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neste de les accuseï- de n'avoir pas sceu prendre le sens et les bonnes intentions de cet autheur et de vouloir aujourd'huy canoniser un nouveau sainct aprez tant de siècles, durant lesquels on avoit déploré sa cheutte comme certaine et indubitable. Cela soit dict entre nous quoy que puissent prétendre au contraire cez gents si zellez que vous dictes et si raffinant le catholicon ' qui en ont si librement donné l'approbation. Pour moy je ne sçaurois flatter mes amys, quand ils ont agréable que je leur parle à cœur ouvert.
M"" Fabrot n'est pas encor de retour des champs ; on l'attend d'heure à aultre, et je luy rendray la lettre du sieur Cramoisy avec la vostre que j'ay encores. Sur quoy estant un peu tard je finiray pour cette foys demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce a 5 aoust i6a8.
J'avois oublié de vous demander un Gennadius Massiliensis^ de Viris illustribus si vous en rencontrez à vendre de quelque bonne édition^.
Nous n'avons rien icy de nouveau que des appréhensions que l'on nous donne de la maladie du costé de Lyon d'où nostre ordinaire de mardy avoit apporté nouvelles qu'il n'y avoit aulcun mal dans la ville ne aux faulxbourgs. Mais ceux d'Avignon soubstiennent le contraire et leur en ont levé l'entrée à ce que je viens d'apprendre tout présentement par un courrier que ceux d'Avignon ont despesché exprez à noz consuls, dont nous sommes bien en peine, et fauldrà dez hormais superceder à l'envoy d'aulcuns ballots jusques à ce que Ton voye ce qu'il
' Litiré n'a cilé , au sujet de l'emploi du ' Les Bënddictins énumèrent les éditions
mot raffiner pris dans ce sens, que des de BMe (1629, in-i°), de Cologne (i58o,
exemples postérieurs. in-8°), d'Helmstœdt (1619, in-4°). Peiresc
' Voir sur cet écrivain ecclésiastique , qui ne vécut pas assez pour voir l'édition an-
vivail à Marseille vers la fin du v" siècle, notée d'Aubert le Mire (Anvers, 1689, in-
VHistoire littéraire de la France, t. II , p. 682- fol.).
plairrà à Dieu d'en ordonner, car tout courroit fortune de se perdre ou gaster en faisant les quaranteines, et de faict on me vient d'advertir qu'à ce soir on a refusé l'entrée de cette ville à quelques muiletiers de la ville revenants de Lyon, l'un desquels m'apportoit un petit fagot de M"" Cardon qui aura besoing possible de faire quaranteine, à mon grand regret.
M' de Guise estoit venu cez jours passez apporter des jussions d'edicts, mais on en a remis la délibération à la my septembre , ce qui pourra bien aller à la S' Remy.
Je vous recommande le pacquet de Bordeaux K
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur, Vostre despesche du 22°"' de ce moys me suivit à Marseille fort bien conditionnée, et par conséquent le livre des poésies Françoises'-' et h livret du Paladin ', qui est reuscy fort au goust de ceux qui l'ont veu icy quant et moy\ et a esté trouvé meilleur joinct à l'information du faict que vous nous aviez donnée par vostre lettre, ayant esté bien aise
' Vol. 716, fol. 341.
' Le recueil {(\ép cilt!) des plus beaux vers de messieurs de Malhm-be , Racan, etc.
' La desfaitte du paladin Javertac , par les alliés et confédérés du prince des Feuilles , in-S" de 1 6 pages. Sur Nicolas Bernard , sieur de Javerzac, originaire de Cognac, voir le Dictionnaire critique de Bayle (édition Beuchot, t. VIII, p. 3/io-343), le Commentaire de l'Hkiorietle de TaJkmant des Réaux sur Balzac, par Paulin Paris (t. IV, p. 109), etc. Javerzac avait e'ié bétonné le 1 1 août 16a 8. liC récit de sa mésaventure dut être im-
primé bien vite pour que Peiresc ait déjà eu le temps de la lire avant la fin du même mois.
' Talleroant des Réaux, lui aussi, appréciait fort cette biuette. Voici comment il en parle (t. IV, p. 90) : et II fit imprimer une espèce de nouvelle intitulée : La desfaitte, etc. C'est une des plus jolies choses qu'il ayt faittes. )t Bayle dit à son tour : tr J'ay ouï dire à un homme de beaucoup d'esprit, que Balzac était l'anteur de cette pièce , et que c'est la meilleure qui ail paru concernant cette dispute, r
de voir que vous ne puissiez croire non plus que moy que le Phyllarque aye trempé en rien à cette distribution de bastonades'. L'éloge que le P. Goulu a entreprins ne pourra jamais estre qu'une trez bonne pièce pour le temps. Je loiie vostre charité à luy fournir des instructions et me tarde que l'ouvrage se puisse veoir^.
Je suis marry que ce petit supplément de Barclay se soit trouvé si incorrect, mais je le vous ay envoyé tel que l'on me l'avoit communiqué : je suis homme pour le renvoyer moy mesmes à Rome à M' de Bonnaire et le prier de le faire collationner sur l'autographe , ce que je m'asseure qu'il ne m'oseroit avoir refusé; je ne regrette que de mettre mal avec luy celuy qui en aura tiré la première coppie, si tant est qu'il l'ayt eue de sa main à condition de ne la laisser courir, mais puis que j'en suis en assez juste ignorance, et que cela peult avoir esté desrobbé contre son gré, par quelque impertinant coppiste, il n'y aura pas tant de danger que je fasse ce coup.
Je croyois bien que M"" Autin fust naturellement assez lent pour ne pas sortir facilement d'un long ouvrage sans esperon , mais il m'avoit autres fois non "seulement dicl en termes bien cathegoriques, qu'il enteudoit défaire imprimer les chroniques de Georgius Syncellus, mais qui plus est il m'avoit, ce me semble, monstre quelque chose de ses notes sur la conferance de l'Anastasius avec le texte de Theophanes et de sa version mesmes, et de faict ce fut sur ce goust là qu'il me fit escrire en Espagne pour la recherche du m[anu]s[crit] qui y est du dict Syncellus, afin de rechercher s'il y seroit plus complet en son commancement que l'exemplaire de la bibliothèque du Roy, et celuy de feu M"^ de Fontenay. Mais puis que M"" Rigault asseure du contraire, il le
' Le P. Goulu avait été attaqué, en même temps que Balzac, par Javerzac dans un livre imprimé et réimprimé en 1628 et intitulé : Discours d'Aristarque à Nicandre, sur le jugement des esprits de ce temps, et sur les fautes de Phyllarque. Javerzac ne soupçonna pas le P. Goulu d'être pour quelcjue chose dans les caresses qui lui avaient été
faites , comme parle Tallemant des Réaux , et il loua la générosité de cet adversaire dans son Discours d'Aristarque à Calidoxe sur ce qui s'est passé entre lui et Balzac (1698).
' Le P. Goulu n'eut pas le temps de donner l'ouvrage que Peiresc désirait tant voir paraître : il mourut quelques mois après (5 janvier 1639).
doibt mieux sçavoir. Si luy ne se peult resouldre h ce travail , quelque aullre le debvroit entreprendre dans Paris, et je m'asseure que nous luy ferions venir cet exemplaire du cardinal Barberin qui est si accomply, et oii la version d'Anastasius se pourroit mettre a regione du texte grec, avec quelques petites notes au bout sur les endroicts oi!i la version auroit plus de besoing de supplément.
Pour le Théophile de M'' Fabrot je trouve trez bonne la pensée de M' Rigault, pour employer des caractères du Roy, et crois que le dict sieur Fabrot en sera bien contant, car tout luy est indifférant pour ce regard. Il arriva à Aix sur le poinct que j'en voulois partir. Je luy rendis ses cahiers avec vostre lettre et celle de M' Cramoisy dont il se sent fort vostre obligé, il suyvrà vostre conseil, et mettra du papier blanc entre les feuilles du texte imprimé pour plus de commodité des imprimeurs.
Des poèmes des Amaltées je m'estois bien toujours desfié que les imprimeurs de delà n'en vouldroient poinct taster sans ajuto di costo', principalement y voulant mettre tout le contenu en l'édition d'Italie. Mais pour ceux du sieur Aleandro tous seuls qui ne sont pas en si grande quantité, j'en ferois volontiers la despance toute entière à les faire in It" en belle lettre comme ceux du Pape et de mesme grandeur. C'est pourquoy je vous supplie de faire adviser qui les pourroit entreprendre, pour s'en acquitter dignement, et à combien au dernier mot à en tirer deux ou trois cents exemplaires, pour avoir de quoy en envoyer 200 exemplaires à Rome, et en distribuer à noz amys un cent. Je cognois bien qu'il y prendra plaisir, et vouldrois avoir moyen de luy rendre quelque meilleur service. Nous nous passerons bien de ceux des Amaltées. Mais pour ceux du Chancellier de l'Hospital, puis que les libraires ne le peuvent faire sans perte, ceux qui tiennent aujourd'huy ses biens debvroient bien cela à la mémoire d'un si grand personage. Il n'y a plus de Pietés
Sans l'aide du payement des frais. — ' Décliirore du papier. A la suite du mot piété venait sans doute le mot domestique.
Quant à cez Marmora Arundelliana', encores que les Anglois n'en puissent envoyer directement à Paris, je pense pour tant que par la Foire de Francfort, on ne laisrà pas d'en avoir quelque exemplaire, mais il en fauidrà accapparrer - de bonne heure.
Je vous remercie des bons ofiices que vous me promettez de rendre à M'' de Vris, peintre Flamand, pour l'amour de moy ; vous l'aymerez quand l'aurez veu, son humeur et ses habitudes approchant fort de celles de M"^ Rubens. Lequel m'a escript qu'il s'en va en Italie, et qu'il passera par icy, dont je suis bien glorieux , et suis résolu de l'aller conduire par toute nostre province pour voir les vestiges qui y sont de l'antiquité Grecque et Romaine. Mais il me mande qu'il ne peult partir de là que le M[arquis] Spinola n'y soit de retour, ce qui me faict appréhender qu'il ne dilaye son départ^ encores cette année, et que les mauvais bruicts qu'on a semé de la maladie de Lyon " ne luy fassent prendre aultre chemin en cas qu'il se résolut de partir présentement sans attendre le dict Marquis.
J'ay prins plaisir de voir la relation de Venize, c'est un grand revers de fortune, mais auquel il falloit qu'un homme violant comme Zeno s'attendit. Je m'en enquerray plus particulièrement. Quant à M"' de Thou , j'ay esté infiniment aise de voir sa lettre et vous en remercie de tout mon cœur demeurant.
Monsieur,
vostre Irez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Marseille, ce dernier aoust 1 6a 8.
S'il y a moyen d'avoir quelque aultre exemplaire des oeuvres de
' Il s'agit du niémorahle ouvrage de ^ Retarde son départ. Littré dit sous le
J. Selden : Marmora arundeliana, sive saxa mot délayer (détremper dans un liquide) :
grœca incisa {i&^^ , in-4°). Quelques exem- «Délaier, verbe très eaiploy^ dans l'ancien
plaires durent être mis en circulation dès la français, y signifiait faire délai, et vient,
seconde moitié de l'année i6a8. par conséquent, comme délai, de dilalare,
' LJttré n'a donné aucim exempile sous le étendre, allonger.'! mot accaparer. ' La peste.
M' de Brèves in i" vous m'obligerez de me l'envoyer par la poste en deux ou trois foys.
