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226 LETTRES DE PEIRESG [1627]
ment pour conclurre absolument la supposition, s'il n'y avoit d'autre motif, car il ne seroit pas impossible que ceux qui ont escript sa vie ou ses gestes eussent eu la veûe des mesrnes epistres et en eussent tiré tout ce qui pouvoit estre de mise en l'histoire. Mais je ne l'ay pas veu si exactement que j'en voulusse rien affirmer, bien en sçauray je volontiers l'advis de M"" Grottius, de M"" Rigfiult et de M"" Saulmaise et si M"" Bignon et le P. Sirmond en vouloient dire leur advis, je i'entendrois bien volontiers. Je vous remercie trez humblement du livre du P. Goulu et de cez mémoires de Malthe. Je debvois croii'c qu'il y en a de plus amples, puisqu'il les allègue luy mesrnes à la marge de son imprimé, et vouldrois bien sçavoir le nom de l'autheur, tant plus volontiers depuis qu'on vous dict qu'il est grec de nation, car on nous avoit icy fait courrir un bruict que c'estoit le chevalier de Montcal d'Arles, qui l'avoit présenté au Roy, dont ceux de son ordre luy ont sceu bien mauvais gré. Il estoit déjà desgradé pour crime de vollerie commise contre le feu Grand Prieur de S' Gilles, se dict on, cecy l'acheveroit bien de peindre. Puisque le Gascon ne veult pas croire que les opuscules de Bellarmin fussent attaints à la lettre, je me suis résolu de vous en envoyer un cahier cy joinct, ou il pourra voir si j'avois la besveiie quand je l'escrivois, les autres ne le sont pas tant que celuy là, mais il y en a plusieurs bien gauchis ou inesgalement roignez, car pour la pleieure, elle en estoit prou justement faicte. Et quoy qu'il en soit nous ne laisrons pas de nous en servir, Dieu aydant, et pour cet effect vous me pourrez renvoyer ce cahier aprez le luy avoir monstre, afin qu'au moins une autre foys, il y pregne garde de plus prez, et certainement il est tousjours dangereux de roigner un livre qui ne soit cousu, car cela glisse facilement, principalement apprez estre battus. J'aymerois mieux qu'on se contentast en cas pareil de fendre les feuilles avec le pleyoir et envoyer le tout battu sans roigner ne avec coutteau ne avec autre instrument. La differance du poids pour les rogneures n'importe rien du tout à la voicture par la voye que nous tenons. Je sçay bon gré à M'' Holsteniusd'avoir mis ordre qu'en sou absence on vous adresse d'Angleterre l'inscription du Foedus inter Magnesios et Smyrnaeos. Il
ne fault pas doubler que M' le Card''^ Barberin n'ayt soing de luy et que luy ne s'en contente estant si modéré comme il est. J'ay desja escript pour luy en consequance de ce que j'en avois dict de bouche en ce païs icy audict seigneur Cardinal à la prière de M" vostre frère. Nous en verrons la responce et vous en ferons part en son temps. Je ne suis niarry que de ce que ce cardinal Spada l'enimene quant et luy du costé d'Allemagne, car j'eusse bien désiré qu'il eust laissé venir sa suilte de ce costé cy pour avoir moyen de voir et gouverner un peu ledict S' Holstcnius à son passage, comme vous me l'aviez faict espérer. M'' le Gard"' Barberin manda cez jours passez un jeune homme d'Avignon qui a nom Soarez et qui a bien estudié^ lequel il avoit veu et gousté durant son passage d'Avignon, et lequel voulut prendre icy en passant une mienne lettre. A laquelle respondant il m'a escript qu'il l'avoit receu et logé dans son palais nouvellement acquis, autres foys nommé Horti Gard. Garpensis, qu'il luy laisse la faculté d'estre la plus part du temps quand il vouldrà dans la bibliothèque \aticane ou dans la sienne propre, transférée audict palais, dont le Pape luy a donné l'usage sa vie durant, et ce Soarez m'escript aussy et tesmoigne un grandissime contentement et crois qu'il s'accordera fort bien avec M' Holstenius, parcequ'il est du meilleur naturel qui se puisse voir et de la plus doulce conversation. Il me mande que ledict seigneur Cardinal avoit oublié de m'escrire, qu'il desiroit infiniment de sçavoir s'il ne se trouveroit poinct deçà les monts quelque M. S. grec Philonis Byzantii de septem Spectaculis seu miraculis^. Je vous supplie donc de vous
' Ce jeune homme était Josepli- Marie Suarès, qui allait devenir un si savant antiquaire et qui l'ut un des plus actifs correspondants de Peiresc. Né le 5 juillet iBgg à Avignon , il mourut à Rome le 7 décembre 1677. Nommé évoque de Vaisonenjuini 633, il céda cet évéché à son frère Charles-Joseph en mars 166C, et fut alors charjfé de la dilection de Iq bibliothèque du Vatican. Voir Gallia clirisliana (t. I,coi. 936-937), Diction-
naire déjà cité du D' Bajarvel (t. II, p. iaô- /i3o). Je publierai, sans parler des lettres de Peiresc au savant prélat, celles que ce dernier écrivit à Peiresc et qui sont conservées à Aix, à Carpentras et à Paris.
^ L'opuscule sur les sept merveilles du monde(-nrepiT(ùvéTr7àS-safjâT&)j')paraîtavoir été faussement attribué à Philou de Byzance. Ce petit traité fut publié peu de temps après la mort de Peiresc par Léo Allatius (Rome, 1 6 i o ).
en ren<]re un peu curieux et faire chercher s'il n'y en auroit rien dans voz bibliothèques ou dans celle du Roy et d'en demander des nouvelles à M'' Saulmaise, voire de moyenner d'en faire faire exacte recherche par M'' Heinsius en Hollande, par celuy, dont j'ay oublié le nom, qui promet l'édition du Ptoleraée en Allemagne et par quelqu'un de cez Anglois, afin que s'il ne se trouve, on ayt au moings de quoy faire paroistre le soing qui a esté apporté pour en faire une recherche bien générale et neantraoings bien exacte. Si vous pouvez tirer des mains de M"^ Heinsius c6 concile de Calcédoine , je pense qu'il fera beau voir cette pièce, et sera bon d'en faire contrelirer ou imiter l'escripture de trois ou quattre lignes pour juger du temps et de l'antiquité de l'ouvrage par la forme du charactere. J'ay eu du desplaisir de l'affaire deDrouard pour le Naibodus, mais pour ma descharge envers cez messieurs d'Italie, dont aulcuns s'estoient imaginez quej'avois voulu retenir ce livre par devers moy et leur faire croire des billevesées ^ je fus contrainct d'en faire faire les poursuittes; et ce [qui] m'y poulsa plus vivement fut qu'on me voulut asseurer que Sanclarus avoit luy mesraes faict la forfanterie qu'il avoit par maulvaise foy supprimé luy mesmes le livre et l'avoit retenu par devers luy pour s'en servir luy seul, ayant faict à croire qu'il l'avoit envoyé àM'"de Chappelaines, parra y d'autres qui s'estoient perdus, pensant en demeurer deschargé. Le pauvre feu M' Machault^ en avoit descouvert quelque chose, et ne sçay si je n'oserois poinct vous asseurer qu'il m' avoit dict qu'en ayant parlé audict Sanclarus depuis le procez intenté, l'autre s'estoit vanté de l'avoir, comme je crois qu'd l'aye encores. Et je m'imaginois que quand û verroit le pauvre Drouard condamné, i\ en auroit pitié et rendroit le livre ou bien une coppie d'iceluy, comme ce baron de Chappelaines avoit autres foys offert d'en faire faire une, que je croyois bien qu'il feroit faire sur cet autographe là , quoy qu'il dict qu'il la feroit venir
' L'emploi fait par Peirese du mot tirés de Molière , de Voltaire et de Diderot. billevesée comble la lacune qui existe ^ LouisdeMachault, dontilaéléquestion
dans le Dictionnaire de Littré, entre dans la lettre VII, du 28 avril 1636. l'exemple tiré de Rabelais et les exemples
d'Italie, ce qui m'estoit indifférant d'où qu'il vint, pourveu que je peusse dellivrer ma foy envers cez messieurs. Tellement que si Drouard veult sortir honnorablenient de cette affaire, il debvroitrnoyenner que ledict Sainclaire ou ledict de Chappellaines se chargeassent de faire refaite et rendre une coppie desdicls commantaires de Naibodus dans certain temps, comme je crois qu'il leur soit aisé, soit à le prendre sur cet autographe ou sur les coppies qu'ils en peuvent avoir retenues, ou bien sur ceux qui restent en Italie. Mon frère avoit laissé ensurceance cette poursuitte à la prière de M"" Bignon. Si vous avez agréable d'en conférer ensemble, je seray tousjours bien aise de me contenter de tout ce que vous trouverez bon touts deux, n'y prétendant autre interest que ma descharge et de mon honneur qui y estoit aulcunement engagé envers cez mess" d'Italie. Il me tardera de voir cez gros volumes du P. Petau contre Scaliger et ne doubte pas qu'il ne se trouve de cez Allemands ou Hollandois qui le relèveront s'il a choppé, comme il est quasi inesvitable, quand ce ne seroit que pour prendre occasion de venger la mémoire de Scaliger. Je n'ay pas veu les Poèmes Latins et Italiens du S' de Meseriac, ouy bien des Espistres d'Ovide en vers françois avec des commantaires, imprimé à Bourg en Bresse 1626, in 8°, que M"" Marchier m'a données et lesquelles il tenoit de la main de l'autheur, qui ne manquera pas à mon advis de luy faire part des poèmes latins aussy bien que des françois. Je n'avois pas veu l'escript du P. André Feuillant contre Balsac nomplus que son Apologie, et bien que je ne sois guieres curieux de cez sortes de libvres, si est ce que pour le grand renom de ce Balsac, j'ay esté fort aise de voir l'un et l'autre, et le voulus bailler à nostre Archevesque, mais il partoit pour sa visite et me dict que je le luy gardasse jusques à son retour, qui doibt eslre aprez la Pentecoste. Cependant il va faire un tour jusques à Arles et jusques au fonds de la Camargue pour y aller voir les reliques des S'" Maries, ou il a invité mon frère, qui s'y en va aussy, et me laisse tousiours plus embarrassé et surchargé d'affaires. Je ne sçay quand j'en pourray chevir un peu à souhaict, car je ne le voids icy que pour des heures et non pour des jours entiers. J'ay escript à Mg' le Cardinal
Barberiii de la rencontre des Opuscules de Candidus et Victorinus, imprimez par Zieglerus et luy ay tesmoigné comme vous aviez desjà commancé la transcription, dont il ne laisrà pas de vous sçavoir bon gré. Je suis infiniment aise des habitudes que prend M"^ Godefroy avec M'' le Cardinal et c[ue son mérite et valleur commancent de luy estre cogneus, mais particulièrement du travail qu'il entreprend touchant les traictez faicts avec les estrangers touchant le commerce, ou il pourra l'aire des merveilles, me ressouvenant d'en avoir veu plusieurs, principalement avec les Anglois, Flaments et villes Hansialiques entre ceux de M' de Lomenie, si je ne me trompe, qui sont nommément pour cela. Je vouldrois que M' Godefroy eust mis le nez dans les archives de la ville de Mompelier, car il y trouveroit des traictez faicts entre les consuls de Mompelier et touts les plus grands potentats de la terre habitable, qui estoient il y a 2 ou 3oo ans comme les Empereurs de Constantinoble, les Vénitiens, les roys de Naples, Sicile, Cypre, Hespagne, Angleterre, Escosse, et si je ne me trompe jusques aux Barbares. Le tout n'ayant autre fondement que le commerce'. Il fauldroit que luy ou M' du Ghesne, autants deux de compagnie pour despescher plus de besoigne, vinsent faire un voyage pour le Roy jusques là, car ils y verroient de jolies chartes et ne seroit pas sans fruict pour le public. Dans les archives de Nismes il y a aussy de trez belles pièces et entr'autres plusieurs des meilleures concernants les différants du pape Boniface VIII^ J'aybien de l'obligation à M"' Godefroy de tant de bienveuillance qu'il me porte et des libvres qu'il luy plaict me promettre,
' Un de nos meilleurs travailleurs, M. Germain (de l'Institut), a fait de notre temps ce que Peiresc aurait voulu voir faire par Godefroy, et il a tiré des riches archives de la ville de Montpellier la substance de deux ouvrages célèbres : Hkloire du commerce de Montpellier rédigée d'après les documents onginaux, et accompagnée de pièces justificatives inédites ( Montpellier, » 86 1 , 9 vol. in-8° ) ; Histoire de la commune de Montpellier, depuis
ses origines jusqu'à son incorporation définitive à la monarchie française ^ rédigée d'après les documents originaux et accompagnée de pièces justificatives presque toutes inédites (Montpellier, 1861, 3 voLin-S"-).
' \ o'n'V Histoire ecclésiastique , civile et lit' téraire de la ville de Nismes avec des notes et les preuves, par Léon Ménard (Paris, xjSo- 1768, 7 vol. in-4°).
mais si fault il qu'il me fasse la faveur de me faire avoir un exemplaire de cette généalogie d'Austriche sans attendre la seconde édition s'il est possible, car je n'en useray que comme il fault et selon qu'il m'ordonnera. Nous n'avons poinct veu le livre intitule le Ballet politique contre l'assemblée, s'il se trouve, je crois bien qu'il s'en pourra envoyer, M. Buon dira ce qu'il vouldrà, mais M'' de Maussac n'avoit poinct receu rexenq)laire des œuvres de M'' du Vair, il n'y a pas encores i5 ou 2 0 jours. 11 y a grande differance de ce qu'il dict à ce qu'il exécute, et ne suis pas d'advis que vous amusiez aux promesses qu'il vous peult faire d'envoyer des balles à Lyon, caries moys et les années ne luy sont que des moments, tant il a son esprit au courant de sa boutique. Il vauldra bien mieux envoyer un ballot droict à Lyon à M' Cardon, quand il y aura de quoy en faire un que d'attendre son loisir. J'ay esté bien aise d'entendre avec quel applaudissement M'' Bignon a faict l'ouverture de ce parlement et l'en ay félicité par occasion d'une lettre que j'avois à luy escrire par messieurs noz depputez, qui partirent mercredy dernier, auxquels je donnay encores des lettres pour M'' voslre frère. Si l'arresté de Mess" du Parlement pour l'exclusion des maistres des requestes aux affaires extraordinaires comme celle de Boudin se trouve par escript, il meriteroit bien d'estre conservé par transcript aussy bien que les lettres de cachet du Boy sur le subject de M'' deChaulny tant au parlement que requestes de l'Hostel. Quand cez fragments du Prince de Balsac se trouveront à vendre, je crois qu'ils vauldront la peine d'estre veusS et tiens bien qu'on ne tardera pas, puisqu'on commance d'en monstrer, car ils seront incontinant contrefaicts. Cet autre livre du pauvre Bacon de divers meslanges en anglois, seroit encores bon à recouvrer par cez libraires anglois, parce qu'il s'en peult toHsjours faire traduire quelque pièce. Personne au monde n'a veu le destail des advis touchant Rondin que mon frère et moy, et autre quelquonque ne les verra. Nous avons esté infiniment aises mon frère
' Le Prince ne devait paraître qu'en i63i (Paris, Toussaint du Bray, Pierre Rocolet et Claude Sonius, in-4°).
et moy aussy, par la participation que j'ay aux obligations de mon frère, d'entendre que M' delà Hoguette soit enfin quitte de sa Oebvre et en estât d'estre recogneu par les Deitez. Je prie à Dieu qu'il fasse reuscirle tout selon ses souhaicts et vous supplie de i'asseurcr denoslre service trez humble et d'excuser le silence de mon frère, qui ne void l'heure de se délivrer de la charge des affaires domestiques pour commancer à songer à son debvoir envers vous. Il en seroit meshuy temps, et j'espère qu'à son retour d'Arles il n'aura plus tant de prétexte. Gomme j'en estois icy pour le comble de ma honte on m'est venu interrompre pour m'apporter encores une sixiesme despesche vostre du Il de ce moys, ou estoit l'Optatus de Gommelin avec la Gollatio Garthaginiensis, en blanc, sans rogner, fort bien conditionnez, ensemble les deux pièces de Gypre, la lettre de Bukingam ^, les lettres patentes des voyages des ministres hors le royaulme et autres pièces des plus curieuses qui se puissent voir, aprez lesquelles j'ay aussy tost mis des écrivains en besoigne pour les vous renvoyer par cette mesme voye, si faire se peult à temps, au moings en aurez vous quelques unes sinon toutes, et mesnies la lettre de M'Rubens, qui est tousjours plus gentil et plus courtois et qui est si judicieux qu'il y a du plaisir de voir ce qu'il escript. L'interprétation que vous m'avez donnée de la vidimation^ des pièces de Gypre me semble bien importante, et la lettre de Bukingam bien altiere. La responce seroit bien à désirer, si elle estoit recouvrable du costé de l'Angleterre, car de deçà je ne sçay s'il se pourroit espérer. Si en donneray-je une atteinte à M"' nostre archevesque à la première rencontre opportune. La mort de Mad. de la Vallette pourra bien avoir de la suitte ^, aussy bien que l'abolition de M' de Vendosme. Je m'ima-
' Lettre de M. de Bouquinquaii , envoyée ' Bernard de Nogaret , second fils du pre-
à M. le Carditial de Richelieu (Paris, 1627, mier duc d'Épernon, avait épousé, le la dé-
in-8°). La pièce est mentionnée dans le cembre 1622, Gabrieile-Angélique, fille na-
Catalogue de la Bibliothèque nationale, Histoire turelie du roi Henri IV et de Henriette de
de France (t. I, p. 563, n" 25i5). Balzac, marquise de Verneuii. Madame de
Nos dictionnaires, qui donnent les mots la Valette mourut en couches, le ai avril
vidimer et vidimus, ne connaissent pas le 1637. mot vidimation.
gine que la formule en serù aussy extraordinaire que la pièce joincte en contre-seel. Le voyage de M'' Servian pour la venle des navires anglois est une mauvaise affaire à mon gré et de grande consequance. Si vous pénétrez rien du faict de la reiinion de la généralité des galères, vous m'obligerez infiniment de m'en tenir adverty, car cela louche grandement cette province icy. l'admire bien la taxe de Mess" les Notables à 200 mille libvres, mais si l'article des i5o mille H. [livres] du don de Monsieur y estcomprins, il y a de quoy faire cesser l'admiration jusques à la concurrancc des trois quarts. Toutefoys aprez y avoir songé de plus prez,je me suis r'advisé et pense que les 200 mille libvres V doivent estre consommées sans le don de Monsieur, eu esgard à ce que ceux de cette province icy en ont remporté. S'il ne s'en rapporte autre fruict que coluy que nous voyons, la misère du peuple n'en sera de guieres soulagée. Tout fourmille de mendiants pardeça, aussy bien qu'en voz quartiers. On est aprez d'y mettre quelque ordre, s'il est possible. Le soubriquet^ des Grippe-minets^ n'est pas mal rencontré. Ce que nous avons de sel nous est franc, sans payer, nomplus le prix du marchand que le reste, et nous sommes maintenus avec grande peine en cette possession. Je trouve la visite de M' le duc de Lorraine à M"' le Cardinal bien solemnelle. Un de noz amis nous escrivit du 27 du passé que ledict Seign"" Cardinal l'estoit allé recevoir en rochet et camail jusques au bas de la montée et l'avoit reconduict jusques à son carrosse'. Ce sera dèshorsmais un grand préjugé pour Mess''' les Cardinaux de France qui nesouloient pas religieusement tenir leurs rangs. Cez briefs de Home et les difiicultez formées à M"' le Comte pourroient
' Peiresc tîcrit le mot sobriquet comme ininaud on minet, nom familier du chat. Je
l'écrivait Michel de Montaigne dans ses n"ai pas besoin de rappeler le Gi-ippeminaud
Esms et comme on l'écrivait au xiv* siècle, de La Fontaine.
d'après un texte cité dans le Glonsaire de ' Le comte d'Haussonville n'a pas signalé
Du Gange. ces particularités dans son récit de l'entrevue
' Grippe-minaud était au xvi' siècle, à ce de tlharles IV avec le cardinal de Richelieu
que nous apprend le Dictionnaire d'Oudin, (^Histoire de la réunion de la Lorraine à la
synonyme de voleur, ravisseur. Le mot est France, t. I, 1860, p. 171). forme de gripper, saisir adroitement, et de
lUmiMtBlF !IATIO?fAi.I.
23i LETTRES DE PEIRESC [1627]
bien avoir contribué quelque chose à cela, mais je ne pense pas que M'' de Lorraine se mette en peine d'aller rendre le mesme honneur à Mess" les Cardinaux de la Rochel'oucault et de la Vallette, mesmes celuy cy s' estant desjà trouvé avec luy pesle mesle en confusion dans le festin de la nativité de Monsieur. Je vous envoyé un petit mémoire que m'en a envoyé M' de Malerbe', ensemble deux autres ou vous verrez des petites cérémonies de cette réception tant par le Roy que par la Royne mère touchant le chappeau, lesquelles méritent place dans le recueil de M' de Lomenie, aprez les avoir vérifiées, comme il vous est aisé. Vous y trouverez encore des prétentions du Cardinal Spada sur Monsieur^ et du nouveau nonce qui sont bien nouvelles^ A ce propos il faut que je vous die (mais je vous prie de n'en pas faire de bruict et de n'alléguer persone) qu'estant M"" le Légat* au port de Bouc^ lorsqu'il passoit en Espagne, et moy dans son cabinet de pouppe, entre autres discours qu'il tint de ce qu'il avoitfaict à Rome durant le peu de jours qu'il y sesjourna au retour de la France, il me dict que l'Archiduc Leopold estant allé à Rome par dévotion se trouva en grande peine pour les rangs et l'alteze, qui luy estoient controversez, et que ne se pouvant prendre autre expédiant, il se résolut de repartir de Rome sans voir si ce n'est le pape et le Cardinal Barberin tout seul dans son appartement du Vatican ; mais que pour ne rien desroger aux droicts de l'un et de l'aultre, on prépara le lien de leur entreveue dans une chambre, ou l'Archiduc entra par une porte, et le Cardinal par une autre porte, laquelle estoit à l'opposite et tous deux en mesme temps, et que s'estants salluez, ils prindrentdes chaires esgales qui leur furent présentées en mesme temps, tournées l'une devant l'autre, en sorte que
" Ce mémoire ne nous a mallieureusemenl pas été conservé. On ne trouve, dans le volume des Œuvres de Maltierbe qui contient la correspondance avec Peiresc, que deux documents del'année 1 6 2 7, une lettre du ay juillet et unelettre du 4 octobre ( t. III , p. 5 76 , 5 7c).
^ Au sujet des questions d'étiquette, de pi'éséance. ^
^ Ce nouveau nonce était Jean-François Bagni, dont il a été déjà question dans la lettre XXXIIf de Peiresc à Dnpuy ainsi que dans la lettre V de Dupuy à Peiresc.
' Le cardinal François Barberin.
' Dans la commune actuelle de Fos, canton d'Istres, arrondissement d'Aix, sur la Méditerranée et le canal d'Arles à Bouc.
persone ne pouvoit dire d'avoir la main droicle ne la préséance sur l'aultre, mais pour les liltres il ne me souvient pas bien précisément de ce qu'il en dict, tant y a que cela fut faict de nuict à la desrobée et comme da incognito, et aprez assez long entretien des affaires particulières que pretendoit obtenir ledict Archiduc en cour de Rome, ils se retirèrent cliascun d'eux par le mesme lieu qu'ils estoient entrez sans autres cérémonies. Il me semble que je l'escrivis lors de fraische datte à mon frère, qui esloit en cour, et suis marry qu'il ne soit icy, car possible s'en ressouviendroit il à présent mieux que moy et possible a il conservé ma lettre, que je vouldrois bien ravoir à cette heure pour en parler plus affirmativement, et Dieu sçait s'il ne vous en aura pas lors entretenu vous autres mesmes. Tant y a que je vous prie de ne me point alléguer ne le dict Seign' Cardinal pour toutsbons respects'. On peult parler de cela comme de chose notoire, si vous trouvez bon d'en parler. On n'a pas creu icy la mort du Grand maistre de Malthe, parcequ'il estoit venu des barques de Sicile parties depuis fort peu de jours, et que lors de leur parlement on n'y sçavoit rien de cette mort^, et de faict à leur chappitre, qui s'est tenu en Arles cez jours passez, ils l'ont voulu ignorei', bien que le bruict en fust venu bien grand du costé de Paris. J'ay veu le bordereau tiré du catalogue de Pasques et tiens qu'il y a équivoque au nombre de 17 Tome de Baronius au lieu de i8™^ car j'ay le 1 7"% venu en ce dernier ballot qui finit en l'an 1/171 et celuy que vous dictes finit en i5o3. Je soray bien aise de l'avoir, encores plus cez fastes grecs de Sicile in f", puis qu'ils sont plus entiers que ceux qu'on avoit imprimez in û° soubs le titre de Chronique Alexandrin^. Cette constitution de Charles le Gros de Expeditione
' C'est-cWlire pour toutes bonnes consi- nomicum et ecclesiasticum (vitlgosiculum, seu
dérations, pour tous bons motifs. fasti siculi) , gr. et lat. opéra et studio Matth.
' Le grand maître de l'ordre de Malte Raderi (Municb, i6i5, in-i"). Brunet
était alors , depuis le 20 mars 1628, Antoine {Manuel du libraire) n'indique pas l'édition
de Paule, d'abord prieur de Saint-Gilles, in-fol. réclamée par Peiresc, et se contente
lequel ne mourut que le 7 juin 1 636, âgé d'ajouter que Du Gange réimprima le
(le plus de quatre-vingts ans. CÀronicon Paschale , en 1 688 , dans le Corpus
' ChronicoH alexandrinum , itemque attro- hisloriw bifianlince,
Romaiia ne pourra estre que trez belle avec les notes de Frehej', qui estoit honneste homme et de qui la doctrine n'estoit pas pedanlesque'. Tout ce qui est de Goldastus^ est tousjours de mon gousl, et je vouldrois bien avoir un inventaire de ce qu'il a mis au jour pour voir s'il y a rien qui me soit eschappé^. Il fauldrà voir ce que veult dire cet Helvius* soubs le tiltre de Moguntia devicta^. J'en ay un livret, qu'il a attittré^ Nobilitas Moguntina', qui n'est pas grand chose, mais le prix en estant petit, il vault mieux les prendre que de les laisser. Pour le Supplementum Navigationum in Americam ab anno 1612 usque ad 1627, parceque ce sont livres de prix, je vouldrois sçavoir en destail auparavant que le payer les noms des autheurs y contenus, la proportion du voUume et le prix, et possible faudra il que je vous donne un jour cette courvée de me faire transcrire par Quentin dans voz indices^ de ia bibliothèque vostre et de M' du Thou ce qu'il y a rerum Indicarum, pour voir ce qui me manque et choisir ce qui vauldrà la peine d'estre recherché, car je ne désire poinct que vous en fassiez l'extraict vous mesmes, puisque Quentin le peult faire, trop suis-je honteux de la peine que vous vous estes donnée à extraire de vostre main tant de beaux advis de Londres, ou vous n'avez pas mesmes espargné les ieux malades de M'' vostre frère, de quoy je suis bien
' Éloge à rapprocher de la mention déjà faite de Marquard Freher dans ia lettre du 3i mars 1697.
^ Melchior Goldast de Heiminsfeld naquit en Suisse, le 6 janvier 1576, et mourut le 1 1 août i635. Bayle, le jugeant comme Peiresc, déclare, en son Dictionnaire critique, qu'if il a été un fort savant homme».
' La liste des nombreuses publications de Goldast a été donnée dans le tome XXIX des Mémoires de Niceron. L'énuméralion des manuscrits qu'il laissa se trouve dans le Catalogus bibliothecœ Goldaslianœ ( Francfort , 164»).
* Helwich (George), né à Mayence en juillet i588, mourut en décembre i639
dans la même ville , où il possédait un canonicat.
^ Moguntia dévida , sive de dissidio inter duos archiepiscopos Diethermn et Adolphum (Francfort, i696,in-8°).
" Attitré est là pour intitulé. Ce mot a rarement été employé dans ce sens , et je ne le trouve dans aucun de nos recueils philologiques.
' Elenchus nobililatis Ecclesiœ Moguntinœ (Mayence, i6a3, in-4°).
' Ce synonyme d'Index, de catalogue, semble avoir toujours été écarté par nos vieux écrivains et je n'en connais pas d'autre exemple. Mais peut-être ne s'agit-il là que du pluriel du mot latin index.
honteux et de la peine que vous vous estes donnée de collationner de voslre main les livres que m'avez retenus pour esviter les fourbes et negligeances de cez libraires, qui s'en acquittent si mal exactement quand c'est à leur discrétion. Que si cez livres de la Foire ou aultre de Moz mémoires vous tombent en main , puisque cez libraires les remettent si libéralement à vostre option de les retenir ou rendre et puisqu'en toute façon vous allez avec tant de reserve de ne pas vouloir vous dispencer d'en arrester l'achapt sans mandat spécial pour chascun livre (ce que vous pourriez neantmoings esviter, car vostre choix m'est une condamnation sans appel), il y a moyen de nous passer de cez banquiers qui font tant les renchéris ', car à mesure que vous m'envoyerez des rooles taxez des livres que vous aurez mis à part pour moy, je vous envoyeray l'argent ou par amyou par autre voye, ou dans lespacquets, quand ce sera peu de chose comme à cette heure, n'ayant garde de reclamer de vostre taxe, car je n'aurois pas eu le courage de la réduire à si petit pied ^ comme elle est, et pense que cez gents là ne le souiïriroient pas à d'autres, que vous autres Mess", dont je vous suis bien redevable. Au reste j'avois esté longtemps en silence, mais j'ay bien . aussy accumulé des importunitez tout d'un coup et crains bien d'avoir abusé de vostre patiance par une si grande prolixité. Pardonnez-moi je vous supplie et n'en imputez l'inconveniant qu'à l'excez de vostre honnesteté, qui invite voz aniys, non seulement d'en user, ains d'en abuser comme nous faisons à toutes heures. Mais je me console en la ferme croyance que j'ay que cela vous plaict ainsin et que vous ne doublez pas que je ne sois, comme je suis de tout mon coeur,
f vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE PeIRESC.
D'Aix, ce 16 may 1627'.
' Littré , au sujet de cette locution , n'a ' La locution nK^taphorique se retrouve
cite aucun écrivain antérieur à Scarron dans une lettre de M"" de Sévigné du
{Virgile travesti), k Molière (Amphitryon) el 19 juillet 1690 : irraes affaires réduites au
à Haniilton (Mémoires du chevalier de Gra- petit pied.i
»««K). ' Vol. 716, fol. 111.
LU À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
ADVOCAT EN LA COUR À PARIS
Monsieur, J'ay à vous faire double amande honorable. La première de ce que je vous faicts respondre tout d'un coup (non toutesfoys sans rougir de honte) à quattre de voz lettres du 5, 12, 19 et 26 d'avril, pour lesquelles je debvrois bien vous faire des remerciments redoublez et rendre des services trez humbles, mais vous me deffendez toute sorte de compliments et ne me commandez point en chose ou j'aye aulcun moyen de correspondre à ia moindre parcelle de mes obligations ne de mes souhaicts, et qui pix est, je ne sçay faire naistre de mon chef aulcune occasion qui vaille pour en acquitter la moindre partie. Je me contenteray donc de l'advoùer et recognoistre ainsin en toute ingénuité et de suppléer en bonne volonté, laquelle y est toute entière de ma part, en attendant si je serois jamais assez heureux pour rencontrer des moyens de satisfaire à quelque portion de mon debvoir envers vous et envers M"^ vostre frère, où qu'il vous plaise à l'un et à l'autre de nous honnorer de voz commandements et disposer de tout ce qui est en nous comme de chose qui vous est irrévocablement acquise. La seconde amende honorable que je vous doibs faire est de la peine et importunité que je vous ay donnée sur le subject du remède requis contre les mariages clandestins, et d'avoir trop légèrement creu ce que nous jettoient devant les ieux noz ecclésiastiques de ce païs pour maximes de droict commun non encores breschées ne desauthorisées ' et toutefoys il resuite du contraire par des pièces irréprochables qui nous estoient passées par les mains, sans que nous eussions daigné les voir et consulter comme il falloit : entr'autres le synode provincial tenu en celte
' Le mot désautoriser est dans les Mémoires de Sully et dans les Mémoires de Villeroy.
métropole d'Aix l'an i585 en caresme, dont je vous ay envoyé un exemplaire autres foys'. Lequel a pourveu à tout ce que nous desirions si ardemment et en termes possible plus modestes et plus tollerables que plusieurs autres semblables synodes ou conciles provinciaux du royaulme lesquels ont plus absolument franchy le sault^ de la réception du concile de Trente que celuy cy. Car en celuy cy le premier décret porta que le Roy sera trez humblement supplié d'ordonner la publication du concile de Trente, et en attendant icelle ils ordonnent que chascun evesque en son diocèse pour la descharge de sa consciance en tant qu'il liiy sera possible omnia ad ipsius concilii decretorum praescriptum diriget moderabitque. Qui est tout ce que nous voulions faire ordonner, et que l'on nous vouloit faire à croire ne se pouvoir obtenir de cez messieurs. Et de faict en exécution de ce et dans les constitutions qu'ils disent faire lors [pro temporum necessitate et Provinciae statu], au chappitre de matrimonio fol. SU, ils ordonnent Ne quisquam a régula quani in celebrando matrimonio servandam staluit S. S. Oecumenica Tridentina synodus ulla ex parle discedat. Au second article [Parochi conjugum et testium nomina ex prescripto Tridentini concilii scribant]. Au v article [Episcopi ea quae de matrimonio a Tridentina synodo in reformatione matrimonii décréta sunt, communi lingua divulganda curent et omnibus suae dioecesis parrochis eorum exempla distribuant, ut illi tertio quoque mense frequenti populo in ecclesiis recitent, nisi aliud episcopo videatur]. Au vi article [Tridentina constitutio de matrimoniis que cum vagis etc. servetur]. Au ix" [Caveant parrochi ne alienae parochiae sponsum sponsamve matrimonio jungant quam testimonium ex Tridentini concilii prescripto ab illius parocho etc. acceperint]. Tout ce que j'y eusse désiré de plus eust esté qu'ils eussent eux mesmes ordonné les mesmes choses qu'avoit ordonné le concile de Trente pour ce regard et qu'ils se fussent contentez de dire que c'estoit conformément aux décrets du concile de Trente, mais neantmoings,
' Paris, i586, in-8°. Voir sur d'autres ' Littré cite, au sujet de cette expression,
édilion» h Bibliothcfjue historié] ue de la France, Malherbeen la traduction du XXXIiriivrede 1. 1 , p. 4 1 5 , n° 6337. Tite-Live et Pascal en ]a 4* des Provinciales.
puis que le tout n'est faict que par provision en attendant la publication requise de l'autliorité du Roy et pour valloir aultant qu'ils le peuvent faire valloir, il semble que cela se peult aulcunement saulver et toUerer beaucoup mieux que d'autres qui ont parlé plus absolument et que l'on n'a pas laissé de dissimuler. Au reste ce n'a pas esté la seule province d'Aix (laquelle comprend cinq diocèses de ce pais, Aix, Fréjiis, Riez, Apt, Sisteron et en Dauphiné, Gap)^ qui a procédé de la sorte, celle d'Ambrun (qui comprend aultres cinq eveschez de cette province, Digne, Glandeves, Senez, Grasse et Vance, oultre Ambrun dans le Daupbiné et Nice en Terre Neufve) , en a fai(5t quasi aultant , et quasi des premières du Royaulme, c'est à dire dez l'an iBSa en septembre^ ou c'est qu'au chappitre de sacramento matrimonii en l'article n"^ il est délibéré [Ea quae sacrosancta Tridentina synodus decrevit de matrimonii reiormatione episcopi vulgari lingua transferenda curent, ut ab omnibus Christi fidelibus plane intelligi possint et deinde observari. Potissimum vero decretum de clandestinis matrimoniis iuxta eius Synodi preceptum ordinarii omnes in singulis suarum dioecesum parrochialibus ecclesiis, cum primum poterint publicari et explicari faciant]. Mais ce que j'y trouve de bien mauvais est que tout le premier chappitre de ce concile d'Ambrun porte un acte solennel de la réception du concile de Trente sans restriction ne reserve quelqu'onque, dont je vous envoyé coppie, attendant que je puisse recouvrer un exemplaire du livre tout entier pour vous l'envoyer, comme je suis aprez, et possible que cet acte de réception avoit faict différer la publication de ce synode durant longues années, car il n'a mesmes esté imprimé qu'en l'an 1600 à Lyon chez Pillehocte ^, et semble que pour mieux cacher l'inconveniant de
' Conférez, pour la province ecclésias- bitœ, anno i58a a Guitl. d'Avanson, archie-
tique d'Aix, comme pour la province ecclé- ptscopo, édita et conjirmata ([^yon, Pille-
siastique d'Embrun, les deux listes placées hotte, 1600, in-4°). en tête du tome I" du Gallia Christiana, ^ Voir l'excellente notice rédigée par
Notitia provinciarum et civitatum Galliœ et M. Aimé Vinglrinier, bii)liolliécaire de la
Notitia modenia archiepiscopatmun et episco- ville de Lyon , sous le titre que voici : //»-
paluum Galliœ. primeurs lyonnais. Jean Pitlehotle et sa fa-
^ Décréta synodi provincialis Ebreduni ha- wii7/e (Lyon, 1 885, brochure grand in-8°).
cette entreprinse mal tollerable, ils ayent affecté de faire imprimer tout au commencement des actes dudict synode une lettre du feu roy Henry III contresignée de Neufville, en datte du lo juillet audict an iSSa, adressée à l'archevesque d'Ambrun qui estoit lors Mess" Guill. d'Avançon ^ pour l'admonester, prier et admonester de vacquer soigneusement à la tenue et célébration des conciles provinciaux dans le terme du moys d'octobre lors prochain ^. 11 y a encores une autre singularité tout à la fin aux prières, car aprez celles qui y sont faictes pour le Pape et pour le Roy et pour les lieutenants du Roy en Daulphiné et Provence, il y en a une particulière pour le duc de Savoye, à cause de l'evesché de Nice, qui dépend d'Ambrun et qui est soubs l'obéissance du duc de Savoye. Or l'un et l'autre de cez deux synodes d'Aix et d'Ambrun se trouvent avoir esté confirmez par bulles des papes Greg[oire] XIII et Sixte V, aprez les avoir faict examiner et corriger par la congrégation des cardinaux députez à l'exécution et interprétation du concile de Trente, qui sera la cause que je feray conférer un exemplaire de l'imprimé de nostre synode de cette ville d'Aix avec ce qui se trouvera dans les registres de l'original dudict synode, et tascheray d'en faire faire aultant à Embrun, car possible trouverons que les premiers décrets estoient couceus en termes plus approchants de nostre intention, c'est à dire que le synode ordonnoit la mesme chose que le concile de Trente, comme il y en a grande apparence, puis qu'ils requeroient au Roy la publication dudict concile de Trente et qu'ils vouloient cependant prévoir aux nécessitez et à Testât de leur province. Nous en serons bien
Conf. un article de la Reeue critique du a3 marei885 (p. aSa-aSi). JeanPilleholte, imprimeur et libraire de la Ligue lyonnaise, exerça dans la rue Mercière deiôyiàiGia, époque de sa mort.
' Guillaume d'Avançon, né dans le Dauphiné vers i53o, fut nommé archevêque d'Embrun eni56i; il mourut à Grenoble en juillet i6oo. Voir Galtia chrisliana, t. III, 1095-1096. Les auteurs du Gallia ont le
tort de mettre le synode en 1 583 et d'ajouter que ce synode est resté inconnu jusqu'au moment où ils écrivaient : kactenus ineditum , cujtts décréta exstabant in codice ms. biblioth. Baluz. nunc auteni in regia asservantw.
' Cette lettre a été publiée parmi les Preuves des Libertés de l'église gallicane, de Pierre Dupny, dernière édition. Paris, t.I,p. 58.
laPUIlEHIB XITIOVALI.
242 LETTRES DE PEIRESG [1627]
tost esclaircis, Dieu aydant, car cette conception icy ne m'est veniie qu'aujourd'huy à mesure que je vous escrivois. Je veux mesmes faire chercher en Arles s'il n'y aura pas esté célébré quelque semblable synode provincial, environ le mesme temps comme je pense qu'il aye esté faict,soit qu'il ayt esté imprimé ou non afin de n'y laisser aulcun regret ^ puisque cela comprend les trois restantes diocèses de ce païs icy, Arles, Marseilles et ToHon, oultre ce que nous retenons encores dans nostre ressort du diocèse d'Orange , qui en dépend aussy, comme S' Pol de Trois Ghasteaux, qui est enclavé dans le Daulphiné. J'ay un semblable synode provincial de Rheims de t583 ^, mais la profession de foy du concile y est aussy formellement receue et jurée par provision en attendant plus solennelle réception du concile et le décret des mariages clandestins y est inséré tout au long pour estre publié aux prosnes comme fort utilement décerné et fort convenable pour le siècle présent qui sont termes bien civils à mon gré et plus passables que d'aultres dont aulcuns se sont servis, et de faict en l'une de cez playderies que vous m'avez faict voir on n'a pas obmis d'alléguer ledict synode de Rheims sur le mariage clandestin débattu entre persones de cette province là. J'ay veu un synode de Narbonne, ou est pareillement inséré le décret entier du concile de Trente touchant les mariages clandestins et ay apprins qu'à Toulouse il en a esté usé de la sorte , et possible trouverez vous qu'il aura esté ainsin practiqué en celuy de Bordeaux de l'an 1682 que vous avez mentionné en voz inventaires^, car ayant voulu voir le dernier que j'ay de l'an 162/1*, j'ay trouvé qu'on y parle des
' Aucun recueil de décrets d'un synode d'Arles n'a été imprimé , si l'on en juge par le silence de la Bibliothèque historique de h France, oh sont mentionnés (t. I, p. 4i6, n' 63^4) divers conciles tenus en cette ville.
^ Les actes de ce synode , présidé par l'archevêque Louis de Guise , ont été imprimés à Reims , chez de Foigny, en 1 585 , in-8°. Ce recueil fut traduit en français , l'année suivante , par H.Meurier (Reims, de Foigny, 1 5 86,in-8°)
^Imprimé par Millanges, à Bordeaux, 1 583 , in-8°. Réimprimé dans la même ville et chez le même , avec traduction française (i583,in-8'').
* Décréta Synodi Provincialis , etc. (Paris, Ant. Estienne, i6a5, in-8°). Les décrets du synode de i583 et ceux du synode de 169 4 ont été réimprimés en 1798 (Bordeaux, de la Court, in-8°).
décrets du concile de Trente comme de chose qui estoit desjà en observance, et au chappitre particulier de matrimonio article vi il ordonne l'observation de tout ce qui avoit esté décerné sur celte matière des mariages au dernier concile provincial et mesmes tout ce qui se trouvoit inséré dans le rituel romain imprimé par commandement du pape Paul V, ce que je trouve d'une autre bien grande consequance dans le royaulme, et toustefoys on l'a imprimé à Paris avec privilège du Roy chez Ant. Estienne l'an iG^S. Tant y a qu'il nous reste maintenant à vérifier si cez synodes provinciaulx n'ont pas esté publiez et exécutez en leurs' temps dans chascun diocèse, et si le décret particulier des mariages clandestins n'a pas esté publié dans les prosnes de chasque parroisse, car si cela a esté faict il peult suffire pour convaincre l'erreur de noz ecclésiastiques pour ce regard et les obliger à juger conformément à la disposition dudict décret des mariages clandestins, ce qui nous osterà de peine ; que s'il n'y en a encores eu aulcune publication , il fauldrà voir d'en faire r'affraischir la délibération plustost conforme à nostre concyle provincial d'Aix qu'à celuy d'Ambrun puisqu'elle est plus tollerable, et en faire la publication générale par tout nostre ressort. A quoy nous travaillerons, Dieu aydant. Mais je vouldrois bien encor au préalable que pour mon contentement particulier vous eussiez tasché d'en faire dire son advis à quelque bon docteur de Sorbonne, non pas pour en faire faire un décret de la Faculté ne mesmes une consultation par escript en forme probante, pour ne mettre cez gents là en umbrage, mais seulement pour descouvrir leurs sentiments, qui estoit ce que j'avois désiré obtenir de vous dez la première foys que je vous en avois prié, comme je vous en supplie encores afin d'adviser aux précautions que nous y pourrions faire apporter tant de la part des ecclésiastiques que de la nostre, estant bien certain qu'aprez cela si les ecclésiastiques ne jugeoient cez matières conformément aux saints canons et au susdict décret, nous en prendrions plus librement la cognoisçance comme par abbus et les redresserions plus vigoureusement en force des ordonnances qui y seront conformes, ce qui les feroit aller avec plus de crainte et d'appréhension de reproche, et quoy qu'il en
2&à LETTRES DE PEIRESC [1627]
soit, bien qu'au pix aller il nous faille choisir la voye de la publication de ce décret du concile de Trente, si est ce que je suis tousjours dans cette opinion jusques à ce qu'on me monstre si j'ay tort que le concile provincial peult ordonner la mesme chose que le concile de Trente sans aulcun regret et qu'il a esté ainsin pracliqué anciennement de tout temps et qu'on ne peult rien reprocher contre un concile provincial, si ce n'est qu'il ordonne choses contraires aux conciles generauix, ce qui ne peult pas avoir lieu icy, puis qu'on est d'accord d'ordonner les mesmes choses, et si bien on présuppose de pouvoir obmettre quelque article du concile gênerai, n'estant pas aux poincts de la foy, ains seulement en ce qui est de la discipline et autres choses qui indirectement vont dans la temporalité pour brescher les privilèges du Roy et de la Couronne ou ceux des églises particulières et libertez de l'Eglise Gallicane, il semble qu'il doibt estre loisible d'incister à cela, comme on avoit faict au commancement, et c'est principalement sur cela que je désire l'advis de quelques uns de cez mess" de Sorbonne pour ne rien soubstenir témérairement. Au reste nous avons en cette province un moyen qui n'est pas dans tout le l'este du royaulme pour nous en faire à croire, car soubs prétexte des lettres apostoliques de confirmation des conciles provinciaulx d'Aix et d'Ambrun on n'en peult faire la publication dans nostre ressort sans prendre l'annexe du Parlement comme on faict de toute sorte de bulles et provisions venants ab extra , et en ce faict icy nous pouvons octroyer l'annexe soubs telles modifications que la cour arbitrera, qui seront principalement contre cette prétendue réception du concile dans Ambrun et à tout le moings sans approbation dudict concile de Trente et pour valoir la publication dudict décret des mariages clandestins conmie chose délibérée dans les conciles de France et conforme aux ord[onnan]ces royaulx. Enfin si vous nous aidez un peu de vostre costé pour nous faire cognoistre le vrai sentiment de cez messieurs là, nous sommes pour faire une ouverture d'importance en cette rencontre et frapper un coup de grande consequance et qui pourroit avoir suitte. Je suis inarry d'estre si long, mais le subject m'a emporté et je sçay bien que vous avez aultant de volonté de me pardonner
comme j'en ay de vous en requérir Irez humblement et de vous servir. J'ay veu l'article des estats et chambre du clergé de Tan 161 5, que j'ay trouvé conceu en termes fort affectez pour le desadvantage, voire deshonneur de toute la nation, en cez molz que tr cette monarchie porte cette marque de dezunion sur le fronts qui en bon langage reviennent à l'accusation d'heresie et de schisme que nous ne debvrions pas souffrir de la bouche de noz ennemis et nous nous en sallissons nous mesmes. L'acte de l'assemblée faict en suitte a voijlu r'encherir encores de quelque chose en exécutant sans attendre aulcune permission du Roy (bien que leurs devanliers l'eussent jugée nécessaire) cette prétendue réception du concile, en vertu disent ils de la délibération des estats, et toutefoys ils taisent les seuHes parolles qui y pouvoient estre dignes de quelque recommandation en la reserve des droicts et libériez de l'Eglise Gallicane, privilèges et exemptions, comme s'ils avoient eu honte de soubstenir et percister en ladicte reserve, de sorte que je ne m'estonne pas si cela vous picquà et vous porta en faire esclorre vostre sentiment; car je crois que tout bon françois en doibt estre picqué. L'acte de Senlis est bien plus tollerable hors du deffault de l'authorité royale qui devoit procéder, car au moings en ce qui concerne la police extérieure, il se tient oraux termes et conditions portées par le décret de ladicte assemblée auxdicts Estats n. J'ay prins plaisir de voir l'acte d'opposition de l'an 1 5 7 6 , ou il y a quelque chose à dire , mais encores y a t il quelque chose de remarquable. Le mémoire de l'an 1 563 est bien important et feroit beau voir la relation entière de cette conferance de Fontainebleau ^ C'est grand daumage si la mémoire en est perdue comme je crains, je veux dire du destail des propositions, l'esponces, contestations et resolutions. Je n'ay poinct veu le conseil du Molinée^ pour la dissuasion de la publication du concile de Trente' et
' Dans cette conférence (février 1564) il y ' Charles du Moulin , 3/o/i'H(f us , né à Paris
eut, au sujet de la publication du concile de en i5oo, y mourut en décembre i566.
Trente, une discussion très vive entre le clian- ' Dans le Moréri, où le célèbre jnriscou-
celier de l'Hospilal et le cardinal de Lorraine. suite est proclamé «un des plus savants
Ce fut l'opinion du chancelier qui l'emporta. hommes du xvi* siècle t , on lit qu'tril revint
si il s'en rencontroit quelque exemplaire à achepter, je le verrois trez volontiers , car on ne l'a pas inséré dans les trois volumes de ses œuvres *, et pense que l'arrest du Parlement donné sur son eslargissement soit une pièce à n'estre pas négligée. Je pense l'avoir veu entre les recueils de M' de Lomenie et possible en ay je retenu coppie, mais j'aurois de la peine de le retrouver maintenant. Ge Gregor. Tiiolosanus qui a affecté d'escrire contre luy seroit encores bon à voir sur ce subjecl si on le rencontroit par hazard^, et encores plus tost cette oraison de Gentianus Hervetus^ ad Concilium contra matrimonia fdiorum familias, Venetiis, II", Zillet 1 563 *, si ce n'est qu'elle fust insérée dans le volume de Louvain de l'an 1667 in fol., ce que je n'ay pas encore vérifié, car je l'ay. J'ay prins un bon repas dans cez playdoyers et i-ecueils de M' Arnauld^, et ce que ce Peleus" a prins de M' Ghrestien" et de cez messieurs de S' Germain et Baussun (Baudouin?) meritoit bien d'estre veu. Mais je
i'an i564 à Paris, où trois de ses consultations , dont la dernière regardoit le Concile de Trente, lui suscitèrent de nouvelles affaires. H fut mis en prison ... n La consultation de Gh. du Moulin est intitul(^e : Coïtseil sur le fait du Concile de Trente (Lyon, j 564 , in-8°). Voir une analyse de cette consultation en cent articles dans larticle publié par Bernardi [Biographie universelle, dernière édition, t. XI, p. 5/io).
' 161a , in-foi. L'édition de i654 est en U vol. in-fol. Celle de 1 68 1 est en 5 vol. in-fol.
' Pierre Grégoire, né à Toulouse, professa successivement le droit h Cahors; puis dans sa ville natale, enfin à Pont-à-Mousson ,, où il mourut en lôgy. Ce fut sous le nom de Raytnondus Bufus qu'il réfuta la consultation de Ch. du Moulin.
^ Gentien Hervet, né dans l'Orléanais, à Olivet, en 1^99, mourut à Reims en septembre i58i.
' Oratio ad concilium Tridentinmn, qua suadetur ne matrimonia quœ conlrahuntur a
filiis familias sine consensu eorum in quorum sunl potestate habeantur deinceps pro legitimis (Paris, ]556, in-/i°). L'édition de Venise, citée par Peiresc, est la seconde.
' Il s'agit là d'Antoine Arnauld, né à Paris en 1 56o , mort en décembre 1619, le célèbre avocat. Voir sur ses plaidoyers le Manuel du libraire (t. I, col. ^87). Mais Peiresc s'occupe ici d'un recueil manuscrit.
° Julien Pelé, Peleus, né, dit-on, à Angers , fut avocat au pai-lement de Paris , conseiller d'Etat , historiographe du roi Henri IV. On ne connaît ni l'époque de sa naissance, ni celle de sa mort. ( Voir Dictionnaire historique... de Maine-et-Loire, par M. Célestin Port, t. III, 1878, p. 65.) Le livre dont Peiresc veut parler est celui-ci : /. Pelei Qumstiones de clandestinis nuptiis , etc. ( Paris , 1602, in-8°).
' Est-il là question de Florent Chrestien (né à Orléans en i54i, mort à Vendôme en 1596), le précepteur du roi Henri IV, le collaborateur à la Satire Ménippée?
[1627] AUX FRÈRES DUPUY. Ul
n'ay encores peu examiner les mémoires de M' Pithou ne de M"^ d'Espesses, que je prétends voir exactement avec vostre permission, et me prevailoir de cez petites chronologies qui me seront d'un grand soulagement en l'estude de cette matière, dont il fault que je passe ma fantaisie tost ou tard. Gravant que sortir de ce propos, je vous doibs rendre compte de ma négociation en Languedoc, ou j'ay tant cave' et mis tant de pierres en œuvre qu'enfin j'ay descouvert la mesche pour les recueils et mémoires de feu M' Ranchin autheur de la Revision du Concile, et ayant aprins que des PP. Jesuistes estoient en marché de les achepter, , j'ay si bien faict que je les ay comme surprins sur le faict et en ay extorqué l'inventaire tel qu'il s'est peu avoir, lequel je vous envoyé. J'ay depuis faict une recharge ^ pour sçavoir un peu plus particulièrement ce que c'est et faire parler ce monde françois, s'il est possible. J'en attends la responce au premier jour. Dieu aydant, et la resolution du prix, car on demande cent pistoles , que je ne suis pas résolu de donner ; cependant nous verrons ce que nous en avons peu apprendre jusques à cette heure, et si y trouvez quelques pièces plus à vostre goust que les autres, je feray tout ce qui me sera possible pour tascher d'en obtenir coppie et n'y espargneray pas de l'argent et de bon cœur, quand il en fauldrà venir à cela. C'est un parent qui les a voilées et qui faisoit accroire les avoir vendues et envoyées en Italie, et possible l'a il faict et retenu aultant de chasque pièce. Nous en serons bientost esclaircis, et je seray bien aise d'en entendre bientost vostre advis pour ne pas laisser perdre le temps et l'occasion. Sur ce je finiray le volume que je viens de faire en pensant faire une lettre, demeurant en toute syncerité,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
OE PErRESC.
D'Aix, ce 17 iBay 1637'.
' G'est-à-flire creuser, fouiller. Voir sur le c\lé à la note prticédente (t. I , p. 587, sous le
mot caver une note des Lettres de Jean Cha- motre<;Aar^e),cjiieLitlrén'adonnéqu'unseul
pelain{t. II, p. 5i,note 4). exemple tiré des Mémoires de Saint-Simon.
' flépéftVion. J'ai rappelé, dans le recueil ' Vol. 716, fol. 119.
LUI À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, Ayant consumé au subject du Concile tout le papier que j'avois prins pour vous respondre, il m'a fallu prendre une autre feuille pour suppléer à ce qui reste, principalement pour ce qui regarde les lettres de Rome, ou il ne fault pas que vous m'imputiez rien des faveurs que Mg' le Cardinal Barberin y a desparlies à Mons"' de Thou, puisqu'il n'a voit pas de besoing d'en apprendre les mérites, en ayant eu la cognoisçance qu'il en avoit eue à Paris, nomplus que les tesmoignages que ledicl seigneur a rendus de l'estime en laquelle il vous avoit vous, Monsieur, et Monsieur Rigault, ayants laissé respandre par le monde la bonne odeur qui y est de vostre doctrine et de vostre vertu et courtoisie nompareille. Certes si j'avois peu y contribuer quelque chose je ne m'y serois pas espargné y estant si estroitement obligé comme je suis, mais il n'en estoit poinct de besoing et j'eusse faict tort à vostre valleur de l'un et de l'autre. Les grands éloges que vous m'avez faicts de M'' Holstenius ont bien augmenté mes regrets de la résolution prinse par le Card[in]al Spada de l'emmener par la Lorraine. Je n'avois pas mérité tant de bien et de contentement que j'eusse eu de le gouverner icy en passant. Je crois bien aussy que mon intercession pour son regard sera fort inutile, mais pour n'oser vous desdire je n'ay pas laissé d'en faire une recharge audict seign' Card[in]al par voye extraordinaire, qui s'est présentée cejourd'huy, d'un gentilhomme d'Avignon , par qui je luy ay envoyé un exemplaire assez bien relié par mon relieur de la Vie de Henri VII de Bacon , que M' Buon m'avoit envoyé , afin de ne luy pas escrire par voye d'amy à mains vuides, à faulte d'autre chose, combien que je suis fort asseuré que s'il n'a desja recouvré ce libvre d'ailleurs, il luy sera fort agréable, car il entend assez le françois en le lisant et se plaict en cez sortes de livres. J'escriray par cette commodité cy à
Monsig"' BagnyS encores que je suis bien asseuré que sans cela vous n'y eussiez esté que le trez bien venu. Il vous honnorerà, aymerà et adorera et je ne puis faire d'autre jugement sçaichant ce que je sçay de son humeur et de la vostre. Cez actes de manumissions et servitudes tomboient justement dans mon goust principal, c'est pourquoy je vous en remercie trez humblement comme aussy des confessions qui n'ont passé par autres mains que de mon frère et de moy. Ce procez de Pierre de Luna est une bien importante pièce à nostre histoire de Provence pour ce qu'il fut créé pape en Avignon, ou il fit sa principale residance^, c'est pourquoy M'' de l'Effetierre ^ et vous ne me pourriez pas prouver une plus grande faveur que celle de la permission de prendre coppie en due forme de tout ce qui s'en trouvera, quoy que ce puisse estre. Je vous en supplie trez humblement. Au reste l'affaire des religieuses de S' Saulveur de Marseille ayant esté jugée au Grand Conseil contre l'establissement de la discipline monastique au proffit des desbauchées, toutes cez pauvres filles, qui avoient voulu maintenir la refforme, cherchent de sortir de ce couvent pour se loger en d'autres de la mesme ville ou elles se font transférer par bulles du légat d'Avignon, ce qui desroge un peu à la bonne opinion qu'on avoit conceiie de M' de Marseille, parcequ'il a tousjours protégé les libertines et persécuté les bonnes, et le pis est que le bruict court par Marseille d'une chose qui n'est peult estre pas vraye ou que peult estre les siens ne sçavent pas, à sçavoir qu'il a desparty sa protection à cette abbesse prétendue moyennant l'espérance qu'elle luy a donnée de recevoir une sienne nièce de luy pour coadjutrice, laquelle on doibt faire venir de Perigueux ou Limosin. Cette abbesse luy a donné un acte de nomination d'une petite prebande de 3o ou ho escus en faveur d'un de ses aumosniers qui
' Le nouveau nonce k Paris. Benoit XIII. Il mourut h Peniscola en liaù.
' Pierre de Luna , né en Aragon en iddh , ' Le registre III des minutes, à Garpen-
ful professeur de droit à Montpellier. Cardi- Iras , renferme sept lettres écrites , du 9 1 avril
nal en iSyS, il fut en 1887 légat en Es- i6a6 au7août iGag, par Peirescà M. d'Ef-
pagne. Les cardinaux d'Avignon l'élurent fretière, doyen du grand conseil à Paris
papeleaSseptembreiSgiàl prit lenom de (fol. 191-193).
IVritlCCKUt MATlOXALt*
250 LETTRES DE PEIRESG [1627]
porte le nom de Lomenie, postérieurement et au préjudice d'un resignataire pourveu en deûe forme par le vicelegat, qui est parent ou créature du lieutenant de seneschal en ladicte ville , qui donne bransle à toute la ville, ce qui a causé de grands desgousts, mesmes de ce qu'en haine de ce procez , qu'on a faict evocquer au Grand Conseil , le filz du lieutenant qui est docteur en théologie et qui avoit esté arresté pour prescher quelque part de l'adveu de M'' l'Evesque n'a peu avoir son mandat en temps et lieu, ce qui a esté grandement mal interprété. H a laissé M' l'evesque d'Orléans dans Marseille durant 3 ou /j moys sans jamais l'aller visiter depuis le premier jour de son arrivée, et toutefoys il a presché tout le caresme, au moings les festes, dont le monde s'est fort scandalisé, et en dernier lieu il a menasse quatre ou cinq festes de saincts, qu'il disoit vouloir oster du calendrier, entr'autres S''' Anne et S'"' Madeleine, dont il faillit à y avoir grand bruict. Enfin il se restraignit à retrancher seulement S' Antoine et S* Sebastien, dont il y a encores grand vacarme, parceque ce sont des patrons de la mer et que le corps S' Antoine est en Arles, d'où relevé son église de Marseille. Je luy en ay escript un mot et en attends sa responce, car les officiers royaulx présupposent qu'ils doivent avoir communication de semblables changements à cause des feriats judiciaires, et que cola a quelque chose de commun avec la police extérieure de l'église comprinse dans les dispositions des ordonnances du Roy. Je ne sçay de qui il se conseille, mais il ne luy reuscit guieres bien. Du commancement on me venoit prendre à garent, mais à cette heure on a bien recogneu que je n'y avois nomplus de crédit que le commun. Il fut cez jours passez en ceste ville, ou il rencontra M' l'Archevesque par les rues et le sallùa disant qu'il avoit esté chez luy, et puis fut icy tout un jour et s'en retourna sans l'aller visiter, aussy n'en receut il poinct de visite réciproque par aprez, dont il me fit sa plainte en partant, mais je ne l'excusay pas et luy dis que je croyois comme il est vray qu'il estoit tenu d'aller visiter le premier, puis qu'il avoit receu tant de caresses de M' l'Archevesque au précédant voyage. M' l'Archevesque a désiré de transférer deux festes localles pour plus de commodité de l'office de l'église, l'une de S' Maxi-
min, nostre premier evesque', d'un jour au lendemain, et l'autre de la Dédicace d'une semaine à l'autre ; mais avant que le publier il en conféra avec IVP le premier présidant, qui le proposa aux chambres assemblées, et d'un commun veu l'affaire passa au contentement de M' l'Archevesque et de tout son clergé. Si M' de Marseille ne se met à quelque devoir de raison pour ses festes, il court fortune de voir interjetter et recevoir un appel comme d'abbus de la suppression qu'il en a faicte contre le veu et dévotion des peuples et sans l'authorité des magistrats royaulx, dont je serois marry pour l'amour de ceux dont il porte le nom. Je suis attendant à ce qu'il m'en dira, et demeure tousjours, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peibesc.
Si vous trouviez à propos de toucher un mot de cez affaires à cez messieurs, je le laisse à vostre discrétion, car d'un costé je ne vouldrois pas les fascher et de l'autre je ne vouldrois pas qu'ils me reprochassent que leur estant ce que je leur suis, je les en debvois tenir adverty ^.
À MOÎSSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, J'ay receu la vostre du xi de ce moys de may avec le Ramus' et deux
' Voir Gallia christiana, t. I, col. 999. égorgft? le a6 août 1672. Voir la longue
Les sages et savants auteurs disent de Maxi- (^numération des publications de Rainus dans
min : irQuis ille fuerit, quo sederit teinpore, le tome XIII des Mémoires de Niceron , dans
quidve gesserit, divinare non audemus'». le Manuel dti libraire, dans la monograpliie
' Vol. 716, fol. 123. de M. Ch. Waddington {Ramus, sa vie, ses
* Quelque opuscule nouvellement réim- écrits, ses opinions), etc. primé de Pierre la Ramée, né en i5i5,
ou trois autres petits livrets bien curieux dont je vous remercie trez humblement. Je vous fis reponce cez jours passez aux six despeches que vous me cottez en vostre lettre et dont il y avoit bien de quoy m'accuser, voire condamner, et déclarer indigne de tant de bien et de tant de grâces de supererogation envers une pauvre pièce de chair mal si cappable de vous rendre la corres])ondance requise. J'en suis encore si honteux que je ne pense pas en avoir quasi sceu perdre la rougeur du visage depuis lors que je vous en escrivois et que je vous en demandois le pardon, que je ne mérite pas. Mais vous estes trop bontifs ' pour m'en esconduire neantmoings et pour n'avoir esgard à mon impuissance et au peu de secours que j'ay eu de mon frère, qui ne bouge quasi de la campagne. Il est maintenant revenu, grâces à Dieu, et m'a apporté un exemplaire en blanc de l'entrée du Roy en Arles ^ pour la joindre à celle d'Aix*, suyvant ce que vous m'aviez autres foys mandé et que je n'avois encore peu effectuer. Je le vous envoyeray par la première commodité d'amy pour ne luy faire aulcun faulx ply, ensemblement avec les coppies du concile de Trente, dont les deux premiers volumes sont achevez, pour le moings le second le sera dans demain, s'il plaict h Dieu, et le troisiesme ne sçauroit guieres durer sur le tapis*. Celuy qui y a travaillé fut si malheureux que de tomber malade tout au commancement de son ouvrage, et aprez sa guerison eust encor une recheulte, n'ayant peu faire que bien peu de cahiers entre ses deux maladies, et parce qu'il les faisoit assez nettement , il me faschoit d'y employer aulcun autre. Il n'a depuis sceu se guarir entièrement estant demeuré
' Le mot bontif n'a été recueilli iii dans Richelet ni dans Trévoux.
' Entrée du roi dans la ville d'Arles, le a 9 octobre de l'an 162a (Avignon, Bramereau, 1698, in-fol.). L'auteur de cette relation est le chancelier Pierre Saxi.
On a deux publications sur l'entrée de Louis XIII à Aix : La ville d'Aix à l'Enlrado dou gran Louis lou juste, Rey de France (Aix, Tholosan, 1622, in-8°, en
vers provençaux) ; — Discours sur les arcs triomphaux dressés en la ville d'Aix à l'heureuse arrivée de Louis XIII en 16^ s (Aix, Tholosan, 1624, in-fol.). Ce discours a été composé par Jean de Ghasteuil Galaup , procureur général de la Chambre des comptes de Provence.
' L'expression durer sur le tapis n'a été citée dans le Dictionnaire de Littré ni sous le mot durer, ni sous le mot tapis.
avec les fiebvres quartes, mais ii ne laisse pas d'y travailler les deux jours qu'il a francs de fiebvre, et j'espère que vous en serez contant. Je l'ay faict faire en bon fort papier, de la mesme grandeur que les originaulx. J'ay veu le cathalogue de la Foire, et y ay trouvé à la fin un livre ia fol. de Lyon sur les appellations comme d'abbus d'un Fr. Salgado ', que j'y ay envoyé demander avec cez opuscules dont vous m'aviez dernièrement adverty de Bullengerus de ludis, pictura, conviviis, etc. et un Ghrofl[icon] Lucii Dextri Barcinonensis^. Je loue fort le choix que vous avez faict dans les tomes de Cramoisy de ce Jus regium Hebr[aeorum]', Caesarius et Annales Bajor[um]. Je vouldrois bien s'il estoit possible recouvrer en son temps ce Chronicon Alexandrinum et Siculum fol. (combien que je crains grandement que ce ne soit la mesme chose que ce quarto, mais tousjours la plus grande forme et caractère me le feroit désirer quand il n'y auroit que cela) comme aussy le Cassianus in fol° d'Arras qui est mentionné en l'appendice'' et cet apostolatus Benedictinorum in Anglia f° avec cez Annales généalogiques de Lynden" si les libraires en apportent. Mais je vouldrois bien apprendre de vous ce que c'est que cette continuation de l'Histoire de M"' de Tliou depuis l'an 1607 jusques en 1618* de Francfort et cet Hemerologium qu'en
' Salgado de Somosa , né à ia Coruna en Galice, fut président au Conseil de Castille et ottint l'abbaye d'Alcala, où il mouinit en i664. Son livre (voir la Bibliothèque de Nicol. Antonio) est intitulé : De regia protectione vi oppre.isorum appellanttum a causis et judicibus ecclesiasticis.
' Chronicon omnimodte historiée , opéra et studio Fr. Bimrii commciitariis illustralum (Lyon, 1637, in-fol.). On sait que l'authenticité de la chronique de Flavius Lucius Dexter a été fortement attaquée dès la première édition (1619). Ticknor n'hésite pas à regarder la chronique comme apocryphe {Histoire de la littérature espagnole, traduite par Magnabal, t. III, p. 316).
' C'est de Guillaume Schickard , l'orien-
taliste allemand dont nous avons déjh plusieurs fois rencontré le nom, qu'est le Jtis regium Hebrœorwn, qui fut réimprimé à Leipsick en 1674 , in-4°.
* Joannis Cassiani opéra omnia cum commentariis D. Alardi Gazœi; nova editio, etc. (Atrebati, 1638, in-foi.). Cette édition avait été annoncée fort à l'avance.' Elle avait été précédée d'une édition moins complète (Douai, 1616, 3 vol. in-8°).
' Annales généalogiques de la maison de Lynden, par F. Christophe Butkens (Anvers, i6a6). On trouvera dans le Moréri une généalogie de la famille de Lynden (du duché de Gueldre) tirée de l'ouvrage de Butkens.
' Il n'est point question ici de la conti-
a compilé la. Fabricius, que je serois bien aise d'avoir en son temps. Je vouldiois pareillement apprendre si cette édition de Rabanus Maurus fol° de Colofjne^ est rien de plus que les précédantes et de quel prix elle est à peu prez. H me reste à vous faire une supplication trez humble qu'il vous plaise de faire ung peu de perquisition exacte tant chez M"" de Lomenie dans ses recueils des cérémonies que chez M' de Godefroy et quelques uns de cez domestiques du Gard"' de la Rochelouchault par l'entremise de quelqu'un de voz amys, pour vérifier s'il est vray ce qu'on dict que contre l'usage ancien depuis quelque temps en ça le Roy, les Roynes, Princes et Princesses et autres grands de la Gour aux festes solemnelles vonts, ce dict-on, à l'offrande non pas sur les bas degrez du devant du maistre autel, comme on souloit, ains la vont porter iusques sur le théâtre, qui se dresse au costé de l'évangile pour le cardinal ou grand prélat célébrant, et asseure t'on qu'il en fut ainsin usé lors du mariage de la royne d'Angleterre, dont M' de Chartres^ qui celebroit lors vous pourroit bien esclaircir; car dans diverses relations que j'ay veiies de cette cérémonie, je n'ay pas veu rien de semblable, nomplus que dans les autres cérémonies que M' Godefroy a faict imprimer, ne en toutes les cérémonies royales ou je me suis trouvé plusieurs foys. Monsieur de la Yille aux clercs vous en pourroit dire plus que tout autre comme estant tousjours tesmomg occulaire et des plus proches de tout ce qui se faict de semblable. On adjouste que c'est M' de Nevers ' qui a comancé de l'endre cette sorte de defferance dans Nostre Dame de Paris à M' l'Archevesque nouveau*
nuadon de Nicolas Rigault qui s'arrête à ' Léonor d'Étampes-Valeiiçay, déjà piu-
l'annëe 1610. Oa sait d'ailleurs que le pre- sieui's fois mentionne, niier des trois livres ajoute's par Rigault aux ' Charles de Gonzague , duc de Nevers
i38 livres du président de Thou parut en (depuis la mort de son père, Louis de Gon-
i6ao, etque les deux autres livres ne virent zague, octobre iSgS), duc de Mantoue en
le jour qu'en 1783 dans la lielle édition de 1637.
Londres en sept volumes in-fol. * Jean-François de Gondi , nommé év&jue
' Opéra omnia , collecta primum induslria de Paris en remplacement du cardinal de
Jac. Pamelii , nune vero m lucem emissa cura Gondi (1699) et devenu archevêque de
Ant. de Henin ac studio et opéra G. Colve- Paris (février 16a 3). nei-ii (Cologne, 1697, 3 vol. in-fol.).
pour faire à l'iniperialle, attendu que le formulaire du couronnement de l'Empereur porte qu'il monte jusques sur le théâtre du Pape pour luy aller baiser les pieds et que cet exemple a esté suivy par M' de Nemoars' et par plusieurs princesses et bientost aprez par les Roynes niesmes. Je suis marry de vous donner cette courvëe, mais la chose semble mériter esclaircisseraent, seulement vous supplieray-je de le faire discrètement et sans beaucoup de bruict, s'il vous plaict, et neantmoings au plus tost qu'il vous sera possible. Je vous en diray l'occasion un peu plus à loisir, Dieu aydant, que je n'en ay à cette heure. Sur quoy je finiray, demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 9 5 may l6a7^
A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUT
C'est grande merveille que l'excez de mes manquements derniers en vostre endroict n'ayent peu arrester le cours de tant d'honnestetez et de courtoisies que vous me faictes et que vous recommandez à toutes heures à ma grande honte et confusion , lors mesme que je m'en rends le plus indigne. Il n'y avoit guieres que je vous avois faict responce à 3 ou /i de voz lettres que j'ay receu une autre despesche de vostre part du 10 de ce moys, accompagnée comme de coustume «on seulement des plus curieux livrets nouveaux, mais de cahiers et de pièces trez rares du temps passé, dont je ne vous sçaurois jamais rendre assez de remerciments. J'avoisbien quelque chose de cette négociation de i BaS ,
' Henri de Savoie, duc «le Nemours, déjà mentionné. — ' Vol. 716, fol. laS.
mais j'ay prins plaisir de parcourir ce qu'il vous a pieu m'en envoyer de cet archevesque d'Ambrun\ dont je n'avois pas la conclusion, qui estoit le meilleur. Aussy tost que j'eus leu la lettre, je voulus aller chercher dans mes papiers de Paris les epistres dont vous me parlez de feu M' d'Aviron ^ et de M"" Saulmaise , dont il me souvenoit bien d'avoir tenu quelque chose entre mes mains, mais je trouvois estrange qu'il m'en fut rien demeuré des originaulx, parce qu'avant mon despart de Paris, je rangeay touts les papiers que j'avois lors de par delà en si bon ordre qu'à poinct nommé je trouve aiseement ce que j'en puis chercher, et par mesme moyen en les maniant touts l'un aprez l'autre, il ne m'en pouvoit eschapper aulcun, et fus fort scrupuleux à rendre touts ceux que je tenois de vostre main et aultres de mes amys, me souvenant que je vous en r'envoyay tout d'un coup une bien grosse pille et plusieurs livres, desquels je n'ay poinct oublié qu'il s'en trouva un petit de perdu à mon très grand regret et que je n'ay jamais peu recouvrer ne de Genève, ne de Francfort, ne de Lyon, ne de Venise, ne de Rome mesme, jusques ou je l'ay envoyé chercher fort soigneusement, bien que c'ait esté en vain. La preoiiere liasse que je maniay donc pour cecy fut celle ou estoit tout ce que j'ay de ce que vous me mandez, qui ne consiste qu'en deux cahiers escripts de la main de Quentin, l'un desquels contient coppie d'une longue lettre de M' d'Aviron du 3 juin 1 6 1 8. L'aultre cahier de la mesme main ne contient que coppie d'une aultre lettre encores plus longue , escripte par M' de Saulmaise le 9 aoust audict an en responce de celle dudict S'' d'Aviron, et ce que j'y ay trouvé de remarquable pour cette occasion est que sur la fin de ladicte lettre de M' Saulmaise il y a 3 ou 4 apostilles aux marges , que j'estime estre escriptes de la main propre de M"' de Saulmaise, si je ne me trompe, ou il y a de bons suppléments, ce qui m'a remis en mémoire d'une chose que je vous prie de mieux vérifier avec le dict S"" de Saulmaise,
' Ce devait être le célèbre diplomate d'Auch(i537), de Lyon (i55i), cardinal
et ministre d'État François de Tournon, en i53o, etc.
né en 1489, mort en i56a, archevêque ^ Voir sur Le Batelier d'Aviron la lettre II
d'Embrun (i5i7), de Bourges (i5a5), de Peiresc à Dupuy, du 9,5 août 1618.
car il me semble que M"" de Sauimaise ayant prins la peine de me venir voir et ayant veu sur ma table cette sienne lettre transcritte, que je voulois conférer à l'original, il me dict qu'il y vouloit adjouster quelques mots, et que si je la luy baillois, il prendroit volontiers la peine de relire luy mesraes ma coppie et d'y adjouster ce qu'il l'alloit, qui fut la cause que je la luy baillay ou envoyay confidamment ensemble l'original qu'il se chargea de vous restituer luy mesmes comme vous voyant plus souvent que je ne pouvois faire pour lors. Que s'il y a eu d'aultre lettre dudict S" d'Aviron en réplique de cette deuxsiesme dudict S'' Sauimaise du 9 aoust, je n'en ay rien trouvé dans mes papiers, et crainte d'en avoir peu loger par mesgarde diverses pièces en divers endroicts, j'ay fort curieusement recherché en différantes liasses partout ou je me pouvois imaghier que j'y en peusse avoir fourré quelque chose , mais je n'en ay rien trouvé, non sans un extrême desplaisir. Voyen, je vous supplie , M'' de Sauimaise et remettez le sur ce discours pour voir s'il ne pourroit poinct se remettre en mémoire de ce que dessus, et si par hazard cette cinquiesme lettre dont vous estes en paine ne seroit poinct entre ses mains de luy, soit qu'il l'eust retirée chez moy ou chez vous, car ce seroit grand daumage de laisser perdre cez pièces, ou il y a de si belles observations, et puis que vous m'avez mis sur ce discours, vous m'obligerez bien d'agréer que Quentin transcrive cez deux premières lettres de cez messieurs, que vous dattez du 5 febvr. et ai mars audict an 1618, ou est l'origine et la cause impulsive de cette curieuse conferance, laquelle tombe grandement dans mon goust, et si je ne me trompe, il me semble que les discours que nous eusmes avec M' de Sauimaise sur ce subject furent cause que je luy parlay et que je luy monstray un beau MS. que j'avois lors de l'église d'Arles, dont il se servit dans son Eucharisticon S en consequance de ce qui estoit traicté dans cez belles epistres. Je vous cotte cette particularité pour voir si cela pourroit ayder la mémoire de M"' de Sauimaise et pour luy faire chercher parmy les papiers qu'il avoit en main lorsqu'il
' Eucharisticon Jacobo Sinnondo S. J. P. pro adventoria, de Regionibus el Eccksiis suburfticonVs (Paris, 1 6a j,in-4°).
iMmiuEnie xAtiotAbS.
ti-availloit à cet ouvrage et pour voir si la pièce que vous cherchez n'y seroit poinct demeurée par mesgarde. Toutefoys je recommanceray ma perquisition à cez prochaines vacances, Dieu aydant, que je désire manier de rechef touts mes papiers, et commanceray par ceux là de Paris qui sont bien rangez pour y adjouster par aprez les aultres que j'avois de pardeça, selon le mesme ordre et lors nous tascherons de cotter ce que nous rencontrerons du goust de M' de Lomenie et du vostre et de nous acquitter de ce que nous pourrons à tout moings de tant d'arrérages de nostre debvoir.
Quant à M'^ Holstenius vous m'en dictes tant de bien que vous me le faictes estimer encores beaucoup plus que je faisois cy devant et ne uianqueray poinct d'en cotter les principales particularitez dans les pi'emieres lettres que j'escriray à M^ le Gard'' Barberin, et principalement sur ce que vous me dictes de ce beau recueil d'homélies, qui est une vraye matière propre aux imprimeries de Rome. Il y a à Tolion une galère apprestée par commandement du Roy pour porter à Rome le cardinal Spada ou à tout le moings ses neveus, ainsin porte l'ordre, à ce que le lieutenant de M'' le General des Galleres a dict. Ce qui me faict espérer que nous aurons icy Mons'' Holstenius, et parceque si le Cardinal vient en personne. M"' nostre Archevesque faict estât et croit d'estre obligé de le loger, j'ay desja stipulé avec luy qu'il me laisrà la disposition de la persone dudict S' Holstenius, que je seray bien aise de pouvoir gouverner un petit hors de la fouUe de cette cour là. J'ay trouvé estrange d'apprendre par les lettres de M' vostre frère leur parlement dez le 8""% attendu qu'on mande d'Avignon qu'il y a lettres dudict Cardinal qu'il fera fester à Lyon' (qui sera pour ne se haster pas trop en son chemin), et que là il se resouldrà s'il passera par le Piémont ou par cette province. Il me tarde bien d'en estre esclaircy. Au reste j ay esté bien aise d'apprendre le bel ouvrage que M' Saulmaise a reduict à perfection sur le concile Eliberitain et particulièrement de la releniie dont il a usé, de quoy je ne le sçaurois assez loiier et voul-
' 11 s'agit là de la fêle de la Pentecôte, la fête de Pâques ayant été cé\ébrée, en 1697, le 4 du mois d'avril.
drois bien qu'il en fist de mesmes de toutes ses autres œuvres, mais pour cette pièce là, attendu son importance, je vouldrois bien qu'il eust trouvé bon que vous la fissiez parcourir par quelque honneste homme de Sorbonne, afin de vous mieux asseurer qu'il n'y soit rien demeuré qui soitsubject à sinistre interprétation et qui puisse estre mal prins venant de main qu'on veult présupposer suspecte, et aprez on la mettra sur la presse sans regret. J'en ay autres foys usé ainsin pour les Méthodiques de M"" Pacius ' sur les trois premiers libvres du code à cause des matières qui sont traictées au premier libvre, pour lesquelles on souffriroit des termes à des gents catholiques, lesquels on ne souffriroit pas ainsin à d'autres qui ne sont pas advoiiez généralement pour tels. Croyez moy, je vous supplie, Monsieur, employez vous y, cela importe plus qu'il ne semble d'abord. Pour le regard des Epistres de Themistocles je vouldrois bien avoir veu quelqu'une des principales raisons et motifs de M'' de Saulmaise pour les condamner de suppositions, car je vous advoiie ingenuement que je m'y laisrois tromper bien aiseement, mais je deffere tant au jugement et à la grande cognoisçance qu'a M"^ de Saulmaise de telles matières que je crois ce qu'il en croid sans plus grande conviction. 11 est vray que je le croiray avec plus de satisfaction, si j'en puis voir quelque chose qui me descouvre ce que je ne sçay pas discerner comme luy. Si vous le portez à en mettre quelque chose par escript, il n'y sçauroit point avoir de danger. La chose semble le mériter, puisqu'elle est aujourd'huy exposée aux ieuk de l'Europe par forme de defTy, tant y a que je vous supplie de me conserver en
' Jules Pncius, ne h Vicence en avril i54o, mourut à Valence en i635. Ce savant jurisconsulte fut le professeur de droit de Peiresc , qui l'aima toujours d'un amour presque filial. Voir, sur les relations de Pncius et de Peiresc, Gassendi, pages 78, 96, 1 oa , /i3i. Voir sur la biographie du maître et de l'ami de Peiresc : Le jwi.sconsulle Jules Pacius de Beriga avant son établissement à Montpellier (i55o-i6oa) d'après un docu-
ment inédit, par M. Ch. Revillout, professeur à la faculté des lettres de Montpellier (bi-ocluire in-4°, Montpellier, 188a). — Jules Pacius de Beriga. Compte rendu du mémoire de M. Ch. Revillout, avec addition de documents inédits (Paris, i883, brochure iih8°). J'ai donne, dans ce travail, divers renseignements sur la correspondance de Peiresc avec Pacius et avec la famille de ce dernier
l'honneur des bonnes grâces dudict S' de Saulmaise et aux vostres et me tenir tousjours, Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 96 may 1627 '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur,
J'ay receu depuis hier vostre pacquet du 2 5°"^ may et trois jours devant avois receu le précédant du 1 8™", qui avoit este retenu à Lyon , à cause que deux jours devant qu'il y arrivast on avoit faict courir une despesche du Roy, car ils ont accoustumé d'attendre par aprez une aultre semaine pour ne surcharger les maistres de poste. Il fauldrà voir si à noz prochains estats nous ne pourrons pas faire establir un ordinaire de Lyon icy. Par mes précédantes despesches vous aurez esté satisfaict du desnombrement particulier de toutes les vostres, mesme de celle du 99 mars, que j'avois oublié d'accuser parmy la presse oti j'estois lors. Mais j'ay un extrême regret de la peine où vous aurez esté à la réception de ma pénultième despesche , dans laquelle un mien cousin qui la faisoit oublia d'enclorre les pistolles, dont je vous parfois, lesquelles seront cy joinctes indubitablement, car je le ferray moy mesmes, vous asseurant que je ne m'en apperceus qu'hier par grand hazard en remuant les papiers de ma table, soubs lesquels je les rencontray, non sans beaucoup de desplaisir.
J'ay receu avec cez deux dernières despesches le Sidonius de Wouvem'^ et la responce du subject d'Espagne, dont j'avois tantouy par-
' Vol. 716, fol. 137. Hambourg vers iSjo; il fut, à Leyde. l'ami
^ Jean Wower ou de Woweren naquit à de Jos.' Scaliger, de Gruter, etc. : à Paris ,
ler\ ensemble tout plein d'aultres petites pièces curieuses, mesmes les particularitez de cet bornage de Monsieur et de cez procédures de l'an 1873, dont je vous doibs mille remercimenfs trez bumbles, et surtout de ce que nonobstant que la longueur de nostre silence nous eust deub rendre indignes mon frère et moy de la continu[at]ion de vostre soing à nous faire part de voz nouvelles, ce neantmoings vous n'avez pas laissé de vous opiniastrer à nous obliger avec tant d'excez d'honnesleté comme vous avez faict, car le bénéfice en est bien plus précieux et nostre redevance tant plus grande.
Il ne fault poinct craindre que par cette voye là il se perde aulcune despeche sans un extraordinaire malheur, car de Lyon icy elles viennent soubs l'enveloppe des paquets du Roy, dont il se tient registre de l'heure de leur partement et de leur passage et réception en chascune poste, de là icy (ce qui est en partie cause du retardement), et pour le chemin de Paris à Lyon soubs les enveloppes de M' de Fetan il semble qu'il n'y ayt pas beaucoup à craindre, tandisque le monde est en paix et si vous appréhendiez parfoys aulcune chose, je pense qu'il seroit à propos d'y faire mettre un contreseing de M"' de Lomenie avec le cachet royal, afin d'en faire tenir registre de Paris à Lyon, cette précaution n'estant pas trop difficile en cas d'occasion importante, car du reste il n'y a pas tant à appréhender en tenant la voye que vous tenez.
Aflin que je ne l'oublie, j'ay trouvé entre les livres que mon frère a voit acheptez d'Elzevir cette LAOS ASINI de Heinsius que je vous avois demandée l'autre jour. Ce livre s'estoit confondu dans l'emballage,
des Dupuy et des Pithou, et mourut en occurences de ce temps. En laquelle, outre
mars 161a. Voir sur cet ërudit les articles plusieurs matières d'Estat, se rencontrent
de Bayle, du P. Niceron (t. VI), de Weiss divers motifs d'Apologie contre le dùviesme
{Biographie universelle), eXt,. Ses travaux tome du Mercure François , farcij de quantité
sur Sidoine Apollinaire ne virent le jour de libelles injurieux, publie:- indiscrètement
qu'après sa mort; ils furent publiés par contre la juste grandeur de la Serenissime
son ami Elmenhorst sous ce titre : Sidonii Maison d'Autriche, m.dc.xxvi, s. 1., in-8° de
Apollinaris opéra cum notis (Hanovre, 1617, lio pages. L'année précédente, une édition
in-8°). de celte Réponse avait été publiée sous le
' Besponee d'un subjecl du Roy d'Espagne même titre, mais dans le format petit in-8°
à la lettre d'un gentilhomme françois sur les et en k"] pages.
parce qu'on l'avoit fourré dans un autre de mesme grandeur de papier, de sorte que si ne l'avez prins il n'en sera plus de besoing, sinon, quand bien je l'aurois double , il n'y auroit pas grand danger. Le livre me semble assez curieux pour faire qu'un amy m'en sçaiche gré.
Pour respondre donc à vostre lettre du 1 8 , j'ay prins grand plaisir d'entendre que M"" Saulmaise soit parfaictement guary et qu'il lust si prez de mettre fin à son commantaire sur Solin, duquel je me promets beaucoup, et pense que ce sera un grand secours pour le Pline, puisque Solin l'a suivy de si prez, comme il a faict. Mais je crains que l'examen de ce gros livre de doctrina temporum^ ne le divertisse et ne luy fasse derechef quitter cez grands et recommandables ouvrages qu'il a par les mains pour s'amuser à contredire et relever celuy cy. En quoy il peult certainement travailler bien utilement pour le public et pour deffendre la mémoire de feu M"' de la Scala, mais cette utilité ne semble pas comparable à l'autre.
Je verray fort volontiers le livre du Gard'*' de la Rochefoucauld^, car j'ay eu la curiosité de voir tout ce qui s'estoit passé de pardelà touchant cette censure du clergé, et verray encores trez volontiers ce recueil de lettres des beaux esprits' quand ce ne seroit que pour l'amour de M' de Malherbe, qui est bien de mes amys*.
Ce discours sur l'apologie de Balsac in k° m'a faict désirer un exemplaire en blanc de ladicte apologie in 6°, s'il s'en trouve encores de la première édition en cette forme pour les joindre, car aussy bien l'exemplaire que vous m'en aviez envoyé in 8" relié a desja couru par tant
' Par le P. Petau. Saumaise ne publia La Rochefoucauld. Au roi Louis XUI. Paris,
aucune critique du grand travail de celui qui 1626, in-4°. La Bibliothèque historique de la
avait été son adversaire au sujet de Tertul- France (n° 98665) attribue cet ouvrage à
lien , et qui allait redevenir son adversaire au Jean Phelippeaux, jésuite. Voir aussi la
sujet de Solin. Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de
^ Raisons pour le désaveu/ait par les évê- Jésus (t. II, in-fol., col. igSô).
ques de ce Royaume, d'un livret publié avec ce ^ Recueil des lettres nouvelles, publié par
titre : Jugement des Cardinaux, Archevê- Faret(Paris,ToussaiutduBray,i697,in-8°).
ques, etc., sur quelques libelles diffamatoires, " On trouve dans ce recueil neuf lettres
sans les noms des auteurs, contre les schisma- de Malherbe, qui occupent les quatre-vingt-
liques de ce temps, par François, cardinal de dix-neuf premières pages.
de mains de l'un à l'auitre que je ne sçay si je le pourray plus r avoir.
J'ay receu la lettre de M' Rubens, mais didicilement luy pourray-je l'aire de responce pour ce coup cy. Je suis d'advis qu'une autre foys quand vous en recevrez vous les ouvriez en passant par droict de péage, car il y a tousjours quelque gentilesse digne de la veiie des personnes curieuses. On ne sçauroit jamais assez priser un tel personage.
Le R. P. Dom du Puy m'oblige trop de se souvenir de moy. Ce me seroit un merveilleux bonheur et consolation nompareille si je pouvois avoir le bien de le gouverner icy quelques jours à son passage.
H passa dernièrement par icy un courrier du Gard[in]al Spada que l'on amena a M"' nostre premier présidant avec qui j'estois lors par hazard. Il s'en alloit à Toullon pour faire liaster sa gallere et la faire aller à Bouc ou à Marseille pour y lever les gardes et le train qui s'y debvoit aller embarquer. Je voulus sçavoir de luy si M' Holsteinius venoit avec ce train pour l'envoyer prendre par main mise, mais j'apprins de luy à mon grand regret que M"" le Card[in]al l'avoit retenu prez de sa personne avec ses neveux, dont je fus bien fasché, car je crains fort qu'il ne veuille passer en Piémont, puisqu'il a déjà un pouvoir de légat en main pour s'entremettre en cette qualité de l'accommodement du duc de Savoye avec les Génois. Il attendoit à Lyon ou aux environs un courrier du Roy qui luy en devoit porter la résolution selon ce qui s'en attendoit en cour du costé d'Espagne. Que si cet accommodement n'est en bonne disposition, il dict qu'il viendra par ce pais, ce que je ne vouldrois que pour l'amour du S"' Holstenius, pour qui j'avois escript à de mes amys d'Avignon, qui se trouvèrent au débarquer de tout ce train, pensants l'enlever et amener chez eux et puis chez moy pour le caresser, mais il ne s'y trouva pas à leur grand regret et au mien. J'en avois pareillement escript à M' le Command[eu]r de Fourbin, cappitaine de la gallere royale de France, qui a le commandement sur toutes les autres galères en absance de M"" le General, et qui est fort de mes amys'. Il me mande que si M'' Holstenius prend l'occasion de
' Lo commandeur de Fourbin ou Forbin de Provence sur laquelle on peut consulter, appartenait h une des plus ctflèbres niaisons en dehors des recueils généalogiques pro-
ce passage par mer, il sera couché sur le strapontin de sattin et caressé par preferance sur la pluspart du reste de la compagnie, et je ne doubte point que cela ne soit effectué, si tant est qu'il tienne ce chemin. Ce que je souhaicterois bien ardemment pour luy pouvoir offrir mon service et le traicter aultant que mes petites forces le permettroient, sellon ses mérites et sellon ce que je doibs à un personnage que vous aimez et honnorez si fort, afin d'exercer en sa persone une partie de ce que nous ne pouvons faire en vostre, vous estants si estroictement obligé comme nous sommes de longue main et par des lyens si extraordinaires. Ce courrier se lascha de me dire, entr'autres choses que je tiray de luy insensiblement, que le cardinal son maistre portoit à Rome grande quantité de beaux et rares libvres de toute sorte, et entr'autres deux balles de MSS. qu'il avoit recouvrez de divers endroicts de la France, par l'entremise du S' d'ElbeneS et de Modene (sans la disgrâce duquel il s'en promettoit beaucoup d'autres plus exquis) ^, mesmes il m'advoûa qu'il en avoit tiré quelques uns de la bibliothèque S' Victor, mesme le procez de la Pucelle d'Orléans^. Je ne sçay s'il n'auroit point entamé ceux de la vevfe de feu M' Petau *.
vençaux, le recueil du P. Anselme (t. VIII), ainsi que le recueil de Moréri (t. V). L'ëditeur des Lettres du Cardinal de Richelieu dit sous une lettre adressée par le grand ministre (février i63o) au commandeur de Forbin (t. III, p. 669) : cr Celui-ci avait la confiance de Richelieu, qui, plus tard, en lit le mentor de son neveu, Du Pont de Gourlay, général des galères, -n
' Alexandre d'Elbène, originaire de Florence , gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, premier maître d'hôtel de la reine, colonel de l'infanterie italienne en France , etc.
^ Le baron François de Raùnond de Mormoiron de Modène, né vers i565 à Carpentras ou à Sarrians, fut ambassadeur de Louis XIII auprès du duc de Savoie, auprès du roi d'Espagne, conseiller d'Étal (1617),
grand prévôt de France (1620); protégé du duc de Luy nés, il fut disgracié par le cardinal de Richelieu dès son avènement et mourut en exil à Avignon. Ce fut le père du comte de Modène (Esprit de Raimond).
' Il s'agissait sans aucun doute d'une copie des pièces du procès, car le dossier, qui était conservé à la bibliothèque de Saint- Victor sous le n° 417, est entré, à la Révolution, dans le département des manuscrits de la Ribliothèque nationale et a été utilisé par de Laverdy (1790), par Jules Quicheral (i84i).
* Le célèbre bibliophile Paul Petau , conseiller au parlement de Paris en i588, était mort le 17 septembre 1617. Voir sur sa belle collection, (pii fut en grande partie achetée en i65o par Christine, la reine de
J'envoyay à Rome par le dernier ordinaire le Rivius', aprez en avoir faict transcrire une coppie derrière mon Anecdocta d'Allenianus^ pour n'en demeurer frustré, tandis que nous serons possible bien longuement en l'attente d'un autre exemplaire de l'édition de Londres parmv cez ruptures, dont nous avons faict publier cez jours cy la déclaration et ne pense pas que Rivius mesme n'augmente bien tost son ouvrage, tant soit peu que tarde la seconde édition.
Je pense que je vous avois adverty que j'avois escript et faict escrire pour le recouvrement et recherche délie Assise del reame di Hierusalem imprimées et mss. ,non seulement en Cypre et en Hierusalem, mais aussy jusques à Rome pour en faire perquisition dans la Vaticane.
A ce propos il fault que je vous die qu'un de mes amys de ce païs icy m'a preste cez jours passez une histoire des guerres sainctes d'oultremer en viel langage françois, ou j'ay rencontré de jolies particularitez, et lesquelles peuvent grandement ayder à l'intelligence desdictes Assises, et bien qu'en eflect les xxn premiers livres ne contiennent que ce que Guillelmus Tyrius a escript en latin, j'ay neantmoings trouvé par la conferance de quelques endroits que le françois avoit beaucoup meilleure grâce et pouvoit plus utilement estre employé et allégué que le latin', principalement sur le subject desdictes assises, à cause de la conformité des termes, auxquels l'une et l'autre pièce semblent avoir esté conceùes, lesquels le latin a grandement desguizez. Et si ledict G. Tyrius ne disoit si précisément dans sa preflace que pour escrire son histoire mahometane par commandement du roi Amalric, il s'estoit
Suède, et versëe, plus tard, dans la bibliotlièque du Vatican , Le cabinet des maimscrils , par M. Léopold Deiisle (t. I, p. 287-388).
' Voir sur Tli. Rivius la lettre de Peiresc du 16 mai 1637, n LI.
' La première édition des Anecdota de Procope , en grec el en latin , fut iinpriniëe à Lyon, en 1628, iii-fol. , par les soins de Nie. Alemannus , l'antiquaire mentionné dans les lettres XXIX et XLVIL
' Conférez les observations de Paulin Paris diuis la Préface de son L^ilion de Guillaume de Tyr et ses continuateurs. Texte français du X lu' siècle ., revu et annoté . . . (Paris. Firniin Didot, i87(), a vol. grand in-8°). D'après le savant académicien, l'auteur de la traduction en langue vulgaire de Guillaume de Tyr serait Bernard , trésorier de l'abbaye de Corbie.
IH»>KtllE(lll Ktlt^lXkLt.
servy des exemplaires arabes que ce prince lui avoil subrninistrez et principalement de Seith, patriarche d'Alexandrie, et que pour cette histoire des guerres de la guerre sainte il ne s'estoit instruict que sur les seuHes traditions (sans avoir eu aulcune escripture grecque ne arabique) et sur ce dont il pouvoit avoir esté tesmoings occulaire, j'eusse possible revocqué en doubte laquelle avoit esté la primitive et originalle, ou la latine, ou la Françoise, soit qu'elle eust esté escripte en ce langage par luy ou par aultre pour l'usage et commodité de ce roy Amalry ou de son successeur, car à la fin d'un chappitre du 28 livre, parlant de la charge de chancellier donnée audict Guillaume par le roy Bauldoin IV il est dict que [li Rois fit eslire Guill' l'arcediaques de Sur son chancelier qui ceste histoire mist en latin] ce qui avoit esté desja auparavant cottéen mesmes termes au commencement du libvre xx 011 il y a que [li rois pria l'arcevesque Ferri qu'il donnast l'arcediaqué de s'eglise a un aultre Guill" qui puis ceste histoii'e mist en latin], ce qui sembleroit présupposer que cette histoire eust esté primitivement escritte en vulgaire François et puis mise en latin pour la rendre plus universellement intelligible par toute la chestienté. Mais quand bien le latin seroit premier, j'estime la version Françoise non seulement du temps de l'autheur mais quasi plus ancienne que sa dernière correction latine. Je veux dire- que la traduction en a esté Faicte dez la première publication de l'œuvre avant que l'autheur y eust adjousté les préfaces et quelques petites particularitez qui y peuvent avoir esté adjoustées ou changées en la revoyant. Et en toute Façon j'estime que l'edftion eu seioit belle et utile en ce raesme langage -qu'elle est plustost avec une version du moderne langage François e regione, comme on a taict du Villehardoin S ce que M"" du Ghesne ou M"" GodeFroy Feroient dignement et Facilement s'ils vouloient.
Il manque certainement icy en ce MS. le premier libvre, mais il se-
' Histoire de Geoffroy de Ville-Hardouin , 1 1 g8 junqu'en isoi, d'un costé en son vieil
maréchal de Champagne et de Romanie , de la langage et de l'autre en un plus moderne et
conquesie de Constantinople , par les barons intelligible, par Biaise de Vigenère (Paris,
françois associez auv Vénitiens, depuis l'an Abel liaiigelier, i585,in-4°).
AUX FHERES DUPUY.
roit aisé de le suppléer sur les autres exemplaires semblables qui s'en trouvent, je m'asseure, en divers endroicts, et me semble en avoir veu un dans la petite salette^ de la bibliothèque S' Victor^. En un besoing M' Godefroy poarroit bien avoir celuy de Fauchet\ qu'avoit feu M' son père* que M"' Bongars allègue ^, ou si celuy du Palatin est allé à Rome, nous aurions bien moyen de l'en retirer pour ce subject.
Ce qui sembleroit donner quelque crédit à cette édition au préjudice de la latine est qu'elle a esté supplée et continuée de temps en temps, car on a adjousté à la fin du xxu libvre le chappitre unique du latin de Guill. Tyrius pour en faire le pénultième chappitre, et puis y a ton adjousté encor un dernier chappitre qui comprend l'acceptation de la régence du jeune prince (dont Guill. Tyrius avoit descript l'offre faicte au conte de Tripoli par le roy Bauldoin IlII audict chappitre unique), puis le couronnement dudict jeune prince Bauldoin V et la mort et enterrement dudict Bauldoin IlII.
Aprez quoy il y a pour le xxm libvre une continuation d'histoire jusques au mariage de la fille du roy Jean [au vaslet qui empereire devoit estre].
Et finalement il y a un xxnn libvre fort long d'une auitre escriture différante qui va jusques en l'an 12/18, lorsque le roy S' Louis se preparoit pour le voyage d'oultremer et qu'il avoit envoyé à l'advance une Irouppe de gents pour luy préparer toutes choses et entr'aultres des
' Salletle , petite salle, cabinet où étaient réunis les livres et les manuscrits les plus |)i'écieux du monastère de Saint-Victor. Ce diminutif du mot salle figure dans le Dictionnaire de Richelet.
' On possède, dans le registre II de la collection Peiresc, à Carpentras, divers documents relatifs à la bibliothèque de Saint- Victor. J'extrais d'une note du fol. a4i ce renseignement : ^Eii la Bibliothèque St- Victor lez Paris le P. Piquard nous a fait voir, ie 8 septembre 1613, un vieux capilulaire en lettre meniie de Soc ans, une vieille chro-
nique de la conqueste de la Terre-Sainte , etc.» C'est la chronique dont parle Peiresc ici.
" Claude Fauchet, ué le 1 1 juillet i53o , mourut à Paris en 1601. Le premier président de la chambre des monnaies fut un fervent collectionneur de documents historiques et littéraires. Voir ce qu'en dit M. Léopold Delisle, Le cabinet des manuscrits, t. I, p. 981; t. II, p. 363-364.
' Denys I Godefroy, dit l'Ancien, mort b Strasbourg le 7 septembre i6<ii.
' Gesta Dei per Francos (1611-1616, a vol. in-fol.).
2Ô8 LETTRES DE PEIRESG [1627]
chevaulx de pris [et lu lor chevetaiiie un vaillant serjant qui avoi nom Nicolas de Souri] etc.
Mais il paroit bien que la longueur el prolixité desdicts deux derniers libvres de continuation avoit donné subject depuis longues années à quelqu'un de ceux qui ont tenu ce m. s. de les diviser en cinq libvres, de sorte que la vieille rubrique se trouve corrigée d'une main un peu plus moderne et reduicte en sorte qu'au lieu de xxnn libvres en tout ils en ont voulu faire jusques à xxvu pour les rendre les cinq derniers plus esgaulx à la propoition des xxii premiers.
Puisque nous sommes sur les MSS. il fauit que je vous die qu'on m'a asseuré que feu M"' de Lyon ' avoit un breviarium Rufi m. s. plus ample que les imprimez "^ lequel s'est esgaré depuis sa mort. Entr'aultres on dict qu'il y avoit ung supplément d'une grande et notable lacune qui est demeurée aux imprimez entre l'endroict ou l'autheur parle de Pompée et de ce qu'il avoit faict en Levant contre les Perses et les Juifs et la suitte qu'il faict du voyage de Crassus contre les Parthes. Il lauldroit voir dans les MSS. du Roy et de M'' de Thou, si vous n'y trouveriez pas le mesme supplément.
11 me reste à vous dire que M"^ Marchier ayant receu les vers latins et italiens du S'' de Meseriac, nous en a faict part incontinant, et vous asseure que j'ay esté estonné des italiens, car pour les latins, encor qu'ils soient bons, c'est chose plus usitée deçà les monts. Ce n'a pas esté sans faire honnorable mention de vous avec M' Marchier, qui se seul infiniment obligé du souvenir que vous avez de luy et m'a chargé de vous saliiier M' vosti-e frère et vous de sa part trez afl'ectueusement.
Quant c» voslre dernière lettre du a 5 j'ay à vous remercier comme je faicts encores trez humblement des lettres qu'il vous a pieu bailler à l'homme de M"" d'Agut tant de M' du Ghastelet' que vostres dont je vous suis infiniment redevable.
' Le cardinal de Marquemonl. ' Paul Hay du Ghastelet, né à Laval en
Sur les diverees éditions du Breviarium iSga , mourut à Paris le 5 avril i636. Voir
Idstoriw romanw de Sextus Ruffus , voir le sur ce publiciste , qui fut un des premiers
Manuel du libraire (t. IV, col. 1 45 ^i). membres de l'Académie française , une étude
Encores faudroit il sçavoir le nom, si faire se peult, de Taulheur de cette responce au X tome du Mercure François pour l'admonitio'.
Je m'imagine que puis que vous avez remis à M' Seguiran le fagot de mes papiers, qu'il vous doibt avoir dict qu'il avoit quelque commodité de me le faire tenir. Que si vous faictes faire un ballot des livres que vous m'avez faict mettre à part, vous le pourriez mettre dedans (s'il n'est party), mais tousjours le fauldroit il empacquetter et bien cachetter, afin que si par hazard on ouvroit ledict ballot à la doruane de Lyon, on ne mette pas le nez dans cez papiers.
Tant il y a que je vous suis infiniment obligé de tant de peine que vous avez prinse à me les faire transcrire et de tant de patience que vous avez eiie durant mon indisposition et mon silence intollerable. Mon frère a tant de peine de se remettre en train que vous ne le vous sçauriez quasi imaginer. 11 a eu cette semaine céans une caravane de dames d'Avignon, qui l'estoient venu voir, lesquelles luy ont donné de l'exercice sa bonne part, et M"" l'Archevesque n'en a pas esté exempt nomplus que moy. Je ne sçay quand je pourray estre si beureux que de pouvoir desrober à soubaict quelque moment de temps pour satisfaire à ce que je doibs à tant de bons amys; s'ils n'ont plus de pitié de mon infirmité et de ma foiblesse que je n'en puis mériter dans les obligations que je me trouve, il fault que je perde toute ma meilleure réputation. Mais je me confie tant en vostre bonté et en mon innocence que non seulement vous me pardonnerez, mais vous m'impelrerez le pardon de voz amys. Je vous en supplie et conjure de tout mon cœur et de me tenir tousjours, Monsieur, pour
vostre trez bumble et obligé serviteur.
DE Peiresc.
D'Aix, ce 6 juin 1607.
Pour grossir ce pacquet et cacher le poids des douze pistolles que j'y enclorray, je vous envoyé deux exemplaires de l'office propre des saincts
considérable de M. René Kerviler dans La ' Le Dictionnaire des Anonymes ne iiou;-
Bretagne à l'Académie française (1" édition, fournit aucune indication h cet égard. Nantes, 1876; 9' édition, Paris, 1879).
de cette ville, qui a esté imprimé depuis peu, l'un en fin papier pour vous, si l'avez agréable, et l'aultre en papier ordinaire, que je vous prie bailler à M' du Chesne. Vous aurez par mesme moyen les cahiers des playdoyez de M'' Arnauld, qui sont bien curieux à mon gré et six pièces contre les Augustins pour le recueil de M"" vostre frère, ensemble un exemplaire des thèses y mentionnées, que je vous prie de ne poinct monstrer à cause de ce qui y avoit esté inséré exprez contre la personne de M' iiostre Archevesque, en haine de l'ordonnance qu'il avoit faicte pour la célébration de la pasque en la paroisse et des réprimandes qu'il avoit faictes charitablement à quelque augustin desbausché'.
À MOIVSIELR, MONSIEUR DUPUY,
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, Je viens d'apprendre que le cardinal Spada s'est enfin résolu de passer en Piémont, et que la gallere a eu ordre de porter le train a Gènes et d'y attendre le Cardinal. M"" le commandeur de Fourbin, qui commande en absance de M"" le General, m'en a donné advis et qu'il a estroictemeut chargé celuy qui commande la gallere, qui s'en va faire ce voyage, de s'enquérir soigneusement à Gènes de M"' Holstenius lorsque le cardinal s'y viendra embarquer, pour en avoir tout le soing qu'il se pourra durant le passage de Gènes à Rome, puisqu'on n'a peu commancer d'icy à Gènes. J'ay un extrême regret d'avoir perdu cette occasion de voir et gouverner un peu M'' Holsteinius, pour qui je ne laissay pas d'escrire au cardinal Barberin vendredy passé par l'ordinaire et de luy parler de son recueil d'homélies et autres nobles entreprinses, en la façon que vous m'aviez mandée. Je vouldrois bien luy pouvoir
' Vol. 716, fol. i3o.
(1627 1 AUX FRERKS DUPUY. 271
rendre de meilleur service et à voz auitres amys, puisque j'ay si peu de moyen -de vous en rendre à vous luesmes. Je vous renvoyé enfin les playdoyez de M' Arnaiild, auxquels j'ay prins grand plaisir, non seulement pour ce qui regardoitle concile de Trente et mariages clandestins, mais aussy pour quelques auitres choses qui s'y sont rencontrées, que je trouve bien curieuses, principalement ce qui estoit de la cause du duc de Modena, que je ne trouve pas moings notable que celle de la comtesse de Challigny'. J'ay encor à vous renvoyer les mémoires de M"" Pithou et de M"" d'Espesses, etc., mais je vouldrois bien avoir un dellay jusques à ce moys de juillet, Dieu aydant, que nous pourrons plus commodément les examiner durant noz vacances. Je crois bien que ne le trouverez pas mauvais dans la desbonnaireté ou vous estes et dans la bienveillance qu'il vous plaict me porter. Vous verrez un petit papier à part, qui vous donnera du regret, je m'asseure, aussy bien qu'à moy. Je vous supplie que ce soit entre nous seulement et de me le renvoyer quand vous l'aurez veu, et me tenir tousjours, Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 7 juin 1637'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
4DV0CAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre lettre du 8 de ce moys un peu plus tard que l'or-
' Henri de Lorraine, comte de Clialigni. Susaniie, comtesse de Ccrni. La comtesse de
frère de Philippe-Knimanuel de Lorraine, Chalig-ni mourut le 3 novembre 1627. Elle
duc de Mercosur, avait ëpousé Claude, mar- fut la mère de Charles de Lori'aine, évéque
quise de Moi, veuve de Georges de Joyeuse, de \'erdun , dont il a M déjà fait plusieurs
seigneur de Saint-Dizier, et fille unique de fois mention dans cette correspondance. Charles, marquis de Moi, et de Catherine de ' Vol. 71 G, fol. i3/i.
dinaiie, à cause qu'eile estoit arrivée à Lyon peu de jours aprez qu'on avoit extraordinairement faict courir une despesclie de M' le Beauclerc pour nostre compagnie, de sorte qu'on voulut attendre une aultre semaine. Le livre du P. Massonus y estoit joinct, qui est venu fort bien conditionné, mais je receus en mesme temps une lettre de M' de Fetan du 16""^, laquelle m'apporta un grand desplaisir d'apprendre l'inconveniant qui estoit arrivé à, deux miennes despesches du 18 et 26 may, lesquelles ont esté portées à Paris et rapportées à Lyon seulement le 9 juin, qui est la cause du grand retardement de mes lettres que vous avez trouvé si estrange. Encores pourveu que tout soit arrivé bien conditionné il y aura de quoy se consoler et je ne seray pas bien content que je n'appraigne par vos lettres si mesdites despesches sont arrivées saines et sauves et si les cachets n'estoient poinct altérez. Ce malheur est advenu contre mon voeu pour ne m'estre creu moy mesmes à mon acoustumée, car j'ay si souvent trouvé du mal entendu en donnant des lettres à des personnes particulières que je ne leur en donne jamais que par force, et celles dont est question n'avoient pas esté destinées à d'aultres qu'à l'ordinaire de la poste. Mais ce fut un conseil de mon frère qui pensoit mieux faire que moy et se laissa enjeoller ou cajoller à un homme d'honneur de cette ville qui disoit envoyer exprez en cour le petit courrier du païs (personnage bien célèbre en ce mestier qui va souvent dans quatre jours). Il vint donc importuner mon frère pour se faire remettre ma despesclie, et parce qu'elle estoit toute preste à mettre à la poste avec adresse à M' de Fetan, il promit de la bailler en passant à Lyon et d'attendre que M"" de Fetan l'eust ouverte et luy rebaillast ce qu'il vouldroit faire tenir à Paris. Si je me fusse lors trouvé chez nous je n'aurois pas souffert cela, mais on pensoit regaigner le temps perdu durant 3 ou h jours que madicle despesche estoit demeurée icy, sur le retardement que M"" le premier présidant avoit faict de faire partir la sienne pour attendre cette mesme commodité, ce qui fit qu'on en envoya par mesme moyen une seconde, laquelle n'a pas esté plus heureuse que la première, car M'' de Fetan me mande qu'il les receut toutes deux ensemble par ce hippon de courrier, lequel les rapporta de Paris,
et estant icy esvittà de venir devant moy de peur d'estre obligé de nie rendre raison de mes lettres et de peur d'avoir des bastonnades, qu'il avoit Lien méritées ', et que celuy qui l'avoit despesché luy avoit voulu donner par advance, quand il sceut cette forfanterie^. En somme cela me fera sage et me fera resouldre à mieux aymer des lettres plus vieilees qui n'aillent point à la discrétion de cez canaille'. Je vous avois depuis escrit du i o de ce moys et avois fourré dans le pacquet une douzaine de pistolles, qui de bonne fortune avoient esté oubliées sur ma table, quand on ferma la première de mesdictes trois despesches, ce qui feult par grand lieur, car possible cela eust faict courir plus de fortune à ce pacquet, pour le moings aurois-je eu plus de subject de croire qu'il eust esté perdu à cause de l'argent, et si la despesché fnsl allée son droict chemin , vous eussiez pareillement esté en peine dudict argent, que vous aurez je m'asseure receu quasi en mesme temps que les lettres qu'il debvoit accompagner. Celle cy s'en ira par le secrétaire de M' le Présidant, qui sera plus soigneux que cez canaille et pour n'attendre plus longtemps à vous escrire, car cette commodité sera cause que M'' le Présidant ne mettra pas possible si tost de despeche à la poste, aussy bien n'avons nous guères de temps à cette heure icy que nous sommes sur les derniers jours de nostre parlement. Nous avons meshuy plus moyen de nous recognoistre et de songer à noz amys durant quelques moys. Au reste je vous doibs bien des remerciments de vostre paliance et de vostre desbonnaireté, à ne pas mal interpréter la cessation de mes pauvres lettres et de tant d'Iionnestes offres que vous avez faictes à M'^ d'Agut, dont la franchise est inestimable. Nous avions apprins l'accouchement et decez de Madame" par le retour de ce frippon de petit courrier, mais nous n'en sçavions pas le destail, qu'il vous a pieu nous mander, nomplus que l'arrestation de Fancan' dont M"" nostre
' Espérons que sous la plume du bon ' Peiresc a été devance , dans l'emploi de
Peircsc le mot bastonnade est purement nié- ce mot, par d'Aubigné, par Calvin, par Ra-
lapliorique et ne tire pas à conséquence. bêlais, etc.
' Forfanterie doil être pris ici dans son ' La duchesse d'Orléans mourut le & juin,
ancien sens venu de rilalien/ur/(»i<m«, co- ' Langlois, sieur de Fancan, abbé de
quinerie. Beaulieu , chantre de Saint-Germain-l'Auxer-
turnintriK hatio> ti i ,
Archevesque a esté en grande peine et non sans cause. Il nous tardera bien de sçavoir quelle en sera l'issue. Pour Bouteville' on nous a faict à croire que le Roy luy avoit faict inercy"^. Je viens de recevoir tout présentement le fagot de papiers que vous aviez baillez à M' le P[residen]t Seguiran , fort bien conditionnez. J'ay admiré l'excellence du choix de tant de belles singularitez, qui nous font de si beaux assortiments. Voicy venir le vray temps que nous nous pourrons donner le plaisir de les voir exactement comme ils méritent. Surtout j'ay esté infiniment aise du cahier et des dépendances que j'avois grande envie de voir, et ce discours de Mons' du Puy, ou je me promets le plus agréable entretien que j'eusse peu avoir de ma vie. Je trouve que Quentin escript un peu plus nettement que quand j'estois à Paris. Voslre coppie des deux registres du Concile est achevée et la moitié du troisiesme, le coppiste estant allé faire un tour chez luy en Arles, mais il m'a prorais de revenir bientost et de l'achever dans le moys. Je n' ay pas voulu le faire continuer d'ung différant caractère. J'ay receu cez jours cy des lettres d'Italie tant de Doni du Puy et de M' de Thou que du cardinal Barberin et de M' Aleandro, lesquels ont prins grand plaisir au discours de M. Rigault sur le passage de S' Ambroise, mais mon homme m'a esgaré la liasse je ne sçay comment, de sorte que je ne vous en sçaurois faire la relation de ce coup cy, comme je voulois faire. Nous n'avons rien icy que l'advis de l'arrivée du cardinal Spada à Gènes le i 3 et que dans deux joui-s il se debvoit embarquer pour Gività Vecchia. C'est ce
rois, fui mis à la Bastille pour avoir attaqué, dans divers libelles, la politique du cardinal de Richelieu, dont ii avait été un des plus vigoureux chainpions. Il ne larda pas à mourir dans sa prison. Voir un travail très curieux de feu Léon Geley, agrégé de l'Université : Fancau et la politique de Richelieu de 16 ty à i6ay (Paris, L. Cerf , i88i, \n-8°). Conférez le compte rendu de cet ouvrage par M. René Kerviler, dans le Polyhihlion d'août i885 (p. i/jy-i'u)), et par M. Ro-
dolphe Reuss, dans la Revue critique de la même année.
' François de Montmorency, comte de Bouteville, né en 1 600 , s'était battu en plein jour, ayant pour second le comte des Chajielles, contre Beuvron et Bussy d'Amboise; ce dernier avait été tué.
' Bouteville avait été arrêté à Vitry avec son complice ; ils furent ramenés à Paris le a I juin , et le jour même condamnés à mort et exécutés.
(ju'en escrivoit le cappitaine de la galère francoise à son chef desquadra' à Toullon. Ce qui me faict croire que puis qu'il passe si viste, il n'aura pas esté en peine de faire de grande négociation en ce pais là et que les affaires n'estoient pas encores bien disposées à la paix ou qu'il a trouvé les choses toutes faictes. Ou mande icy de Bordeaux que M'^d'Es pernon avoit voulu consentir à l'accommodement cy devant projette avec le parlement, si on eust voulu luy aller faire compliment de condoléance de la mort de Mad. la Duchesse de la Valette, mais ils n'en ont voulu rien faire. On mande aussy que M' de Nemon, maistre des requestes^, s'en vient en ceste province intendant de la justice auprez de M'' de Guise, ce que l'on n'a pas bien creu. Ces gents de M' de Guise disent à Marseille qu'il a mandé qu'il seroit icy dans un moys et qu'on apprestast logement non seulement pour luy mais aussy pour Madame de Guise ^. Voila tout ce que je vous puis dire et que je suis de tout mon cœur, quoy qui puisse jamais arriver, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteui-,
DE Peiresc.
D'Aix, ce lundy au soir, 38 juin 1627.
Je suis absolument desdié au service trez humble de M'' du Fuy vostre frère.
J'oubliois de vous dire pour le Mercure françois que j'en avois voulu un assortiment entier de touts les volumes en blanc, s'il s'en peult recouvrer. Mon frère me l'a voit promis, mais il se laissa cajoller à cez libraires, qui ne luy tindrent pas promesse".
' Escadre. Le mot nous vient de l'italien. par le prince de Condé {Recueil Avenel,
' Nous trouvons, en janvier 1639, M. de t. III, p. a 16). Nesmond employé en Languedoc comme ' Henriette-Catherine. duchesse de
intendant des années de Guyenne, Lan- Joyeuse, déjà mentionnée. guedoc.Dauphinë et Lyonnais, commandées ' Vol. 716, fol. 1 36.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur, En responce de voz despesches du 18 et du 21 juin , après vous avoir trez humblement remercié comme je faicts de tout mon cœur de tant de belles pièces imprimées et ms'"^ qui y estoient joinctes et de tant d'excez de vostre affection, je vous diray suyvant le raesme ordre que je m'estonne grandement que voz libraires de Paris n'ayent pas eu le courage de reimprimer le Rivius. Ils ne méritent pas de rencontrer de bonnes coppies. Je m'asseure qu' Elsevir ne se feroit pas tant prier s'il en estoit requis. J'ay bien de l'obligation à M"' Priandi du grand soing qu'il a daigné prendre de me faire apporter cette histoire de Possevin jusques deçà les monts, et suis bien empesché à trouver des moyens de me revancher de tant de bien. J'ay esté bien aise d'apprendre que les voyages d'Harluit anglois ne soient pas de plus de cinq volumes. J'avois mal entendu et pensois que m'eussiez mandé qu'il deubst estre de sept volumes. Je le feray donc relier tel qu'il est. Puis que vous n'avez pas Annales Eremi Dei, je vous en garniray un pour la première commodité. Dieu aydant, et vous me permettrez de me plaindre de voz cérémonies en cet endroit, quand vous dictes que c'est user trop librement et que vous voulez le recognoistre par les Questions J. de i^eap[olis], en quoy vous me faictes bien de la lionte, ne voulant pas que j'aye peu vous rendre une si petite recognoisçance sans estre en mesme temps surchargé du quadrupple. J'ay prins grand plaisir de voir le mémoire des œuvres de Goldastus, mais je ne l'ay encores peu conférer sur ce que j'en ay, et crois qu'il m'en desfauldrà quelques unes, aussy bien qu'en celles d'Onuphrius. Je n'ay pas aussy peu conférer et examiner ce qui est des Indices Rer[um] Turcicarum etindicarum, ou c'est qu'il m'en desfauldrà sans doubte un grand nombre. Cependant •en jeltant l'œuil dessus, m'estant apperceu de celuy que vous dictes
estre en blanc chez Drouard, intitulé Descriptionis Ptolemaicae augmenlum Lovanii i SgS , je seray bien aise de ie retenir, s'il vous plaict. Dans le cathalogue des livres acheptez par M"" de Tiiou, j'ay esté fort aise d'apprendre ce que vous y avez cotté comme estant de Fra Paolo et y en ay remarqué de trez bons, dont je tascheray d'en recouvrer quelqu'un du costé d'Italie, principalement de cez pièces de l'imprimerie Ambrosienne, laquelle semble mériter sa réputation de ne rien faire que bien bon. Je ne suis pas d'avis que vous vous dessaisissiez entièrement du reste des deniers que vous aviez afin que cela supplée au courant des livrets et transcriptions. Je suppleeray à mesure que vous arresterez les comptes, de ce que vous prendrez soit d'Elsevir ou de Cranioisy, ou verray de vous envoyer quelque lettre de crédit à quelque banquier plus gracieux et accommodant que Lumague, chez qui vous puissiez envoyer lesdicts libraires à mesure que vous aurez arresté leurs comtes avec un simple billet pour y prendre leur payement, sans vous donner la peine de conter les deniers. Cependant je crois que vous n'aurez pas tardé de recevoir une douzaine de pistoles que je mis dans ma despeschc du lo juin pour acquitter les premiers comtes de Gramoisy et de Drouard , que vous m'aviez envoyez. Je plains la disgrâce de ce pauvre Lud[ovicus] Camerarius ' en l'interception et descbilTrement de ses lettres, et estime comme vous qu'un ministre de prince^ ne doibt rien celer à son maistre de ce qu'il estime luy pouvoir importer. Si ce Sanclarus se laissoit mourir et qu'on vendit ses livres, il fauldroit tenir la main au Naibodus, car s'il n'a l'autographe, il en a asseurement une coppie qu'ils en firent faire. Je crois prou que Drouard n'y entend pas de finesse, mais il se laissa befiler^ à cez gents là et me mit en bre-
' Louis-Joachim Camerarius , né h Nurembergenjanvieri 566, mourulen janvier! 64a. Ce fut un savant médecin. Il donnn une nouvelle édition d'un des ouvrages de Joachim II Camerarius , sou père : Symholorum et einblematum cmttiriœ , etc. (Francfort, i6o5,in-4'').
' Louis-Joacliim Camerarius fut médecin de Christian, prince d'Anhalt.
' Voici la définition que donne le Dielionnatre de Richelet : «vieux mot qui ne peut entrer que dans le burlesque, et qui signifie moquer, trom[)er. n Les auteurs du Dictionnaire de Trévoux disent, de leur côté : itBeJJler, mener un homme par le nez comme un buffle, le tourner en ridicule, se moquer de lui , le tromper . . .r,
douille' avec cez ollramontaiits, qui sont jaloux et soubçonneux comme tout perdu (sic). Pour les livrets de Bellarmin il n'y a pas de danger que le Gascon ayt veu qu'il avoit laissé glisser les livres en les rognant , afin qu'il ne s'opiniastre plus à en envoyer de la sorte. Il a esté à propos de r'emplacer celuy qu'il vous a pieu me faire envoyer; pour les autres il n'importe pas , car ils ne sont pas si mal qu'estoit celuy là , et ce ne sont pas livres ou l'on aflecte la marge , parcequ'il n'y escheoit pas des notes à faire ; au contraire, pour les rendre plus portatifs, on affecte d'en diminuer les marges tant qu'on peult, comme des bréviaires. Il me tarde que M'' Godefroy ayt mis en estât ses recueils et ouvrages du commerce. Si son traducteur entreprenoit les voyages du Mogor qui sont dans cet Harluit, j'enpayerois volontiers quelque chose pour luy donner plus de courage , si vous jugiez que ce ne fust pas trop grand ouvrage. S'il s'est rien couché sur le registre touchant le différant des maistres des requestes à cause du procez de Rondin, il ne sera pas aisé d'empescher que M' de Lomenie n'en arrache une coppie. Puisque les lettres de Balsac sont si bien reimprimées in ù"^, si fauldrà il en avoir un exemplaire, et s'il s'en peult avoir un en mesme forme du U de son apologie^, je ne le payeray pas trop mal volontiers, nomplus que cez lettres des beaux esprits, ou M"^ de Malerbe en a laissé mettre une un peu trop sanglante contre nostre avocat gênerai Thomassin*, quasy au commencement du livre ^, adressée à Colomby''. J'ay co-
' Etre en bredouille , au jeu du trictrac , c'est être complètement i)attu, c'est comme être capot au piquet. Le Dictionnaire de Littrë ne cite aucun emploi de l'expr-ession être mis en bredouille ou être bredouille.
'^ Paris, Toussaint du Bray, 1627, in-4". C'est la 6°° édition des Lettres de Balzac, selon le Manuel du libraire (t. I, col. 63 1), mais la 3"° seulement, s'il faut en croire une note manuscrite mise au frontispice de l'exemplaire de la Bibliothèque nationale et citée dans le Recueil Avenel (t. I, p. 781).
' Apologie pour M. de Balzac (Paris, Cl. Morlot, 1637, m-k").
' Ce serait donc contre Jean -Etienne Thomassin , d'après le témoignage formel de Peiresc, que seraient dirigées les injures que l'on croyait avoir été adressées par Malherbe à Paul Forlia, seigneur de Piles. Voir Nolice biographique sur Malherbe, par M. Lud. Laianne , en tête du tome I des Œuvres complètes, p. XXXVI. Conférez une lettre de Malherbe à Peiresc, au sujet de Thomassin, du 10 juillet 162a (t. III, p. 569).
'•' A la page 2 8. On la retrouve dans le tome IV de l'édition donnée par M. Laianne, à la page 72.
' François de Cauvigny, sieur de Co-
gneii le Faret qui a faict l'édition \ lorsqu'il estoit compagnon du frère de Ghiflîetius*. Si les relations de la Chine que Cranioisy a imprimées sont rien qui vaille, vous le jugerez mieux que moy. Je le laisse à voslre disposition d'en prendre ou non. Les lettres de Rome n'ont poinct esté veûes par aultre que par mon frère. Il fault advoiier que ces relations sont excellentes. 11 y aura bien eu maintenant de la nouvelle matière sur le mariage qui s'est faict de Dom Taddeo avec une fille de cez Golomnes^. J'ay prins grand plaisir de voir les pièces de secretairie concernants l'ijitendance du commerce. Je pense avoir le traicté de Limours que vous dictes et l'avoir envoyé aultres foys à M"" de Lomenie , si je ne me trompe. Toutefoys je verifieray si c'est le mesme que vous me désignez, et par mesme moyen vous envoyeray un petit mémoire de tout ce que j'ay en cette matière, ou il y a une douzaine de pièces pour voir si vous y trouveriez rien qui vous manquast, afin de vous en faire part, car il s'en est recouvré quelques unes du costé de Marseille. Si la cour des aydes obtenoit rien sur son privilège, je serois bien aise d'en avoir part, et mesme s'il se pouvoit avoir coppie de ce privilège, bien que non encores vérifié, je serois bien aise de le voir, aussy bien que les relations des cérémonies et des funérailles de Madame , si elles se rendent visibles. J'admire bien le deffault de prévoyance au cas qui est arrivé à la mort de Madame : on disoit qu'il y avoit quelque stipulation de la
lomby, naquil à Gaen vers i588; il mourut vers 1 648. H était, dit Pellisson {Histoire de l'Académie française, 1808. t. I, |). 3q6), t parent de Malherbe, dont il fut disciple et sectateur.il Malherbe, dans la lettre que Peiresc Irouvc un peu trop sanglante, l'appelle «Monsieur mon cousin n.
' Voir sur Nicolas Faret , un des premiers membres de rAcadéiiiie française , né à Bourg vers 1600, mort à Paris en 169G, la notice de Pellisson dans l'ouvrage qui vient d'être cité (t. I, p. 189-194). Voir aussi Lettres de Jean Chapelain (t. 1, p. 78).
* Savait-on que l'épicurien Faret eût été le
compagnon du frère de Jean-Jacques Chifflet, c'est-à-dire du R. P. Laurent Cliifllet, de la Compagnie de Jésus, auteur de nombreux ouvrages de piété?
' Tbadée Barberini , jirince de Palestrine , préfet de Rome, mort à Paris le 2 A novembre 1647, venait d'epauser Anna €0lonna, lille de Philippe Colonna, duc de Paliiano et de ïaliacoli, grand connétable du royaume do Naples. Peiresc ne se trompait pas: le mariage de Tliudée Barberini a\ec Anna Colunna fit éclore une grande quantité de vers latins et italiens.
succession de Monsieur en touts ses biens eu deffault de lignées, et admire bien aussy la sorte de summission du S'' de BouœuiP, pieds et poincts ou mains jointes, le ventre à terre, et ne double pas que cette introduction n'ayt suitte. L'apologie de Madame Bourcier^-est bien arraisonnée^, on parle d'une responce des médecins qu'il fauldrà voir en son temps comme celle là. Les lettres de M' Rubens sont tousjours trez belles à voir et celles cy avoient de trez belles et bonnes particularitez. Vous les recevrez, si je puis, dans ce pacquet avec celle de Camerarius. Je feliciteray volontiers M'' de la Hoguette, quand nous sçaurons qu'il sera effectueliement conservé et entretenu comme auparavant dans Broiiage et quand il sera quitte de ses fiebvres, dont je vous supplie de me tenir adverty et de me conserver en l'honneur de ses bonnes grâces. Les mémoires délie Assise di Hierusalem ont esté envoyez en Cypre et autres endroits du Levant par de si bonnes correspondances que s'il s'y en trouve, j'espère que nous en aurons. Dieu aydant. Je plains le pauvre M'' du Ghesne d'avoir une si chetlive assignation et m'estonne qu'il n'ayt trouvé de quoy mieux contenter sa curiosité en Flandres. Il est vray qu'il debvoit passer plus avant, puisqu'il estoit desjà à Gand et Bruges, car ce sont aujourd'huy deux villes quasi désertes, et pour peu de chemin il pouvoit arriver à la source de toutes les curiositez, qui est Anvers et Brusselles et Louvain. Je m'estonne encoresplus que Baraes ayt eu liberté d'escrire, mais possible n'est ce qu'un leurre pour attrapper des gents trop zeellez. Il court icy un bruict que Madame de Chevreuse est morte*, et je vous remercie trez humblement du petit imprimé de la Valteline et des facultez du légat, car cela est curieux pour l'assortissement des pièces du temps. Estant bien marry que le Phylo
' C'élaitrintroflucteur des ambassadeurs. logie contre le rapport des médecins (1627,
Voir ce qu'en dit Tallemant des Réaux [llis- in-8°).
toriettes, t. II, i3 ; t. III, ii/i). " Le mot arraisonner, qui est déjà dans
^ Louise Bourgeois, dite Boursier, étail la Chanson de Boland, est encore dans les
la sage-femme de Marie de Mëdicis. On a Mémoires de Saint-Simon,
d'elle plusieurs ouvrages. Voir A/anue/<i«/f- * M°" de Chevreuse ne mourut que
braire, t. I. col. 1 178. Brunet n'a pas men- cinquante -deux ans plus tard, le i3 août
tionné l'opuscule dont parle Peiresc : Apo- 1679.
Byzantius ne se soit trouvé dans la bibliothèque du Roy, ce qui uie faict ressouvenir que M' Rigault avoit donné espérance de faire imprimer le catalogue de ladicte bibliothèque du Roy, dont je vous prie nie mander s'il y a de l'apparence qu'il le veuille ou doibve faire', que si cela est accroché ^ et qu'il fust loisible d'en faire transcrire une coppie, je ferois plus volontiers cette despance que de toute aultre escritture, ayant desja ce que j'ay de ladicte bibliothèque et de plusieurs autres de la chrestienté'. Cela me faict aussy souvenir d'un tiltre des livres de M' de Thou nouvellement acquis en cez termes Monumenta Bibliothecae Ambros[ianœ] authore Ph[ilipp]o Opicello 1 6 1 8 , 8". Je vouldrois bien sçavoir si ce seroit le cathaloguc de ladicte bibliothèque Ambrosienne, ou quov.
Voila une bien longue et trop ennuyeuse responce sur vostre première lettre du i8 juin. Sur celle du 21""" il me reste à vous dire que comme on a imprimé le factum, inventaire et lettres de recommandation de Bouteville^, je pense hien qu'on imprimera son arrest*, et vouldrois bien voir s'il estoit loisible les conclusions du parquet avec leur arraisonnement, car c'est une notable occurrance du temps. J'aurois volontiers aussy les deux arrests de ce moyne des Rillettes et du soldat qui fut exécuté un jour devant luy. J'ay prins grand plaisir
' Savail-on que Nicolas Rigault avait eu Moiilinorency , envoyée au mi sur le sujet du
de si grands et de si beaux projets? sieur de Bouteville (Paris, iii-S"). Le Cata-
' Le mot accrocher, pris dans le sens mé- logue de la Bibliothèque nationale , Histoire de
taphorique, n'a pas été indiqué dans le Bic- France, renferme l'indication de sej)! autres
««onHfliVe de Liltré. On y voit, en revanche, pièces relatives à l'affaire de Bouteville
le mol «ccroeAewenf donné comme synonyme (n" 3867-9878). de difficulté, d'embarras. ' On a imprimé un autre arrêt contre
^ On ne trouve pas, dans la collection lui: Arrêt de la Cour de Parlement contre les l'eiresc, une transcription de ce genre. Tout • nomnirs Bonttevilk, Pontgibant , Chantai et
ce que le grand curieux avait recueilli de de Salles , pour la contravention aiuc édits du
catalogues de bibliothèques forme, h Car- duel, par eux faicte le jour de Pâques tôai
pentras (registre II), un volume spécial in- [Bibliothèque historique de la France,
titulé : Catalogi varii manuscriplorum codi- n° 38708). L'ari-êtde 1697 n'est indiqué ni
cum, varii catalogi librorum editorum. dans le nouveau I^long, ni dans le Cala-
' Lettres de Monseigneur le prince de logue de la Bibliothèque nationale. Condé, ensemble celle de Monseigneur de
28'i LETTRES DE PEIRESC [1627J
d'apprendre que la lettre deschiffrée fust du neveu du P. Sirmond', que je connois et estime grandement. M"" nostre Archevesque a prins plaisir de la voir. Il me tarde d'apprendre l'arrivée des livres d'Elzevir pour sçavoir de vous ce que c'est que ce concile de Chalcedoiue, car à voir la lettre de Heinsius, il semble que ce ne soient que bien peu de fragments. Si vous les faites voir à Mg' Bagny, il vous dira ce qu'il en avoit trouvé dans les archives d'Avignon , qu'il croyoit estre des propres originaulx, en majuscule, et si cela s'est perdu avec ses bardes. Je ne doubte poinct que vous ne soyez les trez bien venus à toutes heures et que vous ne preniez de plaisir en cette conversation. J'escriray à Home par le premier ordinaire pour sçavoir ce qui s'est trouvé du Procope oultre l'édition ja faicte et feray toutes les instances possibles pour en obtenir la con)inunication. Pour le livre de Du Moulin contre le cardinal Du Perron, M'' d'Orléans m'escript qu'il en a un pour moy et qu'il est en peine de commodité pour l'envoyer. Il ne s'est pas adiessé chez vous. Quant au Platina d'Onuphrius ne plaignez pas la pistoie, je vous prie, puis que vous le trouvez entier; car comme vous avez veu par mes précédantes il s'en est trouvé icy un chez un de mes aniys qui me laisrà le choix des deux pour prendre celuy qui sera plus propre à ma relieure.
Au reste on m'escript de Rome que le Car"' Bentivoglio a consenty que je fisse transcrire ses trois relations et me mande on qu'il y a de la b«sogne pour six semaines ou deux moys , mais qu'elle sera correcte , de sorte que vous y pourrez prendre plus de plaisir qu'en la coppie de celle que vous aviez veiie de pardelà et en pourrez voir ti^ois au lieu d'une, car je les vous envoyeray aussitost que je les auray.
On nous a voulu faire à croire ici que les Huguenots du Languedoc avoient grande envie de remuer et qu'ils avoient eu quelqu'entreprinse pour surprendre le lieu des Maries en Camargue'^ pour en faire un Os-
' Ce neveu du P. Jacques Sirmond était les académiciens ses contemperains, dans les
Jean Sirmond, né a Riom vers iSStj , mort Lettres de Jean Chapelain, en lôig, membre de l'Acddéinie française. " Saintes-Mariés, chef-lieu de canton du
II est fort question de lui, comme de tous département des Bouehesrdu-Rhône , aiTon-
[1627] AUX FIIÈRES DUPUY. 283
tande'. On a pourveu à la garde au mieux qu'on a peu, mais on ne croid pas qu'ils ayent de quoy se mettre en campagne. Six galères de Bezerty^ sont abbordées au Gourgeau prez d'Antibes'^ commandées par Stamourat*, ou elles ont faict descente mercredy passé 7"" juillet pour gresser leurs galères avec protestation aux consuls d'Antibe qu'ils ne leront mal à personne et qu'ils ont passeport de M"^ de Guise. Elles venoient de Corseque^ et Sardeigne, ou elles avoient bien faict du mal. Il s'est sauivé de leurs reniez qui autres foys avoient esté prins jeunes, qui sont retournez chez leurs parents. Et sur ce je finiray cette troj) longue et importune escritture avec regret de ne la pouvoii- faire plus lisible, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce dimanche ii* juillet 1627.
J'ay eu icy du S"^ de l'Estoille, secrétaire de M' nostre Ajchevesque, un petit mémoire de la généalogie de M' le Gard, de Richelieu, dont vous pourrez faire part à M"' du Chesne**. Si on voyoit les filtres plus antiens qui y sont dattez, il y auroit possible quelque chose à proffiter, principalement en ceux ou Guillaume du Plessis est qualifié valelus au-
dissement d'Arles, à 87 kilomèlres de celte ville, tout près de l'embouchure du Rhône.
' Allusion à la situalion de celte place forte des Pays-Bas.
' Bezerty n'est autre que Biserte , ville de Tiuiisie, à 55 kilomèlres de Tunis. C'était le |)rincipal port d'attache des corsaires tuni-
siens,
Gourgeau n'est pas indiquf' dans le Nouveau dictionnaire de géographie universelle, par M. Vivien de Saint-Martin.
' Ce fui un des plus ct'lèbres corsaires du premier tiers du ivii* siècle. Ce général des galères de Tunis a été appelé Stamorat par le P. Dan ( Histoire de Barbarie et de ses cor-
saires, Paris. m-li°, lôig, p. a 5). G'esl sous le nom d'Oslamoralo qu'il est désigné dans ^Inventaire des archives de la chambre de commerce de Marseille, par Octave Teissier. Ces ai-chives possèdent douze lettres du corsaire, dont le véritable nom était Sta- Mourad (AA. 544).
'' On sait que c'était le nom sous lequel la Coree était alors connue.
° André du Chesne s'est ocxupé de la généalogie des du Plessis de Iticlielieu dans ['Histoire généalogique (fe la maison royale de Dreux et de quelques autres familles illustres , qui en sont descendues par les femmes (Paris, i63i, in-fol.).
paravant que miles, mais H fault qu'il y ayt bien de l'equivocque aux dattes.
Quand je pensois avoir finy, j'ay retrouvé entre les petits imprimez deux rooles de livres que je n'avois pas encores veus, parcequ'en ouvrant vostre despesche j'avois esté interrompu et erapesché d'achever de la voir, et puis j'avois pensé que tout me fust passé par les mains hors de quelque imprimé. 11 fault donc que je vous die que je trouve la discrétion de Drouard bien honneste à comparaison de celle de Granioisy, puisque sur le roolle de ceux que Drouard vous a offerts je trouve qu'il ne taxe qu'à 8 11. Metropolis Saxonia, Vandalia, etc. f" et Gramoisy la met à i a l[ivres], si ce n'est que ce soient deux choses différantes, mais je ne sçay pourquoy Drouard, qui avoit cy devant offert l'Apologia pro Greg. VII, etc. pour 7 l[ivres], si je ne me trompe, en veult maintenant donner un exemplaire, joinct à un second volume de Grethser pour Bellarmin, qui est une pièce à demeurer perpétuellement imparfaicte et deffectueuse. Je l'excuserois si ces deux ouvrages se trouvants parfaicts et joincts ensemble il les vouloit vendre conjoinctement, mais les vendant l'un imparfect, il ne semble pas bien raisonable de vouloir iaire capital de celui qui est imparl'ect. Toutetbys je laisse à vostre arbitrage de la retenir soit à 12 l[ivres] ou à tel prix que vous trouverez bon. Bien ne vouldrois je pas lascher le Zieglcrus de la jambe de bois à 7 l[ivres], s'il est bien complect. Pour cez traictez des libériez avec ces arrests de TanquereP et Rosiers, je ne les vous demaiidois qu'au cas qu'ils se rencontrassent à vostre chemin et non aultrement. Pour le livre de Du Moulin, puis qu'en avez ja payé un, je ne suis pas d'advis de le rendre. Je manderay à M' d'Orléans, que vous m'en aviez faict avoir un. S'il vous en parle, il n'y auroit pas de danger de luy dire que je tiendrois bien plus volontiers de sa u)ain un exemplaire de son livre d'observations et antiquitez ecclésiastiques, croyant qu'il ne l'envoyeroit pas sans de bons et notables
' H existe un Arrest du parlement de Rouen contre la Table chronologique de Tanquerel (A Rouen, i639, in-S"), cité dans Bibliolheca Telleriana, p. 963. (Communication de M. L. Deiisie.)
suppléments de sa main en quelques endroits'. Le Rabanus Maurus, puisqu'il se relie en trois tomes , semble un peu cher à 3 2 l[ivres] , comme le met Gramoisy, car si bien il y a quelques figures au livre de cruce, toutefoys ce n'est pas chose de grand coustange^ mais aussy dictes vous que vous trouviez quelque chose à rabbattre sur son rooUe. Quant à ces autres vieux livres qui ne se trouvent poinct, il fauldra prendre patiance en attendant qu'il s'en rencontre quelqu'un aux inventaires. Je m'en vay escrire à Marseille pour une lettre de crédit afin que vous ayez du fonds en main pour satisfaire à toutes cez emplettes, car il v en a plus qu'il ne s'en peult commodément cacher dans un pacquetde lettres, mesmes que je suis encor attendant vostre responce sur la réception de celuy du 10 juin ou j'avois mis les 12 pistoles. Je pensois en advoir l'advis depuis vendredy par les lettres du 28 ou 29"% mais il n'en est poinct venu et fault que M'' de Fetan ou ses conimis n'ayent pas eu le loisir ou l'occasion de faire despesche du 1 dimanche de ce moys. Je feray oscrire par Lyon et par Nice pour la Raccolta de capitoli, etc. di Savoya 161 5 k°^. Je vous recommande le Cassianus quand il arrivera, car il ne sçauroit meshuy tarder, ayant apprins qu'il est achevé longtemps y a.
Je vous prie de m'excuser de l'adresse de tant de pacquets que je recommande, principalement celuy du pauvre P. Elie observanlin avec les h pistoles y jointes et celuy de nostre procureur du Soûl ; celuy du chevalier de Montcal pourroit servir pour l'obliger à cognoisçance et à faire voir ses mémoires de Malte plus amples, alléguées dans le petit imprimé. J'escriray par le procliain à M'' Rigault et à M" Aultin, Dieu aydant, cependant l'ordinaire de Rome sera venu '.
' Sur ce livre, voir la notice déjà citëe et se tourmenter le corps et de mépriser les choses
mise en tête des Lettres inédites de Gabriel qui sont de peu de coustange, HIpître v.» do l'Aubespine, qui forment le fascicule VII ' Ce recueil n'a pas été mentionné dans
des Correspondants de Peiresc. le Manuel du libraire , où figurent tant de re-
' On lit sous le mot coût dans le Diction- cueils dont le titre commence par le mot Bac-
nuire deLitlré: itL'ancien français avaitcoiM- colta (t. IV, col. 107-3-1076). tance ou coustange, encore usité du temps de ' Vol. 7 1 6 , fol. i âo.
Malherbe : c'est chose contraire à la nature de
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Si vostre charitable affection vousavoit tenu en peine durant la trop longue debtenlion de nos lettres et si la réception d'icelles ne vous fust pas désagréable, je vous supplie de croire que la réception des vostres du 1 7 du passé m'apporta une consolation infinie dans le regret ou me tenoit la cognoisçance de mon debvoir, durant la cessation d'un si honnorable commerce que le vostre. Je loiie Dieu qu'enfin ce n'ayt esté que du temps perdu et que pour le moins tout soit arrivé à bon port de part et d'autre. Ce qui a principalement interrompu de nostre costé l'ordre que nous tenions devant a esté que depuis la venue de M"" le présidant il n'a quasi poinct escript pardelà que par des voyes extraordinaires et précipitées de persones privées de sa cognoisçance, dont je n'avois pas les advis à temps, de ce que durant son absance M"^ le présidant Carriolis (qui avoit la direction des affaires et qui est quasi aveugle)' se remetloit à moy la pluspart du temps des despesches qu'il failoit faire en cour, de sorte que j'y trouvois tousjours place pour les vostres à poinct nommé une foys la semaine, et quand il les faisoit luy mesmes, il ne les eust pas envoyées sans envoyer prendre les miennes ; et puis oultre cela j'ay eu tout plein d'incommoditez plus importunes que de coustume durant les moys de may et juin, mais grâces à Dieu je suis en beaucoup meilleur estât depuis ce moys de juillet, bien que j'aye
' Roux Alpheran (Les mes d'Aùc, t. 1, ^p. 9 43-9 45) nous apprend que Laurent de Coriolis, baron de Corbières et président au parlement de Provence , était fils du président Louis de Coriolis, dit la Jambe de bois, et par conséquent beau-frère du poète Malherbe. Accusé d'être un des principaux auteurs des troubles d'Aix, il fut contraint de
se réfugier à Barcelone , et , étant rentré eu France, il fut emprisonné dans la tour de Bouc, où il mourut misérablement. Voir encore sur Laurent de Coriolis le tome 1 des Œuvres complètes de Malherbe (édition de M. L. Laianne, p. SSg-S/i;). Malherbe, comme Peiresc , écrit Carriolis , mais la forme Coriolis est plus généralement adoptée.
faict pius de travail de palais que je n'en avois peu faire auparavant, ce qui m'a contraint de diiïerer encor un peu la lecture de vostre discours du concile, que je reserve à mon premier loisir pour le savourer comme il fault, cependant je vous en rends mille trez humbles actions de grâces et de tant d'autres belles singularitez que vous y avez joinctes , mesmes du soing qu'il vous plaict de prendre à consulter quelque docteur de Sorbonne de voz amys sur mes propositions, et finalement de l'excez de vostre courtoisie, qui vous a porté, nonobstant la presse et incommodité de vostre œuil, à m'escrire de vostre main une si longue lettre. Si vous vouliez dicter quelque foys à Quentin, j'aurois bien raoings de regret, ou plus tost vous en remettre à M"" du Puy vostre frère , qui y contribue tant de soing, de diligence et d'exactesse. Au reste je loue fort vostre précaution de ne pas confier une si rare et si importante pièce à Quentin, voire mesme pour les aultres j'en ay bien du regret quand j'ay apprins que vous les aviez laissées à sa discrétion, car je vous avois mesraes proposé du commancement de le faire travailler chez vous, estimant que pour sa commodité, il auroit en un besoirig prins volontiers logement pour quelque temps dans le collège de Boissy ou autres de vostre voisinage.
Je seray bien aise de faire transcrire l'oraison d'Hernus de Matriraonio, puis qu'elle n'est dans l'édition de Louvain, voire mesmes Ip Conseil de Du Moulin sur le concile, s'il ne se trouve imprimé, comme aussy cette relation Dictorum démentis VIII, puisque vous l'avez. Sur la première coppie de l'inventaire que j'eus des recueils du S' Ranchin, je me plaignis de ce qu'il serabloit estre faict mal exactement, et celay qui l'avoit extraict m'envoya sa minute originale, sur laquelle j'ay faict conférer la coppie que vous en aviez veùe et laquelle je vous renvoyé, car il y avoit quelques équivoques et quelques obmissions.
Tant est que je pense que ce ne soient que des extrakts de divers libvres imprimez ou autres pièces ms*^ inserez en deux volumes in fol" de la contenance aisée à en juger par les nombres des feuillets cottez en cette minute, et celuy qui est saisy desdicts deux volumes n'ai pas bonté d'en demander cent pistoles sans en vouloir desmordre.
Je feray ce que je pourray pour tascher d'avoir coppie des pièces que vous avez croisées, mais c'est un homme si fantasque et si jaloux que je n'en ay guieres d'espérance. Il fauldrà voir l'événement, pour le moins pouvez vous croire que je ne m'y espargne pas. Je luy en avois faict offrir jusques à quarante escus, mais il est bien avare et le pis est que des Jésuistes ont couru sur mon marché^ aux despens de quelque dévot pour favoriser la cause.
Vous m'avez bien obligé de m'envoyer l'extraict de ce passage du Dialogue Hierarchiae supercelestis, que je trouve excellent et bien convenable à ce siècle là. Je vous en remercie trez humblement. Comme aussy vous doibs je bien des remerciments des honestetez, dont vous avez usé envers M"^ d'Agut, estant bien ayse qu'il vous ayt desja faict paroistre sa franchise.
Je suis marry que ce procez prétendu de Pet[rus] de Luna se soit réduit à si peu de chose et encores plus que vous n'ayez encores peu voir M"^ de Saulmaise pour vous asseurer s'il n'a pas retiré la lettre de M"^ d'Aviron, que je plaindrois infiniment, aussy bien que son humeur trop entière, s'il ne [se] resoult à faire voir au P. Vassan ou autre pareil amy confidant ses commentaires in conciljium] Eliberitan[um].
J'attendray impatiement les observations de M' Rigault sur cez epistres supposées de Themistocles, et crois bien qu'il sera mal aisé de les luy arracher des mains, si vous ne le pressez dans les divertissements ordinaires ou il est.
J'ay escript pour le Pline et ay fort opportunément donné créance pour cela à un conseiller du parlement neveu de feu M"^ Catel, qui est fort de mes amys, et qui a esté icy quelques jours, lequel m'en donne plus d'espérance que je n'en osois concevoir d'abbord. Il a de grandes affaires qui ne nuiront possible pas à ce dessein. Si le bonhomme vivoit, avec l'intercession de celui cy nous l'eussions arraché indubitablement. H faudra voir quelle opération cela fera et puis faire la guerre à l'oeuil.
Au surplus le pauvre M' de Marseille a eu depuis un grand subject
' En chiffre.
de mortification de ce que M' le conte de Moret ^ a envoyé commission à i'evesque de Senez ^ pour aller consacrer l'église des Gappucins située dans certaine terre que les moynes S' Victor prétendent exempte de toute jurisdiction episcopale, ce qu'il eust bien voulu esviter. Je l'avois conseillé plus d'un an y a , dez que je vis mouvoir la contention , d'eserire en termes de bons compliments à M'' le comte de Moret et de luy ofl'rir de laisser la décision ou arbitrage de ce différant aux cardinaux et autres principaulx prélats de la suitte de la cour du Roy, par devant lesquels il pourroit desduire ses justes moyens contre une bulle d'Urbain V, qu'il estime n'avoir jamais esté exécutée pour ce regard , et quand il eust perdu sa cause par devant de tels juges, il estoit tousjours bien honorablement deschargé devant le monde. De ce qu'à cette heure il ne sçauroit parer à ce coup, qui attribuera aultant et quasi plus de droict aux moines S' Victor comme ils en pouvoient prétendre sur ladicte bulle. M"' de Senez escrivit à M"^ de Marseille du 27 juin et luy envoya par honneur les despesches de M'' le comte de Moret, disant qu'il vouloit chercher tous les moyens possibles pour ne luy faire que le moings de préjudice que fere se pourroit. M' de Marseille estoit en voyage du costé de Toullon et d'Ieres et comme il s'en revenoit à sa maison d'Aubagne, celuy qui avoit le pacquet alla au devant de luy et le luy rendit à une sienne terre nommée le Bausset. Et daultant que la datte se trouva un peu vieille (à cause de son absence) il s'amusa à faire des procès verbaulx du temps que le pauvre porteur luy avoit rendu ce pacquet. Et luy en fit signer des certificats au dos de la lettre de M"' de Senes, et fît responce en termes assez mal obligeants sans renvoyer les despesches de M"' le conte de Moret. Dont il se fit bien des contes en cette ville et dont M'' de Senez fut si picqué qu'il se résolut à ne faire grâce de quoy que ce fust au monde, et de faict M' de Marseille
' Antoine de Bourbon, comte de Moret, i63a). Voir sur ce personnage une notice
fils naturel du roi Henri IV et de Jacqueline de M. G. Bascle de la Grèze (extraite de la
de Bueil, né à Fontainebleau en janvier Revue d'Aquitaine), Bordeaux, 1867, in-8°.
1607, fut tué très vraisemblablement au ' C'était Louis Duchaine, qui siégea de
combat de Castelnaudary (t" septembre iGa3 à 1671.
luy ayant depuis envoyé le P. Pena , jacobin , avec créance et avec lesdictes despesches de M" de Moret, M'' de Senez luy dict qu'il feroit sa charge et qu'il ne desmordroit de rien que ce fust des moindres interests que peult prétendre M' de Moret et ne voulust pas mesmes luy promettre un dellay de huictaine.
L'abbesse des religieuses de S' Saulveur qu'il a tant protégée luy joiia l'autre jour un plaisant tour. Elle avoit eu son arrest du Grand Conseil à tort ou à travers et avoit prié M' de Marseille de luy envoyer sa musique pour solemniser le Te Deum laudamus, qu'elle vouloit faire chanter un jour de feste solemnelle de son église pour cet arrest. M' de Marseille ne le trouva pas bon. Elle envoya quérir touts les raoynes de S' Victor, lesquels chantèrent ledict Te Deum en musique avec un grand scandale publique, attendu les informations notoires des moynes, qui avoient esté trouvez avec cette abbesse plusieurs foys, et attendu que ce monastère avoit esté soubstraict longues années y a de la dépendance des moines S' Victor et soubsmis immédiatement aux evesques. Luy en fut fort picqué et scorné\ mais au bout de peu de jours y estant allé, cette femme le cajollà si bien que ce ne fut plus rien. Mais elle luy donna tost aprez un autre coup de pied, car elle récent une religieuse sienne parente de loing, sans aulcun dot^, contre les deffances que luy luy en avoit faictes en propres termes pour celle là, et contre les règlements du monastère, que luy avoit confirmez l'année passée sur mes remonstrances, desquels il voulut par aprez se despartir sans cognoisçance de cause, disant que la discrétion de cette femme valloit mieux que touts les règlements du monde, dont on a bien faict des risées. Au reste il est entré en desfiance du pauvre M'' de la Faye^
' D'écorné, escorne, vieux mol qui, se- ^ On lit dans le Dictionnaire de Littré: Ion ia définition du Dictionnaire de Trévoux, rr Molière a fait ce mot masculin {Ecole des rc signifiait autrefois affront , perte , dommage /(?m»ne«,rj4f«re).VaugelasetPerrotd'Ab]anen ses biens, en son honneur^!. Les mots es- court le faisaient aussi masculin. Mais Mëcorm, scome , avec le sens de honte . insulte , nage remarque que le féminin l'emportait. . . se trouvent dans les Commentaires de Biaise Dotnm explique ie masculin qui a été soude Monluc (édition de M. A. de Ruble, t. I, vent donné à dot.Ti p. 154; t. III, p. 149).
[1627] AUX FRERES DUPUY. 29t
son cousin et de touts ses domestiques. H est desja pix que martyr. Je le plains grandement et crains qu'il n'ayt à essuyer Lien tost de grands heurts et de grosses secousses. Je ne vous sçaurois dissimuler que je le plains grandement et pour cela et pour tout plein d'autres mauvaises rencontres qu'il a eues depuis peu à occasion de cette abbesse de S' Saulveur, laquelle s'est mocquée de son aulhorité fort impudement, ayant à son reffus voulu recourir aux moynes de S' Victor d'où autres foys dependoit le monastère, et ce pour des badineries, dont ceux qui luy portent envie ont bien faict leurs chous gras ^ S'il eust un peu plus defferé aux conseils de ses fidèles serviteurs, il auroit bien prévenu touts cez desplaisirs, qui ne peuvent estre que bien sensibles, non seulement à luy, mais aussy à touts ceux qui ayment et révèrent le nom qu'il porte comme je faicts du bon du cœur, aussy bien que du bon du cœur je suis et seray à jamais.
DE Peiresc.
D'Aix, ce la juillet lôay, avant qu'aller au palais.
Nous avons apprins au palais une insigne folie de quelques Marseillois qui excitèrent hier une émotion populaire pour recouvrer deux prisonniers qu'on amenoit en cette ville, l'un nommé Ant. Dory, cadet de Soutournon (qui est mary de la maistresse de M, de Guise), l'autre nommé le cadet de Guiran, touts deux condamnez à mort par deffault pour divers crimes, de violements, assassinatz, etc. L'assesseur Félix, propre frère de la dame, fut si fou que de paroistre l'espée à la main avec un pourpoint blanc en teste du peuple soubslevé criant: boutte, boutte. Et puis quand les prisonniers furent esvadez revint sur les lieux en compagnie des consuls ses collègues avec sa robbe longue et son chapperon de consul sur le mesme pourpoint
' Voir dans le tome H des Lettres de Jean Chapelain ( p. 339 ) la même familière expression (aS octobre t663) avec rapprochement (note i) de pareil emploi fait par M"* de Sévignë (i5 avril 1676).
blanc. On y a depputé trois conseillers qui s'en vont cette aprez disnée à Marseille pour informer. M. Favrot vous veult envoyer des exemplaires de son petit opuscule cy joinct, mais je l'ay voulu prévenir pour gaigner aultant de temps ^ Vous ne luy en sçaurez pas moins de gré par aprez ^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, Gomme je faisois clorre ma dernière despesche du 1 3 je receus la vostre du 28 et 29°"= du passé sans avoir loisir d'en voir que les dattes, attendu que le courrier extraordinaire, nommé Rusque de Cannes, par qui M'' le premier présidant faisoit estât de l'envoyer vouloit partir, seulement j'eii accusay la réception au bas de la lettre de M' de Lofnenie, laquelle n'estoit pas encores cachettée et par une lettre à M"" d'Agut, à qui j'envoyay la lettre que vous escrivoit M"' son filz et celle que m'escrivoit M' d'Espesses , qui luy a tant faict ressentir de bons effects de sa courtoisie et de sa favorable protection et recommandation jusques dans l'armée du Roy de Dannemarc, que je vous demeure infiniment redevable, sçaichant bien que c'est à vostre considération que M"" d'Espesses ^ s'y est porté avec tant de surabondante honnesteté , et ne manqueray pas de l'en remercier par la première commodité au
' Ce petit opuscule devait être une des deux le traité d'Alfonse Garranza , departu naturali
exercitations dont quelques biographes d'An- et legitimo.
nibal Fabrot (le P. Niceron notamment) * Vol. 716, fol. i4i. — WoirhVÂppen-
mettent la publication en 1628 : De lempore dice (n' XXVII) une lettre de Jacques Dupuy,
humanipartus, el de numéro puerperii. Charles du i3 juillet 1627. Giraud {Notice sur la vie de C.-A. Fabrot, ^ Charles Paye, seigneur d'Espeisses,
p. 49) assure que la date véritable de i'im- mentionné (Appendice) dans la lettre XXIII,
pression est 162 7. Ces deux brochures furent écrite le 5 avril 1627 par Dupuy. réimprimées à Genève en 1629, n-^i", avec
moings mal que je pourray et de vous adresser ma lettre pour la luy faire tenir, s'il vous plaict. Nous avons depuis receu les lettres de l'ordinaire de Rome, entr 'autres celle de Mg' le Cardinal Barberin, qui sera cy joincte, du 3 juillet, ayant jugé à propos de la vous envoyer pour vous faire voir Testât qu'il faict de M'' Holstenius; c'est en responce des particularitez que je lui avois marquées sur vostre relation, non seulement de sa bonne vie et moeurs, mais aussy de son recueil d'homélies et de son travail sur les géographes grecs et latins. Vous y trouverez par mesme moyen la promesse qu'il me faict de faire transcrire un livre françois MS. trouvé dans la Vaticane , qui est celuy des Assises du royaulme de Jérusalem, dont vous ne serez pas moins bien aise que moy. M"" Aleandro m'adjouste de plus avoir apprins du S' Suarez d'Avignon' (qui en avoit faict recherche pour l'amour de moy) que le caractère estoit un peu scabreux^ et que si tost que ledict S'' Suarez seroit guary d'un peu de fiebvre que luy avoit laissée une dissenterie ils travailleroient touts deux a la recherche d'un coppiste qui s'en sceut bien acquitter et qu'ils m'envoy croient par la première commodité la coppie du tiltre et de quelques chappitres. Vous les aurez incontinant, comme aussy tout ce que j'en pourray descouvrir du costé de Gypre', ou l'on en a envoyé divers mémoires, et a-t-on advis de l'arrivée sur les lieux des navires qui les ont portez, de sorte que nous en aurons, Dieu aydant, bien tost quelque responce. Ce que ledict Cardinal adjouste d'un libro à scrillxira franeese, qu'il a voulu prendre la peine de lisre, bien qu'il n'cust tant de cognoisçance de la langue comme il eust désiré, estoit le livre du chancelier Baccon de la Vie de Henry VII d'Angleterre, de la version françoise imprimée à Paris'*, à la lecture duquel il fault dire qu'il a prins grand plaisir, puisqu'il a eu la patience de le lire, nonobstant la difficulté du langage.
' Le futur évêque de Vaison que nous ' Peiresc écrit le nom de celte île comme
avons déjh rencontré (lettre LI) et que nous veut qu'on l'écrive M. Georges Pen-ot, dans
rencontrerons encore bien souvent dans cette sa belle monographie, c'esl-à-dire confor-
correspondance. mément à la forme antique du nom.
^ C'est-h-dire d'une écriture difficile à lire , ' Voir sur celte version française une note
et, dans le sens primitif du mot, raboteuse. de la lettre VU, du a8 avril i6a4, p. 3».
Quant au favorable accueil que vous avez trouvé chez Mg' le nonce Bagni, il n'auroit garde d'en user aultrenient et ne fauit pas que vostre modestie trop excessive vous fasse croire que cela se puisse ne doive imputer à aultre chose qu'au renom de vostre vertu et de vostre mérite, car dans cet entretemps, et à dire depuis que je vous eus envoyé la lettre que vous trouvastes bon que je luy escrivisse , il m'en fust rendu une de sa part par la voye d'Avignon, par laquelle je tascheray de respondre par cette voye icy, Dieu aydant. Il n'avoit pas oublié le plaisir qu'il avoit prins chez vous, lorsqu'il vous pleut agréer que je le vous menasse. Tant y a qu'il est grandement porté à vostre service et grandement officieux de son naturel, et crois que vous le pouvez employer librement et sans cérémonie quand vous voudrez recouvrer quelque livre curieux des lieux où il a des habitudes, comme pourroit estre ce factura de l'ambassadeur de Flandres touchant la comté de S' Pol et autres choses semblables, car vous luy esveillerez sa curiosité et luy ferez grand plaisir. Au reste j'ay esté bien fasché d'entendre l'indisposition de Monsieur de la Yiileauxclercs ^ et vouldrois bien que celuy qui me pensoit l'année passée fut auprez de luy, car il excelloit en la cure de telles maladies, et y a reuscy à souhaict en une infinité de rencontres. Je prie à Dieu qu'il dirige bien la main et le travail de ce Brosse^, pour luy rendre bien tost la mesme santé que je desirerois pour moy mesmes. J'ay bien de l'obligation à M'' Perrot^ des faveurs qu'il a daigné despartir à M' d'Agut et au filz de M' Monnyer lors de la cérémonie du lit de justice, et vouldrois bien avoir des moyens de le servir en revanche conformément à ses mérites. Je déplore le piteux estât de ce pauvre royaulme en la vérification forcée de tant d'edicts bursaulx. Et suis bien aise que noz arrêts ne vous ayent pas despieu. Nous estions en termes d'en faire de meilleurs et de plus grande con-
' Sur Antoine de Loménie voir la let- sieur de Fercourt, président aux enquêtes,
tre XVI, du 39 janvier 1695. qui venait d'épouser (lôaS) Madeleine
' Ce Bnsse ne figure ni dans les Histo- Combaut, la sœur du baron d'Auteuil, à
rieltes de Tallemant des Réaux, ni dans les laquelle Tallemant a consacré une de ses
heures de Guy Patin. historiettes (t. V, p. 19).
* Je pense qu'il s"agit là de Jean Perrot,
sequance sans ce mal entendu, qui s'est mis entre les deux puissances ecclésiastique et séculière \ ou nous avons encore bien de la peine à empescher qu'il n'arrive plus de mésintelligence. Je crois qu'il fauldrà que pardelà on fasse jouer quelques ressorts discrètement* pour faire que M' le Cardinal escrive à son frère le tort qu'il a eu de s'opiniastrer à cette affaire et qu'il feroit mieux de se r'habbiller^ avec le parlement et principalement avec les chefs, comme il luy est aisé et comme il est utile et possible nécessaire pour le bien du service du Roy et repos de la province. Je prie à Dieu de porter les uns et les autres à ce bien et demeure.
Monsieur,
vostre trez humble et Irez obligé serviteur,
DE Peibesc.
D'Aix, ce 17 juillet 1637.
En achevant cette lettre on m'a apporté vostre despesche du 6 de ce moys ou estoient cez belles epistres de Scaliger, dont je vous remercie trez humblement *, ensemble cez pièces de M"" Rigault, que je feray proprement relier pour mon usage; si j'en eusse eu un second exemplaire, je l'eusse envoyé à Rome, puisque la langue françoise y est encores en estime et que le livre de Scaliger n'est pas propre à ce voyage. Le recueil" des lettres de Gasaubon sera, je m'asseure, trez beau et trez bon^. Mais je loiie vostre prudance de n'avoir pas voulu lascher indif-
' Enire rarckwôquc d'Aix, Alphonse de Richelieu, elle parlement de Provence.
' Phrase à rapprocher de la phrase de Molière dans Pourceaugnac : trNc nous demandez point tous les ressorts (pie nous fe- 10ns jouer. »
' Se i-accommoder, se remettre bien. On trouve le plus souvent le mot rhabiller suivi d'un subslantil', par exemple dans cette phrase de Montaigne; r:Au lieu de rhabiller notre faute, nous la redoublons ^i , et dans cette phrase de Guez de Balzac: rrlls négligent la
seconde gloire de la vertu, qui est de savoir rhabifler ses fautes.»
* Illuslrissimi pin Jos. Scaligeri Epistolœ onines. . . eceteris prwfixa est ea qxiœ est de gente Scaligera , in t/ua de autoris vita , et Dan. Heitisii de morte ejus altéra (Leyde, EIzevier, 1627, in-S").
'- Peiresc ne se trompait pas. Peu de recueils épistolaires sont aussi précieux que l'in-folio intitulé : Isaaci et Merici Casauboni epistolœ, curante Jansone ab Atmeloveen (Rotterdam, 1709).
ferement toutes lettres de cet autheur^ Si l'on en eust faict ainsin de celles de Scaliger, le Recueil n'en vauldroit pas guieres moings, et l'auteur n'en seroit pas moings loué, cependant il auroit bien plus grand cours ^. Plutost eust on peu mettre en un petit volume à part les lettres subjectes a plus de censure et n'en tirer que quelques coppies pour les plus curieux. J'ay grand regret à la maladie de M' de Lomenie et à l'opiniastreté des incommoditez de vostre oeuil. Dieu vous veuille bien guarir les uns et les autres. Je feray recherche du faict de l'admiraulté. J'ay un petit MS. d'Angleterre, ou sont ces loix d'Olleron et quelques ordonnances, mais je me doubte que le tout soit imprimé. Toutesfoys je le reverray et en un besoing le vous envoyeray. Il y a un libvre assez commun entre gents de marine intitulé le livre du Consulat de la Mer, qui se trouve en François et en italien, ou c'est qu'il y a prou de petites choses qui ne sont pas à négliger^. Il fault que j'aille faire un petit tour à Marseille. J'iray voir dans les archives de l'hostel de ville s'il n'y auroit rien de curieux sur ce subject. Dieu aydant, et en feray de touts costez toute la plus exacte recherche que je pourray pour l'amour de vous. Je rapportay un procez d'un naufrage de HoUandois quelques années y a, qui m'avoit faict faire quelque perquisition et du droict et de l'usage sur cette matière. Si je puis retrouver mon extraict et mes mémoires, possible y aura il quelque chosette de vostre goust. Pour le moings me souvient il que j'avois observé tout plein de petites choses qui ne despleurent pas à la compagnie sur ces loix rhodiennes, dont j'avois rencontré des fragments jusques dans le Polybe, qui servoient à la cause. J'ay depuis escript à Mg""^ Bagni.
' J'ai vu dans la collection Dupuy, à la Bibliothèque nationale, quelques lettres de Casaubon, encore iaédites, notamment une lettre bien piquante sur l'abjuration (1601) de Philippe Canaye, sieur de Fresne.
^ On a reproche à Daniel Heinsius d'avoir trahi les lois de l'amitié en livrant à la publicité certaines lettres intimes de Scaliger.
' On possède dans le registre VI de la
collection Peiresc, à la bibliothèque de Carpentras, un assez grand nombre de documents relatifs à la marine et au commerce, notamment aux vieux manuscrits du livre du Consulat de la mer. Voir, pour le Consulat de la mer, comme pour les Rôles d'Oléron, l'important ouvrage de M. Pardessus : Collection des lois maritimes (i8a8-i845, 6 vol. in-4°).
[1627] AUX FRÈRES DUPIIY. 297
Vous verrez la lettre et puis la clorrez. Mettez le sur le discours de ce MS. original du concile de Ghalcedoine, qu'il avoit enlevé des archives d'Avifjuon '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur, Je prenois hier la plume pour vous escrire en responce de vostre despesche du 29™* du passé et avois desja escript une assez longue lettre à M' du Puy, vostre frère, quand je receus une autre despesche de vostre part du 6 de ce moys, fort bien conditionnée ^ et par mesme moyen les epistres de Scaliger et les exhortations chrestiennes que je cheriray grandement pour l'amour de l'autheur', comme aussi tiendrai je parmy ce que j'ay de plus précieux, quand je l'auray, ce premier livre de sa continuation d'histoire aprez celle de feu M"' de Thou, et demeureray en grande impatience jusques à ce que j'en puisse avoir la veue"*. Pour ces epistres de Scaliger je vous doibs une infinité de trez humbles remerciments, bien honteux de vous voir accumuler sur moy tant de nouvelles obligations à toutes heures, sans que nous sçachions rien trouver qui vaille pour entrer en quelque revanche. Le mémoire
' Vol. 716, foi. lll-J.
' En bon état. Les paquets expédiés de Paris à \h, et qui restaient généralement une vingtaine de jours en route , n'arrivaient pas toujours sans fâcheux accidents. Littré n'a cité, sur le mot conditionné, pris dans le sens où Peiresc l'emploie , aucun écrivain antérieur ou postérieur.
' Nicolas Rigault avait publié en i6ao (Paris, in-12) : Exhortations chrestiennes imitées des anciens Phes grecs et latins. Cet ouvrage porte le n" 1 '1 dans la liste des pu-
blications de Rigault donnée par le P. Niceron [Mémoires, t. XXI).
* Nous avons déjà vu que Nicolas Rigault écrivit une continuation de VHistoire du président de Thou, en trois livres, comprenant les années 16073 1 6 1 o. Le désir qu'exprime ici Peiresc, en 1G27, de lire enUn le premier de ces trois livres montre combien Weiss s'est trompé {Biographie universelle) en déclarant que ff le premier livre avait paru diuis l'édition de (jenève , 1 6ao , dont on croit que Rigault prit soin».
IHPmMCBIC ■(ATIORALB.
que vous y avez adjousté pour suppléer les lacunes est fort selon mou goustS et si l'on vous envoyoit un jour un pareil supplément de celles dont les originaulx sont demeurez en Hollande ou ailleurs^, j'en aurois volontiers la coppie. Ce qui me faict ressouvenir qu'il y a de semblables lacunes à remplir dans les Tragiques d'Aubignay^, dont j'ay autres foys veu les suppléments en un cahier à part, et ne sçay commant ilz me sont escliappez. Je m'imagine que vous les ayiez, et en ce cas je vous en prie de m'en faire faire coppie par Quentin. Je receus vostre précédante despesche du 29™'' juin comme l'on fermoit la mienne dernière, je ne peus faire qu'en voir la datte et en colter la réception au bas de la lettre de M' de Lomenie, laquelle n'estoit pas encore cachettée comme les vostres, afin de vous oster de peine en cas que nous ne peussions si tost avoir de commodité de vous escrire. Je receus. lors la deffance des droicts du Roy pour la mouvance du conté de S' Pol\ dont je faicts grand cas et pense que par le moyen de M" Bagny vous aurez facilement le factum que vous dictes n'avoir peu recouvrer au contraire. J'eus aussy la remonsirance de ceux de Malte,
' Ce mémoire nous a-t-il été conservé?
Je ne me souviens pas de l'avoir jamais vu , soildansla collection Peiresc, à Carpenlras, soit dans la collection Dnpuy, à Paris. Et pourtant combien de choses précieuses possède cette dernière coHection en ce qui regarde Joseph Scalijjer !
" Il serait bien désirable que l'on imprimât les lettres de Scaliger, latines ou françaises, qui n'ont pas encore vu le jour et ([ui compléteraient enfin le recueil latin de 1697 et le recueil français de 1881.
^ Les Tragiques d' Agrippa d'Aubigné (né près de Pons, en Saintonge, le 8 février i552, mort à Genève le 99 avril i63o) avaient paru pour la première fois à Maillé (161 G, petit in-li°) et pour In seconde fois à Genève (1698, in-8°). La 3°" édition est celle de M. Ludovic Lalanne (Paris, Jannet,
1857); la 4"'% celle de M. Charles Read (Paris, Jouaust, 1872, in-8°); la 5'"° et dernière celle de MM. Heaume et de Gaussade, dans les Œuvres complètes {Vark , Lemerre, t. IV, 1877).
* Il s'agit là du comté de Saint-Paul, en Artois. Le volume 53o delà collection Dupuy renferme des lettres, actes et mémoires touchant Cambrai, Saint-Paul et Sedan. Voir encore dans la même collection (n" 181i8()) les procès-verbaux et inventaires des pièces touchant la mouvance du comté de Saint-Paul. Mais la pièce particulièrement désignée par Peiresc est celle-ci : Défense des droits du Roi, pour la mouvance du cointé de Saint-Paul , sur la nomination faite par Sa Majesté , h l'abbaye de Cercamp , de la personne de M. Eustache Picot, maître de la musique de sa chapelle (Paris, 1697, in-i").
[1627] AUX FRKUES DUPUY. 299
dont je vous suis bien redevable et laquelle m'augmente le désir de voir les mémoires plus amples de ce chevallier desfrocqué qui leur faict tant la guerre. Je m'estonne qu'on n'ayt peu sçavoir qui en estoit ie rapporteur, car qui ce fust je pense que M'" de Lomenie en auroit bientost tiré une coppie. Il y avoit encores des cahiers du P. Vassan, à qui je suis trop obligé de tant d'afl'ection, à laquelle je correspondray au mieux qu'il me sera possible et ne manqucray pas de luy respondre par le premier si je ne le puis présentement. 11 y avoit tant d'autres petits livrets curieux, et en l'un et en l'autre pacquet, que je serois trop long à en faire la desduction par le menu, tant il y a qu'il y a tousjours quelque chose de bon, dont je vous suis plus obligé que je ne vaults, et ay prins grand plaisir à cez pièces de Bouteville' que je trouve bonnes et auxquelles vous pourrez adjouster la lettre du Roy pour Saludie avec la responce cy joincte, si ne l'avez desja ^. Le règlement du Conseil me semble grandement confus et sans guieres de choix, mais tousjours est il bon à avoir. Je le vous renvoyé, ensemble la sentence des ofiiciers de la Rochelle contre celuy qui avoit prins des commissions du S"' de Soubise et du roy d'Angleterre, que je trouve une bonne pièce du temps, et crois qu'il se pourroit bien tirer du procez (puisqu'il est dévolu à Paris) une coppie de l'une et de l'autre de cez commissions, pour voir que dez le moys d'octobre le roy d'Angleterre songeoit à rupture toute ouverte, vraysemblablement à cause des saisies qu'on avoit faictes à Bordeaux environ ce temps des navires qui chargeoient du vin , bien que M' de Bassompierre fust encores en Angleterre. Or pour respondre à voz lettres et commençant par la dernière qui s'est trouvée à ma main, et qui pourra estre plustost expédiée, je vous diray que si bien vous avez trouvé de l'equivocque en la datte de
' Voir la lettre du a8 juin 1627, n'LVllI. ' CeUe pièce n'est indiquée ni dans la
On trouve dans le Catalogue de la bibliothèque Bibliothèque historique de la France, ni dans
nationale, Histoire de France (l. l, f. 'ib"]) le Catalogue cité plus haut. La Saludie'
sept pièces relatives h l'affaire de François était un capitaine au régiment de Nor-
de Montmorency, comte de Lui et de Bou- mandie. teville.
ia despesche ou estoient les pistolles, que j'ay accusée comme du lo, encores qu'elle fust du 5 et du 7, cela ne doibt pas estre beaucoup considérable, attendu que souvent je commance des despesches et parfoys bien en presse, croyant qu'elles doivent partir le mesme jour et le lendemain et toutefoys elles tardent souvent 3 et 4 jours icy entre les mains des secrétaires de M"^ le Présidant ou de ceux qui s'en vont, quand on les donne à des personnes particulières, comme fut celle la, qui fut portée d'icy à Lyon par le gênerai Gappeau, et quand je sçay leur partement je le cotte sur un petit bordereau que j'ay dans mon portefeuille, ainsi que j'avois faict de celle la du jour du partement dudict S'' Gappeau, pour pouvoir mieux juger du temps qu'elles peuvent estretombées entre voz mains. Les lettres tardent tant sur le chemin d'icy à Lyon, à cette heure mesmes que les maistres des postes ayment mieux employer leurs chevaulx à la cueillette qu'à faire courir le pacquet du Roy, qu'en plein hyver dans les petits jours elles ne tardent pas davantage, et c'est ce qui faict que M'' le Présidant est bien aise de se servir de persones particulières pour les porter, au moings d'icy à Lyon, d'où c'est qu'on les envoyé par aprez à Paris par les ordinaires. Il nous fauldrà avoir cette patiance jusques à tant que nous puissions faire resouldre à la teniie des estats l'establissement d'un ordinaire par semaine d'icy à Lyon, qui sera d'un grand soulagement à touts les ordres du païs. Vostre despesche du 6 n'a esté que sept jours de Lyon icy, qui est quasi un miracle, la précédante en avoit demeuré dix tout entiers, car elle estoit partie le dimanche matin et n'estoit arrivée icy que du mardy suyvant en huict jours au soir. L'autre du 18 avoit encores plus tardé, ce que nous imputions aux moissons, lesquelles ont fort pressé tout d'un coulp généralement par touts cez pais d'icy bas. Au reste bien que la cérémonie des funérailles de Madame^ ayt esté si mal ordonnée, si est ce que je ne pense pas qu'il la fallut avoir négligée comme veult faire M'' de Lomenie, quand ce ne seroit que pour acte de la contention et difliculté meiie par les princesses du sang et emportée
' Nous avons vu que la duchesse d'Orléans était morte le 4 juin , après avoir donné le jour à une fille qui fut M"' de Montpensier.
11627] AUX FRÈRES DUPDY. 301
de la sorte qu'elle l'a esté. Combien que je crains fort qu'en examinant meurement toutes choses, il n'y ayt eu plus d'honneur pour les princes qui marchèrent en grand deuil solennel que s'ils eussent mené les princesses du sang. Je ne sçay si je me trompe, mais mon advis va à cela. Voire quand ce ne seroit que pour marquer les faultes qui ont esté commises, je vouldrois en dresser une relation sans obmettre que l'offrande a esté portée au lieu ordinaire devant l'autel et non sur un théâtre. M' d'Agut m'en promet une relation, mais je ne pense pas qu'il en trouve le loisir; si vous le mettiez sur ce discours, il ne vous cousteroit pas tant de la rédiger par escript.
11 fault dire que nostre monde estoit bien desgousté de refuser asyle à ce Compan, de qui on pouvoit tirer un million de livres et plus, et qu'il amenoit de si bons mariniers, je ne m'en sçaurois imaginer aulcune occasion, si ce n'est pour la religion, et que les ombrages mentionnez longtemps y a dans les mémoires italiens d'Angleterre fussent effectuellement véritables contre les Rochelois.
Touchant cez papiers des monnoyes il n'a pas encor esté en mon pouvoir de les examiner comme je desirois pour les arrérages de la fouUe des affaires du parlement et de la chambre des vacations ou je suis encor engagé. Mais j'espère de m'en desvelopper bien tost, Dieu aydant. Et aussy tost je vous donneray contentement en cela et en toute autre chose que j'estimerois pouvoir estre de vostre goust.
Je plains bien M"" le Pelletier ^ dans la suitte de cez malheurs de la mort de sa mere"^ et d'un accouchement avant terme; pourveu que Mad'' sa femme' se porte bien, elle reparera bien tost, Dieu aydant,
' 11 s'agit là de Louis Le Peletier, qui élait alors commis du secrëlaii-e d'Etat de la guerre Gli. Le Beauclen; et qui eut, en cette qualité, un brevet de conseiller d'Klat (3i décembi'e t6a4). Il acquit une charge Je seci-élaire du roi, une autre charge de président au bureau des finances de Grenoble, et niourul eu iG5i.
' Madeleine Ghauvelin, fille de Toussaint
Ghauvelin, procureur général de Catherine de Médicis, et tante de la mère du chancelier Le Tèllier, avait épousé, le 6 février i583, Jean Le Peletier, avocat distingué: elle devint veuve le a 9 novembre i588. (Note communiquée, comme la précédente, par M. A. de BoisHsIe, membre de l'Institut. )
' Louis Le Peletier était marié (depuis le
cette dernière perte'. Je vous remercie bien fort du soing que vous avez eu de me recouvrer le Clemens Alexandrinus, et pour le Mercure François complet ne trouvez pas estrange que je ne l'aye, car je i'ay eu desja deux ou trois fois. Mais quand quelques uns de mes amys ont par liazard des antiques de ma curiosité, qu'ils me forcent quelquefoys de prendre, et que je leur offre des livres en revanche, ils me demandent la pluspart du temps ou le Mercure François^ ou l'histoire romaine de Coiffeteau ^ ou de cez livres de M' du Perron" et de M"" d'Ossat^ ou de ceux de M' du Vair^ et aultres semblables, qu'il m'a souvent fallu remplacer. Comme aussy m'a il souvent fallu remplacer les œuvres de S' Augustin , S' Hierosme , S' Ambroise , S' Grégoire et S' Bernard. Parceque quand j'ay trouvé de vieux mss. de mon goust dans des abbayes ou monastères, ils m'ont demandé en revanche de cez principaulx docteurs de l'église que je n'ay pas faict difficulté de leur lascher parceque si j'ay besoing d'y voir quelque chose, tandis que j'en suis privé, il y a de mes amys icy qui en ont et m'en peuvent prester au besoing. Mais je n'ay jamais eu bien au complet le recueil de ce Mercure Gallobelgicus'', et s'il s'en trouvoit un assortiment, je l'achepterois fort volon-
8 février 1626) avec Marie Leschassier, la petite-fille du savant Pierre Pilhou.
' Cette perte fut, en effet, bientôt réparée, et Marie Leschassier donna successivement quatre fils à son mari : Louis, qui mourut jeune; Claude, le futur contrôleur général des finances ; Je'rôme et Michel , ce dernier connu sous le nom de Le Peletier de Souzy.
' Le Mercure français , ou suite de l'histoire de la paix, commençant à l'année i€o5, pour suite du Septénaire de Cayet. Le recueil des frères J. et Et. Richer commença à paraître en 1611.
' Voir sur V Histoire romaine de Nicolas Coeffeteau (né à Saint-Calais en 187/1, "i^rt à Paris en 1628, évoque de Dardanie en 1617. de Marseille en 1621) le Manwl du
libraire, dont l'article est complet. La première édition de VHistoire romaine est de Paris, 1621, Séb. Cramoisy, in-fol.
' Les œuvres du cardinal Jacques Davy du Perron (né h Montgardon en i556, mort à Paris en 1618) furent publiées en 162a par son neveu Jacques Davy du Perron (Paris, 3 vol. in-fol.).
^ Voir sur le cardinal d'Ossat la lettre du 27 juin 162/1, n° IX. Ses lettres parurent pour la première fois en 1694 (in-fol.).
° Voir sur Guillaume du Vair les lettres du 26 août 1618 et du 25 janvier 1624, 11°' II et V. Rappelons que les œuvres complètes de G. du Vair furent publiées en 1625 (Paris, Cramoisy, in-fol.).
' Nous avons déjà plusieurs fois trouvé mention de ce recueil de Godefroy.
tiers, quand ce ne seroil que pour les cartes qui sont ordinairement dedans. On m'avoit asseurc qu'il s'en reimprimoit ensemble afforce volumes des premiers, si cela estoit oji pourroit bien ramasser les derniers pour accomplir l'assortiment, et j'en trouverois encore par céans une douzaine de pièces et d'avantage, qui pourroient servira en suppléer quelqu'un. 11 fauldroil, je m'asseure, envoyer quérir cela d'Allemagne. Si vous l'avez complet, je vous prie d'en faire transcrire le desnombrement par Quentin sur vostre inventaire, puis le premier jusques au dernier, et s'il n'y en a là, j'escriray à Genève pour voir s'il s'y trouveroit.
Je reviens maintenant à vostre première lettre du 29"* du passé et suyvant ce que vous me mandez du désir de M'' Rigaull pour ce pro^ priuni sanctorum de cette ville, je luy en envoyeroy un exemplaire, et l'eusse desja faict, si j'eusse creu qu'il se contentast de ceux qui sont en papier commun, mais il fault que je luy en pratique un ^ de ceux du fin papier, y en ayant encores quelque exemplaire entre ceux qui ont esté enfermez aux archives du chappitre, que l'on m'a promis faire ouvrir un jour de cette semaine. Tout le reste a esté distribué et gasté par des savetiers au lieu de relieurs. Et puis je vois que cette curiosité ne vous desplaict pas, mandez moy si vous avez le proprium sanclonim d'Arles et de S' Victor de Marseille, car il en a esté faict de mesniepar cahiers imprimez à part, et je vous en procureray et à luy aussy si je puis. Je vous remercie de l'acquisition des lettres et apologie de Balsac et n'en trouve pas estrange la cherté, sçachant que ce sont les livres que les courtisans estiment estre à la mode, et qu'ils sont en possession de surpayer toute sorte de marchandises. Vous m'avez obligé de prendre de M''Elzevir ce que vous avez prins, et si j'eusse veu sa facture, je m'asseure que j'en eusse prins davantage. Mon frère et moy luy sommes obligez de son souvenir. Ses taxes sont ordinairement si modérées, qu'elles n'ont pas de besoing de retranchement, ce qui faict
' Pratiquer est pris ici dans le sens de procurer. Je ne crois pas que ce sens ait jamais été indiqué dans nos dictionnaires.
qu'il y a du plaisir d'achepter de leurs marchandises. S'il est encores là. je vous prie de prendre encor un exemplaire de ses Epistres de Scaliger^ pour Monsieur nostre premier présidant d'icy^, qui en a eu envie sur le mien. Et si vous jugez que ce Sulpicius Severus^, Graecia Emmii'' et l'Aristarchus Heinsii^ soient bons pour Rome, je seray bien ayse d'en avoir un second exemplaire de chascun pour les y faire tenir par noz ordinaires d'Avignon pour tenir ce monde là en haleine.
Quant aux roolles des livres tant de Drouard que de Cramoisy, je trouve que vous y avez apporté tant de bon mesnage que je ne sçaurois que m'en louer grandement; et suis hors du regret des 12 livres du Gretzerus*^ de Drouard f°, puisque j'ay veu qu'oultre l'apologie et vie de Grégoire VII ^ il ne me vend pas seulement le second volume des controverses (comme je pensois) mais aussy le premier ^ de sorte qu'au moings cela sera complect. Vous le pourrez donc prendre, s'il vous plaict, audict prix de 1 2 l[ivres]. Ensemble le Zieglerus, voire s'il s'en trouvoit deux exemplaires je les prendrois volontiers pour pouvoir faire part à Mg"' le Gard[inal] Barberin de ce Candidus et Victorinus et en retenir un pour moy. Mais avant que les envoyer touts je vouldrois que sur l'un vous fissiez mettre aux marges les diverses leçons du MS. de la Bibliothèque du Roy.
Que si M' Buon aime mieux vous fournir les exemplaires doubles de ces petits livres d'Elzevir que de les vous laisser prendre vous mesmes, il n'y a pas de danger pourveu qu'il les vous livre effectuellement pour
' Epistolœ omnes, etc. (Leyde, 1627, * Voir sur Gretser la lellre L[, du 16 mai
in-8°). Voir Le« Elzevier, deWillenis, p. 76, 1627.
n" 988. ' Apologia pro Gregorio VIL . . Ac-
■ Nous avons déjà vu que c e'iait Vincent cessit de vila et rébus geslis ejusdem Gre-
Anne de Maynier d'Oppède. gorii VIL Auctore et editore Jac. Gretsero.
' Stdpicii Severi htstoria sacra . . . Leyde, Réimprimé dans le tome VI des OEuvres
1636, in-8°. complètes en 17 vol. in-fol., Ratisbonne,
* Vêtus Grœcia, illustrata studio et opéra \']ik-\']hi.
llbbonis Emmii Frisii, etc. , Leyde, i6a6 , ' Controversiarum Roberti Bellarmint . . .
3 vol. in-8°. cardinalis amplissimi Defeiisio. Tomus pri-
Danielis lleinsii AristarchusSacer, elc.^ mus, Ingolstadt, 1607, in-fol. Tomus II,
1627, in-8°. 1609.
n'avoir pas à languir comme de coustume en l'attente. Je crains d'avoir oublié de cotter ce livret in 1 6 intitulé Resp[ublica] Romana ' qui est je m'asseure le plus propre à envoyer à Rome et ce Resp[ublica] Polonica -, qu'il ne fauidrà pas obmettre. Je m'estonne que cez Epistres de Scaliger ne soient in h" en beau caractère comme elles meritoient, car encores que l'édition soit nette, le caractère est bien menu et le volume eust esté bien beau in li°^. M' Elzevir a un peu de tort en cela.
Il fauldra attendre en son temps le livre de historicis latinis* et l'Alcoran^. Pour cez pièces du concile de Ghalcedoinc je lotie vostre prudence de l'avoir communiqué au P. Sirmond pour en proffitter ce qu'il se pourra. Vous verrez ce que j'en escripts à M' vostre frère et crois que vous ferez bien d'en parler à M'' Bagny pour apprendre ce qu'il vous peult dire d'un ancien MS. grec en majuscule dudict concile, qu'on croyoit estre original, qui est passé par ses mains.
Je suis bien fasché de la fièvre de M' de Saulmaise et que cela ait arresté l'édition de son Solin''; mais je suis bien aise que les MSS. de feu M"" Petau ^ n'ayent pas esté entamez pour passer delà des monts. Si l'on ne les faict achepter au Roy comme ceux de M' de Cbartres*, ils
' Respuhlica romana. Honori wbk œlerme P. Scriverius restiluit (L,eycle, 1626). L'auteui- de Les Elzevier n'est pas d'accord avec Peiresc au sujet du format, car (p. 71, n° aGS) il indique l'in-ai.
' Respuhlica, sive status regni Poloniœ , Lituaniœ, etc. (Leyde, 1627, in-ai).
' Tous les bibliophiles donneront raison à la plainte de Peiresc.
' L'ouvrage de Gérard-Jean Vossius sur les historiens latins parut en 1627 h Leyde, 'm-k°. Les Elzevier, (pii ont réimprimé tant d'autres ouvrages de cet érudit (M. Willems n'en énumèrepas moins de treize) , n'ont édité ni les trois livres sur les historiens latins, ni les trois livres sur les historiens grecs (162 h).
'' L'Alcoran de Mahomet translaté d'arabe enfrançois par le sieur Du Uyer, parut seu-
lement en 16/19, in- 12 (Amsterdam). C'est une copie de l'édition de Paris (Antoine de Sommaville, 16/17, in-^°)-
" Le Solin {Plinianœ exercitationes in Caii Juin Solini Pobjhistora) devait paraître deux ans plus tard (1629, 2 vol. in-fol.)
' Sur l'antiquaire Paul Petau , né h Orléans en mai i568, voir une note de la lettre du 5 juin 1627, n° LVI. La bibliothèque d'Inguimbert possède (registre II de la collection Peiresc) un extrait fait par Godefroy du Catalogue de la collection de Paul Petau.
' Philippe Hurault de Cheveriiy, évêque de Chartres de novembre iSyS à mars 1 6a 0. M. Delisle {Le cabinet des manuscrits, t. I, p. ai 4) nous apprend que le Conseil d'Etat décida, le 8 mars 1622 , que tous les ma-
mrttMEBIE KATIOKALE.
courront grande fortune et mesmes si Mg'" Bagni y trouve ouverture, il ne les laissera pas eschapper facilement.
Le relfus du cahier de l'assemblée pour loo livres est bien honteux à un homme de cette condition, qui eust deub sesjourner 8 jours entiers pour en apprendre des nouvelles certaines , et il eust bien despandu plus de loo livres par jour avec un si grand train. Gez gents manquent au meilleur.
J'ay eu plaisir d'entendre que M'^ du Chesne gouste l'édition du manuscrit des guerres sainctes^; pourveu qu'il s'impi'imast, il ne m'importe comment, mais je crains qu'il ne soit pas tant de débit si la version n'y est pas toute entière. Le mot de vaslel'^ vient certainement fort à propos des tiltres de la généalogie de Richelieu, de quoy je m'estois bien apperceu dans des mémoires, dont je vous envoyay coppie par ma dernière despesche, et si M'' du Chesne a lesdicts tiltres, je serois bien aise de voir coppie entière de quelqu'un de ceux ou est la qualité de vaslelus, à un Guillaulme, ce me semble, qui est aprez qualifié miles, mais je crains qu'il n'y ayt grosse equivocque aux dattes, et que cela aura trompé ie pauvre M'' Sirmond. Tant il y a que je me conjouys bien fort avec ledict S'' du Chesne de son employ en cela et luy souhaicte les looo livres qui seroient bien mieux employez en sa persone.
J'attends le supplément de la lacune du Breviarium Rujfi ^, tiré du manuscrit de feu M'' le Card[in]al de Marcomont *, que l'on disoit estre
nuscrits du fils du chancelier de Gheverny seraient portés à la bibliothèque du roi, et que le prix en serait payé aux héritiers, conformément à l'estimation de Nicolas Rigault, de Pierre Dupuy et de deux experts nommés par les héritiers. On conserve à Carpentras (Registre II de la collection Peiresc) un Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Ph. Hurault, évêque de Chartres.
' Le manuscrit dont il a été question dans une précédente lettre.
' Voir le Glossartum de Du Cange, au mot Vaslelus avec renvoi au mot Valeti. D'après l'ëminent philologue, ie vaslet éttiit le fils du gentilhomme, du chevalier. Du Gange rappelle qu'il a déjà donné cette explication dans ses noies sur Villehardouin.
' Sur le Breviarium rerum gestarum populi Bomani, par Sexlus RufFus, voir le Manuel du libraire (t. IV, col. liSi).
' Denis Simon , cardinal de Marquemont, archevêque de Lyon de 1612 à 1C26.
ancien, et vous en feray part aussytost pour on avoir l'advis de M''Grottius et pour juger si ce peult ostre supposition de moine, et en feray faire encor' un peu de recherche au Vatican.
J'ay faict voz recommandations à M"' Marchier, qui se sent fort obligé à l'honneur de vostre souvenir et m'a fort prié de vous en asseurer touts deux. Je ne doubte point que Mg"' Bagny n'ayt prins grand plaisir que vous luy ayez mené Elzevir et qu'il ne vous rende tousjours toute sorte d'honneur et de carresses qu'il pourra, car vous ne sçauriez nomplus que Mess" voz frères cacher vostre vertu et vostre mérite, et luy est si naturellement porté à priser et chérir la vertu, qu'il ne sçauroit esviter (ayant le bien de vous voir) de vous donner toute sorte de satisfaction à luy possible. N'en allez poinct imputer la cause à un aultre motif que cela.
Je feliciteray M' Rubens à la première occasion de sa nouvelle qualité que je luy avois aultres foys donnée par mes lettres' et l'avois quasi rebroùé^ (lorsqu'il s'en voulut plaindre h moy) de ce qu'il ne se la faisoit donner, quand ce n'eust esté que pour la bienséance des suscriptions de ses lettres, de sorte qu'en s'excusant h moy, il n'aura pas laissé de profitter l'advis^ et certainement je ne luy escrivois jamais un dessus de lettre sans souffrir mortification , et affectois de les faire en italien pour pouvoir suppléer avec le Molt' 111"** le manquement du reste.
Quant touts cez edicts seront imprimez, je vous prie de m'en faire achepter et de toutes cez déclarations et amplifications des précédants,
' Des lettres de noblesse avaient été octroyées à Rubens par le roi Phili[)pe IV, le 5 juin i6a4. Mais comme Rubens prend, dans un acte de l'année 1629, le titre de gentilhomme de la maison de l'Infante, c'est là sans doute la nouvelle qualité dont parle Peiresc.
' Littré, dans les exemples réunis sous le mot rabrouer, ne cite aucun emploi de la forme rehrouer, mais, à la partie étymolo-
gique , il signale le picard rebrouer. Ajoutons que la langue provençale possède le mot rebroua, rebuter avec rudesse.
^ Littré a constaté qu'au commencement du xvn* siècle , on employait activement profitei-, et il a cité une phrase d'une lettre de Balzac et un vers de la traduction de Vlmilation par Corneille.
* Mollo, beaucoup. Très illustre.
lesquels précédants il fauldrà par mesme moyen joindre, car cela m'est escliappé en son temps, ou la plus part, et le recueil en est lousjours bon. Je verray fort volontiers le pouvoir de Monsieur pour la licutenance générale, et serois fort curieux d'apprendre tout ce qui se pourra du détail de cet employ et de la négociation qui s'en pourra faire , comme aussy du pouvoir qui se laisrà au conseil qui demeure à Paris.
Je vous renvoyé l'imprimé de l'arrest de Boutevilie , dont j'ay retenu coppie. Mess" de nostre compagnie prindrent plaisir de la voir.
Il me reste à vous dire que conformément à vostre précédante despesche ayant escript à Marseille, j'en ay eu une lettre de crédit, sur laquelle vous pourrez faire prendre tant et si peu et quand vous vouldrez ce que bon vous semblera et sur voz récépissé, je feray aussy tost le remboursement de pardeça. Le marchand de Marseille qui me l'a envoyée me mande que vous en serez bien servy et fort à poinct nommé, et s'excuse à moy de ce qu'il n'a mis la riie et l'enseigne ou demeure cette vefve de Lignage, parce qu'il ne leur escript ordinairement que soubs couverte ou enveloppe de leurs correspondants de Lyon , mais vous en aurez facilement la notice à l'heure du change en la cour du palais.
On me vient d'apporter un extraict d'un acte de serment de nostre bon Roy René qu'il me semble voir enmitoufflé' des habits de chanoine de ce temps là^ et parceque j'en puis avoir un aultre, je l'ay mis dans
' Littré n'a cité sous le mot emmitoujlé qu'une phrase tirée d'une lettre de Voltaire, du q4 septembre 1769.
^ Bon nombre de portraits qui nous restent du roi René le représentent emmitoujlé d'un camail d'hermine moucheté, brochant sur un ample manteau. C'est ainsi qu'il est peint notamment sur un des volets du triptyque de Saint-Sauveur d'Aix , dont il existe , au musée de cette ville , une reproduction à la plume qui a été plusieurs fois gravée
(Grégoire, Explication des cérémonies de la Fête-Dieu, 1777; Moffasin pittoresque , i8ii ; Guiet, Explication nouvelle des Jeux de la Fête-Dieu, i85i; Ilières -Journal , i885). Mais ce camail n'est point un vêtement clérical , et il faut y voir uniquement l'épitoge royale , telle que l'ont portée la plupart des souverains , par exemple Charles V dans son portrait bien connu. (Note communiquée par M. Léon de Berlue Perussis, ancien président de l'Académie d'Aix en Provence.)
ce pacquet en attendant quelque chose de meilleur. Et sur ce je finis avec mon papier, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 18 juillet 1627'.
Lxm À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY,
Je vous escrivis du 20 du passé par la voye ordinaire et manquay de faire une recharge par M" d'Aubray^, comme il eust désiré, ayant employé le temps à escrire à d'aultres auxquels j'avois escript plus rarement, et pensant vous escrire bien tost aprez par la voye ordinaire. Mais il ne s'est pas faict de despesche de toute la semaine passée, durant laquelle j'en ay receu deux des vostres, à sçavoir du i3 et 20, arrivées le 26 et le So""* fort bien conditionnées et par consequant cez beaux livres d'Elsevir qui y estoient joincts. Dont i'Aristarchus sacer de Heinsius' se trouva venu tout à poinct pour passer les monts, ou je l'envoyay par le dernier ordinaire d'Avignon à M'' le Cardinal Barberin, bien que je craignisse que M'' Bagny ne m'eust prévenu, puis qu'il a achepté le mesme assortiment de livres dudict Elsevir, ce qui fut cause que je ne mis que celuy là dans le pacquet, aprez toutefois y avoir passé le temps avec grand plaisir toute une aprez disiiée, que je parcourus quelques uns des principauix chappitres, ayant grandement loué la protestation de M"' Heinsius de vouloir s'abstenir de
' Vol. 716, fol. 62. Voir, à V Appendice, ' Nous avons déjà mentionné cette édi-
n° XXVIII, une lettre de Dupuy du 26 juil- lion de la paraphrase en vers de l'Evangile
let 1627. de saint Jean par Nonnus de Panopolis, sur
' Voir, à Y Appendice, la lettre n° VI de laquelleM. A. Willems a donné d'intéressants
Dupuy à Peiresc, du i4 décembre 1626. détails {Les Eltevier, p. 78-74, n° 276).
ti-aicter les controverses du temps et de toute sorte d'invectives et parolles injurieuses \ en quoy son humeur me revient infiniment^, comme au contraire je déplore celle de tant de braves hommes du temps, qui ne peuvent se tempérer en leurs escripts, et qui se traictent si mal les uns les aultres au grand scandale du public et degoust de leurs arays ^. Je prie à Dieu* qu'il leur rende l'esprit de paix et de charitable concorde. Le Sulpicius est bien gentil à mon gré^, et le supplément qui y a esté adjousté n'y est pas mal sortable. J'avois en plus grande forme *^ cette introduction de Gluverius '^, mais je suis neantmoings bien aise d'avoir celle là pour la beaulté et netteté de l'édition et la commodité du volume et pour l'assortiment de cette petite bibliothèque de livres en pareille forme. Cez petites republiques sont trez belles aussy, mais pour celle de Rome j'y eusse attendu quelque chose de plus exacte, concernant Testât présent auquel elle se trouve et ou il ne manque pas de bonne matière, laquelle eut mérité un volume à part tout entier. J'ay veu touts cez nouveaux edicts que vous m'avez envoyez tant en l'une qu'en l'autre despesche, par la lecture desquels je juge des aultres qui ne sont pas encores venus jusques icy, entre lesquels j'attends principalement celuy des Thresoriers de France pour voir en quels termes il est conceu pour ce qui touche l'attribution du Bureau du Domaine. Mais je vous asseure que j'ay grande pitié et compassion de voir à quoy est reduict ce pauvre estât, au moindre besoing d'argent
' Heinsius n'a pas toujours montré autant de modération et de prudence.
" Bevenir est emj)loyé ici dans le sens de plaire. Litlré n'a cité que des témoignages postérieurs, empruntés h Molière, à Bourdaloue, à Destouches, à Saint-Simon.
' Nous retrouverons bien souvent dans les lettres de Peiresc la condamnation des emportements qui faisaient alors dégénérer en disputes les discussions des savants.
* Littré rappelle qu'on a ait priei- à Dieu, prenant prier comme verbe neuire; mais il ne donne de cette expression qu'un exemple
fourni par des vers de Piron à Voltaire, de 1728, et qui , à cette époque , était un archaïsme.
' Sulpicii Severi Historia sacra (Leyde, 1636, in-8').
' Pour format. Littré n'indique pas ce sens du mot.
' Philippi Cluvcrii Introductionis in universam geographiam , iam veterem quam novam, libri VI. Edilio vltima , priorihus etnendatior. (Leyde, 1627, in-aà.) L'édition en plus grande forme dont veut parler Peiresc est celle de Leyde, i6a4, m-li°.
qu'il y ayt. La courtoisie de M"" Priandi a esté accomplie de tout poinct, puisqu'il a voulu que je luy eusse l'obligation non seulement du livre de l'histoire de Mantoiie, mais aussy du port d'iceluyjusques entre voz mains, dont je luy suis infiniment redevable et ne manqueray pas de luy faire mes trez humbles remerciments par cette mesme voye, Dieu aydant. Mais vous me ferez, s'il vous plaict, la faveur de suppléer de bouche, selon vostre honnestetéaccoustumée, au deffault de mes compliments en attendant que je me puisse revancher en son endroict par des bons et agréables services. J'ay leu avec un singulier plaisir les lettres de M' Rubens, qui est né pour plairre et délecter en tout ce qu'il faict ou dict ^ J'ay peine à'croire ce voyage du Card[in]al Infante '^ à cause des grosses deffiances de cette nation espagnole, et si riens les meult à prendre ce conseil, ce sera possible ce qu'on dict de ce prince, qui est fort grossier et ne semble nullement entreprenant, de sorte qu'il ne fera que prester le nom à ceulx du conseil que l'on luy mettra auprez. Il fauldrà voir à quoy abboutirà le voyage de ce D. Diego ^ qui a quitté sa femme si à contretemps pour le faire \ J'admire l'offre des ho navires contre l'Anglois et ay bien de la peine à me persuader que cela puisse estre véritable.
Il fault que j'aye quelques lettres de feu M"" Gasaubon ^, mais il y a si longtemps qu'elles n'ont passé par mes mains que malaisément les trouverois je à cette heure, mais si je puis me mettre à ranger mes
' A-l-oii jamais exprimé à la fois aussi brièvement et aussi fortement le don de séduction que possédait le grand peintre?
' Ferdinand, frère du roi d'Espagne, né en 1609, archevêque de Tolède, devait être nommé gouverneur des Pays-Bas en i632. Le voyage auquel Peiresc avait peine à croire ne se fit probablement pas , car on n'en trouve aucune trace dans les récits contemporains.
' C'était Don Diego Mesia Felipez de Guzman, fils de Diego Velasquez Mesia de Obando et d'Eléonore de Guzman, fille du
duc d'Olivarès. Il fut dès sa jeunesse employé dans les affaires de la politique et de la guerre, soit en France, soit aux Pays- Bas, il devint marquis de Leganez en mai 1637. Il arriva, le g septembre itiay, h Bruxelles.
' La femme quittée si inlempeslivemnnl était Polyxène, fille du marquis Ambroise Spinola.
° Je n'ai remarqué aucune lettre d'Isaac Gasaubon dans les collections Peiresc d'Aix et de Garpenlras.
papiers elles ne m'eschapperont pas et je ne manqueray de les vous envoyer.
J'en (lebvrois pareillement avoir de M"" de la Scala plus d'un vintaine\ mais celles cy ne sont que en françois, remplies neantuioins lousjours de trez belles curiosités^. C'est avec un fdz deM''de SouUiers qu'a traicté M' l'abbé de S' Germain de l'evesché de Toullon en faveur du prevost de Pignaus^, frère dudict S' de Soulliers, moyennant une simple pension, se dict-on*, dont j'ay esté marry, voyant que nostre province perdoit un personnage de cette qualité et dont je faisois bien fort capitale 11 fault prendre patiance. Si ce livret in U° contre la censure de Santerellus se trouve à vendre, encores le fauldra il joindre à l'assortiment de tant d'autres pièces de cette nature. Il fauldroit bien sçavoir de celuy qui a achepté la bibliothèque du Gard"' de Marquemont commant luy peult estre eschappé le M. S. qu'il avoit de ce Rufus, qui estoit plus ample que le commun en quelques endroits. Il pourroit juger à tout le moings par conjecture qui y pouvoit avoir mis la main dessus, et on s'en informeroit pour vérifier le supplément dont je vous avois autres foys parlé. Encores que les volumes du Simplicius'' ne soient complets, si est ce que puis qu'ils sont si nets et qu'il ne s'agit de guieres plus d'une pistole, je ne suis pas d'advis que vous les laissiez
' Nos dictionnaires ne signaient pas l'emploi du mot vingtaine au masculin.
^ On a conservé quelques lettres de Peiresc h Joseph Scaliger, imprimées d'ailleurs dans le recueil de Jacques de Rêves (lôai), mais on ne connaît aucune des vingt lellres françaises écrites par Scaliger à Peiresc. Quelle perte que celle de ces vingt lettres rremplies de trez belles curiositez!»
' Selon le Gallia, Prwpositus B. Mariœ Piniacctisis , diocesis Forojuliensis. Pignans est une commune du département du Var, arrondissement de Brignolles, canton de Besse, à i3 kilomètres de Draguignan.
' Le nouvel évêque de Toulon était Au-
guste de Forbin , fds de Palamède de Forbin , seigneur de Soliers. Il siégea de i6a8 à i638. Voir Gallia christiana, t. I, col. ySS.
' Littré a cité de nombreux exemples de cette locution tirés d'auteurs tous postérieurs à Peiresc, Bourdaloue, Fénelon, la Bruyère, Pascal, ]\1"° de Sévigné. Voii- à ce sujet une note dans le tome I des Lettres de Jean Chapelain. Je disais là , sous une lettre à Balzac du 1 0 mai 1 638 , que l'exemple fourni par Chapelain ft devient le premier en datei. C'est l'exemple fourni par Peiresc, dix ans plus tôt, qui prend la première place.
' Voir plus haut la lettre n° XXXIX, du ail février 1627.
aller, si vous les trouvez encor en estât. Je ne crains si ce n'est que vous ayiez faict partir ma balle avant la réception de la présente et que cela ne m'empesche de recevoir ledit Simplicius (si vous le pouvez avoir) plus longtemps qu'il ne fauldroit. Cependant en tout cas je vous prie de me faire transcrire sur le catalogue de M' de Thou l'indice^ de touts les livres qu'il a des Scholiastes grecs sur Arislote, non seulement du texte grec, mais aussy des versions latines de ce qui se trouvera traduict. Mais faictes le je vous supplie faire par Quentin, car je crois que la besoigne sera grosse; surtout faictes, je vous supplie, marquer exactement tout ce qu'il y a dudict Simplicius, soit grec, soit latin. Voilà tout ce que j'avois à vous dire en responce de voz deux lettres du i3 et -lo du passé, hors des nouvelles, dont celle du Roy nous tient touts en grande peine. Je prie à Dieu qu'il le veuille bientost guarir^ el maintenir en parfaitte santé et longue vie. Nous en avons bon besoing. Il y a eu cours de semblables fiebvres en ce pays icy cette année, mais grâces à Dieu elles n'ont pas esté malignes et n'en est mort aulcun que je sçaiche ce qui nous console fort. En attendant de voir accomplir les vœux de touts les gents de bien sur ce subject, il nous tardera de voir si l'advis de la descente au Conquest^ se trouvera véritable et si M'" de ïhemines" aura eu assez de forces pour repoulser cette flotte. J'espère que Dieu qui a tant eu de soing jusques à cette heure de celte couronne, n'en aura
' Indice, — je complète ici une précddenle note sur le même mot , — est encore usité aujourd'hui comme synonyme d'index pour désigner le catalogue des livres défendus à Rome. Voir la dernière édition du Dictionnaire de l' Académie française (1878).
' Louis XIII était malade depuis le 6 juillet précédent {Journal de Jean Iléroard, t. II, i8(58, p. 3io). La fièvre durait encore le 1 " août et môme le 1 5 de ce mois {ibid. , p. 3 1 1 .) Le a 1 août , le roi fut saigné une fois de plus (p. 3i 1), et h partir de ce
jour, l'amélioration commence. Le médecin Héroard constate (p. Si-j) que toute Cèvre disparut le 3i août.
^ Le Conquet , comnmne du département du Finistère, arrondissement de Brest , est à Q7 kilomètres de cette ville.
' Pons de Lauzières, marquis de Thémines, allait mourir le 7 novembre suivant, à Auray [Morbihan] {Mercure français, t. XIV, p. Ifjio). Le maréchal de Thémines n'eut à repousser aucune attaque dans son gouvernement.
IIirRIHI.KU K4T10SALK.
3ii LETTRES DE PEIRESC [1627]
pas moings à ce coup, s'il luy plaist. Et sur cette espérance je ûniray,
demeurant,
Monsieur,
vostre trez Iiumble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc,
D'Aix, ce 1 aoust 16Î27.
Cez bulles et arrests du Parlement sur la reforme de S*^ Geneviefvc et rétablissement de l'eslection de l'abbayie meriteroient bien d'estre veus, s'il estoit possible de les faire transcrire par Quentin 1. On en avoit fait de mesmes pour le monastère des religieuses S' Saulveur de Marseille, mais Mess''" du Grand Conseil ont revocqué touts noz arrests sur cet establissement au grand scandale de cette ville et désolation de ce pauvre monastère, qui s'en va le plus defformé qu'il fut onques^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, '
N'ayant poinct eu de commodité de vous escrire de toute la semaine passée, je me suis bien repenty de n'avoir esté plus soigneux de desrobber du temps pour m'acquitter de ce debvoir tandis que Mons'' d'Aubray estoit icy, encores Dieu veuille que cette despesche ne tarde en cette ville plus qu'il ne fauldroit et qu'elle n'arrive trop tard à Lyon pour l'ordinaire de vendredy prochain. Je voulois vous dire qu'entre autres discours et entretiens trez agréables de M' d'Aubray il me dict que le feu Gard[in]al d'Est ^ avoit une trez excellente relation du Con-
' Voir sur ces réformes L'abbaye de ' On sait qu'il y eut deux cardinaiLX de
Sainle-Gcnevicve et la congrégation de France , ce nom, Hippolyte d'Est, fils d'Alfonse I,
par M. l'abbé P. Feret (Paris, i883, t. I, duc de Ferrare, et de Lucrèce Borgia, morl
in-8°, p. 190-210). le 2 décembre iSyi, et Louis d'Est, fils
' Vol. 7 1 6 , p. 3 3 1 . d'Hercule II , duc de Ferrare , et de Renée de
elle de Trente. Aussytost je cornmansay à proposer des moyens pour taschcr d'en avoir quelque communication du costé de Rome. Mais il me dict que M' lEvesque de Poitiers en avoit apporté une coppie en revenant d'Italie ^ ce qui me fit superceder^ toutes poursuittes ultramontaines ^ pour ce regard , sçaichant le pouvoir que vous avez sur ce personage*, lequel ne fera pas difficulté, je m'asseure, de vous prester sa coppie, et je feray trez volontiers les fraiz du coppiste, quand mesmes ce ne deubt pas eslre chose si excellente comme on présuppose, m'imaginant que tousjours y aura il quelque chose digne de remarque de plus que ce que l'on en a. Possible que ledict S"' d'Aubray se souviendra de vous en parler luy mesmes, sinon il n'y aura pas de danger que vous vous fassiez dire ce qu'il en peultsçavoir. Ce sera maintenant à vous d'agir envers M' de Poitiers si le jugez à propos, si non nous tenterons la voye de Rome pour assortir de cette pièce les beaux recueils que vous avez sur cette matière. M'' du Puy vostre frère me mande que vous employez maintenant Quentin à quelque chose qui sera bien de mon goust, dont je vous suis tousjours plus redevable. Je vous supplie de n'oublier pas de luy faire transcrire le Conseil de Charles du Moulin^, car d'en trouver d'exemplaire imprimé, il ne s'y fault pas attendre.
Quant à vostre mémoire des nauffrages je ne sçay si nous aurons rien qui vaille à vous envoyer, mais je vous asseure que vous aurez au moingts tout ce que l'usage du païs pourra fournir, bon ou mauvais. J'ay retrouvé mon M. S. que j'apportay d'Angleterre dont je vous par-
France, fille de Louis XII, mort le 3o décembre i586. Ils furent l'un cl l'autre archevêques d'Auch. Je suppose que c'est le dernier de ces prélats que Peiresc veut désigner.
' Henri-Louis Cliasteigner de la Rochepozay. Voir la lettre de Peiresc à Dupuy du la octobre i6q6, n° XXIII.
' On lit dans le Dictionnaire de Trévoux : rr Suiperséder. Terme du l'alais. Surseoir, qui est plus usité. Siipersedei-e. Borel écrit supercéder, miàs mal. »
' Nos dictionnaires ne mentionnent l'adjectif nhramontain que comme s'appiiquant aux maximes de la Cour de Rome touchant la puissance ecclésiastique, et, par exemple, employé comme Saint-Simon l'emploie dans cette phrase : «les ])rétentions les plus ul- Iramontaines. t
' L'évêque de Poitiers était le fils d'un des meilleurs amis du père de Messieui-s Dupuy.
* Voir ci-dessus la lettredu 1 7 mai iCay, n° LU, et particulièrement la note 1 de la page a 46.
io.
lois dernièrement. Or il n'y a rien que vous n'ayez desja, à mon advis, n'y ayant que cinq ou six pièces, qui sont l'ordonnance du roy Cliarles V de l'an iSyS (c'est la mesme qui est imprimée dans les Grandes Ordonnances^ sous la faulce datte de l'an ilxoo), les droicts et preeminances de l'Admirai, l'ordonnance du X® et l'instruction de la justice de l'Admiraulté, le tout imprimé dans lesdictes ordonnances. H y a bien à la suitte les jugements d'Olleron, dont je n'ay pas d'édition, mais je pense pourtant que cela ayt esté imprimé. Finalement il y a une charthe aux Normants du roy Louis Huttin, qui est la mesme (bien qu'en divers language) que celle qui est derrière les coustumes de Normandie.
.T'ay par mesme moyen retrouvé mes trois éditions du livre du Consulat tant de Barcelone de l'an lôaB in h°^, que de Provence l'an iByy in f" et de Venise de l'an 1584 in lx°, mais les deux dernières ne vallent rien au prix de la première, dont le language est cathalan, pour le moins celuy des règlements et ordonnances des roys d'Aragon, contes de Barcelonne, qui y sont adjoustez depuis l'an 1270 en ça tant devant que derrière. i]av le corps principal de cette compilation est escript en language fort conforme a nostre provençal, et on y a adjousté auparavant les règlements concernant l'élection et jurisdiction des consuls eslablis par le roy Jacques d'Aragon, conclus par cez mots [à cy acaba l'orde judiciari de la Gort dels consols], et derrière y a-t-on adjousté aussy divers autres règlements et ordonnances du roy Pierre d'Arragon et autres jusquesà Ferdinand en l'an 1/181, qui sont en language cathalan ou espagnol. Or le corps principal de ce livre est divisé en deux parties, l'une est intitulée Les bones costumes de la viar ou bien
' Les édits et ordonnances des rois de France , depuis Louis VI , dit le Gros , jusques à présent (Paris, 1611, 3 vol. in-foi.). C'est une nouvelle édition, donnée par Gabriel- Michel de la Roche-Maillet , du recueil publié en i58o par Fonlanon, avocat au parlement de Paris, avecle concours de Bergeron, de Pierre Pilhou et autres savants jurisconsultes.
^ Voir dans le registre VI de la collection Peiresc fi Carpentras des extraits du livre du Consulat de la mer, imprimé à Barcelone, en 1 5a 3, in-/)°, et réimprimé en lôga, infol. Ces extraits sont précédés de Mémoires et instructions pour les recherches qui se peuvent faire à Bai'celone des vieux livres manuscrits du Consulat de la Mer.
Les leys cl oi'dtnaciom de actes martlims mercanhvols, et l'autre Ordinadons en Jet de armada marilima ou bien Ordinacions de tôt vcxcl que armara yer anar en cors et de tota armada qu'es faça per mur. H y a divers règlements tant de la charge d'admiral primitive, qui estoit bien diGferente de ce qu'on en a faict depuis, et des armées navales que des simples maistres de navires et autres officiers ou ministres et quelque chose touchant le naufrage, bien que de peu de considération. A la fin de cez règlements il y a des certificats des approbations qui en ont esté faictes en divers lieux de la chrestienté en divers temps, qui ont, à mon advis, grand besoing d'estre exactement examinez pour avoir moyen de pénétrer plus avant dans l'origine et antiquité de cette compilation. A quoy je vous promets de travailler les premiers deux jours de loisir que je pourray avoir.
J'ay par mesme recherche heureusement rencontré une coppie que j'avois autres foys fait transcrire des statuts particuliers de Marseille, faicts depuis 600 ans, ou tout le quattriesme livre est de la marine \ mais le naufrage n'y est poinct touché. Dans leurs chappitres de paix, il y a quelque article touchant l'admiraulté et les consuls de mer et promesse du roy Charles I de Cicile de maintenir les Marcellois et procurer qu'ils fussent maintenus dans les droicts et prérogatives dont ils jouyssoient en Levant de l'an 1267. Lorsque le roy François I envoya en cette province le président Feu pour la reformation de la justice en l'an i53o, la juridiction de l'admiraulté fut réglée ad instar de celle du seneschal et subalterne au Parlement, et fit on imprimer conjoinctement avec les ordonnances de ladicte année i535 (concernants cette province et qui sont au long dans les grandes ordonnances) celles du mesme roy François I de l'an 1617 concernant l'admiraulté pour en suyvre la disposition, et de faict depuis lors les jugements se sont rendus conformes à ladicte ordonnance de 1 5 1 7 et aultres de l' Admirante de ponant pour les naufrages et autres questions nautiques, et puis par la disposition du droict.
' Od doit retrouver tout cela dans le Recueil des Statuts et coutumes de Marseille, publie par François d'Aix, avocat (Marseille, i656, in-4°).
Je tascheray de prendre un peu de temps pour vous en faire un peu de relation et vous envoyeray les livres mesmes trez volontiers; cependant je vous supplie de me conserver l'iionneur de voz bonnes grâces, comme à celuy qui est et sera à jamais, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 2 aoust 1627 '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
Monsieur, Le pacquet que je vous avois appresté la semaine passée arriva par malheur une demy heure trop tard pour marcher par la poste avec celuy de nostre compagnie, dont j'eus bien du regret, et maintenant s'estant présenté la commodité du S'' Napolon, qui est fort de mes amys et homme fort discret '^ je me resoulds de le desfaire, s'il le trouve trop gros, pour en oster le Propmim Sanctoimm de M"' Rigault^ et des livres
' Vol. 716, fol. 1 55. — Voir à VAppetidice (juatre lettres de Du Puy, deux du 3 août, une du 6 et une du 10 août 1627.
' Sanson Napollon ou de NapoUon fut un des correspondants de Peiresc qui lui donne les titres que voici : chevalier de l'ordre du Roy, gentilhomme ordinaire de la chambre de Sa Majesté. C'était un Coi-so, natif de Centuri, qui vint s'établir à Marseille, et auquel furent confiées plusieurs missions diplomatiques à Gonslantinople , en Asie Mineure et en Barbarie et qui mourut gouverneur du bastion de France. Voir sur ce personnage une note du fascicule VI des Correspondants de Peiresc, Balthatar de
Vias, où je cite, au sujet de l'achat par Napollon, alors h Smyrne, des fameux marbres de Paros destinés à la collection du grand archéologue provençal , le livre IV de l'ouvrage de Gassendi, et, au sujet du séjour en Algérie de l'ancien consul d'Alep, l'étude de M. Henri Delmas de Grammont, président de la Société historique algérienne, étude intitulée : Relations entre la France et la Régence d'Alger au xvii' siècle. ' Deuxième partie. La mission de Sanson Napollon. i6s8-i633 (Alger, A. Jourdan, 1880, in-8'').
^ C'est-à-dire le Proprium Sanctorum qui devait être envoyé à Rigaull.
de M' Fabrot, qui pourront attendre une autre commodité, afin que vous ayez cependant noz lettres avec la présente, laquelle ne sera que pour vous accuser la réception de vostre despesche du 27°* et accompagner mon livret de Foscarini ', ensemble une coppie que j'en avois faict faire pour M"' Rubens, afin que M"' Deodati se puisse servir de ce qui luy plerrà le plus. Car s'il le veult faire imprimer M"" Rubens l'aymer.^ bien mieux imprimé que mal MS. Que s'il ayme mieux le faire transcrire de main plus correcte, vous pouvez garder cette coppie, si ce n'est que vous aymiez mieux l'envoyer à M"' Rubens, puis que je le luy avois destiné à luy. J'ay esté bien aise que le pauvre P. Elle, cordelier, vous soit allé voir en personne pour avoir ses h pistoles, car c'est signe qu'il n'estoit pas si malade comme on craignoit fcy.
Je vous remercie de cette peine et de tant d'autres que vous prenez pour l'amour de moy et de mes livres comme aussy du Metius^ et de la petite feuille de Milan. Pour l'arrest des Rillettes ne vous en mettez plus en peine, les parents du mort seront constraiuls de produire de ])ardeça au procez qu'ils y ont formé pour la succession.
J'oubliois de vous dire que si M"" Deodati fait imprimer le Foscarini il debvroit faire un recueil de toutz ces petits opuscules de cette matière sans oublier celuy de Campanella*. Monsieur de la Hoguette est trop
' Paul-Antoine- Foscarini, nd vers i58o, à Gabriel Naudë. L'opuscule désigné par
mort en 1616, appartint à l'ordre des Peiresc est celui-ci : j4/)ofo^ia pro Galileo,
Carmes, professa la théologie et la philoso- uhi disqutritur utrum ratio philosophandi quain
phie à Naples et à Jlessine, fut recteur de la Galileiis célébrât faveat Scripturts sacris , an
province de Galabre et publia en i6i5 (Na- adversetur (Francfort, 16a a, m-à°). Un des
pies, in-4°) une lettre qui eut beaucoup de plus récents et des plus curieux travaux sur
retentissement: Liitera sopra l'opinione de' GampaneWaesl celai-ci: Il codice délie kttei-e
Pklafforici e del Copernico, etc. dcl Campanella nella Biblioteca nationale e il
^ Nom de lecture douteuse en ce qui re- libro délie poésie dello squillo nella biblioteca
garde la dernière syllabe. 'de' PP. Gerolamini in Napoli descrilti ed il-
' Thomas Campanella, né h Stillo (Ga- lustrati da Luigi Amahile, etc. (Napoli,
labre) en septembre 1 5 68, mourut à Paris en 1881, grand in-8° de 1^7 pages). Le sa-
mai 1C39. Ce fut l'hôte et le correspondant vant auteur annonce que ce n'est Ih qu'une
de Peiresc. On trouvera souvent le nom du 1res petite partie d'un travail considérable
célèbre dominicain dans les lettres aux frères qu'il a l'intention de consacrer à Gampa-
Dupuy et à divers autres érudits , notamment nella.
obligeant à des personnes qui en sont si indignes comme nous. Je n'ay garde d'accepter de si honncstes offres que les siennes, ouy bien un roolle des pièces qu'il a non imprimées de ce grand personnage Verulanius^ A quelque chose malheur est bon qu'il se trouve malade de ses fiebvres quartes, car il eust esté en l'isle de Ré et y seroit peult estre demeuré comme les frères du S"' de Toiraz, dont la valleur estoit bien mal employée contre des cannons^. J'ay esté grandement aise du Platina et du Zieglerus, mais puisque M'' de Cordes en avoit envie ^, je l'estimerois mieux employé à iuy qu'à moy, et vouldrois bien qu'il le voulusl accepter de ma part; vous m'obligerez de le Iuy faire présenter, car j'ay bon loisir d'en attendre la rencontre d'un autre exemplaire^ ayant si peu de moyen d'estudier. Mons"" du Puy est bien vostre frère comme vous le sien, vous ne songez pas, je m'asseure, jamais qu'à obliger voz amys et serviteurs. Ce livre des Questions de Neapoli ne peult estre que curieux du siècle que l'on le faict.
Quant à l'officio Mozarabe *, sur le mémoire que mon frère ra'avoit envoyé, j'en fis escrire en Espagne et cez jours passez on me l'apporta tout pareil à celuy que vous dictes derrière la vie du Card[in]al Ximenez^, à quoy je ne m'atteudois pas. Mais le jour mesme que je l'a vois
' François Bacon, baron de Vérulani.
Philippe de la Hoguette était-il donc un amateur de documents curieux, un collectionneur de précieux manuscrits?
■ Les biographes liientionnent seulement la mort, dans l'attaque du ai juillet, de Restinclères ou mieux Restinclières , frère puîné de Jean de Saint-Bonnet, maréchal de Toiras.
^ Sur Jean de Cordes, voir la lettre de Dupuy du 5 mars 1627, n° XLL Platine et Ziegler ont aussi été déjà mentionnés.
* Littré n'a cité sous le mot mozarabe que cette phrase du Dictiomiaire philosophique de Voltaire , phrase que je reproduis parce qu'il y est fait mention du cardinal de Ximenès, dont Peiresc lui-même va
parler : trLe cardinal Ximenès rétablit de son temps, dans la cathédrale de Tolède, l'ancien usage des messes mozarabes , pendant lesquelles on danse dans le chœiu- et dans la nef avec autant d'ordre que de dévotion. »
^ On possédait alors deux Vies, l'une en espagnol, l'autre en latin, de l'illustre archevêque de Tolède : Compendio de la Vida del Cardenal Don Francisco Ximenès de Cisneros , par Eugénie de Robles (Tolède, 1 6o4 , in-4°); De vita et rébus gestis Franc. Ximenii Cisnerii, archiepiscopi Toletani libri VIII, 1569, iu-fol. ; réimprimé en i58i et t6o3, également in-fol. C'est de l'ouvrage en langue espagnole, comme on le verra plus loin, qu'il est question ici.
receu, M' Marchier, venant prendre un mauvais disner "chez nous, le prinl pour le lisre et y trouva une imperfection de deux feuilles ou cahiers entiers, que j'ay depuis envoyé redemander et oullre ce j'ay envoyé mémoire d'une édition qui est cottée dedans d'un bréviaire et d'un messel '■ Mozarabe. Tant il y a qu'en ce petit fragment d'oliice qui y est, j'y ay trouvé des cérémonies bien notables, et si l'on ne nous faict avoir les deux feuilles d'imperfection, je ne refuseray pas le vostre double. Je vous en ay pourtant la mesme obligation.
Quant à mes livres ne vous amusez poinct jamais, je vous prie, à aulcune ambiguité que vous puissiez trouver en ce que je vous en puis escrire, car je vous escripts par foys si à la haste qu'il demeure prou de choses au bout de la plume et je m'en remets absolument à ce que vous en trouverez bon, non seulement au cas d'incertitude et d'ambiguité, maisaussy en toutaullre, quand vous trouveriez meilleur de faire au contraire de ce que je demande je ne le trouveray que trez bon de vostre part et trez obligeant, sçachant bien la bonne volonté que vous y contribuez et que vous pouvez sur les lieux y voir des choses à moy du tout incogneiies et lesquelles me feroient changer d'advis si j'y estois, comme il est advenu de ce livre de Drouard, de Gretzerus, de ce Metropolis ou j'avois prins équivoque et d'aultres, croyant que par mes subséquentes aprez avoir veu les roolles mieux exprimez vous aurez pleine resolution du tout, et quant à la remise des deniers je n'ay esvité Lumaga que pour vous esviter cette peine , croyant que quand vous auriez arresté un compte avec un libraire il ne seroit pas marry d'aller prendre son argent sur un vostre billet sans que vous ayez la peine de le compter, dont je me rachepte tant que je puis moy mesmes. Au reste j'ay oublié de vous demander les Clironiques d'Antoninus Florentinus^
' On Iroiive la forme messe/ au XVI' siècle mort dans la même ville en i45ç), en fut
dans Marol, au xiii° dans le roman du /?e- archevêque à partir de l'année i4^i5. L'ou-
nard. Peiresc, a suivi dans l'emploi de le \ rage indiqué par Peiresc est intitulé :Summa
pour l'i, Tusage provençal, car en Provence histonalis, sive Clironica tribus partibtis dk-
on disait bien plus souvent messal que tincta, ab orbe condito (td amtmn t 'tôg [\e-
intssal. nise, 1 48o ; Nuremberg, 1 484 , 3 vol. in-fol. ;
' Saint Antonio, né à Florence en 1887, Paris. i5i9, etc.).