RDI! DES POITEVINS PREZ SAINT ANDRE DES ARTS CHEZ H' DE THOU
À PARIS
Accompagnant Faclresse : Avec un pawjuet pour M' de Vris et tfois arrests imprimez.
Depuis vous avoir escript par le sieur Meiijault, soubs l'enveloppe (le M"" de Lonienie, ayant trouvé un peu de loisir, j'ay faict quelques aultres lettres pour M' de Vris, que je vous ay bien voulu envoyer par le sieur Moteti qui doibt se joindre au dict Menjault, vous suppliant de les faire tenir au dict sieur de Vris , à son adresse ou en telle aultre part, dont on pourra apprendre l'adresse chez le sieur de la Chambre son hoste. 3oo hommes des prisonniers de Galargues ont esté effectuellement mis aux Galères. On dict que M"' de Rohan en a faict pendre de ceux qu'il avoit prins dans Monts', pareil nombre à celuy de 66 que M' de Montmorancy avoit faict décimer, sur les dicts prisonniers de Gallargues^. On nous vient de donner des nouvelles que la contagion a passé desja de Carpentras à l'Isle de Venaissin. Et d'ailleurs qu'elle avoit gaigné MirabeP prez Nions* et le
' Sur la prise de Monts, château qui appartenait h un frère bâtard du duc de Montmorency, voir les Mémoires de Rohan , t. I,liv. IV, p. i58.
' On lit dans les mêmes Mémoires (p. 169) : ir Afin de faire éclater cette action à la Cour (la prise de Galarjjuos), le dit de Montmorency aiant mande qu'il avoit pris IV'lite des capitaines et soldats des Sevennes, le Roi ordonna que tous les chefs et oflîciers fussent pendus, les soldats mis aux galères. Et le Prince en aiant eu connoissance ne voulut donner le tems de faire savoir à la Cour
ce qui ëtoit arrivé à Monts, si bien qu'il en fit [lendre 6/1, non qu'ils fussent tous officiers ; mais ceux qui étoient bien vêtus se disoienl tels pensaiil être mieux traités. Voilà comme souvent on se trompe. Le duc de Hoban de son côté en fit pendre autant n'onblient les principaux, etcn
' Mirabel-aux-Baronnies. département de la Drôme, sur la rive gauche de l'Aygues, à 6 kilomètres de Nyons.
* Nyons, chef-lieu d'arrondissement de la DrAme, surl'Aygues, à 90 kilomètres de Valence.
7/i8 LETTRES DE PEIRESC [1628]
Bnys^ en la frontière du Dauphiné, comme aussy qu'elle estoit à Carcassonne, Narbonne et Pezenas^. Si elle nous approche de la sorte de tous costez, la place ne nous sera plus guieres tenable. Dieu nous en veuille bien deffendre et vous donner l'accomplissement de voz souhaicts. On nous veult asseurer que ceux de Montauban ont député vers le Roy pour se remettre à sa clemance : ainsin soit-il^. J'ay enfin receu le livret des opuscules mathématiques du P. Mercene, qui a tenu compagnie au courrier de Lyon durant sa quarantaine. Nous avons icy Prefect du collège des jésuites ce Père qui a esté banny de Constantinople, d'où il nous racconte des merveilles. 11 y a nouvelles à Marseille, que le 2 octobre il s'y est allumé un tel embrasement, qu'il y a eu 5 o mille maisons bruslées et vingt mosquées; ce sera un grand dommage, car il se sera bien perdu de singularitez. On dict que les Vénitiens traictentde racheter le Royaulme de Gypre et sur ce je finis demeurant, Monsieur, ,
vostre trez humble et obligé serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 17 novembre au soir, 1628.
On attendoit demain M' de Grequy; on a envoyé au devant de luy un gentilhomme jusques en Avignon, pour le prier de renvoyer son train et se contenter d'entrer dans le pais luy quattriesme, à cause du soubçon de maladie, des lieux de son chemin ou bien proches \
' Le Buis-les-Baronnies, chef-lieu de ' La nouvelle n'était pas exacte. Ce lie
canton dudëparteinentcleiaDrôme,surrOu- fut que l'année suivante, après la reddi-
vèze, arrondissement de Nyons, à q4 kilomè- tion de Privas et d'Alais, que Montauban
très de cette ville. fit sa soumission (traité de paix d'Alais,
' Chef-lieu de canton du département de 27 juin). l'Hérault, arrondissement de Béziers, à * Vol. 716, fol. 369.
70 kilomètres de cette ville.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUB DE PARLEMENT, RÛB DÉS POITEVINS [dERIIIÈrE OV PRÈs] SKVn ANDRÉ DES ÀRTZ CHEZ M' DE TnOO,
À PARIS
Accompagnant l'adresse : Avec un pacquet h M' Ollivier, une lellre de M' de Thou, 4 lettres de M' de la Hoguelte, une lettre du Parlement, le voyage du Cattai et 9 ou 10 arrests.
Je vous recommande encor une lettre pour Anvers d'un menuisier que j'ay icy qui travaille en ebene excellemment bien, lequel cscript à son père. Si M' Bagny est à Paris, il la fera tenir volontiers, sinon il ne faull que l'envoyer au messager ordinaire d'Anvers.
