, il la fauldrà remettre à l'aultre ordinaire.
J'ay faict voira M'Fabrot ce qu'il vous plaict de ra'escrire etM'Deodati touchant son Théophile; il se conformera à tout ce que vous trouverez bon sans condition quelquonque. Mais puis que le sieur Cramoisy diffère en caresme le commancement de l'ouvrage, il me semble qu'il pourroit bien en imprimer une feuille ou une demy, pour voir mieux la forme du charactere et la proportion des colonnes, plus tost il le fauldra desdommager des faux fraiz pour le regard, sur mon compte.
Je suis bien aise que le portraict de M"' Gevartius ' soit arrivé sain et sauve et qu'ayez ouvert la boitte pour m'envoyer les lettres des peintres, tant de celuy qui l'a faict, que de celuy qui l'a retiré, qui est un trez excellent peintre principalement en portraicls, dont je vous avois escript aultres foys'^ Je pense qu'il ne tardera pas de retourner à Paris, et qu'il vous ira voir, auquel cas je vous supplie de luy faire favorable accueil, car vous le trouverez grandement sortable, il est trez docte et trez vertueux et exempt de tous vices et lient fort de l'humeur de M' Rubeus. Sa conversation vous agréera, et s'il y a moyen de luy arracher quelque portraict des mains, il fauldra luy faire faire celuy de M'" Saulmaise' et de M"' Rigault\ et j'cspere que pour
' J.-G. Gevaerls figure dans la ietire III ces porUnils n'est de la main d'Adrien de
de Peiresc à Dupuy, du C décembre iGaS. Vries.
' Adrien de Vries. Voir la lettre XIV de ' Un seul portrait de Nicolas Rigault est
Peiresc à Dupuy, du ao décembre i6a4. mentionné (même recueil et même volume,
' On connaît une demi-douzaine de por- p. 907), et ce portrait est celui qui fut
traits de Saumaise (Voir Bibliothèque histo- dessiné par Bonet et gravé par Edelinck. rique de la France, t. IV, p. 965); aucun de
l'amour de moy il les fera car il est un peu diflicile à s'amuser à de simples portraicts.
Je vous remercie trez liunihlement du soing qu'avez eu de faire payer au sieur Robin les 37 livres par luy fournies. Je crains qu'il ne soit demeuré quelque article en arrière à son préjudice et vous prie de le luy dire, quand vous le reverrez,
J'ay veu avec un plaisir nomj)areil cette belle lettre de M"" de Tbou, que je vous renvoyé avec mille remercimenls trez bumbles, bien honteux pourtant d'y avoir trouvé tant d'excez de courtoisie en mon endroict. 11 fault que le personage réussisse à quelque chose de trez grand.
Le sieur Hibere d'Avignon \ aprez estre party de Rome, fit quelque sesjour à Mantoiie, mais la guerre n'estoit pas son faict, il est donc revenu en Avignon, et, cez jours passez, estoit allé à Lyon, je ne sçay à quel dessein. J'ay escript en Avignon pour en apprendre de plus fraisches nouvelles et vous en donner par le premier.
Au reste le ballot du sieur Cramoisy est arrivé sain et saulve et par consequant le catalogue des m[anu]s[crit]s Grecs dont je suis bien fier et bien obligé à vostre soing et à l'honnesteté de M' Rigault. J'ay prins grand contentement d'y trouver cez voyages de M'' de Brèves dont je vouldrois bien un aultre exemplaire, et cette histoire de Mess""' de S'' Marthe en si beau papier. Je leur avois i'aultre jour escript et vous supplie de leur faire rendre ma lettre par quelqu'un qui leur demande un mot de responce.
Aujourd'huy l'ordinaire de Rome est passé, et m'a laissé une lettre de M' Holstenius que je vous envoyé^, où vous trouverez de beaux livres nouvellement desterrez tant par luy que par le cardinal Biscia'
' Faut -il rattacher ce persounage h la fa- ' Lelio Biscia , né h Rome le 1 5 juin mille de Ribiers qui est depuis très long- 1576, cardinal en 1626, mourut le 19 notemps établie à Avignon où elle existe encore vembre 1 638. Le Moréri lui donne cet éloge . de nos jours? Voir le Dictionnaire da î)' Bar- qu'itil aimoit les lettres, avoit une belle bijavel (t. II, p. 529). bliothèque et se faisoil un plaisir d'obligei
' Voir cette lettre dans le recueil de Bois- les savans». Boissonade n'a pas mis In plus
sonade {Lucœ Holstenii Episiolœ ad di- petite note sous le nom de ce cardinal bi-
versos, etc., p. 94-98). bliophile dont Holstenius (p. 96) parle ainsi;
G92 LETTRES DE PEIUESC [1G28]
qui aura bien mis la main en bon lieu, s'il peult fournir les trois pièces qu'il faict espérer, surtout cette Histoire Phoenicienne de Sanclionia- ^thon, et cette Chronique d'Eusebe. Vous y trouverez qu'il a bien envie de cez voyages des Indes de Purchaz en Anglois. Je luy offriray le mien pour en user et disposer, s'il veult, si l'exemplaire du cardinal tarde trop, et qu'il se mette au travail des Geograpbes. Mais il y a un volume entr'aultres qui n'est guieres au goust des commissaires du Saint Ollice. Nous avons icy un trez honneste homme Escossois qui lict le mien ', et pour l'amour de raoy faict la version en François des tiltres des principaulx traictez dont je vous feray faire coppie quand il aura achevé. Nous n'avons nouvelles quelquonques, si ce n'est celles d'Italie venues par l'ordinaire qui seront cy joinctes, le païs ne produisant rien à présent, car vous aurez sceu que dimanche dernier M'' de Rohan vint brusler les bleds et granges de ceux de Beaucaire et aultres villages d'al- 1 en tour. M'' de Guise ne bouge guieres de Marseille et prend plaisir de s'y entretenir avec les comédiens, et principalement une certaine petite comédienne qui se met à genoux devant luy avant la comédie durant des Jieures entières à causer, attendant que la compagnie soit bien pleine. Sur quoy je finis demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur^, DE Peiresc.
M' d'Agut vous resalliie. H est party pour Arles.
J'ay recouvré par bazard d'un gentilhomme qui venoit de Rome une petite pièce du chancelier Baccon de son project pour un ouvrage de Vila, où il y a encore quelque conception qui n'est pas à rejetter. Je vous en envoyé coppie et bien que incorrecte vous ne laisrez pas, je
Illustrissimus cardinalis Biscia , qui cum ' La signature a été enlevée par une dé-
paucissimis ex eo ordine bona studia et ainal chirure. Peiresc n'avait pas daté la présente
elpromovet. . . lettre, mais Dnpuy a eu soin de réparer
' Jacques de Valois, déjà si souvent inen- l'oubli de son ami et de nous apprendre que
tionné. la lettre est du 1 1 août 1 638.
m'asseure, de la voir volontiers. Vous en aurez par mesnie moyeu une aultre de Baiclay qui ne mérite pas d'estre supprimée. Je suis marry qu'elle ne soit plus correctement escritte , mais je vous supplie de ne la pas divulguer pour ne contrevenir à la prière que m'en a faicte celuy qui me l'a communiquée.
Je vous prie de sallùer de ma j)art M"" Autin, et luy faire voir ce que M"" Holstcnius m'escriptdu Georg. Monachus et du Theoplianes, avec la version de l'un et de l'aullrepar Anastasius et la continuation du Theophanes. S'il se vouloit resouldre à son édition il y auroit moyen de luy faire avoir tout cela. Je suis son serviteur.
M' Gassendi verra bien volontiers aussy, je m'asseure, ce qui est de ce Diodorus Tarsensis et de cez trois m[anu]s[crit]s du cardinal Biscia.
M"" Aleandro m'escript que les vers de cez Mess" Amaltes n'ont esté imprimés qu'en fort petit nombre et distribués seulement aux amys sans en fiiire vendre. Que si on les vouloit imprimer deçà les monts il en seroit bien aise. Je vouldrois luy avoir procuré ce contentement, et plustost payer quelque chose à un inq)rimeur pour le luy faire entreprendre pourveu que ce fut en beau caractère et beau papier, à tout le moings pour les siens et luy mesmes.
Mon homme a laissé esgarer la lettre que j'avois escritte à Mess" de S*" Marthe, je ne sçay où, et il me fault clorre la despesche à mon grand regret. Je crains qu'il ne l'ayt mise par mesgarde en quelque aultre pacquet envoyé ailleurs ^
' Vol. 716, fol. 335.
694 LKTTRES DE PEIRESC [16-281
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
RUE DES POICTEVINS, DERRIERE s' ANDRE DES ARTZ, CHEZ M"" DE THOU,
À PARIS
(Avec un gros pacquet.)
Monsieur,
Vostre despesche du 8'"'' arriva icy le 15"" de grand matin fort bien conditionnée, avec cette lettre du Roy de Sumatra, et ce voyage du Gathay que je vis trez volontiers, et tout plein d'aultres belles curiositez à vostre accoustumée dont je vous remercie de tout mon cœur. Ayant esté bien aise que ce mémoire du Roy de Pologne ' se soit trouvé estre véritablement de sa main par la confrontation de lettres que vous en avez faicte, mais si cela estoit de vostre goust, il falloit le retenir sans aulcune cérémonie. J'ay veu le règlement du sieur d'Almeras pour la taxe du port des lettres, et ay trouvé estrange de voir qu'il soit difi'erant à l'observance de Paris à Lyon et de Lyon à Paris où il ne se paye que trois sols par unce tant seulement, et toutefois il en met cinq. Tout de mesmes que pour Rordeaux on m'a escript qu'il ne se paye
que ^ et il en met huict. Car pour ceux qui n'ont besoing
d'escrire qu'une ou deux foys en leur vie , toutes surtaxes ne leur peuvent pas estre à grande charge, mais à ceux qui ont besoing d'escrire souvent, cela va bien loing au bout de l'an. J'ay esté bien aise de voir cet imprimé et vous en remercie comme aussy de la recommandation que vous m'avez procurée envers M"^ de Songnac.
Le droict des bonnets dont est faicte mention en mes précédantes se paye en nostre parlement à l'enregistration' des bulles et provisions de touts les bénéfices consistoriaux et de touts les offices d'importance,
' C'est-à-dire de notre roi Henri III, ' Laissé en blanc,
comme nous l'avons vu dans une lettre pré- ' Le mot n'a pas été recueilli dans no»
cédente. dictionnaires.
[1628] AUX FREKES DUPUY. 695
comme pi-esidaiits et conseillers et ^eiits du Roy, lieutoiiants jnincipaulx des sièges subalternes, et chels principaulx des olliciers des bonnes villes du pais. Ce droict revient à un escu pour chascun des conseillers de la cour, et deux escus pour les présidants, et prou de gents participent à cez droicts, jusques aux ofliciers de la petite chancellerie de sorte qu'ils reviennent à plus de 60 ou 80 escus. Mais les enfants de la maison en sont exemps. Au reste les marquis et les comtes y sont tenus comme les officiers Royaulx. On souioit faire gratis fort facilement à qui ce fust qui eust tant soit peu d'amys dans la compagnie. Mais parce que Tabus y estoit grand, et que les deputations fréquentes qu'il a fallu faire en cour incommodoient trop aulcuns de la compagnie, sur le subject d'une deputation semblable, estant question de trouver fonds, il fut proposé d'exclure tous les gratis et d'ordonner que touts cez droicts seroient mis en une bource commune, et aflectez à l'acquittement des fraiz de telles deputations, sans excepter persone du payement de ce droict que les princes, cardinaux et aultres persones d'extraordinaire considération. En suitte de quoy Monseigneur le Duc de Villars fut descliargé de ce droict dont il se tint fort honnoré.
J'ay esté infiniment aise d'apprendre que M' Higault n'ayt pas desapprouvé mon sentiment touchant sa préface au Tertullian et vouldrois bien detferer tousjours à M'' Seton. Mais en cette rencontre je craiudrois que la garentie ne fust pas tant de mise dans Rome. Pour les exemplaires m[anu|s[crit]s du Lucain, je ne les vous envoyeray pas puis que ne le trouvez à propos.
Le catalogue des livres Arabiques de feu M'' de Brèves ne semble pas debvoir estre négligé, et si le Maronite se faict tirer la manche', en un besoing Madame de Brèves comnianderoil volontiers à quelqu'un des siens de vous faire prester celuy que feu M' de Brèves avoit par devers luy, et s'il ne tenoit qu'à l'en prier je le ferois, si quelqu'un des siens peult sçavoir ce qu'il sera devenu.
' Liltré n'a cilé, au sujet de cette iocu- sure <{ue le pape Cordeliei- se fait beaulion, qu'une plirase (te d'Alembert (lellre au coup tirei' in n)anclie pour abolir les jëroi de Prusse, du 7 août 1769) : nOn as- suites.»
Je ne pense pas qu'il se faille tant desfier de ce qu'on a dict à M'' de Thou des ruines de ce temple d'Appollon de Delfes cl de cette belle statue, car les ruines ont comhlé des choses bien plus précieuses en des lieux où il n'en paroissoit aulcuns vestiges, lesquelles se sont par aprez descouvertes par succession de temps, tesmoing le grand Thoro de Farnese de Rome \ et les ravines des eaux descouvrent journellement de choses bien plus cachées que dans telles ruines de temples. Mesmes en cez lieux qui ont esté longtemps dezhabitez comme cette isle là , cez choses peuvent plus facilement arriver qu'aux aultres plus fréquentez. Il y a quelques années que l'on trouva en Arles une grande Idole de Juppiter de marbre mise en pièces, où paroissoit encores la peincture que les anciens avoient faicte sur le marbre^. Et s'il y eust eu de pardeça d'aussy dignes ouvriers qu'en Grèce, elle se fust vraysemblablement trouvée garnie de son nom comme celle de Diane, et comme les chevaulx d'Alexandre de Phidias et de Praxiteles qui sont à Rome.
Le Seneque pour Rome que vous aviez envoyé le vendredy 21 du passé ne pouvoit pas arriver icy avec les lettres du 1 8°"^ à cause que noz ordinaires partent de Lyon le dimanche pour venir ici et apportent les lettres parties de Paris le mardy précédant et arrivées à Lyon le sammedy au soir, de ce que^ celles du vendredy qui n'arrivent à Lyon que le mardy ne peuvent partir de Lyon pour venir icy que le second dimanche d'aprez leur parlement de Paris, comme fit vostre Senesque dont je vous ay accusé longtemps y a la réception, mais il n'est encores peu aller à Rome. Ce sera, Dieu aydant, vendredy prochain par l'ordinaire d'Avignon.
Je vous remercie de la souvenance qu'avez eue delà cire d'Espagne et du Justinianus Guineti, et encores plus des lettres Françoises de
' Tout le rnonde connaît le marbre mer- on trouva dans les ruines du théâtre de la
veilleux qui, sous le nom de Taureau Far- même ville une statue célèbre sous le nom
nèse, a été tant de fois décrit par les archéo- de Vénus d'Arles et que l'on admire au
logues et les voyageurs. musée du Louvre.
' Unevinglained'annéesplustard(i65i), ' Tandis que.
M"' de Foix'. Si j'en avois un double, possible luy l'erois je passer les monts.
Je pense que vous ferez trez bien de ne vous pas attendre à Madame Buon pour la Bible des 70, car dans les contentions des beritiers il faut qu'il y ayt bien des alfaires à les accorder à rien que ce soit; je seray bien aise d'apprendre quand ils auront prins quelque règlement entr'eux, pour voir de nettoyer ce qu'il y aura de reste entre eux et moy. M' de Bonnaire de Rome y est pour quelque chose aussy de son chef, qui m'a prié de l'en faire sortir aussy par mesme moyen, et un aultre de mes arays de cette ville. Mais il fauldra sçavoir avec qui nous aurons à traicter.
Au reste je plains bien le pauvre M*" de Fontenay Lieuville que j'avois aullres foys cogneu et gouverné bien familiairement. Ce sera grand dommage si cez singularitez qu'il avoit r'amassées'^ ne tombent en main de gents qui s'y cognoissent et qui les communiquent au public plus librement qu'il ne faisoit depuis quelques années, car auparavant il n'en souloit pas eslre si jaloux, au moins envers moy. Si je me fusse trouvé à Paris à cet inventaire je n'eusse pas eu moyen de me contenir de surdire ^ à quelque chose, hors de la concurrance de Monsieur, auquel cas ce seroit un trop grand crime d'y penser. Et si elles lomboient toutes ensemble entre les mains de Monsieur, encores y auroit il de quoy se consoler, car pour le moings s'en pourroil il espérer quelque communication, tost ou tard. Il avoit bien aussy des livres rares.
Le choix a esté plaisant de la persone du P. Sirmond pour la visite
' Les Lettres de messire Paul de Foix (né en i5a8, conseiller au parlement de Paris en 1547, archevêque de Toulouse en 1677, ambassadeur à Rome en 1679, mort dans cette ville le 29 mai i584) furent publiées par Auger de Matduon, sieur de Granier ( Paris , 1 6a 8 ).
' Ce collectionneur ne figure pas dans le Dictionnaire des amateurs français du àvii
si'èc/e, par M. Edmond Bonna(ré(Paris,i 884). ' Surdire est là pour surenchérir. Le mot , d'après le Dictionnaire de Richelet (édition de 1759), n'était plus en usage que dans quelques coutumes. De leur côté, les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux (édition de 1771) déclarent que ce (fvieux terme de pratique n'est plus en usage que dans les provinces, et surtout en Normandie».
mmiMiais iiàTiOfi*i.r.
etprixsée^ de cez médailles de Tibère. Eiicores sçaurois je volontiers qui en avoit esté le compilateur'^ et qui les avoil portées à Paris, pour voir si c'estoit de bonne main qu'elles viennent. J'ay aultres l'oys veu de semblables recueils, où il y avoit bien de bonnes choses à observer parmy des mauvaises. J'en ay quelques unes où il y a des visages d'Auguste, et une où semble estre celuy de M. Marcellus^ pour le moins qui ressemble bien à son portraict. Ce qui mérite bien un peu de disquisition* plus particulière.
Nous verrons de disposer M"" Fabrot ou à transcrire de nouveau son Théophile, ou pour le moins à mettre du papier blanc entre les feuilletz, comme vous trouvez bon. Je ne luy en ay pas peu parler ne luy rendre vostre lettre, daultant qu'il est allé aux champs pour sept ou liuict jours, il ne tardera pas de revenir.
J'ay rendu les lettres de M'' Bergeron au sieur Vincens Blanc voyageur*, lequel a envoyé quérir en Arles un sien livre de son second voyage aux Indes Occidentales. M. d'Agut s'est chargé de le retirer de son gendre en y allant à quoy il travaille, et si tost que nous en serons résolus, M"^ Bergeron aura la responce qu'il demande. Cependant je vous supplie de l'asseurer de mon trez humble service.
La nouvelle de l'indisposition de M"' du Puy, vostre frère, m'a grandement affligé, et vouldrois pouvoir porter moy mesmes une bonne partie de son mal si je l'en pouvois soulager. Feu M'' du Vair avoit esté menasse de la jaulnisse par son médecin, à cause des obstructions qu'on
' Sous le mot prisée LiUré a cité un texte d'Amyot et un texte du duc de Saint-Simon.
'' C'est-à-dlt-e le ramasseur, le colleclionneur. Je ne crois pas que l'on trouve beaucoup d'exemples de l'emploi dans ce sens du mot compilateur.
^ Marcus Glaudius Marcellus, (ils d'Octavie et mari de Julie, à la fois neveu, gendre et successeur désigné de l'empereur Auguste.
"^ Sous ce mot Littré n'a cité qu'une phrase de Racine et une phrase de Ghâteaubriant.
* Vincent Blanc, appelé quelquefois Leblanc, naquit à Marseille en i554 et mourut vers 1 64o. C'est sous le nom Leblanc et non Blanc que l'on trouve dans le Manuel du libraire mention de l'ouvrage intitulé : Les voyages fameux qu'il a faits depuis l'aagc de douze ans jusqu'à soixante aux quatre parties du monde; rédigez Jidellement sur ses mémoires et registres , [tav P. Bergeron (et corrigés par L. GouUon). Paris, Gervais Glousier, idà^. in-4°. Vincent Blanc fut un des mille correspondants de Peiresc.
fl628] AUX FRÈRES DUPUY. 690
avoit recogneu estrc en sa vessie du fiel. Et de faict, avant que mourir, il eust une jaulnisse si universelle et si haulte en couleur, que son visage sembloit quasi doré ou saiVrané'. On luy trouva dans le (iel plus de trente petites pierres en forme de poids, qui luy bouclioient l'oritice par où se desgorge la bille. j\lais cela n'est rieu, surtout il se laut tenir joyeux et ne se poinct donner de soucy des choses du monde et ne se poinct trop travailler le corps, et encores raoings l'esprit. C'est pourquoy M"" vostre frère se doibt abstenir quelque temps et de l'estude et de toute sorte de lettres. Ses amis et serviteurs l'en excuseront assez volontiers. J'ay prins grand plaisir de voir le placard que je vous renvoyé de l'archevesque de Compso'- que j'ay veu icy à la suitte du légat. Il fauldroit bien tascber d'avoir coppie de quelqu'une de cez lettres cassatoires qui y sont énoncées ou à tout le moins des aultres ordinaires en pareil cas et mesmes de cez privilèges dont on luy a faict apparoir. Il fauldroit faire agir l'ambassadeur de France qui est sur les lieux, par l'entremise de quelque amy, ou de quelque secrétaire d'estat. Car je crois bien que l'on supprimera cela tant que Ion pourra.
Nous n'avons rien de nouveau que les préparatifs du sieur Napolon pour s'en aller dans liuict ou dix jours à Algers achever la paix. Et ce que vous verrez aux lettres de M'' d'Agut touchant les courses de M' de Rohan jusques dans la Camargue, principalement pour avoir du sel dont ceux de Nisnies estoient en grande nécessité. Je n'y puis rien adjouster si ce n'est que lors de leur retraicte un lieutenant de compagnie logée dans Montfrin-', ayant donné sur la queiie avec fort peu de gendarmes, leur enleva un drappeau et un tambour, et tuà je ne scav combien de genls, que s'il eust eu cent hommes bien résolus, il pouvoit tailler tout en pièces, et recouvrer tout le buttin de sel et de bestail. Nous avons esté bien mortifiez des obstacles que les trouppes de
' Littré a signalé l'emploi fait de l'adjec- ' Gorapso , nom inconnu des géographes.
ii{ safrané ptir Scarron {Virgile travesti) et ' Commune du département du Gard,
par Bernardin de Saint-Pierre (Paul et Vir- canton d'Aramon, arrondissement de Nîmes , ginie). à q i kiiomètncs de cette ville.
M' de Mantoûe ont trouvez aux passages du Piémont. Je crois bien que vous aurez sceu tout cela assez tost à vostre grand regret comme au nostre.
Je vous envoyé coppie d'une lettre de feu M"" du Vair qui sera à mon advis au goust de M"" du Puy, vostre frère, et quelque aultre chose d'Italie, marry de n'avoir rien de mieux, vous recommandant la boitte cy joincte de M"" de Bonnaire de Rome, et demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
A Aix, ce 18 aoust 1628.
J'oubliois de vous dire que j'ay admiré l'elfronterie de ce charlatan qui est à Rome, qui doibt avoir sans double contrefaict les lettres dont on vous escripl, par imitation sur un mot de responce que je fis à trois ou quattre des siennes, qu'il avoit, je m'asseure, envoyées pour extorquer quelques lignes de ma main et pour faire ce qu'il faict. Il se fera pendre en quelque lieu sans doubte. J'ay apprins que sa femme luy donna un coup de coutteau à Antibo\ et faillit à luy donner dans le petit ventre.
Vous aurez d'aultres vers de M"^ Viaz et d'un aultre, tels que l'aridité du païs peult produire et aurez esgard à la bonne volonté des autheurs^.
GXXXIII
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
Vostre despesche du i5 arriva quelques heures plus tard que de coustume à cause que les gents de M' de Rohan ont de rechef surprins
' Antibes. — ' Vol. 716, fol. 887.
[1628] AUX FRÈRES DUPUY. 70t
Soyori qui est au dessoubs de Valence', et le courrierse de stournà du grand chemin dans la montagne par la traverse pour éviter la rencontre des coureurs. Mais tout est venu bien conditionné Dieu mercy, mesmes les deux exemplaires des Canons de Dionysius exiguus, que j'ay mis touts deux dans le pacquet de Rome, avec vostre Seneque, pensant que l'ordinaire d'Avignon le vint prendre à ce matin, qui estoit son jour accoustumé. Mais puis qu'il n'est encores passé à cez heures icy, on l'aura retardé, jusques à la semaine qui vient. Ils font de cez intercallations trois ou quattre foys l'an , parce qu'ils n'expédient que douze courriers en l'an, et qu'il y a trop de semaines, pour ne faire chascua moys que de quattre; cela fera envieiUir voz lettres et les nostres de huict jours sans bouger d'icy. J'avois envoyé l'un des dicls exemplaires au cardinal et l'aultre au sieur Âleandro, qui y est allégué en honneste rang.
J'ay par mesme moyen receu les aultres curiositez que vous y aviez joinctes dont je vous remercie trez humblement, mesmes de cet inventaire des canons et décrets des conciles colligez en divers temps, que vous avez daigné transcrire de la bibliothèque de M"' du Thou, lant ni[anu]s[crit]e que imprimée. Mais encores que la première édition de Mayance de l'an iBaS f° ayt esté refaicte et meliorée à Paris, je serois pourtant bien aise de l'avoir en sa première naifveté, et s'il s'en trouve à Paris quelque exemplaire qui ne soit pas trop deschiré, frippé, je l'achepteray trez volontiers, voire encores que j'aye l'édition de Paris de l'an 1609 8°. 11 a esté si mal relié, et si mal traicté des tignes^ que vous me ferez plaisir de m'en envoyer un aullre exemplaire en blanc bien net, ensemble un aullre aussy de celuy de M'" Jnstel de l'an 1610 8", car je les feray tous deux relier de mesme sorte. Je vous prie d'y adjouster par mesme moyen l'édition du dict sieur Justel, les ayant trouvez tous les trois en mauvais eslat des tignes qui ont bien faict du
' Soyons, commune du déparlement de rongent les livres, les étofTes, etc. , et que nous
la Drûme, arrondissement de Die, canton appelons («ig-Hes. Peiresc, en écrivant tigiie,
de Grest, à ia kilomètres de Valence. était fidèle à l'ctyniologie( en latin /iW«),éty-
' C'est h-dire de ces insectes dont les larves mologie qui se retrouve dans l'italien tigna.
mai au coing de mon estude où Us estoient, et où ils n'avoient esté maniez long temps y a.
J'acliepterois bien volontiers aussy ce Ferdinand Mendoza ^ de confirmando concilio Illiberitano f° Madrid iBg/i, s'il se pouvoit trouver, et le Decretum Ivonis f" à cause que le mien est trop gasté. S'il se trouvoit encores des exemplaires de ce Synodicou Jo. Pappi Ix" Argent. 160 1, je le recouvrerois de bon cœur.
Quant aux m[anu]s[crit]s il fauldra bien que le P. Sirmond, en traictant les conciles des Gaules, rende raison de ce Corpus canonum oblatum Karolo magno ab Hadriano PP dont je vouldrois bien voir coppie de l'epistre ou préface ou tiltre de présentation faicte à ce prince.
Et serois bien aise d'apprendre de vous tout ce qui se trouve de ce Gresconius, soit imprimé ou m[anu]s[crit] de vostre cognoisçance^. Et si M'' Juste! n'entend poinct d'adjouster aulcunes notes à cette version de Dionysius exiguus.
Pour la comjiilation de ce Gregorius presbyter, elle est intitulée Policaipus, ce que j'ay bien voulu vous exprimer d'aultant que possible le retrouverez voire plus tost de par delà soubs ce tiltre en quelque vieille bibliothèque que vous ne feriez soubs aultre nom*. Elle n'est pas ancienne de plus de 5oo ans. Nous en avons icy deux exemplaires du temps, que l'on pourroit fournir si quelqu'un la vouloit fere imprimer. Je pense qu'un bon recueil de toutes cez compilations par ordre des
' Weiss (article sur Ferdinand de Mendoia, dans la Biographie universelle) dit de ce jurisconsulte : fil fit paraître un ouvrage très .savant, de Concilio Illiberitano libri très (Alcala, liîij/î, in-fol.), qu'il dédia au pape Clément VIII, et qui a été réimprimé à Lyon, en i665, avec des notes et des additions. 1
' Gresconius , évêtjue d'Afrique , qui vivait à la fin du vu' siècle, fit une collection de canons connue sous le nom de Cowordia canonum, collectio cresconiana. Le cai'diiiai Baronius, dans ses Annales, a cité le ma-
nuscrit de la bibliothèque du Vatican. Les Canons de Gresconius, imprimés d'abord par Pithou à Paris en i588, furent réimprimés plus complètement, d'après les manuscrits de la bibliothèque de M. de Thou et de la bibliothèque des Jésuites du collège de Glermont, en i66i, dans le recueil de Justel et Voel.
' C'est aussi sous ce titre que le Moréri cite l'ouvrage. Voici, du reste, l'article tout entier : irGrégoire, prêtre, auteur de la Collection des Canons que l'on appelle Polycarpe. 1
temps, ne seroit pas mal receu à l'exemple du volimie d'Aiitonius Augustiims.
Au reste vous m'avez obligé infiniment de supprimer ma lettre selon mes derniers vœux', non qu'elle ne peust escheoir en responce de celle que vous aviez veiie (où il y avoit un refus tout formel dont la raison que l'on rendoit estoit plus desobligeante que la négative mesmes, comme vous le pourrez vérifier sur l'autographe que je vous envoyé exprez), mais pour espargner davantage un amy, dont le mérite ne peult estre trop respecté ne chery, à quoy que l'humanité nous puisse par foys emporter. Je suis trop salisfaict de ce tesmoiguage de gratitude envers cez Mess" qu'il luy a pieu enfin leur despartir eu celle qu'il m'a escripte sur ce subject. Laquelle j'envoyeray avec le livre par la première commodité bien asseurée, et peult estre qu'elle fera aultant et plus d'opération que toutes les plus fortes intercessions que nous y eussions peu apporter ou aultres quelquonques, tant que cela manquoit. Les notes que j'en ay faict extraire sont en quelques feuilles à part que je vous eusse envoyées présentement, sans que je pense qu'il vauldrà mieux conférer les livres restans du dict volume, pour vous envoyer le tout ensemble, que de faire à deux foys.
Je ne doubte poinct que les notes de Mess" Rigault et Saulmaise sur cet autheur^ ne soient transcendantes, les eschantillons qu'ils en ont laissé voir le monstrent assez; mais s'il y avoit quelque mot qu'il leur fust eschappé, quand ce ne sereit qu'un ou deux, je ne plaindrois pas la peine de celuy que j'y ay employé, n'ayant le loisir d'y vacquer moy mesme. Je luy feray continuer avant que rendre le volume, et aussy tost vous envoyeray le cahier, n'estimant pas que cez Mess" se puissent assez tost resouldre à l'édition de cet autheur. Et cependant je prendray plaisir de voir ce qui s'est tiré ou qui se tirera de cez apostilles, je veux dire seulement des corrections et diverses leçons.
Quant au jugement de M' Rigault en faveur de son Tertullian, s'il vous a monstre ma lettre, vous y trouverez au vray ce qui est de mes
' La lettre à Rigault. — " Pline l'Ancien.
70A LETTRES DE PEIUESC [1628]
sentiments, non seulement pour ce qui me pouvoit loucher, mais aussy pour ce qui pouvoit loucher auitruy, en quoy je n'ay faict qu'oheir à ce qu'il m'avoit ordonné, car il me demandoit aussy bien ce que je pensois qu'on en peult juger de là les monts, comme ce que j'en pouvois estimer moy mesmes. Or mon intention n'a pas esté de luy dire que les escripts du Baronius^ soient tenus en telle réputation dans Rome qu'il ne se puisse rien dire au contraire, et encores moings qu'on y veuille mal juger d'un homme pour ne suyvre pas une opinion de Baronius. Gomme vous me dictes, j'y en ay souvent ouy parler en termes tout contraires avec assez de liberté. Mais j'ay voulu dire que s'agissant d'une querelle quoyque juste commancée contre ceux du clergé Romain pour la cheutte de Terlullian, et quasi approuvée par S' Hierosme qui trouvoit à redire à leurs desportements en cette -affaire, il est malaisé d'en regratter la mémoire, sans toucher aulcunement leurs successeurs, comme qui parleroit devant un filz d un desmenty mal à propos donné par son père. C'est pour quoy l'observance commune du jourd'huy entre les plus modérez et prudents qui soient dans le monde, en occasion de querelle entre gents de qualité ou de marque, est de supprimer tant qu'on peult toute sorte de discours des particularitez d'une querelle, soit juste ou non, et mesmes des envieillies, de peur d'animer quelqu'un à les remettre sur le tapis et les faire revivre. Et quant en ce faict icy, on n'auroit pas nommé le Baronius, tousjours y auroit-il eu quelque chose à regretter et appréhender pour la consequance nécessaire, mais attaquant un Romain, l'application y en est bien plus evidante. Et si bien le Baronius s v est si mal comporté qu'il ne pouvoit pix, et qu'il avoit mérité d'estre bien plus rudement peignée que n'a faict M' Rigault sur ce subject, je vouldrois bien pourtant que M' Rigault l'eust laissé faire à quelque aultre, et suis encores en cette erreur, que les parties intéressées au-
' Rappelons seulement que Ciîsar Baro- i538 et mourut à Rome le 3o juin 1607. nius, l'immortel auteur des A nnales eccksias- ' Le mot peigner, pris dans ce sens figure ,
ticiaChristonaloadannumi tg8{\\omt,\^%Bi- n'a été trouve par Littré que dans un texte
i5ç)3, 19 vol.in-fol.),naquitàSorale3oaoût du xvnr siècle.
ront quelque sorte de prétexte d'estimer qu'on a esté bien aise non seulement de leur laisser leurs hontes descouvertes comme un pauvre Noé, mais de les descouvrir encores davantage, en quoy l'on peult encourir le mesme reproche que l'on reprend en aultruy depescher contre la charité chrestienne, qui veult que l'on fasse les corrections fraternelles en particulier, avant que les faire publiques, et que l'on couvre en public les faultes de son prochain plus tost que de les divulguer. Et de faict si TertuUian eust parlé plus sobrement du clergé Romain il ne l'eust pas animé comme il fit, et ne se seroit peult estre pas porté à l'extrémité où il se trouva réduit, et si le clergé Romain eust usé de cette douceur envers le dict TertuUian, il n'eust pas encouru les reproches que luy faict S' Hierosme, ne S' Hierosme ceux que d'aultres luy ont faict en haine de cela et aultres pareilles renconti'es , ne le Baronius ceux que luy faict le dict sieur Rigault, s'il eust peu se tempérer en telle sorte d'offices. C'est pourquoy je craignois que l'on ne peult rétorquer au dict sieur Rigault quelque chose d'approchant, bien qu'il y ayt tant de disparité'. Le mal est que la chose estfaicte, à mon trez grand regret, et que je trouve encores plus d'inconveniant de la dissimuler, que d'en parler à luy mesmes. Voyez, je vous prie, ce que je luy en dis et le considérez, s'il vous plaict, plus tost selon les loix de la prudance humaine , que de la justice de la querelle ou des moyens de la soubstenir avec bon prétexte et de la bien et vallablement delTendre, car je m'asseure que vous trouverez qu'il eust encores mieux vallu s'en abstenir, ou au moings y apporter encores un peu plus de tempérament, bien qu'il y en ayt beaucoup, puis qu'il ne ieust pas moings parvenu à la fin qu'il s'estoit proposée, en voulant reparer un peu la mémoire de ce grand personage. Joubliois de vous dire que si ce n'estoil que Baronius qui l'eust attaqué, il importeroit peu de luy faire contrequarre^, mais là où tant de grands saints ont blâmé ses maximes dernières, j'ay peine de me persuader qu'il soit bien seur ne bien hon-
' Le mot disparité avait dëjà été employé * L'expression est liaos les Essais de Moii-
par Montaigne, par Cliarron, par d'Au- laigne : ir Elles se mettent à l'envy comme
bigné. • pour se faire teste et contrecarre, n