ADVOCAT, À PARIS
Monsieur, Nostre ordinaire arriva hier sur les k lieures du soir, mais nous ne sortîmes du palais qu'au flambeau environ les six à sept heures à cause de la plainte que M"' le Comte de Sault y estoit allé porter, tant de la part de M'' de Crequy que de son propre chef "^ contre Madame de Grequy sur le subject de son acouchement, présupposant qu'il y ayt eu de la supposition de ce part. C'est une des grandes afl"aires qui ayt esté de long temps sur le tapis et qui est pour traîner de merveilleuses suittes, si elle est poursuyvie jusques au bout, mais on parle desja de quelques ouvertures de tempérament^ et que cette dame se remet à la miséricorde de M'' de Crequy. Si cela est, il y a de l'apparance que si M'' de Crequy y trouve son compte, il ne se soussierà pas tant du reste. Cela nous a fourny tant d'occupation tout aujourd'huy que je n'ay pas eu le moyen de voir la moitié des papiers qui estoient joincts à vostre lettre, mais je ne laisray pas de vous en remercier comme je faicts Irez humblement, remettant la responce précise au prochain ordinaire, et ne manqueray pas d'escrire dans trois semaines par l'ordinaire de Rome, tou-
' Vol. 716, fol. a3i. ('619) Catherine, mortes toutes les deux
■ Rappelons que le comte de Sault fut le sans poste'rilé. second duc de Lesdiguières, et que M. de ' La nouvelle était prc^maturée. Ce ne fut
Crequy, le maréchal de France, était le père que plus tard, comme nous le verrons dans
du comte de Sault. Rappelons encore que le la suite de cette correspondance, que les
père et le fils avaient épousé les deux filles choses se tempérèrent, s'adoucirent et que
du connétable de Lesdiguières et de Marie tout se termina par une transaction. Vignon, l'une (1628) Françoise, l'autre
IMPKIMKKU tl4riOII4L4.
/ii)8 LETTRES DE PEIRESC [1628]
chant les Pandecles en majuscule, non seulement au S" Aleandro, mais possible aussy au Cardinal pour l'exhorter de faire voir le fruict qui s'en pourroit tirer, qui ne peult estre que grand. Car asseurement il ne peult pas avoir esté escript depuis que les pandectes florentines furent mises en lumière par l'empereur Lothaire, et par consequant, il fault espérer que cet exemplaire sera aussy ancien que celuy de Florence, s'il ne l'est davantage. L'usage des majuscules s'estant perdu fort long temps y a, liors des simples intitulations^ des livres ou des chappitres. .l'avois faict extraire quelques feuillets du Gervasius pour les confei'er sur le vostre, dont j'avois desja prié M'' vostre frère. Je ne laisray pas de les envoyer. Cependant vous m'avez bien obligé de me mander ce que vous aviez prins la peine d'en extraire, qui m'a faict cognoistre qu'asseqrement c'est le mesme ouvrage que le mien et qu'il est bien plus à priser, puis qu'il n'y a rien esté fouuré de cez derniers siècles comme au mien.
.l'ay esté bien aise d'apprendre ce qu'il vous piaict me mander du liltre de Monseigneur. Je n'ay encores peu voir la harangue que m'avez envoyé. Je la renvoyeray par le premier, estant constraint de finir pour la presse du courrier, qui veult anticiper son parlement à la fa- , veur de la lune du soir, afin que je puisse dire un mot à Mons'' vostre frère, car je pers espérance de pouvoir escrire de ce coup à M' Higaull ne aux autres. Aymez moy tousjours, je vous supplie.
Monsieur, comme
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce i5 janvier au soir, iCa8 ^
' Littré ne cile sous ce mot que deux auteurs : un du xvi° siècle , qui est Vincent Garloix; un du xvii', qui est le grand Bossuet. — ' Vol. 716, fol. 233.
xcr
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Nous eusnies hier au soir fort tard noslre ordinaire avec vostre despesche du i tx""' fort bien conditionnée et par conséquent aussy les livrets qui y estoient conprins, dont je prins plaisir de ranger celte ambassade de Moscovie de Ja[cques] Ulfeldius', dont il fault sçavoir bon gré à Goldastus comme de tant d'autres livres curieux qu'il a libéralement communiquez au public. Je n'ay pas encores peu voir cette relation du Grand Cattay-, à cause de la surcharge que nous avons eiie en mesme temps du passage de l'ordinaire de Rome, par qui j'ay receu la lettre du Cardinal qui sera cy joincte et une du S"" Aleandro, que je vous envoyeray aussy avec l'inscription et portraict qui y estoit joinct, afin que vous nous disiez vostre advis de l'une et de l'autre, et que vous puissiez monstrer cette inscription à cez messieurs de delà, principalement M' Rigault, qui verra au bas de la lettre du Cardinal qu'il n'avoit pas oublié la lunette, mais je crains bien la mesme equivocque, laquelle nous avons trouvée en celle que M' d'Aubery m'envoya cez jours passez, à sçavoir de prendre celles où l'on ne void que des pulces ou autres choses encores moindres, au lieu de celles où l'on peult voir des abeilles entières, pour lesquelles il fauldrà, je m'asseure, s'adresser enfin à M' le Nonce pour en faire venir de Cologne. Je luy en
' Voir plus haut la lettre n» LXXX, du 8 décembre 1697.
' C'est-à-dire de la Chine propre, qu'il faut bien distinguer de l'empire Chinois, lequel comprenait aussi la Mandcliourie, la Mongolie, le Tibet, etc. Le nom de Kitaï ou Kalhaï, resté en usage chez les Mongols pour di'signer la Chine, se répandit avec eux dans les contrées où se portèrent leurs irrup-
tions , notamment en Moscovie, et , de là , dans le reste de l'Europe. La relation mentionnée par Peiresc n'est citée ni dans le Manuel de biblio/rraphie universelle de MM. Ferd. Denis, de Martonne et P. Pinson , ni dans la Bibliographie qui suit l'article Chine dans le Nouveau dictionnaire de géographie universelle par M. Vivien de Saint-Martin.
veux escrire par la première commodité, si je ne le puis aujourd'huy, comme j'en ay peur. Je viens de recevoir encore présentement de Lyon le roulleau du S"^ Tavernier, fort bien conditionné, où j'ay trouvé l'enterrement de l'archiduc Albert grandement exacte à mon gré et la ville de Madrid, avec la bataille de Prague, qui y sont toutes pièces bien curieuses ; mais j'eusse bien mieux agrée l'enterrement du duc de Lorraine, sans lequel mon recueil demeure encores hors d'assortiment pour eslre relié. Il l'auldrà avoir celte patiance. Mais je désire bien que ledict S' Tavernier m'envoye encores une coupple de ces carthes antiques de la France pour leur faire passer les monts. Je suis bien aise d'avoir remplacé ma généalogie de Gomar par la courtoisie de M' Gravier et seray dezhorsmais plus retenu à ne me pas despourveoir de cez pièces qui peuvent estre difficiles à retrouver. Je n'ay pourtant pas de regret à la republique d'Escosse ', car Elzevir tost ou tard ne vous en fera pas i'aulte. Il n'y aura qu'un peu de temps perdu en l'attente.
iNous attendrons en bonne dévotion l'advis que M"^ du Ghesne nous promet de sa grâce touchant les généalogies d'oultre mer, car je m'imagine qu'il y trouvera à proffiter en des choses qui me seroient bien incogneues et à beaucoup d'aultres. Mais pour M'' l'Echassier le bon homme-, il faull pardonner à son aage et à la hantize^ qu'il avoit eiie de feu M'' François Pithou* qui l'ont rendu si jaloux de son exemplaire m[anu]s[crit] des Assises en vieil françois. 11 nous eust soulagé de prou de peine s'il eust esté de meilleure humeur et convention , et toutefoys serois quasi marry qu'il eust faict autrement, car nous n'y eussions possible pas trouvé lesdictes généalogies, qui nous seroient demeurées aussy incogneues que devant.
' Bespublica, sive status regni Scotice et Froissant, Monslrelet, Cliarron. Corneille
llibenùw (1637). et Molière.
* C'est-à-dire le vieillard, selon l'usage '' Nous avons déjà trouvé (lettre LXXV)
du xvii' siècle , usage dont on trouve divers une mention de Pierre Pilliou. Il s'agit ici
exemples dans les Lettres de Balzac et de du frère de cet érudit, grand érudit lui aussi.
Chapelain , de la Collection des documents tné- né à Troyes en septembre 1 543 , mort dans
dits. la même ville en janvier 1 Ga 1 .
' Lillré indique le mot hantise dans
J'ay bien de l'obligation à M"" Rigauit de la communication du libvre de Pise et l'en remerciray comme je doibs, mais si faull il qu'il se résolve d'agréer que j'aye coppie de l'aultre partie de son catalogue des m[anu]s[crit]s grecs, puisqu'il me l'a faict espérer, et que c'est en cela principalement que consiste la grâce qu'il m'a promise, et qu'il n'aytpas de regret que d'autres eu ayent communication, car j'en seray aussy jaloux qu'il m'ordonnera, non seulement jusques à ne les pas laisser passer en main d'aultruy, mais non ])as mesmes h le monstrer ny à m'en vanter, afin qu'il soit hors de tout umbrage pour ce regard, vous l'en pouvez asseurer à bon essiant, car je vous en engage ma parole solennellement et à luy aussy.
Quant à la difficulté de coppistes, soubs correction, je ne pense pas qu'il puisse tenir à cela , attendu que dans cez collèges de Paris il y a une infinité de jeunes hommes qui se tiendront bien heureux d'accepter cet employ et d'aller escrire chez luy aux heures qu'il leur prescrira et non autres. Le moindre chef de collège, à qui vous vous en enqueriez, vous en fournira aultant que vous voudriez ainsin que je l'ay esprouvé autres foys. Ils seront bien aises d'avoir quelque petit émolument pour employer en livres ou en linge ou habillements comme parties casuelles' dont ils sont bien friands. Principalement les Flamands et Allemands ou Lorrains et Comtois. Pressez-en, je vous supplie, encores ledict S'' Rigault, car je ne voids pas qu'il se puisse delfendre de vostre intercession, comme il feroil possible de ma prière.
Le livre in lx° de S^ François ne vous a pas esté envoyé en inleiilion de le voir revenir de deçà, nouq)lus que touts les autres papiers ou livrets que je vous envoyé et que vous trouverez ù vostre goust, hors des lettres originales de noz amys que nous sommes bien ayses de recouvrer. J'avois escript sur le dos du cahier des vers de M'' Holstenius la marque du renvoy afin de conserver la main de l'autheur, du reste ne vous en mettez pas en peine. Je voulois faire retenir coppie d'un cahier que je vous envoyé d'une version latine de la messe Arménienne
Olivier de Serres, en son pittoresque langage, donne à certains fruits le nom de
parfici casuellcs.
qui fut célébrée en cette ville quelques années y a, mais j'ay creu que possible ne trouveriez pas qu'elle en nieritast la peine et que dans les liturgies il s'en trouveroit de meilleurs exemplaires, ce que je n' ay pas ou le loisir de vérifier. Je vouldrois avoir de quoy vous fournir des curiositez aussy abondament que vous faictes en mon endroict de vostre costé pour ne demeurer sans revanche, mais ayant si peu de moyens, je suis constrainct de mettre toute pierre en oeuvre et d'employer bon et mauvais. Vous excuserez donc, s'il vous plaict, le peu de valleur du livre de S' François et des autres bagatelles que nous vous envoyons à faulte de meilleures pièces, mais ma consolation sera qu'il s'en rencontre un jour quelqu'une qui soit bien de vostre goust, car cela vous ostera le regret des autres, et tousjours suis-je bien asseuré que vous prendrez en bonne part nostre bonne volonté.
Je plains la blessure du Ven[erable] P. Goulu et me resjouy d'entendre qu'il soit hors de danger ^ Le P. Vassan ne me fera plus reproches, Dieu aydant, car mon [copiste] d'Arles est revenu depuis hier chez nous et aujourd'huy a reprinsles derniers errements du 3""" volume du concile de Trente, dont il n'a plus que 6o feuilletz. Si tost que cela sera achevé, il entreprendra les sermons dont est question, et puis nous verrons s'il pourroit mettre la main à quelque autre chose qui fust de vostre goust.
Je [suis] bien en plus grande appréhension du voyage du Levant auquel M'' de Thou s'opiniastre si fort. On m'escript de Rome (avec prière de ne le pas révéler témérairement) qu'il a faict faire grande instance à M' Holstenius pour se resouldre de l'aller trouver et s'embarquer sur deux navires de la republique qui vont en Gonstantinobie et qui sont quasi prests à partir.
Je suis bien aise que M"' d'Aubray se soit enfin attaché à une charge de maistre des requestes. Je vous supplie de luy faire tenir la lettre cy joincte par quelque voye asseurée^ s'il est allé en cour comme il deb-
' Biessm-e dont il ne faut pas soupçonner Balzac et qui ëtait le résultai d'un simple accident.
[1628] AUX FnKRES DUPUY. 503
voit faire pour prester le serinent de son office. C'est daumage fié la perte qu'il a faicle de sa belle parente.
Je vous remercie bien Imniblement de tant de bons advis et ciiriositez dont il vous plaict nous faire part. On nous asseuroit icy que M"" nostre gouverneur' s'y devoit rendre dans la fin de ce moys. Le bruict de cette nouvelle flotte angloise interrompra ce voyage et la tenue des Estats de ce pais.
Je vous renvoyé quelques unes des pièces demeurées en arrière du dernier ordinaire, mais les cabiers de M'' Godelroy n'ont peu estre du nombre, d'aultant que si bien on m'en a leu quelque chose en m'habillant, je n'ay peu y passer les ieulx moy mesmes; cependant afin de luy faire porter plus patiemment ma demeure'^, s'il n'a veu les deux pièces que je vous envoyé touchant les droicts de naufrage de Bretagne et de Léon, je crois qu'il les verra volontiers. Je les avois faict transcrire long temps y a d'un vieil m[anu]s[crit] de comptes de marchands de Marseille, derrière lequel ces deux pièces estoient enregistrées et n'y a voit rien qui vallut en tout le livre que cela.
Reste de vous dire que j'approuve fort tout le roolle des livres que vous avez choisis chez le S"' Cramoisy. 11 n'y a que ce livre Militarium ordinum de Menenius, in k°, Colon[i;B Agrippinae]' 1628, que je pense estre la mesme édition quej'ay, car l'epistre liminaire du mien est daltée du 25 décembre audict an 1628, mais possible que le vostre est encores meilleur que le mien, car encores qu'il mette Cologne, il met au dessoubs Maceratae*, et le caractère est bien aussy villain que celuy d'Italie, de sorte que si celuy la est véritablement de Cologne, il sera sans doubte de meilleur caractère. Et en toute façon c'est si peu de chose qu'il ne fault pas pour cela s'cmpescher de les prendre (juand on
' On sait que c'était le duc de Guise. Militarium ordinum oriffine-i , la Bibliothèque ' Mon retard. Littré cite sous cette ex- liératdi'iue de la France, par Joaunis Guipression, qui n'est plus etiiployée que dans jjnard (Paris, 1861, ii" 3a i). la phrase: il y a péril en la demeure. Cor- ' Ville qui faisait autrefois partiedes États neille, la Fontaine, Bossuet et Fénelon. de l'Kfjlise et qui est située h 1 76 kilomètres ' Voir sur Francisci Mennenii Antuerp. nord est de Home.
50/i LETTRES DE PEIRESC [1028]
les trouve eu son chemin. Pour la bible des 70, M' Buon m'en a envoyé quelque cahier, il fauldra bien l'avoir en fin papier en son temps, et des autres livres qu'il a soubs la presse, dont je luy escriray au premier jour et luy envoyeray de l'argent.
Aprez avoir respondu à vostre lettre, si fault il vous rendre un peu de compte de l'adaire de Mad' de Crequy, laquelle est reduicte en lermes d'accommodement amiable pour sa persone, car M"' de Crequy veult oublié le passé et qu'elle s'en retourne vers luy, mais elle veult un desadveu formel. Cependant les prisonniers sont encor en estât, et les informations ne laissent pas de se continuer, mais lentement, et je ne sçay si quand on parlera au parlement, il vouldrà en demeurer là. Vous me ferez bien plaisir de me mander avec liberté ce qui s'en sera dict de pardelà, principalement si on avoit voulu trouver à redire que le parlement en ayt prins cognoisçance au préjudice de la prétention de Mess" du parlement de Paris, puis que les parties ne proposoient aulcune declinaloire ', soubs prétexte de la pairrie, mesmes s'agissant d'une femme; comme aussy en cas qu'on trouvast à redire que l'on ayt assemblé les chambres pour décerner la visite de la persone, que l'on estima quasi aussi importante que le jugement du principal, et finalement sur la séance donnée au comte de Sault en qualité de gouverneur de province et ayant non seulement séance, mais preceance dans le parlement de Grenoble sur messieurs les présidants dudit parlement.
Vous aurez sceu l'enlreprinse de M'" de Rohan sur la cittadelle de Mompelier- et le feu qu'il mit par despit au fauxbourg plus voisin ^, et le changement que M'' de Crequy a faict dans Valence par commandement du roy, 011 il a mis M' dEvenes" au lieu de M' de Passage^ à cause,
' Le mol déclinatoire , en français comme ce feu mis h un faubourg de Montpellier,
en italien [decUnatorio) , a toujours été du " Jacques de Simiane, comte d'filvenes,
genre masculin. ëlail capitaine au régiment de Normandie en
' Voir sur cette entreprise (19 janvier 1691 [Mémoires de Bassompierre , t. IL
1638) hs Mémoires an duc de Rohan (Ams- p. Sag); il devint capitaine des gardes fran-
terdam ,1766, in-i 2 , t. L 1- IV , p. 1 oi-i 07 ). çaises en 1 63-2 , lieutenant général en 1 65a
^ Rohan s'est bien gardé de dire le et mourut vers 1661, dans un âge avancé.
plus petit mot, dans ses Mémoires, de ' Scipion de Poisieu,seigneurdu Passage,
[1628] AUX FRÈRKS DUPUY. 505
(lict-on, que les premiers mots descliiffrez dans les mémoires de Monlagul touchoient les intelligences de Madame de Passage' avec M' le Comte, etc. Je ne sçay si cela est vray ou non.
Bien est il véritable que je suis et à Monsieur vostre frère et à vous, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce -ja janvier au soir, i6a8.
J'oubliois de vous [dire] qu'on a apporté icy aux officiers de l'Admira ulté deux ou trois exemplaires d'un recueil de i 2 ou i 5 diverses pièces de celte matière imprimées à Rouen in-S" ez années 1612, 1619, 1620, i6â5, 26 et 27 chez Martin Megissier, entr'autres y sont les jugements d'Olleron, le pouvoir de M"' le Cardinal de Richelieu, la suppression de la charge d' Admirai, le traicté d'Angleterre et tout plein d'edicts, déclarations et provisions notables sur le subject de la marine. J'en ay faict transcrire les tiltres pour servir à tout hazard à M' Godelroy, pour la commodité de la forme de l'édition, et afin de vous prier d'essayer si quelque libraire respondant à Rouen en vouldroit faire venir un assortiment pour moy, et j'en achepterois bien volontiers deux ou trois exemplaires de chaque sorte.
Le niai'cliand de Marseille, qui avoit r'affraischy l'ordre vers Madame de Lignage et Rolland , a receu leur responce qu'il ne tiendra qu'à vous toutes et quantes foys qu'il vous plairra de prendre la mesme somme de l'autre foys ou telle autre plus ou moins grande que bon vous semblera.
Je viens d'apprendre que le faict de Gondrin^ n'est pas véritable en
fils aine' d'Aimar de Poisieu, qui fut en 1689 ' C'était Anne d'Applincourt, qui fut gouverneur de la citadelle de Lyon , eni Sgo mère d'Aimar de Poisieu , marquis du Pasgouverneur de Valence, en lôgS lieutenant sage, mort lieutenant général des armées, général en Provence, en 1698 lieutenant en juin 1688.
général dans le marquisat de Salaces. Scipion ' Je ne puis rien dire de ce pereonnage
obtint vers lôgS, quoique très jeune, le ailleurs appelé Gondin. gouvernement de Valence.
mPRIMUlIE DATiORALB.
ellect, c'est à dire qu'il est encores prisonnier clans le chasteau de Pierrelatte ^ et que ce ne fut qu'une jactance de M'" de Grequy, lequel dict luy vouloir donner sa table pour prison, mais il ne l'a pas faict. Bien est il vray qu'il a refusé aux archers, qui estoient allez pour le prendre et traduire, de luy mettre la main dessus, et l'un d'eux en est venu porter la nouvelle ^.
XGII
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS. i
Monsieur, Depuis mon retour de Marseille j'ay eu deux lettres vostres du i et 8 de ce moys avec vostre inventaire des pièces du Concile que je prise infiniment, c'est pourquoy je vous en remercie comme de l'une des grandes faveurs que je pouvois recevoir de vostre main, attendu que c'a esté l'une de mes plus fortes curiositez d'assez longue main ^, et il est bien certain que d'aulcun autre lieu je n'en eusse jamais peu avoir de notice comparable à celle qui se peult prendre de là, par la communication qu'il vous plaict ra'offrir de quelqu'une desdictes pièces, que je ne refuseray pas, principalement de celle que vous a baillé M' Grottius des modifications faictes par le sénat de Hollande avant le changement de religion, qui est en la Vil™' et dernière liasse m[anu]s[crite], laquelle regarde spécialement l'Allemagne; les notes du S' de Pybrac* contenues en la sixiesme liasse, qui est des observations
' Chef-lieu de canton de l'aifondissement Les diverses pièces qui vont être énumérées
de Montclimar, à ai Icilomèties de celte par Peiresc ont été publiées par les frères
ville, k 65 kilomètres de Valence. Dupuy. On sait que Pierre fit paraître le
■ Vol. 7 1 6 , fol. 935. Traité des droits et des libertés de l'église Gal-
^ Littré a cité sous cette locution une licane avec ses preuves {Paris, 1689, 3 vol.
phrase de Descartes et une phrase de Bossuet. in-fol. ) , qu'il donna une nouvelle édition des
' Sur Guy du Faur de Pibrac voir plus Preuves fort augmentée ( Paris ,1661,2 vol.
haut la lettre n° XL, du ak février 1627. in-fol.), et que le prieur de Saint-Sauveur,
de diverses persones sur le Concile, laquelle je trouve bien curieuse; le mémoire du chancelier de l'Hospital, qui est en la mesme liasse; la lettre du S' de la Guesle ^ qui y est aussy et les mémoires et instructions sur la conservation des libertez de l'église gallicane, préparées pour des remonstrances à faire audict concile; le tout en la mesnie liasse; et finalement l'instruction donnée au cardinal du Bellay allant à Rome en juin i 535 ^ qui est en la première liasse ; mais cela se peult chercher tout à loisir, tandis que je fcray travailler à la coppie des registres originaux, que je vous monstray, où je feray mettre la main dez la sepmaine prochaine pour vous l'envoyer le plus tost qu'il sera possible, et si les originaux eussent esté bien absolument à ma disposition, je pense que je les vous aurois envoyez sans en attendre d'autre semonce. Mais il y a quelque petite chose à dire que vous sçaurez possible un jour, qui regarde principalement l'humeur de celuy de la main de qui je tiens cez volumes là, lequel n'est pas faict à ma mode. Tant y a que je feray suyvre vostre ordre exactement. Au reste le mémoire des livres imprimez sur cette matière n'est pas moings à mon gré, car il y a une infinité de choses qui m'estoient incogniies, et je pense que vous y en adjousteriez bien encores quelques autres du mesme temps insérées dans les recueils de Goldastus, ce me semble. J'y ay trouvé exprimée la revision de Ranchin de l'an i6oo, et j'eusse esté bien aise que vous y eussiez cotté le lieu de l'édition , s'il y est cotté , combien que je me doubte que ce soit à Genève, où je l'ay envoyé chercher. 11 n'y auroit pas de danger de faire demander à M' Ribier le roolle des libvres qu'il a sur telle mattiere, car il pourroit bien avoir quelque petite pièce, qui vous fust eschappée par mesgarde en faisant le choix que vous en avez faict, et je pense que dans son gros inventaire, il en aura faict un chappitre à part , que Quentin pourroit faire transcrire chez
iiprès la mort de son frère, soigna la qua- ' Sui- Jean de la Guesle, voir plus haut la
Irième «édition des Actes du concile de Trente lettre XL, du ai février 1697. irrevue et augmentée d'un grand nombre " Jean du Bellay naquit en 169a, fut
d'Actes et de Lettres tirées des mémoires évêqne de Bayonne en i5a6, évêque de
de M. D[upuy]t (Paris, Gramoisy, i654, Parisen iSSa, cardinal en i535, et mourut
in-4°). èi Rome le i6 février i56o.
vous, lors que M'' Ribier vous auroit preste son répertoire, ce qu'il n'oseroit vous refuser, je m'asseure. Le mesnie Quentin transcriroit bien volontiers aussy à mon advis quelqu'une des pièces cottées cy derrière, principalement de celles qui sont originales et qui méritent d'estre choyées, car pour les autres qui se peuvent bazarder en chemin, à mesure que vous en mettriez une dans une despesche, je la vous r'envoyerois d'une semaine à l'autre. Quentin souloit estre à la solde de M"' de Fontenay Ollivier prez le logis de M'' de Ghasteauneuf\ riie de l'Arbre sec, et je pense que là on apprendroit,tousjours de ses nouvelles et du lieu où il habite à présent, et il se contenleroit de médiocre salaire comme il souloit faire autres foys. A quoy se pourroit satisfaire par la lettre de crédit que j'envoye à M"^ vostre frère, adressée à M"" Lumaga, qui se tient en la riie de la Verrerie ou S' Merry, vis à vis la maison de feu M'' de Pontcarré. Je fouille maintenant en divers endroicts sur cette matière, et s'il me tombe rien de rare que je juge n'estre poincl parmy ce que vous avez, croyez certainement que je vous en feray part. On me donne quelque espérance de quelques pièces assez curieuses des conciles de Basle et de Constance, dont je ne manqueray pas de vous faire part, et crois qu'il seroit bien à propos aussy de faire un peu d'inventaire de ce qui se trouve tant de l'un que de l'autre, aussy bien que de celuy de Trente. Mais je ne m'advise pas que je me rends desja trop importun en la multiplicité de mes indiscrétions aussy bien qu'en la prolixité de cette lettre, dont je passe desja les bornes prescriptes, sans avoir encores satisfaict à ce qui estoit de mon debvoir pour vous res])ondre plus punctuellement aux vostres et me conjouys avec vous comme je faicts de toute mon afl'ection de la convalescence de M' Besly ^, que je prie à Dieu debvoir estre bien confirmée, attendant de pouvoir
' Charles de l'Aubespine, marquis de du Poitou dans la lettre de Dupuy à Peiresc
Ghâteauueuf, le frère de l'e'vêque d'Orléans du 96 novembre 169O, Appendice, n° VI.
si souvent mentionné en cette Correspon- Jean Besly fut, presque toute su vie. plus
dance, né à Paris en i58o, garde des ou moins souffrant, et sa correspondance
sceaux en i63o, et de nouveau en i65o- retentit de plaintes incessantes sur l'état de
1 65 1, mort en septembre iG53. sa santé.
' Nous trouvons le nom de l'historien
trouver les tiltres régnante Cliristo, que je vous ay })romis, dont j'ay l'aict cotte sur un agenda, que je commance exprezpour l'amour de vous afin de a'obmettre dezliorniais plus rien de ce que je croiray pouvoir servir à vostre contentement. J'ay bien plainct le pauvre M' Gatel aussy bien que vous', non seulement pour son histoire de Languedoc, que son neveu ne laisse pas de poursuyvre^, mais aussy pour le Pline de Peiissier* qu'il avoit en son eslude et que je poursuyvois de luy faire lascher en faveur de M"' Rigault. Mais je plains bien davantage ce qui a donné subject à la lettre de ce noslre bon amy (que j'ay supprimée selon son ordre) où estoient si bien induictes les fables de Phaedrus, des rennettcs et de l'asne qui s'arroisonnoil* avec son gardien. Dieu nous veuille bien garder d'en venir à tels termes. Pour moy je ne vouldrois pas de gayetté de coeur aller donner de la teste contre les murs, mais je ne vouldrois pas jamais avoir desmarché ^ le moings du monde, tant qu'il y aura tant soit peu de moyen de résister à cez torrents qui nous menassent, car lors que les choses semblent le plus désespérées, c'est lors que Dieu, y mettant la main, laict plus apparenmient cognoistre que c'est de sa seule assistance qu'il nous fiuilt confier et qu'il n'abandonne pas au besoing.
Nous avons à ce soir receu des lettres du Xll, qui portent qu'on attendoit encores là le Bukingam, ce qui me faict espérer que cela y aura faict temporiser M' Rubens (car je serois bien marry que ce fust la goutte qui l'y eust retenu), et que ma lettre l'aura encores trouvé là,
' Sur Guillaume de Galel voir, à l'Appendice, une ieUre de Dupuy, du 8 janvier 1627, n° XIV, et ci-dessus une lettre du •3 4 février 1627, n" XL. Comment Peiresc ne paraîl-il avoir appris qu'en janvier 1698 la mort de l'hislorien - magistrat arrivée le 5 octobre 1696?
' Ce neveu était M. de Puymisson, conseiller au parlement de Toulouse, qui ne tarda pas à suivre (]atel dans la tombe (il était déjà mort en 1689). Les Mémoires sur l'histoire du Languedoc , que Gatel lais-
sait inachevés, parurent en i633 (in-foi.).
' Sur Guillaume Pellicier, cvêque de Monipellicr, et sur son manuscrit de Pline, voir ci-dessus la lettre XL, qui vient d'être citée.
* Liltré , qui cile beaucoup d'auteui-s sous le mol arraisonner, en commençant par l'auteui' de la Chanson de Roland et en tinissant par le duc de Sainl-Simon, ne donne pas la forme s'arraisonner.
' On chercherait vainement le mot démarcher dans nos dictionnaires.
Dieu aydaut, pour eslre animée par vostre courtoisie. Le manquement de cette feuille me contraint de clorre, qui sera demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce a6 janvier i6a8.
J'oubliois de vous dire que M"^ le R. P. Dom du Puy m'escript de Napies la plus honneste lettre qui se puisse voir, laquelle je debvrois cacher, sçaichant que je n'ay pas de quoy respondre à la bonne opinion qu'il a de moy, mais possible prendrez vous plaisir de la voir, c'est pourquoy je la vous envoyé avec ce que m'escrivent mes amys, vous félicitant de tout mon coeur de i'amandement de sa santé.
Je vous doibs encores de bien particuliers remerciments trez humbles de la pièce concernant cette ville d'Aix, laquelle nous eust grandement servy si je l'eusse eue la dernière année de mon sesjour de Paris, parcequ'elle jugeoit un différant de nostre parlement avec l'hostel de ville. Je serois bien aise d'apprendre par quel chemin elle est tombée entre voz mains, s'il est possible. Elle ne sera pas encor inutile. J'ay grande honte que vous nous comblez à toutes heures de nouvelles obligations, sans que nous nous en sçachions rendre dignes •.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Il fauldra que vous me pardonniez pour cette fois, si je ne me puis mieux acquitter de mon debvoir en vostre endroict, et si je suis contrainct d'emprunter la main de mon homme, estant comme je suis detenu dans le lict depuis dimanche dernier par mes hemorroides ordi-
[1628] AUX FHERKS DUPUY. 511
naires qui m'ont travaillé un petit plus que de coustume. Je ne sçay si le froid en a esté la cause ou non, mais je vous puis bien asseurer qu'il a esté si rude toute cette sepmaine que de longues années on n'en avoit point ressenly de si cuisant ' et nostre ordinaire a manqué d'arriver à ce soir retenu vraysemblablement au passage des rivières qui sont pour la plus part glacées. Cependant je vous ay bien voulu faire ce mot à l'advance craignant mesmes que celluy qui partira pour porter les despesclies de l'ordinaire d'icy à Lyon ne veuille anticiper son partement dez demain pendant une si grande incommodité du temps et des chemins pour ne manquer d'arriver à Lyon mardy matin avant le partemeut de l'ordinaire de Paris. Je n'auray pas maintenant du subject de grand entretien, l'alïaire de Mad*^ de Crequy estant tousjours au mesme estât qu'elle estoit lors de la dernière depesche, que je vous feis sammedy passé. Son oncle est arrivé tantost de Grenoble, mais je n'ay pas encoi'es sceu ce qu'il aura apporté et ne pense pas qu'il s'y preigne aulcune resolution certaine que le S"^ Bouflin son conseil ne soit aussy revenu de sa part et le S"" Valois de la part du comte de Sault. Cependant M' de Gressy, qui estoit disparu le landemain de la veniie du comte de Sault, est revenu à la ville et s'est donné l'honneur d'aller saluer ledict comte de Sault après un Iraicté concerté où je ne sçay si M"' nostre Archevesque n'a point esté meslé, et puis il est allé revoir encores Madame de Crequi comme auparavant. J'oubliay dernièrement de vous mander que l'assemblée du clergé de cette métropole avoit esté teniie et que par deux différantes délibérations on y avoit depputé M' nostre Archevesque, lequel neanlraoins s'en excusa et lit une grande sollicitation pour faire changer cette resolution, et enfin l'obtint, de sorte qu'à son delfault on depputa l'evesque de Riez ^ qui avoit esté par luy nommé, afin qu'il eust tousjours riioimeur de faire la deputalion
Onavnil(l(ijàsi{jnaIélefroidsiri(foiu'eux de Kolian ceiu du maréclial de Bassompieire
de Tannée i6a8. Voir, à ce sujet, plus loin (t. III, p. 353).