Monsieur, Trouvant inopinementia commodité du passage de Mess" de Cou- Ion', Scarron^ et Bitau^, qui reviennent d'Italie, et s'en retournent à Paris, je ne les ay pas voulu laisser passer, sans m'en prevalloir pour vous renvoyer quelques lettres et papiers, qui m'estoient demeurez en main depuis les dernières difiicultez des passages tant de Lyon que du Languedoc, entr'aultres une lettre de M"" de Thou, et le voyage du Cattay de M"' Godefroy ^ lequel m'a enfin esté rendu par le sieur Valois
" Nous verrons dans une des lettres suivantes que c'était un trésorier de France, quelque parent sans doute de Jean Coulon ou de Coulon, conseiller au parlement de Paris, qui devait devenir un célèbre frondeur et dont il est tant parlé dans les Historiettes de Tallemant des Réaux, notamment dans l'historiette sur la femme du magistrat. Madame Coulon (née Marie Gornuel). Voii- t. V, p. 32-87; voir encore l'historiette de Ninon (Anne de l^nclos), t. VI, p. a-17.
' Paul Scarron (il s'agit ici du spirituel écrivain), fils du conseiller à la Grand'
Chambre, était alors âgé de dix-huit ans; né en 1610, il mourut en 1660. D'après ce texte, il faudrait avancer de plusieurs années l'époque ordinairement assignée au voyage en Italie du premier mari de Madame de Maintenon, époque ainsi indiquée par M. Victor Fournel (Nouvelle Biographie générale, t. XLlll, col. ^70):
«Vers 1634, il fit un voyage en Italie, et lia connaissance avec Poussin, n
' Bitault était un maître des comptes dont la fille, Marie, épousa le président le Coigneux.
' C'est-à-dire appartenant ù Godefroy.
Escossois, qui l'a conféré sur l'édition Angloise de Purchas, et a adjousté sur ma coppie, aux marges, tout plein de choses que le traducteur dont s'esloit servy M"' Godefroy avoit obmises. J'en feray faire une aultre coppie, ensemble des dicts suppléments ou notes marginales que je vous envoyeray à la première commodité, comme aussy de l'indice des traictez contenus aux volumes du dict Purchas que le dict sieur Valois m'a traduict en langue Françoise, croyant bien que vous ne serez pas marry de voir l'un et l'aultre. Gez Mess" icy prennent le chemin de SisteronS Grenoble et Genève, pour esviter le comté de Venaissin, Valentinois et Lyonnois, où l'on nous asseure que quasi tout est desja infecté de la maladie. Vous verrez par la multiplicité des arrests de noslre compagnie comme tous les jours, selon que le mal advance ou s'arreste, l'on cherche des nouvelles precaultions pour tascher de nous en garentir, ce qui nous sera bien difficile : nous avions esvité tant que nous avions peu, de comprendre la ville d'Avignon dans les interdictions du commerce, mais enfin surl'advis de 3 ou Il maisons qui y avoient esté fermées (bien que ce ne fust, disoientils, que par précaution, à cause qu'on y avoit receu des personnes veniies de l'isle de Venaissin, où il se descouvrit du mal quasi en mesme temps) on fit arrest de surceance du commerce avec toutes les provinces voisines sans les excepter pour i 5 jours dans lesquels on pourra veoir s'il y paroistra aulcune suitte du dict mal. On n'en a excepté que les courriers du Roy de quelque costé qu'ils viennent. On impute le mal de Garpentras à un filz de muletier venu de Trieves en Dauphiné^ un jour de marche, qui a achevé de gaster ce pauvre pais du contât. Dans une isle du Rosne à un quart de lieiie de Tarascon on avoit longtemps y a laissé aborder un batteau venu de Lyon, qui avoit desja bien advancé sa quarantaine quand il y est mort deux persones,
' Chef-lieu d'arrondissement du dépar- en Dauphiné : l'une dans la commune de lement des Basses-Alpes , au confluent de la Bizonnes (Isère, à It-j Itilomètres de Gre- Durance et du Buecli, à 4o kilomètres de noble), l'autre dans la commune de Saint- Digue. Paul-lès-Romans (Drôme, à 26 kilomètres
' On tonnatt deux localités de ce nom de Valence).
dont la première ne sernbloit jias si apparamment touchée de la contagion comme la dernière. En mesme temps on a envoyé submerger le batteau, et brusler tout ce qui estoit bruslable et redoubler les gardes aux persones qui restent en la dicte quarantaine, qui l'ont recommancée. Et quand bien il n'y arriveroit plus de mal dans les ko jours, ils ne laisront pas de refaire encores une aultre quarantaine de santé. M"" de Guise vint icy dimanche et dict avoir eu lettre de M' d'Alincourt ', portant que desja dans Lyon le nombre des morts ou malades de la peste estoit arrivé à plus de quarante mille, qui n'est pas peu de chose, et est bien à craindre que ce ne soit pas là tout, veu la faulte de ce peuple là.
L'ordinaire de Rome que nous n'attendions desja plus revint sammedy dernier et m'apporta tout plein de lettres, tant de Dom du Puy, et de Mt Holstenius, que du sieur Aleandro et aullres, mesmes du sieur Pietro de la Valle, qui a apporté du Levant tant de beaux livres de cez langues orientales, et entrauitres le Pentateuche en langue samaritaine et les Psaulmmes, Evangile de S' Jean, et Glossaire en langue Egyptienne, qui sont pièces bien exquises, et où feu M' de l'Escale auroit bien trouvé de la pasture de son goust. A la première commodité, je vous feray part de ce que l'on m'en escript. Cependant je vous prie de dire à M" Deodati, s'il est revenu, ou à M'' Gassendy, qu'il s'est trouvé dans Rome un grand recueil des œuvres de Cardan escriptes de la propre main de l'aulleur, que l'on a voulu laisser pour ko livres. J'escripts pour les faire prendre, et attends avec impatiauce si les pièces de Fato et Arcanis jEthernitatis y pourroient poinct estre.
Au reste nous pensions que la paix d'Angleterre fust achevée, et sur cette confiance je vous avois escript, cez jours passez, de me faire envoyer par' mer ce que vous auriez à me faire tenir de livres ou portraicts que le sieur de Vris m'aura voulu faire. Mais un courrier du
' Charles de Neufville, marquis de Vil- p. /i8i-484) l'hislorielte intilulëe: Madame
leroy eld'Alincourt, lieutenant géntîral du </'y4/mcour( (Jacqueline de Hailay) et Af.tfji-
Lyoanais, mourut le 18 janvier 169Q. lincourl. Voir dans Tallemaiit des Rëaux (t. i,
752 LETTRES DE PEIUESC [1628]
païs revenu depuis peu de la Rochelle, où il avoit laissé le Roy le 7™ de ce moys, a dict que le Roy n'avoit pas voulu veoir Montagu à sou retour d'Angleterre S et qu'il avoit envoyé sommer les dicts Anglois par un herault, de se retirer de ses mers, et qu'ils avoient commancé des retranchements auprez d'une petite fontaine d'eau doulce, en vue de cez isies. Ce qui nous faict doubter qu'il n'y ayt bien encor à refaire de ce costé là et me faict vous prier de surceoir l'expédition de la cassette que vous nie pourriez faire envoyer, par la voye de ia mer, jusques à tant qu'on ayt de bonnes asseurances de la paix des dicts Angloys. Cependant le sieur de Vris aura plus de loisir d'achever mes tableaux et de les faire seicher.
Ces Mess"^ icy ^ vous pourront dire si vous voulez de plus particulières nouvelles, tant d'Italie que de ce païs cy mesmes pour Testât de cette province, et pour ce que M'' nostre Gouverneur dict du traicteuient faict dans Nismes à un Gentilhomme des siens, qu'il envoyoit au Roy, nommé Arfueil, lequel fut prins prez d'Aiguës Mortes, et fut renvoyé fort honorablement, et sans aultre subject de se plaindre, que d'avoir ouvert toutes les despesches qu'il portoit, et cotté toutes les lettres de la main du secrétaire de M"^ de Rohan, excepté une seule qui estoit escripte et endossé de la main de M' de Guise à Madame de Guise sa femme ^ pour ne pénétrer dans les secrets de mariage. M'' de Rohan donna de sa main au dict Arfueil les copies d'une lettre de M'" le Prince à luy et de sa responce, avec charge expresse de les baillei' à M"^ de Guise son maistre, qui avoit commancé de les lisre tout hault devant la compagnie qui se trouva lors dans sa chambre, mais s'estant apperceu de quelques paroles qu'il y avoit trop picquantes, il les jettà dans le feu. Il vint icy dimanche, et lundy entra
' On lit dans les Mémoires de Bassom- ' C'esl-à-dire Goulon, Scarron, etc.
pierre (t. III, p. /ii5) : r^Le soir [3 no- ' Henriette - Catherine , ducliesse de
vembre] Montagu revint d'Angleterre. Le Joyeuse, comtesse du Bouchage, etc. Voir
samedy 4"" monsieur le Cardinal alla parler Apj)eiidice, n° VI (lettre de Dupuy du
à Montagu à la hutte de Marillac à Co- 10 décembre 16a 6). reilles. "
au Parlement, pour quelque plainte d'eiitreprinse de jurisdiction sur les mandements de faire le l'eu de joye et dict qu'il s'en alloit embarquer, pour la Barbarie, mais il aura possible d'aultres ordres du Roy, sur quoy, aprez vous avoir recommandé le petit pacquet cy joinct pour M"^ Olivier, je finiray demeurant.
Monsieur,
vostre Irez humble et obligé serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 2 a novembre au soir i6a8.
On avoit attendu M' le Maresclial de Crequy, cez jours passez, mais les nouvelles sui'veniies depuis de l'estendûe de la maladie, iuy firent despescher, sammedy, un courrier en diligence pour le prier de sorceoirsa venue jusques aprez les Roys, jusques auquel temps on a prorogé le delay du jugement du procez de Madame la Duchesse, où il se veult trouver, pour stipuler en mesme temps des ratifications de ses contracts lorsqu'il sera hors de prevantion. Cependant sur les bruicts de la maladie et infection qui se commençoit à mettre dans les prisons, on avoit mis à la garde d'un huyssier, un gentilhomme et quelques femmes complices de la supposition de part'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Je vous escrivis devant hier par le sieur de la Falaise de Lyon qui a quelque charge en Bresse, lequel revient d'Italie et s'en va vers le Roy, pour affaires publiques. C'est un trez galant homme et que vous
' Vol. 716, fol. 366. La dernière ligne est recouverte d'une bande de papier. Voir, a l'Appendice (n° XLVI) une lettre de dora Christophe Dupuy à Peiresc, i^crite de Rome ie 9 2 novembre 1628.
WrklVrlLlB RITIOWALC.
