À PARIS, RUE DES POICTEVINS, AU LOGIS DE FEU M. LE PRÉSIDEM DE THOU
Monsieur, Je receus dimanche vostre lettre du 1 7 du passé et en mesme temps fis chercher le M[anu] S[cril] du Richerius Senonicus^, que vous aurez maintenant par une bonne commodité qui s'est présentée, sans laquelle
' Voi. 716, fol. 18. insérée dans le Spictlegium de Dom Luc
' Richer, religieux de l'abbaye de Sénones d'Achery (éd. in-fol., l. II, p. 6o3). Voir,
(Vosges), auleur du iiii' siècle, a laissé une sur Richer, Histoire littéraire de la Frottée,
chronique latine de son monastère qui a été t. XIX, p. 79-89.
je l'eusse plustost faict descouldre pour le vous envoyei* par la poste ordinaire, vous priant de croire que je n'ay rien en mon pouvoir qui ne soit absolument ù vosti*e disposition et sans reserve quelconque. Vous en pouvez faire transcrire ou tout ou partie ou retenir l'original mesmes si vous voulez comme bon vous semblera. Je ne crains si ce n'est que possible vous n'y trouverez pas chose qui responde bien à l'opinion qu'on en pourroit avoir couceiie. M. Godefroy vous en pourra dire des nouvelles, car je le luy ay autres foys baillé. J'ay soigneusement cherché entre les papiers que je mis par ordre en diverses pilles avant que partir de Paris le jugement rendu par le Roy S' Louis sur le différent de l'Arclievcsque de Rheims\ duquel j'ay fort bonne souvenance, mais je ne l'ay poinct sceu retrouver. 11 fault qu'il soit demeuré entre des papiers confus que je n'ay pas peu chercher pour à cette heure, si toutefoys il n'est demeuré par mesgarde ez mains des coppistes, comme il est advenu de quelques autres, quoy qu'ils ayent peu dire ou faire dire au contraire, n'estant pas inconveniant que la grande multiplicité face tomber à des équivoques d'une personne pour une autre ou autrement, tant y a que si vous avez prins plaisir de voir ceste pièce par mon moyen, je prendray maintenant un second et plus grand plaisir de le recouvrer une seconde foys par vostre entremise, car je me doubte fort de ne l'avoir plus et qu'il n'en soit rien demeuré par devers moy : que si la coppie que vous avez n'a esté faicte chez vous et qu'il vous plaise me l'envoyer, je jugeray plus aiseement du lieu d'où je la pouvois avoir tirée, soit par les cottes de ma main, s'il y en a, ou par le caractère de l'escrivain que j'y auray employé. Et puis je la vous r'envoyeray de rechef aprez en avoir retenu aultant. J'ay eu de ce mesmes païs là diverses pièces de divers endroicls, ce qui me faict estre en
' Voir le chapitre ccclxxx de la Vie de archevesque de Beitns , sur la garde de Saintsaint Louis, roi de France, par le Nain de Hemi de Reims (t. IV, i848, p. jga). L'ar- Tillemont, piiblit?e pour la Société de riiis- chevêque Tlioiiias de Beaumelz siégea de toire de France par J. de Gaulle, chapitre isSi à i963. L'alTairc dunl parle Peu-esc intitulé Différend entre saint Louis et Thomas, dura de 1 969 à t aCa.
AO
double jusques à ce que je voye si l'aspect de la pièce m'en pourra esclaircir ou non.
Je me resjouys grandement d'entendre que M"^ Grottius ayt achevé son traicté de jure belK \ ce sera un grand acheminement à la plus grande œuvre de jure gentium qu'il promettoit et qui consiste plus en cela qu'en toute autre chose. Je vous supplie de m'entretenir en ses bonnes grâces et le faire esclaircir sur cela, sçavoir est s'il y a tout comprins ou s'il achèvera le reste. Je crois que les lettres de M'' le Cardinal d'Ossat seront trez belles'-', j ay donné charge à mon frère de Vallavez (qui vous debvrà avoir sallûé à cez heures cy)^ de m'en envoyer un exemplaire. J'ay escript à M' de Maussac en termes que je croids qu'il me debvroit faire responce. Et parceque j'ay trouvé parmy mes vieux livres en blanc* un exemplaire double d'un petit traicté de Kepler^ de JSivc sexanguh^, qui ne se trouva pas aiseement depardelà quand je le demanday, lors qu'il y tomboit de la neige estoillée, j'ay creu que vous ne seriez pas marry que je le vous aye envoyé, soit que vous l'ayiez ou non, parceque si vous l'avez, quelque autre de voz amys le recevra volontiers de
' Dejurebellietpacis{yixvis,BaoQ, iGaS, in-4°). M. E. Gi'ëgoii-e dit dans l'article Grotius déjà cité de la Nouvelle Biographie générale (t. XXII, p. aoa) : ir Pendant l'été de l'année 1 628 , Grotius se retira dans la maison de campagne du président de Mesme , située aux environs de Senlis. C'est là qu'il commença, sur les instances de Peyresc, son grand traité Sur le droit de la paix et de la guerre, qui parut en iCaS, avec une dédicace au roi Louis XIU. r>
^ Peiresc n'avait pas tort de le croire. Guy Patin, vingt ans plus tard (16 novembre iC43), écrivant à Spon, vantait aussi les n belles lettres» du cardinal d'Ossat. Voir divers autres témoignages en faveur du mérite de cette correspondance dans le petit l'ecueil intitulé : Lettres inédites du cardinal
d'Ossat, publiées avec une notice et des notes (i8ia,in-8% p. 16, 17).
^ Le frère de Peiresc passa plus d'une année à Paris. J'ai sous les yeux deux lettres qu'il écrivit de cette ville à son aîné, l'une du 25 novembre 1626 , l'autre du 5 octobre
' C'est-à-dire non reliés.
' Jean Kepler était alors âgé de cinquantedeux ans ; il devait mourir six ans plus tai"d à Ratisbonne (i5 novembre 1670). Voir, au sujet du grand astronome , une lettre de Joseph Gaultier, prieur de la Valette , adressée à Peiresc, le 22 mai 1 63 1. (Les correspondants de Peiresc, fasc. IV, Aix, 1881, in-8°, p. 27.)
° Strena, seu de nive sexangula (Francfort-sur-le-Mein , 1611, in-4° ).
vostrc main, et attendant meilleure occasion de vous servir je demeureray, Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteuj-,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 13 juillet 169 4.
Nous pensions avoir beaucoup faict devoir M'' de Callas, mon père, eschappé du danger ou l'avoit porté la gangrené survenue à son pied, mais enfin les tendons ont paru dessoubs touts pourris et les douleurs qui l'affligent quasi incessament luy donnent tant d'inquiétude, que je ne puis quasi bouger d'autour de sa persone jour et nuict, ce qui me donne bien de l'inquiétude à moy aussy et m'oste le moyen de rien entreprendre qui vaille, et m'a retardé en l'expédition des papiers que j'ay promis à M. de Lomenie et a vous à mon trez grand regret ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, J'avois tousjours espéré que M"' du Thou prendroit sa route d'Italie^ par icy et que je luy pourrois moy mesmes bailler mes lettres, mais à ce que j'ay peu voir par voz dernières despesches qui ont esté longuement retenues en chemin par le divertissement^ de quelques pacquets qui furent esgarez à l'Aurioi" et qui ne se sont recouvrez que tard, vous avez prins autre dessain et possible que les bruicts ou de peste ou de soubçon qu'on a faict indiscrètement courir de Ligourne^ aussy
' Vol. 716, fol. 20. ment (de (/î et lertere). Ce sens du mol (/i-
' Voir dans le tome VIII de la Revue ré- veriissement n'est pas indiqué dans le Dic-
trospective , publiée par M. J. Taschereau , tionnaire de Littré.
le récit du voyage en Italie de F.-A. de Thou , * Loriol , chef-lieu de canton du départiré de sa correspondance originale conservée temenl de la Di-ôme, arrondissement de Vadans la collection Dupny. lence , h 9 1 kilomètres de cette ville. ' Changement de direction , détourne- ' On a longtemps en France continué à
IHPKtVCliri: KlTIO».-.LB.
bien que de Palerme en auront donné le subject; si ce n'est à cette heure que nous avons ce bien j'espère que ce sera une autre foys, cependant je vous envoyé des lettres à mes amys, non telles qu'il eust fallu pour un si noble subject, mais telles que me les a peiies suggérer mon foible esprit pendant les inquiétudes que m'a depuis peu données la maladie de Mons'' de Callas, mon père, grandement rengregee' et pendant un peu d'indisposition qui m'a saisy moy mesmes et qui semble me menasser de plus grosse maladie, ce qui ra'empescherà pour ce coup d'escrire de pardela à mes bons seigneurs et amys, attendant que je me trouve un peu mieux, et me servira s'il vous plaict d'excuse envers vous si je ne responds particulièrement à tous les chefs de vostre lettre pour à cette heure. Je vous supplie de le trouver bon ainsin et de m'ayder à estre excusé de Monsieur de Lomenie, do M"" Bignon^ et autres, espérant que je ne tarderay pas de m'acquiter de mon debvoir en leur endroict pour ce regard, et sur ce aprez vous avoir prié de me conserver l'honneur de vos bonnes grâces je demeureray à jamais,
Monsieur, »
vostre trez humble et obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'AU ce 8 septembre 169 4.
Si M' du Thou passe par Crémone , il seroit bon que quelqu'un des siens taschast d'y recouvrer une harangue funèbre du Roy d'Hespagne Philippe second, laquelle y fut prononcée et imprimée par un Jésuite^
donner le nom de Ligourne h la ville que le billet n° III de P. Dupuy à Peireso. J'ajou-
nous appelons Livounie, et jusque dans le terai k cette note ({ue l'on possède 2 4 lettres
Moréri de 1759, on ti'ouve les deux formes de Peiresc à l'éditeur des Formules de Mar-
à la t'ois. culfe , dans le second volume des minutes de
' Augmentée. Voir, au sujet de ce terme la bibliothèque d'lnguimbert(fol. 356-867).
vieilli , mais que donne encore le Dictionnaire Ces lettres s'étendent du 6 décembre i6a3
de /'icarféwte/rançatse en sa dernière édition aui5 mars 1687.
(1878), ime note ^es Lettres de Jean Cha- ' On ne trouve dans toute la Bibliothèque
pelain (t. H, p. 189). des écrivains de la Compagnie de Jésus, au-
' Voir, sur cet excellent magistrat , sur cet cune mention d'oraison funèbre de Phiexcellent érudit, une note h l'/IjopwKij'ee, sous lip[ie II prononcée à Crémone. Une seule
et contenoit de fort notables particularitez de sa généalogie, mesmes des paroles qu'avoit dictes Charles le quint estant dans Rome et dans la maison des vieux Perleons, que c'estoit las veras cunas de mis avos, disoit-il \ etc.
Si par hazard mes lettres arrivoient trop tard et que M' du Thou fust party, vous les luy pourez faire tenir par la poste en lieu de son premier sesjour, et en tout cas j'escriray à cez cardinaux de Rome par ie prochain ordinaire et à M' Méandre et leur donneray advis à l'avance de son voyage, ensemble à M' Pignoria^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Ayant trouvé un peu de temps cez jours cy je me suis faict apporter quelques registres et ay faict extraire quelques pièces que je vous envoyé en nombre de 3o ou Ito, entre lesquelles il y en pourroit bien avoir quelques unes que vous ne serez pas marry d'avoir. J'y ay mis entre autres les principales concernant l'affaire de feu M' l'Archevesque d'Aix ^ et me suis depuis souvenu que je vous en avois baillé deux ou trois si je ne me trompe, longtemps y a, et possible aurez vous eu les autres d'ailleurs, mais celles cy seront signées en forme authentique comme il me semble que vouz les vouliez autres foys. Je vous avois parlé de certaine procédure contre l'evesque de Grâce \ laquelle je
pièce de ce genre est ainsi désignée par les Pères de Backer et Sommervogei (t. I, col. 1000, art. Cajetano): Orazionefoneraie neir esequie del CathoUco Be di Spiigna Filippo II celebrate nclla cathédrale Chiesa per lo ilbislriss. Senato palcrmilano (Païenne, l6oi,in-4''V
' Le vrai berceau de mes aïeux.
' Vol. 716, fol. a a. •
^ Paul Hurault de l'Hospital, qui, nommé en 1 695 , siégea de 1 699 à septembre 1 69 3. Sur son administration et notamment sur ses querelles avec le Parlement, c'est-à-dire sur ce que Peii'esc appelle l'affaire de feu tire l'archcvesque d'Aix, voir Gallla christiana (t. I,col. 336).
" Élienne Le Maingre de Boucicaut.
comme nous l'avons déjà vu dans la lettre VI.
kk LETTRES DE PEIRESG [1624]
n'ay pas encore peu recouvrer , parce qu'elle est en cahiers secrets mis sous des clefs particulières, qui avoient esté mises en main du feu conseiller Arnaud et du feu présidant de Bras, lesquels sont décédez sans les rendre à persone de la Compagnie. Je crois bien pourtant que je les auray tost ou tard, cependant vous prendrez en gré ce peu que je vous envoyé et s'il s'y trouve rien du goust de W de Lomenie, je crois que vous le luy communiquerez. Vous m'aviez escript que vous desiriez le rooUe des hommes illustres dont je pouvois avoir les portraicts. Il est vray que j'en ay quelques uns, mais comme je ne me suis guieres attaché qu'à ceux qui ont esté de ma cognoisçance et qui m'ont advoiié pour leur serviteur, je n'en ay pas un grand assortiment. Je crois bien qu'il y en ait quelqu'un que vous n'avez pas ou (Ju moings que vous n'aurez pas si bon, car quand je les ay peu avoir de bonne main j'en ay esté soigneux *. Peut estre y en aura il une douzaine qu'il ne me souvient pas d'avoir veus chez vous, desquels vous choisirez ceux que vous vouldrez et je vous en feray faire les coppies trez volontiers, voire les originaux mesmes sont à vostre service sans cérémonie. Mais ils sont touts de la grandeur naturelle de la poictrine en hault et si vous ne les voulez de mesme grandeur je les feray réduire en petit, entr'autres j'en ay de Camdenus d'excellente main et grandement ressemblant, qui vous serviroit possible à l'édition de vostre depos. Il y en a un de Laurentius Pignoria de la main de Francesco ApoHodoro ^, qui ressemble admirablement et que les peinctres voyent fort volontiers. J'en ay encore quelques autres vieux de persones célèbres tant de nos gouverneurs du païs que autres, ou il s'en pourroit bien rencontrer quelqu'un que vous n'eussiez pas, mais vous ne vous soussierez guieres de cela à mon advis. H y a mesmes
' Voir, sur les portraits réunis pai- le cor- ' Francesco ApoHodoro , surnommé il
respondant des frères Dupuy,f/He tore we'rfjfe Porcta, natif du Frioui, brillait à Padoue
de Peiresc à Jean Chalette, du 8 mai 1627, dans les premières années du xvn' siècle. Ses
publiée dans la Revue de Champagne et de Brie biographes déclarent qu'il excella dans le
en 1 884 (avec tirage à part à a 5 exemplaires). portrait , et qu'il peignit surtout les gens de
Cf. la lettre reproduite ci-après (n° XV). lettres ses compati-iotes.
celuy du célèbre Michel Nostradamus', qui pourroit bien trouver
place parmy beaucoup d'autres si vous ne l'avez et le vieil premier
président d'Oppede^. Je ne doubte pas que vous n'en ayiez un du
pape d'à présent des meilleurs, mais j'en ay un de Voiiet^, qui a
rencontré excellent à mon gré\ Je suis pressé de clorre pour la presse
de celuy qui se charge de vostre pacquet. Vous m'excuserez si je
ne satisfaicts mieux à mon debvoir et après vous avoir rendu mille
grâces de tant de bons offices que vous avez rendus à mon frère et
de tant de belles curiositez dont vous plaict me faire part, je de-
meureray,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 3o octobre lôai '.
[Sur l'adresse.) 11 est demeuré en arrière deux ou trois pièces croisées, qui suivront bien tost les autres.
' Michel de Nostredame , né à Saint-Remy (arrondissement d'Arles), le i4 décembre i5o3, mourut à Salon (arrondissement d'Aix), le 9 juillet i566. Dans la Liste des portraits des Français illustres du tome IV de la Bibliothèque historique de la France, on mentionne huit portraits du médecin-astrologue, et encore ne signale-t-on pas celui que César de Nostredame avait fait de son père et qui est conservé dans la bibliothèque de la ville d'Aix. Le portrait que possédait Peiresc passa , avec beaucoup d'autres toiles de sa belle collection, dans le cabinet Borrilly.
' Jean de Maynier, baron d'Oppède , né le 1 o septembre i igS , à Aix , devint premier président au parlement de Provence en 1 543 , se rendit tristement célèbre par sa barbare expédition conti-e les Vaudois de Cabrières et de Mérindol , et mourut dans sa ville natale, le ag novembre i558. Un portrait de
ce magistrat ainsi qu'un portrait de son père , Accurse Maynier, baron d'Oppède , qui fut premier président du parlement d'Aix en i5o7, sont indiqués dans la liste qui vient d'être citée. On les trouvera l'un et l'autre dans le recueil intitulé : Portraits des premiers présidents du parlement de Provence, recueil dont le texte est l'œuvre de Pierre- Joseph de Haitze et dont les gravures sont l'œuvre de Jacques Gundier (Aix, 1794, in-fol.).
' Simon Vouet, né en janvier 1690 à Paris, y mourut le 3o juin 16^9. Ils<'journa quinze ans en Italie , où le pape Urbain VIII lui demanda de nombreux tableaux. Voir, sur ce peintre ordinaire du roi Louis XIII , l'article Vouet du Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, par A. Jal (Paris, «867, p. 1288).
' C'est-à-dire : qui a eu la main heureuse.
' Vol. 71 G. fol ai.
46 LETTRES DE PEIRESG ^ [1624]
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Pour n'accumuler trop de pièces ensemble comme l'autre foys et ne lendre si difficile l'expédition d'icelles par la quantité, j'ay creu qu'il vaudroit mieux les vous envoyer peu à peu à mesure qu'elles seront expédiées de peur de vous laisser languir en l'attente, car vous les remettrez bien par aprez au lieu qui leur sera plus propre pour l'assortiment des affaires qui s'y trouvent traictées. Comme par exemple je vous envoyé la première plainte qui fut faicte par le procureur gênerai pour le deffault d'annexé contre un Caraathe, vicaire gênerai de l'evesque de Digne \ dont on se fust bien passé, mais puisque vous aviez le demeurant de la procédure, cela n'y sera pas inutile pour monstrer comme cette compagnie y va hardiment et diligemment. J'avois attendu assez longtemps de recouvrer deux ou trois pièces que vous aurez trouvées de manque en l'inventaire que je vous envoyay dernièrement, lesquelles se trouveront enfin, mais jusques icy il ne m'a pas esté possible, et cependant vous ne serez pas marry d'avoir eu le reste et je n'oublieray pas de faire continuer la recherche de celles là. On a laissé esgarer les clefs ou sont les plus belles pièces de toutes, mais je suis aprez de faire ordonner qu'il en soit faict de nouvelles et par ce moyen nous verrons ce qu'il y aura. Ce qu'attendant je vous envoyé un arrest contre l'abbaye de Lirins ^ et contre l'evesque de Grâce qui est possible des plus importans que vous puissiez avoir de cette compagnie icy ou nous n'avons pas les grands maniments
' On conserve dans le registre XX de la n l'exécution d'une bulle de dispense de ma-
collection Peiresc , k la bibliothèque d'In- riage au degré prohibé.
guimbert, une pièce du 20 novembre 1628 ' Le célèbre monastère établi dans celle
intitulée : Ajournement de M. Cumathc, vi- des îles de Lérins qui porte le nom de Saint-
caire de l'évêque de Digne , pour avoir procédé Honorât.
que peuvent avoir les aultres. Quand je rencontrcray quelque chose de meilleur, je ne m'y espargneray pas pour vous procurer toute la satisfaction qui me sera possible. Au surplus j'ay esté infiniment affligé d'entendre la maladie extrême de M' de Thou en Angleterre et l'approhension ou elle vous a tenu et me suis fort consolé d'entendre qu'il s'en soit tiré et l'espérance qu'il y a de sa promte guarison. Je prie h Dieu qu'il le veuille avoir bien conservé et confirmé en pleine santé pour aultant d'années que luy en souhaictent ses plus fidèles amys et serviteurs ^ J'avois eu crainte que les lettres que vous m'aviez demandées pour luy ne le trouvassent pas à Paris, puisqu'il en debvoit partir si tost et qu'il ne fust plus tost à Rome que de les avoir recouvrées. Gomme de faict il eust peu arriver s'il eust prins cette routte, c'est pourquoy j'avois escript à cez messieurs de Rome par l'ordinaire d'Avignon pour prévenir son arrivée ainsin que je vous avois mandé et en ay receu responce de la plus part, qui me tesmoignent tous de l'attendre en bonne disposition de le servir et favoriser de ce qu'ils pourront et je crois qu'ils le feront s'il y va. Entre autres le Cardinal Barberin, neveu du Pape, m'escript une lettre exprez pour cela seul, laquelle mon frère vous portera et laquelle vous trouverez je m'asseure bien honneste. Il y a quelque temps que je receus une lettre de M' de Maussac du 27 du passé, en responce d'une mienne qui luy fut présentée par un de mes amys qui s'en retournoit icy ou il s'estant en fort long discours touchant le s' de Veilleux que vous avez autres foys cogneu et libre et celestin, lequel est maintenant ministre auprez de Nismes^ et s'amuse à la lecture de livres hébreux, entr'autres un Pmno
' Ces vœux, on le sait, ne devaient pas être exaucés, et la hache du bourreau de Lyon , en frapj)aul , dix-huil ans plus lard , te fils aîné du président de Thou , fit tomber une tête bien jeune encore.
^ Voici les renseignements que fournit la France ■prolcHianle (première édition, t. tX, p. /i56) : ifCliarles de Veilheux ou Vellieu, conseiller au parlement de Grenoble, qui
était descendu de sa chaise curule pour entrer dans Je couveot des Cétestins à t'aris, l'ut gagné , dit-on , à la religion évangéliqiie par La Milletière. Parmi les lettres de Mornay, il s'en trouve une que le gouverneur de Saumur lui adressa en iGiy pour le féliciter sur sa conversion. En i Gao , Veilheux était à Genève, travaillant ii un ouvrage où il se proposait défaire choquer les deux car-
fidei de Raymond Sebond^, qu'il veult faire imprimer à Genève ou à Basic. Je luy escrivois de voz mss. du s' de lEscalle , mais il ne m'en respond rien. Je luy en escriray de rechef par un autre qui s'en va à Thoulouse lundy, à qui je donneray charge de le faire précisément parler touchant lesdits Mss. et qui s'offrira de les apporter à son retour, et d'icy à Paris nous avons tous les jours tant de commoditez que nous voulons. Mon frère m'escript la peine que vous avez prise pour me faire avoir cet induit ^ qui m'oblige tousjours à des nouveaux re-
dinaux Bellarmin et Du Perron en la matière de l'Eucharistie. Rien ne nous apprend si ce livre , qui devait être intitulé De la communion à J. CL , a vu le jour. De Genève , Veilheux se rendit à Bâle pour s'y livrer à l'étude des langues orientales; puis il revint en France et fut donné pour pasteur à l'église de Nîmes. Gomme il ne figure pas au nombre des ministres de cette église présentée au synode national de Gastres en 1626, il faut croire qu'il la quitta à cause des dissentiments qui éclatèrent , au rapport de Ménard , entre lui et le consistoire , au sujet de la levée de bouciiei"s du duc de Rohan , dont il était le zélé partisan. Nous le trouvons effectivement à Paris en 1627 : il y fut parrain d'un enfant de La Milletière (Reg. de Ghareuton).» Complétons la notice des frères Haag en empruntant à Tallemant des Réaux [Historiettes, t. IV, i855, p. 293) ce qu'il dit de la maréchale de Ghâlillon (Anne de Polignac , mariée le 1 3 août 1 6 1 5 avec le petitfils de l'amiral de Coligny) : cElle se mit en teste d'entendre la Sainte-Escriture, et pour cela elle s'enfermoit des après-disnées entières avec un grand ministre mal basty, qu'on appelloit M. le Veilleux, et cela si souvent qu'on commençoit à en dire des sottises. «
' Raymond de Sebonde, né à Barcelone, selon Philippe de Maussac, éditeur du Pugio fidei (Paris, i65i), à Toulouse, selon
l'abbé D. Reulet ( Un inconnu célèbre. Becherches historiques et critiques, etc. , Paris ,1875, in-18), fut professeur à l'universit(; de cette dernière ville et mourut, non en i439, comme l'ont réjx^té tous les biographes, mais le 99 avril ii36, comme l'a établi son dernier et habile biographe. l\ est inutile de rappeler que Michel de Montaigne a traduit (du latin et non de l'espagnol, comme trop de critiques, quelques-uns éminents, l'ont dit et redit) le Livre des créatures (Paris, 1869, in-S") et qu'il a consacré un des chapitres les plus considérables des Essais (le chapitre xii du livre II) à V Apologie de Raimoml Sebond. Peiresc avait tort d'attribuer à l'auteur du Livre des créaturci le Pugio fidei, qui est incontestablement l'œuvre du dominicain catalan Raymond Martini : il avait été trompé par une lettre que Joseph Scaliger écrivit à Gasaubonen i6o3 {J. Scaligeri epistolœ , Leyde, 1 697, lettre LXXXIV, p. 239). Ph.de Maussac a relevé le premier, dans son édition du Pugio fidei, aux Pi-olegomena, l'erreur de Scaliger, laquelle avait trouvé grâce devant Gabriel Naudé [Bibliographia politica). Bayle (art. Sebonde du Dictionnaire critique) rectifia, d'après Maussac, la faute de Scaliger.
' Peiresc avait demandé à Rome un induit pour pouvoir mettre de l'ordre en son abbaye de Guitres, et Pierre Dupuy l'avait
merciments et me rend plus elFronté à vous importuner comme je faicls à toutes Iieures et comme il fauldrà que mon iVere fasse encores pour employer vostre intercession envers Monsieur le Procureur General ' et ceux de noz juges du parlement qui se trouveront de voz amys particuliers, mais je sçay bien que vous y prenez plaisir, et je m'y laisse porter avec moings de regret sur l'espérance que j'ay que vous me commanderez un jour en quelque occasion ou j'aye moyen de vous servir utilement et vous lesmoigner par effects que je suis de tout mon cœur,
Monsieur,
vostre trez humble et Irez obéissant serviteur, DE Peiresc.
D'Ak, ce dernier novembre 1626 '.
obtenu par l'intervention de son frère Christophe, procureur général des Chartreux.
Dans cet induit, daté du aa février 1695, Urbain VIII rappelle tout le bien fait par Peiresc à l'abbaye depuis qu'il en avait été nommé abbé commendataire en 1 6 1 8. Il faut rapprocher de ce document, conservé dans le registre LI de la collection Peiresc, à la bibliothèque d'Inguimbert , un bref adressé par Urbain VIII, le 5 avril 1625, au cardinal François de Sourdis , archevêque de Bordeaux , bref dont il existe deux copies dans ledit registre , lesguelies sont plus complètes et plus correctes que le texte qui en a été publié par les auteurs du Gallia chris-
tiana (t. II, col. 87^). Voir Une lettre ittédtle de Peiresc, abbé de Guilres, au cardinal de Sourdis, avec introduction et notes, par Ant. deLantenay (Bordeaux, 1878, broch.
gr. in-8°, p. 6-1 4).
' Mathieu Mole, né en 1 584, fut conseiller au parlement de Paris en 1606 , président aux enquêtes en 1610, procm-eur général en 1 6 1 i , premier président en i64i, garde des sceaux en i65i; il mourut le 3 janvier i656. Mathieu Mole était très lié avec Pierre Dupuy, comme le prouve sa correspondance avec ce dernier (Biblioth. nat. , collection Dupuy, vol. DCCXCII).
' Vol. 7iG,fol. 26.
IMPOiaCIIC a*tlO!C4Lg.
LETTRES DE PEIRESG
[16-2/iJ
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre lettre du 22 du passé aprez une infinité de petits livres et autres curiositez que mon frère m'a faict tenir de vostre part qui m'obligent moy à bonnes enseignes aux renseignements que vous me faictes et que je vous doibs à vous mesmes, car je n'ay rien faict pour vous qui soit proportionné à la centiesme partie de ce que vous faites pour moy et pour toute nostre maison , dont nous vous demeurerons à jamais redevables quand nous demeurerions au monde le double du temps qu'on y peult estre. Mais tant que nous y serons nous n'oublierons et n'espargnerons aulcun moyen ne aulcune industrie pour vous servir en revanche de voz honnestetez. J'ay porté avec un extrême regret la maladie de Monsieur de Thou et désire fort impatiemment d'entendre qu'il soit bien remis et de retour chez lui. Je suis bien aise que les pièces pour les libertez^ ne vous ayent pas esté désagréables. Je n'ay depuis recouvré qu'un arrest que je vous envoyé qui pourra passer parmy les autres, attendant quelque chose de meilleur. On travaille aux portraicts de Jul. Caes. Scaliger- et de Jo, Vinc. Pinellus^ sur les mesures que vous
' Le recueil des libertés de l'Eglise gallicane. Le registre XX de la collection Peiresc à Carpentras est rempli de documents relatifs à ces libertins.
^ Jules César Scaliger, né en Italie, probablement à Padoue, le a3 avril i484, mourut le 21 octobre i558 à Agen, où il était venu exercer la médecine en iSai. Voir le curieux recueil intitulé : Documents sur Jules César Scaliger et sa famille, publié par M. Adolphe Magen (Agen, 1878, in-8°). Voir encore ï Etude biographique sur Jules- César de Lescale par M. Jules de Bourrousse
de Laffore (Agen, 1 861 , in-8°). On connaît quatre portraits du père de Joseph Scaliger. Voir la Bibliothèque historique de la France (t. IV. p. a66).
' Jean-Vincent Pinelli naquit en i535 à Napies et mourut en 1601 à Padoue, oîi il était venu s'établir en 1.558. Voir, sur ce fervent bibliophile, sur ce remarquable érudit, les Mémoires de J.-A. de Thou (Hv. IV), VHistoire du même auteur (liv. GXXVI), le recueil d'Antoine Teissier (t. IV, p. 377-383), Gassendi (p. 3o. 3i et 65).
m'avez envoyées et si tost qu'ils seront faicts et secs je les vous envoyeray, comme je feray aussy de tous les autres que vous me ferez cognoistre que vous desiriez, ce que je puis faire fort commodément parceque j'ay rencontré un jeune homme fort exacte \ par qui je puis faire faire cet ouvrage avec fort bon mesnage^ et tandis que je le tiens, je seray bien aise d'apprendre les autres qui vous manquent, d'aultant que nous n'avons pas tous jours tant de commodité d'y faire travailler, estants icy en lieu assez reculé du grand chemin du commerce de telles gents^. Je ne pense pas vous avoir veu le porlraict de M'' Camdenus que je sçay bien que vous tiendrez volontiers et pour ses mérites et pour la particulière amitié que vous luy portiez. J'en dirois bien aultant de NP Barclay * et de M"' Aleandro , et si vous aviez eu particulière cognoisçance du S"" Pignoria , vous auriez admiré sa bonté et sa vertu et l'eussiez non seulement aymé mais adoré, car il est infiniment ay niable; et au reste pour sa doctrine il a acquis un grand nom en Italie et vous y pourroit encores bien servir aux occasions et vous et voz amys curieux, dont je sçay bien qu'il se tiendroit fort honoré. Quant à ceux que je désire avoir j'en ay escript à mon frère, afin qu'il vous descharge de ce
' Peiresc écrivait exacte pour exact. L'expression est employée ici dans le sens du latin exactus, soigneux.
* Ménage, économie. Voir le Lexique (déjà cité) de la langue de Malhet-be , par Ad. Régnier fils (t. V des Œuvres publiées par M. Lud. Lalanne, p. 385).
■■ On regrette que Peiresc n'ait pas nommé le jeune peintre dont il était si content; peutêtre s'agit-il là d'Adrien de Vries, dont nous allons trouver le nom un peu plus loin. Ce qui me le ferait croire, c'est que ce peintre, né vers i6oo, aurait bien eu, en 162/1, l'âge indiqué par cette expression : un jeune homme.
* "Jean Barclay, né à Pont-à-Mousson le 9 8 janvier 1 5 8 a , mourut à Rome , le 1 9 août 16a t. Ce fut un grand ami de Peiresc qui
lui adressa plus de cent lettres conservées dans le second registre des minutes de la bibliothèque d'inguimbert. Voir, sur Barclay, Gassendi (p. 199, 969), Bayle, Niceron, surtout M. Jules Dukas, qui a complété tous les précédents travaux biographiques et en a rectifié plusieurs dans sa remarquable Etude hihliographique et littéraire sur le Salyricon (Paris, Léon Techener, 1880, in-S"). Peiresc fit graver le portrait de Barclay pour le mettre au-devant de YArgeuis. Dans la Liste des portraits des François illustres (tome IV de la Bibliothèque historique de la France), on indique trois gravures : 1° celle de Claude Mellan (Rome, 1G91, d'après du Moustier); 9° celle de Larmessiii; 3° celle d'un inconnu de la suite de Boissard.
soing et qu'il extorque par importunité ceux que la propre modestie me feroit refuser et de vous et de Mess" Bignon \ Grottius et Sauimaise*, vous suppliant de pardonner ma liberté et de ne poinct vous roidir à me priver de ce contentement, ains de m'ayder à obtenir la mesme grâce que j'attends de vous, de touts cez autres messieurs que j'honore et aiïectionne de tout mon cœur. Posez le cas que je fusse un de cez gros Allemans qui vous vont importuner d'escrire dans leur Album amicorum : il vous en cousterà un petit plus de temps. Mais je n'en oublieray pas l'obligation comme font plusieurs de ceux la et la grâce que je retireray devons me servira de perpétuel object devant les ieulx pour ne point oublier ce que je vous doibs. Je plains grandement la perte du bon Père Fronton^ et principalement à cause de sa bible qui n'eust peu estre que trez belle'', c'est un grand daumage. Pour les conciles du P. Sirmond il me tarde bien que nous les ayions en lumière; s'il venoit faulte de luy^, ils courroient possible autant de fortune que la bible du pauvre P. Fronton. J'attends en impatiance que M' Saulmaise nous donne son Solin et son Suétone'^; si on ne l'embarque à commancer, il ne le fera de longtemps. 11 me reste à me conjouyr avec vous de la guerison de Monsieur de Lomenie, dont la maladie m'avoit esté si sensible que quand elle m'eust touché au corps, elle ne m'eust pas peu
' Sur les portraits de Jérôme Bignon (au nombre de quatre), voir la liste cit^e dans la note précédente.
' Aucun portrait de Claude de Saumaise n'est mentionné dans la liste de la Bibliothèque historique de la France.
' Fronton du Duc, né à Bordeaux en 1 558, entra dans la Compagnie de Jésus en 1577, professa la rhétorique et la théologie à Pont-à-Mousson , à Bordeaux et au collège de Clermont à Paris, où il fut nommé bibliothécaire en 1 6o4. Il y mourut de la pierre le 25 septembre i6a4. Voir ce que Gassendi raconte (p. aie) des services rendus par Peiresc à Fronton du Duc.
' On lit dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus (t. I, 1869, col. 1674) : (fLe P. Fronton avait formé le plan d'une édition de la Bible grecque, selon la Version que saint Jérôme nomme commune, distinguée de la Version des Septante, n Les pères de Backer et Sonimervogel ajoutent que ie savant helléniste regardait cet ouvrage comme son ouvrage capital.
^ S'il venait à nous manquer. On ne retrouve pas cette expression dans nos dictionnaires.
" Saumaise, comme je l'ai déjà rappelé, donna son Solin en 1629, mais il ne donna jamais son Suétone.
toucher plus avant en l'ame. Dieu le nous veuille conserver à nous et à tous ses autres serviteurs, car pour luy il se soussye si peu de se choyer qu'il semble qu'il luy soit indifférant de vivre ou de ne vivre pas, et sur cez bons souhaicts je finiray denieui'ant.
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 20 décembre 1624'. ,
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, J'estois pendant cez festes à la recognoisçance des papiers que j'ay apportez de Paris pour trouver ceux de S' Mansuy'^ que M"^ Godelroy m'avoit demandez, quand j'ay receu une despesche de mon frère qui me donne advis de vostre commission en Lorraine avec M"" le Bret^ pour les limites et du dessein que vous aviez de partir bien tost, en quoy je ne doubte poinct que vous ne rendiez de trez grands et signalez services au Roy". Il me dict que vous aviez opinion que dans les papiers
' Vol. 716, fol. 28.
' De l'abbaye de Saint-Mansuy-lez-Toul , de l'ordre de Sainl-Benoît. On sait que saint Maiisuy (Mansuetus) passe pour avoir été le ])remier évêque de Toul.
^ Il s'agit là du jurisconsulte et conseiller d'i'^lat Cardia Lebret, seigneur de Flacour, né en i558 ù Paris, mort en cette ville, le a4 janvier i655. Il est l'auteur du Trailé de la souveraineté du Roi (Paris, 1689,
' Peiresc ne se trompait pas : le voyage d'exploration de P. Dupuy fut des plus fruc-
tueux. On lit dans le Moréri (article déjà cité): (tU fut employé avec MM. le Bret et de Lorme, pour justifier les droits du roi sur les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, et [constater] les usurpations des ducs de Lorraine sur ces mêmes évêchés. On est persuadé que tout le poids de cette commission tomba sur M. du Puy, qui en dressa tous les inventaires raisonnes, et qui fournit quantités de titres et de mémoires pour la vérification de ces droits, n Ces renseignements sont empruntés h la vie de P. Dupuy par son intime ami Rigault.
que j'avois eus de S' Mansuy, il y eust chose qui vous peust servir en cette commission, mais je ne le pense pas, car ce sont choses qui ne regardent que le bien de l'abbayie, où les règnes de noz roys ne sont poinct mentionnez, ains au contraire ceux des empereurs. Mais je n'ay pas voulu laisser de les envoyer, parceque s'ils ne servent à vous, possible serviront ils à M' Godefroy, qui ne se contente pas de les avoir veux autres foys et les veult voir de chef, et afin de faire cesser tout regret, tant en son endroict qu'au vostre, j'envoye toute la liasse des papiers que j'avois ramassez de ces quartiers là que mon frère vous portera et vous en prendrez tout ce que bon vous semblera, et M' Godefroy aussy, à la curiosité duquel je vouldrois bien pouvoir contribuer quelque chose en revanche de l'affection qu'il m'a tousjours lesmoignée. Hors desdits papiers de S' Mansuy ' tout ce que j'avois peu avoir de meilleur je i'avois communiqué à Monsieur de Lomenie qui en avoit retenu des coppies que vous aurez eiies, je m'asseure, à vostre disposition. Je ne pense pas qu'il soit demeuré en arrière autre chose que certains homages du s'' de Commercy en Barroys^, qu'il me souvient vous avoir offert autres foys, mais il me semble que vous les negligeastes comme chose que vous aviez d'ailleurs ; mais pour ne faillir en omission de ce costé là je les vous envoyé, ensemble des mémoires touchant les limites du Royaulme du costé de la rivière de Saône , qui sont maintenant inutiles par l'acquisition de la Bresse^ si je ne me trompe, et toute foys j'ay creu les vous debvoir envoyer quand vous ne feriez qu'y voir le biaiz qu'on y prend et les premières inductions , bien que triviales, qui s'estendent un peu plus loing de vostre costé. Tant y a que je désire que vous cognoissiez en cela et toute autre chose que
' Ces papiers sont conservés dans ie volume XIV de la collection Peiresc (bibliothèque d'Inguimbert). On y remarque le catalogue (en latin) des évêques de Toul jusqu'en 1107 par un auteur anonyme du su* siècle , catalogue qui a été inséré dans le Thésaurus novus anecdolormn de dom Martène (t. III).
' Dans le même volume XIV que je viens de citer (collection Peiresc à Carpentras), on trouve ces divers hommages sous les dates de 1437, i458, 1 485, i5i8 et i54o.
' Charles- Emmanuel, duc de Savoie, échangea , par le traité de Lyon avec Henri IV (37 janvier 1 60 1 ), la Bresse . le pays de Gex et le Bugey, contre le marquisat de Saluces.
je n'ai rien qui ne vous soit absolument acquis, et qu'il ne tiendra qu'a vous d'en disposer librement comme je vous supplie de faire sans cérémonie, car je suis sans feinte et sans cajolerie du bon du cœur, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce a 8 décembre i6a4 '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
. Monsieur, J'ay a ce matin receu vostre lettre du 2 2 de ce moys avec d'autres de mon frère du nU'"" et de M'' Pelletier* du aB""" que j'ay trouvé merveilleusement fraisches, et ne puis que vous remercier comme je faicts trez humblement de tant de belles raretez dont vous daignez me faire part à toutes heures et mesmes des livres de Paolo Soave ', qui méritent bien d'estre veus et conservez*. Un de mes amys m'escript de Rome qu'il s'y en est veu un exemplaire et qu'on le trouvoit remply d'une infinité de faulx faicts et controuvez aussy bien que celuy du concile *. On y a pareillement veu le Tertullian ad Nationes" et trouvé mauvais que M' Godefroy '' se soit laissé porter à prendre encores de nouvelles oc-
' Vol. 716, fol. 3o. (i69 4,in-/»°). Peiresc veut aussi parler sans
' S'agit-il là du secrétaire d'État Le Pe- doute de divers e'crits anonymes , générale-
letier auquel Peiresc écrivit d'assez nom- ment assez courts, qui circulèrent à cette
breuses lettres de i6a3 à i634 (registre V époque et qui ont été attribués à Sarpi sans
des minutes de Garpentras, fol. aii-aa8)? preuves suffisantes.
' C'est Fra Paolo (Pietro Sarpi). Le ce- ' Istoria del concilio Tridmilino (Londres,
lèbre publiciste était en correspondance avec 1619, in-fol. ).
les frères Dupuy, comme avec Bacon, Bar- " Notœin TerlulUani ad nationes Libros II
clay, Casaubon, Grotius, Saumaise, de inerfiVos (Orléans, i6a5, in-^"). Thou, Vossius, etc. ' Jacques Godefroy, frère puîné de Théo-
* V Istoria deW inlerdello parut h Venise dore Godefroy, naquit à Genève , le 1 3 sep-
LKTTUES DE PEIRESC
casions de s'y rendre partisan ^ en des petites choses qu'il pouvoit obmettre pour laisser passeport gênerai à son livre et à ses observations. Il a tort de s'amuser à cela, car pour plairre aux ministres de Genève il affecte de se rendre suspect à une infinité de gents d'honneur qui ne se veuUent pas arrester à cez controverses. Je seray bien aise que M"" de Saulmaise donne ses observations et notes sur cette pièce ^ et sur l'Apologétique et ne le suis pas moings que son Solin s'advance si fort comme vous dictes. Je vouldrois qu'il y fit mettre quelques carthes accommodées à la géographie du dict Solin, à quoy le bonhomme de Bertius^ le serviroit bien je m'asseure s'il vouloit; à qui j'avois une foys mis en teste d'entreprendre des cartes de géographie accommodées à chascun des anciens géographes grecs et latins, et possible seroit ce une trez bonne pièce et d'un grand soulagement pour l'intelligence plus facile des dits autheurs. Ce n'a esté que par vous que j'ay apprins la bonne nouvelle du retour de M"' de La Villeauxclers* (car les lettres de mon frère sur ce subject doivent estre encor en chemin) et m'en suis infiniment resjouy comme aussy du retour de M'' de Thou, aux bonnes grâces duquel je vous supplie de me vouloir conserver. Lesquelles je ne manqueray poinct de me concilier en le servant si j'ay jamais des moyens de m'en acquitter selon mes voeux, estant bien marry de ne l'avoir peu faire jusques à présent. Je vous doibs encores des remerci-
tembre 1687 et mourut dans cette ville, le 28 juin 1662. Voir, sur cet érudit, Les savants Godefroy, par le marquis de Godefroy- Ménilglaise (p. G7-107).
' C'est-à-dire sectaire, huguenot. Ce sens n'est pas indiqué dans le Dictiomuùre de Littré.
' On sait que Saumaise avait fait une étude particulière des écrits de Tertullien, et qu'il avait déjà publié un des plus obscurs de tous les traités de l'éloquent docteur, le traité Depallio (Paris, lôaa , in-8°).
^ Pierre Bertius, dont nous avons déjà rencontré le nom dans la lettre II , était alors
âgé de soixante-deux ans. Voilà pourquoi Peiresc l'appelle le bonhomme, ce qui était l'équivalent de vieillard.
* C'était le père de Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne , dont il a été déjà si souvent question ici. Antoine de Loménie , seigneur de la Ville-aux-Clercs , naquit en 1 56o et mourut le 1 7 janvier 1 638. Il était secrétaire d'État depuis 1 606. Peiresc eut d'excellentes relations avec lui , comme avec son fils , et l'on a, dans le 6* registre des minutes de la bibliothèque d'Inguimbert , un assez grand nombre de lettres adressées à M. de la F«7/e-aM-Cfer(;,det628ài637(fol.62i-63i).
ments particuliers de tant de beaux livres curieux d'Angleterre dont vous m'avez voulu gratifier, dont je ne me sçaurois pas revancher en ce pais si esloigné du commerce des livres. Je suis bien aise de la correspondance que vous bastissez avec le s'' Chevallier Robert Cotton ', et s'il vous envoyé un rooUe de ses papiers, infailliblement vous y trouverez de grandes raretez, en ce cas là je verrois bien volontiers une coppie de ce roolle, au moings de ce qui pourroit concerner les traictez d'Angleterre avec noz comtes de Provence qui ont fort souvent eu de grandes affaires à desmesler. Je suis bien aise que dans les derniers papiers que je vous ay envoyez, vous ayez encore trouve quelque chosette"^ qui ne vous soit pas inutile à vostre dessein et que pour les libertez il y ait encore eu quelque chose de vostre goust. Je vous en envoyé pour supplément de ce que je vous avois envoyé dernièrement, laquelle je m'asseure que vous ne trouverez pas des pires, car l'evesque de Sisteron' procède comme commissaire député par la Cour avec un officier royal à la visite et reformation d'un monastère. J'attends encore quelque chose curieuse sur ce mesme subject qui sera principalement pour vous. Si vous faictes un inventaire du recueil de Lorraine et qu'il fut loisible d'en voir la coppie vous m'obligeriez bien de le permettre à mon frère. J'y observeray toute la bonne foy que vous ordonnerez comme en toute autre chose que je tiendray de vostre main. Je suis bien raarry de la fiebvre quarte du bon M"" Godefroy* et prie à Dieu qu'il le veuille bien guarir. Je vouldrois que la vaine terreur qu'on a
' Robert Bruce Cotton naquit à Denlon le 3 9 janvier 1670 et mourut le 6 mai i63i. Peiresc fut très lie avec ce savant antiquaire dont il avait fait la connaissance à Londres en 1606, ainsi que le rapporte Gassendi, qui l'appelle (p. 121) : Iiiter curiosos oplimeque animatos conspicuus.
' Littré n'a cite, sous le mot clwsetle, qu'un texte du xni' siècle (i{om«« de la Rose) et deux textes du xv' siècle (Coquillart et Villon). Le xvn° siècle sera df'sorraais reprt'senté dans l'histoire du mot par la pbrase
de Peiresc. Ajoutons que le mot ehosette est un des diminutifs que saint François de Sales aime le plus à employer.
' Toussaint de Glandevès [de Cujes] , qui siégea de 1606 à janvier 1 648. Voir Gallia christiatia (t. I, col. 5o4).
' Il s'agit Ih de Théodore Gode&«y, qui habitait Paris , tandis que son frère Jacques habitait Genève, où il était professeur de droit et oîi il remplit diverses fonctions politiques : membre du Conseil, secrétaire d'État, syndic.
omiHllllK RiTIMAlL
donné là hault de la descente des Espagnols aux isles d'Ieres, luy eust faict assez de peur pour luy faire perdre la fiebvre, car celte peur ne luy feroit pas autre mal considérable. Gez galères estoienl en nombre de huict de celles de Gènes et attendoient le passage de quattre galères d'Espagne qui viennent chargées d'argent, lesquelles ont courru fortune une foys ou deux en partant de Barcelone et cez jours passez furent constraintes de reculer vers Perpignan, si elles eussent osé bazarder de faire voille par les Tignes, tout seroit passé longtemps y a. Cependant les galères de Gènes deslogerent des isles d'Ieres dez le jour S' Sebastien et s'allèrent loger vers l'isle S*"^ Marguerite prez de Lyrins, ayants grand regret de s'esloigner d'avantage que celles de l'argent ne soient passées. Voila tout ce que je vous puis dire et parceque l'on me presse de clorre je ne puis escrire comme je pensois ne à Monsieur de Lomenie ne à mon frère, si vous les voyez vous leur pouvez dire de noz nouvelles et je deineureray.
DE Peiresc.
D'Aix, ce mercredy au soir 29 janvier 1695.
Voz portraicts sont achevez longtemps y a et touts prests à mettre en chemin. Nous avions tousjours des messagers de pied toutes les semaines et par malheur, il ne s'en est présenté aulcun depuis i5 jours, le premier qui partira les portera ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Je receus en partant d'Aix mardy passé la boite ou estoit le nouveau Testament avec vostre lettre du 1 y"" du passé et une de M' de Lomenie
'"Vol. 716, foi. 39.
du 20°% de sorte que j'emporlay la despesclie quant et moy ' pour Tache- ■ ver d'ouvrir et lisre en chemin, ce qui à esté cause que ce beau livre est bien tombé en meilleures mains que les miennes, car estant venu à propos de parler de cette édition, Mg"" le Gard' Légat ^ à prins plaisir de la voir et de la retenir, dont je me suis tenu bien honoré comme vous pouvez penser et de tant plus obligé à vostre courtoisie parceque son passage précipité ne nous avoit pas laissé le moyen de luy présenter autre chose. Je me promets que vous ne le prendrez pas en maulvaise part, encores que je fusse obligé de le garder par devers moy pour l'amour de vous et encor que cette pièce honorast grandement mon estude'. Je vous en remercie donc de tout mon coeur et des advis qu'il vous a pieu me donner d'aulcuns desquels j'ay faict bonne part à mon dict seigneur le Gard[ina]l, principalement de l'espérance qu'on puisse voir à Paris l'original du Tertullien ad Nationes (car il est grandement curieux de la veiie des bons livres) et des projects de vostre Holstenius de Hambourg*, lequel il verra trez volontiers et je veux croire qu'il fera pour luy s'il en est recherché*. M' Aleandro le verra trez volontiers aussy et encores plus Mess" de Bignon, Saulmaise et Rigault, avec ces autres Mess" dont je m'asseure que vous luy procurerez volontiers la cognoisçance. Je l'ay gouverné quelques jours chez nous avec un indicible contentement et prolfit, apprenant de luy à touts moments une infinité de rares observations sur les aiitiquitez que je luy ay faict
' C'est-à-dire avec moi.
' Le cardinal François Barberin, déjà mentionné dans la lettre V.
' C'est-à-dire ma bibliothèque , mon cabinet.
* Lukas Holste, né à Hambourg en 1596, mourut à Rome, le a février 1661. La protection des frères Dupuy lui avait procuré , en 1694, la place de bibliothécaire du président de Mesmes. Gassendi , qui le surnomme erudilomm ocellits (p. 3o6), ne manque pas de rappeler que les frères Dupuy avaient recommandé Holstenius à Peiresc, et qu'à son
tour ce dernier le recommanda au cardinallégat.
' Le cardinal F. Barberin justifia l'espoir exprimé par Peiresc : il s'attacha Lue Holstenius, Femmena en Italie, le garda dans sa maison, lui confia le soin de sa magnifique bibliotlièque (i636) et lui fit obtenir divers bénéfices. On sait que les lettres d'Holstenius à Peiresc ont été publiées, en 1817, par Boissonade. Je publierai, dans un des volumes qui suivront celui-ci, les lettres de Peiresc à Holstenius d'après les autographes de la bibliothèque Barberini.
voir de reste de mon vol '. Vous aymerez grandement ce personage à mon advis et vous délecterez à l'obliger et favoriser comme il le mérite, n'y ayant rien en Italie de comparable à luy en la cognoisçance des belles lettres^. 11 m'a laissé voir en passant quelques cahiers d'observations fort curieuses, qu'il fault que vous luy arrachiez des mains pour les faire imprimer de pardelà. Si j'y estois elles ne m'eschapperoient pas et si vous l'entreprenez je m'asseure que vous en viendrez bien à bout. Vous aurez possible eu divers bruicts de pardelà sur ce que Mg"' le Card[ina]l ne voulut pas entrer dans nostre ville d'Aix, mon frère vous en fera sçavoir les particularités au vray. C'est le plus courtois et le plus obligeant personnage qui ayt jamais porté le chappeau qu'il porte. Si vous le voyez vous en demeurerez grandement satisfaict et admirerez la grande cognoisçance qu'il a des bons libvres et de tout ce qui se peult voir de plus curieux. J'ay regret de ne vous pouvoir entretenir plus à loisir, vous m'en excuserez, s'il vous plaict pour ce coup, et aprez vous avoir trez humblement remercié des faveurs que. vous allez multipliant à toutes heures sur moy et sur mon frère, je demeureray éternellement.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Avignon, ce ao avril iCaS'.
' Les antiquités laissées par les voleurs dont il a été question (lettres III et IV).
' Cet éloge , le plus beau que l'on ail jamais fait d'Aleandro, venge ce délicat érudit de l'oubli dans lequel il est enseveli depuis bien longtemps. On trouvera dans la lettre
suivante le développement de cette phrase si honorable pour la mémoire du secrétaire du cardinal F. Barberin , cardinal qui lui-même va être si magnifiquement loué quelques lignes plus loin.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Je suis en grande appréhension que l'on ne vous presse de vostre voyage de Lorraine maintenant que nous avions besoing de vous dans Paris afin que vous y puissiez favorablement recevoir le s' Girolamo Aleandro, l'un de voz meilleurs amys, que vous eussiez esté bien aise, je m'asseure, de pouvoir gratifier selon son mérite et selon vostre inclination de bien faire aux personnes de si eminante vertu. Elle vous est si cognûe et non seulement à vous Mons[ieu]r, mais à la plus part des gents de lettres qui sont aujourd'huy en plus d'estime dans l'Europe que je n'aurois pas bonne grâce d'entreprendre de la vous represanter, seulement vous diray-je que si ses escripts l'ont rendu recommandable auprez de vous, la doulceur de sa conversation le rendra encores davantage, ne se pouvant rien adjouster à ce qui est de son incomparable honesteté et franchise , avec quoy il communique à ses amys et ses observations et toute sa plus rare érudition. Que si le malheur vouloit que vous fussiez party lors de son arrivée, je me promets que vous aurez laissé ample charge à M"^ dti Puy vostre frère pour y contribuer en vostre absance toutce qu'il pourra, ne doubtant poinct qu'il ne le face trez volontiers, comme je vous en supplie trez humblement l'un et l'autre ^ demeurant à tous les deux.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce a8 avril i6a5.
' Jérôme Aléandre fut si fort choyé à clarer {Jugement des Savons, édition de Paris par les frères Dupuy et par leur en- 1739, t. V, p. 187) que le poêle mourut tourage qu'Adrien Baillct a cru pouvoir dé- frde la trop grande chère qu'il fit en France
65 LETTRES DE PEIUESC [1625]
Il ne fauldrà pas oublier de faire voir au S"" Aleandro non seulement les plus rares Mss. de la Bibliothèque du Roy et de celle de M' du Thou , mais aussy de la vostre et surtout l'Avitus' et le S' PoP. Je parlay à Mk' le Cardinal Légat et au s"^ Aleandro aussy des recommandables qualitez de vostre Holstenius d'Ambourg. Ils le verront trez volontiers et si cela est conduict avec dextérité, je m'asseure qu'il le retirera volontiers auprez de luy ^. ^
À MOIS SIEUR, MONSIEUR DU PU Y
ADVOCAT EN LA COUR À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre despesche du 9 du passé avec l'observation de M"' Rigault sur ce lieu de Tertullian que j'ay trouvée extrêmement belle «t curieuse, dont je vous remercie bien humblement, ensemble des bonnes nouvelles de M'' du Puy vostre frère, dont il vous plaid de me faire part et de l'espérance que vous me donnez de me faire voir une relation exatte de ce qui s'est passé au parlement sur les facultez et
avec ses amis, lorsque son maître y était légat du S. Siège». Le témoignage, à cet égard, de Nicius Erythi-œus [Giovanni- Viltoria Rossi ] a été l'objet des observations de Bayle [Dictionnaire critique), de B. de la Monnoye (note sur l'article de Baiflet), de l'abbé Laurent Josse Le Clerc et du chanoine Joly.
' H s'agit des fragments des homélies de saint Avit, sur papyrus, qui étaient alors dans le cabinet de de Thou et qui sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale dans le fonds latin (n° 8918). Voir V Inventaire des manuscrits latins, par M. Léopold Delisle (p. »3), et aussi la publication
de M. Henri Bordier : Études paléographiques et historiques sur des papi/rus du ri' siècle en partie inédits renfermant des homélies de saint Avit et des écrits de saint Augustin (Genève etBâIe, i866,in-/t°).
' Le célèbre manuscrit des Épîtres de saint Paul , en grec et en latin , qui est passé du cabinet des frères Dupuy dans la Bibliothèque du roi, aujourd'hui n° 107 du fonds grec.
= Vol. 716, fol. 67.
' Nicolas Rigault pi-éludait par de telles observations à ses remarquables publications de i6a8 (Q. Tettulliani libri novem, in-8°) et de 163^4 {Q. Tertulliani opéra, in-fol.).
[1625] AUX FKKIIKS DUPUY. 63
réception de M' le Cardinal Légat, en quoy vous m'obligez infiniment, comme aussy aux assurances qu'il vous plaict me donner de l'honneur de voslre amitié, dont je tasclieray de me rendre digne en vous servant en tout ce que nous pourrons mon frère et moy. J'ay esté bien aise d'entendre que le Solin de M' Sauhnaise et les conciles du P. Sirmond s'advancent et attends impatiemment le livre de M"' Grottius de jure belli. Je plains bien le pauvre Erpenius ^ et crains grandement que son decez n'interrompe l'édition de tant de belles pièces orientales qu'il avoit en main, et possible encores l'accomplissement de son Histoire Sarracenique '^ Vous verrez possible de par de là le Rever[endissi]rae Père Guevara, gênerai de l'ordre des Clercs Mineurs, qui estoit icy à la suitte de M' le Card[ina]l Barberin, lequel il aura suivy de prez s'il n'est arrivé en mesme temps. C'est un personage qui est en grande créance et réputation dans l'Italie'. Ceux de son ordre ont eu du Pape la direction de l'impremerie des Bibles et autres livres ez langues orientales et ont entr'eux des persones grandement doctes et bien versées en cez langues là. S'ils avoient une maison dans Paris, ils y feroient des merveilles et pourroient suppléer à une bonne partie de la perte du dict Erpenius. On dict que leur institut est fort beau et fort différent de celuy des Pères Jesuistes. Mais cet homme cy est d'une trez belle et gratieuse conversation et meriteroit bien d'estre cogneu de M"' vostre frère et de vous, et de ces autres mess" qui font florir les belles lettres dans Paris. Je suis bien obligé à M' du Thou de l'iionneur de son souvenir, et vous supplie l'asseurer et M'' vostre frère de mon trez iiumble service, estant bien marry que nous n'ayons rien icy qui mérite d'aller jusques à vous, à faulte d'autre chose je vous envoyé une action ou deux du P. le Febvre
' Thomas van Erpen , un des plus célèbres l'une de Pacis le îj oclobi-e i G 1 7 , l'autre de
orientalistes de la Hollande, naquit h Gor- la même ville le 3o décembre 1618. kum, le 7 septembre 1 584, et mourut de la * En 16a 5 parut (avec traduction latine)
peste, à Leyde, le 1 3 novembre i6a4. Je n'ai VHisloire des Sarrasins d'Elmacin (Leyde,
pu recueillir que deux des lettres adressées in-fol.). Voir le tilre complet dans le Ma-
par Peiresc ta Monsieur Erpenius, profes- nuel du libraire (l. Il, col. g64). seur des langues orientales ez provinces ' Nos recueils biographiques n'ont pas
unies des Estatz de Hollande, à Leydeni. d'article sur ce religieuji.
qui ont esté estimées en Italie \ mon frère vous dira qui il est et je demeureray, Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 3 juin 1625'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Aussy tost que j'ay apprins vostre heureux retour chez vous, je n'ay pas voulu manquer de m'en conjouyr avec vous comme je faicts de tout mon cœur, tant pour l'interest du S' Aleandre, qui desiroit avec tant de passion d'avoir l'honneur et le bien de vous voir, que pour le vostre niesmes, sçaichant bien que quand vous estes esloigné de vos Muses et de vostre bibliothèque vous estes comme hors de vostre élément'. Oultre l'interest du public et de tous vos amys et serviteurs qui se prévalent tant de vostre honesteté quand vous estes au lieu de vostre sesjour ordinaire et qui y reçoivent tant de préjudice lors qu'ils n'ont le moyen de recourir à vous à leur besoing. Mais surtout le S'Aleandro s'en seroit retourné en Italie avec un extrême regret, s'il n'eust peu jouyr de vostre présence tant souhaictée et je m'asseure que vous eussiez esté bien marry aussy de ne l'avoir veu luy et de n'avoir gousté son ingénuité et la doulceur de sa conversation, dont je ne doubte point que vous ne receviez grande satisfaction comme réciproquement iuy de la vostre. Au surplus il y a quelques jours que le procureur
' Ce P. Le Febvre est inconnu des au- ^ Peiresc n'a-t-il pas lieureusement exleurs de la Bibliothique des ècnvains de la primé, à propos de Pierre Dupuy, ce Compagnie de Jésus. qu'éprouvent tous les travailleurs séprés
" Vol. 716, fol. 38. de leurs livres?
du S' Bartlie m'envoy à céans un pacquet pour luy, depuis lequel temps il ne s'est faict aulcune despesche à Paris que j'aye sceiie. Vous le luy pourrez faire tenir, et s'il a de responce à envoyer je la feray soigneusement rendre.
Nous avons finy nostre parlement depuis le dernier juin et ne le reconimancerons qu'à la S' Remy. Je suis encores de service à la chambre des vacations durant ce moys de juillet, dont il ne nous reste plus que 4 ou 5 jours, aprez lesquels il fault que je remanie un peu mes papiers, et si j'y trouve rien de vostre goust, je ne vous en feray pas faulte. Cependant j'avois oublié de vous respondre sur le subject de la pièce du roy S' Louis de l'an i2 35 que j'ay retrouvée sur ma table, je vous en demande pardon. J'en recouvray la coppie de M' du Liz •, à qui l'original mesmes deiiement scellé fut envoyé par feu M' Bergier, qui l'avoit rencontré par hazard à Rheims parmy des papiers de la ville négligez ou abandonnez. Je pense que ledict original soit encores entre les mains dudict S"" du Liz qui en faisoit grand cas comme il le mérite à cause de la forme et manière de procéder que l'on tenoit lors. Mais possible ne sera il pas bien aise que cela soit sceu, c'est pourquoy si vous le voulez voir il ne fault qu'en dire un mot à mon frère de Vallavez, qui recouvrera de luy le dict original et le vous fera voir. Que si vous aviez occasion de l'alléguer en public, je serois d'advis que ce fusl comme venant la coppie d'iceluy du cabinet dudict S' du Liz afin qu'il demeurast tousjours le premier qui a desterré cette pièce pour en ayder le public. On faict icy le procez à un prebstre prévenu de grandes impietez, lequel neantmoings on a esté constrainct
' Charles du Lis, né à Paris vers i56o, mourut vers iC3a. Il descendait /le Pierre d'Arc, un des frères de Jeanne d'Arc. Voir sur lui , un article de la Nouvelle Biographie générale, rédigé par A. Vallet [de Viriville], éditeur, en i856, dans le Trésor des pièces rares d'Auguste Aubry , des Opuscules historiques relatifs à Jeanne d'Arc, dite la Pucetle d'Orléans, composés par Charles du Lis et
qui n'avaient pas été réimprimés depuis i6a8. On a dans le quatrième volume des minutes de Carpentras une série de lettres dePeiresc "h Monsieur du Lis, conseiller du Roy en ses conseils d'Estat, premier advocat gênerai de sa Majesté en la cour des Aydes à Paris ". Cette série s'étend du mois de décembre lôia au mois d'août 1627 (fol. 98 à io5).
lUPRIMEriIG I(«TIO!IA(.E.
d'admettre à ses faits objectifs; s'il ne les prouve bien ou que par une continuation d'information on recouvre de la preuve competante, ce sera une affaire d'importance dont je vous envoyeray touts les principaulx tenants et aboutissants en son temps, et quelque petit supplément de ce que je vous avois cy devant envoyé, dont je continiieray tousjours le recueil pour l'amour de vous. Sur quoy aprez vous avoir supplié de me conserver l'honneur de vos bonnes grâces et de m'ayder à conserver celles de Mons' de Thou et de M"' vostre frère, je demeureray à jamais, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peibesc.
D'Aix, ce 36 juillet i6a5 '.
Monsieur, Depuis [que] je n'ay eu l'honneur de vous écrire j'ay eu tant d'exercice et de travail d'esprit et de corps que je ne sçay comme j'ay peu subsister dans l'affliction de la maladie et de la perte de feu mon pereet quelques autres de nos parents des meilleurs que nous eussions et dans les propres infirmitez que j'ay eiies parmy ma cure^ et des voyages qu'il m'a fallu desrober entre deux, et pour comble il y a prez d'un moys que je mes desmis l'espaule gauche, qui m'avoit esté rompue
' Vol. 716, fol. Zio.
^ Réginaid de Fabri élait mort le 9 5 octobre i6q5. Peiresc l'avait admirablement soigné pendant une douloureuse maladie qui n'avait pas duré moins d'un an et demi. Gassendi nous a conservé ce détail touchant (p. 997), que le malade ne prenait jamais rien que de la main de son fils, et
que c'était le plus grand adoucissement aux souffrances du vieillard, paterque ila suave habebal, ut non leiùtnen doloribtis efficacius experiretur.
^ Sur ces infirmités voir encore Gassendi (p. 298). Mais les détails fournis un peu plus loin par Peiresc sur ses propres douleurs sont nouveaux.
durant mon bas aage trois foys consécutives, dont j'ay ressenty de si poignantes douleurs qu'il m'a fallu passer la plus part des nuicfs dans une chaire^ ou debout pour ne pouvoir durer dans un lict^ avec cez inquiétudes, ce qui m'avoit mis à nomplus* et m'avoit osté tout moyen de pouvoir satisfaire à mon debvoir envers mes amys. Jusques à samedy dernier qu'un païsan me remis l'os de mon espaule fort heureusement, Dieu mercy, et aussytost je commançay à remuer mon bras comme auparavant le mal et à pouvoir dormir couché et respirer. Aussytost il me souvint de l'honneur que vous nous aviez daigné faire à mon frère et à moy de la part que vous aviez voulu prendre en nostre perte et des charitables offices de condoléance que vous nous aviez despartis, dont je ne vous sçaurois jamais rendre assez de remercinients, vous suppliant de croire que je n'ay rien trouvé qui fust cappable de soulager ma douleur comme voz prudantes remonstrances. Je prie à Dieu qu'il me face la grâce d'en faire bien mon proffit et de trouver quelque digne moyen de vous servir en revanche de tant d'amitié que vous nous monstrez. Je n'ay poinct oublié la promesse que je vous ay faictes des pièces qui peuvent servir à vos libertez, mais je n'ay pas esté à moy. Si tost que j'auray un peu plus de relasche et que je me seray tiré des mains de mon operateur j'espère que j'y salisferay avec usure. Je n'avois pas oublié anssy la commission de M'"de Léon, mais j'attendois qu'il envoyast son procez verbal à nostre compagnie comme avoient faict les autres commissaires précédants, et toutefoys il s'en est retourné en cour et l'a emporté quant et luy\ ou je ne doubte pas que vous n'en ayiez telle communication que vous désirerez. Mais tost ou tard il fauldrà que le tout nous soit renvoyé de pardeça, aprez que le Roy y aura mis sa dernière main, afin que nous en chargions nos registres,
' L'identitë de chaire et de ehtUse se pro- mot >ioH-/>/«««/<m, constate qu'au xvii* siècle,
longea jusqu'au milieu du xvii' siècle, comme on disait aussi non-plus, sans ajouter ultra,
le prouvent les Remarques de Vaugelas. et il cite cette phrase d'une lettre de M. de
* M"" de Sdvigné a dit (lettre du ao avril Ciron dans le Port-Royal de Sainte-Beuve :
167a) : ffElle ne peut durer au lit.» itCela m'a mis à non-plus. 1
' Littrë, dans son Dictionnaire, sous le * Avec lui.
et lors je vous envoyeray ce qui s'estoit faict en cette affaire là auparavant, ainsin que je vous avois marqué par mes dernières lettres. J'escrivis ces jours passez à Venise pour avoir l'Antiquità di Padoa de! Pignoria^ et les Papes de Fra Paolo-, dont je ne manqueray pas de vous faire part incontinant. Cependant m'estant passé par les mains l'original d'une abolition notable octroyée par le Roy Charles VII aux Genoys^, je vous en ay voulu envoyer une coppiecollationnée, quoy que je ne doubte pas que M'' Godefroy ne l'ayt rencontrée dans les registres de ce prince; mais à tout hazarden cas qu'elle luy fust eschappée, vous ierez faveur de la communiquer à M' de Lomenie si vous la jugez de son goust comme je pense qu'elle en soit. Elle s'est trouvée dans les papiers de la maison de Cental '', d'où l'on me promet d'autres pièces bien curieuses, si je puis aller faire un voyage à Marseille pour les y parcourir. Je vouldrois bien que cela me produisit quelque moyen de vous fournir quelque chose digne de vous pour vous faire cognoistre de plus en plus que je suis véritablement, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 24 décembre iGaô.
Nous avons bien admiré le succez des changements advenus en Lorraine^ le moys passé*.
' Le origini di Padova (Padoue, lôaS, par Léonard (t. I, p. 46i), dans le Corps
in-4°). universel et diplomatique du droit des gem, par
' Peiresc veut parler de rZ/wtoiVe /larftcu- Dumont (t. III, p. i3i). lièrc du différend de Paul V avec la république ' Branche de la maison provençale de
de Venise (Lyon, pour Venise, i Gai, in-4°). Bouliers, laquelle maison élait originaire de
' Cette abolition est du mois de juillet Piémont. ilt'ili. On la trouve dans la collection Du- * Peiresc veut parler de l'abdication du
puy (vol. CLIX., fol. 96) et dans la coUec- duc de Lorraine François lien laveur de son
tion Brienne (vol. XIV, fol. 871). Le docu- fds Charles, ment a été imprimé dans le Recueil des traités ' Vol . 7 1 6 , fol . 4 a .
À PARIS
Monsieur, Maintenant que je ne pourray plus agir par mon frère de Vallavez (que j'estime debvoir estre party de Paris), il fauldn'i bien meshuy^ que je m'acquitte personellement de mon petit debvoir, espérant que je le pourray mieux faire que l'année dernière, si ma santé peut durer en Testât qu'elle est de présent, qui est assez bon, Dieu mercy. Je recommanceray donc nostre petit commerce de lettres* par mez trez humbles remerciments des livres curieux qu'il vous a pieu badler à mon frère pour les mettre dans ses colTres, bien raarry de n'avoir de quoy m'en revancher à mon souhaict, mais j'y employeray ce que je pourray pour faire venir du dehors du royaulme quelque livret de vostre goust puisque nostre pais n'en sçauroit produire qui vaillent, cependant je vous en envoyé un d'un certain badin de fratte^ qui pense estre un grand docteur pour avoir leu son manuel de Navarrus', mais encores qu'il ne vaille pas le lisre, si est ce que pour avoir tout ce qui s'est passé en l'assemblée du clergé, il semble qu'on soit obligé d'avoir encores cela, quand ce ne seroit que pour la particularité qui y est inculquée si souvent contre nostre evesque de Sisteron^ (bien que sans le nommer) pour
' C'est-à-dire désormais. Les rédacteurs du Dictionnaire de Trévoux regrettent que l'on ait banni de la langue un mot si doux et si agréable à l'oreille.
' Ce commerce avait été interrompu pendant près d'une année (du ai décembre i6a5 au a6 août 1626).
' Frote, en italien , veut dire/rène. Ce mot signiûe ici petit moine.
* Est-ce une allusion à quelque ouvrage du docteur Martin Azpilcueta, surnommé Navan-e, qui passa pour un des plus doctes jurisconsultes du xvi' siècle et qui professa successivement à Toulouse, à Salamanqne, à Coïmbre, après avoir étudié à Cabors et à Toulouse?
' Nous avons va que c'était Toussaint de Glandevès:
ÎO LETTRES DE PEIIIESC [1626]
avoir voulu visiter le S' Sacrement dans l'église des Capucins de Manosque', pour raison de quoy le P. Reau ville, cappucin provincial ^ fit le voyage de Rome el y obtint la lettre des cardinaulx de la Congrégation mentionne[e] au dict livre. Ledict evesque avoit eu oppinion qu'ils eussent obtenu quelque brief du pape sur ce subject et s'estoit pourveu au Parlement par requeste pour estre receu appellent comme d'abbus et opposant à l'annexe quand elle seroit demandée, surquoy j'avois esté commis, mais les cappucins ne voulurent pas deffendre et se contentèrent de rendre leur lettre au vicelegat pour y procéder par admonition privée. C'eust esté une jolie affaire, si elle eust esté poursuyvie. Tant y a que ce livre s'est imprimé spécialement contre luy à cachettes, bien que l'autheur eust attrappé une permission de nostre vicaire gênerai, qui ne sçavoit ce qu'il faisoit en cela, et s'il ne les eut incontinent supprimez il y en eust du bruit au parlement contre cez moyneries. J'ay pourtant eu moyen d'en soubstraire quelques exemplaires dont il y en aura un pour Monsieur de Lomenie (puisqu'il en veult de toutes les sortes), un pour vous, un pour M' Bignon, s'il vous plaict de le luy faire rendre et encor un pour tel de voz am\s qu'il vous plairrà, si Mons"" du Thou ne continue ses recueils des livres courants, où il voulust insérer celuy là. Et s'il en faisoit de besoing quelque aultre, possible aurions nous le moyen d'en recouvrer encores quelqu'un. Les païs sauvages ne produisent guieres de fruicts qui [ne] soient bien aggrestes, c'est pourquoy il ne fauldra pas trouver estrange la rusticité^ de celuy cy. Je n'ay encores peu mettre de l'ordre dans mes papiers, car j'y eusse, jem'asseure, trouvé quelque chose du goust de M'' de Lomenie et du vostre, il faudra voir si la venue de non frère m'en pourroit fournir un peu plus de commodité que je ne lai -ay point
' Clief-iieu de canton du département des que des exemples tirés d'écrivains posté- Basses- Alpes , arrondissement de Forçai- rieurs. M"' de Sévigné, Bossuet, Boileau, quier, à 17 kilomètres de cette ville. La Bruyère, Voltaire, J.-J. Rousseau. Pei-
^ Le P. Reauville n'a pas, ce me semble, resc est donc un des premiers qui aient
laisse de grands souvenirs en Provence. Je employé le mot que la langue provençale
ne vois son nom nulle autre part. possédait depuis longtemps sous la forme
^ Liltré n'a cité, sous le mot rusticité, rusticitat.
eschapper, s'il plaict à Dieu. Cependant à faulte d'autre entretien, je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 36 aoust 1696.
Je VOUS recommande la lettre de M' du Chesne et le pacquet du S"' Ollivier^ que le dict S' du Chesne cognoit ce me semble, lequel est filz d'un des plus honnestes et plus doctes magistrats que nous ayions en nostre parlement^, auquel je vouldrois bien qu'il vous pleut donner quelque entrée chez vous, pour tascher de luy faire prendre quelque curiosité, afin de se mieux conformer à l'humeur de M' son père'.
A MOÎSSIKUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Nous trouvons mon frère et moy dans nostre grand esloignement
' C'est la forme françaisedunomd'Olivari, plus souvent porté par la famille à laquelle appartenait le jeune étudiant dont il est ici question, un des fils du personnage auquel est consacrée la note suivante.
' D'après des renseignements que me fournit M. Paul de Faucher, qui a épousé une arrière-pelite-fille du dernier des descendants de l'ami de Peiresc (le marquis d'CHivari), Jean-Pierre d'Olivier ou d'Olivari naquit h Aix, le 11 novembre i554 : fils d'Antoine d'Olivari , conseiller au parlement de Provence, il fit ses études de droit à Toulouse, puis à Paris, prit le bonnet de docteur à Aix, le a3 janvier 1576, et
reçut du roi Henri III, le 3i avril i58o. des lettres de'conseiller au Parlement , portant qu'elles étaient la récompense des signalés services rendus k sa personne et h ses prédécesseur par ledit sieur d'Olivier et son père. Il mourut le a a juillet i633. .Nous i-etrouverons souvent son nom dans ce recueil. Le registre V des minutes de Carpentras renferme vingt-six lettres écrites de Paris par Peiresc ira M. Olivier, conseiller à Aix», du 9 juin 1616 au 8 avril 1&33 (fol. 55-6a). Le jeune étudiant s'appelait Antoine, comme son grand-père. Voir sur lui la dernière noie de la lettre suivante.
' VoLviO.fol. Uh.
tant de consolation en l'honneur de voz lettres et de celles de Mons' du Puy, vostre frère, que quand nous serions parmy la cour nous ne pourrions pas estre mieux advertis de ce qui se passe de plus important aux affaires publiques ^ qui est un trez grand advantage pour nous, et quand nous aurions le bien de nous pouvoir trouver ordinairement en vostre académie^ (hors du bonheur que ce nous seroit de jouyr de la doulceur de vostre conversation et de tant d'autres grands personages que je tiens inestimable) nous ne pourrions pas neantmoings avoir guieres plus de nouvelles des libvres que ce dont vous daignez nous faire part, qui est l'une des plus grandes satisfactions, pour ne dire félicitez, que puissent avoir desgents curieux comme nous sommes. De façon que je ne sçaurois vous en rendre assez de remerciments, eu esgard à l'obligation que nous vous debvons avoir touts deux de tant d'excez de vostre honnesteté et de tant d'effects de vostre bienveillance et charité envers des gents qui sont quasi comme hors du monde, vous advoiiant que je ne puis assez admirer la bonne provision de choses rares que vous avez ou donnée ou laissé faire à mon frère chez vous, laquelle nous peult fournir de la pasture la plus doulce et plus agréable que nous sçaurions souhaicter pour longues années, non que pour des moys ou des jours, et depuis son despart les suppléments que nous avons receus de vostre part dans voz despesches du 18"® et du 22"^ (qui firent parler mon frère des choses de la cour comme s'il en fust venu en voilant), et dans les dernières du 29""* du passé, qui arrivèrent avant-hier, nous font recognoistre que vous ne vous pouvez lasser obliger voz serviteurs et qu'il n'y a poinct de mesure à voz courtoisies et à voz liberalitez, que vous portez jusques au comble, sans nous
' Cet éloge des lettres des frères Dupuy rend encore plus regrettable la perle presque complète d'une correspondance où revivait toute l'histoire de la ville et de la cour, où revivait aussi toute l'histoire littéraire du temps.
' Autour des frères Dupuy se réunissaient régulièrement divers hommes distingués
dans les lettres et dans l'érudition. Ces réunions furent longtemps fameuses sous le titre d'Académie ou de Cabinetde MM. Dupuy. On avait même fini par dire l'Académie ou le Cabinet tout court. Voir une note à ce sujet, dans les Lettres de Jean-Louis Guez, de Bakac {Mélanffes historiques de ) 878 , p. ^gi et igô).
laisser aulcune espérance de nous pouvoir revancher de la moindre partie de tant de bienfaicts. Mais nous y ferons, Dieu aydant, ce que nous pourrons, cependant vous vous contenterez (puisqu'il vous plaict ainsin) de mes trez humbles et trez aflectueux remerciments. Et pour responce à la vostre je vous diray que je plains bien M' Ferrier puis qu'il a manqué sur le poinct qu'il alloit se signaler en bien servant', comme aussy le pauvre chancellier Baccon^, qui preparoit tant de curieuse matière pour exercer les gents de lettres. Vous m'avez obligé de m'envoyer ce qui restoit des œuvres de Patricius, dont le travail semble debvoir estre prins en bonne part en beaucoup de bonnes choses que d'autres n'ont pas traictées ne examinées comme luy^. Au surplus j'ay collalionné moy mesmes la coppie du mariage que je vous avois cy devant envoyée, en laquelle j'ay trouvé certainement tout plein de petites faultes qui y estoient coulées par le deffault du coppiste, duquel je m'estois fié, lequel estoit allemand de nation et par conséquent mal habile en la langue vulgaire de ce temps là quoyque bien docte d'ailleurs. Mais il n'y avoit pas d'obmission considérable comme vous
' Jérémie Ferrier, né vers i56o, était mort à Paris le a 6 septembre 1626. Voir, Sur ce ir ministre et professeur en théologie à Nîmes», lequel trensuile changea de religion, et devint conseiller d'Étati, l'ample article du Dictionnaire critique de Bayle. On y lit que Louis XIII se servit de lui en plusieurs actions d'importance et que le cardinal de Richelieu l'honora de son estime particulière. Voir encore l'historietledeTallemant des Réaux intitulée : Ferrier, sa file et Tardieu (édition P. Paris, t. III, p. 480-689). Il est question de l'abjuration de J. Ferrier dans une lettre de Malherbe à Peiresc, du i5 septembre 161 3 (édition L. Lalanne, t. III, p. 334).
' Le chancelier Bacon était mort le 9 avril précédent, comme nous l'avons déjà rappelé sous la lettre IV.
' On connaît trois écrivains qui ont porté le nom de Patricius , en italien Patrizïi : deux du xv' siècle, Augustin Patrizzi, né à Sienne, maître des cérémonies de la chajwlle du pape, évêque de Pienza en i484, mort h Rome en 1496, et François Patrizzi, évêque de Gaëte, natif aussi de Sienne et mort en 1 494 ; un du \vi' siècle, François Patrizzi, que l'on a souvent confondu avec le précédent, né en 1599. professeur de philosophie à Padoue, puisa Rome, mort en 1597. Je suppose que c'est d'Augustin Patrizzi qu'il s'agit ici, car je vois dans le Dictionnaire de Bayle (édition Beuchot, t. XI, p. 463, 464) que son abrégé manuscrit des actes du concile de Bùle était alors conservé à la Bibliothèque du roi et que Rigauit l'avait communiqué au savant évêque de Pamiers Henri de Sponde, le continuateur de Baronius.
pourrez voir par un extraict que je vous en faict faire au net et que je feray signer en forme probante. Ce qui seinbloit faire de la confusion sur la fin procedoit de ce que le dict coppiste n'avoit pas différante ' comme il debvoit la grosseur du caractère des dernières clausules^ du contract, lesquelles suyvoient immédiatement la fin de la procuration qui y est insérée ad longum. Une seule petite chose me réussit assez à mon goust en cette collation, d'avoir trouvé en quelques lieux du registre qu'au lieu de [Places et chasteaux] il y avoit sur le dict registre [Palaces (sic) et chasteaux] d'où semble se debvoir tirer l'etymologie du mol de [Places] quand nous disons en nostre jargon de Provence seigneur ou dame de Place, avec quelque dignité un petit plus relevée que d'un simple fief, segneurie ou terre noble, ce que je n'avois pas veu observé pour encores. Tant y a que je seray plus soigneux à l'advenir de faire exactement coUationner tout ce que je vous envoyeray dezhorsmais. Quant aux autres deux mariages que vous demandiez, il ne s'en est trouvé pas un icy jusques à présent. Bien s'en est-il trouvé un de nostre Jolande d'Anjou ou au moins la procuration pour l'accorder avec le filz aisné du duc de Bretagne ^ mais ils contoient lors sans l'hoste et ne prevoy oient pas que Ferry l'enleveroit à tort ou à traversa
' Littré ne savait pas que le mot différente); était encore employé dans le premier tiers fin xvii' siècle, car il fait remarquer, sous le mot différencier, quVau xvi' siècle on disait différenter, de différent n , et il ne cite que deux ])brases de Montaigne et d'Amyot. Ni le dictionnaire de Ricbelet ni celui de Trévoux ne donnent le mot différeiUer. Ces deux recueils ont, en l'evanche, le mot différencier.
' Le mol clausule manque au dictionnaire de Richelel, comme à celui de Trévoux. Le dictionnaire de Littré en fait l'équivalent de conclusion et ne fournit qu'un seul exemple de l'emploi du mot dans ce sens, exemple emprunté à Calvin. Dans la phrase de Peiresc, clattsulc est un diminutif de clause et veut dire disposition particulière.
' Yolande était fille de René, duc d'Anjou et d'Isabelle de Lorraine.
' On lit dans l'Art de vérifier les dates (tome XII, édition in-8°, 1818. Chronologie historique des ducs de Lorraine, p. ^07) : tTout le fruit que René relira de son voyage de Lorraine fut le mariage convenu d'Yolande, sa fille, avec Ferri, fils du comte de Vaudemonl, mariage qui, dans la suite, lit passer le duché de Lorraine dans celle maison. 1 Les auteurs de VArl de vérifier les dates ont oubbé, chose piquante! d'indiquer l'époque à lacjuelle ledit mariage fui conclu (1 3 février 1 /t33). QuanI à l'enlèvement dont parle Peiresc, voici comment le nie M. Leeoy de la Marche (Le roi René, sa vie, son administration, etc. Paris, 1875, t. I, p. lOa):
[1626] AUX FUKRES DUPUY. 75"
Je le faicts extraire. Seulement on a trouvé quelques déclarations et donations liiiles le dernier mariage consumé en laveur du dict Ferry et de la dicte Jolande, tant de la terre de Lambesc' et du péage de (iontard ' que de quelques regales. Je leray voir ce que c'est et le feray extraire sans discontinuer la recherche des mariages mesmes que vous demandez, bien que je n'aye gueres d'espérance de les trouver icy. Pour celuy d'Isaheau de Lorraine avec René^ je ne sçay si je me trompe, mais il me semble que je donnay à M"" de Lomenie quelque procuration pour y intervenir. Je m'en asseureray mieux sur mes liasses de Paris. Des nouvelles je crois bien que vous n'entendez pas que nous vous eu mandions de ce pais icy, puisqu'il n'en produict poinct. Ou m'escript d'Avignon que Mess" les evesques de Montpellier, Nismes et Viviers* estoient allez chercher M' le Vicelegat^ jusques à Carpentras ou il estoit en visite pour lui communiquer leurs procédures contre un certain augustin prisonnier debtenu en l'abbayie S' André**, qui preschoit une religion nouvelle fondée sur l'union des deux religions. Voila bien plus de nouvelles que je n'en pensois avoir à vous dire, prenez les pour bonnes à faulte d'autres, et aprez vous avoir félicité
tfElle [Yolande] n'avait [alorej que quatre ans, et ce fait seul démontre l'absurdité de la légende que l'historien César de Nostredanie a racontée à propos de son mariage. Suivant lui , Ferry aurait enlevé la jeune fille et l'aui'ait gardée long temps eu son pouvoir ; leur union aurait été décidée afin de couvrir ce rapt , source de cuisants chagrins pour le pauvre roi llené et de grands maux pour le j)ays de Provence. D'autres ont amplifié eu disant qu'Yolande avait partagé l'ardente passion de son ravisseur... La passion d'une enfant de quatre ansln
' Chef-lieu de canton des Bouches-du- Rhône , arrondissement d'Aix , à a i kilomèti-es de celle ville.
' Cette localité n'est indiquée dans aucun de nos dictionnaires géographiques, pas
même dans le plus récent et le plus considérable de lous, celui de M. Vivien de Saint- Martin.
' Ce fut le 24 octobre i!i-2o que René épousa en premières noces Isabelle, fille du duc de Lorraine , Charles le Hardi.
' Ces prélats étaient Pierre Feuouillet, évêque de Montpellier depuis 1607, Claude de Saint-Bonnet de Toiras, évêque de Nimes depuis 1626, et Louis-François delà Baume de Suze , évêque de Viviers depuis 1691.
' I^ vice-légat était alors (depuis i6a3) Cosme Bardi.
' L'abbaye bénédictine de Saint-Audré de Villeneuve-lez-Avignon, située sur la rive droite du Rhône, en face d'Avignou (aujourd'hui département du Gard, arrondissement d'Uzès).
comme amy de M' de Poictiers' de sa digne promotion à sa primatie
de Lyon^, je finiray en vous conjurant de nous continuer l'honneur
de voz bonnes grâces, tant Monsieur vostre frère que vous et de me
commander librement comme celuy qui est du bon du cœur,
Monsieur,
vostre trez humble et fidèle serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce lundy au soir, xn octobre i6a6.
On m'a apporté de Marseille une coppie des premiers articles accordez par M'' le Gard[ina]l de Richelieu aux Flamants entrepreneurs de l'establissement de ce grand commerce, dattez à Limours, le 19 mars 1626^, avec la recognoiscance qui en fut faicte par devant notaires, du 1 9 may, et lettres du prevost de Paris, seellées le 4 juin en suyvant. Mon frère m'avoit cy devant envoyé coppie des lettres patentes du Roy sur ce expédiées en ternies neantmoins un peu différants, données à Nantes au moys de juillet dernier. Si par hazard vous ne les aviez pas au long, je vous en envoyeray aultant.
Je ne veux pas oublier de vous remercier trez humblement, comme jedoibs, d'une faveur que j'ay bien estimée, entre tant d'autres qu'il vous a pieu me despartir, c'est de vostre portraict que j'ay trouvé
' Henri-Louis Chasteigner de la Rochepozay fui ëvêque de Poitiers dei6iiài65i. (Voir Gallia christiana , t. II, col. 1206 et 1 207.) Ce prélat était le fils de Louis Chasteigner de la Rochepozay, seigneur d'Abain, l'intime ami de Joseph Scaliger et de Claude Dupny , le pèredescorrespondantsdePeiresc.
' Le Gallia ne dit rien de cette prétendue |)romotion trop tôt annoncée. Le siège archiépiscopal que laissait vide le décès du cardinal de Marquemont ( 1 6 septembre 1626) allait être occupé, quelques semaines plus tard (a décembre 1626), par Charles Miron, ancien évéque d'Angers.
' Le texte tout entier du traité, tel qu'il
fut adopté par le caidinal au château de IJmours-en-Hurepoix (aujourd'hui Seineet-Oise, arroud' de Rambouillet, h 21 kil. de cette ville), se trouve tout entier dans les Mémoires de Mathieu Mole publiés par la Société de l'histoire de France (t. I, p. 42 4- 448). Mole avait été chargé par Richelieu d'examiner les j)ropositions faites par les Flamands et Français fondateurs de la compagnie appelée la Nacelle de Saint -Pierre fleurdelisée. M. J. Caillet a donné l'analyse des principales dispositions du traité dans \' Administration en France sous le ministère du cardinal de Richelieu (a* édit. Paris ,1861, t. 11, p. 88-98).
grandement bien faict et bien ressemblant à mon gré' aussy bien que cehiy de M' de Lomenie, et celuy de Monsieur Bignon', dont je suis fort glorieux et tiendray mon eslude infiniment honorée et enrichie. Mais pour celuy de Monsieur Grotlius je ne sçay en quelle humeur pou voit estrele peintre, car je ne l'ay trouvé nullement recognoissabie , et sans que mon frère s'opiniastre à me persuader que c'est de luy, j'âurois creu que c'eust esté de tout autre*. J'ay bien du regret qu'il n'ait peu chevir de M' Saulmaise^.
' Dans la liste fie portraits des François illustres, àéjli plusieurs fois cilée, on signale {Nouveau Leloiig, t. IV, p. a 5 3) un portrait de Pierre Dupuy par Nantenil, un portrait des deux frères Pierre et Jacques par le même artiste ( i648, in-4°), enfin un autre portrait de Pierre par Jacq. Lubin (in-fol.).
' D'après la môme liste (p. 219), on possédait trois |)ortraits d'IIenri-Auguste de Loménie,un de Nanteuil, un de Rousselet et un de Moncornet.
' Voir ce qui a été dit des portraits de Rignon dans une note de la lettre XIV (note 1 , p. 59).
* Qui nous dira si l'on lit plus tard de Grolius un portrait meilleur que celui dont l'infidélité désespérait ainsi Peiresc?
' Vol. 716, fol. 46. — Deux jours après avoir écrit cette lettre, Peiresc adressait à Dupuy le petit billet suivant pour lui recommander un des fils du conseiller Olivier (bibliothèque de Carpentras, registre des minutes des leltres aux frères Dupuy , fol. 1 6 ) :
ffMonsieur je vous ay cy devant cscript en recommandation d'un des lilz de Mons' le cons" Ollivier destiné à la profession ecclésiastique le(]ucl a bien du mérite de son chef, oultre celuy qu'il peult emprumpter de M' son père qui est l'honneur des bonnes lettres dans noslre comj)agnie et le miroir de probité de cette province. Je vous escriplz
maintenant en faveur d'un autre sien fiz qui s'est mis au barreau et y a si bien reusy qu'il a acquis une trez belle réputation en ce pais , ou nous luy avons veu faire de Irez recominandables actions et publiques et privées tant dans l'université que dans le barreau. Mais parce que nous avons icy un pèche originel de la langue, qui ne se peult guérir sans aller changer d'aii', et s'en aller Jnimercelluy de vos quartiers, il a désiré d'aller passer cet hiver à Paris pour hanter le barreau et voir quelquefois la cour, mais principallement pour y rechercher la cognoissance des gentz de lettres et surtout pour vous y offrir son service. Je me suis rendu garent en son endroict que vous lui ferrez ce favorable accueil que trouvent chez vous les personnes de sa condition et de son humeur et que vous ne luy départiriez pas seulement l'honneur de vostre bienveillance, mais que vous luy procurerez celle de M' vostre frère, de M' Rign ;n, de M' Higault et de tous cez grandz personages qui se tiennent si honnorez de comparoir journellement en vostre académie. Je vous en supplie de tout mon cœur et de m'ad vouer tousjours, Monsieur, pour vostre trez humble et obligé serviteur.
irDE PeiHESC.
nD'Aii, te i4 octobre i6a6.i>
M. P. de Faucher a bien voulu me com-
LETTRES DE PEIRESG
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur, \
Je pense que mon frère de Vallavez vous ayt escript avant son départ en responce de toutes les lettres qu'il avoit eues de vostre part jusques à lors. J'ay depuis receu la vostre du 26 et pour suppléer à son deflault, puis que vous estes en peine de sçavoir si toutes vos précédantes sont arrivées à bon port, je vous diray que j'ay trouvé sa liasse de ce moys ou il y avoit de voz lettres du 2 , 6 , 9 , 1 6 , 20 et maintenant celles du 26 ou 27, qui sont tous les ordinaires exceptez ceux de mardv i3
nmniquer le passage suivant d'un journal inédit rédigé par le conseiller Jean -Pierre Olivier et conservé dans les archives de la famille : rrLe 19 août 1626 j'ai écrit à Paris k mon (ils Antoine, écolier en Sorbonne; j'ai mis ma lettre dans le paquet de M. de Peyresc avec une lettre de change de 5o écus. Je lui l'ecommande de ménager cet argent pour faire le voyage que l'ai autorisé à faire pour compléter son instruction. J'ai ajouté au paquet 5 lettres que M. de Peyresc m'a remises pour luy, une pour M. Dupuy, avocat à Paris, la 2"' pour M. Gevartius, secrétaire de la commune d'Anvers, la 3"' pour M. Roccox, bourgmestre de celte ville, la tt"' pour M. Rubens, italien {sic), habitant audit Anvers, homme docte et excellent pour la pratique en la peinture et la 5°" pour M. Galeanus, professeur royal à l'université de Louvain...7i — Le 2 3 janvier précédent, J.-P. Olivier avait tracé ces lignes dans son livre de raison : tr J'ai écrit à mon fils Antoine, étudiant à Paris en droit canon, lui disant
entre autres choses d'employer bien son temps en ses études et s'enquérir secrètement à savoir si au collège de Narbonne où il loge de présent n'y habitent des personnes de débauches et de vie désordonnée et qui sont soupçonnées d'aller courir la nuit par la ville, ribler et faire d'excès dont ils sont soupçonnés et diffamés, et, si cela est, sortir de ce lieu et changer en un autre point où il n'y ait gens de débauches. r> Deux ans plus tard, cet excellent père écrit à Pierre, un autre de ses fds, qui était aussi à Paris, et qui devait lui succéSer dans la charge de conseiller au parlement de Provence, qu'il a appris qu'avec son frère Antoine ils sont allés voir M. Dupuy, avocat, et M. du Houlx, procureur, amis de M. de Peiresc, lesquels pourront lui donner quelque cause à plaider devant le Parlement; il lui recommande d'aller encore voir le greffier criminel du Ghâtelet, en le priant de lui faire avoir par l'intermédiaire d'un avocat t/uelque gentille cause à plaider.
[1626] AUX FHÈUKS DUPUY. 79
et de vendredy 9.3, car pour celuy du 3o, il ne pourroit pas estre encor arrivé quand vous auriez escript; et pour les précédantes, il y avoit une autre liasse de celles de sept, ou j'en ay trouvé du 17, 22, 29, qui sont aussy tous les ordinaires depuis son despari de Paris, excepté celuy du vendredy 2 5 septembre. Toutes lesquelles je veux garder entre les plus chères pièces que j'aye tant pour les tesmoignages qui y sont de vostre amitié, dont nous nous tenons si honorez mon frère et moy, que pour les belles remarques du temps, qui sont cappables de faire une des meilleures histoires qui s'en pourroit désirer. Dont nous vous sommes infiniment redevables l'un et l'autre, et (ce qui y est de pix) sans espérance de vous pouvoir jamais rendre aulcun service comparable au moindi'e de voz bienfaicts et de ceux que nous recevons à toute heure de M'' vostre frère et de louts les vostres, ne sçaichant comme couvrir ma honte aultant de foys que je voys arriver voz despesches et que j'y trouve de si rares pièces escriptes toutes de vostre main oultres vos lettres si agréablement allongées et si remplies des plus belles et plus utiles instructions qui se puissent avoir selon le temps courant, et les quelles font en nostre endroict un eiïect aulcunement comparable à celuy que font ces nouvelles lunettes de Galilée ' ou plus tost de Jacques Mcthius (qui en est le vray inventeur primitif) ^, lesquelles
' Galilée, né à Pise le i5 février i564, des miroirs el des ven-es brûlants, ayaiil à
était alors âgé de soixante-deux ans. Il de- celle occasion desverresde différentes formes,
vait vivre encore une quinzaine d'anni;es, s'avisii de regarder au travers de deux, dont
jusqu'au 8 janvier i642. Peiresc avait fuit l'un était convexe, l'autre concave, et les
la connaissance du grand mathématicien chez appliqua si heureusement au bout d'un
Pinelli. Voir sur leurs amicales relations Gas- tuyau, que la première des lunettes en fut
sendi (liv. 1, p. 5y, à l'année iCoi). composée». Les auteurs de la notice con-
' Ce fiit en 1608 que le Hollandais Jac- sacrée Ji Galilée dans la Nouvelle Biographie ques Melius (né à Alkmaër), frère du géo- ^eHt';-rtfe, MM. H[œser] et J[oubert], constatent mètre Adrien Melius, inventa la lunette que ces premiers instruments étaient fort imd'approche ou télescope. Peiresc est d'accord, parfaits, qu'ils n'avaient aucune utilité praau aujel du vray invenleur prlmilif, a\ecY)i's- tique, et qu'à Galilée appartient la gloire cartes, lequel déclare, dans sa Dioplrii/ite d'avoir appliqué les télescopas à l'observa- (1687), qu'tril y a environ trente ans qu'un lion des corps célestes. Il y a donc deux innommé Jawjues Melius, homme qui n'avait veilleurs, Metius et Galilée, e! Peiresc a eu jamais éludii-, mais qui prenait plaisir ù faire raison de les nommer l'un et l'autre.
approchent aux ieulx de ceux qui regardent par icelles les plus grandes merveilles du ciel comme s'ils les voyoient du ciel mesmes et non de la terre. Car vous nous faictes approcher le théâtre de la Cour, comme si les actes qui s'y jouent se faisoient en veiie de noz fenestres, et qui plus est vous nous y faictes voir par forme d'intermeses^ tout ce qui se passe de plus digne dans l'Angleterre, dans les Païs Bas, dans l'Allemagne et quasi dans toute l'Europe, sans que nous bougions de nostre cabinet, et pour ne rien laisser à désirer, il ne se passe aulcun libvre nouveau dont vous ne vous priviez pour nous en faire part, ce qui ne nous met pas moings en peine que le reste, nous voyant si destituez comme nous sommes de touts moyens d'user de revanche, mais vostre générosité et bonté seroit beaucoup moindre qu'elle n'est si vous ne l'exerciez que sur des gents qui eussent que quoy s'en revancher. C'est pourquoy je me tiens bien glorieux d'estre l'un des objecls de vostre beneficence ^. Que si nous n'avons de meilleure monnoye, nous vous payerons en cette bonne volonté, dont vous tesmoignez de vous contenter et ne laisrons pas d'y cntremesler tout ce peu que nous pourrons et fidèlement, et attendant mieux vous aurez maintenant le Gerrio' que je viens de recevoir de delà des monts, bien marry qu'il ne vaille mieux et en attends quelques autres qu'on me faict espérer d'Espagne, dont je manqueray pas de vous faire part. Nous n'avons aulcunes nouvelles de sorte que pour ne vous ennuyer plus longuement je suis contraint de finir par les olFres et asseurances de mon trez humble service, estant de tout mon coeur, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 8 novembre 1626.
' De l'italien intermezzo. Littré a trouvé ' Probablement Corio (Bernardin), his-
trois fois les mots intermèse, iiUeitneze, dans torien de Milan, né en celte ville en tàSg,
V Histoire de d'Aubigné; il ne donne pas mort en iBig. L'ouvrage de Corio parut à
d'autres exemples de l'emploi de celte forme. Milan en 1 5o3 , in-fol. On en cite trois au-
Voirunenotesurcemol,danslelonieII très éditions in-h° : Venise, i556 et i565,
des Lettres de Jean Chapelain, p. .3i/(. Padoue, i646.
[Sur l'adresse.) Je vous prie de m'envoyer un petit mémoire du tiltre de l'Histoire de Mantoiie de Possevin in fol. avec la datte de l'édition et le nom de l'imprimeur S car encores qu'elle soit si récente, on monstre de ne sçavoir ce que c'est dans Venise, ou je l'ay demandée plusieurs foys ^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
A PARIS
Monsieur, Mon frère de Vallavez estant party pour s'en aller faire un tour par Rians^ Beaugentier* et Ieres^ j'ay receu voz despesches du 26 et 27"* du passé et en mesme temps ay donné l'ordre qu'il falloit pour les expéditions de M'' Genoud, sinon du tout conformément aux formules de voz quartiers comme vous les aviez faict minutter, au moings en la meilleure forme qu'il s'est peu faire de pardeça selon le style de la province, hors duquel il ne se seroit trouvé personne qui eust voulu rien exploitter. Le seneschal ou son lieutenant n'eust pas jamais octroyé le renvoy sans pareatis de la Cour et la Cour n'auroit pas donné le pareatts. Aulcun sergent n'eust pas non plus faict de renvoy luy mesmes pour
' Les bibliographes ne mentionnent pas l Histoire de Mantoue d'Antoine Possevin , médecin à Mantoue, neveu du savant jésuite Antoine Possevin : ils connaissent seulement de 'lui rbistoire des ducs de Gonzague, de Mantoue et de Montferrat : Gonzaga- Tum, Mantuœ et Montisferrati ducum historia (Mantoue, 1617, in-fol.) et l'histoire de la guerre de Montferrat, De hello Montisferrati (1691). Sans doute Peiresc a voulu parler de l'histoire des ducs de Mantoue, qui est aussi l'histoire de la ville même de Mantoue. L'historien Possevin était en correspondance
avec Pierre Dupuy. On garde diverses lettres qu'il lui écrivit en latin (1630-1621) dans le volume XVI de la collection Dupuy.
' Vol. 716, fol. 48.
' Chef-lieu de canton du département du Var, arrondissement de Brignoles , à 68 kilomètres de Draguignan.
* Aujourd'hui Belgentier, commune du département du Var, arrondissement de Toulon , k a 3 kilomètres de celte ville.
* Aujourd'hui Hyères , chef-lieu de canton de l'arrondissement de Toulon, 5 19 kilomètres de cette ville.
mPaiMCItlC NATI0!l4t&
n'estre pas l'usage. Mais on a donné l'assignation à la partie par devant les juges du committimus et signifié iceluy au lieutenant de seneschal pour luy lier les mains et le mettre en notice de son interdiction. On le faict ainsin en toutes autres affaires pareilles et cez Mess" des requestes de delà ne laissent pas d'y faire droict de leur part comme si les renvoys y avoient esté faicts à leur mode. Si cela fust venu un petit plus tost, il y avoit icy un de cez huissiers du Grand Conseil qui eust faict cela comme vous vouliez, mais passant par les mains des gents du pais, ils ne se pouvoient pas despartir des formes, de peur d'avoir sur les doigts. Encores a ce esté quelque chose de le faire faire sans parealis. Je suis marry de ne vous avoir peu rendre ce peu de service plus à voslre goust, s'il y a quelque chose à redire nous verrons de la faire reparer au moings mal qu'il nous sera possible et de servir M'' Genoud, en cela et toute autre chose avec toute sorte d'affection et de fidélité. J'espère ravoir le tout à temps pour le vous renvoyer avec une despesche que faict maintenant la cour au Roy pour affaires de la province, afin que W Genoud ne les attende pas longuement. Vous me ferez faveur de l'asseurer de mon trez humble service. J'oubliois que pour esviter la levée d'un deffault, pour plus de précaution on fera présenter un procureur au seneschal, seulement pour proposer la declinatoire et déclarer l'interdiction faicte en vertu dudict committimus. Si M'' Genoud trouve bon d'envoyer procuration auxdictes fins , il n'y aura pas de mal , mais on ne laisrà pas de le faire faire en attendant son adveu.
Je vous doibs à toutes heures de nouveaux remerciments, mesmes de cez deux certificats des monnoyes que j'ay veu trez volontiei's. Si cela se practiquoit, aux censés^ et redevances on tripleroit et quadrupleroit les revenus, qui sont tant soit peu anciens, principalement en ce païs icy, ou ils sont communément conceus en termes de florins, qui souloient estre d'or et de plus de valleur qu'un escu au soleil, et toutefoys on les paye aujourd'huy moyennant i 2 s[ois] de monnoye, qui
' La cetise ou censaige ëtait une prestation payée par les vassaux et tenanciers aux seigneurs dominants, au lieu et place de toutes autres tailles.
n'est pas la sixiesme partie du florin d'or de lors. M' de Marseille ' fut dernièrement condamne par arrest de la Cour à quelque pention de florins d'or, que j'ay oublié de faiie extraire, je le feray et le vous envoyeray, parcequ'il a quelque conformité avec voz certificats. Il faict maintenant sa visite par son diocèse ou mon frère taschera de l'aller voir en revenant d'ieres pour luy offrir son humble service et l'asseurer du mien, à quoy je ne m'espargnerois pas si j'en ay jamais du moyen, ne me plaignant nullement de ce qu'il a faict pour aulcun interest mien ne des miens, que je souffrirois de bon cœur pour son contentement et bien plus grand si besoing estoit; mais le regret que j'y avois n'estoit que pour son interest de luy mesmes et pour le tort que cela faisoit à la grande réputation qu'il avoit acquise à son advenement en cette province, laquelle a receu un grand dechec pour cette affaire là, d'où il luy estoit si aisé de se tirer honnorablement sans blesser aulcunement sa consciance et sans heurter tant d'honnestes personnes qui y pretendoient interest. Je ne vous en aurois pas parlé sans que vous me mandez que Monsieur de Lomenie avoit daigné de vous monstrer ma lettre, et certainement je vouldrois qu'il peult se trouver en lieu ou vous fussiez pour vous ouyr sur toutes les difficultez qu'on luy a tant grossies, car vous auriez bientost vuidé tout cela et m'asseure que vous n'eussiez point esté de différant advis au mien, et possible vous en eust il mieux creu que moy, que parcequ'il n'eust pas eu peur que vous feussiez suspect, comme il a possible creu que je pouvois estre selon le monde, à faulte de cognoistre ma franchise et ma liberté. Je vous envoyeray un de cez matins les principales pièces où vous trouverez encores quelque chose de vostre goust et aurez mieux de quoy vous confirmer au sentiment (jue vous en avez prins. Vous aurez maintenant les patentes et arrest de M' nostre Archevesque * ou il y a quelque chose pour voz droicts et
'C'était François de Loménie, qui du remuant prélat dans les pages suivantes,
siégea de i6a4 à 1689. (Voir, sur ce cou- ' Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu ,
sin du seciéteire d'État Henri-Auguste de frère du cardinal Armand de Richelieu, fut
Loménie, Gallia chrisiiana, t. I, col. 670.) archevêque d'Aix de 1626 k 1699. (Voir
Nous retrouverons fi-étiuemment le nom C«//iVi chrisiiana, t. I, col. 387.) H fit son
Hbertez de l'église gallicane. Reste le faict des lettres pour M' de Thou , qui a prins la peine de ra'escrire de Lyon; or puis qu'il s'en va par Venise, mes lettres ne sçauroient pas le r'attaindre à temps de ce costé là. Mais s'il void M"" Pignoria' et qu'il luy face sçavoir son nom, ne doubtez pas qu'il ne luy offre tout son cœur et tous ses libvres et qu'il ne se souvienne et du mérite du père et de ce que je luy avois escript l'année dernière en attendant que M"' de Thou l'allast voir. J'en dicts de mesmes de Monseig"^ le Gard*' Barberin^ et de cez autres mess" de Rome, touts lesquels attendoient dez lors fort impatiemment la venue de M' de Thou, mais je ne laisray pas pourtant de leur en r'affraischir la mémoire par le premier ordinaire et de le servir et vous aussy comme je doibs, c'est à dire comme, Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteur et le sien,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 8 novembre 1626 ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, J'ay eu ma part du mal des ieux depuis la dernière despesche que je vous fis du 9°"= et l'absance de mon frère m'est venue bien mal à propos
enlre'e solennelle dans la ville d'Aix le 6 décembre 1626. Il eut les meilleures relations avec Peiresc soit pendant son séjour à Aix, soit pendant son séjour à Lyon , où il mourut le 93 mars i653. (Voir, sur ces relations, Gassendi, liv. IV, p. 809, à l'année 1627.) On possède un assez grand nombre de lettres écrites par Peiresc à Alphonse de Richelieu , qui fut successivement archevêque d'Aix,
puis de, Lyon (du 18 février 1626 au 5 décembre 1 63 ^t ) , dans le registre V des minutes conservées à Carpentras(fol. iyg-Siô).
' Nous avons déjà rencontré le nom de Laurent Pignoria (lettre I).
^ Quand Peiresc nomme le cardinal Barberin , il veut toujours désigner le cardinal François, dont il a déjà été question (lettre V).
' Vol. 716, fol. 5o.
durant ce temps, parcequ'il eust peu suppléer mieux que moy à son debvoir et au mien tout ensemble. Cependant j'ay receu trois despesclies voslres, soit de M"' vostre frère ou de vous, Monsieur, à sçavoir du 29 ou 3o du passé, du 3""' et du 10"^ du présent, toutes accompagnées de tant de rares curiositez et de tant d'effects et tesmoignages de vostre incomparable honnesteté que je ne la sçaurois jamais assez dignement loiier, nomplus qu'en fournir aulcune revanche qui vaille, attendu mesmes Tincommodité des ieux dont vous n'estiez pas lors encore quitte. La mienne m'a empesché de donner guieres avant dans ces deux livrets venus d'Anvers, dont je déplore bien l'obstination, et ne pense pas que cela puisse facilement cesser tant que de ce costé cy il s'en fera la quantité qu'il s'en faict, car ce sont des maladies particulières qui tiennent de l'heresie en beaucoup d'esprits et produisent les mesmes effects, combien que je ne doubte poinct qu'il n'y ayt des gents assez meschants pour les y porter à autres mauvais dessains. Dieu y mettra sa main quand il luy plairrà comme aux autres hérésies ou opinions particulières. Je pense véritablement que cez voyages des Anglois doivent estre bien beaux ^ et me persuade que les Allemants les traduiront en latin, si les Anglois mesmes ne le font. Je pense que si j'en voyois les figures, elles me tenteroient indubitablement pour en prendre un exemplaire. M' Godefroy'^ pourroit bien dire au moings s'il y a quelque remarquable pais qui n'ayt pas esté observé ne descript aux autres libvres des Indes et les cotter. Je n'en ay pas sceu reconoistre le
' Peire8c veut parler de la collection publiée par Samuel Purchas, et pour la formation de laquelle ce savant avait, dit-il, consulté plus de douze mille volumes de voyages, collection qui se compose : 1° de His pilgrimages , etc. (liOndres, 1G96, in-fol.); 2° d'une suite dans laquelle Purdias fit entrer tous les manuscrits laissés par Hackluyl, et qui est intitulée : Haklmjlus poslhumus, etc. (Londres, 1 GaS-i 6a6, également in-folio); en tout 5 volumes. Le Htg pilgri-
mages avait été déjà imprimé en 1 6 1 3 , en 1617, etc. Les cinq volumes ont été vendus 1 36 liv. st. , à Londres , en 1 883 , vente Beckford. Voir La Bibltomame en i883..., par Philomneste Junior ( Bordeaux , 1 884 , p. 9 ). On trouve dans le registre VIII de la collection Peiresc, à la bibliothèque de Garpentras, la table des matières contenues dans le recueil de Purchas.
' Théodore Godefroy, dont il a été déjà question dans les lettres II, VI, XVI.
8« LETTRES DE PEiUESC [1626]
liltre dans le catalogue de la foire ', il est vray que je ne l'ay peu voir guieres exactement. Je ne sçay si cette Monomachie de Henry II avec S' Thomas de Cantorbery de libertate ecclesiastica 8"^ meriteroit d'estre veiie, et cez Annales Bojorum Andi-eœ Brumer (sic) i" ^ et cette Victoria Caesaris Julii Belli 6°*, comme aussy cet Apostolatus Benedictinorum in Anglia f"^ et ce Caesarius, frère de S' Gr[égoire] de Nazianze, d'Auspourg 6°''. Si vous trouvez qu'ils soient rien qui vaille, je vous prie d'advertir M"^ Buon' de me les retenir; et si vous avez aulcun commerce en Angleterre, il fauldroit sçavoir des libraires mesmes qui ont imprimé cez voyages en anglois s'ils ne songent pas à en faire la version latine. Je vouldrois bien sçavoir aussy par mesme moyen le vray filtre de ce grand libvre imprimé en anglois ou le bon homme de feu M' Camdenus disoit qu'avoient esté insérées cez planches des monnoyes anciennes de ce païs là dont il nous envoya des espreuves, cai' j'ay faict la despence de l'achept d'un gros libvre de géographie en
' Tout le monde connaît les célèbres catalogues des foires de Francfort.
' C'est un seul et même ouvrage de Brunaeus, dont la Bibliothèque nationale possède une édition in-8°, publiée h Cologne en iCag, intitulée: S. Thomœ Canluar. et Henrici 11 monomachia de libertate ecclesiastica.
^ Andr. Brunner S. J. Annalimn virtulis et fortunœ Boioruin partes i-iii (Munich, 1696-1637, in-8°). André Brunner, né à Halle, dans le Tyrol, en 1889, mourut à Inshruck en i65o. Les rédacteurs de la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus déclarent (t. 1, 1869, col. 91 4) que ses Annales lui valurent le titre de Tile-Live bavarois. L'ouvrage du P. Brunner fut réimpritné à Francfort-sur-le-Mein en 1710, in-fol.
'' Encore un livre omis dans nos recueils bibliographiques.
^ \i Apostolatus benedictinorum in Anglia, par le bénédictin anglais Clément Régnier,
parut à Douai (1626). Cet ouvrage est dirigé contre le livre de Jean Barnes : Examen trophworum congregationis prœtensœ AnglicaïuB ord. S. Benedicti (Reiras, 1632, in- 8°). Voir sur le bénédictin anglais Jean Barnes une des notes de la lettre V de Dupuy à Peiresc {Appendice).
' Il s'agit là des Dialogues contre les païens qui ont été insérés sous le nom de saint Gésaire dans le tome XI de la Bibliotheca Patrum , mais qui , de l'aveu des meilleurs critiques, ont été attribués sans le moindre fondement à ce frère de saint Grégoire le Théologien.
' iVicolas Buon (?tait un des imprimeurslibraires de Pai-is avec lequel Peiresc eut le plus de relations. Nous retrouverons souvent son nom dans les lettres de son illustre client, surtout dans celles où il sera question de YArgenis de Barclay, dont la première édition fut donnée chez Buon (1622, in-8°) par les soins de Peiresc.
anglois, pensant que ce deubt estre celuy là et je n'y en ay rien trouvé quand il a esté venu, à mon grand regret. Excusez-moi de cette peine, mais c'est vous qui m'y invitez et qui me tentez par vos continuelles faveurs et nouvelles offres. Je suis bien aise que les articles du commerce n'ayent pas desagreé à M'' de Lomenie et désire bien de luy envoyer quelque chose de son goust et à vous aussy, dont je ne désespère pas avec un peu de relasche. Dieu aydant. Cependant je finiray sans autre cérémonie et vous jurant du bon du cœur que je suis entièrement vostre et que vous pouvez disposer de moy comme, Monsieur, de
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Pkiresc.
D'Aix, ce dimanche au soir, ùù novembre 1696.
J'oubliois de vous dire que j'ay esté infiniment resjouy et crois que vous ne l'aurez pas esté moins que moy à la nouvelle de la promotion de M"" Barclay à l'abbaye de S' Léon de Thoul^ c'est une grande marque de la bonne inclination de N. S. P. vers les gents de lettres-, touts lesquels en doivent bien espérer par cet exemple.
' Il s'agit là du fils du poète-romancier Jean Barclay, fils nommé Guillaume, comme son grand- j>ère, et qui était ne' en l'année 1609. Ce fut l'abbé Barclay qui fit élever en l'honneur de son père un tombeau de marbre If dans l'église de Saint-Laurent sur le chemin de Tivoli v , selon Bayle , citant Nicius Erythrœus {Pinacothec); dans l'église de Santo- Onofrio, selon M. Jules Dukas, citant les Voyages en Italie de Laiande et la Rome de M. Francis Wey. Ce fut encore l'abbé Barclay qui vint, en 1699, apporter la barrette au nouvel archevêque de Lyon , Alphonse de Richelieu. {Trésor chroiwlogique de Pierre Guillebaud, dit Pierre de Sainl- Romuald [t. III, 16/I7, p. 899].) il fut question plus tard (décembre 16^7) de l'abbé Barclay pour l'évêché de Toul , mais
la proposition ne fui pas agréée par la cour de France. Voir YExpédition du duc de Guiie à Naples. Lettres et instructions diplomatiques do la cour de France, documents publiés par MM. J. Loiseleur et G. Baguenault de Pucliesse (Paris, 1878, in-8°, p. aSa).
' Urbain VIH avait eu deux motifs pour donner îi Guillaume Barclay l'abbaye de Saint-Léon de Toul, d'abord le motif indiqué par Peiresc, ensuite cet autre motif : il avait été le pan-ain , pendant qu'il n'était encore que cai-dinal . d'un fils de Barclay, né depuis l'arrivée du poète à Rome (voir Nicius Krythrseus déjà cité), et ce souvenir avait dû conlrihuor, au moins autant que l'amour du pape pour les lettres, à faire acccinler l'abbaye au frère du filleul de Mafl'eo Barberini , fillcid qui ne parait pas avoir longtemps vécu.
88 LETTRES DE PEIRESG [1626J
Depuis avoir escript j'ay veu la lettre que vous escrivez à mon frère du 1 o'°^ Je ne pense nullement que le mariage de René duc de Bar de l'an i/iao^ se trouve icy, parceque lors il n'avoit rien en Provence nomplus qu'en Anjou (ne par conséquent à la chambre d'Anjou à Paris) pour la mesme raison à cause que lors il n'avoit encores rien en la duclié d'Anjou, et crois que pour l'avoir, il i'auldroit faire chercher au pais de Barrois, ou c'est qu'indubitablement il se trouveroit à mon advis : le pauvre feu evesque de Thoul ^ m'avoit promis de le faire chercher, mais il est mort là dessus. Je visitay un jour en la chambre des comptes un petit registre du Barrois du temps du dict René ou je trouvay de jolies choses pour ma curiosité, mais cela n'y estoit pas, qui estoit ce que je cherchois. Il me semble que je le prestay lors à M"' Godefroy qui le parcourut comme moy; puisqu'on tient cette pièce si cachée, il pourroit bien y avoir quelque clause jalouse^. Au reste je déplore infiniment les subjecls que vous avez eus de desplaisir* et pense que si toutes ces criies^ ont lieu en partie si non en tout, il n'y auroit pas grand mal quand vous feriez demander quelque office en finançant® quelque petite portion seulement : c'est comme cela que
' D'après YArl de vérifier les dates (Chronologie historique des ducs de Bar, t. XIII, p. 443), ce fut, non en 1 490, mais eni^ig, que (fRené, comte de Guise, fils de Louis II , duc d'Anjou et roi de Naples, et d'Yolande, fille d'Yolande de Bar et de Jean, roi d'Aragon, obtint le duché de Bar par la cession que le cardinal de Bar, son grand-oncle, lui en fit, en lui faisant ëpouser, l'an i4i9, Isabelle, fille aînée de Charles, duc de Lorraine, pour réunir sur sa fête les duchés de Bar et de Ijorrainei.
' Jean des Porcelets de Maillaue , mort le i4 septembre i6a4. Voir, sur ce prélat, la lettre IV, du a 8 décembre i6q3.
' Jalouse , c'est-à-dire périlleuse. Littré n'a cité qu'un seul emploi du mot jaloux pris dans ce sens , et il l'emprunte à un écrivain
du ivm" siècle, au duc de Saint-Simon, qui a dit dans ses Mémoires : r Lauzun se divertit à s'arrêter dans les endroits les plus jaloux, n
'' L'avocat Pierre Dupuy aspirait à devenir conseiller au parlement de Paris , comme l'avait été son père , mais son médiocre état de fortune ne lui permettait pas d'acheter une charge qui coûtait fort cher; il aurait voulu que quelque combinaison lui permît d'obtenir la charge sans bourse délier.
' On appelait crues les augmentations du nombre des offices dans les cours et tribunaux. Le mot n'a pas été indiqué avec ce sens dans le Dictionnaire de Littré.
" Financer a été employé comme verbe neutre par Lesage,par Voltaire, cités dans le Dictionnaire de Littré. Comme verbe actif, il a été employé pai- le duc de Saint-Simon.
Malerbe s'est faict donner une charge de thresorier de France en ce pais' et le neveu du P. Suffren une autre à fort bon marché^, et leur mérite et qualité fera passer l'édict pour i'amour d'eux, qui ne passeroit jamais. Possible que vous auriez bien le mesme crédit au parlement de Paris, et je crois bien qu'auprez du roy et mess" du Conseil vous avez assez d'amys pour obtenir un don de la finance. M' Segueran mon beau-frere^ fit comme cela son père présidant supernumex-aire pour 12,000 11. [livres] lequel vendit son office de conseiller i8,ooo 11. [livres] et puis convertit l'office de simple présidant à mortier en celuy de premier présidant des comptes, ou il ne fut jamais parvenu sans cette petite industrie. Il se fault ayder en ce monde, et lors nos amys s'encouragent à nous assister, autrement on demeureroit là cent ans à l'abandon. Excusez ma liberté et croyez que je me sents infiniment redevable à voz honnestetez et aux charités que vous exercez sur ces pauvres bannis que nous sommes du monde. Dieu le vous rende.
A côté de l'admirable auteur des Mémoires , on pourra désormais, sous le moi financer, comme sous le mot jaloux , mentionner les
' FrançoisdeMaiherbe,néhGaenen i555, mort à Paris le 6 octobre 1628, fut un des amis et correspondants de Peiresc, qui l'avait connu à Aix dès i6o4, comme l'a rappelé, d'après Gassendi , M. Lud. Lalanne dans la Notice biogra-phiqtie mise en tête du tome I des OEuvres complètes (collection des Grands Ecrivains de la France, 1862, p. xx). L'auteur de cette même notice constate (p. xu. note 1) que le poète, jusqu'au moment où il se fixa à Paris, écrivit presque constamnient son nom sans h, comme l'écrit ici Peiresc, et (p. xxix) que Malherbe dut être pourvu, en février i6a6 au plus tard, de l'oflice de trésorier de France dont il est ici question. M. Lalanne, en cette dernière page, a cité (note 2) le passage que l'on vient de lire de la présente lettre de Peiresc à Dupuy. Ajoutons
que , dans le tome III des Œuvres complètes , M. Lalanne a publié les lettres écrites par Malherbe à Peiresc de 1606 à iG'aS, lettres dont il avait été donné, en 1822, une édition incomplète et fautive. Je publierai les réponses de Peiresc à Malherbe d'après les minutes de la bibliothèque de Cai-pentras.
^ Le père Suffren (Jean) , de la Compagnie de Jésus, né à Salon en i565, mourut à Flessingue en i64i. Il put d'autant mieux protéger son neveu, qu'il fut le confesseur de Louis XIII et de Marie de Médicis, princesse à laquelle il resta dévoué quand elle fut malheureuse, n'ayant pas hésité à la suivre dans son exil.
' Le père de Peiresc , Réginald de Fabri , s'était remarié, après quatorze ans de veuvage, avec Catherine de Caradet, et en avait eu plusieurs enfants, notamment Suzanne de Fabri , qui épousa Henri de Séguiran , premier président en la Cour des comptes , aides et finances de Provence. Voir Gassendi (liv. l, p. i3).
iKrtiacilt «aTiO]|ai.1.
J'oubliois le meilleur, qui est de vous remercier comme je faicts Irez humbleaient de la boiuie opinion que vous monstrez avoir de nous, vous imaginant qu'il y ayt quelque sympathie et quelque conformité d'inclinations entre nous, à quoy je vouldrois bien respondre et m'estimerois bien heureux, mais nous sommes bien loing au dessoubs et pleust à Dieu que nous fussions dignes de deslier les corroyés de persones de si eminante vertu comme vous estes et tous les vostres. En une chose vous vouldrois je prendre au mot et vous inviter à faire comme j'ay faict pour vous mettre l'esprit en repos, c'est que parmy des aillictions et travei-ses que nostre maison a eues, des plus intollerables, et qui estoient sans remède, je me suis pei-suadé que Dieu le faisoit pour le mieux, afin de me destourner les moyens et occasions de souffrir de plus grands maux d'une autre façon et m'estimois fort heureux à comparaison des autres plus malheureux, qui s'estimeroient au hault de toute félicité s'ils estoient «mi lestât que je me trouve pour maulvais qu'il soit ou qu'il puisse estre soit par maladie ou par disgrâce cela me rendoit fort content et quand mes plus grandes maladies m'affligent le plus, cette pensée me rend la quiétude et me faict endormir. Tout de mesmes des fortunes et m'y suis tellement accousluiné que quand je n'aurois pas l'employ que j'ay, dont je doibs estre trop honoré, je pense et ose asseurer que je ne me tiendrois pas moins heureux en ma condition, pouvant honnestement vivre parmy les livres et honnestes gents. Ce qui peut encor arriver, aussy suis je prest à toute fortune avec l'ayde de Dieu et tiens que la pluspart des choses du monde sont bien loing de l'estime commune'.
' Vol. 716, fol. 5«.
\XVII À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur, La deffluxion ' qui m'a incommodé toute cette semaine sur mes ieux m'ayant donné aujourd'huy un peu de relasche et permis de tenir les lunettes, je n'ay pas voulu manquer, n'en pouvant mieux, à tout le moiugs de vous accuser la réception de trois despesches vostres, tant du dernier ordinaire du moys passé, qui fut le vendredy 3o octobre, que du premier et troisiesme de celuy cy, qui furent le premier mardy 3 et le second mardy i o de ce moys. Que si vous aviez laissé couller le second du vendredy 6°"^, vous avez bien supplée avec usure le suyvant du i o avec une lettre de 8 pages entières et d'autres advis de vostre main fort curieux des Païs Bas et d'Allemagne. A quoy vous avez joinct encores une trez belle lettre de M' Rubens^. laquelle je ne vous r'envoyeray poinct encores pour ce coup, attendant de la monstrer à mon frère de Vallavez à son retour et en raesme temps je la vous renvoyeray, Dieu aydaut. Or parmy toute cette grande variété des nouvelles dont vous avez prins la peine de nous faire part, vous m'avez infiniment obligé de m'envoyer les particularitez de la contention de Mess" de Montelon et de Sève*, à cause d'une autre qui arriva quasi en raesines temps de pardeça entre un conseiller de nostre parlement
' Ce synonyme du mot fluxion était déjà hors d'usage au milieu du siècle derniei'. (^Dictionnaire de Trévoux.) Littré le donne avec la note vieilli, et il ne cite aux exemples aucun écrivain postérieur à Guez de Balzac.
' Rubens était aussi lié avec les frères Dupuy qu'avec Peiresc lui-même. On trouve bien souvent les noms des uns et des autres dans la partie de la correspondance du grand artiste qui a été déjà publiée. On les
trouvera bien plus souvent encore dans le recueil complet de cette correspondance que prépare la commission chargée par la ville d'Anvers d'élever au plus illusti-e despeinU-es flamands un monument digne de lui.
' Querelle violente dont il est question dans les Mémoires de Mathieu Mole (t. I, p. ^19-^1 6). La contention était entre le grand conseil , représenté par de Montholon , et le Parlement, représenté par de Sève.
qui n'estoit pas des anciens, lequel ne voulut pas céder à l'église au premier présidant de la chambre des comtes et cour des aydes', ce qui a pensé produire de grands desordres, mais, Dieu mercy, nous avons travaillé de part et d'autre avec tant de soing que nous avons empesché qu'on ne vint aux voyes de la rigueur jusques à présent. Et si vous recouvrez les arrests et décrets ou sentences, tant du Parlement^ et Grand Conseil que des lieutenants civil et criminel, vous me ferez une insigne faveur de m'en faire part et je les vous r'envoyeray soigneusement, si vous l'avez agréable, comme aussy cez autres advis estrangers qu'il vous plaict nous communiquer ordinairement, car j'ay honte que tant de peine demeure en pure perte, car aussy bien de nostre chef n'avons nous rien à bailler en revanche, qui puisse avoir de comparaison avec tant soit peu de noz obligations, ce païs ne produisant rien de vostre goust et estant si esloigné de tout commerce qu'on y ayt rien de vostre curiosité, vous le recouvrez d'ailleurs comme il est advenu de ce Cerrio, vray est qu'aussy bien estoit ce bien moings que je n'avois pensé. Tant y a que cela m'a faict ressouvenir de ce que vous dictes du pauvre Celierier* que je plains bien, et vouldrois sçavoir si dans cette dernière édition du livre qui l'a mis en peine de ce Valdesius" il
' Nous avons déjà vu que ce premier ])résidenl était Henri de Séguiran, mari d'une sœur de Peiresc.
' Le garde des sceaux demandait à Mathieu Mole', le 9 novembre 1626, iries deux arrêts donnés en la Cour sur le fait de MM. de Montholon et Sève, et des circonstances». {Mémoires, t. I, p. 4 16.)
' Je n'ai rien trouvé sur ce pauvre Cellerier, qui devait être quelque imprimeur ou libraire impliqué dans l'affaire de la réimpression du livre de Valdès.
* Prœrogaliva Hispaniœ de dignitale et prceeminentia regum regiwrumque Hispaniœ, et konoraliori loco ac tilulo eis eorumque legalis a conduis , necnon a rommia sede jure debito , traôtalus ; auctore JaCobo Valdesio ,
doctore. 1609. L'ouvrage venait d'être réimprimé à Francfort (lôaS, in-fol.). Les rédacteurs de la Bibliothèque historique de la France citent (n° 26918) une Sentence du prévôt de Paris contre un méchant et pernicieux livre, imprimé à Francfort, intitulé : Prœcedmtia Hispaniœ, etc. (Paris, Alexandre, 16a 6, in-8°) et la réfutation de la première édition de l'ouvrage de Valdès, par Jérôme Bignon, 1610, in-8° (n° aôgaS). Le garde des sceaux Michel de Marillac écrivait, le a novembre 1626, à Mathieu Mole: et M. le lieutenant civil m'a mandé qu'il ferait brûler par les mains du bourreau le livre de Valdesius, qui est un méchant livre, et je pense que ce sera bien fait; il a été réimprimé avec mauvais dessein. 1 (Mémoires
[1626] AUX FUÈRKS DUPUY. 93
y a rien de plus qu'aux autres précédantes éditions. J'ay ieu fort volontiers pendant mon mal ou pour le moins me suis faict lire et relire plus d'une foys ce manifeste des Anglois, qui semble venir de bonne main et cotte des particularitez qui seroient bien mal tollerables en nos gents, si elles sont véritables. Quand cet arrest du Conseil d'Estat concernant les religieux docteurs de Sorbonne paroistrà, je seray bien aise de le voir, et encores plus de voir ce qui se fera au contraire, ne doubtant- pas qu'il n'y ayt bien encores a refaire de ce costé là. J'ay admiré la resolution de M""" de Ponlcarré' de se faire nonnain plus que celle de son mary de l'y vouloir laisser. La femme de M"" de S"' Marthe'^ a frayé le cbemin à d'autres et je pense qu'il n'y auroit pas de mal d'en escrire la vraye procédure tant de l'une que de l'autre et voire de les faire imprimer pour donner le bon exemple à d'autres, qui feroient grand plaisir à leurs marys de les imiter. La qualité nouvellement déférée au S"" de la Folaines et à son employ respond bien à son surnom en ce qu'elle est bien bouffonne et jolie, mais ces eslolïes sont trop sanglantes pour s'en parer'. M' de Fetan m'escript de Lyon'' qu'il a un
de Mathieu Moié, t. I, p. 4i3.) L'élileur, M. Aimé ChampollioD Figeac, a confondu Jacques Valdesius avec Jean Valdesius et les Prmrogativa du premier avec les CeiU et dix considérations du second. Il n'est pas étonnant, après cela, que tr l'édition de 1 6 a 6» de ce dernier ouvrage, laquelle n'existe pas, n'ait pu itêtre retrouvée h la Bibliothèque impériale 1.
' Tallemant des Réaux a oublié de nous parler, dans ses Mémoires , de M"" de Pontcarré voulant se faire religieuse du vivant de son mari. Elle s'appelait Magdelène de Pincé; son maii, Nicolas Cnraus, seigneur de Pontcarré, mourut sous-doyen du Parlement, en i6/i5.
' S'agit-il là de Marie Frubert, femme de François de Sainte-Marthe, avocat au parlement de Paris, et mère de Claude de
Sainte-Marthe, le célèbre janséniste, né à Paris en 1620?
' J'ai vainement cherché des renseignements sur l'emploi de ce sieur de la Folaines, dont le nom fournit à Peiresc le sujet d'une petite plaisanterie. Ni Malherbe, ni Patin, ni Tallemant des Réaux ne nous parlent du personnage et de son emploi. Seul le maréchal de Bassompierro mentionne {Journal de ma vie, édition du marquis de Chantérac, t. Ill, p. 16) Astremoine de Jussac, seigneur de la Folaine, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, lequel, comme nous l'apprend une note de l'éditeur, était (ils de Jean de Jussac, seigneur de la Folaine, et de Marie du Bois Fontaine-Maran.
' M. de Fetan, comme M. Cardon, dont nous allons trouver le nom un peu plus loin .
roulieau à moy, je m'imagine que ce soit celuy des tailles doulces que vous dictes de M' Tayernier^ il ne me l'a pas osé envoyer par la poste, mais M"" Cardon me doibt envoyer un ballot de cartons pour mon relieur, avec quoy il pourra venir : je vous remercie trez humblement de l'advis. Je n'ay rien faict pour M"^ Dom du Puy le Chartreux H mon grand regret, mais si je puis davantage asseurement je le feray et de bon cœur. Quant au traicté du Havre, on me l'a promis d'Avignon, c'est à dire la coppie et aussy tost je vous en feray part. C'est Madame de Merargues ou de Breson, parente de M' de Villars^ à laquelle on l'a envoyé , et entre autres articles que j'entends y eslre , c'est que le roy luy permet d'employer son argent à l'achept de la duché de Fronsac* avec faculté de porter la qualité de duc, il fauldrà voir comme il est conceu. Je plains bien Mess'^ de Liancourt et d'Alluyn et encores plus M' de Schomberg^ et crois qu'il s'y trouvera quelque tempérament, fallut il refaire un nouvel edict exprez pour abolir cela. Portarebbe la spesa de sçavoir un peu qui est cet evesque de Mande et commant il vit, car on disoit qu'il estoit bien descheu depuis la proscription des françois en Angleterre ^ Le pauvre abbé de Foix a esté
appartenait à l'administration des postes : ils sont souvent mentionnés dans les lettres de Peiresc, qui, avec son immense correspondance, avait sans cesse besoin d'eux.
' Melchior Tavernier, déjà mentionne dans la lettre IV.
' Le frère aîné de Pierre et de Jacques Dupuy , dont il a été question dans Y Avertissement.
' Georges de Brancas, marquis de Villars, gouverneur du Havre, mort en 1657, devenu duc de Villars en 1697, traita pour le gouvernement du Havre avec le cardinal de Richelieu. Voir Tallemant des Réaux (historiette de Madame de Villars, t. I, p. ai 3) et surtout recueil Avenel (t. II. p. a8i, uSa).
' Le duché de Fronsac (aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Libourne, à aâ kilomètres de Bordeaux) appartenait alors à François d'Orléans-Longueville, comte de Saint-Paul, et allait être acquis , à la mort de ce dernier, par le cardinal de Richelieu , qui devint ainsi le voisin de Peiresc, considéré comme abbé de Guitres (Guitres se trouve h i5 kilomètres de Libourne).
' U s'agit là de Roger du Plessis, duc de Liancourt, du duc d'Halluin, et de Charles de Schomberg, qui, en i6ao, avait épousé Anne d'Halluin.
' Daniel de la Mothe du Plessis-Houdancourt fut évêque de Mende de février i6a5 à mars 1 698. (G allia christiana, 1. 1, col. 107
[1626] AUX FREBES DUPUY. 95
bien mal accommodé'. Cet evesque d'Angers faict bien son debvoir tranchant d'archevcsque comme il faict '•'. On l'appréhende grandement à Lyon, et c'est un grand reproche à ceux qui le pouvoient cognoislre de l'avoir laissé rentrer dans Angers et encores plus de l'avoir logé à Lyon. Dieu le leur pardoint, car s'il se presentoit quelque notable assemblée du clergé, il y feroit bien encores plus puissament ses brigues et les coups de son mestier. Le duc de Savoye* est véritablement dans l'humeur de se r'abiller du costé d'Espagne. Je l'ay apprins du costé de deçà ou dans ses estats il ne s'en faict point la petite bouche, et dict on que c'est le comte d'Ollivarez* qui l'a voulu rechercher par capprice, à quoy je ne pense pas qu'il ayt trouvé grande résistance. Nous attendons M' lArchevesque la semaine prochaine^. Je feray advertir M"" Marchier* de ce que vous mandez à mon frère, s'il n'est arrivé comme j'espere entre cy et là pour le faire luy mesmes.
Je félicite de bon coeur Monsieur et M*""* (îrotiiis de leur belle fîHe inespérée'' et prie à Dieu qu'il la fasse longuement et heureusement vivre au contentement de ses progeniteurs* et eux aussy, vous sup-
et 108.) Voir sur ce prélat i'iiistoriette de Tallemant des Réaux intitulée : M. de Noyers et l'evesque de Mande (t. IF, p. i38-i 44).
' On lit dans les Mémoires de Rassompieire (édition déjà citée, t. II, p. gi) : n-Le sieur de Lafon, depuis abbé de Foix, hit employé aux allées et venues. " Voir ces mêmes Mémoires (t. IV, p. i3o) au sujet de l'emprisonnement à la Bastille (a3 février i63i ) de l'abbé de Foix, que le cardinal de Richelieu , en ses Mémoires , accuse d'être dans toutes les intrigues de la cour.
' Charles Miron , déjà mentionné dans la lollre IV.
' Charles-Emmanuel, dit le Grand, duc de Savoie de i58o à i63o.
' Gaspar-Guzman , cx)nite d'Olivarès, duc de San-Lucar, né en 1587, mort en 1643,
était premier ministre du roi d'Espagne Philippe IV depuis l'avènement de ce prince ( 1 6a 1 ).
' Le nouvel archevêque d'Aix , Alphonse de Richelieu.
' L'abbé Marchier était un grand ami de Peiresc et de *on frère. Il reçoit dans les lettres de Peiresc les titres suivants : Prévost en l'église métropolitaine de Saint-Sauveur et Seigneur du bourg de la ville d'A ix.
' Les biographes de Grotius unt-ils mentiontié la naissance de cette petite Parisienne qui survint après dix-huit ans de mariage, Hugo Grotius ayant épousé en 1608 Muria de Reigei-sbergen , dont le dévouement pour son mari est devenu proverbial?
' \^ mol progéniteur manque dans tous DOS dictionnaires.
pliant de les faire sallùer Irez humblement de ma part et de me continuer l'honneur de voz bonnes grâces, Monsieur, comme à
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 92 novembre 1626 '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur, Depuis la despesche que je vous fiz le 22°"^ du passé, j'en ay receu deux des vostres du 1 2 ou 1 3 et du 1 7°"^, accompagnées comme de coustume de tout plain de belles singularitez et en mesme temps mon frère de Vallavez passa par icy, à qui je les baillay pour les emporter quant et luy en Avignon , ou il s'en alloit voir M' nostre Archevesque^, d'où je m'asseure qu'il vous aura faict responce, s'il en a trouvé là aulcune commodité, ne l'ayant peu faire icy pour n'y avoir poinct sesjourné, à cause qu'en arrivant en cette ville, il apprint la veniie dudict S' Archevesque et qu'il l'attendoit en Avignon avant que vouloir resouldre le jour de sa veniie en cette ville. Cependant ayant sceu qu'il se debvoit mettre une despesche à la poste de la part du parlement, je ne l'ay pas voulu laisser aller sans y joindre cez deux Ugnes en remerciment trez humble de la continuation de voz charitez envers nous, lesquelles augmentent nos obligations et nostre honte conjointement avec le desplaisir de nous voir destituez de tous moyens
' Vol. 716, foi. bh. — Je suppose que h Peiresc, l'une du 96 novembre 1626,
c'est par inadvertance que Peiresc a daté l'autre du 1" décembre de la même annëe. cette lettre du 22 novembre, comme la pré- " Alphonse du Plessis de Richelieu, qui
cédente, et qu'il faut lire 28. Voir à YAppen- venait prendre possession de son siège ar-
dice ( n°' IV et V ) deux lettres de Pierre Dupuy chiépiscopal.
de vous rendre auicune revanclie, ne aulcun service, comme nous vouldrions.
Je n'ay retenu que la lettre de M' Rubens qui sera cy joincte, ou j'ay prins plaisir de voir les remarques qu'il faict sur ses peintures, qui me feront adjouster encores celte importunité aux précédantes pour vous supplier de nous faire part un jour des vers du S'' Marescot', pour l'amour de l'ouvrage qu'il a entreprins de loiier et de l'excellence des inventions qui y sont si bien represantées *. J'ay veu l'arresl du Conseil du 7 novembre et pense qu'il fera bon voir le verbal de la publication qui s'en debvoit faire en Sorbonne, si tant est que M"" le Cardinal de Richelieu y aille en persone comme on disoit.
' 11 y a bien Maroscol, mais Peiresc avait été induit en erreur par ses correspondants, qui avaient mal écrit le nom de Morisot. Voir dans le recueil de M. Cachet les lettres de Rubens du aa octobre i6a6, du aç) du même mois et du la novembre suivant (p. 65, 68, 81). Dans cette dernière lettre, Rubens dit à Pierre Dupuy (je laisse parler le traducteur, M. Cachet): it Vous avez raison et je me suis trompé sur le nom du poète de la galerie. C'est Morisot qu'il se nomme. » Co Morisot ( Claude-Barthélémy ) était un avocat érudit, qui naquit à Dijon eni599 et qui y mourut en 1661. On peut voir sur lui, les LcUres de Jean Chapelain (t. II , p. ni et 197) et les Lettres de Guy Patin (t. II, p. 198).
* Ces vers de Morisot durent être communiqués manuscrits à Rubens et à Peiresc, car ils ne parurent qu'en 1 6a 8 sous ce litre : Portions Mediccea ad illttstrissimum Cardinalem Rtchelœum, carmeii Morisoli (Paris, in-4°). Les auteurs de la Bibliothèque historique de la France citent (n° 3 1660) une seconde édition : Porticus Mediceea, versibus latinis descripla, à Claudio Bartholomœo Morisot, Divioncnsi ( Dijon , 1 6 9 9 , in-4 ° ) , et ils ajou-
tent : tr Celte description de la galerie du palais de Luxembourg h Paris est aussi imprimée avec les lettres de Morisot" (centurie 1, p. i3o et suiv.). On trouve daas les Epistolarum centuriœ 1 et 11 (Dijon, 1 656, ïn-k") les lettres écrites par Morisot à Rubens en i6a8. Le grand peintre avait été très froissé de ne pas trouver son nom dans le manuscrit du poète bourguignon, car il écrivait à Dupuy (p. 65) : ifLes vers sur la galerie de Médicis sont très beaux, mais je n'ai pas grande obligation au poète, puisqu'il ne fait point mention de moi. « Morisot, averti, répara ses torts. On conserve à la Bibliothèque nationale un exemplaire du Porticus orné d'une dédicace à Rubens écrite de la main de l'auteur et débutant ainsi : Milto ad te correctius poema, de tuo nomine ctiam illustratum, etc. Voici comment est dat('e la petite pièce : Lutetiœ, Id. Septetnbr. Ann. u.Dcxx. A la suite de la dédicace en prose on trouve quelques vers latins oîi est célébré le génie du peintre. Aussi Rubens , le 3 0 février i6a8, dans une lettre à P. Dupuy (recueil Cachet, p. i64), déclare que les vers de Morisot sont diffnes d'admiration et l'appelle un si grand poète.
ivrKiHsniE NAT(o;<*ir.
J'ay veu aussy l'arrest du xi sur le différant du Grand Conseil el verray fort volontiers celuy que le parlement a faict au contraire et toutes les procédures qui s'en pourront recouvrer de part et d'autre, puisqu'il vous plaict les nous promettre, à cause de la mauvaise rencontre de la contention advenue de pardeça quasi en mesme temps entre le premier présidant de la Chambre des Comptes, Cour des Aydes et un des conseillers de nostre parlement qui ne luy vouloit pas céder la préséance. En quoy l'on n'accusera pas à ce coup cy la challeur du pais, puisque de part et d'autre il s'est passé desjà un moys entier sans qu'on en soit venu à aulcune violance, vray est que ce n'a pas esté sans peine au moings pour moy qui me trouvois intéressé des deuz costéz à cause de l'honneur que j'ay d'estre au corps du parlement et d'estre beau frère du premier présidant des Contes, et si je n'ay peu réduire les choses à un accommodement, au moings ay je eu ce crédit avec l'ayde de Dieu de gaigner tout ce temps et d'empescher jusques à présent qu'on n'en vint à des remèdes pires que le mal, ce qui sembloit inesvitable. Encores ne sçay-je ce qui en adviendra si le roy n'y met bien tost la main. L'une des choses qu'il y a les plus honorables ce semble a esté une offre que je fis les chambres assemblées de la part de mon beau frère : qu'il estimoit d'avoir plustost receu de l'offance que d'avoir offancé nostre collègue et que pour tesmoignage de sa bonne foy et de la confiance qu'il avoit à son bon droict, il s'en soubsmettroit à ce qui en seroit arbitré par deux de mess''^ du Parlement tels que la Cour vouldroit commettre pour déclarer lequel des deux debvroit faire réparation à l'autre et quelle réparation il leur plairroit d'y déterminer. Ce qui ferma la bouche aux plus animés au contraire el sembloit bien mérité d'estre accepté, mais vous sçavez les difficultez qu'il y a de satisfaire à toute une si grande compagnie. H a esté député par ceux de son corps pour aller porter au Roy leurs remonstrances sur cela et autres contentions de jurisdiction, mais je vouldrois bien pouvoir interrompre ce voyage,' que s'il le faict, ce ne sera pas sans vous aller offrir son service et à Mons' vostre frère et me promets quç vous le verrez volontiers. A'ous
n'avons aulcunes nouvelles que du desordre des pluyes qui font bien
du mal de pardeça. M'' l'evesque d'Orléans^ est à Marseille depuis
quelques jours ou il a prins logement chez Mons"^ de Guise '^ et y tient
table et grand train, disant qu'il y veult passer l'hyver pour changer
d'air. Je finis à faulte d'autre matière, demeurant tousjours,
vostre trez humble et obligé serviteur,
DK Peiresc.
D'Aix, ce 2 décembre 1626^
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
ADVOCAT E.NJLA COUR, À PARIS
Monsieur, Celle cy ne sera que pour vous rendre compte de ce qu'il vous avoit pieu m'ordonner concernant le R. P. Dom du Puy vostre frère, à qui j'avois escript et envoyé une lettre pour Mg"' le Card[in]al Barberin, laquelle a esté rendue et à laquelle il m'a faict la responce que vous trouverez cy jointe du xi novembre, et d'aultant que je n'avois pas laissé d'ailleurs, escrivant audict seign[eu]r Card[in]al pour autre chose, de iûy en réitérer un mot, quand il a daigné respondre encores à cette autre lettre, il n'a pas laissé d'adjouster par mesme moyen de
' Gabriel de TAubespine, iîls de Guillaume de i'Aubespine, baron de Ghasteauneuf, et de Marie de la Gbastre, naquit le a6 janvier 1679 et mourut à Grenoble le i5 août i63o. Nommé évéqiie d'Orléans en 1 6o4 , il ne prit possession de son siège qu'en 1 608. Voir, sur Gabriel de I'Aubespine et sur ses relations avec Peiresc, le petit recueil des lettres inédites écrites parle prélat, de Marseille et de Paris, à ce savant en 1627 et
publiées en i883 dans les Mémoires de la Société archéoloffique et historique de l'Orléanais (avec tirage à part in-8°, formant le 7' fascicule des Correspondants de Peiresc).
' Charles de Lorraine, quatrième duc de Guise, naquit en 1671, fut amiral des inei-s du Levant, gouverneur de Champgne et de Provence, et mourut en i6io.
nouveaux tesmoignages de son inclination à rendre toute sorte de bons offices à ce bon père, comme ii eust desjà faict, je m'asseure, si son indisposition luy eust donné un peu plus de relasche : vous le jugerez comme moy quand vous pourrez bien recognoistre la doulccur et bonté naturelle de ce personage et l'estime qu'il faict de vous et des vostres. Vous y trouverez une inscription ancienne bien gentile dont il a daigné me faire part sur cette occasion. Laquelle je pense que Monsieur Bignon et le P. Slrmond verront bien volontiers, si vous avez agréable de la leur communiquer. Mais je suis bien d'advis que vous ne la laissiez pas divulguer à toute sorte de gents, tant de peur de desplaire à celuy qui nous en a faict participants (lequel a possible dessain de la faire employer comme cbose nouvelle en quelque ouvrage de ses amys) que pour ne sembler avoir affecté de me faire de feste et que je voulusse tirer vanité de l'honneur qu'il m'a faict de me l'envoyer, dont je ne me serois possible pas vanté si cela eust esté separable de la lettre qui faisoit si honorable mention de Monsieur vostre frère, laquelle je ne vous pouvois cacher sans faillir et brescher' les loix de l'amitié qui est entre nous. Bien est il vray que je serois trez aise de sçavoir le jugement que feront de cette inscription lesdicts S" Bignon et P. Sirmond et encores mess''^ Grottius, de Saulmaise et Rigault, lesquels je vous supplie de vouloir par mesme moyen salliier bien humblement de ma part. J'ay receu par le dernier ordinaire de Piome avec les susdictes lettres de Mg" le Card[in]al une lettre de M'' Aleandro du XV novembre, par laquelle il mande qu'il continue tousjours sa charge de secrétaire des lettres latines, que le Card[in]al n'a pas encores déclaré aulcun secrétaire des lettres italiennes, dont la charge est exercée par provision par le S" Gioseppe Persico, neveu du deffunct secrétaire S' Pamphilo Persico, et que luy mesmes à charge de revoir les lettres dudict S' Gioseppe , c'est à dire celles des compliments seulement, ce dict-il, car les autres d'affaires d'estat vont à la secretairie d'estat, et pour la charge de custode de la bibliothèque Vaticane de
' Brescher pour faire brèche. Litti'^ né connaissait pas d'exemple de l'eraploi de ce mot au xvii' siècle, car il a dit, sous le mot Brèche : <rLe ivi' siècle avait brecher, faire brèche. i
[1626] AUX FRKRES DUPUY. 101
l'eu S'' N° Alemanni', qu'elle a eslé conférée à un S' Felice Cantiloro, qui a esté norry dez son enfance avec ledict Seig[eu]'' Cardinal, qui est homme de grande mémoire et fort versé en la philosophie, théologie et jurisprudance, qui exerceoit la charge d'advocat en cette court là, dont j'ai esté bien mortifié, car mes vœux estoient pour ledict S' Aleandro et l'on m'escript que c'estoient aussy les vœux de toute la cour de Rome. Ledict S' Aleandro me mande qu'il faict imprimer quelque exemplaire d'un sien petit discours sur une graveure antique bien curieuse, ou est représentée la pesche de S' Pierre avec un christ sur les eaux et me promet de nous en envoyer par le premier [ordinaire], dont je ne manqucray pas de vous faire part incontinant. Cependant je vous supplie de me conserver l'jionneur de vostre bienveillance et de disposer de moy.
Monsieur, comme de
vostre trez humble et obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 3 décembre i6a6.
Je ne sçay si je ne vous ày poinct prié par mes précédantes d'une coppie de l'inventaire de ce que vous avez concernant le concile de Trente, si je ne l'ay faict, je le faicts par cette cy, et vous supplie de me vouloir à vostre commodité faire faire un roolle de touts les livres que vous avez sur ce subject, et si vous avez jamais dressé de mémoire des pièces que vous avez à part, soit MS. ou en petits cahiers imprimez (comme je ne doubte pas que parmi vostre recueil des libertez de l'Eglise Gallicane il n'y ayt grand nombre de trez rares pièces concernant ledict concile), vous me feriez un singulier plaisir
' Niccolo Alemanni fut un des corres- Nieolo Alemanni pour rappeler au lecteur
pondants de Peiresc. On possède dans le que cet antiquaire naquit à A ncône en jan-
premier registre des minutes, à la biblio- vier 1 583 et mourut à Rome en juillet i6a6,
tlièque de Carpentras, treize lettres écrites victime, h quarante-trois ans, de son zèle
en italien à cet drudit par Peiresc, de 1617 archéologique. ( Voir la notice de Millia dans
h 1633 (fol. 97/1-379). Ni Gioseppo Per- la Biofp-aphie universelle.) Alemanni avait
sico ni t'elice Cantiloro ne furent au nombre été nommé, en 161 4, garde de la bibliu-
des correspondants de Peiresc. Revenons h thèqne du Vatican.
de m'en envoyer une coppie', et si tant est que vous n'avez pas songé d'en faire un mémoire à part, je pense que vous en debvez faire un tost ou tard à vostre commodité. Voire s'ii s'en pouvoit faire un des historiens qui méritent d'estre veus sur cette matière, il ne seroit pas inutile. Cette curiosité m'estoit veniie en l'esprit assez longtemps y a, mais elle s'est renouveliée depuis peu, et crois qu'il seroit bon aussy de voir les actes qui se sont faicts en divers diocèses, quand il s'est parlé d'y recevoir ledict concile, ou il se trouveroit des bonnes pièces aussy bien que des mauvaises, attendu que lors il se tint afforce^ synodes provinciaux ou diocésains sur ce subject en divers endroits de la France. Je vouldrois sçavoir aussy les actes que ceux de la religion p[retendue] r[eformée] ont faicts faire sur ce subject, à quoy les recueils de M' de Lomenie pourront bien ayder^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur, Depuis la despescbe cy joincte achevée, sans l'avoir peu faire marcher, nous en avons tout d'un coup receu deux autres vostres oultre les précédantes, l'une du 20 et l'autre du 2/1 du passé avec de fort curieuses pièces que Monsieur vostre frère a tirées de ses liasses (dont
' Dom Bernard de Montfaucon a signalé pour la plupart dans le volume publié pai'
{Bibliotlieca hiblioth. manuscriptomm , t. 11, Giliot (Jacques) : Instructions et lettres des
col. 1 1 8 /i) un volume de la collection Peiresc , rois très-chrestiens et de leurs ambassadeurs ,
le onzième , qui était chez M. de Mazaugues , et antres actes concernant le concile de Trente ,
mais qui n'est pas à la bibliothèque d"ln- pi-is sur les originaux, tirez des mémoires de
guimbert, oii il n'a probablement jamais M. D[upuy] (Paris, i654, in-4°).
existé, et qui contenait divers mémoires et ^ AJforce jtoiir force, mot qui, suivant la
actes concernant le concile de Trente, com- définition du Dictionnaire de l'Académie
muniqués sans doute par P. Dupuy à la suite (1877), r est une espèce d'adverbe qui si-
de la demande que son ami lui adressait ici. gnifie beaucoup, en grande quantité 1.
Ces mémoires et actes doiyeiït se retrouver ' Vol. 716, fol. 58,
je lui demeure infiniment redevable et à vous aussy) et touts ces arrests, décrets et ordonnances tant du Grand Conseil et Chastellet que du Parlement concernant la contention de Mess"^ de Sève et de Montelon, lesquels je vous renvoyé ensemble les deux lettres originelles' de M"' Rubens, dont nous vous rendons mille trez humbles remerciments, et vous supplions d'en user de mesmcs pour ces advis de Londres ou de l'Allemagne et autres lieux du dehors, que je ne puis regarder escripts de vostre main sans rougir de honte et desquels si vous trouviez bon de nous envoyer seulement les minuties, nous les vous renvoyerions toutes fort fidèlement, sans vous surcharger de telle peine intollerable que vous prenez pour les nous transcrire. Et si vous n'en avez la disposition jusques à ce poinct là j'aymcrois quasi mieux m'en priver que d'estre cause d'un si importun destourbier^ pour vous. Uzez en je vous prie avec cette liberté pour l'amour de moy et ayez agréable que je vous mesure à l'aulne que je vouldrois estre mesuré moy mesmes en pareil cas. J'ai encores une autre prière à vous faire, c'est qu'il vous plaise, quand vous nous vouldrez obliger de vos lettres, de faire un petit mémoire à part de ce que vous jugerez se pouvoir communiquer parfoys à quelque amy sans y rien mesler de ce qui peult toucher M"" le card[in]al de Richelieu, afin que (si vous ne le trouvez pas mauvais) nous en puissions selon l'occurrance faire voir quelque chose à Monsieur nostre nouveau archevesque, lequel certainement a esté receu avec un grand applaudissement d'un chascun et monstre de vouloir bien vivre avec le parlement et avec tout le monde, et particulièrement de vouloir nous donner quelque habitude particulière chez luy, tant à mon frère qu'à moy : ce que nous mesna-
' Originel pour oriffiiial, comme on disait au xvi° siècle, comme écrivaient, par exemple (voir Litlré), Michel de Montaijrne et son disciple l'ierro ChaiTon. Les deux lettres mentionnées ici sont probablement les lettres XLI\ et L du recueil Gachet, l'une du i h octobre et l'autre du 1 1 novembre iCay.
' Le Dictionnaire de Trévoux oxplirjue ainsi le mol destourbicr ou dclourbier : ^Vieiix mot, qui signifioil, autrefois, obstacle, enipêcheincnt c^ui se rencontroit à la continuation d'un travail, d'une entreprise. Ce mot vient du iiitiu disturl/iuin.-n On retrouve destotirbier d'ans- les Mémoires de Bassompierre.
gérons avec toutes les circonspections requises et ne nous dispenserons de luy rien communiquer qui vienne de vostre part, qu'aultant que vous l'aurez agréable et non autrement. Il a de si belles parties en luy pour ce peu que nous en avons peu recognoistre jusques a présent, que j'estime que comme il vous adoreroit, s'il avoit le bien de vous cognoistre, aussy vous l'aymeriez estroictement, quand vous en auriez veu seulement aultant comme nous en avons veu dans ce peu de temps qui s'est passé depuis sa venue. 11 nous promet de sesjourner icy non seulement l'hyver mais aussy l'esté et pour marque de ce, il a prins la truelle à bon essiant et faict travailler à de belles réparations de sa maison archiépiscopale, tant pour y avoir un quartier d'esté qu'un d'hyver et possible que ce petit commerce pourroit bien vous acquérir un jour quelque habitude à M"" vostre frère et à vous cappable de reuscir à quelque digne employ pour l'un ou l'autre, ce que je soubaicterois d'aussy bon cœur que pour aulcun de mes plus proches, car pour moy je suis en estât de ne debvoir plus songer qu'a passer le plus en repos que je pourray ce peu de jours qui me restent ^ Je serois bien glorieux si j'avois peu contribuer quelque chose à l'ouverture de cette porte en faveur de M"" vostre frère ou de vous. Il fauldrà faire la guerre à l'œuil^. Il est si curieux et d'un naturel si bienfaisant qu'il me semble que vostre humeur est en si grande conformité que la moindre chose du monde est cappable de vous lier réciproquement d'une trez bonne amitié, voire quasi quand il n'y âuroit que de cez petites pièces du temps, soit de l'université ou d'ailleurs, ce luy sera un assez doulx entretient et aliment pour luy faire estimer le lieu d'où il viendra. Il tient de trez bonnes maximes et de celles que vous approuveriez le plus. Nous le verrons demain, Dieu aydant, à nostre compagnie, ou il doibt venir prester son serment de conseiller de la cour et adsister à l'audiance. L'université de la ville l'allà hier sallûer pour
' La déplorable santé de Peiresc ne jus- que, au sujet de cette pittoresque expres-
tifiait que trop ces mélancoliques et pro- sien, que des témoignages beaucoup plu»
phétiques paroles. récents, empruntés h Scarron, à Thomas
' Litlré, dans son Dictionnaire , n'invo- Corneille, à Dancourt.
le féliciter de sa bienvenue et luy annoncer qu'elle l'avoit esleu pour chancellier d'icelle selon la coustume inlroduicte par touts ses devantiers depuis longues années. Il fit sa repartie en latin aussy gentile qu'il estoit possible de souhaicter. Mon frère vous envoyerà une relation de son entrée pontificale, où il n'y eust rien de mieux rencontré, ce semble, qu'un mot que luy dict l'adsesseur des consuls, parlant au nom de cette ville , qu'elle recognoissoit une trez grande dilTerance entre luy et ses devantiers et qu'elle pouvoit dire qu'elle estoit passée de l'Hospital en Richelieu, faisant allusion aux surnoms de sa maison et de celle des deux derniers archevesques', ce qui fut enchâssé dans son discours assez à propos. 11 n'y a poinct d'autres nouvelles que le passage du cardinal Tressio^ en Espagne avec 8 galères. M' d'Orléans s'est arresté à Marseille pour tout cet hyver, se dict-il\ encore qu'il eust monstre de vouloir passer à Rome dez à présent, et joiie beau jeu dans cette ville-là, logé dans la maison de Mons'' de Guise. J'achevois d'employer mon papier sans vous remercier trez humblement comme je doibs de ce qu'il vous plaict m'escrire de l'histoire Mantouana de Possevin. Il ne mérite pas tant de bien. Nous escrivons demain à Rome, ou je demanderay au Cardinal* le livre de l'Alemannus, puisqu'il fault passer par ses mains à ce que m'a escript M'' Aleandro. Le Cerrio sera , s'il vous plaict, pour M"" de Thou, car nous en attendons un autre par la mesme voye que celuy là est venu. Excusez raoy de ce desordre d'escriture, l'heure tarde me faict haster et me tenez toujours, Monsieur, pour
vostre trez humble et obligé serviteur, DE Peiresc*.
A Aix ce mecredy au soir 9 Dec[embre] i6a6.
' Paul Hurault de l'Hospital (iSgS-iCaS) ' Gabrieldel'AubespinenequittaMarseille
et Guy Hurault de l'Hospital (iCaS-iôaS). qu'après le 3o avril 1627, date de la dernière
' Je ne vois pas de cardinal de ce nom lettre qu'il écrivit de cette ville à Peiresc(fasci-
dans la liste du Dictionnaire de Morëri. Le cu\e\Udes Correspondants dePeiresc,Tp.ù'j).
nom qui se rapproche le plus de celui-là est La lettre suivante est datée de Paris ( 1 7 juin ).
Trejo (Gabriel ) , Espagnol , qui reçut la pour- * Le cardinal François Barberin.
pre en 1 6 1 5 et mourut en 1 63o. ' Vol. 716, fol. 60. — Voir k V Appendice
106 LETTRES DE PEIRESG [1626]
M. l'Archevesque est depuis venu au Parlement ou il a été receu avec éloge et il y a preste le serment accoustumé comme conseiller de la Cour. Mon frère a esté constraint de partir incontinaiil aprez pour Marseille, sans avoir eu moyen de vous escrire, mais ce sera Dieu aydant pour la première commodité. Cependant je crois bien que vous l'excuserez.
Ce 10 Dec[einbre] 1626.
.lo vous supplie de faire encores mon excuse à M. Genoud de ce que je ne luy faicts responce, attendant de l'advertir de ce qu'il y aura en sa cause. Car on n'avoit pas laissé de poursuyvre nonobstant l'interdiction, comme n'estant question que d'une garentie, de sorte que, pour esviter le delTault, un procureur se présenta, pour protester de l'interdiction et de sa déclinatoire.
[Après que la lettre eut été feiinée, Peiresc a ajouté ces mots à l'extérieur : )
Le factum de l'abbaye de Cercamp m'a fort agréé.
MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, C'est avec un extrême desplaisir que j'ay apprins le déplorable accident de la maladie de M"' Besly\ que je regrette comme l'une des plus grandes pertes que pouvoit faire la France, surtout ceux qui se sont encores meslez d'esclaircir la vérité de son histoire et la dignité de noz roys. Il y a souvent de semblables maladies de pardeça, principale-
(n°' VI et Vil) deux IcUres de Pierre Dupuy une lettre de Pierre Dupuy à Peiresc. du
à Valavez, c'est-k-dire en quelque sorte à 17 décembre.
Peiresc lui-même, car entre les deux frères ' La maladie dont P. Dupuy avait entretout ëtait commun ( lettres du 1 o et du 1 4 d é- tenu Peiresc dans sa lettre du 2 6 novembre cembre). Voir encore à YAppendice (n° VIII ) 1 626 (n° IV de V Appendice).
[1626] AUX FRÈRES DUPUÎ. 107
ment quand il règne des temps qui nous apportent le mauvais air de l'Affrique, mais on trouve que le régime de vie y est trez salutaire et particulièrement celuy qu'a prescript le feu D[octeur] de Laurans, médecin du feu roy', que plusieurs apprennent par coeur, jusques à des personnes de fort basse condition^, en ayant veu de fort bous etlects cette année en la persone de deux ou trois de ma cognoissance, qui se sont fort bien remis par ce moyen là. Je crains bien que l'air ou il est ne soit bien contraire à son maP et que ceux auxquels il touche n'en ayent pas tout le soing qu'il faudroit ou qu'ils ne trouvent pas là des persones bien intelligentes et practiques en semblables indispositions qui le sçaichent et puissent adsister comme il seroit nécessaire. Je prie à Dieu de bon cœur qu'il le veuille remettre en bon estât et s'il n'y a plus de remède qu'il veuille au moings inspirer les siens à remettre ses papiers et observations entre les mains de pei-sonnes qui en puissent encores ayder le public, telles que seroietit les vostres et celles de Mess" de Godefroy et Du Chaine*, afin que tant de curieuses recherches ne soient perdues pour la postérité. J'ay aussytost retrouvé la pièce que vous me demandez de luy et la faicts transcrire pour la vous envoyer par cette voye la plus correcte que
' André du Laurens uaquit, non à Arles, comme on l'a Irop souvent dit, mais à Tarascon, le 9 décembre i558, et mourut à Paris en août 1609. Reçu docteur à Montpellier, il y devint professeur en i583 et remplaça Laurent Joubert, mort le a 9 octobre i582. En iSgS, il fut nommé médecin ordinaire du roi Henri IV et, en 1606, son premier médecin. Voir sur André du Laurens le Bulletin du Comité des travaux historiques (188a, p. fi/io).
■* J'ai vainement cherché, un peu [lartout, mais surtout à Paris, à Montpellier et en Provence, le Réffime de vie proscrit par André du Laurens. Ce devait être un hvret répandu à plusieurs milliers d'exemplaires dont aucun ne nous sera pai-venu,
peut-être même une simple petite page dans laquelle étaient condensées les plus utiles recommandations d'hygiène. D'autres clieicheurs n'ont pas l'té plus heureux que moi , pas môme un chercheur aussi habile que l'est l'auteur de la Bibliographie d'Aiidré du Laurens, premier médecin du roi Henri IV et Chancelier de l'université de Montpellier, M. E. ïuincr (dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie , des 2 1 mai , 11 et q5 juin 1880).
' Peiresc u't;sl-il pus ici Iruj) sévère poui' l'air que l'on respire à Fontenay-le-Comte, ville bâiie en amphithéâtre sur les deux rives de la Vendée?
* André du Chesne, dont il a été question dans la lettre IV, du a8 décembre i6a3.
nous pourrons. Si mon frère fut revenu plus tost de Marseille , il l'eust iranscripte de sa main, mais il n'arriva qu'hier et la commodité d'escrire est un peu trop pressée pour le présent. Je la reverray et si je ne la trouve assez bien, je la feray refaire de la main de mon frère à son premier loisir, sçaichant bien qu'il le fera de bon coeur et bien exactement pour l'amour de vous. Il me souvient d'avoir veu plusieurs charthes anciennes de cette province, dattées comme cela : régnante Christo, lors de l'excommunication de l'empereur Frédéric Barberousse, et encores du temps de l'excommunication de Frédéric II, mais soubs celuy cy on y adjoustoit d'autres clauses pour mieux designer le subject, et enfin on en print occasion de secouer entièrement le joug de l'Empire pour establir la souveraineté de nos comtes de Provence. Si je puis ranger mes papiers, je mettray à part tout ce qui pourra servir à cela pour le vous communiquer. Quant à l'affaire de M'" de Marseille, je confesse ingeniiment que j'y ay perdu l'escrime' comme nous disons en nostre patois. Je n'ay garde d'advoûer que j'aye de quoy respondre à la bonne opinion que vous tesraoignez avoir de moy, sçaichant mieux que tout autre ce qui est de mes manquements et infirmitez humaines. Mais il est bien vray que je n'y ay rien obmis de tout ce que ma foiblesse y a peu contribuer, bien marry de n'y avoir peu opérer davantage et me recognoissant infiniment obligé à Mess" ses parents et à vous aussy de ce qu'ils ont mieux aymé improuver sa procédure que de révoquer en doubte la syncerité de mes intentions et la fidélité du service que j'avois voiié à ce bon prélat aussy bien qu'à eux et dont je ne laisray pas de luy produire des effets en toutes occasions, tout de raesmes comme si rien de tout cela n'estoit aduenu, car
' G'est-h-direj'ai échoué. On retrouve celle savant éditeur a oublié de signaler cette ex-
cxpression dans les Grands Capitaines estraii- pression dans le Lexique dont il a enrichi
gers de Branlôme : rA ce siège [de Metz] le tome X (1881, p. i55-388). ÎSi dans le
M. de Guise fit perdre rescrime à ce grand Dictionnaire de liichelet, ni dans celui de
capitaine, le duc d'Albe, voire à l'empereur Trévoux, nous ne voyons mentionnée Tex-
son maistre. » ( Œuvres complètes , édition pression employée par PieiTe de Bourdeille
de Ludovic Lalanne, t. I, p. 995.) Le et par Peiresc.
je ne m'y suis jamais intéressé et ne iuy en ay parlé que pour son bien et pour Iuy faire prévenir la malveuillance qu'il s'alloit procurer quasi universelle, et Dieu veuille que je mente en cette appréhension, car le mauvais exemple de cette affaire a bien rebutté du monde, voyant qu'il se laissoit si facilement porter à la passion de ce fraticello' qui Iuy desrobbe l'amitié de tant de gents d'honneur, et de faict les PP. Cappucins, qui ne font pas de difficulté d'aller demander leurs missions pour prescher à M. l'archevesque d'Aix et à tous les autres evesques de cette province, ont mieux aymé s'abstenir de prescher en son diocèse que de Iuy aller demander leur mandement, à cause qu'il voulut user d'un examen un peu trop punctûel pour ceux de leur ordre, dont l'habit ne presche gueres moings que la langue; et les Carmelines* (qui ont faict offrir icy à M' nostre archevesque nouvellement venu que s'il les vouloit aller visiter, elles le recevroient à bras ouverts, non seulement pour la visite du S' Sacrement, mais aussy pour la visite de toute leur église et de tout leur monastère) n'ont pas voulu souffrir à Marseille que M' l'Evesque visitast le S' Sacrement de leur autel à cause de leurs privilèges et exemptions, et que ledict S' Evesque l'a voulu faire d'authorité absolue et non de leur adveu, ce qui l'a porté à venir aux censures et interdicts, non seulement contr'elles mais aussy contre les pères de l'Oratoire, s'estants passez quelques jours sans que la messe et service divin se soient célébrez ne aux Carmelines ne ù l'Oratoire, non sans grand desgout et rebut de beaucoup de monde pour ne pas dire scandale. Cez jours passez un consul d'Aubagne^ avoit présenté une requeste au parlement pour faire informer contre M' l'Evesque, son
' Petit frère, quelque moine par lequel l'évêque de Marseille se laissait gouverner. Le (liminulif employé par Peiresc marque tout le dédain que celui-ci avait pour le conseiller de François de tiOménie , conseiller qui s'appelait le P. Pena.
' On lit dans le Dictionnaire de Trévoux : ^Quelques-uns ont écrit Carmeline, mais mal.» Rappelons que, déjà au xv' siècle,
on employait le mot eamieliste. Seulement on l'appliquait aux carmes. Voir la Chronique d'Enguerrand de Monslrelet citée par Lillré.
^ Chef-lieu de canton du département des Bouches-du-Rhône, arrondissement de Marseille , à 1 7 kilomètres de celte ville. Là était la maison de campagne des évéques de Mai-seille.
110 LETTHES DE PEIUESC [1626]
prélat et son seigneur des injures attroces et indignes traicteinents qu'il disoit avoir receu dans le cliasteau dudict S' Evesque, l'allant visiter pour le deub de sa charge. Nous trouvasmes moyen avec noz amys d'arresler le cours de cette poursuitte et de faire supprimer celte requeste. Tout le monde conimance à me prendre à garent de toutes cez boutades, mais non seulement je m'en excuse, ains je suis constraint de m'abstenir de luy en plus escrire ne parler à luy, voyant que c'est si inutilement. Quand les plaintes des Carmelines ont esté portées aux oreilles de M''d'Aix, il a dict que puisque leur exemption estoit notoire, il ne vouloit poinct la contester ne aller visiter leur autel, se contentant d'entendre qu'elles vivent bien et désirant qu'elles prient pour luy. J'ay un extrême desplaisir de voir ces desordres et qu'il faille qu'on recoure au vicelegat d'Avignon pour reparer les rigueurs de M"" l'Evesque. J'avois preveu cet inconveniant comme celuy des dames de S' Saulveur et luy en avois parlé quand il vint en cette ville, et luy m'avoit asseuré qu'il se contenteroit de laisser là ceux qui ne le vouldroient recognoistre pour leur evesque, mais tant est que le P. Pena a affecté ce conseil afin qu'il ne semblast pas qu'il eust procuré de plus favorable traitement aux Carmelines qu'à celles de S* Saulveur. M'' le Présidant Mounyer^ m'en parla cez jours cy avec grand desplaisir pour la vénération qu'il porte au nom de Lomenie, et n'a pas esté seul en ce sentiment; il fallust qu'il en dit librement son advis au S' Grose, juge des baronnies dudict S'' Evesque, lequel ne sceut respondre qu'en pliant les espaules. Excusez-moi je vous supplie, de ce fascheux discours, et si trouvez à propos d'en toucher quelque mot à M'' de Lomenie ou à M' de la Villeauxclercs, faictes le, sinon n'en dictes rien et me continuez l'honneur de voz bonnes grâces,
' Jeau-Loiiis de Monyer était né à Aix, Monyer fut, lui aussi, avocat général à Aix; le 10 mais 1676. Son père était Mauaud il devint ensuite président à mortier. Nous de Monyer, seigneur de xMilan, qui fut retrouverons, un peu plus loin, une lettre successivement avocat général, puis con- presque entière de Peiresc qui lui est conseiller au parlement de Provence. J.-L. de sacrée.
[1626] AUX FUERES DUPUY. 111
Monsieur, comme à [mol enlevé par une déchirure) W du Puy vostre Irere à qui je suis infiniment oblijré,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Abc, ce vendredy au soir 18 décembre 16a 6.
Faut-ii que mes irez humbies reconnnandations trouvent encores place en quelque coing? Enfin M'" le Présidant Segueran, mon beau frère se resoult à partir demain pour son voyage de la cour ou il aura l'honneur de vous aller voir.
Monsieur, j'ay esté tellement constraint d'estre en campagne que je n'ay peu vous faire responce et à mon arrivée j'ay trouvé Mons' de Seguiran prest à partir et me fault monter à cheval pour l'aller accompagner. Cela me servira, s'il vous plaict d'excuse tant pour vous que Mons'' vostre frère et pour pénitence je vous promets de vous escripre plus tost une main de papier et pour commencer j'ay préparé le discours de M' Besly, que je vous envoyeray escrit de ma main, cependant je vous supplie de m'excuser et me croire, Monsieur,
vostre plus humble et plus obéissant serviteur,
Valavez.
( Chiffre avec déchiffrement annexé à la lettre. )
On fait des mauvais contes de M'' do Marseille, qui non seulement le peuvent jetter dans le mespris et dans la haine publique mais nuire grandement à luy et aux siens : que parlant de cette censure des Carmehnes il avoit dict qu'il ne seroit contant que s'ii pouvait exterminer de son diocèse les Garuiclines elles suppostsdu père Bel'ule. Voyez ou peut aller cela. Luy ayant esté dit qu'on imputoit quoique chose de son humeur aux maximes dos Jésuites, il rcs])ondit qu'il estimoit mieux urre seule pantoufile de jésuite que toutes les sandales des Cappucins, et enfin on dit publiquement que Madonna Anna gouvernoit l'evesque Turricella • et qu'il faisoit faire ce qu'elle vouloit a tort ou a travers et que
■ Jacques Tumcella fut évéque de Mar- tragique : tOImîI die ig Jannarii, a cubiseille de i6o'i à 1618. (Voir Gallia chrii- culario potionatns, qui ejus pecunia; inhiatiana, t. I, col. G69.) Ce prélat eut une fin bal.»
frère Penna en faict de mesme envers l'evesque d'apresent, ce que je déplore infiniment. H presche avec des iibertez qui excédent un peu les ternies de la liberté communément approuvée, dict que Marseille est perdue et passant pardela les termes generaulx, touche des actions particulières concernant leur hostel de ville, ce que les uns interprettent à sédition, les aultres à scandale, les aultres et les plus doulx à grande faulte contre les loix de Testât, et le pix est qu'il desoblige esgalement l'un et l'autre party et n'oblige ne les uns ne les autres ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
Monsieur.
Je seray constraint à ce coup d'abréger matière, parceque l'on me vient de desrober et faire inutilement consumer tout le meilleur temps que j'avois réservé pour vous respondre à voz trois despesches que nous receuraes hier toutes ensemble venues à Lyon par les trois ordinaires du 4, 8 et xi"", dattées neantmoings des trois veilles d'auparavant respectivement. Vous nous avez cotté de si belles et si notables particularitez de cette assemblée que j'en suis encores tout ravy en admiration de vostre patiance et vous en remercie pour un million de foys, comme aussy des libvrets et des papiers doubles que je n'ay pas encores peu voir, attendu que mon frère m'a encor eschappé pour aller refaire un tour à Beaugentier par les beaux jours qu'il faict afin de remédier là à quelques affaires domestiques, d'où il aura peine de se desraper^ de sept ou 8 jours; à son retour il faudra. Dieu aydant, tenir promesse. J'ay grande appréhension que la confusion ne se mette
' Vol. 716, fol. 69. C'est un terme de marine, crllne ancre dé- ' Le mot déraper ne se trouve pas dans râpe quand, bien que mouillée, elle n'est le Dictionnaire de l'Académie française , plus fixée au fond et laisse dériver le vaismais il figure dans le Dictionnaire de Tré- seau," lisons-nous dans le Dictionnaire de vaux, aussi bien que dans celui de Littré. Littré.
entre cez messieurs les chefs des compagnies souveraines qui sont aux Notables. Dieu y mette bonne paix et l'esprit de concorde, et que tout puisse reuscir au bien de Testât et de Sa M'''. Le recueil de ces pièces touchant les differantz de Bordeaux et Grenoble sera trez beau , s'il se peust avoir ^ L'eflronterie de cette thèse est du tout intollerable. L'esloignement du S' de Barada faict bien discourir ce monde à perte de veûe''. Dieu veuille bien diriger les intentions du Roy. Je suis bien obligé à la courtoisie de M' Priandy^ et à la resolution qu'il prend de me procurer un exemplaire de cette belle histoire de Mantoiie*. J'ay grand regret de n'avoir jamais sceu trouver moyen de luy faire service quelconque, bien que je sois de longue main son obligé serviteur. J'ay pitié et horreur tout ensemble de ce Barnes et de son enlèvement ^ et seray infiniment aise de voir cet Apostolatus Anglicus s'il se trouve et si vous voulez vous donner la peine de me retenir parfoys des libvres curieux des foires, M'' Tavernier fournira volontiers l'argent nécessaire. Je suis marry du tracas que ce vous seroit. Cette relation du Mogor', puisqu'elle est si belle, il la faudroit faire traduire et la bailler à un honneste homme pour y mettre les notes qui y pourroient escheoir. Nous n'avons aulcunes nouvelles pour le présent et je finis à demy dormant, estant tousjours, Monsieur,
vostre trez humble et obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 3 1 décembre i6a6 à minuict.
' Le différend était entre le duc d'Épernon et le parlement de Bordeaux. Voir sur celte querelle, une des plus violentes de toutes celles qui s'élevèrent entre cette compagnie et le gouverneur de ta Guyenne, le récit du Mercure françm (t. XXII, p. 4o3 et suiv.). Conf. Girard, Histoire de la vie du duc d'Espertion, lySo, in-i°, p. 4ii; dom Devienne , Histoire de la ville de Bordeaux , 1771, in-4°, p. 9 21-3 9 4. Voir encore une plaquette spéciale intitulée : Mémoires de ce qui s'est passé à Bordeaux entre MM. du par-
lement et M. le duc d'Espemon (1 a mai). Sans lieu, 1696, in-8°.
' Voir la lettre de Dupuy h Peiresc du 7 décembre 1696 {Appendice, n° V).
' Ibid.
' Par Antoine Possevin.
° Voir sur Jean Barnes, dont il a déjà été question dans une lettre du 9 a novembre 1 626 , les deux lettres de Dupuy du 7 et du 10 décembre de la même année (Appendice, n" V et VI).
' C'est-k-dire du Grand Mogol.
IMPailItltll RiTIOllALI.
lU LETTRES DE PEIRESG [1626]
Mes trez humbles recommandations tant au nom de mon frère que de moy à toute vostre docte accademie de ce soir. Tout à M'' vostre frère.
Je fis tenir en Arles la lettre de M' Perrot à un mien parent, qui me rescript celle que vous aurez cy jointe. Je feray presser la responce de ce procureur et aussy tost rescriray moy mesmes au dict S"" Perrot, si mon frère n'est icy pour y satisfaire de son propre chef. Si j'eusse sceu ce qu'il désire, j'y eusse employé gents à ce cognoissants pour luy procurer son contentement.
Vous pourrez bailler à M' Genoud la sentence cy joincte donnée en son affaire au préjudice de l'interdiction du juge, dont le procureur avoit protesté formellement en se présentant au greffe pour esviter la levée du deffault et en l'audiance lors de ladicte sentence, bien que l'acte n'y soit pas inséré en propres termes. Tant y a qu'il ne sera pas malaisé de faire casser ladicte sentence.
J'escris à M"' Priandy en remerciment du soing qu'il prend de ce livre
et luy demande qu'au cas qu'il se puisse avoir on me le pourra aisément
faire tenir par Venise dans une caisse que l'on m'y prépare d'autres
■livres en l'adressant chez le consul de la nation françoise, où loge M' du
Boulay qui s'est chargé de ladicte caisse ^
' Vol. 716, fol. 65. — Voir k VAppmdice {n" IX , X et XI) trois lettres des frères Dupuy à Peiresc, la première du 91 décembre et les deux autres du a8 du même mois. — Dans le registre des minutes des lettres aux frères Dupuy qui est à la bibliothèque de Carpentras, je trouve (fol. 26 v°) un petit billet, du a3 décembre 1626, par lequel Peiresc recommande de nouveau son beau -frère : ir Monsieur, je vous ay desja
donné advis du voyage que faisoit de par delà M' le président Seguiran, mon beaufrère. Celle-cy sera pour luy servir d'adresse et à M" de Micliaelis et de Pierrefeu depputez quant et luy de leur compagnie quand ils vous iront voir et M' vostre frère, ne doublant point qu'ils n'y trouvent le mesme accueil favorable dont se louent tant tous les galantz hommes qui y sont abordez. . . n
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur, Me voicv encore aprez à respondre à trois de voz lettres venues toutes ensemble , adressées tant à mon frère qu'à raoy du 3 , 7 et i o de ce moys, qui sont veniies à Lyon par les trois ordinaires du 6, 8 et XI™ accompagnées tousjours d'une infinité de trez belles et curieuses relations tant estrangeres que de la Cour et d'un si bel assortissement de cez appanages et autres rares pièces qu'il y a de quoy en faire un juste volume, quand j'ay eu ramassé ensemble ce que vous ou monsieur vostre frère nous avez daigné envoyer en deux ou trois foys. Ce qui me rend tousjours plus honteux et plus confus, voyant le peu de moyens qui nous restent, pour nous revancher jamais de la moindre partie de voz bienfaicts. J'attends mon frère à ce soir, Dieu aydanl, ce qui n'est pas sans impatiance, je vous en asseure, estant nieshuy temps qu'il s'arrestfe un peu icy pour me faire ressentir des effecls du soulagement que je me promettois à sa veniie. Cependant je n'ay pas voulu laisser passer ces festes sans vous rendre ce debvoir pour incontinant aprez me mettre à ranger mes livres et papiers, afin de pouvoir avoir à quelque usage ce que je puis avoir de curieux et de chercher moyen de vous faire part de quelque chose et à M' de Lomenie, la veniie ■de M"" l'Archevesque nous ayant jusqu'icy desrobbé une bonne partie du temps que nous pouvions espargner, au moings moy, qui par mes incommoditez ne puis pas estre matinier' ne travailler le soir; mais M"' l'Archevesque se resould de commancer sa visite par son diocèse
' Matinal el matineux ont toujours éié. Soyez, matmier demain. Il rappelle, loute-
beaucoup plus usités que malinier. Littré fois, que Montaigne a parlé de la brouée
n'a cité sous ce dernier mot qu'un texte du matinière , et que nous nommons encore la
XVI* siècle , tiré du Glossaire de du Gange : planète Vénus l'étoile matinière.
aprez les Roys et de la continuer tant que le temps le luy vouldrà permettre, et d'autre part mon frère se resoult aussy pied à boule' à la maison, de sorte que j'espère un peu plus de temps et de commodité de songer à ce que je doibs à M"" de Lomenie et à vous, car je suis résolu de renvoyer le travail du palais au plus loing que je pourray et s'il est possible jusques en caresme. Or pour venir au détail de voz lettres, la relation de l'ouverture de l'assemblée est grandement remarquable, principalement à cause des mots sacramentaulx , des principales actions qui y furent prononcées et mérite une trez honnorable place dans les l'ecueils de l'histoire du temps. L'acte de la publication de l'arrest du Conseil en Sorbonne et de ce qui y fut dict ne mérite pas moings d'estre veu que l'arrest mesmes et crois que cela ne tardera pas d'estre imprimé. Cette thèse dédiée à M' de Bologne^ est prodigieuse et ne doubte pas que la censure qui en aura esté faicte ne paroisse aussy. L'ambassade du comte de Rhimbergue^ semble estre de bien grande conséquence et s'il y arrive quelque chose de particulier, elle vauldroit bien la peine d'estre remarquée. La disgrâce de la faveur aura bien estonné du monde et faict paroistre que le Roy ne veult pas qu'on se joue à luy. Dieu le veuille inspirer tousjours de bien en mieux. Je plains bien le mauvais traictement que l'on faict aux premiers présidants, si on les constraint à opiner par corps et non par testes, quelque distinction qui s'y puisse faire, et ay prins grand plaisir de voir particulièrement à quoy estoit venue cette contention, dont je vous rends mille grâces et à Mons"^ vostre frère, qui s'est donné la peine parmy l'incommodité de ses ieulx d'en escrire si punctuellement. J'ay regret de n'avoir veu cet éléphant avant qu'il se laissast mourir, et s'il s'est faict aulcun livret des observations du naturel de cette beste in individuo, je serois bien
' Métaphore empruntée au jeu de quilles Claude Dormy, qui mourut le 3o novembre
et qui signifie tenir ferme , sans reculer. Litlré 1 6 a 6 ?
n'a cité de l'emploi de cette locution qu'un ^ L'ambassadeur du roi de Danemark
exemple récent tiré de la Mouche du coche dont il est question dans la lettre de Jacques
de Georges Duval , mort en i853. Dupuy du 28 décembre 1696 [Appendice,
' S'agit-il là de l'évêque de Boulogne n° X).
aise de le recouvrer, comme aussy ce iibvre intitulé Apostolatus Benedictinorum et mesmes cette pièce de ce pauvre Barnes contra Aequivocationes, car encores que possible il puisse estre parmy les miens, toutefoys parceque je doubte si ce que je puis avoir est le sien et que je ne l'ay pas trouvé quand je l'ay cherché, il n'y aura pas grand danger d'en avoir un autre quand bien il se debvroit trouver double, car ce ne peult pas estre chose de prix, ne pouvant assez admirer^ l'enlèvement de l'autheur ne assez déplorer sa disgrâce. Au reste en matière de livres nouveaux, puisque M' Buon ne se pourvoit pas de ceux de la foire et que vous n'avez pas désagréable d'en retenir quelqu'un des doubles pour moy, quand vous en prendrez pour vous, c'est la vérité que vous me ferez grande faveur de vous donner cette peine et en ce cas j'escriray à M*^ Tavernier de les payer sur le champ sur le billet qu'il vous plaira luy envoyer et il en prendra son rembourcement sur M"' Lumage ou autre marchand banquier, dont j'envoyeray prendre ordre à Marseille exprez pour cet eflect et l'envoyeray par le premier; tant y a que parmy ceux là je seray bien aise de prendre l'autre volume nouveau du Libanius'^ que vous m'aviez mandé estre imprimé depuis peu par Morel^ et le Sainct Athanase* tout entier, parceque j'avois donné celuy que j'avois de Commelin^ et possible y aura il moyen
' Dans le sens de voir avec étonnement, Littré n'a cité, sur l'emploi de celte locution , que des écrivains postérieurs , Corneille , Féuelon, Molière, Pascal et Racine.
' Le premier volume des œuvres du sophiste Libanius avait paru à Paris en 1606, in-fol. Le second volume parut en 1637. Voir le Manuel du libraire (t. III, col. 10^9).
' Frédéric Morel II , fils de Frédéric Morel dit l'Ancien, fut célèbre à la fois comme imprimeur et comme érudit. Ce fut lui qui traduisit Libanius en latin. Né en i558, il mourut en i63o. Son frère cadet Claude, qui lui avait succédé comme imprimeui' du
roi et qui fut l'éditeur du Libanius, mourut le 19 novembre 1626.
* Il s'agit là de la première édition des OEuvres de saint Athanase en grec et en latin , publiée en 1601-1602 inofficina Commeliniana (a vol. in-fol.).
^ Jérôme Gonimelin, natif de Douai, alla d'abord s'établir à Genève, puis à Heidelberg, où il mourut en 1697, et non en 1698, comme on le trouve marqué dans plusieurs recueils biographiques. Voir sur cet imprimeur helléniste la Secunda Scaligerana (édition de 17^0, p. 97^), ï Histoire de J.-A. de Thou (livre GXIX, à l'année 1597), la France protestante , etc.
d'avoir celuy de Paris en grand papier, ce que je vouldrois bien obtenir
avant qu'ils se distribuent touts. Quant aux voyages d'Angleterre nous
supercederons ^ pour un peu de temps et cependant je pense que si
M' Bergeron vouloit entreprendre de faire donner à part cette relation
du Mogor ce seroit une jolie entreprinse. J'ay prins grand plaisir à
l'advis du message de Mg' Bagni^ et me tarde qu'il soit intallé en sa
nonciature Françoise, espérant qu'il servira trez bien. S'il s'est faicl
aulcun arrest depuis quelques années au faict de Mess" de Courtenav,
je le verrois bien volontiers, car cela me peult estre eschappé. Il me
reste à vous dire touchant Dom du Puy que l'on nous escript de Rome
qu'il va en meliorant' et qu'il ne sçait encores s'il suyvrà le conseil
qu'on luy donne d'aller à Capri ou Cappoiie prez de Naples; que
Mg' le Card[in]al Barberin l'a voit encores envoyé visiter de nouveau.
La lettre est du 6 décembre; et qu'il y avoit encores un peu trop de
cérémonie parmy sa maladie, en ce qu'il continûoil à ne poinct vouloir
estre aydé, dont j'ay bien du regret et crois que vous luy en debvez
escrire avec la liberté convenable. Sur quoy je finis demeurant, et à
Monsieur vostre frère, puisqu'il trouve bon que j'en use ainsin,
Monsieur,
vostre trez humble et fidèle serviteur,
OE Peiresc.
D'Aix, ce ag décembre i6a6.
Vous aurez l'observation de M'' Besly sur la forme de datter Régnante propheta Jesu et aurez la coppie mesmes qui est escripte do la main de mon frère de Vallavez, dont j'ay retenu coppie*.
' C'est-à-dire nous cesserons. Le Die- le conseiller au parlement d'Aix lui adressa . tionuaii-e de Trévoux déclare que c'est un surtout de Paris, de i6i8 à i6a3 (fol. i3vieux mot et qu'il faut écrire superscder, du 63). Les autres lettres sont datées d'Aix (nolatin supcrsedere , surseoir. Borel, comme vembre lôaSànovembre 1628, fol. ôi-yi). Peiresc, écrivait supercéder. ' Meliorer, de meliorare, figure dans les
' Dans une précédente note sur le nonce dictionnaires de Richelet et de Trévoux .
Bagni,jen'aipnsrappeléqu'ilfutaunombre ainsi que mélioration. des correspondants de Peii-esc, et que l'on * Vol. 716, fol. 67. — \oir a Y Api)endtee
trouve dans le registre II des minutes de Car- (n" XII) une lettre de Jacques Dupuy à
pentras un assez grand nombre de lettres que Peiresc , du t " janvier 1 62 7 .
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, Avant que ma despeche cy jointe ayt peu partir, j'en ay aujourd'huy receu deux autres vostres de M'' vostre frère et de vous du i h et 1 7"* du passé avec de nouvelles singularitez des plus curieuses qui se puissent voir, dont je vous doibs plus de renierciments trez humbles que je n'en puis mesiiuy fournir par escript sans vous importuner de redites, mais je vous responds que je vous en rends bien tant plus de tacites et du bon du cœur, dont les effects se produiront si j'en puis trouver des moyens et des occasions. Cez despesches ont longuement tardé en chemin aux prix de l'ordinaire et à ce que j'ay apprins soubs main par un de mes amys qui estoit cez jours passez à Lyon; quand les pacquets sont petits, on n'a pas tant de regret de les laisser chaumer sur le bureau de la poste comme quand ils sont plus gros. C'est pourquoy je vous prie d'y faire joindre des maculatures' qui grossiront la despesche et deffendront tant mieux ^ de la pluye les bons papiers; et quand on aura loisir de le faire contresigner par quelqu'un des commis de M' de Lomenie , ils auront encor un meilleur passeport pour marcher sans sesjourner à Lyon, principalement quand M"^ de Fetan est aux champs. Pour respondre donc, bien qu'à la haste, à cause de la presse de cette commodité extraordinaire, je vous diray que le petit Petronne' s'en ira par l'ordinaire
' Litti'é n"a cité qu un exemple de l'emploi [cum nous et obsei-vationibits variorum) publiée
de ce terme d'imprimerie, et il l'a emprmité à Leyde (ex officina Planltiiiana) chez Fr.
à Diderot. Ilaphelenge, lôgô, i vol. iu-i6, plusieurs
' Pour d'autant mieux. fois réimprimé. Cette édition, qui ressemble
' 11 s'agit là de l'édition du Satyricon fort h une édition eizévirienne, a été soignée
d'Avignon vendredy prochain, Dieu aydant, selon vostre ordre. Ce petit advis des notables est bien gentil et meriteroit bien d'estre meurement considéré et suivy. La charthe de cet abbé de S' Denis et du S' de Neelle^ s'est trouvée grandement de mon goust avec ce seau qui m'a faict venir l'envie d'examiner le temps des monnoyes qui portent une pareille couronne au lieu de texte, entre celles de noz comptes de Provence durant la prison de nostre Charles second^ et puis durant certain voyage de nostre royne Jeanne^, qui furent aprez continuées soubs la régence de Louys II *, et si j'avois loisir de vérifier les dattes des deniers d'or à la couronne du roy Philippe de Valois ou du roy Philippe le Bel, je ne scay si cela ne tomberoit point au temps de quelque grande expédition par luy entreprinse. Bien me souvient il d'en avoir veu des pièces d'argent du roy Jehan qui ne s'y appliqueroient pas mal. Tant y a que puisque vous avez tant faict, si la charthe est à vostre disposition, je vouldrois bien avoir une empreinte de ce seau en plomb. M' Tavernier la fera bien faire par un moulleur nommé Sergent, qui se tient à la riie d'Avignon devant la Galère entre S' .lacques de la Boucherie et la rue S' Denys, et par ce moyen nous verrons le conlreseel pour avoir la pièce toute entière et complette. Vous pardonnerez bien à ma curiosité ce coup là et possible m'en jugerez vous moings digne d'avoir une autre foys la communication de telles pièces, puisque je ne me sçay pas tempérer et contenir
par Joannes Wower ou de Woweren (de Hambourg); elle fut dédiée à Joseph Scaliger.
' Saint Louis, partant pour la Terre- Sainte en 1 970, nomma régents du royaume Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et Simon de Nesle. La charte communiquée par Dupuy à Peiresc était rédigée au nom des deux régents.
■ Charles II, dit le Boiteux, fils de Charles I", frère de saint Louis, et de Béa- Irix, fille de Raymond-Bérenger IV, fut
comte de Provence de iq85 à 1809. Voir r^lrt de vérifier les dates, t. X, 1818, p. ii2-4ii.
^ Jeanne de Naples, qui fut comtesse de Provence de i34ii à i389. Voir V Art de vérifier les dates , ibid. , p. i 1 5-4 1 8.
" Louis II, fils de Louis I", duc d'Anjou, fut comte de Provence de i384 à liiy, d'abord sous la tutelle et régence de Marie de Blois, sa mère, car il n'avait que huit ans a la mort de son père. Voir Y Art de vérifier les dates, ibid., p. 4 19-691.
par aprez dans la discrétion requise, abliusant ainsin de vostre bonté, ce que j'advoiie ingeniiement, mais je me flatte neantmoings jusques là que de croire que vous ne vouldriez pas n'avoir eu cette occasion de me voir prins en cela par le nez comme avec de la moustarde pour tant mieux faire paroistre vostre courtoisie envers vostre serviteur. Au surplus j'ay veu ce décret du recteur' et ne puis assez déplorer ce qu'il y a à redire en la destruction qu'on en a voulu faire. Aprez cela il ne se peult rien attendre de bien toutes et quantefoys que nous aurons à nous parer des embusches qu'on nous machine pour ruiner le ciment qui entretient ce grand corps'*. J'en suis tout oultré. Vous ne m'avez pas exprimé si la version de l'Histoire de Baccon est latine ou françoise et si elle est imprimée en France ou dehors; si faudra il en voir quelque jour un exemplaire puisque M'' vostre frère nous vcult obliger de tant que de nous faire reserver quelque chose de curieux quand il en viendra des foires ou d'Angleterre, et je moyenneray que M' Tavernier praigne les deniers nécessaires chez un banquier. Si j'eusse envoyé cette despesche par la voye de la poste, j'y eusse mis un exemplaire que m'a envoyé M' Aleandro de son interprétation d'une fort jolie graveure antique du premier christianisme ou il y a de trez belles observations^, mais je n'ay osé grossir le pacquet pour n'estre trop à charge au gentilhomme qui en sera le porteur et qui ira un peu plus viste que l'ordinaire. Il m'envoye semondre de clorre, ce qui m'empescherà de prendre une autre feuille pour respondre à M"" vostre frère au lieu du mien, lequel est de retour, mais il n'est pas au logis et s'attendoit d'escrire à son aise à ce soir, de sorte qu'il me fauldrà suppléer encor à ce coup à son defîault. Nous n'avons pas veu le testament et codicilles de M' le
' Cet opuscule n'est pas indiqué dans le ' Navis ecclesiam referentis symbolum in
Dictionnaire des anonymes de Havbxev. veteri gemma annulariinsculptumexplicatione
' C'est-à-dire runiversilé. Tout ceci doit illustratum (Rome, i6a6). La dissertation
se rapporter à l'affaire dont il est question d'Aléandre est encore aujourd'hui citée par
dans la brochure intitulée : Relation de ce les archéolo{[ues. Voir le Dictionnaire des
qui s'est passe lorsque k recteur de l'université Antiquités chrétiennes, par l'abbé Marligny
est a//é sa/«erfe ro«( 5 janvier), in-8°. Sans (Paris, 1877, gr. in -8°, article Navire,
date, mais de 1697. p. igS).
■ MPSIHItll HtTIOTlkM.
GonnestaWe ' et ne doublons pas que M' de Fetan ne les nous envoyast volontiers, mais nous luy avons tant d'autres obligations, qu'il n'y aura pas de mai de l'espargner en cela, afin mesmes que puisqu'il les vous a tant recomniandez, il ne paroisse pas ou il ne se puisse pas imaginer que nous en eussions eu l'advis de vostre part, et nous envoyant s'il vous plaict la coppie que vous en avez, nous la vous r'envoyerons fort fidellement et sans qu'aulcun en sache rien, et possible que oultre la curiosité de l'histoire, cela nous pourroit un jour servir en iioz affaires avec cette maison là ^. Si vous scavez quelque chose de particulier touchant cez assemblées particulières des notables dans les provinces et mesmes des lettres ou autres pièces qui les peuvent conserver, entr' autres de ce mandement de M"^ de Sancay et de la commission en vertu de laquelle il avoit esté mandé, cela méritera bien de tenir rang entre les bonnes pièces du temps et vous nous obligerez bien de nous en faire part comme aussy de la généalogie de cette maison de Rassé, qui entre en faveur^. Ayant esté bien aise d'entendre que l'elephant ne soit pas mort, mais je le serois dadvantage si j'apprenois que quelque brave peinctre entreprinst de le bien desseigner* et que quelque grand naturaliste entreprinst de le voir et observer souvent et d'en descrire exactement le naturel et surtout de sçavoir s'il se vérifie qu'il entende si facilement comme on dict le jargon de son interprète. M"^ Tavernier le debvroit faire tailler en belle taille doulce, non seulement tout entier mais les principaulx membres à part, et s'il se laissoit mourir, il merite-
' Le conni^table de Ijcsdiguières. Voir, à V Appendice , la lettre VII de Ihipuy , du 1 4 décembre 1626.
' On lit dans le Second codicille, du 2 5 septembre 1O56 (recueil Douglas et Rortian, t. III, p. 458) : «Estant aussy luondict seigneur memoratif de n'avoir disposé particulièrement de la terre et seigneurie de Galas, en Provence, vallant deux mil livres de rente annuelle, il a donné par le présent codicille la jouissance des fruictz d'icelle à dame Marie de Vignon, sa très
chère et bien aymée femme et espouze sa vie naturelle durant ... et après le décedz de todiçte dame son espouie, il veull et ordonne que la propriété de la terre et seigneurie de Calas revienne à ses héritiers, n
^ Les seigneurs de Basse étaient de la maison de Saint-Simon. Peiresc veut parler de la faveur naissante du père de l'auteiir des Mémoires.
* Dessiner. Voir sur le mot dessei/pier une note des Lettres de Jeitn Chapelain, 1. I,
roit bien de passer par Fanatomie de quelques galants hommes et bien curieux. Excusez ou pardonnez, je vous supplie, noz infirmitez et je finis vous souhaictant la bonne année nouvelle avec une lon{;;ue suitte d'autres encores meilleures en qualité, Monsieur, de
vostre trez humble et fidèle serviteur, DE Peiresc.
U Aix, ce i janvier 1697'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY