À PARIS, AU LOGIS DE FEU M. LE PRÉSIDEM DE THOU
Monsieur, Ce m'est un grand reproche d'avoir attendu si long temps depuis mon arrivée sans m'acquitter de mon debvoir en vostre endroict, mais j'atlendois le temps de pouvoir remanier mes papiers pour retrouver ceux de Bearn, que j'avois oublié de vous rendre avant que de laisser emballer les miens ^. J'ay eu depuis mon arrivée aultant d'exercice que j'en pouvois porter et des plus fascheux tant pour la maladie de mon pere^ et pour les compliments que pour la surcharge des affaires du palais ou j'ay esté plongé tout d'un coup , et vous sçavez qu'il fault bien
part de quelque gravures antiques, avec ung Cousteau pontifical , qu'il me promit renvoier silost qu'il en auroit faict tirer quelques figures et empreintes. Depuys ce temps luy ayant escript par M' nostre pénitencier sur quelque difficulté qui concerne les médailles , le priant de m'en donner son advis , il dict au sieur pénitencier qu'il envoieroit responses aux siennes en son logis, mais son départ ayant esté plus prompt qu'il ne croioit, luy en osta le moien. Gela me fait vous prier, lorsque vous le verrez, luy présenter mes humbles recommandations et luy donner l'addresse de me faire tenir les siennes ou ce qu'il luy plaira m'envoyer soit chez vous, soit chez M' Le Grand, au collège de Plessis,qui me fera ce bien de me le faire tenir, n La bibliothèque d'Inguimbert possède (même collection, registre XLI, tome II) la copie de deux lettres d'érudition adressées d'Évreux à Pierre Dupuy par Le Batelier, le 5 février et le ai mars 1618. On trouve dans le volume 690 de la collection Dupuy une généa-
logie des comtes d'Évreux issus des ducs de Normandie, qui est l'œuvre de Le Batelier. — ° C'est-à-dire les médailles et autres objets antiques mentionnés dans le fragment de la lettre de Le Batelier à Saumaise de la note précédente. — ' Vol. 716, fol. à. Voir, h l'Appendice (n° III), un billet de P. Dupuy à Peiresc, du 98 juillet 1620.
' On sait quel'hôtel de Thou était situé dans la rue desPoitevins , derrière l'église Saint-André-des-Arts , église oîi l'on remarquait le tombeau de l'historien Jacques-Auguste de Thou.
' Ou retrouve dans le volume 703 de la collection Dupuy divers papiers relatifs à l'histoire de Béarn. Ce sont ceux qui avaient été prêtés à Peiresc et qui, copiés par ses soins , figurent dans le volume XIV de la collection qui porte son nom à la bibliothèque de Carpentras : Actes et viémoires touchant le Béarn, Mett, Tout et Verdun, Commercy. Voir le Catalogue déjà cité de M. Lambert (t. II, p. 68-76).
' Surin maladie de Reginald ou Regnauld
peu (le chose pour tenir occupé un si foible naturel que le mien. Parmy tout cela j'ay eu un si sensible desplaisir, m'estant apperccu que pendant mon absance on avoit voilé mon cabinet et emporté plus de deux mille escus de médailles d'or, pierreries et autres singularitez que je ne sçay comme avoir assez de courage pour y rentrer, m'appercevant tous les jours de pertes que je n'avois pas recognues d'abbord, tant y a qu'enfin il fault se resouldre à la patiance^ J'ay commancé à tirer de mes coffres les livres et papiers que j'avois fait emballer en partant de Paris ou quelques jours auparavant. J'y ay trouvé les papiers de Béarn dont vous m'aviez parlé, qui seront cy joincls. Vous me ferez ce bien d'excuser ma faulte, je vous en supplie trez bumblement. La presse qu'on me donnoit du despart des roulliers me la fit commettre, car j'avois manié toutes les liasses fort exactement et celle là, qui se trouva des dernières, ne fut veûe que par le dehors; pour le moings il n'y a rien d'esgaré. Dieu mercy, ne de perdu que ce peu de temps. Je vous en remercie par un million de foys, et bien que fort esloigné de vostre demeure, je ne désespère pas de rencontrer quelque curiosité de vostre goust pour me revancher de quelque petite portion des obligations que vous avez acquises sur moy. Au surplus j'ay retrouvé dans mes coffres une petite liasse de lettres originales de diverses personnes célèbres, lesquelles vous choisistes un jour en ma présence parmy grand nombre d'autres pareilles. Il me semble bien que vous me les baillastes pour les garder tout à faict, mais pour ne faire pas d'equivocque à vostre préjudice je les ay mises à part pour les vous renvoyer, si vous ne me contremandez, vous asseurant que je ne vous demeureray pas moings redevable de tant de courtoisie que j'ay receùe de vous, sans vous priver de cela. J'ay aussy trouvé un livret in-8° d'Otfredus en langue allemande antique^, ou j'avois escript vostre nom, j'en suis en la mesme
de Fabri, seigneur de Calas, voir Gassendi souvent fait inenlion de ce voi dans la cor-
(p. a8o). Ce fut cette grave maladie qui respondance de Peiresc. rappela Peiresc en Provence. ■ Otfride, moine bénédictin de l'abbaye
' Gassendi donne une énumération éien- de Wissembourg, en Alsace, vivait au
due des médailles et pierres gra\ées qui ix* siècle. Il est l'auteur d'une ti'aduction ou
furent volées à son ami (p. 286 , 286). Il est plutôt d'ime paraphrase de l'Évangile en vers
i»rr.iMcni£ natiosalc.
peine que des lettres missives, et si vous ne l'avez double, je le vous r'envoyeray trez volontiers. Je n'ay pas encor achevé de manier le reste y ayant encores quattre caisses toutes entières. Si l'autre livre in 8° dont vous me parlastes y est, il no me sauroit eschapper, car je n'y laisse toucher personne que moy mesmes pour ne retomber en l'inconveniant encouru, et vous pouvez penser s'il vous sera fidèlement conservé et renvoyé par la première commodité. J'aurois trop de regret d'avoir diminué pour le moindre petit livret du monde ce grand recueil que vous avez en main, ou je vouldrois plustost adjouster cent pièces que d'en prendre et oster une seule. Il me reste à vous rendre compte de mon voyage et du commandement que vous m'avez fait concernant les Observations de feu M' de l'Escale ^ que vous aviez remises à M' de Maussac^. Le malheur fut pour moy que je ne le trouvay pas dans Thoulouse^. M"^ son père* me fit voir sa bibliothèque fort belle et fort en-
tudesquesquifiit publiée pouria première fois par Mathias Flacius IHyricus à Baie en 1671 (in-8°). C'est ce volume que Peiresc avait eraportf^ et qui, h celte époque, e'tait ddjà d'une grande rareti'. Voir sur Otfride ÏHistoire littéraire de la France (t. V, p. 368-
' C'est-à-dire de Joseph Scaliger, né à Agen le 4 août i54o, mort à Leyde le 21 janvier 1609. Peiresc, bien jeune encore , fut un dos correspondants de celui que l'on a sm'nommé le plus grand des philologues français. Ses lettres à l'auteur du De emendatione tetnporum ont e'te' publiées dans le recueil de Jacques de Rêves ( Epistres françaises des personnages illustres et doctes à Monsieur Joseph Juste de la Scala, Harderwyck, 16a 4, in-8°) et dans le Magasin encyclopédique de mai 1806, à la suite d'une Lettre du président Fauris de Saint-Vincens à M. A. L. Millin. Le tirage à part n'a paru qu'en i8i5 (Paris, imprimerieSajou,in-8°).
' Jacques-PhilippedeMaussac,quela Bio-
graphie Toulousaine (t. II , 1 893 , p. 34) appelle n-l'un des plus habiles hellénistes et des meilleurs critiques qu'ait produits la France «, naquit, vers iSgo, à Corneillian, près de Béziers. Il devint conseiller au parlement de Toulouse en 1619 et mourut en i65o, étant conseiller d'Etat et premier président de la Cour des aides de Montpellier.
' Peiresc , pour venir de Paris à Aix , avait passé par Orléans, Angers, Tours, Bordeaux et Toulouse. Voir d'abondants détails sur son voyage , dans Gassendi ( p. 2 80-2 8 a ).
' Jean de Maussac , né , comme son fils , au village de Corneilhan, était, dès iC39, doyen des conseillers au parlement de Toulouse. Il cidtiva les belles-lettres avec succès. On a de lui des vers grecs et latins et une traduction du De OJîciis , dédiée au chancelier de Sillery et publiée sous ce titre : Des Devoirs : De Cicéron à Marc son fils ( in- 1 2 de 443 pages). J.-Ph. de Maussac dédia à son père la traduction du Traité des fleuves, attribué à Plutarque (Toulouse, i6i5, in-8°).
richie ^ mais quand il eiist peu trouver cette pièce il ne l'eust pas vraysemblablement baillée sans ordre particulier de son filz. Lequel je trouvay à Besiers ou il faisoit la cour aux dames. 11 rac tesmoigna un extrême regret de ne s'estre trouvé à Tholose pour exercer son honestcté et m'asseura qu'il avoit expédié tout ce qu'il avoit désiré de voir dans lesdites Observations et qu'elles estoient toutes prestes à vous estre renvoyées'-'. Je luy dis d'attendre que le beau temps vous eust ramené à Paris pour ne courir aulcun risque de manquement d'adresse, et luy offris de les vous faire tenir seurement, s'il me ^es envoyoit icy comme il pourroit fort aiseement faire par le moyen du grand et fréquent commerce qu'il y a de Tboulouse icy à cause du grand nombre des évocations que nous avons icy de ce parlement la, ou qui sont renvoyées d'icy à Thoulouse, et d'icy à Paris il ne nous manque pas de commoditez. 11 estoit lors fort avant au traicté de son mariage avec une trez belle damoiselle ^ et debvoit estre résolu bientost du faict ou du faillir, et incontinant s'en retourner à Thoulouse et au plus lard à la S' Martin, auquel temps il vous envoyeroit le livre par voye fort asseurée*. Je luy en escriray au premier jour par un homme d'honneur qui s'en va d'icy à Thoulouse et de
' Voir l'ëloge de cette collection dans le Traicté des plus belles bibliothèques publiques et particulières , qui ont esté et qui sont à présent dans le monde. . ., composé par le P. Louis-Jacob Chalonnois, religieux canne (Paris, 1 65 4, in-8% seconde partie, p. 653).
' Ce& Observations, comme nous l'apprend une des lettres suivantes (n° V), étaient relatives aux lois altiques. M. Jacob Bcniays {Joseph Justus Scaliger, Berlin , 1 855 , in-B", p. 3o5) a cité un passage d'une lettre de Scaliger, du mois de septembre i6o5, oià l'on voit (jue le grand érudit n'avait jamais eu l'intention de publier ses observations sur les lois attiques , pas plus que bon nombre d'autres notes recueillies , ajoute-t-il , pour son usage particulier.
' Cette très belle demoiselle s'appelait
Charlotte de Chef-de-Bieu , d'après un document conservé h la Bibliothèque nationale (cabinet des Titres, pièces originales, volume 1901, dossier 48777).
' J.-Philip[)e de Maussac était très lié avec les frères Dupuy, auxquels il avait dédié, en 1620, un recueil des lelti'es du père de Joseph Scaliger ; Jul. Cœs. Scaligeri epistolœ aliquot nunc privium vulgatœ (Tohsse, typis Raymundi Colomesii, in-4° de 79 p.). On peut lire quelques lettres latines de Maussac dans le volume 663 de la collection Dupuy. Les letti-es de Peiresc à cet érudit ne nous ont pas été conservées : mais, en revanche. nous possédons im certain nombre des lettres de ce dernier h Peiresc ( fonds français . vol. 9544, fol. 1 40-175). J'espère pouvoir les publier prochainement.
là à Paris pour le semondre ^ de se prévaloir de cette commodité. Nous
ne sommes pas icy en pais de nouvelles, je ne sçaurois estre plus long
sans vous estre trop importun , car les nouvelles de Gonstantinople sont
bien aussytost là qu'icy. C'est pourquoy vous m'excuserez, s'il vous
plaist, comme je vous en supplie et de me continuer l'honneur de voz
bonnes grâces et me procurer celles de Monsieur de Thou^ et de
M' vostre frère, estant de tout mon cœur.
Monsieur,
Vostre trez humble et trez obligé serviteur
DE Peiresc.
D'Aix, ce 6 dec. 1628.
J'ay receu icy une lettre de M"" Rubens ', laquelle m'estoit allé chercher à Bordeaux* et de là me fut r' envoyée icy cez jours passez, dans laquelle il me rend raison de la prière que je lui avois faicte concernant les Epigrammes latins dont se plaignoit M' Saulmaise ^. Je sçavois bien que je ne les avois jamais tenus et ne pense pas les avoir jamais veus, ne rien du contenu que la coppie d'un petit cahier ou estoit la Medée, mais parceque M' Rigault disoit me les avoir baillez, de crainte que ma mémoire me servist mal, puisque je n'en trouvois rien entre mes papiers, je voulus sonder tous ceux de ma cognoisçance qui
' Dans le sens d'avertir {submonere).
^ François-Auguste de Thou , fils aîné' du grand historien, e'tait alors uii tout jeune homme. Son extrême jeunesse ne l'avait pas empêché d'être nommé, à la mort de son père, en 1617, grand maître de la librairie du roi. On sait qu'il devint conseiller d'Etat et qu'il moiuTit sur l'échafaud , avec Cinq- Mars , à Lyon , le 1 2 septembre 1 642. Connne les quatre personnages mentionnés dans les lignes qui vont suivre, Rubens, Saumaise, Sirmond et Gevaerts , il fut au nombre des correspondants de Peiresc.
-' Pierre-Paul Rubens était alors âgé de 46 ans. Il me suffira de renvoyer, pour les relations du grand peintre avec Peiresc,
comme avec les frères Dupuy, aux ouvrages de M. Cachet, de M. Gachard et de M. Ruelens.
' Peiresc était à Rordeaux le i5 et le 16 septembre 1628, comme le prouvent deux accords faits, à cette date, au sujet de son abbaye de Guitres, entre lui et le premier président Marc-Antoine de Gourgues, d'une part, et les PP. Venot etDaron, d'autre part (collection Peiresc à Gai'pentras, reg. LI, fol. 3i6).
^ Claude de Saumaise, né h Semur le 1 5 avril 1 5 88 , mourut à Spa le 6 septembre i653. Sur les relations de l'archéologue bom-guignon avec l'archéologue provençal, qui paraissent avoir commencé vers 1619
[1623] AUX FIIÈRES DUPUY. 13
les eussent peu avoir receus de ma main jusques au P. Sinnond^ de qui je pense que je vous fiz voir la respouce par escript et aprez la discussion des présents, je ne voulus pas obmettre M"' Gevartius, qui lors estoit à Paris'-. Je seray bien aise que vous en donniez advis à M"^ Saulmaise, s'il vous plaict, de ma part, afin qu'il voye d'y faire quelque diligence d'ailleurs, et qu'il regarde bien s'ils ne pourroient pas estre tombez entre les mains de ce personage qui luy a retenu sa première coppie du Gensuel de Rheims, laquelle il avoit escripte luy mesmes de sa main. Je seray bien aise que M'' Rigault sçaiche aussy les diligences que j'y ay usées, afin qu'il examine bien sa mémoire pour voir s'il ne m'auroit poinct prins pour un autre. Et pour s'en mieux esclaircir, car difficilement aurois je tout à faict oublié une chose de cette importance, vous leur pouvez monstrer les paroles mesmes de la lettre de M' Rubens, qui seront cy jointes '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
J'ay receu par la voye de mess" de Sève de Lyon et de leur respondaut de Marseille vostre lettre du dern[ier] de Nov[embre] passé avec le placard de M' d'Angers* et vous remercie trez humblement de la part
(Gassendi, p. aSa), on pourrait consulter 8i4). Voir, sur le P. Sirmond , Gassendi
ï Avertissement qui précède les Lettres in- (p. 38,55).
édites de Claude de Saumaise (fasc. V des * Jean -Gaspard Gevaerts naijuit k An-
Correspondants de Peiresc, Dijon, iSSa, vers en iSgS et mourut dans la même ville
in-8°). en i666. Voir, sur cet érudit, les Lettres de
' Jacques Sirmond, né à Riom le a a oc- Jean Chapelain, de l'Académie française, l.ll,
tobre 1559, mourut à Paris le 7 octobre 1 883, />«««»« de la page 3o6 à la page 817.
i65i. Voir la longue liste de ses ouvrages ^ Vol. 716, fol. 6.
dans la Bibliothèque des écrivains de la Coin- " C'était Charles Mii-on , fils de Marc
poffnie de Jésus, par les pères de Backer et Miron, premier médecin du roi Henri III, et
Somraervogel (t. III,in-fol., 1876,001.801- de Marie de Gencian. Sacré évêque d'Angers
qu'il vous a pieu de prendre en mon desplaisir sur une si sensible perte que j'ay faicte \ en laquelle véritablement le public a quelque interest quant et quant^ car il y avoit quelques curiositez, dont on pouvoit ayder aulcunement le public en chose qui ne se pourra pas aiseement apprendre d'ailleurs. Mais il fault se contenter de jouyr des biens que Dieu nous donne aultant et si longuement qu'il luy plaist les nous laisser, aussy bien que des enfants et des parents et amys et le louer de ceux qu'il nous laisse, lesquels il nous pouvoit avoir ostez aussy bien que les autres. Et de faict quand je rencontre quelque pièce qui est eschappée des mains des volleurs, il me semble qu'on me la donne tout fraischement et que j'en doibs bien de reste, puisqu'elle n'a esté emportée, voilà toute la consolation qui m'en reste et je crois qu'il s'en fault contenter, puis qu'en vain se mettroit on en peine d'en chercher d'autre. Je regrette bien le decez du pauvre M' Berger^ avant qu'ache-
le 1 1 avril 1691, il échangea , en mai 1 6 1 G , son évêché contre trois abbayes, puis, revenant occuper le siège d'Angers , il succe'da (août 1 69 2 ) à Guillaume Fouquet de La Varenne qui avait été son successeur. Il fut nomme (a décembre 1626) archevêque de Lyon , à la place du cardinal de Marquemont , et il mourut le G avril 1628. Voir le Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire, par M. Célestin Port (t. Il . 1876, p. 680, 686). Le savant biographe signale les querelles qu'eut Charles Miron, en 1698, avec son grand archidiacre et, par suite, avec tous les ordres de la ville et le Parlement, querelles qui produisirent le placard envoyé à Peiresc par Pierre Dupuy.
' La perte des médailles et pierres gravées dont il a été question dans la lettre III.
' C'est-à-dire : en même temps que moi , avec moi. On lit dans le Dictionnaire de la langue française ancienne et moderne , par Pierre Richelel : rrCes mots, pour dire en même temps , ne se disent plus , ni ne s'écri-
vent plus.» (Vaugelas, Remarques.) D'après le Dictionnaire de Trévoux, il aurait fallu écrire quand et non quant. Les auteurs de ce recueil donnent cette définition et cet exemple: «Expression triviale qui signifie la même chose qu'avec. Simul,una. Il est venu quand et quand nous. Nobiscum.r Peiresc fait un fréquent emploi de l'expi-ession quant et quant. Son ami Malherbe s'est, lui aussi, souvent servi de cette même expression. Voir, dans les œuvres complètes recueillies et annotées par M. L. Lalanne (collection des Grands Ecrivains de li France), le Lexique de la langue de Malherbe, par M. Ad. Régnier fils (t. V, p. 509).
^ Nicolas Bergier, né à Reims en 1667, mourut le i5 septembre 1628, dans le château de Grignon, appartenant à son protecteur et ami Nicolas de Bellièvre, présidente mortier au parlement de Paris. Bayle {Dictionnaire critique) a rappelé qu'il s'était fait connaitie .'t Paris tde plusieurs savants, et entre autres de M" Peiresc et Du Puy, à
Il 6-231
ver son histoire de Rheims, qu'il pouvoit beaucoup mieux faire que d'autres pour avoir veu les chartes du pais, que d'autres ne verront pas aiseenieiit^ Et regrette aussy la mort du S'^Huréau, pour l'amour de M' du Chesne^, puis qu'il y estoit si intéressé à cause de son Histoire de Montmorancy'. Il fauldra que M' l'evcsque de Thoul" supplée ce manquement et qu'il se rende solliciteur de la recompence de M' du Chesne, comme il avoit faict autres foys, ne désespérant pas qu'il n'en vienne à bout, nonobstant l'affectation de la dédicace ^. Je plains grandement aussy le desastre de cez pauvres catholiques anglois mais surtout le mauvais traictement que reçoit M' Grotius '' à ce que vous me
p. 3 2 3-336). Gassendi, qui signale (p. aSg,
qui il communiqua le dessein de son livre des Grands Chemins de l'Empire, et qui l'encouragèrent beaucoup à rexécutern. Bayle ajoute, d'npi'ès Gassendi (souslannée lôoa, p. 372 , ayS), que rM' Peiresc lui comiminiqua pour ce sujet la carte de Peutingern.
' Jean Bergier, fils de Nicolas, publia une partie de l'ouvrage de son père, sous ce titre : Le dessein de l'histoire et des antiquités de Reims, avec diverses curieuses remarques touchant l'établissement des peuples et la fondation des villes en France (Reims, i635, in-à°). On lit dans les Mémoires du P. Niceron (t. VI, p. 390) : tfN. Bergier avait composé l'histoire de la ville de lieiins en seize livres; mais son fds n'a fait imprimer que les deux premiers, avec un sommaire des autres, qui (ait regretter la ])erte qu'on en a faite. » Cf. Bibliothèque historique de la France , t. III, p. 317, n° 34,23o.
'' Andi'é du Chesne, surnommé le Père de l'histoire de France , naquit à Ilsle-Boilchard (Touraine) en i58i; il mourut le 3o mai 1 64o. Au moment où nous rencontrons pour la première fois un nom qui doit si souvent reparaître dans cette correspondance, du Chesne avait déjîi publié la plupart des doctes ouvrages dont la considérable liste a été donnée par le P. Niceron {Mémoiivs, t. VII ,
a/io) les services que Peiresc se plut à lui rendre , l'appelle historiographorum diligentissimus.
^ Histoire généalogique de la maison de Montmorency et de Laxal justifiée par tiltres, chartes, amts et autres bonnes et certaines preuves, etc. (Paris, i6a4, in-fol.)
' L'évêque de Toul était alors Jean des Porcelets de Maillane, qui siégea de la fin de 1608 à la fin de 162/1. Il était fils de Jean des Porcelets et d'Esther d'Aspremont. Voir la généalogie de la maison des Porcelets dans le tome VllI de Moréri ( p. 483 ). Ajoutons que ce prélat e'iait abbé commendalaire do Saint- MansuyetdeSaint-Avold. Indiquons une lettre qu'il écrivit, le 6 février 1619, à Peiresc, (jui lui avait demandé divers documeuls historiques : lettre que l'on trouve à la bibliothèque d'inguimbert (reg. XIV, fol. 5o6).
^ L'Histoire généalogique de la maison de Montmorency est dédiée à Henri II de Bourbon, prince de Condé, qui était alors en disgrâce et qui n'était sorti que depuis quelques mois (octobre 1619) du château de Vinccnnes, oîi ses menées l'avaient fait enfermer (septembre 1616).
" Hugues de Groot ( Hugo Grotius ) , né à Delft, le 10 avril i583, mourut à Rostock.
mandez, dont je m'estonne un peu, puis que avant mon départ il sembloit qu'on luy vouHust payer sa demy années Employez un peu je vous supplie voz amys en une si bonne occasion, je sçay bien que vous le ferez plus volontiers que si c'estoit pour vous mesmes , et vous en avez d'assez puissants pour venir à bout d'une si petite affaire, afin d'esviter que ce royaulme ne perde l'honneur qu'il avoit eu de donner favorable retraicte à un si grand personage. Si je puis avoir assez de temps, je luy en escriray un mot par cette voye, sinon ce sera par la première commodité-, Dieu aydant, cependant je vous supplie de luy faire mes trez humbles recommandations à la première veiie.
J'ay prins un trez grand plaisir d'apprendre par vostre moyen les
dans la nuit du 98 au 99 août i6i5. Peiresc avait fait la connaissance de Grotius à la Haye en 1616. Déjà, dès cette époque, le futur auteur du De jure helli ctpacis était recomraandabie, comme le remarque Gassendi (p. 198), par la maturité et l'universalité de son érudition , quem , tamelsi aclotescentem , eniditio plane matura ac omnigena commoidabat. On trouve quelques lettres de Grotius à Peiresc dans le petit recueil publié par Claude Sarrau : Hugonis Grotii epistolœ ad Gallos nunc primtim editœ (Leyde, 16 48, in-19, p. iih, i43, 177, 907, 949). Ce recueil, dédié par les Elzevier aux frères Pierre et Jacques Dupuy, renferme plusieurs lettres qui leur sont adressées. Voir, sur Grotius , divers passages des Lettres de Jean CAaj»e/ai«(t. I,i88o,p. 3 à 7^9; t. II,i883, p. 70 à 7i5).
' M. Ernest Grégoire , après avoir retracé , dans la Nouvelle Biographie générale (t. XXI , p. 909 ), les dramatiques circonstances de la sortie de prison de Grotius (99 mars 1691), ajoute : «Sur l'invitation du présisident Jeannin, il partit ensuite pour Paris, où il arriva le i5 avril 1691. Le prince de Condé, le garde des sceaux du Vair,
Peyresc et beaucoup d'autres hommes de mérite le reçurent avec les témoignages d'estime les plus flatteurs et lui firent obtenir, en janvier 1G92, une pension de 3, 000 livres. Mais l'embarras des finances étant alors à son comble, cette pension ne lui fut payée que très irrégulièrement.» M. le vicomte de Caix de Saint-Aymour dit, de son côté, dans sa Notice sur Hugues de Groot (Paris, Charavay, i884, gr. in-8°, p. 91): «H y avait cependant loin de la coupe aux lèvres, et il était plus facile , à cette époque de dilapidations financières, d'obtenir le brevet d'une pension que d'en toucher les arrérages Les années 1699 et 1693 se passèrent pour Grotius dans une lutte incessante contre la mauvaise volonté des agents des finances e peut-être aussi contre le vide du trésor royal. »
° Gn ne trouve dans le registre des minutes de la bibliothècpie dinguimbert que six lettres de Peiresc à Grotius, et aucime d'elles n'appartient h l'année iCaS. Celte portion de la correspondance de Peiresc est une de celles qui présentent le plus de lacunes et où précisément les lacunes sont le plus regrettables.
[1623J aux; FRERES DUPUY. 17
nouvelles qu'il vous a pieu m'escrire touchant l'édition des Conciles du P. Sirmond' et du premier volume de Y Inslauratio magna de Verulamius'^ que nous attendrons en grande inqiatience', comme aussy de la version de l'Arcadie de Philippe Sydney', marry neantmoins qu'elle ne soit plus heureuse que ce que l'on vous a faict entendre^. Il fauldroit voir si ce s' Limerius® que cognoit M' de Villicrs Hotman^ lequel l'avoit autres foys entreprinse, ne vouldroict poinctlascher la sienne, car puis qui l'est un homme judicieux, infailliblement il auroit mieux faict que l'autre*.
' Ce beau recueil allait paraître, six ans ))lus lard, sous ce lilro : Concilia antiqua GaUiœ Ires in tomos ordine digesta. Cum epislolis Pontijicum , priiicipmn constitutionibus , et aliis Gallicaïue rei ecclesiaslicœ nwnumentis. Quorum phtrima vel intégra, vel magna e.v parte, nunc primum in lucem exeanl. (Paris. Sébastien Cramoisy, 3 vol. in-fol.)
^ C'est-à-dire de l'illustre philosophe François Bacon , baron de Vérulani , né à Londres le 39 janvier i56i, mort le 9 avril i6a6.
■^ Fr. Bacoiiisopera. Tomu-iprimus, quiconlinet de dignitate et augmenlis scientianim libres IX, cura et Jide Gui. Rawley (Londres, 1693, in-fol.). Celte première partie de Vliistauratio magna n'est, comme l'a rappelé M. Charles de Rérausat {Bacon, sa vie, son temps, sa philosophie, etc.. Paris, i858. in-i 9 , p. 1 6 1 ) , que la traduction latine, avec de grands développements, du traité en anglais De l'avancement de la science divine et humaine, que Bacon avait publié en 1600. Une autre partie de V Instauratio magna parut à Londres en 1690. in-fol., sous le titre de : Novum Organum , sive indicia vera de interpretatione natnrœ.
* Sir Philip Sidney, né le a 9 novembre i554, mort le 17 octobre i586, composa eniSSo, à l'imitation de Sannazar, une pastorale de l'Arcadie, dédiée à sa soeur, la
comtesse de Pembroke, et que celte dame fit paraître en iSgo (Londres, in- 4°).
Le succès de ce roman poétique fut constaté, dit M. E.-J.-B. Rathery {Nouvelle Biographie générale , t. XLIII , col. 96 4 ) , par une quinzaine d'éditions et par des traductions dans presque toutes les langues de l'Europe. Conférez VHistoire de la littérature anglaise, par M. H. Taine ( h° édition , Paris , 1877, in-18 Jésus, t. I,p. 98-2-288).
' La version dont veut parler Peiresc est celle de Jean Baudoin , un des premiers membres de l'Académie françiiise (Paris, 162 4, 3 vol. in-8°). Pellisson (Histoire de l'Académie, édition de i858, t. I, p. 9/10) s'exprime ainsi : ît 11 fit un voyage exprès en Angleterre, par ordre de la reine Marie de Médicis, pour traduire l'Arcadie de la comtesse de Pembrok, et fut aidé, à ce qu'on dit, par une demoiselle françoise qui éloit depuis long-temps en ce pays-là et ([u'il épousa depuis, n
' Je n'ai pu trouver ce nom dans aucun de nos recueils.
' C'est le même que Jean Hotman , sieur de Villiers,déjà mentionné (lettre!, note 3).
* Pellisson , en bon confrère , excuse ainsi , dans Baudoin (page déjà citée ), l'écrivain dont se plaignait Dupuy : frQue si en plusieurs endroits il n'a peut-être pas porté les
IXritlUERIC IIATI03I.1LE.
Ant. Estienne * est un grand frippon d'avoir osé réimprimer les vers de N. S. Père soubs le nom d'Urbain VIII-, puis que je le luy avois si estroiclement detTendu et qu'il me l'avoit si solennellement promis. H ne m'en a pas envoyé seulement une feuille de sa grâce et n'en ay rien sceu que par vous. Il meriteroit bien d'estre traicté comme on traicte les frippons. Je vous remercie trez humblement de l'oiïre qu'il vous plaict me faire de vostre relation du conclave', laquelle n'est pas de reffus, si M" de Lomenie* me veut faire la faveur de souffrir que Vallier la transcrive, il le fera prou bien, et M' Tavernier^ le payera
choses à leur dernière perfectio» , il s'en faut prendre à sa fortune, qui ne lui permettoit pas d'employer à tous ses écrits tout le temps et tout le soin qu'ils demandoieiit. » Beuchot {Biographie uuiwrselle) dit avec beaucoup moins de ménagements que si ses traductions sont si peu estimées, c'est qu'il travaillait npropterfamem, nonfamam-n.
' Antoine Estienne , fils de Paul Estieiuie , naquit à Genève, en lôga, et mourut à Paris, à l'Hôtel-Dieu , en 1674. D'après A. Firmin-Didot (Nouvelle Biographie générale , t. X.VI , col. 555 ) , il fut reçu imprimeur en 1608 [je corrige la faute d'impression 1618]; ses premières éditions datent de 161 3. Dès l'année i6i5, il prit le titre d'imprimeur du roi. Pendant plus de ciri- (juante ans il exerça la profession d'une manière digne de ses ancêtres.
• Urbain VIII (Maffeo Barberini) naquit à Florence, le 96 mars i568, fut élu le t) août 169a et mourut le 99 juillet i644. La vive protestation de Peiresc n'arriva sans doute pas trop tard , car le titre définitivement adopté fiit celui-ci : Maphœi Barberini poemala (Paris, in -fol., 1698). Dans le Manuel du libraire , on a oublié de citer cette édition, mais on mentionne (t. I, col. 647) l'éditioade i649 ( Paris , Imprimerie royale,
in-fol.). Voir, sur Urbain VIII, poète, les Jugemenu des savons d'Adrien Baillet (édition de 1799, ia-li", t. V, p. 179-181). Voir aussi les Lettres de Jean-Louis Guezde Balzac dans les Mélanges de 1878, p. 49 1-/199.
^ Grégoire XV étant mort le 8 juillet 1698, les cardinaux entrèrent au conclave le 1 1) du même mois, et, dix-huit jours plus tard, Urbain VIII fut élu.
* Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, né à Paris en iSgS, mourut le 5 novembre 1666. Il fut secrétaire d'Etat, comme son père ( Antoine de Loménie , seignem" de la Ville-aux-Clercs), comme son fils (Henri-Louis de Loménie , comte de Brienne). De tous les correspondants de Peiresc , il est , après les frères Uupuy, celui qui reçut de lui le plus de lettres. On en compte près de 35 o dans le registre IV des minutes de la bibliothèque d'Imguirabert (fol. 195-935).
' Si je n'ai rien à dire du copiste Vallier, je puis donner certains détails sur Melchior Tavernier. C'était un graveur et marchand d'estampes, qui était l'agent dont se servaient Peiresc et Rubens pour leui's commissions à Paris. Il était né à Anvere en i544; il mourut à Pai'is en i64i. On trouve une notice biographique sur Tavernier dans les A rtistes belges à l'étranger, par M. Ed. Fétis
de sa peine, et je vous en demeureray Irez redevable aux uns et aux autres. J'ay admiré l'esprit de M' d'Angere en son placard et m'estonne que M'" Servin' ne l'entrepaigne encores là dessus. Je vous remercie de ce qu'il vous a pieu m'en mander, et no vous puis envoyer en revanche pour le présent que 3 ou 4 coppies de l'arrest que vous m'avez demandé avec un extraict de celuy que nous fismes dernièrement sur la présentation des lettres du Vicelegat, successeur de l'abbé d'Aumale -. J'en faicts transcrire 3 ou 6 autres que vous ne verrez pas mal volontiers sur le règlement de la coadjutorerie de Digne' et sur un appel comme d'abbus de certaines bulles du Pape portants provision d'une abbesse sa vie durant, laquelle nous avons destituée et ordonné qu'il seroit procédé par devant un con- [seill]" de la Cour à l'élection d'une autre abbesse triennelle, et je veux parcourir un peu noz registres et mettrai à part tout ce que je jugeray vous pouvoir servir, estant, comme je le doibs estre toute ma vie, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 28 Dec[enibre] 169 3.
Vous me permettrez bien de salliier Mons' du Puy vostre frère et Monsieur de Thou, lesquels je supplie me vouloir tenir tousjours pour
(Bruxelles, t. il, p. 3 60). On garde à Carpenlras les niinules de vingt-quatre lettres d'affaires, adressées par Peiresc, de 16a 4 à iC3o, à Monsieur Taveiiiier, marchand imprimeur ordinaire du Roy en taille doulce, à Paris, aux espis d'or regardant le pont de bois.
' Louis Servien était alors avocat général au parlement de Paris. 11 mourut le 19 mars 1696, dans des circonstances ti'op connues poui- qu'il soit utile de les rappeler
' D'après la liste donnée par M. Henri Reynard Lespinasse dans VAttnorial histolique du diocèse et de l'Etat d'Avignon (Paris, 1874, in-4°), le vice-légat, en «693, était Cosme Bardi , qui avait succédé à Octavien Corsini, lequel était vice-légat en 169a.
^ Le siège de Digne était alors occupé par Louis de Boulogne , loipiel eut pour coadjuleur son neveu Rapliaël de Boulogne , (jui lui succéda en 1698. Voir Gallia christiana (t. m,col. ii35).
leur Irez humble serviteur, comme aussy le R. P. Vassan ', à qui j'escrivis dernièrement soubs vostre couverture^.
A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre despesche du dernier dec[embre] passé , ou j'ay trouvé des lettres de M'^Bosweid^ et de M' Spclman* d'Angleterre, avec la nou-
' Guy Patin, dans une lettre à Falconnet du 97 novembre 1666, a raconté d'une façon très piquante l'histoire de ce Vassan, à propos des Scalifferana : fr C'est un livre fort curieux , mais un peu dangereux. Je le fis transcrire il y a trente ans sur l'original que m'en prêtèrent MM. Dupny, qui étoient mes bons amis et de fort honnêtes gens. Voici de la manière que le livre a été fait. Un jeune homme qui n'avoit pas vingt ans , nommé Jean de Vassan, de Champagne, huguenot, qui avoit étudié à Genève, prit à Paris des lettres de recommandation du grand Casaubon pour Joseph Scaliger, et s'en alla en Hollande. Ce Jean de Vassan éloit neveu de MM. Pithou , grands amis de Scaliger, qui étoit visité toutes les semaines par toutes sortes de gens savants. Jean de Vassan écoutoit tout ce que disoit Scaliger et l'écrivoit; de là vint ce livre qui est aujourd'hui dans la bibliothèque du roi. Jean de Vassan, étant de retour de son voyage , fut fait ministre; puis, par le moyen du cardinal Duperron et d'une bonne pension, il se fit catholique; mais la pension n'allant pas bien, il se fit moine feuillant, et avant d'y aller, fit présent de ce manuscrit à M. Dupuy. Je l'ai connu et visité aux Feuillants, où il est mort environ en 1647, fort vieux et
presque dans un délire de vieillesse. G'étoit un homme très fin , bien rusé et prudemment dissimulé : aussi avoit-il bien joué de différents personnages en sa vie. n Voir d'autres renseignements sur Jean de Vassan et sur son frère Nicolas dans Y Histoire des Scaligerana mise par des Maizeaux (8 avril 1760) en tête de l'édition d'Amsterdam du recueil des remarques de Joseph Scaliger (in-ia, p. iv-v). On a de Peiresc trois lettres au tfP. Vassant, feuillant, à Paris». La première, datée du 6 décembre 1693, est celle dont parle ici le correspondant de P. Dupuy.
" Nous dirions aujourd'hui sous le eouveit. Littré n'a pas signalé, dans son Dictionnaire, le sens que l'on donnait, en ce cas, au mot couverture. — Vol. 716, fol. 8.
' La bibliothèque d'inguimbert possède (second volume des minutes, fol. 438) deux letties de Peiresc à M. Boswel, secrétaire du chancelier d'Angleterre : l'une écrite de Paris , le 1 9 août 1 623 ; l'autre écrite d'Aix , le 95 janvier iGai. Cette dernière est la réponse à la lettre transmise à Peiresc par P. Dupuy, le 1" décembre i693.
* Sir Henri Spelman naquit à Gougham en 1669 et mourut à Londres en i64i. «Il éloit , selon le Moréri, très savant dans les
[162/jl AUX FRERES DUPUY. 21
velle de la mort du pauvre Gamdenus', que je regrette inriniiiient, estimant que cette perte ne soit nullement réparable, mais son grand aage et les incommoditez extrêmes qu'il commançeoit à souiïrir doivent servir de juste consolation à ses amys. J'ay grandement regretté aussy la nouvelle de vostre mal des ieux que j'ay apprinse par une lettre de Monsieur de Lomenie et par la vostre , mais recognoissant toutefoys que vostre letti'e estoit escripte de vostre main, j'ay jugé que la douleur et le mal debvoient estre amoindris, vous mesurant à mon aulne, à cause que quand j'ai mal à un de mes ieux, je ne sçaurois escrire de ma main. Je prie à Dieu qu'il vous ayt bien tost voulu guarir absolument d'une si fascheuse et insupportable maladie et qu'il vous aye voulu remettre en parfaicte santé pour longues années, conformément aux vœux de tous vos meilleurs et plus fidèles amys et serviteurs, vous asseurant que si je suis des moindres en pouvoir, je ne le suis pas en bonne volonté. M' Bosweld m'escript que le Gbancellier de Verulan a mis soubs la presse son Traicté du pi'ogrez des sciences traduit en latin augmenté de six livres. Ce sera une bien curieuse pièce. J'ay aujourd'huy receu une lettre de M"" Maussac du i 5 de ce moys de Thoulouse, portant qu'il a enfin fiancé sa belle maitresse^ dans les monlaignes et
antiquités de son pays, dont il a publié les conciles. Il étoit encore assez habile dans la basse latinité et dans l'histoire des derniers siècles , comme il paroist par son Glossarium archœologicum , qui a été imprimé pour la troisième fois à Londres en 1687. On peut voir sa vie à la tête de cet ouvrage. Il publia, en i6a6, la première partie de ce Glossaire. . . 1 Dans le Moréri, on cite sur Spelman «ne lettre de Grotius à Peiresc, un article du Journal des Savans du 5 janvier 1665 et un passage de la préface du Glossaire de du Gange. Ajoutons h ces citations celle d'une page de Gassendi, où il rappelle que Spelman a mentionné Peiresc j>armi ceux qui l'encouragèrent le plus dans ses grands travaux philologiques (sous
l'année iCa6, p. 3o2). Le dernier volume des minutes de la bibliothèque d'Inguirabert renferme dix lettres écrites , de 1 C20 à 1 6a4 , par Peiresc au savant ami de Caniden, de Gotton, de Selden.
' Camdeu, au moment de sa mort (9 novembre 1C93), était âgé de soizante-douze ans révolus.
' Peiresc emploie le mot maîtresse comme Maussac lui-même allait l'employer en lui annonçant la consommation de son mariage (lettre du 27 octobre 162/4): (rJe suis enfin venu h bout de mes desseins et ay espousë ma chère maîtresse qui desire fort m'ari'esler icy à Montpelier, mais je ne le puis sans un Loneste eraploy et digne d'un honune qui a exercé la
qu'il estoit allé faire un petit tour à Thoulouse. Il dict qu'il est en peine de sçavoir des nouvelles de M'' Saulmaise', qu'on alloit commancer d'imprimer à Thoulouse les œuvres de feu M" Maran^, que l'on taschoit d'induire M' de la Coste^ de laisser imprimer les siennes et qu'il avoit
charge de conseiller en nostre compagnie dix ans entiers.»
' Le grand helléniste bourguignon s'était marié quelques mois plus tôt que le grand helléniste languedocien : il avait épousé, le 5 septembre 169 3, Anne Mercier, fille de Josias Mercier, sieur des Bordes. Aussitôt après son mariage , Saumaise habita une maison de campagne de son beau-père , située à Grigny, près de Corbeil , et il y prépara le plus important de ses ouvrages. Pliiiianœ exerchationes in Caii Julii Solini Polyhislora (Paris, 1639, a vol. in-fol.).
- Guillaume Marau, ué à Toulouse en 1549, mourut dans la même ville en 1 6a 1 . Il fiit pendant quarante ans professeur de droit à l'université de sa ville natale. Un de ses biographes Ta proclamé le plus grand jurisconsulte de France , après ce Gujas dont il fut l'élève ( Vita clmmimi viri Guillelmi Marani, aiileeessoris Tolosani, Bernardo Medonio scriptore, Toulouse, 1671, in-fol. de 9 3 pages). Voir une curieuse lettre de G. Maran, relative à sa captivité en Algérie, et datée du 19 mai 1 Sgi , dans le petit recueil intitulé Lettres toulousaines (1876, in-8°, p. 26-37). I-'^ volume des œuvres de Maran dont Peiresc annonçait la prochaine mise sous presse paru t en 1 6 9 8 ( in-fol . ) sous ce litre : Paralitla in XLII priores Digesti libros. Sur les autres ouvrages, soit antérieurs, soit posthumes, de G. Maran, voir la Biographie toulousaine (t. II, p. i5).
' Jean de La Coste {Janus ou Johunnes a Costa) ne figure dans aucun de nos recueils biographiques. Voici ce que je trouve sur lui
dans V Histoire de l'université de Cahors, par MM. J. Baudel et J.Malinowski, professeurs au lycée de Cahors (Cahors, 1876, grand in-8'', p. i3o, i3i): «Né à Cahors vers le milieu du xvi' siècle, Jean Lacoste étudia le droit à Bourges et vint l'enseigner à Cahors. Il fut ensuite pourvu d'une chaire à Toulouse. Il y professa longtemps avec beaucoup de talent et acquit une grande réputation. Les universités de Bourges et de Bologne firent de vains efforts pour l'attirer; il résista même aux offres du pape Clément VIII , qui voulait le nommer auditeur de rote. Après trente ans dun laborieux et fécond enseignement, Jean Lacoste rentra dans sa ville natale et s'v délassa de ses longs travaux sur la jurisprudence en présidant la société littéraire que venait d'organiser l'évêque Habert de Montmor. 11 mourut le 97 août 1687. Pendant qu'il était professeur h Toulouse, il harangua , au nom de l'université , le roi Louis XIII , qui venait de lever le siège de Montauban . et son discours, dans lequel il rejetait sur l'intempérie des saisons l'échec que venaient d'éprouver les armes royales, fut très goûté par ce monarque. Jean Lacoste a laissé de nombreux ouvrages de droit civil et de droit canon , tant en latin qu'en français. Son éloge a été écrit par Jean d'Avezan, professeur et doyen h l'université d'Orléans, n Citons encore sur J. de la Coste un article du Journal des Sçavans du lundi 3i août 1676, où l'on dit qu'il est regardé rcomme le Cujas du droit canon )>. Dans cet article , on analyse l'ouvrage intitulé : Jani a Costa Jurisconsulli celeberrimi Antecessoris Tolosani in Décrétâtes
[lG-2/1] AUX FRÈRES DUPUY. 23
eu commission du cardinal Barberin, neveu du Pape', de luy envoyer un peu de description des volumes des Basiliques^ et leur prix. Il ne dict rien du Traicté de feu M' de l'Escalle de Legibus Atlicis, et possible les longues recherches de son mariage, qui l'ont retenu si long temps dans les montagnes, en sont la cause. Je luy en avois escript quelque temps y a sans en avoir eu responce et luy en escriray la semaine prochaine, Dieu aydant. Au surplus je vous envoyé une vingtaine de pièces que je vous ay faict transcrire en matières ecclésiastiques, et pour le moins il y en aura bien une quinzaine qui sont déjà achevées de transcrire, en cas que pour les autres il fallust attendre à la première commodité, si la présente dospesche se doibl clorre avant que tout soit transcript. Il n'y a pas de choses de grande conséquence en tout cela, mais tousjours crois je que vous y en trouverez quelqu'une qui ne nuira de rien en vostre recueil. Vous y trouverez énoncé un arrest pour le monastère S' Barteleray de cette ville d'Aix^, qui ne s'est encores peu trouver au grefîe à faulte d'avoir esté datte; quand nous l'aurons, je vous l'envoyeray incontinant. Je n'ay pas oublié la declara-
Gregorii IX P. P. summaria et commentarii extrait des Inslittttes , ûes Pandectes, du Code eum variis indicibus (Paris, in-4°). On rap- de Juslinien et des Novelles. Il en est soupelle, dans ce même article, qu'on avait veut fait mention dans la correspondance de déjà publié de ce jurisconsulte un commen- Peiresc, notamment dans ses lettres à Jérôme taire sur les Institules de Justinien. Aléandre {Correspondance inédite de Peiresc ' François Barberin, né le 28 septembre avec J. Aléandre, etc., publiée par Fauris 1697, devint cardinal le 2a octobre 1628 de Saint- Vincens , Paris, 1819, p. 8-ia). et mourut évêque d'Ostie et de Velletri, et Voir, sur les Basiliques, la notice condoyen du sacré collège, le 10 décembre sacrée par feu M. Charles Giraud à leur 1G79. Ce dévoué protecteur des gens de savant éditeur, Charles Annibal Fabrot(Aix, lettres fut le correspondant et l'ami de Pei- 1889, in-8°).
resc, qui lui donna, dans sa maison d'Aix, ' C'était le monastère des religieuses
la pi us magnifique hospitalité , quand le légat dominicaines , que l'on appelait aussi dames
et neveu d'Urbain VIII, revenant de Paris, de Saint-Barthélémy ou de Nolre-Dame-
allait s'embarquer à Toulon ( octobre 1 6 2 5 ). de-Nazareth. Voir, sur ce monastère , les Rues
Le nom du cardinal François Barberin re- d'Aia; ou rechei-ches historiques sur l'ancienne
paraîtra plus de mille fois dans les lettres capitale de la Provence, par Roux-Alpheran
de Peiresc. (t. I, 1867, gr. iu-8°, p. 5o4, 5o.") et 56'i.
Compilation qui forme une sorte de SôT)). Je citerai souvent cet ouvrage qui a
corps de droit romain en langue grecque, été fait avec beaucoup de soin.
24 LETTRKS DK PEIUKSC |1624|
tiou de M' d'Aix pour sa chaire', mais l'original na pas encor esté remis au greffe. Je le feray poursuyvre. J'attendois qu'on dressast procez verbal de l'exécution de l'arrest du Conseil pour raison de ladite chaire, mais on ne s'en est guieres soussié et je voids bien qu'il fauldra que je le dresse moy mesmes si je veux en venir à bout. Je retiendray un petit bordereau ou inventaire des pièces que je vous envoyeray en cette matière afin de ne les vous envoyer deux foys et de ne demeurer en incertitude de celles que vous aurez desja. Si nous pouvions trouver quelque chose de meilleur pour vostre contentement nous ne vous en ferions pas faulte. Je vous supplie de le croire et de me tenir tousjours, Monsieur pour
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce a5 janvier 162/1.
J'oubliois de vous remercier d'une grande obligation que je vous ay du soiiig qu'il vous plaict prendre de l'entreprinse de M' du Ghesne en l'édition des œuvres de feu Mg' le G[arde] d[es] S[ceaux] du Vair^, dont je me tiens infiniment redevable à vostre lionesteté. Je pense (|ue M' du Ghesne vous dira ce que je luy en escripts et je seray trez aise qu'il ne s'y fasse rien que par vos prudants advis.
J'escripts à cez mess" d'Angleterre et vous supplie de vouloir recommander le pacquet à quelqu'un de voz amys^.
' Gui Hiirault de J'Hospital venait de succéder à son oncle Paul Huraultde l'Hospital. dont il était le coadjuteur depuis le mois d'avril 1618. Guy Hurault de THospilal ne devait pas longtemps occuper le siège d'Aix : il mourut le 3 décembre i6a5. Voir Gallin christiana (l. I, col. 387).
' Les œuvres de Guillaume du Vair pai-urent en 1625 (Paris, Gramoisy, in-fol.).
L'entreprise d'André du Ghesne. comme s'exprime Peii-esc , n'a pas été signalée dans les Mémoires de Niceron, où sont énumérés de si nombreux travaux de l'infatigable érudil. Une nouvelle édition des Œuvres de G. du Vair fut donnée, avec quelques augmentations, en i64i (Paris, Gramoisy.
in-fol.).
' Vol. 716. fol. 10.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre letlre du xi de ce nioys avec un exemplaire de la ii'^ édition des preuves du P. P.^ et la responce du P. Petau contre l'archidiacre d'Orléans^. Ensemble une lettre de M' Grottius* et une infinité de tesmoignages de tant d'amitié qu'il vous plaict me despartir que je suis tout confus de voir l'excez de vostre courtoisie envers une personne qui l'a si mal méritée et qui a si peu de moyen de vous en rendre la revanche telle qu'il appartiendroit, mais je feray, Dieuaydant, tout ce que je pourray pour vostre service sans reserve, et en attendant les moyens d'en produire quelque effect, vous recevrez s'il vous plaict en bonne part les trez humbles remerciments que je vous en t'aicts du meilleur de mon cœur, et spécialement de l'Otfredus* et des lettres originalles de diverses persones célèbres que je retiendray et
' Les initiales P. I'. veulent dire Père Petau. Denis Petnu, ne' à Orléans eni 5 83 mourut à Paris, au collège de Glermont, en i65g. Voir dans la Bibliothèque des éctivains delà Compagnie deJésus{t. II,in-fol., 1879 , col. 1891-1909) l'ënumëration complète de ses prodigieux travaux.
' C'était Mathurin Simon , chanoine d'Orléans et doyen du chapitre. Voici l'histoire de la querelle: Eu 162 sa, Gabriel de l'Aubespine, évêque d'Orléans, publia Deux livres d'observations sur les anciens usages de l'Eglise, huit mois après la publication de VEpiphane du P. Petau. Or le savant jésuite ayant envoyé à l'évêque d'Orléans cet ouvrage pendant qu'on imprimait celui du prélat, on crut y remarquer des emprunts faits
au manuscrit des Observations. G. de l'Aubespine s'indigna, mais les explications du P. Petau l'apaisèrent. L'abbé Simon, plus exigeant, prit avec un zèle indiscret le parti de son évêque en publiant Les petites revisions de comptes sur l'usage de la pénitetice dans l'ancienne église; il y accusa de plagiat le P. Petau, qui répondit à cette attaque par YAppendix ad Epiphanianas animadversiones, avec dédicace à G. de l'Aubespine. (Paris, Séb. Cramoisy, 16a 4, in-8°. )
' C'est la lettre qui porte le numéro LXXVI dans le recueil déjà cité :
Ejnstolœ ad Galles (p. 177, 178), et est datée du 11 janvier 169 4.
' Le livre d'Otfride mentionné plus haut (lettre III, page 9, note a).
mmiMSKIC HATIOSALC.
garderay pour l'amour de vous, parmy ce que j'ay de plus cher, puisque vous le voulez aiiisiii. Quant à l'autre livre dont vous estiez demeuré en peine, j'ay grande honte de le vous dire, mais j'ay esté si malheureux jusques à présent que je n'ay encores sceu prendre le temps de vuider les caisses restantes de mes balles pour m'esclaircir s'il y sera. Vous vous mocquerez de moy et de ma négligence ou dapocaggine^, mais ce ne sera pas la première foys que je vous en auray donné l'occasion. Je suis né avec cette imperfection entre autres. 11 est vray que j'espère que avec le temps nous viendrons à bout de tout, s'il plaict à Dieu. Au surplus j'ay esté infiniment aise d'entendre qu'enfin M"^ de Saulmaise se soit résolu <i se laisser tii'er des mains le Solia- et autres géographes et m'en conjouys avec luy, espérant que cela luy donnera plus de satisfaction et à toute l'Europe que les autres pièces qui luy ont faict perdre un si bon temps'. Je vouldrois bien qu'il se fust resouvenu en son voyage de Bourgoigne de prendre une coppie de certain kalendrier ancien qu'il avoit promis à M' Méandre ^ Je vous supplie de le sçavoir de luy à vostre première veiie et de le vouloir asseurer de mon trez humble service. Je plains bien le pauvre M' Godefroy en sa pei'te domestique^ et M"" du Chesiie en la peine que luy donne la poursuitte de sa recompancc. Je pense pourtant qu'il en viendra a bout tost ou tard et fault que M' l'Evesque de Thoul y frappe le principal coup. Pour M'" Grotlius j'en suis tout hors de moy et me flatte pourtant jusques la que de me persuader que M"" AHigre*^ le protégera et l'assistera. Il fault
' Mot italien qui signifie it fainéantise , nonchalance».
" Nous avons vu ( letli-e V, page a a , note i ) que le commentaire de Solin parut seulement en lôag.
^ Peiresc, qui détestait les querelles entre savants, veut parler des diatribes publiées par Saumaise contre le P. Sirmond et contre le P. Petau.
* Voir sur Jérôme Aléandre uiie note sous le billet n° III de P. Dupuy à Peiresc, à V Appendice, billet daté du 28 juillet 1620.
^ Théodore Godefi'oy avait perdu , a la fin de l'année iGa3, sa femme Anne Janvyer, qui , en treize années de mariage , ne lui avait pas donné moins de huit enfants , dont six survécurent à leur mère. Voir le Uvj-e déjà cité de M. de Godefroy-Ménilglaise ( p. 117).
'' Etienne d'Aligre, né à Chartres, en 1 55o , mort près de cette ville en 1 635 , fut nommé garde dos sceaux le 6 janvier 16a 4 et il devint chancelier de France dans le mois d'octobre de la même année. Peiresc fut au nombre de ses amis et lui adressa un grand
que M' Heroard, premier médecin du Roy ^ s'y employé un peu à bon essiant. Ciamoisy ^ ha grand tort de faire attendre le P. Sirmond aprez une fonte, puisque c'est chose qui luy est si aisc'-e d'avoir d'une semaine à l'autre. C'est signe que la continuation des œuvres de feu Mg' le G[arde] d[es] S[ceaux] du Vair ne sera qu'en vieille lettre pocliée. Mais c'est leur façon de faire. Je vous remercie encores bien alTectueusement du bon office que vous m'avez faict rendre auprez de M"' le Nonce' concernant la fripponnerie d'Estienne, qui est le plus ingrat maraut que j'aye encores cogneu de sa condition. Il n'a pas nomplus daigne'; de me faire de responce à deux ou trois de mes lettres qu'il avoit faict de me faire voir* l'édition pretendiie que je ne verrois possible encores de longtemps, si vous n'eussiez prévenu son indiscrétion par Texenipiaire qu'il vous a pieu m'envoyer, lequel j'ay trouvé assez bien faict et hors de sa mauvaise foy d'estre allé adjouster le nom d'Urbain, il n'y eut eu guieres à dire, au contraire il eut obligé les uns et les autres. J'attendray des nouvelles touchant l'Arcadie de Sydnay, puisque vous m'en promettez encores tant de la part de M' Hotman que du S'' Dcodati^et
noinl)re de lollros. On en compte plus de cinquante dans le premier volume des minutées de la bibliothèque d'Inguimbert.
' Jean Héroard, né à Montpellier vers i55o, mourut devant la Rocbelle en 1628. Il avait p'té successivement attache h la pereonne des rois Charles IX, Henri III et Henri IV en qualité de médecin ordinaire, avant de devenir premier médecin de Louis XIII. Voir Y Iiitroduclion de MM. Eiidore Snulié et Edouard de Barthélémy au Journal de Jean Héivard sur l'enfauce et la jeunesse de Louis XIII (1601-76^8) extrait des manuscrits oiiginaux {Paris , iSGS , a vol. in-S").
' Sébastien Gramoisy, né h Paris en 1 585 , y mourut en janvier 1C69. On s'étonne de ne trouver, dans toute la correspondance de Peiresc , qu'une seule lettre adressée au célèbre imprimeur-libraire.
•^ C'était Bernardin Spada, né en 1 598 a Brisighella, cardinal en 1G2&, mort à Rome le 10 novembre 1661. H avait été nommé nonce à la fin de l'année iSa3 et il succe'dail h Octave Corsini, archevêque de Danu'etle. Dans la liste des ambassadeurs de la cour de Rome en France (Annuaire de la Société de l'histoire de France pour l'année i85o, p. ()3), on a oublié de mentionner Bernardin Spada cl l'on n'a pas indiqué le nom que portait l'archevêque de Dainiette.
* C'est-h-dire pas plus qu'il n'avait daigné me faire voir.
' Elie Diodali, que l'on a trop souvent confondu avec son concitoyen et parent le pasteur et théologien Jean Diodati, était fils de Pompée Diodati, de Lucqucs, réfugié à Genève, et de Laure Calandrini. Il passa la plus grande partie de sa vie à Paris , oti il
verray bien volontiers les deux conclaves. Vous m'avez faict un singulier plaisir de nie deschiffrer l'anagramme de Paolo Sarpio Veneto'. J'avois lousjours creu que la pièce estoit de sa façon, mais je tenois et le tiens encores jusques a plus ample vérification qu'on y avoit interpolé beaucoup de choses contre l'intention de l'autheur, parceque j'y trouvois quelque contradiction qui estoient incompatibles à son humeur et aux protestations qu'il avoit faictes au commencement. Quant au recueil des pièces concernant les libériez de rEgl[ise] G[allicane] ^ j'avois bien predict longtemps y a qu'il fauldroit enfin que M"" de Lomenie en eust un volume. Il aura bien de quoy choisir parmy les vostres. Nous avons cez jours passez décerné un adjournement personnel contre le Vicaire gênerai de l'Evesque de Digne pour avoir exécuté une bulle sans annexe de la Cour, il est comparu, a respondu et playdant en audiance. .Te voulois vous envoyer les arrests sur ce intervenus mais j'ay depuis pensé qu'il vauldroit encores mieux d'y adjouster quelque autre chose, .l'ay faict extraire quelques autres arrests de l'Evesque de Grâce ^ sur des appellations comme d'abbus mais les ayants trouvez trop succinlz et que les décisions d'iceulx ne touchoient rien du particulier des circonstances des procez qui estoient trez importantes, j'ay mieux aymé attendre que j'aye quelqu'une des principales pièces des procez pour
était avocat au Parlement (Bougerel s'est trompé, dans sa Vie de Gassendi, en le qualifiant de Conseiller de la république de Genève, titre qui appartenait à l'un de ses frères) et où il mourut en 1661, célibataire. Ce fut le correspondant de Peiresc, comme celui de Galilée, de Gassendi, etc. On a quelques lettres de Peiresc à Diodali (registre III des minutes de Carpentras) et quelques lettres deDiodati à Peiresc (Bibliothèque nationale , fonds français , vol. 95/i4). ' Pietro Sarpi, en religion Fra Paolo, naquit le i4 août i55a, à Venise, où il mourut le i.5 janvier i6-i3. Tout le monde sait qu'il composa l'histoire du Concile de
Trente , qui fut imprimée pour la première fois h Londres en 1691 (in-fol.), et qui devait être si souvent réimprimée et si souvent traduite. VIstoria del concilio Tredentino parut sous le nom de Pietro Soace Polano, anagramne de Paolo Sarpi Veneto.
^ Le recueil formé par Pierre Dupuy et dont il devait tirer le Traité des droits et des libertés de l'église gallicane, avec les preuves (Paris, 1689, 3 vol. in-fol.).
' Etienne Le Maingre de Boucicaut , qui occupait le siège de Grasse depuis 160 4 et (jui allait mourir quelques semaines plus tard (17 avril 16a 4). Voir Gallia christiana (t. III, col. 1179-1180).
les joindre aux arrests et si je puis avoir une procédure secrète qui lut faicte contre luy quelque temps y a, vous verrez que nostre parlement a faict le procez formellement a un evesque. Du jour a la journée je mettray ensemble tout ce que je pourray pour vostre curiosité, laquelle je crois estre beaucoup plus vaste que celle de M"" de Lomenie pour ce regard, et si entre les pièces que je vous envoyeray, vous jugez qu'il y en ayt aulcune qui puisse entrer dans son goust, vous ne luy en ferez pas faulte je m'asseure et je demeureray.
vostre trez humble et oblige serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce dimanche au soir, h febvrier iGai.
Je pensois escrire aujourd'huy à M' Grottius et au R. P. Vassan, mais on m'a insensiblement ravy toute cette journée et je suis constraint de clorre avant que me coucher. Vous me ferez bien la faveur de leur faire mes excuses.
Je vous envoyé un exemplaire de nostre sentence de P. Zellavale, estant en doubte si je ne vous en ay pas donné une pareille par cy devant, mais si vous l'avez desja, possible que M' de Lomenie ne sera pas marry de fourrer cellecy dans son nouveau volume ; que si vous n'en aviez poiuct encor eu, et qu'il en veuille une, je la luy envoyeray au premier advis '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Ce mot à la haste sera seulement pour accompagner le livret cy joinct que je vous envoyé avec prière d'en faire part à M' Ma-
Vol. 716, fol. 1-3.
LETTRES DE PEIUESC
[162/il
chaull', estant bien marry d'estre si despourveu des moyens de me revaiicher de tant de beanx et curieux livres qu'ii vous plaict m'envoyer à toutes heures. J'ay esté fort aise d'entendre qu'enfin l'original de l'Higinus'^ soit passé par voz mains et tombé en celles du dict s"^ Machault et ne doubte pas (ju'il n'y deschiffre tout le plus difficile^. L'autheur du Journal de Montaulban " est si habile homme ^ qu'il mérite bien que son nom ne soit pas supprimé, si vous l'apprenez, je vous supplie de me le mander '^^. Mons' Hotman a un trez louable dessain de desabuser
' Gassendi (p. 279) nous apprend que Peiresc, en 1622 , obtint, soit de h biljiiothèque du Vatican , soit de la bibliothèque Ambrosienne de Milan, quelques copies d'Africanus et d'autres auteurs de traités de tactique, en faveur de Louis Machault, homme ërudit et plein de zèle qui se consacrait à l'ëtude des auteurs qui ont traité des mathématiques et de l'art de la guerre. Requier, dans sa traduction libre du livre de Gassendi (Fie de Nicolas Claude Peiresc, etc., Paris, 1770, in-12, p. igS), donne h Machault le nom de Machall. Peiresc lui adressa une lettre {M. Mfichault, à Paris), le 2 4 février 1626 (f(il. 3o8 du !i' volume des minutes de la bibliothèque d'Inguimbert).
* On sait qu'il nous reste quelques débris des ouvrages du grammairien Gains Julius Hyginus , deux ouvrages d'un autre Hyginus (AstroHomicaet Fahularum ftèer), enfin d'un troisième homonyme un traité De Caslmmelatione et divers fragments relatifs à l'arpenlage. Il est évident que c'est de ce dernier écrivain que s'occupait Machault.
' Le travail de Machault sur l'auteur du De Castrametatioue n'a pas été imprimé, et aucun contemporain ne semble en avoir fait mention. Je ne vois citer que sa traduction de la milice des Grecs et des Romains d'Élien et de Polybe (Paris, Drouart, i6i5, in-fol.).
* Peiresc veut parler de l'Histoire particulière des phts mémorahles choses qui se sont passées ail siège de Montauban , en foi-me de journal {jouxte la copie imprimée à Leyden ,
162/1, in-8°). Gette édition avait été précédée d'une édition sans lieu ni date (in-8°) et d'une autre édition (Leyden, par G. Basson, jouxte la copie apportée de France, 1698, in-2 4). On en cite une quatrième (sans lieu) de 162/i (in-8°). Ges quatre éditions figurent dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale {Histoire de France, t. I, p. 52 3, col. 9).
* Dans la Bibliothèque historique de la France (t. II, p. 434, n" 21,061), on donne h l'histoire particulière ce demi -éloge qu'elle est tr assez exacte".
' Le nom île l'auteur est encore inconnu. A. -A. Barbier {Dictionnaire des ouvrages anonymes, 3° édition, t. II, col. 829-823) s'exprime ainsi : «La dédicace est signée : A. I. D. — Par A. Joly. ministre à Montauban , d'après une note contemporaine sur l'exemplaire de l'ancienne bibliothèque de la ville de Paris. Une autre note, également d'une écriture du temps, sur l'un des exemplaires de la Bibliothèque nationale, porte : On croit que Bonenconlre en est l'auteur. Li première de ces attributions, se rapportant mieux aux initiales de la dédicace , paraît la plus vraisemblable, n
AUX FRERES DUPIY.
le monde qui laisse faire tant de progrez à nostre commua enneniy'. Cette pièce a esté trouvée Irez belle et digne de l'autlieur. Je luy suis infiniment redevable de la souvenance cju il a daigné avoir de moy et le serviray trez volontiers en tout ce (jui me sera possible. J'approuve grandement voslre pieté envers la mémoire du bon Gamdenus et me tardera bien de voir un exemplaire de ce sien supplément de 1 histoire de la U[eine] Elisabeth'^ s'il y a moyen d'en avoir un en grand ou eu fin papier, vous m'obligerez bien de m'en faire, s'il vous plaict, reserver un par le libraire, à qui je le feray payer ce qu'il vouldra. Je vous félicite la jouyssance' de ce bel ouvrage du Chancelier d'Angleterre du progrez des sciences' et me console au moings mal que je peus en attendant que ceux de Paris se résolvent enfin de le contrefaire comme ils doivent^. Et vouldrois bien que vous eussiez desia persuadé quelqu'un pour la traduction de son Henry VIF'. C'est daumage que ce ne soit plustost le VHP. Combien qu'encores y aura il de quoy remarquer
' L'ennemi commun , c'est le calvinisme. On cite parmi les opuscules du sieur de Viliiers un Avis sur une lettre de Victor Cayel contre les protestants.
' Les Annales rerum Anglicanarum et Hibeniicarutn régnante Elisabelha avaient paru en i6i5 (Londres, in-fol.). La continuation (jusqu'à la mort d'Elisabeth) parut à Leyde en iCaô (in-S") et reparut à Londres en 1637 (in-fol.).
^ Littrtî , dans son Dictionnaire de la langue française, n'a pas signale cet emploi du mot féliciter non suivi des mots sur ou de. Le savant [)hilolo{[ue cite les Remarques de Vaugeias (1 6^7, in-4"), desquelles il résulte que depuis peu de temps on se servait du moi féliciter, qui auparavant était tenu à la Cour pour barbare, quoique très commun en plusieurs |)n)vinces de France. Constatons (jue Malherbe n'a pas une seule fois employé le mot féliciter, que Balzac prit sous sa protection.
' Nous avons déjà vu que le De augmeniis scienliarum avait paru à Londres, dans le courant de l'année 169 3.
' Les bibliographes, et notamment l'auteur du Manuel du libraire, ne signalent aucune édition qui aurait été faite à Paris, en ce temps-là , de l'ouvrage de Bacon. Mais en l'année môme oti nous place la présente lettre, cet ouvrage fut traduit par Maugars sous le titre que voici : Le progrès et avancement aux sciences divines et humaines (Paris, 1624, in-ia).
* VHistoire de Henri VII parut en anglais en 1 6û a , en latin en 1 6a3. On connaît plusieurs éditions hollandaises de VHistoria regni Henrici septimi Angliœ régis (Leyde. i64a; Leyde, 16/17; Anistei-dam, tCôa).
Cet ouvrage fut traduit en français par Lia Tour Hotman (Paris, 16^7, in-8").
' Je ne trouve l'indication d'aucune traduction latine ou française alors publiée de l'histoire du règne de Henri VIII.
de grandes révolutions dans le VIII". Nous attendrons le supplément de ces deux chappittres des Essays moraux S l' Arcadie de Sydeney et bien plus ardemment le Soiinus de M"' Saulmaise.
J'ay escript à M' de Maussac, mais on ne le trouve nulle part, quand mes amys ie cherchent à Thoulouse, il est à Mompelier, quand ils le cherchent à Mompelier, il est à Thoulouse. Nous n'en scaurions chevir^ qu'il n'ayt consumé son mariage ^ de quoy j'attends impatiemment les nouvelles définitives, car jusques icy ce ne sont que fiançailles et traiclez subjectz à traverses et repentance. Je ne pense pas que les Basiliques doivent sortir de ce royaulme, c'est un grand opprobre en ce siècle, le Roy les debvroit payer cent foys aultant qu'elles vallent pour les donner au public, mais en matière de femmes l'argent peull beaucoup. Je fis voir en plaine chambre ce que vous m'escriviez de la réception de Monsieur de Thou, dont le parlement de Paris fut grandement loiié et recommandé, je m'en conjouys avec luy et avec vous et vous supplie de m'entretenir en l'honneur de ses bonnes grâces, lesquelles je tascheray de mériter, si j'ay jamais du moyen de le servir ou luy ou les siens. J'ay desia un grand ramas de pièces à peu prez de vostre goust mais il m'a manqué du temps pour les ranger et en retenir un peu de mémoire afin de n'estre en peine de les vous envoyer une seconde foys, et si j'avois un mémoire de celles que vous avez de Pi'ovence, j'irois plus seurement, mais ces festes de may me donneront
' Les Essais moraux (texte anglais) parurent pour la première fois à Londres en 1697 (in-16), pour la seconde fois en 1698 (in-ai). Il n'y avait là que 10 essais. On en compte 38 dans l'édition de 1619 (Londres, in-8°), 89 dans l'ëdition de i6i3 (in-16), enfin 58 dans l'édition de 1635 (Londres, petit in-4°). Les Essays moral, ecotwmical and polilical ont été traduits par l'abbé Goujel {Essais sur divers sujets de politique el de morale , Paris , 1 7 Si , in- 19).
' Venir à bout. Littré a retrouvé dans
Molière l'expression : nous ne sauriom en chevir. On la rencontre aussi dans Malherbe (lettre à Peiresc du 18 octobre 1609, t. III, des OEuvres publiées par M. L. Lalanne, p. 11 3.)
^ Notre langue a longtemps hésité entre consommer et consumer, prenant ces deux verbes l'un pour l'autre, selon la remarque de Littré, qui, après avoir invoqué divei-s exemples du xvii' siècle (Régnier, Pascal, Molière), ajoute : «L'historique montre que cette confusion de consommer et consumer remonte bien plus haut. »
[I62à\ AUX FRÈRES DUPUY. 83
un peu de relasche, Dieu aydant, et de moyen de satisfaire à mon debvoir en vostre endroict pour ce regard. Tous les feriats de Pasques^ ayant esté perdus pour moy à cause d'une grande et périlleuse maladie de M"' de Gallas, mon pcre, qui n'est pas encores bien quitte, et qui m'a tenu grandement subject jour et nuict autour de sa persone '\ J'avois eu un peu de relasche vers la Quasimodo et avois commandé une despescbe pour M' du Chesne, laquelle je ne sceus achever pour une recheutte de mon père, à laquelle par malheur survint la maladie de mon homme' lequel est aujourd'huy à son quatorziesme de fiebvre continue, ce qui n'a pas aydé aux coppies que je luy faisois faire pour vous non plus qu'à celles de Monsieur de Lomenie. Il commancc à donner bonne espérance de son amendement, cependant je vous supplie de vouloir pardonner à mon infirmité et de croire que je seray éternellement, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce dimanche a 8 avril i6a4.
Je serois bien aise d'apprendre quel homme est ce S' Ogier*, autheur de la censure du P. Garassus^.
' Jours de fêtes. Le molferiat ne figure pas dans les dictionnaires de Piichelet et de Trévoux.
' J'ai déjà cité (lettre III, note 3), sur la maladie du père de Peiresc en 1628, l'ouvrage de Gassendi. Citons encore cet ouvrage (p. 391) sur la nouvelle maladie de M. de Callas. Gassendi confirme les mots jour et miil autour de sa personne, en disant : Totus prœterea pêne fuit in exhibendis officiis laboranli graviter patri.
^ C'est-à-dire mon serviteur, celui qui remplissait auprès de Peiresc l'office de secrétaire.
* François Ogier, appelé par ses con-
temporains le prieur Ogier, était le firère de Charles Ogier, le secrétaire du comte d'Avaux. Il mourut le 98 juin 1670. Voir sur cet écrivain une note dans les Mélanges historiques de 1873 {Lettres de J.-L. Guez de Balzac, p. ttj^) et une autre note et diverses mentions dans les Lettres de Jean Chapelain (i88o-i883, t. 1, p. 990; t. II, p. 4o5, 4o8, 649).
° Jtiffement et censure de la doctrine curieuse de François Garasse (Paris, i6a3, in-8°). Voir, sur la querelle du père Garasse et de l'abbé Ogier, la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (t. I , in-fol. , col. ao33). — Vol. 716, fol. i4.
IMFtlMKIIE NATIOHAtB.
vm
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, :jl> U.
Nous avons veu en cette ville Ms'' Corsini cydevant nonce de N. S. P. qui s'en retourne en Italie ^ Il me demanda si je n'avois poinct de nouvelles de M"" de.Maussac et me dict qu'il ne songeoit plus aux Basiliques, parcequ'il avoit envoyé mille escus à Thoulouse que la vefve vouloit accepter pour le prix qui en avoit esté convenu, mais que les enfants n'y voulurent jamais consentir, de sorte que ses mille escus luy furent renvoyez. H me dict que dans le Vatican y avoit quelque pièce desdits Basiliques, laquelle manquoit aux volumes de Thoulouse et qu'il estoit malaisé de les donner entières au public sans avoir les uns et les autres. Noz grands jours vont à Marseille à ce moys de Juin , ce qui fera anticiper pour nioy les vacations'^ un moys plus tost que des autres de nostre compagnie , dont je seray fort aise pour avoir moyen de m'acquitter de mon debvoir en vostre endroict. Cependant j'ay creu que vous ne seriez pas marry d'entendre Testât du traicté desdits Basiliques et que je vous asseure de la continuation de mon service, estant, Monsieur,
vostre trez humble serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 3 1 may lôai'
' Le comte Gorsini , archevêque de Tarse , rezzo; créé cardinal en i GG4 , mort en 1 678.
qui avait succédé à Bentivoglio. H ne faut pas ' C'est-à-dire vacances. La cessation des
le confondre avec un autre membre de la séances des gens de justice est encore de nos
même famille , Nérée Corsini , né à Florence en jours appelée vacations. Voir Dict. de l'Acad.
1 600, archevêque de Damiette, évêqued' A- ' Vol. 716, fol. 16.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Je vous remercie trez hunibleinent du livre De dignilate el augmmlis scientiarum, que j'ai receu avec la vostre du 3 juin, vous m'avez bien obligé et avez obligé tout le public de sacrifier pour sa commodité l'exemplaire que vous en aviez, car ce seroit daumage que les curieux ne peussent voir une si jolie pièce. J'ay pareillement veu le supplément de ses Essaix moraulx et vous renvoyé vostre autographe aprez vous en avoir rendu mes remerciments, comme aussy de l'observation de M" Grotius, laquelle je trouve digne de son autheur, mais j'ay grande honte d'apprendre que Monsieur de Thou ayt daigné prendre cette peine pour moy sans que je l'aye jamais servy et qu'il me tesmoigue tant de bienveuillance comme il vous plaict m'escrire. Je n'ay pas asses de quoy m'acquitter de ce que je luy debvrois en revanche, mais je vous asseure bien que j'embrasseray fort ardemment toutes occasions à moy possibles de le servir, et en attendant mieux, s'il faict le voyage d'Italie, je me flatte jusquesla qu'il vouldrà prendre son chemin par ce costé cy pour voir en allant Nice, Gènes et la Toscane, afin qu'au retour il reserve la Marca ' et la Lombardie sans se destourner du chemin d'Allemagne. Si j'ai cet honneur de le voir icy, nous lui rendrons de vive voix les tesmoignages de nostre service et ne le laisrons pas passer oultre sans l'accompagner de noz vœux et de noz lettres, puisque nous ne pouvons en personne comme j'eusse désiré et comme j'eusse possible faict si mon frère n'eust esté engagé au voyage qu'il va faire en cour pour se parer de l'oppression de M"^ de Crequy^. Si M' de
' Ancienne province des Étals de l'Eglise ' Charles de Crëquy, seigneur de Cr^quy
qui se divisait en Marche d'Ancône , au nord , et de Canaples , comte de Sault , prince de et en Marche de Fermo, au sud. Foix, duc de Lesdiguières (en i6a6), pair
36 LETTRES DE PEIRESG [162i|
Thou ayine mieux aller par un autre chemin, je vous supplie de m'en advertir afin que je vous envoyé les lettres et adresses qu'il vous plaict me demander, non que je pense qu'elles luy puissent servir de guieres, mais pour ne rien obmettre de ce que je luy doibs , en cela comme en toute autre meilleure occasion. Cela me fait ressouvenir de vous faire une petite prière qui est de m'envoyer un extraict del'arrest, de sa réception et particulièrement de la délibération par laquelle il a esté deschargé des rigueurs de l'ordonance pour l'aage, car cela mérite d'estre sceu plus loing que dans sa compagnie'. Je me suis resiouy d'entendre l'acquisition que M'' Godefroy a faicte de ce nouvel opuscule de Tertulliam et sçay bon gré à M' Gaulmin^ qu'il veuille donner au public sa Rhodante ^. Je voUs supplie de me vouloir r'amentevoir * en ses bonnes grâces, quand vous le verrez etl'asseurer que je suis tousjours son serviteur, encore qu'il ne se souvienne plus de nous. J'ay esté bien aise d'apprendre que les lettres du Gard[ina]l d'Ossat se soient imprimées^
et maréchal de France , chevalier des ordi-es du roi, lieutenant gt'nëral do ses armdes, gouverneur du Dauphiné, ambassadeur à Rome, à Venise, fut tud d'un coup de canon devant la ville de Brème , le 1 7 mars 1 638. Le procès de Peiresc avec le maréchal de Crt'quy au sujet de la baronnie de Rians fut terminé, en 1626, par une transaction, comme nous l'apprend Gassendi (p. 807).
' Le fils aîné du président de Thou n'avait pas en ce moment dix-huit ans révolus.
' Gilbert Gaulmin , sieur de Montgeorges , né à Moulins en 1 585 , mouruth Paris le 8 décembre 1 665. Il fut maître des requêtes , conseiller d'Étal , intendant du Nivernais. Ce fut un des meilleurs philologues du xvu° siècle. l\ nous reste quelques-unes des lettres que Peiresc lui écrivit (registre II des minutes de Carpentras), mais je n'ai pu retrouver qu'une seule des lettres par lui adressées à Peiresc.
* Le texte et la traduction latine de Rho-
dante et Dosiclès , roman de Théodore Prodromus, parurent en 1625 (Paris, in-8°) sous ce titre : Rhodantes et Dosiclis amorum libri IX gr. et lat. interprète Gilb. Gaulmino (acccdit ejusdem dialogtis Atnaranthus, seu senilis amor).
* Remettre en l'esprit, rappeler. Malherbe écrivait h Peiresc, le a octobre 1606 : irje vous prie. Monsieur, si vous écrivez à M. Camden en Angleterre, souvenez-vous de lui ramentevoir ce qu'il vous a promis touchant notre généalogie, n
' Les lettres du cardinal Arnaud d'Ossat (né le 90 juillet 1687 à Larroque , canton de Gasteinau-Magnoac , arrondissement de Bagnères-de-Bigorre , mort h Rome le 1 3 mars i6oi) parurent h Paris en 1694 (in-fol.). Ge furent les frères Dupuy qui procurèrent celte première édition des lettres de l'habile diplomate. 'Voir sur les relations du cardinal d'Ossat et de Peiresc à Rome en 1600 le récit de Gassendi (p. ho). Suivant le bio-
pour nous oster la peine de les faire transcrire, et cette bibliothèque des petits opuscules des Pères Grecs, qui soulagera grandement ceux qui n'en avoient pas de bons assortiments en destail. Je plains le pauvre présidant Nicolai ' et vous supplie de me mander quelque chose de M"' de Grieux^, à cause des mauvais bruicts qu'on en a faict courir de deçà, lesquels me mettent bien en peine, n'en ayant poinct de lettre. Je ne puis assez admirer la poursuitte de ce Tuffereau^ et veux croire que puisque le gendre a eu permission d'aller voir son beau père , tout cela passera à l'accommodement. Je suis véritablement bien estonné du silence de M' de Maussac. Son mariage est encor à consumer et le tient en perpétuel mouvement deçà et delà dans son pais sans s'arrester à sa maison , c'est ce qui retarde la restitution de ce dont il s'est chargé. On m'escript de Besiers du 1 3 de ce raoys qu'il estoit lors à Mompelier sur le poinct de clorre le marché de la charge de premier présidant des Aydes, avec laquelle il viendra à bout de ses affaires plus difficiles. Je luy vay escrire là par un de mes amys qui l'irà chercher pour l'amour de moy jusques à deux journées loing s'il ne l'y trouve. Je vous avois faict faire une coppie du traicté des^libertez de l'Eglise
graphe, d'Ossat ne pouvait se rassasier de la conversation de Peiresc et ne voyait jamais finir qu'avec regret les visites qu'il en recevait.
' Jean Nicolay, deuxième du nom , qui était premier président de la Chambre des comptes ( le quatrième de son nom , de père en fils) depuis le 6 mai 1687, mourut dans l'exercice de ses fonctions, le 3i mai iCai. Il devait avoir de soixante-dix à soixantedouze ans. Sur ce Nicolay comme sur sa famille, je ne citerai que le beau travail de M. A. de Boislisle.
' Il s'agit là de Charles de Grieu , sieur de Saint-Aubin , conseiller au parlement de Paris le a mars 1619, maître de» requêtes reçu le 5 mai 1618. Il résigna sa charge en 1694 et mourut en cette même année. Il
épousa une fille du pn'sident de Villemontée. C'était le fils de Gaston de Grieu , prévôt des marchands en 161 4, qui prononça, dans une assemblée tenue à l'Hôtel de ville le 95 juin de cette année, au sujet de la préparation des cahiere des États généraux, un discours fort remarquable.
' Y a-t-il identité entre ce TulTerean et un personnage qui porte (à une lettre près) le même nom et qui figure dans ce passage du Co/a/o^Me (déjà cité) des manuscrits de la bibliothèque de Carpentras ( t. I , p. 5 1 ) : Dénonciation faite au roipar Charles Trujfereau, sieur de Trigone, des malversations du a' de Sillerij. Ordonnance du roi à ce sujet ,le^8 mai i fia 4? La coincidence des dates semble indiquer que Tuffereau et Trujfereau ne sont qu'un seul et même individu.
Gallicane, puisque par grande merveille il n'est pas encore tombé en voz mains et de crainte que mon homme n'ayt failly, je vous en envoyé la minutte afin que vous le puissiez plus aiseement corriger s'il y escheoit, et possible y aura il quelque mot dont l'escriture vous pourroit faire recognoistre l'autheur; si c'estoit quelque chose de meilleur, je vous en ferois part encoi'es plus volontiers. Mons"" de Callas, mon père, a esté cez jours passez en telle extrémité que la gangrené luy avoit gaigné un pied. Dieu luy a faict la grâce de l'en délivrer. Vous pouvez penser comment cela nous a tenus et nous tient encores, car il n'est pas quitte de beaucoup de mal, bien qu'il le soit de celuylà. Cela m'a empesché de recognoistre les pièces que je vous ay faict extraire de noz registres, mais je ne tarderay pas de m'en acquitter, Dieu aydant, et de vous faire recognoistre que je suis véritablement.
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 27 juin lôai'.
A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY