‹ Lettres de Peiresc (volume 4)Chapitre 5 sur 19 · ADVOCAT EN LA COUR, RUE DES POITEVINS, À PARIS · texte numérisé non relu

ADVOCAT EN LA COUR, RUE DES POITEVINS, À PARIS

Monsieur, Estant prest à partir pour un petit voyage à Marseille dont je n'ay sceu me desdire non plus que mon frère, Mons' nostre Archevesque s'y en allant pour voir la ville et les curiositez qui y peuvent estre, je prenois la plume pour vous en donner un mot d'advis et vous accuser la réception de vostre despesche du 21, arrivée depuis les dernières lettres que j'escrivis à M"' de Lomenie par M' des Hayes, quand on m'est venu apporter tout présentement vostre despesche du 98 avec une de M' de Lomenie du 26"" que je n'ay faict qu'ouvrir seulement et courir bien légèrement^ de peur de retarder la compagnie, mais nous trouverons quelque moyen de nous desrober, Dieu aydant, pour voir le tout exactement comme je m'asseure qu'il le mérite et pour n'en user que conformément à ce que vous m'ordonnez. Cependant je vous remercie trez humblement de la peine qu'il vous plaict de prendre pour dresser ce bel inventaire du concile que je priseray infiniment et

' Vol. 716, fol. 6ç). — Voir à l'Appendice ' Lire bien vite, en couraDt. Nous disons

(n" XII[ et XIV) deux lettres des frères en ce cas : parcourir. Le mot courir pris dans Dupuy ë Peiresc , du 4 et du 8 janvier 1 637. ce sens n"a pas été mentionné par Littrd.

crois que vous n'en serez pas marry au bout du compte encores que je ne le méritasse pas, attendu que cela meritoit d'estre faict et plustost de vostre main que de tout autre. On m'a dict que feu M' Ranchin de la chambre de Castres', autheur de quelques jolies pièces de droict^ avoit faict un libvre intitulé Revision du Concile, que je n'ay pas veu^, et qu'il avoit un grand recueil de papiers trez importants sur cette matière, que cez héritiers avoient voulu vendre. J'ay escript en cez quartiers là pour tascher de sçavoir ce que c'est et en avoir si faire se peult l'inventaire. Au surplus je loue infiniment la pensée que vous avez eue d'escrire à Mons' le Card[in]al Barberin en remerciment de ses bons offices envers Dom du Puy et crois que vous en recevrez une trez honorable responce, voire toute faveur aux occasions ou vous le pourriez employer, car il vous estime et affectionne plus que vous ne pensez. Je pensois vous envoyer présentement le livret de M' Aleandro sur la graveure antique de la nef de S' Pierre, mais puisque je vois que vous l'avez desja veu et que cet exemplaire icy s'est un peu mouillé et maculé par les chemins, je supercederay, en attendant d'autres exemplaires qui me viennent, dont je vous en envoyeray un plus beau et plus net. Par le dernier ordinaire d'Avignon j'escrivis à Rome à M"" du Thou et luy envoyay une lettre pour Mg' le Card[in]al Barberin, ensemble le petit livret du Pétrone. H me tarde bien que nous soyons de retour mon frère et moy de ce petit voyage pour commancer meshuy à songer à nostre debvoir envers vous et par mesme moyen envers M'' de Lomenie et M' Rubens, de qui j'ay tant de tort que je ne sçay par ou commancer ne ou trouver prinsfi pour fonder un moyen de pardon, me resjouyssant

' Peiresc veut, parler de Guillaume Ran-i . ,.aii(ecessoris tractatus de sttecessionibus lé i»r

chin, qui fut d'abord professeur en droit à testato (Lyon, lôgi, in-ia). Et encore :

l'université de Montpellier, puis avocat gêné- Edictum perpcluwn a Salvio Juliano compo-

ral en la cour dès aides de Toulouse et qui situm. . . a Guiltelmo Banchino restitutum,

mouruten i6o5, âgé seulement de quarante- in-8°.

cinq ans. Voir son épitaphe dans le Moréri ^ Révision du concile de Trente, contenant

(t. IX, p. 5o),oùi'on renvoiehi'HtsfOH-eecc/é- les nullités d'icelui, les griejs des pnnces

siastique de Montpellier, par ^L de Gi-efeuiile. chrestiens, de l'esglise gallicane , etc. Genève,

' Guillelmi Ranchini in Moiispelieiisi schola 1 600 , in-8°.

infiniment d'entendre que vous l'ayez eu si prez de vous lorsque vous le pensiez le plus loing, je ne re^jrette que de ne pouvoir me mettre in douzzina ^ et participer au bonheur de sa conversation et de la vostre. A mon retour, Dieu aydant, je rompray cette glace ^, vous suppliant cependant de me préparer la voye au trez humble pardon que j'ay à luy demander et de me pardonner vous mesmes et Monsieur vostre frère de ce que je me sçay si mal mettre en debvoir de me rendre digne de voz bonnes grâces et de la peine que vous daignez prendre pour l'amour, Monsieur, de

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc, A Aix, ce lundy matin xi janvier 1697.

Depuis vous avoir escript, tandis que M" l'Archevesque s'apprestoit à partir, j'ay inesperement trouvé le temps d'escrire un mot à M' Rubens que j'espère debvoir arriver entre vos mains avant que le duc de Bukingam soit à la cour' et par conséquent que vous luy pourrez bailler en main propre, ce que je desirerois bien afin qu'il vous pleut l'accompagner de touts les meilleurs compliments de bouche que vous pourrez pour nous faciliter la grâce que nous avons si mal méritée en son endroict aprez un si long silence, que je ne sçay si nous ne vous ferons poinct trop de honte de vous employer à faire pardonner une si lourde faulte que la nostre\

' C'est dozzina, douzaine. Melter si in doiiina, c'est se mettre au milieu de personnes h la douzaine, se confondre humblement avec la multitude.

' Dans le Dictionnaire de Littré, on ne cite , au sujet de l'expression rompre la glace , que M"° de Sévigné et Saint-Simon.

' Le duc ne vint pas h la cour et Bassompierre va nous expliquer pourquoi {Journal

de ma vie, t. 111, p. aSi) : rrLe mardy aa"' [décembre] j'arrivay à Paris, là où je trouvay que la venue du duc de Bocquinguem n'estoit pas aggreable , et le roy [dans les éditions précédentes il y avait : la reine] me commanda de luy escrire pour luy faire sçavoir que sa venue ne luy seroit point aggreable , et qu'il s'en désistât. »

* Vol. 7t6,fol. 71.

jÀ MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY,

À PARIS

Monsieur, Comme je vous manday dernièrement, en parlant de cette ville pour aller à Marseille je receus vostre despesche du 28""^, laquelle suivoit de bien prez celle du a i™% et à nostre retour de ce petit voyage nous avons eu celles du 1 et U""" de ce moys venues ensemble et deux jours aprez celle du 7°"= et 8°»% ou nous avons trouvé tant de belles et rares observations et du temps présent et du passé que je ne puis assez admirer vostre exactesse' et vostre patiance et desbonnaireté à vous donner tant de peine pour des gents qui le méritent si mal. J'ay prins grand plaisir de voir les lettres que je vous renvoyé avec infinis remerciments trez humbles aprez en avoir retenu coppie, comme aussy l'inventaire des pièces du Concile, auxquelles je tascheray d'adjouster quelque chose s'il est possible et de bon coeur je vous supplie de le croire, et vous r'envoyeray pareillement la minutte dudict inventaire, l'ayant faict transcrire, Dieu aydant, de crainte qu'elle ne vous fasse faulte , la tenant pour une des bonnes pièces que j'aye en touts mes recueils. Laquelle m'a faict venir l'appétit d'en avoir aultant, si faire se peult, de ce qui regarde les conciles de Basle et de Constance, ou il vous fauldrà préparer à une nouvelle courvée^. 11 est vray que je pense

' On ne trouve exactesse ni dans le Dictwimaire de Richelet , ni dans le Dictionnaire de Trévoux, Les auteurs de ce dernier ouvrage disent sous le mot Exactitude : rCe mot est nouveau. Vaugelas dit qu'il l'a vu naître comme un monstre contre lequel tout le monde s'écrioit; mais enfin on s'y est apprivoisé, parce qu'on en avoit besoin. Quelques-uns disoient exaction, qui étoit insu[>portable , à cause de l'équivoque. Exacteté ne

réussit pas mieux, parce qu'il vint un peu tard, dans le temps que le mot exactitude étoit déjà établi.» Sainte-Beuve, cité par Littré, a rappelé que ce fut le grand Arnauld qui risqua le mot exacteté dans sou livre De la fréquente communion (i6i3), mais que, se voyant à peu près seul, il se rétracta depuis et revint à exactitude.

' Peiresc écrit couniée comme son ami Malherbe. (Voir Œuvres publiées par M. L.

qu'elle ne sera pas possible si grande à cause des recueils qui en ont esté imprimez autres foys, si ce n'est que vous y voulussiez comprendre quelque mémoire des procédures qui se trouvent enregistrées au pai-lement sur ce subject et possible aussy en l'université, ce qui ne seroit peult estre pas infructueux. J'ay autres foys veu un volume de vieille édition intitulé Fasciculus reruni expetendarum\ ou il me semble qu'il y a voit quelque chose de cette matière, et s'il se trouvoit par hazard à vendre chez les libraires, je le payeroisbien volontiers, vous envoyant pour cet effect et pour les autres libvres courants que vous estimerez dignes d'estre retenus, selon que je le vous avois escript dernièrement (puisqu'il vous plaict nous obliger de tant que d'en prendre la peine), une lettre de crédit à Mess" Lumaga, sur laquelle vous pourrez prendre ce que vous trouverez à propos, soit pour lesdicts libvres ou pour la transcription des papiers que vous aurez agréable de nous faire transcrire quand le cas y escheri-a. Ces mess" de Lumaga m'avoient souvent fourni de l'argent selon l'ordre et correspondance qu'ils avoient du S' Gaspard Siguier de Marseille et pense que sur jmes lettres, ils n'eussent pas laissé d'en fournir encores, mais parceque ledict S' Siguier est mort depuis peu, j'ay faict renouveller l'ordre par les sieurs Mary, Douaille et Fraisse, qui ont maintenant la correspondance de Marseille avec lesdicts S" Lumaga, qui se tiennent vis à vis la maison de feu M' de Pontcarré-, en la riie neufve S' Merry, Je regrette l'iniportunité que ce vous sera, mais aprez avoir prins la peine de leur monstrer un jour la dicte lettre de crédit cy joincte, je pense que sur voz billets ils payeront à voz gents tout ce que vous leur manderez selon la prière que je leur en faicts par ma lettre, qui sera aussy en

Lnlanne, t. Ill, p. 387.) Liltré ne cite, au si ce ilernier en a été réellement rdditeur.

sujet (le la forme cowruée , aucun auteur du M^'élait Geofroi Camus, soigneur de

xvii" siècle. Pontcarré et de Torci, mattrc des lîecjuétes

' Cnlof»ne, in-fol. , i535. Voir le Manuel en 1673, pois conseiller d'Etat, lequel eut

(tu libraire, au mot Graliu* Orthuimn. On de sa femme Jeanne Sanguin, nièce du

y lit (t. II. col. lyiS) que, quoique l'édi- premier président de Thon, Nicolas Camus,

tion de i535 ait paru sons le nom d'Or- plus haut mentionné, et divers autres eti-

thuinm Gmiinn, il reste encore à décider fants, dont un fat évéc^ue de Séei.

ce pacquet. Or pour respondre à voz lettres, allant par ordre je vous diray touchant les honnestetez de M"' ie Card[in]al Barberin envers le R. P. Dom du Puy vostre frère que c'est à sa propre vertu et à la vostre qu'il fault principalement attribuer le tout, estant notoires comme elles sont dans l'Europe, et que je vouldrois bien avoir plus de moyen de vous servir et lui aussy, car je ne m'espargnerois pas. Quant à son voyage de Gapri tant s'en fault que vous en debviez prendre d'allarme qu'au contraire j'estime qu'il y trpuverà sa guerison quasi indubitable et de faict vous verrez par l'extraict des lettres qui nous en ont esté escriptes de Rome l'amendement qu'il y a desja trouvé. Pour moy j'estime qu'il est encores réservé à l'employ dont M"^ Marchier m'a dict vous avoir parlé et prie à Dieu que ce soit à son contentement et au vostre. Je plains bien la perte que vous avez faicte en la persone de feu Dom de la Fayette son collègue dont j'avois ouy parler en trez bonne bouche, et ay esté bien aise d'apprendre ce qu'on nous mande du xu que le Roy avoit donné à M'' son frère l'evesché de Limoges ^ S'il eust eu celle ^ de Thoul on eust peu se promettre de luy plus de bonne intelligence que de celuy qui luy a esté préféré \ qui sera bien possible de mesme humeur que celuy de Verdun*, lequel a faict maintenant une si grande escappade. On me disoit qu'il n'estoit pas prebstre, encores faudroit-il sçavoir quelque chose de ce qu'il est.

Je plains la mort du pauvre M' Brosse, l'architecte, qui fera faulte à Paris, comme aussy celle de M'' Mercier, mais encores plus l'incom-

' François de la Fayette siégea du 1 9 mars 1628 au 3 mars 1676. (Voyez Gallia christiana, t. II, col.5ii-543.) Ce futle 1 1 janvier 1697 que ie pape Urbain VIII approuva le choix de Louis XIII.

' Peiresc emploie le mot évêclté au féminin comme bon nombre de ses contemporains.

Aussi Litlré ne va-t-il pas assez loin en déclarant que le mot évêché (test dû féminin, comme duché, comté, dans l'ancienne langue et jusque dans le xvi' siècle 1. Il aurait dû

dire : jusque dans la première moitié du xvii' siècle.

^ Nicolas-François de Lorraine, cardinal de Vaudemont , occupa ie siège de Toul de 1695 à 163/1.

* François de Lorraine fut évêque de Verdun de 1693 à 1661. Voir, sur ses démSés avec ie cardinal de Richelieu , ie recueil Avenel (t. II, p. 756-759). Cf. l'Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, par le comte d'Haussonville (t. I, p. 67).

modité qui en revient à M' Snulmaise' et la maladie qu'il a pour renfort de disgrâce, priant Dieu qu'il l'assiste et qu'il luy donne le moyen d'achever les belles pièces qu'il nous promettoit.

Je vous remercie trez liumblement des vers de Morisot, de l'epistre de l'archevesque de Roiien et des livres de Hollande^, ayant prins plaisir à cette relation de cour de Rome et trouvé bien gentil ce petit recueil d'autheurs de Testât de la France d'Elzevir', dans le privilège duquel sont mentionnez tout plain d'autres pareds traictez d'autres estats de l'Europe, qui meriteroient bien d'estre recueillis quand ils seront achevez d'imprimer ou à mesure qu'ils viendront de Hollande et je serois bien aise qu'd vous pleut d'y faire adjouster le mesme Petronius dont vous avez envoyé un exemplaire au S"' Aleandro. Mon frère m'a apporté quelques petits livrets de pareille édition, dont je trouve l'assortiment bien gentil et curieux, et me semble qu'il y a beaucoup de petits traictez ou notes qui ne sont pas en d'autres éditions de meilleur caractère, ce que je plains bien, mais ne se pouvant avoir en plus belle lettre, il fault se contenter de celle là et se servir d'Anagnoste*, car je ne sçaurois lisre dans ces livrets ]k plus d'un feuillet (quelque lunette que je praigne) sans lasser ma veiJe. Il scroit bon de voir un rooHe de tout ce qui se trouve imprimé en cette forme et quelqu'un m'a dict que cet EIzevir en a faict imprimer un catalogue, que je verrois volontiers, s'il s'en trouve à vendre^. A quoy je vous supplie de faire joindre le livre

' Sur Salomon de Brosse et sur Josias Mercier, le beau-père de Sauraaise, voir h {'Appendice (n° IX) la lettre de Dupuy du ai décembre i6q().

' Sur l'épître de Fr. de Harlay, archevêque de Rouen , voir à ¥ Appendice la lettre de Dupuy dont il vient d'être parlé dans la note [)récédente.

' On trouve dans l'excellent ouvrage de M. Alphonse Willeais (Les Elzevier, Histoire et annales typographiques, Bruxelles, 1880, gr. in-8°, p. 70) tous les détails désirables sur le recueil dont il est ici question : Res-

publica , sive status regni Galliœ diversorum aulorum {Lugduni Batavorum , e.v oficina Elzeviriana, 1696, in-a4). Les cinq traités réunis dans ce volume de 6i3 pages sont ceux de Cl. Seyssel, J. du Tillet, V. de la Loupe, Philippe Honorius, J. Botero.

* C'est-h-dire de lecteur. Co nom désignait, chez les Romains, un esclave chargé de faire la lecture à son maître, particulièrement pendant les heures du repas et da bain.

' Le premier catalogue officinal publié par la maison de Leyde parut en 16a 8

HfPMmail KATIOMALt.

des médailles de M"" Savol', voire une coupple d'exemplaires pour en pouvoir faire part à quelque amy d'Italie, et s'il y en a de meilleur papier que le commun, je le payeray volontiers. Qui pourroit sçavoir le nom de l'autheur de la Relation de Rome^ portarebbe la spesa^ de prendre la peine de s'en enquérir pour mieux juger des mouvements de l'autheur.

La déclaration contre Louvigny* est bien une des pièces du temps qui méritent d'estre veûes, comme feroit le bref de M"" de Chartres s'il se pouvoit avoir. Quant à la volerie de Marescot^ encores seroit ce quelque consolation à ceux qu'il a tant dezobligez s'il s'en pouvoit apprendre le destail mais tout à loisir.

Si le cabinet de M"' Rubens se vend 80"" francs, je n'y'auray pas dutout tant de regret, pareeque au moings le dict S'' Rubens aura de quoy y trouver son compte, mais je vouldrois bien que l'achepteur y eust adjousté encores quelque millier d'escus pour faire imprimer ce qu'il y a de plus exquiz afin que le public s'en ressentit.

Il me reste à vous remercier de l'arrest pour la Sorbonne et des vers. J'attendray impatiement ce que M' Rigault promet sur l'inscription du Cardinal. Et sur ce, aprez vous avoir supplié de croire que je n'useray de voz lettres que selon voz intentions et comme je vouldrois estre faict des miennes, je finiray en vous faisant un mot d'excuse pour mon frère, qui avoit prins la plume pour vous escrire à ce malin , quand M' l'Archevesque l'a envoyé semondre d'aller avec luy voir une de ses maisons des champs à deux ou 3 lieues d'icy, d'où il ne sçauroit estre

sous ce titre : Catalogus lihrorum offieinœ Elzevinanœ , desiffnans libros, qui tam eoi~um lypis et impensis prodkrunt, quam quorum alias copia ipsis suppelit [Lugduni Batamruin ex officina Elzeviriana, in-8°).

' Discours sur les médailles antiques , par Louis Savot (Paris, Gramoisy, 1627, in-i°). Le docteur Savot naquit en 1879, à Sauiieu (Gôte-d'Or), et mourut en i64o, à Paris.

' Le nom de l'auteur n'est pas indiqué dans la dernière édition du Dictionnaire des ouvrages anonymes , de Barbier.

^ Ce ne serait pas peine perdue, littéralement : dépense inutile. Tout ce passage était en chiffres.

' Voir à Y Appendice (n° Xili) la lettre de Jacques Dupuy à Valavès du h janvier ■' Ibid.

de retour à temps avant ie despart de cette despesche. Il en sera bien

aiarry et moy aussy, qui suis et seray à jamais,

Monsieur,

voslre trez humble et trez obligé serviteur,

DE Peiresc.

D'Aix, ce 22 janvier 1697.

J'oubiiois le meilleur, à sçavoir que j'ay admiré la relation que M' de Thou vous faict de Venise ^ Je l'aurois tousjours grandement estimé sur ce que j'avois veu paroistre de son génie, mais je le prise maintenant au centuple. Vous m'avez infiniment obligé de me faire part de cette belle pièce, laquelle a bien r'enflammé l'ardeur que j'avois pour son service et pour le vostre aussy, sçaichant bien que les instructions qu'il a prinses de vous autres messieurs ont grandement aydé à former son bel esprit et à repolir son bon naturel.

Si ne fault il pas que j'obmette que nous avons eu l'honneur de voir à Marseille M"" Tevesque d'Orléans, qui y a traicté magnifiquement M' nostre archevesque et nous touts^ Il travaille à de trez curieuses observations ecclésiastiques et m'en monslrà quelques unes que je trouvay fort à mon goust. Il faict des notes exactes sur Optatus Milevitanus^ et sur quelque epistre de S' Pol. Je ne luy ay sceu fournir l'édition d'Optatus de Balduin in 8°. Je luy eu ay baillé deux autres, prinses neantmoings sur le texte dudict Balduin; s'il s'en rencontroit un exemplaire chez les libraires de ladicte édition de Balduin*, je le

' Nous avons déjà rappelé que l'on trouvera les impressions de voyage en Italie et en Orient de François-Auguste de Thou dans la Revue rétrospective publiée par M. Tascbereau (t. VIII et suiv.).

' J'aurais bien dû signaler ce beau festin donné à l'arcbevêque d'Aix, à Peiresc et autres grands personnages , par Gabriel de l'Aubespine, dans ma petite notice sur ce prélat ( Le* correspondants de Peiresc , fascicule VII, i883,p. 3-14).

^ Voir, sur Optât de Milèvc et sur les travaux de G. de l'Aubespine relatifs à cet auteur, l'opuscule cité dans la note précédente (p. i5 et suiv.).

' François Balduin ou Baudouin, né è Arras le i"janvier i5ao, mort vers iSya ou 1573. J'ai renvoyé le lecteur du fascicule VII des Correspondants de Peiresc ( p. aa , note a ) à l'ample et curieux article consacré au jurisconsulte Balduin dans le Moréri de

recouvrerois bien volontiers et cela se pourroit mettre dans un pacquet de lettres. Il estudie touts les jours neuf ou dix heures, qui est beaucoup à un homme de sa sorte, ce me semble, et ne joiie plus ce gros jeu\ Il se loiie fort de la suavité de ce bon air oii il a recouvré le dormir à souhaict. Nous l'attendons icy ^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, A PARIS

Monsieur, Vostre despesche du 21 arriva dez vendredy 5 de ce moys avec le livre de Henry VII ^ et le pacquet du S' Berger, qui remercie bien fort son parent de la souvenance qu'il a de luy et vous du soing de luy faire parvenir ses lettres. Vostre précédante despesche du 1 5"°^ n'estoit arrivée que le soir du jeudy ^""^ et par mesme moyen le livre de Republ. Gall.* pour M' Aleandro, qui vint tout a poinct, car je faisois lors la despesche de Rome par l'ordinaire d'Avignon , qui passa la matinée suyvante, tandisque j'estois encore au lict et print le pacquet (que j'avois fermé avant que me coucher) ou j'avois mis non seulement vostre livre et vostre lettre audict S"" Aleandro mais aussy le cahier autographe des notes de M'' Rigault sur l'inscription de la petite fille de Victorinus^, que j'envoyay à M' le (iard[in]al Barberin, estimant que si

' Savait-on que l'évêque d'Orléans, avant de devenir un si vaillant travailleur, avait été un si grand joueur?

' Vol. 716, foi. 78. — Voir à l'Appendice (n" XV) une lettre de Jacques Dupuy à Peiresc, du 98 janvier 1627.

' La traduction, dont il a été déjà plusieurs fois question , de l'ouvrage de Fr. Bacon : Historia regni llenrici VII , Aiigliœ régis.

" Respublica, sive slatiis regni Galliœ, etc. Voir la lettre précédente.

' Ecrivain ecclésiastique , évêque de Petabium en Styrie, mort martyr au commencement du iv' siècle. Un des meilleurs critiques du xvu' siècle, Jean de Launoy, a composé une dissertation intitulée : De Viclorino episcopo et martyre (Paris, i664, iii-i").

ces MSS. de Gandidus^ et de Victorinus ne sont dans le Vatican ^ H sera infiniment aise de voir ce que ledict S" Rigault nous en a voulu communiquer, et quand mesmes ils y seroient, que tousjours sçaurat-il fort bon gré de l'advis et de ses petites observations sur l'inscription, que j'ay trouvées bien gentiles et dont je remercie de trez bon cœur ledict S' Rigault. Vous m'obligerez de le luy dire à la première veiie en le salliiant de ma part. Je retins bien une coppie de son cahier, mais ce fut si à la haste que je crains que ce n'ayt pas peu estre si exactement que vous vouliez et comme je desirois, mais je ne peus pas y vacquer moy mesmes, comme j'eusse faictde bon cœur, estant constrainct d'escrire aux amys de pardelà, et n'avois pas mon frère pour m'en reposer sur luy, car il estoit à Marseille, si bien qu'à faulte d'autre j'y employay son filz, mon neveu de Rians^ et puis y donnay un coup d'oeuil un peu couramment, l'heure s'estant trouvée un peu tarde* pour envoyer quérir d'autres gents à la ville. Il fauldrà que vous en fassiez revoir la coppie par M"' Rigault mesmes. Si ce pacquet, qui estoit du iB"", fust arrivé en son temps ordinaire je le debvois avoir receu dez le 2 5"* du moys passé et il ne vint que dix jours encores plus tard. Je pense que les grands froids en ont esté en partie cause*. Celuy de l'ordinaire du 2 2""* a esté moings retardé , car de ce qu'il eust deub estre icy dix jours aprez sa datte, à sçavoir le i de ce moys, il y fust seulement trois jours plus tard, et crois-je que la grosseur du libvre de Henry VII servit à

' Gandidus, né en Isaurie, vivait à la fin du v' siècle. 11 écrivit une histoire de l'empire d'Orient (de iSy h 491), dont quelques passages ont été insérés dans la Bibliothkjue de Pliotius.

' Le cardinal Mai a découvert dans la bibliothèque du Vatican quatre manuscrits d'un autre Victorinus , surnommé l'Africain , mort en 870, et il a inséré ces quatre opuscules dans son célèbre recueil Sciiptoi-um veterum nova colleclw (t. III, Rome, 1838, in-V).

' Claude de Fabri, baron, puis (1657) marquis de Rians, était fils de Palamède de Fabri, sieur de Valavès, et de Marquise de Thules : il devait succéder à Peiresc dans la charge de conseiller au parlement de Pi'ovence.

' Tarde pour tardive. L'adjectif tard ne figure pas dans les dictionnaires de Uichelet, de Trévoux, de Littré.

' Voir, sur ces grands froids (à l'Appendice, n° XII), les doléances de Jacques Dupuy.

134 LETTRES DE PEIIIESC [1627]

le faire chasser par les chemins. Or pour respondre à vos lettres, j'ay prins plaisir d'apprendre par vostre dernière du 21""^ que vous vous fussiez soulagé d'escrire par l'ordinaire du ig"'*, car sans mentir il n'y a raison quelquonque de vous astraindre à cette subjection deux fois la semaine, oultre que du mardy au vendredy, ii n'y peult pas avoir do grandes occasions de faire remettre la main à la plume si ce n'est en l'occurrance de quelque grande affaire inopinément survenue à la Cour et vous conseille, ains vous prie trez humblement de vous contenter (puisque vous nous voulez honnorer de voz lettres) d'en prendre la peine seulement une foys la semaine, aussy bien ne vous sçaurions nous respondre plus souvent depardeça, si ce n'est par la rencontre de quelque voye extraordinaire , et si tant est qu'il vous soit indiffèrent de choisir le mardy ou le vendredy, il y aura quelque advantage pour nous si vous prenez l'ordinaire du mardy plustost que l'autre, parceque celuy là arrive à Lyon le samedy au soir et M'' de Fetan semble avoir plus de commodité de faire despescher en cez quartiers d'icy bas le dimanche que non pas le mercredy : pour le moings je vois que ses lettres sont la pluspart du temps dattées des dimanches et que les lettres de l'ordinaire du vendredy arrivées à Lyon le mercredy y ont souvent attendu celles de l'ordinaire du mardy suivant (qui n'arrivoient que le samedy) pour s'en venir ensemble soubs une mesme enveloppe, dattée du dimanche, de pardeça. Mais quand les pacquets sont contresignez, ils font scrupule de les retenir à Lyon, parceque l'on tient registre non seulement de l'heure de leur arrivée mais de l'heure de leur expédition et partement. Au reste puisque vous avez eu le seing de m'advertir par l'ordinaire du 2 a""" que vous aviez laissé passer celui du 1 9"'^ sans escrire et que vous n'en avez pas faict de mesmes par celuy du i5"'*.de crainte qu'il ne fust esgaré quelque chose, je suis obligé de vous advertir que par l'ordinaire du 1 2™*^ j'eus bien quelques lettres de mes amys, mais il n'y en eut pas de vostre part, ouy bien par touts les précédants ordinaires du moys de janvier. J'estime pourtant qu'il n'y debvoit rien avoir eu du vostre de ce coup là, mais j'eusse failly de ne vous en donner advis pour ne laisser aulcun scrupule en arrière, puis mesmes que vous nous avez

ordonné de vous accuser punctuellement ies lettres' que vous nous ferez l'honneur de nous escrire. Or pour respondre à voz dictes lettres du i5 et 2 1 (car par mes dernières du 27 du passé j'av'ois faict re^ sponce aux vostres du 1, 4 et 8 dudict moys) j'ay à vous remercier par un million de foys des dispositions testamentaires de feu M' le Connestable, que je vous renvoyé et de touts ces autres extraicls et livrets curieux, qui me font perdre contenance de grande honte, quand je considère le soing et la peine que ce vous est d'en faire la pluspart de vostre main, et vouldrois bien qu'il se fust trouvé quelque moyen d'y employer Quantin^ ou quelque autre qui seroit bien aise de gaigner à cela quelque teston^ une foys la semaine, et comme ce vous seroit un grand soulagement, vous m'osteriez d'un grand regret et me feriez faveur singulière d'en user ainsin et de faire payer le coppiste de l'argent de M"^ Luniaga*. Je vous supplie de le faire ainsin dezhormais pour mon contentement et afin que vous me laissiez tant plus de liberté de disposer de vostre courtoisie en ce qui méritera mieux de venir immédiatement de vostre main. Le S'' Berger a esté bien glorieux du papier que luy a faict recouvrer son parent et n'a garde de s'en vanter puisque l'affaire luy importe tant comme elle faict, vous l'en pouvez asseurer et qu'il n'abusera jamais des grâces qu'il en recevra. J'ay prins plaisir d'apprendre par l'advis du costé des Suisses Testât des affaires de cez

' Peiresc se contente ici de dire : accuser les lettres , comme on dit accuser une douleur, accuser son âge , tandis que Dupuy ( Appendice , n'XVI) écrit à Peroisc,le tti f<îvrieri6a7: (t J'accuse la réception de vostre lettre. 1 Peiresc lui-même, comme nous le verrons plus loin , emploie parfois la formule de Dupuy. Litlrd, dans son Dictionnaire , ne cite , au sujet de accuser réception, que des auteurs postérieurs: Bossuet, M™' de Sûvigné, etc.

' Un copiste dont Peiresc s'était servi pendant son séjour h Paris, comme il est dit dans une des lettres suivantes.

' Monnaie d'argent qui, après n'avoir

valu qu'un peu plus de dix sous du temps de François 1", valut près de vingt sous à l'époque de Louis XIII.

* Banquier d'origine italienne dont il est souvent question dans la correspondance de Peiresc, comme dans celle du cardinal de l'iichelieu. On trouve dans le registre IV des minutes, h Carpenlras, quelques lettres adressées aux frères Marco Antonio Lumaga elOctavio Lumaga, à Gènes, du 7 décembre 1 G33 au 3 avril 1 ôaS (fol. agS-agS) ,el d'autres adressées à un seul des deux frères. Ie<juel était venu s'installera Paris, du 5 juin i6a5 au 9 mors 1639 (fol. 3oo-3o'i).

pais là. Je me suis imaginé que ce pouvoit estre de M''Deodati; si cela est et que vous pensiez qu'il n'eust pas désagréable que je le priasse quelques foys de m'achepter quelques livres là où il est, je l'en prierois volontiers et luy envoyerois par mesme moyen lettre de crédit avec adresse à Lyon , mais il fauldroit que j'eusse quelque adresse asseurée au lieu ou il est, car j'y suis passé autres foys et trouvois que ces gents là sont merveilleusement curieux d'y faire apporter de toute sorte de livres de toutes les parties de l'Europe et y en ay achepté moy mesmes que je n'avois sceu recouvrer d'ailleurs. Je vous remercie bien humblement du S' Athanase en grand papier qu'il vous a pieu me retenir. Je n'avois pas eu la mesme précaution de la grandeur du papier pour le deuxsiesme volume de Libanius, parceque le premier que j'ay de l'édition de 1606 n'est qu'en papier ordinaire, mais depuis y avoir mieux pensé, me ressouvenant que les pièces restantes du Libanius sont celles de l'histoire et par conséquent les meilleures, il vault mieux que je le praigne en grand papier qu'en petit, quelque disproportion qu'il y doibve avoir d'entre la grandeur de ce volume avec le précédant, et vous supplie, puisqu'il est encore assez à temps, de m'en prendre un en grand papier. Que si par mesme moyen et par hazard il se trouvoit encores chez les héritiers de deffunct Morel quelque exemplaire en grand papier dud[it] premier volume de Libanius, je l'achepterois volontiers et trouverois assez de moyen de donner à quelque amy celuy que j'ay en papier commun. L'occasion de la mort dudict Morel peult avoir faict procéder à des inventaires du fonds de ses magasins, par le moyen desquels il se soit retrouvé quelque pille d'exemplaires dudict premier volume en grand papier comme il estoit curieux d'en cacher tousjours quelques uns de toute sorte de libvres pour les garder aux occasions de vente de gros assortimens, et si par mesme occasion il s'y rencontroit quelque exemplaire en grand papier du premier volume qu'il imprima de S' Chrysostome grec et latin, ou sont les Homélies et actions ad populum AntiochenumS j'en achepterois volontiers un de cette forme,

' On Ht dans le Manuel du libraire en grec et en latin . due aux soins du P. Fron- ( t. m , col. 535 ) : TL'ëdition du même père , ton du Duc , est un travail fort remarquable ,

[1627] AUX FRERES DUPUY. Vil

parceque j'ay ies autres suyvants en grand papier, nonobstant que j'aye le mesme volume en papier commun. Cela soit dict à tout hazard, au cas qu'il s'en trouvast là ou que vous eussiez advis qu'il s'en |)eusl retenir quelqu'un aux ventes d'inventaires ou chez les frippicrs mesmes (s'il s'y en rencontroit) par quelqu'un de voz amys. J'avois demandé à Buon ies œuvres gr[ecques] et lat[ines] de S' Basyle le Grand ', mais il ne m'a «nvoyé que le volume de S' Basyle de Seleucie'^. Si celles de S' Basyle le Grand se peuvent avoir en fin papier, je les recouvrerois volontiers, sinon je me contenteray de ce qui se pourra avoir. J'ay escript à Lyon pour voir si cette édition d'Aelian s'y trouveroit, ou est le traicté de l'elephant de Gillius-', que je n'ay poinct veu, vous remerciant de l'advis et de l'oHre de l'exemplaire qui vous est debtenu, tout aultant que si je l'avois desja receu et leu, vous suppliant neantmoings de ne vous mettre pas en peine de me l'envoyer quand on le vous rendroit, parceque ma curiosité ne va pas jusques à ce point pour ce regard que je voulusse que vous missiez au hazard des chemins des livres d'une telle bibliothèque sans plus grand besoing ou espérance de quelque utilité pour le public. Si M' Rubens a trouvé à redire à la

et que celui des Bdiiddicliiis n'a peut-être pas entièrement effacé . . . L'édition du père Fronton se compose de i a vol. in-fol. Les deux premiers volumes, imprimés par Claude Morel, ont paru en 1C09; mais plus tard leur date fut changée en celle de i G 1 4 , année de la publication des deux volumes suivants. 1 Rappelons que le cinquième volume Cut publié en 1 6 1 6 , le sixième en 1 6 -j i , et que les six autres parurent ensemble en 1 6.36. Brunet a ëoin de faire remarquer qu'il existe des six ])reniiers volumes trquelques exemplaires eu grand papier d.

' Fwis, 1618, 2 volumes in-folio publiés par le père Fronton du Duc et Frédéric Morel.

^ Les homélies de Basile, archevêque de Séleucie (/i/io-/i58), ont été réunies aux

œuvres de saint Grégoire le Tliuuuiatmge dans l'édition de Gérard Vossius : S. Gregorii Tlutumaturgt sive Neocœs ; Macarii œgi/ptii et Basilii Seleuciœ episcopi opéra omnia nunc primuin gr. et lat. conjunctim édita (Paris, 1621 ou i6a6, in-fol.).

' Pierre Gilles naquit à Albi vers ligo et mourut à Rome en i555. Son Elephanli Descriptio inissa ad R. cardinalem Armaignacuiii ex urbe Berriuea syriaca a été imprimée dans l'édition d'Élien deLyon (1662 , in-S"), édition qui , «luf cette addition , est la même que celle qui avait été donnée par Pierre Gilles dans la même ville en i533 (chez Séb. Gryphe, in-i"). Voir, sur Pierre Gilles' et sur son Elieu , deux notes dans mon recueil âe Lettres inédiles du cardinal d'Armagnac (187^, in-8°, p. 6 et 11).

IHrttHHIK lATtOIALK.

138 LKTTRES DE PEIRESC [1627]

grandeur des oreilles dans les peintures ordinaires, ce ne sera pas sans en avoir luy mesmes faict un dessein mieux proportionné pour ce regard. Je vouldrois bien que vous eussiez veu les portraicts qui ont esté tirez des peinctures antiques de Rome ou sont représentez divers animaulx estranges et entr'autres des éléphants qui semblent avoir les oreilles beaucoup plus petites que ceux que l'on peinct aujourd'hui , que j'estime avoir esté fort exactement desseignez sur les animaulx mesmes en leur temps et sont tirez de certaines grottes de bains qui estoient prez du Vivarium de Rome ou se gardoient toutes les bestes sauvages plus estranges. Ces peintui'es furent descouvertes l'an iBiy et imprimées en taille doulce en trois grandes planches qui se trouvent dans les recueils de cez grandes images des Antiquitez de Rome. Je pense en avoir veu un dans la bibliothèque de M'' du Tliou, ce n'est pas chose si rare; et serois bien aise que aprez avoir veu cez images vous eussiez reveu l'elephant vivant pour voir si vous y trouveriez des actions et postures qui reviennent à celles desdictes peintures et spécialement pour l'eslevement ou arrection' des oreilles ou r'abbaissement d'icelies et maniement des jambes. Combien que je ne vouldrois pas croire pour tout cela que pai'my cette espèce d'animaulx, il n'y en puisse avoir qui ayent les oreilles plus longues les uns que les autres comme les chiens, chevaulx et autres bestes mesmes des sauvages, estant bien certain que touts les cerfs n'ont pas les cornes pareilles nomplus que le corsaige. Voire entre ces images il y en a qui monstrent d'avoir l'oreille plus longue et plus large les uns que les autres, soit que la diversité de l'aage ou des païs d'où ils viennent face diversifier la grandeur de leui's oreilles comme elle diversifie la taille et la grandeur des chevaulx et autres animaulx. Quand M'^le Card[in]al légat '^ s'en alla à Rome je luy fis présent de deux chèvres masle et femelle qui avoient les oreilles en forme de langue ou de spattule, si longues que quand elles paissoient à terre, leurs oreilles leur trainoient de plus de trois ou quattre doigts, dont il me sceut fort bon gré. Je les avois recouvrées du Levant et ay esté depuis marry

Pour éreetion. Erection est dans Ainbroise Paré. Arrection ne se trouve nnite part. — - Le cardinal François Barberin, en 169 5.

[1627] AUX FUERES DUPUY. 139

que je ne .les avois faict portraire; mais ce seigneur passa si precipitemment que je ne m'en advisay pas que par liazard et estant en campagne. Mais vous direz avec raison que je vous entretiens bien longuement et ennuyeusement de cez badineries ' et trouverez enfin que mon humeur trop exacte et trop punctuelle est importune, dont je vous supplie de me vouloir excuser. J'ay eu un peu de regret d'entendre que le cabinet de M' Rubens aye à passer oultre mer, attendu qu'il ne pouvoit estre en plus dignes mains ne ou il peult paroistre davantage ne plus servir à ayder le public, et ne me sceus pas tenir d'en toucher un mot audict s' Rubens par la lettre que je vous adressay dernièrement, ce que je n'eusse pas laict si j'eusse esté adverty que cette négociation meritast d'estre teniie secrète, mais je n'en parleray plus à luy ne à personne, vous en pouvez estre sans regret. Il fera beau voir cette Apocalypse Syriaque d'Elsevir- et encores plus cez epistres latines de Scaiiger^ et cet Aristarche de Heinsius*. Je plains infiniment la mort de ce pauvre Snellius", autheur du Typhis Ratavus*. J'entends qu'il a faict aussy un Eratosthenes Ratavus^ bien curieux, que je verrois trez volontiers et vouldrois bien sçavoir au vrav toutes les oeuvres qui se trouvent imprimées de sa façon ^, voire s'il se pouvoit sçavoir

' Liltre, clans son Dictionnaire, ne cite, sous le mot Badinene, aucun écrivain des premières années du xvn' siècle. Peiresc se placera désormais , dans la chaîne des exemples, entre Amyot et Scarron {Roman comique, i65i).

Apocalypsis sancli lohannis , ex manuscripto exemplari e bibliolheca clariss. viri losephi Scaligeri deprompto, édita charactere Syro , et Ebrœo, cuin versione latina, et notis . opéra et studio Ludovici de Dieu [Luffduni Bulavorum, ex typogt'aphia Elzeviriana, 1637, m-h°).

' flliistriss. viri losephi Scaligeri lulii Cœs. a liurden F. Epistolœ oiniies quœ reperire potuerunl, nunc primum coUectœ ac editœ, etc. (Lugduni Batavonim, ex ojicina

Bonaventurœ et Abrami Elzevir, 1627, 1 vol. in-8').

* Danielis Heinnii Aristarchus sacer, nive ad Nonni in loltannem inelupltrimn ei-ercitationes, etc. ( Luffduni Batavorum , et ojficina fi. et A. Elzevir, 1627,10-8°).

'- Géomètre né en 1691 à Leyde, mori à l'âge de trente-cinq ans. le 3i octobre i6a6.

' Typhis Batavus, sive de cursu naviuin et re navali (Leydft, i6ai, in-/i°).

' Eratosthenes Batavm de terrœ ambilus vera quantitate a W. SiteUio suscitatus ( Leyde , 1617. 111-4°).

' Voir rënuniération desdites œuvres donnée par Weiss dans la Biographie universelle, à l'arlicie Snelf.

les autres qu'il avoit desseignées^ ce seroit encores mieux rassasier ma curiosité. Comme j'avois escript jusques icy, j'ay esté interrompu par l'arrivée d'une despesche du i de ce moys, de la part de M'' nostre premier président^, laquelle a esté incontinant suivye d'une vostre du 29°*'= du passé, accompagnée à l'ordinaire de tout plein de trez belles pièces et des plus rares que puisse fournir le temps, dont je vous doibs de nouveaux remerciments. Entr'autres je vis volontiers le tiltre de cette Respub[lica] Poloniae'* et encores plus cette espreuve de l'Apocalypse Syrique d'Elsevir et admiray d'entendre que dans Amsterdam cez gents ayent imprimé touts cez petits traictez de dévotion de Bellarmin , qui ne peuvent estre que trez bons pour les avoir commodes à tenir à la main et bien imprimez ^. L'arrest du parlement du 2 5 du passé est bien notable, mais l'article de l'assemblée touchant la deffence de la communication avec les ambassadeurs ne le sera pas moings, si on en demeure là. Il falloitbien un acte tel que celuy quel'evesque de Verdun a faict contre le lieutenant Gillet pour achever un si bel ouvrage et je m'estonne qu'il ayt esté faict dans la ville sans que le gouverneur ayt trouvé moyen d'empescher qu'il n'en sortit. L'advis de Brusselles m'a agréé principalement en ce qu'il me faict espérer que nous verrons bientost quelque exemplaire du plan de ce canal du Rhein, puisqu'il y en a des imprimez, ne doublant pas qu'ils ne soient bientost contrefaicts à Paris et que M"" Tavernier ne soit bien aise de m'en envoyer comme je l'en prie. Pour ce qui est des galanteries du temps, il y a tousjours bien eu a regretter, mais je pense que maintenant s'il y a des actions bien louables il y en a bien d'autres à déplorer et en si grand nombre

' Snell laissa un ouvrage inachevé, qui fut terminé et publié par Martin Hortensius , de Delft : Doctrinœ triangulorum canonieœ libri quatuor ( Leyde , 1607).

* Littré ne cite pus d'exemples de l'emplai de ressasier et rappelle que la forme resaner représente re et satiare. Dans l'ancienne langue provençale, on employait à la fois raxaciar et resaciar.

^ Ce premier président était, depuis 1691, Vincent-Anne de May nier d'Oppè<le.

' Respuhlica, sive status regni Poloniœ, Lituaniœ, Prussiœ, Livoniœ, elc. ( Lugduni Batiivorum, ex officina Eheviriana , 1 637, in-a4).

' L'édition des traités de Bellarntin faite à Amsterdam porte cette rubrique : Coloniœ Affrippiiue, apud Comelium ah Effinont, iG-36.

que je vous serois trop ennuyeux aprez deux feuilles remplies de vous en vouloir entretenir. Vous m'en dispenserez pour ce coup, et aprez m'estre conjouy avec vous du favorable traicté de M' de S' Amand, qui en esloit bien digne', je finiray demeurant. Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peireso,

Par la vostre du a 9"" vous accusez cinq de vos despesches du moys de janvier y comprenant celle là, mais j'y en ay trouvé six du 1, 5, 8, i5, 22 et 29"% qui nous sont aultant de reproches de n'y apporter de correspondance mieux proportionée que nous ne sçaurions faire en ce mauvais païs icy.

Cez quattre relations d'Angleterre sont excellentes et cez soldats qui parlent si librement sont de bien bons compagnons^.

xxxvm

ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS

Monsieur, Je respondray ce coup cy à voz deux lettres du 1 4 et 1 8"* du passé et aprez vous avoir faict mes trez humbles remerciments des dispositions testamentaires de feu M' le Gonnestable (qui nous estoient importantes en nostre particulier à cause des affaires que nous avons eu à desmesler avec cette maison) ensemble du soing qu'il vous plaict vouloir prendre de me faire avoir une empreinte du seau des régents que S' Louys avoit laissez* et d'accompagner de vostre recommandation la lettre que j'es-

' Quoique Peiresc écrive Satnt-Atnand , ' Vol. 7 16, fol. 75. — Cette lettre, qui ne

il veut certainement parler du poète Marc- porte point de date, doit avoir été écrite dans

Antoine Gérard de Saint-Amant, car, comme les premiers jours de février 1637.

je crois l'avoir montré {Appendice, n° XV), ' Nous avons déjà vu que saint Louis,

ce fut bien ce poète qui faillit être nomme avant de quitter pour la seconde fois la

archevê(|ue de Toulouse. France, confia (1 970) le gouvernement du

crivois à M' Rubens, comme aussy de la communication que vous m'avez daigné faire de cez pièces de Verdun et de cez notes de M"^ Rigault sur l'inscription de la TuUiana, petite fille de Victorinus, dont je vous serois à jamais bien redevable. Il fault que je déplore avec vous le malheur d'un siècle ou nous voyons de si mauvaises dispositions, qui vont esbransler la plus part des fondements plus solides de ce pauvre estât sur des subjects bien chetifs et pour crainte de desdire ou desadvoùer un homme qui estoit tenu en si peu de considération comme estoit l'autheur du livre qui a tant faict de bruict', bien marry de ne vous en pouvoir entretenir à souhaict, mais on anticipe un peu le temps qu'on m'avoit donné pour cette despesche. Vous m'en excuserez s'il vous plaict. J'ay esté infiniment aise de l'occasion que vous avez prinse d'escrire à Mg' le Car[diii]al Barberin et ne double poinct que vous ne receviez de sa part la correspondance telle que. vous pourriez attendre d'aulcun autre de sa condition, vous tenant en l'estime qu'il vous tient, et n'y eut poinct eu d'inconveniant quand vous luy auriez envoyé les notes de M'' Rigault sur son inscription parceque de vostre part il n'y avoit rien à craindre ne de la sienne aussy ; mais vous avez voulu en cela faire paroistre l'un et l'autre ce qui estoit de vostre modestie. Je l'ay donc faict moy mesmes par le courrier qui passa la matinée suyvante du soir que je les avois receiies et ne manquay pas d'y adjouster les tesmoignages que je debvois de vostre mérite et de celuy de M'' Rigault, marry de n'avoir peu m'en acquitter plus dignement. J'ay veu avec un grand plaisir ce peu que j'ay peu parcourir de l'histoire du règne de Henri VII : c'est grand daumage que l'autheur soit mort avant que finir les beaux ouvrages qu'il avoit commancez. J'attends la responce de M' Ranchin^ touchant le recueil que feu son

royaume à Matthieu de Vendosnie, abbé de numéro XV, la lettre de Jacques Dupuy du

Saint-Denis, et à Simon de Nesle, de la 39 janvier 1637.

maison de Ciermont de Beauvaisis. ( Vie de ' C'était Antoine Rancliin , conseiller du

saint Louis , par Le Nain de Tillemont , t. V, roi en ses conseils et avocat général en la

p. 1 aS. ) Cour des aides de Montpellier, mort au mois

' Le P. Santarelli, auteur du Tractatus de juin i()B'],a l'âge de soixaiite-ti-ois ans.

de hœresi, etc. — Voir à V Appendice, sous le La lettre dont parle Peiresc, et qui est con-

parent' avoit des pièces du concile et faicts plus de cas du livre de la Révision qu'il en avoit dressée puisque vous y trouvez de bonnes choses, J'avois escript à Lyon pour en recouvrer du costé de Genève, mais s'il s'en rencontre à Paris, je le payeray volontiers. Quant aux camayeulx de M"' Rubens, je tiens asseu rement qu'il les vous communiquera trez volontiers à vous, mais parceque je sçay qu'il en est véritablement fort jaloux de crainte que quelqu'un ne les contrefasse et ne le prévienne en son desseing qui est d'un peu longue haleine, il sera bon qu'en le luy demandant vous luy tesmoigniez le soing que vous aurez de ne les poinct communiquer. Que si vous ne trouvez bon de le dire vous mesmes, lorsqu'il me respondrà à ma dernière lettre, je ne luy feray pas de réplique sans luy mander vostre désir en cela et l'asseurer de vostre punctualité à ne pas manquer à la paroUe que vous luy donnerez de ne les pas laisser sortir de voz mains, voire mesmes à ne les pas laisser voir trop librement qu'à des amis bien particuliers. La barque de Rome'-* n'est pas encor arrivée tant les vents de tramontane^ ont esté en règne comme ils sont encores, mais il semble d'aujourd'huy que le temps se veuille addoucir (car vous n'avez pas estez seuls à ressentir le grand froid) et par consequant nous aurons tant plus tost les livres de Rome et spécialement celuy que je vous ay promis de M' Aieandro, et sur ce je finiray demeurant, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur-.

DE Peiresc.

D'Aix, ce 10 febvrier 1697.

servée ù Garpenli-as dans le registre V des François, un frère de leur père : il s'appe-

imnutes(fol. 4 18), porte la dateduigjan- lait, comme nous l'avons vu (lettre XXXV),

vier iGay. Je m'occuperai de ce Rancliin Guillaume Ranchin. et de son frère, François, tour à tour ëlève, ' La barque qui faisait le service postai

professeur et chancelier de l'université de entre Rome et Marseille, médecine de Montpellier, dans un des pro- ' On sait que sur la Méditerranée c'est

chains fascicules des Correspondants de Pet- le nom du vent du nord. Littré ne cite, sur

'■«■w- ce mot pris dans ce sens particuliei', qu'une

' Ce parent était un oncle d'Antoine et de phrase de Saussure.

Je vous envoyé un registre que je vous prie de ne pas monstrer, ou vous verrez que en consequance d'un règlement des pauvres M'' nostre Archevesque n'a pas voulu insister à la prétention de ses -deux derniers devantiers immédiats concernant le lieu jusques ou ils vouloient faire porter leur croix dans le palais; et par occasion j'y ay adjousté une coupple d'exemplaires de l'arrest des pauvres, dont je vous prie d'en bailler un à M' de Lomenie, si vous estimez que cela entre dans sa curiosité comme aussy un exemplaire de la proposition faicte sur le mesme subject.

M' d'Orléans vient de me renvoyer de Marseille un fagot de livres' (ju'il avoit à moy pour en avoir d'autres que je luy feray tenir. Il m'a par mesme moyen envoyé une lettre que M"" Rigaull luy escript sans datte, ou j'ay esté bien aise d'apprendre le dessein qu'a ledict S' Rigault de donner ses observations sur Tertullian ^. Je vouldrois bien qu'elles fussent desjà au jour. J'y ay aussy fort volontiers apprins que M"" Saulmaise eust quelque chose sur Pline prest à mettre sous la presse \ mais marry de voir les incommoditez qu'il a eiies de sa santé et qu'on le nous veuille enlever d'Angleterre'* ou je le plaindrois bien,. et ne sçay si tout ce qui luy sera promis luy pouri'à estre bien tenu dans les nécessitez de cet estât là aussy bien que eu celuy cy. Ledict S' d'Orléans s'est fort heureusement r'acquitté de ses pertes au jeu et travaille à l'estude ou il faict des merveilles.

J'ay retenu les testaments de M' le Gonnestable pour la prochaine foys à cause que la despesche estoit desjà trop grosse^.

' Fagot pour paquet n'est cité dans le en i6a8 (Paris, Robert Estienne, in-8°).

Dictionnaire de Littré ([u'une seule fois et ' Plinianœ Exercitationes in Caii Julii

sons le nom de M'"' de Sévigné. Solini Poli/histora , etc. (Paris, 1629, a vol.

' Jacques Dupuy écrivait à Gevaerts le in-fol.).

21 janvier i6a8 (Recueil Gachet-Rubens , * C'est-à-dire que de l'Angleterre on

p. i65) : trM. Rigault a maintenant soubs veuille l'enlever à la France. On sait que ce

la presse quelques observations sur Ter- ne fut pas l'Angleterre, mais la Hollande

lullien, avec le texte de quelques traités qui l'emporta sur la France,

corrompus qu'il a restitués sur les manu- ' Vol. 716, fol. 79. Voir à V Appendice

scripts. Quand l'ouvrage sera achevé, nous (n" XVI et XVII) deux lettres à Peii-esc: une

vous l'envoierons. T) Le recueil annoncé ( Ter- de Pierre Dupuy, du i4 février 1629;

ft///inM(0/)erM»i/iin7J, etc.) parut seulement l'autre de Jacques, du a 3 du même mois.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y, À PARIS

J'ay receu à ce matin a/i febvrier vostie gros pacquet du i 2°"= ou estoit le livre de M"" Godefroy des Mariages du Roy et de la Royne d'Espagne^ avec le Petronius et les papiers de l'an i562, ce tout fort bien conditionné, la grosseur ayant servy de passeport pour le faire venir et partir de Lyon dez le i y"*^ sans attendre au dimanche suy vant comme de couslume. J'avois receu dimanche dernier ai™*' de ce moys soubs une seulle enveloppe de Lyon du 1 6"" vostre petit pacquet du 6°"' avec un autre assez gros du 9"^, qui avoit servy à chasser le plus petit et eu par mesme moyen le livre de M' du Chesne de sa Bibliothèque des Historiens de France^, pareillement fort bien conditionné, ensemble tout plein de papiers curieux dont je vous renvoyé seulement celuy du 6 janvier selon voslre ordre, puisqu'en celuy là seul vous aviez marqué la stipulation du renvoy, ne pouvant vous rendre assez de remerciments de la continuation de voz bienfaicts et honnestetez, si surabondantes qu'il n'y a plus moyen d'espérer de vous en rendre jamais de revanche, qui ayt de la proportion avec la moindre partie de voz obligations. J'ay prins un grand plaisir aux lettres de Rome du 1 3 et 1 8 janvier et ne me puis persuader que la protection d'Aragon n'ait esté laissée ou qu'elle ne le soit bien tost,.au cas que sans y penser assez meurement, il y en eut quelque sorte d'acceptation. Cette relation du l* janvier me semble trez importante aussy bien que la suite du 2""' febvrier, et trouve une bien foible consolation dans la clause détectante * adjoustée en l'arrest du 29 janvier, et certainement vous m'avez infi-

' ThéodoreGodefroy avait publié (Paris, l'histoire de France (1618, in-û°; seconde

1627, in-i") L'ordre et cérémonies obser- édition, lôay, in-4°). eées aux mariages de France et d'Espagne. ' De detegere, découvrir. Le mot n'est

' Bibliothèque des auteurs qui ont écrit dans aucun de nos dictionnaires.

IMriiaUll KATIOIALI.

niment obligé de marquer si exactement le destail d'une telle afl'aire. Dieu veuille avoir plus de soing de nous que nous n'en avons nous mesmes dans nostre nécessité plus urgente. L'inventaire du contenu de celte première carraque eschoiiée au Gap Breton * est bien curieux et ce que vous y aviez supplée de l'autre escbouée au Gap de Buscb^ et de ce qui s'en escript de Brusselles esclaircit bien et les doubtes qui se pourroient concevoir sur ce subject et un autre chetif mémoire qu'on nous a envoyé ici du Languedoc, dont vous aurez la coppie cy jorncte, ou je ne trouve rien de plus notable que cet ordre du conseil des Indes de ne pas permettre le deschargement des carraques en Galice et de les avoir bazardées à un tel péril, plustost que de contrevenir à l'ordre, si tant est que cela soit véritable comme il est escript en ce mémoire, ce qui se vérifiera assez par succession de temps et mérite ce me semble de n'estre pas négligé. Les particularitez de la continuation du canal de la Meuse à Anvers sont bien agréables dans la lettre de M'' Rubens\ Je crois bien qu'on ne tardera pas d'en faire des plans exactement représentez. L'affliction de ces pauvres bourgeois qui ont perdu leurs deux filles d'un seul coup de pistollet si désastreux est bien digne de compassion, mais ceux qui ont fait le coup ne semblent pas si coulpables , si cela s'est faict sans dessain de viser aux fenestres. Tant y a que voila de la belle matière pour exercer le loisir de quelque gentil esprit aussy bien que l'évasion de cette nymphe irlandoise. J'ay

' Aujourd'hui commune du département des Landes, arrondissement de Dax, canton de Saint-Vincent-de-Tyi-osse. Voir dans la Reime de Béam, Navarre et Landes (livraison de janvier-mars 1 88i , p. 89-92 ) un article intitulé : Un naufrage à Capbreton en 16 fil, où j'ai publié , d'après les manuscrits de Carpentras, l'arrêt du parlement de Bordeaux relatif aux vaisseaux espagnols échoués sijr les côtes comprises entre les embouchures de l'Adour et de la Gironde.

' Aujourd'hui la Teste-de-Buch, chef-lieu

de canton du département de la Gironde, arrondissement de Bordeaux, à 5o kilomètres de celte ville et sur la rive méridionale du bassin d'Arcachou.

' On ne trouve pas dans le recueil de M. Emile Gachet la lettre oîi Rubcns entretenait les frères Dupuy du canal de la Meuse à Anvers. C'est l'occasion de citer une plaquette intitulée : Lettre au mi , De l'importance du canal que le roi d'Espagne fait tirer des rivières du Rhein et de ta Même, à Gueldres, etc. (1637, in-8°).

[1627] AUX FRÈUES DUPLY. U7

veu trez volontiers vostre catalogue de la petite bibliothèque de poètes et historiens de cette petite édition des Païs Bas, et ni'estant t'aict apporter touts ceux que mon frère avoit apportez de Paris, j'ay trouvé que i'avois tout le contenu de vostre catalogue, excepté le Silius llalicus pour les anciens. Mais du reste il me manque, oultre cez 5 traictez de Bellarmin (que je prendrois volontiers doubles et triples s'il s'en trouve à commodité plustost que de les laisser rendre au libraire), touts ces trois petits recueils de Rep[tiblica\ Roinana\ (le He])[ubUca] Veneta^ et de Rep[ublicd\ Anglomm^, car vous m'avez envoyé celuy de Rq)[uhUca] Galliae et le Petronius, et seray Irez aise qu'il vous plaise me retenir à l'advenir touts ceux qui se continueront d'imprimer en pareille forme. Je feray promptement relier le livre de M'' Godefroy pour en faire lecture le plus tost que je pourray, estimant infiniment tout ce qui part de sa main, mais je plains bien qu'il s'accoustume à faire imprimer si petit nombre d'exemplaires, car cela m'oste le moyen d'en faire part à des amys, auxquels je serois bien aise d'en pouvoir faire part, si l'imprimeur en vendoit. Je suis tousjours demeuré en arrière d'un exemplaire en blanc de sa Généalogie d'Austriche'' que j'ay bien regrettée, m'ayant faict part de celles de Portugal'^ et de Lorraine** d'une coupple d'exemplaires chascune en beau grand papier, mais de l'autre d'Austriche, j'en suis demeuré privé; c'est pourquoy, puisqu'il m'en souvient et que je vois bien qu'il ne fault pas s'attendre qu'il s'en puisse trouver

' Respubliea romana. Hoiiori wbis wlemœ P. Scriverius restitua (Lugd. Bat., ex qfficina Elzeviriana, i6a6, in-ai). Il y eut {ibid.) deux autres éditions en 1699.

" Gasparis Contareni patricii Veneti, De Hepublica Venetonim libri quinque. Itein synopsis Reip. Venetw, et alii de eadem discursus polilicl {Lugd. Bat., ex oj/tcina Elzeviriana, 1696, in-ai). M. Alphonse Willems {Les Elzevier, p. 68) fait observer que c'est la reproduction d'un traite imprime? d'abord h Paris, chez Mich. Vascosan (i5/i3, in-i°) lequel a été souvent réimprimé, et que les

Elzevier donnèrent, sous la date de 1638, deux autres éditions plus complètes du De Republica Vettelorum.

' Peiresc veut sans doute parlei' du Respubliea, sive status regni Seoliœ et lliberniœ. Diversorum autorum {Lugd. Batav. , ex officina Eheviriana, i(J97, in-ai). Les Elzevier n'ont publié aucun recueil intitulé l)e Republica Anglorum.

* De la vraije origine de la maison d'Autriche (Paris, i6a4, in-i").

' Paris, i6io, in-4".

'' Paris, 169/1 , in- 4°.

148 LETTRES DE PEIRESG [1627]

à vendre, je vous supplie de trouver moyen d'en retirer quelque exemplaire ou de luy ou de quelqu'un de ses arays , s'il s'en puell avoir, en eschange de quelque autre livre que vous pourriez achepter, car toute sorte de gents ne sont pas si curieux de ces livres là comme d'autres de plus d'usage commun. Mais soit pour cela, en cas que vous en puissiez avoir ou pour d'autres livres in h", c'est la vérité qu'il se fault contenter de les ployer et les envoyer sans les battre ne roignci-, car en les battant aprez leur arrivée on les redresse bien et s'ils sont battus une foys, le faux ply qui s'y faict aprez pour les enclorre en des pacquets ne s'efface jamais bien et le livre ne se peult jamais si proprement relier. Quant à l'Optatus Milevitanus mon relieur l'a relavé et a fort proprement effacé des macules de mouilleure qu'il y avoit de longue main (car vostre pacquet estoit fort bien venu) et me l'a relié aussy gentilment que guieres d'autres qui se relient en voz quartiers, le tout dans 26 heures pour ne pas laisser languir M'' d'Orléans'. Lequel m'escript de voir si dans le Vatican il ne s'en trouveroit pas de M. S. , de sorte que j'en escriray à M" Aleandro par le prochain ordinaire. 11 n'y auroit pas de danger que vous sondassiez un peu cez mess'' des Païs Bas pour voir s'il ne s'y en trouveroit poinct de M. S. M"" Grottius en sçaurà possible des nouvelles. Le livre de M' du Chesne de la Bibliothèque des Historiens François me faict bien désirer qu'il se voulust resouldre et voz libraires de Paris d'entreprendre une compilation de tous les historiens qui se pourroient mettre ensemble^, au moings de ceux qui ne font pas de gros volume à part, afin qu'on eust moyen de les voir touts par ordre comme avoit aultres foys entreprins M"' Labbeus'. 11 fauldroit voir de luy faire plustost donner quelque pot de vin* pour relascher ceux qu'il

' Gabriel de l'Aubespine. ^ Charles Labbe', ne' h Paris en 1682,

" Ce vœu devait être exaucd en partie mourut en celte ville en 1657. Voii- sur

quelques années plus lard, et Peiresc put, cet ërudil diverses notes dans le tome II des

avant de mourir, voir le premier volume Lettres de Jean Chapelain, p. 3. Je ne crois

de la précieuse collection intitulée : Histoi-iw [las que les biographes de Cli. Labbé aient

Francormn scriptores coœtaiii, ah gentis ori- signalé le projet qu'il avait eu de publier

giiie usqiie ad Philippi IV lempora (Paris, nos anciennes chroniques.

Séb. Gramoisy, i636-i639, 5 vol. ip-fo!.). * L'expression n'a été trouvée par Littré

avoit retirez pour tel effect de divers endroicts, afin que le public n'en demeurast pas frustré. Je n'avois pas demandé cez Voyages anglois, attendant une autre occasion d'emploitte' etBuon m'eut bien faict plus de plaisir de m'envoyer de quoy parfaire plusieurs pièces que j'ay de luy ou il manque des volumes entiers. Mais cez gentslà ne songent qu'à debitter ce qu'ils ont sans se soussier des reproches qu'ils peuvent encourir, dont ils ne se soussient guieres. Je n'ay jamais sceu obtenir de luy qu'il m'envoye par la poste à l'advance un roolle des livres qu'il me vouldroit envoyer avec la taxe de leur prix pour en laisser ce que je ne vouldrois pas : des livres qu'il m'envoya dernièrement, il s'en feroit une balle de ceux que j'avois desja, ce qui est bien importun, et Dieu veuille qu'il n'ayt encores à ce coup cy laissé le S' Basile (comme les autres foys) pour y mettre les livres anglois, dont je n'avois pas de besoing comme de l'autre, et qu'il n'ayt encores fourré dans sa balle le S' Atlianase que vous m'avez envoyé et que j'attends au premier jour. J'aurois volontiers un exemplaire de la version espagnole de l'Argenis et vouldrois bien que ce Pellicer^ eust esté plus heureux que Marcassus*

que dans des écrivains postérieurs, Hauteroche, Dancourt, Regnard, Saint-Simon.

' Pour emplette. La forme emploilte est une forme du xvi" siècle adoptée notamment par Vincent Garloix , par Bonaventure Opérices, par l'auteur du Secret des finances de France, le prétendu Froumetiteau (que l'on croit être Nicolas Barnaud), par Michel de Montaigne, etc.

' Le père Niceron (Mémoires, t. XVII, p. 297) mentionne la traduction espagnole de l'Argenis (Madrid, i6q6 , in-8°) ; il nomme l'auteur Joseph Pellicier de Salas. Voir dans la Bibliotheca nova d'Antonio un article considérable sur Pellicer (édition de Madrid, 1783, in-fol., p. 811-816). Pellicer naquit à Saragosse le qq avril 160a et mourut à Madrid le 16 décembre 1679. D'après Antonio , VHistoria de Argents y Po-

liarcho, 1° parle , parut dans le format m-k\ Ticknor a dit quelques mots de Pellicer considéré comme commentateur de Gongora [llist. de la lill. espagnole, traduite par Magnabal, t. III, 1872, p. 64).

^ Pierre de Marcassus, né à Gimont (Gers) en i58/i, mourut en décembre 1 664 à Paris, où il était avocat au parlement et professeur. Une notice complète nous manque encore sur ce littérateur, qui fut très fécond. Je me suis occupé de lui, à propos de sa traduction des Odes d'Horace, dans la Revue d'Aquitaine de 1868 (t. XII, p. 542-5/19). 11 y aurait plus de cinquante publications de Marcassus , soit en vers, soit en prose, à examiner ainsi. Pour ce qui regarde sa traduction de VArgenis (Paris, Buon, i6a5), je renverrai à l'étude déjà citée de M. Jules Dukas sur le Satyricon (p. 78).

et que cez autres qui s'en sont meslez pour le trançois'. J'ay receu une lettre de M' Tavernier du 27 janvier par un messager de pied portant qu'il a faict mouller par Sergent le seau dont vous m'escrivez et m'estonne bien qu'il ne vous ayt remis et l'original et l'empreinte comme il debvoit faire incontinant, 11 est un peu négligent, il fut imprimé en 161 5 un livre in fol. De Vilis Imperatoi'um cum effigiebus et synibolis ex numismatibus Octavii de Strada, Francofurti apud lo. Bringerum "•'. J'en ay donné sept ou huit exemplaires à de mes amys et ne m'en est pas mesmes demeuré pour moy, dont je me passerois bien , mais je suis encores si fort persécuté d'un autre qui veult que je luy en donne un, qu'il fault tascher d'en trouver quelqu'un s'il est possible. J'ay veu que voz libraires en avoient tant qu'ils ne s'en pouvoient desfaire et vous supplie de m'en faire chercher plustost en blanc que relié, mais en deifault du blanc j'en prendray bien un relié. Je suis par mesme moyen persécuté pour un autre livre in fol° d'environ mesme temps, dont j'ay oublié le tiltre preciz , mais il contient des médailles des princes modernes unius seculi, battues depuis l'an i5oo jusques en l'an 1600, imprimé aussy en Allemagne ^ J'en avois eu un exemplaire en plus beau papier que le commun, car le commun est du pire papier d'Allemagne. Je l'avois preste à M"' Tavernier, qui le monstrà à M"" Halle maistre des Comptes, lequel ne le luy voulut jamais rendre*. On m'avoit faict

' Parmi ces autres , je ne vois que Nicolas Coefleteau, évêque de Dardanie en 1617, évoque de Marseille en 1621, mort le 21 avril 1698, l'auteur de : Histoire de Poliarque et d'Argents abrégée et traduite du latin de Jean Barclay, avec le promenoir de la reine à Compiègne {Vnivis, 1621, in-8°).

- Octave de Strada , ûls de Jacques , Mantouan d'origine et vivant au xvi" siècle , avait utilisé, dans la Vie des empereurs, les nombreux dessins de son père. Voir dans le Manueldu libraire (t. V, col. 567) le titre complet d'un recueil où déjà avaient été décrites les richesses de la collection de Jacques de Strada :

Epitome du thresordes anliquilez, c'est-à-dire pourtraits des trois médailles des empereurs. . . de l'étude de Jacques de Strada. . . (Lyon, i553, in-4°.)

^ C'est l'ouvrage de Joseph-Jacques Luckil : Sylloge numismatum eleganliorum , quœ diversi imperatores , reges, principes, etc., ab aimo 1000 ad annum 1600 cudi fecemnt (Argentinae, i6ao, in-fol.).

' Un tel homme ne pouvait qu'être un fervent bibliophile. Aussi sa collection futelle célèbre. Gabriel Naudé le compte parmi les savants qui ont été le plus judicieux dans le choix de leurs livres, et le P. Jacob dé-

espérer que j'en pourrois recouvrer un autre d'aussy bon papier que le mien ce qui me fit négliger d'en acbepter un autre exemplaire du commun et maintenant je serois bien aise d'en avoir un s'il s'en trouve pour me descharger de l'importunitô qu'on me faict pour en donner un de pardeça à un homme curieux. Si vous rencontriez un livret in li° d'Alemagne intitulé Oculus, hoc est fundamentum opticum Christoph. Scheiner Societ. Jesu ', Oenopenti apud Danielem Agricolam 1619 û", vous me feriez plaisir de m'en achepter un exemplaire. Au surplus vous me ferez faveur singulière de faire mes recommandations à M'' Deodati, puis qu'il vous est allé voir et qu'il avoit autres foys agrée les offres que je luy avois faictes de mon, service. J'ay tesmoigné à M' Marchier la souvenance que vous avez de luy, lequel vous en remercie trez humblement et vous supplie de luy continuer tousjours l'honneur de voz bonnes grâces. Mon frère vient d'arriver en bonne santé, Dieu niercy, de retour de son voyage d'ieres et me promet une grande assiduité à l'advenir pour me soulager un peu, dont j'ay grand besoing. Il vous baise trez humblement les mains, attendant qu'il s'acquitte mieux de son debvoir envers vous et envers M"' du Puy vostre frère, et sur ce, n'ayant pas de nouvelles, je finiray mes importunitez pour ce coup, dont il estoit meshuy temps et vous asseureray que je suis de tout mon coeur, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

D'Aix, ce ail febvrier 1627.

Si j'avois un autre Optatus Milevitanus je l'envoyerois à Rome pour y pouvoir cotter les diverses leçons des MSS. s'il s'y en trouve au Vatican, et s'il ne s'en peult avoir de l'édition de Balduin, comme je pense

ciare que sa bibliothèque ëtait bonne et eu- plet (il n'a pas moins de dix-liuil lignes)

rieuse. de la description de Toeil due au savant

' Christophe Scheiner naquit près de astronome, dans la BiMoMc^ue rfe«ecni!am«

Mindelheim (Sonabe) en 1576 et mourut de la Compagnie de Jésus (t. III, in-fol.

à Neiss (Silésie) en i65o. Voir le titre com- col. 6o3).

qu'il seroit difficile, je me contenteray de celle de Commelin de l'an iBgg 8", mais je vouldrois s'il estoit possible l'avoir en blanc plustost que relié pour mieux proffiter les marges et vouldrois bien avoir par mesrae moyen Gesta Collationis Carthaginensis habitae Honorii Caesaris jussu inter Catholicos et Donatistas, publié par feu Papyrius Massonus^ et reimprimé par Commelin l'an iBgô 8°, qui se vend conjoinctement avec rOptatus susdict.

Si par occasion vous rencontriez quelqu'un des livres inserez au billect cy joinct, il n'y auroit pas de danger de les retenir pour moy, puisque vous daignez en prendre la peine, principalement le Clément Alexandrin f°, graec. et lat. ^, le Ptolemée^, Annales Treverorum f° et le Chronicon Wortnatiense 6" et le Simplicius in Aristotelem*. Je seroisbien aise d'avoir aussy le Ritherusius^ ad 1. XII Tabular. k°^ et une autre pièce du mesrae autheur intitulée lUS lUSTINIANEUM /i°^ ensemble tout ce que vous pourriez rencontrer de cez docteurs modernes allemans qui ont escript spécialement sur les loix de Justinian^.

^ Jean-Papire Masson, ne en i544 à Saint-Germain-Laval (Loire), mort à Paris en janvier 1 6 1 1 . Niceron dit (Mémoires, t. V, p. 195), au sujet des Gesta collationis, etc. : r C'est Papire Masson qui a donné le premier au public ( Paris, 1 589 , in-8°) les actes de cette conférence, qui ont paru ensuite avec les corrections de P. Pithou, Paris, i63i,in-8°.'i

' Opéra, gr. et lat., qiue ex tant. Dan. Heinsius textum gr. recensuit , interpretationem veterem locis infinitis vieliorem reddidit, etc. (Leyde, 1616, in-fol. )

' Probablement le Ptolémée grec et latin publié par P. Bertius (Amsterdam ,1618, in-fol.) sous ce titre : Theatri geographiw veteris tomus prior, in qm Cl. Ptolemcei geo-

graphiw lib. VIII , gr. et lat. ; grœca ad codices , etc.

'' Je ne trouve aucune édition des Commentaires de Simplicius plus récente, en ce qui regarde le grec, que i55i (Bâle, in-fol. ) , et , en ce qui regarde la traduction latine, que i564 (Venise, in-fol.).

' Conrad Rittershuys, en latin Rittershu- «iîM, jurisconsulte et philologue, naquit à Brunswick en i56o, professa le droit à Altorf et mourut dans cette ville en mai 1 61 3.

' Dodecadeltos , sive in XII Tabularum leges commentarius novus (Strasbourg, 1616).

' Jus Justinianum, sive Novellarum Justinianarum methodica expositio (Strasbourg, i6i5).

' Vol. 7i5, fol. 81.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS

Monsieur, ^'ay aujourd'huy receu fort à propos vostre despesche du 1 2°"' en temps de feriat pour avoir plus de moyen et de commodité de vous respondre et à M' vostre frère, estant bien fasché de n'avoir à présent des meilleurs moyens de satisfaire à mon debvoir que par des simples compliments que je n'ose réitérer, peur d'ofi'encer vostre modestie et bonté incomparable, mais il fauldrà attendre les occasions de nous en acquitter quelque jour, si Dieu veult que nous le puissions, et me contenteray de vous remercier trez humblement de la peine que vous prenez si volontiers pour nous et de l'importunité dont vous vous estes chargé pour l'impatiance de M' Luniaga, lequel n'avoit pas faict autres foys la difficulté qu'il a faicte à présent. En quoy il n'y a pas grand danger, puisque meshuy vous avez prins la peine de voir conter l'argent qui estoit ce que je taschois d'esviter et de faire que sur voz billets les libraires allassent eux mesmes prendre leur conte chez M"" Lumaga, comme ils ont faict autres foys, et ne sera pas de besoing que vous en bailliez au S' Tavernier, parceque j'y pourvoiray d'ailleurs, si tost que j'auray ce qu'il m'a envoyé avec l'Athanase afin que je puisse soulder son conte entièrement. Il ne manquera pas de quoy employer ce peu qui vous restera aprez le payement de l'Athanase et de cez autres livres que j'ay demandez à M"' vostre frère, principalement [si] la foire de Pasques apporte rien de curieux, et mesmes les coppistes en prendront bien leur bonne part, puis que vous trouvez bon de leur laisser transcrire ce que je vous ay demandé, en quoy certainement vous m'obligez beaucoup. C'est la vérité que l'eminance des noms de

iurniHEiiie HinoifiLc.

i'HospitaP, de Pybrac^ et de la Guesle ^ avoient frappé mon oreille et meu ma curiosité et bien que possible leur ouvrage n'y responde pas assez, je ne laisray pas de voir trez volontiers leurs sentiments; mais si entre les autres de moindre nom soit anciens ou modernes il y a quelque pièce que vous jugiez bonne par dessus le commun sur cette matière, vous m'obligerez beaucoup de me la faire transcrire par mesme moyen, soit par Quentin ou par autre de mesme profession. J'attends encore avec impatiance la responce de M' Ranchin touchant les recueils de feu son parent et ne fauldray pas de vous communiquer tout ce que j'en pourray apprendre. Mais quelqu'un m'a dict que le médecin ** a tout gospillé^ et tout vendu, dont je serois bien marry. On travaille à l'extrait des registres du concile et espère que vous en demeurerez satisfaict. J'y ferai adjouster les attestations qui y sont authentiques sçavoir en l'un des volumes (qui est celuy des décrets canoniques) celle des cardinaulx qui estoient présidants du Concile et furent depuis papes, et en l'autre celle des deux notables prélats dudicl concile, qui est le volume des actes ou sont insérées les bulles que je faicts mettre ad longum, parceque je les feray collationner au bout et signer eu forme probante. On m'a donné quelque vent*" de certaines pièces des conciles

' Michel de l'Hospital, né à Aigueperse, eu Auvergne , vers 1 5o5 , mourut le 1 3 mars 1573. Maître des requêtes en i553, il fut premier pre'sident de la Chambre des comptes en i55i et chancelier de France de mars i56o à février iSyS. Voir le plus récent et le meilleur des livres dont il a été l'objet : Michel de l'Hospital avant son éléoalion au poste de chancelier de France, par F. Dupré-Lasalc (Paris, 1876, in-8°).

" Guy du Faur de Pibrac naquit en 1699, à Toulouse, et mourut le 97 mai i584, à Paris. On sait qu'il représenta la France au concile de Trente en 1 5 6 2 . Voir Vie de Guy du Faur de Pibrac, par Guillaume Coilctet de l'Académie française, publiée avec notes et appendices (Pai'is, 1871, in-8°).

^ Jean de la Guesie, mort en i588, fut premier président du parlement de Bourgogne, avant d'être procureur général au parlement de Paris (1670). Il ne faut pas le confondre avec son lils , Jacques de la Guesie , qui lui succéda dans la charge de procureur général et qui mourut en 1619.

* François Ranchin, qui, comme nous l'avons déjà vu , était le frère d'Antoine Ranchin, et qui, né en 1060, était étudiant en la faculté de Montpellier en 1087 et y devint ensuite professeur et chancelier.

* Du provençal guespilkr, gaspiller, mettre en désordre, perdre sans profil. La forme gaspiller n'a pas été citée par les lexicographes.

' Sous la locution avoir vent de quelque

de Basle ' et de Constance ^ que je ne vous celeray pas si je les puis arracher des mains de ceux qui les ont, à quoy je travaille, et n'oublieray pas les pièces cotlées régnante projiiieta Jesu, mais il me fault fouiller dans des papiers que je n'ay maniez d'une vintaine d'années. H est vray que par mesme moyen j'espère bien d'y trouver de choses encores meilleures pour la curiosité de M' de Lomenie et pour la vostre. A quoy je me resoubs de travailler bien tost puisque mon frère se'resoult aussy de revenir planter bourdon icy^ dezhorsmais à bon essiant" pour me soulager des autres interruptions tandisque je desrobberay du palais quelque journée pour cela. Je regrette infiniment la mort de M' Calel, sur qui j'eusse possible eu plus de crédit que sur son héritier^, mais je suis pourtant résolu de tenter ce qui se pourra espérer du Pline de feu M"" Pellissier^ et vouldrois pouvoir rendre ce service à M' Rigault et d'autres meilleurs. Que s'il se resolvoit de Iravailler dez à présent sur cet autheur ce seroit un grand coup d'espei-on envers cez messieurs pour extorquer leur consentement, car si ce n'est pour

chose, Littrë n'a cilé que des écrivains postérieurs , le cardinal de Retz , La Fontaine . Thomas Corneille, Hamilton, Le Sage.

' Le concile de Bâle se tint de li-'ii à i443.

' Le concile de Constance se tint de 1 4 1 4 à i4i8.

^ S'arrêter. L'expression planter le bourdon a élé citée dans le Dictionnaire de Littré d'après un texte du xvi" siècle , les Mémoires de Vieilleville rédigés par Vincent Garldix.

* C'est-h-dire après mûre réflexion, eu toute connaissance de cause.

' L'héritier de Guillaume de Catel était M. de Puymisson, conseiller au parlement de Toulouse. Il est plusieurs fois question de lui dans les lettres de Peiresc, notamment dans une de ses lettres les plus intél'essanles adressée (octobre 1 63 1 ) au poèteavocat de Toulouse Abbatia et relative aux

manuscrits de Catel. On a un recueil intitulé : Ptaidoycz de M. Jacques de Puymisson , ad~ vocat au parlement de Tolose (A Tolose, Colomiès, iGi2, in-8°).

' Guillaume Pellicier, né, vers 1^90, dans le bourg de Maitgnio, près de Montpellier, fut évêque de Maguelone on 1&27 (le siège épiscopal fut transporté h Montpellier en i536). Le savant |)rélat devint ambassadeur h Venise en i53g et mourut, le 95 janvier i568, au château de Montfen-and. Voir La Diplomatie française vers le milieu du xri' siècle d'après la correspondance de Guillaume Pellicier, évêque de Montpellier, ambassadeur de François 1" à Venise ( / 53 1)i5âa), par Jean Zeller( Paris, i88i,in-8''). M. Zeller y parle des travaux de Pellicier sm- Plinc (p. 87-38) et rappelle, en c<;tte dernière page , que , d'après Tournefort , r Peiresc possédait le travail de Pellicier».

156 LETTRES DE PEIRESG [1627]

mettre bien tost l'ouvrage en lumière, je pense qu'il y aurè peine de rien advancer sur eux. Voyez s'il trouveroit bon d'en escrire une lettre à quelqu'un de ses amys, laquelle me peust servir d'honneste prétexte et fondement pour presser cez messieurs de se prevalloir de cette occasion et de la bonne volonté et disposition présente de M' Rigault pour en ayder le public et reserver nommément à feu M' Gattel qui y avoit travaillé (je veux dire celuy qui avoit esté à Rome) ' quelque part de l'honneur qui luy en pouvoit estre deub par la postérité; et apprez qu'aurons donné les premières attaintes, nous essayerons de faire joiier de plus puissants ressorts pour leur faire tomber les armes des mains, sellon la disposition que nous trouverons de leur part, m'asseurant qu'en un besoing M' nostre Archevesque fera donner la plus grosse canonade du temps ^, mais il fault que cela se fasse sans bruit, car les meilleures affaires du monde se gastent quand elles sont esvantées*. Cependant je vous remercie bien fort des lettres concernant le concile dont vous m'avez voulu faire part et spécialement de l'instruction du 6 septembre i562, que j'estime pour estre plus authentique que la version latine qu'on en avoit publiée. Madame de Rouan* estoit attendue cez jours passez à Nisnies, ou l'on a quelque allarme du bruict de la veniie du Roy à Lyon^ et des changements qui ont esté faicts en Dauphiné, mais de mes amys de ce païs là me mandent qu'ils n'estiment pas que cez peuples ayent aulcune disposition à entendre à nouvelles brouilleries °, si ce n'est que le Roy voulust presser les villes hu-

' Il y a donc eu deux érudits du nom de Gatel : le magistrat-hisloi-ien et un autre Catel, Paul, son frère, qui avait voyagé en Italie et qui avait été nommé protonotaire apostolique et citoyen romain.

' Faisons remarquer le grand nombre d'expressions métaphoriques employées par Peiresc en celte lettre, le coup d'éperon, le jeu des plus puissants ressorts , les artnes qui tombent des mains , enfin la grosse canonade que devait faire donner l'archevêque Alphonse de Richeheu.

^ Phrase qui mérite de devenir proverbiale.

' Mai'guerite de Béthune , fille de Sully, mariée, le a 3 février i6o5, au duc Henri de Rohan, morte le ao septembre i6/i6.

Voir l'Historiette de Tallemant des Réaux sur Mesdames de Rohan (t. HI, p. 4 10-^71).

' Louis XIII ne vint pas à Lyon : son seul grand voyage en l'année 1627 fut le voyage de la Rochelle (octobre).

° Les nouvelles brouilleries ne tardèrent pas. Le duc de Rohan donna le signal de

guenottes, y ayant une trez grande foiblesse entr'eux, mais si on les pressoit, la nécessité les portcroit à des conseils désespérez et les mésintelligences d'Angleterre pourroient bien y coopérer beaucoup. Dieu nous veuille garder d'entrer en guerres civiles pendant les mauvaises dispositions de la Cour, dont les gents de bien doivent bien déplorer Testât et sur ce voeu je finiray demeurant, Monsieur,

vostre trez humble et fidèle serviteur, DE Peiresc.

Aix, ce a4 febvrier 1627 '.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur, Je receus avant hier vostre despesche du 19"" expédiée à Lyon extraordinairement le mercredy 2/1'"'= à cause de la grosseur du livre de Barnesius'^ du Gallet^ et autres qui l'accompagnoient, dont je vous remercie trez humblement, comme aussy de la lettre de Neufchastel et de la sentence du présidant de Metz, que je trouve bien notables, et des advis de Londres, Brusseles et Saintonge, qui viennent toutes de si bonnes mains qu'il y a certainement un grand plaisir de les voir, mais je regrette vostre peine et vouldrois bien que vous eussiez faict chercher quelque escoHier, de ceux qui sont aux collèges de Boissy* ou autres

l'insurrection en Languedoc dès le mois de ' S'agit-il ih de Galietli, auteur d'un

septembre suivant. poème italien en cinq chants qui parut à

' Vol. 716, fol. 84. — Voir à ÏAp- Rome en lôg/i, petit in-8°?

pendice (n° XVIII) une lettre de Dupuy ' Le collège de Boissy, fondé, au moyen

à Peiresc, du 1" mars 1697, et n° XIX, âge, par Godefroy de Boissy et son neveu

un billet du même au même, portant la Etienne de Boissy, occupait la maison qui

même date, et qui est un post-scriptum. porte dans la rue Suger les n°' 3 et 5. Voir

' Jean Barnes. sur cet établissement : Abrégé chronologique

voisins pour vous en soulager, car ils seroient là aux heures ou en un besoing pourroient aller escrire chez ces messieurs qui vous font part des originaux, que j'entends par mon frère estre logez assez prez de vous, n'ayant nommé Quentin que sur l'opinion que j'avois que l'ayant employé assez longuement comme j'ay faict, il se rendroit plus facile à vous voir souvent et à s'accommoder 5 voz heures , et possible que s'il estoit employé en ouvrage de plus longue haleine, il pourroit bien s'aller loger exprez en quelqu'un de cez collèges voisins. Les lettres que je vous avois escriltes du lo du passé estoient allées par un courrier extraordinaire, qui fut dans deux jours d'icy à Lyon pour y arriver à temps avant le partement de l'ordinaire du vendredy i 2""^, car hors de ces commoditez là les lettres demeurent sept ou 8 jours d'icy à Lyon ou de Lyon icy, mais cez commoditez sont fort rares. Si les estats se tiennent tandis que M"" l'Archevesque est icy, je pense que nous ferons establir un ordinaire toutes les semaines d'icy à Lyon et de là icy, qui seroit une grande commodité, nous n'aurions jamais de lettres plus vieilles de six ou sept jours, car on escriroit au temps précis des jours des despesches. Pour respondre à vostre lettre j'ay prins grand plaisir d'entendre que le S' Deodati ayt eu tant de satisfaction en son voyage d'Italie et en ses conferances , ou je ne doubte poinct qu'il n'ay t apprins des singularitez d'importance. Un matin il en pourroit bien faire quelque relation, de l'humeur dont il me semble estre; mais pour le raoings seroit-il bien à propos d'avoir un peu d'instruction des dessains du Gaiileo ^ qu'il a déjà laissé voir au jour, car les matières sur lesquelles il s'exerce sont bien des plus curieuses que la nature et l'art nous puissent fournir. Un liégeois nommé Godofredus Vendelinus^, que nous avons

de la fondation et histoire du collège de Boissxj, avait été un des meilleurs amis de Ga-

avec la généalogie de la famille de ses fonda- lilée.

teurs [par Guillaume Hodey et Henri Vas- ^ Godefroid Wendelin, né le 6 juin i58o

soult], 172/1, in-fol. — On peut encore con- à Herck-la-Ville (province de Limbourg).

sullev \e Dictionnaire de la ville de Pai-is et de mourut, en 1660, doyen du chapitre de

ses environs, par Hurlaut et Magny (t. H, Rothnac, laissant, comme dit VVeiss [Bio-

Paris, 1779, p. 45o et suiv.). graphie universelle), tla réputation d'un es-

' Nous avons déjk vu qu'Élie Diodati prit universel»; M. Charles Rueleas, con-

autres foys veu en ce pais icy' et qui est maintenant chez M' Gevartias à Anvers^, a mis au jour un petit Iraicté de ohliqtiitate solis, in U° Anvers 1627 ^, ou il y a bien quelque chose qui peult aulcunement servir aux curieux, mais il promet des merveilles en autres ouvrages. Entr'autres un traicté de l'époque du déluge '', oii il trouve des concurrances et rencontres admirables. Il a desdié son livret intitulé LOXIAS à Monsignor Bagni nonce en Flandres, qui s'en vient à présent nonce en France. Vous ne sçauriez croire combien cet homme là a travaillé à la lecture des bons livres et combien sa mémoire est prodigieuse. Il a des conceptions bien hardies et sur lesquelles je m'asseure que prou de gents trouveront à redire. C'est M' Gevartius qui m'a envoyé ce livret ou il promet les autres, et pense que pour la chronologie cet homme là est cappable de faire de belles observations avec la patiance qu'il a, d'examiner exactement toutes les époques plus notables. Je pense que feu M"' Scaliger eust congneu volontiers ce personnage, et qu'il se seroit

servateur des manuscrits de la IJibliolhèque i-oyale de Bruxelles, prépare un travail considërable sur le célèbre astronome et sur sa correspondance inédite.

' Wendelin fut pendant quelque temps professeur au collège de Digne (voir Bougerel, Vie de Pierre Gassendi, p. !i et 5). Gassendi, qui fut son correspondant et son ami, a rappelé {Liber V, à l'année i636, p. A67) que ce savant et sagace personnage {doctiis sagaxque) avait été, pendant son séjour en Provence, cher à Peiresc, dum juoentutem in Provincia exigeret, Peireskio chants. Peiresc ne vit pas seulement Wendelin h Digne de i6oi à i6o4, mais il put encore le voir, de i6oià 1619, h Forcalquier, où ce savant était secrétaire et précepteur chez André Arnaud, l'auteur des Joei, volume publié h Paris en 1601 (in- 1 a ) et réimprimé en 1 6o5 , h Avignon.

' Gevaerts, dont il a été question dans la lettre III, du 6 décembre 16a 3.

' Loxia, seu de obliquitate solis diatriba , etc. Wciss donne h ce traité la date de i6a6 et ajoute : ftL'autour en préparait, en i644, une édition corrigée et augmentée qu'il avait l'intention de dédier aux magistrats de Marseille; mais elle n'a point paru.n

' Wendelin a laissé plusieurs ouvrages manuscrits sur la chronologie et sur l'asti-onomie. M. Ch. Ruelens a bien voulu m'apprend re qu'il a eu la bonne fortune de trouver le seul exemplaire connu d'un ouvrage auquel Wendelin travailla toute sa vie et dont il est souvent question dans ses lettres, son Diluvium ou théorie physicjue de la terre. Il n'en a été imprimé que i38 pages in-4°. Ce n'est pas la seule indication que je doive au très savant et très obligeant conservateur des manuscrits de la Bibliothèque royale de Bruxelles, car je puis déclarer avec reconnaissance que je ne l'ai jamais consulta sans profit.

bien servy de luy'. J'ay cez libvres que vous cottez de Snellius de cometis et cyclomelrica'^, mais je parle d'une autre pièce qu'il intitule, se dict-on, ERATOSTHENES BATAVUS. Je m'estonne que la figure de ce canal du Rhein ne soit desja imprimée veu l'inclination des gens du pais ou l'on y travaille de faire incontinant voir au jour les images de tout ce qui s'y faict en public, qui soit tant soit peu remarquable, et ay peine de me persuader que dans la dernière pièce du Mercurius Gallobelgicus*, il n'y en ait eu quelque griffonnement*, pour le moins suis-je bien asseuré que s'il n'a esté faict à la foire automnale^, il le sera sans doubte à celle cy de Pasques prochaines, et quand ce ne seroit que pour cela, j'achepterois volontiers ce qui sera sorty à la suitte dudict Mercure, tant de cette foire que de la précédante. Tavernier a eu grand tort de ne r'apporter incontinant la pièce que vous luy aviez confiée, je luy en escrivis bien serré par la dernière despecbe, et tascheray d'escrire à Buon par la première pour luy deffendre de me rien envoyer sans vous avoir communiqué, et le ferois à cette heure, sans que désire donner un coup d'oeil aux livres qu'il m'a envoyez pour luy

' Peiresc a surtout ici en vue Scaliger, auteur de l"adinirabie livre De emendatione temporum.

' Peiresc veut parier de deux traites différents : Descriplio comelœ qui, anno 1618 , même novembri, primutn effulsit (Leyde, 1619, in-4°) et Cyclometricus seu de circuit dimensione (Leyde, 1691, in-4°).

' Le Mercurius Gallo- Belgicus est une compilation historique qui paraissait en Allemagne dès 1606. Le titre du recueil fut d'abord celui-ci : Annalium sive commentariorum de bello gallo-belgico . . . auctore Gaspare Em. Coloniœ. Le tome III porte déjà le titre de Mercurius Gallo-Belgicus. Les trois premiers tomes comprennent le récit des événements accomplis depuis i569 jusqu'en 1606. On connaît un autre recueil intitulé : Mercurius gallo-helgicus sivererum in Ga/tia et

Belgio potissimum , Ungaria etc. ab anno 1 588 usquead 1 6 1 5 gestanim , auctore P. M. Jansomo (Cologne, lôii-iôaô, i3 vol.). Mentionnons enfin un autre Mercurius Gallo-Belgicus, publié à Francfort de 1690 à i634 en 1 9 volumes. C'est à l'imitation du Mercurius Gallo-Belgicus de 1606 que l'on publia leMe/'cure François (Paris, 161 i-i6/i3, 95 vol. in-8°).

'' Peiresc emploie souvent dans sa correspondance le mot grijjfonnement pour dessin , croquis. C'est, de nos jours, un terme de beaux-arts qui s'applique à une légère ébauche, à un petit modèle de terre ou de cire.

' Littré n'a cité sous le mot Automnal que deux écrivains, l'un et l'autre du xvi' siècle, Rabelais et Ambroise Paré.

faire plainte des imperfections qui y sont de volumes entiers, non seulement à ce qui est de mon compte, mais aussy à ce qui est du comte d'un de mes amys, pour qui je luy avois envoyé demander une balle de livres. Cez gents ne sont exactes qu'à faire leur conte \ mais du reste ils n'ont pudeur quelconque. Au reste j'ai envoyé à Rome l'exemplaire que vous m'aviez envoyé de la Bibliothèque historiale^ de France de M' du Ghesne à faulte d'autre chose, c'est pourquoy je vous prie de me renvoyer par la voye ordinaire de la poste l'autre exemplaire que vous aviez réservé, car je n'eus pas moyen de voir que bien couramment celuy que j'avois receu, et y trouvay en passant mentionné un libvre de l'année dernière 1626 intitulé Amedaeus Pacificus de Cramoisy 8°^, que je pense pouvoir estre de quelque receple, s'il vient de bonne main. Vous m'en pourriez envoyer un exemplaire par la poste pour servir d'esperon. Mais pour cez petits livrets de colleporteurs pour vous soulager de la peine d'en faire de ramas, le S. Tavernier en retient un de chasque sorte indifferement pour un conseiller de nostre compagnie. Il pourroit vous monstrer une foys la semaine ce qu'il en ramasse et vous luy cotteriez ceux qu'il pourroit aussy prendre doubles, pour moy, dont il me tiendroit compte, car de prendre tout il n'en vaultpas la peine. Il fera je m'asseure volontiers cela pour l'amour de moy, principalement à cette heure qu'il sera desbarrassé de sa foire S* Germain. Un de mes amys de Grenoble m'a offert de m'envoyer le catalogue de Bouvière*, dont vous me parlez; je l'ay prins au mot et par mesme moyen pourrois bien establir quelque correspondance de livres avecledict Bouvière, sans donner cette peine à M"' Godefroy, qui est si occupé en meilleurs entretiens, si ce n'est que M"" de Cordes^

' Voila, dans trois lignes , trois manières avait ddjh paru à Turin, en 16a 4, in-li°.

diflerentos d'écrire le mot compte. Voir Bibliothèque des écrivains de la Compa-

^ Littré rappelle que le mot est usitd seu- gnie de Jésus (t. II, in-fol. col. i345). lemeiit dans ce titre d'ouvrage : le Miroir * Un libraire dont il sera reparlé dans la

historial de Vincent de Beauvais , et il ne suite de cette correspondance, donne qu'un autre exemple de l'emploi du ' Jean de Cordes, abbé de Mausac, na-

mot, tiré des Essais de Montaigne. quit à Limoges en 1670 et mourut à Paris

^ Cet ouvrage du père Pierre Monod en lôia. Ce fut un des plus fervents biblio- I. ai

mrRlMBllt KATIOIALB.

me voulust faire part de la correspondance qu'il y a prinse, car s'imprimant comme il faict d'ordinaire en ce lieu là une infinité de livres, il y en a souvent de bons qui meriteroient qu'on priast les imprimeurs d'en tirer quelque exemplaire en bon papier, attendu que le papier ordinaire y est si chetif, et ce seroit le seing principal que je vouldrois donner à celuy qui vouldroit prendre cette correspondance et de m'advertir de ce qui s'y imprime pour y choisir ce qui seroit de mon goust. Or, je ferois scrupule de laisser celte peine à M' Godefroy. Pour des nouvelles nous ne sçaurions vous en fournir de deçà, le païs ne portant pas de tels fruits, que bien rarement; et je ne sçaurois vous rendre assez de remercimcnts des vostres. Mais j'ay grande honte de la peine que ce vous est, laquelle je supporterois neantmoings fort patiement, puisque vous vous y plaisez, pourveu que du restant des autres papiers il vouspleust vous descharger sur quelque coppiste, vous asseurant que je ne m'en tiendrois pas moings vostre redevable pour tout cela, et qu'en toute façon je seray tout le temps de ma vie. Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.

D'Aix, ce 5 mars 1627.

Cette depesche a esté retardée icy bien longtemps à mon grand re-

philes du xvii' siècle, et sa collection, qui était célèbre, fut cataloguée par Gabriel Naudé , qui mit en tété du catalogue Johannis Cordesii elogium (Paris, i643, in-4°). Naudé a rappelé dans le Mascurat (p. 253) que rrla bibliothèque du sieur des Cordes, chanoine de Limoges , a servi de base et de fondement à celle du cardinal Mazarin ■». Le père L. Jacob a dit de Jean de Cordes qu'il était ffun autre Varron dans la recherche des bons livres 1. Voir encore, sur les livres réunis par l'abbé de Cordes , la lettre de Guy Patin du igjuin i643 au docteur Belin (il signale là un nombre presque infini d'ouvrages

d'histoire); la lettre du 19 août de la même année au même docteur (oîi l'on voit que le cardinal Mazarin avait acheté 92,000 francs la bibliothèque du bibliophile limousin, ce qui met les volumes, — il y en avait, dit-on, 6,000, — à près de 4 francs d'alors en moyenne) ; enfin une lettre du 19 juin i643 à Charles Spon, où l'on trouve à la fin l'éloge du collectioimeur et de la collection. Citons, de plus, sur Jean de Cordes et ses livres, la Biographie des hommes illustres de l'ancienne province du Limousin, par Auguste Du Boys et l'abbé Arbellot(t. I, i85/i, p. lii-i/iy).

gret, mais possible en ira elle tant plus viste, car elle va par un courrier extraordinaire d'icy à Lyon. Cependant nous avons receu la vostre du 2 3™* et par consequant le livre du S' Savot, ou je pensois trouver des figures de belles médailles et quelque chose de bien plus curieux. 11 s'est assez bien conservé, mais s'il n'eust esté battu je crois qu'il en eust mieux vallu, et s'il estoit trop gros on l'eust peu mettre en deux foys. Tant y a que je vous remercie bien humblement de voz nouvelles et de celles de Brusseles, comme faict mon frère qui se va remettre en train d'escrire et pour luy et pour moy, à ce qu'il me promet. J'ay bien de l'obligation à M' Priandi de la souvenance qu'il a eue de moy pour cette histoire de Possevin.

Ce 8 mars au soir 1627 '.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS

Monsieur, A l'ouverture de vostre lettre du 1 8 que je l'eceus plus tost que de coustume, je fus touché de beaucoup de regret ayant trouvé tout au commancement que vous ressentez bien encores de fincommodité de vostre oeuil. Je prie à Dieu qu'il vous en dellivre et qu'il accomplisse voz voeux et ceux de tous voz meilleurs amys, estant bien asseuré que s'ils sont exhaulcez, vous serez bien tost remis en parfaicte santé, et promeu à femploy que mérite vostre sureminante vertu ^. Jesuismarry que les notes de M' Rigault sur le Tertullian ne soient en estât d'estre veûes aussytost que je le desirois. Il feu fault un peu solliciter, car autrement les divertissements' du palais luy feront négliger cet ou-

' Vol. 716, fol. 98. Voir à ['Appendice, ' L'emploi de conseiller au parlement de

n° XX, une lellre de Jacques Dupiiy à Pei- Paris.

resc, du 8 mars 1697, et n" XXI, une lettre de ' Divertir est pris ici dans le sens de dé- Pierre Dupuy, du 1 5 mars de la même année. tourner.

vrage et en reculeront longuement l'utilité que le public en doibt ressentir. Mais j'ay prins un plaisir que je ne vous sçaurois exprimer de voir la desduction qu'il vous a pieu me faire de tant de beaux ouvrages que vous avez autres foys rédigez par escript, trouvant en chascun d'iceux toutes les considérations qui en peuvent rendre le subject recommandable, croyant que vous les avez traictez à vostre accoustumée, c'est à dire le plus exactement et judicieusement qu'on pourroit désirera Et vous puis dire ingeniiement et sans mentir que si ma santé et les affaires domestiques me lepouvoient permettre, cela seroit plus cappable que toute autre chose de me faire entreprendre un voyage à la Cour pour avoir le bien de vous revoir et de voir quelque chose en vostre présence dans chascune de cez rares pièces. Principalement en celle du schisme par la liaison qu'elle peult avoir avec l'histoire de cette province particulière 2, et en celle de la pragmatique qui semble avoir encores quelque dépendance de ce costé là, mais le hault goust seroit bien en celle des mignons^, qui convient si bien à la mode courante, en quoy il y a bien à craindre et à déplorer. Tant y a que pour le présent celle que j'aurois plus de besoing de voir seroit celle où vous montrez que le concile de Trente ne doibt pas estre publié en ce royaulme, parce qu'elle peult faire bonne opération présentement, sur ce qui m'a occasionné de vous demander les inventaires que je vous ay demandez de ce qui se trouvoit sur ce subject, qui est que sur les frequantes contrevantions aux ordonnances des mariages clandestins, s'estant proposé ennostre compagnie d'y chercher quelque nouveau remède qui peust servir à l'advenir non seulement par devant les officiers du Roy, mais aussy par devant les juges d'église, attendu qu'ils demeuroient tousjours les juges naturels de foedere matrimonu,

' Voir dans la Bibliollièque historique de ce titre : Histoire générale du schisme qui a

la France (t. V, à la Table, p. 5o3) la très été daiis l'Eglise, depuis l'an i3j8 Jusqu'en

longue liste des ouvrages imprimés ou ma- liaS , les Papes tenant le siège en Avignon

nuscrits de Pierre Dapuy. (Paris, i654, in-4°).

' L'ouvrage devait être publié après la ' Ce mot en chiffre.

mort de l'auteur, par son frère Jacques, sous

et qu'ils ne faisoient pas difTicultt'î de se tenir dans les maximes du droit ancien qui portent que nuptias comenstis Jack non concubilus (à quoy ils adjoustent encores) nec snhmnilas, j'eus charge d'en conférer soubs main avec M'' nostre Archevesque, lequel je trouvois fort disposé d'y contribuer de sa part tout ce qui seroit de son pouvoir, afin d'empescher de si grands desordres qui se commettent journellement et tant de désolations de pauvres pères, qui voyent leurs enfants ravis indignement sans y pouvoir apporter d'autres remèdes que des vengeances qui leur portent le coutteau dans leurs propres entrailles, en ruinant leurs enfants pour ne s'eslre sceu conduire. Il en voulut donc conférer avec quelques persones ecclésiastiques de son chappitre et autres pour voir les ouvertures qui luy pourroient estre faictes, la pluspart desquels et principalement son théologal se portèrent à luy dire affirmativement que le seul remède estoit la publication de l'article du concile de Trente rendu sur cette matière, ainsin qu'il a esté, disent ils, publié en l'église et province de Thoulouse, attendu, disent ils, que par ledict concile il a esté au pouvoir de l'église assemblée d'altérer ce que bon luy a semblé à la matière du mariage et la forme qui consistoit en un contract ou acte de consentemeut qu'elle a peu restreindre dans la sollennité de la présence du curé et trois tesmoings. Mais que par le mesme décret il est porté qu'il n'aura poinct de lieu que 3o jours aprez la publication qui en sera faicte au prosne, d'où ils infèrent que tant que la publication n'en est poinct faicte en chasque paroisse on demeure dans le droict ancien (voire, disent ils, qu'ils estiment que cette clause est une tacite validation des mariages faits selon le droit ancien, bien que clandestinement, partout ou le décret n'est publié, comme chose résolue par le Concile et comprinse soubs les canons d'anatheme contre tout ce qui tient autrement), selon lequel droict ancien le simple contentement operoit le mariage et à leur advis l'opère encores. Sur quoy M"" nostre Archevesque n'a pas estimé à propos de se départir de leurs sentiments sans meure délibération, qui est la cause que je vous supplie trez instamment de me vouloir faire part de tout ce que vous pourrez avoir sur ce subject.

je voeux dire pour ce qui est de ia difficulté des mariages clandestins, et de ce qui s'est faict sur ce décret du Concile, mesmes si vous en avez touché quelque chose dans vostre discours, je vous supplie de faire transcrire tout ce que vous y en avez mis, et s'il ne vous est trop à charge de me faire transcrire la pièce entière, vous nous obligerez grandement, voire quelque autre de niesme subject tendentes à empescher la publication du Concile pour mieux vaincre l'esprit de cez messieurs et leur faire cognoistre la consequance, quelque fruict qui se puisse attendre de la publication de ce décret tout seul. On leur avoit proposé de convoquer un concile ou synode provincial pour y faire un décret tout pareil à celui de Trente, que la cour de parlement eust volontiers faict valloir tout aultant que celuy de Trente dans son ressort, mais ils y répugnent un peu et je serois bien aise d'avoir vostre advis particulier sur cette proposition et de quelqu'un de voz amys de Sorbonne. Ce qui m'avoit faict désirer les advis du chancellier de l'Hospital, des S" de Pybrac, de laGuesles et autres de si grand nom, estoit pour alléguer des gents de plus d'authorité, mais je ne verray pas moins volontiers les autres de moindre nom ne leurs pièces, pour estre imparfectes, quand ce ne seroit que pour voir ce qui estoit de leurs voeux et suffrages sur cette difficulté de la publication du Concile.

La fin de mon papier et l'heure tarde me font finir, ce qui ne sera pas sans vous renouveller les tesmoignages des obligations insignes que je vous ay, qui me feront estre à jamais.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

Je soulois donner à Quentin et à cez autres coppistes 5o s[ols] la main ou un escu en quarts et par foys k Ib. [livres] la main à ceux qui escrivoient plus nettement. Je me serts de papier marqué au Pot et leur faicts laisser belle marge en dehors à cause de la roigneure quand on relie les cahiers, et en fonds je n'y laisse qu'un petit doigt; mais

vous pouvez changer et le prix et la forme et la persone des coppistes comme bon vous semblera ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, Je receus Dimanche passé vostre lettre du i Mars avec les livres et papiers qui y estoient joincts, bien conditionnez, et maintenant je viens de recevoir l'autre du 8"'' avec le livre de l'ËIephant que je vous renvoyeray bientost^, Dieu aydant, celuy de Ranchin et autres bien curieux dont je ne manqueray pas aussy de vous renvoyer les lettres de l'arclievesque de Lyon ^, n'ayant encor eu moyen d'y jetter les ieux. 11 ne s'est point faict de depesche en cour de toute la semaine passée à mon grand regret, combien que je n'eusse pas eu moyen de m'acquilter guieres bien de mon debvoir, car j'estois fort embarrassé de procez entr'autres d'un qui pesoit plus que moy de gents du costé des Pyrénées, dont Dieu me fit la grâce de me délivrer hier, mais pour le moins vous eusse je faict un mot pour vous oster de peine la réception de voz lettres. Mon frère s'estoit chargé de vous escrire durant le restant de ce caresme pour me descharger d'aultant, ainsin que vous aurez peu voir par noz dernières du g""" de ce nioys, mais il a eu sur les bras la sollicitation d'un procez, qui ne luy en a laissé guieres de loisir, seulement fit-il un mot à M' de Lomenie par un messager de Lyon pour accuser la réception de voz lettres du a 3 du passé et t du présent et print à cette sollicitation une si forte coqueruche* ou rhume qu'il en a eu la fiebvre quelques jours et une defluxion, laquelle ne

' Vol. 71 G, fol. 90. ' Le mol qiie Peirescëcrit cofpteniche est

' Le livre de Pierre Gilles déjh mentionné. écrit coqueluche par Monstrelet, par d'.Au-

' Le nouvel archevêque de Lyon, Charles bigné, par Ambroise Pai-é, par Etienne

Miron. Pasquier, etc.

luy a nullement permis de satisfaire à ce debvoir, de sorte que l'un et l'autre sommes demeurez en de bien grands arrérages, qui nous. constituent en grande honte; mais il se porte un peu mieux, grâces à Dieu, et je n'ay plus de subjettion au palais que pour cette semaine, espérant que durant les deux suyvantes j'auray meilleur moyen de m'en acquitter et de vous entretenir. Dieu aydant. Or pour respondre à toutes voz belles lettres, je commanceray par la plus fraische du 8 comme celle que je viens de lire plus fraischement, et aprez vous avoir trez humblement remercié des dicts livres et papiers qui y estoient joincts, attendant d'en lisre quelque chose (car je n'ay faict que courir sur les tiltres qui m'en font bien approuver le choix, mesmes de cette Histoire de Montauban, dont je vouldrois bien sçavoir l'autheur, si vous l'apprenez), je vous diray que j'ai trouvé trez belle cette espreuve de la nouvelle édition du Scaliger de emendalione temporimi, et si cez Genevois continuent en aussy beau papier et veullent estre soigneux de la rendre bien correcte, il n'y aura guieres de desadvantage de prendre de cette là ou de celle de Leyden, ou l'on me disoit qu'elle estoit commancée et je voudrois bien sçavoir s'il est vray, car ce seroit un bien mauvais traictement que recevroient ceux de Leyden , si ceux cy leur contrefaisoient leur coppie. Possible ne fei-ont-ils que ce que fit Commelin à Heidelberg du vivant de M"' de la Scala' en son Eusebe dont il imprima une grosse partie en Allemagne et l'autre en Hollande et puis rejognit tout ensemble ^. La consultation de Sorbonne en faveur du lieutenant de Verdun sera bonne à voir, encores* plus le cahier des Notables et ce procez verbal que l'on promet à M"" de Lomenie, si jamais l'occasion s'en présente. Quant aux discours du Card[in]al Bentivoglio, il m'avoit autres foys donné quelque espérance de me les faire voir dans Paris, et disoit y en avoir trois différants sur trois différantes négociations^, mais je ne me rendis pas puis aprez

Joseph Scaliger. ' Relazioni varie faite in tempo délie nuii-

' Thésaurus temporum : Evsebii Painphili ziaturediFtandraediFrancia{kn\ers,i6ùÇf,

CÀroniconim canonum otnnimodœ historiée iii-4°), avec réimpression à Cologne (i63o),

libri duo, etc. (Leyde, i6o6, in-fol.). à Paris (i63i), à Venise (i633). De 1682

assez pressant pour les tirer de ses mains. 11 m'a envoyé faire de grands compliments ces jours cy par le coadjuteur de Castres'. Je suis homme pour luy escrire par le premier ordinaire et le semondre de trouver Lon que je les voye touts trois, puis qu'aussy bien on les void à Paris, m'imaginant que celuy là n'y est pas tout seul. Il m'a quelques obligations assez notables pour son evesché de Riez^ et possible se resoudrat-il de me les envoyer soubs asseurance de restitution. Il a envoyé à Riez une lampe d'argent de la valleur d'environ deux cents escus et de fort belle symmetrie etcyseleure. Si ses devantiers en avoient faict aultant, son église seroit mieux ornée et enrichie qu'elle n'est, et leur mémoire en meilleure odeur. Il me tarde bien que ce Cardinal Spada s'acquitte de sa promesse tant de la remise des bulles de M"^ de Tollon, afin que nous ayons le bien de la voir ça bas tant plus tost, que de celle de la censure contre Santarel, qui seroit le vray et unique moyen de faire cesser touts cez meschanls livrets qui se forgent à toutes heures sur un si mauvais subject. J'admire commant il a esté possible d'arrester le cours de ceux des pais bas, et pense que la dedition^ de Barnes n'y a pas mal servy, aussy bien qu'au réciproque de la prise de ce P. George recoHet. Il y a d'estranges esprits parmy ces maistres moynes. Je ne double pas que M"" de Chastéauneuf n'ayt peu apporter de belles curiositez des païs ou il a esté^. Si M' d'Orléans vient en cette ville comme il promettoit, je tascheray d'en apprendre ce qu'il

à i636 parurent les trois parties d'un autre ouvrage de Benlivoglio, son histoire de ia Guerre de Flandre , Délia guerra di Fiandra dal t55() al i6oj (Cologne, 3 vol. in-i"). Voir, sur Benlivoglio historien , les réflexions de Jean Chapelain (Lettres, t. I, p. lo, i3, etc.)

' L'(!vô(jue de Castres était alors Jean de Fossé, qui siégea de i584 au i3 mai i63a. Son coadjuteur et neveu s'appelait aussi Jean de Fossé; il ini succéda et vécut jusqu'en septembre jG54. Voir Gallia christiana, t. II, col. 77.

' Gui Bentivoglio obtint l'évêché de Riez en lôaa et l'abandonna en 1626. Voir Gallia christiana, t. I, col. 4ia. Sur les services que lui rendit Peiresc au sujet de l'évêché de Riez, voir Gassendi, livre IV, à l'année i6a4, p. ago.

^ Du latin dcdilio , cession, action de livrer. Le mot déditiou n'est dans aucun de DOS dictionnaires.

' Le marquis de ChAteauneuf avait été ambassadeur en Hollande, en Allemagne, à Venise, etc. On sait qu'il était frère de l'évêqu^ d'Orléans, Gabriel de l'Aubespine.

nraiMiRii iatioiiili.

en sçaura et ne manqueray pas de le sonder pour voir s'il approuve vicariam potestatem, dont est question. Voire s'il tarde de venir, je pourrois bien confier à quelque amy le livret original pour le luy faire voir in passu et me le rapporter fidèlement avant que je le vous renvoyé. Cette nouvelle érection d'evesché à Nancy est de grande consequance, et je crains bien pourtant qu'il ne soit malaisé de fempescher tost ou tard', nomplus qu'on n'a sceu empescher que les diocèses de la pi'ovince de Narbonne enclavez dans f obéissance du roy d'Espagne n'ayent esté distraits de leur métropole, et comme l'evesque de Nice, qui ressortissoit à Anibrun, a esté distraict et soubsmis immédiatement au légat d'Avignon, en laquelle qualité cette semaine passée l'evesque de Frejus (comme délégué du légat) ^ a jugé en cette ville avec conseil une appellation dudit evesque de Nice^. Au surplus je ne sçaurois plaindre ce vénérable Soret nomplus que le commun du monde fera je m'asseure, et s'il est autheur de livrets si sanglants comme on dict% l'exemple en seroit bien notable, ne pensant pas qu'à cette heure que le feu présidant Seguier luy manque*, il se puisse tirer de tant de mauvaises affaires, dont il est prévenu de longue main. Je trouve bien nouvelle et extraordinaire l'élection de cez mess" les syndics des enquestes, ut videanl ne quid resp[ublica] delrimenti capiat. A Toulouse il y a eu une grande discension entre les enquestes et la grande chambre et deputation de part et d'autre au Roy, comme vous verrez par le mémoire cy joinct. Entre nous il y eust encores quelque chose à dire cez jours passez, car il fut proposé d'envoyer quelqu'un des anciens aux enquestes pour y présider, attendu l'absence des présidants des

' Ce fut seulement le lo novembre 1777 que l'église collégiale de Notre-Dame de Nancy fut érigée par Pie VI en évêché suffragant de Trêves. Le nouveau diocèse fut formé aux dépens de celui de Toul.

' C'était Barthélémy de Camelin : il occupa le siège de Fréjusde 1 5 96 à juin 1637. Voir Gallia chrisliana, t. I, col. Mta.

' L'évêque de Nice était alors Pierre-

François Mallet, qui siégea de 1629 à novembre i63i.

' Littré n'a cité , au sujet du mot sanglant considéré comme synonyme de très offensant, que des écrivains |)ostérieurs, Pascal, le cardinal de Retz, Molière, Voltaire.

^ C'était Antoine Seguier, seigneur de ViUiers et de Fourqueux , président à mortier en 1697, mort en novembre 16a 4.

enquestes, mais avant l'assemblée des chambres qui avoit esté assignée à certain jour arrivèrent des lettres portants que leur présidant qui estoit en cour s'en revenoit, de sorte qu'on supercedà. Cela estoit pour esclaller, et le prétexte estoit beau sur ce que tant de gants sont morts ou ont résigné leurs offices de conseillers ù leurs enfants que dans quattre ans depuis que je suis icy il s'est changé toute une chambre entière, de sorte que le doyen des Enquestes n'est receu dans la compagnie que depuis quattre ans, au lieu que pour présider en une chambre il lui debvroit avoir demeuré dix ans ou pour le moing six, et je me trouve n'en avoir au dessus de moy que huict ou neuf dans vingt ans que j'ay esté dans le parlement. La lettre du S"^ de Recourt est bien curieuse et digne d'estre veiie, si je ne la vous renvoyé par celle commodité ce sera indubitablement par la prochaine. Dieu avdant, avec toutes ces autres pièces à renvoyer. Mesmes l'advis du S' Deodati que je trouvois grandement judicieux et recevable, mais les traictez ont pourtant passé au contraire à ce qu'on dict. Vous aurez par mesme moyen la lettre de M' Rubens, qui ne m'escript que des compliments pour cette foys, auxquels je respondray, Dieu aydant, par le prochain, si cette despesche n'est retardée demain, car je n'ay pas du temps pour y satisfaire.

Je ne descrois pas aisément que l'homme qui vouloit venir en foire ' ne fusl assez hardypour exécuter son enlreprinse, quelque danger qu'il y eust. Ce n'eust pas esté une mauvaise deffaicte, s'il s'y fust laissé attrapper, car quelque mine qu'il tienne je ne me puis persuader qu'il ne rebulte tousjours tant qu'il pourra contre la grandeur de cet estât. Il falloit bien des coquillages pour en faire ao mille livres, cela vauldroit bien la peine d'en faire imprimer un livre exprez en taille doulce pour en perpetiier les difl'erantes formes et figures. Quant à vostrc lettre du 1 de ce moy s, le S' Athanase est arrivé fort bien conditionné ensemble les cartes que le S' Tavernier y avoit joinctes. J'attends impatiement le S' Basile et les autres livres contenus au ballot du S' Buon , mais puisqu'il

' Le duc de Bucking-hara , que l'on soupçonnait de vouloir venir, déguisé, à la foire de Sainl-Gerrnain , pour avoir l'occasion de revoir Anne d'Autriche.

172 LETTRES DE PRIRESC [1627]

n'a jamais cotté le jour qu'il l'a faict partir, je ne sçaurois juger du temps qu'il pourra venir ne quasi croire qu'il l'ayt encores faict partir, tant il est négligent. Depuis le départ de mon frère il s'estoit chargé de faire tenir à M"" de Maussac à Thoulouse un libvre de M"' du Vair en grand papier de ma part\ lequel dans six moys n'a pas encores peu y arriver et toutesfoys il a escript souvent de l'avoyr envoyé, tout de mesmes comme il disoit dez le mesme temps m'avoir envoyé le 17 tome de Baronius^ par Lyon, lequel j'ay aussy peu receu que le reste. 11 fauldra voir à cette foys s'il y aura plus de certitude à son dire. Je vous remercie bien fort du soing que vous avez eu de l'Eratostenes, c'estoit véritablement pour employer en cez petites sortes de livres que je vous avois envoyé la lettre de 5o 11. [livres], afin d'avoir du fonds quand cez choses passent par l'université pour en retenir, mais puisqu'elle a esté si tost épuisée il la fauldrà r'emplacer. Le roolle que je vous envoyay dernièrement, ou il y à aussi pour une somme notable fut pour se pouvoir prévaloir de l'occasion en cas d'inventaire ou autre rencontre de livres y mentionnez, car je sçay bien que cela ne se trouvei'oit pas nomplus tout à poinct nommé, et possible sera ce par grand hazard quand il s'en rencontrera quelqu'un à vendre à honneste prix. Je ne trouve pas d'excez aux 3o 11. [livres] du S' Basyle , estant bien raisonable que je paye la folle enchère ^ d'avoir trop attendu de m'en pourvoir. Dieu nous garde de plus grand rançonnement. A une seule chose vous prièray-je de prendre garde, sçavoir est que tant que le S'' Buon se pourra charger de fournir des livres de son commerce, il sera bon de l'en laisser charger, pourveu qu'il exécute et fasse effectuellement partir ses ballots, et vous réserverez, s'il vous plaict, les deniers que je vous feray remettre pour en faire payer les livres que luy ne pourra pas

' Peiresc veut sans doute parler d'un le cardinal César Baronius, bibliothécaire du

exemplaire des œuvres de Guillaume Du Vatican, publiés pour la première fois à

Vair, qui, comme nous l'avons vu, furent Rome de i588 à 1607 en 19 volumes in-

publiées , grâce à son initiative , par les soins fol. et qui devaient ôtre souvent réimprimés.

d'André Du Chesne (Paris, lôaô). ' Littré n'a cité, au sujet de cette ex-

^ C'était le tome XVII des j4)mate eec/e- pression proverbiale, qu'une plu-ase du

siastici, a Chrkto nalo ad annum iigS , par Georges Dandiit de Molière.

fournir, quand vous en rencontrerez que vous jugiez estre de mon goust. Il me reste à vous supplier de faire mez trez humbles remerciments à M' Godefroy de sa généalogie de Bar, que je trouve trez belle et bien exacte, mais j'ay bien du regret qu'il n'en laisse vendre quelques exemplaires, car j'en aurois volontiers faict achepter encore un ou deux. J'estime que les vies de cez messieurs de Chabannes seront bien curieuses. La lettre de Mad'= de Vendosme estoit trez bonne à voir, comme sera un jour l'abolition donnée à M"' son marry. Les advis de Rome n'ont pas perdu leur prix pour estre un peu envieillis, car nous ne sçavions pas le destail de tant de belles singuiaritez, qui sont non seulement bonnes pour le temps présent, mais le seront possible encores plus pour les années h venir. Ce Testament de Mansfeld me semble bien gentil et proportionné à l'humeur et profession du testateur. Les particularitez de la signature et présentation du cahier des Notables sont grandement importantes. Je ne vous sçaurois exprimer les obligations que nous vous avons de la peine que nous vousdonnons, encores moings vous rendre de juste revanche. Vous verrez ce peu qui a esté escript à Marseille du costé de Gènes touchant la sortie des trouppesde la Valteline et le remplacement du fonds perdu sur les carraques des Indes par le moyen de l'aliénation ou assignation des grandes rentes du roy d'Espagne aux partisans qui s'attendoient à ladicte flotte. Je n'entends guieres bien cez termes italiens, enunbesoingM'Priandi vous en esclaircirà. Je vous supplieray de luy faire aussy mes remerciments trez humbles de la souvenance qu'il plaict avoir de moy et de l'histoire de Possevin. Je vous envoyé aussy une relation veniie de Bordeaux touchant le naufrage desdictes carraques \ bien que je ne doubte poinct que vous n'en ayiez meshuy de plus exactes, mais la chose me semble si notable de soy qu'il n'est poinct du tout inutile d'en apprendre toutes les particularitez qui s'en peuvent; apprendre, d'où que ce soit qu'elles viennent. Voire il semble quasi nécessaire aux gens curieux de n'en ignorer aulcune particularité qui soit tant soit peu

' Naufrage dont il a déjà été question dans in lettre du a't février 1657, n" XXXIX.

17i LETTRES DE PEIRESG [1627]

curieuse; et ay prié mes amys de Bordeaux de recueillir tout ce qu'ils pourront, et ceux de Marseille de s'enquérir aussy du costé d'Espagne et d'Italie de tout ce qui s'en advoiierà ou qui se fera en consequance. Quant à vostre lettre du 28""^ du passé adressée à mon frère et par ou j'eusse deub coramancer, il faut que pour ce coup icy je supplée à son deifault à cause du rhume et coqueruche dont il est encore fort incommodé et dont je ne suis pas moy mesmes bien quitte, mais pourtant j'ayme mieux le faire que de le luy laisser faire à luy afin qu'il se fortifie de tant plus et qu'il aye plus de moyen de me soulager dezhorsmais, ne doubtant pas que vous n'acceptiez ses excuses comme je vous en supplie trez humblement. Je plains bien la peine qu'on donne à Mess"^ Godefroy, du Chesne et Grottius ^; si j'en eusse esté adverty un peu plustost, j'estois homme pour me bazarder de les faire recommander à M' le Surintendant par M'' nostre Archqvesque, non seulement par lettre (qui seroit peu de chose attendu les difïicultez qu'il y a déparier à iuy et de les présenter) mais par la bouche de l'aulmosnier dudict arcbevesque, qui s'y en alla en poste dez le 1 6™* du passé et en est revenu, ayant porté les lettres de son maistreetayant agysi puissamment et si heureusement qu'il a faict rompre une affaire resoliie au Conseil qui importoit de 700 mille l[ivres] laquelle a esté revocquée en faveur de ce païs, à l'intercession dudict S'' Arcbevesque. Lorsque cet aulmosnier se presentoit là, quelque part que ce fust, toutes les serrures tomboienl sans exception quelquonque. On nous faict espérer un autre voyage de quelqu'un autre des siens, dont je ne perdray pas l'occasion. Si cependant j'avois un peu de mémoire de ce que prétendent cez trois grands personages, afin qu'on voye clairement pourquoy on aura à intercéder, possible trouverions nous encores quelque autre bon expédiant de les ayder et servir, comme je vouldrois faire de tout mon coeur et aussy efficacement comme le méritent. Avec cela je finiray sans obmettre qu'on vient d'asseurer que mess" du parlement de Thoulouse se sont enfin accordez amiablement entr'eux par une as-

' Au sujet de leurs pensions si mai payëes.

semblée des chambres qu'ils tiendroient la première semaine de ce moys, ou ils résolurent de convoquer l'assemblée des chambres, quand mess" des enquestcs les en recquerroient. Dont je les loiie grandement, ces contentions estants dignes de commisération. Et sur ce je demeureray, Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.

D'Aix, ce ai mars 1697 '.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS

Il y eut hier huict jours que je receus vostre lettre du 1 de ce moys ensemble les trois cahiers des mémoires de Mess" de l'Hospital, de Bourdin et de la Guesle concernant le Concile, que je pensois vous renvoyer par ceste première commodité (ne s'estant poinct mis à la poste de despesche du parlement durant toute la semaine), mais j'ay esté si occuppé â expédier des procez que j'avois différez assez longtemps qu'aussy bien n'eusse je peu vacquer à ce qu'il eust fallu et me dispenseray possible d'attendre jusques à la semaine sainte que nous serons quittes du palais^, pour mieux considérer cez belles pièces, croyant bien que ce peu de retardement ne vous sera pas désagréable, venant de la part de vostre fidèle serviteur. Je fis voz recommandations à M'' Marchier, qui tesmoigna de vous en sçavoir fort bon gré et qu'il estoit bien vostre serviteur, aussy bien que mon frère, qui vous est trop

' Vol. 7 1 6 , fol. 99 . — Voir à V Appendice délivré , débarrassé, n'a élé trouvé par Litlré

(n° XXII) une lettre de Jacques Dupuy h que dans des écrivains postérieurs, tels que

Peiresc, du 91 mars 1697. le grand Corneille et son frère, La Fontaine,

' Le mol quitte, employé dans le sens de Fontenelle , etc.

176 LETTRES DE PEIRESG [1627]

obligé de l'honneur de vostre souvenir. Le supplément de voz livres d'Allemagne touchant le Concile semble contenir quelques bonnes pièces. Il fauidrà voir quelque chose du Ranchin, mais je crains bien qu'il ne soit passé à trop d'extrémité. Je m'imaginois par le tiltre de revision qu'il eust voulu contredire ex proiïesso article par article, mais à ce que j'ay peu comprendre d'abbord par la table des chappitres, il est fort demeuré dans les generalitez, hors de quelques questions particulières. Tant y a que je vous en remercie bien humblement et de l'observation de Simon' de Brie que M' du Chesne avoit laissé eschapper en faisant son édition Rer[um] Normannicarum*. Sur quoy je finis pour aller au palais, ne m'en pouvant honnestement excuser à ce matin et demeurant tousjours, Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.

D'Aix, ce 2 2 mars 1627'.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS

Monsieur,

Je pensois prendre un grand acte de diligence en respondant à deux

despesches venues de la part de M' vostre frère et de la vostre ensem-

blement* du 12 et du 15""% mais avant que j'aye peu me desvelopper

de ce qu'il m'a fallu escrire à M'' Rubens et à M' Gevartius et autres de

' C'est le nom que portait le pape Martin IV avant de monter sur le Saint-Siège (23 février 1281). On sait qu'il naquit dans ia Brie et qu'il emprunta son nom à sa province natale.

' Uistoriœ Normanorum scriplores antiqui ,

ad ann. laao (Paris, Rob. Fouet, 1619, in-fol.).

' Vol. 7 16, fol. 96.

' Littré 7"appelle, en son Dictionnaire, qu' (ta côte d'ensemble , la vieille langue avait l'adverbe ememblementn, mais il ne cite aucun

res ab illis gestas explicantes, ah ann. 838 écrivain sous ce dernier mot.

AUX FRliRES DUPUY.

ce pais là, puisque j'y faisois ia despesche, tandisque je prends la plume pour vous, on m'a apporté inesperement' une troisiesme despesche vostre du vendredy i g"" veniie conjoinclement avec une autre plus grosse de mesme datte contresignée de Lonienie, laquelle a chassé la vostre de Lyon isans attendre le dimanche, et le temps que j'ay perdu à ouvrir voz lettres et les autres qui y estoieiit joiuctes avec ce qu'il a fallu laisser à la solennité du jour m'ont reduict à une heure si tarde que je ne pourray pas satisfaire à la responce telle que je debvrois et ne pense pas que le parlement de la despesche de nostre compagnie se puisse retarder davantage. Je vous en demande pardon de bon coeur. Une autre foys je commenceray par le plus nécessaire et puis si le temps le permet je reviendray aux accessoires. Tant y a que je ne vous sçaurois servir de ma vie à la centiesme prez de ce que je debvrois en recognoissance de tant de bieniaicts que vous m'accumulez l'un et l'autre à toutes heures avec tant d'excez que c'est une grande honte pour nous et un grand reproche, mais je ne m'en ose plaindre pour n'offencer vostre générosité et pour ne contrevenir aux deffences que vous me réitérez si souvent d'user d'aulcuns termes que vous puissiez imputer à cérémonie, bien qu'en eflect ce ne puissent estre que lesmoignages de l'ecognoisçance bien légitimement deubs. Les livres de Ranchin, d'Optatus, du P. Goulu ^ et de Silhon^, qui vindrent dans le pacquel du i 5""% arrivèrent fort bien conditionnez comme ont faict

' Peiresc , ami de cette vieille langue dont il est question dans la note prëci^dente, emploie ici un mot du xvi' siècle. Du moins, Littré n'allègue , sous ce mot , qu'un témoignage de cette époque-là, le témoignage d'Amyot. 11 paraît pourtant qu'on se servait encore beaucoup plus tard d'inespérément, car on lit dans le Dictionnaire de Trévoux : rrCet adverbe n'est pas approuvé de tout le monde, i

^ Dom Jean Goulu, général des Feuillants, né à Paris le a 5 août 1 676 , y mourut le 5 janvier lôag. 11 publia contre Balzac

deux volumes de Lettres de Phyllarque (i Ariste, le premier en 1697, le second en 1628. Voir, sur le P. Goulu et la querelle des Feuillants et de Balzac, une note des Lettres de ce dernier dans les Mélanges historiques de 1878 (p. 4 18).

' Jean de Silhon, membre de l'Académie française, néàSos, en Agenais, vers iSgti, mort à Paris en février 1667, avait fait paraître, en 1696, Les deux vérités, l'une de Dieu et de sa providence ; l'autre de l'immortalité de l'âme (Paris, in-8°),et, en 1627, une épître à Philippe Cospean, évéque de

llfPIllMtKIE RATIONAll.

pareillement l'Amedée et la bibliothèque de M' du Chesne^ du paccjuet d'aujourd'huy. L'Eratostenes, à cause de la playeure^ d'à travers la page avoit un peu paty, mais je l'ay faict relaver, ce qui a fort remédié au mal, mais s'il n'eust point esté battu ne rogné je crois qu'il en eust mieux vallu. Les cinq petits traictez de Bellarmin venus dans le pacquet de M"" du Puy du 12'"* ne pattirent pas nomplus par les chemins, mais la roigneure ne leur a pas esté advantageuse, car ilz se sont trouvez un peu attaincts à la lettre en quelques endroits. Il n'y a rien de meilleur que de se contenter de les ployer sans guieres battre et sans rien rogner, puisque le port n'en coustepas ne plus nemoings; au contraire la batteure fait peser davantage eu esgard à la grosseure^ du volume du pacquet, ce que M' de Fetan dict estre dangereux, de peur que les postillons ne s'imaginassent qu'il y eust de l'argent caché et qu'ils n'en destournassent quelqu'un par fripponnerie comme il est autres foys advenu, ])rincipalement les livres in li° ne veuHent nullement estre battus, si ce n'est qu'on les peult envoyer de leur propre largeur toute estendiie. Je vous envoyé maintenant un exemplaire du livre de M"^ Aleandro, bien qu'il m'eust dict de luy laisser faire cela à luy comme vous verrez par l'extraict de sa lettre. J'y ay joinct par mesme moyen un exemplaire des epistres de Themistocles* que j'ay receu en mesme temps, mais je ne l'ay poinct faict battre et ne le feray pas replier par cahiers à part afin qu'il perde plus aiseement la

Nantes, sur la religion (dans le Recueil des lettres nouvelles de Farei). Voir, sur J. de Silhon, les Lettres de Balzac [Mélaitffes historiques, p. h'jh a 8i3,p<w»i//i) et aussi les Lettres de Jean Chapelain (t. 1 , p. 67 à 797, passim). M. Renë Kerviler a donné une excellente notice intitulée : Jean de Silhon, l'un des quarante fondateurs de l'Académie ( Paris , 1876, gr. in-8° de 76 pages).

' La Bibliothèque des auteurs qui ont écrit l'histoire de France et VAmedeus pacificus du P. Monod.

* Peut-être Peiresc a-t-il voulu écrire ployure. Je ne retrouve pas ailleurs le mot playeure.

' Même observation pnur la forme grosseure. Le xvi* siècle disait, comme nous, grosseur.

'' Themistoclis epislolw (gr. et lai.), ex vetusto codice hihliothecœ vaticanœ nunc primum eruUe et latinilate donatœ, inteiprete Jo. Matth. Caryophilo ( Rome , 1 6a G , in-4°). Ai-je besoin d'ajouter que les pi-étendues lettres de Thémistocle n'ont aucune authenticité.

piayeure du milan ^ du feuillet, voire je mettrai dedans iceluy le livre in 8° dudict S"^ Aleandro. Il me mande d'en envoyer un à M. de Sponde'''; si vous sçavez ou il est, vous m'obligerez bien de m'en adverlir pour le luy pouvoir faire tenir la part ou il sera.

Je trouve fort à mon gré le livre du P. Goulu et serois bien aise d'en avoir encor une coupple d'exemplaires, s'il s'en trouve. La lettre du S'' Silhon semble aussy assez bien prinse, et pense que le livre qu'il promet sera bon à avoir*. J'ay prins plaisir à celle qui donne son advis touchant la Fosse Eugenienne", dont j'avois grande envie de voir le project, et suis bien redevable à M'' Hotman de la faveur qu'il luy a pieu de m'en faire. M' nostre Archevesque avoit aussy grande envie de voii' ce que c'estoit et l'a veûe fort volontiers. Je vous supplie d'en faire mes trez humbles remerciments à M' Hotman et de l'asseurer de mon

cornme l'a surabondamment démontré Bentley dans sa Dissertation sur les lettres de Phalaris? De nos jours (voir les Supercheries littéraires dévoilées de Quérard , t. III , 1870, col. 780-781), on a essayé de prouver que le recueil n'est pas apocryphe, mais la tentative n"a obtenu aucun succès.

' Mitan, dans le langage provençal, signifiait milieu. Le mot s'est conservé dans la langue populaire du Midi. Brantôme s'est servi de l'expression milan ( édition de M. Lud. Lalanne, t. I , p. 92 ) ; on trouve aussi mitan dans les Essais de Montaigne.

' Henri de Sponde , né à Mauléon ( Basses- Pyrénées), le 6 janvier i568, mourut à Toulouse le 18 mai i643. 11 fut évêque de Pamiers de 1626 à i64q. \o\r\Q?, Annales de Pamiers par M. J. de Lahondès (t. Il , 1 88i , p. g.'j-iSo et encore p. 964 et 454). J'ai publié dans la Revue de Gascogne (i883) des lettres inédites de Sponde à Christophe Dupuy et à Peiresc. J'avais déjà publié dans le même recueil, en 1867, les testaments de l'évêque de Pamiers : le premier du 3i oc-

tobre i634, le second du 11 mai iG43.

'' S'agit-il là de l'ouvrage intitulé : Ae Minislred'Etal , avec levéritable usage de lapolitiquemoderne (Paris, Toussaint du Bra y, 1 63 1 )?

* Deux lettres de Rubens à Pierre Dupuy, publiées dans le recueil Cachet, une du 3o septembre 1626 (on a imprimé 3i pour 3o) (p. 55 et 67), l'autre du 18 février 1627 (p. 93-98) donnent beaucoup de détails sur cette fosse eugenienne ( Fossa Eugeniana), appelée ailleurs Eossa Mariana. Il s'agissait là d'un canal devant joindre le Rhin à la Meuse depuis Rhinberg jusqu'à Venloo. Une note de l'éditeur des Lettres de Rubens nous apprend (p. 59, 60) que l'exécution de ce travail, une des plus grandes conceptions du général Spinola, fut commencée le 21 septembre i6a6. M. Cachet cite au sujet de ce canal qui ne put être achevé : les Mémoires de Frédéric Henri, Vita del Marchese Ambroglio Spinola (1691, in-4°, p. 286), Gueire di Flandru d'Orsini , manuscrit de la Bibliothèque de Bourgogne, etc.

Irez humble service. J'en aurois volontiers quelque autre exemplaire s'il s'en trouve. L'extrait des mémoires delà grande maistrisede l'ordre de S' Jean de Jérusalem m'a pareillement fort agréé et pense que les mémoires plus amples auxquelles il renvoyé souvent et qu'il dict estre ez mains de certains commissaires vauldroient la peine non seulement d'estre leûes mais transcriptes, s'il estoit loisible ^ Pourveu que ce fust par quelqu'un de cez coppistes qui se laissent payer, car certainement quand je voys si souvent profl'aner vostre plume, je conçois une si grande honte que je m'en trouve la plus part du temps tout hors de moy. La Gazette italienne d'Angleterre m'avoit semblé bien longue pour estre de vostre main, mais quand j'ay veu aujourd'huy cez cahiers de M' de Pybrac et des Hollandois, je suis demeuré tout confus, et vous conjure pour l'amour de Dieu de n'en poinct user ainsin et de n'espargner poinct ma bource en cela, puisqu'il vous plaict que je vous en mette quelque chose en main. J'ai envoyé monstrer à M"" d'Orléans les lettres de M' de Lyon ou pour luy 2, leque[i] les avoit desjà veiies transcriptes mais fort mal correctes. Il ne m'a pas encore faict responce, mais il n'a pas laissé de me les renvoyer et je les vous renvoyé aussy présentement. Il fauldrà attendre s'il nous en vouldrà dire son advis, dont je ne manqueray pas de vous fgire part. Il monstre tousjoursplus d'envie de se loger en ce païs , tant il y trouve l'air doulx et sortable à son humeur. Je pense que M' de Marseille^ luy en feroit possible passer l'envie et ce ne seroit pas moings de commodité à l'un qu'à l'autre, car l'autre ne se plaict pas trop de pardeça. Vous avez bien chastouillé ma friandise* en m'envoyantl'extraict de la lettre de Patricius

' Peiresc, en mettant le mot mémoires au ' M' de Marseille est en chiffre. On sait

féminin, s'est souvenu de iVtymologie me- qu'il s'agit là de Prançois de Lonienie. moria. Je ne trouve pas d'autre exemple de ' Métaphore à rapprocher de celle de La

l'emploi de mémoires au féminin , même dans Fontaine : les textes du xv* et du xvi" siècle. Ce mets lui chatouillait fort le palais.

^ G'est-à-dire les lettres écrites par Charles

m:„„„ 1 „,^ /. 1 • et de celle de Racme :

Mu"on lui-même ou composées pour lui en

son nom, lettres dont il a déjà été question Chatouillaient dn mon cœur l'oiijueilleuse faiblesse.

plusieurs fois dans cette correspondance.

Junius^ toucliant ces belles antiquitez grecques, et ce Foedus inter Smyrnaeos et Magnesios. J'ay quelques médailles ou il en est faicte mention, et si cela se peult voir, ce me sera un souverain plaisir. J'ay recouvr*'; cez jours cy une table d'aerain antique pour la clientèle de la ville Fausliaiie prez de Thunis du temps de Constantin, en faveur de Q, ARADIVS PROCVLVS Praeses Provinciae Val. Byzacenae, mais elle est toute conforme à une semblable trouvée à Home l'an i 56 1 et insérée dans le Gruterus'^ parniy plusieurs autres du mesme Aradius, c'est pourquoy il y a bien peu à apprendre de plus, si ce n'est l'extravagance des caractères latins, qui ressent bien son pais de Barbarie : les L estant faictes ainsin U et la lettre Je de la sorte, ce qui est bien peu de chose. L'extrait du parlement du 19 juillet 1828 qui faict mention de ce GVILLOT, dont les six ne vallcnt qu'un tournoys, est bien de ma curiosité et je vouldrois bien l'extraict de la pièce entière, s'il se trouve et de la main de quelqu'un de cez coppistes, sans vous divertir vous de meilleures occupations. J'ay faict sçavoir à M' d'Orléans ce qui est du fragment d'Optat chez M' du Thou, nous verrons sa responce. Quant au concile de Chalcedoine en lettres majuscules je vouldrois bien sçavoir depuis quel temps M"^ Holslenius l'a veu chez cet Hchncnorstius^ pour juger si c'est le mesme exemplaii'e qui estoit dans les archives du ihresor d'Avignon ou il avoit esté mis durant le sesjour des papes, et d'où il fut tiré pour l'envoyer à Rome au commencement des derniers troubles de la Religion qu'il fut intercepté avec afforce autres papiers importants, car on tenoit que ce fust un original du temps mesmesdu concile, avec quelques soubscriptions autographes. M' Holstenius s'en pourra bien possible ressouvenir. Je n'avois pas sceu que M'' de Maussac fust demeuré en reste envers cez

' On lit dans le A/orén .• et Patrice Junius Diilot. Voir,9urP. JuDius,Dc«a:/eMrcsinerfito

était bibliothécaire de Jacques l", roi de la de Jean Price à Bourdelot (Paris, Léon

Grande-Bretagne. Il publia le livre de Job Tecliener, i883, in-8°, p. 11).

sur un ancien manuscrit dont Cyrille Lucar, ' Inscriptioiiesaniiqiuetoliusorbis romain,

patriarche de Constantinopie , lui avait fait etc.(i6oa,in-fol.).

présent. . . » Cet énulit n'a pas d'article dans ' J'ai vainement cherché des renseignala Biographie Michaiid et dans la Biographie ments sur llelmenorsliiis.

mess" de HoHande. Je le feray poursuivre de faire la restitution requise, n'estant pas raisonable qu'il fasse ainsin perdre crédit à la nation entière. Je croyois qu'il eust eu cet exemplaire de l'Aristote de animalibus par autre voye que de cez mess" de Hollande. Le registre d'Innocent 111 de la bibliothèque de Foix avoit pareillement esté tiré des archives d'Avignon par le cardinal de Foix qui y avoit esté longtemps légat'. Je pense de vray qu'ils l'imprimeront, car M"' du May-^ en avoit tant faict de bruict qu'il en a faict venir l'envie à cez libraires et M"" l'advocat gênerai Fieubet^ me disoit l'année dernière que l'on estoit quasi résolus de la laisser imprimer. Si vous pouvez venir à bout de M"" l'Abbé*, proffittez, je vous prie, l'occasion pour vous saisir des coppies qu'il avoit des Historiens de France, car devant que cela soil bien prest,

' Pierre, cardinal de Foix, né en i386, mourut à Avig-non le i3 décembre ii64. Il fui nommé cardinal en 1 409 , àlâge de vinglqiiatre ans , et il posséda les évêcliés d'Albano , de Gominges, de Lescar, ainsi que l'archevêché d'Arles. 11 fonda, le 26 novembre ihS'j, à Toulouse, le collège de Foix pour vingtcinq boursiers. Les statuts enfurent confirmés au nom du pape, le i4 juin lAôy, par ses délégués, les évêques d'Aire et d'Oléron. La Biographie toulousaine, d'oii je tire ces renseignements, me fournit encore ceux qui suivent : rr Le cardinal de Foix était possesseur de la belle et nombreuse bibliothèque qui avait apparlenu au pape Benoît Xfll. Il la légua à son collège , pour inspirer, dit-il , le goût des sciences et des belles-lettres à ceux qui l'habiteraient. Cette bibliothèque ayant été dilapidée , la plus grande partie des manuscrits passa dans celle de Colbert. Le collège de Foix est aujourd'hui devenu le couvent des religieuses de la Compassion. i Voir, sur le cardinal de Foix et sur sa bibliothèque , d'intéressants détails dans le Cabinet des manuscrits par M. Léopold Delisle (t. I. p. 494-/197).

' Paul du May, seigneur de Saint-Aubin, naquit à Toulouse en août i585, fut reçu conseiller au parlement de Dijon le 4 mai 1611, et mourut dans la capitale de la Bourgogne le 29 décembre i645. Voir la liste de ses œuvres dans la Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, par l'abbé Papillon (t. I, p. 186-187). Paul du May fut honoré de l'amitié de Joseph Scaliger, de Peiresc et de Gassendi , avec lesquels il fut en correspondance. En revanche, il n'eut pas les bonnes grâces de Saumaise , s'il faut en croire nubien épigramraatiquc passage d'une lettre de ce dernier à Jacques Dupuy. (Les Correspondants de Peiresc. Claude de Saumaise, fasc. V. Appendice, p. 16 4.)

' Guillaume de Fieubet, né à Toulouse en i585, fut successivement avocat général au parlement de Toulouse, président à mortier dans la même cour, enfin premier président du parlement de Provence, mais il mourat à Paris (1628) avant d'avoir été installé.

* Charles Labbé déjà nommé.

M"' du Chesne se sera tiré de ses autres ouvrages, et puis celuy cy ne le travailleroit pas autrement, car il n'y auroit qu'à ranger les autheui-s et revoir les espreuves, ce qui n'empesclieroitpas qu'il ne peultvacquer à son travail ordinaire sur les autres pièces de son style. C'est l'histoire du Languedoc de M'Gatel qui est demeurée imparfaicte', non pas celle de Tlioulousc, laquelle est imprimée depuis quelt|ues années^. Ce que vous me dictes de cette nouvelle peinture de fleurs si bien représentées au vif sur le marroquin me semble bien exquis et le bonhomme Néron, qui est céans, en a esté bien estonné', mais je ne pense pas que cela puisse si bien reuscir en couverture de libvres, si ce n'est que cette peincture se peusse appliquer sur le livre mesmes comme les doreures à petit fer, afin de ranger cez fleurs sur les couvertures avec quelque ordre etsymmetrie qui responde à la grandeur et doreure du libvre, autrement la confusion des couleurs et de la doreure ne pourroit pas faire si bel efTect. Le temps leur ouvrira les esprits et leur fera encore trouver cette invention mieux adjustée. Je vous r'envoye le Decrelum de Pologne et ne pense pas qu'il tarde d'estre imprimé de pardela ou par appendice au Mercure Jésuite*. Je n'ay pourtant pas laissé d'en retenir coppie. On m'avoit promis de Grenoble un des cathalogues de Bouvière, mais je ne l'ay pas encores et quand je le debvrois avoir je ne suis pas moins redevable à M' Deodati du sien, dont je vous supplie le remercier de ma part et l'asseurer de mon humble service. Je ne vois nomplus comparoistre les prétendues balles ou ballots de M"' Buonque ses roolles et n'ay pas mesmes sceu à qui il en a faict l'adresse dans

' Mémoires sur l'histoire du Languedoc.

L'ouvrage fut publié en i633, iii-fol. (Toulouse, Pierre Bosc).

^ Histoire des comtes de Tolose (i6a3 , info!., même ville et môme libraire).

' Ce bonhomme Néron serait-il , par hasard, un des relieurs employés par Peiresc?

' Le Mercure jésuite , ou Recueil des pièces concernant le progrès des jésuites, depuis l'an i6ao jusqu'à la présente année i6a6

(Genève, 1626, in-8°). Cet ouvrage, qui est (le Jacques Godefroy, a été suivi , en 1 G3o , du : Second tome du Mercui-e jésuite , auquel sont contenues plusieurs pièces louchant : 1 /.M défauts de leur gouvernement; Il leurs différendi avec des personnes de haute réputation; lu et les universités; W concernant les causes de la haine publique où ils sont tombés (Genève, 10-8°).

Lyon, cestpourquoy je double encoress'ii a rien faict partir. Tousiours eust il fallu sçavoir ladicte addresse de Lyon pour mettre ordre à la réception dans Lyon et à faire partir de là pour cette ville. Il est grandement menteur, et il ne fault pas croire ce qu'il vous dira des livres qu'il vous promettra fournir, s'il ne les vous envoyé effecluellement ' chez vous. En quoy il me feroit plaisir et je serois bien aise qu'en prinsiez de luy tout ce qui seroità son pouvoir, plus tost que des autres, pourveu qu'ils soient bien complects et pour cet effect je vous supplie de payer quelque libraire qui les collationne^ exactement chez vous, avant que les laisser emballer, attendu que c'est par aprez une misère de retirer les imperfections qui me font perdre paliance en cela et poulie prix, c'est la vérité que je seray bien aise que vous n'y employiez poinct de l'argent que vous pouvez avoir de reste que le moings que vous pourrez et pour les plus pressez, et si j'eusse eu le rolle de ce que vous avez en main avec le prix à peu prez, j'eusse pourveu d'envoyer lettre exprez pour les faire payer à chascun de ceux qui font article plus considérable, sans toucher à ce que vous avez qui seroit plus propre à servir aux livres courants et aux coppistes. Quant à vostre mémoire des livres, pour ceux qui ne se trouvent poinct, il fauldrà prendre patiance principalement de cez Hespagnols, en attendant, s'il en viendra ou s'il s'en trouveroit par hazard en quelque vente de vieille bibliothèque, comme il s'en vend assez souvent dans Paris.

De l'Asia de Jean de Barros ^ je ferois difficulté d'en prendre des

' On ti'ouve effectivement non seulement , au wii* siècle, dans les Mémoires de d'Aubigné et dans les Provinciales de Pascal, mais encore, au xvi", dans le Plutarque d'Amyot. Quant à effecluellement , je ne l'ai rencontré nulle part.

' Le mot collationner, considéré comme terme de librairie, ne figure dans le Dictionnaire de Littré qu'avec un seul exemple tiré de Vltinéraire à Jérusalem de Chateaubriand.

Collationner, pris dans le sens de conférer, de vérifier, manque au Dictionnaire de Richelet, mais non au Dictionnaire de Trévoux.

^ Voir, sur le célèbre historien portugais Jean de Barros, deux notes des Lettres de Jean Chapelain (t. II, p. 269 et 899). Cf. le Manuel du libraire {t. I, col. 669-671), où l'on trouvera de très précis renseignements surTiMa. Il faut corriger (col. 669) la faute

volumes séparez, sans avoir la suitte complette, parceque cela ne se peult par aprez jamais parfaire, et tout de mesmes de i'Affrica de Marmol'. Possible se trouveroieiit ils plus comme devant à Anvers, d'où le pauvre Hadrian Beys m'en avoit faict venir autres foys^, mais je ne les sceus pas garder. Du Léon d'Ail'rique j'ay l'italien de Uhammusio et pense avoir le Irançois in-fol., mais je demandois le latin et seray bien aise de l'avoir tel en la meilleure et plus ample forme qu'il se pourra avoir \ Le Morales avec le Florian d'Occampo me semble bien pressé en deux seuls volumes*, car je pense qu'ils en font communément trois ou quatre^, c'est pourquoy (puisque l'exemplaire de Biaise est si rogné et malmené comme vous dictes et neantinoins si cher), il vauldra mieulx attendre à une autre occasion. Beys me l'avoit eu d'Anvers avec le Marmol et le Barros.

d'impression qui fait mourir en 1616 le Tite-Live du Portugal, lequel était déjà mort dès 1570.

' Sur Louis Carajaval de Marmol , auteur de la Primera parle de la description gênerai de Africa (Grenade, 1673, in-fol.), voir une note des Lettres de Chapelain (t. II, p. 379).

' Cette phrase montre combien se trompe le chevalier L. de Burburc dans l'article Beys (Gilles ou Égide) de la Biographie nationale publiée par l'Académie de Belgique (t. II, 1868, p. Itio) en disant ceci : frLe nom d'Adrien Beys nous paraît avoir été mis abusivement pour celui d'^dn'e/i Perier [gendre de Gilles Beys] sur le titre d'un ouvrage intitulé : Histoire remarquable et véritable de ce qui s'est passé au siège d'Ostende , etc. , à Paris, chez Adrien Beys, rue Saint-Jacques, iCoi.» M. de Burbure objecte que l'on ne compte pas d'Adrien parmi les fils de Gilles Beys , mais je réponds que le libraire dont Peiresc regrette la mort en l'appelant fe

pauvre Adrien Beys pouvait être un neveu ou simplement un homonyme de Gilles Beys.

' Voir, dans le Manuel du libraire , l'article Léo Africanus, pour l'édition latine désirée par Peiresc et pour l'édition française qu'il possédait déjà. Voir [ibidem) l'article Bamusio (ou Bamnusio) pour la traduction italienne de la Description de l'Afrique.

' Ambrosio de Morales (voir Ticknor- Magnabal, t. I, p. /iiij; t. II, p. qi, 64; t. 111, p. 196, ao5, etc.) a laissé, entre autres ouvrages des genres les plus divers, Las Antiguedades de las ciudades de Espaha (Aicala de Henares, 1875, pet. in-fol.). Cet ouvrage se joint à la Chronique de Florian de Ocanipo (Alcala de Henares, 1678). Voir sur Ocampo Ticknor-Magnabal (t. Il, p. 84 et 537).

' Peiresc avait raison : les ouvrages d'Ocampo et de Morales forment trois volumes in-fol.

at,

MFUHKUI lATIONAfcl.

Pour rOnuphrius sur Piatine' je ne me souffre ))as^ que la relieure ne vaille rien, pourveu que les marges soient espargnées, car en toute façon le veux je faire de rechef relier en marroquin de levant^, selon l'assortiment des autres livres entre lesquels je le veux loger. C'est pourquoy s'il se renconlroit en blanc plus tost que relié, je le payerois volontiers quelques escus de plus, et à dire vray je ne me soucierois pas beaucoup du Chronicon que j'ay en autres endroicts, mais ce que vous me dictes de la lettre plus petite me rebutte; et puis le Chronicon est assez bien séant en le mesme volume ou il fault souvent avoir recours en lisant le restant; bien vouldrois je en toute façon cez petits traiclez des cimetières et autres matières ecclésiastiques assez curieuses qui souloienf' estre joinctes à cez premières éditions. Hors de cela il me seroit indifférant de prendre plus tost Cologne que Louvain ^ ou au contraire, pourveu que la grandeur de la lettre fust aussy advantageuse et les traictez qui y sont joincts. S'il ne se trouve à présent, il se rencontrera quelque jour. Aussy bien que le Zonare^ et le Cedrenus\

' C'est l'édition des Vies des Papes, de (jolofjiie (1674 , in-fol.), augmentée des annotations et de la continuation d'Onuphrius Panvinius (jusqu'à Grégoire XIII), qui fut reproduite à Cologne en 1626 (in-4°), après avoir été reproduite dans la même vilie en 1693, 1600, 1611.

' C'est-à-dire : il m'est indiffèrent que. L'expression employée par Peiresc n'est indiquée dans aucun de nos dictionnaires.

' On sait que le maroquin du Levant était l'objet de la passion de Peiresc, passion presque exclusive , car tous les volumes à peu près de sa magnifique collection étaient revêtus des peaux de chèvre les plus fines (jui lui étaient expédiées par ses correspondants orientaux. L'éminent bibliophile recherchait l'uniformité des reliures autant en ce qui regardait la couleur qu'en ce qui regardait la substance, car je n'ai guère vu de livres, |)armi ceux qui lui ont ap-

partenu, qui ne fussent habillés de rouge.

* C'est ici le cas de rappeler les regrets de Liltré au sujet de la disparition de ce mot que Chateaubriand ( Génie du christianisme) a vainement essayé de ressusciter : r-Souhir est une des plus grandes pertes que la langue ail faites; car combien avoir coutume, dont on est obligé de se servir, est lourd et incommode. »

' Le Manuel du libraire ne mentionne aucune édition de Louvain.

° Je ne connais d'autre édition antérieure à l'époque oîi nous place cette lettre que l'édition de Jérôme Wolf (avec traduction latine) publiée à Bâie en iSiy et traduite en français par Jean de Mautnont (Paris, i56o; Paris, i583).

' Il s'agit là de l'édition, accompagnée de la traduction latine de G. Xylander, qui fut imprimée en i566, in-foi. , à Heidelberg.

AUX FRÈTIES DUPLY.

Si j'eusse mieux fjardé ies miens, je n'en auroispas faulte maintenant, mais je ne sais rien refuser à mes amys. Pour le Simplicius sur Aristotc , ou je resve ou il me semble en avoir veu une édition séparée in U° ou in 8° d'Allemagne, qui estoit ce que je deraandois, car de celle de Venise in fol. je ne vouldrois pas nomplus m'en charger sans qu'elle fust bien complette de louts les Scholiastes d'Aristote, ce qui est quasi impossible de faire maintenant, tant cez pièces ont esté despessées. 11 fauldrà s'en passer s'il ne se peult faire autrement. L'Almageste de Ptolemée in f"', s'il se trouve à prix lioneste, je ne le prendray pas moins volontiers pour l'édition que promet Lindembrogius^, laquelle je vouldrois estre desja faicte, et que Drouard^ y eust faict joindre la version et notes de Naibodus*, qui sont tant estimées, et pour raison de quoy j'ay esté constrainct de faire un procez au dict Drouard et le faire condamner. M' Bignon vous pourroit bien dire en quel estât estoit demorée cette affaire.

Si vous trouviez cez deux volumes de Georg. Fabricius rerum Germaniae magnae et Saxoniae f"", je le prendrois volontiers, aussy bien que

' f^e texte grec de VAlmageste de Claude Ptoléinée fut publié poui- la première fuis parGrynseus (Bâle, i538, in-fol.) et réimprimé par J. Gemusœus dans la même ville en i54i et i55i également in-fol. I^'édition de i538 avait été précédée de la publication de la version latine de VAlmageste d'après l'arabe par Pierre Lichtenstein (Venise, i5i5).

' Frédéric Lindembroge ou Lidembrucli a été fort négligé par les biographes. Je ne trouve sur lui que quelques lignes dans le Moréri : on y dit qu'il mourut vers 1 678 et on y signale ses travaux sur Ammien Marcellin et quelques autres travaux parmi lesquels ne figure point l'édition de VAlmageste.

^ Drouard était un des grands libraires de Paris; ce fut chez lui que furent mises

en vente les diverses éditions de l'Histoire du président de Thou , de 1607,1609,1614, 161^, etc.

' Naiboda (Valentin), de Cologne, vivait sur la fin du xvi" siècle, et s'attacha particulièrement aux mathématiques. Ce fut à Padoue qu'il composa des commentaires sur Ptolemée. On prétend que cet érudil fut assassiné par des savantsjaloux de son mérite. Espérons que l'on a calomnié ces savants.

' Georges Fabricius, né à Kemnitz en avril i5i6, mort en juillet 1671, a publié beaucoup d'ouvrages dont on trouvera la liste dans le tome XXXII des Mémoires de Niceron. Les Rerum Germaniœ magnœ et SaxonicB universœ memorabilium volumina duo parurent à Leipsick (1 609 . in-fol.) par les soins de Jacques Fabricius, son lils.

ah.

LETTRES DE PEIRESG

leReineccius de Originibus Sax^oniae]' qui estoit in loi., non pas in 8". Je prendray volontiers aussy l'Albertus Cranzius, Regno[rum] Aquilonarium^ et s'il estoit possible vouldrois bien avoir le Saxo Gramniaticus^ et pour estre mieux asseuré de ce que j'ay ou qui me manque en cette matière, je vous supplie de m'envoyer un cxtraict du catalogue de M"" de Thou, des livres qu'il a Rer[um] Germanicarum, de toute sorte. Pour le Collatio Carthaginiensis je prendray volontiers les deux éditions tant de Papyrius Massonus* que de Pithoeus^, puisque ce n'est pas chose de prix considérable. De ce symbola xu nationum il n'y aura point de danger que vous en voyiez le tiltre, et s'il n'est que d'alchimie, comme dict Gramoisy, nous nous en passerons bien. Du Ritterusius*' je vouldrois principalement son lus lustinianaeum sive Nouellarum in k"., mais sans celuy là je ne me soussie guieres de ses autres oeuvres pour la difficulté qu'il y a par aprez de les rendre completles, et des Institutes je n'en faicts pas grand cas, mais si le lus lustinianeum se trouvoit, je ne plaindrois pas d'achepter l'assortiment entier de toutes ses autres oeuvres ensemble, toutefoys puisque vous avez ce qu'il a des xu tables, ne laissez pas de le prendre. Quant au Freherus' j'ay son Lupodunum* et sa Moselle" et ay aussy la seconde partie de

' Reinier Reincck , né en i56i, moui-ul à Helmstadt en avril 1 896. Voir, sur ses ouvrages , la note 3 de la page 2 1 9.

^ Albert Krantz , né à Hambourg vers le milieu du xv° siècle, mort dans cette ville le 7 décembre 1617, laissa : Chronica regnorum aquilonarium , Daniœ, Siieciœ, Noivagiœ (Strasbourg, i5i6, in-fol.). Cette chronique des royaumes du Nord a été réimprimée en i562, en 1875, avec de considérables additions, etc.

' L'histoire des rois danois ( Danorum regum heroumque htstoriœ , etc.) parut pour la première fois en i5i4 (in-fol.). L'ouvrage fui réimprimé h Bâle, en i53i , et à Francfort, en 1676 (in-fol.).

' Gesla coUalionis (Àtrlhagiiteiisis inler calholicos et do)iatislas (['ans, lôSg, in-8°). Voii', sur ce recueil et sur Papire Alasson , les Mémoires de Niceron (t. V, p. 182-197).

' L'édition de Pierre Pithou est de Paris, i63i, in-8°.

' Riltershusius et ses ouvrages ont été mentionnés plus haut (Lettre XXXIX).

' Marquard Freher, né à Augsbourg en juillet i565, mourut à Nurembei^ en mai i6i4.

' De Lupoduno , antiquissimo Allemaniw oppido , Heidelberg, 161 3, iii-fol.

' i4M.sortiï Burdigakiisis Mosella , ciim conimentario. Heidelberg, 161 3, in-fol. Ibid,, 1619, m-ft°.

ses Origines Palatines in fol. ' et vouldrois la première partie desdites origines palatines in folio. Pour les autres livres de vostre mémoire, il ne fault que les retenir, et m'envoyerés, s'il vous plaict, la taxe afin que j'envoye de quoy les payer sans toucher, si faire se peult, à vostre fonds destiné aux livres courants, mais surtout faictes les je vous prie bien collationner par diverses persones.

Je félicite M' Godefroy de son payement à l'espargne et vouldrois bien que M'' Grottius et M' du Chesne en peussent dire aultant. Je me suis laissé emporter bien plus avant que je ne pensois quand j'ay commancé la présente. Il est fort lard, excusez moi je vous supplie et me continuez de m'aymer comme

Monsieur,

vostre trez humble et obligé serviteur, DE Peiresc.

D'Aix, ce dernier mars 1627.

Cet Hemar, de qui je vous recommande lepacquet cy joinct, est un des compagnons de Quentin'^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, Je receus vostre pacquet du 1 a"^ conjoinctement avec celuy de M' vostre frère du 1 B"^ soubs une mesme enveloppe de Lyon du Dimanche ai"" et n'attendois pas d'autres nouvelles de vostre part plustost que sammedy ou dimanche prochain, ne jugeant pas que vous eussiez voulu remettre la main à la plume plustost que le mardy suyvant. Mais j'en receus pourtant dez hier un troisiesme du 1 2°*, party de Lyon extraordinairement le mercredy a/j"* à cause d'un autre

' Origines Palalinœ (Heidelberg, lôgg, in-fol.). Une seconde édition, augmentée, fiit imprimée dans la même ville en 161 3 (in-fol.). — ' Vol. 716, fol. 86.

190 LETTRES DE PEFRESC ' f1627]

. qui y estoit joiiict de M' de Lomenie et par luy contresigné; avec lesquelles despesches j'ay eu tout plein de beaux livres et papiers curieux, dont j'ay faict le desnombrenient à M' vostre frère, et entre autres cez deux belles pièces du concile de M' de Pybrac et des HoUandois, non de la main de quelqu'un de voz coppistes, mais de celle mesmes de Mons"" vostre frère, ce qui m'accable tout à faict et m'oste la liberté de vous oser meshuy plus rien demander, n'y ayant apparance quelquonque de luy faire consumer à cela tant de temps, qui faict faulte au public, lequel se peult tant prevalloir de ses études et de ses travaulx. Je vous en remercie et luy aussy de tout mon coeur, mais je vous jure que si c'eust esté d'autre main (bien que l'obligation en eust esté diminuée), je vous en eusse plus gayement faict mes remerciments et sans ce grand regret qui diminue certainement mon plaisir, voyant bien que je n'ay pas de quoy user de revanche approchante de la moindre de voz faveurs. Mais puisque la chose est faicte il fault bien vouloir ce que vous avez voulu, en vous suppliant neantraoings comme je faicts trez instamment de n'en user plus ainsiii, si vous me voulez laisser dans la liberté de recourir à vostre courtoisie. S'il n'y avoit eu que cela à faire, il y eust eu moyen de se consoler, mais m'ayant, comme vous avez tous les jours, sur voz bras, cela passeroit trop avant au delà des termes de la discrétion. J'aymerois bien mieux passer par les mains de cez coppistes qui sont les plus renchéris, et de faict quand je vous manday la taxe soubs laquelle j'avois accoustumé de payer à peu prez Quentin et les autres, c'estoit à cause qu'ils estoient un peu faultifs, mais à un homme bien sensé et bien correct tant au latin qu'au Irançois je ne plaindrois nullement les six sols de la feuille que prend le coppiste de M' Godefroy et de faict il m'avoit luy mesmes autres foys mis en main un bon grand homme d'Allemand, qui a assez longuement travaillé pour moy à ce prix là et je ne m'en plaignois pas, la bonté de la be^oigne ne se pouvant assez chèrement payer. Employez donc celuy là 'je vous supplie trez humblement, Monsieur, puisqu'il est de vostre cognoisçance ou tout autre qui vous viendra en main et faictes cesser mon regret dezhorsmais pour ce regard. Je ne laisray pas de vous estre

infiniment obli}»é de la franchise et de la candeur avec laquelle il vous plaict me faire part de ce que vous avez de plus rare et de plus précieux. Je vous renvoyé présentement tout plein de voz livrets et papiers, et pensois y mettre les cahiers de M" de l'Hospital, Bourdin et la Guesle, mais ce sera par la procliaine commodité, aussy bien le pacquet est déjà assez gros. Celuy qui travaille à vostre coppie du Concile a esté malade, ce qui a interrompu quelque temps son travail, mais il se remet et le va reprendre. Au surplus j'ay receu les lettres de M"" Rigault, à qui je faicts responce , et luy renvoyé celle de ses lettres qu'il avoit faicte à dessein que je la peusse monstrer ou envoyer à cez messieurs dont nous [est] de hesoing. Ce n'est pas que je ne la trouve en Irez bons termes et possible cappables de faire l'opération que nous desirons, mais je pense que j'y auray possible plus de crédit, si cela semble estre venu d'ailleurs que de mon propre mouvement, à cause que je n'ay pas de familiarité avec la persone propre de celuy qui a succédé à la bibliothèque de M' CateP, comme j'avois avec luy et comme j'ay encores avec de leurs parents, lesquels je desseigne* de faire agir en cela. J'en escripts un mot à M' Rigault et vous prie de m'ayder à le luy faire trouver bon. L'humeur de ceux à qui nous avons à faire est si jalouse et si desfîanle qu'il y fault aller avec plus de reserve que le commun, et encores que possible M' Rigault ne soit pas si prest de commancer son édition, si est ce que pour ne laisser eschapper la chasse ', il n'y auroit pas grand danger quand il en parleroit comme de chose à laquelle il fust absolument résolu et un petit plus preste à mettre au jour, quand mesmes ce que nous demandons luy manqueroit, afin que cez gents là soient bien aises de proffiter l'occasion de faire publier ce qu'ils en ont, de crainte que le prix n'en soit diminué par le travail que d'autres y feront par prévention; car s'ils croyoient que cela ne se deubt bien tost imprimer, je ne pense pas qu'ils le voulussent lascher; et croys que ce ne seroit pas sans raison.

' Le sieur de Puymisson, déjà nommé. — ' Dans le sens de projeter, avoir dessein de. — ' Cette locution proverbiale n'a été recueillie dans aucun de nos dictionnaires.

Voire quand M'' Rigault prendroit occasion en quelque endroit de sa lettre d'entrelasser quelque mot à la louange de feu M' Catel et de ce qu'il a mérité du public, ce seroit tousjours obliger cez messieurs à luy en sçavoir bon gré et à le servir plus volontiers. Puysqu'il est question de recoramancer deux lignes de cela ne cousteront guieres et ne seront pas à mon advis du tout inutiles. Vous excuserez je m'asseure ma liberté. Si cette liistoire de la R[eine] Marguerite n'est chastrée', il faut qu'il y ayt de belles choses^. J'en avois autres foys ouy parler, mais je n'en ay jamais rien veu, et n'oserois quasi vous dire d'avoir envie de la voir, attendu l'excez de courtoisie dans quoy vous portez par aprez. Quant au traicté du cardinal Bentivoglio, vous aurez peu voir ce que j'en manday dernièrement à M"" vostre frère. Je ne pense pas de vray qu'il puisse adjouster grande chose à ce qui est dans les mémoires de M'' le président Janin, mais tousjours ne doibt il pas estre négligé à mou advis, quand ce ne seroit que pour voir la part que le Pape ^peult avoir prins, sinon dans le traicté, au moings dans l'adveu que les Espagnols en peuvent avoir recherché ou laissé interposer du costé de Sa 8'*=, oultre que le style du personage est tenu en tel crédit en cour de Rome, qu'il mérite bien qu'on se rendre [sic] curieux de la voir. Je luy en escriray à Rome par la première commodité et prendray occasion de recourir à luy sur la mauvaise correction des coppistes qui ont transcript ses ouvraiges. Il aura bien de la peine de se desdire de m'en faire part, car il m'a bien de l'obligation et je ne lui ay jamais rien demandé. Je suis bien aise que vostre lettre et vostre libvre ayent esté si bien receus de la part de M"^ le Cardinal Barberin, je ne doubte poinct qu'il ne vous fasse une fort honorable responce etm'estonne qu'il ait tant

' L'Mré^soixsï' expression châtrer un livre, éparses dans divers volumes de la collection

ne donne aucun exemple. Dupuy, mais réunies dans le manuscrit

' .Peiresc se souvenait des hardies et eu- n° 55 de l'ancien fonds Bouhier, ont, dis-je,

rieuses révélations sur Margueeite et sur la été imprimées par M. Lud. Lalanne à la

cour de France qui lui avaient été faites par suite des Mémoires de Marguerite de Valois

Guillaume du Vair et qui, sous le titre (Paris, Jannet, i858,p. i9i-336). d'Anecdotes de l'histoire de France, ont été ' Urbain VIII.

imprimées d'après les notes du confident

tardif. Ils sont si surchargez que cez choses la demeurent facilement en arrière, principalement en un personage de son humeur, qui est telle que de toutes autres affaires il s'en remet librement à ses secrétaires, mais quand il veult escrire à des persones de leties et des gents dont il estime l'amitié, comme je m'asseure qu'il faict la vostre, il en veult avoir la cognoisçanceluymesmes immédiatement. J'oublioisde vous dire qu'ayant autres foys [ouy] parler de cette histoire de la Royne Marguerite, j'avois par mesme moyen ouy parler de celle que feu M'' du Tyron ' avoit escripte en chiffre ^, dont il s'estoit luy mesmes vanté à feu Mg' le G[arde] d[es] s[ceaux] du Vair, lequel en fit quelque instance à M"" de Bivilliers, mais il n'en sceut rien arracher. Vous pouvez penser s'il y debvoit avoir de belle besoigne, ayant eu la part qu'il avoit eu dans tout ce célèbre bordel et intrigues de cour'. Il fera beau voir ce nouveau formulaire d'abolition de M' de Vendosme. Nous avons bien admiré celuy du rang de pair ou archipaire sans pairrie. Il eust possible mieux faict de faire ériger Richelieu en duché et pairrie, car la terre le vault avec ce qu'il y a reiiny et ce n'est pas chose sans exemple, puisque Chevreuse fust érigé, ce me semble, par un cardinal. Au moings s'il y eust eu de la préséance sur les autres pairs, c'eust toujours esté en faveur d'un de leur corps, qui avoit d'autres dignité/ annexées;

' Philippe Desportes, né à Chartres en Diipuy), les troubles du mois de mai i588

i546, mourut à Bonporteu octobre 1606. nous auraient fait perdre un document de

Ce poète était non seulement abbé de Tiron , la plus haute importance. Notre auteur

mais encore abbé de Bonport et de Josaphat , écrivait en chiffres , c'est-à-dire en sig-nes à

et on a calculé que ces bénéfices assuraient lui connus, les faits et gestes de Henri III;

à Desportes un revenu de 3o, 000 livres, pendant l'insurrection , il eut peur et brûla le

selon Guez de Balzac, de 4o,ooo livres précieux ouvrage. Il aurait éclipsé les autres

selon Tallemant des Beaux , sommes très con- renseignements que nous possédons , ceux-ci

sidérables pour l'époque et qui dépassaient étant rédigés par des hommes qui n'avaient

une rente de cent mille francs de notre pas vu de leurs propres yeux comme le poète. 1

monnaie. ' Dosportes passait pour avoir aimé la

' On lit dans la notice sur Philippe Des- reine Marguerite (Tallemant des Beaux,

portes mise en tête de l'édition de ses œuvres historiette Des Portes , madavie de Siniier,

donnée par Alfred Michiels (Paris, i8.58, t. I, p. f)6). On a prétendu que le poète

p. XLviii) : rrSuivant un manuscrit de la Bi- aida Henri III dan^ ime bonne partie de ses

bliothèque nationale (n° 661 de la collection galanteries.

mais puisque nos roys ont autres foys crée des pairs mouientanés pour des cérémonies particulières, il ne fauit pas doubler qu'ils n'ayent peu faire ce qu'ils ont faict en faveur de celuy cy. H me reste à vous remercier du seau que j'estime l'une des plus curieuses pièces de mon cabinet, avec quoyjefiniray,aussybien monpapier me fault, demeurant, Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur,

DE Peiresc.

D'Aix, ce 1 avril 1627.

Je vous r'envoye le Gillius de Elephante^ que j'ay veu trez volontiers y ayant trouvé de la pasture pour ma curiosité, mais je pense pourtant que si quelqu'un observoit curieusement ceiuy qui est en vie à Paris en divers temps, il y auroit de quoy adjouster. Je vous remercie trez humblement de la faveur, comme aussy pour les epistres de M' de Lyon, qui font partie de l'histoire du temps à la suitte de cez contentions du clergé pour cez prétendues censures ou desadveus^.

\ PARIS. Je pensois vous faire celte despesche cy pour ne perdre la commodité de celle qu'on envoyé de nostre compagnie, sans avoir à respondre à aulcunes lettres de chez vous, ayant respondu la semaine passée à celles du 1 9""' et ne m'attendant plus meshuy à la réception d'autres que de celles de l'ordinaire du So"^ que je n'altendois que dimanche prochain au plus tost, ne pensant pas que vous eussiez escript du 28, puisque M. Jacquet n'avoit poinct faict de despesche du

' L'opuscule de Pierre Gilles d(^jà mentionné. — ^ Vol. 716, fol. 100. Voira V Appendice (n° XXIII) une lettre de Jacques Dupuy h Peiresc, du 5 nviil 1697.

1 ur)

Dimanche 98""% auquel temps il les debvoil avoir receiies à Lyon. Mais parce qu'il a voit faicl partir dez le mercredy 26™ la dicte despesche du 19™% il creut que s'il atteadoit l'ordinaire suyvant, il en pourroit avoir quelque autre pour raoy et qu'il les envoyeroit ensemblement, et se résolut d'attendre, et ne laissa pas de faire despesche extraordinaire du 1 de ce moys pour m'envoyer vostre despesclie du 9 3""*, bien que toute seule, pour ne la garder encores jusques au Dimanche suyvant, ce qui me faict craindre que celles du 3o attendront encores 3 ou 6 jours dans Lyon, pour ne faire partir deux despesches si prez l'une de l'autre. Tant y a que voz lettres du 2 3"°*^ sont arrivées comme jeprenois la plume pour vous escrire, tout à propos pour vous en accuser la réception et vous en remercier comme je fais de tout mon coeur de la continuation de vostre bienveuillance et de voz peines et liberalitez, ayant prins un grand plaisir de voir cez mémoires de Rome et de Vienne et d'apprendre que l'intervention du Roy ne soit pas rejettée en si grandes affaires, estimant que M' de Marcheville' qui cognoit l'humeur de cette nation là, comme la nostre, n'aura pas esté un mauvais choix pour y opérer ce que possible d'autres n'auroient pas si facilement obtenu. Je crois que vous le cognoissez; pour moy je l'ay veu autres foys assez familliairement et le trou vois accompagné de tout plein de vertu et qualitez bien recommandables, et s'il a esté tiré du service de la maison de Monsieur^ à quelque chose malheur aura esté bon pour luy s'il reuscit en une si grande et importante négociation, qui le peult porter à un employ proportionné à son génie. Au reste

' Henri de Gournay, en faveur duquel la terre et seigneurie de Marcheville , dans le Verdunois, (ut érigée en comté le 91 janvier 16a -2 par lettres du duc de Lorraine Henri, est surtout célèbre par son ambassade à Gonstantinople, à laquelle il fut nommé le 10 mars i63i. On a plusieurs lettres de Peiresc au comte de Marcheville, écrites du ai avril 1 63 1 au 3 o juin 1 635. (Registre des minutes de Garpentras, fol. 601-611.) Marcheville

fut, avant i63o, employé dans diverses négociations avec plusieurs princes d'Allemagne. Voir Recueil Avenel , t. HI, p. 388.

' On voit dans les Mémoires de Nicolas Gaulas, publiés par M. Gharles Gonstaiit pour la Société de l'histoire de France (I. H , 1879, p. 160-161), que le comte de Marcheville avait été gouverneur de Gaston d'Orléans et qu'il fut ensuite son premier chambellan.

aS.

j'ay veu fort volontiers cez letres d'érection de la charge de grand maistre, chef et surintendant de la navigation et commerce de France' et celles de suppression des charges de connestable et d'admiral. Si la despesche ne part trop tost, je les vous r'envoyeray par cette mesme voye, sinon ce sera pour la prochaine, Dieu aydant. Cependant vous aurez par celle cy l'arrest du parlement de Bordeaux et la commission de M' de Fortia^, concernant le nauffrage des carraques, ce qui semble pouvoir trouver place dans les pièces du temps dignes d'estre conservées à cause des termes dont use le Roy pour ce qui est de l'interest de celuy d'Espagne et des formulles dudict arrest. Nous payons en bien peu de chose le grand nombre de belles pièces dont il vous plaict nous faire part, mais nous faisons ce que nous pouvons, encores est-ce merveille qu'il nous tombe rien en main qui ne soit passé par les vostres auparavant. Cet extraicldes Assises de Hierusalem et Gypre (dont j'avois tant ouy parler, et dont je n'avois jamais rien veu) m'a prins par le nez comme de la moustarde', et vous asseure que je fouilleray tant que j'en desterreray quelque chose'', me resolvant d'en escrire non seulement à Venise (où il y a possible trop de façon) ^ mais jusques au

' Lettres en faveur du cardinal de Richelieu qui furent vérifiées au parlement le 1 8 mars 1637. L'édit de création de sa charge avait déjà quelques mois de date.

' M. de Fortia était un maître des requêtes qui avait été envoyé en Guyenne par le cardinal de Richelieu pour arranger l'affaire relative aux navires échoués. Voir divers documents relatifs à la mission de M. de Forlia dans le Recueil Avenel (t. II, p. 6o3, 4o8, 436, 44i, 442, 470).

' Cette locution proverbiale ne figure pas dans nos dictionnaires; on n'y trouve qu'une locution d'un sens tout différent : la moutarde lui monte au nez,, il commence à s'impatienter. Ici c'est une impression fâcheuse; dans la phrase de Peiresc, il s'agit, au contraire, d'une impression

agréable autant qu'énergique et saisissante.

' Peiresc fut fidèle à l'engagement qu'il prenait ici, et l'on trouve dans la collection de ses manuscrits à la bibliothèque de Carpentras, sous le n° XIX, un volume in-fol. de 496 feuillets contenant lesyl««ises et bons usages du royaume de Jérusalem. Ce texte a pour la première fois été imprimé par Gaspard Tliaumas de la Thaumassière , à la suite des Coutumes de Beauvoisis, de Ph. de Beaumanoir. (Bourges et Paris, 1690, infol.)

' Le manuscrit de Venise a été uliUsé par le comte Beugnot dans sa belle publication : Assises de Jérusalem, ou recueil des ouvrages de jurisprudence composés pendant le xiii' siècle, dans les royaumes de Jérusalem et de Chypre (Paris, Imprimerie royale, i84i-

Cardinal Barberin pour voir si dans le Vatican, il n'y en auroit pas quelque exemplaire M. S. de la primitive langue Françoise', et en feray escrire à Naples et en Sicile, et n'espargneray nullement de le faire transcrire, quelque édition que puisse promettre vostre Lorrain, car elle tardera possible longtemps de sortir au jour. Il me semble que j'y trouveray mille choses de mon goust et crois que M'' Bignon y en trouveroit bien du sien aussy . Je ne vouldrois pas pourtant négliger la version italienne, puisqu'elle a esté compilée de tant de diverses pièces, voire feray je escrire jusques en Cypre mesmes et en Hierusalem et en Constantinoble pourvoir s'il s'y en seroit saulvé quelque M. S., qui se peust recouvrer. Enfin ils seront bien cachez, si je n'en descouvre quelqu'un, qui sera premièrement et principalement pour vous et puis pour moy secondairement. J'ay receu de Home un autre exemplaire du livre d'Allemanni "^ de Laleranensibus Parietinis^, que j'avois demandé au Cardinal Barberin, à cause qu'il les avoit tous retirez, de sorte que je le vous feray tenir par la première commodité d'amy, afin de ne le ployer mal à propos pour l'envoyer dans les pacquets du Boy. J'oubliay cerne semble de vous en advertir dernièrement. Je croyois bien que ledict S"^ Cardinal ne nianqueroit pas de respondre honorablement à M' vostre

t843, -2 vol. in-fol.). Cf. Assises du royaume de Jérusalem conférées entre elles ainsi qu'avec les lois de France , les capitulaires , les établissements de saint Lotus, etc., publiées [textes italien et français] sur un mamiscrit de la bibliothèque de Saint-Marc de Venise, par Victor Foucher (Rennes et Paris, 1889t84t, a vol. in-S").

' Sur la garde du volume XiX de la collection Peirescon lit cette note de la main de rilliLstre érudit : rrCe manuscrit est un des plus l'ares et des plus curieux de la bibliothèque Valicane. M*' le cardinal Barberin me le Ht transcrire non sans grand soin et jjeine.» Ni Beugnat ni V. Foucher ne semblent avoir connu le manuscrit de Peiresc.

Je ne le vois pas davantage mentionné dans l'article de VHistoire littéraire de la France sur ]es Assises de Jérusalem , par Félix Lajard (t. XXI, p. /j 33-/167).

* Niccolo Alemanni, mentionné dans la lettre XXIX de Peiresc h Dupuy.

^ C'est l'ouvrage dont Millin (notice déjà citée) parle ainsi : rfDeux ans après [c'està-dire deux ans après la publication du livre IXdes Victoires de Procope , Lyon , 1 62 3, in-fol. ] , Alemanni publia une Description de Saint-Jean de Lutran , où , après avoir tracé l'histoire de celte célèbre basilique, il en décrit les mosaïques et les autres monuments, et en explique avec une grande sagacité les inscriptions, n

frère. Cez gents là sont trop punctuels. J'ay bien l'obligation à M' Deodati du cathalogue des livres de Rouviere, dont il luy a pieu me faire part par preferance sur tant d'autres bons arays qu'il avoit de pardelà. Je le verray et tascheray de m'en prevalioir pour avoir quelque pièce du contenu en iceluy et le vous r'envoyeray. J'y ay rencontré ad aperturani libri par hazard au feuillet 6i cinq ou six pièces du Simplicius sur Arislote in fol", séparées de tout autre recueil des scholiastes d'Aristote, que je demanderay tout les premiers mais je crains que le texte grec n'y soit peult estre pas, puis qu'il ne le marque poinct, mais tousjours s'en pourràt on servir en attendant. N'oubliez pas de r'amentevoir audict S' Deodati la promesse qu'il vous a faicte de vous faire une ample relation des desseins généreux que le Galilée a en l'esprit, cela vauldroit bien la peine d'estre rédigé par escript, aultant et plus tost que les cérémonies et autres occurrances publiques du temps courant. J'ay apprins avec grand contentement que Baccon ne soit pas mort ' et ne le desirois pas comme vous^ : pourveu qu'il dure en santé, il donnera encores de bonnes choses, et n'y aura pas de danger^ d'en escrire sur les lieux et de s'en enquérir plus exactement. Les livrets du Silius Italiens* et des republiques de Venise et d'Angleterre, ensemble les remonstrances de M"' le Bret^ sont arrivez fort bien conservez, Dieu mercy; et cette voye reuscit excellement pour les livres de cette petite forme; mais il ne fauldroit pas roigner cez petits libvrets ne autres. Il suffit de les ployer et battre un petit. Il fauldrà voir ces remonstrances plus à loisir. Cependant je vous remercie trez humblement de tant de soing et de peine que vous vous donnez pour moy, mesmes*^ en la re-

' On ne s'explique pas comment les du De bello punico. Le Manuel du libraire ne

frères Dupuy avaient pu transmettre à lindique pas.

Peiresc cette fausse nouvelle : François Ba- ' Le même personnage sans doute que

con était mort depuis près d'un an (9 avril celui qui figure daiis la lettre XV de Peiresc,

i6a6). du 38 décembre 162/1.

* C'est-à-dire : et ne le desirois pas moins ' Mesmes — ai -je besoin d'en avertir?

que vous. — est employé dans cette phrase pour sur-

' Danger est là pour inconvénient. tout.

' Ce devait être une édition hollandaise

[1627] AUX FRKRES DUPUY. 199

cherche des livres. C'a esté uii bon mesnage ' de prendre le troisiesme volume des evesques du Liège ^ chez Cramoisy, il le pouvoit mieux faire qu'un autre, car il m'avoit luy mesmes autres loys vendu les deux premiers. J'avois bien tousjours tenu Marcassus pour un goinfre ^ et bien qu'il n'ayl à mon advis que trop mérité chastiment*, si est ce que je le plains aulcunement, puis qu'il se mesloit d'escrire. Je trouve aussy bien que vous la taxe du livre de la Jambe de Boys ^ Rerum expelendarum un peu excessive à six escus, et tient qu'il a eu grand tort de refuser vostre offre des deux tiers , attendu ce qu'il eust deub defferer à vostre persone; mais il n'y a remède, si y auray-jc du regret s'il vous est eschappé, quand mesmes il auroit fallu se rançonner de toute la partie contenue en sa demande, car puisque j'estois desjà condamné aux /i escus, il vault bien mieux que je sois plus pauvre de deux escus que de n'avoir un livre si curieux et qui me faict tant de faulte en mes assortiments sur cette matière. C'est pourquoy je vous prie de le prendre s'il n'est desja vendu à quelque autre. Je suis bien aise que Quentin se soit enfin laissé trouver, il fault croire qu'd se sera meshuy rendu plus correct en son escritture, et par consequand il n'y aura pas de danger de luy augmenter ma taxe, eu esgard mesmes que toutes choses sont fort encheries depuis mon despart à ce que j'entends. Mon frère est à leres pour toute cette semaine pour le moins, à mon grand regret. Il a remis entre voz mains,

' Une bonne opération , une bonne affaire. Nous avons dëjh vu celte expression dans la lettre XIV de Peiresc , du ao ddcenibre i (>-i h.

'^ On appelait alors le Liège In ville que nous appelons Lihge.

' Peiresc ne veut pas dire que Marcassus était un avide mangeur, mais, comme une lettre de Guy Patin citée dans le Dictionnaire • de Litti"é explique le mot, qu'il était flbrl déréglé et dissolu».

* Qu'étail-il donc arrivé au farnélicpie Marcassus? C'est encore Guy Patin qui va nous l'apprendre (Lettredu 9<s mars i658, t. II de l'édition Reveillé-Parise , p. 38a) :

(fil y a ici un certain Gascon du Mont-de- Marsan, nomme Marcassus [Eireur. Nous avons (kyh vu (jue Marcassus était deGimontJ. qui faisoit, l'an 1617, la troisième au collège le Boncourt, qui depuis a été précepteur d'un neveu du cardinal de Richelieu, nommé de Pont <le Gourlay, frère de madame d'Esguillon , autrement la Gombalet. Environ l'an 1697, ce Marcassus manqua d'être pendu pour plusieurs vols (piil avoit faits (ces Gascons sont merveilleusement friands d'argent), et l'eût été sans le secours et le créilit qu'il eut du cûté de la dame de Gombalet. " ' Surnom de quelque bouquiniste.

200 LETTRES DE PEIHESC [1627]

comme je faicts aussy, et à vostre discrétion de bailler les papiers dont est question à M' de Malemaison ou non , nous asseurant que si vous les luy baillez, vous luy remonstrerez l'importance de l'affaire, et que de se jetter sur les bras Monsieur ((jui protège ces messieurs) en chose de difficile preuve et dont l'issiie ne se peult pas espérer guieres favorable au bout du compte, ce ne luy sera possible pas un trop bon mesnage. Au surplus je crois que le présidant Chevallier ' avoit bien mérité cet esloignement, mais je le trouve de trez pernicieuse consequance, aussy bien que la sécession^ de Messieurs des Enquestes. Je pensois que nous fussions seuls en ce païs icy qui nous laissions emporter à un peu trop de clialleur, mais à ce que je vois la maladie a esté en beaucoup d'autres compagnies cette année, puis que ceux de Thoulouse et de Bordeaux s'en sont ressentis si avant de leur part et que les vostres n'en ont pas esté exempts. Nous sommes bienheureux d'avoir estouffé si promptement le feu qui s'estoit allumé parmy nous. Nous jouyssons en ce pais icy de la distribu[ti]on du sel chascun de nous, ensuitte des privilèges de noz anciens comtes de Provence. M. de Suilly nous l'avoit voulu retrancher, mais nous nous deffeudismes fort et ferme. Si vous apprenez rien de particulier touchant l'affaire du comte de la Rocheguyon et particulièrement de ce qui peult regarder le gênerai des galères^, vous m'obligerez bien de m'en donner advis, et sur ce je finiray, demeurant, Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.

D'Aix, ce 8 avril 1697.

Si par hazard vous rencontriez un vieil volume latin in fol" d'Allemagne ce me semble, ou sont compilez touts les autheurs qui ont les premiers escript des voyages de Christofle Colomb et autres dans les

' Le président de la Gourdes aides dont est un terme d'histoire romaine, ne cite, sous

on voit la disgrâce dans la lettre XXH de ce mot, aucun écrivain. Y Appendice (ai mars 1627). ' Pierre de Gondi. duc de Retz.

' Liltré, qui nous rappelle que sfoemiou

Indes ^ je l'aclicptcrois voionliers, voire un peu chèrement. Feu M' du Vair en avoit un exemplaire que M' de Lisieux^ monstreroit en un besoing pour en prendre le tiltre. 11 estoit couvert de noir. On m'a dicl qu'il s'est imprimé quelque chose chez un Jean Martin du Pont S' Michel de cez pièces de Verdun recueillies ensemble, si cela estoit, il merileroit bien d'en prendre quelque exemplaire. Pour ce livre des Assises de Jérusalem et Cypre, il m'est venu une si grande envie de le voir, que si vous ne m'en dissuadez, je suis homme pour choisir de deux choses l'une, ou de le faire transcrire de pardelà, ou bien de prier M"' le Pelletier' de se rendre caution pour moy envers M"" son beau pere\ pour avoir pour mission de me le faire prester et envoyer jusques icy par quelque voye asseurée,car il n'en manquera pas, mais je ne le veux pas faire avant ce moys <le juin, afin que durant noz vacations j'aye moyen de l'expédier promtement et d'y passer mon envie sans le guieres garder. Cependant entre cy et là vous aurez tout loisir de me mander vostre advis sur cela ; car ce bon vieillard est un peu revesche et je ne vouldrois pas \e faire cabrer contre persone, veu mesme que vous y procédez avec tant de modération, que vous ne l'avez pas voulu mettre en notice^ du droict que vous avez indubitable

' C'est le Novus orbis regionum ac insularum veteribiis incognitarum (Bâle, i539). Ce recueil est connu sous le nom de Collectio Huukliio-Grynœo-Hewagiatia. Il s'en fit une édition à Paris la même année, et deux autres h Bâle en i537 et en i555. Voir sur ce recueil le Manuel du libraire ( 1. 1 \' , col . 1 3 a ) , et mieux encore la Bibliothccu americana velusiissima, par M. Barrisse (p. 991).

' L'evêque de Lisieux était Guillaume Alleaume, qui avait été nommé en mars iGaa à la place de feu son oncle Guillaume du Vair et qui siégea jusqu'en août t634. Ce fut un des correspondants de Peiresc. On- conserve dans le registre 1 des minutes, à Carpentras, plusieurs lettres adressées à ce prélat, qui avait été d'abord évêque de

Riez (1617-1692). Ces lettres (fol. 257 h 967) vont du 99 juin 1610 au /i avril

' Louis le Peletier, père de Claude le Peletier, président du parlement de Paris, contrôleur général des finances, ministre d'État, et de Michel le Peletier de Souzy, intendant, conseiller d'État, etc.

' Louis le Peletier avait épousé Marie Lescbassier, laquelle était la petite-fille de Pierre Pithou. Il est probable que le précieux manuscrit possédé par Lescbassier provenait de la collection de Pitliou.

' Connaissance , sens primitif qui , selon la remarque de Littré, n'existe plus. L'expression, dans ce sens primitif, se retrouve plusieurs fois dans les Essais de Montaigne.

mpniMKIlIC «ITIOlfAlR.

en la propriété d'iceluy. Je sçaurois encores volontiers le nom de ce Lorrain, qui a le texte de i'ediiion Françoise^

A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS

Monsieur, Quand vostre lettre du ai dupasse est arrivée à contretemps, je prenois la plume pour vous escrire et pour accompagner seulement les lettres que je vous envoyé tant du cardinal Bentivoglio que du cardinal Barberin, qui estoient venues par le dernier ordinaire et m'ont esté renvoyées d'Avignon ua peu trop tard, pour escrire et respondre par le retour du mesme ordinaire. Vous y verrez en quels termes M' de Thou est avec eux, et en celle de M"" le Cardinal Barberin particulièrement vous trouverez comme il parle de vous et du discours de M' Rigault sur son inscription de TuHiana, à qui je vous prie le faire voir de ma part, afin qu'il ne croye pas d'estre en si mauvais predicament^ en ce païs là, comme il se le persuadoit possible sur quelques paroles interprétées plus sinistrement^ qu'il ne falloit. J'ay receu une lettre par mesme moyen dudict S"" de Thou, qui m'accuse d'une chose à laquelle je n'ay pas pensé et fault qu'il me soit eschappé par equivocque et par mesgarde (en escrivànt parfoys trop à la haste, sans avoir loisir de relire mon escritture) quelque parolle subjette à diverse interprétation. Luy parlant de son partement de Venise pour aller à Rome, qu'il a creu que je voulois entendre de celluy de Lyon pour passer en Italie; mais je l'esclairciray bien à mon advis. Tant y a que je luy suis infi-

' Vol. 716, fol. 102. ' Smwfremeni ne veut dire ici qu'en maw-

' Réputation. L'expression, qui est dans vaisepart. C'est en ce sens que La Motlie le

les Mémoires de d'Aubigné, est aussi dans Vayer ( Verln des païens) a employé cet ad-

les Mémoires de Sainl-Simon et dans les verbe : ffEn interprétant sinixlrement de cer-

Confesstons de J.-J. Rousseau. laines actions. . . n

[1627] AUX FUÈUES DUPUY. 203

nimenl obligé de la cordiale affection qu'il me daigne porter, et vouldrois avoir de quoy luy rendre la correspondance en bons efl'ects de mon humble et fidèle service, aussy bien qu'à vous autres messieurs, bien marry de me voir condamné à mourir ingrat à tant de bienfaicts à fauite de moyens et facultez d'entrer en aulcune revanche que de simples voeux. Venant donc à vostre lettre, puisqu'elle est arrivée si à poinct pour y respondre, il me fault recommancer mes remerciments trez humbles de la peine que vous avez prinse pour moy au discours de l'article des mariages clandestins \ estant bien honteux de ne m'en recognoistre digne; mais vostre volonté précise à m'obliger, sans espoir d'aulcun retour, me doibt consoler dans mon impuissance et dans l'attente de quelque hazard favorable qui me puisse fournir un jour quelque occasion de vous servir au moings quelque foys. Cependant pour ce qui est de l'afTaire, puisque je ne m'en suis pas bien expliqué, je vous diray que Messieurs de nostre compagnie ont bien creu de pouvoir condamner à mort pour le rapt et l'ont faict souvent, n'y ayant pas de si fort mariage que la corde ne rompe, comme on dict. Mais cela n'a pas esté cappable de donner assez de terreur, et le consentement réciproque survenu à cela de s'entremarier du gré mesmes des parents les plus indignez a vaincu la rigueur des juges et les a faict incliner à en laisser l'option aux querellez, de sorte que l'espérance que les filles ont eiie de venir à ce poinct là à l'extrémité les a faict plus librement abandonner à cez mariages clandestins. Que si quelqu'un est passé par des voyes plus doulces de déclaration que le mariage fust nonvalablement contracté comme font voz officiers royaulx en voz quartiers, ainsin qu'il est arrivé de pardelà à de noz provençaulx, ils n'ont trouvé persone icy qui ayt voulu contracter mariage avec eux. 11 y en a un exemple assez notable en la persone d'un nommé Aigosi, qui se remaria enfin , mais sa femme estoit tenue comme quasi infâme et bannie des compagnies, attendu que noz curez soubstenoient y avoir eu

Sur la question des mariages clandestins dont Peiresc s'occupa tant, voir Gassendi, livre IV, p. 3 1 4-3 1 5.

afi.

auparavant mariage valable avec une aultre selon les saincls canons et conciles, auxquels l'ordonance n'avoit peu desroger, qu'un autre concile (comme celuy de Trente) n'eust desrogé aux anciennes formalitez. Le décret dudict concile de Trente n'y pouvant opérer sans estre receu en deûe forme dans le païs, de sorte que dans nostre parlement, on ne s'est jamais dispensé de prononcer comme les vostres super foedere malrimonii, à dire si le mariage estoit vallablement contracté ou non, laissant cela absolument au juge d'église, et quand nous avons recherché des remèdes ecclésiastiques, nous n'avons pas songé aux censures, car c'est trop peu de' chose, eu esgard aux humeurs du temps. Ains de faire passer entr'eux pour maxime certaine et indubitable qu'il ne se pouvoit contracter de mariage sans les solemnitez requises par l'ordinaire et par le consentement de l'église catholique. Ce qu'ils ne veullent accorder en façon quelconque qu'il n'aryt esté déclaré ,^ aussy bien par la puissance ecclésiastique comme par la temporelle. Que si nous estions venus à bout de cela et qu'il se feust veu deux ou trois exemples ou les ecclésiastiques (recogneus de tout temps pour juges naturels super foedere malrimonii) eussent déclaré n'y avoir eu- aulcun légitime mariage en cez entreprinses clandestines à faulte de solemnitez requises, c'est sans doute que cela feroit plus de terreur aux fdles et aux mères (d'où vient le plus grand mal et le plus grand abbus), car elles auroient trop d'appréhension de se voir déclarer putains ' ou mères de filles putains et les enfants bastards, etseroient indubitablement plus soigneuses d'exclurre toutes fréquentations suspectes et dangereuses, de ce qu'elles les fomentent et recherchent artificieusemenlpour attraper les bons partys. Voilà les motifs de nostre compagnie et sur lesquels je désire principalement vostre advis et de quelqu'un de voz.amys de Sorbonne, si vous le trouvez. à pi'opos. Si le bonhomme M'' Gamache estoit encor en vie'^

' Ce «terme grossier et malhonnête^, écrivains qui n'ont pas liésit»' h redire le

comme l'appelle Liltré, était employé au- vilain mot sont Molière, Saint-Simon et

trefois sans aucune difficulté, et l'abbé de Voltaire.

Guitres s'en servait aussi aisément que d'Au- ' Philippe de Gamaches était un célèbre

bigné, Mathurin Régnier, etc. Les derniers théologien qui na(]uit en i568 et mourut

je l'eusse volontiers consulté là dessus, et si le bon P. Goulu estoit en France, il le fauldroit sonder sur cela. Les derniers députez que nous avions envoyez en cour l'année passée en avoient faict article dans les cahiers de nostrc compagnie; mais cez messieurs du Conseil n'y ont respondu que l'ordonance sans faire examiner les motifs de la proposition, et tost ou tard il fauldrà se resouldre d'en faire passer une délibération ecclésiastique aux assemblées du clergé ou autrement conforme à l'ordonnance et au décret du Concile, et c'estoit sur cela principalement que je desirois l'advis des Sorbonistes pour sçavoir en quelle forme se pourroit faire tel décret ecclésiastique pour estre bien valable, et s'il ne se pourroit pas faire un simple synode provincial, car il y auroit bon moyen par aprez de le faire authoriser et exécuter, car tandisque nous avons de bonnes dispositions en celte province, nous y pourrions bien faire la planche pour les autres du royaulme, et cela se pourroit faire en sorte qu'il ne desrogeat rien à l'ordonnance, ains qu'il se conformas! à icelle. Excusez moy de tant d'importunilé et me tenez tousjours, s'il vousplaict, Monsieur, pour

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.

I^Aix, ce 8 avril 1627.

.Voubliois de vous dire que si les opuscules de Viclorius et de Candidus, qui sont dans la bibliothèque du Roy, ne se trouvent dans le Vatican, je pense que vous ne trouverez pas mauvais d'en faire octroyer une coppie au cardinal Barberin, puisqu'il tesmoigne la désirer, et qu'en ce cas on fasse honorable mention en teste du texte du livre et à la fin que cette coppie est transcrite et fidèlement collationuée en deiie forme sur le M. S. de la bibliothèque du Roy, dont il ne seroit pas mal

le 9 1 juillet i6q5. Il fut professeur en Sor- l'an 1697.» Baylo, de son côlt', di'clare

bonne de 1698 h iGgS. Le jWoréri nous ap- que ïGamaches a passé pour un des habiles

prend que rt l'on fait beaucoup de cas de ses ihdologiens du xvii' siècle» et que cses

commentaires sur la Somme de S. Thomas commentaires sur Thomas d'Aquin sont fort

imprimes h Paris en deux volumes in-fol., estimes».

à propos de cotter l'antiquité à peu prez, selon les marques qui s'y pourront trouver et les conjectures qui s'en pourront tirer de la forme des caractères et du volume. Je vous renvoyé voz trois pièces originales concernant le Concile, ayant prins un grand plaisir de les voir, niesmes celle du chancellier de l'Hospital, que je trouve grandement judicieuse et notable pour cette histoire. C'est grand daumage que le reste qu'il y avoit voulu adjouster soit demeuré en arrière. Celle du S"' Bourdin n'est pas a négliger, mais le projecl de la harangue de M' de la Guesle m'a bien agréé et seroit bien bon de faire exacte recherche des pièces qu'il allègues, mesrae de l'acte remis par devers luy par aulcuns des prélats de France opposants à la requeste du clergé de l'an 1670, et les mémoires dressez parle feu premier présidant deThou^ et autres mandez à Fontainebleau en 1564 pour cet effect, si ce n'est ce que vous cottez en vostre liasse soubs le tiltre [Advertissement de ladicte année t564]. Le recueil qu'avoit faict letlict S'' de la Guesle lors des estais de Bloys des articles du Concile subjects à modération seroient encore bien bons, ensemble les actes du clergé tant de ladicte année 1670 que de l'assemblée de Mellun et autres suy vantes, si le présidant Brisson ^ en avoit rien escript comm'il est vraysemblable , il seroit encores bon de s'en enquérir. Au reste voz offres trop honnestes me font désirer la vetie, s'il ne vous est incommode, des mémoires sur ce subject de feu M' Pithou et de feu M"^ d'Espesses, quelque confusion qui y puisse estre, et cette chronologie servant d'esclaircissement, contenue en la mesme liasse pour pouvoir estudier cette matière avec plus d'ai-

sance

' Christophe de Thou, né en octobre i5o8, mort le 1" novembre 1682, le père du grand historien.

* Barnabe Brisson, né à Fontenay-le- Comte en i53i, président à mortier au parlement de Paris en 1 583, fut pendu par les ligueurs le i5 novembre lôgi.

'' Vol. 716, fol. loi. Mentionnons deux billets de Peiresc qui manquent au recueil de

la Bibliothèque nationale et qui nous ont été conservés dans le registre des Minutes de Carpentras. Le premier (fol. ig v°), daté d'Aix [ce la avril au soir lôaj), est un vrai billet de bibliophile : ft Monsieur, ce mot n'est que pour accompagner l'exemplaire cy-joinct de Lateranibus parietiiiis d'Allemannus que je ne pouvois mettre dans les despesches ordinaires de la poste sans le

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS

Monsieur,

Depuis celle que je vous escrivis cez jours passez en faveur de

M"' d'Agut qui est [en] Hollande, Mons"" le Con[sei]I]'''" d'Agut, sou

pere^ s'estant résolu, à la prière de nostre compagnie, d'accepter la

deputation qu'elle a faicte de sa personne pour s'en aller par devers le

tlesrelier. Les ais ou quartons serviront encores h le (leflTendre entre cy et la du Irncas du chemin , n'ayant ose' le faire achever de relier parcequ'il y eust eu trop h faire par après à le conserver d'icy à Paris de la grandeur qu'il est. Si par hazard il se mouilloit par les chemins, ce que le présent porteur espère empescher, il le fauldroit promptement faire descendre à l'arrivée et le faire laver et mettre en presse tout mouillé comme je practique tous les jours, car cela efface les taches et maculatures de la mouilleure... s Le second billet (vol. 7i6,fol.5o< du 3 mai 1697) atteste la fréquence des communications reçues des frères Dupuy par Peiresc : rr Monsieur, ce mot h la haste et ail despourveu par la coniodilé extraordinaire d'un courrier do nostre compagnie n'est que pour vous dire qu'à mon trez grand regret il s'est passé deux semaines toutes entières sans que je vous aye peu escrire durant lesquelles j'ay receu les vostres du 6 , du 1 3 et du 1 9 bien conditionnées et le mai est que je ne saurois satisfaire à ce mien debvoir que sur la fin de celte semaine. Je vous avois eseript assez amplement du 1 0 et puis du 1 3.

Je vous envoyay le livre d'Allemannus. Il fauldroit un trop long discours pour vous dire les petites incommodités qui m'ont faict perdre les occasions de vous escrire dans ce temps là. Le principal est que grâces h Dieu je suis maintenant assez bien remis de ma santé euesgard à ma foiblesse ordinaire...» ' Honoré d'Agut naquit à Aix le a 5 novembre i565 et mourut en i&hS. Ce fut un intime ami de Peiresc qu'il accompagna à l'assemblée de Rouen en 161a, una cum viro bono, et collego amieo Honoralo Agutto, comme s'exprime Gassendi (p. a3a). Le biographe de Peiresc reparle encore de ce' magistrat h l'occasion de la mort de sou héros, qui en fit un de ses exécuteurs testamentaires (p. 579). H. d'Agut a laissé, dit lioux-Alpheran ( Les rues d'A iv , 1. 1 , p. 6 1 1 ), des mémoires dont le manuscrit autogra|)he se trouve à la bibliothèque Méjanes dans le fonds de M. de Saint-Vincens : Discours de r institution, progrès et suitle du parlement de Provence , faict par M. Honnoré d'Agut, conseiller du roy audict parlement. Ces mémoires, curieux surtout pour l'époque de la Ligue, s'arrêtent à l'année iG4i.

Roy avec M"' le présidant Mounyer \ afin d'arresler les poui'suiltes de Mess" les depputez de la Chambre des Comptes, je n'ay pas deub les laisser partir sans les accompagner de ce mot de lettre et vous supplier, comme je faicts Irez humblement, de leur vouloir despartir l'honneur de vostre bienveuillance et trouver bon qu ils vous aillent voir quelque foys et voz belles bibliothèques. Monsieur le présidant Mounyer a une des plus excellentes mémoires qu'ayt eu homme de sa profession et a grandement travaillé autres foys et acquis une grande cognoisçance de ce qu'il y avoit de plus curieux dans les bons libvres pour la charge d'advocat gênerai qu'il a exercée fort dignement assez longtemps en nostre compagnie^. Feu Mg'' le G[arde] d[es] S[ceaux] du Vair l'avoit tenu en grande estime, et ce fut par un grand malheur qu'il y survint de la mauvaise intelligence, laquelle a empesché que lors que Mg' du Vair se retira de cette province, il n'y procurast un plus grand employ pour M'' Mounyer, comme il eust désiré faire. Mais les choses du monde prennent le plus souvent toute une autre pente que celle que l'on eust pensée, et un peu de maladie qui y survint n'y ayda pas. Tant y a que c'est un homme qui est dans de trez bonnes maximes pour Testât et qui a de trez grandes parties et une facondité grandement naturelle et aisée. C'est grand daumage des incommoditez qu'il a de sa santé, et m'asseure que vous prendrez plaisir à sa conversation et à son entretien, si les affaires qui le mènent de pardelà, et les subjections de la Cour luy peuvent permettre de vous aller un peu gouverner chez vous. Quant à M' le Con[seiil]'"" d'Agut, c'est la syncerité, la franchise et la bonté mesmes. 11 n'y a personc dans nostre compagnie de l'amitié de qui je fasse plus de capital que de la sienne ne qui soit plus ofiicieux ni

' Jean-Louis de Monyer, que nous avons vence. Richelieu, jugeant le président-député

déjà rencontré (Lettre XXXI, du 1 8 décembre comme le jugeait Peiresc, écrit (ao juin

i6i2 6). L'éditeur des Lettres d'Etat et papiers 1627)311 premier président (Anne deForbin

ducardinaldeBichelieuÇt. Il, p. Il'] !x, noie II) de Maynier, baron d'Oppède), qu'il «s'est

n'a pas reconnu le président Meusnier et se dignement acquitté de la charge qu'il avoit

demande si ce n'était pas là Henri de Maynier, de sa compagnie n.

l'un des fils du baron d'Oppède , devenu plus " Pendant vingt ans, de i5(j7 à 1616. tard premier président du parlement de Pro-

plus obligeant que luy. Sa curiosité n'est pas si vaste comme d'autres, mais encores prend elle bien ardemment ce qui est de l'histoire, principalement la françoise et louts les livres du temps. H aura l'honneur de vous voir souvent et de s'ouvrir à vous confidamment aux occasions, si vous ne l'avez pas désagréable; et parceque je luy suis grandement obligé, les faveurs qu'il recevra de vous me seront mille foys plus chères que si vous les respandiez sur ma propre persone. Je vous supplie trez humblement de le croire et d'en tirer vostre revanche sur moy, si vous m'en estimez jamais cappable, ne désirant rien tant que de vous pouvoir faire paroistre avec de meilleurs efïectsquene sont jamais les paroUes, que je suis et seray inviolablement, Monsieur,

vostre trez humble et trez obligé serviteur,

DE Peiresc.

D'AiXjCe la may 1627'.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

ADVOCAT EN LA COUR, CHEZ M' DE THOU, RUE DES POITEVINS, DERRIERE s' ANDRE EZ ARTZ.

Monsieur, Vous recevrez cette lettre de la main de M' le Con[seiIl]'='" d'Agut que Mess" de nostre compagnie ont deppusté conjoinctement avec Monsieur le présidant Mounyer. Ils s'en vont par devers le Roy porter les trez humbles remonstrances de ce parlement contre Mess" de la Chambre des Comptes, et ne s'en vouldront pas revenir sans vous aller voir, et cez belles bibliothèques, qui sont à vostre disposition. Vous trouverez, je m'asseure, leur conversation bien doulceet bien agréable, et telle qu'on se peult permettre de personages de si grande vertu et de

' Vol. 716, fol. 106.

lUPtlUEItlE XAIIOVlLt.

si rare mérite qu'ils sont et qu'ils se font paroistre tous les jours aux occasions plus importantes qui se peuvent présenter. Ils sont entièrement dans cez plus vieilles et meilleures maximes de Testât, qui est un si bon fondement que tout ce qui s'y bastit dessus ne peult que reuscir au contentement des gents de bien elles rendre eux grandement recommandables. M'' le présidant Meunier est homme de trez grande lecture et par les mains de qui sont passez la plus part des bons libvres. Au reste il a une si prodigieuse mémoire que tout ce qu'il a leu depuis longues années luy est tousjours présent. Il a une facilité de parler si grande et avec tant de grâce que tout ce qu'il dict luy siet extrêmement bien. Enfin il a de si grandes parties que sans les incommodité/ qu'il a de sa santé, on pourroit dire qu'il y auroit peu de gents dans le royaulmeplus cappables que luy de servir dignement et généreusement le Roy et son estât. Mons"" d'Agut s'est fort attaché à l'exercice du palais ou il travaille luy seul aultant que quattre autres des plus laborieux et y reuscit trez dignement et avec une trez belle réputation. 11 excelle en toute sorte de bonté et d'inclination à bien faire et à obliger un chascun dans les termes du droict et de la raison. Il a grande curiosité en l'histoire tant naturelle que autre, mais principalement en celle de France et en touts cez libvres du temps, en quoy vous le pourrez bien ayder, en luy donnant adresse à voz amys. Ils ont touts deux l'esprit de paix et je vouldrois bien qu'ils trouvassent quelque bon moyen de la practiquer en l'affaire pour laquelle ils sont depputez, car sans mentir j'ay eu un grand regret de voir que si peu de chose ayt donné subiect à tant d'incommodité et de peine pour les uns et pour les autres. Ce sera quand il plairrà à Dieu. Cependant je vous supplie de leur despartir vos faveurs en ce que vous estimerez pouvoir dépendre de vous et de croire que je vous en seray éternellement redevable en qualité. Monsieur, de

vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.

D'Aix, ce 12 inay 1607.

Je vous supplie d'agréer que celte lettre soit commune à M' du Puy vostre frère et que je luy face la mesme supplication en qualité de son trez humble serviteur.

Parceque je désire de faire imprimer ce kalendrier Constantinien MS. (avec les Fastes et Martyrologes qui y sont joincts)^ lequel vous avez veu autres foys, je vous supplie de ne pas laisser sortir de voz mains la coppie ou mémoires que vous en pourriez avoir tirées et de moyenner que ceux qui en avoient eu la communication de vostre main soit M'' Rigault ou M'' Autin^ ou M"^ de Saulmaise me fassent la faveur de ne les poinct prester à d'autres jusques à ce que j'aye peu faire achever cette édition. J'attends le graveur Mellan qui s'en vient de Rome chez moy^, ou je luy en feray graver les figures, et aussytost feray mettre la main à l'oeuvre. Je ne sçay comme je me laissay porter à monstrer ce MS. à M. à' Orléans'', qui ne cesse de me persécuter,

' Gassendi (p. 299-280, à l'année 1617, et p. 961, h l'année 1620) fournit des détails très précis et très intéressants sur ce calendrier donné à Peii'esc par Scliilder, clianoine de Cambrai. Gassendi constate avec un grand méconlentement que le document dont Peiresc avait commencé à s'occuper dès 1617 fut inséré tout entier, dix-sept ans plus lard, par « ^gidius Bucherus societatis lesu in coinmentarium Canonis Paschalis Vicloriani». Il faut rapprocher des assertions de Gassendi les renseignements foui'nis par le Catalogue des manuscrils de la bibliolhbque de Carpentras (t. II, p. 27-29) sur les divers calendriers anciens réunis par Peiresc et conservés dans le registre V de sa collection.

' Autin ou Auitin était un conseiller du roi au Cliâleletde Paris qui s'occupait beaucoup d'arcliéologie. On a , dans le registre I des Minutes de Carpentras, quatre lettres de Peiresc h ce savant magistrat (du 5 février 1699 au 26 mai 1687, fol 578-574).

' Claude Mellan , un des plus habiles dessinateurs et graveurs du xvii* siècle, naquit

à Abbeville en mai 1598 et mourut à Paris le 9 septembre 1688. Gassendi (livre V, année 1 635 , p. 4 4 1 ) nous a])prend que Peiresc garda chez lui j)cndant plusieurs mois Claude Mellan, irarlificem inter pictores cœlatoresqueeximium , ipsum quoque Roma redeuntem d. M. de Chennevières ( liecherches sut- quelques peintres provinciaux , 1. 1, p. 18) assure <jue Mellan se rendit à Rome , en 1 6 a 4, aux frais de Peiresc. L'auteur de l'article Mellan, dans la Nouvelle biographie générale, M. Hennin, observe que Mariette ne mentionne pas cette particularité. J'observe, à mon tour, que Gassendi ne la mentionne pas davantage. Ce qui la rend bien douteuse. M. H. Hennin parle ainsi du séjour du grand artiste chez Peiresc , séjour qu'il met en 1 G 86 : (T C'est dans la maison de cet homme aimable , où le retenait une généreuse hospitalité, qu'il fit son portrait et celui d'un auti'e de ses commensaux , le célèbre Gassendi ; il grava aussi pour ce dernier les figures des différentes phases de la lune.s ' Ce mot est en chiffre.

mais je m'en deffendray prou honnestement, si par delà il n'a moyen d'avoir de voz amys ce qu'ils en ont retenu. Le P. Vassan Dom Jean de S' Pol ' l'avoit eu de moy et je crois bien que s'il en a rien gardé par devers luy, il sera bien aise de ne le pas bailler à d'autres à mon préjudice. Vous sçavez ce qui m'avoit occasionné de tenir cette pièce si serrée pour punition du père Sirmond-, qui en avoit tant d'envie et qui avoit eu le courage de me refuser un feuillet d'un sien MS. , dont je m'estois voulu servir en un discours d'histoire que j'escrivois au pauvre feu M"" d'Aviron \

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, Avec quel front puis je comparoistre à ce coup cy devant vous pour respondre en une seule foys à toutes voz quattre despesches du moys d'avril venues par les li ordinaires du 6, 1 3, 20 et 27""% encores crains je d'avoir oublié de vous accuser celle du 3o mars. Toutes lesquelles sont venues fort bien conditionnées et accompagnées d'une infinité de beaux livres et papiers des plus curieux qui se puissent voir, dont je vous en renvoyé aulcuns des principaux présentement, entr'autres quattre pièces de la Valteline , ti'ois de Verdun , une de Mogor, une du Mansfelt, deux des servitudes ou manumissions tant d'Aurleans que de Vendosme ou S' Laumer*, une autre vendosmoise et une de Lyon. Il me fauldroit faire un vollume, non pas une lettre, s'il estoit question

' Voir sur ce personnage une note de resc, dont la libéralité était proverbiale, ne

la letti'e IV de Peiresc, du a8 décembre lui pardonna jamais d'avoir manqué à un

1 698. devoir de confraternité qui , à ses yeux , avait

' En chiffre. On regrette qu'un grand quelque chose de sacré, savant comme le P. Sirmond ait eu lapeti- ' Vol. 716, fol. 108.

tessc de refuser à un autre grand savant la ' Sanclus Launomarus, abbaye de béué-

communication qui lui était demandée. Pei- dictins dans la ville de Blois.

de vous cotter ce que j'ay trouvé à remarquer en chacune y ayant de quoy prendre de Irez singulières instructions et pour l'antiquité et pour le temps présent. Parmy cela nous avons receu des livres bien gentils, entre autres cette belle généalogie de Bar\ cez recueils de M' Rigault pour Mad" de Bouillon^, cez vies de Jacques et Ant. de Ghabanes, qui nous estoient eschappées longtemps y a, ce supplément de l'Histoire de Montauban durant l'année 1628 , ces Vindiciae du P. Goulu, cette apologie deBalsac, le Silius Italiens, cez republiques Anglorum et Venetorum, cette diattribe de M"" Godefroy de Praecedentia à laquelle j'ay prins grand plaisir, et en dernier lieu cette defTence de lustinian de Tho. Rivius^ 4"*^ j'î prise grandement et que j'ay grande envie de voir s'il m'est possible entre cy et le temps qu'elle pourra passer à Rome ou je l'^nvoyeray, puisque vous me le permettez, sçaichant bien qu'ils la verront trez volontiers, quelque maulvais traittement qu'ils y puissent trouver pour eux. Mais si fauldrà il voir d'en recouvrer quelque autre exemplaire, car à ce peu que j'en ay peu entrevoir, je tiens que la pièce sera trez bonne et nécessaire aux curieux. Si le commerce d'Angleterre manque, il y aura bien moyen d'en tirer de Hollande, et puis le volume est si portatif qu'il se trouvera prou quelque expédiant d'en tirer d'Angleterre mesmes, à quoy celuy qui escripl cez beaux advis pourroit bien suppléer en un besoing par la courtoise entremise de M"' Priandy qui ne cesse de m'obliger et à qui je suis infiniment redevable du soing qu'il a daigné prendre pour moy et pour assouvir la curiosité de ce livre de Possevin*. Pendant ce temps là, lorsque je m'y attendois le moings, les

' Par Tlu^odore Godefroy, comme nous l'avons déjà vu.

' La veuve de Henri de la Tour, vicomte de Turenne, duc de Bouillon, Isabelle de Nassau, fille de Guillaume de Nassau , prince d'Orange, et de Charlotte de Bourbon-Montpensicr, laquelle veuve mourut en iG^a.

^ Nos biographes (Morori, recueil Michaud, recueil Didot, etc.) ont négligé cet auleui- tant estimé de Peiresc. Nos biblio-

graphes l'ont aussi négligé. Je ne trouve mention de lui et de son livre que dans la Bibliographie biographique d'Ed.-Marie OEttinger (i85o, p. 33G); l'auteur y est appelé Thomas Rivinus et le livre y est ainsi décrit : Defensio Justiniani, Londres, i6a6,in-8°; Francfort, i628,in-8°; Helmstadt, i654, in-4°.

* Le livre surMantoue, dont il a été parié dans la lettre XXIV, du 8 novembre 1 Ga6.

genls de M"" noslre premier présidant d'Oppede m'ont apporté le baliot de M'' Buon, qui se trouva bien sec, mais par une merveille bien grande, car ii estoit venu par batteau sur le Rosne, ou prou d'autres balles furent mouillées, et par laquelle voye je ne laisse jamais venir mes livres, et estoit le plus mal emballé que je vis jamais, sans maculatures, sans cordes pour le lier et le tenir en subjection, et en somme il sembloit qu'on l'eust voulu exposer par plaisir à toute sorte d'injure de temps et des chemins. La bonne fortune voulut que les gents de M"^ d'Oppede le trouvant à Lyon le prindrent pour l'amour de moy, car jenesçay quelles adresses il y avoit. Tant y a qu'il est bien venu, Dieu mercy, qui est le principal, dont il faut rendre plus de remerciments à la fortune qu'à la prevoyauce de M'' Buon. J'y ay trouvé le S'^ Basyle le Grand et le Libanius. Mais avec cela j'y ay trouvé cet Hakluttus Postumus ou Voyages des Indes de Samuel Purchas^ in fol" de l'an 1625 en cinq volumes tant seulement, ce qui me fait craindre qu'il ne soit imparfaict, car vous m'aviez mandé qu'il estoit de sept volumes, et afiîn que vous vous en puissiez esclaircir, je vous diray que les deux premiers volumes ont leurs pages nombrées^ d'une seuUe suitte, aussy bien que le nombre de dix livres, ayants couppé le dernier cahier du v*^ livre pour en séparer les derniers feuillets d'avec les premiers du sixiesme livre, dont ils font le commencement du second volume. Ils en ont fait tout de mesmes en la division d'autres dix livres, dont sont composez les ni""= et nn"^ tomes. Le cinquiesme tome porte sa fin particulière avec des appendices de Relations de Russie et de l'Histoire Sarrasine d'Elmacius imprimé par Erpenius^. Il y a plusieurs carthes, mais elles sont en bien petit volume et tirées la plus part de Hendius,

' Voir la lettre de Peiresc à Dupuy du gné, dans la Bruyère, dans Montesquieu, etc. 99 novembre 1696, n° XXVI. ^ Th. Erpenius, auquel j'ai déjà consacré

^ iVonftrer, qui est si peu employé, est un une note (Lettre XIX, du 3 juin iGgô),

mot qui a les plus beaux titres de noblesse. traduisit en latin le texte arabe de George

On le trouve dans la Chanson de Roland, Elmacin, traduction qui parut à Leyde en

dans Joinviile, dans le Roman de la Rose, i695, in-fol. Voir le titre très développé

dans Gommynes, dans Amyot, dans Des- de YHislona Saracenica dans le Manuel du

cartes, dans la Fontaine, dans M°" de Sévi- libraire (t. II, col. 96/1-965).

ce qui semble diminuer un peu le crédit et la nouveaulté qu'on s'y promettroit. 11 y a bien des peintures indiennes bien bigearres ' et qui donneroient bien la torture au S"" Lorenzo Pignoria à mon ad vis, car il y a grand rapport avec les figures hiéroglyphiques d'Aegyple. C'est tout ce que j'ay sceu recognoistre pour encores ou j'aye trouvé de quoy mordre, car le reste m'est bien caché dans le langage anglois. A cela le S'' Buoii a adjousté quattre volumes in fol" de Décisions de Paulus Christinaeus'^, dont nous n'avions guieres affaire. Qualtre volumes d'images d'hommes illustres in /i^de Theod. de Bry de l'an iBgS^ avec quelque chose de Boissardus ' au conmiencement, et la première feuille refaicle et redattée de l'an 1 627 ^, où il y a de merveilleuses grimasses et où feu M"" Scaliger et Lipse "^ sont ressemblants et habillez d'une estrange façon : au reste la pluspart des feuilles maculées et mouillées de bien longue main. Il y a encores un livre in i" de Grimauderie ^ Grecque de Daniel Pareus* imprimé en si chelif papier et si petit caractère que je n'y vois goutte, avec le Bauliiiius de Ilermaphroditis in 8" 16 li'.

' Peirpsc écrivait bigearre four bizarre, comme bon nombre de ses contemporains, conuno Jean Ghaj)elain par exemple. Voir Lettres, t. I, p. 688.

' Paul (ïliristinion ; né à Malines , mort en 1 687, recueillit les décisions du conseil de sa ville natale. Le Moréri, citant la Bibliothèrpte historique des auteurs de droit, par Denys Simon (édition de lôg-j), attribue six volumes au recueil que Peiresc trouvait déjà trop considérable en quatre volumes.

^ Icônes virorum illuslr. doctrina et eruditione prœstmitium . . . Oinnia in œs incisa artificiose, j)er Theod. de Bry. Francfort, 1597-1699, h j)arties in-4°.

* Jean-Jacques Boissard, né à Besançon en i5a8, mourutàMetzle 3o octobre i6oa.

Ce poète antiquaire a une bonne notice dans la France protestante ( nouvelle édition , t. II , col. 704-718).

' On publia une nouvelle édition sous ce

titre : Bibliotheca , sive thésaurus virtulis et gloriœ {Praiidorl, 1628-1631, i vol. in-/i°).

° Le nom de Juste Lipse n'a pas encore figm'é dans ces lettres, mais le grand humaniste est trop célèbre pour qu'il soit utile de résumer ici sa biographie.

' Langage de Grimaud, de pédant. Le mot a été employé dans ce sens par Sorel dans FrancioH.

* Daniel Pareus, né à Neuhausen vers t6o5, mourut tragiquement en 1 635. Voir le Dictiomuiire de Bayle et les Mémoires de Niceron. Le livre dont Peiresc parle si dédaigneusement est le MeUiJicium atlicum (Francfort, 1637, m-h°), recueil de sentences rédigées en lieux communs et tirées des auteurs grecs. Le recueil est dédié i» l'université d'Oxford.

' Gaspard Bauliin , né à Bâle en janvier 1 56o , mort dans In même ville en décembre 1 6a 4 , médecin et botaniste , publia : De lier-

La Vie do la S[aintc] Vierge Marie de Marcassus de l'édition de luy mesiiies^ Le Discours des Med[ai]ll''' de Savot avec le Ciclometricus de Snellius^ (que je pense il avoit eus de vous) et finalement le 17""' tome de Baronius de Cologne, et le commancement de l'Histoire du Roy François I de Mathieu^. Il sera bon, que puisque vous prenez si volontiers de la peine pour moy, qu'il ne m'envoye plus rien sans qu'il le vous ayt faict voir au préalable et le pix est que je n'ay trouvé en ce ballot aulcune sienne lettre ne facture, de sorte que je ne sçay si tout ce qu'il m'a voulu envoyer y est ou non, ne si c'est luy qui m'envoye cez livres ou autre soubs son adresse. Il est grandement négligent à escrire et à rendre raison de son faict. Au surplus j'ay veules tiltres de cet ouvrage du P. Petau contre Scaligerde doctrina temporum (ou il n'y a poinct à marchander qu'il ne me le faille en grand papier, puisqu'il s'en trouve, les deux escus de la differance du prix des ordinaires n'estants pas considérables en semblables rencontres) comme aussy de ce livre du cardinal de la Rochefoucault pour le desadveu de la censure de M' de Chartres in A"; et encores deceluy de Du Moulin contre la réplique du cardinal du Perron in fol" de Sedan'', lesquels je me condamne d'achepter, et si ce lac. Zieglerus in Genesim et Exodum, i54o, se Irouvoit à vendre je l'achepterois encores plus volontiers à cause des opuscules de ce Candidus et Victorinus qui sont derrière. Voire mesmes pour ce loannes de Neapolis Quaestiones etc. f° 1618^,

maphrodttorum monstrosorumque partuum natura lib. II (Oppenheim, 161 4, m-8°).

' Peiresc veut-il dire que Marcassus avait imprimd de ses propres mains sa Vie de la sainte Vierge? Marcassus fit tant de raëtiers, que l'on peut bien se demander s'il ne fut pas aussi imprimeur.

^ Cyclomelricus seu de circuit dimensione (Leyde, 1621, in-4°).

^ Pierre Mathieu, né h Pesmes (Haute- Saône) en décembre i563, mourut à Toulouse le 19 octobre 16 a». V Histoire de François I" n'est indiquée ni dans la Biblio-

thèque historique de la France, ni dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale [Histoire de France).

' Nouveauté du papisme opposée à l'antiquité du vray christianisme (Scdaa, 1627, in-fol.; Genève, 1627, 2 vol. in-'i"). Voir sur Pierre du Moulin (18 octobre 1 568- 10 mars iG58), l'article de la France protestante , et sur le cardinal Jacques Davy du Perron (19 novembre i556-5 septembre 1618), la monographie de M. l'abbé l''eret (2 vol. in-8°, 1877).

' Voir, sur le dominicain Jean de Naples

je n'y plaiudrois pas la pistole à le prendre là plustost que d'avoirle soing d'en escrire en Italie, car estant in fol" la surtaxe ne peult pas importer de beaucoup dans ce prix là, et pour y subvenir ensemble à cez deux petits conlereaux ' que vous m'avez envoyez de chez Cramoisy et Drouard je vous envoyé dix pistoles que je niettray dans ce pacquet, si je le trouve assez gros (comme je pense qu'il sera) pour en cacher le poids, afin de ne poincl espuiser le reste du fonds de la partie du S' Lumaga.

J'ay esté infiniment aise de voir vostre inventaire des autheurs Rerum Germanicarum, lequel je viens de conférer dans mon estude avec ce peu que j'ay et ay trouvé que j'en ay plusieurs des principaulx, mais neantmoings il m'en detfault cncores tant que j'en ay eu honte. Il est vray que vous m'en avez desja trouvé une demy douzaine de volumes désignez aux rooUes desdicts Cramoisy et Drouard, qui m'ayderont à attendre plus patienment la rencontre des autres, qu'il me fauldrà avoir quelque jour, si vous les pouvez trouver, dont j'ay faict faire un roolle à part, qui sera cy joinct, sur lequel sont croisez ceux que je désire plus ardemment d'avoir, s'il y en a de moyen, estimant que les trois volumes in fol" de Fabricius^ que vous avez prins de Cramoisy soubs les titres de Saxoniae IHustratae lib[ri] ix et Rer[um] Saxoniae Memorabilium vol[unn'na] duo sont les mesmes que vous cotiez dans vostre inventaire germanique soubs les tillres Originum Saxoniar[um] lib[rij IX Lips[iaeJ 1606, et Rer[um] Germaniae magnae et Saxoniae vol[umina] duo , Lips[i.Te] 1 609. Mais pour revenir à ceux qui me manquent encores, j'y trouve de grands articles, entr'autres cez quattre tomes compilez parSim. Schardius^, Basil. 1576. Ce Metropolis Salisburgens.

et sur ses ouvrages, le recueil des pères l'on y chercherait vainement contercau.

J. Qnelif et J. Echard, Scriptores ordinà * lia été question de Georges Fabricius

prœdkatorum recensiti, etc. (Paris, in-l'ol., et de ses publications dans la lettre XLV et

a vol. 1719-1731). surtout dans la note 5 de la page 187.

' ConiereaM est un diminutif du mot cowpie, ' Simon Schard, né dans la Saxe vers

comme poctereau est un diminutif du mot i535, mourut à Spire le ao mai 1578. LiCS

poêle. ^\a\s poétereau se ti-ouve dans nos die- quatre tomes dont parle Peiresc (Opun hts-

lionnaires ancieDs et nouveaux, tandis que toricum de rébus Gemuinicis) furent publiés

IHrHIMEmC RATlOIitt.

en trois tomes. Cez autres tomes d'Alb. Grantzliius^ soubs les tiltres de Metropoiis, Saxonia et Vandalia^ Ce Lazius Rer[um] Viennensium et in Genealog. Austriacam\ Ce Ger. de Roo Genealog. Austriac. f° Oeniponti (que je n'espère pas recouvrer si ce n'est par grand liazard.)^ Ces effigies Tyrolensium Comitum et Ducum Bavariae, et les autres que j'ay prinses dans vostre inventaire et faict insérer dans mon menioire cy joinct, pour lequel je vous diray que bien que je ne fasse pas de recueil de cez libvres de controverses, toutefoys je me condamne à ce volume de Gretserus* pour l'amour de la Vie de Greg[oire] VII d'Onufrius'', dont j'ayme toutes les oeuvres avec inclination particu-

par les soins de Nie. Gesner et forment trois volumes in-fol. Voir sur ce recueil l'article de la Biographie universelle , où Weiss rappelle que l'analyse s'en trouve dans la Méthode de Lenglet-Dufresnoy et (en partie) dans la Bibliothèque historique de la France.

' Albert Kranlz. Voir lettre XLV et note 2 de la page 188.

' Metropoiis sive historia ecclesiastica Saxoniw {Bà\e , 1 5 48, in-fol.). — Saxonia, sive de Saxonicœ gentis vetusta origine , etc. , libri XIV. Cologne, i5ao, in-fol. Ouvrage réimprimé avec préface de Nicolas Cisner h Francfort, in-fol., en lôyô, i58o, 1691. — Wandalia sive historia de Wandalorum vera origine, variis gentibus , etc., libri XIV Cologne, iSig, in-fol.; Francfort, iSyS, in-fol.

' Woifgang Lazius , né à Vienne en 1 5 1 9 , mort en juin 1 565 , médecin , puis professeur en médecine à l'université de Vienne, historien , historiographe , pliilologue , etc. , a laissé de nombreux ouvrages dont on trouvera la liste dans le tome XXXI des Mémoires de Niceron. Le plus célèbre est le premier de ceux que mentionne Peiresc : Viennce-Austria;, seu rerum Viennensium coinmentarii, etc.

(Bâie, 1 546, in-fol.)

' Un autre ouvrage de Géraixlde Roo est ainsi indiqué dans le Manuel du libraire : Annales rerum ab austriacis Hapspurgicœ gentis principibus a Budolpho I usque ad Carolum F//'este)"MOT(OEniponti, i5f)2 , in-fol.)

' Jacques Gretser, né à Marckdorf en Souabe(i56i), professa la philosophie et la théologie pendant vingt-quati-e ans h Ingolstadt et mourut dans cette ville en i6a5. Voir dans le tome XXVll des Mémoires de Niceron la liste de ses nombreuses publications (près de i5o). On retrouvera celte liste plus détaillée dans la Bibliothèque des écrivains de la compagnie de Jésus (t. I, infol., col 3354-2279).

" Onuphre Panvinio , né en 1 5*3 9 à Vérone, mourut àPalerme en avril i568. Le volume du P. Gretser que Peiresc se résigne à acheter à cause du traité de l'antiquaire italien parut à Ingolstadt, in-4°, 1609. Dans la collection complète des œuvres de ce laborieux écrivain (Ratisbonne, 1734-1741, 17 vol. in-fol.), c'est au tome VI que l'on trouve : Defensio Romanorum Pontificum.

Apologia pro Gregorio VII. Accessit de vita et rébus gestis ejusdem Gregorii VII. Narratio et relatio historica ex libro quarto Onuphrii Pnnvini de varia Romani pontificis creatione , etc-

liere^ et vouldrois bien sçavoir les tiltres de toutes ies pièces que vous avez de ses oeuvres^. J'ay bien le Witikindus^, mais vous en cottez une édition plus récente et plus con-ecte d'Henricus Meiboniius de l'an 1621*, qui m'est un impos dont je ne me sçaurois garentir. J'ay bien Annales Bojorum Aventini fol" d'Ingolstadt 1 55/»^, et si vous ne m'asseurez que l'édition de Basle de l'an i58o, cottée en vostre inventaire, soit meilleure *', je me contenteray bien du mien. Mais vous en cotiez un autre soubs le tiltre d'Annales Schirenses ab Aventino scripti de Principum Bojoriae origine, Biponti 1600, li° que je m'imagine estre différant et nécessaire à l'assortiment ^ J'ay bien quelques autres chosettes de cette matière que vous n'avez pas exprimées en vostre inventaire comme le Beatus Rhenanus*, un II""' volume d'Urstitius Annales Heremi Dei^ (j'en ay un double à vostre service) et quelques autres, mais je

' Peiresc avait raison d'aimer les œuvres de Panvinio, qui fui un des meilleurs antiquaires du XVI* siècle et qui, loin d'abuser de sa très jjrande sagacité, eut le mérite d'appuyer patiemment toutes ses assei-tions sur les monuments, les inscriptions, les médailles. Un aussi consciencieux travailleur ne pouvait que ravir le savant archéologue d'Aix, lequel en lui retrouvait sa })ropre image.

' Les dissertations soit imprimées, soit inédites de Panvinio ont été énumérées par Scipion Maflei dans sa Verona illustrala (t. Il, p. 348etsuiv.).

' C'est le recueil de Reinier Reineck [Reitieecius), recueil contenant les Annales saxonnes de Witickind, moine de l'abbaye de Corvey (Francfort, 1677, in-fol.): Scriplores rerum Germanicarum , scilicet annales Witichitidi monachi, Dilmari Chronicai , elc. Ajoutons que Reineccius a publié aussi un ouvrage sur Wittekind le Grand, duc de Westphalie (Francfort, i58a , in-fol.; Helmstadl, i583. in-fol.). Voir le titre complet

de l'ouvrage dans la Bibliographie biographique d'OEttinger, p. 708).

'' Henri Meibom , né en 1 555 , fut professeur à Helmstadt et mourut en iGaô. Reineccius , dont il était le disciple et l'ami , lui avait adressé , quelques mois avant de mourir, une notice autobiographique {Narratio de vita sua).

' C'est la première édition des Annales de Bavière de Jean Tourmayer, plus connu sous le nom d'Avenlinus; elle fut donnée par les soins de Jérôme Ziegler.

" La nouvelle édition était meilleure, car Nicolas Cisner y rétablit divers passages que Ziegler avait pris la liberté de retrancher.

' Ce fut Eric Olaiis Tormius qui publia le Chronicon, sive Antiales Schiretises. L'ouvrage a été réimprimé en i6a3 et en 1716.

" Rhenani Beali rerum Germanicarum libri très... (Basileae, in ofDcina Froberiana, i53i, in-fol.).

' Le Manuel du libraire indique [Table, col. 1487, n" a635a) l'ouvrage que voici : Christ. Vrstisii Germaniœ illustr. hisloricorum lomi duo, ab Henrieo IV ad annum làoo

LETTRES DE PEIRESG

m'imagine que vous ne les avez obmis que par oubliance\ ne doublant pas que vous ne les ayiez entre vos iibvres. Vous cottez un volume Rer[um] Hungaricarum ex bibliotheca Bungarsii, Vechel 1600-; qui me mettoit en doubte d'abbord, parceque celuy que j'ay de mesme datte ne porte pas le nom de M' Bongars^, mais ayant trouvé la dédicace faicte à M"" Ancel', j'ay jugé que ce debvoitestre dudict S''Bongars et que c'est le mesme que le vostre. Vous m'en esclaircirez, s'il vous plaict, et puisque vous avez tant faict, je vous supplie de me faire envoyer coppie de l'inventaire des autheursRer[um] Turcicar[um], Persicar[um], Sarracenicar[um],Moscoviticar[um] et autres semblables pour pouvoir juger si j'en suis malassorty comme de ceux d'Allemagne. Que si par occasion en chercbant cez pièces de Lazius on trouvoit la vieille édition de son petit volume in fol° intitulé Graecia derrière lequel il y a un petit traicté intitulé Ex texto tegula*, jele payerois volontiers jusques à une demy douzaine d'escus; mais pour la dernière édition de ce volume de Graecia de Francfort sans la susdicte suitte, j'en ay un exemplaire et ne sera pas de besoing d'en achepter. Tant y a que de toute cette grosse facture nouvelle de iibvres, s'il s'en peult r'amasser quelques uns, je lesprendray beaucoup plus volontiers en blanc que reliez, sinon il les fauldrà prendre reliez; mais cela se pourra faire à loisir, selon les rencontres, en chemin faisant, ny ayant rien en cela qui presse ne qui doive retarder la veniie de ceux que vous avez desja touts prests, qu'il

(Francof. , i585, in-f'ol. Editio secunda, ibidem, 1670, in-fol.) Cet érudit a été oubJié dans nos modernes recueils biographiques, et le Dictionnaire de Morért n'accorde que quatre lignes à Urst (Chrétien), Urstisius , professeur de mathématiques à Bâle, mort en i586.

' Ce joli mot, déjà employé au xuf siècle , a été ilkistré par Amyot et par Montaigne. L'écrivain le plus récent cité, sous ie mot oubliante, par Littré, est un contemjwrain de Peiresc , Guez de Balzac.

^ Jacques Bongars , né à Orléans en 1 5 5 8 ,

fut enferré au cimetière du faubourg Saint- Germain à Paris, le 99 juillet 161a. Voir la France protestante (seconde édition, t. II, 1880, p. 8i5-825). Sa Collectio Hungaricarum rerum scriplorum parut à Francfort, in-fol.

^ Peut-être Guillaume Ancel , mentionné à la date de 1 5 96 dans la France protestante (t. I, 187/i, p. gio).

* Je ne puis rien dire de ce pelit traité que n'ont jamais vu divers savants bibliographes que j'ai eu l'honneur de consulter sur ce point.

vauidrà mieux faire emballer et envoyer par les rouUiers de Lyon, soubs l'adresse de Mess" Cardon et Guvellat, car ils auront soing d'en recevoir le ballot, payer le port et me le faire tenir icy incontinent par noz mulletiers ordinaires de cette ville icy. Il fauldrà neantmoings en advertir M'' Tavernier, qui en un besoing prendra la peine de faire faire l'emballage, et possible y adjousterà il quelques livres de funérailles figurées et autres qu'il m'a apprestez, tant de ceux que je luy avois demandez que aultres de mesme matière , touts lesquels je serois bien aise que vous eussiez veus avant que l'on me les envoyast'.

Monsieur, J'ay à peu prez satislaict par la précédante feuille à ce qui pouvoit conserner les livres dont il vous avoit pieu m'escrire ou dont j'avois creu vous debvoir parler. Il me reste pour ce regard à vous dire que du livre des Assises de Hierusalem j'en ayt escripten Italie, à Rome et à Venise et en ayt faict escrire par Marseille en Cypre et en Hierusalem, de façon que s'il s'en trouve j'espère que nous en aurons sans en importuner le bonhomme M'' l'Eschassier et que nous en ferons passer l'envie à noz amys. Dieu aydant. J'ay prins grand plaisir d'entendre ce que M"" Deodati vous avoit dict des ouvrages et nouvelles inventions du Galilée. M'' le Prieur de la Valette que nous avons icy (qui est un des grands mathématiciens du temps )^ m'a dict avoir veu lettres

' Les livres sur les funérailles dont la date se rapproclie le |)Uis de celle de la présente lettre sont le Traité des tombes et sépultures, par Poullet (Paris ,1612, in-S") , et \e De Jure inaiiium, seu de rilu, more et legibus prisci funeris libri très, par Jacques Gutlier (Paris, 1 6 1 5 , in-4°). Un ouvrage plus célèbre , mais moins récent, est celui de CI. Guichard ; Funérailles et diverses manières d'ensevelir des Romains, Grecs et autres nations, tant anciennes que modernes, etc. (Lyon, i.ïHi, ia-h° avec figures)

' Joseph Gaultier, prieur de la Valette,

naquit à Rians le ai novembre i56i et mourut à Aix le 1" décembre 16/17. ^^ l'éloge que lui donne ici Peiresc,il faut ra|)procher l'éloge que lui donne Gassendi (livre H, année 1610, p. 179) : fViro totius quidem Matheseos, sed astronomicae praesertini peritissimo. n Le biographe do Peiresc n encore re[)arlé du savant astronome (p. i83, 876, etc.). Voir Les correspondants de Peiresc. IV. Joseph Gaultier, prieur de la Valette. iMtres inédiles, écrites d'Aix à Peiresc, de t6og à i6Sa (Aix, 1881, m-S°).

du S' Deodati au S'' Gassendy sur le mesme subject un peu plus amples, lesquelles il m'a promis me faire voir, et aurions bien désiré l'un et l'autre qu'il se fust un peu mieux explicqué sur le subject de cette nouvelle mechanique pour comprendre à peu prez l'usage d'icelle, s'il pense qu'il importe d'en tenir l'invention secrette, et vouidrions bien voir ce qu'il promet du flux et reflux si apparement deschifi'ré comme il dict. Conservez moy, je vous prie, aux bonnes grâces dudict S"" Deodati et l'asseurez de mon humble service. Je plains bien la mort de M' Juret^ et regrette encore celle du frère de feu Papyrius Massonus^. C'est un bon homme que ce M"^ Robert^, aulbeur de la Gallia Christiana *. J'escriray à Lyon pour sçavoir que deviennent les papiers de ce pauvre Masson. Vous nous avez mandé que Mess" du Parlement s'estants assemblez avoient arresté et demeuré d'accord ensemble des actions auxquelles les chambres seroient assemblées, s'il s'en est rien rédigé par escript sur les registres, cela meriteroit bien d'en avoir coppie, sinon il seroit bon de prier quelqu'un de cez mess" qui estoient présents d'en faire une petite relation, car cez ordres et règlements peuvent grandement servir dans les cours souveraines. Cez informations de vita et moribus tant de M. le Cardinal de Richelieu que de M''Desfiat sont bien solemnelles et portarebbe la spesa d'en avoir coppie de quelqu'une, sans consequance pour la réputation de cette nouvelle introduction de pairrie personelle. Quand le moine des Billetes sera

' François Jurel, né à Dijon en i553, mourut en dëcenibre 1626. 11 lut chanoine de Langres. Il était lié avec les frères Dupuy, avec Gillot, avec Pithou. Voir la liste des travaux de cet érudit dans la Bibliothèque des auteurs de Bourgogne , par l'abbé Papillon (t. Il, p. 355-36i).

^ Jean Masson , que La Croix du Maine appelle Le Masson [Bibliothèque française, t. I, 1772, p. 5/12), était le frère cadet de Papyre Masson. 11 fut conseiller et référendaire en la chancellerie à Paris, archidiacre de Caen (janvier 1610), prieur de Villers-

Bocage ()6i5). Voir, sur ses publications, La Croix du Maine, Moréri, la Bibliothèque historique de la France, etc. Les biographes n'avaient pas indiqué la date du décès de Jean Masson.

^ L'abbé Claude Robert, né vers i554 à Chesley (Aube), mourut à Chalon-sur- Saône le 16 mai 1687.

' 1626, in-fol. Constatons que Peiresc ne dit pas, comme tant de savants qui citent le recueil refondu et continué par les Sainte- Marthe, le Gallia christiana.

jugé, vous m'obligerez de me faire avoir coppie de l'arrest et de ce qu'il y pourra avoir de plus notable concernant l'assassinat du feu S"" de Pcy rôles, dont on faict icy des contes à perte de veiie. L'ouvrage de Quentin est prou bon pour moy, il me tarde bien de voir ce qu'il a escript du verbal et cahier des Notables et autres pièces de l'assemblée, sans y considérer la pleyeure, dont je ne doibs pas estre plus jaloux que vous, Monsieur, de tant de belles pièces qu'il vous plaict me communiquer à toutes heures. Pour les autres choses qu'il a entreprinses j'auray plus de patiance, et si le ballot de livres est bientost prest, on les y pourroit mettre dans quelque gros volume pour les y bien conserver. Quand au Fasciculus rerum expetendarum je ne pense pas que vous ayez plus de regret au marché de 12 11. [livres] quand vous aurez veu que je me relaschois à 18 11. plustost que de n'en poinct avoir. La despesche que je cottois du 9°"= n'estoit que celle mesme du v^ de mars, parcequ'elle avoit retardé entre les mains des commis jusques au 9'"'' et que sur mon bordereau j'avois cotté qu'elle estoit partie le 9""" et quand je vous l'accusay il ne me souvenoit pas que mes lettres estoient plus vieilles de 3 ou ^ jours que leur despart, comme il arrive souvent à ceux qui sont constrairicts comme moy de m'accommoder à la commodité d'aultruy. Mais nous sommes aprez de faire establir un ordinaire d'icy à Lyon, qui fera que toutes les semaines les lettres iront d'icy à Paris dans six jours et demy et reviendront dans semblable temps'; mais il fault attendre la tenue des Estats et parconsequantla venue de M. nostre gouverneur^, qui a esté arresté de pardelà par la venue du duc de Lorraine'. Je suis bien aise que l'édition du Scaliger de emendationeteniporum se fasse en si beau papier et que M"' Diodati y aye quelque iiiterest, car il aura tant plus de soing de la

' Ce fut un peu plus tard , avec le concours ' Charles de Lorraine , quatrième duc de

du cardinal-archevêque de Lyon , Alphonse Guise , comme nous l'avons d^jk vu. de Richelieu , que Peiresc réussit à obtenir ' Le duc de Lorraine était parti de Nancy

cette grande amélioration dans les relations le 1 8 avril 1627 pour aller assurer Louis XIII

postales entre la Provence, le Lyonnais et de sa fidélité. Paris.

rendre bien correcte, ce qui importe beaucoup plus en cette sorte d'ouvrages qu'en toute autre. J'avois prins equivocque sur l'édition de lEusebe qui se faict à Leyden, à cause que c'est quasi unemesme matière, et vouldrois bien sçavoir à peu prez en quel temps se peut espérer que soient achevées l'une et l'autre desdictes impressions et si elles sont bien avancées ou non. Je plaints infiniment la mort d'Ubbo Emmius, ayant veu avec grand goust tout ce qui m'est tombé en main de sa façon, et crois que ce sien dernier ouvrage de vêtus Graecia 2 vol. in-8° sera excellent aprez les autres qui y avoient travaillé, car cet homme me sembloit plus exacte que les autres qui s'en sont meslez^ Il me tardera grandement d'en avoir ladicte veùe , comme aussy des Epistres de Scaliger et de l'Aristarche de Heinsius, et vouldrois bien y faire joindre cette autre sienne pièce ballottée dans Rome intitulée Laus Asini, si elle se trouve^. Je feray venir de Lyon lesopuscules de Bullingerus, de conviviis, pictura, etc. J'ay rayé sur mon mémoire le Saxo Grammaticus, puisque j'ai veu qu'en aviez recouvré un, l'escritture des marges n'important guieres en ce livre là, parcequ'il n'est pas autheur de bonne foy, qui mérite d'y prendre des fondements d'histoire. Je ne l'ay demandé que pour l'assortiment et pour faire voir qu'il estfabuleus. Je me resjouys d'entendre que M"' de Maussac vous ayt enfin renvoyé les livres de Jules G. Scaliger afin de maintenir le crédit dans vos correspondances de Hollande. Je crains qu'il n'ayt bien de la peine de venir à bout de son traicté pour l'office de premier présidant des Aydes de Mompelier, ce qui romproit le col à tous cez beaux ouvrages qu'il projecte en matière de libvres. C'est grand daumage que la consultation de Sorbonne pour Verdun vous soit eschappée. M'' Godefroy eut grand tort de ne la vous porter tandis qu'il la tenoit. J'ay à cez jours ci une lettre de M"' Godefroy, son frère de

Voir à V Appendice la leUre XXIII de qui, ignari omnium, scientias ac literas hoc

Dupuy, (lu 5 avril 1697. tempore contemnunl. (Leydc, Eizevier, lôaS,

Laus Asini. In quaprœter ejus animalis in-4°). Les Eizevier l'éimprimèrent celte

laudes ac nalurœ propria, cum polilica non moqueuse et S))irituelle facétie en 1629,

pauca, lum nonnulla alia diverses eruditionis, iii-a^). asperguntur. Ad Senalum Populumque eorum ,

Genève, du 28 avril , par un filz de l'ambassadeur de Suéde en Hollande, qui est petit fdz de Joachimus Camerarius \ lequel faisoit son tour de la France et s'en va planter bourdon à Paris. C'est un jeune bonime de trez bonne façon et qui me semble avoir esté trez bien eslevé. Vous prendrez plaisir à la doulceur de sa conversation. Je le voulus retenir et loger quelques jours, mais il n'y eut poinct de moyen de le tenir plus d'une heure. 11 passa comme un esclair. Je luy escriray au premier jour, Dieu aydant, et me dispenseray possible de luy mander qu'il eust bien faict en son libvret de praecedentia de ne poinct parler qu'avec un peu de reserve de ce qu'il vouloit toucher de la cour de Rome, car son livre n'en eust pas moings vallu, il n'eust pas moings tranché les décisions qu'il vouloit trancher en termes honorables et sans y mesler des reproches, qui ne rendent pas son livre meilleur que auprez de ceux de la ville ou il est ou autres semblables. J'en ay esté marry, car je vouldrois bien voir demeurer tousiours le monde en ternies de reconciliation ou de disposition à se reconcilier, que de nouvelles ruptures et picques réciproques, lesquelles gastent tout le plaisir qu'il y a à lysre cez beaux ouvrages, quand ils sont entremeslez de paroles picquantes et qui obligent à des répliques offençantes. J'en dicts de mesme à ceux d'Italie quand ils parlent à ceux de deçà, et ils me le souffrent, parcequ'ils recognoissent bien de quel mouvement je m'y porte. Tant y a que je trouve l'invention de ce libvre et sa méthode bien gentille et pense que cella se peult bien perfectionner sur cez fondements là. Puisque M"^ de Sponde est en Languedoc je luy ay envoyé là un exemplaire du livre de M' Aleandro à la prière de l'autheur. Quant aux epistres de Themistocles j'en ay envoyé quérir d'autres à Rome pour noz amys, et n'ay pas trouvé certainement qu'il y ayt grande chose à apprendre de l'histoire qui peult regarder l'autheur que nous n'ayons d'ailleurs. Mais encores y a il quelque petite particularité de plus en quelque endroict, bien que de peu de considération, et ce ne seroit pas là un bon argu-

' Joachim Camerarius, né à Bamberg le puis dire duquel de ces enfants descendait le

1 2 avril i5oo, mourut à Leipsiek, le 17 avril jeune homme qui remit h Peiresc la lettre

i^-jfi. Cet érudit eut neuf enfants. Je ne de Godefroy.

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