Je m'en vay d'icy à Beaugentier pour douze ou i5 joure à passer le temps ^
J'ay retrouvé icy afforce curiositcz antiques, mais ce seroit un trop long discours, entr'aultres une besoigne de bas relief en marbre de dix petits amours qui forgent des armes de géant à proportion de leur stature qui sont bien gentils. Je n'ay peu voir comme il fault la lettre de M"' Saulmaise, il fauldra remettre la responce à mon retour à Aix'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Voz lettres du a 9 du passé m'ont apporté icy aux champs deux trez bonnes nouvelles, l'une de l'entière guarison de M' du Puy, vostre frère, et l'aultre de l'extrémité des Rochelois dont je me conjouys grandement avec vous et prie à Dieu que la prochaine despesche nous apporte la réduction ellectuelle de cez rebelles, et la cessation entière de la maladie qui se glissoit à Lyon, pour laquelle ceux d'Avignon ont refusé des chevaux à noz courriers ordinaires et pour satisfaire aux appréhensions populaires, il a fallu que le courrier ayt esté retenu aux champs, et que toutes ses lettres ayent esté perfumées', et les premières enveloppes ouvertes en présence de certaines personnes qui y ont procédé fort fidellement, et sans que rien se soit esgaré, Dieu mercy. Cez précautions ayant esté cause que je n'ay peu avoir mes
' Le séjour de Peiresc à Belgentier fut un vieille estant, ne te perfume plus. » La langue
peu plus long et dura jusqu'à la fin de sep- provençale conserve la forme jBer/i<»ia. Alors,
terabre. comme aujourd'hui , on soumettait à des fu-
* Vol. 716, fol. 345. migations aromatiques les lettres venues de
' On lit dans le Périclès d'Arayot : (rSi pays suspects de contagion.
lettres que bien tard, pour envoyer ma responce à Aix avant le parlement et retour du dict courrier pour Lyon, n'ayant pas seulement peu lisre que vostre lettre bien couramment et celles de Nieul; de sorte qu'il fauldrà remettre à la semaine prochaine la responce à celles qui y estoient de noz aultres amys, et la restitution de voz papiers et curiositez. Si vous voyez M' Gassendy et M"^ du Chesne vous leur en ferez mes excuses. On m'escript de Lyon que ce ne sont que fiebvres chaudes contagieuses, qui y sont ordinaires en cette saison, et que le grand ordre qu'on y a mis pour en arrester le cours a ainsin allarmé et scandalizé ceux qui estoient au loing. Je crains bien que si M' Rubens entreprend son voyage d'Italie, cela ne l'empesche de s'acquiter de sa promesse et de nous venir voir en y allant. Car en Italie on y a desja fermé les ports et refusé l'entrée aux barques de Marseille dont il en est revenu trois de Ligourne, pour la seule appréhension de la communication et commerce des Marseillois avec ceux de Lyon. Et jusques à ce qu'ils soient esclaircis de la vérité , il n'y aura pas moyen de les vaincre, voire je crains que le commerce des ordinaires ne coure fortune de cesser de ce costé là et de celuy de Lyon, si on n'y prend expédiant de les faire passer loing de Lyon. Nous n'avons poinct icy d'aultres nouvelles à présent à nostre grand regret et je finis en haste demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A vostre maison de Beaugentier, ce 7 septembre i6a8 '.
' Vol. 716, fol. 347. — Voir à X Appendice , n" XLV, une lettre de Jacques Dupuy à Peiresc, du 12 septembre 1628.
À M0^ SIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
(Avec six pièces cy joinctes et deux aulires lettres.)
Monsieur,
L'ordinaire de la semaine passée se chargea à Aix de la responce que je vous avois faicte d'icy à voz dernières lettres du 99 aoust. Je ne sçay si à ce coup il y aura moyen de continuer encores le mesme train ou non, car l'ordinaire qui debvoit arriver mardy à Aix n'y estoit poinct encores mecredy matin, et puis qu'il est desja nuict sans qu'un mien laquay qui l'attendoit à Aix soit venu, il fault croire qu'il n'estoit pas encor arrivé mecredy au soir, ou que les lettres n'avoient pas encor esté perfumées et distribuées, car il seroit icy. Je crains bien que le dict ordinaire n'ayt demeuré en chemin à faulte de chevaux et de permission de passer, et quand bien il viendroit encores ou envoyeroit les despesches, ce ne pourroit plus meshuy estre à temps pour vous en accuser la réception si luy ou aultre reprend la despesche pour Lyon sammedy matin. Car il y a xi grandes lieues d'icy à Aix, qui est tout ce qu'on peult faire en un grand jour, et pour peu que celuy qui partira anticipe son despart, mes lettres n'arriveroient pas à temps. C'est pourquoy je me suis résolu à tout hazard de vous faire ce mot à l'advance, quand ce ne seroit que pour vous dire que grâces à Dieu ia santé est trez bonne en cette province et particulièrement en ce lieu cy, oi!i la doulceur de l'air est encores plus grande qu'ailleurs, et où il ne nous a poinct manqué de bonne compagnie depuis le temps que nous y sommes. J'ay eu de la peine à me tirer d'Aix pour venir icy, mais j'ay bien plus de peine à cette heure à me resouldre d'en partir et de quitter de si jolies promenades que nous y faisons soir et matin.
M' le chevalier de Boissise est arrivé de la cour auprez de Toullon, puis dimanche dernier; on luy a refusé l'entrée, et il faict sa quaran- 1. 90
* lUP&IltKUI lATIORltl.
teine à une petite maison des champs assez proche de la ville. Un gentilhomme de M' le General des Galères de ses aniys, qui le voulut aller voir et salluer inconsidérément, fut exclus pareillement de l'entrée de la ville et a esté constrainct de faire quaranteine quant et luy. On a perfumé ses lettres soigneusement et puis on les a receiies. M'' le General avoit grande envie de parler à luy, mais les consuls de la ville l'y voulurent accompagner et ne souffrirent pas qu'il s'approchast de plus prez que de cent ou six vingts pas. Il luy a apporté de bonnes nouvelles pour le payement des Galères, et de bons arresls du conseil, et constraintes contre les fermiers des Gabelles du sel où ils avoient leurs assignations. Le Roy a deschargé M"' le General du Voyage de Ponant. Au reste le dict sieur de Boissise dict qu'il a cuidé ^ mourir de faim sur le grand chemin de Paris à Lyon, les peuples ayant abandonné et desamparé les villages et les granges à cause de la maladie. Il est venu sur des chevaux tels qu'il a peu avoir à faulte de ceux des postes, la pluspart du temps à travers campagne et hors de chemin , ayant par foys marché tout le jour sans trouver un morceau de pain. Dans cette province on ne l'a laissé abborder aulcune ville ne village, il a fallu qu'il soit passé par des lieux destournez à la desrobée. De sorte que si l'ordinaire ne trouve plus d'accueil et de privilège, nous ne sommes pas prests d'avoir de voz lettres, ne possible de pouvoir faire passer les nostres jusques à vous. Car l'allarme est grande et la rigueur foi't estroicte de touls costez pour prévenir les inconveniants du mai qui seroit bien pire icy bas, s'il s'y glissoit, qu'en voz quartiers. On parloit d'establir un bureau à Vienne de députez de ce pais, pour y faire perfumer et recevoir les lettres de la cour et de Paris, sans que les courriers passassent plus oultre. Mais je ne pense pas qu'on en vienne facilement à cela. On avoit envoyé prier M'' de Fetan de mettre son bureau de la poste
' D^jà, du temps de Peiresc, ce mot, si employé. Encore ne le donne-t-il qu'à titre usité' au xvi' siècle (voir surtout Arayot, de citation :
Montaigne et Rabelais ) , commençait à vieil- ^el , comme dit Merlin , cuide engcigner autrui
lir, à tomber en désuétude , et La Fontaine est Qui souvent s'engeigne soi-même.
peut-être le dernier de nos écrivains qui lait
hors la ville de Lyon, en quelque aultre bourg eslogn»'; du mal, dont on attend la responce. Mais je n'ay pas grande espérance que le remède y soit facile. Cependant l'incertitude oii je suis si cette lettre pourra parvenir jusques à vous ou non, m'empesche de vous ozer renvoyer les papiers qui me sont demeurez depuis voz précédantes, et faire part d'aultres curiositez qui nous sont tombées en main. J'ay receu un vieil pacquet de Rome du moys de juin venu d'Avignon où j'ay trouvé de nouveaux vers de N. S. P. que je hazarderay icy, avec quelque aultre chosette de la cour, contre cez canailles de rebelles et un arrest de nostre parlement. Et sur ce je finiray priant Dieu qu'il vous tienne en santé et en sa sainte garde estant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peibesc.
A vostre maison de Boysgency, ce jeiidy au soir i /( seplombro iGaS.
M'' de Guise devoit venir à Tollon sur deux Galères que M' le General luy avoit envoyées à Marseille à sa prière. Mais je n'ay pas encores sceu qu'il y soit arrivé. Il veult aller visiter la coste de ce pais'.
ADVOCAT EN L.\ COUB DE l'ABLEMENT, RUE DES POITEVINS, CHEZ M'' DE THOU.
[ Reco]inmandé [à Monjsieur Jacquets [et à Monsieur] de Fetaii [inten]danl des postes du Roy.
Monsieur, Je voulus clorre ma despesche hier au soir et l'envoyer par homme exprez à Aix pour ne manquer l'occasion de l'ordinaire s'il arrivoit et repartoit au temps accoustumé. Depuis, la despesche estant arrivée,
' Vol. 716, fol. 349.
avec advis de l'incertitude où l'on estoit si l'ordinaire repartiroit ou s'il seroit i-etardé, j'ay voulu adjouster ce mot à la haste, pour vous accuser la réception de voz lettres du 5 septembre, ensemble des livres et paquets pour Rome et Levant, mais le tout avoit esté non seulement perfumé et aerié\ mais trempé tout à faict dans le vinaigre, et par consequant assez mal conditionné pour passer les monts ou pour estre mis en reserve. Par respect on n'avoit pas osé ouvrir le pacquet de M" de Thou, ne celiiy du P. Cliarlreux vostre frère, mais moy le trouvant raoitte du vinaigre et craignant qu'il ne se pourrit, aprez avoir veu dans vostre lettre que ce n'estoit que la vie de Henry VII, je l'ay ouvert, et fort à propos, car il estoit encores tout mouillé et n'estoict poinct encores maculé de sorte qu'en le seichant il est demeuré fortbien conditionné hors de l'odeur du vinaigre. Le pacquet de M"" de Thou , qui estoit desja sec et qui par consequant avoit prins tout le mal qu'il pouvoit prendre, est demeuré fermé, et je le feray tenir par Marseille en Levant selon son ordre. Le livre du cavalier del Pozzo^ s'en ira dans la despesche de Rome d'aujourd'huy en i5 jours; pourveu qu'on ne le fricasse' plus à l'entrée d'Italie il pourra bien encores faire honneur. Il y avoit un pacquet de Rordeaux qui a trouvé le vinaigre trop chauld lequel a esté merveilleusement mal accommodé; je suis bien marry que vous ne l'ayez ouvert en passant, et suis d'advis que dez horsmais s'il vous en vient vous les ouvriez , car il y avoit un assortiment d'importance de touts cez arrests du parlement de Rordeaux et du conseil sur l'affaire de M. Servien et ses ordonnances qui sont tout à lambeaux. Je tascheray pourtant d'en rajuster les pièces, et d'en faire faire une coppie pour la vous envoyer la semaine prochaine. Dieu aydant. On avoit envoyé un courrier au devant de l'ordinaire jusquesà 5 ou 6 lieues d'Aix où l'un des consuls d'Aix s'en alla pour l'arrester et recevoir les despesches aprez les avoir bien grillées*; un mien cousin l'accompagna,
' Liltré ne donne pas la forme «ener, mais ' Allusion à la préparation, à l'accom-
il rappelle que l'on a dit autrefois airer. moderaent par le vinaigre.
' C'est-à-dire le livre destiné au cavalier * On les purifiait en les tenant au-dessus
del Pozzo. de la flamme.
|)our avoir soing de mon pacquet et le retirer, comme il fit en sorte que si bien tout fut ouvert, et les fisseles et enveloppes bruslées, neantraoings rien ne fut leu , et le tout fut aussy tost recachetté pour m'estre envoyé avec son pucelage^ tout entier dont je suis bien marry, car j'aymerois mieux qu'il eust faict rejetler le tout dans l'eau fraische à son arrivée dans Aix, et qu'il l'eust faict mettre en presse et seicher pour mon relieur. Les maculatures et taches n'y seroient pas demeurées ne la senteur violante du vinaigre. Je vous cotte cez particularitez à cette fin qu'il vous plaise espargner dez liorsmais ce que vous jugerez ne debvoir pas estre abandonné à la discrétion de gents qui n'en ont poinct. Ce qui m'empescherà de vous renvoyer ce qui me reste de voz papiers que nous ne voyions quel ordre on aura prins. Cependant je vous remercie trez humblement de la continuation de voz soings et effects de vostre bienveillance demeurant pour jamais, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Beaugency, ce i5 septembre 1628 '.
J'ay receu la lettre de M'' Gassendi du 5 : au prochain ordinaire s'il continue d'aller, je respondray.
GXXXVIII À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
La S' Remy nous a enfin tiré de la doulceur des champs, d'oii nous sommes revenus grâces à Dieu en trez bonne santé et disposition. Ainsin
' Le mot n'était pas alors regardé comme aussi libre qu'il l'est aujourd'hui , et l'on sait que Boileau , beaucoup plus tard , n'a pas hésité à l'iatroduire dans sa A* satire. — ' Vol. 716, foi. 35 1.
718 LETTRES DE PEIRESC [l628]
soit ii de vous. Nous y avons eu de bien agréables divertissements durant plus d'un moys, et n'eussions pas eu à regretter rien, si nostre commerce eust peu continuer comme il avoit faict au commancement. Mais les bruicts de peste s'augmentant de divers endroicts, car on y a comprins Thoulouse, et est on à la veille d'y comprendre Grenoble, il n'y a plus eu de moyen d'entretenir, ne de souffrir les ordinaires, principalement de Lyon où c'est que l'on tient que le mal aye desja faict grand progrez quoy que M' de Fetan nous aye escript au contraire.
On a donc suspendu le cours des dicts ordinaires de Lyon jusquesà ce qu'il y ayt esté aultrement pourveu, quand il aura pieu à Dieu faire cesser la maladie qui y est. Et a t'on renvoyé à M"' Jacquet son dernier courrier, qui avoit apporté voz lettres du 12. septembre par lequel on luy a mandé qu'il n'envoyast plus de courrier de pardeça. S'il m'eust voulu croire du commancement, cela ne seroit pas arrivé. Il ne falloit qu'establir un petit bureau dans le pais de Forez à 4 ou 5 lieiies de Lyon, oiî c'est que les despesches de la cour et de Paris fussent recettes et envoyées de pardeça sans passer par Lyon , car le commerce eusl peu l'entretenir fort bien de cette sorte sans donner aulcun ombrage en cez quartiers icy où c'est que la constitution de l'air nous constraint d'user de toute sorte de rigueur en matière de peste, et sans remission. Je luy avois mandé que s'il n'en usoit ainsin, tout le commerce courroit fortune de se rompre. Je m'asseure qu'ils seront bien marrys de ne m'avoir creu, car cela portera bien de l'interest' à une infinité de monde, principalement aux gents de négoce et marchandise. Cez pauvres courriers ne trouvoient persone qui leur voulut bailler des chevaux à cause que leurs Brevets estoient dattez de Lyon, et y en eust un qui faillit à estre arquebuse par les chemins, lequel est encor en quarantaine à trois lieues d'icy.
Ce fut celuy qui apporta voz despesches du 5 septembre lesquelles furent toutes trempées dans le vinaigre bouillant, mais Dieu mercy, le
' Inlerest , terme de jurisprudence qui accomiMigne ordinairement le mot dommage , et qui . comme Liftré l'observe, se trouve dès ie xiii' sièclp sous la forme de damna et interes-se.
livre de Henry VII que vous adressiez à dom du Puy ne fut poinct maculé, car il fut trempe avec son enveloppe, et je l'ay faict relaver par mon relieur en sorte qu'il n'y paroissoit poinct, et i'ay envoyé à Rome par l'ordinaire d'Avignon qui partit d'icy vendredy matin. Il n'y eust rien de gasté que l'enveloppe que vous y aviez mise. Le pacquet de M'' de Thou ne fut poinct ouvert aussy, et je l'ay envoyé à Marseille au sieur Guez, frère de son hosle de Constantinople, pour le faire tenir en Levant selon son désir. II debvoit partir cette semaine que nous allons entrer. Mais le livre de Justinianus Guineti sur lequel se fit l'essay de le tremper saiis enveloppe est demeuré tout maculé et tout défiguré, je pense que le vinaigre estoit trop chaud. Il y avoit un aultre livre du P. Mercene relié en parchemin, que Ion aymà mieux laisser au courrier, et luy laisser achever la quarantaine que de le laisser mettre dans le vinaigre.
L'aultre courrier qui vint aprezceluy là n'arriva que cinq ou six jours aprez son terme ordinaire et fut arresté à cinq lieues d'icy, voz lettres du 1 2°"= vindrent par luy et, furent pareillement trempées dans le vinaigre bouillant mais avec un peu plus de précaution que devant, car mon libraire avoit accompagné les intendants de la santé. Et si lost qu'on avoit trempé mes lettres ou livres dans le vinaigre, il les relavoit dans l'eau claire de sorte qu'il n'y a Dieu mercy rien eu de si gasté qu'on ne s'en puisse encores aulcunement servir. Je veux dire du livre de M' de Brèves, car le reste n'a du tout point prins de mal Dieu mercy, de sorte que la perte n'en est pas grande.
Il y avoit dans ce pacquet là des lettres de M' Rigault par lesquelles il m'escrivoit que par l'ordinaire suyvant il vouloit m'adresser son exemplaire du Tertullian qu'il a faict relier pour Monseigneur le cardinal, ce qui me met un peu en peine, de crainte que si on l'envoyé par quelque voye extraordinaire, il ne coure la mesnie fortune. Mais à cette heure que je suis icy, si j'ay advis de l'arrivée d'aulcun courrier, j'envoyeray prier les intendants de faire laisser le livre en qua-' rantaine pour ne le laisser gaster. Mais il seroit peult estre bien à propos de le vous faire renvoyer à Paris par M"^ de Fetan, s'il l'a encores, en-
semble tous voz aultres pacquets, que vous luy pourriez avoir adressés depuis, de crainte que les papiers curieux que vous y pourriez avoir inserez ne courussent fortune de se perdre à Lyon ou par les chemins. Vous luy en pourrez escrire de Paris plus facilement que moy d'icy, nostre commerce estant rompu tout à fait, ce que je ne pense pas qui soit du vostre de Paris à Lyon.
Je ne pense pas qu'il nous reste plus d'une voye de nous enlr'escrire quelque foys, que celle de la Cour soubs les enveloppes de M"' le Pelletier et de M' le Beauclerc, avec prière d'attendre des voyes extraordinaires soit des courriers du Roy, ou des personnes particulières qui pourront venir, avec cette précaution de prendre bonnes billettes et certificats de la santé de tous les lieux de leur passage, et de s'eslre destournez de Nevers, Cosne\ Lyon et aultres lieux de poste descriez et suspects. Si M'Rubens eust esté à Anvers, j'eusse bazardé une lettre pour vous soubs son enveloppe, par l'ordinaire d'Avignon qui alloit à Gènes, pour la faire aller de Gènes aux païs bas par les ordinaires qui passent en Suysse : car cette voye là estoit bien asseurée, quoyque longue, mais l'advis que vous me donnastes de son absance m'empescba de le faire.
J'cscripts cette lettre à tout hazard, sur ce qu'un homme de ma cognoissance me vient de dire qu'il auroit grand besoing d'aller en cour^ pour ses affaires, et qu'il est en peine à se resouldre de se bazarder. Je luy ay donné tout le courage quej'ay peu , et luy ay réglé son chemin par le païs de Forez, Auvergne, Limousin, Saintonge. Il s'en est allé fort esbranlé, et s'il ne se peult resouldre à partir, il n'y aura pas grande perte. Et, au contraire, s'il se peult bazarder, il ne sera pas mal à propos que vous soyez adverty de cez difiicultez, aux fins de diminuer la peine où vous aurez esté, je m'asseure, de n'avoir de noz nouvelles, combien que j'estime que M'' de Fetan vous aura deub advertir de la cessation de noz ordinaires.
' Chef-lieu d'arrondissement de la Nièvre, à 53 kilomètres de Nevers. — ' C'est-à-dire auprès du roi qui était alors devant la Rochelle.
[1628J AUX FRÈRES DUl'UY. 721
Pour res|)onclre donc à voz despesches du 5 et i a""" septembre (car je vous avois respondu de Marseille et de Boisgency aux précédantes), aprez vous avoir trez humblement remercié des belles curiositez de ii^ vres et papiers que vous y aviez joinctes, je vous doibs asseurer que les papiers qui estoient subjects à renvoy ne s'esgareront poinct Dieu aydant, j'en fais une petite liasse à part, pour vous les conserver, jusques à ce qu'il y ayt moyen asseuré de les vous faire tenir.
Je vous doibs remercier encores des bonnes nouvelles dont il vous a pieu nous faire part, et du soing qu'avez eu de la recherche des livres que je vous avois demandez dont je me recognois aultant vostre redevable comme si vous les aviez trouvez, jugeant bien que vous n'y avez poinct espargnéde peine et de sollicitude, ce qui me faict rougir et demeurer en grand regret de ne vous avoir encores sceu rendre aulcun service qui vaille ne à propos, et d'avoir laissé eschapper l'occasion de vous faire tenir en temps et lieu le ballot que je vous avois promis. Je pensois mieux faire de le rendre mieux assorty, attendu que le volume Grec des Eclogues et les cahiers du concile ne tenoient pas grande place; pour en faire juste ballot, je voulois y joindre d'aultres livres et papiers, que je pensois de jour à aultre pouvoir prendre parmy les miens, et par malheur je me suis laissé insensiblement desrober le temps que j'y avois destiné, et lors que je me resolvois d'envoyer le ballot sans iceulx, ça esté trop tard, les allarmes de la peste estant survenues là dessus, parmy lesquelles il n'eust pas esté raisonnable d'exposer au nioings ce m[anu]s[crit] Grec, sans en avoir retenu quelque copie des pièces non imj)rimées. Car si elles perissoient en quelque quarantaine ce seroit grand daumage. Et puys, dez que Lyon a esté descrié, les voicturiers de ce païs ont cessé d'y aller de sorte que je ne pourrois ])as, quand je vouldrois , y faire porter chose quelquonque , hors de quelque simple lettre qui se peult bazarder à des gents qui les laissent par les chemins, à quelqu'un que les veuille recevoir pour les y faire tenir. J'ay un si grand desplaisir de cet inconveniant, que je ne sçay comme je m'en consoleray. Mais les dernières letti'es-de M'' de Felan du 1 7 septembre, lesquelles portent que le mal estoit fort diminué et qu'on es-
722 LETTRES DE PEIRESG [1628]
peroit que dans huict jours il n'y en auroit plus, me tiennent un peu en halayne, croyant qu'au moings il ne sera pas si long, et qu'il se trouvera quelque expédiant pour r establir quelque sorte de commerce, quoy que par arrest, tout commerce ayt esté interdict avec Lyon et aultres lieux suspects.
Aujourd'huy le sieur de Ghateauneuf, Conseiller de la cour, ayant sceu qu'un sien frère chevalier estoit revenu de Thoulouse et arresté hors la porte de la ville, s'y en est allé avec sa femme, et n'ayant peu se contenir qu'il ne le soit allé embrasser, aussy tost on luy a dict qu'il ne r'entreroit plus sans faire quarantaine, et toutes les portes de la ville ont esté fermées exprez tout le jour, et y a eu délibération du bureau de la santé, qu'ils feroient tous leur quarantaine toute entière, prononcée par le second présidant qui est son oncle. On est ainsin rigoureux en ce pais, et sans cela, au moindre mal qui s'y glisseroit, tout y periroit. On tient qu'à Thoulouze il y ayt desja dix ou douze maisons atteintes et fermées. Besiers et Montpelier luy ont levé l'entrée, et nous les avons suyvis en cela.
Le gênerai des Jacobins n'avoit faict que passer sur la Saône dans un batteau couvert soubs le pont de Lyon , sans abborder ne communiquer aulcunement avec ceux de la ville. Il avoit mesme esté admis dans Valance, mais en Avignon on luy refusa l'entrée, et luy fit on commancer sa quarantaine dans une isle du Rhosne, où le vice légat et le General l'allerent visiter de loing. 11 y est cependant mort de fiebvre, et le médecin qui l'a servy est en quarantaine. Il avoit faict demander une galère pour le porter à Rome, on s'en excusa sur les commandements du Roy de se mettre en mer; tout cela servit bien à luy serrer le cœur, et tient on qu'il est mort de desplaisir et de despit de ce mauvais traictement de Mess" d'Avignon.
Si vous n'avez envoyé le ballot de la Bible à Lyon\ je vous supplie de ne le faire pas, que les chemins ne soient plus nets. Quant au prix, je ne le trouve poinct trop grand à 36 livres estant l'ouvrage tel que
* La Bible des Septante, dont il a été plusieurs fois question.
[1628] AUX FKÈRES DUPUY. 723
vous me l'aviez depaint, et en ay de l'obligation à Madame Buon à laquelle il n'y aura pas de danger de le faire payer, si vous le trouvez bon, pour ne mesler cela avec son aultre compte, qu'il fauldrà clorre quand nous sçaurons à qui parler.
J'approuve bien l'employ d'Ant. Estienne à l'édition des poèmes de M' Aleandro. Si par mesme moyen , il vouloit refaire les vers du Pape , il s'y pourroit adjouster quattre ou cinq pièces nouvelles ; je crois qu'il s'en vendroit bien à Rome et ailleurs en Italie, s'il avoit le courage d'en proffîter l'occasion; sinon, il en fauldrà faire un cahier ou deux à part et en refaisant la première feuille, s'il a des exemplaires de sa dernière édition, il s'en defl'croit bien tost. Ceux du sieur Aleandre se doivent tousjours faire de mesme forme que ceux du Pape, et de mesme bonté de papier.
Ce nous seroit bien de l'advantage si Ms' d'Orléans estoit nostre archevesque ^ et s'il venoit avec un esprit de paix , il auroit moyen de vivre fort content en ce pais icy, où il seroit fort honnoré de tout le parlement.
J'ay prins un grand plaisir de voir le jugement du cardinal Barberiu sur le livre de M' Rigault, et vous en remercie bien fort, ayant esté trez aise qu'il se soit enfin résolu de l'envoyer avec une lettre de la teneur qu'il vous a dict. J'ay escript au cardinal Barberin par ce dernier ordinaire que sans les bruicts de la maladie de Lyon qui avoient interrompu nostre commerce, je le luy eusse envoyé cette foys. Cela servira cependant, en attendant qu'il se trouve moyen de le faire passer de quelque costé.
J'ay aussy escript à M'' Holstenius pour le Syncellus et le Theophanes en faveur de M' Aultin, pour sonder nostre gué, afin de les demander par aprez moy mesmes au cardinal. S'il luy monstre ma lettre, il est bien homme pour m'envoyer les m[anu]s[crit]s, sans aultre cérémonie, puisqu'ils sont dans sa bibliothèque particulière.
' Voir, à V Appendice (n° XLV) , ce qu'écrit l'Aubespine de traiter avec Alplionse de Ri- Jacques Dupuy h Peiresc, le ta septembre chelieu au sujet de la cession de l'arcliei6a8, touchant le désir qu'avait Gabriel de vêché d'Aix.
724 ■ LETTRES DE PEIRESG [1628]
Je faisois estât d'escrire à M'' Rigault et à M'' Gassendi, mais l'homme de tantost vient de me dire présentement qu'il s'est résolu, et qu'il veult mon pacquet, pour aller coucher hors la ville, de sorte qu'il t'ault que je ferme veuille-je ou non, vous suppliant de leur faire mes excuses et recommandations, ensemble à M"" du Puy, vostre frère, à M' Saulmaise et à tous cez aultres Mess" de l'académie, demeurant lousjours, • 'Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DK Peiresc.
A Aix, ce 1 octobre 1698.
J'escripts à M"" de Fetan de vous renvoyer voz pacquets, et tous les aultres qu'il pourroit avoir receus pour moy, lesquels je vous supplie recevoir aprez les avoir faict perfumer en deiie sorte, et, aprez, les ouvrir tous, pour me faire tenir par la Cour ce que vous jugerez plus pressé, et reserver le reste par devers vous jusques à aultre temps, s'il vous plaict.
Mon dernier pacquet de Boysgency n'ayant peu aller par les ordinaires fut confié à un gentilhomme qui venoit de Rome, lequel promit de le rendre à Lyon à M' de Fetan dans le 2 5 septembre. Il y avoit encor une petite lettre à part qui accusoit seulement la réception de vostre despescbe du r)™".
Vous verrez icy les nouvelles du Languedoc de M'' de Rohan en une lettre cy joincte, n'osant vous envoyer aultre chose pour ne grossir trop ce pacquet ^
' Vol. 716, fol. 352.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Depuis ia despesche que je vous fis du premier de ce moys soubs l'adresse de la Cour à M"" Le Beauclerc, et M' de Lomenie dans sa suttocopertaS il arriva un pacquet du Roy mis sur les postes par M"^ Jaccpiet, lequel passa librementjusques en Avignon, où il fut laissé sur le bureau du Maistre de la poste, mais depuis qu'on se fut apperceu qu'il estoit contre-signe Jacquet, personne n'osa s'en charger. M' de la Faye fiOmenie en apporta l'advis et dict qu'il l'avoit veu luy mesmes sur le dict bureau, et n'avoit osé s'en charger de peur que cela ne l'empeschast d'avoir entrée. Mais elle ne laissa pas de luy estre refusée, et il ayma mieux aller faire sa quarantaine à Marseille ou aux environs qu'icy. On envoya donc des députez poui- aller prendre ce pacquet et le faire tremper au vinaigre bouillant. M"' Jacquet m'escrivit par cette voye une lettre de plaintes du 2 A septembre de ce qu'on n'avoit defferé aux asseurances qu'il donnoit des précautions qu'il apportoit à faire perfumer les lettres de Paris, et à esviter que les commis et courriers ne hantassent aulcuns lieux suspects, mais il ne nous mesuroit pas à l'aulne de la constitution de l'air où nous sommes, où il fault esviter les simples soubçons et ombrages aultant quasi que les effects du mal que l'on y appréhende tant. Il s'estoit r'advisé et commançoit à gouster le changement du bureau à Valence, qui eust esté fort plausible et facile au commancement, mais à cette heure il y fauldroit encores d'aultres plus grandes précautions, et que ses commis ou aultres qu'il y employeroit, s'il n'y venoit luy mesmes, se résolussent à faire une quarantaine et qu'il fit apparoir du changement de toutes les postes qui sont ez lieux infectez, en aul-
' Sous couverture.
très lieux de la traverze, à quoy j'ay tasché de le persuader, je ne sçay s'il s'y pourra resouldre. Il m'envoya par mesme moyen une simple lettre qu'il avoit pour moy de M"" Le Beauclerc, disant qu'il avoit creu debvoir envoyer les lettres du Roy et de Mess" ses ministres, et que pour le restant il avoit tout laissé en arrière. Il se trouva neantmoings attaché à son gros pacquet un petit pacquet de M"" Gassendy du 1 9 septembre adressé au dict sieur Jacquet pour me le faire tenir ofi il y avoit trois siennes lettres à de ses amys de cette ville, qui les receurent toutes trempées au vinaigre, de sorte que je n'attendis plus rien de vostre part par cette voye. Mais, la semaine suy vante, on apporta un aultre advis qu'il y avoit une aultre despesche du Roy sur les chemins, accompagnée d'une malle pleine de lettres que tous les maistres des postes refusoient de recevoir. On y envoya un commis de la poste avec un des intendants de la santé avec ordre de ne prendre que les lettres du Roy, de la Cour, de Ms' le Gouverneur, de l'Archevesque et aultres principaux du païs. Si tost que j'en fus adverty j'y envoyay un des miens pour avoir soing de retirer mon paquet, s'il y en avoit pour moy, avec ordre de laisser en quarantaine le Tertullian de M"^ Rigault, s'il y estoit, et de laisser tremper dans le vinaigre tout le reste. On y trouva donc voz deux despesches du 19 et a 6 septembre. Mais on en rompit et bruslà les enveloppes et puis on trempa tout dans le vinaigre tant lettres et papiers que livres. De bonne fortune celuy de M'^ Rigault n'y estoit poinct, car le reste fut assez mal accommodé, le commis n'ayant pas eu le soing de faire ce qu'il m'avoit promis, et m'ayant rapporté le tout en confusion, tout mouillé de vinaigre, sans l'avoir faict remettre dans l'eau fraische, et si eschauffé dans sa mouilleure , que peu de temps davantage l'eust faict achever de pourrir. Je les fis relaver incontinant par mon libraire, mais le mal estoit prins, dont j'ay esté bien marry, à cause du libvre d'Achates' et
' Ackates à Palémon, pour la défense un morceau dudil ouvrage dans l'article
de Phyllarque, ouvrage anonyme, impri- Artaban IV de son Dictionnaire critique
mé en i6a8, où Javerzac est foudroyé, (t. II de l'édition Beuchot, remarque A,
sdon l'expression de Bayle, lequel cite p. ^54).
de celuy d'Aristarque S mais nous ne laisrons pas de nous en servir et de les lisre Dieu aydant tels qu'ils sont, mais un jour il fauldrà en avoir d aultres en blanc, pour les pouvoir mettre en leur rang dans mon estude, après que le commerce pourra estre restably. Cependant je vous remercie trez humblement de cette rareté et du livre de la Révolte, qui fut incontinant descouvert, rejette dans l'eau fraische si à propos qu'il n'y est rien demeuré de maculé hors du premier feuillet, les couvertures de parchemin ayants soubstenu toute la malignité du vinaigre. Les cahiers des voyages de M' de Brèves ne furent pas si bien traictez, mais si fauldrà il qu'ils passent ainsin et les macules n'empescheront pas qu'ils ne se puissent lisre. Celuy à qui j'en avois promis le livre sçaict bien les difficultez présentes, et ne trouvera pas estrange cet inconveniant aymant mieux, je m'asseure, l'avoir ainsin, que de l'attendre aussy long temps comme il fauldroit pour en avoir d'aultres exemplaires. Je ne plains qu'une lettre de M"" de la Hoguette et des cahiers de M' Godefroy d'Alemagne et d'Angleterre du 97 aoust en grand papier, ensemble l'arrest des dames de Poissy qui se trouvèrent les plus proches de la nouvelle enveloppe et fissele qu^on y mit, car le mouvement du cheval de celuy qui apporta le pacquet ainsin mouillé d'une journée d'icy, les gastà de telle sorte que j'ay eu peine d'en r'ajuster les pièces pour lire ce qui y estoit escript, et en ay faict faire une coppie qui vous sera Dieu aydant renvoyé par la première commodité, si celuy qui se chargera de cette lettre cy ne s'en pouvoit charger, car ce sera, comme je pense, un Marseillois qui doibt passer présentement, et qui va en diligence à Lyon, à ce qu'on me vient d'asseurer, du passage duquel il faut que je me prevaille maintenant, que les aultres commoditez ordinaires cessent. Je ne trouvay pas ce que vous deviez avoir escript sur l'enveloppe de l'une de voz despesches, parce qu'on les brusle toutes, ce qui servira d'advis à l'advenir, pour ne vous y pas fier et pour ne plus laisser des papiers qui méritent d'estre tenus secrets sans estre cachettez à part les uns des aultres , aux fins qu'ils ne soient exposez
' Nous avons déjà Irouvd plusieurs fois menlioD du Discours d'Aristarque , par Javerzac.