754 LETTRES DE PEIRESG [1628]
estimerez digne, je m'asseure, de l'honneur de voz bonnes grâces, .l'avois icy un pacquet de M^' Bagny et estois en peine de ie faire tenir, quand l'abbé du Thoronet' m'est venu dire qu'il envoyoit présentement un homme en cour, qui porteroit volontiers de mes lettres, mais je m'en allois au Palais à l'audiance et il ne pouvoit arrester, de sorte que je n'ay peu avoir du temps que pour y faire une enveloppe, et vous dire qu'à ce soir on faict icy le feu de joye publique pour la réduction de la Rochelle, toutes les boutiques et portes de la ville estant fermées, pour le rendre plus solennel; dez lundy on avoit chanté le Te Deum, faict la procession générale, et les feux de joye particuliers de chasqu'une maison de la ville. Mais dans cette joye nous avons une grande mortification, en ce que la maladie a commancé de paroistre dans la ville de Carpentras oîi il y a eu 4 maisons attaintes tout d'un coup ce que l'on impute à un marché qui y fut tenu i5 jours y a, où abordèrent des habitans d'aulcuns des villages cy devant marquez, lesquels n'estoient encores descriez, ne soubçonnez du mal. Ce qui faict redoubler les gardes et les rigueurs de tous costez, en sorte que hier au soir un courrier qui apportoit les quittances de l'annuel fut refusé, et r'envoyé en quarantaine, pour estre passé par des lieux sur le grand chemin (bien que hors de Lyon) qui sont soubçonnez sauf de faire purger et perfumer exactement les dictes quittances et tout le surplus de ses despesches. Il dict qu'il avoit veu la cérémonie du Te Deum chanté le sammedy à Nostre Dame oii estoient les Roynes, et le Parlement en robbe rouge ^, que Monseigneur et M' le comte estoient desja à Paris, et que le Roy n'y devoit estre qu'au ai"". M. le General des Galères est de retour à TouUon. L'armement de M' nostre Gouverneur est tout prest à faire voille et seroit possible desja party pour aller en
' Aujourd'hui commune du déparlement netum, dans ie diocèse de FréJHs, col. i5a. da Var, arrondissement de Drajjuignan , can- * Voir une plaquetl« intitulée : Actions
ton de Loi^ues, à 21 kilomètres de lapre- de grâces et allégresses de la France sar la
niière de ces villes, à 10 de la seconde; il y réduction de la Rochelle à l'obéissance du
avait kl un monastère de l'ordre de Gîteaux. roi ; ensemble les cérémonies observées en
En 1628, l'abbé du Thoronet était Honorât la ville de Paris, le i de novembre (Paris,
de Chiense. Voii' G«//m C7im(w«a, 1. 1, ï'oco- J. Jacquiii, i6a8, iii-8°).
Barbarie, sans qu'on dict qu'il les a arrestez, pour s'y embarquer luy
iiiesnies. Je suis constraint de finir, pour estre à temps à l'audiance, et
vous supplie de me conserver l'honneur de vostre bienveillance, et
d'excuser l'adresse des lettres cy joinctes, demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peibesc.
A Aix, ce 26 novembre 1628 '.
— fc, GXLVI
A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR DE PARLEMENT
RÔE DES POITHBVINS DERRIERE SAINT ATORÉ DES ARTZ CHEZ »' DE TIIOU,
A PABIS.
Accompagnant l'adresse : Avec deux lettres, l'une pour le sieur Verviers, l'autre pour le sieur de Vris et un arrest.
Nous avions esté fort longtemps sans avoir de voz nouvelles, quand voz lettres du 3o octobre sont passées à travers le mal, et les flammes et le vinaigre bouillant en divers endroits, et finalement parvenues jusques à nous. Je lus estonné que vous n'eussiez lors receu les miennes, du commancement et 17 d'octobre, les unes par la Cour, les aultres par Lyon , soubs les adresses de M' le Beauclerc et de M"' de Fetan , qui m'en ont accusé la réception. Je trouvay dans vostre pacquet l'imprimé de Gonstantinople , que je fus bien aise de voir, et ne fus pas marry de la petite feuille du Kynegirus, mais le vinaigre l'avoit fort gastée. Ce que vous nous mandez du premier advis de la réduction de la Rochelle, nous fit encores bien resjouyr, et y trouvasmes des choses
' Vol. 716, fol. 368.
que n'avions pas sceiies, bien que la première nouvelle nous en eusl esté apportée dez le sarnmedy i"" novembre par le Languedoc •, et les mandements du Roy 8 ou lo jours plus tard. Je vous remercie trez humblement de la continuation de voz soings à nous obliger et consoler par voz lettres, en la solitude où nous sommes présentement destituez de tout commei'ce"^ avec les provinces voisines, s'il ne vient des courriers du Roy, ou bien le pacquet du Roy par staffette, qui sesjourne des deux et trois semaines de Lyon icy à faulte que M' de Fetan ne s'est peu resouldre d'en sortir. On escript de là que l'air n'y est point infecté Dieu mercy, ce qui se recognoit en ceux qui se sont abstenus de la fréquentation tant dedans que dehors la ville, et dict on qu'il y a lettres du ai et a 5 de novembre, portant que de tout le dict jour a i"\ il n'estoit mort qu'une seule persone, et que le a 5 il n'en estoit mort poinct du tout. Il n'y a poinct d'advis que le mal aye faict d'aultre proprez dans les provinces voisines, grâces à Dieu, depuis une i5°^ de jours, ce qui nous faict bien espérer; on a pourtant continué la suspension du commerce avec eux jusquesà ce qu'aultrement soit ordonné. Pas tin ne porte plus impatiemment cette interdiction que ceux d'Avignon, lesquels toutefoys avoient faict fermer 3 ou 6 maisons, disentils, par simple précaution, pour y avoir receu des gents venus de lieux depuis trouvez attains de quelque mal. Dieu nous veuille bien préserver! nous en avons grand besoing. Je vous escrivis dernièrement par les sieurs de Colon, Mandiné et Bitaud, qui revenoient de Rome, et prindrent le chemin de Sisteron, Grenoble et Genève, pour franchir tout le pais suspect, et vous renvoyay quelques papiers qui m'estoient demeurez. Celle cy s'en va par Lyon, au moings sur le chemin, c'est pourquoy je n'y oserois joindre grande chose, pour ne grossir le pacquet, estant constraint d'y mettre afforce lettres. Un contreporteur de
' La nouvelle de la capitulation de la Ro- celle ville s'était rendue nu roi , après un
clielle avait élé connue ce môme jour à Mon- siège d'un an el demi. »
tauban. L'historien de cette ville, H. Le Bret, * Sous les mots destituer de employés
dit (p. 3os du tome II de la réimpression dans le sens de dépourvoir, priver, Littré n'a
de 18/41 ) : n-On apprit, le h novembre, que cité qu'une phrase de Pascal.
Lyon qui osloit venu on celte ville pendant mon voyage des champs, n'osant s'en retourner à Lyon, me vint apporter l'aultre jour quelque reste de livres qui luy estoient demeurez entre lesquels j'en trouvay un que je n'avois pasencorveu, ne ouy mentionner, d'epistres Françoises escriptes à feu M' de la Scala, recueillies par Jacques de Rêves, distinguées en 3 centuries i\ Harderwik ^ pour Henry Laui-ens libraire d'Amsterdam 1626, in 8°. Il y en a bon nombre de trez bonnes, de feu Mess'^ les Présidents de Harlay, Jannin, de Thou, Mess" Gillot, Dolot, Buzanval, Bongars, Pithou, Petau, Servin, feu M' Le Febvre'^, mais ce que j'estimois le plus, de feu M' Cl. du Puy, vostre père, de Mess" voz trois frères conjoinctement et séparément, de M"" Rigauit, Labbé, et aultres grands personages, dont j'eslois bien glorieux, mais je fus un peu fasché quand je trouvay qu'on y avoit laissé des petites choses , qui se pouvoient bien espargner et encores pix , quand je trouvay un chelif petit cscholier de ce pais entreincslé parmy cez hommes illustres qui me fit avoir grande honte \ Si vous n'en avez ouy parler, je ra'asseure que cette nouvelle vous sera importune, et je pense que pour y remédier, il en fauldroit faire faire une bonne édition, pour en trier les bonnes et laisser les aultres, qui sont ou inutiles, ou subjectes à quelque envie, au moings pour en adoucir quelques paroles, s'il y escheoit. Ce que je n'ay peu vous dissimuler, ne à Dom du Puy, vostre frère, en luy escrivant à Rome, et seray bien aise d'apprendre voz sentiments; pour moy je contribuerois volontiers quelque chose à l'édition
' Harderw yk est une ville du royaume de Hollande, province de Gueldre, sur le Znyderzëe, à 45 kilomètres d'Arnlieim.
' n s'agit là de Guy le Fèvre de la Boderie. Je juge inutile de consacrer une nr)te h chacun de ces cjrrespondants de Joseph Scaiiger, si connus de l;ius, et pour lesquels d'ailleurs il me suffirait de renvoyer au commentaire des Lettres françaises du grand érudit publiées en 1879, P*"" celui qui écrit ces lignes, lequel sa propose, comme il l'a
aimoncé dans Y Averltsseiiient ilonl les I.elties françaises sont précédées, de réimprimer le recueil de 1 Ga 4 devenu si rare et resté si curieux.
' Peiresc parle ici beaucoup trop modestement (le lui-même. Le chétif petit écolier était déjà , en 1609, un érudit digne de correspondre avec Scaiiger. Les lettres de Peiresc, en ce recueil, sont au nombre de six. On les retrouvera dans un des volumes qui suivront celui-ci.
pour en faire oster ce qui me regarde, qui y est tout à faict inutile, et à grande charge au pauvre lecleur.
L'Armement de M' le Gouverneur s'advance fort; il est allé à Tollon , il dict qu'il se veult absolument embarquer pour aller en Barbarie restablir le Bastion François , et pour cet effect a faict arrester toutes les barques qui estoient prestes à sortir des ports de cette coste. Il fit proposer à i'Hostel de ville de Marseille s'ils ne trouveroient pas bonne la paix de Tunis comme celle d'Algers qui fut agréé, mais non pas un donative' pour lequel il vouioit qu'on mit fonds , afin de régaler les chefs de la ville de Thunis. Ce qu'on réduisit à si petite somme qu'il ne l'a pas voulu accepter. Les Italiens sont neantmoins en alarme de cet armement et M' de Savoye a envoyé jetter 2,000 charges de bled dans le chemin de Nice, avec atforce aultres provisions et munitions, et afforce milice, faisant travailler en grande diligence à fortilfier quelques lieux d'alentour. Ceux de Gènes branslent fort au manche, et les Venetiens les vantent fort d'abandonner la protection d'Espagne. On a convocqué icy par permission de M' le Gouverneur des députez des trois ordres du pais séparément sans faire corps d'estats, pour délibérer sur les nouveaux impots qu'on a faicts sur le sel et au taillon et sur d'aultres edicts qu'on appréhende dont on vouidroit bien se pouvoir redimer pour une partie notable, de prez de 200 mille escus. Mais je ne sçay à quoy ils se pourront resouldre, et sur ce je finis demeurant et à M' du Puy, vostre frère.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peuiesc.
A Aix, ce 3 décembre 16a 8 au soir.
Je vous supplie de faire mes recommandations trez humbles à tous cez Mess" sans oublier M' Gassendi et Monsieur Grottius.