(noie a de la noie 5i9) une citation tirée ' François de la Fare-Lopis, qui siégeait
des Mémoires du duc de Uohan. On pcmr- depuis i6a5 et qui allait mourir le aS se|)-
rait, sur ce point, rapprocher des Mémoires lembre 1698.
liiy mesmes, puis qu'il ne l'avoit voulu accepter. Cet evesque de Riez partit incontinent et s'en alla passer par chez luy et par ie droict chemin de Grenoble de la Croix haulte, où j'estime qu'il se sera trouvé bien empesché par un temps si rude que celiui qu'il faict à présent. M' l'Evesque de Marseille avoit esté depputté pour la province d'Arles et debvoit passer par cette ville 8 ou i o jours pour s'en aller à Poictiers, mais la goutte le print la veille de son départ et je crois qu'il peut bien louer Dieu de ne s'estre pas trouvé en chemin par un si mauvais temps. On nous a voulu faire accroire icy que le duc de Savoie arme en faveur de M' de Nevers contre l'Empereur et le roy d'Espagne et qu'il a envoie vers lui le Prhice Cardinal son filz avec la duchesse douairière de Mantoiie sa fille le féliciter avec quelque sorte d'espérance qu'on pourroit bien traicter le mariage de sa dicte fille avec ledict S' de Nevers, puis que leurs enfans se sont entremariez. Vous en sçaurez, je m'asseure, plus de nouvelles que nous. Vous aurez une petite relation du voiage de M'^le Prince jusques à Montpellier, si l'on me tient promesse; vous en aurez aussy une autre qu'on m'avoit promis de l'entreprinse de M' de Rohan sur Montpellier ^ Quand il eut failly ce coup, il voulut en faire un autre et venir surprendre S' Gilles \ mesmes il avoit faict sommer desja ceux de dedans de se rendre, mais ilz furent fortpromptenient et opportunément secourus par noz Mess" d'Arles, quiy envoierent bon nombre de gens de guerre à pied et à cheval, à l'arrivée desquelz les gens de M"" de Rohan se retirèrent. M' l'abbé de Foix n'a point d'appréhension de toute cette guerre là et ne laisse pas de se resouidre à partir la sepmaine prochaine pour s'en aller à Thoulouâe dans son carosse, ce qui ne sera pas sans peine pendant une si mauvaise saison
' Récit très véritable ie ce qui n'est passé de Rohan raconte l'afl'aire dn Saint-Gilles
le meriredi i g janvier i6ù8 en l'entreprise {Mémoires, l. I, p. 107): fLe lendemain
faite par M. le duc de Bohan sur la ville et [i20 janvier] il [Rohan] congédie les troupes
citadelle de Montpellier (MonlpeWiev.i.Vech, des Sevennes. et avec celles du bas Lan-
i6a8,in-8°). guedoc va à Saint-Gilles, où il pensoit en-
" Chef-lieu de canton du département du treprendre quelque chose: mais le froid de- Gard, arrondissement de Nîmes, à 90 kilo- vint si violent qu'il fut contraint de les mettre mètres de cette ville. Voici comment le duc en garnison.»
et une si mauvaise disposition de ceux de Nismes à la mercy desquelz il sera quasi contrainct de passer pour ne pouvoir avec son carosse tenir le chemin d'entre deux mers qui va d'Aiguemorle' jusques bien prez de Montpellier. Au reste vous verrez par une relation venue de Paris des nouvelles escriptes en Avignon qui seroient bien importantes si elles estoicnt telles qu'elles sont conceiies. Dieu nous veuille bien garder de si exécrables entreprinses, et sur ce je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 98° janvier, vendredy au soir, i6a8'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, A PARIS
Monsieur, Nous n'attendions desja plus que l'ordinaire de Lyon arrivast h temps pour vous faire responce, qliand vostre despesche du xxi'^ m'a esté apportée par le frère du maistre de la poste , disant que le courrier estoit demeuré en chemin à trois postes d'icy, grandement incommodé d'une cheute de cheval et qu'on avoit eu grand peine de le pouvoir porter du lieu de sa cheute jusques à la poste, dont j'ay esté bien fasché car c'est un gentil garçon. Vostre depesche-^ estoit très bien conditionnée et par conséquent toutes les lettres de M'' Grottius, Rigault, du Chesne,
' Aigiies-Mortes est un chef-lieu de canton tionnaire de Littré. On lit dans le Dictionnaire de rarrondissement de Nîmes, à 36 kilo- de Trévoux : rrCe mot se dit aussi pour le mètres de cette ville. paquet même qui contient ces sortes de let- ' Vol. 716, fol. 943. très; mais alors il n'a point de singulier», ' C'est-à-dire le j)aquet contenant toutes en quoi les auteurs du Dictionnaire se trémies lettres envoyées par Dupuy. Ce sens du pent, comme le montre l'emploi fait par mot dépêche n'est pas indiqué dans le Die- Peiresc du mot au singulier.
IMFUltKMI RITIOIIALK.
Rubens et autres, ausquelz il fauldra tascher d'escripre la sepmaioe prochaine, Dieu aydant. Cependant je vous remercie par un million de fois du soing que vous avez daigné d'en prendre, vous suppliant de leur en faire mes excuses, attendant que je puisse m'acquitter de mon debvoir en leur endroict, me promettant pendant que je suis alicté un très agréable entretien dans les belles notes de M"" Grottius sur son Tacite ^ comme en celles de M' Rigault sur son Tertulien et dans cez petits livretz nouveaux, dont il vous a pieu me faire part, tant de ces satyres d'Haurseus et de ce discours de Regulus et de cet autre de Cracovie et de celluy du Père Mariana ^, comme j'ay trouvé du passe-temps à me faire lire cette relation du royaume de Tybet arrivée dez la sepmaine passée, que j'ay trouvée aussy plaisante qu'extravagante ^ Je ne sçaurois vous faire d'assez dignes remerciementz de tant d'agréable entretien qu'il vous plaist me procurer, bien que sans espoir d'aulcune revanche qui vaille de ma part. Je vous ay bien de l'obligation de la diligence et adresse dont vous avez usé pour me retenir un exemplaire de la seconde partie de du Plessis et m'estonne que n'aiez envoie demander vers la dame de Lignage pour faire acquitter toutes ces petites parties, car elle avoit ordre de faire acquitter tout ce que vous luy ordonnerez pour mon compte, et comme je vous escripvois dernièrement, elle en a desja faict respondre au marchand de Marseille son respondant. Je vous doibtz encores mille remerciementz très humbles des caresses*
' Ces notes parurent dans l'édition de Tacite donnée par Grotiusen i64o: Tacitus, cum notis (Leyde, in-i a ).
' Peiresc veut peut-être parler de l'opuscule attribué à Mariana et intitulé : Discursus de îrroribus, qui informa guhernationis Societatis Jesu occurmnl: XX capitibus (Bordeaux, chez Jean deBurdeos, iCaS, in-S"). Ce discours fut traduit la même année deux fois en français, une fois d'après le texte espagnol, une autre fois d'après le texte latin, sous ces titres : Discours du Père Jean Mariana, jésuite espagnol. Des grands défauts
qui sont en la forme du gouvernement des Jésuites (s. 1., 1625, in-8°) et : Traité des choses qui sont dignes d'amendements en la Compagnie des Jésuites ( Paris , 1 69 5 , in-8° ). Peut-être y eut-il une nouvelle édition du texte ou de la version en 16 a 8, ou peut-être Dupuy n'avait-il pu procurer plutôt à son ami un exemplaire de 162 5.
' Pour trextraordinaire, étrange».
' Caresses veut dire ici bon accueil, bonne chère, et les deux mots ont la même origine (cariw).
que M"" d'Agut a receu chez vous , lequel ne se peut lasser de s'en louer par ses lettres qui me faict croire que de bouche il en dira bien encores davantage. Nous l'attendons en grande inipatiance. Je viens de voir la lettre de M' du Ghesne, oii j'ay prins un grandissime contentement de voir que ces généalogies d'outre mer ayent peu fournir quelque chose à sa curiosité, mais j'ay esté bien mortifié de voir que l'espérance que j'avois conceiie des chroniques de Pise se soient reduictes en un si chetif romant, mais neantmoins puis qu'il y raesle quelque chose de nostre païs, je vous supplie de m'en faire transcripre quelques feuilletz du commancement et puis aprez tout ce qui concerne nostre pais, et finalement tout ce qui est environ la fin qui tient le moins du fabuleux. J'entends de ce qui touche l'histoire de Pise, car pour ce qui est tout à la fin concernant l'histoire de Milan, si c'est chose de longue haleine, nous nous en passerons. J'ay bien de l'obligation à Mons'' l'archevesque de Thoulouze^ de l'honneur de son ressouvenir, mais je croy que c'est vous, messieurs, qui luy en avez rafraischy la mémoire, dont je vous demeure infiniment redebvable, estimant grandement la vertu et bonté de ce prélat, dont je cultiveray très volontiers la bienveillance en toutes les façons qu'il me sera possible. Cez Messieurs de Narbonne ont grand tort de gaster ces belles inscriptions antiques ^ Il y a un curieux en cette ville là qui avoit entreprins de les recueillir^. Ce seroit grand dommage s'il les avoit laissé rompre avant
' C'était Charles de Montchal , mentionne dans une lettre de Dupuy à Peiresc [Appendice, n» XXXVIII).
' Tout ce qui reste des belles inscriptions antiques de Narbonne va paraître par les soins de M. Albert Lebègue , professeur à la Faculté des lettres de Toulouse ; celte publication a été commencée par M. E. Barry, et M. Allmer, correspondant de l'Institut , y prêle son concours; elle fera partie de la nouvelle édition de ÏHisloire générale de Languedoc.
' M. Lebègue croit que ce curieux est Pierre Garrigues , ingénieur royal , qui di-
rigea l'exécution des travaux faits aux forti- (ications de Narbonne à la tin du xvi* siècle et au commencement du xvu*. Garrigues fut élu en i6o4 un des consuls de Narbonne; on le retrouve, en i643, un des directeurs de l'hôpital deSaint-Paui. 11 avait recueilli un grand nombre d'inscriptions dans sa maison, qui appartint plus tard au chanoine Fabre, ainsi que l'a établi M. Paul Lafont, dans sa Notice sur un manuscrit delà bibliothèifue du musée de Narbonne. Ce manuscrit est l'œuvre de Garrigues et les inscriptions qui y sont reproduites ont été copiées par Guillaume
516 LETTRES DE PEIRESG [1628]
que les avoir ti^anscriptes. Ce fut un de mes regretz de n'y estre peu passer la dernière fois que je feuz en ce pais là. Je tascheray d'en escripre à quelqu'un sur les lieux pour voir d'en retirer ce qui se pourra. C'est une rencontre bien notable de ce procez du marquis d'Assigny, prévenu de supposition de part', en concurrence de celluy de Mad"" de Grequi, dont je m'asseure que vous n'aurez pas tardé d'avoir l'advis aprez avoir faict mettre vostre depesclie à la poste. Je plaindz fort les pauvres marchandz de la foire S' Germain qui estoient venuz des pais estranges pensantz de faire leurs affaires, et particulièrement ceux des Pays Bas, entre lesquelz un pauvre peintre de ma cognoissance pensoit Avenir faire de belles emploictes. 11 me debvoit apporter par mesme raoien un portraict de M'' Gevartius. Si les deffences eussent au moins esté faictes plus tost, ilz auroient esvité les faulx fraiz de leurs voyages. Il me reste à vous dire que j'ay esté bien honteux de voir que vous aiez transcript de vostre main la feuille qui niauquoit au livre des Assizes, car c'eust esté une assez grande obligation pour moy qu'il vous eust pieu la faire faire par quelqu'un de ces coppistes, mais vous estes tousjours dans l'excez d'honnesteté, et en toute façon le livre vous est destiné et le vous aurois desja envoie, n'eust esté que j'attendois un peu de commodité de le parcourir au préalablement pour mieux comprendre l'exemplaire françois que l'on me transcript à Rome; quand il me passera par les mains j'y ferai insérer une feuille de mesme grandeur de l'édition et y transcripre au net le supplément qu'il vous a pieu m'envoier. Le grand froid extraordinaire n'a pas aydé à accellerer les
de Gatel dont le recueil est conservé à Toulouse. Voir sui" les inscriptions de Narbonne un passage d'une lettre de Joseph Scaliger à Claude Dupuy, du i3 décembre 1675 {Letres françaises de Joseph Scaliger, p. 35).
' Charles de Gossé, marquis d'Assigny ou d'Acigné, était marié avec Hélène de Beaumanoir. Talleraant (t. I, p. ^SS-igi) a consacré une historiette aux deux frères, le marquis d'Assigny et le duc de Brissac.
Voici les dernières lignes du récit : «■ Ce M. d'Assigny et sa femme ont fait le plus chien de mesnnge qu'on ayt jamais fait. Il l'a accusée de supposition, et elle luy, d'impuissance. MM. de Brissac ont hérité de ce fou là.» Après la mort du marquis, Hélène de Beaumanoir se remaria avec Fréinçois de Vignerod , marquis de Pont-de-Courlay, gouverneur du Havre, général des Galères, etc.
coppies que nostre homme d'Arles avoit reprinses, mais si. n'en a il plus qu'une vingtaine de feuilletz, et sur ce je Gniray, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce a 9 janvier 1628.
Si M'' de Besly est bien remis, je pense qu'il verroit bien volontiers cez généalogies d'oultremcr, aprez que cez messieurs les auront veiies.
Je pensois vous envoyer un exemplaire du livre de certaines poésies provençalles que j'envoye présentement à M'' de Lomenie *, mais pour ne faire le pacquet trop gi'os, je le vous garderay pour le prochain ordinaire ^.
XGV À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Encores que mon mal se soit grandement radoucy, je ne suis pourtant pas encores quitte du lict, mais j'espère que dans deux ou trois
' C'est évidemment le Jardin deys musos provensalos dont deux éditions furent données en 1628, la première sans nom d'auteur ni d'imprimeur ni de lieu (a vol.
in-16), la seconde ainsi intitulée : Jardin deys tnusos proveiisales divisât en quatre parlidos, per Claude Brueys, escuyer d'Aix (Estienne David, imprimeur du Roy et de ladite ville, i6a8, a vol. in-16). Ce Claude Brueys devait être un parent de David Augustin de Brueys, né à Aix en i64o, l'au-
teur du Grondeur et de L'avocat Patelin. Voir sur Claude Brueys (né en 1670 ou 1571, mort avant 1687, fds de Denis Brueys, qui fut consul d'Aix en iSgi-iSga et d'Anne Maye), Les rues d'Aix de Roux-Alpherand (t. I, p. 77-78). A. Mortreuil a fait réimprimer, en i843, à Marseille, la première partie du Jardin deys musos provensalos dans son recueil de Poésies provençales des xri' et xvii' siècles.
' Vol. 716, fol. a4i.
jours je pourray estre debout, Dieu aydaiit. Cependant vous continuerez encores, s'il vous plaist, mes excuses très humbles si je diffère encores pour ce coup de satisfaire à mon debvoir.
Seulement vous diray-je que nostre ordinaire arriva hier au soir, bien qu'un peu tard, avec vos depesches du aS^fortbien conditionnées, oii je trouvay ce livre de Cardan qui est si joliment imprimé^ et tant d'autres belles curiositez à vostre accoustumée, dont je vous suis tousjours plus redebvable, ne pouvant vous rien dire de destail pour n'avoir eu d'aujourd'huy le moien de voir cez belles pièces. Il fauldra par force différer au prochain ordinaire à mon grand regret. Cependant vous aurez pour arres de quelque espèce de revanche une relation de l'entreprinse de M' de Rohan sur Montpellier, si exactement escripte que je pense que quoy qu'on en puisse avoir veu en vos quartiers, vous ne verres pas moins volontiers celle là, estant dressée sur le récit de deux capitaines qui se trouvèrent sur les lieux en cette occasion là et dont les discours se sont trouvez bien conformes entr'eulx sans rien avoir d'incompatible avec la lettre de M'' du Fossé que j'ay faict transcrire sur son propre originale Et si je puis ravoir à temps deux autres pièces pour ce soir, je vous envoieray par mesme moien une relation fort exacte aussy de l'assassinat commis à Venise contre un vénérable sénateur du conseil d'estat de Venize commis par un des enfants du doge de cette republique, avec la sentence de condempnation qui s'en est
' Aucune des éditions des ouvrages de sonniers ; et ce qui s'est passé du depuis en la
Jérôme Cardan données par les EIzevier déroute de ses troupes devant le for-tSainct-Gilles
ne correspond à l'année 1698. Peut-être (Paris, J. Barbote, i6a8,in-8°). Deux autres
s'agit-il là du livre intitulé : Proxeneta, seu éditions furent données de la la même pièce,
de prudenlia civili, qui , comme nous l'avons en 1 6a 8 , sous le titre quelque peu différent :
déjà vu , parut à Leyde en 1 6a 7. La furieuse et sanglante défaite des troupes du
^ Relation véritable envoyée aux reines par duc de Rohan, dans la surprise qu'il a voulu
M. le marquis de Fossez, gouverneur de la faire de la ville et citadelle de Montpellier, eic.
ville et citadelle de Montpellier, des prati- Le véritable nom du gouverneur et, plus
qu«s... du due de Rohan, sur l'entreprise tard , sénéchal de Montpellier, était celui-ci :
qu'il avoit sur ladite ville et citadelle ; ensemble Gabriel de la Vallée-Fossez, marquis d'E- ■
le nombre et les noms des gentilshommes de verly. Il mourut le 1 o juillet 1 636. remarque qui ont été tués, blessés et pris pri-
ensuivie \ lesquelles je receuz hier au soir par le mesme ordinaire, mais M' nostre Archevesque s'en est saisy pour les faire voir à l'abbé de Foix, qui en est originaire, avant son parteinent, lequel abbé est party incontinant aprcz disner dans son carrosse et a prins le chemin de Thoulouze de peur, ce disoit-il, qu'on ne le chassast d'icy.
J'euz en mesme temps de Venize une lettre de M' de Thou du i8% lequel me mande qu'il estoit sur le point de s'embarquer d'heure à autre pour aller en Gonstantinople, disant qu'il veut revenir par Rome et par ce pais icy, de sorte que je luy vas envoier des lettres de recommandation par tous les endroictz de Levant non seulement du lieutenant gênerai de l'Admiraulté qui y a de grandes habitudes, mais aussy de M'' nostre ])remier présidant, h qui tous les consulz marseillois sont tenuz de rendre compte de temps à autre et du S' Napolon, qui est tout puissant parmy tous ces bachatz et cez turcz^ et luy feray tenir le tout en Gonstantinople, soubz les adresses de M' d'Âvaulx, ambassadeur à Venize, selon son ordre, et puis je vous envoierai sa lettre que j'ay retenue pour ce coup cy ne l'ayant veûe qu'à la desrobée.
On escript de ce pais là que la republique de Venize se resolvoit d'assister puissamment M' de Nevers, quoy que peussent attenter contre luy l'Empereur, l'Espagne et la Savoie qui font desia advancer leurs trouppes vers le Manloiian et Montferrat. Il n'y a qu'une particularité que je n'avois pas sceiie, sçavoir est que le dernier duc Vincent de Mantoiie se voyant hors d'espérance de guerison fit son testament en faveur de M' de Nevers, déclara le duc de Rethelois son vrai et légitime successeur et chef de ses armes, destitua incontinant un autre Gonsaga, qui estoit chef de sa milice, et bailla sa charge au duc de Rethelois, qui s'en rendist bientost le maislre , nonobstant les répugnances que ce Gonsagua avoit voulu faire. Mons'' d'Avaux n'y estoit pas encores arrivé, mais M"" de Saint-Ghaumont y estoit deux jours devant sa mort, l'un et l'autre ayant esté artificieusement retenuz à Thurin par le duc
' Le doge alors en fonction était Jean Gornaro, qui succéda, ie 16 décembre i6a4, au doge Gonlaréno, et qui mourut le i3 décembre 1629. — ' Sur Sanson Napollon voir cidessus la lettre n° LXV, du 10 août 16^7.
de Savoie plus de i5 jours ou 3 sepmaiiies à ce dessein là et dict on qu'il y avoit je ne sçay quoy des misteres de Montaigut meslez parmi tout cela.
Au reste M' de Grequi s'est enfin rangé du costé de M'' le comte de Sault son filz, picqué, ce dict il, de ce que sa femme ne se faisoit que rire de tout ce procez qu'on avoit intenté et a permis la traduction de Gondin dans les prisons de ce palais , auquel on a desia bien advancé le procez et a mandé à Mad" de Grequy qu'elle choisit ou d'estre dans un de ses chasteaux à la Montagne et de passer le reste de ses jours entre quatre murailles ou bien d'entrer dans un monastère. Elle a longuement consulté la dessus premièrement avec ses advocatz, puis avec M' nostre Archevesque, à qui elle avoit voulu remettre et la disposition de ses moiens et de sa vie, et finalement des Pères Jesuistes. Enfin elle a opté le monastère' et pour s'accommoder à la mode a choisy celluy des Garmelites. La question est des biens, car le comte de Sault présuppose debvoir dez à présent d'entrer en la jouissance des biens substituez et M"" de Grequy la confiscation de son dot^ et advantages nuptiaux et quelque chose de plus. Elle n'en vouldroit pas tant donner et eust bien voulu qu'on se fust contenté d'un testament qu'elle avoit faict où elle disposoit de tous ses biens en faveur de M"" de Grequi, mais on ne s'en contente pas, et si elle ne franchit le sault, on veult faire juger le procez contre elle aussy bien que contre les autres, et craignantz que la seulle querelle en supposition de part ne soit pas assez grave, parlent d'y joindre une autre en adultère, voire de revocquer en doubte si elle est fille légitime ou non. G'est par le retour du S' Vallois que toutes ces affaires là ont changé de face. Geste pauvre dame attendoit que le retour d'Aiguebonne et de Bouffin peussent amander un peu sa
' Opter, comme on le voit, n'apasdté lou- médiocres), l'autre à Jacques Amyot (i7 opta
joursunverbeneutre, et au xvi' siècle, on disait pour compagnon au consulat son beau-père Sci-
opter une chose et non opter pour une chose , pion).
comme le prouvent ces deux exemples em- ' Comme Littriî l'a rappelé, d'Aubigné,
pruntés par Littrd, l'un à Rabelais (ceux Molière, Perrot d'Ablancoiu't, Vaugelas, ont
qui en simplicité souhaitent et optent choses employé le mot dot au masculin.
[16'28] AUX FRliRES DUPUY. 521
condition, mais on ne les voit point coraparoistre. Cependant les plumes vertes ont prins l'essort pour une seconde foys et sont disparues, sans qu'on s'en soit apperceu, crainte de se trouver embarassées dans cette seconde requestc.
J'ay prins grand plaisir de voir ce que la cour de Parlement a ordonné en l'aflaire de la supposition du marquis d'Assigny et serav bien ayse de voir i'arrest si on le publie, mcsme qui pourroit avoir coppie de la requeste de querelle principale, je croi qu'elle vauldroit la peine de la fere transcripre et encores plus les conclusions de Mess" les gens du Roy.
Avant que me mettre à respondre à vostre lettre il fault que je vous donne une autre nouvelle de ce pais icy qui ne vous sera pas désagréable, je m'asseurc, c'est qu'auiourd'Imy le prevost du chapitre de l'église métropolitaine de S' Sauveur estant mort, on a proeeddo à reslection capitulaire d'un nouveau prevost en faveur de M"" Marchier, que vous cognoissiez intendant de la maison de M'' nostre Archevesque. Il a eu toutes les voyes et suflVages, nemine discrepante, et en mesme temps a faict tous les actes nécessaires en telz cas requis. Le deffuuct avoit, ce dict on, passé une résignation par devant le vicelegat d'Avignon, espérant qu'un sien frère en peust obtenir la provision avec dispence de quelque année de l'aage qui luy manque," mais la clause de dispence ayant donné quelque subiect de retardement de ses expéditions, je pense que M"' Marchier n'aura pas beaucoup à craindre de ce costé là, et son élection a esté si généralement applaudie qu'il semble que les vœux communs de toute la ville l'ayent porté à celte place, laquelle il remplira très dignement. Elle vault mille bonsescus de rente ou de distributions, de sorte qu'il n'aura plus tant de subiect comme auparavant de dire que la Provence soit un si chetif pays, et la grande amitié que luy porte M' nostre Archevesque faict présumer que ce personnage se trouvant si lionnestement arresté en cette ville, luy y sera par mesme moien tant plus fort arresté du chef de son amy, tellement que nous croions que M'' l'Archevesque d'Aix soit devenu doublement provençal par cette promotion.
lUPBlVEBie lATIOVtLX.
Venant maintenant à vostre lettre, aprez avoir déploré la perte du comte de la Rocheguyon ^ je pense qu'il y aura lieu de se coniouir des ^0 mil livres de rente qui en reviennent à M' le Marquis de Mirebeau^ et des 9 0 mil ausquelz participeront les enfans du P. Gondy jadis gênerai des galères*.
J'ay esté ravi en admiration de voir ce que vous me dictes que les vol. in fol. de Mons'' de Lomenie soient arrivez jusques au nombre de 3oo. On peut bien dire à bon droict que c'est un grand tbresor et qui mérite bien i'enricbissement de la relieure qu'il y a faicte".
J'ay escript à Bourdeaux pour avoir ce jornal du siège de Rhé, croiant que ce doibt estre chose qui ne soit pas de peu de feuilles. On m'en avoit envoie un de ce païs là, qui n'estoit que de deux ou trois cahiers, lequel j'avois négligé, mais je le feray chercher pour voir si ce seroit rien de ce qu'on vous a voulu dire. Bien est il vray qu'on y imprime la relation de la routte des Anglois selon les mémoires de M'' de Schomberg, encores que l'édition en eust esté empesché à Paris, pour donner la preferance à celle de M'' d'Angoulesme'', mais je pense aussy qu'en l'édition de Bourdeaux il y avoit quelque chose de retranché sur les mémoires dudict S"" de Schomberg.
' François de SîUy, comte de la Roclie- {juyon, dont nous trouvons le nom dans la lettre de Dùpuy du 38 décembre 1626 {Appendice, n" XI), mourut à Marans dans les premiers jours de janvier j6a8.
' Jacques Chabot, marquis de Mirebeau, lieutenant géndral au gouvernement de Bourgogne, mourut en mars t63o. C'était un neveu du comte de la Rocheguyon, car son père Jacques Chabot, marquis de Mirebeau , avait épousé en secondes noces Catherine (le Silly, sœur de François de Silly.
' Sur Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères, puis père de l'Oratoire, \oir à ¥ Appendice, n° XXIV, la lettre de Dupuy du 13 avril 1697. M"" de Gondi, la duchesse de Retz, mère (k cardinal, était
Françoise- Marguerite de Silly la Rocheguyon.
' M. Ijéopold Delisle {Le Cabinet des manuscrits, 1. 1, p. 3i5) rappelle que les copies qui constituent à la Bibliothèque nationale le fonds Brienne ctformèrent 358 volumes, que le Gascon relia en maroquin rouge , aux armes de Loménie : un arbre avec un tourteau à la racine, et un chef chargé de trois lozangesn.
' La générale et Jidèle relation de tout ce qui s'est passé en l'île de Ré, envoyée par le roi à la reine sa mère, par le commandement de Sa Majesté (Paris, T. du Bray, 1G27, in-S"). L'Avis au lecteur nous apprend que la rédaction de cette pièce app<irlient au duc d'Angoulème.
J'ay trouvé bien notable que M' d'Elboeuf ' ne se soit pas desdaigné de mettre la main sur le comte de Roussy- et crois que l'adveu de l'ambassadeur de Danemarc sera bien foible s'il y a preuve que ces prisonniers feissent des levées.
Si M" Marescot^ a couru fortune en Normandie pour une affaire odieuse, je crains bien que M' Fortia* ne sera pas plus lieureux ailleurs et s'il s'attaque à des gens rudes avec de si rudes commissions, je ne sçai pas s'il y pourra estre bien doucement traicté. Ce sont de très pernicieuses introductions. Je prie à Dieu de vouloir donner des moiens à cet estât d'y voir bien tost l'authorité royalle establie en son vray lustre.
Au surplus l'excez de vos cérémonies sur le subiect du livre de lucernis^ me rend bien honteux, car quand cela eust esté que je n'en eusse eu qu'un exemplaire, vous n'eussiez pas deub trouver mauvais que j'eusse prins l'occasion de vous envoier quelque chose de vostre goust, mesme s'agissant de si ])eu de chose, n'y ayant rien, ce me semble, de plus doux dans la conversation des amis que de rencontrer de quoy se faire plaisir les uns aux autres, mais pour celluy là croiez, je vous supplie, que je l'avois double et que j'en avois receu un autre exemplaire de la part de M"" Pignoria plus d'un an y a, lequel est dans mon estude relié comme tous les autres, sans neantmoins que j'aie jamais prins la patiance d'en lire plus de deux ou trois chappilres. Demeurez sans aulcun regret de ce costé là pour l'honneur de Dieu, et voyant que nous sommes en lieu si steril des choses curieuses, ne nous enviez pas ce petit contentement de vous en pouvoir faire part, quand nous en trouverons quelqu'une par hâzard qui puisse tomber dans
' Voir sur le duc d'Elbeuf, h ]'j4;);j«irf(ce, dont il est question dans la lettre de
la lettre du lo août lôay, n° XXXI. Dupuy du 4 janvier 16J7, n° XIII de VAp-
' François do la Rochelbucauld , dit de pendice. Roye, comte de Rouci, fils de Charles de In " Sur M. de Fortia, autre maître des re- Rochefoucauld et de Claude de Gonlaut, quêtes, voir la lettre ci-dessus du 8 avril , mourut le 3 janvier 1680, âgé de soixante- 1607, n" XLVII. dix-sept ans. ' Le livre de Fortunio Liceti, déjà sou- ' Marescot était le maître des requêtes vent mentionné.
fi-Jà LETTRES DE PEIRESC [1628]
voslre délectation, attendu que par les mesmes voles que nous pouvons avoir un exemplaire, nous en pouvons bien tost recouvrer un second pour remplacer noz assortimentz.
Je me feis lire cez jours passez les trois satyres de cet Haureus que j'ay trouvées grandement à mon goust et les ay envoiées au Cardinal Barberin par l'ordinaire qui partit bier. Si les libraires en apportent à Paris, comme je m'asseiire qu'ilz feront, j'en acbepterois volontiers une demie douzaine d'exemplaires pour distribuer et envoier à divers amis. Je les ay laict voir à la desrobée à quelques uns de ma cognoissance (jui n'en sont pas demeurez moins bien satisi'aictz que moy.
M' Remius^ ne les tint qu'un soir et neantmoins print la peine de les transcripre bout à bout. Je suis bien ayse que son epitalame ayt esté estimé comme vous dictes et pour l'amour de luy et pour l'amour du bon P. Vassan de qui les cahiers ne larderont pas meshuy d'estre expédiez, mon coppiste ayant achevé de transcripre tout ce qui restoit du troisiesme volume du concile de Trente et n'cust esté que quelques affaires qui l'ont diverty de l'escripture les derniers jours de cette sepmaine , il eust achevé lesdicts cahiers possil)le assez à temps pour les envoier par cet ordinaire icy.
J'ay esté bien ayse d'apprendre que le faict de Strasbourg se trouve si bien descript comme vous dictes dans cette Narratio semestralis Schorchii. 11 fauldra que dans la suitle de ce[tte] foire on aye faict acte de l'installation des Capucins dans la mesme ville et des Jesuistes dans celle de Noremberg, qui est chose que je trouve certainement de la plus grande conséquence qui me sembleroit d'abbord.
J'ay eu grand regret d'entendre que le pauvre Celerier se soit ainsy abruty dans le vin, car aprez cela il ne fault plus faire d'estat d'un honnne, et m'estonne qu'une si grande ville comme celle de Paris ne puisse fournir au moins un honneste homme de libraire qui se donne la peine d'aller en personne à chasque foire de Francfort, sur qui on se peusse reposer de ce qu'on en vouldroit faire venir, car pour ceux
' Abraham Remy, le poêle ci-dessus mentionné dans la ledrelAXXVI, du 8 janvier i6a8.
qui n'y envoient que de jeunes commis, c'est grand liazard quand ilz s'en veulent acquitter comme ilz doibvent.
Je verray fort volontiers cest Eiisebe contra Marcelhim en grand papier aussy bien que la bible des 70, mais parceque M' Biion m'en avoil faict feste, il fault esviter qu'elle ne nous vienne pas deux lois.
Puisque vous faictes si volontiers des cérémonies, il me debvoit bien estre permis d'en faire sur le subiect de ce livre Lukii numismalum unius seculi, que vous ostez d'une si digne bibliotbeque que celle de M' de Thou pour m'en enrichir moy. En quoi il y a de l'injustice d'aultant que ceste bibliotbeque la est si utilement exposée aux gens de lettres qu'elle ne debvroit jamais estre dezassortie de quoy que ce t'ust et encores moins en faveur de gens faiclz comme moy ausquelz la pluspart des bons livres manquent, mais je ne veux pas faire comme vous pour ce coup pourveu que ce soit sans conséquence et vous en remercie trez liumblement.
J'ay vcu ce que M"" du Puy vOstrc frère a prins la peine de cotter sur les cahiers du Gervasius Tilleberiensis, en quoy ma conjecture s'est trouvée fort bien vérifiée non seulement de ce qui estoit tiré du livre des taxes de la chancellerie, mais encores de cette petite mention du ponte Sixlo, qui me faisoit revocquer en double la fidélité de beaucoup d'autres choses du texte mesme. 11 fauldra un jour collationner ces deux m[anu]s[crit]s l'un sur l'aultre, mais parceque le nostre de deçà n'est qu'un petit livre in lx° assez portatif, je croi qu'il vauldra mieux que je vous l'envoie par la première commodité, et en un besoing M'' du Cliesne prendra la peine de les conférer ou bien vous fournira quek[u'un qui se donne cette patience de pardelà sans faire fere un si long voyage au livre de M"" de Thou qui est indubitablement le meilleur et qui par conséquent doibt estre plus soigneusement conservé que l'autre.
Je plains grandement la disgrâce de M"" le Conseiller d'Agut d'avoir manqué de se trouver en une si bonne compagnie chez M"" Pelletier. J'eusse bien voulu avoir le bien d'eslre d'une si bonne partie. Nous
pouvions bien attendre icy ledict S' Pelletier comme il noua avoit voulu l'aire espérer.
Si les observations de l'eclipse que cez M" ont mis par escript se peuvent voir, nous en serons infiniment ayses et eiicores plus de voir la réfutation que l'on promect de cette cyclometrie. Vous remerciant de l'indice que vous nous avez donné du nom de l'aulheur, qui est en si belle réputation et qui a faict tant de plaintes de ceux qui s'estoient flattez en cette matière auparavant lui que je ne puis assez admirer qu'il se soit ainsy laissé abuser.
J'ay veu l'escripture de ce nouveau copiste que vous m'avez arré ' pendant l'absence de Quentin et la trouve fort bonne à mon gré. Vous m'obligerez grandement et M' vostre frère de lui donner de l'employ pour l'amour de moy en de si belles curiositez, ayant prins plaisir de voir ces bulles et lettres royaulx que Mons' le Prince a faict expédier pour son église et prendray plaisir de voir de sa main le supplément de cette feuille des epistres de S'* Catherine de Sienne.
J'ay trouvé le brief de M'' de Scliomberg bien honorable et seray encores plus friand de celluy de M'' de Thoiras, s'il se peut avoir, mais il me semble qu'il y en debvroit avoir un autre en mesme temps au Roy sans attendre le subject du triomphe tout entier^.
Noz roses et noz jassemins^ sembloient avoir voulu attendre seulement que M' nostre Archevesque eusse eu le plaisir de les voir en cette saison, car peu de jours aprez son retour de ce voyage du bas pays.
' Auquel vous avez donné des arrhes pour moi, dont vous m'avez assui'é le service. Guez de Balzac écrivait errhé pour aiTc et d'Aubigné erré.
^ On conserve à la Bibliothèque nationale ( LB , 3 6 , 2 5 8 i ) une plaquette intitulée : Lettre de notre Saint-Père le pape Urbain VIII à monseigneur le comte de Chomberg (3 décembre i6ay). Paris, F. JuUiot, 1628, in-8°. Si Urbain VIII honora d'un bref les vaillants advei-saires des huguenots , Scliom-
berg et Thoiras, il honora de ses vers latins Louis XIII, vainqueur des Rochelois. Voir à la Bibliothèque d'Inguimberl le registre XXXVII de la collection Peiresc (fol. 5i).
' Olivier de Serres écrit ce mot jessemins. A propos des jasmins cultivés dans les jardins de Belgentier, je citerai un intéressant article de M. Ch. Joret dans la Revue critique du 2 4 décembre i883 sur h jasmin d'Espagne {Variétés, p. 5i2-5i5).
nous avons ressenty de si grandz froidz de pardeçà et y a eu si grande quantité de neiges en plusieurs lieux que c'est chose fort extraordinaire pour ce pays, et je crains bien que les pauvres rosiers, jassemins et orangers s'en ressentent. Le temps s'est neantnioins fort modéré depuis cette sepniaine. Dieu mercy, et crois bien que les rigueurs n'auront pas esté si grandes en voz quartiers, où les venlz ne sont pas si violentz que par deçà. Je prie Dieu qu'ainsy soit et que j'aye aultant de moien de vous rendre et à M'' vostre frère les effectz de mon service que je souliaitterois comme je suis de tout mon cœur,
vostre trez humble et trez obligé serviteui-, DE Peiresc.
D'Aix, ce samedy au soir, 5"" febvrier i6a8.
A cause du voisinage et de la prière de M'' de l'Estoille secrétaire de M' l'Archevesque', je vous recommande un pacquet au S' Faydeau et mon frère de Vallavez icy présent vous baise trez humblement les mains comme moy à l'un et à l'autre ^
XCVf À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y,
À PARIS
Monsieur, Me voicy debout. Dieu mercy, mais ce peu de temps que j'avois tenu le lict il s'estoit accumulé tant de compliments et d'expéditions à faire
' C'était un des trois lils de Pierre de iiiqueur: ttllsëtoient trois frères, l'aîné qui
i'Estoile, l'audieiicier à la chancellerie Je mounit jeune, le second qui fut secrétaire
Paris, l'auteur des Eeirklres-journaux rela- du cardinal de Lyon, et celui-ci, qui étoit le
tifs aux règnes de Henri lll et de Henri IV. troisième , qui n'eut point d'autre emploi que
Voici comment Pellisson (dans sa notice sur celui des belles-lettres et de la poésie, où il
Claude de l'Estoille, sieur du Saussay, Uis- se rendit très célèbre. b toire (le l'Académie française, édition de ' Vol. 716, fol. q/iG.
i858, t. I, p. a/i6) parle du fds du chro- s
que malaisément pourray-je rien acquitter de ce coup de ce que je debvrois à plus juste filtre. Vous estes si bons que vous me pardonnerez de vostre grâce, s'il vous plaict, encores pour ce coup cy.
Vostre despesclie du 6 de ce moys arriva hier fort bien conditionnée, ensemble deux exemplaires de la n'^ partie du Pliylarque soubs lenveloppc du S"' Buon et des nouvelles fort particulières de la Cour et de Paris, dont je vous rends mille grâces. J'ay veu le récépissé de Cellerier et le mémoire des derniers livres par luy fournis qui m'ont faict remonter la rougeur au visage comme auparavant ne pouvant patiemment supporter le trop grand soing et punctualité que vous daignez apporter à l'acquisition de mes livres, dont je vous crie mercy avec supplication de ne vous plus attacher à cez primeurs et au destail, si vous me voulez laisser en liberté de recourir à vous sans regret à l'advenir, autrement vous me donnerez subject de m'abstenir dezhorsmais de vous donner cette peine.
J'ay pareillement veu la mémoire des livres tant dudict Gelerier que autres dont s'est composé le ballot du S"" Cramoisy du 3o janvier, où j'ay aussy trouvé de fort curieuses pièces, mais un peu de mortification aussy de roir revenir ce chetif livre de Rome, in li°, et que vous ayez prévenu la réception de mon Gervasius Tilleberiensis, que j'avois faict dessein d'enclorre dans la présente despesche, de sorte que j'ay esté constrainct de le retenir pour attendre le vostre et les conférer tous deux icv, puis que nous les y tiendrons. Cependant je vous en faicts à l'advance mille trez humbles remerciments, et seray bien aise que ledicl S'' Cramoisy y aye joinct son Eusebe, et le serois encores davantage s'il y avoit mis par mesme moyen la bible gr[ecque] l[atine] en fin papier, car M'Marchier, noslre nouveau prevost de l'église métropolitaine, en désire un exemplaire et le S' Buon m'en promet un de son costé, mais il les fauldra avoir l'un et l'autre à part, puisque le ballot est party comme vous dictes, afin que j'aye de quoy contenter ledict S"' Prévost et m'en assortir moy aussy.
Monsieur Rigault m'oblige infiniment d'agréer quej'aye cet inventaire de livres grecs. J'ay receu de la part de M"^ Cardon de Lyon un exem-
plaire de ce géographe grec de M' Godefroy \ sans aulcuiie sienne lettre et ay prins plaisir de voir cette ancienne version (où j'ay trouvé des choses de mon goust aussy bien qu'aux notes) et de voir la gentilezze de l'esprit de celuy qui a suppléé le texte grec si joliment-, mais je ne sçav ofi il est allé tirer par les cheveux l'occasion de me nommer, en quoy je luy ay de l'obligation de la bonne volonté, sans neantmoings pouvoir comprendre qu'il en eust aulcun subjcct, ne sçaichant pas (comme il ne le pouvoit sçavoir) si je voulois advoiier ou non l'édition des pièces dont il parle. H y a des gents qui pensent qu'il ne fault que nommer tout le monde, à tort ou à travers, à propos ou non, ce qui n'est pas tant de mon humeur, comme vous sçavez, et de faict si tost que je l'ay veu, j'ay faict reimprimer ce carton en la forme que vous verrez au feuillet cy joinct, que je vous prie de changer en vostre exemplaire pour l'amour de moy, car je ne suis pas encores résolu si je mettray mon nom en l'édition de cez fastes^ dont il vcult parler ou non. Et luy ay envoyé par Lyon à Genève quelque nombre desdicts cartons reimprimez pour les changer au moings en ceux qu'il distribuera à ses amys de ma cognoissance.
Il me tarde d'ouyr dire le sentiment de M'^Saulmaise sur l'inscription des célèbres chevaux des Jeux Circenses, et de voir, s'il est loisible, l'observation de l'ecclypse par les S" Midorge, Morin" et des Hayes*, comme aussy d'entendre que le P. Goulu se soit mis à bon
' Vêtus orbis descriptio Grœci scriptoris (Genève, in-4°).
^ Le marquis de Godefroy Ménilglaise a jugé le travail de son aïeul comme le jugeait Peiresc. Voici ce qu'il dit {Les savants Godefroy, 1873, p. io3) : (tll ne restait de celte géographie composée vers 3/17, qu'une version en latin barbare. Au moyen de cette version, Jacques parvint à restituer le texte grec qu'il accompagna de notes utiles. 1
^ C'est-à-dire les chroniques contenues dans le manuscrit de Constantin Porphyrogénète.
* L'astronome Jean -Baptiste Morin naquit en février 1 583 à Villefrancbe (Rhône), devint en 1 63o jirofesseur de matliématiques au collège royal de France, et mourut à Paris en novembre i656. Voir sur lui le Mémoire historique et littéraire de l'abbé Goujel (t. Il, p. i37-i47).
^ Des Hayes, baron de Cormeniu, le père, est le célèbre voyageur qui, en i6a4 , publia le Voyage du Levant [\a.-!i°). On l'a trop souvent confondu (même un géographe tel ([u'Eyriès, de l'Institut, dans la Biographie universelle), on l'a, dis-je, trop
IlfPJllHCIie NATIOnALK.
essiantsur la réfutation du livre de du Moulin dont je ne double poinct qu'il ne s'acquitte très dignement ^
Je loiie la curiosité de M' du Moustier^ à examiner le dessain du dragon et l'imagination qu'il a eiie de l'employ d'un caméléon. Le premier voyage que je pourray faire à Marseille, j'en veux voir exactement deux ou trois qui sont dans un cabinet, que j'avois autres foys négligez, mais dont je me veux rendre plus curieux dezhorsraais^, car je me suis tousjours desfié de la fidélité, à cause que les anciens ont souvent peinct des serpens aislez, mais non pas jamais avec des jambes ne de griffes.
La lettre de M' de Thou estoit extrêmement bonne à voir, tant pour la réception et première audiance de M"^ d'Avaux et pour l'honneur et favorable accueil faicl à sa persone propre, dontjesçay trez bon gré audict S' d'Avaux, que pour le procédé de M" de Caudale* que je ne Juy sçaurois pardonner et qui n'a pas servy à l'affaire d'un certain du
souvent confondu avec son fils, qui, en 1C99, fui charge' d'une mission en Danemark et en Moscovie, et qui, s'ëlant jeté dans le parti de Gaston d'Orléans, fut, comme traître, décapité à Béziers le la octobre 1682. Ce qui a aidé à la mépi-ise que je signale ici , c'est que le père et le fils : i°ont été gouverneurs de Montargis (le second avait la survivance du gouvernement de son père); 9° ont l'nn et l'autre beaucoup voyagé; 3° ont également laissé des relations de leurs voyages , le premier ayant , comme nous venons de le voir, fait imprimer son Voijage du Levant en i()2/i, les Voyages au Danemark du second ayant paru trentedeux ans après son supplice, en i66'( (in- 12). Voir dans le Recueil Avenel (t. VIII, p. 89) une intéressante note au sujet du jière et du fils.
' Dom Jean (iohIu, le général des Feuillants , avait déjà réfuté ( 1 Gq 0) le livre du ministre Pierre du Moulin, De la vocation des pasleun, réfutation intitulée: Réponte tm livre
du minisire Du Moulin, ^ic. Mais il n'eut sans doute pas le temps (étant mort le 5 janvier 1629) de combattre la Nouveauté du Papisme {Sedan , 1697).
' Daniel du Monstier ou du Moustier, un des plus habiles peintres du xvu' siècle , naquit en mai 167^ à Paris, où il mourut eu juin i646. Ce fut un ami et un correspondant de Peiresc; un ami aussi de Mallierbe, dans la correspondance duquel sou nom revient bien souvent.
^ Peiresc tint parole et il s'occupa si bien de caméléons, qu'il en est abondamment parlé dans un grand nondjre de lettres écrites à plusieui-s de ses amis.
' Henry de Nogaret la Valette, comte, puis duc de Candalle, un des (ils du dur d'hpernon, naquit en lôtji et mourut à Casai en février 1689. Il était depuis 169/1 au service de la république de Venise, qiii le nomma généralissime de ses armée.s en i63o.
Plessis, qui a esté arresté icy, disant qu'il alloit trouver ledicl S' de Caudale et Mad*" de Rohan K Mais ce que dict M' de Tliou de l'affaice de ce Heuier Zeno et de la procédure de ce pauvre dogge de Venize^ est excellent à mon gré et bien digne de n'estre pas iguoré et qui ne debvoil pas estre obmis en ia relation que je vous en cnvoyay la semaine passée.
Je pensois pouvoir envoyer par cet ordinaire à M"" de Tbou les lettres qu'il m'avoit demandées pour les consuls de la nation françoise eu Levant et ay desja celles de M' nostre premier présidant, de M"^ Viguier consul de Syrie à touts les vice consuls de Seitte, Alexandrette et Alep, attendant à ce soir celles du lieutenant de l'admiraulté, mais les meilloures me manquent à mon grand regret, qui sont celles du S'' Sanson Napoloii, qui ne s'est pas trouvé à Marseille quand je l'en ay prié, car il a de grandes et puissantes habitudes avec cez Bassa et inesmes avec l'intendant des jardins du Grand Seigneur en Constantinople et envers plusieurs autres, dont j'estime bien plus les cognoisçances que de cez pauvres consuls. 11 fauldrà suppléer. Dieu aydant, par le prochain ordinaire.
Les enlreprinses de l'Empereur sur la ville de Strasbourg me sont fort suspectes en cette saison, et celles du duc de Savoye contre le duc de Mantoiie me semblent aussy un peu à contretemps. Vous verrez les bruicts de ce costé là qui sont venus à Marseille, ce qui seroit bien mauvais si l'affaire passoit plus oultre, principalement pour nous qui sommes les plus proches voisins. On avoit eu quelques ombrages et soubçons d'entreprinses sur cette coste qui ont faict mettre les galères en estât pour y résister y en ayant touts les jours deux qui sortent à la mer pour faire la descouverte.
Ce Du Plessis qu'on a arresté icy passoit en poste masqué, et le maistre de poste luy ayant dict qu'il falloit aller voir M"" le premier présidant s'il vouloit avoir des chevaulx pour passer plus oultre , il fut
' Sur Madame de Rohan (Marguerite de Mhune) voir plus haut les lettres n" XL et I.XXl. — 'Le doge Jean Cornaro dont il a été question dans la lettre précédente.
53'i LETTRES DE PEIRESC [1628]
si fou que de respondre qu'il n'en vouloit rien faire et qu'il iroit plustost à pied. On le fit suivre et r'amener bien viste. 11 ne se fit pas donner de torture pour dire qu'il s'en alloit à Venize trouver M'"de Caudale et Mad""" de Rohan et pour remettre des lettres qu'il avoit pour l'un et pour l'autre, ensemble 3 ou 4 chiffres, du temps qu'il estoit à l'abbé Ruscelai ^ à la suitte de la Royne mère. 11 avoit une lettre de Balzac du plus haut style à un nommé Seillon ^ et quelques autres qu'il ouvrit luy mesmes incontinant, et estoit blessé au visaige d'un coup de baston, ce disoit-il, qui faisoit soubçonner qu'il n'eust esté battu en esvadant de quelque autre endroict oii il eust esté saisy. Tant est qu'il a esté arresté et touts ses papiers envoyez au Roy. Il attendra en prison la responce de Sa Ma'*'.
Quant à l'affaire de Mad'^ de Crequy, on a ce matin decretté les informations et ordonné qu'elle respondroit sur les charges résultants du procez par devant les commissaires de la cour à ce députez et que pour cet effect elle viendroit dans le palais. Elle avoit hier présenté requeste pour demander dellay aux fins de délibérer si elle demanderoit son renvoy ou non là oii le privilège de sa qualité le luy pouvoit permettre. Il fut dict que sa requeste seroit monstrée au procureur gênerai du Roy et à sa partie, mais elle ne l'a pas rechargée à ce matin. On a par mesme moyen ordonné que diverses personnes viendroient pour estre oiiyes comme tesmoings, tant du Daulphiné que de ce pais, entr'autres un P. Flotte, jésuite, confesseur d'une damoyselle de chambre de ladicle dame nommée Montagne, à qui elle s'estoit descouverte de tout ce dessain de supposition hors de termes de confession formelle, parlant, ce dict elle, debout. Lequel la dissuada du dessein qu'elle avoit eu de sortir du service de ladicte dame pour ne
' lUicellaï, d'abord abbé de Signy, puis nom parmi les correspondants de Balzac. Le
abbé de l'Hort-de-Poitiere, ^tait fils d'An- nom qui s'en rapproche le plus est celui de
nibal llucellaï, gentilhomme florentin; il Silhon; mais, comme Peiresc, ainsi que nous
mourut du pourpre le aa octobre 1629, l'avons déjà vu, connaissait Jean de Silhon,
comme on peut le lire dans les Mémoires de il n'aurait pas dédaigneusement dit de lui
Bassompierre (t. III, p. i54). crun nommé SeillonTi.
' On ne trouve aucun j)ersonnage de ce
s'engager en cette mauvaise aflaire, de peur de perdre, ce disoit il, sa fortune et ne manquer de servir M'' le comte de Sault, comme elle présuppose. On a encor ordonné que l'information secrette que le S'' de la Baulme, conseiller au parlement do Grenoble, avoitfaicte sur le mesme subject seroit apportée. Le traicté d'accord a servy aux querellants pour faire advouer plus librement la vérité de toute cette affaire, et cette dame s'estoit laissé porté à consentir la séparation de lict, la déclaration de sa stérilité, sa retraicte en une de ses maisons et en un monastère si elle en pouvoit supporter l'austérité, la déclaration de l'ouverture du fideicommis au comte de Sault, l'adjudication de sa dot à son marry, ne se reservant que 5o mille 11. [livres] de rente sa vie durant et la disposition de 3 00 mille escus et de ses bagues. Mais tout cela a esté refusé pour ne trouver aulcune seurté de contracter de la sorte avec une mineure d'ans, entre marry et femme et avec une personne mise en prévention, teniie comme prisoniere àl'arrest de cette ville, qui sont trois causes de restitution en entier bien evidantes.
Sur quoy, aprez avoir trez humblement salliié Monsieur vostre frère, je finiray demeurant ,
Monsieur,
vostre trez humble, obéissant et obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 12 febvrier au soir i6a8.
Je vous recommande la lettre cy joincte de noz bons pères reformez de la Trinité à leur gênerai aux Maturins. Ce sont de si bonnes genls qu'ils sont infiniment estimez et aymez en ce païs icy, mais d'autres qui se disent reformez seulement de nom les persécutent sans cesse. Ils implorent la protection de leur gênerai. Si vous avez du credict ou que par voz amys vous puissiez obtenir quelque chose à leur faveur, vous m'obligerez infiniment et à tout le moings de faire retirer un mot de responce de ladicte lettre. Excusez moy de cette peine et me commandez en revanche.
Je vous envoyé une lettre d'Allep d'un lapidaire curieux qui s'en va
53â LETTRES DE PEIRESC [1628]
au royauline de Dealcaii' et du Mofjor, s'il peult passer, comme il a faict autres foys. Vous verrez ce qu'il dict de la desfaicte des Turcs à Arzeroii^.
Le S' de Valbelle, lieutenant de l'adrairaulté, vient de ni'apporter les lettres de recommandation pour M"' de Thou aux consuls du Levant et en Constantinople, où il a voulu à toute force mettre une lettre de ci'edit de mille escus, J'envoye le touî par cet ordinaire à Lyon souhs l'enveloppe de M' l'Ambassadeur de France à Venize, selon l'ordre de M' de Thou et la semaine prochaine j'envoyeray, Dieu aydant, les autres lettres du S"" Napolon.
J'ay eu une lettre de M' d'Orléans de Paris du 1 7 janvier, où il ne m'acuse pas la réception de la lettre que je luy avois escritte touchant l'advis du Cardinal Barberin sur le livre de du Moulin. Je vous supplie de trouver quelque moyen de luy faire tenir celle que je luy escripts présentement à l'assemblée, parcequ'elle m'importe ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre depesche du unziesme avec les livres des Oraisons de Heinsius* et l'apparat '^ des fondemens de l'Eglise S' Ignace de Rome, ensemble la lettre de S' Eucher*^ et les papiers que je vous
' Dëcan , Dekkan , contrée qui comprenait tout le sud de l'Inde et qui fait aujourd'hui partie des possessions anglaises.
' Aujourd'hui Erzeroum, ville de la Turquie d'Asie, province d'Arménie.
' Vol. 716, fol. aSi.
' Danielis Hetnsit Oralioiium edilio nova; tertia parle auclior ; cœleris sic recenskis , ni alia videri possil (Leyde, Elzevier, 1627,
in-8°). C'est la quatrième édition de ce recueil, qui se compose de trente -quatre pièces.
' Le mot apparal doit-il se prendre ici pour dessin, plan, comme le sens semble bien l'indiquer? Je ne trouve aucun autre exemple de l'emploi d'apparat avec cette signification.
" Voir sur saint Eucher, évêque de Lyon .
|t628] AUX FRERES DUPUY. 535
renvoie, dont je vous remercie 1res affectueusement, ayant trouvé l'orl beau ce règlement du Conseil , mais Dieu sçait s'il sera mieux observé que les précédents. La lettre du 2 5« janvier est excellente à mon gré et digne de garde. En revanche je vous en envoie une de M'' Holslenius que vous prendrez plaisir de voir, je m'asseure, non seulement pour le beau jugement qu'd faict du m[anu]s[crit] grec et autres bonnes curiositez, mais aussy pour la boiuie nouvelle des benelices que le Pape luy a conférez si libéralement et si honorablement de la despouille d'un gros milord ' de son païs. Je vous envoie aussy les vers de nostre S' Père le Pape pour le Te Deum laudamus et pour la retraitte des champs, que je trouve trez beaux et excellenlz. Les vers du S' Rcmy y ont esté bien agréez^ comme vous pourrez voir dans la lettre de M'' le Cardinal, qui en a escript fort lionorablement à l'autheur, ce qui luy donne bien du courage. Il a entreprins encores une autre pièce, qui sera bien meilleure pour le temps, dont je ne manqueray pas de vous faire part si tost qu'elle sera achevée.
Or pour respondre à vostre lettre, j'ay esté bien ayse d'apprendre l'advis de cette affaire de la supposition d'Orléans^ et que M"" de Pontcarré vous face espérer une relation du procez du marquis d'Assigny, et encores plus de ce que M' de Saulmaise n'a point mauvaise opinion du m[anu]s[crit] grec*, lequel je suis tout résolu de vous envoyer par la première commodité asseurée que je trouverai, et si M' de Marseille s'en fust allé droit à Paris, je l'en eusse chargé, mais il s'en va à Poictiers.
V Histoire littéraire de la France (t. II, p. 975agi). La lettre dont parle Peiresc est celle qu'Eucher l'crivil à saint Ililairc, depuis évêque d'Arles , et qui fut publiée avec les œuvres ascétiques de rév6({ue de Lyon par les soius du P. Turrien . jésuite ( Lyon , chez François de la Bottiere, 1627, in-ia).
' C'est-à-dire d'un iinport<»nt personnage. C'est le cas de ra|)peler celte phrase d'Henry Eslienoe dans le latiffoge français italianisé : »Ge mol n)ilord ne peut être trouvé estrange
aux François, pour ce que, déjà lonfr tenqis a , on a accoustumé de dire par joyeuseté un gros niilort en signifiant un grand seigneur, s
' Les vere d'Abraham Reiny, h l'occasion du niiu-iage de Thadée BarlHjriii, neveu des cardinaux de ce nom, avec Anna Colonna.
' Supposition de part, connue celle que l'on reprochait à M'"' de Créquy.
' Le manuscrit de Constantin Porphyrogénèle.
M' d'Agut est arrivé depuis lundy en fort bonne disposition, Dieu mercy, et m'a rendu la liasse de papiers que j'ay trouvé Irez rares et dignes de vostre choix, principalement cette relation de M' de Bassompierre en Espagne ' et cez pièces de Lorraine. Au reste ledict s' d'Agut ne se peut assez loiier des faveurs dont vous n'avez cessé de le combler durant tout son sesjour et vous eust bien volontiers escript par cet ordinaire, mais il est tellement accablé depuis son arrivée, qu'on ne le laisse respirer en façon quelconque. Je me suis resjouy de voir que M' de Belly^ soit en estât de pouvoir souffrir quelque petite mortification de vostre part sur le subject de ces généalogies d'oultremer. On m'escript de Rome que ma coppie de cez Assises en françois est desja fort avancé et que je ne tarderai pas tant de l'avoir comme je pensois. Je ne crois pas pourtant que ce soit si lost que je n'aye un second exemplaire de l'édition de Venize, dont on me donne desja fort bonne espérance, ce qui fera cesser tous ces scrupules dont vous vous mettez si en peine, bien que vous ne le deussiez pas faire, ayant affaire à un homme si ennemy des cérémonies comme je suis. Je suis marry que nostre nouveau copiste soit plus lent que Quentin, mais si l'un ne suffit, je serois d'advis d'en prendre deux pour suppléer à ce deffault, tant y a que je suis bien ayse d'avoir ce peu qui se pourra avoir de cette chronique de Pise. J'ay apprins qu'il y en a un autre exemplaire à Bruxelles dans la bibliothecque de l'Infante soubz le tiltre de chronique des Pisains. Je pense que ce soit la mesme chose et possible que M"' le Nonce vous en pourra esclairer par ce que tout cela est passé par ses mains.
Je crois que la préface du Père Morin ' à la bible dez Septante ne
' Cette relation parut quarante ans plus ^ Le P. Jean-Baptiste Morin, de l'Ora-
(ard sous ce titre : Ambassade du mareschal toire, naquit à Blois en iSgi et mourut à
de Bassompierre en Espagne l'an i6si. A Paris, en février lôSg. Voir sur la Bible
Cologne, chez Pierre du Marteau (en réalité des Septante du P. Morin [Biblia grœca sive
à la Haye, imprimée par les Steucker), Vêtus TestainentumsecuiidumSepiuaginta, etc.
1668, petit in-19. Paris, 1628,3 vol. in-folio), Y Essai de biblio-
' L'historien du Poitou déjà nommé, graphie oratorienne par le père A.-M.-P. In-
Jean Besly. gold (i88o-i88a, p. 1 la-i i3). On trouve.
sera que trcz bonne, mais il eust esté à désirer qu'on eust eu l'advis du feu pcre Fronton' sur cela. Pour l'Eusebe, je ne [m'estonne pas que Cramoisy ayt obmis de l'adjouster à vostre ballot, ayant esprouvé ce qui est de sa naturelle discourtoisie^. J'avois escript à Bourdeaux pour avoir ce journal de l'isle de Ré, mais puis que c'est à Thoulouse qu'il est imprimé, je tascheray d'en avoir de Thoulouze* pour vous et pour moy ensemble de cette relation de Montpellier que vous dictes y estre imprimée*. L'arrest contre lyp de Hohan est imprimé en cette ville. Si la Miltiere y est conduict^, je ne pense pas qu'il s'y trouve trop bon marchand*'. Cet arrest du Conseil contre le S"" du \ icquet et celluy du Parlement de Rouen pour son restablissement ne seront pas moins curieux que ceux du président Chevalier'' et ceux de l'affaire des procureurs au parlement de Paris.
J'ay bien de l'obligation à M'" de la Marche Gobelin de l'honneur de son souvenir et de la faveur qu'il nous faict de treuver bon que nous ayons de ses nouvelles. Je vouldrois bien le pouvoir servir en revanche et ne faudray pas à la première commodité de l'en remercier. Cependant je vous supplie à la première rencontre luy vouloir
dans le titre de l'ouvrage, cette indication sur la préface : Cum prolixa ejus prœfatione , in qua dkseril de aiiclovitale LXX inlerpretum.
' Voir, sui' le père Fronton du Duc, la lettre XIV h Dupuy, du ao décembre 1626.
^ Le mot discourtoisie est dans les Essais de Montaigne et dans Yllistoire universelle d'Agrippa d'Aubigné.
' «Journal au vrai de ce qui s est passé dans l'ile de Ré, depuis ta desccnle des Anglois jusques à leur fuite et rembarquement; avec les lettres écrites sur ce sujet, et réponses. Mandé en forme de lettre à un notable personna/je de France, par un gentilhomme de la citadelle S. Martin de ladite ile de Ré. ( Tolose , par U. Coloraiez, i6a8, in-S".)»
' Dans le Catalogue de la Ribliotlièque
nationale {Histoire de France), on n'indique aucune relation d'événements de Montpellier imprimée à Toulouse. J'y trouve seulement, pour ce qui regarde le Languedoc en 1 6a8 , mention de " La nouvelle défaite des troupes du duc de Rolum, par M, de Péraut, gouverneur de Beaucaire en Languedoc, du 16 février, pièce imprimée à Tlioloze par R. Colomiez et réimprimée à Paris par J. Brisson(i6a8,in-8'')''.
' Voir sur la Milletière, à l'Appendice, la lettre de Dupuy n° XXXI, du 6 août 1627.
" Litlré a retrouvé cette loculion dans Scarron, dans Hamillon, etc.
' Sur Nicolas Chevalier, premier président de la cour des Aides, voir, à V Appendice, la lettre de Dupuy n" XXII, du at mai-s
ivritivEtic mrtoifiLC.
faire mes excuses, ensemble à M'' Grottius et à ce^i autres messieurs envers lesquelz je n'ay peu m'acquitter de mon debvoir pour les maladies qui me détiennent quasi tousjours dans le lict il y a desja un mois, ayant eu cette sejimaine une recheute assez importune de ma suppression d'urine, mais je suis, Dieu mercy, en beaucoup meilleur estât que je n'avois esté jusques ast heure ^ et espère bien tost la guerison et un peu plus de forces et par conséquent de moiens de servir mes amis et principallement vous.
Monsieur, comme
vostre trez humble et obéissant serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 19 feljvi-ier 1628.
Madame de Crequy a esté interrogée par ses commissaires, mais elle a refuzé de respondre insistant à declinatoire et au renvoy par devant M" du parlement de Paris pour le privilège de la qualité de duc et pair qu'elle présuppose estre commune à elle comme à son marry. La Cour n'a pas encores délibéré la dessus, attendant le retour de l'huissier qui est allé à Grenoble pour faire appointer l'information du s"" de la Baulme et faire venir un père jesuitte, ensemble un domestique du comte de Sault.
J'ay apprins que M'' le Pelletier a de grandes habitudes avec le P. gênerai des Mathurins et crois bien qu'il ne fera pas difiiculté pour l'amour de vous et de nous d'y employer son crédit en faveur de ces bons pères de son ordre que nous avons en cette ville, dont je vous adressay une lettre par le dernier ordinaire.
J'oubliois de vous remercier de l'advis de cette nouvelle espèce de vers qui ont quinze et vingt testes partant d'une mesme racine, ce que j'ay trouvé fort estrange et qui mérite bien à mon advis d'en voir le dessein et de sçavoir de quelles mers sont venuz cez animaux^.
' Abréviation pour jusqu'à cette heure. On sait que le bon Henri IV avait l'habitude de dire et môme d'ëcrire ast hure. — * Vol. 716, fol. 254.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY, A PARIS
Monsieur,
Nous eusnies hier au soir vostre despesche du 1 8 bien conditionnée, mais encores que depuis trois jours je me porte beaucoup mieux que devant, il ne me sera pas encores possible de satisfaire à mon debvoir envers vous et cez messieurs, dont j'espère estre excusé par vostre bonne et favorable entremise.
Ce qui avoit apporté quelque desordre h noz courriers nouvellement establis estoit qu'ils ne trouvoient pas assez de temps entre le dimanche et lundy pour arriver à Lyon opportunément avant le partement de l'ordinaire qui en part le mardy, soit à cause des mauvais chemins et des rivières gelées durant les derniers froids, soit par la négligence des maislres des postes à donner des chevaulx uniques sans postillon et sans payement presant et manuel lequel leur est réservé à faire par quartiers, ou bien par le retardement que leur font les gouverneurs des lieux qui sont sur leur chemin, de sorte que ])our les attendre à Lyon on a esté constraint parfoys de retarder lordinaire de Lyon jusques à porte fermante Encores une fois ne partit il sans avoir son expédition, ce qui fit que vous ne la receuttes que par le suyvant ordinaire, et je pense que cez retardenients ont esté cause que les lettres de l'ordinaire de Lyon qui vous souloient estre rendues le saramedy au soir ou le dimanche au plus tard ont souvent passé jusques au lundy. Pour à quoy remédier, on s'est résolu de changer un peu l'ordre et de donner un jour de plus auxdicts coui'riers d'icy à Lyon pour leur commodité et pour celle de M"" de Fetan, qui veult avoir i'advantage d'accompagner de ses lettres ces despesches
' Jusqu'au moment de la fermeture des portes de la ville.
qu'il reçoit d'icy pour le public et pour ses amys; et pour cet effect on s'est résolu de luy donner dezbormais le sanimedy tout entier, si besoing est, oultre le dimanche et hmdy afin que les coui'riers partis d'icy le sanimedy arrivent à Lyon le lundy au soir pour luy donner loisir de faire à son aise les despesches de la Cour et de Paris; et d'aultant que cela nous oste icy tout le temps que nous pouvions avoir pour respondre, on s'est advisé de le remplacer, en sorte que de la semaine que vous aviez de par delà quasi toute entière pour faire voz rcsponces, on en a prins environ la moitié, et l'on vous laisse l'autre. Vray est que cela ne s'est pas peu faire si justement que l'establissement des ordinaires de Paris aux jours du mardy et du vendredy ne nous aye constrainct de faire noslre part plus longue que la vostre à nostre grand regret, car de quelque coslé que l'on le sceut prendre, il revenoit tousjours à la mesme proportion; mais comme j'ay veu que cela estoit inesvitaMe , j'ay au moings tasché de vous procurer cette petite espèce de soulagement de vous faire icprendre le train d'escrire le mardy plustost que le vendredy, afin que vous eussiez moings de surcharge des lettres que vous pourriez avoir à escrire en Italie ou ez Pais Bas, lesquelles partent de Paris les vendredy, jugeant que cela vous seroit moins incommode et ay faict trouver bon à cez messieurs de changer leur ordinaire, en sorte que les lettres d'icy partiront dezborsmais le sammedy et arriveront à Paris le sammedy suyvanl d'assez bonne heure pour les pouvoir envoyer prendre à la poste si on veult ou pour en attendre la distribution générale au lendemain; et au lieu que vous attendiez de respondre au vendredy suyvant, il faudra que vous le fassiez, s'il vous plaict, dez le mardy et nous les aurons icy le mardy d'aprez. Ainsin nous aurons trois jours entiers d'intervalle pour respondre entre le mardy, à sçavoir le mercredy, jeudy et vendredy, et vous en aurez deux et demy, à sçavoir le dimanche et le lundy avec la moitié du mardy, et si on est soigneux d'envoyer dez le soir du sammedy à la poste prendre le pacquet de M'" de Lomenie, on pourra anticiper de cette soirée; tellement que si vostre commodité porte de nous escrire de pardeçà par l'ordi-
uaire de Paris qui en partiri\ le maidy gras 7"'^ de mars, voz lettres arriveront à Lyon le sammcdy siiyvant xi°"= dudict moys, d'où Ton fera partir dezhorsmais noz ordinaires de Provence touts les dimanches, au lieu qu'ils en partoient le mercredy, ce qui incommodoit aussy M'' de Fetan, à cause des despesches qu'il avoit lors à faire en Italie et les nous faisoit venir icy le vendredy tant plus tard; ce qui ne sera plus par ce moyen, car on les fera partir le dimanche de bon matin et commancerà on par le premier dimanche de caresme l'i du inoys de mars prochain, lequel arrivera icy le mardy d'aprez id"'" et nous répliquerons par l'ordinaire qui partira le sammedy suyvant 1 8'"^ Si le placard que l'on fera imprimer sur ce subject eust esté faict, je ne vous eusse pas tant ennuyé de ce discours, qui est reuscy plus long que je ne pensois quand je l'ay commancé. De quoy je vous supplie m'excuser. Or pour revenir maintenant à vostre despesche, aprez une infinité de remerciments trez humbles que je vous doibs de tant de livres, de l'Arx (?) virtutis et Vie de Marguerite de Lorraine', etc. et j)apiers très curieux, surtout de la relation et arrest de M. d'Assigny, (pie je vous renvoyeray fidellenient, ensemble les propositions faictes aux Estatz de Hollande à Dansic et aux Cantons protestants, mesme de ce nouveau formulaire d'arrest et mandements, où la Royne mère parle, que j'ay trouvé bien rare et bien remarquable, comme aussy des beaux vers de M' Gaulmin^ et du mémoire de l'observation de l'ecclypse dernière, je vous diray que par l'ordinaire de Rome qui passera vendredy prochain par icy, j'escriray pour avoir ce qu'ils auront observé de cette ecclypse ensemble touchant les pandectes m[anu]s[crites] en majuscule dont je ne m'estois pas souvenu lors du passage du dernier ordinaire d'Italie. Cependant je vous envoyé l'observation qui s'est faicte icy sur ce subject, laquelle vous trouverez,
' Vie de Marguerite de Lorraine, duchesse raine , la seconde femme de Gaston duc d'Or-
d'Aleiiçon, ifrande - aycule du roi Louis le Idans (Pars, 1697, in-4°). Juste, par Pierre du Hameau (Paris, iGa8, ^ Sur le savant maître des requêtes Gil-
in-8°). I/année précédente avait pani l'Orrti- bert Gaulmin , voir plus haut la lettre n° IX
son funèbre d'une autre Marguerite de I-or- h Dupuy, du 37 juin i6a/i.
5Zi-2 LETTRES DE PEIUESC [1628]
je m'asseure, assez exacte, eu esgard à la bai'barieet rusticité de nostre pauvre' païs. Et seray bien aise d'entendre le jugement qu'en feront cez messieurs là et principalement M'' Midorge et le Père Mercenc auxquels je vous supplie de faire mes trez humbles recommandations quand vous les verrez, et les asseurer de mon trez humble service. Mais vous m'avez infiniment obligé en la communication faicte au dict sieur Midorge du livre de la ciclomelrie, que je ne me sousciois pas de recouvrer attendant si la foire prochaine nous en pourroit fournir quelque autre exemplaire, dont je seray bien plus jaloux dezhormais, pour voir s'il est possible les notes marginales que M' Midorge a prins la peine d'y apposer de sa main, et si j'eusse préveu cela, tant s'en fault que je l'eusse trouvé mauvais , qu'au contraire pour l'induire à y desduire plus commodément ses conceptions, je vous eusse prié de le faire relier au préalable, avec les feuilles blanches entre deux feuilletz et de le faire laver, pour mieux porter l'escriture, car cez papiers d'Allemagne y sont fort mal propres sans secours extraordinaire. Cela servira d'advis pour une aultre foys. Au reste l'on m'a dict qu'il .se trouve un petit livret de Longomontanus S à part de ses aultres œuvres, où il avoit mis l'invention de quelques unes des propositions contenues en ce livre icy, que je serois bien aise d'avoir, s'il se trouvoit par hazard de pardelà. On en pourroit donner le mémoire à Celerier, s'il va à la foire, dont je doubte un peu si cette armée impériale sesjourne aux environs de Strasbourg. Vous m'avez faict un singulier plaisir aussy, de me faire transcrire les suppléments de l'Anecdota de Procope; je croyois que ce fust dans son histoire, et qu'il en eust plus grande quantité. Quant à la relation de Ré, c'est la vérité que je ne i'avois pas veiie, ains seulement ouy lire quelque chose fort couremmenl par mon frère, à cause de la presse du courrier, mais ce n'est rien de si exacte dont les rnanquements me paroissent trez grands aprez avoir veu ce que M' de Thou vous en escrivoit, dont je retire un peu de mémoire que j'y adjousteray. Pour celle de Morapelier, ne
' Sur Longoniontaniis , voir plus haut la lettre n" LXXII.
vous en mettez pas eu peine, car c'est mon iVere qui l'avoit luy mesmes dressée la plus part, et sa minute nous tleineurà. Je cotteray dezhorsmais, puisque vous le voulez aiusin^ les pièces dont j'alVecteray le retour, pour vous osier de tout regret. J'ay veu le compte que m'avez voulu envoyer des loo livres du moys d'octobre, ce qui n'a pas esté sans l'ougir à bon essiant, et de voir que vous en ayiez faict préparer aultant des aultres loo livres reçeiies dernièrement, voire que vous vous veuilliez donner la peine de les mettre au net, ce qui m'afflige beaucoup plus que vous ne pensez, et me fera possible perdre le gousl des livres, ou à tout le moings me constraindrà de rechercbor quelque autre voye qui ne vous puisse pas estre si à charge, car sans mentir la sollicitude que vous y contribuez me faict frémir, au lieu que je scrois si content d'entendre seulement combien il y auroit d'employé en un seul article d'un quartier à l'aultre et que vous laissassiez faire un rooie des livres contenus aux ballots qui viendroient de vostre part. Je suis bien aise que vous ayiez prins un exemplaire de l'Eusebe en fin papier auquel il fauldrà joindre la bible des 70, en son temps, car cela seul ferù quasi un juste ballot', principalement en y mettant l'aultre exemplaire de la dicte l)ible que désire M' Marchier, nostre nouveau prevost, que j'en ay peu voir d'aujourd'liuy pour luy faire voz félicitations. 11 fauldrà prendre chez la dame de Lignage tout ce qui fera de besoing à mezure que les finances manqueront, elle a ordre de fournir ce que vous ordonnerez. J'aurois mille choses à vous dire, mais nostre courrier veult partir, et anticiper de quelques heures à ce coup, pour l'amour de M" de Fetan, qui le luy a ainsin ordonné, et je suis constraincl do clorre, par mes trez humbles recommandations à Monsieur du Puy vostre frère et à vous, tant du chef de mon frère (qui s'en alla hier du costé de Beaugentier et d'Ieres pour [affaires]'- domestiques et urgentes, et pour voir quel remède il pourra apporter au mal que le
' Nous avons vu que l'édilion de la Bible des Septante donnée par le père Morin est eu trois volumes in-folio. — ' Je refilitiie ainsi un mot enlev»* par une déchinn-e du papier.
froid a faict à noz pauvres orangers) que du mien propre, qui suis et seray à jamais, Monsieur,
vostre trez humble et Irez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix ce 26 febvrier i6a8.
J'attends l'arrest de Perecy et si la Miletiere est jugé à Thoulouze, je me promets que j'en auray une relation aussi exacte que celle qui est icy joincte dudict Perecy.
Si ne fault il pas que j'obmette de vous rendre compte de Testât du procez de Madame de Grequy, laquelle aprez s'estre un peu faict prier par ses amys s'est enfin résolue de respondre par devant les deux commissaires députez par la Cour, lesquels elle a tenus trois aprez disnées entières, advoiiant assez ingenùement la vérité du faict de la supposition, disant qu'elle ne pensoit que badiner, qu'elle void bien que cette badinerie lui cousterà bien cher. M"" de Crequy s'est laissé entendre qu'il se vouloit rendi'e icy lors du jugement, et qui pix est on croid qu'ils l'attaqueront encores par accusation d'adultère, et qu'ils n'attendent que de voir si elle subira formellement la jurisdiction de la Cour. J'ay voulu jetter les yeulx cez jours cy sur ce peu que j'avois de mémoires ou pièces des pairs pour voir s'il y avoit rien en faveur des femmes de Duc et Pair qui peuli servir en cecy. J'ay bien trouvé quelque chose des marys des Pairresses et des mères des pairs, mais il semble qu'il leur falloit des lettres ou quelque aultre acte ou tesmoignage de l'expresse volonté du Roy sur ce subject, pour en tenir les rangs plus solennels, et jouyr des prérogatives entières. Je vouldrois bien avoir un extraict de l'inventaire des volumes de M'' de Lomenie sur cette matière, s'il le trouvoit bon, et s'il y avoit quelque pièce que vous jugeassiez pouvoir venir à propos de cette affaire icy, vous m'obligeriez infiniment de m'en faire faire les coppies et me les envoyer au plus tost. Je luy en escripls un mot. El vous
[1G28] AUX FRÈRES DUPUY. 5i5
supplie d'en prier de ma part M"" du Chesne qui a fouillé dans les registres du parlement, pour voir s'il en auroit rien remarqué, par liazard, comme aussy M"' Godefroy '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
L'ordinaire nous apporta hier au soir vostre despesclie du ai i'ebvrier fort bien conditionnée, et veult lepartir à ce soir, encores pour ce coup. Je pensois que le nouvel ordinaire ne comnianceroit que de demain en 8 jours, mais M' Jacquet m'escript que demain fera partir son courrier pour venir icy, de sorte que par luy nous n'aurons poinct de voz lettres, ains celles que vous escrivistes hier n'arriveront icy que de mardy prochain en 8 jours. Mais par aprez les choses denieuleront fort réglées, et si vous avez eu noz lettres de la semaine passée à temps pour escrire mardy prochain, nous les aurons conjoinctement avec celles d'hier.
Je vous remercie sinon comme je doibs, au moings comme je puis, des livres du voyage de Drac ^ et de Vallains ^, ensemble de tous cez aultres petits livrets couranls, et supplément du livre du bon Père
' Sur le voyage de François Drake , voir à Y Appendice la lettre de Dupuy n° XXXVII.
' Il s'agit ici du célèbre voyageur Pierre délia Valle, m? à Home en avril i58G, mort dans la même ville en avril i65a. C'est l'auteur des Vinffffi tlescntli m leltere familiari al suo amico Matio Schipano, divisi in ire parti, cioè la Turchia, la Persia e l'india (Rome, i65o-i653, 3 vol. in-i"), traduits en français sous ce titre : Voyage de Pietro
délia Valle, gentilhomme romain, dans la Turquie, l'Egypte, la Palestine, la Perse, les Indes orientales et autres lieux (Pai-is, 1661-1 663, 4 vol. ic-4°). Ce que Dupuy avait envoyé à Peiresc, c'était probablement une Description de la Géorgie en langue italienne qui fut présentée au pape Urbain VIII en 1697 et qui a été publiée par Thévenot dans le tome 1" de son Recueil de relations de divers voyages curieux qui n'ont point été publiés, etc. (Paris, i663, in-folio).
ivriitHcatK Rttitii
5i6 LETTRES DE PEIRESC [1628]
Mercene. Mais principalement de tant de rares papiers que vous y aviez joincts, dont nous n'avions rien veu, et dont j'useray avec la retenue et discrétion qu'il vous plaict m'ordonner, bien marry de ne vous eu pouvoir renvoyer que si peu, cette foys, non plus que de la précédante à cause que par l'ordinaire de Rome qui partit hier, il me fallut faire escrire par mes gents d'aultres choses qui les divertirent de cette occupation. Ce sera. Dieu aydant, par le prochain, et cependant j'auray loisir de voir plus exactement cez pièces, ce que je n'ay encores peu faire quasi que par les intitulations, tant j'ay eu de divertissements inévitables soit par un peu de cholique rlienale, qui succéda à la suppression d'urine, et qui m'a faict faire deux jours y a une ])elite pierre, soit par les importunitez de ceux qui ont affaire à moy pendant l'absance de mon frcre, qui est accouru à leres, pour prévenir des inconveniants domestiques que la mort soudaine de nostre fermier nous faisoit appréhender.
Ma mortification a esté si grande que depuis l'arrivée de ce dernier courrier, il n'a pas esté en mon pouvoir de lisre ce manifeste \ bien que je meure d'envie de le voir, et je suis constraint d'attendre et différer de le voir aprez le partemenl de cet ordinaire de peur d'estre surprins avant qu'avoir satisfaict à mon debvoir au moings en vostre endroict. Seulement vous diray je pour ce regard, que vous nous avez infiniment obligez de nous faire part de cette pièce, car non seulement nous ne l'avions jamais veue, mais nous avions bien peu d'espérance de la voir, cez Mess" de Gascogne estants assez mauvais garents de leurs offres et promesses, bien que je luy eusse faict des reproches de ce qu'il avoit espargné la peine de son homme à ce coup là.
Nous n'aurons pas maintenant de quoy iiser de revanche conforme
' Peiresc veul-il pm-levdeV arrêt de la cour parole de ces Messieurs de Gascogne qui ii-
dc ■parlement de Tholoze, contre le duc de valent promis d'envoyer à Peiresc ledit Jocu-
Rohan, en exécution des lettres patentes de dé- ment. Ou sait que pour la plupart, la Gas-
claration du 101(29 janvier i6a8)?Ce qui cogne et le Languedoc ne faisaient alors
semble bien prouver qu'il s'agit là de ce do- qu'une seule et même province, cument, c'est la phrase sur le nianipie de
[16-28] AUX FRKRES DUPLY. 547
à nos souliaicis, mais vous vous conteniez de la bonne volonté et je crois bien que vous verrez fort volontiers la lettre de M' Ilolslenius que je receus ])ar un extraordinaire de Rome fort opportunément l'avani veille du passajje de l'ordinaire d'Avijjnon, pour luy faire responce, et pour cscrire comme je fis au cardinal Barberin, selon ses intentions. Il fault advoiier qu'il a un génie nompareil à cette enlreprinse des Géographes, et que seulement le catalogue qu'il en a dressé mérite d'eslre fort estimé ^ Mon regret est de n'avoir de quoy l'aydei- en son enlreprinse de rien qui vaille, quelque diligence dont je puisse user pour escrire à gents de nostre cognoisçance louchant les livres qu'il vouldroit trouver, si ce n'est qu'un bonheur inespéré nous fist avoir du Levant quel([ue aullre rencontre de livres qui fussent de cette nature dont j'attends la résolution dans Posques prochaines Dieu aydant. J'ay fort loiié son dessein d'aller voir les pais d'à l'entour rie Rome, sçaicliant bien qu'une veùe occulaire a un merveilleux advantage sur toute sorte de relations ou portraictures ' faictes à boulle veùe', comme on dict, et l'ay pressé de mettre cette pièce au jour pour commancer à faire cognoistre son nom à si bonnes enseignes. Et s'il me croit, bien qu'il n'aye le Dionysius Byzanlius, il ne laisrà pas de mettre au jour les aullres géographes qu'il a touts piests, luy reservant son rang pour une seconde édition. Cependant possible que la publication de la première servira à le lui faire recouvrer.
On m'escript de Rome qu'il Iravailloit sourdement à faire agréer au cardinal son maistre qu'il allast faire dans un an ou environ un voyage en Levant. S'il le faisoit, il ne fault pas doubler qu'il ne trouvast des
' Avant même l'annëe 1633 , Holsteniiis avail formé le |)i'ojel de donner un recueil complet de tous les petits gôograpiies grecs et latins, projet que mallieureusemoiit il ne réalisa pas. Pour loulce cpii regarde ce jirojet en particulier et les divei-s travaux d'Holstenius en général , je renverrai le lecteur au recueil de lettres latines du savant critique publié parBoissonade, et au futurrecueil des
lettres françaises que lui adressa l'eiresc et qui trouveront place dans un des volumes qui suivront celui-ci.
' Dans le sens de descriptions. Littré, en ce qui i-egarde le xvn' siècle, ne cite sous le mot portraiture que Thomas Corneille.
' Précipitamment, avec peu d'attention.
Litti'é ne signale , au sujet de l'emploi de celte locution, aucun écrivain.
merveilles ; mais je ne vois pas qu'il y puisse pour tant, ne qu'il y doibve songer de quelques années, estant comme oblige durant le Pontificat de servir personnellement et actuellement les maistres qui ont si bien commancé de luy faire du bien. Le succez du voyage de M' de Thou pourra frapper un grand coup à cela, s'il est aussi beureux que nous le souhaictons, voire luy pourra donner des addresses d'importance, et marquer des chasses cappables de faire naistre la curiosité et la volonté à nostrc Sainteté et au Cardinal son neveu, de l'envoyer pour quelque veu ou secrette ambassade en Hierusalem et aultres lieux de rOriant, afin de luy donner moyen de vérifier des choses que d'aultres ne scauroient vérifier comme luy.
Je vous envoyé encores un petit mémoire de la comparaison de l'observation de i'ecclypse qu'il vous a pieu m'envoyer, avec celle qui s'est faicte icy, et encor avec une aultre qui s'est faicte à Digne (bien que beaucoup moings exacte) par oii vous prendrez, je m'asseure, plaisir de voir la belle consequance qui se tire de la dilferance des longitudes qui est de Ir^is degrez et demy entre icy et Paris, et de trois quarts d'un degré, d'icy à Digne.
Mais ces Mess" icy desireroient bien d'avoir par quelque bien exacte observation la hauUeur du Pôle de Paris au vray; voyez, je vous supplie, si M'^Midorge' ou quelques uns de cez aultres Mess" qui se délectent aux mathématiques ne l'auroient poinctfaict, et s'ils nous en vouldroient faire part, sinon persuadez leur d'en faire une bien solemnelle, et en présence de bons tesmoings gents de lettres; feu M' Alleaume et feu M' Macliault m'avoient souvent dict de l'avoir bien vérifiée l'un et l'autre, mais s'ils ne l'ont communiqué eux-mesmes à quelqu'un de ceux qui sont vivants, je ne pense pas qu'il fust aisé de trouver cela dans leurs papiers.
J'escrivis hier à Rome, à M"' Aleandro et à M"' Holstenius, de nous faire envoyer ce qui s'en seroit observé de par de là, et leur adressay
' llappelons que Gassendi , dans le De rébus cœleslibus , rapporte qu'au mois de mars 1 6a .î , il fit des observations astronomiques à Paris avec Claude Mydorge.
[1628] AUX FRlîIlKS DUPUY. 5/i9
une lettre du sieur Gassendi au Galil(^e, pour le mesme subject, et afin de les mieux animer je leur envoyay le résultat de la comparaison des observations de Paris et de cette ville, et de la differance des longitudes, pour les induire k trouver bon qu'il s'en fit aultant des lieux où cette ecclypse auroit esté observée. Je crois qu'ils s'y employèrent volontiers.
Je suis résolu d'en faire aultant du costé de Venize et Padoiie, pour voir si quelqu'un se seroit advisé de faire cette observation, pour en régler la difTerance des longitudes.
Et par ce que dans deux ans ou environ il y doibt avoir une ecclypse de soleil, il faut que je mette en teste au cardinal de faire commander, par les generaulx des Jesuistes, et aultres ordres qui ont des religieux versez en matliematique en divers lieux du monde, de leur commander d'en faire des observations j)artout oij elle apparoislrà, et de faire dresser exprez pour cet elfect nng petit formulaire de l'ordre qu'il y* fault tenir et des instruments qui y sont nécessaires à peu prez, pour y faire ce qui se pourra, afin de régler les vrayes longitudes des plus célèbres lieux de leur rcsidance, au moings pour ceux de l'Europe, et notamment pour ceux qui résident aux Azores et Canaries, et pour Constantinople, Ilierusalem, Alexandrie et aultres lieux plus notables et plus célèbres dans l'antiquité.
J'escripvis aussy de ce m[anu]s[crit] des Pandectes en majuscule au sieur Aleandro, et sur sa responce je verray ce qui s'en pourra escrire au cardinal mesmes en son temps, s'il fault faire conférer quelqu'un des passages plus suspects, et qui ont le plus de besoing de secours de m[anu]s[crit].
Je leur fis part de cet advis donné à M' Grottius touchant cette nouvelle forme d'insecte des vers à plusieurs testes, que j'admire infiniment. Et comme c'est chose irez rare et curieuse à mon gré, pour ne pas laisser descroire absolument l'hydre fabuleuse, en sorte que la fable n'ayt peu estre fondée sur quelque exemple de nature soit régulier, ou irregulier et monstrueux se trouvant dans les med[ai]"" antiques, l'hydre est sans pieds, seulement avec plusieurs lestes ou
avec couleuvres sortaiils d'un mesme tronc, quasi comme ce que l'on escri[jt tle ce ver.
Je manday à cez Mess" et au cardinal mesme que j'userois de toutes diligences possibles pour recouvrer un dessein de cet animal, et le luy envoyer en revanche de son dragon. Voire que s'il y avoit moyen d'en faire venir quelqu'un desseiché, j'y employerois volontiers mes amvs.
Je vous supplie donc de m'ayder à venir à bout de cette commission dont je me suis chargé, soubs espérance que vostre crédit obtiendroit bien de plus grandes et plus difficiles choses que cela. J'en vouloisujie loys escrire à M' d'Espesses ' et au sieur Hobin^ le simpliciste ^, pour y employer leurs cai'respondances. Mais depuis jo- nie suis advisé que je debvois tenir de vostre main la grâce toute entière et me suis retenu pour vous laisser faire et escrire ou faire escrire, soit M' Grottius ou aultres de vos amys. Et possible que M'' Rubens seroit bien propre à •cela.
Je vous envoyé encores un petit éloge du feu connestable de Montmorancy^, ensemble des vers du présidant Maynard pour un ballet de
' Mentionné dans la lellre de Uupiiy à Peiresc, du 5 avril 1697, n° XXIII de i' Appendice.
' Il y a deux célèbres botanisks de ce nom, Jean Robin, né en i55oà Paris, mort en cette ville au mois d'avril 1699, et son fils Vespasien, né à Paris en juillet 1679, mort en cette ville au mois d'ayfil 166a. C'est du fils que Peiresc veut parler ici, car c'est avec le fils qu'il parait avoir été particulièrement lié, si l'on en juge par sa correspondance (Mimttesde Carpentras, registre V, fol. 556- 56o ; sept letlres écrites du 7 juin 1610 au a.3 mai 1689). Voir sur le père et le fils un bon ar-ticle de M. Fisquet dans le tome XLII de la Nouvelle Biographie générale, (col. 439-^1/11).
' Littré donne du mot cette définition : " Dans le xvi' siècle , simpliste ou simpliciste si-
gnifiait herboriste. » Ou voit que le mot (veuu de simple , nom donné à toutes les plantes dont la médecine fait usage) était encore usité dans le premier tiers du wii' siècle. Voici la suscription d'une lettre adressée, le 93 décembre 1696, par Peiresc au fils du créateur du Jardin du Roi qui était le plus beau de Paris : W^ Vespasien Robin, simplicisle du Roy, à Paris, rue du Bout du monde, à la teste mire, prez la porte Montmartre, ou bien au Jardin du Roy, aufaul-xbourg S' Victor. Voir une lettre de Robin fils à Peiresc, écrite de Paris le 5 février i63i (Fonds français, vol. 95 la, fol. i(i).
' C'était un éloge composé par Guillaume d'Abbatia et dont il entretient Peiresc dans une lettre du 10 février 1698 (voir le fascicule X des Correspondants de Peiresc.
[1628] AUX FHKRKS DUPUY. 551
M' le Prince à Thoulouse, qu'on me veult faire à croire m'avoir esté envoyez par son coininandement exprez, ce qui m'a semblé un peu es- Iranjje, ne croyant pas d'estre cogneu de si grands princes'. Mais cela ma laid juger qu'il a creu que M'' noslre Archevesque me lenoit pour estre de ses aniys et serviteurs, et par consequant, que je les luy ferois incontinant voir, afin qu'il fusl en notice^ de la dellerance de ce Prince envers M' le Cardinal. Vous aurez par mesme moyen une relation des termes d'honneur dont Mess" du parlement de Toulouse ont usé envers ce Prince où je trouve bien estrange le tapis et carreaux fleurdelizez, ce (|uenostre compagnie auroit peine de faire icy, sans commandement exprez du Roy. Vous aurez aussi l'arrest de Thoulouze figuré, dont on m'a envoyé une coupple d'exemplaires, avec quelques aultres cbetives feuilles. Mais on escript que la Milletiere y avoit esté traduict, qu'il se deffcndoit fort du bec, mais qu'il auroit peine de n'estre troussé. L'on me promet une relation de la procédure qui le concernera, dont je vous feray part incontinant, vous remerciant de l'arrest de Pereri, que je n'avois pas veu, et que j'ay veu fort volontiers, à cause de la dicte formalité du décret de prinse de corps, contre [la dame Duchesse de RohanJ faict par les deux chambres. Grande et Tournelfe seulement assemblées comme nous avons pracliqué icy au procez de madame la Duchesse d'Esdiguieres ou de Crequy. Les noms propres sont vraysemblablement corrompus, pour les aultres complices de la rébellion. Si celuy qui a dressé la relation du procez du dict Perery que je vous envoyay dernièrement m'envoye l'extraict qu'il ma promis du mesme ai'rest, il sera plus correct, et je ne manqueray pas de vous en faire part. Seulement vous diray-je que celuy qui y est nommé Gondine est frère
' Sur les vei-s du président Maynard , sur M' le Prince pour pcnnoUro qu'ils | les vers le ballet du prince de Gondë, voir le même de Maynard pour le balli'l] vous fussent enfascicule, la même lettre et la même page. voyés, qu'il a agréé voloiitierà dès qu'il a (j. d'Abhatia avait ainsi parlé à Peiresc de oiiy parler de vous, n la gracieuseté du prince de Condé : » Nous ' Nous avons déjà vu que cela voulait avons este, ce matin [le président Maynard dire covoir connairaonce de».
était avec le capitoul de Toulouse], chei
de l'esciiyer de la dicte dame de Crequi prévenu d'estre l'autheur et fabriquateur de toute cette supposition d'enfant.
Cette dame debvoit hier proposer sa declinatoire, auquel jour précis la cour luy avoit proscript son audiance et à ses parties. Mais elle fit prier le comte de Sault de ne la presser pas de ce jour la, son advocal estant malade, pour ne troubler le caresme prenant que luy seul faisoit en cette ville, car elle en est forclose à son grand regret. Ce qui luy fut accordé, et je pense qu'elle attendoit responce de la consultation de Paris, sur son prétendu privilège, laquelle je vouldrois bien avoir veiie quelque jour, si les consultants font difficulté d'en lascher coppie pendant procez.
A ce matin sur la requeste de mon dict sieur de Crequy il a esté ordonné qu'il auroit extraict de l'inventaire des papiers trouvez dans ses layettes parmy ses bagues, ensemble de ceux des dicts papiers dont il vouldroit extraict, y en ayant pour de grandes sommes d'argent en promesses de marchands et aultres personnes, mesmes une de M'' de Guise de 2,000 pistoles et une aultre du mesme de 700 pistoles. Il y aune trentaine de poulletz entr'aultres trois de M"" de Monlmorancy, et treize aultres d'une mesme escritture, et signez d'un mesme chiffre, que Ion dict estre fort récents, bien que sans datte.
Cependant je ne m'advise pas que ma lettre est desjà trop prolixe, sans quej'aye encores responduàla vostre; c'est pour quoy ilmefauldrà un peu abbreger matière et pour commencer par quelque bout j'ay tousjours bien creu que les allées et venues si frequantes de Montagu n'estoient pas sans mystère, et crois fort facilement que la cabale n'estoit que trop grande; il me larde de voir ce que le temps en descouvrirà et quels en seront les derniers desbris bien que meshuy je n'en sois pas guieres en peine, si ce n'est par curiosité de ce qui touchera la Dame qui est à Gray '. L'accidanl du filz de M"^ de Brèves^ est bien à déplorer attendu mesmes que le bruict est que c'est celuy qu'il destinoit à l'église
' Chef-lieu d'arrondissRment du dépar- ' Sur François Sa\ai-y, comte de Brèves,
tement de la Haute-Saône, h Sg kilomètres voir à l'Appendice la lettre n° VI, du 10 déde Vesoul. cembre 1696.
qui avoit desjà l'abbayie de Moutinajour en cette province '. 11 t'ault espérer que la jeunesse surmontera la grandeur du mai, et rendra l'extreniité des remèdes nioings danfjereuse en un âge si tendre.
Je vous remercie bien humblement du soing que vous avez eu des lettres du révérend Père Gurat des Maturins pour raison de quoy j'escrivis aprez à M"" le Pelletier et vous suppliay d'interposer voz recommandations pour noz pauvres gents du dict ordre logez en cette ville. Je vous réitère mes Irez humbles prières.
Je vous reujercie aussy de ce que me mandez touchant la version greque entreprinse par M"' Gôdefroy^ et de la faveur que m'avez faicte d'y changer le quarton dontestoit question^ non seulement chez vous, mais aussy chez M' Rigault, à (jui j'ay bien de l'obligation des asseurances qu'il vous donne que j'auray enfin le catalogue de la Bibliothèque. J'ay advis de Thoulouse, que le texte de Pline, avec les notes marginales et diverses leçons cottées par le feu sieur Pellicier, est en trez bon estât, l'homme qui en est le maistre se faict un peu prier, parce qu'il vouldroit l'honneur de le mettre en lumière. Mais il y a du remède à cela, en luy en conservant tout ce peu qu'il en peult prétendre, dont je me feray fort. Cependant je luy vay demander les notes et diverses leçons des chappitres concernants les animaulx insectes, pour embarquer M"' Rigault à en achever les espreuves. Et pour capter un peu la benevolence de ce personage qui faict tant le renchery, je luy vay envoyer coppie de quelques notes tirées d'un Pline où Cujas avoit notté de bons mots de sa main en quelques endroicts, de quov
' Montmajour est une localité de la com- Gaston Savari de Brèvfs, auquel succéda mune d'Arles, îi .3 kilomètres nord-est de (i6'i.'5) le cardinal Bichi. évêqiie de Carcette ville. C'est là qu'était la fameuse penlras.
abbaye bénédictine appelée Mons Major. ^ La version de divers traités géographi-
Voir Gallia Christiana, t. I, col. 60,3-619. ques, avec restitution du texte grec, déjà
L'abbé de Montmajour dont jiarle Peiresc plus haut mentionnée,
était Camille Savari de Brèves, comte de ' Carton qu'avait fait faire le modeste
Maulévricr, qui gouverna le monastère h Peiresc, qui, on s'en souvient, ne voulait
partir de 16-27 "" i6a8 (ces deux dates pas être nonmié au sujet d'une publication
sont indiquées parle Gallia, col. 61 8) et qui fiilure de son précieux manuscrit grec déjà
eut pour successeur, en 1 633 , Jean-Baptiste- tant de fois cité.
mruHtiit HATioiAU.
je feray part anssy à M"" Rigault au premier jour, ne pouvant à cette heure suffire à tant de choses. Je pensois niesmes escrire présentement à M'' Grottius, mais le temps m'en eschappe insensihlement.
Je n'ay recouvré proprement ma santé que depuis trois jours que je fis une pierre, comme environ un grain d'orge peu plus; à un aultre ce n'eust esté rien, mais à moy, il n'en eust fallu guieres davantage pour me mettre en bien mauvais estât. Le mal est qu'elle nionstroit d'estre rompue, et qu'il en pouvoit bien estre demeuré dedans une aussy grosse portion ou environ. Il est vrai que grâces à Dieu je n'ay plus de douleurs, et espère que l'adoucissement du temps me laisrà respirer et reprendre peu à peu mes forces, qui estoient fort diminuées.
Je n'ay encores peu savourer comme il fault les aultres pièces que m'avez envoyées, mesmes le supplément du Procope, ne la version latine dont je vous remercie trez affectueusement ensemble le sieur Bouchard. Quant aux deux pièces ancieimes de l'isle de Rhé que je vous ay renvoyées, ce n'a pas esté sans en retenir coppie de chascune, car je les trouvay fort curieuses à mon gré, mais elles estoient venues avec d'aultres de mesme forme subjectes à renvoy, et estoient les unes dans les aultres en sorte que je creus que ce pouvoit avoir esté une obmission d'y cotter le renvoy à chascune à part, et pour ne faillir, jepensay qu'il valloit mieux les faire transcrire que d'attendre vostre responce sur cette doubte', puis que lors mon homme estoit de loisir. Je ne vous en ay pas moings d'obligation que si je les avois retenues.
Vostre extraict du concile de Trente est achevé et coHationné longtemps y a. Il fauldrà prendre la première bonne commodité tant pour cela que pour le m[anu]s[crit] grec des Eclogues de Constantin Porphyrogenete,
' Le mol doute, remarque M. Liltrë, a culin. Doute est féminin dans les vers d'un
élé d'abord féminin dans la langue; c'est des plus illustres correspondants de Peiresc,
vers la fin du \vi' siècle que le genre en Malherbe. Rolrou le lait aussi féminin. Le
commeoce k devenir incertain, et que quel- Dictionnaire de Trévoux ajoute à cette liste
ques-un» le font tantôt féminin , tantôt mas- Balzac et Voiture.
Les semions de S' Bernard sont aussy transcripls scrupuleusement comme il falloit; je vous renvoyerois les cahiers originaulxdu H. P. Vassaii, si le temps ne me restoit trop court pour luy escrire, comme c'est du debvoir, afin de ne les renvoyer sans actions de grâces, mais ce sera Dieu aydant par le prochain ordinaire.