à la discrétion de ceux qui les trempent au \inaigre, car leur commission porte d'ouvrir et brusler toute sorte d'enveloppes, de sorte qu'il fault que ce qui reste par dessoubs aye de bonnes adresses pour ne courir fortune de se perdre ou de tomber en mauvaises mains, ce qui est quasi inesvitable quand il y a quantité de lettres à purger, attendu qu'il en tombe dans ce vase de vinaigre qui se confondent et qu'on ne sçait plus à qui les bailler, ainsi qu'il m'est advenu en cette dernière despesche, avec laquelle on m'apporta vostre lettre pour le sieur de Bourdaloiie, secrétaire de M"" de Guise, que je crois bien n'estre poinct veniie dans voz enveloppes. Je la luy fis tenir, et il me manda qu'elle s'estoit esgarée d'un sien pacquet, par lequel on la luy accusoit, dont il estoit en grande peine. J'y ay trouvé aussy parmy mes papiers deux aultres lettres à gents à moy incogneus, auxquels je n'ay encore sceu les rendre, et Dieu sçait s'il n'y en sera pas demeuré quelqu'une des miennes. C'est pourquoy quand on nous vouldrà dez horsmais envoyer des lettres pour aultres que nous mesmes, il y fauldrà mettre sur le dos un mot de recommandation à ceux auxquels on eust adressé des enveloppes.
Tout présentement je viens de recevoir d'Aubagne, maison de M"' l'evesque de Marseille, un pacquet du sieur de la Faye, avec des lettres de Monsieur de Lomenie du 18 septembre et deM"" de Marseille du io"'<=. 11 m'escripl qu'aprez avoir comniancé une quarantaine liors la ville de Marseille à la Maladerie\ on luy a faict grâce de l'entrée, en se baignant dans la mer, et changeant d'habillements, et faisant passer toutes ses lettres par le vinaigre, encores qu'ils eust évité de passer dans Lyon. Et l'on me vient d'advertir aussy présentement que le filz de M'' Ribier^ a esté arresté à cinq lieues d'icy, d'oià il a envoyé ses billets et certificats de la santé des lieux par oii il est passé, et a envoyé demander permission de faire sa quarantaine autour de cette ville, ce qui luy a esté octroyé, par le bureau delà santé, en considération de M"^ son père et de Mess" ses oncles. Car les rigueurs
' Du mot maladerie, venu de malade, on a fait le mot maladrerie, hôpital de lépreux. - ' Voir sur Ribier la lettre de Peiresc à Dupuy n° LXXII. '
sont redoublées depuis quelques jours, à cause que dans le conté d'Avignon au village nommé Bedoin' où l'on l'aisoit faire quarantaine à quelques muletiers revenant de Lyon, lesquels faisoient par mesnie moyen aerier, ou exposer au vent et au serain, des marchandises qu'ils apportoient de Lyon, deux de cez muletiers sont morts, l'un asseurement atteint de peste, et un des habitants du village qui les avoit aydez à desployer les dictes marchandises, tellement qu'aussy tost la grange où ils estoient morts fut bruslée avec toutes les dictes marchandises, et le village assiégé par 600 hommes dcCarpentras et aultros lieux voisins pour n'en laisser sortir ame vivante, à cause de la hantise d'aulcuns du dict village avec l'un de ceux qui sont morts, dont le vice légat nous donna incontinant l'advis pour faire apparoir de ses diligences à y mettre l'ordre requis, sans lequel on eut interdit l'entrée à tout le conté d'Avignon. Dez qu'on eut advis de quelques maisons fermées pour la peste dans Thoulouze et dans Grenoble, on suspendit le commerce de cez deux provinces en attendant de voir si cez deux villes capitales souffriroient que des aultres villes de leurs provinces leur refusassent l'entrée, et ayant sceu que ceux du bas Languedoc depuis Narbonne et au deçà, l'avoient rigoureusement refusée à Mess" de Thoulouze, mesmes aux commissaires de la chambre de l'edict venant du Parlement, et que ceux de Valence et au deçà ne recevoient pas aussy ceux de Grenoble, on restablit le commerce avec ceux du bas Languedoc et de cette portion du Dauphiné qui est deçà Valance tant seulement, le reste demeurant exclus absolument, et par mesme moyen on a sursis les procez évoquez, et toutes foires, processions, pèlerinages et toutes assemblées publiques. On a mesmes réglé les audiances, à l'assistance des advocats et procureurs sauf de faire appeller les parties à mesure que leur cause se traicte. On a faict oster l'usaige des benoictiers S ies
' Bédouin, commune du déparlement de ' On trouve la forme benoisticr dans
Vaucluse, arrondissement de Carpentras, Marot et dans Rabelais. Littré rappelle que
canton de Mormoiron, h 89 kilomètres benoistier \ienl de benoist, équivalent de
d'Avignon. C'est à Bédouin que commence bénit. le versant méridional du mont Venteux.
HII>»IVIKIC atTlOIALt.
prebstres allant porter et asperger l'eau bénite par l'Eglise seulement, et faict transférer les festes où il y pouvoit avoir grand concours, mesmes l'ouverture des leçons publiques. Les portes de la ville sont gardées par des plus notables Bourgeois, et tous les jours y a deux des Présidants ou conseillers de la cour qui y adsistent pour faire exactement touts les règlements de la santé.
Au surplus je vous escrivis le i de ce moys, par un député de la ville d'Aulps^ nommé Clapier, qui alloit en Cour, où j'adressay à M'' le Beauclerc voz lettres soubs l'enveloppe de M"" de Lomenie. G'estoit en responce de voz despesches du i a septembre. Or pour celles du i gi et 26 qui vindrent cez jours passés, je vous doibs mille remerciraents trez humbles à l'accouslumée de l'honneur de vostre souvenir, des nouvelles et des papiers et livres curieux dont vous daignez me faire part nonol>stant toutes cez difïicultez, et surtout de la bonne nouvelle de la guarison entière de M"' Du Puy vostre frère, et de sa pr&menade aux champs, comme aussy de la convalescence de M'' de la Hoguette dont j'estois desjà bien en peine ayant plaint infiniment Monsieur d'Auquerre,^ qui me tenoit pour son serviteur. J'ay esté bien aise aussy que le Terlullian de M'' le Cardinal ne soit pas venu, car diflTicilement eust-il pei» eschapper de passer par le vinaigre qui estoit pour le gaster irremissiblement. 11 fauldrà attendre à un aultre temps, ou bien que je luy envoyé le mien avec les lettres de M"" Rigault, et que vous m'en réserviez là un aultre exemplaire pour moy, lequel vous bazarderez quand on aura trouvé quelque aultre expédiant pour le passage des courriers de Paris sans passer par Lyon, ne par la Charité-, et aultres lieux du grand chemin qui sont si descriez. Vous le pourrez sçavoir du dict sieur Rigault, s'il l'aura agréable, en cas qu'on ne me donnastle loisir de luy en escrire pour le présent comme je crains de ne le pouvoir pas facilement faii-e. J'ay prévenu le désir de M' Moreau ^ ayant escript dezle dernier or-
' Aujourd'luii Aups , chef-lieu de canton ' Chef-lieu de canloa du déparleinenl de
du département du Var, arrondissement la Nièvre , arrondissement de Gosne , à a5 ki-
de Draguignan, à 26. kiipmètres de cette lomètres de Nevers.
ville, ' Le docteur René Moreau, dijjà men-
dinaire d'Avignon pour avoir de Rome le Castellus de insectis, sur l'advis que M' Gassendi m'en avoit donné. Et seray trez aise d'avoir de meilleurs moyens de le servir pour l'amour de sa vertu , et pour l'amour de l'amitié que vous luy portez. Je m'estonne que M"^ Rubens ayt peu passer en Espagne sans se laisser voir à vous en passant, et croirois plustost le voyage de Venize qu'on vous avoit escript cy devant. Le temps nous en esclaircira. 11 avoit couru un bruict, cez jours passez, à Marseille que le marquis Spinola estoit passé en Italie sur des galères. Mais cela n'a pas esté confirmé. Vous verrez ce que l'ordinaire de Rome apporta vendredy de Gènes sur l'arrivée de ce conte de Monterei. Mecredy passé les U galères du Pape, qui estoient venues descbarger aux isles de Marseille des soyes de Messine, partirent de Tollon sur le soir, sans avoir voulu recevoir aulcuns passagers, et prindrent la routte des Isles de S' Pierre pour aller en course; et peu d'heures aprez partirent les Galères de France avec M' le General , pour aller aussy en course du costé de Gorseque contre les Anglois. Vous aurez sceu la surprinze d'Aymarques' par M' de Roban et celle de Gaillargues^ par M'' de Montmorancy, vous en aurez ici la capitulation. Et avec cette bonne bouche je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 17 octobre au soir 1698.
Je vouldrois bien sçavoir si les Notaires Apostoliques immatriculez à Paris ont aulcuns privilèges de noz Roys, et si on leur a jamais voulu faire du trouble, et s'ils ont jamais esté obligez de prendre qualité de notaires Royaulx conjoinctcment avec celle d'Apostoliques.
tionnë plus haut ( lettre LXXVIII, du 1 1 no- et divers détails sur la prise de cette ville, vembreiôay). = Commune du département du Gard,
' Commune du département du Gard, canton do Vauvert, arrondissement de
arrondissement de Nîmes, canton de Vau- Nîmes, à ai kilomètres de cette ville. Voir
vert, à ai kilomètres de Nîmes. Voir dans sur la prise de tfGualargues», comme écrit
les Mémoires du duc de Rohan (t. I, le duc de Rohan, les Mémoire» de ce capi-
p. i6i-i63) la description d'Ainiargues laine (t. I, p. 166-166).
-On asseure du Languedoc que l'année Angloise est arrivée à Chef de Boys le 28 septembre \ et qu'elle n'avoit encores rien attenté le 29 bien que le gros d'eau passast desjà. Dieu les confondra s'il luy plaict avec toutes leurs six vingts voilles^.
Je vous recommande trez instamment la lettre cy joincte pour le sieur de Vris peintre, que je vous avois aultres foys tant recommandé. C'est l'homme le plus vertueux, le plus serviable et le plus obligeant qui se puisse voir^. M'' Rubens l'ayme comme si c'estoit son fîlz et estime fort ses ouvrages. Il excelle en portraicts au naturel, et quand il entreprend d'aultres figures, il s'en desmesle fort dignement. Il a fort honestement estudié et est grandement curieux et modeste, vous l'aymerez d'amour quand vous le cognoistrez. Je vouldrois bien qu'il m'eust faict le portraict de M"^ de Saulmaise. Par la première commodité je luy envoyeray lettres à Mess" de Lomenie, de la Ville aux Clercs, de S' Ambroise%
' Indication confirmée par les Mémoires de Bassonipierre (t. III, p. 898). L'éditeur et annotateur de ces Mémoires rappelle (p. Sac) que la pointe de Chef-de-Baye , ou Ghef-de-Bois , resserre l'avant-port de la Rochelle du côté opposé h la pointe de Goreilles.
' Bassompierre {ibtd. , p. 4oo) se rapproche bien de ce chiffre, disant : tril y avoit près de six vingts voiles en tout. r>
' Peiresc ne manque jamais de recommencer l'éloge d'Adrien de Vries. Nous retrouverons souvent encore sous sa plume rénumération des qualités de ce peintre. Les passages des lettres de Peiresc à Dupuy relatifs à Vries ont été publiés par M. Ludovic Lalanne dans le Journaldes Beaiùc-Arts, dirigé par M. Ad. Siret (n' du 3o juini86i) et reproduits par M. Ch. Ruelens dans la monographie déjh citée et intitulée : Le peintre Adrien de Viies (Anvers, 1882 , p. 6-7).
' Claude Maugis était l'aîné des huit enfants de Pierre Maugis, sieur des Granges, et de Catherine Chauvelin. On ignore l'é-
poque de sa naissance. 11 fut aumônier de Marie deMédicis, abbé de Saint-Arabroise de Bourges, conseiller au parlement de Paris ; il mourut le 1 9 juillet 1 658. Voir sur ce personnage, connu surtout par ses relations amicales avec Rubens, qu'il recommanda , pour la décoration de la galerie du Luxembourg, à la reine-mère, et avec Philippe de Champagne, qui fit son portrait eu i63o; voir, dis-je, une notice du comte Clément de Ris dans le Bulletin du Bibliophile de janvier 1876 (p. i-i5). L'abbé de Saint- Ambroise fut le correspondant de Peiresc, comme celui de Rubens. M. Clément de Ris a publié dans sa notice quelques extraits de cette double correspondance. Peiresc (Lettre à de Vries publiée par M. Ruelens, p. a 4 de la brochure tout à l'heure citée) lui donne le titre de «premier chapelain de la Reynemère et intendant de ses ouvrages^. M. Clément de Ris a transformé l'aitMÔ/iier de Marie de Médicis en trésorier à la suite d'une traduction inexacte.
de la Baroderie', du Monstiers et auitres de mes amys, qui le pourront ayder à son establissement. Cependant je vous prie de lui offrir vostre favorable adsistance. Il loge entre les portes de Nesles et de Bussy au Lion d'or chez le sieur de la Chambre, prez le logis du feu sieur Porbus^.
Je vous recommande encores trez estroictement la lettre cy joincte des pauvres PP. trinitaires adressée à Cllateaubriant^ pour estre baillée à Paris au messager d'Angers, car on leur en a intercepté une aultre depuis peu qu'ils avoient adressée au sieur Versoris \
À MONSIEUR, MONSIEUR DU FUY
À PARIS, RUE DES POITEVmS CHEZ M'' DE THOU.
Je vous ay escript diverses foys et à M' du Puy vostre frère en recommandation de M"' de Vris, peintre flaoïand des plus aymables hommes de sa proffession que j'aye jamais rencontré aprez M'' Rubens. Aussy semble-il qu'il tasche de se façonner à ce modelle en toutes ses actions et habitudes. Il faict excellemment bien en portraicts d'aprez le naturel, et
' Je n'ai trouvé qu'une seule lettre de Peiresc à cet ami. En voici la suscription et la date: rrA M. de la Baroderie, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy et intendant des jardins de Sa Majesté, à Paris, aux Tailleries, — d'AixaSdécembreiCaS.»
( MinutesdeCarpentras, registre II, fol. 1 99. ) Il est question de M. de la Baroderie dans les lettres de Peiresc h Adrien de Vries publiées par M. Ruelens (p. 2^-/11). A la pagea/i il est par suite d'une faute d'impression appelé M. de la Barodière.
* Il s'agit là de François II Porbus, fds de François I et petit-fils de Pierre. François II , né à Anvers en 1 870 , passa une partie de sa vie h Paris où il était peintre de Marie de Médicisen i6ii, peintre de Louis XIII en 1618, etc. Il mourut en cette ville et fut enterré le 19 février 16a 9 aux Petils-Augustins. Voir Jal, Dictionnaire critique, p. 990.
' Chef-lieu d'arrondissement de la Loire- Inférieure, à 64 kilomètres de Nantes.
* Vol. 716, fol. 356.
s'acquitte si bien des pièces d'invention, que M' Rubens et M"' Vandek', son disciple jadis, et à présent son imitateur trez digne, ont bien daigné de les approuver avec éloge, et de l'aller visiter chez luy plusieurs foys jusques à luy faire instance de s'arrester à Anvers^. 11 a parmy cela tout plein de cognoisçance de bon nombre de livres des plus nécessaires à sa proffession, et est accompagné d'une telle probité et modestie, et d'une si grande doulceur de naturel qu'il est impossible de le voir sans l'aymer, comme je m'asseure que vous ferez, principalement pour l'amour de sa vertu, et subordinement* pour l'amour de moy qui vous en réitère mes humbles prières. Je luy envoie des lettres de recommandation, pour Mess"^ de Lomenie, de la Ville aux Clercs, l'abbé de S' Ambrois, la Baroderie, du Monstier et Madamoyselle Galand*, aux fins de se precautionner de leur adveu et bienveiiillance. Sur tout il aura grand besoing de la protection favorable de M" de Lomenie, pour se parer des traverses qu'on luy pourroit faire pour la maistrise^. Je vous supplie trez humblement del'adsister de vostre
' Je me contenterai de rappeler que Van Dyck (Antoine) naquit à Anvers le 22 mars iSgg, qu'il mourut à Londres le 9 décembre i64i, et qu'on lui doit un magnifique portrait de Peiresc qui a été' gravé par Vorsterman.
' Peiresc écrit à Vries, le 2 février 1629 (voir la notice de M. Ch. Ruelens) : trJe vouldrois bien avoir veu, comme ces Messieurs , ce beau pourtraict de vostre frère utérin (duquel je vous prie m'escrire le nom, Paage , la demeure et la qualité), qui est tant admiré d'un chascun et ay esté bien ayse de voir dans vostre lettre que les sieurs de Voz et Gossiers servent comme tesmoings d'un si digne ouvrage ...»
^ Littré n'a trouvé cet adverbe que dans les Mémoire.1 du cardinal de Retz. Le mot était déjà inusité à l'époque de la publication du Dictionnaire de Richelet oii nous lisons : « U
est fâcheux que l'usage n'autorise pas ce mot. 1 Le Dictionnaire de Trévoux préférerait la forme subordonnément.
' C'était la veuve du célèbre peintre Jacob Bunel ; elle avait épousé en secondes noces Paul Galland , receveur du taillon de la province de Touraine ( Voir Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, par A. Jal, p. agi). Peiresc écrit à Vries, le ai octobre 1 6a 8 : que la bonne volonté de M'" Galand (f femme relaissée de feu M. Bunel, laquelle a le premier logement de la gallerie du Louvrei ne lui sera pas inutile, ajoutant qu'il faut rr éviter que, dans le cabinet de la Reyne, oîi elle est d'ordinaire, n elle ne lui rende de mauvais offices. Voir la notice de M. Ruelens. On y a imprimé Baland pour Galand.
^ Voir, au sujet de l'affaire de la maîtrise , deux lettres de Peiresc à Vries, des a 1
favorable intercession envers Monsieur de Lomenie, et si le trouvez à propos envers M' l'abbé de S' An>brois et de luy faire sçavoir quand vous ou M' vostre frère irez faire quelque visite en ce cartier là pour vous y pouvoir accompagner, et estre présenté de vostre main, si faire se peult, à M'' de Lomenie, et à M' de la Ville aux Clercs^ et pour procurer que quelqu'un des domestiques de Mess'* de Lomenie pragne la peine de l'aller mener à M"' l'abbë de S' Ambrois et à Mademoiselle Galand% afin d'y trouver plus favorable accueil. Car pour du Moiistier et M'' de Baroderie, je crois bien qu'il ne sera pas de besoing de tant de cérémonie. Je l'ay prié de me faire un portraict de M"' de la Ville aux Clercs' pour le pouvoir tenir comme son serviteur irez humble auprez de celuy de M' de Lomenie. S'il avoit de besoing d'un mot vostre pour luy en faciliter la commodité chez le dict sieur de la Ville aux Clercs, je vous supplie de le luy despartir pour l'amour de moy, ce sera tousjours un moyen pour faire voir son labeur et sa manière dans cette maison là, qui ne luy sera pas inutile, si desjà il ne l'a faict par aultre voye avant l'arrivée de cette mienne despesche, sur ce que je vous en escrivis il y a deux ou trois jours, par la commodité d'un marchand de Marseille qui s'en allwt à Lyon, ne sçaichant si cez lettres auront peu passer jusques à vous. Je le priais dez lors de me faire le portraict de M' de Saulmaise'' et vous supplie aussy de lui en faciliter
et 29 octobre 1 6a8 , daiis la notice âéjh plu- pour que Vrie& tnAiage beaticoiip l'abbë et
sieursfoiscitf^edc M. Ruelonssur ce peitïli-e. la veuve de Bunel : rSiirtout, déferez, sans-
' Peiresc (letlre h Vries du 91 octobre conlredict toutes cboses à M. i'abbë de Snint-
1628, dëjà citée) recommande à son pro- Ambroise et à M"' Baland,et pour cause;
tégêde portraire ffM.de la Ville aux Cloi-cs, car il faut capter et conserver leur benevo-
secretaire d'Estat, pour faire voir de vostre fience ijniolableraent, à quelque prix que
besogne dans ceste moison où est l'abord ee soit ...»
de tous les plus curieux de Paris, et où vou.s ^ A. de Vries ne fit sans doute pas le por-
trouverez, je ni'asseure, meilleur accueil ti-ait de M. de la Ville aux Clercs, car ou ne
qu'en autre lieu quelconque et plus d'appuy signale de fui auctinc toile parmi les por-
et de i>rotcctiofl au besoingn, ajoutant ; frce traits de divers memk'es de la famille de
sera de sa main ou de celle de M. de Lo- Lora<5nie énumértfs dans le tome IV de la
menîe, son père , qu'il faudra que vous aye» Bibliothèque liistoriquc de la France. un jour un brevet du Roy n , etc. • Voir sur ce portrait k» lettres ii de Vries
' Dans, la même lettre Peiresc insiste du 29 octobre 1628 et du 2 février 1629.
le moyen, en le faisant advertir quand le dicl sieur Saulmaise viendra à la ville. Il sçait à peu près la grandeur qu'il me fault \ pour les tenir de la proportion des aultres que j'ay recueillis de divers aniys qui m'ont faict l'honneur de m'advoiier pour leur serviteur. Celle cy vous sera présentée de sa main, bien qu'elle aille soubs vostre enveloppe par la première commodité extraordinaire qui se présentera. Je me promets que vous recevrez en bonne part cez miennes prières trez humbles, en quoy vous m'obligerez infiniment, et je demeureray éternellement, Monsieur,
DE Peiresc A Aix, ce 90 octobre i6i28 ".
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT, RUE DES POITEVINS DERRIÈRE SAINT ANORB DES ARTZ CHEZ N. DE TIIOU ,
À PARIS
(Avec un pacquet pour M' de Vris , deux lettres pour Ghasteau Briant et une aultre lettre au sieur du Puy.)
Monsieur, Depuis celle que je vous escrivis du i8 octobre environ, par un marchand de Marseille nommé Salicoffre qui s'en alloit à Lyon , il ne s'est présenté aulcune aultre commodité de vous escrire que j'aye sceu jusques à celle cy du sieur de Carville, que le roy avoyt envoyé de pardeça, et qui nous avoit apporté les dernières nouvelles de la cour du 19"' du passé. Il m'a offert de se charger de quelque mienne lettre pour Paris bien qu'il aille en cour^, et de les envoyer seurement de
' Peiresc écrit à de Vries : trVous savez à peu près ma mesure." — ' Vol. 716, foi. 36o. — ' N'oublions pas que la cour était toujours devant la Rochelle.
Vienne à Paris, avec une despesclie importante qui fera bien passer noz lettres. Je prendray cette occasion pour vous faire tenir un petit pacquet pour M'' de Vris qui a demeuré longtemps icy sans pouvoir aller, et par niesme moyen vous accuseray la réception de voz deux despesches du 3 et i 7 octobre lesquelles arrivèrent inesperement iiier avec un pacquet du Roy venu par staffette, qui avoit esté arresté plus de buict jours au S' Esprit \ et fallut qu'on envoyast d'icy un postillon pour l'aller prendre là. Mais on a cuidé s'en repentir, et je ne pense pas qu'une aultre foys on en reçoive si librement, à cause qu'avec cez lettres, l'imprudance de quelque commis en avoit joinct quelques unes de Lyon pour cette ville et pour Marseille, entre lesquelles il s'en est trouvé une du fdz de Madame Soubron qui escript de Lyon du 1 h octobre à sa mère laquelle estoit venue en cette ville puis^ quelques moys, que de dix et huict personnes qu'il y avoit dans leur maison de Lyon tout a esté emporté de la peste excepté luy seul qui escript. Et que toute la pauvre rue Mercière est déserte, et désolée de ce mal, et dans la ville est mort vingt mille personnes dans quattre ou cinq semaines'. Ce qui a mis icy une telle espouvante, que je ne pense pas qu'on souffre plus qu'il vienne d'aultres lettres que celles du Roy et escriptspresentement àM^lacquet de refuser d'y joindre celles de Lyon; aultrement on courroit fortune de refusée le pacquet mesmes du Roy, ou d'encourrir quelque malheur, par la contagion de cez lettres les unes avec les aultres. Si vous prenez plus la peine de m'escrire quelque billet au bazard, cottez, je vous prie, sur le dos de la lettre la datte de Paris, car on rompt toutes les enveloppes pour les brusler, et puis on
' Ponl- Saint-Esprit, chef-lieu de canton le règne de Louis XIII , par Antoine Pendu département du Gard, arrondissement caudalnd.bibliotht'caire de la ville, etc. (Lyon d'Uzès, h 33 kilomètres de celte ville, à i846, in-8% p. 173-181). \j: récit est ex- 53 kilomètres de Nimes, sur la rive droite trait de la A^o<re-Z)awe (/e Fourei^re de l'abbé du Rhône. Guliour; il est plus complet et plus exact ' Pour depuis. que celui de J.-P. Papou joint par A. l\'n- ' Voir beaucoup de détails sur la peste caud à la Notice sur A.-L. du Plessis de Bide iGa8 et lôag à Lyon dans les Notes et chelieu (f^yon, 1829, iii-8°). documents pour servir à l'histoire de Lyon sous
trempe les lettres dans le vinaigre bouillant, c'est pourquoy il ne vous l'ault plus fier aux enveloppes, ains si vous y joignez aulcune aultre feuille, il la fault cachetter chascune à part, et y mettre l'adresse comme aux lettres missives. Aullrement cela tomberoit possible en aultre main.
Pour responce donc à voz dictes deux lettres dernières du 3 et 17 octobre, car j'avois par mes dernières faict responce à voz précédantes du 5, 19, i5, 19 et 96 septembre, aprez les remercimenls trez liumbles que je vous doibs de la continuation de l'honneur de voslre souvenir, j'ay à vous dire que je ne sçay comment il est arrivé que vous n'ayez rcceu en mesme temps mon pacquet du 1 6 septembre et ma lettre du i5, parce que si bien je les envoyay de Beaugentier par diverses personnes, l'un attendit l'aultre icy avant que pouvoir passer plus oultre, et le tout fut adressé à Lyon à M' Jacquet au 26 du dict moys de septembre. 11 faut que la lettre fut demeurée sur le bureau de M' Jacquet. Lequel m'escript du iG octobre qu'il avoit mis à la poste une despesche du Roy le 9""^, laquelle luy fut renvoyée quelques jours aprez, et qu'il la bazardoit de rechef, advoùant qu'il est mort dans Lyon plus de 10 mille personnes, ce qui me faict bien appréhender pour luy, et ne sçay comme il se peult resouldre d'y tenir pied, car ce n'est pas là comme à Pafis et à cez aultres lieux plus froids. La place ne me semble pas tenable pour un homme de sa sorte, qui peult bien s'en reposer sur quelque aultre.
On nous donne tous les jours icy de nouvelles allarmes de la maladie qu'on dict s'introduire à Vienne^, S' Vallier^ Serves^, Tournon'', Bourg de Viviers^, ce qui [lous a faict aujourd'huy interdire par arrest le com-
' Cbef-lieu d'arrondissement du départe- à 9 kilomètres de cette ville, h 27 kilomètres
ment de l'Isère, à 38 kilomètres de Gre- de Valence,
noble. * Chef-lieu d'arrondissement du départe-
' Chef-lieu de canton du département de ment de l'Ardèche , à 55 kilomètres de Privas,
la Urôme, arrondissement de Valence, à '' C'est Bourg-Saint-Anddot, chef-lieu de
3a kilomètres de cette ville. canton de l'arrondissement de Privas, à
' Commune du département de la Drôrae, 09 kilomètres de cette ville. Toutes ces lo-
nrrondissement de Valence , canton de Tain , calités sont situées sur les bords du Rhône.
[i628] AUX FRÈRES DUPUY. 730
merce de la navigation du Rliosne à la requeste de ceux de Tarascoii et d'Arles qui n'esperoient plus se pouvoir deflendre du mal de ce costé là.
Dans le conté du Yenaissin le mal de Bedoin faict progrez dans le village qui est blocqué formellement. Et le pix est que dans Vacquairas ' il y a eu du mal par un cirurgien^ qui avoit esté envoyé visiter un corps mort sur le chemin, où il n'avoit recogim aulcune marque de contagion, et toute foys le soir mesme il en mourut, et le lendemain sa femme et sa fdle, de sorte qu'il a fallu bloquer encores ce village là. Il est mort dans Carpeiitras quelques personnes qu'on soubstient n'estre mortes que de fièvres ordinaires, mais tout est si suspect en ce temps, qu'on a à ce soir refusé l'entrée de cette ville ^ à Madame de Pilles qui en venoit, bien qu'elle soit fille d'un conseiller de nostre parlement. Ce mal faict de si furieux progrez quand il se fourre en cez pais de deçà, qu'on ne s'en peult trop rigoureusement garder. Nous n'avons à présent d'aultres nouvelles que de cela.
M*" le General des Galères a esté diverses foys repoussé par le vent en ces costes. L'armement de M' de Guise s'appreste fort, on dict que ce sera pour passer en Barbarie, où le sieur Napolon a heureusement achevé sa paix \ et recouvré la possession du Bastion François*, et r'envoyé icy i/io esclaves cbrestiens racheptez, attendant le retour des navires corsaires pour recouvrer les aultres qui y sont dessus. Il a aussv envoyé un des principaux du Divan, qui vient pour demeurer en hostage de pardela du dict traicté de paix. Mais je vouldrois bien que cet armement peust servir à porter en Italie des trouppes assez suffisantes, pour y bien secourir Casai, et la liberté d'Italie qui s'en va subjuguée.
' Vacqneyras est une commune du df'- ' De la ville d'Aix.
parlement de Vaucluse, arrondissement * Traili* du ig septembre.
d'Orange, canton de Baumes, à S kilomètres ' Voir l't'tude di'jn citée de M. Henri
de celte ville, à 18 kilomètres d'Orange, à Delnias de Grammont, Relations entre la
36 kilomètres d'Avignon. France et la Régence d'Alger au xrii' n'ècle,
' Pareille prononcialiondii mot cAirHrg'i'eB fascicule II, La tniasion de Satison Napolloit,
s'est conservde dans le midi jusqu'au milieu 1 698-1 633 (Alger. 1880). de ce siècle.
7/i0 LETTRES DE PEIRESC [1G28]
M'' le Marquis de Grimaut a esté à Marseille voir M' de Guise et s'en est retourné. On tient la paix résolue. Dieu le veuille, si ce doibt estre pour nostre bien.
Il me reste à vous remercier du soing qu'il vous a pieu avoir de me retenir des livres de la Foire, et crains bien que nous ne tardions longtemps avant que les passages soient ouverts pour les faire venir icy.
Je loiie grandement la résolution de M'' du Puy, vostre frère, de se lenir aux champs le plus qu'il peult, car le bon air luy servira grandement. Je luy souhaicte aultant et plus de santé qu'à moy mesmes et à tout ce que je puis le plus chérir en ce monde.
J'ay receu, cette semaine, des lettres de M'' Holstenius, par voye extraordinaire d'un gentilhomme liégeois nommé le sieur Henry Dormalius , chanoine de Liège', qui a demeuré deux ans en la Bibliothèque Vaticane, où il a transcripl afTorce m[anu]s[crit]s Grecs. Je l'avois retenu ccans, et esperois qu'il y voulut prendre patiance quelque temps, et transcrire ce qu'il y peult avoir de meilleur dans le volume des Eclogues de Polybe , Nie. Damascenus et aultres. Mais cez bruicts de maladie le tiennent en appréhension, de sorte que je crois qu'il nous eschapperà à mon grand regret'-. Et sur ce je (iniray demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peibesc.
A Aix, ce 3 novembre au soir, 1628.
' Le nom de Dormalius manque dans nos recueils biographiques. Voir sur cet helléniste une note de Boissonade {Lticœ Ilolstenii epistolœ, p. 280) et une note de l'éditeur des Lettres de Saumaise à Peiresc ( fascicule V des Correspondants de Pevvsc , ]). 36). De l'éloge donné par Saumaise (tbid., Appendice, p. 120-126) à Dormalius, dont il dit: rrll est extrêmement sçavanl en grec et faict de trez bons vers grecz 1, rapprochons l'éloge que lui donne Gassendi en ces termes (liv, IV,
p. 339, sous l'année i63o) : Sic llenricus Dormalius , Leodiensis canonicus, omnibus quidemlitteris bonis , sed fœlici tiimen Grœcorum poëtarum imilatione prœsertim conspicuus, guem nisi negotia domum revocassent, prolixius longe detimùsset.
^ C'est à tort, on le voit, que Gassendi a placé en i63o le séjour de Dormalius dans la maison de Peiresc. Ce séjour appartient à l'automne de 1628.
[1628] AUX FR^HES DLFUY. 741
M. Dormalius pensoit avoir le bien de vous voir en passant à son païs, et tous ces Mess" qui honorent tant M"' Holstenius, mais les enipeschements de ce chemin là luy feront possible choisir le hault Dauphiné, pour gaigner Genève et les Suisses, et s'en aller chez luy par la rivière du Rhein. Il a couru un bruict que M' de Malerbe estoit decedé à Paris^ vous ne m'en dictes rien dans vostre lettre. Si vous en sçavez des nouvelles je vous supplie de m'en envoyer, et de faille tenir les lettres cy joinctes à leur adresse, si elles parviennent en assez bon estât entre voz mains.
Je viens d'apprendre tout présentement que la maladie de Vacquayras a prins encore la Fare^ et les Granges d'Aubignan^, ce qui met en grand liazard tout le comté de Venaissin. Ceux de Carpentras commancent de gaigner les champs, bien qu'il n'y ayl poinct de contagion*, seulement parce qu'il y est mort des gents de fiebvre, et d'effroy. A ce soir est arrivé icy le sieur des Essars d'Avignon de la part du vice légat et du corps de ville, d'appréhension que nous ne fermassions le commerce de leur ville, pour asseurer du bon ordre qu'ils tiennent, et que si le mal faict aultre progrez, ils exclurront eux mesmes et Carpentras, et tout le comté, et quand le vice légat ne le vouldroitpas ils le mettroient luy mesmes dehors de leur ville. On y délibérera demain. Au reste ce pauvre vice légat est en telle allarme pour des prédictions
' La nouvelle nMlait que trop vraie. Mallierbe était mort a Paris le 6 octobre i6a8. La dernière des nombreuses lettres qu'il écrivit à Peire?c (on on connaît 296) est datée du 3 avril 1628 (tome III des OEuvres complètes, 1862, p. 578).
' Petite commune du département de Vaucluse, arrondissement d'Orange, canton de Baumes, h h kilomètres de cetle ville, à 2 5 kilomètres d'Orange, à 44 kilomètres d'Avignon.
' Commune du dé[)artement de Vaucluse , arrondissement et canton de Carpentras, à 8 kilomètres de celte ville , à 3o kilomètres
d'Avignon. Le mot les Granges signifie que cette localité était alors principalemeat habitée par des bergers.
* Quelques jours plus tard les choses changèrent singulièrement et Charles Collier a pu dire dans son excellente Notice historique sur la ville de Carpentras, imprimée en cette ville chez Devillario (1827, in-8% p. i33): (tEn iGa8, la ville de Carpentras fut affligée d'une peste cruelle, et la contagion fut si forte, que plus de trois mille hahitanls périrent dans le seul mois de novembre. Ce fléau dura plus de huit mois, l'on n'en fui délivré qu'en juillet 1629.»
qui l'avoient menasse de la peste luy niesmes, et dans ce moys d'octobre, qu'il en estoit tombé en fiebvre de peur', et s'estoit renfermé dans son palais avec des apoticaires, médecins, cirur^iens et quantité de moutons, pour n'avoir rien à prendre de la ville, ou pour n'y laisser aulcune communication avec ceux de son train, A cette heure il commance de se laisser voir mais de fort loing d'un bout d'une sale à l'aultre bout, où il donne les audiances, et faict venir les parties par un chemin d'une galerie oi!i pas un de ses domestiques ne passe. Il y a de la compassion de le voir en telle transe.
Il y a un almanach imprimé à Lyon in-8° du conte de la Janin^ qui, surlesubject de l'Ecclypse, menasse d'une contagion générale et aultres maladies, particulièrement la ville NOLY^ On dict que c'est un insigne fou, mais cette rencontre n'est pas trop mal convenable \
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT, ROE DBS POITEVINS PBEZ SAINT ANDBE DES ARTS, CHEZ M' DE TBOU,
À PARIS
(Divers lettres et arrest.)
Depuis la despesche que je vous fis le 3 de ce moys par le sieur de Carville sous l'adresse de M'' de Lomenie, j'en ay receu une de M"^ Jacquet du 3o octobre venue par l'estaffette avec un pacquet du Roy. Mais il n'y avoict poinct de voz lettres ne de M' Gassendy. M"' Jacquet ne me dict rien de la maladie, laquelle neantmoings on tient avoir
' Ce vice-lpgat si peu courageux était de grâce i6-jj, diligemment calculé, par
Cosnie Bardi qui allait être remplacé, en Pierre Lariveij, le jeune Troyen, à l'iinila-
1629, par Marius Philonardi. tion du comte de /« /nneH(in-i6).
' En 1627 parut à Lyon, chez Francis ' Anagramme de LYON.
ArnoHet: La perle des almanachs pour l'an ' Vol. 716, fol. 36a.
emporté prez de 3o iiiille pei-sonnes dans Lyon. Mais il mande qu'il faict soigneusement pei-fumer les lettres qu'il met dans ses enveloppes, et ne les fissele plus avec du filet, ains avec du fil de fer, et qu'il est résolu de demeurer dans la ville, et de mettre à la poste une foys la semaine une despesche de sorte que, pour des simples lettres, il n'y aura pas de danger d'en bazarder quelqu'une de ce costé là, sans y rien adjouster, qu'on ne veuille laisser passer par le viuaigre bouillant, car tout y passe sans remission, et fault que cbasque feuille porte sou adresse à part, et soit cacbettée sans se fier aux enveloppes, car elles sont toutes rompues et brusiées, et cbascune lettre trempée dans le dict vinaigre bouillant.
Vous aurez eu noz nouvelles du costé de la cour, oii j'avois adressé quelque pacquet du commancement d'octobre à M'' le Beauclerc qui en a accusé la réception. M"^ Jacquet m'accuse aussy la réception de celuy du sieur de Salicoiïres d'environ la my octobre, où il y avoit un pacquet pour vous sous l'enveloppe de M' de Lomenie. Celuy cy s'en ira par M"' de la Falese, qui revient de Gènes, et s'en va trouver le Roy à Paris, oii nous croyons qu'il soit arrivé maintenant' si la rencontre des Roynes, qu'on dict estre allées <\ Nostre Dame des Ardilliers à Saulmeur, ne l'a un peu arresté^. Nous sommes tous en joye de la réduction de la Rochelle, dont la despesche du Roy n'arriva qu'hier au soir^. A ce jour d'huy la cour n'entroit pas au palais à cause d'une feste locale de S. Mitbre, martyr de cette ville\ men-
' Louis XIII partit de la Rochelle le samedi 1 8 novembre et ne fit son eiifi"ée triomphale dans Paris que le a 3 décembre.
^ Louis XIII était arrivé à Saumur le mercredi aa novembre. Il fit, avec Bassompierre, ses dévotions h Notre-Dame des Ardilliers le jeudi a 3 et repartit le soir même pour Langeais, d'où il gagna Tours, Am- -boise, Marchenoir, Dourdan et Limoui's. Ce fut au château de Limeurs que les reines vinrent le rejoindre.
" Nous lisons dans les Mémoires de Bas-
sompierre (t. III, p. 4i3-4i5): «Le veiidredy ay"' tout fut d'accord pour la reddition de la Rochelle. Le samedy a 8 M" de Marilltic et du Hallier eurent ordre de sinner les articles pour leroy. Le mercredy premier jour de novembre, Monsieur le cardinal luy présenta les clefs de la ville, puis ensuite le peuple qny luy cria miséricorde. Puis il entra dans la ville. . . i
' Appelé aussi Saint Mytre; voir La eharilé persécutée , ou Saint Mytre, Martyr; arec un abrégé de l'Histoire d'Aix, de son tenu ,
llih LETTRES DE PEIRESC [1628]
lionne dans Grégoire de Tours', auquel jour on porte les reliques du sainct en procession générale par la ville, sans toute foys que la cour s'y trouve assemblée. Mais aujourd'huy elle a esté soleinnisée bien extraordinairemenf; car à ce matin Messieurs du Parlement se sont tous rendus au Palais oii les lettres du Roy ayant esté leiies, par lesquelles il mandoit de rendre grâces à Dieu du bon succez de ce siège , avec tesmoignage de toute sorte de joye, on a délibéré d'y apporter toutes les solemnitez en tel cas requises et accoustumées, considérant cette bonne advanture, non pas pour y voir domptez les subjetz du Roy, mais pour l'y voir conjoinctement triompber des Anglois, des Espagnols et des mauvais catholiques François. Et en effect pour y voir garantie l'authorité souveraine du Roy que l'on taschoit d'entamer de toutes parts, nous avons veu les articles accordez par la clemance du Roy à cez obstinez, et les avons certainement trouvés bien doulx, veu l'extrémité où ils estoient reduicts, qui meritoit bien que l'on fit ressentir quelque punition à quelqu'un des principaulx autheurs de la faction. Mais quand on considère la nécessité de l'Estat et le grand progrez que va faisant la maladie en diverses provinces, il fault advoûer que l'anticipation d'un seul jour ne se pouvoit assez prinser, en une telle occurance, et que la réduction de cette place estoit inestimable de quelque façon qu'elle arrivast. La cour est donc allée en corps en robbes rouges, les Présidants avec leurs manteaux de chevallerie fouri-ez de menu vair, leur mortier en teste sur le bonnet quarré et tous les conseillers avec le bonnet. Ils ont tenu le costé droict des chaires du cœur de l'Eglise métropolitaine S' Saulveur et ont laissé le gauche à la Chambre des comptes. Mais ils n'ont pas voulu faire la
par Gaspard Augeri , protonotaire dii Saint- est intitule Gloire des confesseurs , cha-
Siège Apostolique, prieur de Maganosc (Aix, pitre lxxi. M. Henri Bordier, dans sa tra-
Roize, 1666, in-8°). Appeld encore Saint- duction de V Histoire ecclésiaslique des Francs
Merre (voir Vie de saint Mçrrc, ou Mitre, par saint Grêffoire (t. Il, 1869, p. 879),
martyr dAix en Provence, dans le Recueil appelle Métrias celui que l'dvê'jue de Tours
des Vies des Saints par Adrien Bailtet, au nous présente comme un r confesseur éner-
i3 novembre). gique de la vérité, et qui en son vivant était
' Livre VII des Miracles , lequel livre VU esclave».
leste au bas du cœur, ains du coslé de l'autel dont Mess" des comptes ont un peu j^rondé, parce qu'ils estoient en bas, à main gauche de la grande porte du cœur, et ne pouvoienl se loger du mesme costé aux chaires plus prochaines de l'autel, pour estre à l'esgal du Parlement, à cause que cez places là sont allectées, et estoient lors occupées par les consuls procureurs du Païs (qui sont comme les Prévost des marchands et Eschevins) lesquels n'auroieut pas quitté leurs places. Si tost que la cour de Parlement est sortie du Palais, la Chambre des comptes n'a pas tardé de les suyvre, en robbes longues de soye, les présidants en robbes de velours, et les conseillers en robbes de satin, les auditeurs en robbes de gros de Naples avec leurs tocques, les gents du Roy n'y estoient pas pour ne vouloir céder aux auditeurs, parce que c'esloit le corps de la Chambre des comptes qui y estoit représenté. Car quand ils vont en Cour des aydes en robbes rouges, les gents du Roy y sont, et les auditeurs ne s'y trouvent pas. Comme les deux compagnies ont esté logées, on a faict commancer le Te Deum en musique avec deux orgues, et puis la grande messe, où la cour de Parlement est allée à l'offrande. Mess" des comptes s'en estants abstenus, pour ne vouloir suyvre le Parlement et pour ne s'y pouvoir commodément entrelasser. La messe finie Mess'' des comptes se sont retirez, et aprez on a commancé la procession générale, où la cour de Parlement est allée en corps, au mesme équipage qu'elle estoit veniie à l'église, et a faict un grand tour par la ville, aprez lequel ayant reconduit le clergé, elle s'en est retournée au Palais, où Mess" se sont séparez, les Présidants y ayants quitté leurs manteaux et mortiers, et les conseillers leurs bonnets. Quelques petites entreprinses de jurisdiction par Mess" des comtes ont esté cause que Mess" du Parlement ne leur ont pas voulu defferer en cette rencontre, ce qu'on auroit faict une aultre foys, soit pour faire la feste au bas du cœur, ou pour s'abstenir de l'offrande et de la procession. Il fauldrà que tout cela se règle un jour. Voila toutes noz nouvelles, et que Mess" d'Avignon, craignants que le mal des U villages du conté venaissin jà attaints de la contagion ne s'espendit quelque aultre part, ont suspendu le commerce dans tout le dict conté 1. 94
lUPUUCUa MTIORALl.
d'un lieu à aultre, pour 3 semaines, durant lequel temps nous leur avons interdit l'entrée de cette province, et faict fermer les ports de la rivière qui y abouttissoient, excepté ceux qui sont plus proches d'Avignon, et comprins dans un grand retranchement qu'ils ont faict, pour se diviser dans le dict comté, par quattre petits forts, et des lignes de communication, quasi comme au siège de La Rochelle. Par mesme arrest, on a enfin obtenu de faire régler ce qui estoit des lettres qui venoient du costé de Lyon comme vous verrez, pour n'en supprimer tout à faict un peu de commerce, soubs bonnes précautions du vinaigre bouillant, pour esviter que en cachette on ne trouvast moyen de faire venir d'aultres lettres, sans passer par le vinaigre, pour la nécessité des affaires qu'on a du costé de Paris, et de la cour qui s'y en va à présent,
M' le General des Galères a faict prinse, aux Isles d'Ieres, d'une barque de Turcs de Tunis, qui serviront possible à la paix avec Tunis comme on a desja faict avec Algers. L'armement de M' nostre Gouverneur est tout prest, pour passer en Barbarie, ou servir à aultre usage. Les Geneuois en estoient en grande allarme. Vous sçavez des nouvelles d'Italie plus que nous, car les ordinaires de Rome commancent à cesser, celuy que l'on en attendoit vendredy dernier n'estant point encores passé par icy, ce qui faict croire qu'on ne l'aura pas laissé passer quand il alloil à Gesnes. Vous verrez les lettres cy joinctes et me ferez la faveur de faire tenir celles qui y sont à leur adresse. Si M*^ de la Falaise présent porteur vous peult aller voir, vous cognoistrez un Irez honneste homme, et qui mérite bien l'hoimeur de voz bonnes grâces, à quoy je prendray part, et seray à jamais,
Monsieur,
vostre Irez humble serviteur,
DE Peibesc.
A Aix, ce 11 novembre 1628'.
' Vo!. 716, fol. 364.
k MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMBiST,