JANVIER 1618. — NOVEMBRE
BILLET DE PIERRE DUPUY V PEIRESC
Monsieur, Je vous envoyé le Freculfus ' qui est d'assez bonne marque et la coiffe ([ue vous avez désiré. Le porteur vous en montrera l'usage. S'il vous plaist de m'envoyer les feuilles du Bulcngerus^, ce sera bientost faict. Si vous trouvez sous vostre main les éloges que vous avez receu d'Italie, vous m'obligerez de me les envoyer^.
Je suis, Monsieur, voslre, etc.
DD PuY.
Janvier, 161 H*.
' Fréculfe, évoque de Lisieux en 838 ou 82 '1 , mort vers 85o, a laissé une cliroiiiquo qui a été imprimée plusieurs fois à partir de l'année i53o (Cologne, in-fol.). Voir sur le prélat et sur ses éorits V Histoire litléruire de la France (t. V, p. 77-8?i).
' On connaît deux écrivains de ce nom, Pierre Bulenger ou Boulenger, nalifde Troyes en Champagne, mort vers tSgS, et son lils, Jules- César, né à Loiidun en i558, morl à Cahors en 1628; ce dernier fut jésuite et c'est de lui
qu'il s'agit ici. Voir la liste de ses ouvrages dans la Bibliothèque des écrivains de la compagnie de Jésus (édition in-fol., 1. 1, 18C9, col. giS-gûS). Les feuilles dont parle Dupuy tlevaienl être celles (lu De imperatore et imperio rumuno, etc., ouvrage qui parut à Lyon en cette même année 1618, in-fol.
' Les éloges dont il est question dans In lettre I de Peirpsc à Dupuy (noie a de la page '1).
' Bibliothèque d'Aix, collection Pciresc. vol. X, fol. 228. Copie.
BILLET DE PIERRE DUPUY À PEIRESC
Monsieur, Je vous renvoyé le papier que vous me pretastes à nostre dernière veue. Je vous en remercie. Vous y trouverez cy joinct les vers de Bourbon ^ et le fragment tiré d'une lettre de M' Scaliger dont je vouz ay parlé. Vous verrez aussi par la lettre de Gruterus^ comme j'ay bien reconnu sa lettre dans vostre Mazochius*. J'ay envoyé le M. S. au Père Vassan , nommé frère Jean de Saint-Paul *, qui désire avoir l'honneur de vous voir, et n'estoit son infirmité, il n'y auroit pas manqué. S'il vous tombe quelques pièces entre les mains touchant mon dessein, vous m'obligerez de m'en faire part. Vous ne doubtez pas que ce que j'ay est à vostre service. Vous en pouvez user plus librement que vous ne faictes.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
A Paris, ce 3o mars i6i8^
BILLET DE PIERRE DUPUY À PEIRESC
Monsieur,
Je vous envoyé l'Arrest de S. Pol" et ne vous puis contenter pour ces articles
de Foi, si non de ceux des Ordonnances. Si vous m'indiquez le lieu et le livre
où ils peuvent estre, la chose vous est sure, car je n'ay rien qui ne soit à vous.
Je verray ce sac dont je vous remercie. Je suis fort surpris pour escrire à
' Nicolas Bourbon, dit le jeune, professeur au collège Royal, membre de l'Académie française, mort eu iG/i4. Voir sur lui {passhn) le Balzac, de la collection des Documents MAits (1873) pt le Chapelain de la même collection (t. I, 1880).
■^ Jean Gruter, né à Anvers en i56o, mort en 1(137, ^''^ surtout célèbre pour avoir publié le beau recueil : Intcriptiones antiqtUB ioliiu orbis j-omani (Heidolberg, i6oi, 2 vol.in-fol.).
' C'était donc un pseudonyme qu'avait pris le savant humaniste des Pays-Bas.
' Voir sur ce religieux (de l'ordre des Feuillants) une note de la lettre IV de Peiresc à Dupuy
^ Aix, vol. X , fol. 9a8. Copie.
' Il s'agit là de François d'Orléans- Longueville, comte de Saint-Paul , mort en 1 63 1 et en faveur duquel la terre de Fronsac avait été érigée en duclié (1608).
Rome. Obligez moy, je vous supplie, de mettre un mot à M' Aleandre^ comme j'ay receu le Squilinio de M' Bignon ^ et que je suis son obligé. Voyez cette belle lettre originale de l'Empereur Charles V à M' de Bourbon^; elle m'a esté prestée en confiance. Vous me la renvoyerez au plus tost, s'il vous plaist.
Sur ce je suis, Monsieur, vostre, etc.
a8 juillet 1690'.
LETTRE DE flERRE DUPUY À PEIRESC.
Monsieur, Je [ne] vous escripts si souvent que je desirerois pour vous tesmoigner le désir que j'ay de vous servir. Mon frère, à qui je communique tout ce que j'apprends, s'en acquitte plus diligemment^, ayant des heures qu'il peut travailler qui me sont du tout interdites à cause de ma veue*^. Je vous remercie du soin qu'il vous a pieu prendre de l'affaire de M' Genout. Il nous en a escript. J'admire la patience et la grande déférence qui a paru de vostre part au faict de M'' de Marseille'. Sans l'ouïr je le condamnerois, sachant vostre vertu, vostre candeur, et l'affection sincère dont vous secourez vos amis. Nouveau qu'il estoit dans la province, il n'eust deu rien faire* sans vostre conseil; mais il y a du moins beaucoup («c)', et c'est une tache indélébile;
' Jérôme Aicandro, poète et antiquaire, né à Rome en 1574, mort en 1639. Voir sur cet ami et correspondant de Peiresc une note dans mon recueil de Lettret inédites de Claude de Saumaise (188a, in-8°, p. 7).
- Jérôme Bi{;non, né à Paris en 1689, mort en cette ville en i656, venait alors (i6ao) d'acheter une charge d'avocat général au Grand Conseil. En i649, il succéda comme grand-maître de la bibliothèque du roi au mallieujeux de Thou. Je ne saurais dire ce qu'est le Squilinio [faut-il lire Sqvittino, scrutin?] que Bignon dut composer pendant son séjour en Italie (i6»4). Le Moi-éi-i de 1769 dit avec une trop pompeuse exagération que J. Bignon «était un de ces génies extraordinaires que les derniers siècles peuvent hardiment opposer
aux plus grands personnages de l'antiquité».
' A-t-on publié cette belle lettre au connétable de Bourbon?
' Aix,vol. X,fol. 939. Copie.
* Les lettres de Jacques Dupuy à Peiresc semblent avoir été encore moins épargnées que les lettres de Pierre Dupuy, quoique plus nombreuses. On n'en retrouve presque aucune dans ces premières années.
" Peiresc et Dupuy eurent également à se plaindre du mauvais état de leurs yeux, et ce fut là l'occasion d'une sympathie de plus entre les deux grands travailleurs.
' L'évêque François de Loménie.
' Je corrige une faute du copiste qui avait lu : il n'a dû rien faire.
" Nous sommes ici en présence d'une autre
IMrktVB*It MATtOIAlB.
quoy qu'on la couvre d'un autre habit, elle paroist tousjours au travers de la mitre. Ses parens de deçà ne l'approuvent pas ; ils vous connoissent fort bien , connoissant vostre mérite et vostre franchise. Je n'aurois pas tant eu de patience. Au contraire j'eusse esclaté en sorte qu'il eust connu que ma protection luy estoit nécessaire; mais vous estes trop sage que d'en venir jusques là.
J'attens ce qu'il vous plaira nous envoyer de papiers qu'il vous plaist nous promettre. Je desirerois pouvoir en eschange vous en envoyer de vostre goust. Vous excuserez nostre indigence.
Il me souvient que lorsque M"^ vostre frère estoit icy, il fist descrire une observation de M'Besly ^sur cette clause de Régnante Christo insérée, à ce que l'on a dit, en quelques titres du temps de î^hiiippe P. Cette observation fut retirée peu de temps après par le sieur de Besly qui y debvoit travailler à plein fonds, comme de faict il y a travaillé : mais j'ay eu advis qu'une maladie luy a tellement touché l'esprit, qu'on ne doibt plus rien espérer de luy'', si bien que je n'ay pas ni la première observation * ni la seconde. Ce qui fait que je vous supplie me tant obliger que de commander à vostre homme'
mauvaise lecture. Je n'ose essayer de reconstituer la phrase primitive.
' Jean Besly naquit à Gouiouges-ies-Réaux (Deux-Sèvres) en octobre 1573 et mourut à Foutenay-ic-Comle le 29 mai i644. Voir sur la vie et les travaux de cet érudit la notice de Guillaume Colletet publiée, d'après ma transcription, dans VAnnuaire de la Société d'étnulation de la Vetidée, 1877, p. 71-96. Il eu a été fait un tirage à part sous ce titre : Jean Besly de Fonlenayle-Comte, par Guillaume Colletet (in-8° de ati pages). On trouvera une notice plus étendue et plus complète dans V Introductinn aux Lettres de Jean Besly (i6ia-i6ây) publiées par M. Appolin Briquet {Archives historiques du Poitou, t. IX, Poitiers, 1880, grand in-S").
^ Le mémoire sur la clause Régnante Christo a été imprimé à la suite de l'Histoire des comtes de Poictott et ducs de Guyenng ( Paris , 1647, in-fol. , •i° partie, p. i3C). lien est question plus de vingt lois dans les Lettres que je viens de citer, notamment dans les lettres CIV, CV, CVI, G VIII, CIX , GX, CXI, CXV, CXVI, CXVIII, GXIX, GXXII, CXXIV, CXXV, GXXVl, CXXVII, CXXVIII.
^ Les biographes de Besly n'ont pas parlé de cet alTaiblisscment de son esprit en un ége (54 ans) où d'ordinaire nous jouissons pleinement de nos facultés. On savait seulement que i'hislorien du Poitou avait été fort tourmenté, dans les dernières années de sa vie, par la gravelle et la pierre. C'est à de tels tourments que Besly fait allusion quand, dans V Avant-propos de VHistoire des comtes de Poictou composé peu de temps avant sa mort, il parle de ses «continuelles infirmitezu. En mars 1626, Besly écrivait à P. Dupuy qu'il est cloué au lit depuis six mois et faible comme un enfant de deux ou trois ans [Lettres de Jean Besly, p. 943). Déjà le 30 juin 162a, il se plaignait ainsi d'une santé perdue par des excès de travail prolongés : sLa trop grande assiduité aux lettres m'a tellement moulu qu'il ne me reste quasi plus que de la cendre.» (Ibid.,\). i65.)
* Besly avait envoyé à Dupuy le i" juin 1 6ah cette Premièi-e observation , qui était un essai, un brouillard, comme dit l'auteur {Lettres de Besly , p. 399).
* G'cst-à-dire votre secrétaire.
[1626] APPENDICE. 77t
de m'en faire une copie bien correcte à cause d'un grand nombre de dates qui y est ^ Je sçay que M' de Lomcnie en a autant , quoyqu'il ne les puisse trouver : mais il y a si peu d'assurance en ses escrivains que je ne fay pas grand conte de ce qu'il en peut avoir ^. Vous sçavez, Monsieur, la perte qui est au public dudict sieur de Besly, et les grans desseins qu'il avoit pour l'illustration de nostre histoire ^. J'escripray à son fils pour sçavoir quel ordre il y a en ses papiers, et s'il n'y a rien d'entier*.
Je viens de recepvoir une lettre de M' Rubens qui me mande qu'il va faire un voyage pour un mois pendant lequel nous cesserons nostre commerce.
L'Assemblée des Notables se tiendra en cette ville et commencera le i du
' Peiresc possédait divers mémoires manuscrit» de Bcsly, les uns qui lui avaient été adressés par Besly lui-mèmo ( Cala/o^HC Lambert, 1. 11, p. 5i), les autres qui lui avaient été communiqués par les frères Dupuy (ibid., p. a38). On trouvera dans le tume IX des Archivée hittoriquet du Poitou (p. 317-321) une lettre du 8 mars i633 de Besly à Peiresc dont l'original est à la bibliothèque de Carpeniras ( registre XLI , vol. 1 ). Je publiemi les lettres de Peiresc à Besly qui nous ont été conservées en assez petit nombre dans le registre II des Minutes que possède cet établissement. Peiresc est plusieurs fois mentionné dans la correspondance de Besly avec Dupuy. Voir lettres XVII, L, CXIII, etc.
' Voilà un avertissement dont devront tenir compte tous ceux qui auront à consulter à la Bibliothèque nationale les documents de la collection Brienne. Je demande la permission d'ajouter que j'ai souvent eu l'occasion de constater, en rapprochant les copies de cett<> collection des originaux ou des copies de diverses autres collections, notamment de la collection Uupuy, combien étaient parfois peu fidèles les écritains employés par II.-A. de Loménie.
^ Au nombre des grand» desteint de Besly, il faut surtout compter le dessein que, dès 1617, en publiant la Généalogie des comtes de Poiclou, il annonçait ainsi ; a L'histoire de ceUe Iroisiesmc partie de la France [la Guyenne | n'a point esté
csclaircie jusques à présent que nous r»vons dressée par le moyeu d'un million de chartros et titres, et livres sans nombre imprimez et escrits à la main, pour la donner dans peu de jours au public, avec ses preuves: de quoy cette généalogie des comtes de Poictiers et dues de Guyenne luy servira de gage.n Besly voulait aussi s'occuper, comme le montre sa correspondance , de l'histoire des comtes de Toulouse, de l'histoire des comtes de Béarn, de l'histoire des évéques de Poitiers, d'un recueil de dissertations diverses qu'il avait déjà intitulé : Boccage royal d'obiervationi hittoriquet, etc.
* Ce fils, Jean Besly, sieur de la Gerberie, était ne le 29 janvier 1609. A l'occasion de son mariage avec Marie Coppegasche, il reçut de son père (16 mai i()3i) l'office de conseiller-avofât du roi à Fontenay-le-Comte. La bibliothèque paternelle lui fut délaissée, moyennant le payement de 2,000 livres à Jeanne Besly, sa sœur. L'an^ teur de Yllistoire des comtes de Poictou avait exprimé le vœu que ses manuscrits fussent publiés par les soins de son fils. Ce fut Pierre Dupuy qui revit cl mit au jour YHittoire des comtet (le Poiclou, gardant dans sa collection, où ils sont encore conservés sous les n°' SA, 87, tiSS, 8o3 , etc. , les travanx de son ami qui ne parurent pas, à cause de leur état d'inachèvement, dignes de la lumière de l'impression.
mois prochain'. Je vous prie que M' de Valavez trouve icy mes humbles baisemains.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
DC Pnï.
A Paris, ce 26 novembre i6a6'.
LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC
Monsieur, Nous avons receu vos lettres du s a du passé le 6 de ce mois. Je souhaitte M' vostre frère de retour auprès de vous , afin de vous descharger de cette peine d'escrire qui ne peut estre que très grande à cause de vostre fluxion ^. Pour mon particulier il ne me falloit point de response, seulement un mot d'advis de la réception des miennes suffisoit; mais vostre courtoisie est venue à tel excez, qu'elle ne peust estre destournée par aucune incommodité. Je voy par ce que me mandez que nos paquetz vont seurement, ce qui me console. Je vous avois escrit n'avoir receu les vostres* du 9 4 octobre; mais depuis, ayant mieux regardé, je les ay trouvées. Pour response à ce qu'escrivez à mon frère touchant les voyages Anglois, M' Bergeron^ nous est venu voir ce jourd'huy auquel j'en ay parlé. Il les a veus quand M' de Tresmes fut en Ambassade extraordinaire en Angleterre ^. 11 en fait très grand cas et a fait ce qu'il a peu
' La séance d'ouverture aux Tuileries de; rassemblée des notables de 1G36-1627 est du a décembre et non du 1". Voii' sur cette séance, et sur les séances suivantes, VHisloire de» Etats généraux, par M. Georges Picot (t. III, 1873 , p. /i3i-449).
* Ail, vol. X, fol. 329. Copie.
' On disait donc fluxion à Paris pendant que l'on disait encore défluxion en Provence ?
* Les vostres , c'est-à-dire vos lettres.
* Pierre Bergeron, né à Paris on ne sait en quelle année, mourut en 1687. Ce géographe fut un des correspondants de Peiresc (registre II des minutes de Carpentras, fol. 3a6-3a8). Voir la liste des publications de Bergeron dans le
Manuel du Libraire (t. I, col. 785). Voir encore dans la Biographie universelle un excellent article d'Eyriès (de l'Institut) sur Bergeron. Le savant académicien rappelle que ce fut ce dernier qui rédigea, d'après les notes de l'auteur, les Voyages fameux du sieur Vincent le Blanc, Marseillais, datA les quatre parties du monde, et que Peiresc avait donné le conseil à Vincent le Blanc de confier ses manuscrits à lierjjeron, dont il connaissait la capacité.
" René Potier, comte de Tresmes, né en 1679, mort en 1670 , capitaine des gardes du corps du roi, lieutenant général en (jhampagne, lut ambassadeur extraordinaire do Louis XIII à la cour d'Angleterre dans le printemps de l'année i6a5.
pour les faire traduire en langage entendu, mais il n'y a rien advancé. Il dit qu'on en pourroit tirer deux bons volumes in folio de choses non jamais veues ni imprimées autre part. 11 loue entr'autres une relation très ample de l'an i 6 1 4 du Grand Mogol. Pour les cartes, il n'y a rien de nouveau encore qu'il y en ayt quantité. De commerce en Angleterre nous n'en avons point maintenant , un honneste homme que connaissions de longue main n'ayant point faict de response à celles que mon frère luy a escrites. .Ces Messieurs sont fort paresseux et negligcnz en ces offices ordinaires entre amis.
Pour les livres que marquez dans vostre lettre, j'en bailleray le mémoire à BuonS mais d'espérer rien de curieux par sa voye, c'est perdre temps. Si me voulez donner charge de retenir chez les libraires ce qui vient de curieux , je m'en acquiteray soigneusement, et vous en envoyeray les mémoires et prix comme nous les prenons nous mesmes. Cet Apostolatus Benedictinorum a fait icy du bruit^. H y a quantité de vieux titres dedans vrais ou faux, je n'en sçay rien. Bien asseure-t-on qu'il contient plusieurs mauvaises maximes. Un Bénédictin Anglois, nommé Barnes, fort homme de bien et de savoir non vulgaire contre lequel en partie ce livre est fait, a esté enlevé de chez le Prince de Portugal où il demeuroit par le chevalier du Guet avec tous ses papiers, lequel l'ayant eu deux jours chez luy, l'on dit qu'il l'a mis entre les mains du Nonce avec tous lesdits papiers, et doibt-on l'envoyer à Cambray et de là à Douay entre les mains de ses plus grands ennemys, les Bénédictins Anglois ou plustost Espagnols ^. Ce père est auteur d'un livre contra Mquivocatlones " qui a
M. Armand Baschet ( Répertoire général de loutet les dépêches et autres documents appartenant aux correspondances des ambassadeurs de France successivement accivdités en Angleterre, etc., Londres, 1878, p. GG()) indique, à la date du •(7 avril 1625, V Instruction baillée à M. le comte de Tresmes allant pour le Roy en Angleterre pour la condoléance du Roi Jacques, et, à la date du 33 mai de la même année, la dernière des dépêches adressées par M. de Tresmes à M. de la Ville-aux-Clercs (Archives du Ministère des affaires étrangères).
' Le fameux lihraire Nicolas Buon nienlionnc dans la leUre XXVI de Pciresc à Dupuy.
' Sur cet ouvrage du bénédictin anglais Clément Rpgnior, voir la note 5 de la page 86 (lettre XXVI de Peiresc à Dupuy).
^ Voir sur Jean Barnes les articles du Moréri, du Dictionnaire critique , de la Biographie universelle (Tabaraud),etc. Bayle raconte ainsi, d'après le Mercure français (t. XII, p. 753, et t. XIV, p. .136), les aventures de ce moine : <ill logea à Paris, près du collège de Navarre, puis au collège de Bourgogne, et enfui chez le prince de Portugal, où le chevalier du guet l'arrêta, le 5 décembre i6a6 Ce pauvre lionime, irréprochable dans ses mœurs, était à Paris lorsqu'on se saisit de lui, et qu'on lui ôla les hahils do l'ordre, pour le transporter e.i Flandre garrotté sur un cheval. On l'envoya ensuite à Rome, où il demeura dans les prisons de l'Inquisition, jusqu'à ce qu'il eut été transféré dans celles des fous. »
' Diisertatio contra Equivoeationes (Paris,
assez fait parler et a esté [l'occasion d'une affaire] agitée par les Jésuites^ et croy que l'avez. Ce procédé, si extraordinaire et inouï parmi nous, fait pensera plusieurs, et croit-on qu'au Parlement on s'en remuera, mais peut-estre sans effect. M' le Garde des Sceaux a servi le Nonce ^ fort à propos en cette affaire, et le Nonce eut raison de dire, quand on luy bailla les Sceaux : Non temo piu poiche il Manllac e Guarda Sigilli ^. Il se porte en ces affaires de Rome avec grande passion, et le Nonce dit luy mesnie qu'il a peine à le retenir tant il y va vite. M' le Cardinal ne se mesle pas de ces minuties; pourveu qu'il gouverne le Roy, il ne se soucie pas de l'oppression des particuliers, sed hœc inter nos'\ Ce pauvre Bénédictin avoit quantité d'amis et il y a plus de trente ans qu'il vivoit icy sous la foi publique et avoit esté longtemps Père Spirituel à Chelles^. Il estoit prest de faire imprimer une response contre cet Aposlolatus de Douay là où il debvoit descouvrir la cabale Espagnole en Angleterre. Le Roy d'Angleterre l'avoit désiré parmi les prebstres de la Reine.
Pour l'Assemblée des Notables il ne s'y est rien fait que je sçache depuis l'ouverture'^, ne s'estant point assemblez depuis pour n'estre d'accord ni de la façon d'opiner, ni de qui y doibt présider. Monsieur '' ne peut s'assujettir à y aller plus d'une fois le jour et encore avec peine. Nostre premier président* ne
i6a5, in-S"), trackiit en français soosce lilre : Traité et disputes contre les Equivoques (Paris, i^aS, iii-S").
'' Le père Théophile Raynaud se fil le défenseur de la Compagnie de Jésus en publiant , sous le nom de Stephanus Emoneriut, une réfutation intitulée : De œqvivocatione et mentali rest7'iciione. AdviTsus Jalsas Joannis Barnesii Angli Monachi Benedictini in Leonardum Lessium criminationes ditceptatio theologica, réfutation qui fut réimprimée en 1697 (Lyon, in-8°) sous ce titre : Splendor veritalis moralis, collalus cum lenabrit mendacii, et nubilo cequivocationis ac mentalii reitricliomi , etc. Voir sur les livres de Baines, de Th. Raynaud, la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t. III, in-foi. , 1876, col. 67.
- Ce nonce était Rernard Spada , archevêque de Damictie, qui était arrivé à Paris au commencement de l'année 16a 4 et qui avait succédé à Octave Corsini, archevêque de Tai-se. Spada devint cardinal en 1626 et mourut à
Rome le 10 novembre t60i, âgé de soixantehuit ans.
' Je ne crains plus rien depuis que le Manllac est garde des sceaux. Michel do Marillac était garde des sceaux depuis le i" juin 1 (iaô.
' Pierre Dupuy n'aima jamais le cardinal dp Richelieu et il le détesta de tout son cœur à partir du jour où l'implacable homme d'Etat fit tomber la tète de Fr.-Aug. de Thou.
5 Commune du déparlement de Soine-et- Marne, arrondissement de Meaux, canton de Ligny, à 9 kilomètres de cette ville.
' Nous avons vu que l'ouverture se Ut le a décembre 1626.
' Gaston d'Orléans, alors âgé de dix-huit ans.
' Nicolas de Verdun , qui en 1611 avait échangé la première présidence du parlement de Toulouse contre la première présidence du parlement de Paris, et qui mourut le lO mars 1637. Voir sur ses relations avec Peircsc, Trois lettres inédites du président de Sevin à Peiresc (Ageii, i884,in-8°, p. 6. 7. 8.)
s'y veut [)as trouver, si Monsieur n'y préside, car luy qui au Parlement presideroit Monsieur et les Princes, ne ])eut soufFrir d'estre présidé par d'autres. Pour ce qui est d'opiner par corps cela est encore indécis.
Le premier président Nicolaï ' s'estant trouvé indisposé, le Président de Chevry^ a esté mis à sa place, lequel rendra bon conte des Finances. M" du Hallier' et comte de Tillieres'' ont esté mis aussi pour fortifier les Nobles, qui sont ceux qui pressent le plus, avec quelques Evesques, qu'on opine par corps; car ils se défient de leurs forces. Cela est de grande conséquence, dont on gronde amplement, où les langues libertines disent que ces M" du Clergé et de la Noblesse estant genz intéressez, ils n'auront autre sentiment que ce qu'il plairra à ceux qui gouvernent, tellement que le Public seroit abandonné s'il n'est assisté de ces M" de robe longue.
L'Assemblée se debvoit tenir aujourd'huy lundy 7° aux Tuilleries^; mais nous n'avons veu personne qui en sceust des nouvelles. Ces M" qui gouvernent se trouvent bien empescbez comment s'y prendre, et il y en a qui tiennent qu'ils se repentent d'avoir assemblé tous ces Notables.
J'oubliay à vous mander par ma dernière que M' le Garde des Sceaux en sa harangue ° dit qu'il falloit faire une loy qu'en matière d'Estat et crime de Leze- Majesté les demi preuves et singuliers tesmoins feussent receuz comme preuve entière et allégua un chapitre du Droit canon qui dit qu'à prouver la Simonie, les singuliers tesmoins et demi preuves estoient admises. Cela feust bien remarqué.
' Celait le fils et le successeur de Jean Nicolay, mort le 3i mai 163/1, donl il a été question dans la Ictlro IX de Peiresc à Dupuy, du •!7 juin i6a/i. Le nouveau premier président de la Chambre des comples s'appelait Antoine Nicolay, seigneur de Goussainville et d'Ivor.
' Charles Durci, sieur de Chevry, président â la Chambre des comptes, mourut en i636. Voir beaucoup de détails sur ce personnage dans l'historiette de Tallemant des Reaux intitulée Le préiident de Chevry et son frère, le médecin Dnret (t. I,p. 4ai-à97)etdansle Commentaire (p. '197-499).
^ Franfois du Hallier, né en ) 583 , était fils du marqnis de Vitry et frère du maréchal de Vilry; il était, au moment do la réunion de l'assemblée des notables, maréchal de c.imp (de-
puis lOaa). Il devint maréchal de France en iG&3 et fut depuis lors cnimu sous le nom de maréchal de l'Hospilal. Il mourut en 1660. Voir son hislorielle dans Tallemant des Réaux (t. IV, p. 158-171).
* Tanneguy le Veneur, comte de Tillièrcs avait été ambassadeur en Angleterre (1619) il mourut à Paris en i653. Il avait épousé (31 août 1608) Catherine de Bassoiiipierre, sœur du maréchal. Comme son beau-frère, il a laissé des mémoires qui ont été publiés en 1863 pnr M. C. Hippeaii.
' L'assemblée tint en effet sa première séance le lundi 7 décembre.
• Voir l'analyse de cette harangue dans ¥Hi$toire des Etats généraux, par M. Georges Picot (I. 111, p. 433-437 ).
La plus puissante raison qu'on allègue de la disgrâce de Baradat ' est qu'au retour de Nantes^, il a tenu au Roy quelques propos fort inconsiderez. On dit aussi qu'il avoit receu quelques lettres de madame de Chevreuse^ sans les montrer au Roy. Il s'est jette aux pieds de la Reine Merc et l'a suppliée d'intercéder envers le Roi pour le payement de ses debtes, qu'il dit monter à quatre cent mil livres, comme si la Couronne y estoit tenue. Il est certain que le Roy luy a reproché l'alliance de Seref" qui pretendoit estre capitaine des Gardes par ce moyen. Il parla fort insolemment au Roy et le Roy le menaça de la Bastille. L'autre luy respondit qu'il aymeroit mieux qu'il l'envoyast en Grève. M' le Cardinal et la Reine Mère ont receu cette nouvelle comme chose qui leur fust fort inespérée et non attendue. Le Roy luy ostera, ce dit-on, la charge de Premier Escuyeret supprimera celle de Premier Gentilhomme. Un autre gentilhomme nommé Sourches ^ a esté chassé et le Roy a dit qu'il y en auroit plusieurs autres, tellement que chascun est aux escoutes. On croit que M' de Brezé sera Capitaine des Gardes, ce qu'on a bien de la peine à luy faire gouster*'.
' François de Baradat, seigneur de Damery (en Cliarapagne, près d'Epernay), mourut en i683. Tallemant des Réaux l'appelle Bairadas dans cette phrase qui complète les renseignements fournis à Peirescpar Dupuy (Historiettes, t. II, p. i3()) : «Ce fut lui [Daniel de la Motte- Houdancourt, évoque de Mende], qui fit résoudre Barradas à donner sa démission de la charge de premier escuyer de la petite escurie, pour cent mille escus. Le Roy avoit impatience de l'avoir pour Saint-Siraonn. Voir sur la disgrâce de Baradat une lettre écrite à Peiresc par Malherbe, le 19 décembre 1626 (Œuvres, édition déjà citée, t. II, p. 578). Malherbe, qui appelle le favori de Louis XIII Barradas, comme Tallemant des Réaux, attribue le congé qu'on lui donna à ses mauvaises manières qui allaient jusqu'à la brutalité. L'éditeur des Œuvres de Malherbe renvoie aux Mémoires de Richelieu (liv. XVII). Dans presque tous les mémoires du temps est raconté cet épisode de l'histoire de la cour de Louis Xlll. Citons notamment les Mémoires de Bassompierre (édition Chantérac, t. II, p. 389), où le successeur de Baradat, Claude de Saint-Simon, est appelé Run jeune garçon d'assés piètre mine et pire esprit».
'' La cour revint de Nantes à Paris le 1 7 septembre i6q6.
' Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, née en iCoo, morte en 1679. Voir sur elle le volume de Victor Cousin, mais en se rappelant que c'est surtout un habile plaidoyer, la vérité se trouvant beaucoup plus dans les Mémoires du cardinal de Retz et dans les Historiettes de Tallemant des Réaux.
' Nom qui doit avoir été mal lu par le copiste. Parmi les noms connus qui se rapprochent le plus de celui-là, j'indiquerai celui du baron de Siré ou Cirey (Louis-Jules du Chàtelel), sur lequel on peut lire une intéressante note du commentateur des Historiettes (t. V, p. 79).
* Est-ce Jean du Bouchet, alors baron et plus tard (i65a) marquis de Sourches et de Bernay, né à Paris le 1" décembre 1699, prévôt de l'hôtel du Roi et grand prévôt en France (en i6i3), père de Louis-François du Bouchet, marquis de Sourches, l'auteur des Mémoires ? Dans Y Introduction à ces mémoires , M. le comte de Cosnac nous apprend (p. x\ ) que Jean du Bouchet fut Kcnfant d'honneur du Roi Louis XlII".
" Urbain de Maillé, marquis de Bréié, né en 1697, mort en iG5o, fut en effet noDimé
Monsieur le Comte', ce dit-on, est encore à Neufchastel ou en Savoye, ce qui fait croire qu'on moyenne icy sa reconciliation. Un gentilhomme nommé Vieux Pont^, nourry de jeunesse chez luy et tous ses parens, ayant esté chargé de la part de son Maislre d'apporter un paquet à Madame sa mère, au lieu de ce faire, l'a porté à M' le Cardinal, qui. après l'avoir veu, l'a fait rendre à Madame la Comtesse^ avec une minute de la response qu'elle doibt faire à son fils.
Depuis peu on a envoyé deux cent mil escuz à l=i Valteline, cent mil par voilure et cent mil par lettre de change. Les garnisons, faute de payement, cstoient prestes de se mutiner, et le voisinage des troupes Espagnoles faisoil appréhender. Toute cette affaire est remise à Rome où Cordoiia^ et M' de Cœnous^ ont envoyé leurs secrétaires. Le desaveu qu'on avoit fait icy de M' de Fargis® n'estoit que pour contenter Venise et a-t-on ratifié depuis ce qu'il a fait.
Monsieur le Nonce Bagni'' adesja envoyé icy c[uelques officiers et meubles: et le Prévost d'Orenge est icy pour sçavoir de M' le Cardinal Spada quand il se résoudra à luy quitter la place, Jequel attend un courrier de Rome pour luy rendre response certaine. On envoyé un gentilhomme nommé Campremi,
capitaine des gardes du roi. Ce beau-frère du cardinal de Richelieu devint maréchal de camp en i63o et maréchal de France en ifiSa.
' Louis de Bourbon, comte de Soissons, né à Paris en i6o'i, fut tué à la bataille de la Marfce (6 juillet i6ln).
' Deux personnages de ce nom figurent dans les Hittorietlei de Tallemanl desRëaux , Alexandre , marquis de Vieuxpont, qui épousa la fille de la présidente Aubry (I. VI, p. 56), et Jean de Vieuxpont, sieur de Corapans, qui épousa M"* de Tonancourt, laquelle se remaria en troisièmes noces avec le fameux romancier Gauthier de Coste, sieur de la Calprenède {ibid., p. 386).
' Anne de Montafié, qui avait épousé en décembre i6oi Charles de Bourbon, comte de Soissons, et qui mourut en juin i64'i. Voir son historiette dans Tallemant des Réaux (t. I, p. aai-aa3).
• Don Gonzalès de Cordova, alors gouverneur de Milan pour les Espagnols.
■' François - Annibal d'Estrées, marquis do
Ciennes, et, plus tard (16A3), duc d'Estrées, était en ce moment lieutenant général de l'armée du roi (en Valteline). Maréchal de France en 1636, il mounit à Paris, plus que centenaire, dit-on, en mai 1670. Voir son historiette dans Tallemant des Réaux (t. I, p. 388-393).
' Charles d'Angennes, comte du Fargis, était alors ambassadeur de France en Espagne ; il mourut en i64o. Ce diplomate est bien moins célèbre que sa femme, Madeleine de Silly, l'héroïne d'une des plus piquantes historiettes de Tallemant des Réaux (t. II, p. iai-ia8).
' Jean-François Bagni , qui avait été vice-légat d'Avignon de 161 4 à i6ai, remplaça le cardinal Spada dans la nonciature do France. Il fut créé cardinal en 1639 et mourut en i6gi. Le cardinal de Richelieu, qui s'était lié avec lui durant son exil d'Avignon, et qui l'eut toujours pour ami, comme le rappelle l'éditeur des l.eltves, papier» d'Etal, etc. (t. I, p. 661), a vanté dans ses Mémoires (liv. XXI), sa grande probité , sincérité el intelligence des affaires.
UirtlNSMC iliTIO-lAlE.
qui a esté autrefois à M' du Maine', pour se condouloir avec M' de Mantoue'-^. M' de Bassompierre n'est encore de retour d'Angleterre ^ et dit-on que le Mareschal d'Aubeterre* sera à sa place dans les Notables. Il y a eu quelques gens tuez par mutinerie à Blaye *, qui establissoient un nouvel impost de quatre escus sur tonneau. Cela fait bien crier en ce païs, et encore plus si l'on vient à y vouloir establir la Gabelle, comme on parle. Un gentilhomme de ces quartiers escrit que cet impost sera aussi difficile à establir en cette province que l'Heresie fait de peine à en estre desracinée.
Il y a quelques desputez de l'Infante et des Estais au Liège* pour le restabiissement du commerce; l'on s'imagine que c'est un acheminement à la Tresve.
Je vous envoyé un Arrest du Parlement contre les Traittés des blés, qui n'est pas trové bon au Conseil. Vous aurez maintenant receu tous les Arrêts touchant l'affaire du Grand Conseil. Mon frère' vous envoyé quelques pièces trouvées doubles dans ses papiers qui seront suivies d'autres. Il vous prie de les recevoir d'aussi bon cœur qu'il les vous offre. M" de Courtenay se sont aussi resveillez ''. Mademoiselle do Nevers donne meilleure espérance de sa santé quoyqu'abandonnée de nos médecins'*. Mon frère ne vous escrit point et m'a chargé de vous faire ses humbles baise-mains. Il se resjouit et moy
' Henri de Lorraine, duc de Mayenne, tué Charles de Gonîsjjue-Clèves, duc de ^'evers el
au siège de Montauban le 17 septembre 169t. de Relhel, depuis duc de Mantoue et de Monl-
^ M' de Mantoue était alors Vincent II, sep- ferrât, naquit en 161a et mourut en 1667. Elle
lième duc de Mantoue, qui venait de succéder à épousa successivement (i646 et lôig) les deux
son frère Ferdinand, mort le 29 octobre i6a6, frères Wladislas et Jean Casimir, rois de Po-
et qui lui-même allait bientôt mourir (96 do- logne. Voir dans la Revue des Deur-Mondet, du
cembre 1627). 1" février i883, un article de M. Albert Vandal
^ Le samedi 5 décembre, le maréchal de mûlu\é:VnmariagepoUtiqueauxrii' sikh;Marie
Bassompierre était à Douvres, où il ne put rfe Gonzag-Me o Farsotii'c. Le maréchal de liassom-
s'embarquer que le 18 ; il était le ao à Amiens pierre rapporte {/ourim/ detna vie,l. III, p. 398)
et le aa à Paris {Journcd de ma vie, t. 111, cesparoIesadresséesparMariedeMédicisàGaston
p. 279-281). d'Orléans qu'elle voulait remarier (juillet 1637):
* François d'Esparbez de Lussan, vicomte ttNous comptions tantosl, Bassompierre el moy, d'Aubetene, maréchal de France eu 1690, les princesses qui sont maintenant en estât de se mourut en iGaS. marier, tant en France que dehors; nous n'en trou-
^ Chef-Heu d'arrondissement du département vions que trois en France : Mademoyselle de Ne-
de la Gironde, à 33 kilomètres de Bordeaux. vers qui est à mon avis bien belle et bien jolie,
" C'est-à-dire à Liège (Belgique). mais je craindrois que ces drogues que luy a don-
' Je ne sais de quels Courtenay veut parler nées Semini [un empirique] pour la guérir de sa
Dupuy. grande maladie, n'empeschassent qu'elle n'eut
* Marie-T^ouise de Gonzague-Clèves, fille de des enfans, et l'on me Va fait appréhender. •>
aussy de l'Abbaye donnée à M' Barclay'. Je m'estonne que M' de Bonnaire par ses lettres ne vous en mande rien. M' vostre frère, à qui je n'escris point par cet ordinaire, m'excusera, s'il luy plaist; cette lettre sera aussi pour luv, et vous soulagera voslre veûe en la lecture de cette mauvaise escriture. Je finis par protestations de mon très humble service, désirant demeurer à jamais.
Monsieur, vostre, etc.
J[acques] du Pcy.
A Paris, ce vu décembre 1626'.
M' Priandi* m'a promis escrire pour l'histoire de Possevin et en faire venir. Il vous salue et Monsieur vostre frère comme je fais de ma part^.
LETTRE DE JACQUES DUPUY À MONSIEUR DE VALAVEZ
Monsieur,
J'escrivis dernièrement assez amplement à M' vostre frère, et ne doubte
poinct qu'il n'aye eu recours à vous pour soulager ses yeux à lire ma mau-
voise escriture. Depuis ce temps l'Assemblée de nos notables s'est tenue deux
fois lundi 7 et mercredi g*^ au matin, où Monsieur a présidé, estant sous un
' L'abbaye de Saint-Lcon do Toul dont il a été question dans la lettre XXVI de Peiresc à Dupuy.
* M. de Bonnaire était l'oncle du nouvel abbé, le poète-romancier Jean Barclay ayant épousé Louise de Bonnaire dont le nom s'écrit plus souvent Débonnaire. Le frère de Louise de Bonnaiie fut un des amis et correspondants de Peiresc. Les lettres que ce dernier lui adressa sont conservées à Carpentras dans le registre II des minutes (foL 116-198, pattim).
' La lettre est, par une erreur de copiste, datée du 1" décembre. Je rétablis la véritable date d'après la phrase de Dupuy : «L'Assemblée se debvoit tenir aujourd'huy lundy 7'. j>
* Ce personnage était ambassadeur du duc de
Maiiloue à Paris. C'est le titre que lui donne Peiresc dans quatre lettres qu'il lui écrit d'Aix en i6a.'), i6a6, 1627 et 1629 ( Biljliothèque d'Inguimbert, registre V des minutes, fol. .398- .3gi ). Mais ambassadeur est un litre un peu trop pompeux accordé par l'eiquise politesse de Peiresc; Priandi figure comme aagent de M. le duc de Manlouei dans les Lc((re.< du cardinal de Ricliolieu (t. II, p. 980).
' Aix, vol. X, fol. 23i. Copie.
° La séance du 9 décembre fut importante, car ce fut ce jour-là que le procureur général Mole communiqua aux notables des propositions linancières à la suite des<iuelles de grandes économies furent adoptées et les dépenses furent réduites au taux de l'année 1607, prise comme
dais dans une grande chaire à bras, des aureillers à ses pieds, en un mot de niesme façon que seroit le Roy, ce que l'on trouve à redire. Il fit une harangue fort gentiie et prononcée de bonne grâce, et tous ces Messieurs luy donnent cet honneur qu'il s'acquite fort bien de cette charge avec grand respect, et tesmoigne beaucoup d'esprit '. Le différent pour ce qui est des opinions continue^; neanlmoins vous verres par un mémoire escrit à part la dernière resolution du Roi. Ces Messieurs les premiers Présidons et autres de la robe menacent de tout quitter^, mesme ayant reconnu le peu d'inclination qu'on avoit à bien faire, quelques uns du Clergé et des Nobles ayant confessé avoir esté solicitez et gagnez pour donner leurs sufrages. L'on fait perquisition de toutes les Assemblées pour voir comment l'on en a usé par le passé, et veut on que les officiers fussent comme un quatriesme ordre dans l'Estat, et il y en a un passage formel dans le i" tome de l'Histoire de M' de Thou en l'an i558 qui a esté allégué par M' le Garde des Sceaux*, auquel il fut répliqué par un des Notables que s'il le vouloit croire en toutes les autres choses, l'on luy accorderoit celle là. M' de Rreves ^ s'est excusé de se trouver en l'Assemblée sur son indisposition; M"' de Fossé ** a esté mis en sa place. Entre les Evesques
Ij'pe (l'une sage administration [Histoire des Etats généraux: par Georges Picot, t. UI, p. 44 1).
' M. Picot {ibid., p. 43g) paple ainsi, au sujet de la séance du 7 décerabie, du jeune président de l'Assemblée : irMonsieur le duc d'Orléans, prenant au sérieux, malgré son âge, la présidence qui lui avait été attribuée, exhorta les assistants à dire librement leur opinion sur tout ce qui serait proposé. n Malherbe (lettre à Peiresc, du 19 décembre. Œuvres, t. III, p. 574) est d'accord avec Dupuy pour louer le mérite de Gaston : trLes notables continuent toujours leur assemblée, mais lentement. Monsieur leur président fait bien souvent l'école buissonnière; mais, sans flatter et sans mentir, on dit qu'il y fait des merveilles et qu'il donne toute l'espérance qu'on peut avoir d'un grand prince.»
' Voici la cause de ce différend : A la fin de la séance d'ouverture, le garde des sceaux avait dit que le roi «entendoit que les membres de l'assemblée opiuassent par professions , et qu'ils ne lissent que trois voix, le clergé, la noblesse et les magisIraIsM. Le frère du roi ayant suivi ce
mode d'opiner, les officiers, par la bouche du premier président, remontrèrent que le vote par têtes était le seul équitable et sensé. [Histoire des Etats généraux déjà citée, t. III, p. 4 '10.)
' M. Georges Picot raconte ainsi (p. 44o) l'incident orageux de la séance du 9 décembre : trLe président persista à recueillir, le 9 décembre, les opinions par corps et non par tètes. Les magistrats se levèrent sur-le-champ, et s'apprêtèrent à sortir de la salle des séances , pour aller porter plainte au Louvre. Monsieur les retint en leur disant que Sa Majesté était allée ce jour là prendre le plaisir de la chasse à Versailles.-n
» Livre XX , p. 2 1 9 du tome III de la traduction française, Londres, in-4°, 1784.
^ François Savary, comte de Brèves (depuis iGaa), né en i56o, ambassadeur à Constantinople de iSgi à 160."), ambassadeur à Rome de 1608 à 161 4, mourut à Paris en 1638. Voir dans le Dictionnaire historique de la France de M. Lud. Lalanno un excellent article sur cet habile diplomate.
" Dupuy a-t-il voulu parler, en abrégeant
ccluy deBayonne, maintenant d'Angers', a esté ajousté du chef de M' Ueffiat^ de qui il est parent. M' le Procureur General y parla assés généreusement, et a dit au Garde des Sceaux que ce n'estoit pas aux collets et aux manchettes que le mal nous tenoit, mais à la chemise. L'on ne luy a encore rien mis entre les mains de la part du Roy pour proposer qui soit digne de considération et ne savent par où y prendre. Pour vous le faire court, de ce peu qui a paru, on n'attend rien de bon. M' de Schomberg^ le lundi, fit quelques ouvertures pour la gendarmerie. La disgrâce de Baradat continue. Un gentilhomme de ses alliez non^faé M' de Baye " et cousin de M'' Seguier de la Verrière^, en est mort de déplaisir trois jours aprez d'une fièvre chaude, s'estant obligé pour luy de cent mil livres. C'est prendre les affaires bien à cœur. Le pauvre AP Seguier revenu des champs depuis un mois ne se peut remettre d'une maladie qui le travaille depuis le mois d'aoust". Vous le mesconnoistriez tant il est changé. Les maladies de celte année sont de cette nature. L'on croit que la vraie cause de la disgrâce de Baradat, est d'avoir voulu attaquer les Puissances souveraines; car toutes les autres qu'on allègue ne sont pas suffisantes pour faire si forte impression dans l'esprit du Roy, si elles n'estoient aydées par d'autres. Le Bénédictin Barnes, dont j'ay escrit à M' vostre frère par ma dernière, fust conduit à Gambray et de là à Douay^. Le commande-
son nom, de Gabriel de la Vallée Foasez, marquis d'Everly, gouverneur de la ville et citadelle de Montpellier, mort en juillet i636? Ce qui me le fait croire, c'est que Bassonipierre [Mémnires, t. II, p. 87) l'appelle lui aussi M. de Fosse.
' Claude de Rueil fut évéque de Bayonne de 1692 à i6a6 et évêque d'Angers de i6a8 à i6&g.
* Antoine Coiffior-Ruzé, marquis d'Elliat, né en i58t, mort en juillet 1689, venait d'être nommé surinlcnd.iul des finances. C'était le père de Cinq-Mara.
' Henri, comte de Nanteuil et de Scliombcrg, né en 1675, mort à Bordeaux en novembre 1689, était maniclial de France depuis iCaS; il avait été siuinlendant des finances de tCig à tôaS.
* S'agil-il là de Jean de Lou, baron de Baye, père de Marion de Lorme, mentionné dans les llittorieltes de Tallemant des Beaux (t. IV,
p. 66) et sur lequel le commentateur a donné (p. 66) divers détails empruntés en partie à une pièce do vers de Pierre de Marcassus?
' Ce Seguier de la Verrière était un parent du cbancelior Seguier et probablement le père de Jean-Jacques Sé<juier de la Verrière qui fut évéque de Lombez de 166-2 à 1671.
* Pierre Seguier, le futur chancelier de France (i635), né en mai i588, mort en janvier 1673, était alors (depuis 163&) président à mortier au parlement de Paris. On sait qu'il avait épousé une parente de Peiresc, Madeleine de Fabri, fille de Jean de Fabri , seigneur de Champauzé, laquelle raounit en février! 683.
' Voici la version du Mercure français (t. XII, p. 753) telle qu'elle a été reproduite par Bayle (article Bamea, t. III, page 187 de l'édition Beuchot) : (tOn l'eût fait pai tir le jour même de la capture, si le chevalier du Guet avait eu d'autant d'imptience que le père procureur des bénédictins de Douai. Mais il fallut que cette
ment au chevalier du Guet de le prendre a esté signé par M' de Beauclerc ^ qui en receut l'ordre du Roy, M' le Cardinal, Garde des Sceaux, etc., estant présents. Cette action est trouvée fort mauvoise. Le voisin de M' de la Mothe^ a fort travaillé en cette affaire avec M"' le Nonce. Je vous envoie deux advis d'Angleterre que M"^ Priandi m'a baillez. C'est tousjours pour continuer l'histoire. Les advis de Bruxelles et Vienne sont aussi de luy. Il vous salue et ]\r vostre frère. Il m'a promis escrire à Mantoue pour l'histoire de Possevin. La mort du Duc a apporté grands changemens en ce petit Estât, car nouveau Maistre, nouveaux Officiers. Toutefois le favory du défunt subsiste. M' Guiscardi aussi est bien, mais sa grande vertu et expérience le faict subsister de luy mesme. Nous avons eu aujourd'huy des nouvelles de M"' de Thou de Venise du 18 de Novembre où ilestoit arrivé le 17 en bonne disposition, et peu s'en est fallu qu'il ne se soit embarqué pour Gonstantinople. Il faisoit estât d'estre aux festes de Noël à Rome.
Je vous envoyé copie de deux lettres de M' de la Hoguette ^ que vous tiendrés, s'il vous plaist, secrettes; elles ont esté trouvées bien faites. Cet homme a une façon d'escrire nerveuse* que je desirerois à quelques uns de nos secrétaires.
impatience souffrit jusqu'au lendemain. Alors on mena le père Barnes en carrosse jusqu'à la Mllelte, où deux bénédiclins l'atlondaient pour faire le voyage avec lui et avec les archers qui avaient ordre de le conduire jusques à Cambrai. On le lia sur un cheval, et on le remit au gouverneur de Cambrai , qui le fit conduire au château de Waerden.» L'abbé Goujet, dans le Moréri de 1 769 , assure que <rde Cambrai on le mena k Grivolde, demeure ordinaire des anciens comtes de Flandre, à deux lieues de Bruxelles, .sur le canal qui conduit à Malinesn. Conférez l'article liarne» par Tabaraud dans la Biogi-aphie universelle.
' Charles de Beauclerc, baron d'Achères et de Rougemout, était secrétaire d'État depuis le 5 février j6a4; il mourut en i63o.
' Quel était ce voisin? Et quel élail ce M. de la Mothe? Ce devait être François de la Mothe le Vayer, alors âgé de trente-huit ans et qui allait être nommé membre de l'Académie française quelques années plus tard (1689).
^ Philippe Fortin de la Hoguette naquit en Normandie vers i58a et mourut très âgé (on ne sait en quelle année) à Chamoniilac, en Saintonge, terre dont il devint possesseur en 1687. 11 avait épousé, presque sexagénaire, Louise de Péréfixe, sœur de Hardouin de Péréfixe, évoque de Rodez, puis nrehevêque de Paris, et il eut de ce tardif mariage cinq enfants. Fortin de la Hoguette était un grand ami des frères Dupuy; il a fait leur éloge, ainsi que l'éloge de leur cabinet, dans son livre jadis si célèbre : Testament ou Conseils fidèles d'un bon père à ses enfants (édition de Paris, 1690, in-j9, p. 208, 309). La première édition est de i648. Fortin de la Hoguette fut un des correspondants do Peiresc el j'ai recueilli quelquesunes des loltres (ju'ils échangèrent en i633 et 1 634.
' Cette nerveuse façon d'escrire n'a jamais mieux paru que dans le remarquable document inliluié : Une lettre de Ph. Fortin de la Hoguette au roi Louis XIII (mura i6ao), dans : Notices et
Le bon homme M' de Lomenie \. pour avoir voulu user une fois seulement du tabac, s'est trouvé fort mal et tomba comme en un esvanouissement et perdit la parole. C'est un effet ordinaire à tous ceux qui commencent à en prendre, ce que pourtant il ne continuera plus : c'estoil à la suasion^ de M"" Carré, son médecin^. Il est tout à fait remis et cette foiblesse luy dura peu. Vous n'avés que faire de luy en rien tesmoigner par vos lettres. Mon frère vous salue et M' vostre frère auquel il envoyé quelques papiers qu'il a trouvé doubles parmi les siens.
Monsieur de Guise a esté fort mal d'une rétention d'urine; maintenant il se porte bien. La Reine Mère fust avanl-hier à l'hoslel de Guise*. Il ne se trouve à l'Assemblée ni M" de Nemours^ et Bellegardc'^. Au costé de Monsieur sont le cardinal de la Valette'' et M' de la Force", l'un comme président du Clergé et l'autre des Nobles. M" du Hallier et Comte de Tillieres sont des Notables. La Reine Mère baisa tous les enfans de M' de Guise *, ce qu'elle n'a pas coustume de faire et est réputé à faveur singulière. Le vieil Evesque d'Angers '" ne veut resigner son Evesché ni payer la pension au frère du deffunt cardinal sur Lyon^', tellement qu'on a depescbé à Rome pour faire qu'on n'expédie rien pour luy qu'il n'aye resigné. Toute l'Académie, pour le faire court, vous fait un million de recommandations. M' de Chartres'^ a nouvelles de
documenU publiés pour la Société de l'Uiiloire de France à l'occation du cinquantième anniversaire de sa fondation {1S8I1, p. 375-386).
' Celait Antoine de Loménie, .ilors âgé de soixante-six ans. On sait que le mot bon homme, au \iii° siècle, s'appliquait à quiconque était vieux.
' Litlrc a cité sous le mot suasion VEthique d'Oresnie, les Essais de Montaigne et la Métite de Corneille.
' Ni les Lettres de Guy Patin, ni les Historiettes de Tallemant des Réaux, ne disent rien de ce docteur Carré dont l'ordonnance fut si malencontreuse pour son vénérable client.
* On sait que cet liôtel devenu, en 1697, l'hôtel de Soubise, est le dépôt, depnis 1810, des archives nationales.
* Henri de Savoie, duc de Nemours, né en novembre 1579, mourut en juillet 1689.
' Roger de Saint-Lary et de Termes, duc de
Bellegarde, naquit en i56a et mourut en 16/16.
' Louis de Nogaret, troisième et dernier Gis
du duc d'Épernon, naquit à Angouléme en iSgS et mourut à Rivoli en septembre 1639. 11 fut nommé archevêque de Toulouse en 161 3 et cardinal en 1621.
• Jacques Nompar de Caumont, marquis, puis duc de la Force, naquit en i558 ou i SSg et mourut en son château de la Force le 10 mai i653. Il avait été nommé maréchal de France en 1622.
' Charles de Lorraine avait épousé, en 161 1, Henriette-Catherine de Joyeuse, fille de Henri de Joyeuse, comte du Bouchage, veuve de Henri de Bourbon, duc de Moiitpensier : il en eut sept enfants, sans compter ceux qui moururent en bas âge.
'" Charles Miron, déjà plusieurs fois nommé.
" Un frère du cardinal de Marqiiemont, leipiel cardinal était mort le 16 septembre i6a6.
" L'évéque de Chartres était I^nor d'Klampes-Valençay qui siégea de i6ai à i6âi. C'était un grand ami des frères Dupuy.
Rome, comme le Pape est fort satisfait. de luy et en attend un Bref. Mes humbles baise-mains à M' vostre frère.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
J[acques] dd Pcy.
A Paris, ce lo décembre 1626'.
VU LETTRE DE JACQUES DUPUY À MONSIEUR DE VALAVEZ
Monsieur, Nostre Court, quoyque féconde en nouveautez, n'a pas produit neantmoins rien de bien important depuis ma dernière. M" les Notables se sont assemblés ce matin qui est leur tioisiesme séance, mais se sont départis sans rien faire et fort mal satisfaits, car M' le Surintendant- et autres M" des Finances qui debvoient venir en l'Assemblée, n'y sont venus. M'' le Procureur GeneraP debvoit aller trouver le Roy pour se plaindre (ju'on les amuse à choses de néant sans leur rien présenter d'essentiel. Pour ce qui est du différent pour les opinions, M'' les officiers l'ont enfin emporté et a esté arresté que chacun opineroit par teste et à la pluralité des voix : neantmoins le Roy se reserve es affaires d'importance de se faire aporter la fueille des advis pour les considérer. M' le Cardinal a quitté la Roquete* sur l'advis des médecins, qui disent que l'Hospital de S'-Louis, qui luy est opposite, y epvoie des mauvoises vapeurs. Les médisants neantmoins disent qu'il y a d'autres lieux plus proches de mauvois aspect. Il est allé demeurer à Grosbois ^ qui est bien esloigné et fort fascheux pour le chemin en cette saison. La Marquise de Mauni** a eu comman-
' Aix, vol. X, fol. 335. Copie.
- Le surintendant des finances, nous l'avons déjà vu, était alors Antoine Coiffier-Ruzé, devenu marquis d'Effiat en cette année i6aG.
^ Mathieu Mole.
' On ne trouve rien dans le recueil Avenel sur le séjour du cardinal de Richelieu à la Roquette. Toutes les lettres de l'époque où se place ce séjour sont datées de Paris même.
' Le château de Grosbois, qui est très bien conservé, est dans la commune de Boissy-Saint-
Léger, arrondissement de Corbeil, à ig kilomètres de cette ville, à 33 kilomètres de Versailles. Grosbois appartenait, du temps de Richelieu, au comte d'Angouléme (voir recueil Avenel, t. V, p. 867, une lettre oii le cardinal parle du comte d'Angouléme et de sa maison de Gros-Bois). S'il fallait en croire Tallemant des Rcaux (t. I, p. alla), on faisait de la fausse monnaie à Grosbois. Voir la petite notice de M. P. Paris sur ce château (même tome, p. 245). " Sur la marquise de Mauny ou Mosny, de la
dément de se retirer de cette ville ; on n'en dit point la cause. M' de Blainvillc aussi a pareil commandement'. Pour celuy-cy, c'est qu'on l'estime trop fin et ne desire-t-on pas qu'il soit si près du Roy. On nous a dit que la vraie cause de la disgrâce de Baradat et qu'il a luy mesme dicte, est qu'au voyage de Nantes, le Roy iuy avoit faict don de 60 mille escus, lequel n'ayant peu faire expédier pour les affaires pressantes qui estoient lors, et en poursuivant icy l'expédition, M' le Garde des Sceaux luy dit que le Roy avoit changé de volonté et avoit disposé de cette somme en faveur de M' le Cardinal, de quoy Baradat s'estant plaint au Roy, le Roy fit response qu'il ne sçavoit que c'estoit et n'en avoit ouy parler; neanlmoins qu'il en parleroit à la Reine, sa merc, ce qu'il fit présentement, menant Baradat avec iuy. Le Roy parla à part à la Reine mère, et puis vint dire à Baradat que de vérité depuis cinq jours il avoit fait ce don à la Reine, sa mère, et il y a trois semaines que M' le Cardinal a reccu l'argent. C'estoit bien hardiment parler à luy. Ces particularités ont esté dictes de si bon lieu qu'il ne faut point chercher d'autres causes. L'Apanage de Monsieur a esté aujourd'huy vérifié purement et simplement, sinon en ce qui concerne les bois; il est dit qu'il en usera selon les ordonnances. Nous aurons l'Arresl. Le Roi fit don hier à Monsieur de cent mil escus causé sur le desengagement qu'il doibl faire du Domaine qui luy a esté baillé, mais on ne croit pas qu'il soit si bon mesnager que de les employer en cet usage. A l'heure que je vous escris il est chez son Chancelier où il recorde son ballet. M" Defflat et de Fossé ont fait vérifier au Parlement aujourd'huy leurs lettres de Marquisat, Deffiat pour Longjumau et Chilly^; pour du Fossé je ne sçay pas le nom de la terre. M"^ de la Ville aux Clercs poursuit la vérification de l'érection de Monberon en Comté, ce qui se faira demain. Ces M" de la faveur ayant sceu qu'en cette assemblée de Notables on debvoit faire un règlement sur ces Erections si fréquentes, et que toutes celles qui ne seroient vérifiées es Parlements seroient cassées, ont voulu se haster et se tirer hors de ce
famille des Ursins, cousine de Cbarlotte des Issy, Je 26 février 1638. Voir daos les Mélanges
Ursins, vicomtesse d'Aucliy, voir une leUre do historiques (1878) une ieltre de Jean-Louis
Chapelain, du 7 avril i638, et une note de Guez de Balzac, du i4 décembre i643, où un
l'éditeur (t. I,p. aai-aaa). brevet d'homme d'esprit lui est rétrospeclive-
' Jean de Varigniez, seigneur de Blainvillc, ment délivré (p. 455). La finesse dont va par-
fut conseiller d'Etat, premier gentilhomme de la 1er Dupuy conGrme le témoignage de Balzac, chambre du roi, maître de sa garde-robe, • 11 s'agit là de Chilly, canton de Longjumeau,
lieutenant au gouvernement du bailliage de arrondissement de Corbeil, à ai kilomètres da
Caen, etc. En i6a5, il fut chargé d'une mis- Versailles. Voir Nolice »ur Chilly-Mazarin , par
•ion extraordinaire en Angleterre. Il mourat i Patrice Salio (Paris, 1867, grand in-8°).
nombre. J'oubliois à vous dire que le vieil Evesque d'Angers scandalise dans l'Assemblée tous ces M" les officiers par ses discours ordinaires de la Puissance Ecclésiastique. Quand il sera Archevesque, que ne fera-il point? 11 se fait dans les Provinces des assemblées particulières, le Roy ayant escrit aux Gouverneurs d'assembler les Notables de leurs Gouvernements pour donner leurs advis sur les points contenus dans la lettre que le Roy escrit auxdits Gouverneurs. M"' de Nançay^ a esté mandé à Bourges par M"' le Prince qui l'a ainsi escrit à mon frère, lequel pourtant ne s'y est vouleu trouver. Beaucoup s'estonnent de cela. Je crois qu'on en entendra parler en d'autres provinces. M'' vostre Gouverneur^ est bien guéri pour sa rétention d'urine, mais il luy reste une carnosité formée que l'on dit estre mauvoise et difficile à guérir. Je vous envoyeray, le prochain ordinaire, ce qui a esté fait en Sorbonne contre les thèses du Jacobin Testefort^. Il est imprimé en une demi fueille in-8°. M' le Garde des Sceaux fait perquisition des privilèges de l'Université et croit-on que c'est pour reprimer cette liberté, dit-il, trop grande du Recteur qui promeut tousjours quelque chose de difficile digestion au Nonce et Court de Rome : nous verrons ce qu'il en sera. Mais, pour venir au particulier, nous avons eu nouvelles de Rome de M' de Bonnaire touchant nostre pauvre Chartreux du 1 8 novembre. Il est tousjours languissant et les médecins luy ont conseillé de quitter Rome et aller au roiaume de Naples à Capri où ils ont un monastère *. M"' le cardinal Barberin luy avoit envoyé quelques rafraischissemens et fait offrir logis plus aéré à Rome pour s'y retirer. Nous attendons par le prochain ordinaire quelle resolution il aura prise. De toute la courtoisie qu'il reçoit là luy et nous tous vous en avons l'obligation entière. Mon frère vous envoyé la copie d'un Titre avec un sceau figuré sur l'original que M'' vostre frère trouvera bien à son goust, cela estant fort curieux. Pour la Pasquinade, vous en userez selon vostre discrétion ordinaire et en direz un peu vostre advis, car touts les mots portent. M' Jacquet a envoyé le Testament et codicilles de M' le Connestable^; je ne scay s'il vous en aura fait part. 11
' Henride la Châtre, en faveur duquelia terre ' Le nom de Testefort manque à tous nos
de Nançay (département du Cher, arrondissement recueils biographiques.
de Bourges, canton de Vierïon) avait été érigée en ' Capri ou Caprée, ile à l'eTtrémité sud du
comté (juin 1609), eut pour fils Edme, comte de golfe de Naples, où, pendant l'hiver, le climat
Nançay, qui mourat (septembre i6i5) des suites est d'une douceur bien favorable à un malade
d'une blessure reçue à la bataille de Nordlingen. comme l'était Dora Dupuy.
' Charles de Lorraine, duc de Guise, gouver- ' François de Bonne, duc de Lesdiguières,
neur de Provence. . connétable de France depuis idaa, était mort à
prie fort mon frère de les tenir secrets. S'il ne vous les a envoyés, vous nous le fairez scavoir pour vous les faire tenir. Vous ajouterez à vostre recueil du Grand Conseil cet Arrest que M' de Lomenie a recouvert : il se porte bien Dieu mercy et tous les amis qui vous saluent comme je fais, désirant demeurer toute ma vie.
Monsieur, vostre, etc.
»n Pur.
A Paris, ce i4 décembre 1696.
Les livres que M' de Thou a achetez à Thurin sont arrivez à Lion. Mes recommandations bien humbles à M" vostre frère. M' d'Aubray' estoit arrivé à Rome le 1 7 novembre. La vie d'Henri VII traduite de l'Anglois de Bacon est en lumière. C'est une belle pièce et qui mérite '^ Le fils de M'' Hotman est le traducteur'.
LETTRE DE PIERRE DUPUY k PEIRESC.
Monsieur, Je commenceray par excuses d'avoir esté si long temps sans vous escrire et respondre à vos dernières pleines d'une singulière affection envers raoy. Je confesse , Monsieur, que je suis indigne de tant de bonnes volontez et incapable
Valence le 28 septembre 1626. Une copie du testament de Lesdiguières est conservée, à Carpenlras, dans le registre XXXVIII de la collection Peiresc (p. 383). Le testament, qui est du a6 mars i6a4, cl les codicilles au nombre de trois, du a8 août i6a6, des a5 et a6 septembre de la même année, ont été réimprimés dans les Document* hittoriqueê inéditt pour tenir à l'hstoire du Dauphiné : Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières publiés sur les manuscrits originaux par le comte Douglas et J. Roman (Grenoble, 1. III, in- 6°, i884, p. i33-46i).
' D'Aubray était un maître des requêtes qui devait être envové en Provence, quatre ans
plus tard, en qualité d'intendant et dont l'arrivée à Ail, au moment où les Provençaux élaienl si mécontents de l'édit des Elus, provoqua une émeule qui faillit lui coûter la vie (19 septembre i63o). D'Aubray eut d'excellentes relations avec Peiresc, qui lui écrivit plus do cinquante lettres (i6aû-i636) conservées à Carpentras (Minutes, registre I, fol. 617-437). Voir dans la lettre n° LXXVI de Peiresc à Dupuy, du 3 octobre 1627, une note complémentaire.
' Voir sur l'Histoire de Henri VII la note 6 de la page 3i (lettre VII de Peiresc à Dupuy).
» Aix, vol. X, fol. a 38. Copie.
788 APPENDICE. [tG26J
de recevoir vos bons conseils, n'estant propre à quoy que ce soit au monde, outre que ie principal outil me manque qui est l'argent, sans lequel on ne fait rien aujourd'huy et les amis servent de peu sans luy. Vostre resolution et conseil est bien plus proportionné à mon humeur de se tenir au point où l'on est, considéré ceux qui sont au dessoubs, car certes il y en a, et je juge bien que ceux qui ont de si grands emplois ont de grandes importunités et de pareils soins, et se descouvrent très souvent indignes des charges auxquelles ils ont esté élevés par la fortune ordinairement aveugle et sans jugement.
Nous vous envoyons ce qu'il y a de nouveau , qui certainement est très nouveau. Voyés, je vous prie, le Décret du Recteur et les Lettres patentes qui le destruisent. Où en sommes-nous? L'on ruyne le fonds par la forme, et l'on ne restablira jamais ce fonds. Que ne peut-on point dire de ces extraordinaires procédures? Difficile est saiyram non scribere, mais il est périlleux. Je plains ceux qui osent escrire.
J'ay pris plaisir à lire l'Histoire de Henri VU par Bacon; elle est belle et bien escrite, la traduction assés libre et élégante, mais il s'y trouve quelques lieux obscurs, faute d'avoir esté communiqués. C'estoit sans double un grand homme que ce Bacon, principalement en ce genre d'escrire. Je n'espère aucune response d'Angleterre touchant ce que j'ay escrit, suivant vostre désir, du livre où se trouvent ces planches des monnaies anciennes d'Angleterre, et M"les Anglois ont si peu de curiosité et sont si fiers qu'il n'y a rien à espérer d'eux.
Nous vous envoyons un advis pour les Notables : il n'est pas mal fait, mais il ne va pas jusques au vif, c'est à dire jusques où le mal nous presse; car ce qu'il escrit est veu et sçeu de tous : le plus grand mal est le moins veu; c'est neantmoins celuy qui nous presse et opprime. Ils travaillent, à cette Assemblée, à des choses fort peu dignes de ce qu'ils sont, à refréner la licence de ceux qui, pour vexer les parties, obtiennent du Recteur des lettres d'Escoliers jurez, ou bien des certificats d'cstre domestiques de la maison du Roy. Sont sur le tapis aujourd'huy ce qui concerne les Indultz des cardinaux. La moitié de ces députez ignorent ces matières, ce sont possible des véhicules pour parvenir à des plus grandes choses; mais pour vous dire vray, je ne le crois pas; nous ne pouvons souffrir les remèdes. Je suis contraint de finir à cause de mon œil qui m'incommode. Je passe la vie languidement', me voyant estropié en
' Littré, qui donne l'adjectif languide, employé par Corneille, ne donne pas languidemmt que l'on chercherait également en vain dans les dictionnaires de Richelet et de Trévoux.
cette partie de laquelle j'ay tant de besoin. Je n'escris point à M' de Valavez. Je m'en remets à mon frère, qui a une merveilleuse affection de vous servir; je ne luy cède pas en cela, mais le pouvoir me faut à cause de ma veue. Je prie Dieu qu'il vous conserve tous deux et que vous me teniés,
DU PoY.
A Paris, ce 17 décembre 1626 '.
LETTRE DE JACQUES DUPCY À PEIRESC
Monsieur, J'ay receu deux de vos lettres en mesme temps, l'une du second, l'autre du 9 de ce mois pour lesquelles je vous rends mille grâces, ensemble des recommandations efficaces qu'il vous a pieu faire à M' le cardinal Barberin pour noslre pauvre Chartreux^, comme nous avons reconneu par les lettres que nous vous renvoyons qui tesmoignent certes une grande courtoisie de ce prélat de s'eslre tant voulu abaisser que de visiter un pauvre religieux qui n'eust jamais peu espérer cet honneur, s'il n'eust esté aydé de vostre faveur. La longueur de sa maladie nous fait appréhender et cette resolution de changer d'air semble comme une condamnation de médecins. 11 faut en tout événement se résoudre à la volonté de Dieu et attendre ce qu'il luy plaira nous envoyer. Quoy qu'il en arrive, nous conserverons tousjours vive la mémoire du plaisir qu'il a receu de vous et tascherons, quoyque très foibles et impuissans, à nous en revancher aux occasions, comme aussi de l'ouverture que vous nous faites de nous introduire en la connoissance de .M'' vostre archevesque, qui ne peut estre qu'utile aux occasions qui se pourroient présenter, encore que pour mon particulier, je sois instrument très mal propre pour luy pouvoir rendre service. Nous avions desja appris les belles qualités qui sont en luy par la relation d'un pauvre Chartreux qui est deffunt depuis deux mois nommé Dom la Fayette ',
' Aix, vol. X , fol. a'io. Copie. la généalogie de la maison de la Fayette donnée
« Dom Ghrisloplie Dupiiy. par le Moréri (I. V, p. 66), comme ayant élé
' Il s'agit là de Jacques de la Fayette, fils de chanoine de Lyon et comme étant mort char~
Claude de la Fayette et de Marie d'Alègre, Ireux.
mariés en 157g. Ce Jacques est indiqué, dans
qui estoit de ses intimes et des nostres. M' vostre frère le connoissoit de réputation. Pour ce qui est des nouvelles, je ne manqueray de suivre le conseil que me donnés, encore qu'il semble que ce soit chose superflue, veu qu'estant si proche parent des dieux ^ il doit avoir relation particulière du plus secret de la Cour. Mais de cela vous en userés selon vostre prudence ordinaire.
Pour ce qui est des nouvelles, Mess" les Notables ont esté enipeschés, ces jours passés, à régler la discipline militaire, et establir des estapes par les villages. Que si cela estoit observé, il tourneroit au grand soulagement du peuple : mais pourquoy augurerions-nous mieux de cecy que de tant de belles ordonnances que nous avons qui ne s'observent point? Quand Monsieur ne va point à l'assemblée, elle ne se tient point, ces M" de la robbe ne voulants souffrir d'estre présidés par un cardinal. Il se fait bien quelques assendilées particulières chés M' le cardinal de la Valette où des députés de chaque corps se trouvent pour préparer les matières; toutefois jusques icy nostre premier Président ne s'y est vouleu trouver. M' le Procureur gênerai y acquiert grande réputation, et devant que de faire aucune proposition, c'est luy qui instruit ces Messieurs de ce dont il est question. On fait courre un bruit que M' le Garde des Sceaux n'est pas bien asseuré, mais avec artifice, croit-on, pour tenir tous ces M" les premiers Presidens en halene et en devoir, car il n'y a pas un d'eux qui n'y aspire. Le Roy est allé jusques à Noël, à Saint-Germain. M' le Cardinal est icy depuis deux jours. 11 a acheté la Terre de Moùy en Beauvoisis^ moyenant cent mille francs. M' de Montmorency a mandé sa femme ^ l'on a quelque appréhension là dessus de quelques desseins pour brouiller en Languedoc*, mais cela semble sans grand fondement. L'on croit M' de Bassompierre en France, encore qu'il ne soit pas encore arrivé ici*. 11 court un bruit d'une descente des Espagnols en une isle appelée Mona entre Irlande et Angleterre'^, et qu'ils s'y fortifient; cela n'est pas encore confirmé; les avis Italiens
' Allusion à la toute-puissance du cardinal du Languedoc depuis 1 6 1 3 , année où son père ,
de Richelieu, frère de l'archevêque d'Aix. le connëtablc Henri de Montmorency, à la veille
' Le recueil Avenel ne fournit aucune indi- de mourir (a avril i6t4), avait été démiscation sur l'acquisition de cette terre. sionnaire en sa faveur.
3 Henri, duc de Montmorency, avait épousé, ' J'ai déjà rappelé que le maréchal de Basen i6ià, Marie-Félice des Ursins, fille du duc sompierre s'embarqua le 1 8 décembre à Douvres , de Bracciano, laquelle a été l'objet, en ces der- débarqua le même jour à Calais, passa lesjoumées nières années, de plusieurs monographies, parmi du ao et du ai à Amiens et arriva, le aa, à lesquelles on remarquera toujours celle de Paris. M. Amédée Renée. ' L'île de Mona est aujourd'hui connue sous
* Le duc de Montmorency était gouverneur le nom d'Anglesey.
dans peu de jours nous esclairciront de touls ces doutes. La flotte d'Espagne est arrivée, il y a déjà quelque tems, riche de 1 7 millions, ce dit-on, dont il y en a cinq pour le Roi.
Je vous envoie des articles touchant la Valteline qui ont esté quatre mois à conclurre. II y a maintenant une nouvelle difficulté sur le cens que doivent paier les Valtelinois aux Grisons, duquel encore qu'on soit demeuré d'accord on n'est pas neantmoins convenu de la somme, laquelle si elle n'est liquidée pourroit causer des nouveaux troubles. Un père Gilles, Recollet, qui estoit avec M' de Mande en Angleterre \ et convaincu de l'avoir trahi et communiqué ses dépêches au duc de Buckingan^, s'estant embarqué à Boulogne pour passer à Douvres et la tempeste l'ayant contraint de relâcher à Calais, il y a esté fait prisonnier par le chevalier de Valençay^ qui y commande. C'est un maistre moine et dont l'histoire seroit de longue déduction. Cette nouvelle que je vous avois escrite d'assemblées par les provinces ne se vérifie d'autres lieux , et s'estonne-t-on de ce qui se fait en Berry ; on nous doit envoyer la lettre. Le Roi n'a point donné cet ordre et en a-t-on fait perquisition.
Mais pour quitter les nouvelles, je vous dirai de notables pertes que le public a faites en la mort de M' des Bordes Mercier *, beau-père de M' de Saulmaise, et de M' Brosse, ce grand architecte^. Le pauvre M' de Saulmaise est aussi fort malade. Voilà des fruits du mariage que ses amis lui avoient bien
' Nous avons déjà plusieurs fois rencontré, dans cette correspondance, le nom de Daniel de la Molhe du Plessis - Houdancourt. C'est du 16 août 1625 qu'est la lettre du roi Louis XIII accréditant l'évéque de Mende, aumônier de la reine, et le comte de Tillières pour s'entremettre de ses affaires. La coirespondance diplomatique de l'évéque de Mende (août iCaS -août jCa6) est conservée dans les archives du Ministère des affaires étrangères.
' Georges Villiers, duc de Buckingham, naquit en août 1092 et fut assassiné le 2 septembre 1628.
' Jacques d'Estampes, marquis de Valençay, seigneur d'Happlaincourt, chevalier des ordres du roi (depuis 1619), fut gouverneur de Montpellier et de Calais, et mourut à Boulogne le 31 novembra i63g, âgé de soixante ans.
* Claude de Saumaise avait épousé , le 5 sep-
tembre 1 69.3 , Anne Mercier, fille de Josias Mercier, sieur des Bordes, «homme très accrédité parmi les protestants de France», comme s'exprime le Moréri.
' Il s'agit ici, pour empninter à M. Charles Read les premières lignes de son article de In France protestante (a* édition, t. III, 1881, col. 1 9 4 ) , de (t Salomon de Brosse et non Jacques , comme on l'a dénommé presque toujours et à tort, le digne successeur des grands architectes de la renaissance française ...v M. Read a retrouvé dans les registres de l'ancienne église réformée de Paris un acte constatant l'inhumation , à la date du 9 septembre i6a6, de Salomon de Brosse, (fingénieur et architecte des bastimens du Roy?!, natif de Verneuil[-8ur-0ise]. Il est étonnant que Dupuy n'annonce que le 2 1 décembre un décès arrivé le 9 septembre.
prédit. Il se trouve chargé d'enfans^ et de quantité de beaux-freres en bas âge. M" Le Coq, conseiller, est aussi decedé^, et a mis fin par ce moyen au différent qui estoit au Parlement.
Mon frère ne vous escrit point par cet ordinaire, estant travaillé d'un mal de teste. Il visitera ses papiers du concile et faira l'inventaire que desirez, en quoy je le soulngeray en ce que je pourray. M"' Priandi m'a dit que le privilège de M'' Maran ^ a esté obtenu et a donné ordre pour le faire expédier et envoyer ici. Il vous baise les mains et à Monsieur vostre frère. Je vous envoie un livre nouveau que je n'ay pas encore veu. J'oubliois à vous dire que nos Evesques ont remercié le Roi des Lettres-patentes contre le Décret du Recteur. Je vous envoie une lettre latine do M"' l'Archevesque de Rouen *. Si vous y pouvez trouver construction, vous nous obligeriez bien de nous la mander, car en bonne compagnie chez nous, on n'en est pas venu à bout. M' vostre Archevesque en jugera. Je feray voir l'inscription à ceux que mandez; les vers sont assez rudes. Je ne vous tiendray plus long discours et finiray désirant demeurer à jamais.
J[ACQnEs] DU Pdï, A Paris, ce ai décembre 1626.
Mes humbles baise-mains à M' vostre frère et h M' Marchier.
Monsieur ^ Je me reserve au prochain ordinaire de vous faire réponse. Je n'ay peu prendre une heure de tems pour vous escrire et je ne puis sans grande incommodité escrire à la chandelle, ce qui est facile et commode à mon frère. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur, Monsieur, etc. ®.
' Saumaise, à sa mort, laissa cinq fils vivants laume de Maran qui était mort à Toulouse en
et une fille. Voir sur eux le Moréri (t. IX, se- 1691.
conde partie, p. 186). ' François de Harlay, qui siégea de i6i5 à
' Tallemant desRéainmentionne(flt»ton'?((M, i65i. Voir Gallia Christiana, t. XI, col. 107-
t. V, p. 18) un huguenot nommé des s Moulins 11 1.
le Coq, frère de feu le Coq, conseiller au Par- ' Les lignes qui suivent sont de Pierre Dupuj.
lemenl». ' Aix, vol. X, fol. a4a. Copie.
' Sans doute un fils du jurisconsulte Guil-
LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC
Monsieur, J'ay receu vostre lettre du ai de ce mois ie 28 à midy, dont je vous remercie. Je suis fort aise que la relation des Notables vous ayt agréé. Depuis cette ouverture, ces M" n'ont rien faict digne de considération, non par leur faute, mais par celle de ceux qui les mettent en besogne. L'on dit par gausserie que M" les Evesques ne sont pas là pour donner l'antienne et nous régénérer, mais seulement pour bailler la confirmation ; car on les croit tous gagnez pour confirmer ce qui leur sera présenté de la part du Roy. On s'estonne et avec raison qu'on ayt assemblé gens de telle estoffe, sans leur bailler employ convenable à leur qualité. W de Marillac\ frère du Garde des Sceaux, doit estre mené par Monsieur à l'Assemblée pour discourir sur la guerre. Il y a difficulté sur sa séance parmi les Nobles. Le Roy pourtant a décidé en sa faveur. M' le Mareschal de Bassompierre est icy de retour depuis à jours d'Angleterre. Vous en aprendrez plus par les avis Italiens que je vous envoyé, que je ne vous en scauroys dire. Il a négocié fort heureusement en ce païs et croit que si on envoyoit gens auprès de la Reine désintéressez et sans partialité, qu'on pourroit vivre avec les Anglois. Il reste encore plusieurs choses à demesler touchant la marine, pour lesquelles terminer, le Duc de Buckingan doibt venir icy et en parle-t-on comme de chose résolue. Les medisans disent de M' de Bassompierre sur les beaux presens qu'il a eus^, qu'il a plus songé au présent qu'à l'avenir. Il luy est arrivé un scandale à son passage, qui est que le vaisseau dans lequel avoyent esté embarquez des chevaux et guildines^ de grand prix qui luy ont esté donnés par Buckingam et autres n'ayant peu, à cause du mauvais temps, entrer dans le port de Calais et [ayant été] rejettez en plene mer, n'ayant des
1 Louis de Marillac, comte de Beaumont-le- Roger, était alors maréchal de camp (depuis 1 6ao); il devint maréchal de France en 1629, et eut la tète tranchée, comme concussionnaire, le 10 mai i63a.
' Voici quels furent ces présents tels que les énumère Bassompierre {Journal de ma vie, t. III, p. 278-279) : «Lucnar me vint apporter de k
part du Roy un très riche présent de quattre diamans mis en une losengc et une grosse perle au bout... Le comte de Holland me donna trois chevaux ... Le coniteSuffolk m'envoya uncheval . . . J'allay prendre congé de la Reine quy me donna un beau diamant...»
' De l'anglais getding, hongre, chevaux hongres.
IMrklMKUS RlTlOSAtC.
[162GJ
vivres que pour a 4 heures, après avoir demeuré huit jours sans pouvoir arriver, les chevaux sont morts de faim, et les a fallu jetter dans la mer, et quelques gens mesme y sont morts ^
Il y a ici un ambassadeur de Daneraarc extraordinaire qui vient d'Angleterre^. .Je ne croyspas qu'il reçoive grande satisfaction. Devant que de prendre congé du Roy delà Grande-Bretagne, il luy a dit qu'il estoit cause de la ruine de son maisfre ^ qui ne s'estoit embarqué si avant en cette guerre que sur sa parole saintement jurée de l'assister d'argent et d'hommes, et que tout le malheur des affaires d'Allemagne luy estoit imputé, ayant manqué à sa parole. Nous verrons s'il fera mieux à l'avenir. Cet Estât a ses deffauts bien grands aussy bien que le nostre. Cette descente d'Espagnols à Mona ne s'est point confirmée et est estimée fausse. Mais pour ne quitter point ce pais. M'' Rubens, nostre amy commun, est en cette ville depuis trois jours en très bonne disposition à une jambe près, à laquelle il s'est heurté. Il a esté trois semaines à Calais, attendant un peintre qui est auprès du Duc de Buckingan et qu'il a envoyé icy pour traitter avec M' Rubens de son cabinet''. Je croys qu'il attendra icy le dict Duc. Jel'ay veu cejourd'huy. Ce n'a pas esté sans demander de vos nouvelles. Il vous salue et M" vostre frère.
Pour les nouvelles de la Cour, elles sont réservées durant ce froid excessif. M' le Cardinal a esté quelque temps icy et depuis s'est retiré à la Roquette. Le
* Gerbicr (Balthazar), né à Anvers en iSga , mourulà Londres en 1667. Peintre, il se (lis1in{]iia surtout comme miniaturiste. Diplomate, il se distingua surtout dans la négociation du traité d'alliance de l'Angleterre avec les Pays-Bas. Dès 1 6 1 5 il était au service du duc de Buckingham, qui l'employa d'abord comme peintre, ensuite comme agent do ses intrigues. Gerbier négocia avec Rubens la cession à Buckingham du riche cabinet formé par le peintre pour la somme de 10,000 livres sterling. Les deux peintres se lièrent à Paris en 1625, et ce fut alors que Gerbier présenta Rubens au duc do Buckingham qui était venu chercher Henriette-Marie, la nouvelle reiue d'Angleterre. Voir sur Gerbicr une notice de M. Fétis (i856). Tous les détails sur l'acquisition du cabinet de Rubens par Buckingham se trouvent dans l'ouvrage de Noël Sainsbury : Original impubliahed papers illuitrative ofthe lif» ofàv P. P. Rubent (Londres, 1 869).
' Reproduisons le récit de Bassompierre ( t. III , p. 280) : ffJe trouvay à mon retour à Douvre que mon train en estoit party. Mais il courut une telle fortune que de cinq jours il ne peut arriver à Calais, cl qu'il fallut jetter mes deux beaux carrosses dans la mer, dans lesquels il y avoit par malheur pour plus de quarante mille francs de hardes que j'avois achetées en Angleterre pour donner. J'y perdis de plus vingt et neuf chevaux ([uy moururent de soif durant ces cinq jours, parce que l'on n'avoit fait aucune provision d'eau douce en ce passage quy ne dure que trois heures en bon temps, n
'■ Cet ambassadeur s'appelait le comte de Rhimbergue, comme nous l'apprend la lettre de Peiresc à Dupuy du ag décembre iGafi (n° XXXIII).
■' Christian IV (i588-i648), sous le règne duquel le Danemark prit une part si malheureuse à la guerre de Trente ans.
nouveau favori se produit un peu; toutesfois il est jugé de peu d'esprit '. Le Roy a fait don ii Monsieur de la Pauiette pour les oflices dépendants de son apanage. Mon frère vous envoyé quelques pièces sur ce subject. On a eu advis de quelques assemblées en Guiene et en Poitou causées par les impositions, ce qui met ces Messieurs un peu en cervelle. Il a couru quelque bruit de changement de Garde des Seaux, mais on croit toute la mauvaise intelligence entre luy et M' Ueffiat racomodée. Pour preuve qu'il se tient bien assuré, il a loué l'Hostel de Crcqui proche du Louvre quinze cent escuz.
Je vous envoyé une petite fueille ajoutée par Cramoisi aux Origines Murenses ^. C'est un artifice de libraire pour débiter quelques exemplaires. Je n'ay encore peu recouvrer les vers de Morisot.
M'" de S'-Gcrmain n'a point bonnes nouvelles de ses Bulles^. L'on luy fait difficulté sur la conséquence de tenir un homme de ses sentiments si proche d'Italie, lesquels par contagion il pourroit communiquer au voisinage. Vous avez remarqué aux Lettres patentes contre le Recteur le lieu oJi il dit : les subjelz du Roy, faisant parler le Roy. L'on les donne à l'evesque d'Angers le vieil ^. L'archevesque de Sens fut celuy qui en remercia le Roy*.
Nous avons veu icy l'observation de M' Aleandre sur sa pierre. Cela est assez curieux. M' Rigaut l'a maintenant entre ses mains, comme aussi l'inscription qui n'est pas beaucoup estimée , encore qu'il y en ayt de pires dans le corj)s des inscriptions. Nous avons eu lettres de M' de Thou du 8° de ce mois de Venise. Il partoit pour Rome. Je vous envoyeray un extrait de sa lettre qui est pleine de belles observations. Vous jugerez par là de son esprit. Il a fait encore quelques acquisitions de livres. Je ne vous escripvis point par le dernier ordinaire qui tomboit un jour de Noël. La sainteté du jour me servira d'excuse envers vous , s'il vous plait.
Vous aurez bientost l'inventaire du concile''. Mon frère y travaille, mais le
' C'était l'opinion générale des contemporains. Heureusement que le fils de Claude de Saint-Simon eut tout l'esprit qui manquait à son père!
' Voir la lettre II de Peiresc à Dupuy et la note j de la page 6.
' Mathieu de Morgues, sieur de Saint-Germain, né dans le Velay en 1 58 a , mort i Paris le 39 décembre 1C70, attendit toujours vainement les balles dont Jacques Dupuy parle ici avec ironie.
La reine mère avait demandé pour lui l'ëvéché de Toulon. Voir sur ce pamphlétaire une noie des Mélange! hisloriquei de 1878 (L«((re« de Balzac, n" IV, p. 4i4), note complétée par une antre note des Ltttre» d» Jtan Chaptlam ( t. I ,
* Charles Miron , déjà si souvent nommé.
' Octave de Bellegarde occupa le siège de Sens , de iGaSà 16/16.
* Dta eondle de Trente.
froid est si excessif qu'il n'y a moyen de rien faire. Tous les amis vous saluent et M' vostrc frère. Nous avons perdu aujourd'huy nostre oncle le bon homme M' de Livri Sanguin âgé de 7 8 ans ^ Ce nous est une affliction domestique fort sensible. J'ay baillé vostre lettre à M"^ Priandi qui vous y faira response. Je vous remercie du soin que prenez de l'affaire de M"^ Gcnoud. Ces gens sont bien opiniastres. Je ne vous tiendray plus longtemps et demeureray à jamais, Monsieur, vostre, etc.
J[acques] dd Put.
Sur ce que le Roy a tiré son favory d'entre les pages, on a dit que le Roy ne sortiroit jamais de page. Ce mot est assez aigre. Nonobstant le grand froid, je vous envoyé les extraits de la lettre de M' de Thou et une lettre de M" Haligre , frère de l'Ambassadeur de Venise ^. Vous en userez selon vostre discrétion ordinaire, car il y a des choses qui ne sont pas bonnes à estre sceues de tous, car c'est par les lettres principalement qu'on conoit nos sentimens.
Monsieur, Je vous prépare un inventaire exact de ce que j'ay du Concile de Trente, tant escript à la main qu'imprimé. Vous l'avez voulu ainsy. Je suis plus soigneux défaire chose qui vous soit agréable que [personne qui vive]. Jevousferay une prière par le prochain ordinaire que vous trouverez possible effrontée. Je suis vostre, etc.
1 J[acque8] du Poï.
A Paris, ce a 8 décembre i6a6 '.
LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC
Monsieur, Je vous fais cette lettre à part pour vous dire quelque chose de plus secret.
' C'était Jacques Sanguin, seigneur de livri, en 1634, mort le 11 décembre i635, eut trois
conseiller au parlement de Paris, qui de Marie fils et trois filles d'Elisabeth Cbappelier. Les trois
ilu Ménil, fille du président do ce nom, eut fils furent : Etienne, ambassadeur à Venise dont
en i58o un fils nommé Nicolas qui fut sacré, le parle J. Dupuy, qui devint cbancelier de France
12 février 1692, évêque de Senlispar le cardinal en janvier 1674; Louis, seigneur de Chouviiliers,
de Richelieu. et Nicolas, abbé de Saint-Évroul.
' Etienne d'Aligre, chancelier de France ' Aix, vol. X, fol. 345. Copie.
Le bruit de la disgrâce de nostrc Garde des Sceaux n'a pas esté sans fondement. M' le Cardinal et luy ont esté en très mauvaise intelligence et est malaisé qu'elle se renoue si tost. Le sujet a esté sur le gouvernement de Brest que le Roy a acheté cent mil escus à M' Sourdeac ' qui le servoit bien. Le dessein de M' le Cardinal estoit que cette pièce luy fust baillée, ou à quelqu'un dépendant de luy : à quoy avec tous ses artifices il n'a peu faire résoudre le Roy, lequel contre l'opinion de tous y a voulu mettre Recourt, preneur de renards de son premier mestier^ et, depuis, garde du marquis d'Ornano •\ mais qui luy est fort fidèle et sans dessein*. Le Cardinal a empesché le plus qu'il a peu que ses provisions ne luy fussent deslivrées, espérant tousjours parle moyen de la Reyne raere faire changer l'esprit du Roy. Hecourt impatient des remises du Garde des Sceaux, pour ce que, nonobstant les commandemens réitérés de Sa Majesté, il n'y estoit obey, le Roy luy dit en colère que c'estoit luy qui estoit le maistre et ne vouloit de compagnon, et promit à Hecourt, luy présent, d'en faire le commandement au Garde des Sceaux, ce qui fut fait le mesme jour, et le Roy tout en colère, luy approchant la main fort près du visage*, liiy dit : «Je vous ay desja par quatre fois commandé de donner à Hecourt les provisions de Brest; je veux qu'il les ayt aujourd'huy. » Hecourt suivit le Garde des Sceaux dans son cabinet et ne l'abandonna point qu'il ne les eut eues. Le Cardinal estant icy en a conceu une telle indignation contre le Garde des Sceaux , que peu s'en est fallu que le Garde des Sceaux par le conseil de ses amys n'ayt reporté les Sceaux au Roy, craignant que le Cardinal les luy fit ester avec ignominie. Chez M' Le Cardinal on déclame fort contre les Bigots''. Outre ce, Deffiat et le Garde des Sceaux ont eu de grandes prises sur le sujet des affaires
' René de Rieux, marquis de Sourdeac, gouverneur de Brest, chevalier des ordres du roi, était alors âgé de soixante-dii-liuit ans; il mourut deux ans plus tard (4 décembre i6a8).
' Hecourt est mentionné dans une lettre du cardinal de Richelieu qui l'appelle M. de Hecourt {Recueil Avenel, t. VU, p. 974).
' C'était le dernier fils d'Alphonse d'Ornano , colonel général des Corses, chevalier des ordres du roi, lieutenant général en Dauphiné, puis on Guyenne , maréchal de France , etc. , et de Marguerite-Louise de Ponlivez; il s'appelait Joseph- Charles el mourut le 1" juin 1670, âgé de soixante-dix-huit ans.
' C'est-à-dire sans visée politique.
' Détail piquant qu'il faut rapprocher du récit qui nousmonire le très violent Louis XIII , l'année suivante , tirant brusquement la robe du premier président du parlement de Bordeaux qui refusait de se mettre à genoux devant lui, et le forçant ainsi à obéir, humiliation à laquelle, selon le P. Griffet {Hittoire du règne de Louit XIII, t. I, p. 63a), Marc- Antoine de Gourgue ne survécut que quelques heures.
' C'est-à-dire contre les partisans du garde des sceaux Michel de Marillac qui passait pour un bigot, pour un ultramonlain.
de Payen ^ Depuis encore M' le Cardinal ayant envoyé à M"^ le Garde des Sceaux un Edit qui doibt estrc vérifié en la Cour desAydes, et M' le Garde des Sceaux y ayant fait des corrections de sa main, M' le Cardinal rompit en colère ce qu'il avoit ajouslé et le luy renvoya comme il estoit auparavant. Cet Edit se monte à cent mille escus et est pour Monsieur, mais en acquit de Limours^, tellement que cela vient dans la bourse du Cardinal. L'on dit que le Garde des Sceaux, [le] marquis de Schomberg, le Nonce et la Cabale des zelez et moines travailloient pour ruiner M' le Cardinal, et que l'Ambassadeur d'Espagne y estoit joinct, et que c'est ce qui l'a fait quitter Gros-Bois pour se rapprocher. Ces particularitez nous ont esté dictes de bon lieu et vous prie de les tenir entre nous. Le Roy a fait à Monsieur quelques reprimendes, et l'on dit qu'on luy avoit donné advis qu'il couroit les rues, le soir, et s'associoit de filoux et vagabonds et avoit mesme fait complot de tirer un filou par force des prisons '. Monsieur luy respondit rudement : « Gela est faux. » Il porte peu de respect à ce qu'il luy dit, et n'y a pas grande intelligence. A la dernière veue que Monsieur fit du Cardinal, estant venu à propos de parler de la grossesse de Madame, Monsieur dit qu'il voudroit, au cas qu'elle accouchast d'un fils, qu'il fust cardinal, et M' le Cardinal luy en demandant la raison, Monsieur luy respondit : « Parce que les cardinaux font tout en France *. » Il est malaisé que cet hiver se passe sans produire quelque changement. M"' le Cardinal a élevé ce favory^ pour esloigner le comte de Rocheguion^ qui approchoit trop près du Roy,
Je suis. Monsieur, vostre, etc.
J[ACQnEs] DU PoY.
A Paris, ce a 8 décembre i6a6'.
' Quelque financier qu'il ne faut pas confondre avec le conseiller du parlement de Paris, Pierre Payen des Landes, dont il est si souvent question dans les documents relatifs à la Fronde parisienne.
^ Sur le château de Limours (Seine-et-Oise) voir h Reciuil Avenel, t, I, p. i02-io3.
' Le président de l'Asgemblée des notables jouait là un rôle bien singulier.
' Joli mot qui mérite d'être rapproché d'une foule d'autres bons mots de Gaston, cités par Tallemant des Réaux et divers autres chroniqueurs.
'' Claude de Saint-Simon.
^ François de Silly, comte de la Roclieguyon, marié avec Catherine-Gilonne de Goyon-Matignon, était fils de Henri de Silly, comte de la Rocheguyon, et d'Antoinette de Pons, marquise de Guercheville. M. P. Pai'is dit {Historieliet, t. IV, p. i3i) qu'il mourut vers 1628. Ce fut bien réellement en 1 6 2 8 , à Marans , comme nous l'apprend Bassompierrc (Journal de ma vie, t. III,
' Aix, vol. X, foi. aiS. Copie.
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LETTRE DE JACQUES DUPUY À MONSIEUR DE VALAVÈS
Monsieur, Vos continuelles occupations ont esté cause que depuis long tems n'avons receu de vos lettres; cela arrive ordinairement après une longue absence, joint que M' vostre frère suplée largement à ce défaut. Depuis la dernière que je luy ay escrite, nostre Cour n'a rien produit de nouveau. M' de Bassompierre qui est ici de retour n'a pas traité si heureusement que l'on pubiioit : presens ot chère magnifique, mais rien de bien essentiel. Il a arresté un Estât des prestres et officiers françois qui doibvent estre mis auprès de la Reine, mais l'exécution de cela est en leurs mains '. La considération de Madame de Chevreuse acroche cette affaire ; car le Roi d'Angleterre a dit qu'il ne recevroit personne auprès de sa femme que Madame de Ghevreuse, son alliée, ne fut remise en Cour, estant bannie à son sujet, luy ayant esté imputé qu'elle avoit esté cause de l'expulsion des François d'auprès de la Reine^. Bukingan et le comte d'Holland qui en sont amoureux^ font jouer ce ressort. Il a fort pressé M' de Bassompierre de luy dire la qualité du crime dont elle étoit prévenue touchant le fait de Chalais^. Vous verrez par les derniers avis italiens comme
' Bassompierre {Journal de ma vie, t. III, p. 270) indique ainsi le résultat de ses négociations : «A quoy ensuite noua travaillâmes [à l'accommodement], et n'y eûmes pas beaucoup de peine; car ils furent raysonnabies [le duc de Buckingliam et les autres ministres de Charles I" ] et moy, modéré en mes demandes. La plus grande diflicidté fut pour le rcstablissement dos prestres, dont cnlin nous convinsnies. Je leur fis ensuite un magnifique festin, et puis s'en estaris allés, je fus aussy tost trouver la reine pour luy porter les bonnes nouvelles de nostre traillé.n
^ On sait que M"* do Ghevreuse avait accompagné , avM son mari , la nouvelle reine d'Angleterre à Londres. Voir sur son séjouren Angleten-e le chapitre II de la monographie do Victor €ousin déjà cilée. Le célèbre éciivainatteste (6"" édilion , p. 5o)
que M"* de Ghevreuse plut intiniment à Charles 1".
■" V. Cousin déclare (p. Sa) que, quoi qu'en dise le cardinal de Retï, «on doit rayer Buckingliam do la liste, encore trop nombreuse, des amants de M"" de Ghevreuse. n Quant à lord Holland (Henri Rich, comte do Uolland, le décapité de 1669), Cousin admet (p. 43) qu'il aima la belle duchesse de Ghevreuse et qu'il en fut aimé. Ce fut là, selon le galant biographe, «le vrai début de M"" de Ghevreuse dans l'amour coupable et dans les intrigues de toute espèce où elle a consumé sa vie.n
' La conspiration do Ilcm-i de Tallcyrand, manpiis de Chalais, grand mailro de la girilerobe du roi. Bassompierre, qui parle beaucoup de l'affaire Chalais (tome III, p. 34G-a5A), ne dit rien du discours qui lui aurait été tenu par Charles I".
le chevalier Gorrin ' doit aller en Lorraine. C'est plus pour ces amourettes que pour le rétablissement du Palatin. Vous voyez comme le bordel ^ est mêlé dans les grandes affaires. Madame de Chevreuse est très bien à Nancy; le Duc fils^ en est passionnément amoureux et est des journées entières enfermé avec elle; vous croyez bien que ce n'est pas pour enfder des perles*. La Duchesse, sa femme, en est en grande jalousie^; M^ de Vaudemont le père luy fait l'amour, mais des yeux seulement®. Par ce moyen rien ne sort de la maison. Ces particularilez nous viennent de bon lieu.
Je vous avois mandé autrefois les voileries qu'ont fait nos François en Angleterre. Cela s'est vérifié ici, car Madame de S'-George '', à qui on en imputoit une partie , par permission delà Reine-mère , a fait arrester quantité de vaisseaux d'argent de très grand prix que le père nourricier de la Reine et autres officiers ont ici vendu aux orfèvres. Pour M' de Monde, je ne crois pas ce qu'on dit qu'il a pris toutes ses chapelles et ornemens d'Eglise, et après son parlement ne s'est pas trouvé une chape et une aube pour dire la messe, et que l'une des chapelles et la plus riche estimée 20 mil escus a esté par luy présentée à M' le Cardinal, et que luy ne l'a point nié. On fait estât qu'il y a eu dissipation de vaisselles d'argent pour plus de quarante mil escus. Du linge, point coupé, dentelles en a esté fait le mesme, et ont laissé leur maistresse à blanc. A leur partement le Roy d'Angleterre fil donner dix mil livres pour le deffrai de tous les François. M' de Mende les receut et veut on encore faire croire qu'il se les
' Est-ce ie diplomate William Goring, créé baromiet par le roi Jacques II en mai 1622? Est-ce Georges Goring qui mourut comte de Norwich en janvier 1662?
^ Bien d'autres n'avaient pas craint, avant Jacques Dupuy, d'écrire le vilain mot en toutes lettres, notamment le sire de Joinville, Michel de Montaigne , le chanoine Charron. A cette liste donnée par Littré il faut joindre, d'après le Dictionnaire de Trévoux, le satirique Régnier, le grand Corneille et aussi Boileau qui , Llàmé par Antoine Arnauld, effaça de VArt poétique le mot dont il avait souillé ce chef-d'œuvre.
^ Charles IV, duc de Lorraine depuis le a 6 novembre tôai.
' Sur M°" de Chevreuse en Lorraine, voir V. Cousin, chapitre m (p. 85-j4a). Voir encore le comte d'Hausson ville , Histoire de la réunion de
la Lorraine à la France, tome I, chapitres vu et VIII.
= C'était la princesse Nicole, fille du duc de Lorraine Henri II, dit le Bon, et de Marguerite de Gonzague.
* Le comte de Yaudemont, qui fut duc de Lorraine sous le nom de François II , était le fils puîné du duc Charles II. Il abdiqua en faveur de Charles IV. Né en 1622, il avait 64 ans au moment où Jacques Dupuy parle, en raillant, de son amour pour M"" de Chevreuse.
' Jeanne de Harlay, mariée à Hédouin de Clermont, sieur de Saint-Georges, d'abord dame d'honneur des enfants de Henri l\ (Maman-gà) , puis gouvernante de Mademoiselle. Voir le recueil det Lettres missives de Henri IV, les Mémoires de Mademoiselle, etc.
est nppropriés sans en faire part aux autres. M' de Sipierre luy en fit la plainte. Ces parlicularitez, quoyque vieilles, néantmoins sont bonnes à savoir, et diton qu'elles viennent de si bon lieu qu'il n'en faut douter.
Il est encore incertain si le Duc de Buckingam viendra icy. C'est à quoy M' de Bassompierre travaille'. On lient l'affaire de la Valteline tout à fait terminée, ce qui a esté fait à Rome aiant esté depuis quatre jours icy ratifié et agencé. L'on fait courir le bruit de la mort de Mansfeld à Bude^ et que le Muphty l'a assisté. Cette nouvelle vient de Flandres. M' de Rubens est icy fort tourmenté de la goutte; il a traité avec un gentilhomme anglois, envoyé par Buckingam, de son cabinet et autres pièces antiques : je n'en scay pas le prix. N'estoit sa goutte il nous auroit déjà quitté.
Nous avons enfin eu des lettres de la main de nostre pauvre Chartreux qui semble prendre courage. Dieu veuille que cet amandement luy continue ! H a receu des faveurs extraordinaires de M' le Cardinal Barberin ; c'est à vous qu'il en a l'obligation. Mon frère écrira à mondit sieur le Cardinal pour l'en remercier. Le cavalier del Pozzo l'a aussi fort assisté^. Les recommandations de M"^ vostre frère opèrent cela, car sans elles il eut vescu incognito dans Rome.
Nostre Garde des Sceaux est maintenant raffermi ; il a scellé encore quelques nouvelles lettres patentes contre la Sorbonne qu'on nous faira voir. M. de la Ville-aux-Clercs ne les a voulu signer. Celles contre le Décret du Recteur furent dictées à Renault, son secrétaire, chez le Nonce par le nouveau archevesque de Lyon*. L'imprimeur du livre intitulé La Ligue catholique^ a esté pris prisonnier. Le Nonce l'avoit retiré et baillé cinquante escus. Le Garde des Sceaux a commandé au lieutenant civil de le délivrer, ce qu'il n'a voulu faire
' On a vu dans ia note 3 de la page 125 pourquoi Biickingbam ne vint pas à Paris.
' Emest, comte de Mansfeld, marquis deCastelnuovo et de Boutillère, était fils naturel de Pierre Ernest, comte de Mansfeld. Il était né en i585 et il mourut le ao novembre i6a6, non à Bude, comme l'écrivait Jacques Dupuy, mais, selon l'ample article du Moréri (tome IV, p. 169-170), «à Vracovitz, petite ville de la Bosnie».
' Le chevalier Cattien del Pozzo , comme l'appelle Gence dans la Biographie univertelle, fut un antiquaire, un collectionneur qu'ont surtout rendu célèbre ses amicales relations avec Le
Poussin et avec Peiresc. Né à Turin , il mourtit en décembre 1657. Il avait accompagné en France le cardinal légat François Barberini. Gassendi mentionne très honorablement (p. agi, à l'année i6a5) l'archéologue italien: Cum nobili équité Cassiano a Puteo, qui profeclo quantut vir fiel, ejitditi bonique omne» ipti devincti Romœ loquantur. Voir sur C. del Pozzo le fascicule III des Correspondant» de Peiretc, Jean- Jacquet Bouchard, 1881, p. l'A, 43.
Charles Miron.
^ Barbier n'a pas révélé , dans son recueil , le nom de l'auteur de La Ligue catholique.
atrftmxut vatioxalb
sans ordre exprès du Roy. Le Garde des Sceaux n'a insisté d'avantage. M' de la Malmaison vous baise les mains et remercie du soin qu'avez pris en son affaire. Toute l'Académie vous salue et se recommande à vos bonnes grâces à ce nouveau jour de l'aij.
L'avis de la mort de l'Elcfant n'estoit véritable; il se montre à la porte de Bussi plein de vie.
Avec vostre permission mes recommandations à M' de Peiresc, vostre frère, auquel j'envoie les vers de Morisot. Manquant de nouvelles pièces, je vous en envoie des vieilles. Pour la lettre de M' de Sulli, si la voulez faire copier, vous la renvoyerez après les deux autres ; je les ay manuscrites pour M' vostre frère. Vous trouverez aussy une addition des chanceliers.
Je suis, Monsieur, vostre, etc.
J[acqces] dd Puy.
De Paris ce i" jour de l'an 1 627 '.
LETTRE DE JACQUES DUPUY À MONSIEUR DE VALAVÈS
Monsieur, J'escris à M' vostre frère ce qui s'est fait en Sorbonne. Pour ne faire sa lettre trop longue, je vous mande en celle-cy les nouvelles de la Cour, laquelle est, ce soir, toute en liesse , Monsieur dansant au Louvre son ballet et , demain , donnant à disner au Roi et aux Reines. Mon dit sieur a obtenu une déclaration du Roi contre Louvigni^ vérifiée en Parlement, laquelle doit estre envoyée par tout le ressort pour le faire aprehender quelque part qu'il soit. La pièce est imprimée, mais secrète'. Mon frère en aura une, s'il peut, de M' le Procureur Général que je vous envoyeray. Vous voyez par là quel crédit a Monsieur qui est pourtant plus craint qu'aimé. M' le Cardinal, quoyque très puissant, est
' Aix, vol. X, fol. a5o. Copie. p. aSi , aBa). Le comte de Louvigny allait étro
' Roger de Gratuont, comte de Louvigny, tué en duel trois ans plus tard (18 mars lOag).
second fils d'Antoine, comte de Gramonl, et de ^ Cette pièce n'est indiquée ni dans la Biblio-
Louise de Roquclaurc, sa première femme, avait thèqite hitloriqiie de la France, ni dans le Cata-
dénoncc (juin i6a6) Monsieur et Cbalais. Voir logue de la Bibliolhèque luttionale (Hitloire de
Bassompierre (Journal de ma vie, tome III, France).
néantmoins d(îpendant de M' le Coigneux ^ et ne sait quelle chère luy faire '^ pour gagner les bonnes grâces de son maistre qui ne laisse pourtant de s'échapper en bonne compagnie contre luy. M' le Comte ^ donne aussy quelques ombrages, tous les niécontens et bannis se rangeans auprès de luy. Madame sa mère luy a fait tenir i5o mil escus en Italie et quelques pierreries pour l'aire des presens. Le Duc de Savoie a mandé ici qu'il avoit commandé au Cardinal son fils à Rome' de luy quitter son logis à son arrivée, ce qui n'est point bien goûté par deçà. Le comte de Sardini^ l'est allé trouver. Outre cela, à la suite de M' le comte et chez Madame sa mère, on déclame ouvertement contre le gouvernement présent.
Baradat, qui deracuroit à S'-Germain comme capitaine, a eu commandement de se retirer plus loin. On a eu peur que le Roi allant à Versailles, il ne se raprochast. Il avoit escrit au Roy, lequel avoit pris sa lettre. Cela donnoit de l'alarme. Il se parle sourdement de mettre M"' de Vendosme en liberté* et que le Cardinal fait cela moyenant qu'il prenne lettres d'abolition, se reconnoissant coupable. Gela est malaisé à croire, mais je vous prie de le tenir secret. Rouillac, il y a déjà quelque tems, a esté chassé de la Cour' à la prière
' Jacques le Coigneux élait alors chancelier de Monsieur et avait une très grande inlluence sur son maître. 11 devint piésident à mortier au parlement de Pai-is en i63o et mourut en août i65i. Voir l'historiette de Tallemant des Réaux intitulée : Le président Le Cagneux et ton fils (tome IV, p. 1-32 ).
* Le commentateur des Hisloritttet a cité (p. i5) ce mot du cardinal de Richelieu sur son ennemi Le Coigneux : tril y a autant de foHe que do malice en la personne du CoigneiR.n
' Le comte de Soissons.
* Maurice de Savoie , quatrième fils de Charles- Emmanuel I", duc de Savoie, et de Catherine d'Autriche, naquit on iSgS, fut créé cardinal en 1607, abandonna la pourpi-e en 1663 pour épouser sa nièce Louise-Marie-Christine de Savoie, et mourut en octobre 1657.
' Il est plusieurs fois question do Sardini dans les Mémoiret de Batiompierre , notamment dans le tome IV (p. 3o8), où l'on voit que le comte de Soissons (août 1689) l'envoya vers Louis XllI qui visilait les environs de Sedan. Le dernier éditeur des Mémoires, M. de Chantérac, n'a
donné aucun renseignement sur Sardini. Scipion de Sardini figure dans une des notes dont Tallemant des Réaux a enrichi l'historiette Henry qualrie»me (t. I, p. 7, note a). Je citerai encore sur ce personnage, ainsi que sur son père lequel est mentionné dans les Registres-journaux de Pierre do i'Estoiie, je citerai, dis-je, une lettre de Guy Patin du 18 janvier j658 (édition Rcveillé-Parisc, t. II, p. 369).
" César, duc de Vendôme, qui était entré dans la conspiration de Ghalais, avait été arrêté et enfermé à Vincennes d'où il ne sortit qu'en 1 63o en résignant son gouvernement de Hretagne.
' Louis de Goth, marquis de Rouillac, Ois aine de Jacqnes de Goth, baron de Rouillac, et d'Hélène de Nogaret, sœur du duc d'Epemon, mourut en mai 166a. Voir sur cet original personnage Yhislorielte de Tallemant des Réaux (t. VI, p. i43-45i ). J'ai fourni sur lui quelques autres indications en pubhant dans lo Cabinet historique (t. XXIIl, 1877, p. t6-ao) un ^étnoire inédit de Baluze sur des faux titres fabriqués par le dernier duc d'Epemon (J.-R-.GasIon de Goth , marquis de Rouillac, fils de Louis de Goth ).
de Madame ' qui l'aprehendoit auprès de Monsieur. Le premier président de Dijon Brulart est mort icy^. On dit que le président La Berchère, son beaut'rère, luy succédera'. II ne se fait rien à l'assemblée des Notables'; Marillac le capitaine y a esté mis de nouveau et a eu séance au dessus des comtes de Tillières et du Fossé. Le premier a quitté de dépit. M' de Sourdéac est aussi agrégé depuis peu. Ils travaillent maintenant sur les pensions. L'Edit des habits est au Parquet tellement que nous le verrons bientôt^. L'hostel de Nevers avec toutes ses dépendances a esté vendu par M' de Nevers® à des partisans moyennant i5o mil escus et l'hostel de Bouillon qu'ils luy doibvent acheter. On bastira en ce quartier une nouvelle ville. M' Marescot n'est plus chez luy ayant eu son congé pour une infâme volerie de laquelle il a esté convaincu ^ ; la duchesse d'Onano (^sic) y a bien contribué^. Deux compagnies du Régiment
' Madame allait mourir (4 juin 1627) après quelques mois de mariage (6 août, 1626), laissant une fille qui, comme elle, s'appela M"' de Montpensier.
^ Nicolas Brulart, baron de la Borde, avait été d'abord mailre des requêtes ; il était devenu président au parlement de Bourgogne en i6oa , et premier président du même parlement en décembre 1610, sur la démission de son père Denys Brulart, lequel avait été mis à la tète de cette compagnie en 1670.
^ Jean-Baptiste Le Goux, seigneur de la Berchère, devin t premier président le 2 1 janvier 1 6 2 7 ; il mourut le 18 juin i63i, à l'ige de 63 ans.
' On lit dans VHistoire des Etats généraux par M. Georges Picot (t. III, p. Il II a) : «Le cardinal de Richelieu, voulant donner aux travaux des notables une direction plus précise, vint le 1 1 janvier apporter une série de propositions sur lesquelles il demandait, au nom du roi, l'avis de l'assemblée. n L'historien ajoute que toutes ces propositions (au nombre de quinze) furent adoptées. Ce fut surtout grâce à l'intervention du cardinal que, comme l'a déclaré M. G. Picot (p. 448), ttla session fui laborieuse et féconder.
' Le garde des sceaux iVIarillac écrivait à Mathieu Mole, le ai juillet 1627 : «Vous recevrez incontinent les lettres du Roi pour l'édit du Loxe ...!)( Mémoires de Mathieu Mole, tome I ,
p. 453.) J'ai eu entre les mains une plaquette intitulée : Edict du Roy, par lequel S. M. deffend à tous ses subjects, de quelque sexe, âge, condition et qualité qu'ils soient, de porter ni tiser aucuns passetnents , poinctscouppés et dentelles, sur les peines y contenues (Aix, J. Tholosan, 1626, in-8° de 8 pages).
' Voir ici Tallemant des Réaux (Historiettes. Henri quatriesme, t. I, p. 17) : nM. de Nevers [Charles de Gonïague] en ce temps là faisoit bastir l'hostel de Nevers. Henri IV' le Irouvoit un peu trop magnifique pour estre à l'opposite du Louvre, et un jour en causant avec M. de Nevers et luy monstrant son bastiment : Mon nepveu, luy dit-il , y'tVay logei- chez vous quand rostre maison sera achevée. Celte parole du Roy. et peut-estre aussy le manque d'argent, firent arresler l'ouvrage.» Voir sur le magnificpie hôtel de Nevers une note de Paulin Paris (t. I, p. 28- 39).
' De quelle volerie s'agit-il là et de quel Marescot? On n'ose penser au maître des requêtes et ambassadeur Guillaume Marescot, né le 2 5 décembre 1567, mort le 9 août i643, fils du célèbre médecin Michel Marescot et gendre <lu célèbre avocat Antoine Loisel. On l'oserait d'autant moins, que les biographes (le Moréri notamment) louent davantage son intégrité, en même temps que son savoir.
• Onano était un bourg de l'On-iétan, pro-
d'Estissac, qui est en Bretagne, ont esté taillées en pièce par les communes qui craignent la Gabelle. Le mareschal de Tlieminos' les avoit envoyées. Une jeune dame à la Cour, madame de Chappe, fille du marquis de Nesle, est morte depuis quinze jours, estant grosse'^. Madame a senti bouger son enfant dont y a grande réjouissance chez elle-*, car chez la Reine on en pleure. M' Rubens est maintenant logé chez l'Ambassadeur de Flandre; sa goutte s'est apaisée. Garbiero est parti pour s'en retourner'. Je crois asseurément qu'il a^ vendu son cabinet au duc de Buckingam et, dit-on, 80 mil francs. On ne croit pas que Buckingam vienne ici.
Je ne vous tiendray plus long-temps: seulement au commencement de cette année vous renouveileray-je les voeux de mon service, désirant demeurer à jamais, etc.
Le Bref du Pape à M' de Chartres ne se communique point. Je ne crois pas qu'il y ait les avantages qu'il a publiez. L'on doute encore ici de la certitude de la mort de Mansfeld, n'y en ayant aucuns avis certains de Vienne. M' Priandi luy mesnic qui l'avoit dit s'est rétracté"^.
Je suis. Monsieur, vosire, etc.,
J[acqdes] on PuY.
A Paris ce 4 janvier 1637 '.
vince des anciens États de l'Église , bourg avec litre de duclié situé entre les villes d'Aquapendenle et de Petigliano. Il ne faut pas songer à substituer Ornano à Onano, car les d'Ornano n'ont jamais possédé de duché et, en 1637, la veuve du maréchal de France Jean-Baptisie d'Ornano, Marie de Raymond, ne poitait que le titre de comtesse de Montlor.
' Pons de Lauzières, marquis de Thémincs, maréchal de France depuis lôiO, allait mourir à Auray quelques mois plus tard (i" novembre 1627).
- Talleniant des Réaux ne parle que d'une baronne de Chappesqui n'est pas celle-là et qui s'appelait Charlotte-Catherine de Villequier; elle était la belle- sœur d'Antoine d'Aumont , marquis de Noiay, ayant épousé le frère de ce dernier, Jacques d'Aumont, baron de Cliappps (tome I,
p. 'i33). Notre madame de Chappes était peulétro la jemie belle-fille de la femme de Jacques d'Aumont. Quant uu marquis de Nesle, on peut voir sur lui une note de Paulin Paris citant (Hittoriettes , t. I, p. s33) une lettre de Malherbe à Peiresc, du i"aoùt i6i) , et une lettre de Guy Patin, du 7 juin i65o.
' Cet enfant était M"* de Montpciis-icr, qui vint au monde le ag mai 1657.
' Bulthazar Gbrbior dont il a été question dans la lettre X de Jacques Dupuy à Peiresc.
' 11, qui d'après la construction de la phrase semble se rapporter à Gerbier, se rapporte  Rubens.
" Nous avons vu, dans une note de la lettre précédente, que le bâtard de Mansfeld était' mort le 30 novembre 1636.
' Aix, vol. X, fol. 3 53. Copie.
LETTRE DE PIERRE DUPUY À PEIRESC
Monsieur, J'ay ce jour d'huy receu une lettre de M' Besly du a 7 du mois passé ^ Il ne me parle point de sa maladie, et semble qu'il soit en très bonne santé et croys qu'il est du tout hors de mal. 11 a une affaire icy qui le travaille- et me prie de l'assister. Je m'assure que vous serez bien aise de savoir ces nouvelles. Je luy tiray l'oreille ^ pour la perfection du traité sur la clause Régnante Christo : je l'attends neantmoings de vous suyvant vos dernières. Vous debvez croyre que je vous fairay part de ce qu'il m'envoyera. L'on m'a dit une nouvelle qui me fasche de la mort de M' Catel de Toulouse qui faisoit l'histoire du Languedoc*. Le public a fait perte en luy. Ainsy les bons s'en vont et les mechans demeurent pour la punition de ceux qui restent. Vous verrez par la lettre de mon frère où nous en sommes et certes sur un mauvais costé. S'il dure encore quelque peu, les principaux fondemens de nostre Estât sont non seulement afoiblis , mais ruinez. Aussy les ouvriers qui y travaillent ont cette pensée depuis un longtemps, et tandis qu'ils ont l'autorité en main, ils donneront le coup de la mort. Il faut. Monsieur, que je vous confesse que ces maux me touchent trop et que je suis trop sensible, principalement quand je considère comment ont decheu tant de grands hommes auparavant nous et que nous avons admirez. Nous n'avons jamais pensé mieux faire qu'en les imitant. Mais possible vous me blasmerez de cette chaleur et estimerez comme beaucoup que le public est un fantosme. Les plus sages aujourd'huy prennent cette route. Je suis si rebatu et si las de ces contentions que je suis comme résolu de me laisser emporter à cette opinion. Je me représente en ces occurrences trois fables qui
' Voir cette lettre dans le tome déjà cité des Archive! historiques du Poilou (t. IX, p. aSg-aCo).
^ Besly va lui-même nous dire quelle est celte affaire (p. 260) : «Le procez pour le seneschal d'Oulmes , dont je crains fort l'événement, n'ayant peu jusque» à présent me munir d'aucun secours ou remède, n
' C'est-à-dire : je l'avertis. Dupuy traduit ici l'expression latine : aurem vellere.
' Guillaume de Catei, conseiller au parlement de Toulouse, était né en celle ville (i56o); il y mourut le 5 octobre i6a6. Cet historien des comtes de Toulouse fut un des correspondants de Peiresc, et j'aurai, plus tard, à m' occuper doublement de lui, soit en publiant ses lettres à son illustre confrère d'Aix, soit en publiant les lettres que lui adressa ce dep-
viennent merveilleusement au sujet de nostre public. Nous nous pleignons du chancelier qu'il esloit mol'; l'on l'a osl(5 et l'on nous en donne un autre qui a do la vigueur^. Vous voyez la fable dans Phœdrus : Ranœ regem •peùerunl^. C'est le cas. Les uns se rient de ces contentions comme frivoles; la fable des limaçons qui chantent quand on les brusle , est merveilleusement propre pour nous montrer nostre stupidité. La troisiesme est dans Phœdrus, intitulée Asinus nd scnem pastorem'. Vous en fairez bien l'induction. J'en suis logé là, chteltas dum portem meas'', il ne m'importe pas. Vous voyez mes resveries que je vous prie de suporter. Ma liberté vous sera, je m'assure, suportable. Je verse en vostre sein, comme dans le mien, ce que j'ay de desplaisir. A tant je finis pour vous conjurer de m'aymer et suprimer cette lettre et suis, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DU PuY.
De Paris, ce 8 janvier 1027".
LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC
Monsieur, Les dernières lettres que j'ay de vous sont du a 9 décembre de l'an passé. Mon frère en a receu une de vous dès le xf de ce mois par laquelle accusez la réception de deux des nostrcs du 21 et 28 décembre sans rien particulariser des pièces qui y cstoyent encloses, ce que je vous prie faire pour me remettre en mémoire de ce qu'envoyons et voir si elles vous sont à goust. M' vostre frère persiste tousjours dans son silence ; je croys qu'il veut faire banqueroute
' Etienne d'Aligre, disgracié en iGaS, déjà ' Ce sont les derniers mois de la fable:
mentionne. Ergo quid referl moa
•Michel de Marillac, lui aussi plusieurs fois Cui serriam, cliulla» dam porlem nieas?
mentionné. . . , . , , .,,„..„,
, , ,,, , „, , , .... mots ainsi traduits par la Fontaine (if* Ymllard
' La seconde des fables de Phèdre est mti- „ i ,
et
l'Âne) :
Inlée : Raiiœ regem pelenlet.
> Le véritable titre de la fable xv du livre 1" *'« '"-'■^'' l"'^'' *"""* "'• *<"''''« '^"f^
. , •• 1 rti , 1 t • ■ à ■ ^' S^^ m'importe donc, dît Vàue, k qui i« tmt.
dans le recueil ue Phèdre esl celui-ci : Astnits
ad Pastorem. L*indication de îa vieillesse da ° Aix, vol. X, fol. a55. Copio.
berger se trouve daus ce vers :
Asollora io prato timidas pascebat senex.
à l'Académie ne la daignant visiter do ses lettres. M' de Lomenie nous en a fait voir une du 7 du courant venue par M' des Hayes. S'il faisoit aussy froid en vos quartiers qu'il fait icy depuis huit jours, je luy pardonnerois : l'encre nous gèle à la plume; neantmoings vous ne laisrez d'avoir quatre advis d'Angleterre, qui me sont venus tout à coup; ils sont remplis de belles remarques. Je vous envoyé aussy le monitoire contre Gilles, lieutenant de Verdun', et quelques autres pièces.
Pour nos nouvelles, on nous dit que les notables doibvent finir bientost, encore que cela soit incertain^. Nos evesques ont bien faict du bruit sur la défense de voir M'' le Nonce^ Ils ne se trouvèrent à l'Assemblée, le lendemain, ains en firent une contraire chez le cardinal de la Rochefoucauld * et donnèrent charge à l'Evesque de Montpellier de porter la parole au Roy^; mais les evesques de Nismes*^ et Baionne'' ayants esté pour demander l'audience, ils furent si mal menez du Roy et avec telles paroles d'indignation et de courroux qu'il n'osa se présenter pour haranguer. Depuis, l'article de ce règlement fust encore leu à l'Assemblée, et l'archevesque de Sens * ayant dit que M' le Garde des Sceaux leur avoit promis qu'on l'advoueroit en quelque façon, Monsieur de Baionne a dit que le Garde des Sceaux n'avoit rien à leur commander et qu'ils ne reconnoissoient que le Roy. M' le cardinal de la Rochefoucauld neantmoings a voulu assembler les prélats et le fait : mais estans tous ensemble, l'Isle Rouët
' Monitoire lancé par l'évêque François de Lorraine déjà nommé.
' La séance de ciôlure se tint le ai février
' Voir dans VHisloire des Etals généraux de M. Georges Picot (t. III, p. i43-4â4) ce qui regarde V affaire du nonce ou, en d'autres termes, V interdiction de communiquer avec des ambassadeur» étrangers. Ce fut dans ia séance du mercredi 20 janvier que, sur i'initialive du premier président du parlement, on décida que l'interdiction à tout sujet du roi de communiquer avec les ambassadeurs des princes étrangère s'appliquait aux ambassadeurs du Saint-Siège.
* François de la Rochefoucauld, né à Paris en i558, mort dans la même ville en i6/i5, fut évêque de Clermont en i585, cardinal en 1607, évéquedo SenUsen 1608, grand aumônier de France en 1618.
' Pierre de Fenouillet, né à Annecy, fut évêque de Montpellier de 1607 à 1 639. H mourut à Paris, en cette dernière année, le 28 novembre. On l'avait choisi pour porter ia parole devant le roi à cause de son talent d'orateur.
" Claude de Saint-Bonnet de Toiras, évêque de Nîmes de septembre t6a5 à décembre
' Claude de Rueil fut évêque de Bayonne de 1639 jusqu'en 1626, année où il devint évêque d'Angers. On continua, quelque temps encore, à l'appeler évêque de Bayonne, sans doute parce qu'il n'avait pas encore pris possession du siège d'Angers. Le Gallia christiana (t. I, col. iSai) mentionne ainsi sa présence à l'Assemblée des notables : ttAdfuit coroitiis cleri Gallicani anno 1695 et convenlui parisiens! vulgo dicto iVo(o6i- Uum anno 1696. n
' Octave de Bellegarde déjà nommé.
leur fusl envoyé de la part du Roy ' pour leur deffendre de traitter de ces affaires, et fallut qu'il y vint pour la seconde fois, tant celuy qui les avoil convoquez est opiniastre. Le Nonce menace de s'en aller, s'il n'est excepté de ce règlement-, dont on s'estonne grandement, car il doibt assez estre informé que comme nous vivons, cela ne se pratiquera point. On dit qu'on luy a donné de bonnes paroles. Monsieur luy a esté fort contraire, car il vouloit que dans l'article le Nonce fust particulièrement nonmié avec deffense de le visiter, et fit opiner là dessus; mais il passa qu'on le designeroit si bien que chacun l'entendroit sans le nommer^. Ces M" travaillent maintenant sur la maison du Roy. Us ont aussy retranché les compagnies des gens de guerre et il y a bien de soldats qui s'en plcignent; vous en verrez la pleinte d'un sur ce sujet*.
La cause de Laffemas^ qui a tant fait du bruit au parlement, il y a un an , M' vostre frère estant ici , a esté plaidée de rechef au conseil d'Estat trois jours consécutifs, le Roi présent, qui en a pris son passe tems comme de comédie'^. 11 est question d'une évocation à Bourdeaux; mais outre cela Laffemas a pris à partie le président Maupcou des Aides'' et l'intendant et prétend avoir des crimes assez atroces pour leur faire faire leur procez. Montauban * a plaidé pour les Maupeou,Joubert' pour LafTemaset de Pleixi''pour un nommé
' N'. de la Béraudière, seigneur de l'Isle- Rouet, dont il est souvent fait mention dans les Mémoire» de Basmmpierre.
' M. G. Picot dit (t. III, p. UlxU) : «Le nonce, qui était alors le cardinal Spada, se rendit auprès du roi pour lui déclarer qu'il allait quitter Paris si l'article n'était sur-le-champ rapporté.»
' D'après l'historien que je viens de citer, si le frère du roi se rangea parmi les adversaires du nonce et entraîna la majorité de la noblesse, d'autre part, Louis XIII, usant de sa prérogative royale, tint pour non avenue la décision prise par les notables (p. i46).
* Voir sur les délibérations relatives à l'armée , et qui occupèrent les dernières séances, les renseignements donnés par M. G. Picot (p. /146- «7).
' Isaac de LaiTcmas, fils do Barthélémy de Laffemas, naquit vers 1687, fut successivement maître des requêtes, conseiller d'État, lieutenant civil, et mourut à Paris en mars 1657. V"''" l'historiette spéciale qui lui a été consacrée par
Tallcmant des Réaux (t. V, p. 65-76). Voir encore les détails réunis par M. Moreau dans la Bibliographie de» Mazarinades (t. I, p. iai).
* Laffemas avait été nommé maître des requêtes le 17 octobre 16a 5. Le corps des maîtres des requêtes, dit Tallemant (p. 66) «s'opposa à sa réception, comme d'une personne indigne». De là le procès.
' Le président de Maupeou, qui avait été intendant des finances, puis contrôleur général, mourut à Paris en lôlit, âgé de 88 ans.
' Voir sur cet avocat Tallemant des Réaux ( t. V, p. 66 ). Conférez Guy Patin , lettredu 1 3 avril 1607 (édition Reveillé-Parise, t. Il, p. agS).
" Voir sur cet avocat Tallemant des Réaux (t. III, p. Utn) à propos de l'affaire de Tancrède de Rohau, et (t. VII, p. 373) dans le chapitre sur les avocats en général.
'" Voir ce que dit Tallemant (t. III, p. io3) de ce (T jeune advocal huguenot, nonmié de PIcix, qui ne manquoit pas d'esprit», mais qui avait beaucoup moins de jugement. Dans l'historiette
mmiMSItlE FiTlOItAlC.
Bourgoin', partie de Laffemas. Laffemas a aussi parlé ^ qui a diffamé devant le Roi tous les premiers et plus qualifiez de la robbe, et cela avec insolence et scandale de beaucoup de gens. De tous nos présidents au mortier, il ne veut pour juges que M" de Mesmes ^ et Novion *. Le procureur gênerai n'a esté exempt de sa censure. J'ay ouï dire que son affaire est renvoiée à Bourdeaux, mais qu'à l'oreille on lui a fait dire qu'il se deffit de sa charge de maislre des Requestes.
L'espérance qu'on avoit de la liberté de M' de Vendosme est fort diminuée ; on luy a rendu son escript comme ne le rendant assez coupable; il est resserré plus qu'il n'estoit; neantmoins madame d'Elbeuf ^ veut en bien augurer. Larnon , Ecossois , qui le garde , a eu depuis peu le gouvernement de Mevouillon * en Daufiné.
Le jeune Humières' a acheté de Baradat la charge de premier gentilhomme de la chambre six vingt mil escuz; ce sera pour payer ses dettes. Le Roi fait un ballet et se recorde chez M' de Nemours. Le prince de Faltzbourg*, jadis favori du feu duc de Lorraine', s'est mis sous la protection du Roi qui lui donne dix mil escuz de pension, un régiment de quinze compagnies, composé de
sur Laffemas, Tallemant (t. V, p. 66) appelle de Pleix nadvocat assez satyrique, mMS mauvais plaisant)!.
' Jean Bourgoing, que Paulin Paris surnomme (Commentaire de i'iiistorielte sur Laffemas, t. V, p. 71) irle fléau des financiers de son tempsn , a laissé plusieurs pièces satiriques dont le titre est significatif: La chasse aux larrons (1618- 1635), Le pressoir des éponges du roi (1624), etc. On remarque parmi ses ouvrages la pièce spéciale intitulée : Requête contre Isaac Laffemas touchant la chambre de justice (Paris, 1699, in-4»).
2 Tallemant dit ( t. V, p. 67 ) : s Laffemas plaida luy-mesme sa cause et la gaigna.»
' Henri de Mesmes, conseiller au parlement de Paris en 1608, lieutenant civil en i6i3, prévôt des marchands en 1618, président à mortier en 1627, mourut en i65o. C'était le fils de Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Roissi, et le frère de Claude de Mesmes , comte d'Avaui.
' André Potier de Novion avait succédé, dans la présidence d'une des chambres du parlement
de Paris, à son père Nicolas Potier de Novion.
' Catherine - Henriette , fille de Henri IV et de Gabrielle d'Eslrées, et femme de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf.
" Aujourd'hui commune du département de la Drôme, arrondissement de Nyons, canton de Séderon. Mevouillon possédait un cliàteau bâti sur un rocher inaccessible et qui était une place forte d'une singulière importance. Je n'ai rien trouvé dans les mémoires du temps sur l'Écossais Larnon, gouverneur de Mevouillon.
' Louis de Crevant, marquis d'Humières, gouverneur de Compiègne , mort à Paris en mars 16Û8. La charge de premier gentilhomme de la chambre du roi avait déjà appartenu à Charles- Hercule de Crevant, marquis d'Humières, qui fut mortellement blessé au siège de Royan le 9 mai 1629.
' Louis de Guise, d'abord baron d'Ancerviile, puis prince de Phalsbourg, était fib naturel de Louis de Lorraine, cardinal de Guise; il mourut en i63i.
» Henri H, dit h Bon, mort le 3i juillet 1 Ga'i.
[1627] APPENDICE. 81t
Wallons, Lorrains et Allemands entretenus tant en paix qu'en guerre, mais pour cette heure il n'en aura que cinq. Il a un gentilhomme ici pour ce traité; c'est pour le fortifier contre M' de Vaudemont lequel, quoique son beau-père, ne lui veut point de bien '. Je ne sçai si nostre appui sera bastant pour le maintenir. M' de Marillac pousse fort cette affaire; sa femme, fille de M' de Vaudemont, est fort mal avec le duc, son frère ^, et c'est par les artifices de Madame de Chevreuse, et sur ce propos on dit que Madame de Chevreusc, ayant envoyé ici des lettres d'importance, et concernant le duc de Buckingan, à la marquise de Bonivet, sa confidente^, croyoit/-elle pour les distribuer, la dite marquise les a mises entre les mains de M' le cardinal qui, les ayant veûes, les a fait distribuer, et en a tiré la réponse, qu'il a aussi veùe.
Une carraque do Portugal revenant des Indes orientales , chargée de pierreries, épiceries et autres choses rares prisées à deux millions et demi d'or, brisée par la tempeste, a échoué à quatre lieues de Bayonne et n'y a eu que cinq hommes sauvez *• M' le Cardinal comme intondant de l'admirauté y a envoie homme exprez pour recevoir les droits, mais on croit que M' de Gramont comme plus proche sera plus habile à succéder^. 11 y a des joailliers de Bourdeaux qui estoient partis en grande chasse pour acheter à bon prix. Il y avoit encore une autre carraque chargée de quatre millions d'or que l'on asseure avoir aussi fait naufrage es costes de Portugal. C'est une grande perte pour ce pais.
L'on croit le traité de Broiiage fait, mais les conditions ne se divulguent pas encore. Le Roi le donne à la Reine mère. M' le Cardinal n'y aura pas mauvaise part®; il a bien craint à ce traitté qu'il en arrivast comme à celui de
' Le prince de Phaisbourg avait ëpousé, en i6ai, Henriette de Lorraine- Vaudemont, Cllo de François, comte de Vaudemont, et de Christine de Salm. Après la mort de son premier époux , Henriette se remaria trois fois de suite : 1° avec Charles do Guasco; a* avec Christophe de Muura; 3° avec François Grimaldi.
* Charles IV, déjà souvent mentionné.
' Anne de Monchi, ûlle de Jean do Monchi, sieur de Montcavrel, avai t épousé, le 3o juin 161!), Henri-Marc-Alphonse-Vincent de Gouflier, marquis de Bonnivet: elle péril avec lui, en 1 6^5, dans un incendie qui dévora le château de BcrnieuUes.
' Voir les détails donnés à ce sujet dans la noie 1 de la page t&6.
' Ce ne fut point Antoine, comte de Gramoal, gouverneur du Béarn et de la Navarre, qui voulut enlever au cardinal de Richehcu ses droits sur le navire naufragé, mais Jean-Louis de Nogarct , duc d'Epernon. On trouvera dans les noies de l'article cite page iliè, note 1, diverses indications sur le conflit soulevé, à cette occasion, entre le grand mailre de la navigation el surintendant du conuuorcc de France el le gouverneur de la Guyenne.
' Ce fut  la fin de janvier 1637 que Louis XIII conféra le gouvernement de Brouage à la reine mère, laquelle nomma Richelieu, le 4 février suivant, à la capitainerie et au gouvernement de celle place.
Brest qui a esté donné à Hecourt, lequel pourtant n'est point parti. Le contrat du commerce pour Morbian ' a encore esté refusé au parlement de Rennes et n'ont voulu recevoir la qualité que M" le Cardinal y prend. Ils ont des députez ici pour conférer avec lui. Il a tousjours cette affaire fort à cœur.
Monsieur de Saint-Aman, nostre ami et le vostre, est maintenant assuré de l'archevesché de Tolose^ pour la démission que lui en fait M' le cardinal de la Valette qui lui cède toutes les collations avec une pension de huit mil livres pour soutenir la dignité, qui certes requiert une grande dépense qu'il pourra faire, ayant outre cela dix mil livres de son revenu. Il mérite bien cet honneur, estant très capable et honneste homme.
Tavernier m'a dit que vous aviez receu les tableaux en taille douce qu'il vous avoit envoyez. Vous n'en parlez point. M' Rubens en a fait ici un grand cas; il est juge très capable. Le dit sieur Tavernier fait un ballot pour envoyer à un conseiller de vostre cour : il y mettra quelques cartes nouvelles que je lui ai baillées par mémoire. Vous recevrez aussi par cette voye le Saint Athanase [en] fin papier. L'histoire d'Henri VII, je crois que l'aurez maintenant receue. Je ne sçay si Buon lui aura rien baillé pour y mettre^; je m'en enquesterai.
M' Rubens est parti d'ici, il y a plus de quinze jours; nous en attendons des nouvelles bientost. Je lui envoyeray vostre lettre.
Je vous envoyé un nouvel arrest imprimé touchant l'affaire de Santarel*.
' Il est question dans le recueil Avenel ( t. VII, p. 586) de redit que Richelieu 6t rendre au roi, à Nantes, en i6a6, pour Vétabliasement du commerce au Havre du Morbihan, et (p. 587) de l'obstacle mis par le parlement de Bretagne à l'établissement de la compagnie.
' Je ne vois qu'un Saint-Amant auquel ce passage puisse s'appliquer, c'est Marc-Antoine de Gérard, né à Rouen en iSg'i , mort à Paris à la fin de l'année 1661, l'auteur du Moise sauvé, le membre de l'Académie française. Soit au point de vue religieux, soit au point de vue moral, c'eût été un singulier choix. Probablement de doubles objections furent faites contre la candidature de celui qui, s'il n'était pas huguenot, comme l'a dit par erreur Tallemant des Réaux (t. III, p. 809), était hbrc penseur autant que grand buveur et que grand débauché, et on abandonna le projet que Jacques Dupuy croyait déjà chose assurée. Citons, à l'appui du récit
du correspondant de Peiresc, cette phrase de Tallemant (p. 3io) : nll avoit prétendu pour son Moyte une abbaye ou mesme un evesché, luy qui n'entendoit pas son bréviaire.» Du reste, de tous les biographes de Saint- Amant que j'ai pu consulter, Pellisson (Histoire de l'Académie française), le P. Niceron ( Afe'moiVes, t. XIV) , Durozoir ( Biographie universelle), M. Victor Fournel (Nouvelle biographie générale), M. Ch.-L. Livet (Notice en tète des Œuvres complètes de Saint- Amant, Paris, P. Jannet, i855), aucun n'a connu sa quasi-nomination d'archevêque de Toulouse.
^ C'est-à-dire : si Buon aura remis quelques livres à Tavernier pour le ballot de Peiresc.
* Antoine Santarelli , né à Adria en 1 569 , entra dans la compagnie de Jésus en i586, et mourut à Rome le 5 décembre 1669. Son livre intitulé : Tractatus tnoralis dehceresi, schismate , apostasia, etc. (Rome, 1626, in-4°), fut alla-
Monsieur le Garde des Sceaux le [mot illisible] incontinent de quelques lettres patentes; l'on dit pourtant quelque chose gu'il fasse, qu'il n'est point bien auprès de la reine mère et de M' le Cardinal. Mes humbles baise mains à Monsieur vostre frère. Voici la cinquiesme depesche de ce mois. Je vous prie de me cotter quand les avez receûes, car il y a quelque chose d'importance mesme par celle du 9q. On nous a dit que M" d'Herbault^ et Beauclerc^, ayant demandé la survivance de leur charge pour leurs enfans, en ont esté refusés et avec paroles [dures?]. Je ne vous tiendray plus long-temps et suis,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, J. DU PuY.
De Paris, ce 29 janvier 1637^.
LETTRE DE PIERRE DUPUY À PEIRESC
J'accuse la réception de vostre lettre dd !i du courant et y fais response. Je fairay ce que desirez pour vos pacquets, et ne croys pas neantmoings que cela vienne de M"' de Fetan, mais de quelques officiers de la poste. Celuy-cy n'aura besoin de maculatures. Je vous fais part des dispositions dernières de M' le Connestable qui sont les mesmes que le dit sieur de Fetan m'a envoyé. Vous me les renvoyerez en ayant fait. Je fairay aussy ce que desirez du sceau de S' Louis. J envoyeray quérir Tavernier.
Nous sommes plus mal que l'on ne sçauroit exprimer touchant ce fait de la dépression des Parlemens , Sorbonne et Universitez. Le Parlement aujourd'huy s'assemble pour ce fait, et en cela ils s'attirent toujours quelque injure
que par divers jurisconsultes et théologiens et fut condamné par la Sorbonne et par le parlement. Voir, au sujet de cette affaire, diverses indications dans la Biographie universelle (article Santarelli par Blondcau ) etsiirloutdans la Bibliothèque de» écrivains de ta compagnie de Jésus (t. III, in-f, 1876, col. 54a-54à). L'arrêt imprimé envoyé par Dupuy à Peiresc devait être VArrest de la cour de parlement sur ce qui s'est passé en Sor-
bonne le samedy deuxtesme de ce mois. Paris, in-8°, du 4 janvier 1637.
' Raymond Phelipeaux, seigneur d'Herbault, secrétaire d'État comme son frère Paul Plieiipeaui, seigneur de Pontchartrain , mourut le a mai 1639.
' Nous avons déjà rencontré Beauclerc {Appendice, n* VI, lettre du lo décembre i6a6).
' Aix, vol. X, fol. 367. Copie.
81/i APPENDICE. [1627]
et les coups que l'on leur donne sont pesans, venans de haut. Je vous en ay escript mon sentiment par mes dernières. Si vous sçaviez justement où nos Evesques poussent ces affaires , vous penseriez encore bien plus mal de nostre Estât; car les Assemblées se font chez le Nonce aussy publiquement que chez un Ministre de l'Estat. Il court un bruit qu'il y a défense de s'y assembler. Il a fallu que ce mal ayt esté grand et à son comble.
L'Histoire de Bacon est en françois et mérite certes d'estre veue, et pardonnez neantmoings à quelques obscuritez en la version.
Je remercie bien fort M" de Valavez de la peine qu'il a pris d'escripre ce discours à M'' Besly^ Je l'espère plus ample par la convalescence de l'auteur. Je l'ay semons de l'achever. Je suis poursuyvant pour trouver les actes de l'Evesque de Verdun contre le Roy. L'on craint qu'il n'ayt esté poussé de plus haut. Nos officiers sur les lieux ont ignoré ces faits, sauf le Baillif, qui pourra en estre chastié.
Vous avez par ceste despesche l'escript de M' Rigault sur l'inscription de Victorinus : je ne l'ay pas vouleu envoyer à M' le cardinal Barberin , craignant faire chose qui vous deust desplaire; elle est en vostre disposition.
J'oubliois de vous mander que l'on envoyé à Verdun un Maistre de Requestes nommé Servien^, qui a esté procureur gênerai de Grenoble', pour informer de l'affaire de cette exécution.
Je suis contrainct de finir et vous suplier de me reserver l'honneur de vostre amitié et croyez que je suis, Monsieur, vostre etc.
DU PoY*.
De Paris, ce i4 février lôay.
LETTRE DE JACQUES DUPUY À PEIRESC
Monsieur, Je me rejouis de voir nostre commerce de lettres remis sur pie, car je ne
' Le traité sur la clause Régnante Chritto. procureur général au parlement de Grenoble. Il
' Abel Servien , marquis de Sablé et de Bois- devint conseiller d'État en 1618, secrétaire
dauphin, naquit à Grenoble en iBgô et mourut d'État en i63o, ministre d'État en iGig.
à Meudon en iCSg. » Aix, vol. X, fol. a56. Copie.
' Ce fut en 1616 que Servien fut nommé
vous cèlerai point qu'il commençoit m'ennuier d'estre si long temps privé de vostre entretien , avec protestation toutefois que cela ne vous destourne point de vos occupations qui ne peuvent estre que grandes après une si longue absence. M"^ vostre frère repond si exactement à mes lettres que j'en suis honteux. Je ne luy escris pas cet ordinaire, mais ce sera par le prochain 2 du mois qui vient, car nous avons convenu du mardi pour noslre correspondance. Il n'y a pas grande nouveauté depuis ma dernière du 1 8. Le ballet de la Reine fut dansé dimanche a 1 au Louvre seulement, où il y eut grande assemblée de dames richement parées. Les vers du ballet se voyent que je n'ay peu encore recouvrer. L'Assemblée des notables doit finir demain , car Monsieur presse la conclusion pour aller faire un tour à Chantilly. 11 y a eu aujourd'huy de nouvelles lettres patentes vérifiées en Parlement, lesquelles s'imprimeront et publieront. Nous les avons veu escriptes à la main, mais remplies de (el galimathias que je ne sçay de quel nom vous les baptiser'. Ce que l'on en peut juger est qu'ensuite de cela on pourroit bien avoir guerre contre la Rochelle^, arrivant tous les jours, en ces quartiers là, nouveaux sujets de deffiance. Cet armement sur mer leur fait peur. 11 se fait aussi quelques levées sur terre. Nous n'avons point encore avis de l'arrivée de M' de S'-Luc en Broùage^. M'' le surintendant * est très difficile à gouverner et fait dire à tout le monde qu'il ne se faira point voir qu'au x" de mars. Jamais nos amis M" Godefroi, du Chesne et Grotius ne furent si mal dressez de leurs pensions. On ne peut pas seulement entrer chez luy, et deraeure-t-on exposé dans la rue à toutes les injures du ciel et des passans. Il a fait depuis peu ester le marteau de sa porte à cause que cela l'incommodoit*. On remet sus force nouveaux édits et créations d'offices, entre autres de M" du grand Conseil qu'on veut créer maistres des Requestes. Cette affaire recevra grandes oppositions. L'affaire d'Angleterre est tousjours très mal. Les HoUandois ont protesté qu'en cette mauvaise intelli-
' Jacques Dupuy veut parler des lettres patentes écrites sous l'inspiration du garde des sceaux Marillac.
' Cette prédiction ne devait pas larder à se réaliser, et, le 10 août suivant, la ville de la Rochelle était investie par l'armée royale. Dès le mois de janvier 1637, les habitants de la Rochelle étaient déjà inquiets. Voir Recueil Avenel (t. II, p. 34i).
' Timoléon d'Espinay, marquis de Saint-Luc, né vers i58o, mourut à Bordeaux le la sep-
tembre i644. Il venait de céder le gouvernement de Brouage, possédé avant lui par François d'Espinay, seigneur de Saint-Luc, son père, et, en échange de ce gouvernement, il obtint la lieutenance générale en Guyenne (janvier 1647) elle bâton de maréchal de France (i6a8).
* Antoine CoilTier - Ruzé , marquis d'Efliat, déjà mentionné.
' Tallemant des Rcaui ne signale pas ces plaisantes particularités dans son historiette intitulée : Le maretchal d'Effiat (t. II, p. lag-iSo).
gence ils se tiendroient neutres. Il se parle d'une lettre du duc de Buckingan à M' le Cardinale II s'est dit qu'on envoyeroit M' Bouleiller^ en Angleterre pour tout terminer 3. Si on a dessein d'attaquer la Rochelle, on a grand intercst d'estre bien avec les Anglois. On parle d'envoyer M' l'Evesque de Mande en place du feu cardinal de Marqueniont*. Si la fortune luy continue, c'est un chemin au cardinalat. Plusieurs n'estiment pas que cet esprit réussisse en Italie, mais gens de savoir (?) l'estiment capable de tout faire. On appréhende encore quelque brouillerie en Sorbonne à ce premier de mars et que l'on y veut faire déclarer cette opinion de la souveraineté problématique en France. M' le cardinal Spada est tousjours ici et ne fait estât de partir que vers Pasques. M"^ le Cardinal et luy sont bien remis. 11 se parle d'un nouveau livre fai{ en Flandre intitulé Rex purpuratus contre le cardinal, mais je crois qu'il n'y a que ce titre de fait. Nous n'avons point eu de lettres de M' Rubens ces deux derniers voyages, ce qui nous met en peine. Madame de Vendosme^ est ici pour tascher à faire quelque chose pour la délivrance de son mari, mais, à ce que j'ay sceu des domestiques, avec peu d'espérance d'aucun succez. Ce bruit de faire le procez au grand Prieur est évanoui*'. Ces affaires sont si épineuses, qu'on ne sçait par où les prendre. Le Roy a bien envie de quitter cette ville, mais Monsieur dit qu'il n'en veut désemparer à cause de la grossesse de Madame sa femme que l'on dit devoir accoucher en mai. On ne croit pas pourtant que le voyage du Roy soit plus long que de Fontainebleau.
M'Priandi nous est venu voir qui nous a dit avoir receu advis de Mantoue comme on esperoit recouvrer l'Histoire de Possevin pour M"^ vostre frère et la faire tenir à Venise. Il vous embrasse tous deux bien affectueusement. Il nous fl appris la nouvelle de la mort du duc de Pastrane en Espagne''. On n'a point
' On conserve à la Bibliothèque nationale (L. B. 36, n° a5i5) une pièce intitulée : Lettre de M. de Bouquinquan , envoyée à M. le cardinal de Richelieu (Paris, 1637, in-S").
' Claude Bouthillier, né en i58i, mort en i65a, était alors secrétaire d'Etat chargé du département des affaires étrangères.
' Claude Bouthillier n'alla pas en Angleterre. Le sieur de Moulin , secrétaire du maréchal de Bassompierre , continua, après le départ de son maître, la correspondance de France. Il quitta Londres en juillet 1627, au moment de ia déclaration de guerre.
' L'évéque de Mende ne fut pas envoyé à Rome; ce fut le comte de Bélhunequi alla occuper, comme ambassadeur, la place que venait de laisser vide la mort du cardinal de Marquemont.
^ Françoise de Lorraine, fille du duc de Mercœur, morte en septembre 1669.
' Alexandre, dit le chevalier de Vendôme, second fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, naquit en 1.^)98 et mourut en 1629, au château de Vincennes.
' Rodrigue de Silva , duc de Pastrana , qui était venu épouser parprocuration la princesse Elisabeth de France en >6i a , était mort à la fin de 1626.
encore advis de la démolition des forts de la Valteline. Tous vos omis se portent bien Dieu merci et m'ont chargé de leurs recommandations auxquelles je joins les miennes, désirant demeurer à jamais, Monsieur, vostre etc.
J. BU Pnv.
De Paris, ce a'â février 1697.
Nous avons receu des lettres de mon frère le Chartreux du 1 3 janvier de Capri. Il commence à se repentir de la douceur de cet air'.
LETTRE DE PIERRE DUPIY À PEIRESC
Monsieur, Devant que de venir aux nouvelles je vous rendray conte par celle-cy des livres que desiriez avoir par vostre dernière et commenceray par le S' Basile que j'ay pris chez Sonnius- en fin papier comme le demandiez et n'y avoit que cet exemplaire dans la rue S'-Jacques. Buon en a fait avec moy la perquisition et a cousté 3o livres, ce que je trouve un peu cher : mais il faut en ces choses là les payer à leur mot. Je vous ay aussy trouvé une revision du concile de Ranchin qui couste U quarts d'escu. Je suis honteux de vous mander ces prix excessifs. Nous sommes si décriez parmi ces libraires que quand nous demandons quelques livres, on s'imagine que ce soyent merveilles. J'ay aussy eu un Eratosthenes Batavus de Snellus, mais le prix est raisonnable. Les Clmsostomi Homiliœ ad populum AnlioclieHum ne se trouvent point en fin papier, et chez Moral n'y en a qu'un exenqilaire du petit. Il faudra attendre quelque inventaire de livres pour en recouvrer, encore que difficilement cela se puisse rencontrer séparé. Buon, dès la semaine passée, a fait une balle pour Lion, dans laquelle il y a un ballot pour vous, où est le S' Basile et Savot des médailles ^ que luy ay baillé. Je vous envoyeray le Ranchin et l'Eratosthenes par paquets. Si vous chargez la somme de cinquante escus qu'avons receue de si gros livres et de prix, elle ne durera plus guères. Le S' Athanase a esté baillé à M' Tavernier qui a fait une balle, il y a desja plus de trois
' Aix, vol. X, fol. aCi. Copie. ' C'est-à-dire le livre de Savol sur les rac-
' Sonnius était un dos bons libraires de dailles. Voir la lettre do Peirosc à Dupuy du
Paris. , , a a janvier 1627.