On me vient demander ma despesche, de sorte qu'il fault clorre, veuille je ou non, mais pour consolation le maistre de la poste me vient de promettre qu'il r'envoyerà le courrier que M"' Jaquet doibt faire partir demain, aussy lost qu'il ser<^ arrivé, et mandera au dict sieur Jaquet de nous renvoyer mercredy celuy qui va partir présentement, afin que voz lettres d'hier ne chomment pas à Lyon , et que nous les ayons encores cette foys à vendredy prochain, pour l'amour de nous. Et de là en avant voz lettres du mardy viendront icy le mardy en suyvant, et les nostres du sammedy vous seront pareillement rendues le sammedy d'apprez.Surquoy aprez avoir baisé trez humblement les mains à Monsieur du Puy vostre cher frère, je finiray demeurant de tout mon cœur à tous deux ,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce sammedy au soir U mars i6a8.
La presse et multiplicité des subjects m'avoit faiçt oublier d'accuser la réception du rolle du sieur Gramoisy pour 80 livres de libvres, et la juste plainte que je vous doibs réitérer de l'excez de voz soings en cela. Encores quand ce ne seroit qu'à arrester les parties d'un libraire jusques à quelque nombre de livres considérable, il n'y auroit pas tant à regretter; mais à tenir conte par le menu de tant de petites despances importunes, c'est ce que je ne pourrois faire moy mesmes, et que je crois debvoir estre aussy sensible à vous, quoy que vous fasse faire vostre surabondante charité et courtoisie.
Mon pacquel se trouvant petit cette foys, j'y ay adjousté le livre du Consulat en françois que vous aviez aultres foys dema[ndé], mesmes
qu'il ne s'en soit peu trouver d'exemplaire plus net, mais on n'en trouve plus que de frippez.
On nous a icy envoyé une petite relation des commancements de l'assemblée du clergé, la quelle est un peu grossièrement escripte. Mais nous n'avons pas laissé de prendre plaisir à certaines particularitéz qui méritent de n'estre pas ignorées. Et s'il vous en est eschappé quelqu'une, cecy pourra suppléer à ce defïault\
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur, Aprez avoir en vain attendu tout le jour si le maistre de la poste auroit voulu tenir sa parole, et faire apporter par un extraordinaire les lettres de Paris de vendredy dernier selon l'ancien ordre pour cette foys encore seulement, enfin voyant la nuict veniie, il a fallu prendre la plume sans plus rien attendre de ce costé là et remettre à mardy prochain la réception et veiie de voz lettres du dict jour de vendredy dernier, conjoinctement avec celles de mardy passé, au cas qu'ayez esté adverty à temps pour commancer d'escrire de ce jour là. Cependant il ne nous manque pas de matière d'aultant que cette aprez disnée est arrivé le fagot du sieur Gramoisy, fort bien conditionné et par consequant le m[anu]s[crit] du Gervasius Tilleberiensis que je ne me suis pas encor amusé à examiner et conférer au nostre, mais à ce que je puis comprendre d'abbord, je me doubte qu'il y ayt quelques chappittres de plus à la fin, soit en l'un ou en l'aultre, dont je vous resouldray par le prochain Dieu aydant, et attendant ce je vous rends mille remerciments trez humbles, de la communication qu'il vous a pieu
' Vol. 719, fol. 260. Voir à l'Appendice une lettre de Dupuy à Peiresc, du 6 mars
m'en faire, dont je n'abuseray poinct, et le vous feray soigneusement et fidèlement rapporter au plus tost.
J'ay mis la main par hazard tout d'abbord sur ce livre des signes célestes, où j'ay trouvé qu'il a esté bien empesché à la transformation principalement des planètes, et qu'il est allé changer Juppiter en Moyse sans songer aux quattre planettes d'à i'entour de Juppiter, qui l'eussent peult estre bien embarrassé s'il s'en fust advisé. Les figures semblent si belles et si exactes que je plains fort que cez bons ouvriers n'ayent employé leurs œuvres en quelque chose de plus admissible et vouldrois bien qu'au lieu de cela (ce qui ne sçauroit prendre du credict sans abolir entièrement tout ce qu'on a de cognoisçance de cette première antiquité) ils eussent représenté les figures célestes que j'ay aultres foys veiies, en l'une des trois voultes de l'église de S' Eusebe de Versel ^ où elles sont représentées à l'antique fort fidellement environ douze cents ans y a, sans que les chrestiens y trouvassent lors rien d'incompatible à estre représenté dans leurs églises, les aultres deux voultes estants historiées du vieil et nouveau testament. C'est un de mes regrets de n'avoir faict portraire cela durant mes voyages et si j'eusse peu faire un peu de sesjour en cette ville là je l'eusse faict faire sans double. 11 y avoit au mesme lieu de grandes valves^ de bronze anciennes de mesme siècle toutes historiées, où. il se seroit bien trouvé de belles choses à observer aussy.
Ce Julius Bellus qui a faict la Laurea Austriaca a traicté un beau subject et s'il s'en est dignement acquitté, ce ne peult estre qu'une trez bonne pièce. Je crois bien que tost ou tard ceux du party contraire ne laisront pas d'escrire la mesme histoire à leur mode, quelque desadvantage qu'ils y ayent trouvé au bout du compte, et pense qu'il sera bon de l'avoir aussy en sou temps, pour juger de la diversité des mouvements de ceux de l'un et de l'aultre party,
' Verceii, ville forte des anciens Étals que, au mot valve, le sens que Peiresc
sardes sur la Sésia, à 71 kilomètres nord- donne à ce mot, et il s'est contenté d'y voir
est de Turin. un homonyme de soupape à clapet.
' Portes, de valva. Liltré n'a pas indi-
LETTRES DE PEIUESC
Le Satyricon Euphormionis s'est trouvé imperfect de la fin de la llll'"'^ partie qui est quelque feuille ou carton cotte L L. (lar il v a une reclame à la fia du double K K, sans aulcune fin. Je pensois que cela se tint avec le commancenient, mais c'est un supplément de la fin de la première partie qui est cotté seulement d'un simple L. Je ne sçay si M' Gelerier en aura quelque aultre pour parfournir cette petite imperfection. Il n'y aura pas grande perte en toute façon, quand bien cela ne se recouvreroit, car je pense qu'il s'en trouvera icy quelque exemplaire d'où je le pourray faire transcrire ^
Je pensois vous pouvoir entretenir un peu concernant cez beaux livres que nous avons eus par vostre moyen, mais on me vient de faire consumer contre mon gré le meilleur du temps en aiïaires importunes, de sorte qu'il me fauldrà clorre ma dcspesche comme je pourray.
Vous aurez neantmoings une aultre sentence prononcée par le Pape Pie V contre une demy douzaine de Prélats de ce Royaulme^ laquelle mérite d'estre joincte à celle de Pie IIII contre le cardinal Caraffa ^.
Vous verrez les nouvelles du Levant et du Languedoc, d'où je viens d'apprendre par un gentilhomme qui partit lundy de Thoulouze que la Milletiere y avoit esté condamné à la question ordinaire" et extraordinaire aprez que la cour avoit travaillé incessamment 1 2 jours entiers à son procez, sa femme* estant sortie de la ville dez le jour
' Ce paragraphe est barre et remplacé par la phrase suivante écrite en marge : irCe supplément s'est enfin trouvé attaché à une aultre feuille collée de mesme signature, d
* Pie V confirma la sentence rendue par son prédécesseur, le 9 a octobre i563 (voir à celte date le recueil de Kaynaldi), contre divers prélats français, tels que Jean de Moriluc, évêque de Valence, Odet de Coligny, cardinal de ChâtilloD , Jean de Saint- Chamond, archevêque d'Aix, etc.
' Voir la thèse pour le doctorat es lettres de M. Georges Duruy : Le cardinal Carlo Carafa, Etude sur le pontifical de Paul IV, i885.
'' Voici ce que dit Tallemant des Réaux {Historiettes, tome VI, p. i55) : ffEn sa jeunesse il [La Milletiere] devint amoureux de la fille d'un procureur, huguenot comme luy. Ce ])rocurcur se nammoit Gei-geau; la fille estoit fort jolie, ses pareus ne vouloient point qu'il l'espousast. Elle n'estoit ny riche
précédant, sur le peu d'espérance qu'elle avoit du salut de son raary ^ Mais comme on le pensoit applicquer à la question, arriva un courrier de M' d'Herbault avec la {jrace du Roy, qui en supplanta l'exécution ce dict il^.
Monseigneur le Prince estoit allé assiéger Mazeres' avec 8 canons, aprez avoir faict semblant d'aller à Pasmier*.
Il s'est trouvé un cahier imperfect de quelques feuilletz oii il y a deux pièces pro et contre la pragmatique sanction. Je n'ay pas eu le loisir de vérifier si c'est chose qui ne soit dans les recueils de cette matière et de ce temps là. Vous la recognoislrez plus tost que moy. Ce sont des simplicitéz du siècle, d'où il se tireroit encores quelque chosette, si cela n'estoit ja imprimé d'ailleurs comme je pense.
Au reste j'ay eu une fort honneste lettre de celuy qui a le Pline de feu M' Catel^ on me faict espérer qu'il est pour faire icy bientost un voyage luy mesmes, et qu'il me l'apportera jusques icy, n'ayant pas encores voulu donner parolle de le lascher plus avant que jusques à moy. Mais il ne nous eschapperà pas aisément si nous le tenons une foys. Vous en pourrez donner l'advis cependant à M' Rigault, et le salliier de ma part, ensemble M' Grottius, et le bon Père Vassan
ny de bon lieu; luy avoil du bien honnestenient. De desplaisir, il en fut dang-ereusenient malude. . . enfin il la luy fallut donner.»
' Ceci prouve que Tallemant a eu tort de dire (p. 456) : tri! est certain que M"" de La Millelière sauva la vie h son niary.»
* On voit que Tallemant se trompe encore (p. 456) quand il raconte que ce fut M"" de La Milletière qui porta «quelque ordre de la Cour pour faire surseoir l'exécution». Le chroniqueur est mieux informé en attribuant {ibid.) le salut de La Milletière à l'intervention de MM. d'Espeisses dont il
était proche parent par sa mère, Antoinette Paye, sœur du président Jacques Faye, sieur d'Espeisses.
' Ville du département de l'Ariège, arrondissement de Pamiers, canton de Sa Verdun, à la kilonièti'es de Pamiers, à 38 kilomètres de Foix.
* Ce fut vers Pamiers que se dirigea le prince de Gondé, parti de Toulouse le 4 mars : le lundi 6, il commença les approches du si^e et la ville se rendit le lo. Voir Annales de Pamiers, par M. J. de Lahondès (t. 11, i884, p. io5-ito).
' Le conseiller de Puyniisson.
auquel j'escripts sans oublier M' du Puy vostre frère à qui je suis
comme à vous,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix. ce vendrerty au soir lo mars 1628.
On assure que M"' de Guise doibt estre icy dans un jour ou deux, son train s'advançant peu à peu. Et dict on que le Roy luy a commandé de composer amiablement l'affaire de Madame de Grequy, laquelle demeure en surceance attendant que les parties veuillent contester formellement sur la declinatoire. Le sieur Valois, qui est à M'' le comte de Sault, me dict l'aultre jour avoir advis de Paris de ceux auxquels on s'estoit adressé pour consulter la prérogative de la pairie que j'avois escripl sur ce raesme subject et demandé Tadvis de mes amys. Il me dict qu'il y avoit eu des consultations tant d'un coslé que d'aultre. Je ne scay s'il nous fera voir au moings les siennes comme il promet. Si les cahiers du Père Vassan ne font le pacquet trop gros, je vousjoindray icy un livre de la stérilité des femmes que vous aurez négligé, dédié à Madame de Grequy, où vous verrez des rencontres considérables.
Parce que le père Vassan a descousu les cahiers que je vous renvoyé d'un vieil m[anu]s[crit] qui a bon besoing d'estre relié de rechef, je vous prie de le retirer, et de le faire présentement relier selon que l'ordonnera le dict Père Vassan, et de le faire payer de mes deniers, s'il vous plaict'.
' Vol. 716. fol. 266.
À MOÎVSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PARIS
J'ay receu dimanche et mardy derniers voz deux lettres du 3 et 7™" de ce nioys en responce desquelles aprez mes trez humbles remerciments de la continuation de l'honneur de voz bonnes grâces, et de tant de faveurs que vous accumulez journellement sur nous, mesmes du soing qu'il vous plaict de prendre de nous faire si bonne part de tout ce qui passe de plus curieux par voz mains, et de la participation que vous me promettez encores de voz recherches concernant les privilèges" des femmes de Pairs de France, dont l'occasion presante ' nous rend plus curieux que nous n'en eussions possible esté, je vous diray que je me conjouys grandement avec vous de ce que les minutes des recueils de M*" de Lomenie sur ce subject sont tombées en si bonnes mains que les vostres, car la belle relieure de ses volumes me faisoit appréhender de l'importuner d'aulcune coppie de ce qui y pouvoit estre contenu sans urgente nécessité. Et sçaichant ce qui est de la bonté de vostre naturel et de l'affection qu'il vous plaict me tesmoigner, je ne feray pas la mesme difficulté en vostre endroict, et vous supplieray plus librement de trouver bon que nostre coppiste en puisse extraire un jour quelques pièces, aprez que nous eu aurons veu l'inventaire. C'est la vérité que je n'ay pas espéré qu'il s'y trouvast beaucoup de choses qui peussent estre appliquées au faict dont est question. Mais indirectement il pourroit bien y avoir quelque chosette à induire, ou à tirer à quelque parité de consequance. Et si vous en trouvez je m'asseure que vous nous en ferez part incontinant, afin que nous voyions s'il y aura moyen de s'en prevalloir en ce faict qui ne
' C'est-à-dire le procès intenté à M"* de Créq^uy.
lUPHIIlEniK •CAtlORAlK.
562 LETTRES DE PEIRf:SC [1628]
peult pas meshuy estre tiré à guieres plus grande longueur, la cause de la declinatoire ayant esté appellée à ce matin dans la chambre à huysclos, et remise à mardy procliain, en intention de ne la remettre pas plus avant que jusques au vendredy suivant, si elle ne peult estre jugée mardy, si ce n'est qu'elle ne se trouvast vuidable, ce qu'on n'estime pas. Les Gi-and chambre et Tournellc estoient assemblées; M"^ le comte de SauU a désiré d'y estre présent, et luy a-t-on baillé séance dans le bureau' oii il a esté assis et couvert, tandis que son advocat playdoit, et que le procureur de Madame de Crequi a faict quelques réquisitions, car elle n'y est pas compareiie, et l'arrest porte qu'elle y adsisterà mardy en persone. Quand Monsieur le procureur General a parlé. M"" le comte s'est tenu debout, et M' le premier présidant l'a faict couvrir, et quand l'arrest s'est prononcé, il s'est tenu debout et descouvert. A son entrée dans la chambre, et à son issue ^, la cour estant séante, et y venant comme partie, persone ne l'a saliûé du bonnet selon l'usage, non plus que si elle eusl tenu l'audiance publique aux haults sièges. Avant l'audiance cette dame avoit présenté requeste pour se plaindre d'une opposition formée au parlement de Grenoble au nom de son mary à l'exécution de l'arrest de main levée de ses biens que ce parlement icy luy avoit faict dernièrement et y avoit joinct la coppie de requeste d'opposition du dict seigneur son mary. Il fauldrà ouyr les parties sur cela.
J'ay esté bien aise d'apprendre de vous le plaisir que prend M' le cardinal Barberin à la lecture du livret de M' Grottius*; je luy avois envoyé celuy mesmes qlie j'avois receu par vostre moyen et parce que je ne le garday quasi poinct, M"" nostre archevesque me l'ayant tenu quelque jour seulement, mon relieur y adjoustà quelque petit fdlet de doreure de plus que ce qui y estoit; si je m'en feusse advisé plus tost,
' Dans l'enceinte même où siéjjeaient les la partie du tribunal où était placée celle
juges, où était la table sur laquelle on met- table, laquelle lui avait donné son nom. lait les pièces du ])rocès, table nommée " Ce synonyme du mot sortie n'a pas
bureau. Littré n'a pas rappelé que bureau souvent été employé en pareille occasion, n'était pas seulement une table , mais encore ' De veritale religionis christianœ liber.
je l'eusse faict recouvrir de nouveau. Mais il sera encores meilleur que vous luy en envoyiez un bien proprement relié tout à faict.
Quant au sieur de Besandua' il n'avoit pas i'aict une seule pièce; il en avoit faict deux qui se trouvent en cette ville et que vous aurez Dieu aydant. L'une fut contre le duc de Savoye en forme d'apologietant pour luy que pour la feu comtesse de Sault\ qui est une excellente pièce de ce temps là, où sont descouverts tous les secrets ressorts du bransle des affaires de la lifjue en celte province, durant l'employ de M' de Savoye ou de ses lieutenans. La pièce est grande et de plus de 5o feuillets d'escripture assez meniie. Je n'en ay pas veu aulcun exemplaire imprimé ne sceu au vray qu'elle ayt esté imprimée; bien qu'elle courut eu ce temps là, et qu'elle fit son eflect tout entier. A la fin on y a inséré copie d'une lettre du dict duc de Savoye à l'Infante sa femme du i 8 octobre iBgi tirée d'un imprimé de Pavie en la dicte
' Honoré-Louis de Castellune, sieur de Bezaudun, un des principaux chefs de la Ligue en Provence, âUxit le second fils de Philibert de Castellane, seifjneur de la Ver-» dière, el de Louise d'Aiicesune; il naquit au château de la Verdière, le 8 mai i65().
' On lit dans la Bibliothèque historique de la Fiance (t. II[,art. 38079) • "Métuoires de Antoine Honoré de Castellane, sieur de Besaudun, composés d'une apologie pour le duc de Savoy e, contenant ce qui est advenu en Provence durant tes troubles des années 1 58() , logo , i5()i et i5ga. Le vrai titre de cette apologie est : Discours du succès des guerres de Provence, où est marque sommairement et au vrai, par le sieur de Besaudun, les ilesseins et entreprises tant de l'un que de j'autre parti, depuis l'entre'e du duc de Savoye (le i4 octobre i5go) audit pays jusqu'à son retour (le 3o mars i59'i) et les menées qui etoient faites de sa part pour s'emparer de la Provence par le moyen des meilleures villes d'icelle, qu'il voulut
faire perdre. Manuscrit in-folio. Ces mémoires étaient conserve's dans la bibliothèque de M. de Ruffi. On les trouve aussi entre les manuscrits de M. Dupuy.i Peiresc, suivant sa promesse, avait envoyé ti son ami une copie de ce document. Houx Alpheran (Les rues d'Aix, t. l, p. Sgi, n. 1) dit d'Honoré-Louis de Castellane que quelques auteurs «nomment, par erreur, Antoine Honoré-n : fril a laissé des mémoires manuscrits très curieux, dont nous possédons une copie. Ces mémoires sont écrits avec chaleur, mais il y a souvent de la déclamation, n
' Chi'isliane d'Aguerre, qui joua uu si grand rôle en Provence sous le nom .de comtesse de Sault, naquit en Lorraine, épousa, en novembre 1671, Antoine de Blanchefort, se remaria, en avril 1678, à François-Louis d'Agoult-Montauban, comte de Sault, le perdit en novembre i586 et mourut à Paris le 7 avril 1611.
années Et au commencement y a un advertissement au lecteur pour une édition formelle. Le mesme autheur fit une autre pièce intitulée Manifeste et déclaration de la noblesse de Provence sur la prinse des armes contre M. d'Espernon, laquelle fut imprimée l'an iSgS^. J'en ay veu un exemplaire ez mains d'un homme curieux. Et ce fut celte pièce qui cousta la vie à son autheur*. Elle n'est pas de plus de dix ou douze feuilletz. Et y a-t-on mis en teste une lettre d'un aultre gentilhomme son parent qui enchérit encores de quelque chose en haine de l'assassinat du dict auteur.
J'ay prins grand plaisir de voir l'epistre et les vers de M' Holstenius et trouve grandement à mon goust tout ce qui vient de luy. Il n'aura jamais tant de bien comme je luy en souhaite.
J'ay faict voir voz lettres et de M' vostre frère à M'' d'Agut qui se confesse vaincu en toute façon de l'excez de vostre courtoisie. 11 estoit fort embarrassé au jourd'huy au rapport d'un gros procez, qui ne luy permettra possible pas de vous escrire par cet ordinaire, mais ce sera infailliblement par le prochain.
Mon frère est encor à Beaugentier, je seray bien heureux si je le puis recouvrer icy dans la semaine prochaine. Ses plantes orientales
' Lettera del Duca di Savoïa à l'Infanta Donna Caterina d'Aiistrna, sua consorte, dove si vcde il trattato falto délia contessa de Saulx, etc.
' Manifeste et déclaration de la noblesse de Provence contenant les causes qui l'ont meuë de prendre les armes contre le sieur d'Espernon (3 novembre). Sans lieu, 1895, in-8° de 35 pages. La Bibliothèque nationale possède un exemplaire de cette pièce (LB35,n'' 653).
^ Empruntons une citation à la Bibliorthèque historique de la France (article .^8079 dëjk cité): itLa déclaration de Besaudun, écrite avec tant d'art et d'éloquence contre le duc d'Espernon, fut cause de sa mort; car ayant été fait prisonnier par les troupes
de ce duc, aussitôt qu'il l'eut reconnu, il le (it couvrir de feux et de grêles de plomb, dont il tomba roide mort. C'est ce que rapporte Nostradamus à la page 970 de son histoire, ou il fait un beau portrait de ce gentilhomme.» Voici le récit de Roux Alplieran [Les rues d'Aix, p. ôgi) : "Un manifeste éloquent, qu'il avait publié contre le duc d'Epernon, fut cause de sa mort; car îiyant été fait prisonnier à l'affaire de Gênas , près d'Orgon, par le capitaine Boyer, il fut conduit par celui-ci devant d'Epernon qui, ne pouvant retenir les mouvements de colère que la vue de Bezaudun venait de réveiller en lui, le fit massacrer inhumainement en sa présence le 17 avril »594, n'étant alors âgé que de trenle-cin(j ans.»
ont conimancé de luy donner bien du plaisir entr'aultres un gros Jacyuthe à bouquetz bigarré de blanc et bleud, dont il n'avoit jamais veu la fleur qu'à ce coup, à ce qu'il me mande. Ne vous mettez plus en peine pour l'bonneur de Dieu du coppiste des Actes dn concile, il est trop heureux d'avoir trouvé cet employ pour ne languir icy durant l'attente du jugement d'un sien procez.
J'ay eu quelques exemplaires de Lyon des leglements de l'aumosne que vous aurez, je m'asseure, veus desja, mais à tout hazard, pour ne laisser mon pacqnet trop menu, j'ay cren qu'il n'y auroit pas de danger de vous en envoyer un exemplaire, à faulte de pouvoir user d'aultre revanche pour le présent de voz ordinaires bienfaicls. Vous le prendrez s'il vous plaict en bonne part venant,
Monsieur,
de vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peibesc K D'Aix, ce 17 mars 1698.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Voz despeches du mardy 7""= de ce moys arriverait selon le nouvel ordre, le mardy suyvant i/i"* par nostre ordinaire de Lyon, bien conditionnées, et par consequant ce livre de Boulenger de la géométrie 4°"^ Et celle du vendredy précédant 3°"^ que nous avons attendue vendredy dernier io"% estoit vernie par stalTette arrivée dimanche au soir l'a""* de ce niesme moys, en fort bon estât aussy, ensemble le
' Vol. 716, fol. 268. mourir quelques mois après la date de celte
' Ce n'est point un livre de ce Jules- lettre (août 1628), mais bien d'un bonio-
César Boulenger ou Bulenger dont nous nyme de ceje'suite, homonyme sur lequel
avons déjà plusieurs fois renconlh' le nom je ne puis rien dire.
dans cette correspondance, et qui allait
566 LETTRES DE l'ElUESC [1628]
livre de la ciclometrie appostillé de si bonne main', la relation de Mansi'elt 4"^ et cez thèses desdiées au cardinal de Berule que nous avons trouvées aussy mal supportables qu'eu Sorbonue. Si l'acte de palinodie ou décret sorbonique se délivre, je crois bien qu'on le verra, si ce n'est qu'on le supprime en considération de ce que ce prélat est desja du cabinet, puisqu'il est appelle avec les ministres de TEstat quand le Roy donne les audiauces à ses cours souveraines. Avec touts ces imprimez et aultres, il y avoit des papiers bien curieux dont je vous rends uies trez humbles remerciments à l'acoustumée, avec la mesme honte que de coustume de ne rien avoir que je puisse vous envoyer en revancbe qui se puisse mettre en aulcun parangon. Seulement aurez-vous un brief du Pape Pie V au cbappitre de" cette ville sur le subject de la déposition de Jean de Chaulmont leur arcbevesque^ la condamnation duquel je vous envoyay l'aultre jour? J'ay depuis apprins que l'original de la dicte condamnation estoit demeuré entre les mains du feu cardinal Strozzi * et qu'il est encores au pouvoir des héritiers du secrétaire de ce cardinal qui m'ont promis de le chercher et me l'apporter avec aultres choses du temps de lors. Je vouldrois bien qu'il s'y trouvasl quelque chose de vostre goust. Ce me seroit un grand heur. J'ay recouvré une harangue de feu M"^ de Vallegrand archevesque de cette ville ^ pour estre faicte
' Livre dont il a élé souvent question dans les pages précédentes.
' Il ne s'agit point là du célèbre général allemand Ernest de Mansfeld (né h Malines en 1 585, mort le 3o novembre 1696 à Wrakowicz, village de Bosnie), mais bien, comme on le voit dans une des lettres suivantes, d'un certain Charles Mansfelt, auteur du Clericus.
^ Jean de Saint-Uomain , appelé quelquefois de Saint-Ghamond , siégea de i55i à i566. Le Gallia Chrisliana (t. I , col. 33 1) l'appelle Johannes San-Romanus quem feriinl orlum ex illuslri familia dominorum de S. Clia-
moiid. Voir en cette même colonne et en la suivante divers détails sur la condamnation en cour de Rome de ce prélat et de ses compagnons d'infortune. Voir sur ce même prélat et siu- le scandale de son apostasie Les rues d'Alc (t. I, p. agi).
' Laurent Strozzi fit son entrée solennelle dans la ville d'Aix le i4 avril i568 et mourut à Avignon en décembre 1571. Voir Gdllia Chrisliana Çt. I, col. 339-333).
' Paul Hurault de l'Hospital. Voir plus haut les lettres V et XII, du a 5 janvier i6a4 et du 3o octobre de la même année.
[Id28] AUX FRKRES DUPUY. 567
au Roy au nom du clergé de France, .environ l'an 1619 et 20 où il y a d'assez bonnes nwxinics el libériez de language. Vous verrez ce (jue c'esL
Venant maintenant à la responce de voz lettres, je vous advoûeray ingeniiemcnt que jo recognois de la foiblesse en mes forces plus qu'il n'en fauldroit, pour satisfaire à mes debvoirs envers mes bons seipneurs et amys et de faict je suis constrainct d'en laisser en arrière plus que je ne vouldiois. M'' Grotius en pourroit parler, ne luy ayant peu respondre dans l'espace de plus d"«n moys ou six semaines et encorcs mieux, Mess" Hubens, (îodefroy, du Chesne, Vassan, M'" du Liz et aultres auxquels je ii'ay eiicores peu payer mes arrérages quasi des années entières. Et bien me dict qu'ils sont de bon naturel , et qu'ils pardonnent volontiers, car bors de cela, je ne debvrois meshuy rien prétendre en l'Iioniieur de leurs bonnes grâces, n'ayant sceu trouver moyen d'en implorer la conservation comme j'eusse deub faire. Mais je me confie en mon ingeniiité, et en leur cbarité, et crois qu'ils ne laisront pas pour tout cela de me tenir tousjours pour leur fidèle serviteur comme je le suis et comme jo tascberay de leur mieux tesmoigner si tost que j'auray un peu plus de vigueur, ma santé allant fort en amendant grâces à Dieu, depuis ce moys de mars principalement; vous m'ayderez à leur faire agréer cependant mes excuses s'il vous plaict comme je vous eu supplie trez bumblement. Et de trouver bon que je continue au moings de vous escrire à vous, afin que par vostre organe, je puisse interrompre en quelque façon la prescription qui se pourroit induire par un silence si long entre cez mess" et moy. Et je ne refuseray pas de me prévaloir quelquefoys de la main de mon frère de Valavez si une foys il peult estre de retour et y planter un peu bourdon \ avec plus de persévérance que devant. Cependant je ne vous ay pas moings d'obligation de l'anticipation de voz excuses ou plus tost de l'anticipée acceptation des miennes, pour le cas de la cessation de mes lettres en mon endroict, dont je vous demeureray à
' Nousîivuns tli'jà Iroiivé celte expression dans la lettre du ai février 16-27, n" XI..
jamais redevable, tant que j'auray de vie, mesines de l'offre que vous me daignez faire de la continuation de voz lettres, lors niesmes que les miennes cesseroient, en quoy vous faictes bien paroistre l'exce/ de vostre honnesteté et de voslre desbonnaireté et comment vous compatissez aux infirmités de vos amys et serviteurs. J'ay trouvé bien gentil le sonnet contre le Pseudobaudius', et y ay prins tant plus de plaisir qu'il parle selon les vœux de mon cœur, et qu'il venge mon sentiment de l'injure que ce fdz de cabaretier vouloit l'aire à un si grand personage.
Quant à la chronique de Pise, je ne doubte poinct qu'il n'y ayt de la Romanserie, mais je pense pourtant d'estre obligé d'en avoir quelque chose, seulement pour faire voir que ce n'est que simple Romanserie, et qu'il n'y a rien de sérieux. Et oultre ce pour en voir le rapport avec d'aultres Romans du temps dont on est parfoys constrainct de faire mention, principalement à cause de noz poètes Provençaulx, et à cause de certaines chosettes véritables du temps des autheurs de telles romanseries, qui se trouvent par foys meslées soubs des noms supposez dans leurs fables. C'est pourquoy je ne seray pas marry d'avoir ce peu qu'il y aura concernant la Provence.
La relation italienne de la Régence ne sera poinct à négliger si on en peult sortir pour deux ou trois pistoles, quand ce ne seroit que pour achalandé r nostre escrivain, et l'induire à nous faire part d'aultres meilleures choses s'il luy en tombe en main. J'avois aultres fois ouy dire que Ruscellai en avoit commancé une. Si c'eust esté de luy il eust bien peu dire de medleures choses que le sec(?). Feu M"^ de Resiersm'avoit dict, si je ne me trompe, qu'il avoit eu fantaisie d'escrire quelque chose de semblable. Et quelqu'un aultre dont je ne me sçaurois ressouvenir m'en avoit dict quasi aultant, et qu'il y vouloit comprendre l'affaire du Rearn ^, mais que ce seroit en bon Toscan. Sellon
' Voir à ce sujet {Appendice, i\° XLIi) avait été grand aumônier de la reine de
la lettre de Dupuy, du 3i décembre 1627. France, ce qui lui aurait permis de bien
' Jean , cardinal de Bonzi , mort à Rome* raconter les choses de la Cour, le i juillet i6ai. Il siégeait depuis j 596 et ^ C'est-à-dire l'histoire du rétablisse-
ce que ce sera on en pourroit faire plaisir à quelques amys d'Italie si cela venoit de bonne main, dont je me desfie un petit.
Il me tarde d'ouyr dire que le livre de M"^ Rigault soit achevé et encores plus le Solin de M"' de Saiilmaise, à qui je suis bien obligé de l'honneur de son souvenir, et vous supplie quand vous le reverrez de l'asseurer de mon trez humble service, et que je vouldrois bien avoir de quoy le luy tesmoigner en bonne occasion. Encores qu'il ne se veuille servir de l'inscription antique des chevaulx circenses, il y auroit pourtant bien du plaisir d'apprendre, par une sienne lettre, à vous ou aullre de ses aaiys ce qui peult estre de son ad vis sur ce subject, outre ce qu'il en a remarqué desja en son Solin.
J'ay escript depuis peu à celuy qui a le Pline de M' Pellicier, et luy ay donné une si forte estoccade', que je ne sçay s'il s'en pourra parer à ce coup. Il fauldrà en attendre la responce.
Nous avons eu cez jours passez un exemplaire, sans commancement, du livre de Bullingerus de Majestale Regia 8°^ qu'on dict eslre imprimé à Lyon et y avoir esté supprimé et condamné par sentence des officiers. Je n'ay pas encores veu le destail, mais il y a plusieurs lettres De tyrannis qui l'auront, je m'asseure, porté aux maximes du Père Mariana^, et aultres de mesme haleine \ J'ay mandé voir s'il y auroit moyen de recouvrer unaultre exemplaire, atout hazard, en cas que n'en eussiez poinct encor eu.
Je passois le temps cez jours passez, estant dans le lict, à me faire lisre celuy d'Irvinus de hre Regni, d'Elzevir ^ et trouvois sa méthode
ment du catholicisme en Bdarn , par sciences, inscriptions et belles-lettres de Tou-
LouisXIlI, en i6qo. louse (tome VII de la 8"" série, i885,
' Lillré n'a cité sous le mot ««tocarfe, eni- p. 83-i/i6) : Un publiciste de l'ordre des
ployé comme terme d'escrime, que deux Jésuites calomnié, le phre Mariana, par
auteurs postérieurs à l'époque oîi nous place A. Duméril, doyen de la Faculté des lettres
la présente lettre. Corneille et Saint-Simon. de Toulouse.
• Je n'ose identifier le BouUingerus, au- * Cette expression n'est pas citée dans le
leur du de Majeslute regia, avec le Boulenger Dictionnaire de Littré. Je ne la retrouve pas
nommé un peu plus haut, auteur d'un livre davantage dans nos anciens dictionnaires, sur la géométrie. ' De Jure regni diascepsis : aiictore A lexan-
^o\và&Q%\(ii Mémoires de l'Académie des dn Irvino Seoto (Leyde, 1627, in-18).
IWPRlHirilli: KATIO^tlk.
et façon de faire assez jolie, et qu'en peu de feuilles il ayt recueilly quasy tout ce qu'il y a de meilleur en tous les aultres qui ont traicté cette matière depuis quelques années. Mais je trouvay fort à redire à la fin, de le voir aheurté à son antechrist prétendu, aussy fortement qu'au reste, et avec peu de jugement et de conduitte, car s'abstenant de cela, son livre estoit fort plausible et recommandable, au moings le peu que j'en avois veu , ne m'estant pas donné la patience de le voir tout, principalement depuis avoir rencontré cez dernières suppositions. J'ay voulu comparer vostre m[anu]s[crit] du Gervasius avec le nostre sur la fin où il sembloit y avoir de la diversité et ay trouvé que tout ce qui est mis au vostre par appendice aprez l'épilogue de l'autheur est inséré dans le nostre en divers endroicts. Je les feray conférer l'un sur l'aultre au premier jour, pour le vous renvoyer au plus tost. Les intitulations des chappitres de cette troisiesme partie sont un peu diversifiées, mais ce n'est pas chose considérable. En faisant la collation je feray marquer sur le vostre le nombre des feuilletz qui y manquent, pour pouvoir faire les renvoys de touts les appendices qui sont aprez la fin aux mesmes lieux qu'ils se trouveront inserez dans le mien.
Du 16 mars 1628.
Ce procez de M'' le Doux est bien de plus de consequance que nous ne pensions, si tant est qu'on y veuille embarrasser la dame dont on parle, et encores pix si on y mesloit le mary.
Ce Perery qui a esté exécuté à Thoulouze estoit aultres foys en cette ville dans le couvent des Carmes, en quelque créance parmy ceux de sou ordre. Il fut surprins avec un aultre religieux couchez touts deux avec une drolesse dont feu M"" du Vair luy fit une fort severe réprimande; il se leva d'icy pour y.estre trop descrié, et depuis s'alla faire Huguenot.
Demain 1 7"'*= au matin se tiendra l'audiance de madame de Grequy sur sa declinatoire; elle recule tant qu'elle peult. M' le premier présidant luy disoittantost qu'elle vouloit attendre le succez de la requeste qu'elle avoit faict présenter au parlement de Paris sur le mesnie sub-
ject; elle a nyé d'en rien sçavoir, disant que ce debvoit estre sa mère, qui en avoit faict la poursnitte en son nom ^, qu'elle n'en avoit donné aulcunc charge. M'' le Comte n'avoit point faict d'instance de faire appeller cette cause, de sorte que je ne pense pas qu'on luy refuse une remise à mardy prochain, pour cette première foys que son eltiquette aura esté appellée. Mais je crois bien que l'on ne iuy donnera pas touts les dellays que l'on eust possible donné, si l'on ne se fust pourvu de pardelà.
M"" de Crequy a envoyé un mesmoire escript de sa main de la pluspart des bagues'^ dont elle avoit esté ressaisie, où il désigne le prix, le lieu et les noms des marchands qui les ont vendues pressupposants qu'elles soient la plus part veniies de son chef, sur quoy elle a esté assignée à respondre cathegoriquement pardevant ses commissaires, sur l'adveu ou desadveu des dicts articles. Aubié, procureur spécialement fondé du dict sieur de Crequy en cette poursuite, s'en alla vers luy en poste sammedy passé, disant qu'il pensoit ramener quant et luy le dict sieur de Crequy la semaine prochaine, luy ayant esté préparé un logis chez le lieutenant criminel.
Monseigneur le Prince envoya cez jours passez une sienne ordonance pour faire saisir toutes les marchandises qui se trouveroient proveniies des Angloys bien que soubs des noms supposez. La cour fit difficulté de laisser faire aulcune exécution en vertu de la dicte ordonance, mais sur les lettres qu'elle avoit de la part du roy, elle fit arrest que les marchandises qui aborderoient cy aprez en ce païs, que l'on pourroit prouver estre proveniies des Anglois, seroient saisies en
' La mère de M'"" de Crequy était, comme nous l'avons déjà vu, la seconde femme du connétable de Lesdiguières , Marie Vignon, ttlille d'un fourreur de Grenoble", d'abord itmariée à un marchand drappier de la mesme ville, nommé sire Aymond Matheli. Voir Y historiette de Tallemant des Réaux intitulée : Le counestable de l'Eadiguieres et M. de Crequy {tome I , p. i a8-i .3i ).
' Biiffues, dans le sens de « objets précieux» ; sens qui se retrouve dans la vieille expression : Sortir vie et bagnes sauves. Le Dictionnaire de Trévoux nous fournit l'explication que voici : tr Cette manière de parler vient de ce qu'autrefois, en France, on disait iog^e pour bagage, v Littré n'a pas mentionné la signification que donne ici Peiresc au mot bagues.
attendant plus exprez mandement du Roy sur ce subject et le lendemain fut saisye une Barque arrivée à Marseille venant de Villefranche ', chargée de salleures ^ et aultres danrées angloises.
Je clorray sur cela cette lettre en vous renouvellant les asseurances du trez humble service de M"" le conseiller d'Agut, et les miennes, estant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
Cejeudy au soir, 16 mars 1638'.
GUI À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Vostre despesche du lU vint mardy fort bien conditionnée par nostre nouvel ordinaire qui est fort bien estably meshuy. J'envoyeray la semaine prochaine à Rome par l'ordinaire d'Avignon vostre pacquet au sieur Aleandro d'oià j'ay receu par le dernier ordinaire de Rome une lettre de M' Holstenius que je vous envoyé oh vous verrez la modestie de son jugement pour l'aison du Géographe du sieur de Godefroy. J'ai receu par mesme moyen son extraict que je vous envoyé aussi du m[anu]s[crit] d'Angleterre qui faict le desnombrement des ports de nostre mer Méditerranée dont l'eschantillon me faict encores plus désirer la veiie du livre entier. Il m'avoit prié de l'ayder à trouver quelque chose de ses bardes et livres, qui furent perdus entre Lyon et Gènes lorsqu'il passoit en Italie , et surtout un m[anu]-
' Chef-lieu de canton du département ' Sa/eures est dans les œuvres d'Ambroise
des Alpes-Maritimes, au fond d'une anse du Pare et dans celles d'Olivier de Serres, golfe de Nice, k 5 kilomètres de cette ville. ' Vol. 716, fol. 370.
s[cnt] de S' Athanaze sur les Pseaulines, qu'il rcgrettoit infiniment, et j'ay esté si heureux qu'aprez un peu de recherche ce m[anu]s[crit] qui avoit desjà passé par prou de mains m'est enfin tombé en main, et je le luy envoyeray la semaine prochaine par le mesme ordinaire, ne doubtant pas qu'il n'en soit bien joyeux, à cause qu'il en estoit responsable au Père André Schottus '. On m'escript aussy de Rome que la coppie des Assises de Hierusalem est achevée , et qu'on me l'envoyera par la première commodité.
J'ay veu la rccepte de M' Diodati pour mon indisposition, dont je luy suis infiniment redevable. J'en ay si bonne opinion que je suis résolu de l'esprouver, et vouldrois bien avoir moyen de me revancher en son endroict de tant d'effects de sa bienveillance.
Les papiers que vous aviez joincts à vostre despesche estoient bien curieux à mon gré, je vous en renvoyé la plus part, avec mes humbles remercimenls. Je sçaurois volontiers d'où vient celte relation des Grisons et Vénitiens, laquelle en présuppose afforce aultres dont elle n'est que la suitte.
M' Gassendi^ faisoit estât de partir cez jours passez pour s'en aller en voz quartiers ^ Je seray bien aise que vostre ordinaire de mardy prochain puisse estre venu auparavant, afin de luy rendre le pacquet
. ' Andrd Schott, né à Anvers en i55a, Peiresc. En attendant que je mette en in-
fut successivement professeur à Louvain, h mière les lettres qu'échangèrent ces deux
Salamanque, à Saragosse, h Gandie, à savants si dignes l'un de l'autre, je renver-
Rome, enfin dans sa ville natale, où il mou- rai le lecteur à deux publications qui font
rut en 1629, Ce fut un très savant huma- bien connaître l'illustre philosojjhe : Docii-
niste. Voir la liste de ses considérables menls inédits sur Gassendi (Paris, 1877,
travaux dans la Bibliothèque des écrivains in-8°); Oraison funèbre de Pierre Gassendi,
de la Cmnpagnie de Jésus (t. III, 1876, par Nicolas Taxil, prononcée dans l'Eglise
col. 652-677). cathédrale de Digne le li novembre i655,
' Pierre Gassend , dit Gassendi, déjà si publiée avec divers doaiinents inédits {Digne.,
souvent cité comme biographe de Peiresc, i882,in-8°).
naquit à Champtercier (Basses-Alpes) le ' Gassendi partit de Digne pour Paris
32 janvier iSga, et mourut à Paris le dans la seconde quinzaine d'avril. Voir
99 octobre i655. (Voir sur sa mort la Documents inédits sur Gassendi, 18']'],'^. i^ ,
Gazette du G novembre de la même année.) et les lettres qui vont suivre. Gassendi fut un des meilleurs amis de
de M' Diodati, qui doibt à cez heures estre arrivé à Lyon, si vous l'avez envoyé comme vous promettiez.
J'ay veu les vers de M'' de Malerbe, mais comme je n'en ay eu qu'un exemplaire, je n'en ay pas peu envoyer en divers lieux comme j'eusse faict; je luy escripts un billet pour luy en demander quelques exemplaires, je vous prie de le luy faire tenir de ma part, et luy faire offrir de me les faire tenir seurement et promtement; puis qu'il ne les a laissé vendre, il fault qu'il excuse ceux qui luy en demandent ^
J'ay esté bien aise de voir les advis de Tlioulouse, et encores plus des habitudes que vous avez prinses avec M'^Ferrand; puis qu'il est si honneste homme comme on dict, je vouldrois bien avoir moyen de le servir quelque jour, pour l'amour de son mérite , et pour l'amour de vous.
Nous avons aujourd'huy receu une relation si particulière de cette prinse de Pasmies, qu'encores que je ne doubte pas qu'elle ne soit parvenue à vous d'ailleurs, si est-ce que j'ay voulu vous en faire part à toute advanture ^ ensemble de l'action ^ de monseigneur le Prince dans les Estais du Languedoc* où il faict bien son poids à tout le monde.^ et monstre qu'il peult faire et dire beaucoup plus et beaucoup mieux que plusieurs n'eussent creu.
' Pour le Roy allant chastier la rébellion d' Auras, gouverneur de M azères {Faris^ chez
des Rochelois. (Sans lieu ni date [Paris, Barbote, 1G28. Pièce de \h pages in-8°). 1698] 18 pages in-/i°. Aulre édition in-8°, ' Discours, harangue. Action, dans ce
20 pages.) M. I^alanne rappelle {No- sens, a éXé employé par La Bruyère, par
tice bibliographique, en tête du tome I des M'" de Sévigné.
Œuvres complètes de Malherbe, 1862, '' Harangue de Monseignetir le Prince,
p. xc) que Malherbe, dans une lettre à prononcée à l'ouverture des Etats de la pro-
Peiresc en date du 3 avril 1628, rapporte vince de Languedoc, convoqués en la ville
qu'il avait fait tirer 35o exemplaires de de Tholose, le second jour de mars mil six
cette pièce et qu'on en fil une vautre im- cent vingt - huit {Vark, i. Barbote, 1628,
pression sans son soin et sans son aveur. in-8°).
' Il s'agit là d'une relation manuscrite. ' G'est-à-dire où il est juste pour tous.
On ne tarda pas à en imprimer une intitu- Littré cite sous celte locution une jolie
lée : La prise de la ville de Pamiers , capitale phrase de Montesquieu [Lettres persanes) :
du pays de Foix, des nommés Beaufort, lieu- r Parmi ces distributeurs de réputation, les
tenant général des armées du duc de Bohan, uns faisaient meilleur poids que les autres. •»
J'ay prins plaisir de voir l'advis de l'assemblée du clergé, celuy que je vous avois envoyé venoit du prothonotaire provençal Aguillenquy qui est à M' de Rouen'. M"" d'Orléans m'escript en responce de celle que vous luy aviez faict tenir de ma part, et me mande que cette assemblée veult estre aussy vertueuse que les aultres avoient eu de mauvais bruict, et qu'il se crucifie pour celà^.
Vous aurez coppie de l'une des pièces que M' vostre frère (à qui je suis tousjoui^s serviteur trez humble) m'avoit demandées; l'aultre ne pourra pas estre si tost achevée de transcrire, parce qu'elle est un peu longuette '.
Je plains grandement M' d'Aubray en cette mauvaise rencontre et me flatte jusques là de croire que sa courtoisie nompareille extorquera de cez Mess" quelque chose de plus qu'ils ne feroient pour un aultre de moindre mérite que le sien, qui ne se peult esgaller.
Le sieur Vallois m'a asseuré qu'il a luy mesmes le livre de Longomontanus dont je vous avois escript et m'a promis de nie l'envoyer monstrer au premier voyage qu'il fera en Dauphiné, estant de peu de feuilles, et qui se peult mettre en un pacquet de lettres. Si je l'ay je prendray licence de luy de le vous envoyer, afin que cez messieurs en ayent la veiie.
M"^ Gassendi et M'' le prieur de la Vallette voyent cet anonyme de la cyclometrie; j'en attends leur advis, pour vous en faire part. J'ay bien de l'obligation à M' de la Marche de l'honneur de son souvenir et des belles fleurs qu'il nous veult faire espérer. Je vouldrois avoir de quoy m'en bien revancher à son goust.
M' d'Agut est bien glorieux de l'honneur que vous luy daignez continuer de voz bonnes grâces. Comme aussy mon frère qui vient de
' François de Harlay fui archevêque de an moyen âge, et, plus tard, le mol a été
Rouen d'octobre i6t5 à décembre i65i. appliqué par Christine de Pisan au visage
' Celte lettre de Gabriel de l'Aobespine, de Charles V; plus lard encore par Mon-
qni devait être si intéressante , ne nous a taigne , en une de ses lettres , à certains dia-
malheurcusement pas été' conservée. cours.
' Le diminutif longtiH était déjà employé
mettre pied à terre tout présentement, mais il luy a fallu aussy tost
aller vers M' l'archevesque qui lui a envoyé un deffy sans qu'il aye
encores peu lire voz lettres. Sur quoy je finis estant tousjours à plus
fort titre,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé semteur,
DE Peiresc.
D'ALx, ce ai mars 1698.
J'avois un livre de belles devises de Jacobus Typotius ' en trois ou quattre parties reliez en un beau volume en marroquin , je l'avois 2)resté à un amy qui en a laissé brusler une grande partie^. S'il s'en trouvoit un exemplaire complect, je l'achepterois volontiers à prix honneste^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Je receusmardy au soir vostre despesche de mardy précédant 21 de ce moys fort bien conditionnée. El pensois y trouver le pacquet de
' Jacques Typoest, plus connu sous le nom latinisé de Typotius, naquit à Bruges, vei-s le milieu du xvi" siècle, et mourut à Prague , non en 1 6o4 , comme le dit le président de Thou, mais «quelque temps auparavant »> , comme l'assure Bayle [Dictionnaire critique, au mot Typot). Le livre des devises est intitulé : Symbola divina et kuinana ponlificum, imperalorum , regum, et symbola varia dieersorum principum , etc. (Prague, 1601, 160a, i6o3, 3 parties en 1 vol. in-fol.). Recherclié, dit le Manuel du libraire, à
cause des gravures ; ce que confirme VVeiss [Biographie universelle), rappelant que rie volume est orné de belles estampes de Gilles Sadeler, qui le font rechercher des curieux».
^ N'est-ce pas le cas de citer le mélancohque distique d'un bibliophile qui, comme Peiresc, avait eu à se plaindre de ses amis les emprunteurs :
Toi est le triste sort de tout livre pi'êté : Souvent il est perdu, toujoura il est gâté!
' Vol. 716, fol. 973.
M'' Diodati pour M' Gassendi, dont vous m'aviez faict feste l'ordinaire précédant. Sur quoy j'avois faict retarder deux ou trois jours le pavtement du dict sieur Gassendy, qui s'en alloit passer le reste du caresme chez luy pour voir si aprez Pasques^ il se resouldrà au voyage de la cour; de sorte que je fus un peu honteux quand il me vint voir le soir de l'arrivée du courrier, sans qu'il eust rien apporté de ce ([ue je luy avois faict attendre. Il partit le lendemain et me laissa l'ordre nécessaire, pour luy faire tenir son dict pacquet, si je le recevois avant Pasques, ou Quasimodo, dans lequel temps il nous donnera advis de chez luy des resolutions qu'il aura prinses. Lesquelles dépendront de l'ordre qui s'establirà de pardelà pour les conseils des parties, car s'il est vray, conmie on l'asseure, que le Roy soict party de là dez le 2 3°"= et que le conseil ne suyve, je ne pense pas qu'il face son voyage attendu que l'affaire qui l'y mené doibt estre traitée au conseil.
J'ay trouvé le Seneque merveilleusement beau et net, encores que je puisse plus espérer meshuy que mes pauvres ieulx y puissent mordre avec mes lunettes > si ce n'est pour quelque passage bien court '^, mais c'est un fort bel assortiment de cette petite bibliothèque. Je ne l'ay osé faire passer les monts, con)me possible j'eusse faict, de crainte que ce ne fust quelqu'un de ceux que M' vostre frère y vouldroit envoyer.
J'ay veu le catalogue des livres d'Elzevir^, où il y a plusieurs de cez Républiques lesquelles je n'ay pas en mon assortiment, et possible ne sont elles pas encor imprimées. Il fauldrà bien s'en guarnir quand on en trouvera. J'ay veu aussy la feuille de l'Ovide dont le caractère est beaucoup plus lollerable que cez lettres si menues*. Il y a un Souteri
' En 1628 la fête de Pâques fut célébrde désignons libres, qui tain eontm typis et
le 98 avril. Gassendi était h Paris vers le itnpensis prodienml , quam quorum alias copia
milieu du mois de mai. ipsis suppetii (Leyde, 1628, in-S"). Selon
' Lttcii Marci Annœ Senecœ opéra omnia , la remarque de M. Alph. WilJems {Les
ex J.Lipsii etneiidatione{ kinslerdam, i6q8, Elzevier, p. 3), c'est le premier catalogue
petit in-19). officinal publié par la maison de Leyde.
' Calaloffus librommofficime Ehevii-ianœ , * C'est l'Ovide qui devait paraître l'an-
mrUVEKIE NATIORALE.
Palamedes sive de Tabula Lusoria 8°' que j'achepterois volontiers ensemble Grœcia Ludibunda sive de ludis Graecorum Meursi 8"'^ Il y a aussy son Auriacus U°^ et Variorum Divinorum liber* que je n'ay |)oinct.
Je pense que je n'ay de cez Republiques si ce n'est Romana, Regni Galliœ, Anglwum, Poloniœ, etc., Venetomm, auxquelles il fauldrà joindre celles que vous mandez avoir maintenant retenues pour moy des Republiques de l'Escosse et Hybernie et Helvetiorum, et dans ce catalogue y en a encor une douzaine de plus^ qui compragnent toute l'Europe et oultre ce la Turquie*.
Pour les livres arabiques, ce n'est pas en cette ville qu'ils sont, ains à Marseille, entre les mains d'un bomme qui n'est poinct en volonté de les lascber sans estre asseuré qu'on les imprime. Laquelle condition je n'ay pas creu se pouvoir facilement accomplir à Paris, sçachant
née suivante sous ce titre : Pub. Ooidii Na- ■lonis opéra. Daniel Heinsius textum recensmt. Accédant brèves nolœ ex collalione codd. Scaligeri et Palalini.i lani Gruleri (Leyde, Elzevier, iGag, .3 vol. in-ia).
' Danielis Souteri Flandro-Britamii , Palamedes; sive de tabula lusoria , aléa et variis ludis, libri très , quorum : I , fhilologicus ; II, historicus; III, elhicus seu moralis (Leyde, i6a2, in-8°).
^ loannis Meursi Grœcia ludibunda ; sive , de ludis Grœcorum , liber singularis. Accedit Danielis Souteri Palamedes, sive, de tabula lusoria, aléa et variis ludis , libri très (Leyde, 1695, in-8°). Comme le remarque M. Willems {Les Ehcvier, p. C5), les deux parties qui composent ce volume avaient d'abord paru séparëraent en 1622.
^ Guillelmus A uriacus, sive de rebu.t tolo Belgio tam ab eo quam ejus tempore geslis libri X (Leyde, 1620, in-i"). Huit ans auparavant Meursius avait publié : Uerum Belgicanim liber unus ( Leyde ,1612, in-4° ) ,
refondu et réimprimé en 1619 dans le recueil intitulé : loannis Meursi rerum Belgicarum libri quatuor. . . Addilur quintus, etc. (Leyde, in-i").
'' loannis Meursi variorum divinorum liber unus , in quo auctores theologi grœci varii, antehac nunquam vulgali (Leyde, 1619, in-/i°). Recueil de sept morceaux inédits des théologiens grecs Cyrille, évêque d'Alexandrie, Anastase, archevêque d'Antioche, André, archevêque de Crète, Methodius, Timothée et Hilarion le moine.
' Dans le Catalogue de 1698 ]es Bespublicœ diversorum auclorum sont au nombre de dix- huit. Voir sur les diverses Républiques publiées par les Elzevier le livre classique et déjà si souvent cité de M. Alphonse Willems.
° Turcici imperii status, seu discursus varii de rébus Turcarum (Leyde, i63o, in-a4).
Une nouvelle édition augmentée fut donnée en i634.
combien les imprimeurs et libraires y font les rencberys en matière de livres qui ne sont de pane lucrando et de l'usage d'un chascun. J'ay cogneu de longue main le sieur Gabriel Sionita' et crois qu'il esl bien docte en cette langue arabique, mais je ne sçay s'il est port<^ de si bonne volonté ne son collègue'-' que sont les Hollandois, à donner au public les bons livres de cette langue*. Ils ont imprimé à Rome avec son compagnon un beau Père Gaultier* aux frais de M' de Brèves^, et ont emporté les caractères à Paris, mais je n'ay rien veu de l'édition de Paris que le traicté du feu roy, et une version latine du géographe de Nubie""'. 11 ne leur manque pas de Irez bons livres m[anu]s[crit]s de monsieur de Brèves, s'ils vouloient s'exercer c\ les faire imprimer et traduire ', mais il leur fauldroit de fortes sollicitations pour les y embarquer, comriie je fis lorsqu'il fut question de l'édition du dict Géographe de JNubie' où je fis intervenir l'authorité de feu monseigneur le G[arde] d[es] S[ceaux] du Vair, encores y eust-il bien de la peine. C'estoit pour cela que je tournois mes pensées du costé de Hollande, ou de Rome principalement pour ce livre de droict dont j'escrivois à M"' Gamerarius, attendu qu'en cette matière je ne
' Gabriel Sionite ou de Sion, savant maronite, né à Edden, bourgade du mont Liban, mourut h Paris en i648, âgé de soixante et onze ans.
' Ce collègue était Jean Hesronite.
' Suivant le P. Lelong dans ses Dissertations sur les Bibles en plusieurs langues, Sionite manquait beaucoup- plus de zèle que de science: rrC'était, dit-il, un esprit lent et paresseux; il aimait plus le repos que l'honneur, la bonne chère que le travail. 1
* S'agit-il de quelque édition non indiquée dans la Bibliothèque des écrivains de la Compafftiie de Jésus (t. I, col. 2066), de la Tabula chroiwffraphica du P. Gaultier?
' Sur les relations de M. de Brèves avec Gabriel Sionite, soit à Constantinople, soit
à Rome , voir l'article très détaillé de Jourdain dans la Biographie universelle (t. XV, col. i56, p. 395-326).
' Geoff raphia mihiensis, Paris, 1619, in-i". C'est la traduction latine de la géographie d'Edrisi, faite sur l'édition arabe donnée à Home en 1599. Eu tête de cet ouvrage, G. Sionite prend le titre de professeur et d'interprète royal pour l'arabe et le syriaque.
' Savary de Brèves rapporta de ses voyages en Orient une centaine de manuscrits qui sont aujourd'hui conservés à la Bibliotlièipie nationale. Voir le Cabinet des manuscrits par M. Léopold Delisle (t. I. p. ai5; t. II, p. 906).
' Voir Gassendi, dans le livre III de la Vie de Peiresc, h l'année 1619, p. 266.
580 LETTRES DE PFJRESC [1628]
pense pas que le sieur Gabriel Sionita y puisse piper, nomplus que son collègue, s'il est revenu du Levant, dont je seray bien aise d'apprendre des nouvelles, si vous en scavez.
Je suis bien aise d'avoir rencontré vostre goust et de M'' du Puy vostre frère, en la sentence du Pape Pie V. J'attends impatiemment à quoy reuscirà la recherche que l'on faict pour l'amour de moy des papiers du feu cardinal Strozzi qui fut successeur de cet archevesque de Chaulniont condamné, pour voir s'il y aura aulcune aultre pièce aussy curieuse.
Je me resjouys d'entendre que les notes de M' Rigault sur Tertullian soient tant advancéez et que M'' Saulmaise se soit enfin résolu de lascher la fin de son Solin. Mais je suis marry que le peu de froid qui s'est renouvelle de pardelà aye si tost gellé l'ancre du coppisle du catalogue. Le terme de deux moys que vous poursuyvez encores pour l'achèvement du Solin nous fera un peu languir en l'attente. Je vouldrois bien voir entr'autres choses ce qu'il y a escript touchant les chevaulx des jeux circenses, à quoy il eust voulu avoir employé l'inscription de Rome ou autrement son advis sur la dicte inscription.
Je feliciteray M'' d'Aubray sur l'heureuse issue de son affaire dont je me conjouys avec vous cependant, vous remerciant de l'advis, et de la part que m'avez faicte des mémoires que vous avoit baillé M' des Hayes touchant la responce du Père General des Mathurins, où j'ay admiré l'infirmité humaine, et prins grande compassion de cez pauvres gents qui se donnent tant de peine et de torture pour peu de ciiose. Si ceux cy eussent prins mon advis avant que d'escrire, ils ne se seroient pas laissez ainsin surprendre en faulx latin; il fauldrà qu'ils voyent les moyens qu'ils pourront avoir d'y remédier et de diminuer, s'il est possible, quelque chose des mauvaises impressions que leur Père General a conceu d'eux.
Quant aux nouvelles nous ne sçaurions vous rendre la pareille, mais puisque vous vous contentez de nostre bonne volonté, il fauldrà que vous receviez en bonne part les lettres cy joinctes, tant du passage de l'ambassadeur de l'Empereur, qui fut enfin constrainct de
quitter les Galères aux isles de Marseille, et print le chemin du Lan- {ïuedoc, pour aller par terre eu Espagne, attendre son train ou r atteindre, si les vents l'y peuvent plus tost porter.
Vous aurez aussy des advis du Grand Caire, dont j'ay envoyé coppie à M'' Holstenius à cause des petites remarques locales que j'y ay trouvées, de ces costes de la mer Rouge ou de l'emboucheure d'icelle.
Pour le procez de madame de Crequy, l'on a présenté les lettres exécutoires de l'arrest du Parlement de Paris du 17 de ce moys, aux fins d'avoir le pareatis qui a esté octroyé à la charge que le dict arrest demeureroit enregistré en nostre Greffe. Vous aurez sceu que la semaine passée nous en avions jugé aultant de nostre costé le mardy 21""' et vendredy 2Ù°"=. On procède maintenant aux accuralions" et confrontations. M"" de Ganaples'^ a formé deux instances, l'une pour estre joinct pour son interest en qualité d'héritier ab intestat de feu M' le connestable, et de substitué par son testament, présupposant que madame de Crequy soit incappable par sa naisçance de la succession du dict feu seigneur connestable ou pour le moings indigne de sa succession pour avoir contrevenu à sa disposition testamentaire, et avoir voulu donner des enfants supposez, au lieu de ceux qu'il appelloit au deffault des siens d'elle. L'aultre instance est pour soubstenir une opposition qu'il a formée h l'expédition des papiers de la succession du dict seigneur connestable, laquelle expédition de papiers avoit esté ordonnée, avec la main levée de ses biens. Il y a tout plein d'aultres requestes , mais elles ne sont pas de telle consequance que celles là. Entre cy et Pasques, il sera malaisé d'esviter que cette afTaire ne soit jugée. Un certain du Plessis, qui avoit esté arresté dernièrement et mis prisonnier, s'est allé mesler d'escrire des lettres à madame de Crequi lesquelles ont esté interceptées et remises ez mains de la justice, où il s'est bien embarrassé, en subornation de quelques tesmoings et candi-
' D'après le Dictionnaire de Trévoux, les praticiens appellent accuration on affrontation la mise en présence de ceux qui s'accusent l'un et l'autre, ou qui se conlrarient dans leurs réponses. — ' Sur Charles de Gréquy, seigneur de Ganaples, voir ë V Appendice la lettre n° XXXIX.
dats(?). Voila tout ce que je vous en puis dire pour le présent et sur ce
je finis, demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 3i mars 1638.
Je vous recommande le pacquet cy joinct de M' Rubens, et la lettre de mon relieur à un libraire de laquelle je vous prie de faire demander la responce pour le retour du prochain ordinaire si faire se peult.
La cour fit hier arrest à l'audiance que les Jesuittes retirez en Arles seroient appeliez à un procez où ils estoient intéressez, dans certain temps dans lequel ils feroienl apparoir de la permission du Roy pour leur residance en ladicte ville, etc.
A ce matin M''le procureur gênerai du Roy a interjette appel comme d'abbus de l'union de la parroisse de saint Jacques de Marseille à leur maison de residance, et a esté ordonné qu'il feroit trez humbles remontrances au Roy sur ce subject, et sur un arrest du conseil injurieux qu'ils avoient obtenu par surprinse, au mespris de l'honneur et du respect qu'ils dévoient à ladicte cour.
Je vous envoyé d'aultres vers de M"" Remy, dont j'ay envoyé quérir des premières espreuves, bien que possible ils ne soient pas encores achevez de corriger ou tirer au net. Vous en ferez part, s'il vous plaict, au R. P. Vassan, et par le [prochain]^ ordinaire, je vous en envoyeray d'aultres coppies, Dieu aydant.
Je vous prie de vous faire donner à M' Ferrand^ une coupple de ces feuilles ou placcards oiî sont imprimez les jours des parlements de tous les ordinaires de Paris, tant pour le royaulme que pour les païs estrangers.
11 se trouve un livre des opuscules de Goel[ius] Calcagninus^ entre
' Déchirure du papier. ^^79^ lu' '•our à tour militaire, diplomate,
' C'est-à-dire par M. Ferrand. prêtre , et mourut chanoine de l'église de sa
' Célio Calcagnini naquit à Ferrare en ville natale en i5ii. Le recueil des opus-
lesquels il y en a un de ludo Talorum, Tesserarum et Cakttlor-um^ que je vouldrois pouvoir achepter*.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
L'ordinaire de mardy dernier nous apporta vostre despesche du mardy précédant 28 mars, ensemble les livrets des Republiques d'Escosse^ et des Suisses'' bien conditionnez avec tout plein d'aultres bons papiers, et le petit pacquet pour Dom du Puy que l'ordinaire d'Avignon a emporté à ce matin à Rome, avec vostre aultre pacquet pour M"" Aleandro de nostre ordinaire précédant, celuy d'Avignon ayant esté retardé cette foys d'une semaine entière. Le tout est allé soubs une enveloppe au cardinal Barberin. Auquel je n avois garde d'envoyer la Respublica Helvetiorum, ne aulcun aultre venant de voz quartiers, que je ne sçaiche au préalable si vous luy en aurez envoyé de semblables ou non. Cependant je vous rends mes trez humbles grâces de la continuation de voz soings à me faire avoir cez galanteries si fraiscbes. Estant bien aise qu'ayez satisfaict l'homme d'Elzevir. Mais je ne pense pas que vous ayez plus de mon argent par devers vous, c'est
cules de cet écrivain parut à Bâle en 1 544, ' Respublica, sive status regni Scotiœ et
in-folio, chez Froben, sous ce litre : Coelii Hibemiœ diversot-um autortm (Leyde,i69 7.
Calcagnini Ferrariensis , protonotarii aposlo- in-a/i).
lici, opéra altquot, ad illuslrissimum et excel- " Helvetiorum Respublica diversorum autolentissimum principem D. Hei-culem secun- rum, quorum noiinulli nunc primum in lucem dum, ducem Ferrariœ quartum. Voir la lislo prodeunt (Leyde, 1627, in-94). M. A. Wilde ces opuscules dans le tome XXVII lems fait observer (p. 74, n° 378) que des Mémoires du P. Niceron. le De Helvetiorum Republica est la reproduc-
' Le véritable titre est celui-ci : De talo- tion textuelle d'un ouvrage de Josias Siraler,
rum, tesserarum ac calculorum ludis ex more imprimé à Zurich, 1576, in-8°, et que l'on
vetentm. s'est borné à y joindre trois ou quatre opus-
^ Vol. 716, fol. 975. cules sans importance.
pourquoy j'en ay envoyé à Marseille au sieur de Gastines respondant de la dame de Lignage afin que quand vous en envoyerez prendre, il s'en trouve entre leurs mains à l'advance.
J'ay veu la relation de Suéde du sieur Camerarius avec plaisir, encores qu'elle fust un peu faultive et l'estime davantage voyant la datte de l'an 1628 auquel temps il falloit que l'autheur fust extrêmement jeunet II y faict mention du Mareschal de la Garde^, que j'ay apprins ce me semble estre originaire des provinces voisines de celle cy, c'est pourquoy je vouldrois bien en sçavoir ce qui s'en peult apprendre de plus particulier par le moyen de cez Messieurs, qui ont de si grandes habitudes en cez païs là.
J'ay trouvé par hazard entre mes curiositez maritimes, cez jours passez, en cherchant une pièce qu'on me demandoit, une certaine sorte de poisson dont j'avois quasi perdu la souvenance, qui est possible de cez vers dont on escripvoit à M'' Grottius, qui sont gros comme le petit doigt de la main environ, et de pareille longueur, et abouttissent chascun à des morceaulx de coquille assemblez en sorte qu'ils monstrent se pouvoir ouvrir et espanoiiyr, et puis refermer, quasi de mesmes que ce qu'aulcuns ont appelle des conques anatiferes^; cez morceaux de coquille sont en nombre de cinq principaulx et plus d'une
' Nous avons déjà rencontré deux per- sonne, et se noya devant Varna, le 5 dé-
sonnages de ce nom, Joachim Camerarius cembre i585. Voir sur ce trgrand homme
(lettre LI, du 16 mai 1697) et Louis- de guerres un excellent article de M. Ed.
Joachim Camerarius, son fils (lettre LIX, Senemaud dans la iVouce/fe i?iogTfl/)/iie g-éne-
du 11 juillet 16-27). Le Camerarius dont il ra/e (t. XXXII, i858,col. 817-820). est ici question est un troisième écrivain ^ Le Dictionnaire de Trévoux donne du
né probablement au commencement du mot analifere cette définition : ir Terme de
xvn' siècle, puisqu'il était ea-iremcweii^yeM/ic lithologie. Conque anatifère. Ce mot vient
en 1623. Je ne puis, du reste, l'identifier des deux latins anas, canard, et ferre,
avec aucun des Camerarius qui nous sont porter; c'est-à-dire coquille qui porte un
connus, et je ne trouve nulle part mention canard.» Conférez dans le Dictionnaire de
de la Relation de Suède mentionnée par Littré le mot analife, abrégé d^ analifere.
P§iresc. Littré explique ainsi l'étonnante élymologie :
' Pontus de La Gardie , baron d'EckhoIm , «Dans certains pays du Nord , on a cru que
feld-maréchal de Suède, naquit vers i53o, ce coquillage produisait des canards sau-
à La Gardie, dans le diocèse de Carcas- vages. »
douzaine d'aidtres moindres qui embrassent et couvrent la racine des plus grands, quasi en la forme des escailles des pommes de pin. Mais la lige où sont attachez cez morceaulx de coquille est si courte et si grosse à proportion de la longueur, qu'elle n'a guieres de rapport avec un ver. Et si bien toutes les dictes tiges semblent s'entre-tenir par le bas, il est pourtant aisé à recognoistre que chascune faict un animal tout distinct et séparé des aultres, et que les dictes tiges ne partent pas d'un seul tronc comme je m'estois imaginé, ains d'un lieu contre lequel s'estoient assemblez plusieurs animaulx de la mesme espèce, chose fort ordinaire dans la mer, que des animaulx qui s'attachent et qui adhèrent à quelque corps, il s'en trouve communément plusieurs attachez de proche en proche fort prez les uns des aultres. Ceux que j'ay sont en nombre de cinq, trois grandets^ et deux petits, lesquels ne sont pas revestus de moindre nombre de pièces ou morceaulx de coquille que les plus grands. Et touts cinq s'entretiennent, ou plus tost sont adhérants les uns aux aultres par leur racine, laquelle semble avoir esté arrachée de quelque corps ou de pierre ou de boys, ou de quelque aultre sorte d'animal plus grand, à quoy ceux cy se fussent attachez, ou contre quoy ils fussent nez. Je le feray portraire, et aprez vous en feray part, pour voir si ce sera chose différante de ceux dont on escrivoit à M'' Grottius, à qui je vous supplie de baiser trez humblement les mains de ma part.
Il y a trois jours que chez M' le comte de Sault, le cuisinier avoit réservé quelques huystres un soir, dont il se trouva le lendemain au matin que l'une avoit prins ung petit rat, qui furent incontinant envoyez à M' nostre Archevesque, sur quoy M' Remy fit des vers assez jolis qui seront cy joincts^, avec quelques exemplaires de ceux dont je
' Lillré indique seulement la forme ' Ces vers n'ont pas été recueillis dans
grandelet et donne pour origine h ce dimi- le petit volume ici déjà cité : Abrahami
nutif le mot genevois grandet, qui, remar- Remtnii eloquenltœ professons et poetœ regii
que-t-il, se disait aussi au xvi" siècle. On poemata (Paris, i645), mais on les trouve
ajoutera désormais que le mot granrfer s'em- avec diverses autres pièces sur le même
ployait encore dans la première moitié du sujet, dans le registre XXXVII de la collec-
XVII* siècle. tion Peiresc , à la bibliothèque d'Inguimbert
mraiHXlux KATioVàLi.
vous avois envoyé dernièrement la première espreuve, où il y a quelque chose de melioré. Vous en ferez part, s'd vous plaict, au bon P. Vassan et y joindrez mes trez humbles recommandations, ne pouvant luy escrire à cette heure comme j'eusse bien désiré pouvoir faire.
Vous aurez à cette foys icy la coppie des mémoires du feu sieur de Besauldun contre M'" de Savoye pour une espèce d'apologie des actions de la feu comtesse de Sault et de luy, et un exemplaire du livre de BuHingerus que j'ay recouvré double fort opportunément pour vous en faire part, puis que vous n'en aviez pas encores. Le livre a esté deiïendu à Lyon, mais les officiers n'ont pas voulu rédiger par escript leur sentence sur ce subject. La première feuille n'a jamais esté imprimée.
Je feray voir au sieur Gaultier Prieur de la Valette l'observation du Père Mercene sur l'élévation polaire de Paris, car le sieur Gassendi est allé chez luy ^ comme je vous avois escript, et je tascheray de luy en faire tenir là une coppie; mais nous attendrons en bonne dévotion ce livre du traicté du Galilée du flux et reflux de la mer, bien marrys de la peine qu'y veult prendre ledict Père Mercene pour y restablir les figures, mais oultre son mérite envers le public, je crois bien qu'il y prendra du plaisir luy mesmes.
Au reste je suis bien marry d'avoir obmis de respondre à M' Rigault touchant la dédicace de son TertuUian. Ce fut ma maladie qui causa ce desordre et qui fit que je luy fis responce sans avoir sa dernière lettre en main à la fin de laquelle il me mandoit seulement (comme je viens de voir à cette heure) qu'il estoit combattu en luy mesmes s'il feroit aulcune epistre dedicatoire à son Tcrtullian, et qu'il m'en escriroit par le premier voyage, mais il ne l'a pas depuis faict, comme vous pouvez sçavoir m'ayant faict vous mesmes ses excuses à cause de l'édition de
(fol. 78), et aussi dans VOntréomyomachie, respondanls de Peiresc : Lettres inédites de
recueil qui fut imprimé à Aix en 1699 chez Guillaume d' Abbatia , i885 (p. 43-44).
Etienne David (petit in-4° de 26 pages) et ' Les plus cordiales relations existaient
sur lequel on peut voir une note dans entre Gassendi et le P. Mersenne. Voir
y Appendice (n" IV) du fascicule X des Cor- Documents inédits sur Gassendi, p. a8.
son dict ouvrage. Au contraire vous m'escrivistes, ce me semble, qu'on luy avoit voulu persuader d'en faire la dédicace à M"" le cardinal de Richelieu, à quoy je n'avois rien à dire. Que si depuis il a changé d'advis, ou creu le pouvoir faire, il ne manque pas des raisons d'honneur pour fonder le mérite de la courtoisie dont il vouldrà user soit envers celuy là ou envers l'aultre dont vous m'escrivez, l'advantage pouvant estre bien considérable d'un costé, pour l'utilité présente, si les finances du Roy n'esloienl espuysées, et de l'aultre aussy, pour l'honneur envers la postérité, et envers les nations aultres que la Françoise •.
Cependant je luy ay bien de l'obligation du catalogue m[anu]s[crit] qui se debvoit commencer à transcrire, et vous supplie de luy en faire mes remerciments et salluts trez humbles.
Pour le procez de madame de Crequy les confrontations luy ont esté faictes et parfaictes, on debvoit à ce malin travailler au jugement des objects^. Mais cela a esté interrompu par des récusations baillées de part et d'aultre en grand nombre, au jugement desquelles les deux chambres ont esté occupées toute la matinée. On jugea, mardy dernier, tout plein de requcstes et entr'aultres celles de M"' de Canaples sur lesquelles y eust arrest par lequel il fut receu partie intervenante au procez de la supposition de part attendu la notoriété de son interest personel, en qualité de filz du seigneur de Crequy en la maison duquel elle supposoit un enfant à qui eust esté deue légitime, etc., et en qualité de substitué au dernier degré par le testament de feu M' le Connestable au deffault des masles et femelles tant de ladicle dame que du comte de Sault, son frère. Mais pour l'aultre procez d'indignité pour prétendue incappacité et delfault de naisçance de ladicte dame, en qualité d'héritier ab intestat du dict feu seigneur Connestable (dont il n'avoit parlé que comme incidamment dans les recharges de sa principale requeste, en la dernière desquelles recharges il concluoit non
' Rigault hésitait entre le cardinal Bar- dans\e Dklioimaire de Trévoux : r objet, daas berini et le cardinal de Richelieu. l'ancienne Pratique, était ce que nous ap-
' Voici l'explication donnée de ce mot pelions reproches contre les témoins.»
588 LETTRES DE PEIRESG [1628]
seulement contre la dicte dame de Crequy, mais aussy contre le comte de Sault son frère), il fut ordonné qu'il formeroit son action, et la poursuyvroit ainsin qu'il appartient. La dicte dame de Crequy avoit présenté une requeste au contraire et soubstenoit que cela ne pouvoit rien avoir de commun avec son procez criminel, ne estre de la jurisdiction et cognoisçance que des juges naturels des parties, et où estoient situez les principaulx biens, et que cela ne se pouvoit traicter sans l'intervention de Madame la Gonnestable, sa mère, laquelle on debtenoit à Barrau'. Aujourd'huy il y avoit une aultre requeste du dict sieur de Canaples pour former la dicte instance d'indignité et incappacité en exécution du dict arrest, mais elle n'a pas esté leiie à cause de l'interruption des récusations, grand nombre desquelles ont esté mises à néant. Je ne sçay si demain on n'en adjoustera poinct de plus fortes, pour reculler le jugement du fonds de l'aflaire lequel a desja esté remis aprez Quasimodo, pour attendre le Père Flotte^ de suite, sans lequel on voudroit bien ne pas laisser juger une si grande affaire, et à cause qu'il a fallu donner de nouveaux dellays competants pour le faire venir, estant comme on dict à Rouen, on ne pouvoit rien faire avant Pasques n'y ayant plus que la semaine prochaine embarrassée en audiances quasi touts les jours.
Sur cela je finiray demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
Ce 7 avril 1698.
J'oubliois de vous dire que M' le comte de Sault a monstre à plusieurs de ses juges des lettres de la cour à M'' le mareschal de Crequy
' Barraiu, commune du département vembre 1 636, à Lyon, dans la chapelle du
de l'Isère, arrondissement de Grenoble, collège de Notre -Dame -de -Bon -Secours,
canton de Touvet, à 36 kilomètres de Gre- l'ëloge funèbre de la comtesse de Ghevrières
nol)le. (Gabrielle de Gadagne, morte en i635).
Est-ce le même jésuite qui, portant le éloge qui fut imprimé à Lyon en i638,
prénom de Balthazar, prononça, le 10 no- in-4°?
portant que le Roy a advoiié renlevernent de madame la Coniiestable. Et n'a pas voulu que le parlement de Grenoble s'en formalizast davantage ^
GVI À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Nous fusmes en quelque appréhension de noz despesches de la semaine passée, sur le bruict du passage des trouppes de M"' de Rohan deçà le Rhosne, et de faict nostre ordinaire de Lyon arriva un jour plus tard que son terme ordinaire à cause delà traverce et destour qu'il prict à Valence parle Chrest^ derrière la montagne pour venir reprendre son chemin de* la poste au Monteil aymar^. Mais Dieu raercy il arriva sain et saulve mercredy à disner, avec voz despesches du i^^de ce moys et nous asseura que les nostres du 8""^ estoient pareillement passées en sauveté par delà Valence. 11 fauldrà dezhorsmais estre un peu plus retenus que devant, à ne pas bazarder les pièces subjectes à se perdre, sans en reserver des coppies jusques à ce que nous soyons esclaircisde ce que deviendront cez trouppes huguenottes, qui ont mis à feu et à sang quattre ou cinq villages du Dauphiné, Loriol\ Liveron ^, Mou . . .* et un aultre, et le lo""^ s'en alloient assiéger l'abbayie de Cruaz' prez
' Vol. 716, fol. 277.
' Aujourd'hui Crest (Drôme), comme nous l'avons déjà vu.
' Aujourd'hui Montélimart , comme nous avons eu aussi l'occasion de le dire.
* Chef-lieu de canton du déparlement de la Drôme, arrondissement de Valence, à a 1 kilomètres de cette ville.
' Livron , dans le canton de Loi-iol , à '1 kilomètres de cette ville , à 1 9 kilomètres de Valence.
' L'orijfinal porte Mou ou Mon. Peiresc" a laissé le reste du mot en blanc. Faut-il lire Mondragon, près de la rive gauche du Rhône, canton de Bollène, arrondissement d'Orange, non loin des anciennes limites de la Provence et du Dauphiné?
' Aujoui-d'hui commune du département de l'Ardèche, canton de Rochemaure, arrondissement de Privas, à aà kilomètres de celte ville. On y voit encore des restes de labbave.
Concorde^ mais on croyoit qu'ils y troiiveroient bonne résistance, d'un brave fjentilhomnie qui s'estoit jette dedans et ils n'ont pas de canon. Ils se fortifient à la Poulie qui est de ça vis à vis du Poulsin ^. Mais M'' de Montinorancy vient au secours avec 3,ooo hommes d'un costé, et M' de Crequi de l'aullre lequel avoit donné son rendez vous à Valence à demain samedy 1 5"'= et pour cet elTect M'' le comte de Sault qui estoit icy en est party ce matin en poste pour s'y trouver. Ilvid hier aprez disner madame de Crequy avant que de s'en aller ayant désiré de luy dire à Dieu, à quoy n'y eut pas peu de peine, car elle n'y vouloit entendre en façon du monde, mais enfin elle se laissa vaincre, leur entreveûe fut en maison tierce, et toute dans les termes de grands compliments et offres du dict seigneur comte de s'employer pour luy procurer du contentement. A ce matin la cour a achevé de juger les objects et reproches de la dicte dame et de tous les complices du procez; sur la plainte qu'elle avoit faicte par requeste de ce qu'elle se trouvoit despossedée de son bien adventis\ au préjudice des aiTests de reintegrande ou mainlevée qu'elle avoit obtenus de la cour, il a esté ordonné que les querellants rendront les dicts arrests exécutez dans quinzaine précisément avant que touts leurs revenus de ce ressort seroient saisis à la main du Roy, et sur iceulx prins la somme de 20,000 livres adjugée par provision à la dicte dame. Et neanlmoings qu'il seroit informé sur un procez verbal de l'huissier qui estoil allé pour faire exécuter les dicts arrests, lequel s'en est revenu sans pouvoir seulement faire expédier le pareatis.
Au reste je vous remercie trez humblement du soing que vous avez
' Aujourd'hui la Coucoui'de, station du chemin de fer de Lyon à Marseille , dans la commune de Lachamp , canton de Mareanne , arrondissement de Montélimart.
' Aujourd'hui le Pouzin, département de l'Ardèche , sur la rive droite du Rhône , canton de Chomérac, arrondissement de Privas, à i5 kilomètres de cette ville.
' Par biens adventices (bona advenlitia).
on entendait, selon ie Diclionnaire de Trévoux, (ttous les biens qui échoient à une femme après ses liançailles. Ces biens sont ainsi appelés , parcequ'ils n'augmentent point la dot, et que la femme en peut disposer à sa volonté, au profit de qui bon lui semble (à fexception de son mari) sans avoir besoin de son autorisation n.
eu de me faire tenir le livre du sieur Chi(flel\ el le second exemplaire de la Republique des Suisses comme aussy des aultres pièces dont je vous eu envoyé quelqu'une, et y ayjoinct le journal de Thoulouze^dont on m'a envoyé une couple d'exemplaires, avec promesse de m'en envoyer encor aullant par la première commodité, auquel cas je vous en envoyeray encores quelqu'un pour quelqu'un de voz amyz, car je le trouve des plus jolis qui ayent esté veus sur ce subject. Vous aurez par mesme moyen un exemplaire des vers de Malerbe, qui m'en a envoyé deux douzaines de l'édition in-S"^. Mais j'en ay recouvré icy de ses parents une coupple d'exemplaires delà bonne édition, dontj'ay creu vous devoir faire part".
Le coppiste Grec escript si bien en cette langue que je ne plaindray pas les 8 s[ols] dont vous estes en double, non plus que les cinq s[ols] de l'aultre, puisque vous n'en avez pas de meilleur compte. J'avois desja prévenu le remboursement à Marseille des cent francs que vous a fournis la dame de Lignage.
Il fault prendre la bible des 70 bien complette, aultrement nous au-
' Jean-Jacques Chifllel , nd à Besançon en i588, mourut en 1O60. Il fut successivement premier médecin de l'archiduchesse Isabelle, gouvernante des Pays-Bas, et de Philippe IV. Peiresc écrivit à cet érudit plusieurs lettres , quelques-unes conservëes ( autographes) h la bibliothèque de Besançon, les autres (minutes) à la bibliothèque d'inguirabert. Voir la liste de ses 35 publications dansie tome XXV des Mémoires du P. Niceron. Le livre de GhilHet envoyé par Dupuy h Peiresc était la seconde édition {^aucta et recensila) de Portus Iccius Jiilii Cœsaris demonstralus (Anvers, 1627, in-4°). La première édition avait été publiée à Madrid l'année précédente. ( Voir sur les observations de Peiresc relatives au travail de Chifflet, le livre IV de Gassendi, à l'année iCay, p.3i.3-3i4.)
' C'est-à-dire le Journal au vrai) de ce qui s'est passé dans l'Ile de Ré , etc. , imprimé par B. Golomiez à Toulouse ( 1 6a8 ) et déjà cité.
' Nous avons déjà vu que la belle ode rr pour le Boy allant chastier la rébellion des Bochelois» avait eu deux éditions presque simullan('es, une in-i', l'autre in-8°.
' La bonne édition est donc l'édition in-i". L'édition in-8° serait-elle celle qui , selon les termes d'une lettre de Malherbe à Peiresc, du 3 avril 1G28, citée par M. Lud. J^alanno {OEuvres complètes, t. I, p. xc), fut faite (tsans son soin et sans son aveu»? Sans doute, s'il en fut ainsi, l'auteur obtint qu'on lui en abandonnât beaucoup d'exemplaires, ce qui lui permit de se livrer à de généreuses distributions et d'en donner, par exemple, deux douzaines à la fois à un amateur tel que Peiresc.
rions trop de peine à recouvrer l'imperfection , ou les feuilles de la table,
et n'y aura pas de danger que la relation italienne des i 2 livres vienne
conjoinctenient. Mais j'advertiray M'' Cardon de ne pas bazarder mon
fagot que la coste ne soit un peu plus nette ^ Espérant que mess" de
Montmorency et de Grequy dissiperont bien tost ce nuage, Dieu ay-
dant. Et je tiniray avec les remerciments et recommandations de
M"^ d'Agut, qui s'en va en commission delà la Durance, ensemble de
mon frère qui est party ce jourd'buy pour Avignon, vous suppliant de
m'entretenir tousjours en voz bonnes grâces, et en celles de M' vostre
frère, comme celuy qui est,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
Ce 16 avril 1628.
Je déplore infiniment la perte de M' de Rhetelin et vouldrois avoir peu rachepter sa vie avec de bonnes livres de mon sang. Il fault pourtant louer Dieu de tout ce qui luy plaict. Il est mort cez jours cy un antiquaire nommé le sieur Templery, le plus excellent homme pour restaurer les médailles antiques et aultres reliques de l'antiquité que j'eusse jamais veu; noz poètes luy ont voulu faire un tombeau dont vous aurez deux essays à faulte de quelque chose de meilleur^.
Vous verrez l'examen de l'observation de la haulteur du Pôle de Paris que vous m'aviez envoyée. Il fault que cez choses là se fassent avec grande exactezza et punctualité. Vous en userez avec la mesure'
' C'est-à-dire dëbarrassée des troupes de huguenots qui menaçaient les communications entre Paris et la province.
' Le tombeau de l'antiquaire Templery n'estcité dansaucun de nos recueils bibliographiques. Je suppose que c'est de ce recueil que provient une petite pièce de vers latins d'Abraham Remy qui se trouve dans les Poemata de i645 (p. làa) et qui est intitulée Epitaphium Johannis Templerii Anttquarii. Voici
les deux premiers et les deux derniers vers de ce morceau si peu connu sur un archéologue si oublié :
Hic jacet antiqai scnitator maximus œvi Templerias, patrioi consul et urbis faonos.
Templcrio morientc, ruit moritura vetustas, Priscaquein hoc luraulo stecla sepulta jacent.
' C'est le mot qui semble devoir être lu àcet endroit, oùle papier estplutôt usé quedéchiré.
[1628] AUX FRKRES DUPUY. 593
nécessaire envers l'autheur de la dicte observation qu'il vous avoit pieu m'envoyer dernièrement.
Les sieurs d'Aubays et S' Estevc frères ont esté condamnez par deffault à avoir la teste trenchée et leurs maisons rasées, et ce soir l'exécution en effigie s'en est faicte publiquement.
Vous ferez part à M' de Lomenie du contract de l'an 1628.
Je vous recommande trez instamment l'adresse du pacquet de Bordeaux de la part de M' de Lomenie par le premier ordinaire du lundy, si faire se peult'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PARIS
Monsieur, Vous recevrez cette lettre par les mains de M' Gassendy que vous avez desja commancé d'obliger, et qui a une inclination trez grande pour vostre service et pour touts les vostres, auxquels tous les gents de lettres de ce Royaulme et la meilleure partie de ceux du dehors reputent à grand honneur de se tenir homageables-, pour le bénéfice evidant qu'ils reçoivent de vostre main , quand il est question d'ayder, promouvoir et recommander leurs plus dignes ouvrages. Cette province icy reculée comme elle est du commerce des bons livres, et de la fréquentation des gents doctes qui sont en voz quartiers, ne peult pas produire des hommes qui ayent les notices' requises en la perfection telle qui se peult acquérir de par de là. Mais ils ne laissent pas d'essayer de bien faire, et par foys leur peult il réussir en quelque rencontre, de ne pas regretter leur labeur, ne l'exercice qu'ds peuvent
' Vol. 716, fol. 979. ' Los connaissances, comme nous l'avons
' Hommageabk ne se trouve dans aucun déjà rappelé, des dictionnaires que j'ai sous la main.
(MPftIMEKII HATIOIALK.
donner à leur curiosité. La principale de celle de M' Gassendy a esté dans la philosophie, aultre touteioys que celle qui se traicte communément dans les escoUes, et s'il a l'honneur de vous entretenir de ce qu'il a l'aict pour Epicure \ possible ne l'aurez vous pas dezagreable. Dans les mathématiques il a eu d'assez heureuses rencontres en ses observations, et peult estre qu'un jour pourront elles servir au public. Il n'a pas esté norry à l'air de la cour pour y acquérir cette gentillesse en laquelle on y excelle. Mais encores veux-je espérer que vous trouverez de la modestie et de la doulceur en sa conversation, pour en demeurer satisfaict, eu esgard à vostre bon naturel, qui excuse si volontiers les manquements de ses amys principalement quand ils ne viennent d'aulcun deiïault de bonne volonté ains plustost de l'air natal qui nous rend icy plus rudes que le reste de la France. Tant est que les faveurs que vous luy daignerez despartir, rejahrontsur tout le pais, et sur moy principalement, qui faicts de longue main prolTession d'estre son serviteur, et qui me promets tant de l'honneur de vostre amitié, que vous admetrez chez vous ce nouvel academiste^, et que vous l'aymerez non seulement pour sa vertu, mais aussy pour l'amour de moy, et que vous luy procurerez les bonnes grâces de touts cez aultres mess" de l'Académie', auxquels je fais la mesme supplication trez humble, demeurant lousjours. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix ce a 1 avril 1628'. ,
' Ce ne fut que beaucoup plus tard que l'Académie française , voir une noie du
Gassendi publia ses travaux: sur Epicure: De tome II des Lettres de Jean Chapelain, p. 72.
vita Eptcvri ( iCia); St/ntagma pkilosophiœ ' N'oublions pas qu'il s'agit là du Cabinet
Epicuri [i&àçf). des frères Dupuy oîi se réunissaient leurs
' Sur le mot academisie , rendu célèbre doctes amis , lesquels formaient V Académie.
par la comédie de Saint-Evremond contre ' Vol. 716, fol. 281.
cvm
Monsieur, J'ai receu vostre despeche du XI depuis mercredy seulement, au lieu qu'elle eust deub venir dez le mardy à cause que le courier demeura caché dans un vallon quasi tout un jour pour laisser passer les trouppes de M'^de Rohan, qu'il avoil veu venir de loing, pour leur donner loisir de passer et de s'eslre esloignées. Et eus advis par mesme moyen que noz lettres de sammedy dernier estoient aussy passées seurement, bien qu'il n'ayt pas rencontré le courrier qui les portoit, car il a veu le postillon qui r'amenoit les chevaulx sur lesquels il estoitallé jusques à Valence, dont nous avons esté bien aises, car nous en estions un peu en peine. Dezhorsmais nous espérons que les chemins se r'asseureront, puis que d'un costé M' de Montmorancy vient suyvre M'" de Rohan avec quelques trouppes, et de l'aultre M' de Grequy descend avec des canons, et tout ce qu'il a peu r'amasser en son gouvernement, de sorte que les gents de M' de Rohan ne j)ourront pas tenir pied en Daulphiné, si ce n'est à ce petit lieu de la Poulie qui sera bien aisé à boucler. Desja l'abbé de Cruaz avec un peu de secours qu'il eut de M"" de Ventadour' a constraint M"" de Rohan de lever le siège devant son abbayie, apprez avoir esté sommé de se rendre, et avoir faict responce au tambour que si son maistre ne se resolvoit d'obéir au Roy et se retirer de ce lieu , il courroit fortune d'estre mis soubs les loix monachales et qu'on luy fit une couronne à la Bénédictine. Jusques là M'' de Rohan n'avoit trouvé aulcune résistance, ainsin qu'il disoit luy raesmes en certaines lettres qu'on dict avoir esté interceptées par le Gouverneur
' Henri deLevis, duc de Venladour, lieu- en i6ji son duché au marquis d'Annonay tenant général du roi en Lanijuedoc, était fils son frère, embrassa l'étal ecclésiastique, et aîné d'Anne de Levis, duc de Ventadour, et mourut le i4 octobre 1680, âgé de quatrede Marguerite de Montmorency. Il abandonna vingt-quatre ans.
du Monteilaymar, lesquelles le dict sieur de Rohan escrivoit au Gouverneur d'Orange duquel ceux du contât d'Avignon commancent à se desfier un peu plus que devant sur les bruicts qui ont couru que deux pétards en estoient sortis avec 3oo hommes, pour les inquiéter et réduire à la contribution ; pour à quoy obvier le gênerai Malatesta s'est approché de la frontière avec la cavalerie du Pape et 5oo hommes fort lestes, et bien résolus de se battre selon les apparances externes.
Le Meursius de ludis Graecorum^ est arrivé fort bien conditionné; mon frère l'avoit comprins au rooUe des livres qu'il print d'Elzevir, mais il ne luy fut pas livré effectuellenient pour quelque imperfection, non plus que cez homélies.
J'ay leu tantost couremment cette epistre du Galilée du flux et reflux , et y ay trouvé de bonnes choses à mon gré, et d'aullres où j'ay grande peine de luy accorder^; il le fauldrà voir bien à loisir, cependant je l'ay mis ez mains d'un homme qui y fera les figures nécessaires, et aprez en avoir retenu coppie, je le vous renvoyeray fidèlement, avec l'advis de nostre monde de deçà , estant bien marry de ne l'avoir eu à temps devant le partement de M' Gassendi, lequel s'en est enfin allé de chez luy à Grenoble, en intention de passer la feste à Lyon^, et puis prendre le chemin de Paris, où il aura tout loisir d'attendre le retour du Roy, car je ne pense pas que le conseil travaille à la Rochelle pour les parties et à quelque chose malheur sera bon. Car cela luy donnera tant plus de commodité de vous voir et cez aultres messieurs, et à vous de le gouverner luy, où vous trouverez, je m'asseure, des qualitez dignes de l'honneur de vostre bienveillance , ne se voyant guieres de gents qui ayent pénétré dans les sciences dont il faict quelque profession, jusques aux termes où il en est venu, ne qui soit d'une humeur plus doulce et paisible que la sienne. J'ay bien du regret que M"^ Diodatisesoit résolu
' Joannis Meurside Ludis Grœcorum liber calion des marées, en les attribuant à l'iné-
sit^ularis. Ad V. Cl. Petrum Scriverium galité de vitesse des différentes parties de
(Leyde, iCaa, in-8°). la mer.
'' Peitesc avait raison dans sa résistance. ^ La fête de Pâques qui, comme nousl'a-
Galilée donnait une très mauvaise expli- vons vu, tombait cette année le a 3 avril.
d'envoyer son pacquet justement lorsque l'homme est en chemin, car je m'imagine que la moitié sera arrivée à Lyon mardy dernier selon vostre compte et que l'aultre moitié y viendra demain, et que nous aurons icy le tout mardy ou mercredy prochain, si Dieu permet que le Courier passe en saulveté, comme j'espère, car celuy là est fort circonspect, et ne se hazarderà pas légèrement à aulcun danger. Si cela arrive, le dict sieur Gassendi a laissé charge icy au sieur Prieur de la Valette d'ouvrir les pacquets, pour les voir et nous en faire part, et aprez nous les luy renvoyerons à Paris.
Je fais relier le petit Seneque à mon libraire, pour luy faire passer les monts, puis que vous me donnez espérance d'en pouvoir remplacer un aultre, et que vous n'y avez pas de dessein. Et m'estonne qu'EIzevir ne presse davantage l'édition de toutes cez republiques, ne doubtant pas qu'il n'aye bien de quoy fournir pour toutes. Possible est-il plus empesché au choix des autheurs, qu'à trouver des escrivains qui en aient traicté. Vous pouvez prendre le livre de Typotius estant bien complect, à 1 6 livres, car les figures, qui y sont bonnes et en bon nombre, peuvent fort bien porter ce prix, vous remerciant du soing que vous me promettez pour la recherche du Calcaigninus. J'ai retenu coppie de l'epistre au cardinal de Berule, et soubs correction vous avez un peu de tort de parler de m'en renvoyer l'original, car cez pièces doivent demeurer chez vous comme les actes publiques dans les registres, pour y avoir recours en tout temps, de ce qu'icy ' cela seroit ensevely et perdu. Pour l'honneur de Dieu ne me traictez poinct avec cez cérémonies, si vous voulez que je demeure dans la liberté qui doibt estre parmy nous.
Je trouve fort bien fondé le jugement que l'on faict là des vers de M'' Remy'^; il est jeune', et luy donnant du courage, il pourra mieux
' C'est-à-dire (oWts qu'ici. Rem y, Poemata, i6û5, p. 8. A la page
' Il s'agit là de la pièce intitulée : Rupelta précédente figure en ce recueil une pièce
obsessa , fuffati Angli, ad illuslrissimum car- adressée à la Rochelle : Ad Rupeltam , ca-
dinalem de Itichetieu. On la trouve dans le liiidas Aprilis î6a8.
registre XXXVII de la Collection Peiresc, à ^ Abraham Reray avait alors vingt-sept
Garpenlras, et dans le recueil déjà cité de ans révolus.
se perlectionner. Bien est il vray que je ne pense pas qu'il s'attende à des recompances principalement en ce temps. Il fauldrà voir si une aultre saison y pourra estre plus propre.
Tant est que M"" nostre Arciievesque en est demeuré bien satisfaict ', et en a prins un exemplaire pour faire tenir luy mesmes à son frère ^. Ce ne luy sera pas peu d'honneur et de bonne fortune, si on trouve un deuiy quart d'heure de temps pour les lisre dans un camp^. Quant à ceux de M' Gaulmin *, je vouldroisbien avoir participé aux discours dont est question, et avoir apprins le destail du jugement que cez grands hommes en font. Vous en verrez qui m'ont esté envoyez de Bordeaux. 11 y en a un aultre plus grand poème d'un. Jean Ferez Mirandeus^ imprimé à Bordeaux, intitulé 1). LVDOVICVS EPITHY- R/EOS'^, où il y a de bonnes conceptions bien que le commancement soit un peu trop languide ^ M"^ nostre Archevesque me l'a retenu, sans cela je le vous envoyerois, mais j'ay escript à Bordeaux pour en avoir d'auhres exemplaires, dont je vous feray part incontinant.
Cependant vous aurez d'aultre^ vers du sieur Viaz tant sur la mort du feu sieur Templery* (qui estoit admirable A restaurer les médailles,
' A. Remy lui adressa, eu 1 643 , un chant funèbre : Epicœdion in morte card. Richelii ad Alphonsum fralrem. card. eminentiss. (p. 89 du recueil de i6i5).
' Le cardinal Armand est le héros de plusieurs des piècesdu recueil de i645,par exemple (p. 9/I): Genius Sorhonœ eminentissimo cardinali duci Richelio gratulabundus , et (p. 3j): In reditmn eminentissimicardinalis Richelii ex Gallia Narboiiensi. An. i6ùù.
' Le camp devant la Rochelle.
* L'habile helléniste Gilbert Gaulmin faisait dexcellenls vers latins, et ceux qu'il composa h propos du siège de la Rochelle sont au nombre des meilleurs que l'on possède sur cet événement qui inspira des centaines de poètes.
' Sur ce Jean Ferez, natif de Mirande
(département du Gers), voir une note de mon édition de VEntrêe du Roy Charles IX à Bordeaux (petit in-/i°, 1885, Bordeaux, P. Ghollet, p. 8).
' Voici le titre complet : Joannis Ferez Mirandensis in collegio A quiianico Rnrdigalcnsi eloquentiœ professoris erercitationes duœ so~ lemnes : Quibus , dimissum anniversario scholœ Hohilissimœ Juslilio Apollinem, smim in Parnassum qua.ii jure poslliminii revocavit Calilina Gallicus et D. Ludovicus, EPITHY- R/EOS (Bordeaux, chez Guillaume Millanges, imprimeur royal, 1628, in-4°).
' Littré cite sous ce nut Ambroise Parc et les deux frères Gorueille.
" Ces vers n'ont pas été recueillis dans le volume XXXVIl de la Collection Peii-esc, à Carpentras, déjà cité.
figures et vases gastez de l'anliquité) que sur la soury priuse par une huystre\ laquelle servit oportuiiement au comte de Sault, pour payer une discrétion"-^ que M' l'Archevesque luy avoit gaignée au billard le soir précédant à condition que ce fust chose cuiieuse, et qui ne fust point de prix, ce que le dict sieur comte estoitbienen peine de chercher sans cette heureuse rencontre advenue chez luy la mesme nuict de sa capitulation et de sa perte, dont il fut infiniment aise. D'aultres ont été invitez de faire des vers sur le mesme subject par M' l'Archevesque mesmes, s'ils le font je vous en feray part, à faulte de chose plus digne de vostre entretien. Que si quelqu'un de par delà prenoit envie d'en faire quelque cliose, possible que cette cognoisçance ne luy seroit pas inutile, au tem])s où nous sommes.
Je plains infiniment le pauvre Maronite decedé au Mont Liban, car son ingénuité et zeelle ou passion au bien public ne pouvoient estre assez louées, il estoit beaucoup plus laborieux que le sieur Gabriel, son compagnon\et de beaucoup plus de resolution quand ilfalloit entreprendre et mettre à exécution quelque bon dessein en matière de libvres , bien qu'il n'eust possible pas tant de science que son compagnon. Ce prétendu Transylvain avoit bien choisy un habit cappable de se faire voir de loing dans Paris. J'ay aullres foys veu passer en ce pais icy des premiers Morisques qui sortirent d'Espagne, quiparloient mesme language, et tenoient quasi les mesmes propositions. M''du Vair defiunct les pressa fort, mais ils avoient tousjours des eschappatoires appuyez de quelques
' Illustrissimo Alphonso de Richelieu, archiepiscopo Aquensi, ostrew et mûris fatum retnuneratorium. Et encore : Ostrew et mur-is mors et apotkeosis. Voir aussi le recueil publié à Âix, en 1699, sous le litre d'Ostréomyomachie et le recueil des poésies de Vias {Balthasaris de Vias Massilicims. . . Charitum lihri très. Paris , E/lmond Martin , in-4°, 1660) où l'on trouve (p. 28, n° XII) cet autre tilre : Âlplionso cardinali Richcleo ostreœ et mûris pugna, in pretium ludi deperditi, data Criqueo duci.
' Littré, sous le mot discrétion considéré comme gage, comme enjeu, ne donne aucun exem])le antérieur aux Mémoires de M"* do Monlpensier.
' Jean Hesronite, que M. de Brèves avail amené à Paris avec Gabriel Sionile. Ce dernier eut deux collaborateurs dans la traduction des psaumes d'arabe en latin ( Rome , 161 4), dans la Grammatica arabica AforeniWwHi ( Paris , i6i6), enfin dans la Geoffraphia Niibiensis (Paris, 1619) : ce furent Jean Hesi-onile et Victor Scialac.
fondements apparemment tollerables. Us avoient passe-port du feu roy, et s'en alloient droicten Conslantinople. Je pense que celuy là aura fort sagement faictde se retirer s'il ne vouloit mieux construire ses discours. Tout ce que j'y trouve de plus notable est que ce soit un homme qui sceut parler François, bien qu'il s'en cachast.
M'' d'Agut n'est pas encore de retour de sa commission , non plus mon frère de son voyage d'Avignon, et je finis demeurant à M'' vostre frère et à vous, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce vendredv au soir 22 avril 1628 '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMEINT DE PARIS, À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre despeche du 1 8 fort bien conditionnée avec le livre du CLERICVS Caroli Mansfelt, et en mesme temps celle du vendredy précédant avec le pacquet de M' Gassendi où nous pensions trouver des relations du Galilée, soubs l'espérance de quoy nous luy avions faict laisser procuration au sieur Gaultier prieur de la Valette pour l'ouvrir, mais il ne s'y trouva qu'une simple lettre avec le livredeCardan de Civili prudentia d'Elzevir^, qui luy sera bien gardé par le dict sieur de la Valette, et maintenant je luy renvoyé sa lettre, que je vous recommande pour la luy garder s'il n'est encor arrivé là. Nous avons aujourd'huy eu icy M"" de Guise qui a faict des grands compliments et protestations honorables à Mess" du parlement, et nous avons céans
' Vol. 716, fol. 283. — ' Hieronymi Cardant, Mediolanensis , proxenela seu de prudentia civili liber, etc. (Leyde, 1697, in- 12).
chez nous l'evesque d'Orange ' qui estoit venu voir M"" nostre Archevesque et a prins logement chez nous à cause que ma sœur de Valavez est sa niepce^. Ccz deux venues inopinées m'ont consumé toute la journée, et m'empeschent de pouvoir rcspondre comme il fauldroit à voz lettres. Vous m'en excuserez, s'il vous plaict, pour le coup, et vous contenterez que je vous dise que le sieur d'Ajon, de la maison de Glandeves de cette province, l'un des partisans de M"" de Rohan, qui avoit esté prins prisonnier à Beaucaire', a esté renvoyé à nostre parlement par mess" de Toulouze et M' le Prince. Il arriva la veille de Pasques, et aussy tost fut mis à l'examen et a-t-on travaillé à son procez toutes les Testes. Je crois qu'on ne le laisra guieres languir, aux premiers jours aprez quasimodo, si entre icy et là il n'arrive d'empeschement du costé du Roy. M' de Guise a esté le premier d'ouvrir le passage, par le bas Valentinois, les genls de M' de Rohan ayant repassé le Rosne au bruict de sa venue et des trouppes de M'' de Grequy, mais c'a esté aprez s'estre ledict Seigneur de Guise arresté ^ ou 5 jours à Valence, pour leur donner loisir de descamper plus à leur aise. Sur quoy je finis par mes remerciments trez humbles de voz rares singularitez, demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'AU, ce a 8 avril au soir i6a8.
Vous aurez une gazette de Rome, oiî il y a quelque chosette de plus qu'en vostre billet et j'ay depuis apprins d'un gentilhomme venu delà (qui estoit présent en la chappelle lorsque le Grand Duc * y eut séance) ,
' Jean de Tulles , dont il est question ' Ghef-lieu de canton du département du
dansuneiettredeDupuyhPeiresc(n'' XXXVI Gard, arrondissement de Nîmes, à a4 ki-
de VAppetidice). lomètres de cette ville.
' Nous avons déjà vu que la belle-sœur * Legraud-ducde Toscane, Ferdinand II;
de Peiresc était marquise de Tulles ou de il n'avait alors que vingt-huit ans. Thules , dame de Trébillane.
602 LETTRES DE PEIRESG [1628]
que ce jour là, extraordinairement le pape descendit à pied dans S* Pierre au lieu de se laisser porter dans sa chaise comme de coustume dont on estoit bien estonné. Mais on ne le fut plus quand on s'apperceut que c'estoit pour faire cet honneur à M"' le Grand Duc, de luy laisser porter sa queiie, jusques à son solio ^ H y a quelque chose dans les lettres de Rome à vous communiquer, mais je ne le puis pour aller tenir compagnie à nostre hoste^.
ex À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
À PARIS
Monsieur, Avec vostre despesche du 9 5°"^ j'en eus deux de Bordeaux que je creus avoir passé par voz mains ou au moings par celles de M'' Ferrand, aussy bien que celles que vous luy aviez daigné remettre pour l'amour de moy, dont je vous suis bien redevable, et à luy par mesme moyen , et dont je vouldrois bien me pouvoir revancher en son endroict puis que je ne le puis espérer pour vostre regard, mes arrérages surpassant avec trop de disproportion toute ma chevance. Des deux images de la Rochelle j'en remis l'un^ à M' d'Agut et ay envoyé l'autre à ce malin à Rome par l'ordinaire d'Avignon , lequel sera dez hors mais plus réglé et asseuré que celuy de Lyon. C'est pourquoy si vous vous voulez servir de cette voye icy vous nous ferez faveur. Elle ne manque poinct une foys le moys environ le commancement, et passe tousjours icy le vendredy matin, de la première ou. seconde semaine du moys. Depuis que celuy d'à ce matin a esté passé j'ay receu d'Avignon un petit pac-
' Mot italien qui signifie trône. notamment les bea>t.v images de Nicolas
'' Vol. 716, fol. 285. Oresme, les limons mages de La Boétie,
' Le mot imog'e, dans nos vieux auteure, \é petit image de l'auteur du Cymbalum
est souvent du genre masculin, et Litti-é cite Mundi.
[1628] AUX FRÈliES DUPUY. 603
quet de M' Holstenius, auquel je suis bien marry de n'avoir peu faire responce par cette commodité; s'il eust suyvy les adresses des aultres, je l'eusse receu dez le vendredy sainct comme je fis les aultres de mesme datte, par le précédant ordiuaire, et mesme la lettre qui sera cy joincte du sieur Aleandro, et celle de l)om du Puy, que vous ne serez pas marry de voir, je m'asseure, nou plus que celle du dict sieur Holstenius, mais pour celle cy je vous supplie qu'elle ne passe pas en aultres mains que les vostres, pour ne divulguer une particularité qui luy importe et qui luy pourroit nuyre, laquelle neantmoings il ne sera pas marry que vous sçaichiez. Je prends un grand plaisir à ce qui vient de sa main. N'ayez pas de regret aux vers de M'' de Malherbe; nous en avons provision icy. Et ne regrettez pas non plus l'argent que gaigne l'escrivain du catalogue, lequel je ne plains nullement, ains seulement le temps qui s'est perdu en cérémonies superflues avant que de le commancer. J'ay esté bien aise de voir que ce que nous avons icy du Schrincklius ne soit pas plus imparfect que ce que vous en avez eu de pardelà, en meilleur temps. Ce qui me faict juger que possible les aultres planches n'ont jamais esté faictes. Et cela me fera resouldre d'achepter celuy cy sans regret veu mesme qu'il n'est en taxe qu'à dix ou douze livres seulement.
Je prendrois bien plaisir de voir le rolle des images de l'aultre libvre de Franciscus Tertius Bergomas. Et s'il sepouvoit avoir un autre exemplaire du CLERICVS Caroli Mansfelt, j'envoyerois le mien à Rome par le prochain ordinaire comme j'ay faict aujourd'huy le Seneque d'Elzevir. Au reste je plains grandement le pauvre Buon ', et vois bien que j'auray de la peine à vuider astheure mes comptes avec ses héritiers. Mais je tascheray de bien distinguer ce qui estoit arresté d'avec les derniers qui ne l'estoient pas, et sur lesquels il avoit touché prou d'argent, appréhendant que vous n'y ayiez encore quelque courvée à mon occasion. Mais je plains bien davantage M'' de Brèves dont la perte est trez grande et préjudiciable au public, car cet homme estoit cap-
' Savait-on que le libraire Buon était mort en avril i6a8?
60/i LETTRIÎS DE PEIRESG [1628]
pable de grandes choses \ Sa vefve m'a faict l'honneur de m'escrire une bien honnesle lettre sur ce subject de mesme datte que la vostre, à laquelle je responds maintenant ^, et si j'ay moyen de la servir et Messieurs ses enfants, je le feray de toute mon affection mesmes Monsieur l'abbé de Montmajour. Vous recevrez par cette voye plusieurs papiers que je vous renvoyé avec honte de n'avoir de quoy fournir en eschange non plus que de voz nouvelles, car le procez de Madame de Crequy n'est pas poursuyvy à cause de l'absence de ses parties. Cependant le P. Flotte est arrivé et demain sera ouy devant les commissaires. M' de Guise parle de renouer un traicté d'accommodement, et dict-on que M' l'Archevesquc en a voulu escrire encore pour un coup à M'' le Mareschal de Crequy. H fauldrà voir ce que fera le temps. On travaille au procez du sieur d'Ajon prévenu d'avoir suyvy et servy M"" de Rohan tout fraischement, mais cela a son cours aussy. l^e meilleur que je vous sçaurois mander à présent est que le bas Valentinois est à cette heure délivré des rebelles, les deux ordinaires de dimanche passé tant celuy qui alloit à Lyon que celuy qui en revenoit estant passez par L'Auriol au grand chemin. Il est vray que ce pais là est tout desgarny de chevaulx depuis Valence jusques au Montelimar, sur quoy il s'excuse d'estre arrivé icy seulement mercredy au lieu de mardy.
Et sur ce je finis demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et obéissant serviteur et à M"" vostre frère , DE Peiresc.
D'Aix, ce 5 may i6a8.
' Peiresc juge très bien celui qui fut un Réaux [Historiettes, t. III, p. ^jio, n. i) rades meilleurs diplomates de l'ancienne France conte de curieuses pailicularités sur la mort et qui, à Constantinople surtout, obtint de M. de Brèves.
])our son pays les plus considt'rables avaii- ' Je ne vois pas une seule lettre de Pei-
tages. Voir son éloge dans une note du Re- resc à Madame de Brèves dans les Minutes
cueil Avenel (t. I, p. 5o). Tallemant des de Garpenlras, où l'on conserve seulement
Vous aurez icy des vers de M' Viaz pour le pape^ dont je seray bien aise d'apprendre l'advis de cez Messieurs de pardelà. H y avoit mesme un nom qui ne nieritoit pas d'entrer en douzaine parmy ceux des princes. Je le luy fis oster ensemble l'arnioirie pour estre trop goffement faicte, il s'y peult mettre ([uelqu'aultre armoirie du pape moings mal fagottée-. Vous pourrez faire part aux amys de ce que vous en aurez, et mesmes à M' Rubens et à M'' Gevartius, si en avez la commodité d'amy.
Je vous recommande Irez instamment le pacquet de Bordeaux pour en faire à l'àccoustumée aprez l'avoir faict contresigner ensemble la lettre pour M"" du Soûl nostre procureur et excusez moy s'il vous plaict de tant d'importunité.
Si vous trouvez commodité de m'envoyer quelque fagot de livres je vous supplie d'y adjouster quelques feuilles de beau papier marbré à la Turquesque mais des plus jolies *.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Voz despesches du 2 may vindrent mercredy matin fort bien conditionnées, et par consequant le livre de Gbistelius de Numismate, les
(registre II, f" 5 17-5 18) trois lettres h sèment mis en tète des Lettres inédites de
"M. de Brèves, écuyer de la reine à Parisi Balthniar de Vins (fascicule VI des Corres-
écrites du aa janvier 1628 au 10 mars de potidanls de Peiresc, p. xiv).
la même annëe. Voir à la Bibliothè(|ue na- ' Littré a cite sous ce mot un vers du
tionale ( fonds français , vol. 96 4 a , f" /lo-à 1 ) Menteur de Corneille :
deux lettres de M. de Brèves à Peiresc , l'une Eùt-elle en vrai magot tout le corps fngoié,
du 1 o février 1 6a8 , l'autre du a 8 du même »
et un vers de l'Etourdi de Molière :
mois.
' Panegyricus ad Urbanum VIII (Aix, Vous voilà fagoté d'une plaUante wrte.
i6a8, in-i"). Voir sur ce poème TAveriis- ' Vol. 716, fol. 287.
beaux vers de Heinsius et de Bariaus et les aultrcs papiers curieux que je vous renvoyé avec mes trez humbles rcmerciments. Les noslres de mesme temps à peu prez ne vous auront pas esté rcndiies si opportunément, car M' Jacquet m'escript du 7'"" qu'au lieu d'estre arrivées à Lyon dez le lundy au soir comme il falloit pour estre baillées à l'ordinaire du mardy suyvant, elles n'estoient venues que le mercredy bien tard, à cause que M"^ de Monlmorancy avoit retenu à Bagnols ' quelque temps nostre courrier, et qu'à Auberive^ il n'avoit peu passer la rivière, ou torrant inondé, plus d'un jour et demy, de sorte que vous n'aurez eu nos lettres que mardy dernier trop tard pour y respondre dont je crains bien que vous ayiez esté en peine, depuis le sammedv jusques an mardy, à cause des dangers qu'il y avoit eu sur les chemins du Daulphiné durant le moys d'avril. Ils sont néantmoings à présent reduicls, ce dicton, en leur premier estât de seureté. Dieu veuille qu'ils y demeurent. M' le Mareschal de Crequy escrivant de Valance du 8*= qu'il estoil sur la conclusion de la paix dans le Daulphiné , pour y faire cesser tout subject et appréhension de mouvements, et qu'il s'en alloit à Grenoble pour aprez s'en venir icy au jugement du procez de Madame de Crequy.
J'ay mis ez mains de M' Remius les epithalames de Heinsius et de Bariaus', où il trouvera bien à admirer et imiter, je m'asseure, car certainement ils sont excellents , et la façon de ce Bariaus me revient fort. Je les envoyeray par aprez à M' Viaz, qui les gousterà bien aussy à mon advis, et puis les vous r'envoyeray aprez en avoir retenu coppie n'estant pas raisonable que vous en demeuriez privez. Car c'est chez vous que cez belles pièces doivent demeurer originellement, pour re-
' Bagnols-sur-Cèze , chef-lieu de canton de Saint-Marcellin et du canton de Ponl-
du département du Gard, arrondissement en-Royaas. La première est située près de
d'Uzès, à 28 kilomètres de cette ville, à la Varaize, la seconde près de la Bourne.
43 kilomètres de Nîmes. C'est la seconde de ces localités que désigne
Mi y a deux petites villes de ce nom Peiresc. dans le département de l'Isère, l'une de ^ A l'occasion du mariage déjà souvent
l'arrondissement de Vienne et du canton mentionné de Tliadée Barberini et Anna
de Roussillon, l'autre de l'arrondissement Colonna.
gistre, puis que c'est le vray domicile de la vertu , et le rendez vous de louts les gents de lettres tant de la nation que estrangers, et mesmes pour l'usage de cette digne académie, qui se prevault si bien de vostre érudition et de voz riclies thresors et singularilez. M'' Remy a faict d'aultres vers sur l'huistre qui seront possible meilleurs que les précédants. Vous en aurez icy une coppie, ensemble de ceux du Pape que M' le nonce vous demande. Auquel je ne fauldray pas de faire mes trez humbles remerciments du livre de M' Chifflet. Et s'il s'en apporte à Paris j'en aciiepteray volontiers deux ou trois exemplaires pour en pouvoir envoyer aux amys d'Italie. Je n'ay pas veu les aultres vers de Barlaus sur le mariage de la Royne d'Angleterre > et decez du Prince d'Orange ^ S'ils sont visibles, nous vous renvoyerons fidèlement les exemplaires. J'ay esté un peu mortifié d'entendre que les libraires n'ayent pas envoyé leurs commis à la foire de Francfort, car je pensois avoir aprins le contraire, et qu'ils eussent eu aultant de courage que le facteur d'EIzevir', mais il fauldrà prendre patiance et voir si du costé de Genève il seroit rien venu. Je ne regretteray que les tables Hudolfines de Keplerus, si tant est qu'elles ayent esté enfin mises en vente*. Je vous ay escript pour le Typotius de ne pas plaindre les 16 livres de sorte que les 1 5 seront encores moings à regretter. Pour le Scriverius, puis qu'il ne contient que ce que nous avons icy, il vauldrà mieux retenir l'exemplaire qui y est, que d'en envoyer chercher d'aultres en Allemagne, si ce n'est qu'il y eust espérance d'en recouvrer de plus parfaicts et accomplis. Ayant peine de me persuader que l'autheur n'y ayt faict mettre ceux^ de tous les Princes de la maison d'Austriche
' I^ mariage de noire Henriette-Marie temponim loiiginquitate coUapsœ, restauratio
avec Charles I", mariage consommé à (laii- conlinetiir, a Txjehone lirahe primutn animo
lorbëry le aa juin i6a5. concefta el desûnata anno Christi MDLXIV,
Maurice de Nassau était mort à la exinde observationibus siderum accuratissimis ,
Haye le aa avril i6a5. post aiinmn prœcipue MDLXXU , scio affec-
' La Fontaine a dit (FaJfcs, liv. XH,n''7): lata, etc., Ulra, 1637, in-fol.
Ha avaient des comptoirs , des facteurs , des agents, ' PeïresC veut parlei' ici de portraits. It
Non moins soigneux qu-lntelligcnts. ayj,it „^,l,|i,! ^^^ jg „,j,i ^-g^aji ^^^ ^^ ^ç^jj
* Tabula Iiudolphinœ,aslronomic(escienttce, dans la phrase pre'cédente.
auxquels H faict sa dédicace, et sur touts, l'Empereur Rudolfe IP et le Roy Philippe 11'^ desquels il se debvoit promettre plus de recognoisçance que de touts les aullres de son temps.
Il m'est tombé en main un vieil m[anu]s[crit] du livret de MAU- BODIVS^ DE LAPIDIBVS en vers latins, avec un vieil Scholiaste, dont l'escriture est bien d'environ 3oo ans pour le moings. J'en ay une édition in h" Lipsiœ i585, soubs le tiltre de Scriptum EVACIS REGIS ARABVM DE GEMMIS, opéra et studio N. Rantzonii, où il manque tout plein de chosettes qui se peuvent suppléer par ce m[anu]s[crit]. Mais d'aultant que j'ay trouvé mention d'une aultre édition plus vieille faicte à Francfort, soubs le mesme nom de MARBODIVS'^ conjoinclement avec M ACER DE HERBIS et des Annotations de Janus Cornarius^ àpud Egenokum, et encor d'une antérieure CVM SCHOLIIS^ qui seront peult estre les mesmes de nostre m[anu]s[crit], je vous prie de cher-
' Rodolphe II, fils de l'empereur Maximiiien II, naquit à Vienne le 1 8 juillet i55a , succéda à son père le la octobre 1676 et mourut h Prague le 90 janvier 1619. Ce fut sous ses yeux que furent dressées les Tables dont il vient d'être question et qui, pour cette raison, furent appelées Rudolphines.
' Philippe II était mort le 1 3 septembre 1598, dans la soixante-douzième année de son âge, et la quarante-troisième de son règne.
' Marbode, né vers io3o h. Angers, fut nommé évêque de Rennes en 1096 et mourut dans l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers le 11 septembre 1128, presque nonagénaire.
Voir sur sa vie et ses œuvres YHistoire littéraire de la France (t. X , p. S/jS-Sga ) , la Nouvelle biographie générale , article de M. R. Hauréau(t.XXXIII, col. 366-867), le Dictionnaire de Maine-et-Loire , par M. G. Port (t. II, p. 586-587).
'.Les Rénédictins, auteurs de VHistoire littéraire de la France, ont mentionné l'édi-
tion de Leipzig, de i585 (p. 386), mais ils n'ont pas connu l'édition de Francfort, laquelle n'est citée ni dans le Mantiel du libraire, ni dans le Dictionnaire de Maine-et- Loire.
' Jean Comarius , médecin saxon , né en 1 5oo à Zwickau, fut professeur à Marbourg et à léna, et mourut dons cette dernière ville en mars i558. Voir la longue liste de ses publications dans la Biographie universelle. On n'y a pas mentionné ses annotations sur le poème de Marbode.
• Cette édition antérieure serait-elle celle de Cologne (1589, petit in-8''), cum scholiis Pictorii? Ou bien celle de Fribourg (i53), in-8°), déjà enrichie des commentaires de ce même érudit {De lapidibus pretiosis enchiridion cum scholiis Pictorii Villingensis), édition d'après laquelle fut faite celle de Paris (Ch. Wechel, i53i, in-8'')? On sait que la première édition du Libetlus de lapidibus preciosit est de i5ii (petit in-i").
cher l'une et l'aultre de cez deux éditions dans voz belles bibliothèques,
pour pouvoir apprendre ce que c'est et voir si la collation de ce ni[a-
nu]s[cnt] y serviroit de rien. Que s'il s'en rencontroit à vendre quelque
exemplaire, pour frippé' qu'il fust, je l'achetterois volontiers tant de
l'une que de l'aultre des dictes deux éditions, et par mesme moyen s'il
se rencontroit aussy quelque exemplaire de la première édition du livre
de Fr. Ruaeus de Gemmis, avant celle de Gesner de l'an i565^, je
l'achepterois volontiers, à cause qu'elles ont depuis esté chastrées. Je
vouldrois bien recouvrer s'il estoit possible le Sigebertus de viris illus-
Iribus. Tout cela soit dict à tout hazard, s'il se trouvoit à vostre chemin,
allant vous promener chez quelque libraire. Et sur ce je finiray pour
l'heure présente, attendant de vous escrire quelque chose si je puis de
l'alTaire de Madame de Grequy et du Sieur d'Ajon qui eut hier la teste
tranchée, demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce vendredy 12 may i6a8.
On a ouy le P. Flotte jesuitte, mais ses respoiices n'ont pas encor esté concluttes'. A ce matin y a eu arrest à l'audiance portant que les jésuites demeurez à Arles se retireront en leurs collèges, sans y pouvoir résider, avec delTences de contrevenir aux edicts du Roy et règlements de la cour. Us estoient desjà là jusques à six, et y avoient prins maison; le Provincial sur la plainte en avoit faict retirer quattre et laissé les 2 pour l'octave de la Feste Dieu, mais la cour a voulu que tout vuidast sauf aux deux de revenir lors de l'octave. Vous aurez l'arrest.
' Littrd n'a cilé sous ce mot que cette solides, des pierres et des gemmes (Zurich,
phrase du Roman bourgeois de Furetière : 1 565, in-8°), attira l'attention sur les pétri-
rrll allait sur le Pont-Neuf chercher les livres fications et sur les cristaux.» les plus fripp^s. . . n ' Vincent Garloix, cilé par Littrë, a dit :
' Guvier a dit dans l'article sur Conrad itEt tout en l'instant la paix fut conclucteet
Gesner de la Biographie universelle : uLe arrestëe par sa dicte majesté. " petit traité de Gesner sur les figures des
■ ■raintais RâTioxALt.
M"" de Fortia' qui estoit venu icy pour l'establissement d'un bail du sel, avec augmentation du prix et diminution de la mesure ordinaire, s'en est soudainement retourné en Daulphiiié sans avoir seulement parlé à Mess" de la Chambre des Comptes du subject de sa commission, ayant envoyé les lettres de cachet du Roy pour le chef et pour le corps, par un des siens, prétendant qu'eulx le deussent venir visiter chez luy les premiers, et qu'il les deubst présider dans leur compagnie quand il les iroit voir pour la vérification du dict bail, ce qui a semblé un peu estrange et nouveau en ce païs, où cette cour là va fort approchant du train du parlement, les Princes et conseillers d'Estat n'y ayants prins place qu'au dessous du Doyen comme au parlement. Ne m'alléguez pas [ y sur cecy.
Le sieur Pietrequin, œconome de Montmajour pour M'' de Brèves, m'a envoyé un paquet pour Madame de Brèves avec prière de le vous adresser. Il sera cy joinct, et un de Bordeaux que je vous supplie avoir pour recommandé'.
GXII A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Vostre despesche du 9 est veniie trez bien conditionnée avec celle de M'' vostre frère du Ix"^ ensemble le livre de Boulanger, celuy de la comtesse Irlandoise et le Delphin coronatus avec la proposition de M' d'Espesses laquelle m'a rais en mauvaise humeur contre cez bourguemestres. Les lettres de S* Malo, Niel\ Calais, et aultres sont bien
' Nous avons déjà trouvé le nom de ce ^ Vol. 716, fol. 989.
maître des requêtes dans la lettre à Dupuy ' Probablement Nielles. Il y a trois loca-
du 8 avril 1627,»° XL Vil. lités de ce nom dans le déparlement du Pas-
' Déchirure du papier. Il faut probable- de-Calais, Nielles- lès-Ardrei, Nielles- lès-
ment lire : s'il vous plait. BUquin et Nielles-lès-Calais.
[1628] AUX FllÈUES DUPUY. 611
curieuses. Je vous rends miile grâces de tant de bienfaicts et de la peine que vous prenez tous les jours pour nioy en la recherche de tant de livres et curiositez ne me pouvant quasi plus résoudre de vous laisser ainsin profaner, pour un si maigre subject, et de vous laisser prendre le ronq)einent de teste de tenir cez comptes qui me font rougir de honte et me contraindront de chercher aultre adresse si vous ne vous résolvez de vous abstenir de celte primeur et formalité, et de faire comme je vous avois supplié sçavoir est de mettre dans un sachet l'argent qu'il vous plairrà de recevoir pour mon comte, et y en prendre tant qu'il durera pour acquitter ce que vous me vouldrez faire escrire ou achepter sans aultre bordereau. Vous pourrez faire prendre chez la mesme dame Lignage aultres cent libvres quand il vous plairra pour acquitter l'escrivain du catalogue, ne doublant pas qu'il n'en emporte une bonne partie. On m'a envoyé de Home par mer un fagot dont je commance d'estre en peine, car il devoit partir la semaine de Pasques, comme il fit et il n'arrive poinct; j'appréhende cez barbares Anglois que le Duc de Savoye laisse retirer à Ville franche, lesquels faillirent l'aultre jour à prendre le Vicomte de Pouri'ieres qui revenoit de Rome*. Il me desplairoit bien, car la copie des Assises de Hierusalem y est toute entière, avec tout plein d'aultres curiositez, et niesmes des médailles de mon goust et des plantes du goust de mon frère, lequel est à la Fareavec M''d'Oppede d'où je les attends à ce soir ou demain Dieu aydant.
11 me reste à vous remercier comme je faicts Irez humblement du favorable traictement que M' Gassendi reçoit chez vous^ et par vostre entremise de cez aultres Messieurs de l'Académie dont je vous suis infiniment redevable et à eux mesmes et à M"" Deodati, quelques habi-
' Ce vicomte de Fourrières était unGlan- de Provence», et dont Ja dernière branche
dèves. La seigneurie de Fourrières (départe- s'est éteinte peu api"ès 1 83o, Roux-Alphernn
ment du Var, arrondissement de Brignoles, [Les rues d'Aix, t. I, p. 637-638). canton de Saint-Maximin) avait été érigée en ' Gassendi a payé sa dette h ses hâtes
comté et vicomte (septembre 1 58 1) en fa- en faisant d'eux nn très bel éloge dans
veur d'Antoine de Glandèves. Voir sur la sa Vie de Peirenc (liv. III, à l'année 1617,
famille de Glandèves , n une des plus illustres p. -j Sa ).
tudes qu'ils eussent ensemble de plus longue main. Je vous prie de prester au dict sieur Gassendi le Cardan de civili prudenlia, parce que l'exemplaire que luy en avoit envoyé icy le dict sieur Deodati est possible en main d'oii l'amy du dict sieur Gassendi ne le vouldroit pas si tost retirer, au moings je m'en doubte. Vous verrez en celle que j'escripts à M'' vostre frère tout ce que nous pouvons avoir présentement de nouveau, et je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 19 may i6a8.
Je vous supplie de m'envoyer par la poste mesmes quelques feuilles de papier madré du plus joly et d'en mettre une main dans le premier fagot que vous m'envoyerez avec des livres.
J'oubliois de vous mander que de Rome l'on mande que le bruict estoit fort grand du cardinalat en faveur de Monseigneur le nonce Bagny\ et des sieurs Paleotti^ et Monti', nonces extraordinaires d'Allemagne et Spagne.
Et de Gènes que le Roy d'Espagne havea fatto mercede* à Dom Philippe Spinola de la charge de General de la cavallerie du Milanois.
M' d'Aubray maistre des requestes a une coppie de la peinture antique dont parle M'' Rubens en sa lettre que je vous envoyé puis que mon homme a eu le loisir de retenir coppie de ce qui est à la fin touchant nostre canal. Il seroit bon que vous moyennassiez de faire voir le tableau de la dicte peinture antique à M"" de Saulraaise, et encor à
' On met ordinairement en 1627 la no- lolta, né à Rome, évêque d'Albano et
mination au cardinalat de Jean-François de Frescati, archevêque de Thessalo-
Bagny. D'après le témoignage formel de nique, nommé cardinal en 16 ag et mort en
Peiresc , le nonce d'Urbain Vfll à Paris n'au- 1 668 ?
rait pas eu encore le chapeau en mai 1628. ' César Monti, né à Milan, archevêque
11 faudrait donc le rattacher à la promotion de cette ville, reçut la pourpre en i63û et
de 1699. mourut en i65o.
' Est-ce le même que Jean-Baplis(e Pa- ' Littéralement: avait fait récompense.
M' Rigault, et à M' Groltius, pour avoir leurs advis sur le subject de la dicte peinture, m'imaginant que M" de Saulmaise principalement, qui est si exacte, y trouveroit de belles observations à faire jusques aux couleurs des babillements.
Nous avions icy une grande tour fort ancienne que j'avois tousjours jugé estre un mausolée d'aultant qu'elle est toute massive', il s'y est descouvert depuis peu^ un fragment d'inscription sur lequel je vouldrois bien avoir l'advis du dict sieur de Saulmaise s'il vous vient à commodité de le luy demander, aux fins de juger à peu prez du temps de la dicte inscription dont la meilleure partie est perdue sans espérance de la pouvoir jamais suppléer. Mais encores semble-il que de ce qui reste on puisse conjecturer que l'inscription estoit faicte à l'bonneur de trois personnes, vraysemblablement d'une mesme famille touts trois patrons de cette colonie icy, touts trois chefs de milice dont le principal avoit pour surnom VERVS ou SEVERVS et se glorifioit de la qualité de LATIGLAVIVS et les aultres deux estoient ou tribuns ou soldats des Légions Vil et Vlll. Le caractère est fort beau^ et bien proportionné, ne monstrant pas de pouvoir estre au dessoubs de Septimius Severus; je vouldrois bien sçavoir si cez Mess" auroient rien observé du temps
' C'esl encore l'opinion régnante parmi les savants, comme l'atteste le rédacteur du Catalogue du Mu!iée d'Aix, M. Honoré Gibert (Aix, 1882, p. 7^) : rOn pense communément que cette inscription avait fait partie du Mausolée antique appelé la Toiu' de l'Horloge, dont elle aurait été accidentellement détachée. 1
' Ce depuii peu montre combien s'est trompé Pitton, rinslorien de la ville d'Aix, dans son récit de la diicouverte de cette inscription (p. 669) , découverte qu'il attribue à l'année i6i5. D'autres historiens ont mis cette découverte entre i6.'58 et i645. Voir le Musée d'Aix, p. 7/1, oîi M. H. Gibert cite Honoré Bouche ( La chorographie o.i
descriplioH de Provence, i664, in-fol., t. I, p. 903 ) et Fauris de Saint- Vincens, auteur d'un mémoire intitulé : Inscription à trois patrons de la Colonie d'Aix , conservée dans la maison Saint-Vincens à Aix (Aix, Aritoine Henricy, an xii).
' Les caractères, dit M. Gibert (p. 71), sont très grands et très beaux. L'auteur du Musée d'Aix a reproduit (p. 7a) l'inscription telle que Peiresc la donne et il n'a pas manqué de rappeler les travaux don cette inscription a été l'objet de la part de M. Allmer, correspondant de l'Institut, et de M. Ernest Herzog, l'auteur de Galliœ Narbonensis pivvincite romanœ hislorii (Leipsick. iSGA, in-S").
tJlA LETTRES DE PEIRESC [1628]
que celle légion VU fui appellée GEMIINA el FELIX pour voir si cela nous honieroit à peu prez la plus grande antiquité que cet ouvrage puisse avoir qui monstre de n'avoir jamais esté bien achevé, mais neantmoiugs il y a trois beaux estages d'architectures dans le plus bas desquels au dessoubs de la grande cornice^ est escript dans la frise le peu qui sera à la marge du feuillet cy joinct, manquant plus de la moitié du devant de la dicte inscription selon qu'il se peut juger de la place occuppée ou remplie el vuide^.
ERO LATICLAVIO
ONIA E