' De donalivum, qui <;tait, chez les Ro- tude au milieu du siècle dernier, car on lit
mains, une largesse faite par i'empereur dans le Dictionnaire de Trévoux : nDonatif
aux soldats. Le mot donatif, comme syno- ne se dit plus ou ne se dit guère. « nyrae de présent, e'tait déjà tombé en désué-
Je vous supplie encores d'avoir pour recoramand(5e la lettre cy joincte pour Nancy avec laquelle je vouldrois bien qu'il vous pleut joindre une petite lettre de credict jusques à trois ou quattre escus plus ou moings payables au sieur Vernier à qui est adressée la lettre, lequel me veult achepter là quelque petit livre, et le vous adresser chez vous. Quelqu'un de cez correspondants des libraires de Paris ou aultres feront bien cela et ce qui aura esté fourny vous me ferez la faveur de le faire rembourser, ou bien l'expédiera l'advance à celuy qui fera la lettre de crédit '^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA. COUB DE PABLEMENT, RUE DBS POICTEVINS DEBBIERE SAINT ANDRÉ DES ARTZ CHEZ M' DE TllOO ,
À PARIS
Depuis la despesclie que je vous 6s le 3 de ce moys par la voye ordinaire de M"^ de Fetan, en responce de vostre dernière du 3o octobre, j'ay apprins par lettres du sieur Guitard du 28 novembre venues soubs enveloppe de M' de Fetan, l'arrivée à Paris de mes despesches du 18 octobre et 3 novembre où il y en avoit pour vous qui vous auront, je m'asseure, esté rendues et espère que vous recevrez aussy les aultres que je vous ay envoyées du i4 novembre par M"^ de Falaize de Lyon, du 1 8""* par Moteti ageantde l'abbé du Thoronnet, du 2 3""^ pai'M' Colon , thresorier de France de Paris, J'ay depuis receu de Seyde un pacquet de M' de Thou qui sera cy joinct, avec une lettre qu'il m'escript du 3o octobre et celle du sieur Estelle, vice consul de Seyde, où vous verrez son parlement pour Hierusalem, ensemble une du sieur Valbelle, lieutenant de l'Admiraulté de Marseille, qui s'attend à le rece-
'■ Vol. 71C, fol. 370.
voir et loger à sou débarquement, comme nous de le gouverner un peu en cette ville en une maison qui luy est entièrement desvoûee, si nous sommes si heureux qu'il vienne par icy, et que les bruicts de la maladie de Lyon ne luy fassent prendre aultre routte, ce que je crains infiniment et pour luy et pour M' Rubens, de qui j'ay receu depuis 3 jours une lettre du ai aousl laquelle debvoit accompagner son portraict, mais il doibt estre demeuré accroché quelque part. 11 me mande avoir recouvré un heaulme antique tout entier qui avoit esté autres foys doré, qui estoit l'une des plus belles pièces qui soient demeurées de l'antiquité, et des mieux elabourées. Bien est-elle grandement rare, car en tous mes voyages, je n'en ay jamais veu aulcun. Avec les lettres de M"' de Thou j'eus une lame d'espée damasquine ' que je luy feray soigneusement conserver selon son ordre, attendant son retour ou aultre nouvel ordre. Dimanche dernier un navire de Marseille debvoit faire voille pour Alexandrie , par lequel j'ay bazardé un pacquet pour M' de Thou, en cas qu'il fust encores sur le païs. Et par une aultre barque qui alloit à Seyde j'ay escript au vice consul et au P. Cappenure mentionné en la lettre du dict sieur de Thou, pour redoubler les offices de recommandation à l'un de vacquer à la recherche des livres ni[anu]s[crit]s et à l'aultre de fournir tout ce qui sera nécessaire, estimant qu'il se pourroit bien retirer quelque bonne pièce par cette voye là et par aultres adresses que je leur en ay encores données sur les lieux. Je commance d'estre un peu en peine de noz gents de Bordeaux dont je n'ay aulcunes nouvelles puis le 6 septembre. Et vous supplie d'envoyer sçavoir chez M"" de Lomenie s'il n'y auroit aulcunes lettres pour moy. Celle cy va par un courrier extraordinaire que le pais envoyé au Roy, lequel aura ses adresses au sieur Icard , adjoinct au conseil privé du Roy, qui se tient en la riie mauvaise parole, par le retour du quel courrier il y auroit bon moyen de me faire tenir tout ce que vous Youldrez. Il fauhlroit envoyer sçavoir du dict sieur Icard quand il
' C'est-h-dirc venue de Damas. Lillré, au xvi' siècle. On voit que l'usage se prosous le mot damasquiner, prétend que les longea jusqu'au preuiier tiers du siècle suiadjectifs damasquin , damasquine dtaient usités vant.
r'envoyerà le dict courrier et luy faire bailler mes despesches sous une enveloppe de M"" de Lomenie pour faire qu'il en ayt plus de soing. Combien que j'estime que le dict sieur Icard ne sera pas marry de me faire ce plaisir, quant ce ne seroit que pour l'amour de mon nom. Or par cette voye je pense qu'il n'y aura poinct à appréhender que les papiers ou livrets passent par le vinaigre, et en un besoing le livre de M'' Rigault pour Rome^ pourroitbien venir par celte voye là. Cela vous servira d'advis, et M"^ Gassendy fera, je m'asseure, volontiers toute cette petite négociation avec M"" Icard, et pour cette commodité, et pour les aultres pareilles qui se pourroient présenter cy aprez.
Mais pour des simples lettres encores qu'elles passent par le vinaigre, il n'y a pas grand danger, et la voye de M' de Fetan sera assez bonne, si vous trouvez bon de la reprendre, bien qu'elle ne soit pas si pronte, n'allant pas par courrier d'icy à Lyon ne de Lyon icy, ains par simple stafTette.
La santé s'est enfin trouvée bonne dans Avignon, quelques soubçons qu'on en eust prins, de sorte que la quarantaine estant proche d'expirer, je pense que nous leur rendrons l'entrée et le commerce à cez festes , comme nous l'avons ja rendu au bas Languedoc puis ^ Bessiers en deçà, à l'instance de M"" de Montmorancy, et comme l'on fera possible aussy bientost au bas Dauphiné , Valantinoys , Dioys ', Gapançoys *, et possible à Grenoble. Le mal de Carpentras a eu suitte jusques à 60 persones, et craint-on de pix; à l'Isle^ il n'y a eu qu'une seule maison, grâces à Dieu, le restant s'estant bien préservé, par l'abstinance de communication. A Bedoin il y est mort grand nombre de persones au commancement; à cette heure ils avoient demeuré 82 jours sans aulcun accez. Cez aultres petits villages d'autour ont esté bien affligez : à Baulmes^ tout y est mort sans reserve; à Vaquayras, Aubi-
' Le TerlvUien destiné au cardinal Fr. ' L'Isle-suj'-Soigues.
Barberini. " Baumes est un clicf-lieu'de canton du
' Pour depuis. département de Vaucluse, arrondissement
' Pagus Dieiisis, le comté dont la ville d'Orange, à 90 kilomètres de cette ville, à
de Die était la capitale. 38 d'Avignon.
' Le comté dont Gap était le cbef-lieu.
gnan et Auriol\ il y est mort 80 persones en chascun lieu, qui estoit quasi tout ce qu'il y avoit de fleur d'Iiabitans, et les plus robustes sont les premiers prins.
Le vice légat d'Avignon avoit accordé un commis sur le bord de la rivière de Durance pour donner les dattes, et avoit-on desja proposé de faire prendre seulement les signatures originelles comme des petites dattes de Rome sans lever bulles, pour valoir comme si les bulles y estoicnt, sans préjudice de ses droicts du sceau, afin de pouvoir faire passer telles signatures par le vinaigre, car elles n'en sont pas pires pour cela, si seroient bien les bulles dont le parchemin se gaste tout au vinaigre. On fit arrest pour valider les dictes signatures et desja on l'avoit practiqué, pour se délivrer de l'appréhension du mal qui en pouvoit venir en faisant passer les expéditions par tant de diverses mains et les cordes estants dangeureuses de porter le mal.
Un courrier de Mantoiie a laissé icy par emprunt en passant un livre in-fol. des droicts de M' de Mantoiie tant à Mantoiie qu'à Montferrat, tant contre le duc de Guastalla que la Douairière de Lorraine, mais il ne touche pas lés prétentions de M'' de Savoye. J'ay escript à Venise pour voir s'il s'en pourroit recouvrer. Et quelqu'un a le manifeste de Savoye, mais je ne l'ay pas encore veu. Bien avons-nous veu les lettres patentes de déclaration sur le traicté de la réduction de La Rochelle et abrogation de leurs privilèges '^ dont je seray bien aise de voir en son temps la vérification du Parlement de Paris ^ et d'entendre que le razement ayt esté bien réellement exécuté pour servir d'exemple aux aullres qui se font encores tenir.
Nous avons eu cez jours passez en cette ville trois assemblées des trois ordres séparez, convocquées par les procureurs du païs avec permission de M' le Gouverneur où il y a bien eu du bruict, des nouvelles
' Aujourd'hui Loi-iol , petite commune la ville de La Rochelle en son obéissance,
(lu (It^paptement de Vaucluse, dans ie can- contenant l'ordre et police que Sa Majesté
ton de Garpenlias, à 5 kilomètres de cette veut y estre cstahlie. Du 10 novembre, ville, à 93 kilomètres d'Avignon. ' La déclaration fut vérifiée en parleraeni
' Déclaration du roi, sur la réduction de • le 10 janvier lô'ig.
impositions et spécialement d'un augment du sel, qu'on avoit estabiy, sans edict ne vérification précédante, sur un simple contract de bail à ferme et sur des arrests du conseil, encores y avoit-il une augmentation du taillon, et menassoit-on de plusieurs edicts entr'aultres de ceiuy de l'establissement des esleus, ce qui avoit mis tout ce monde en si mauvaise humeur, qu'on eut appréhension de quelque grand desordre et scandale. Et y a eu grande peyne à r'acquoyser ' les esprits esmeus et grandement altérez, ne s'y estant peu apporter d'aultre remède plus propre et plus à leur goust, que deux arrests de surceoy ^ qu'ils extorquèrent quasi à vive force tant du Parlement que des Comptes', tandis que leurs ofl'res seroient represantées au Roy par lesquelles ils tesmoignent grande disposition de contribuer selon leurs petites forces, le plus gros secours d'argent au Roy qu'ils pourront en ses nécessitez présentes, pourveu qu'il luy plaise les laisser dans leurs loix fondamentales, privilèges, libériez, et forme d'estats et de comtez qu'ils ne pouvoient souffrir de voir abolir de voye de faict, sans edict et sans aulcun juste prétexte, contre les formes et ordres non seulement du païs, mais de tout le royaulme, S'estiraans quasi de pire condition en cela que les Rochelois rebelles, dont les privilèges sont si justement abrogez et neantmoings soubs les formes ordinaires de lettres patentes adressées au Parlement. De long temps il ne s'estoit veu telle chose. Et crois bien qu'on criera contre cez arrests, qui n'ont esté délivrez qu'à grand regret; mais en cez rencontres, ce n'est pas peu de rompre des coups si dangeurcux, et destourner les inconveniants qui s'en pouvoient ensuyvre bien pires qu'on ne les sçauroit imaginer. Mess" des comptes firent plus longue résistance, disants que le surceoy ordonné desjà au Parlement leur pouvoit suffire, mais tout le monde les tint quasi comme assiégez dans le palais jusques à deux heures aprez midy, a tant qu'enfin ils furent constraints de passer le guay ',
' Raccoiser, apaiser, calmer. Littrë cite dans aucun de nos vieux dictionnaires la sons ce mot une phrase de d'Aubignë et une forme surceoy. plirasc du duc de Saint-Simon. ' Pour de la Chambre des Comptes.
■ Pour sursis, surséance. Je ne trouve * Passer le gué, c'est se decidei' à faii'e
et de faire passer l'arrest de surceoy de cette levée d'augmentation du sel, jusques à ce que le Roy eut déclaré sa volonté sur les offres qui luy seroient faictes de la part du pais. S'il en fust mesadvenu comme il pouvoit, il y eut bien eu du tort de cez Mess" qui font toutes choses si faciles, et qui ne mettent péril à rien ^ Je ne veux pas excuser la violance , mais encores est-ce un grand creve-cœur à des peuples qui ont si longuement demeuré dans la fidélité et dans l'obéissance, lorsque tous les aultres se desmancheoient ^, de voir ainsin renvoyer toutes ses libertez, et tout l'ordre soubs lequel ils avoient vescu durant tant de siècles, et l'adveu de tant de grands roys. Si vous en oyez parler, je veux croire que vous ayderez à faire interpréter benignement le bon zeelle de Mess" de l'une et l'aultre cour, qui ont pensé mieux faire de contenir cez peuples dans le debvoir et dans quelque respect, que si, pour ne se vouloir dispenser de quelque petite formalité, ils l'eussent laissé porter à quelque grand excez comme la disposition y estoit grande. On leur opposoit tant qu'on pouvoit que les formes ne permettoient pas que cez compagnies en usassent de la sorte , et vouloit-on se contenter de faire trez humbles remonstrances et donner tels advis qui pourroient estre jugez convenables. Mais ils repliquoient que cela eust esté bon si on eust procédé contr'eux avec les formes ordinaires, et que puisqu'on ne s'y estoit pas arresté quand il estoit question de les ruiner, ils ne pouvoient pas y estre astraincts de leur part. Enfin Dieu fit grande grâce que le tout s'est calmé sans aultre inconveniant que celuy des dicts arrests. Vous asseurant que sans qu'ils se payèrent de ce remède, il y eut possible bien eu du desordre et Dieu sçayt si on y eut peu remédier. M' le Gouverneur avoit dict adieu , dez le jour précédant, pour s'en retourner à Marseille, mais sur le vent qu'il eust de cez desgouts, il s'arreslà,
une chose difficile. Littré n'indique pas cette ne trouve pas d'exemples de celte faron de
locution et se contente de citer la locution parler dans nos principaux lexiques. sonder le gué, employée aussi par Peiresc, '' L'expression métaphorique est dans les
comme nous l'avons vu en deux ou trois Mémoires de Saint-Smon. Montaigne avait
lettres. déjà dit (à propos de l'iitat) : rrQuand
' C'est-à-dire qui ne doutent de rien, quelque pièce se desmanche, on peut l'es-
qui se montrent imprudents, téméraires. Je tayer. «
[16-28] AUX FIIKHES DUPUY. 765
et se trouva assez enipesclié. J'estime que cez Mess"^' du Conseil feront beaucoup pour le service du Roy, s'ils envoyent nouveau pouvoir au sieur de l'Aubespin qu'ils avoient envoyé pour traicter des edicts, et s'ils y comprenent le dict augnient pour en pouvoir composer aussy bien que du reste. Aultrement si on s'opiniastre au contraire, vous ouyrez dire quelque grand esclandre, et qu'on mettra ce pauvre pais icy en une désolation inesvitable. Car ce peuple devient forcenné quand on bresche leurs privilèges, de ce qu'il n'y en avoit pas en France qui eust tesmoigné de plus grande dévotion envers son prince, comme le Roy ne s'en pouvoit taire à son passage de par deçà. J'ay bien abusé de vostre patiance en ce fasclieux discours, mais je sçay bien <[ue vous m'excuserez, puisque vous savez que je suis et à Monsieur vostre frère, de cœur et d'affection.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 19 déceinbie i6a8.
Par ce que ce courrier a esté despesché par les procureurs du pais et que mon frère de Vallavez est procureur joinct du dict pays pour la noblesse, il n'y auroit pas de danger de luy faire l'adresse de vostre pacquet, et en son absance à moy ou bien pour me le faire tenir à moy, afin que le courrier ayt plus de peur de faillir et de se trouver en peine quand il aura besoing de ses mandements et payemenis. En ce cas vous pourriez qualifier mon dict frère Procureur du pais de Provence joinct pour la Noblesse.
Pour ne laisser escJiapper la commodité, je vous envoyé un exemplaire de Rome que je me suis trouvé double tel qu'il est, marry qu'il n'en vaille mieux la peine; mais n'ayant rien de meilleur vous accepterez la bonne volonté, ensemble des arrests et aultres brouilleries de l'imprimerie chetifve de cette ville, où vous aurez les délibérations de l'une des chambres qui ont tenu assemblée pour le tiers estât'. ' Vol. 716, fol. 37a.
LETTRES DES FRÈBES DUPUY A PEIRESC