ADVOCAT À LA COUR, DERRIERE SAINT ANDRÉ DES ARTZ, RUE DES POITEVINS
Monsieur, Les habitudes que M"" l'escuyer Gaillard a avec M"' Priandy (qu'il sçait estre de voz a'mys comme moy de voz serviteurs) luy a faict désirer une mienne lettre avec laquelle il faisoit estât de s'aller présenter à vous et je pensois proffîter de cette bonne commodité pour y joindre le livre de Georgius Fabricius que je vous avois promis par mes dernières, mais je l'ay rettenu en attendant commodité plus opportune, ayant sceu qu'il craignoit de trouver en son chemin quelque ordre de Mg' le Duc de Guise' pour suyvre le chemin droict de la Bretagne, sans approcher de Paris de plus près que d'Orléans, à celle fin qu'il ne fust en peine de trouver à Orléans des comnioditez asseurées pour le vous faire tenir de là, et me suis contenté de bazarder seulement cette lettre , de laquelle je ne seray pas en peine si elle se perdoit en passant par diverses mains, comme je serois du livre s'il s'esgaroit. Vous cognoistrez un jeune gentilhomme fort curieux et fort amateur des gentz de vertu , avec lesquelles qualitez il ne peut manquer d'acquérir de trez bonnes parties pour se rendre un jour bien recommandable et faire honneur au païs d'où il est sorty'^ J'estois si obligé à feu M' le Receveur gênerai des Décimes son père' et le suis encore si fort à
' Charles de Lorraine, gouverneur de ' Jean de Gaillard avait été pourvu, en
Provence, d»'jà mentionné plusieurs fois. iSSy, d'un oflSce de contrôleur général des
' Gilles de Gaillard, seigneur de la Mot- guerres en Provence. Il épousa (28 janvier
lelassan, devint chevalier de l'ordre de i588) Louised'Arbaud, (illed'Honoré d'Ar-
Saint-Michel et se maria, le 7 mai 1689, baud, seigneur de Bargeraont. Il fit son tes-
avec Catherine de Colla, fille du seigneur de tament en i6a4. la Magdeleine , président du sénat d'Orange.
tariIM£ltII KATI05*LB.
M'' le Conseiller Gaillard son frère' et à luy mesmes que je vouldrois bien avoir moyen de le servir en quelque digne occasion, et vous seray infiniment redevable des faveurs qu'il pourra recevoir chez vous. Surquoy, aprez vous avoir accusé la réception des trois petits volumes de la Grèce de Ubbo Emmius fort bien conditionnez, je finiray, demeurant. Monsieur,
vostre trez humble et Irez obligé serviteur, DE Peibesc.
D'Aix, ce 9 3 aoust au soir 1627'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Depuis mes dernières qui partirent d'icy le ik au soir par un courrier de M"' le Beauclerc, qui vous porlà quelques livrets de la foire de Francfort venus par grande merveille à la foire de Beaucaire et de là en cette ville, nous avons receu voz deux despesches du 6 et 10""= et par conséquent les trois volumes d'Cbbo Emmius, la Resp[ublica] Romana et la Polonica d'Elzevir^, le Metius'' et le Gérard* avec tout le
' Joseph de Gaillard avait e'té reçu conseiller à la Cour des comptes en 1692; il devint conseiller au parlement eu 1 63 1 . Voir sur la famille de Gaillard-Lonjumeau , outre le Nobiliaire de Provence (t. I, lySy), les divers ouvrages énumérés à la fin de l'article qui lui est consacré dans le Moréri de 1 759 ( t. V, seconde partie , p. ilt-i& ).
' Vol. 716, fol. i64.
" Tous ces livres ont été mentionués dans les lettres précédentes.
* Adrien Metius fut un habile géomètre hollandais : il naquit à Alcmaer en décembre
1671 et mourut h Franeker en septembre 1 635. L'ouvrage envoyé h Peiresc devait être celui-ci : Adriani Metii Alcmariani Arithmelicœ libri duo et Geometriœ lîb. IV (Leyde, EIzevier, 1696, in-lt"). C'était une seconde édition, augmentée, d'un ouvrage qui avait d'abord paru en 1611 (Franeker, fllzevier, ia-i°).
° loliannis Gerhardi Medilaliones sacrœ, Editio postrema , prioribus emendatior ( Leyde, EIzevier, 1697, in- 94). Voir ce que dit M. Alph. Willems (p. 78, n° 975) de ce petit livre de piété et de son succès qui s'est
reste qui y estoit joinct, le tout trez bien conditionné, dont noz obligations sont tousjoui'sde tant plus grandes en vostre endroit, vostre courtoisie et le soing que vous daignez prendre de tout ce qui nous touche surpassant toute sorte d'exemple et d'imagination. Sur tout je n'ay peu m'enipesclier de rougir à bon essiant quand j'ay veu tant de punctualité et toutz cez rooUes de libvres escripts de vostre main, sur lesquels vous avez iaict endosser les quittances des libraires avec aultant de lormalitez que si c'eussent esté des deniers royaulx ou pupdlaires, dont les comptes deubssent ostre bien soleiuiellement rendus. En quoy j'ay certainement à me loiier beaucoup de vostre peine et de vostre immense bonté; mais si je pensois estre cause que vous en prinsiez aultant aux autres occurrances, je vous jure ingénument que je n'oserois plus vous en prier et aymerois mieux m'abstenir de l'acquisition de touts cez beaux assortiments de livres que de vous donner de telles importunitez. Quand vous n'eussiez mis qu'en un seul article ce que vous aviez accordé à l'un desdicts libraires et à un autre ce que vous aviez accordé à l'aultre, cela estoit plus que sufiisant. Et puis que vous m'aviez desja envoyé leurs factures taxées, c'estoit toute la plus grande exactezze qui s'y pouvoit souhaitter sans réitérer cette peine, et puis de vostre main nonobstant que le temps vous soit si cher. Choyez vous pour l'honneur de Dieu un peu plus que vous ne faictes, si vous voulez que vos amys et serviteurs puissent demeurer dans leur liberté, autrement vous la leur osterez. Depuis nostre susdicte dernière despesche partie, il est arrivé d'autres marchandises de la foire, tant de livres de taille doulce que simples libraires, qui ont touché encor un peu de nostre argent, entr' autres un certain recogneu par le soubriquet de Barbe d'Apostre qui m'a vendu une sphère toute montée sellon les suppositions de Copernicus, dont on ne s'estoit pas desjuné' en ce païs icy, et un autre chetif libraire se trouva saisy fort opportunément d'un autre exemplaire
prolongé jusqu'à nos jours, comme le prou- commode. Le pittoresque emploi du mot dévent deux réimpressions allemandes de 1 863 jeûner dans ce sens était-il déjà connu? Je et de i864. n'en trouve pas d'autre exemple.
' C'est-à-dire dont on ne s'était pas ac-
tant du M. Ant. MarceUus que du Veridicus Bel[jicus pour me remplacer ceulx que je vous avois envoyez, et de plus nous fournit une nouvelle quadrature du cercle ^ dont l'autlieura voulu supprimer son nom pour estre aux escouttes^ en attendant s'il ne s'y trouvera rien à redire, mais c'est Fr. Froben qui a faict l'édition in U°^. Je l'ay baillé à examiner à M' le Prieur de la Valette, qui est l'un des meilleurs mathématiciens et des plus sévères censeurs possible de ce royaulme". Si j'en eusse pu avoir d'autres exemplaires, je vous eusse prié d'en mètre un entre les mains de M' Alleaume*, mais il m'a promis de m'en envoyer de Lyon. S'il tient promesse ou si Vincent de Lyon, qui a envoyé icy deux balles de livres pour les suyvre de prez se trouve en avoir apporté, je m'acquitteray de ce debvoir là comme il fault. Nostre ville n'avoit jamais esté si lionnorée ni ennoblie de commerce de livres qu'à cette rencontre et dict on qu'il se trouve à Beaucaire plus de 16 ou 1 5 bons libraires, de ce qu'il n'y en souloit pas avoir deux ou trois, et par ce qu'ils n'y vendirent rien, ils se dispersèrent touts par les bonnes villes de cez quartiers de
' Cyclomelria {Uamhoarg , 1627, in-4°).
^ Saint-Simon, qui se sert si volontiers des savoureuses formes du vieux langage, nous a montré (rltarlay aux écoutes tremblant à chaque ordinaire de Bretagne".
^ Ce Froben, libraire à Hambourg, était né en i566 et il mourut en i645. C'était un descendant du célèbre imprimeur du xv" siècle.
' Nous avons déjà rencontré le nom de Joseph Gaultier, prieur de la Valette, dans la lettre du 16 mai iGsay, n" Ll.
" Jacques AUeaume, mathématicien, qui mourut l'année suivante et dont Peiresc déplora vivement le décès, au rapport de Gassendi (livre IV, p. 3qi). Talleraant des Réaux {Historiettes, t. IV, p. aoi) lui attribue un joli mot : Un jour, dit le chroniqueur, parlant du baron de Chaban, tril s'avisa de faire des propositions au conseil .
car il se mesloit de bien des choses, pour je ne sçay quelles fortifications qu'on pouvoit faire à bien meilleur marché qu'on ne les faisoit. Aleaume , bon mathématicien qui y estoit employé, dit : Messieurs, nous ne sommes pas au temps d'Amphion, où les murailles se bastissoient au son du violon. Tout le monde se mit à rire et Chaban fut contraint de se retirer, v Ce qui rendait le mot d' Aleaume particulièrement piquant, c'est qu'on accusait le baron de Chaban d'avoii* été d'abord tf violon ou joueur de luth». P. Paris (p. a 17) donne cette note sur AUeaume : <t auteur de Tables de longitudes, est cité comme grand mathématicien françois, dans le Traité de la navigation et des voyages de descouvertes et de conqiiesles modernes (Paris, Heuqueviile, iCag, in-8°).
Bergeron est i'auteiu- de cette compilation.»
[1627] AUX FRKUES DUPUY. 341
deçà, les uns du costé du Languedoc et les autres de celuy de Provence. Je vouidrois bien qu'ils continuassent de tenir annuellement cette routle , mais j'ay peur qu'ils n'ont guieres faict d'argent pour s'aHriander à semblables voyages. Avant que me tirer du discours de cez libraires, il Tault que je me plaigne encor à vous de la torture que vous vous estes donnée de cotter par le menu jusques à ce que vous avez baillé aux collcporteurs, qui est cbose bien indigne de telle peine et à laquelle je ne me sçaurois jamais assujettir, c'est pourquoy je ressents par moy mesmes combien cela vous a cousté de temps et d'importunité, oultre que vous en oublierez, je m'asseure, la moitié, estant quasi impossible de s'assubjestir à escrire sur le champ touts cez petits articles. Je vouidrois vous supplier pour l'advenir, si vous voulez me laisser en ma liberté, qu'il vous pleut pour les gros libraires les laisser l'aire leurs roolles et y mettre au bas la somme à quoy vous les aurez modérez, sans autre formalité de récépissé, et pour les autres livres que vous prendrez en destail çà et là, ensemble pour les colleporteurs, il fault > tenir un peu de mon argent dans un sachet à part et en prendre dedans à mesure que les marchands vous apporteront leurs livres, et quand il n'y aura plus d'argent dans le sac vous en envoyerez prendre sur voz billets pour esviter toute cette cérémonie et esviter la perte inutile de tant de temps et une peine et sollicitude si mal employée. Je pensois vous soulager en voulant laisser la peine aux marchands libraires d'aller prendre eux mesmes leur argent chez le banquier sur voz billets, et à ce que je puis voir cela vous a porté à toutes cez formalitez de leurs récépissés et endossements qui me font tant de honte et lesquels je vous prie de vouloir retrancher tout à faict à l'advenir. On nous avoit parlé icy d'une responce des médecins contre l'apologie de Mad' Bourcier', qui seroit tousjours bonne à garder; et si vous
' Louise Boupfjeois, sage-femme de Marie 1637, in-8°). La n'ponse dont parle Peide Mddicis, avait piiblid : Apoloffie de resc esl inlitukîe : Remontrance à M°" Rom- Louise Bourgeois, dite Bourcier, sage-femme cier, touchant son Apologie contre le Rapport de la. reine-mère du roi, et de feu Ma- que les médecins ont fait de ce qui a causé dame, contre le Rapport desmédecins (Paris, la mort déplorable de Madame (par Charles
recevez cette lettre auparavant le partement de mes livres, je vous supplie de voir si vous y pourriez adjouster le Copernicus in k° commenté par Nie. Mullerius d'Amsterdam chez Guill. Janzon 1617 ou autre plus récente édition dont je n'avois pas ouy parler que depuis peu, sans pourtant vous en mettre autrement en peine que de le piendre si vous le rencontrez en chejnin faisant, comme aussy un certain livret in li° des magnificences faictes en Lorraine depuis peu et dédiées à la duchesse de Chevreuse par un Callot qui y a faict de bien belles figures ^ J'en ay veu icy un que j'eusse prins s'il n'eust esté imperfect-. M' Tavernier en trouvera possible plus tost que d'autres à cause des figures. L'édition est de l'an 1627. M"^ Godefroy m'a faict mon traicté pour quelques livres que j'avois choisis sur l'inventaire des hoirs de Rouviere de M'' Deodati, il s'en est trouvé 5 ou 6 pièces des plus curieuses desjà vendues, mais il y a pourtant des livres que j'avois autres foys bien recherchez en vain et qui m'assortiront fort à mon gré. Je luy escriray de chercher les deux petits volumes de Mercur[ius] Gallobelgicus de l'année 1626, estimant qu'il sera chez lesdicts Rouviere, puisque leur inventaire est de la mesme année 1626, ou chez les autres libraires, afin d'assortir ceux que vous m'avez acheptez de Drouard et de Cramoisy. Ayant escript jusques icy j'ay voulu recevoir l'inventaire desdils Rouviere et y ay trouvé le susdict Copernicus in h° que j'estime ne pouvoir eslre que celuy de Mullerus,
GuiHemeau). Paris, 1697, in-8°. On a une Esquisse historique sur Louise Bourgeois, par feu le docteur Achille Chereau (i859, in-8°).
' L'admirable graveur JacquesCallotavait alors trente-cinq ans. On -sait qu'il naquit à Nancy en 1 892 et qu'il mourut en cette ville le 2 3 mars i635. Voir sur lui l'ouvrage classique de M. Edouard Meaume {Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot, 1860, 2 vol. in-8°), très bien résumé, quant à la description de l'œuvre de l'illustre artiste, dans le Manuel du libraire (t. I,
col. 1 483-1 495). I^e livret mentionné par Peiresc est intitulé : Combat à la barrière, fait en cour de Lorraine le li février, en l'année présente i6ay, représente par les discours et poésie du sieur Henry Humbert. Enrichi des figures du sieur Jacques Callot . . . (Nancy, S. Philippe, 1627, in-4°).
' Peiresc se sert ici d'une forme du xvi" siècle , venue directement du latin imperfectum. De Yimperfect du grammairien Meigret (i55o), cité par Littré, il faudra désormais rapprocher Yimpetfect de Peiresc (1627).
[1627 1 AUX FIIÈRES DUPUY. 343
car ies deux précédantes éditions estoient in f", de sorte que pour vous descharger de cette reclierche j'escriray audict S"^ Godefroy de [)reiidre celuy là avec les autres qu'il me doibt envoyer. L'ouvrage de cet Ubbo Emraius pour la Grèce ne m'a pas reuscy selon l'expectative ' du tiltre, aussy le promoteur de l'édition en a voulu prévenir le jugement en adjoustant la mention du vieil âge de l'autheur. Je l'estime pourtant tousjours bien bonne et digne d'une librairie et encores meilleure pour genls qui conimancent. Vous me ferez faveur de m'envoyer par la poste l'autre exenq)Iaire de l'Aristarclms Sacer pour r'eniplacer celuy dont je me suis desfait, et le Sulpicius à vostre commodité. Il faut clorre celte lettre sans y mettre autre chose raeshuy"^ que des livres, vous priant de m'achepter ce conseil de Molinée^ sur le Concile, s'il est possible, et de me l'envoyer par mesme voye. Mais surtout il ne lault pas obmettre de vous crier mercy de tant d'importunitez que vous recevez pour ce regard, les unes sur les autres, puisque vous vous plaisez tant à obliger vos serviteurs et entr' autres celuy qui sera éternellement.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce sa aoust au soir 1637 *.
' Sous le mot expectative, Littré n'a cité synonyme de désormais, tantôt: "Ce mot,
qu'une phrase des Mémoires de Saint-Simon quelque doux et agréable qu'il soit à l'oreille ,
et une d'un Rapport de (lambon à la Con- a pourtant été' banni de la langue. On ne le
vention nationale. dit plus, -n
' lies rédacteurs du Dictionnaire de Tré- ' C'est-à-dire de Du Moulin , Molineiis.
«««x'oiit ainsi fait l'oraison funèbre de ce ' Vol. 716, fol. 166.
^àà LETTRES DE PEIRESC
À PARIS
Monsieur, En responce de voz lettres du 6 et du 1 0™'= (car je respondis comme je peus à celle du 3'"'= par les nostres du 16°^) je vous doibs mes très liumbles remerciments de l'advis de l'arrivée de M" d'Aubray en bonne santé. Je souhaictérois bien volontiers comme vous que M' de Thou fust en mesme estât de son voyage, non pas tant pour l'appréhension des chaleurs de Rome, qu'il a ja acoustumées, comme pour la crainte du voyage qu'il médite en Levant, dont j'avois un extrême regret, comme je vous disois dernièrement. Si les arrests ou délibérations du parlement contre cez commissaires des saisies et pour cez ho procureurs ou autres contre cez nouveaux edicts se peuvent avoir, ils seront trez bons à garder, comme seroient aussy les lettres patentes de Commençaulx en faveur des Pères de l'Oratoire ou au moings faudroit il sçavoir en quels termes ils fondoient leur qualité pour pouvoir prétendre les privilèges de Commençaulx. L'acte du serment de M' de Grequi comme duc et pair ' seroit bien de ma curiosité , non pas tant pour la nature de la matière que pour la persone de ce seigneur. 11 fauldrà voir aussy quelque jour la restriction des lettres des grands jours. La relation de Sainctes est conceûe en termes bien propres pour faire croire qu'elle soit véritable. Celle de Poitiers a quelque chose de moins vraysemblable, mais si l'ambassade de Bukingam est vraye, je la trouve bien notable et crois qu'elle mérite d'estre vérifiée en quelque façon si faire se peult. Celle d'Angleterre est du tout incroyable en beaucoup de chefs, mais encores est elle bonne à avoir pour voir de quoy ils se repaissent et jusques ou va leur vanité. On avoit dict icy (mais sans fondement ne preuve recevable) qu'un gentilhomme d'Angleterre en-
' C'est en 1696 que Charles de Crèquy fut nommé duc de Lesdiguières et pair de France.
voyé de la part de ce Roy pour des compliments sur le decez de feu Madame avoit dict à la Royne mère sur les reproches des actes d'hostilité bien mal compatibles avec des compliments de parent et d'amy, que le Roy son maistre ne sçavoit rien de cette entreprise, que ce n'estoit que du fait de Rukingam auquel il n'avoit peu dissuader ce voyage. Il est bien malaisé que cela se soit ainsin passé K Si on peult voir le pouvoir de M' le Prince en Languedoc, Provence et Daulphiné, nous le verrons bien volontiers, et celuy mesmes de M"" de Guise pour l'armée navale, car les préfaces seront espèces de manifestes notables pour le temps, principalement sur le style qu'on met à cette heure cez pièces, dont j'ay bien admiré celuy des lettres du roy contre Soubise, en attendant l'imprimé de la déclaration sur ce subject^, et les-procedures contre la Milletierre^ seroient encores plus curieuses en leur temps, c'est ponrquoy il sera bon d'y songer de bonne heure pour ne les laisser eschapper si elles tombent entre les mains de gents de bonne disposition. Mais je crois que ce seroient bien des meilleures pièces du temps pour la rareté que les commissions et instructions de cez messieurs les prélats qui sont à Olleron, au Havre, en Poitou et en Bretagne*. Si la généralité de l'armée navale n'eust rompu la tenue des estats de cette province nous y en eussions eu un cinquiesme, comme vous sçavez, qui est l'abbé de Foix^. Je trouve bonne la rencontre de cez capitaines qui prétendent la visite diocésaine, en revanche de ce qu'on entreprend
' Au moment même où couraient tous ces faux bruits paraissait ia pièce que voici : Manifeste de Monseigneur le duc de Buckinffhan, général de l'année du Sérénissime roi de h Grande Bretagne, contenant une déclaration des intentions de Sa Majesté en ce présent armement (ai juillet). 1627, in-8°, sans indication de lieu.
' Déclaration du roi, contre le sieur de Soubize et autres adhérents au parti des Anglois (5 août). Publiée en Parlement, le 19 août 1627.
' A ces procédures se rapporte la lettre
suivante : Lettre du sieur de La Miltière (sic) au jeune Monbrun, trouvée parmi ses papiers le jour qu'il a été mis à la Bastille (92 juillet). 1627, in-8°, sans indication de lieu.
* Ces prélats ont été nonmiés dans une lettre précédente.
' Voir sur l'abbé de Foix , qui s'appelait de Lafon, la lettre XX.VII, du 29 novembre 1G96. Ce dit un correspondant de Peiresc. On conserve dans les minutes de la bibliotlièque d'Inguimbert (registre III, fol. 38o- .383), sept lettres à l'abbé de Foix, à Paris, du 10 décembre 1610 au 8 août i6a6.
Ui
IMniMEKIE KITIOIALC.
sur leurs charges. J'ay prins plaisir à l'imprimé des Nouvelles de Grol, et il me tarde bien que M' Rubens soit de retour de Hollande, m'imaginant qu'il aura bien encores dcsrobé du temps pour y ressaisier sa curiosité entre cez grands hommes de lettres, ne doubtant pas qu'il ne soit fort cappable de manier de grandes affaires, mais ayant peine de me persuader qu'on y preste fort l'oreille à présent de ce costé là.
Le P. Suffren est homme fort cappable de faire ce qu'on luy impute ^ sans pénétrer plus avant dans la consequance. Cez edicts sont tousjours venus bien à propos pour deffendre les autres meilleurs livres contre lesquels vous les mettiez dessus et dessoubs. On m'a retenu celuy des conteroUeurs des greffes, etc. Je vous prie de m'en remplacer un, mais le papier madré ^ dont estoit couvert ce cahier de la tragédie d'Amurates^ avoit un peu maculé le feuillet du premier tiltre de la Grecia d'Emmius, bien qu'il y eust un petit papier blanc entre deux, parceque ledict petit papier estoit un peu estroit pour couvrir toute la face du tiltre et avoit coullé un petit, mais avec de la mie de pain chaulde cela s'est quasi tout effacé. D'abbord que je vis cette planche et le tdtre de ce cahier, je pensois trouver quelque chose de plus applicable au respect que doivent les frères des roys, et de faict cez Turcs les rangent à de merveilleux termes. Gela bien imprimé à mon gré. J'avois oublié de vous en accuser la réception et de vous en remercier comme je faicts très humblement ensemble de cez appanages et .serments de Monsieur, qui sont de trez bonnes pièces. Tout ce qui me tient le plus en peine à présent est la continuation de la fiebvre du roy en cette mauvaise saison et durant l'insolance de cez Anglois. Dieu aura pitié de nous s'il luy plaict et ne nous abandonnera pas au besoing. J'ay
' Intervention auprès de son royal péni- ^ Je ne trouve rien sur cette tragédie
tent au sujet de l'impôt sur le sel. Voir à (["Amurat, pas même dans la Notice sur le
Y Appendice la lettre de Jacques Dupuy, du Bajazet de Racine (Œuvres complètes, édi-
1 0 août 1 6fS7, n° XXXII. tion des Grands écrivains de la France, t. II .
' C'est-à-dire tacbetë de diverses couleurs. p. hh'^-h'jk), notice oîi M.Paul Mesnard
Littré nous donne sous ce mot deux char- étudie toutes les pièces antérieures tirées de
mantes citations, une de Bernard Palissy et l'histoire de l'empire ottoman, une autre de Rémi Belleau.
[1627] AUX FRÈRKS DUPUY. 347
receu de Home une coppie de l'ode du Pape sur S' Jean «Baptiste, que je vous envoyé pour voir si elle seroit plus correcte que celle de M"' d'Aubray. Je pense qu'elle auroit besoing d'un bon commentaire principalement pour faire entendre ce que l'autheur a voulu faire et puis pour rendre raison de sa façon de faire. Les pièces que M' Rigault m'a envoyées sont trez belles, surtout celle de Tertullien, laquelle j'envoyeray delà les monts parle premier ordinaire, qui passera vendredy prochain. Dieu aydant. Je vouldrois bien qu'il eust loisir de mettre au net les autres observations qu'il a faictes sur le mesme autheur comme celle là, car cela meriteroit de voir le jour bien tost. Il me mande qu'il a trouvé tant de diversité et de corruption dans l'édition du Gandidus qu'il s'est désisté de le conférer et se resoult non seulement de le transcrire tout entier, mais de le faire imprimer, ce que je loue fort, et en ce cas serois d'advis qu'il le dediast à M' le Gard'' Barberin et qu'il prinst l'occasion sur l'inscription de cette niepce de Victorinus. Gela se pourroit faire avec la gentilesse que M"" Rigault a de coustume d'apporter en ses éditions, et en beau caractère, afin que si le pape le vouloit lire, il n' eust pas de besoing de prendre des lunettes. Aussy bien le volume est de si petite contenance qu'il seroit bon de le grossir par la forme du caractère.
Sur quoy je fmiray la présente, demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce a3 aoust 1637.
Je vous recommande le pacquet de Mess" Ollivier \ en faveur desquels je vous avois escript autres foys. Je vous supplie de leur donner chez vous le favorable accez qu'y trouvent les gentz d'honeur et de vertu leurs pareils. Ils s'estoient rendus si assidus à leur estude qu'ils
' Les fils du grand ami de Peiresc , le conseiller Ollivier, dont il a été déjà plusieurs fois question ici.
lib.
3Zi8 LETTRES DE PEIRESC [1627]
avoient voul» reculer pour mieux saulter^ et sont si modestes qu'ils avoient crainte de se rendre importuns. Maintenant il y aura un peu plus de courage, et je m'asseure que vous les aymerez pour l'amour de leur père et de moy'^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCATEN LACOUR, DERRIERE s' AISDRE DES ARTZ, RCE DES POITEVINS, À PARIS.
Monsieur, Je vous escrivis hier une simple lettre par M' Gaillard de cette ville, celuy qui est à M"" de Guise, qui voulut en toute façon vous porter une de mes lettres. Il est fort familier chez M'' Priandi, ce dit-il, et a sceu par ce moyen l'Iionneur que vous me faictes de m'aymer, je ne luy ay peu refuser ce compliment, et pensois le charger du livre de Georg. Fabricius, de M' de Thou, mais je changeay d'advis quand il me dict qu'il craignoit de trouver ordre de M' de Guise en chemin pour prendre la routte de la Bretaigne, où je n'avois pas envie que le livre allast courir fortune de se perdre, puisqu'il a fallu attendre si longtemps depuis que son pareil s'estoit perdu, et possible que la boitte ne sera pas trop grosse pour l'envoyer par la voye ordinaire de la poste. Le mal est que mon libraire n'y a pas sceu faire tout ce qu'il se promettoit, car le dos ne me semble pas trop bien proportionné, et il n'a pas laissé la place pour y faire poulcer la placque des armoiries de M"' de Thou, s'excusant sur ce qu'il dict avoir entendu que ce ne fust que comme un chiffre qui se peult mettre dans le vuide de l'ovale qu'il y a laissée^.
' Littré n'a cite sous cette expression pro- se dit quelquefois au féminin , et il cite à ce
verbiale qu'une phi-nse du Roman comique sujet une phrase de YHistoire de l'astronomte
de Scarron ( 1 6 5 1 ) . ancienne et moderne ,parBailly(i775-i784,
' Vol. 716, fol. 168. h vol. in-^").
* Littré nous rappelle que le mot ovale
Vous vous contenterez de sa bonne volonté et de la mienne, n'ayant pas jugé que cette obmission meritast de le faire couvrir de nouveau. Cela m'a faict ressouvenir que vous m'aviez autres foys preste un livre in U° couvert de simple parchemin aux feuillets violets, ce me semble, où il y avoit divers kalendriers. Lequel je vous rendis lors de mon despart de Paris, sans avoir bien veu ce qu'il y eust peu avoir de ma curiosité et sans en avoir retenu le tiltre. Je vous supplie donc de m'en faire envoyer le tiltre de l'édition, et si par hazard il s'en rencontroit quelque exemplaire à vendre de pardelà, en faire prendre un peu de mémoire à M'' vostre frère pour me l'achepter, s'il en trouve. J'en ay un de mesme forme que je ne pense pas pourtant estre le mesme, que je chercheray pour luy en envoyer le tiltre à tout hazard au cas qu'il se trouvast pareil pour ne s'en mettre pas davantage en peine. Mens"" Godefroy, m'envoyant la taxe des livres que j'avois choisis sur le cathalogue imprimé des hoirs de Bouvière, me mande qu'il a receu de Venize et a envoyé coppie à M"" de Saulmaise du livre d'Alemannus de Lateranensibus parietinis , et que ses amys le forcent à une modeste réfutation et qui pourroit sortir de la plume d'ung aultre de diverse croyance, qu'il a faict desjà quelques amas de matériaux au préalable et qu'il n'en aye mon advis. S'il le faict, je tascheray de le traicter comme je vouldrois qu'on me traictast moy mesmes pour ne rien laisser en cet ouvrage qui puisse cmpescher que toute sorte de gents ne le puissent voir librement pour tant plus généralement faire condamner la conception de cet Alemannus, qui s'estoit rendu flatteur jusques à tant d'excez d'impertinance '. Il avoit faict grande instance pour avoir de moy quelque chose sur le subject de son Mozarabïque, mais je m'en excusay disant que j'avois dessein de l'imprimer moy mesmes avec autres choses du siècle de Charles Magne, comm' il est vray que je l'avois ' et que je le feray un jour Dieu aydant si j'en puis trouver un peu de loisir '^ Je ne vouldrois pas que l'entreprinse de M"' Godefroy empeschast
' Alemanni soulenail que les empereurs nom du pape et comme ses représentants, n'avaient jamais exercé dans Rome aucune ' Ce projet, comme tant d'antres projets de
souveraineté, et qu'ils n'avaient agi qu'au Peiresc , n'a malheureusement pas été réalisé.
celle de M' Saulmaise, ne| celle cy celle de M' Godefroy, croyant que chascun d'eux y peult faire des merveilles selon la diversité de leur estude et qu'ils prendront ce subject d'un biaiz bien différant l'un de l'autre. Mais je vouldrois bien que M' de Saulmaise se voulust captiver ' dans les termes de modestie que l'on a stipulez de M' Godefroy. Lequel me prie fort de l'ayder à voir les epistres mss. de Frotarius^, dont je ne sçay rien que ce que M' du Chesne en a marqué dans sa Bibliothèque des historiens de France, au chap. v. de la première partie et de la première édition^; et parceque sur ce subject ledict S' du Chesne n'allègue persone et dict qu'il y a environ 60 epistres, je m'imagine qu'il les a veiies luy mesmes autres foys et qu'il en avoit oublié le nombre précis, et qu'il se souviendra du lieu où elles estoient. Vous luy en pouvez dire un mot, et s'il n'a luy mesmes le dessein de les faire imprimer et qu'il nous veuille révéler la part où elles sont', nous tascherions d'employer noz amys pour les arracher des mains de ceux qui les suppriment affin d'ayder quelque curieux à les donner au public. Au reste M' Maynard d'Angers'^ m'avoit autres foys dict qu'il avoit un Virgile de Servius de très bonne marque, où il y avoit beaucoup de choses de plus qu'aux éditions communes, oultre qu'il estoit plus correct, encores fauldroit-il voir s'il ne songe plus à le faire imprimer''.
' Henfermei-, emprisonner. Le mot, pris dans ce sens , a été négligé par nos lexicographes, Littré compris.
^ Les lettres de Frothaire, évêque de Toul , mort en mai 84 8 , ont été publiées dans le tome II du recueil : Historiée Francorum scriptores (1686-1649, ^ "^'o'- in-fol-)-
' Bibliothèqtte des auteurs qui ont écrit l'histoire de France (1618, m-k°). La seconde édition est de 1627, in-4°.
* L'endroit où elles sont. La locution dont se sert ici Peiresc n'a pas, ce me semble, été recueillie dans nos dictionnaires.
' Peiresc veut dire habitant d'Angers, car Claude Ménard naquit h Saumur le
1" septembre 1674. Il passa une grande partie de sa vie dans la ville d'Angers et il y fut inhumé, étant mort le ao janvier i652 au château d'Ardenne, chez son gendre, Jacques de Cherbaye, seigneur dudit lieu. Voir dans le Dictionnaire hist., géogr. et biogr. de Maine-et-Loire, par M. Cél. Port (t. Il, p. 65o-653)un curieux article sur Claude Ménai-d , où est signalé son amour des vieux livres et où est vantée, d'après le P. Jacob , sa précieuse collection de manuscrits , auxquels s'ajoutaient gravures et tableaux.
' Les biographes de Claude Ménard n'ont rien dit de son Servius.
Et sur ce je finiray, estant tousjours, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce a 4 aoust 1697.
Monsieur l'evesque de Marseille a mieux aymé supprimer ses ordonnances que d'achever la conferance qu'il avoit ofterte avec ses amys pour y modérer certaines choses incompatibles et qui blessoient l'authorité royale et sa justice souveraine et temporelle. Il dict que la consciance des juges temporels sera responsable des abbus qui sont dans son église pour les difficultez qu'ils ont faictes à luy laisser exécuter ses ordonnances, lesquelles il ne vouldroit pour rien du monde soubsmettre à leur examen ou authorisation , mais je luy ay mandé que sa consçiance de luy en seroitbieii plus chargée s'il avoit mieux aymé laisser le desordre que de retrancher quelques termes mal supportables pour d'autres, sans lesquels ses ordonnances pouvoient opérer les mesmes effects qu'il desiroil dans ses églises. 11 n'escoutte pas facilement la raison.
Un honneste homme de cette ville arrivé hier de Genève, où il estoit passé par hazard et où il a veu M' Godefroy, me dict que Mad" deRohen' y avoit esté assez longtemps avec sa fille ^ disant qu'elle s' estoit réfugiée là soubs la protection de cette republique pour se garentir de la violence avec laquelle le Roy vouloit marier sa fille h un de ses favoris. Elle en estoit neantmoings partie peu de jours avant le passage de cet honneste homme, et disoit on qu'elle s'estoit retirée eu Suisse , mais en passant par Grenoble, il y apprint de M"" le premier présidant'
' Voir sur M"" de Rohaa (Marguerite de de Peiresc. Voir dans les minutes de Car-
Béthune) la lettre n' XL, du a4 f(^vrier pentras (registre III, fol. 388-890) dix let-
1627. très à ce magistrat, écrites de Paris, du~
' Marguerite de Rohan, qui épousa, en a octobre 1616 nu i3 avril 1620. Claude
j6/i5, Henri de Chabot et mourut en i684. Frère a été l'objet d'une notice de M. Gus-
^ C'était Claude Frère, uonuné premier tave Vallier dans le Bultelin d'archéologie
président au parlement de Grenoble le el de statistique du département de la Drame
a5 juillet 1 6 1 6 ; il fut un des correspondants (livraison d'octobre 1881).
qu'on y avoit eu advis qu'elle avoit prins le chemin de Venise* avec sa dicte fille.
On avoit creu que le Duc de Savoye eust faict arrester tout le bestail de ce pais, qui va durant le gros de l'esté prendre les pasturages en ses montagnes^, mais cela ne s'est pas encores bien vérifié. On a pourtant arresté les facultez^ des Piemontois, attendant plus de certitude et la volonté plus expresse du Roy sur ce subject. Mess" de la Religion du Languedoc n'ont poinct encores prins les armes, bien ont ils faict quelques préparatifs.
Depuis avoir escript, on m'a envoyé d'Avignon des lettres de Rome qui avoient manqué le précédant ordinaire, tant du Gard"' Bentivoglio, qui faict mention de M'' de Thou et de ses relations, que du S' Suarez, qui m'envoye les parolles du filtre des Assises du royaulme de Hierusalem. Vous les verrez toutes deux cy joinctes et trouverez en celle cy la souvenance qu'avoit M' le Card[in]al Barberin de M' Holstenius et une apostille de sa main dans la lettre dudict S'' Suarez, qui est un grand indice de desbonnaireté et privaulté avec ses serviteurs. Vous y apprendrez que le MS. est plein d'enluminures, dont je feray portraire quelqu'une pour voir s'il s'en tireroit rien qui vaille, principalement s'il y a de représentation d'assemblée d'assises ou assistassent les barons du royaulme que j'estimerois bien, si les coppistes ne l'ont trop altérée deux cents ans aprez son institution, et me tarde bien de voir les généalogies qui sont derrière, espérant qu'il y aura quelque chose de bon et bien au goust de Mess"^ Godefroy, du Ghesne, Besly et autres curieux
' Taliemant des Réaux , en son historiette : cembre i63o) d'un enfant qui fut célèbre
Mesdames de Rohan (t. III, p. iio-^yi), sous le nom de Tancrède de Rohan. ne parie pas du séjour à Genève, mais il in- ' Voir sur l'habitude des Provençaux de
dique ainsi (p. 618) le séjour à Venise: mener, l'été, leurs troupeaux en Savoie, les
irM. , M"" et M"" de Rolian , et M. de Gandalle Lettres inédites de Guillaume du Voir (1 878 ,
[Henry de Nogaret-La- Valette, comte, puis p. 35).
duc de Cnndalle, mort en février 1689] es- ' Les facultés, c'est-à-dire les pouvoii-s,
toient h Venise , quand M"" de Rohan se sentit les privilèges accordés aux Piémontais en
grosse. Elle fit si bien qu'elle eut permission Provence, de venir à Paris. . .« Elle y accoucha (i5 dé-
de telle estude, sans obmellre M' Autiti', à qui je vouldrois bien avoir loisir d'escrire un mot, mais la despesche de Rome me presse trop îi présent.
J"ay depuis retrouvé mon volume iii i" des Kalendriers, que je n'avois manié il y a plus de 9.0 ans, où j'ay trouvé trois recueils différents reliez ensemble, l'un de Nie. Reusnerus, Francfort lôgo^, l'autre de Sibrandus Siccama d'Amsterdam, 1600', et le dernier Micliaelis Beutlieri, Spirae, 1600 aussy*. Entre les livres que M"" Godefroy m'a acliepté cliez Rouviere, il en met un quatlriesme Ranzovii^. Si le vostre est encores différant, il fauldrà voir d'en faire cbercher un pareil, et en tout cas m'en envoyer, s'il vous plaict, le liltre. Ce Sibrandus Sicamma prometloit un volume de xu livres sur cette matière. 11 seroit bon de s'enquérir s'il a jamais esté mis en lumière*. M'' Grotius le cognoissoit,je m'asseure.
H vient d'arriver nouvelles asseurées que M' de Savoye n'a pas arresté le bestail de Provence comme on avoit creu et que le dict
' Voir plus haut sui- Autin ou Aultin la leUre n" L.
' Nicolas Reusner, né en février i545 dans la Silésie, fut d'abord professeur au collège de Lavingcii; il devint ensuite directeur de cet établissement, puis professa pendant cinq aus h l'Académie de Strasbourg; il l'ut deux fois recteur de l'Académie d'Iéna et mourut dans cette dernière ville le 1 9 avril 1602. Niceron a donné, dans le tome XXVII de ses Mémoires, le catalogue de cinquantetrois ouvrages de ce compilateur.
' Voici ce que le Diclionnaire de Moréri nous a|)prend sur cet auteur, d'après la Bibliothèque Belgique de Valère André : trSiccama (Sibrand Têtard), Frizon, docteur en droit civil et en droit canon , secrétaire de la ville de Bolswert, vivait dans le xvi* siècle et dans le xvn°. i L'ouvrage dont parle Peiresc est celui-ci : Fastorum romanorum ka-
lendarhun, Amsterdam, 1600; réimprimé dans le tome VIII du Thésaurus anliquilalum rommiarum de Grœvius. Les travaux sur la chronologie de Sibrand Siccama ont été mentionnés par Daunou [Cours d'éludés historiques, t. IV, p. 346).
'' Beuther (Michel), né à Carlstadt en 1 5a 9, vint s'établir, en 1 565, à Strasbourg, où il donna des leçons d'histoire, et mourut en 1587. L'ouvrage dont veut parler Peiresc est celui-ci : Fastorum Antiquilatis Romaïug opus absolutum (Spire, B. Alpin, 1600). Ce volume fut publié par le fils de l'auleur, Jean- Michel Beuther, mort, comme son père, professeur à Strasbourg.
' Ranzovius semble avoir été oublié dans tous nos recueils biographiques et bibliographi([ues.
" Le volume promis par Siccama n'a jamais paru.
IHPItllIKItlB ii*TrosAt.i:,
bestail s'en revient paisiblement, ce qui a fort consol«i nostre monde".
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Que direz-vous de mon silence depuis le 26 du passé que je vous envoyay ma dernière despesche? Mon frère vous en a bien faict une du 1 3 de ce moys, niais ça esté si perfunctoirement'^ que cela ne me poiivoit pas descharger, à ce qu'il m'a advoiié à mon retour d'un petit voyage qu'il m'avoit faict entreprendre, où l'on ne me laissa guieres on repos, en ayant esté rappelle avant que j'eusse eu loisir de m'y recognoistre. Il est vray que ce fut pour un subject bien favorable, à sçavoir pour ayder à faire délibérer dans une assemblée des communaulez de ce pais, que l'on acheva hier en cette ville, un establissement perpétuel d'un ordinaire en poste toutes les semaines d'icy à Lyon, par le moyen duquel les lettres iront règlement^ dans six jours d'icy à Paris et en reviendront dans semblable temps. Ce qui fut résolu tout ainsin que nous l'avions désiré, nonobstant tout plein de traverses et de parties qui avoient esté dressées au contraire, et je crois qu'on ne tardera pas davantage d'en venir à l'exécution, qu'aultant qu'il sera nécessaire pour donner loisir à M' de Fetan d'envoyer icy un de ses commis, avec qui on puisse traicter et faire les contracts nécessaires. Il me tarde bien de voir cela bien réglé, afin qu'on puisse estre asseuré d'un jour toutes les semaines auquel les despesches puissent partir comme à Paris.
' Vol. 716, fol. 169. qui signifie b négligemment, iégèremenlr.
' L'adverbe per/unctoiremenl ne se trouve ' Nous disons aujourd'hui réguHhemeiil ,
ni dans le Dtctionnaire de Richelet, ni dans mais règlement reste inscrit dans la der-
le DictioHiiaire de Trévoux; il est em- nière édition du Dictionnaire de l'Académie
prunté à la langue latine : per/unctorie , française.
AUX FRERKS DUPUY.
Je suis en arrerafjes envers vous de toutes les lettres qu'il vous a pieu in'escrire depuis le i 7"° aoust, 20, ai et 3o"'^ du mesine moys, accompagnées de tant de livres et papiers curieux qu'il ne lault pas que nous espérions de vous rendre jamais de revanche qui vaille, ne qu'en une année toute entière nous puissions trouver de la matière digne de vous en entretenir, qui arrive à rien de comparable à ce dont il vous a pieu nous faire part dans ces dix ou douze derniers jours d'aoust seulement. Oultre cela nous avons receu les lihvres que M"^ Cardon avoit faict remettre en deux ballots, dont il n'y a rien eu de gasté. Dieu mercy, non obstant les grandes pluyes qui ont régné durant qu'ils ont esté en chemin de Lyon icy. Seulement il y eust un volume ou deux de mouillez, entr 'autres ce Gretzerus pour Bellarmin et pour Grégoire \ll, qui estoient encores assez moiltes à leur arrivée, de sorte que les ayant faicts replonger dans l'eau, il n'y demeura aulcune tasche ne maculature, tout estant arrivé par ce moyen en sauveté et bien conditionné. Ou j'ay bien trouvé de l'exercice durant quelques aprez disnées, seulement à voir les tiltres et arguments de tant de beaux et rares livres qui enrichiront bien ma petite estude et en accompliront bien quelques assortiments. Mon frère a desja veu une bonne partie de cez mémoires de la R[eine] Marguerite', que je trouve grandement curieuses^. Pour moy j'ay commancé aujourd'hui ce premier livre de la continuation de
' Mémoires de la royne Marg-uerite ( Paris , Charles Chappelain , rue de la Bùcherie, à l'image Sainele- Barbe, in-8°, i6a8). Quelques exemplaires , coiDme on le voit , furent mis en circulation dès le mois de septembre 1627. Les Mémoires furent publie^ par Augerde Mauldon, sieur de Granier, qui ne craint pas d'allirmer, dans sa Préface, qu'il faudrait être merveilleusement stupide pour ne pas se |)laire a la lecture de son auteur. Peiresc possédait une copie des Mémoires de Marguerite que l'on peut voir dans le Registre IX de la c jllection de la Bibliothè(]uc d'luguimbert(fol. i ii-337),àcôtéder/l/>o-
logie de Gui du Faur, seigneur de Pibrac , le chancelier et l'admirateur de la belle reine de Navarre (fol. 238-2 64).
' Littré n"a pas sigiiah? l'emploi au f^ minin du mot mémoire dans le sens de récit. Rapprochons de l'éloge donné par Peiresc aux Mémoires do la reine Marguerite cet autre ('loge que leur donne Pellisson racontant {Histoire de l'Académie française) qu'il les lut deux l'ois d'un bout ii l'autre en une seule nuit. Rappelons encore que Sainte-Beuve a fort heureusement signalé le charme de ces mémoires {Causerie* du lundi, t. Vi).
M' du Thou, que je trouve admirable et bien digne de son autbeur' et de la pièce qu'il veult continuer, j'ay veu ce qu'il avoit commancé d'escrire aux marges du Candidus et au commencement du Victorinus, et eusse esté bien glorieux s'il eust achevé celte collation ou qu'il l'eust faict faire par quelque autre en y adjoustant plustost des feuilles blanches entre deux, ce que les relieurs font assez proprement, car j'eusse eu de quoy en faire passer l'envie à M'' le Card[iii]al Barberin, mais il fauldrà attendre l'édition qui nous en est promise. *
Je faicls transcrire la passion de S*^ Agathe, que j'espère envoyer ])ar l'ordinaire prochain qui sera dans 1 5 jours avec une petite observation sur cet aenygme de l'empereur Julian, que je crois debvoir estre bien du goust de M"" le Cardinal, aussy bien l'un que l'autre. Ce dernier ordinaire passa hier et par iceluy je n'eus poiiict de lettre de luy, non plus que par le précédant, mais j'en eus une du S' Aleandro, qui sera cy joincte, où vous verrez comme il parle de M"" Holstenius. J'ay escript aujourd'huy en Avignon pour tascher d'avoir le ms. du Consulat, dont il faict mention et satisfaire mieux au désir de M"" Godefroy. Vous y verrez aussy ce qu'il me mande du Procope ms. plus ample. Il fauldrà tascher d'en avoir les suppléments, et plustost en faire faire une édition à Paris en forme de fragments ou d'observations, sur laquelle par aprez M' Heinsius puisse prendre son édition complette. J en escriray au Cardinal par le prochain et manderay à M' Aleandro d'adviser avec ledict S"" Holsteniiis s'ils trouveroient bon d'en faire eux mesmes l'édition à Rome, ou s'ils aymeront mieux la nous laisser faire à Paris ou à Lyon, et veux espérer que nous en viendrons à bout d'une façon ou d'autre.
J'ay trouvé grandement belle l'édition de cette histoire de Possevin^ que je vous doibs principalement, et par ce peu que j'en ay laslé, je crois que je prendray plaisir à la lisre un jour toute entière, Dieu aydant, car l'humeur de l'autheur me revient fort. Je vous en remercie de tout mon cœur, ensemble de la feuille du tiltre que vous y avez faict
' C'est-à-dire de Nicolas Rigault. — ' Voir la lettre X\IV, du 8 novembre 1646.
faire, mais je l'eusse mieux aymé dallée de l'an i G« 7, puisqu'il esl dez lors achevé d'imprimer, que de iGao.
Je vous rends encores mille remerciments Irez humbles de ce Joaiines de Neapoli comme aussy à M' Godefroy de ces cérémonies du mariafîfe et généalogie de Bar, et vouldrois bien qu'il m'obligeast d'un exemplaire de sa généalogie d'Autriche. L'assortiment du Mercurins Gallobelgicus me contente fort bien, mais je ne sçay pourquoy ceux qui ont reimprimé les premiers tomes n'ont suivy le mcsme despartement des tomes et des livres qui estoit en la première édition faicte en destail, à cause des allégations qui s'en peuvent faire, car les derniers livres font portion de certains tomes qui ne respondent pas au nombre des premiers, mais c'est peu de cliose pourveu qu'on ayt la suitte de l'histoire entière. Cette première partie Annal. Bojorum Bruneri', in 8", me fera bien attendre impatiement les suittes, car cez choses là sont fort de mon goust, et vouldrois bien que les volumes suyvants se peussent avoir en aussy beau papier que celuy là, car en Allemagne ils n'ont pas de coustume d'en employer de si beau. Je n'avois jamais veu qu'il me souvieime cette Italie de Hondius- et crains que M"^ Tavernier ne se soit equivocqué, vous disant de me l'avoir envoyé. Vous trouverez qu'il l'aura baillé à M' d'Agut et qu'il pense me l'avoir baillé à moy ou quelque chose de semblable, si ce n'est que depuis peu il me l'eust envoyé, car un sien parent me dict il y a assez longtemps qu'il m'avoit envoyé quelque fagot par la coche, mais je n'en ay poinct d'autres nouvelles, et s'il me l'a envoyé, il a eu un peu de tort de le faire sans vous rien dire, car il y a longtemps que je luy avois escript qu'il ne m'envoyast rien sans le vous faire voir, et ce depuis lors qu'il vous pleust de vostre grâce m'olfrir de m'achepter vous mesmes les livres dont je pourrois avoir à faire. Et quand bien celuy là me viendroit encores double, il ne vous en peut pas manquer de pardelà, je m'asseure, à celte prochaine foire et sans le bazarder au retour d'un si long chemin, je luy pourrois bien faire passer les monts,
' Il a élé (l('jà question de ces Annnles dans la lettre XXVI. — ' Voir h \ Appendice In lettre XXX, de Diipuy à Peiresc, du 3 août 1637.
puis que comme vous verrez par la lettre du S"^ Aleandro les livres d'Elzevir n'y sont pas passez comme je pensois d'autre main que de la mienne. Ce qui me fera liazarder d'y en envoyer quelques autres, mais au préalable j'altendray responce de M' le Cardinal sur l'Aristarclie, ne trouvant pas estrange qu'il ne puisse escrire si souvent et par touts les ordinaires qui viennent de moys en moys, estants dans les occupations oii ils sont dans cette cour là. Au contraire je trouve estrangc qu'ils puissent se souvenir de faire seulement escrire une foys l'an, combien qu'il m'avoit dict un jour en partant de celte ville qu'il vouloit faire redoubler lesdicts ordinaires à deux par moys, disant que le terme d'un moys entier de l'un à l'autre luy sembloit trop long. Je vous remercie trez bumblement de l'indice des sclioliasles d Aristote que je garderai fort soigneusement. Si j'osois, je vous su])plirois de m'en envoyer encor un de tout ce que M' Heinsius et M' Meursius ont faict imprimer, me doubtant qu'il ne men soit eschappé quelque bonne pièce.
Pour le mémoire de la chronologie de L'bbo Emmius, il est si exacte, que j'admire vostre diligence. J'ay trouvé dans le volume que mon frère m'en avoit apporté tout ce que vous cottez au vostre et de plus quelques cahiers d'indices que vous aviez obmis, lesquels j'y av adjoustez et le vous renvoyé afin que vous moyenniez de les recouvrer, si ne les lavez effectuellement \ car vous pourriez bien avoir négligé de marquer cela en vostre mémoire. Un Flamend m'avoit dict qu'il y avoit esté adjousté tant d'appendices qu'il ne croyoit pas que j'eusse tout, qui fut la cause que je vous donnay cette courvée. M"" de Cordes a bien prins son temps pour mettre au jour cette Congiurà de Naples, que je trouve Irez belle et dont je luy ay bien de l'obligation '\ Vous m'avez faict plaisir de n'avoir pas négligé ce Palemon de Scriverius, quand ce n'eust esté
' Ni Richelet , ni Trévoux no donnent * Histoire des troubles arrivés au royaume
effectuellement. Notons qu effectivement se de Naphs, sous Ferdinand I", depuis l'ami 80
trouve non seulement dans Nicole et dans jusqu'en lâSj, recueillie par Camille Portio,
Pascal, mais aussi dans Arayol et dans et traduite de l'italien en français (Paris,
d'Aubigné. 1697, in-S").
que pour la beauté de l'édition et pour l'amour du nom de l'autlieur, qui est si curieux, oultre que je prends volontiers toute sorte de recueils de harangues tant qu'elles peuvent estre tollerables, car en ce pais icy les plus curieux ne portent leur curiosité guieres plus avant que jusques à cez livres là, hors de ceux du palais et de pane lucrando, de sorte que quand ils me viennent voir, je ne les sçaurois jamais plus estroictement obliger que quand je leur baille à voir quelque semblable livre soit en latin ou en françois, et souvent ce commerce m'a vallu de bons livres qui n'estoient pas de leur goust et des bonnes médailles antiques, dont je n'avois pas de meilleur moyen de me revancher qu'en leur donnant de tels livres. C'est pourquoy quand il vous en tombera en main dezhormais, je vous supplie de n'en laisser guieres eschapper: bons ou mauvois, tout faict nombre et quelques foys les pires semblent les meilleures à ces genls là, surtout les actions funèbres.
Le factum de l'abbayic de Gercamp ' semble faict par un bien habile homme et bien artificieux. Gela sera bien séant avec le contraire, et ce me sont tousjours de nouvelles obligations de vostre part. Ge Bellum Coloniense ne semble pas estre de mauvaise main ; ny l'establissement de l'usage des tourbes pour brusler digne d'estre rejecté^, veu que les forez s'en vont quasi toutes despeuplées en ce royaulme ', principalement en ce païs icy. Je crois que cela seroit trez bien receu, car nous y avons si grande faulte de boys qu'on brusloit jusques aux racines des arbrisseaux et y fallut apporter du règlement par a rr est pour inlei'dire
' L'abbaye de Cercamp en Artois (aujoui'd'hui Cercamp-sur-(iaiiclio, section de la commune de Frévent, Pas-de-Calais) était une abbaye de bernardins fondt'e au milieu du xh" siècle. Voir, sur l'affaire de l'abbaye de Gercamp, les Mémoires de Mathieu Mole' (t. I, p. Sçfh-S^a).
' Les rédacteurs de cette encyclopédie que l'on appelle le Dictionnaire de Trévoux disent au sujet de l'Artois et des pays cireonvoisins : trCes tourbes servaient pour chauffer les paysans. Voyez liOmbert d'Ar-
dres, le Cartulaire de S. Berlin, et la Clironique d'André. Il y a trois cens ans qu'on se sert de tourbes en ces quartiers. i
' Croyait-on que les plaintes sur le déboisement de la France remontassent aussi haut? Et eût-on pens(' qu'en celte grave question Peiresc aurait devancé de près d'un demi-siècle Colbert se préoccupant de la disparition de nos forêts et s'écrianl, dit-on, avec une patriotique exagération : reLa France périra faute de boisi?
d'arracher desdictes racines soubs {grosses peines. L'arrest de M' le Prince du consentement de Monsieur servira de bonne closture au recueil des pièces de sa pairrie, aussy bien que les lettres de Monsieur. L'arrest de la taxe de l'espargrie me semble fort notable et encore plus ces lettres de Dannemarc, et pour venir au détail de voz lettres, en responce de celle du 17'""= je n'ay (ju'à vous remercier comme je iaicts par un million de foys des bonnes nouvelles qui vous pleut nous y donner de l'asseurée santé du Roy et de la bonne espérance qu'il y avoit que les choses n'allassent pas tant mal du costé de l'isle de Rhez, ce qui nous console grandement. Je prie à Dieu que la suitte y responde aux voeux des gents de bien.
Quant à celle du 20, je suis bien glorieux de voir que le livre de M. Ant. Marcellus vous ayt esté nouveau et que le Yeridicus Belgicus se soit trouvé encores duisable^ à voz aniys et vouldrois bien avoir souvent de pareilles fortunes; mais il ne nous y fault pas attendre, bien vous dict de ne bien faire que pour le plaisir que vous y prenez, sans considérer la revanche, comme faict aujourd huy la plus part du monde, car ils seroient bien mal employez en nostre endroict et nous aurions bien moings de moyen de nous consoler en nostre impuissance.
La carthe de la France de Sansom d'Abbeville^ que vous dictes avoir esté receiie par M'' Tavernier ne pourra estre que trez bonne avec touts cez noms anciens et des observations. J'attends impatiement les enterrements qu'il m'a promis de l'archiduc Albert et du duc de Lorraine et autres. J'ay achepté icy de M[aist]re Jaques Barbe d'Apostre l'enterrement de Charles le V et son entrée à Bologne, de sorte que ce
' I.e Dictionnaire de Trévoux donne la coce savoir fut si remarquable, s'occupait h
forme duisible, avec cette observation : (tll dix-huit ans de la carte de notre pays. Ou
ne se dit plus. «Parmiles nombreux exemples sait qu'à peine âgé de vingt-six ans il pu-
réunis sous le mot duire dans le Dictionnaire blia l'important ouvrage intitule' : Galliœ nn-
de Litlrë, je n'en vois aucun pour duisable tiquw descriptio geographica (1697, iu-fol.).
ou duisible. C'est là que se trouvait la carte dont s'entre-
' Nicolas Sanson naquit le 3i décembre tenaient, en septembre 1697, Peiresc et
1600 à Abbeville, et mourut à Paris le Dupuy. 7 juillet 1667. Ce géographe, dont le pré-
sera aultant de descharge audict S' Tavernier'. On me donne espérance du bréviaire ou messe! mozarabique; ce n'est possible que de la bonne volonté du marchand qui s'en est chargé; si cela peult réussir, tant mieux, sinon il fauldrà prendre patiance et se contenter de cet eschantillon qui est derrière la vie du Cardinal Ximenes, auquel cas si la feuille d'imperfection ne vient, je ne nianqueray pas d'accepter le vostre et n'attandray poinct que vous m'en fassiez d'autre semonce. Je ne suis pas si cérémonieux comme vous me croyez Si j'eusse esté à la place de M"' Rihere^, je n'eusse pas faict comme luy, car la mort de feu M' de Thou ne m'eust pas empesché de consacrer ce livre dans sa bibliothèque. C'est le reproche qu'on me faisoit devant les poursuittes de la pension du filz de feu M'' Barclay que mes affections passoient par delà le tombeau jusques aux umbres, car cela est entièrement mort chez celuy à qui il le donna et n'eust pas esté de mesme chez les héritiers de feu M' de Thou. J'ay la Frise d'Ubbo Emmius^, mais non pas la vie du comte Guillaume, in /i°*. Il fera bon la retenir en la rencontrant. Je vous félicite le recouvrement de la généalogie de Lynden^, et ne sçay quelle mode est celle d'à présent de supprimer comme cela les éditions de cez livres plus curieux dez leur naisçance, comme on avoit faict celuy des Gonzagues** pour les rendre plus recommandables
' Rappelons que Melchior Tavernier était surtout un marchand d'estampes , et citons, à ce sujet, une pièce rare intitulée : Mémoire pour Melchior Tavemier, graveur-imprimeiir eu taille-douce, dont le père Gabriel Tavemier avait apporté l'art de la taille-douce à Paris en i5j3 (s. 1. n. d., in-4°). Voir Manuel du libraire, supplément, t. 1, 1878, col. loia.
* Probablement Ribier, conseiller au Parlement de Paris, auquel Peiresc adressa un grand nombre de lettres. On en conserve plus de quarante dans le registre V des minutes de Carpentras (fol. Itùo-h-jh). Ces lettres s'étendent du mois de juin 1610 au mois d'avril 1616.
' Rerum Frisicarum historia, autore Ubbone Emmio, Frisio ; distincta in décades sex ( Leyde , Elzevier, 1616, in-fol. ).
' Ce fut en i6ai qu'Ëmmius publia la vie de Guillaume- FiOuis, comte de Nassau (Groningue).
' Annales généalogiques de la maison de Lynden , par F. Christophe Biirkens , Anvers , iGa6. C'est de cet ouvrage qu'on a tiré les renseignements donnés dans le Moréri{t. VI , p. 533-53 '1) sur la famille de Lynden.
° Peiresc veut parier de l'ouvrage d'Antoine Possevin , dont il a été déjà si souvent question ici.
IMPntMERtl HiTtO^ALI.
et de plus de requeste ' par la rareté et petite quantité des exemplaires. Quelque incorrection qui puisse estre aux pièces espagnoles ou italiennes de la relation de M'' de Bassonipierre, elle sera tousjours trez bonne à avoir et rendra bien complet le recueil de toute cette grande alTaire de la Valteline, qui a tant tenu le tapis^ depuis quelf|ues années, .l'ay esté bien aise d'apprendre que le livre de Lusitanorum imperio asiatico ayt esté faicl par ordre d'Espagne, cela me le fera parcourir avec moins de regret et relire le Mare liberum de M' Grotius^, mais je n'ay jamais peu voir un autre livre de Seldenus* contre M'" Grotius sur ce subject, que j'achepterois bien volontiers s'il se trouvoit à vendre ou pour le moins en prendrois voulontiers une veûe, si le livre estoit petit et commode à envoyer et renvoyer par la poste. Je me conjouys avec vous de la santé de M"" Saulmaise, elle meriteroit des voeux publiques aussy bien que celle des pi-inces, tant le public y a d'interest, et me tarde de voir son Solin achevé, mais j'ay bien de la peine à souflrir que M*" Godefroy le jeune ^ s'ingère à escrire'' contre Alemannus à son préjudice. 11 m'avoit bien desguisé cette affaire comme vous aurez peu voir par mes précédantes. Je vous remercie infiniment de la lettre de M"" Holstenius, sur laquelle j'ay prius occasion de luy escrire un mot et de faire des nouveaux complimens pour son regard à M' le Cardinal^ et pour M'' vostre frère et M. Rigaut. Je déplore en-
' iNous disons aujoiird'liui : plus demandés.
" Nous avons déjà trouvé (lettre LIV) l'expression durei' sur le tapis. L'expression proverbiale tenir le tapis n'a pas été recueillie par Littré , qui donne seuletnent tenir queltjii'un sur le tapis.
' Mare liberum, sive de Jure quod Batavis coinpelit ad indicana coinmercia dissertatio (Leyde, Eizevier, 1609, petit in-8°).
' John Selden naquit en décembre i586 ùSalvington (comté de Sussex) et mourut à Londres en novembre i65i. Le célèbre publicisle fut un des correspondants de Peiresc (Minutes de Garpentras, registre VI,
fol. 166-167, trois lettres écrites de Paris frà M. Selden, à Londres n, en janvier et décembre 1622 et août 1698). Selden a honorabli.'inent cité Peiresc dans son De Diis Syris (1617), comme le rappelle Gassendi (livre III, p. aa5).
^ C'était Jacques Godefroy, fils cadet de Denys Godefroy et alors âgé de trente ans.
' Le verbe s'ingérer est habituellement suivi de la préposition de. Cependant, comme le remarque Littré, Bossuet dit s'ingérer à: tt.Nul ne se doit ingérer de son autorité propre h gouverner l'Église 1 ( Variations).
' I^e cardinal Antoine Barberin.
cores davantage ia resolution de M' de Thou depuis en avoir eu vostre advis^ et suis bien fasché que ma lettre ne luy puisse estre rendue assez à temps dans Rome avant qu'il en parte. Pour vostre lettre du a 6""' je suis bien aise que M"' Deodati demeure content de sou Foscarini, mais vous ne me dictes rien du recueil que je disois de faire de diverses pièces sur mesme subject, qui seroit possible bien receu. Je vous remercie du soing que vous avez eu de m'acliepter l'Autoninus Florentinus, le Mercure François et les autres mentionnez en vostre lettre, et de l'Indice de Mullerus, dont je n'ay pas le Compendium Geometricum, in U°, i6ig ne cez Institutiones Astronomicae, que je prendray volontiers quand ils se trouveront, comme aussy l'Astronomia Danica Longomontani, in U°, Amsterdam 1622^. Le choix de la consultation de Monarchiis est excellent et ne pouvoit estre aultrement venant de vostre maia et aprez les recherches qu'en ont faict les ministres, estant impossible qu'une pièce concertée par un conseil de Castille au mandement de son roy sur un tel subject ne soit une des bonnes pièces du temps. Vous estes trop modeste d'aller avec tant de reserve en ce qui me touche. Je vous laisse la liberté et disposition toute entière. Usez en je vous supplie sans regret, et croyez que quand mesmes il se rencontreroit quelque pièce double, cela ne me sçauroit estre à charge, car je suis fort souvent en peine d'en avoir quelques unes pour gratifier de mes amys en revanche d'autres curiositez qu'ils me vont procurant, de sorte que cela me faict plus de commodité que de surcharge. Pour le Gopernicus il n'y a pas de danger de superceder un petit jusques à ce que j'aye responce de M"" J[acques] Godefroy, à qui je l'avois demandé, l'ayant retrouvé sur l'indice des Rouvieres. Nous ne sçaurions guieres tarder d'en avoir la responce. Quand le livre de Nonnius^ de re cibaria sera exposé en vente, j'en retiendray volontiers
' L«s fatigues elles dangers d'un voyage eu i56a h Langsberg (Julland) et mourut
en Orienl inquiétaient tous les amis de à Gopenliîigno en octobre iG'iy. Voir, sur ce
J.-A. do Thou. collaborateur de Tycbo-Brahd, le Dictionnaire
' V Astronomia Danicainduaspartes iributa de Bayle et le tome XVIII des Mémoires de
reparut en i63o, en iG4o, enfin en i663 Niceron.
(in-fol.). Gbristian Longomontanus naquit ' Louis Nunez, plus connu sous le nom
36i LETTRES DE PEIRESC [1627]
un exemplaire'. J'acheptay icy de ce Barbe d'Aposlre ce portraicl du comte d'Olivares de M' Rubens, que je trouve grandement magnifique et celuy du feu Comte de Buquoy avec quelques autres, mesmes un du S'' Roccox, bourgemestre^ d'Anvers grandement curieux d'antiquitez^ tant pour estre de bonne main à mon gré et de manière assez extraordinaire que pour y avoir une figure de marbre du vray portraict de Demostene, mais le mal est qu'elle ne ressemble pas trop bien à l'empreinte que j'ay dudict marbre, tant y a que cela m'en rendit curieux. Il n'en avoit que deux exemplaires dont j'en envoyay un en Italie et l'autre me demeura, et l'édition n'estoit pas achevée pour l'inscription mesmes du nom dudict Roccox , ce n'estoit que des épreuves. J'en veux demander audict Roccox mesmes* ou à M'' Rubens et à les exhorter de l'aire rabiller la semblance de ladicte statue de Demostene, Nous attendrons le portraict du Canal avec les livres, de peur que trop de plis qu'il fauldroit pour l'enfermer dans un pacquet de poste ne le gaste.
ialin de Nonius ou Nonnius, naquit vers i56o à Anvers, fut reçu docteur en médecine à Louvain et mourut à une époque qui n'a pas été déterminée , mais qui , en tout cas, est postérieure h i64i. Cet antiquaire fut un ami de Juste Lipse.
' Diœteticon, scu de re cibaria libri quatuor; Anvers, 1627 [et non 1626], in-8°, réimprimé en i646, in-/i°. Voir ce que Weiss dit de ce curieux ouvrage {Biographie universelle). Rubens l'a vanté dans une lettre h Pierre Dupuy, du 12 août 1627.
' Selon le Dictionnaire de Trévoux, la foi-me bourguemeslre est dans Scarron {Boman comique).
' Voir une publication spéciale de M. G. Ruelens sur Nicolas Rockox (né en 1 56o à Anvers , mort , le 1 2 décembre 1 64o , dans la même ville), publication intitulée : Les amis de Rubens (Anvers, i883, in-8°).
Voir mon compte rendu de cette publication dans la Revue critique du 10 décembre i883 (p. ^78-476). Gassendi a redit en latin au sujet de Rockox ce qu'en dit ici Peiresc : rei antiquariw impense studioso {De vita Peireskii , i65i,p. i3i).
* Peiresc et Rockox furent longtemps en correspondance. M. Ruelens , dans le fascicule que je viens de citer, a publié, d'après les minutes de Carpentras, i3 lettres de l'antiquaire provençal à l'antiquaire belge (9 août i6o6-i6 août 162G). On voit par cette dernière date et par la date de la présente lettre, que le recueil de la bibliothèque d'inguimbert ne contient que la première partie de la correspondance de Peiresc avec le bourgmestre d'Anvers. Toutes les lettres postérieures au 16 août i6a6 ont été perdues.
Reste vostre dernière despesche du 3 1 aoust , ou nous avons eu des nouvelles bien importantes, en premier lieu de la pleine santé du roy jusques à pouvoir aller à la chasse, que je prie Dieu vouloir fortifier tousjours de bien en mieux, la conclusion du traictc avec les Hollandois, la prise de Grol, le retour de Mad[ame] de Ghevreuse ' et le parlement de Monsieur ^ et si la Rochelle est investie c'est encores une autre affaire de bien grande consequance, comme aussy les interprétations sinistres du commerce de M"' de Bassompierre ^ Dieu dirigera, s'il luy plaict, le tout au bien de cet estât, quoy que nous puissions faire ou obmettre qui peust opérer au contraire ou réussir en mal. Au surplus j'ay bien de l'obligation à M"" Rigault de la franchise avec laquelle il luy a pieu me laisser prendre communication de son catalogue^. Il se peult asseurer que cela ne passera poinct mes mains tant que je vivray, Dieu aydant. Seulement faut-il pourvoir de par delà que le coppiste ne puisse pas faire de fraude, s'il est possible, en l'obligeant d'aller escrire chez vous ou chez quelqu'un de voz amys plus voisin du lieu de demeure dudict coppiste, à qui vous puissiez confier ledict livre, et plustost voir d'y employer diverses persoues, au deceu les uns des autres, tant pour avoir plus tost faict que pour rendre le grec qui y est plus correct et pour esviter qu'ils ne puissent faire dessein d'en desrober une coppie. Il se trouveroit bien possible en quelque collège voisin de M"' Rigault quelque pauvre escoUier, qui seroit bien aise d'en faire quelques cahiers dans la bibliothèque ou dans le cabinet du clerc de M' Rigault. Je faicts transcrire la passion de S'*" Agathe par un passant qui escript un peu mieux que mon homme. Si la coppie est assez bien escripte pour pouvoir aller delà les monts en main dudict S'' Cardinal ,
' Peiresc veut parler sans doute du futur lembre) et fut charge d'attaquer la ville du
retour de la duchesse de Ghevreuse , qui était côté de Coreilles.
alors en Lorraine. V. Cousin (Madame de ' Commerce dans le sens de manière de
Ghevreuse, h' édition, i868, p. 90) dit: se comporter. Bassompierre était un indé-
trA la fin de l'année 1 6a8 M"' de Ghevreuse pendant , un mécontent, et il allait dire son
eut la permission de revenir à Dampierre. n fameux mot : Nous serons assez, fous pour
' Pour le siège de la Rochelle le duc d'Or- prendre la Rochelle. léaus s'établit à Aytré (avant le 16 sep- ' Le catalogue de la Bibliothèque du Roi.
je la luy envoyeray, sinon j'altendray commodité de quelqu'un qui la puisse bien correctement transcrire afin de n'engager l'autographe à Rome, ou il demeureroit comme d'autres du mesme autheur et que je vous puisse renvoyer à vous puis que le desirez ainsin. Pour les volumes mss. du S' Aubery, vous me faictes grande faveur de me vouloir faire transcrire les extraicts que vous en tirez. A quoy je vous supplie d'adjouster et faire transcrire par Quentin l'indice des pièces contenues en cez recueils de conclaves et relations pour voir s'il y en avoit quelqu'une de mon goust. Car, par exemple, du conclave de Clément VIII, j'en vouldrois avoir aultant qu'il s'en trouveroit de difl'erents bien que mieux ou moings bien dressez les uns que les autres, à cause des grandes rencontres qui le rendirent plus recommandable que les autres. M"" Aubry ne m'avoit pas faict mention de cette histoire de Naples, encores pouvoit on en prendre le tiltre et les premières et les dernières paroles du texte pour voir ce que c'est à peu prez. J'envoyeray à Rome vostre pacquet pour M' vostre frère ' par le premier ordinaire dans i5"% Dieu aydant, et vouldrois bien entendre qu'il. eust plainement regagné ses forces primitives. Mais je pense qu'il luy seroit meilleur de passer encores quelque temps au mesme lieu de Cappry pour se mieux fortifier, puis que l'air y est si doulx et si aniy de nature. J'ay prins grand plaisir aux lettres de M' de la Hoguelte, si ce n'est en ce qu'il dict de sa fiebvre, qui me faict aprehender une opiniastreté de fiebvre quartaine cappable de le tourmenter encores tout l'hiver. Ce seroit grand daumage, estant si vertueux et si utile comme il peult estre au public dans ces conjonctures du temps où nous sommes. Les autres lettres sont encores bien curieuses. Je vous en envoyé qui sont venues d'un autre costé qui ne conviennent pas tant mal à celles là. M'^ nostre archevesque vient d'arriver tout présentement de retour de son voyage d'Avignon, où il a prins les eaux du Mayne^ Il n'a pas voulu se trouver en l'assemblée qui se termina hier, quelques semonces
' Pour le chartreux Christophe Dupuy. Nîmes, canton d'Aramon. La source miné- Aiijourd'luii Meyiies, commune du dé- raie de Meynes avait autrefois quelque ce'- ])artenient du Gard, arrondissement de léhrité.
qui luy en ayent esté faictes tant par lettres des procureurs du païs ses collègues que par deputation expresse de trois notables personnes de ladicte assemblée et entr' autres du plus ancien evesquc qui y fut, qui le sont allez inviter jusques en Avignon, et avoient faict demeurer en surceance toute l'assemblée en attendant leur retour. Je laisse la plume pour luy aller faire la bienvenue et luy donner le bonsoir, demeurant tousjours, Monsieur,
vostre irez luimble et obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce samedy 18 septembre lôay.
Les despesches de l'ordinaire du 7°"= de ce moys ne sont poinct arrivées, nomplus que celles du 3 1 du passé ne vindrent pas dans le vendredy aprez leur arrivée à Lyon comme de coustume, à cause de certaines despesches venues à contretemps par les ordinaires du vendredy, en estant venu mercredy passé de celles du 3"°^ de ce moys avec les vostres du 3i du passé, qui a esté la cause, je m'asseure, que .M' de Fetan n'a rien mis à la poste; de dimanche dernier nous les aurons vraysemblablement mercredy prochain'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, J'ay tort d'avoir tant différé de vous accuser la réception de vostre lettre du 20 du passé, mais vous estes si bon que vous prenez plaisir d'exercer vostre indulgence principalement envers vos serviteurs, c'est pourquoy je l'implore à ce coup tant plus librement et me promets que vous ne m'esconduirez pas. Je croyois bien que M"" de Poitiers fust fort
' Vol. 716, fol. 189.
secret et fort particulier, mais je n'eusse pas creu que cela se fust estendu jusques en vostre endroict\ et puis que vous le jugez ainsin, je pense qu'il vauldra mieux prendre d'autres entremetteurs^ pour avoir la pièce dont est question du costé mesmes de Rome. Toutefoys si j'estois à vostre place, je me hazarderois de luy en escrire en termes que je ne courusse poinct de fortune d'un refus et que neantmoings je le misse en estât d'exercer sa courtoisie, s'il en avoit tant soit peu. Ce qui me semble facile et irréprochable si vous luy mandez ce qui est de la vérité, sçavoir est que l'un de voz amys vous a offert de vous faire transcrire cette pièce dans la bibliothèque du cardinal d'Esté, mais que vous ayant esté asseuré que luy en avoit prins autres foys une coppie," vous avez désiré sçavoir de luy si c'est chose qui vienne de si bonne main comme on dict et qui mérite tant d'estre transcripte, car de cette façon vous ne luy demandez rien du sien qu'un simple jugement qu'il ne vous sçauroit honnestement refuser, et s'il a tant soit peu d'honneur et de générosité (comme il en faict si particulière profession) il fault qu'il vous offre ce qu'il en a ou qu'il crevé de despit^ de ne pouvoir rien trouver à redire à vostre modestie. A quoy je n'aurois pas tant de regret s'il a si peu d'honnesteté et si peu de sentiment du debvoir de société humaine entre gents de telle condition que la sienne et la vostre. Que si vous aymiez mieux ne luy en poinct parler du tout, il fault s'en ouvrir librement à M' d'Aubray, lequel dict qu'on luy a offert de la faire transcrire sur l'original et lequel se tiendra fort honoré de faire cela pour l'amour de vous; que si vous ne luy voulez encores faire celte demande entière à luy, je la feray, et parcequ'il ne me souvient pas
' On regrette qu'un homme qui eut l'honneur d'avoir Joseph Scah'ger pour pre'cepteur ait été aussi peu hbéral pour les savants , surtout , pour des savants tels que les frères Dupuy, qui étaient ses amis et dont le père était très lié avec le père de l'évêque , le si lettré diplomate Louis Chastaigner de la Roche-Posay, seigneur d'Abain.
' Sous le mot entremetteur on pourra désormais citer Peiresc entre les écrivains du xvi" siècle, Amyot, d'Aubigné, Montaigne, et ceux de la seconde moitié du xvii' siècle, Fléchier, la Bruyère, Molière, Pascal, etc.
' L'énergie de l'expression est en harmonie avec la vivacité du désir qu'éprouvait le grand curieux et aussi — il est juste de l'ajouter — le généreux ami.
bien par le moyen de qui il entend d'y faire Iravailler, il fault le sçavoir de luy, et en un besoing, si luy y avoitdii regret, j'escrirois moy mesmes à Ron)e à quelques amys pour tenter d'en venir à bout sans y parler dudict S"' d'Aubray.
On m'a tenu en telle desbauche^ ou fainéantise^ durant cez derniers moys, bors de certaines chetives occupations nécessaires, qu'on ne m'a poinct laissé reprendre les livres de la marine; mais je n'ay laissé pourtant d'en rechercber des exemplaires meilleurs que les miens. Vous verrez ce que m'en escript M"" Aleandro, suyvant quoy j'ay mandé en Avignon pour tasclier d'avoir celuy qui y a esté veu. Je pensois aller fouiller dans les archives de Marseille, mais je n'ay peu trouver ce temps à mon grand regret. Je n'en pers pas pourtant encores 1 espérance et attends encor responce d'autres endroicts, car pour l'amour de moy des officiers de Marseille ont escript jusques à Barcelonne mesmes sur ce subject. Je n'oubbe poinct le Pbne, mais je suis obligé d'attendre cez Mess" qui s'en sont chargez, lesquels mandent qu'ils veullent estre icy dans la my octobre, et je ne sçay s'ils ne l'apporteront poinct quant et eux, comme ils esperoient, si les chemins sont libres; car s'il y a du danger, ce seroit daumage de bazarder une telle pièce à la furie et à la rage des soldats afTamez.
Vous aurez sceu l'eschappatoire' qu'a prins M' de Marseille pensant se mettre à couvert de i'orage* qu'il voyoit fondre sur luy en faisant respondre par son greffier que luy avoit retiré sa minute et qu'il la vouloit supprimer, mais je crains bien qu'à ce nouveau parlement^ on ne le face respondre plus cathegoriquement et qu'à faulte d'exhiber la pièce on n'en déclare l'abbus et la nullité ou invalidité. Voire est on sur
' Les débauches de Peiresc n'étaient que ^ Littrd, pour le xvii" siècle, cite sous le
d'honnêtes parties de plaisir, des distrac- mot échappatoire, Rég'nier, Bossuet et Saint-
tions. C'est le mot pris dans son sens primitif, Si mon.
le mot forme du préfixe de et de l'ancien * On peut rapprocher de ceci un vers de
bouches, signifiant lieu de travail, atelier. Pulchérie de Corneille :
' Sous le mot fainéantise, Littré ne cite C'est attendre l'issue h couvert de l'orage.
que deux phrases, une de Sully, une de ' C'est-h-dire dès que le parlement se
Roliin. réunira de nouveau , après les vacances.
■HPniUtKlC RiriOSALE.
les ternies de prendre cognoisçance de l'édition faicte depuis peu du Proprium sanctorum de cette église icy, où l'on a obmis des solennitez de saincts françois qui s'y souloient faire et retranché dans les légendes (pour les abréger) des paroles qui y estoient honorables pour la France et pour le pais. Que si M"' l'Arcbevesque à qui on en parlera amiablement^ au préalable ne se dispose à contenter la compagnie de gré à gré, vous ouyrez dire qu'elle s'en fera à croire. Je serois marry que cela fit esclatter une rupture de la bonne intelligence, mais il semble desjà qu'on l'affecte, car oultre le faictde l'offrandre^ il a voulu trouver à redire à la permission que la cour a donnée au païs de tenir une assemblée (selon leurs anciens usages et privilèges) pour y pourvoir au fonds nécessaire en cas de guerre, dans la menasse où nous estions tant du costé de ceux de la Religion que du costé de M'' de Savoye soubs prétexte d'une lettre de cachet que M'' de Guise avoit faict escrire dernièrement pour-empescher qu'il ne se tint lors une assemblée comme on avoit désiré , attendu qu'il faisoit estât d'estre icy dans 1 5 jours pour tenir l'assemblée entière des Estats formels. Despuis quoy son employ en l'armée navale rcculoit les dicts Estats si loing que cependant la province pouvoit estre en proye, si on n'avoit pourveu à se pouvoir deffendre.
Vous aurez peu voir M"" de la Faye qui sçait bien des choses, s'il en veult parler, dont il se feroit un gros volume de condoléances. Mons' Fabrot vous a bien de l'obhgation de l'Iionneur que vous luy faictes et l'arrest contre cette vefve qui avoit enfanté xi°'" mense seroit bon à avoir.
Pour la Rome de Fabricius, je ne doubte nullement de l'honnesteté de M' de Thou nomplus que de la vostre. Je vous en ay la mesme obligation à l'un et à l'autre comme si je l'avois acceptée effectuellement en cette occurrance. Mais je n'en ay plus de besoing, en ayant extraict tout ce dont je pouvois avoir affaire. C'est pourquoy vous ne trouverez pas mauvais s'il "vous plaict que je vous en remercie comme je faicts trez
' Eu ce qui regarde le xvu* siècle, Liltré n'a cité sous le mol amiablemeiU qu'un seul écrivain, Bourdaloue. — ' La forme offraiidre ne se trouve nulle part.
humblement et que je me sois acquitté de cet arrérage de debte, aussv tost que je l'ay peu, quoyque si tard. M'' Godefroy m'en faict espérer un autre exemplaire, qui est possible desja en chemin. Je vous remercie encores trez humblement de l'oiïre de vostre entremise pour la colonne Antonine. L'œuvre sera méritoire pour le public, car sans doubte M"" Gevartius y trouvera à proffîcter beaucoup. De s'attendre au Gav[alie]r del Pozzo, c'est r'envoyer après la mort de tant que nous sommes' avec la lentitude^ qui est en cet homme là, oultre l'excez de la despance, qui ne peult estre portée que par quelque grand prince.
Vous verrez dans la lettre de M' Aleandro ce qu'il m'escript du Procope. Je ne reitereray poinct ce que j'en ay mandé à M' vostre frère, que je suyvray si vous ne m'y suggérez de meilleur expédiant. J'ay tousjours eu plus de regret en l'enlreprinse de M"' de Thou' et crains bien que ma lettre n'arrive trop tard, car le dernier ordinaire d'Avignon fut retardé de huictaine et ne partit d'icy que le 3 septembre (ce sont des semaines qu'il fault intercaller* pour n'envoyer pas plus d'une foys le raoys des courriers), sans cela ma lettre fut arrivée à temps, car par les dernières despesches de Rome, du 97 aoust, on nous mandoit qu'il n'en partiroit que dans une quinzaine de jours. Il est vray que peu de chose le pourra avoir arresté encor une semaine.
Vostre lettre m'arriva encor assez à temps à cause de ce reculement d'ordinaire^ pour faire une recharge au Cardinal en vostre faveur, sur le subject de vostre nomination"', suyvant ce qu'il vous a pieu m'ordonner, et par mesme moyen j'y adjoustay encor un mot en faveur du S"" Holstenius, puis qu'il s'en loiie tant, et escrivis mesmes deux lignes audict S"" Holstenius. Au reste si vous luy voulez escrire en françois n'en faictes pas de difficulté, il vous entendra fort bien et sans appeller secours, si
' C'est-à-dire de nous tous. * Liltré ne donne aucun exemple sons le
' Littré remarque, sous le mot lenteur, mot intercaler. que l'on a lieaucoup dit lentitude au xvi* siècle. ' C'est-h-dire retard du courrier.
La phrase de Peii-esc prouve qu'on Ta encore ' Il s'agit là d'une nouvelle dëmarche au-
Bn peu dit au xvn'. près du cardinal Barberin pour l'obtention
' Son voyage en Orient. d'un prieuré sollicité par Dupny.
vous prenez la peine d'escrire un peu distinctement vostre caractère'. Vous avez veu qu'il a leu toute cette histoire du roy Henry VIP, que je luy avois envoyée. Il m'a dict souvent qu'il avoit peine d'entendre le François quand on parloit à luy, mais qu'en le lisant il y trouvoit fort peu de difficulté, seulement je serois d'advis audict cas que vous prinsiez occasion en quelque endroict de luy donner du tiltre d'Illustrissime et à tout le moins en la suscription de la lettre, ou l'on leur met seulement : à V"' S"'' 111°'% ou bien à Sa S"^ 111""% et puis sur l'enveloppe vous pourriez mettre : à Monseigneur, Monseigneur l'Ilh" et R"" Gard"' Barberin, neveu et légat de Sa S'*^ en Avignon. Toutefoys vous pourrez en prendre advis de Mg°'' Bagny et d'autres et puis suyvre vostre sentiment.
Tant y a que je loue fort vostre dessain de ne poinct envoyer de libvre tant soit peu subject à censure, que vous n'ayez acquis une plus grande habitude, auquel cas il est par aprez plus loisible de s'en dispenser quelques foys, comme j'ay faict moy mesmes envers le feu cardinal S'° Susanne^, quoy que bien scrupuleux, lequel ayant tesmoigné peu de satisfaction d'un petit livret oii il y avoit quelque chose à redire, j'escrivis au S"' Aleandro que cela m'avoit empesché de luy envoyer comme j'eusse faict cette histoire du concile en italien'*, dont il fut si repentant, qu'il ne se peult tenir de m'en faire mille excuses et puis mille remerciments quand je luy envoyay ladicte histoire, car quelque mine qu'ils tiennent, ils sont fort aises d'avoir tout. Sur quoy je finis, demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 19 septembre 1627. ■
' De bien former vos lettres, d'avoir une en italien au cardinal de Sainte-Suzanne. La
ëcriture nette , lisible. première de ces lettres est datée de Paris le
■ Le manuscrit de la traduction française 6 décembre 1 6 1 8 ; la dernière est datée de
de l'ouvrage du chancelier Bacon. l'abbaye de Guitres {del monasterio di Santa
' Ce fut un des correspondants de Pei- Maria de Aqutstria) le 6 seplembi-e 163.I. resc. On conserve à Carpentras (registre VI ' L"Histoire du Concile de Trente par Fra
des minutes, fol aSg-siSa) 70 lettres écrites Paolo Sarpi.
Il me restoit à escrire alîorce lettres à Mess"le Beauclerc, le Pelletier, le lieutenant civil, de rElTreticre', Rigault et autres, mesmes à Mg"'Bagny, auxquels je pensois rcspondre à ce coup durant ce jourd'huy, mais on me vient demander ma despesche pour clorre celle de M"" le premier présidant, de sorte qu'il fault que je remette la partie à la première occasion. Faictes, je vous supplie, mes excuses à M" Rigauit. Et vous pensois renvoyer l'arrest de M"" le Prince et autres pièces que mon homme n'a peu transcrire ayant esté trop occuppé ailleurs. Il est venu un seul exemplaire imprimé d'un manifeste de IVl' de Rohan fort prolixe se dict on^. Je ne l'ay pas encores veu et crois bien qu'il ne courra que trop aussy bien à la Cour qu'au reste du royaulme.
En fermant cette despesche, la vostre du 7"°^ est arrivée, mais on ne me permet pas d'en voir autre chose que la datte pour ne retarder le pacquet de M"' le Piemier Présidant. Il me tarde bien d'apprendre la contenance du P. Berulle à la nouvelle de ce chappeau'. Vous n'admirerez pas moings que moy, je m'asseure, que le prince de Lorraine* soit de ceux qui ont esté si longtemps reservez in scrinio pectoris^ car pour les autres deux, qui estoient le thresorier * et le maggiordomo', le prétexte
' Encore un correspondant de Peiresc, dont nous avons di^à trouvé le nom dans la lettre n" LUI.
' Déclaration de M. le duc de Rohan, pair de France, etc., contenant la justice des raisons et motifs qui l'ont obligé à implorer l'assistance du roi de la Grande Bretagne, cl prendre les armes pour la défense des Eglises réformées de ce royaume. 1627, in-8°; sans indicalion de lieu d'impression.
' Pierre de Biîrulle, né a Sérilly, le ^i février iSyS, mort le 9 octobre 1699, fondateur et premier général de la Congrégation des prêtres de l'Oratoire en France, reçut (le vendredi, laseptembre iG-37)Ia no«i>c/fedc sa nomination avec beaucoup de modestie et même de confusion. Voir les détails que donne à ce sujet le P. Gloyseault {Recueil des
Vies de quelques prêtres de l'Oratoire , publié par le P. Ingokl sous le titre de : Généralals du cardinal de Bérulle et du P. de Coudien, tome I de la Bibliothèque Oratorienne , Paris, j88o, in-19 , p. 6/i).
* Nicolas-François de Lorraine ne tarda pas à rendre son chapeau et , devenu duc de Lorraine, à épouser (1 C3i) sa cousine Claude.
' Nous disons plus familièrement et plus vite «« petto , dans la poitrine. Cette expression nous vient du xvin* siècle.
" C'était Jérôme Vidoni, natif de Crémone , trésorier général de l'Eglise ; il mourut en t632.
' Martio Ginetti , natif de Velletri , était majordome du pape Urbain VIII; il avait été son plénipotentiaire auprès de l'Empereur. Il avait été nommé cardinal le 19 janvier
pouvoit estre d'attendre qu'on eust trouvé des dignes successeurs en leurs charges ^
A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUT
Je vous accusay dernièrement voslre lettre du x""^ sans y pouvoir respondre, maintenant j'y satisferay en vous remerciant comme je faicts trez humblement du soing que vous prenez de contribuer et fournir tant de pasture à mes curiositez. J'ay prins grand plaisir de voir le mémoire de M"^ du Chesne touchant ie Frotarius, et plains le malheur du S'' Maynard^ de s'estre laissé envelopper dans les contentions de tels procez que ceux que vous m'alléguez. Je soubscripts fort librement à vostre advis touchant le Servius et crois que les notes plus succintes sont vraysemblablement celles de l'autheur et que les additions sont les gloses de ceux qui sont venus aprez. Voire ne seroit-il pas inconveniant ' de revocquer en doubte si par succession de temps on n'a pas assemblé et confondu soubs le nom dudict Servius des notes d'autres grammairiens anciens et celles dudict Servius soubs d'autres noms : tesmoing un passage que je cottay dernièrement à M" Rigault du tesmoignage que rendent Asconius Paedianus* dans Servius et Cor-
1626, et il ne fut déclaré que le 3o août
1627. Il mourut le 1" mars 1671, âgé de quatre-vingt-six ans, en la quarante-cinquième année de son cardinalat, sous-doyen du Sacré Collège.
' Vol. 716, fol. 195.
' Claude Ménard, natif de Saumur et habitant d'Angers , dont il vient d'être question (lettre LXXI).
' L'adjectif inconvènimt, synonyme de
messéant, a été employé par Guez de Balzac [le Prince) et par la Fontaine (Psyché). Le mot a été oublié dans ies Dictionnaires de Richelct et de Trévoux, mais il a été recueilli dans le Dictionnaire de Liltré.
' Quintus Asconius Pedanus est un grammairien de Padoue qui vivait au i" siècle de l'ère chrétienne et qui, selon la chronique d'Eusèbe, mourut à quatre-vingts ans, aveugle depuis quelques années.
[1627] AUX FRIiliKS DUPUY. 375
nificius ' dans le Junius Philargyrius * d'avoir ouy l'un comme l'autre et apprins de la propre bouche de Virgile ce qu'ils en allèguent touchant la difficulté et le vray sens d'un aenygme^ selon l'intention de l'autheur. En quoy il y pourroit hicn avoir de l'cqnivocque de faire deux tesmoings de auditu d'un discours, au lieu que ce n'avoit peut estre esté qu'un seul tesmoiiig, bien qu'il ne soit pas incompatible qu'il n'y ait eu deux dill'erants tesmoings d'un mesme discours. Mais c'est pour revenir à vostre advis des gloses et suppléments adjouslez de temps en temps à divers autheurs dans le texte mesmes, comme il se vérifie tous les jours, bien que cela soit moings lollerable que d'adjouster aux simples gloses.
Vous m'avez infiniment obligé de m'advertir des belles actions publiques faictes par M' l'Advocat General Bignon* dans le Parlement avec tant de facilité, nonobstant qu'il ayt porté toute la charge du palais durant tant de temps que M' Talion '^ a esté indisposé. J'avois bien tousjours creu cela de luy et m'en conjouys de tout mon cœur avec vous.
Depuis mes dernières je receus d'Avignon le pacquet de Mg' le Card[in]al Barberin que je n'avois pas eu par l'ordinaire de Bome, où je trouvay la coppie de l'indice des chappitres du livbrc des Assises que je vous ay incontinant voulu envoyer, mais je n'y ay trouvé que des choses concernant la première partie, qui est de la haulte cour. Il falloit que la basse cour fist un second volume qui se sera perdu. Je
' Rhéteur et {jraniniairien du i" siècle dans Montaigne et jusque dans Saint-Évre-
de l'ère chrétienne, mentionné par Macrobc mond, Massillon et la Motte-Houdard. Voir
et par Ouintilien. On l'a quelquefois iden- ma note à ce sujet dans les Lettres de Jean
tilié, mais à tort, semble-t-il, avec le poète Chapelain (t. I, p. i6i).
Quintus Gornificius. * Voir sur Jérôme Bignon le billot de
' Junius Phiinrgvrius est un commenta- Dupuy à Peiresc, du a8 juillet i6ao {Ap-
teur (le Virgile , d'une époque incertaine. Ses pendice , ii° III).
Scolies furent publiées pour la première fois '' Orner Talon, avocat général au parle-
parFulviusUrsinus, dans ses remarques sur ment de Paris, naquit en th^S el mourut
Varron, Galon el Golumelle (Rome, 1687, en décembre i65a. Voirsesitfcmoir8s(i73a)
Jn-S"). réimprimés dans toutes nos colleclions.
' Enigme est masculin dans Rabelais et
n ay faict que le parcourir bien precipitament ^ mais pourtant j'y ay recogneu beaucoup de cboses qui pourront grandement servir, ce me semble, principalement pour mes curiositez; selon le desnombrement des chappitres de l'italien que vous m'avez envoyé il y a apparance que celuy cy soit plus ample de beaucoup en cette première partie. Si les nombres ont quelque rapport des uns aux autres, vous le pourrez faire conférer sur l'italien , et pour les généalogies j'estime qu'elles y ayent esté adjoustées pour la vérification des debvoirs et services que le royaulme avoit à prendre sur les successeurs des premiers conquérants ou donataires'^ des grands fiefs, puis que cela se void rangé tout à la suitte. J'escriray à Rome pour faire continuer la coppie de tout le volume tel qu'il est, et si je puis, quand j'auray veu l'essay de quelqu'une des enlumineures qui y sont et que j'ay demandées par le dernier ordinaire, possible feray je portraire par mesme moyen toutes lesdictes enlumineures, si j'y trouve rien de digne de remarque. Tant y a qu'en celuy cy je voids qu'd y a diverses dattes bien récentes au prix de ce que j'eusse désiré. Il est vray que possible cez actes ne seront pas du tout inutiles, et en toute façon je crois que cez messieurs là ne seront pas marrys de les voir, et mesmes M' Bignon qui y trouvei'à, je m'asseure, tout plein de vestiges d'anciennes origines qui seront bien de sa curiosité, à mon advis, aussy bien que de la mienne. Au reste vous verrez dans la lettre de Mg'' le Card[in]al en combien bons termes il parle de M' Holstenius et qu'il n'a pas desagrée ' l'Aristarche de M' Heinsius. H fauldroit escrire audict S' Holstenius de le conférer sur les mss. de Nonnius alléguez par ledict seigneur Cardinal' et lascher d'en retirer la collation. Je verray d'en toucher quelque mot en passant audict seigneur Cardinal.
' Le premier en date des écrivains cites ^ Sous le mot donataire, Littré cite seule-
par Littré sous le mot précipitamment est la ment une phrase de l'avocat Loysel.
Fontaine. Le savant philologue ajoute que ' En ce qui regarde le xvn' siècle, Littrë
le xvi" siècle avait l'adverbe precipiteusement , ne donne , sousdésagréer, que deux exemples ,
et le xvii°, l'adverbe précipitément , duquel l'un tiré de Bossuet, l'autre de Richelet.
Vaugelas dit : it II est bon , mais précipitam - * Peiresc veut sans doute parler de la
ment est beaucoup meilleur. 1 lettre du ai septembre 1627 qui est con-
Je faicts responce à Mg" Bagny à deux de ses lettres que je vous envoyé afin que vous voyiez l'estime qu'il faict de vous et avec quelle franchise il offre la communication de son concile de Calcédoine. Je vous envoyé aussy ma responce ouverte afin que vous la puissiez voir et puis la clorre s'il vous plaict et la rendre, et suyvre si le trouvez bon l'ouverture que je luy faicts de la faire communiquer à M' Holstenius, qui aura bientost recogneu s'il mérite d'estre conféré sur l'édition de Rome et s'il y a rien à proffiter qu'on nous en donne la permission. Et sur ce je fmiray, demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 28 sept[embre] 1627.
M' de Marseille s'est allé cabrer ' avec un conseiller qui a du bien en sa baronnie d'Aubagne et a faict donner, à ce qu'on présuppose, des bastonades au clerc dudict conseiller par son maistre d'hostel, contre lequel y a eu information, prinse de corps décernée et enfin bien de l'exercice ^. Tout cela pour la preferance de quelque piastre achepté par le dict conseiller. Il fauldrà voir à cette S' Remy ' si cela se pourra accommoder ou non. Il m'est tombé en main un arrest du Conseil touchant la reforme des Trinitaires où les adresses d'un bref du pape faictes au nonce et au vicelegat sont modérées, ce qui m'a faict croire que si vous ne l'aviez eu, vous ne seriez pas marry de le joindre à voz libertez*.
servée au fol. 67-68 du registre II des mi- même expression dans les Mémoires de la
nutes de Carpentras. La lettre précédente Châtre.
et la lettre suivante sont du 18 juillet et ' Nous dirions aujourd'hui familière-
du 28 novembre de la même année. ment : bien du tracas. Ce sens du mot
' S'emporter. Littré n'a cité aucun emploi «irercice n'est pas indiqué par Liltré.
du mot pris dans ce sens. Il a seulement ' C'est-à-dire h la rentrée du parlement
rappelé que J.-J. Rousseau s'était servi du (1" octobre),
mot cabrer comme synonyme de choquer. Le ' Libertés de l'Eglise gallicane. Dictionnaire de Trévoux avait déjà signalé la
lapniiitiiis XATiOfiiE.
Depuis ma lettre escripte j'ay receu encor aujourd'hui d'Avignon le livre ms. du Consulat de mer, dont le S"^ Aleandro m'avoit donné advis, qui s'est saulvé tout à temps au moment qu'on l'alloit employer à faire des cartons, car il n'est escrit qu'en papier. Il est en lanfjue catalane en mesmes termes à peu prez que l'édition de Barcelonne, mais le meilleur y manque, sçavoir est les dattes des approbations des loix maritimes et y a de plus quelques règlements maritimes du roy Pierre d'Aragon ' de l'an h ccc lxxhi que je n'ay pas encores conféré avec l'édition, oii je pense qu'il y aura quelque chose de plus qu'en l'édition, mais ce n'estoit pas cela que je cherchois. Je recliargeray à Home et à Florence et en Levant pour ce regard.
Vous verrez dans la lettre cy joincte de Mai*seille ce qui est du parlement des galères d'Alger, mais je vous prie de ne la pas monstrer à cause de ce qui y est traicté du S"" Napolon, à qui je seray bien aise de laisser la liberté de le divulguer seulement quand il le vouldrà.
Je ne sçay si vous ne pourriez poinct avoir coppie de quelqu'une des négociations de feu Monsieur de Boissise^, elles meriteroient bien d'estre recueillies, et je vouldrois bien en avoir quelqu'une, et au moings s'il estoit possible la dernière de Hollande, parce que vous sçavez que cela nous touchoit aulcunement en quelque article de nostre voisinage ^, dont je vouldrois avoir par escript les termes en quoy il en demeura avec le feu prince d'Orange *. Si le pauvre M"" du Faigneu vivoit, il y auroit bientost pourveu, mais possible que M"^ de Boissise du jourd'huy ne sera pas marry de vous faire ce plaisir à vous ^.
' Pierre IV, dit le Cérémanieux , fils et 1601, fut ambassadeur extraordinaire en
successMir d'Alphonse IV, régna de i33& n Allemagne en 1609, en Hollande en 1618
1887. et mourut le 27 décembre 16a a. Ses négo-
* Jean de Thumery, sieur de Boissise, ciations sont conservées à la Bibliothèque
naquit le 3o avril lô/ig. Il fut reçu conseiller nationale (fonds français, 4i98).
au parlement de Paris en 1598. Il était con- ' La ville d'Orange est relativement voi-
seiller d'État et intendant des armées lorsqu'il sine de la ville d'Aix, la distance étant
fut nommé ambassadeur auprès de la reine représentée par trois heures de chemin de
Elisabeth; il arriva en Angleterre le a 3 oc- fer.
tobre 1698 et eut sa première audience le * Maurice de Nassau, mort en t6a5.
1" novembre; il fut rappelé en décembre ' Vol. 716, fol. i7>.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Il y a huicl ou dix jours que je vous accusay en fermant une mienne despesche l'arrivée de la vostre du 6 et 7""^ de ce nioys et deux jours aprez M' Marcliier print la peine de m'apporter l'autre vostre du i3""=, laquelle il avoit enlevée à Lyon de vive force des mains de Mens' de Fetan, le tout trez bien conditionné, le Foscarini, le i*' volume du Mercure fr[ançois], le Sulpitius ', les prières de Gérard^, l'examen de la généalogie de lN[ostre] S[eigneur] et autres pièces qui y estoient joincles, toutes lesquelles nous ont bien donné de l'entretien et du plus agréable, aussy bien que cez pouvoirs et advis de divers endroicts, dont je vous remercie trez humblement, mesmes du mémoire que vous m'avez daigné faire sur la matière des Kalendriers, lequel m'a estonné et faict advoiier que je n'en avois presque rien, eu esgard à une si grande quantité de bons autlieurs que vous y avez désignez, dont je ne sçaurois espérer d'en ramasser de ma vie seulement la moitié. Mais pour le moings si vous rencontriez l'Hyppolyti episcopi canon paschalis de Scaliger, Leyden iBgB, li"^, le Kalendrier de Lucas Gauricus U°, Venize i552*, celuy de Pilatus présenté au concile de Trente, de Basle i568, U° et les Fastes de Vignier 1 580, Paris ^ je n'aurois pas
' Le Sulpice Sévère imprimé par les Elzevier, dont il a été déjà plusieurs fois question
' Nous avons déjh trouvé plus haut ( lettre LXIX) mention des Medimiones sacrœ de Jean Gerhard (Leydc, iCay, in-24).
^ Le Canon de saint Hippolyte avait été publié pour la première fois par Joseph Scaliger dans le De emendatione lemponmi (Paris, i583, in-fol.).
* Le mathématicien et astrologue Luc Gauric, né en mars 1 ^76 à Gifoni (royaume de Naples), mourut h Rome en mars i558. Le calendrier de L. Gauric a été r-éimprimé dans ses œuvi-es complètes (Bâie, iSyS, 3 vol. in-fol.). Voir sur Gauric les Mémoires de Niceron (t. XXX).
' Nicolas Vignier naquit h Troyes en i53o et mourut à Paris en mars iSgG. Il composa non seulement les Fastes des anciens
tant de regret au reste. Je soulois avoir ie Paulus Crusius de epochis 8" Basle 1578, que je ne trouve plus. Si vous en rencontrez un, j'aymeray mieux courir ie hazard de l'avoir double que de prendre la peine de chercher davantage le mien, et vous prie d'en faire aultant de ceux de Mestlinus\ de Georg. Germanus et de Volphius^ ensemble de l'apologie de Clavius^ contre ledict Mestlinus li° i588 ". Au cas que vous en rencontriez sans vous mettre en peine d'en faire de recherche. J'ay veu le cathalogue du contenu au dernier ballot que vous m'avez envoyé dez le 7"^ de ce moys et ne puis que demeurer confus de voir tant de diligence et de sollicitude que vous apportez à tout ce qui me concerne, faisant grand cas de cette consulta tiou de Navarrete qui ne sembloit pas pouvoir tomber jusques à moy dans la presse que Mess" du Conseil y avoient mise. Au reste vous y avez inséré la vie de Ximenez sans attendre si la nostre seroit parfaicte, qui nous est bien du reproche de ne vous avoir encores sceu donner satisfaction pour la coppie des livres du Concile, à cause que l'escrivain estoit allé en Arles avec les fiebvres quartes et n'a peu encores s'en revenir et je faisois scrupule de le faire achever d'autre main que la sienne pour ne diminuer la foy de cet extraict. Il me faict espérer de venir à ce moys d'octobre. Cependant je vous supplie d'excuser et pardonner tant de
Hébreux, Grecs et Romains in -4° (ïabaraud, dans la Biographie universelle, donne h ces Fastes la date de i588), mais encore une Chronologie en 3 vol. in-fol.
' Michel Mœsllinus fut professeur de mathématiques à Heidelberg, à Tubingue, et mourut en i65o.
' Dans tous nos recueils biographiques on chercherait vainement des renseignements sur Volphius, Germanus, Paulus Grusius, Pitatus.
' Christophe Glavius, né à Bamberg en i538, entra dans la compagnie de Jésus en i555, et mourut à Rome le 6 février 1613. Il est souvent question du savant mathématicien dans les Lettres françaises inédites de
Joseph Scaliger ( 1 881 . Voir surtout p. 1 87 , 188).
* Novi calendani Romani Apologia, adversus Michaelem MœstUnum Gœppingensem , in Tubigensi Academia Mathemalicum , duobus libris explicata ( Rome, 1 588, in-8°. Mayence , 1613). Mœstlinus avait publié deux écrits contre le P. Glavius, le premier en allemand, le second en latin (i586). R écrivit aussi (i588) contre le P. Possevin (toujours au sujet du Galendrier grégorien). Voir di\ers détails bibliographiques sur cette polémique dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésvs (t. I, 1869, col. lagi).
retardements et vous remercie tousjours de vostre Ximenes et de cette bibliothèque bodleiane ', bien que je ne sçay encores que c'est, parceque je suis curieux de toute sorte de catalogues de bons livres. J'ay veu par mesme moyen le bordereau des livres d'Elzevir et luy suis bien redevable de cette souvenance, ayant prins plaisir à cet examen de généalogie et croyant que ce Vossius de liistoricis latinis sera trez bon ^. Je vouldrois qu'il se mit à imprimer de ces livres de prières catholiques, pourveu que ce ne fust pas de ce petit caractère comme pourroit estre ce Cornes Theologus de feu M'' Pithou ', ce Thésaurus precum de Paris S cet Enchiridion precationum, etc. Simonis Verrepaei^ et autres choses semblables, et possible que si on luy en donnoit l'advis il ne le negligeroit pas. Cependant je vous supplie de me faire achepter et envoyer par le premier, s'il se trouve bien net, ledict Enchiridion Verrepaei. Il y a un petit Kalcndrier au commencement, qui est bien gentil et bien commode. Je pense que la Noue l'avoit imprimé dez i6oi in 12, mais s'il s'en trouvoit de plus grosse lettre je l'aymerois encores mieux. Je vous supplie par mesme moyen de faire chercher s'il ne se trouveroit poinct par hazard quelque exemplaire de la bonne édition de Douay de ce Promptuarium theologicum , etc. seu Catheses Mathaei Galeni etc. ab Andréa Groquetio exceptae et concinnalae'^. Lequel on a reimprimé à Lyon in 4°, mais si mal correct
' La bibliothèque de l'université d'Oxford était déjh une des plus riches de l'Europe.
' Nous avons vu qiie Gérard-Jean Vossius publia un ouvrage en trois livres sur les historiens latins, en 1697, h Leyde Çm-li').
^ Cornes theologus, siée spicileffiiim e.v sacm Messe, Paris, iSgo, in-16; Paris, i6o8, in-16. C'est, selon les Mémoires de Niceron (t. V, p. 67) <»iin excellent recueil des sentences des Pères sur les principaux points de religion et de piété chrétienne 1. La réimpression réclamée par Peiresc ne fut donnée qu'en iC84 (Paris, in-ia, fort
augmentée), Pierre Pithou, l'auteur de ce recueil, naquit à Ervy (Aube) en ligô, et mourut à Troyes en avril i55'i.
' Non mentionné dans le Mamiel du li~ braire.
' Brunet cite sous le titre (V Enchiridion (t. il, col. 971-972) un petit livre de prières , à l'usage du diocèse de Salisbury, qui , dit-il , est fort rare en France. On l'a imprimé .H Paris en iSaS, in-ii4, en i53o, etc. Ce ne doit pas êlre le recueil dont Peiresc parle
' Matthieu Galen ou Galien, prévôt de Saint- Amé de Douai, et chancelier de l'uni-
que cela est par trop importun , et le libvre sembloit bien mériter une bonne édition, car il n'est pas prolixe et traicte assez noblement les principales matières de celte proffession, à mon gré. Je ne douljte pas qu'il n'ayt esté imprimé et possible souvent reimprimé ez païs où les éditions sont plus correctes qu'en France ' et spécialement à Lyon. Or pour venir à vostre lettre , mon pauvre relieur n'a garde de prétendre aulcune competance^ avec vostre Gascon, qui ne faict que des chefs d'œuvre au prix de touts les autres de sa profession'. Le nostre se contente et moy aussy que sa besoigne puisse passer entre les curieux comme n'estant pas du tout indigne de tenir rang entre celles qui ne sont pas des pires, si elles ne sont pas des bonnes. 11 n'est pas moings glorieux que moy d'avoir sceu que ce livre ne vous ayt pas semblé si mal relié. Je suis en bonne espérance d'en avoir un autre exemplaire, c'est pourquoy vous ne debvez avoir aulcun regret que je vous aye envoyé le premier qui m'est tombé en main, et puis j'en ay tiré tout ce que j'en tireray possible jamais de ma vie quand je le garderois un siècle entier. Je ne vous ay pas moings d'obligation de tant d'excez de bonne volonté. J'ay l'entrée du feu roy à Metz en petit in fol." qui s'est trouvée empacquettée tombée derrière une estage de cabinet ^ sans relier, laquelle viendra tout à poinct pour y mettre derrière celle de
vereité de cette ville, naquit à Westcapel (Zélande) et mourut vers ibjd. Le Moréri cite l'oraison funèbre faite par son collègue le docteur Thomas Stapleton, imprimée en 1676, in-8°, et renvoie aux ouvrages bibliograj)biques de Valère André et de Le Mire.
' C'est-à-dire à Paris et dans la région (lu Nord , le nom de France désignant alors toute la partie de notre pays qui était audessus de la Loire.
* Compclence dans le sens de compétition , concurrence, rivalité. Ce sens est indiqué dans le Dictionnaire de Littré, qui cite à ce sujet une phrase du cardinal de Retz et une phrase de Saint-Simon.
' D'après ce témoignage, le grand relieur était en pleine possession de sa gloire dès l'année 1627. On sait si peu de choses sur Le Gascon que ce simple renseignement a son importance.
'' Voyage du Roy à Metz, l'occasion d'ice-
tuy : Ensemble les signes de resjouyssance
faits par ses Hahilans, pour honorer l'entrée
de Sa Majesté, par Abraham P'abert. (S. I.,
1610, in-fol.)
^ Peiresc veut parler de quelque meuble composé de (ablettes disposées par étages. Notons que le mot étage a toujours été masculin.
Mad* de la Valette ', puis que c'est en mesme pais et en niesme forme et le volume en sera mieux proportionné. J'estimeray bien la coppie ms. de l'advis de du Moulin coUationnée de vostre main et seray bien aise de la pouvoir joindre à mon recueil de tant d'autres bonnes pièces de mesme subject qui sont escrittes en pareille forme. Jusques là que quand mesmes j'eusse eu l'imprimé, j'eusse esté homme pour le faire transcrire un jour, afin que mon recueil ? peult contenir en son rang et ordre cette pièce là en un mesme volume, et toutefois ma maladie de curiosité est si mal satiable^ que je n'aurois pas plainct l'escu que vouioit Biaise pour avoir l'imprimé et le prendrois encores de bon coeur, s'il n'estoit vendu. Vous ne me pardonnerez pas ce coup là, je m'asseure, et aurez grande raison, mais pourveu que je n'eusse pas de plus grande maladie d'esprit et de corps que celle là, je serois bien fier et crois bien que vous ne m'en vouldriez pas mal pour cela.
Le libvre nouveau de la quadratture du cercle m'est eschappé des mains pour le soubsinettre à l'examen du prieur de la Valette, qui pippe* en cez mathématiques, lequel s'en estant vanté avec M'' Valois'^
' Gabrielle- Angélique, légitimde de France, fille naturelle du roi Henii IV et de Henriette de Balzac, marquise de Verneuil, femme, depuis le la décembre i6aa, de Bernai-d de Nogaret de la Valette et de Foix, le futur duc d'Epernon, morte le ih avril 1697, après avoir, à^Ielz, ville dont son mari était gouverneur, mis au monde (1 h février de la même année) Louis- GUarles-Gaston de Nogaret de la Valette et de Foix, duc de Candalle. La pièce indiquée par Peiresc ne figure pas dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale, on l'on trouve, en revanche (t. Vlll, p. 4oq, n° 48ii) : Combat d'honneur concerté par les un éléments sur l'heureuse entrée de M"" la duchesse de La Vallette en la ville de Metz; ensemble la réjouissance publique concertée par les tiabitants de la ville et du pays sur le même sujet
(s, 1., i65a, in-fol.). Discours composé par le R. P. Jean Motet, natif de Briançon.
' On ne voit dans le Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Carpentras l'indication d'aucun recueil comme celui que désigne ici Peiresc.
' Le mot satiabk manque h nos vieux dictionnaires, notamment au recueil de Riclielet comme au recueil de Trévoux.
* Piper dans le sens de l'emporter, par une métaphore prise de l'habileté à jouer des pipeaux, comme l'explique très bien Liltré, qui cite, sous le mol piper, le vers du Menteur de Corneille :
En matière de fourbe il est mattre, it y pipe.
' Jacques de Valois , trésorier général de France à Grenoble, est mentionné comme un grand astronome par Hilarion de Cosle
(je pense que vous le cofjnoissiez, il est au comte de Sault ' et se mesle de faire des observations célestes qu'il avoit commancées à l'instance de feu Snellius^ avec qui il avoit de fjrandes habitudes), il se l'est laissé prendre et qui pire est, emporter à Grenoble, sans l'avoir achevé de voir. Je crois bien que ledict S"' Valois ayant plus de loisir, plus de santé et plus de vigueur que l'autre il pourra y vacquer plus assidiiement, mais je ne desfcrerois pas jamais à son jugement à l'esgal de celuy de l'autre qui a l'esprit merveilleusement fort et une science grandement solide et une grande cognoisçance de tout ce qui nous est demeuré de meilleur de toute l'antiquité concernant les mathématiques et de ce que les plus récents y ont adjousté de plus recevable. Celuy qui m'a vendu le livre m'avoit promis de m'en envoyer un autre exemplaire de Lyon, mais il n'en a rien faict. J'avois prié M'' Godefroy de m'en chercher un parmy les libraires de sa cognoisçance. Il fauldrà voir s'il aura rien trouvé et crois bien que sa responce ne sçauroit guieres tarder de venir. Je vouldrois bien avoir moyen de vous en envoyer promtement un exemplaire et d'en apprendre l'advis de M' Aleaume. Vous asseurant qu'à faulte d'aultre, je vous envoyeray le mien si tost que M' Valois me l'aura renvoyé. Je ne m'estonne pas tant que le livre des médecins contre Madame Bourcier vous soit eschappé dans la multiplicité^ de ce qui court journellement, sçachant bien que cez choses sont enlevées d'un jour à l'aultre et quasi aussy tost estaintes que nées, à mesure que d'autres se mettent sur le tapis. Mais je m'estonne que l'ayant demandé, on ne vous en ayt sceu donner aulcunes nouvelles, car on m'avoit asseuré qu'il s'en estoit veu icy un exemplaire, lequel toutefoys je n'ay sceu voir nomplus, estant passé, ce dict on, ez
dans sa Vie du R. P. Mersenne. Il fut non ' Voir sur Sneli Ja lettre de Peiresc à
seulement le correspondant du savant mi- Dupuy, n° XXXVII. niiiie , mais encore le correspondant de Cas- ' Sous le mot multiplicité , LiUré a cité un
sendi et de Peiresc. texte du xiv' siècle et quatre textes du x\ n',
' Jacques de Valois ëtait attache à la fournis par La Mollie Le Vayer, Patru,
maison du comte de Sault, François de Crë- Nicole et M"* de Sévigné. quy, depuis duc de Lesdiguières.
mains de certaines personnes de la profession qui se le caclient les uns aux autres par jalousie.
J'escriray à Rome pour avoir provision de cez portraicts des abeilles de Ricquius. Je ne trouve plus celuy que m'avoit donné M^"" le Cardinal de Toullon '. Je me doubte que M'' Viaz ^ ne l'ait encores, car il avoit commancé quelques vers sur ce subject qu'il ne s'est pas souvenu d'acbever nomplus que de me renvoyer celte feuille. Je l'eusse envoyée Irez volontiers, puis mesmes que M' Rigault songe à une description particulière des merveilles de cet animal. Mais je pense que nous ne tarderons pas d'en avoir provision de Rome et pour vous et pour luy et pour voz autres amys. Je vous suis bien redevable de la bonne disposition qu'il vous plaict avoir en faveur des filz de M'' le Con[seill]er Olivier, à qui je suis si acquis que je vouldrois bien en avoir rendu quelque bon tesmoignage. Cez messieurs sont si modestes et si craintifs qu'ils ont peur de se produire.
C'est merveille que l'escript des PP. de l'Oratoire concernant leur institut vous ait peu eschapper, aussy bien que leurs lettres, lesquelles semblent debvoir estre passées par le seing de M'' de Lomenie ou de M"^ de la Ville aux Clercs, puis qu'ils ont la maison du Roy en despartement, et si cela est passé par d'autres mains, si fault il en avoir aultant pour en assortir le volume des règlements de la maison du roy qui seroit imperfect sans cela. Je parle comme intéressé, car j'en ay un peu de recueil moy aussy que je tiens de la libéralité de Monsieur de Lomenie depuis le premier honneur qu'il me fit de m'advoûer pour son serviteur. J'entends qu'entre autres fondements ils prétendent que leur église et leur maison soient ung jour enfermées dans l'enclos du Louvre, auquel cas les églises de S' Thomas et de S' Nicolas ne seront pas sans privilèges, et en effet il y a bien quelque charge de conscience
' C'est-h-<lire : l'exemplaire que m'avait ville en 1667. Voir sur ce |)oète le fascicule VI
donne le cardinal Barberin h son passage à des Correspondauls de Peiresc : Ballhazur de
Toulon. Frai. Lettres inédites , éailes de Marseille à
' Balthazar de Vias, né à Marseille le Peiresc, i6i5-i63-j (i883, grand in-8°). 1/4 septembre 1587, mourut dans la même
(aussy bien que de la perte des unguants de la Madeleine) de laisser inutile cette belle salle des Antiques dont personne du monde ne se sert et où il se pourroit faire une si belle et si commode chappelle, car ces deux ou trois antiques qui y sont trouveroient assez de places ailleurs ^ L'invention des lettres que Bautru aux bons motz- commance à faire voir au public soubs des noms d'autheurs si spécieux ^ est bien pour le rendre aussi recommandable en ce siècle tost ou tard comme il pretendoit l'estre autres foys quand il avoit faict les emmeublements d'une maison de secrétaire d'estaf. M'' Rubens est bien plus excusable s'il faict le r'enchery ^ et s'il dict avoir aprins d'un gentilhomme ce dont il estoit possible tesmoing occulaire, puis que de si fraische datte il a esté faict des ordinaires de sa maistresse ®. C'est un bel employ pour M'' Fouquet que l'ambassade des Suisses''. On m'a dict que le frère de M'" de Mesmes s'en va à Venize^; si cela est, je seray bien aise d'en
' Renseignements que ne devront pas négliger les futurs historiens du Louvre et de ses collections. Voir dans les Annales de l'Oratoire (à partir de la 1 ivraison du g 5 juillet i885) une étude fort ample et fort curieuse, intitulée : L'église de l'Oratoire Saint-llonoré.
' Bautru aux bous mois était Guillaume Bautra, comte de Serrant, né h Angers, ou, selon d'autres, h Paris, en i588, mort en mars i665. La meilleure notice que l'on possède sur cet homme d'esprit est celle qui lui a été consacrée par M. René Kerviler sous ce titre : Guillaume Bautru, comte de Serrant , l'un des fondateurs de l'Académie française (Paris, 1876, grand in-8°).
' Aucun des biographes de Bautru, pas même M. Kerviler, ne semble avoir connu les lettres publiées par le futur académicien sous des noms supposés.
' Tallemant des Réaux, dans son historiette : M. de Bautru (t. II, p. 3ià-3a9), n'a pas indiqué ce piquant détail. Rappelons
que, du reste, Bautru fut successivement conseiller au Grand Conseil , conseiller d'État ordinaire, introducteur des ambassadeurs, chargé de missions on Angleterre, en Espagne, en Flandre, en Savoie, etc.
' L'expression /dire le renchéri a été employée par Hamillon, Molière, Scarron.etc.
" Gentilhomme ordinaire de l'archiduchesse-infanle Isabelle-tjlaire-Eugénie , ûlle de Philippe II, gouvernante des Pays-Bas.
' Il s'agit là de François Foucquet, comte de Vaux, conseiller d'Etat, mort en avril i64o, père du surintendant des finances. Le nom de Fr. Foucquet ne figure pas dans la Liste des ambassa deurs , ministres , etc., près la diète et les cantons Suisses {Annuaire de la Société de l'histoire de France pour i8i8, {. \II, 18/47, p. 216).
* Claude de Mesmes, comte d'Avaux, fut nommé en 1627 ambassadeur près la République de Venise. C'était le frère cadet dudi) Henri de Mesmes , seigneur de Roissy.
apprendre des nouvelles certaines, et si c'est le second' que j'ay veu conseiller au Grand Conseil et que j'ay cogneu assez particulièrement, je vous prie de me mander le nom et qualitoz qu'il aura prins, car je pourrois bien luy cscriie quelques loys en ce pais là^
Je vous remercie trez humblement du bon accueil que vous avez daigné faire à M' Gaillard et des bons offices que vous ne cessez de me rendre auprez de M' Priandy et de M'' Hotman, auxquels je suis infiniment obligé de l'honneur de leur souvenir et vouldiois bien avoir moyen de leur rendre quelques bons eiïects du service que je leur ay voiié. Je crains bien que M"^ vostre nouveau premier présidant ne soit aussy empesché de ses contenances que vostre nouveau cardinal^, et pense que cet arrest de la chambre de Spire pour la conté de Saverden ne seroit pas une mauvaise pièce du temps, si tant est qu'elle serve de prétexte à une telle brouillerie qui semble s'apprester de ce costé là. La lettre du Glz de M' Chrestien* m'a semblé bien gentile, et en telles rencontres tout ce qui vient de gents dignes de foy est grandement à prixser. Vous verrez ce qui nous a esté envoyé du costé de Bourdeaux, encores qu'il soit envieilly, et ne crois pas que pour cela vous n'y jettiez volontiers un petit coup d'oeuil pour ])arler à nostre mode. Au reste je sçay fort bon gré à M"' EIzevir de la souvenance qu'il a eiie de moy, et ne plaindray jamais le port des fagots de livres nouveaux, dont le prix est
' Le Iroisièine frère s'appelail Jean-Antoine (le Mesnies, seigneur d'Irval.
' Peiresc, en effet, adressa plusieurs lettres wA Monsieur d'Avaulx, conseiller du Roy en son conseil d'Estat et son ambassadeur ordinaire à Venise». Voir dans le registre 1 des minutes de la bibliothèque d'Inguimbert 1 3 lettres écrites du i a février 1628 au 6 février i633 (fol. 395-399). Le comte d'Avaux est souvent mentionné dans le texte et dans les noies des Lettres de Guez, de Balzac (1873) et des Lettres de Jean Chapelain.
' Le cardinal de Bérulle.
' Voici ce que dit de ce personnage la nouvelle édilion de la France protestante (t. IV. i883, col. 365) : ^rLe fils aîné de Florent Chrestien, Claude, né en 1667, avocat au parlement de Paris, fut presque aussi savant que son père et publia une partie des nombreux ouvrages que celui-ci avait laissés en manuscrit. Il était également en relations d'amitié avec du Plessis-Mornay, Casaubon, Scaiiger [Voir dans le i-ecueil de J. de Rêves une lettre écrite à ce dernier par Claude Cbreslien au sujet des manuscrits de son père]. Il avait épousé Marie Gobelin , etc. ».
légitimement plus grand quand il (sic) est plus nouveau que le commun. Je vouldrois qu'il continuast d'en user ainsin, principalement si l'Eusebe de M' Scaliger s'achevoit de réimprimer et avoir un autre exemplaire de cette pièce de Gomor sur la généalogie de N. S. Je vouldrois bien trouver une pareille correspondance de libraire du costé d'Anvers pour n'en donner l'importunité à M' Rubens. M"" Tavernier m'a envoyé, à ce que je vois par le mémoire contenu en sa lettre du 5 , non seulement ce libvre de Gallot, mais aussy quelques enterrements de ceux que je luy avois demandez et un du roy de Nortvege dont je n'avois pas oiiy parler'. S'il m'eust envoyé celuy de l'archiduc Albert^ et celuy du duc de Lorraine^, j'eusse peu faire relier mon recueil, qui fera un beau volume à mon advis. Il fauldrà encores un peu plus de patiance, car n'y a pas moyen de se passer de ceux là. Il ne m'y parle pas de l'Italie de Hondius. Ce Nobiliario genealogico d'Alonzo" Lopes sera trez bon à avoir; mais pour ce bréviaire mozarabique la cherté est certainement un peu desgoustante, si fauldroit-il voir ce que c'est, si l'édition est belle, s'il y a chose si considérable et s'il est bien conservé, puis. qu'il y en a là tin exemplaire, pour mieux juger s'il mérite la peine d'en faire si exacte perquisition. Je suis tous jours en l'attente de ce qui en aura esté faict par ceux qui s'estoient chargez d'en recouvrer un du pais. Je vous renvoyé les pièces demeurées en arrière dez l'autre foys, mesmes la Passion de S. Agathe, dont j'ay retenu une coppie pour envoyer vendredy à Rome avec l'aenigme de Julian l'Apostat. On m'a envoyé de Toullon une relation du tremblement de terre du 3o juillet dernier^, laquelle sera cy joincte, mais je ne la crois pas, attendu qu'elle faict sauver l'evesque, lequel on vous mandoit avoir esté engloutty avec
' Frédéric II, roi de Danemark et de * Nobiliario genealogico de los reyes y titu-
Norvège, de i558 h i588. los de Espaùa, par Alonzo Lopez de Haro.
' Albert, archiduc d'Autriche, sixième Madrid, tÔQ-i, a vol. in-fol. (ils de Maxiniilien II, (Tendre de Philippe II, ' Tremblement de terre arrivé dans le
né en lôSg, mort en i6ai. royaume de Naples, comme nous le verrons
' Le duc Henri II, dit le Bon, fils de un peu plus loin. Je n'ai pas retrouvé la rela-
Gharles, dit le Grand, mourut à Nancy le tion dans les divers volumes de la collection
3i juillet 162/1. des manuscrits de Peiresc à Caq)entra.s.
toute sa ville. Une relation bien exacte de tout cela seroit bien curieuse, ce nie semble. Noz amys de Rome se conttMilent de nous marquer cette nouvelle, s'en remettant aux relations qu'ils n'ont poinct envoyées, croyant que nous les aurions de deçà, mais je leur en feray des reproches. J'ay esté bien aise de voir le subject que M' Holstenius a de se contenter, mais j'ay esté bien marry de la censure du livre de M' Grotius '. S'il eust usé au moings une foys du terme de parabole et rendu la raison pourquoy il estimoit que sans desroger à la foy qu'elles méritent on peust user du terme de fabellae, il eust fermé la bouche à cez fraltoni"' et n'eust pas moings eu son intention. Encores faut il quelques foys aux choses indifférantes s'acconunoder un peu à la mode, et ne pas porter des longs chappeaux poinctus quand l'usage est receu d'en porter de bien bas et de ronds comme on faict k cette heure ^, encores qu'ils ayent non seulement esté en usaige autres foys mais en crédit. J'oubliois que je ne pense pas qu'il y ayt d'evesché de S. Severo * et que je pense qu'on veuille dire S. Severino ^, qui est archevesché des plus lionwables dans la notice de cez pais là, et par consequant que les relations qui ont esté veiies de ce funeste accidant ont grand besoing d'estre justifiées. Nous n'avons poinct d'autres nouvelles de pardeçà depuis la publication du manifeste de M"' de Rohan, si ce n'est que sa guerre est si modeste qu'il faict faire restitution du bestail, des marchandises et de tout ce qui peult interrompre le commerce et la culture de la terre. 11 a possible quelque appréhension
' De vmtate religionis Chrisliaiuf ( Leyde , 1627, in-ia).
' Pelils moines, moinillons.
' Quiclierat ( Histoire du costume en France, Paris, 1877), s'occupant tle l'ëpoque de Richelieu (ch. xsii), signale, à partir de 16a 4, l'usage pour les hommes des chapeaux bas de forme et h larges bords, en môme temps que le retour des femmes aux coiffures basses.
' San Severo est nne ville de l'ancien
royaume de Naples, à 27 kilomètres de Foggia.
' San Severino, ville des anciens hiats de l'Eglise, sur la Potenza,à a 4 kilomètres de Miiceraln, avec évêché, n'est point le nom qu'aurait dû écrire Peiresc, lequel voulait évidemment parler de Sanla Severina , l'ancienne Siberena , ville de la province de Naples, à /j8 kilomètres de Catanzaro, avec siège archiépiscopal, ruinée par un tremblement de terre en 1788.
LETTRES dp: PEIRESC
de s'eslre trop baslé, voyant que les Aiiglois sont encores si loing de leur conte. Le gouverneur d'Orange' a descouvert, ce dict on, quelque entreprinse sur cette ville là et faict des prisonniers sur ce subject. Aulcuns disoient que c'estoient Blacon'^ et Montbiun^, d'autres l'imputent ailleurs, tant y a que l'on croyoit que S' André'* y avoit esté desguisé à ce qu'on présuppose. Si cez sortes de gents tenoient cette place fortifiée comme elle est, elle tiendroit en escheq trois ou quattre provinces. Les galères d'Algers partirent à la bonne beure des isles de Marseille la nuict du 26 au 26""' et peu d'beures aprez survindrent au mesme lieu six galères de Gènes, lesquelles se mirent incontinant aprez pour leur donner la cliasse et les avoient desja descouvertes, mais elles avoient de l'advaiitage de plus de dix milles et alloient furieusement, de sorte que le temps s'estant un peu renforcé, les galères de Gènes apprebenderent de s'engouffrer aux lignes^ mal à propos et s'en retournèrent aux isles de Marseille, et depuis est arrivée une barque d'Espagne qui dict avoir veu aborder lesdictes galères d'Espagne au cap plus prochain dont j ay oublié le nom, je ne sçay si c'est Collieure*. Voilà une bien cbettive revanclie des nouvelles dont vous nous faictes part, aussy bien que des effecls de voz bons offices, puis que nous avons si peu de moyeu de vous en rendre le trez humble service que
' Ce gouverneur s'appelait de Valkembourg ou de Walkerabourg. 11 mourut tragiquement en juin 1 63o. Voir le fascicule VIII des Correspondants de Peireic conlenaiil des lettres du cardinal Bichi , évêque de Corpentras, et de divers personnages du Cointat Venaissin el de la principauté d'Orange (i885, p. 38, noie à).
' Alexandre de Forest, seigneur de Blacons, né, selon Guy Ailard , eu i56o, fils de Hector de Forest, seigneur de Blacons, gouverneur d'Orange, et petil-lils de Mathieu de Forest, seigneur de Blacons, gouverneur de Lyon.
Jean du l'uy, marquis de Moutbrun.
fils de Charles du Puy, seigneur de Montbrun, naquit vers i568 et mourut vers i638.
' Alexandre du Puy, marquis de Saint- Andrë, fils de Jean du Puy, naquit en 1600 au château de Montbrun et mourut en aoi^t 1678 lieutenant général des armées du roi.
* Mot que je renonce à expliquer, après avoir vainementinterrogénon seulement bien des livres , mais encore des voyageurs qui ont fréquemment navigué sur la Méditerranée.
' Collioure, commune du département des Pyrénées-Orientales, canton d'Argelèssur-Mer, arrondissement de Céret, à 27 kilomètres de Perpignan.
lions debvrions. Bien vous dirai de vous coiiteuler de nostre bonne volonté. Je vous en supplie Irez huniblemonl et de me tenir tousjours, Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc. D'Aix, ce a 9 seplembre 1627.
Depuis j'ay receu d'Avignon une relation du tremblemeut de terre de la Pouille imprimée à Rome, larpielle semble plus croyable. Vous la recevrez avec l'autre. Tant y a que puis qu'on y nomme l'evesché S. Severo, il fault que ce soit le nom vulgaire de quelque nom latin bien différent et obmis dans les interprétations des notices, si ce n'est que ce soit quelque evesché de bien récente création K
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Estant venu un courrier extraordinaire de M" de Fetan il trouva en chemin vostre despesche du 90 et fut cause que nous la receumes un jour plus tost que de constume et je ne l'ay pas voulu laisser retourner sans me prévaloir de cette commodité pour vous en accuser la réception et vous remercier comme je l'aicts trez huuiblement de la continuation de voz soings à nous obliger incessamment et de tant de belles et curieuses pièces qu'il y avoit. Au reste ne plaignez pas les livrets de colleporteurs qui y esloient, car il avoit esté un peu mouillé par un bout et cez livrets avoient porté tout le mal, Dieu mercy, de sorte que les bons papiers n'en avoient poinct esté atteints; et je fis aussytosl jetler dans l'eau tous cez petits imprimez, qui n'en vauldronl
' Vol. 716, fol. 199.
392 LETTRES DE PEIUESC [1627]
pas moiiigs et oui perdu toute la maculature. J'ay esté bien aise que la piornotiou de M' d'Ozaaibray ayt faict place dans son banc à M' de Valletot et vouldiois bien que M' d'Aubray y eust trouvé encores de l'eniploy sinon en la charge de lieutenant civile au nioings en celle de criminel s'il la juge digne de luy, puis que je vois que nieshuy cez charges sont comme des ponts indubitables au mortier. Nos huguenotz du Languedoc conimancenl d'agir plus que devant ayants surprins le lieu de S' Gêniez, qui est assez prez de Nismes^ et qui avoit tousjours valeureusement résisté durant les troubles ])assez et ce fut par un stratagème bien facile : ceux de la ville envoyèrent prier le gouverneur du chasteau de leur permettre une assemblée en l'hostel de ville et de prendre la peine de s'y trouver pour en sa présence délibérer de l'ordre qu'il fauldroit eslablir pour la garde de ce lieu et pour se défendre contre les rebelles perfides. 11 y descendit à bonne foy et si tost qu'il fut dans l'assemblée une vingtaine d'hommes appostez par M' de Rohan l'enveloppèrent et l'enlevèrent prisonnier et le traduisirent^ dans INismes, tandis qu'on alla presser le chasteau, qui fut bien tost rendu. M"" le Marquis des Portes '' a fort regretté cette surprinse. M' de Montmorancy estoit attendu à Bagnols^, où se sont retirez les ofliciers du siège de INismes, pour les y establir soubs le bon plaisir du roy. Brison"*
' Ce maître (les requêtes , fils d'un tréso- remplit le mieux les conditions indiquées
rier de France à Soissons, acheta , quelques par ces mots de Peiresc : cassez près de
anne'es plus tard, la charge de lieutenant Nîmes. nl^e duc de Rohan ne dit rien dans
civil (j6i3) : ce fut le père et la victime ses McmoiVes de la surprise de Sain t-Geniès.
(i666) de la marquise de Brinvilliers (Ma- ' Daiis le sens d'amener, transférer.
rie-Madeleine d'Aubray, qui épousa en 1 65i Littré ne donne aucun exemple de l'emploi
Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers). de cette expression qu'il appelle un terme
" Deux localités du département du Gard de palais,
portent le nom de S.iint-Geniès : la commune ' Antoine-Hercule de Endos, marquis
de Saint-Geniès-deComolas, canton de Ro- des Portes, lils de Jacques de Budos, comte
quemaure, et la commune de Saint-Geniès- des Portes, allait être tué au siège de Privas
de-Malgoires, canton de Saint-Chaptes. Ces (97 mai 1699), étant maréchal de camp,
deux communes appartiennent à l'arrondis- ' Bagnols-sur-Cèze, clief-lieu de canton
sèment d'Uzès, mais la première est h du dépai-tement du Gard, arrondissement
io kilomètres de Nîmes, et la seconde à d"Uzès,à àd kilomètres de Nîmes.
17 kilomètres; c'est donc cette dernière qui ' Joachim de Beauvoir du RouredeBeau-
et autres qui se sont jettez dans Privas et autres lieux d'allentour coniniancent à courir et passer quelques foys le Rosne, de sorte que le courrier prent la traverse par le Ghrest' comme font desja touls les passants sur le chemin de Lyon et les pacquets mesmes du Roy, ce dicton. Les six galères de Gènes qui avoient tant faict de peur à celles d'Alger ont eu leur bonne part de la peur elles mesmes, à cause qu'elles portent en Espagne des dames espagnoles, entr'autres la femme d'un ambassadeur d'Espagne, qui estoit à Gènes. Elles sont hors la chaîne du port de Marseille et s'y entretiennent en attendant le temps bien opportun de leur passage et que cependant les galères d'Alger ayent faicl leur chemin. Lesquelles rencontrèrent en veûe d'Espagne deux barques de Marseille fort richement chargées, non seulement de précieuses marchandises, mais encoresd'afforcereaux, sans leur mesfaire en façon quel- • qu'onque, leur ayant dict d'aller advertir Mess" de Marseille que toute la nation recevroit toujours aussy bon traictement qu'eux, dont on s'estoit fort loiié. Leur gênerai Abrahim Beyt dict à un Marseillais de mes amys de sa cognoisçance qu'il avoit esté autres foys esclave dans Marseille sur la galère Guysarde et y avoit bien soufTer de l'incommodité durant le bastement d'une meterie de l'un de ceux qui avoient commandement dans ladicte galère lors de la mort du feu Roy, et que puys que la ville de Marseille l'avoit veu en telle misère et captivité, il avoit esté bien aise d'y faire maintenant ce voyage, afin que la mesme ville l'y vit triomphante
mont, seigneur de Brison, fils de Rostaing de Beauvoir du Roure, baron de Beaumont, né en 1677, fut assassiné près de Privas, le Il janvier 1628. Voir sur ce capitaine, surnommé le brave Brison, les Mémoires de Bassompierre, de Rohan, et surtout l'ample article de la nouvelle édition de la France protestante (t. Il, 1879, col. 167-178).
' Aujourd'hui Crest, chef-lieu de canton du département de la Drôme, arrondissement de Die, à 3o kilomètres de Valence.
' D'après une note que me communique M. Henri Delmas de Grammont, président
de la Société historique algérienne , le véritable nom de ce général des galères était Ibrahim-Arabadji. Le père Dan métamorphose ce nom en celui de Rapagoy. Ibrahim était fort riche et possédait en propre un des six grands bagnes d'Alger. Il devint plus tard pacha de Tripoli. Les archives de la Chambre de commerce de Marseille possèdent quelques lettres de ce personnage : il s'y déclare ami des Français, ennemi mortel des Espagnols et conclut toujours en demandant des cadeaux (voiles, agrès, vêtements, etc.).
UirUMMII lATlOIIAlK.
39/i LETTRES DE PEIRESC [1627]
Nous fismes vendredy l'ouverture de nostre parlement où M' nostre archevesque print la peine de se trouver et ouyt bien faire M' nostre premier présidant d'Oppede. Il est arrivé à Marseille depuis devant hier une galère du Pape venue de Messine chargée de balles de soye pour divers particuliers et dict on qu'il en doit venir deux autres bien tost. L'ordinaire d'Avignon passa vendredy matin pour Rome et emporta voz deux pacquets pour M'' de Bonnaire ^ dont le dernier estoit arrivé le soir précédant tout à poinct pour cette commodité là. J'envoyay par mesme moyen la feuille de Pline de M"" Rigault et le libvret de Goniar sur la généalogie de N. S. avec une coppie de cette passion de S'^ Agathe et l'original de l'exposition de cet aenygme de Julian l'Apostat, et escrivis des suppléments du Procope et ceux de Nonius, de la continuation de la coppie des Assises de Hierusalem et de tout plein d'autres curiositez. J'ay esté infiniment aise d'apprendre par la lettre de M"" Rubens qu'enfin il fust venu un dessein du camayeul de Mantoiie que j'avois faict demander avec tant d'instance à M"" Guiscardy par M' du Puy vostre frère et par M"' Priandy en faveur dudict S' Rubens, mais j'en eusse bien voulu avoir une veiie ou que vous me l'eussiez faict contretirer par quelque peintre. S'il y a moyen d'en retirer une empreinte, comme je l'avois demandée et comme la demande encores M"' Rubens, il fault tascher de nous la faire voir avant que la faire tenir en Flandres, ou plustost voir de la faire mouller à Paris par l'entremise du S'' Tavernier en présence de quelque persone confidante pour empescher que le moulleur n'en retienne d'autres empreintes, de peur que cela ne despleut à cez mess" d'ItaUe. Je crois bien que la taxe de 1 5 l[i]b[res] pour ce Nobiliario genealogico^ soit un peu excessive, mais il n'y a remède, si ne faut-il pas qu'il tienne à cela s'il vous plaict que nous n'en ayons un s'il s'en trouve. Mais pour le Bréviaire Mozarabique, puis que M'' de Thou en a eu de l'envie, il me seroit bien messeant de courir sur son marché, oultre que je suis tousjours en attente si l'on
' Le beau-frère de Barclay, mentionné dans la lettre n° V de Dupuy (7 septembre 16a 6). — ' Le Nobiliaire d'Alonzo Lopez.
m'en aura achepté un sur le pais, suyvant qu'il m'avoit esté promis. Je vous avois escript l'aultre jour pour l'exemplaire imprimé du Conseil de Du Moulin, et depuis il m'en a esté promis un qui est ez mains d'un homme qui aymerà mieux un almanach que cela, de sorte que si ne l'avez encores achepté, il ne sera pas de besoing de le faire, sinon, s'il est achepté, il n'y aura pas grand daumage, quelque amy sera bien aise de l'avoir. 11 me reste à vous remercier comme je faics encores de tout mon cœur du livre faict à l'honneur de feu Mad" de la Valette ' et de l'honneur que vous me faictes de m'advoiier. Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 3 octobre 1627.
J'ay faict voz recommandations à M' Marchier, qui vous remercie de l'honneur de vostre souvenir et m'a chargé de vous faire ses recommandations trez humbles et à Monsieur du Puy vostre frère, à qui je joindray, s'il vous plaict, les miennes avec celles de mon frère, lequel j'avois hier prié d'escrire un mot à M"' de Lomenie (pensant que le courrier partit tandis que j'estois à la ville) pour accompagner un papier dont je crois bien qu'il vous fera part aprez en avoir retenu coppie. Il y est faicte mention d'une exposition d'un secrétaire du roy d'Angleterre aux Rochelois, que je vouldrois bien avoir attrappée. M'' de Rohau avoit offert la lieutenance générale en Daulphiné pour les églises à M"^ de Montauban^ qui l'a refusée généreusement^, disant qu'il veut
' Au sujet de son entrée dans la ville de Metz.
* Hector de la Tour du Pin Montauban était le quatrième fils de René de la Tour, baron deGouvernet, et dTsabeau de Montauban. Dernier chef militaire des protestants dauphinois, il avait été nommé gouverneur de Mévouillon le ao mars 1617, gentilliomme de la chambre du roi le 3o septembre de la
même année et gouverneur de Montélimar à la mort de son père (1 3 décembre 1 6 1 9 ). 11 rendit, après quarante-six purs de siège, la forte place de Mévouillon (septembre i6a6) en échange de considérables avantages.
' Ce refus fut peut-être encore plus prudent que généreux, car le gouverneur de Montélimar n'avait qu'à perdre dans une nouvelle révolte.
396 LETTRES DE PEIRESG [1627]
servir le Roy, ce que j'apprins hier de sa femme S laquelle est icy venue voir sa mere^. Je vous remercie de la première feuille de ce livret de jure regni d'A. Irvinus'. Je m'imagine que le reste de l'œuvre ne sera pas de grande contenance, puis que le premier chappitre est si court, et que l'on le vous fera tenir à mesure que l'édition s'advancerà. Faictes, je vous prie, mes excuses à M"" Rigault pour ce coup cy, on [ne] me donne pas le loisir de luy escrire comme je pensois pouvoir faire. Cependant la dernière despesche me vint bien a propos pour m'en prévaloir en celle de Rome, où j'escrivis aussy pour avoir des lunettes à regarder les abeilles *.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Vostre despesche du 28"" septembre n'arriva icy que dimanche dernier 1 0 de ce moys tandis que mon frère estoit allé accompagner à Marseille M. nostre Archevesque, oià je luy envoyay un petit extraict de ce qui y pouvoit estre de sa curiosité, à mon accoustumée, dont il tesmoigna me sçavoir bon gré, car encores que les nouvelles se fussent un peu envieillies par les chemins, ils en estoient un peu affamez en cette conjoncture là. Il est party ce jourd'huy de cette ville pour aller fere sa visite au lieu de Joucques à quattre lieues de cette ville, dont il est seigneur temporel et spirituel'', ce qui n'a pas esté sans quelque regret de ce qui n'estoil poinct arrivé de nouvelles de la Cour avant son
' Hector de la Tour du Pin avait épousé les EIzevicr publièrent (Leyde, 1627, in-18)
Isabeaii de Sauvain, (ille de Pierre de Sau- un traite intitulé : De Jure re/pti diascepsis.
vain, seigneur du Ghejlard, de Soyans, etc. * Vol. 716, fol. 173. Voir à VAppcndice
" Sa mère s'appelait Jeanne de Grasse et quatre lettres de Dupuy, écrites le 5 , le 8 ,
appartenait à une famille provençale. Jeanne, et deux le 19 octobre 1627, n" \XX1II,
devenue veuve , se retira dans son pays XXXIV, XXXV et XXXVI.
natal. ' Aujourd'hui Jonques , commune du can-
' Alexandre Irvinus était un Ecossais dont ton de Peyrolles dans l'arrondissement d'Aix ,
départ. Celles de l'ordinaire du S"" debvoient estre venues dez hier, et toutes foys il est desja nuict close, de sorte quelles ne viendront pas meshuy de ce jour. M' de Fetan n'a voulu contracter pour l'establissement de nostre nouvel ordinaire sans avoir mandement spécial de M"" d'Almeras, ce qui retardera ce bon œuvre de plusieurs semaines. Touts les papiers et livrets contenus en vostre pacquet vindrent fort bien conditionnez, il n'y eust qu'un petit coing un peu attaint de pluye, laquelle n'intéressa que certains meschants cahiers de cez imprimez, et avoit un peu touché l'inventaire des œuvres prodigieuses de ce Campanella'; mais je les fis à l'heure niesme jetter dans l'eau par mon ï'elieur comme ils font quand ils lavent leurs livres , de sorte qu'il n'y resta aulcun vestige de maculature, dont je fus bien aise, carj'avois grand regret de ce papier, et je vous en ay marqué l'inconveniant pour le prévenir dezhorsmais avec des enveloppes de maculatures par dessoubs vostre couverture de pacquet, tant que fere se pourra.
Je vis avec un plaisir singulier toutes cez belles et curieuses pièces, principalement celles du a o et 27 aoust, en quoy je me trouve si redevable à vostre charitable soing de nous en fere part que je ne sçay plus de remerciments propres à vous en exprimer mon obligation et mon sentiment, à quoy je joindray encores celle du Rivius, que vous me dictes avoir arraché si à propos de ce maudit païs d'Angleterre, lors qu'on s'y pouvoit le moings attendre au fort de la guerre et que tout commerce estoit cessé. Or pour respondre à la lettre que vous escrivites à mon frère, je suis bien aise que la grappe de muscat bigarré blanc et rouge soit arrivée de par delà assez bien conditionnée pour estre veiie en sa beauté et goustée en sa bonté. Il y en avoit autres foys eu en ce païs en plusieurs lieux, mais on en avoit laissé perdre la race par négligence et je n'en sçaiche plus qu'en un lieu ou deux. Je crois bien ce que dict M"" de Malemaison de cez raisins communs, qui
à aS kilomètres de celte ville. La seigneurie ' Le mot prodigieuses , si je comprends
de Jouques, après avoir longtemps ap[)ar- bien la pensée de Peiresc, s'applique bien
tenu aux arcbevéques d'Aix, passa dans la plus au grand nombre des ouvrages de Gam-
maison d'Arbaud. panella qu'à leur extraordinaire valeur.
398 LETTRES DE PEIRESG [1627]
ont des grains rouges et blancs, et lui aurois de l'obligation s'il en recouvroit quelques marcottes de M"^ son frère , estimant qu'ils feroient comme vous dictes beaucoup meilleur effet de par de ça avec nostre soleil , qu'ils ne peuvent faire là avec le vostre ; ou c'est que j'ay souvent veu des raisins rouges et blancs et mi partis sur une mesme grappe, mais non pas en la manière de ce muscat, ains comme si c'estoit le deffault du soleil ou de la challeur, qui en eust faict rougir quelques grains entiers et commencer à rougir quelques autres sans avoir peu achever de leur fournir la couleur parfaicte nomplus que la maturité, en quoy la differance est fort grande des uns aux autres, d'aultant que les grains mi partis de cette sorte de muscat ont l'assemblage des deux couleurs tranché si net l'un contre l'autre, comme si cela estoit faict de deux esloffes assemblées ou avec un pinceau, de ce que les autres que je veux dire ont l'assemblage des deux couleurs insinuées l'une dans l'autre comme la rougeur de quelques pommes à peu prez, et pour les grains qui sont tout rouges ou tout blancs de ce pais là, il ne me souvient pas d'avoir veu qu'ilz fussent disposez et rangez par estages comme sont cez muscats de deçà, où il se peult recognoistre une estage de grains touts blancs entre deux estages de grains tout rouges et quelquefois plusieurs de tels estages successivement.
Il fault faire un peu expliquer M'" de Malemaison ou M'' son frère sur cez differances là et s'enquérir de quelle race de raisins sont les siens, qui se mipartissent ' de la sorte pour juger de la comparaison. Nous en avons icy d'une sorte qu'on appelle boumestres ou poumestres, lesquels ont la charnure quasi aussy ferme que la poume et qui sont fort gros et fort excellents au goust; mais quelque grand soleil qu'ils ayent, ils ne meurissent jamais tant que leur couleur soit entièrement rouge, ains les grains semblent touts mi partis mais avec grande confusion du rouge dans le blanc et du blanc ou plustost du verd dans le rouge, et enfin de toute autre façon que celle de cez muscats bigarrez que vous
' Littré ne cite qu'un seul emploi du verbe rr Et eux-niesmes agitas de deux opinions mt-partii; l'emploi qu'en a fait d'Aubigne' contraires qui mi-partissaient les esprits de dans cette phrase de son Histoire universelle : leurs chefs, n
avez veu. Je ne crains si ce n'est que la grappe qui vous a esté envoyée ne se soit trouvée flestrie et les grains froncez ou riddez,ce qui auroit bien diminué la beaulté de ce fruict, principalement aux grains mi partis et aux blancs, lesquels ont des petites veines ou filaments rouges en leur superficie, qui ne sont pas ordinaires. Je vous prie de me le mander si vous vous en estes apperceu. Quant à mon voyage des champs vous aurez veu par mes dernières qu'il ne fut pas bien long et depuis mon retour je n'ay sceu prendre la commodité d'y retourner comme j'avois desseigné. Je vaulx si peu que c'est pitié et ay bien de la peine à desrober tant soit peu de temps pour moy. Pour ce qui est du desnombrement de voz despesches, si mon frère a obmis de vous accuser cejle du 20 aoust, je pense que je ne l'auray pas obmise dans celle que je vous envoyay du 19 septembre, dans laquelle vous aurez trouvé un papier que vous n'aurez pas esté raarry de voir si ne l'aviez desjà eu. Lequel fut suivy d'un autre aussy important que celuy là dans une despesche du 3 de ce moys, laquelle en aura, je m'asseure, r'attaint une précédente du dernier septembre, car c'estoit par un courrier extraordinaire du S"^ de Fetan, et maintenant vous en aurez encor un troisiesme qui mérite bien de n'estre pas supprimé et qui met aulcunement en bredouille ceux qui ayment la brouillerie.
M"' de Rohan avoit faict semblant de partir de Nismes pour aller du costé de Castres avec quelques trouppes mais il changea d'advis en chemin et s'en retourna. Ses gents avoient exécuté quelque entreprinse sur un lieu des environs du S' Esprit S dont le chasteau fut secouru fort à propos par ceux de la garnison du S' Esprit et de Bourg sur le Rhosne ^ de sorte que les ennemis furent heureusement rechassez. Le parlement a receu lettres du Roy pour faire mainlevée des deux galères de Savoye qui s'estoient faictes à Marseille, ce qui fut ordonné par délibération de la compagnie dez lundy dernier. Les six galères de Gènes com-
' Pont-Saint-Esprit, clief-lieu de canton ' Bourg-Saint-Andéol , chef-lieu de can-
du département du Gard, arrondissement ton du dt'partement de i'Ardèche, arrondis-
d'Uzès,h33kiloniètresdecette ville, h 53ki- sèment de Privas, à Sa kilomètres de cette
lomètresdeNîmes,surlarivedroiteduRh(ine. ville, sur la rive droite du Rhône.
mandées par Galeazzo Justiniani\ qui avoient donné la chasse à celles d'Algers, aprez estre revenues à Marseille, s'en allèrent jusques au port de Bouc^ pour y attendre le bon temps el donner loisir à celles d'Algers de faire pais. Cependant il en arriva une septiesme de la squadre^ de DoriaS laquelle portait un parent dudict Doria en Espagne, laquelle passa oultre avec un des six de la republique, sur laquelle estoit la femme de l'ambassadeur de Gènes résidant à Madrid, et les autres cinq s'en retournèrent à Marseille et puis en Italie. Quant cette septiesme arriva à Marseille on avoit creu qu'elle fust de celles du Pape, mais on s'estoit equivocqué. Il est vray que deux jours aprez y arrivèrent les cinq galères du Pape commandées par le Comandeur Nary, frère du favory du légat, et mirent en terre deux cents hommes des recreùes que le Pape envoyoit en Avignon sur l'advis de la déclaration de M'' de Rohan. Quant M"" nostre Archevesque alla à Marseille, lesdictes galères y estoient encores et luy ne fut quasi pas si tost arrive en la maison du S' de Valbelle^, où il alla loger, qu'incontinant ledict Commandeur INary y fut pour le venir visiter et luy rendit de grands honneurs. M'' l'Archevesque luy alla rendre le lendemain sa visite dans la galère avec toute sorte de correspondance de courtoisie. J'ay prins grand plaisir de voir la lettre de M' de Thou que je vous renvoyé avec mille mercys. 11 Ai'en a escript une fort ample et fort obligeante du i de ce moys, où il me desduict ce qui l'avoit porté à ce voyage de Constantinople et commant il s'y estoit laissé engager, sans respondre aux inconveniants que je luy avois alléguez, ce qui me faict croire qu'il fera encores le voyage nonobstant la secousse qu'il a eiie de la picotte *,
' La famille Justiniani a foui'ni de tout temps de célèbres hommes de mer. Voir l'article Justiniani dans le Moréri.
^ Port-de-Bouc est dans la commune de Fos, département des Bouches-du-Rliône, arrondissement d'Aix, à 6o kilomètres de Marseille.
' C'est la traduction même du mot italien squadra. Peiresc est ici bien en retard , car
le mot escadre était alors depuis longtemps employé , et on le trouve même déjà dans les Mémoires de Philippe de Commines.
* André Doria, prince de Melfi.
'" M. de Valbelle était un lieutenant de l'Amirauté. J'ai vu une lettre que hii adressait Peiresc le 7 février 1628 (Minutes de Carpentras, registre VI, fol. 367).
' Liltré se contente de dire sous le mot
dont il a bien de quoy rendre grâces à Dieu d'en estre eschappé à si bon marché. Monsieur Servien, qui est de sa caravane, a escript depuis peu au lieutenant Valbelle de Marseille qu'il ne laissoit de continuer le dessein de son voyage de Gonstantinople et que la maladie de M'" de Tliou n'empescheroit pas qu'il ne fistaussy le voyage luy mesmes, et de faict ledict S'' Valbelle luy a envoyé diverses lettres de change et de recommandation en Levant. Je vous envoyerois la lettre de M"" de Thou si je luy avois faict responce, mais ce sera par le premier. Cependant je vous envoyé celle du Card[in]al Barberin afin que vous voyiez comme il parle de M' Holstenius et de M' Rigault aussy sur le subject de son observation sur le lieu de Tertuliian et de l'édition qu'd me promettoit du Candidus et du Victorinus, dont vous luy ferez part, s'il vous plaict. M. Soarez^ m'escript que l'on continue la transcription de tout le livre des Assises, mais qu'il a faict anticiper la transcription des cliappitres de généalogie pour me les envoyer les premiers. Il me faict grande instance de la part dudict seigneur cardinal pour la recherche de ce qui se pourroit trouver des vieux exemplaires mss. des conciles grecs et latins, et m'y recommande fort l'exactezza. Je vous supplie d'y songer et d'y employer voz amys. 11 me faict encore une recharge pour le Philo Bizantinus de spectaculis orbis, et adjouste que M' Holstenius se faict admirer aux plus doctes qui sont ou abordent en cette cour là, et qu'il est fort bien venu et grandement aymé dudict S' Cardinal qui recognoit ses vertus en sorte qu'on ne pense pas qu'il demeure sans recompance. Le S"' Aleandro m'escript de mesme datte que ledict S"" Holstenius s'estoit trouvé un peu mal, que luy n'avoit pas manqué de luy remonslrer qu'en ce païs là on ne pouvoit pas mettre tant d'assiduité et de ferveur à l'eslude comme en France et adjouste cez propres
picote : rrUn des noms populaires de la va- cuei! que le mot est dans Rabelais et dans
rioie. » Il y aura désormais à citer un exemple Cotgrave. Ajoutons qu'il est aussi dans les
de l'emploi de ce mot qui n'est pas dans le dictionnaires provençaux de M. Gabriel
Dictionnaire de l'Académie, mais que l'on Azaïs et de M. Frëdëric Mistral, trouve dans les Dictionnaires de Richelet et ' On sait qu'il s'agit Ih de Joseph -Marie
de Trévoux. On rappelle en ce dernier re- Suarès, le futur évêque de Vaison. I. 5i
termes : so ben dire à V. S. che si è acquistato et tutta via s'acquista gran crédite apprezzo questi letterati^ J'ay pareiliement receu lettre de Dooi du Puy, de Gapri du 3 septembre, où il faict mention de ce tremblement de terre de la Fouille et qui parle de se rendre à Rome à ce moys de novembre, non qu'il ne fust desjà lors en estât de pouvoir faire voyage, mais pour n'y trouver encores les chaleurs, dont je me suis bien resjouy, jugeant bien que sa santé va beaucoup mieux que de coustume.
On escript de Gènes du 8 octobre que deux jours devant un courrier d'Espagne y avoit fort consolé tout le monde avec des nouvelles que le roy d'Espagne se portoit bien, lequel on avoit creu à l'extrémité de la mort^. Icy le bruict estoit venu de divers endroits de la coste d'Espagne qu'il avoit esté tué de nuict allant en garroûage'. Au reste j'ay receu un petit ballot de livres que M"" Godefroy m'a acheptez à Genève, entre lesquels y a un second exemplaire de la Rome de Fabricius frippé mais qui souffrira commodément une seconde relieure et l'astronomie de Copernicus restaurée par MuUerus in 4°, de sorte qu'il ne fauldrà plus vous mettre en peine. Il y avoit aussy un volume du Mercurius Gallobelgiciis de l'an 1626, mais il s'est equivocqué, ayant prins celuy de la foire de Pasques, lequel vous m'aviez desjà envoyé, au lieu de celuy de septembre, que je luy demandois; il le fauldrà reparer et la perte n'en sera pas grande. Il y a un Ignatius grec et latin de Vedelius*, qui pourroit estre bon, si les commentaires ne le gas-
' Je puis bien dire à Votre Seigneurie qu'il s'est aajuis et qu'il continue h s'acquérir grand crédit auprès de tous nos lettrés.
' Philippe IV, qui régnait depuis le 3i mars i6ai, n'était alors âgé que de vingt-deux ans. H devait mourir âgé de plus de soixante ans, le 17 septembre i665.
' Riclielet explique ainsi ce mot : n courir la nuit pour faire la débauche», et il cite ce vers du P. Commire :
Lui qui jamais ne fat en garrouage.
Le Dictionnaire de Trévoux indique ainsi
l'étymologie de ce terme familier et populaire : tril est allé en garouage, cela signifie originairement, il a couru comme un loup-garou. 1) Littré confirme l'étymologie indiquée par Trévoux et fait venir garouage de garou.
" Nicolas Vedelius, né dans le Palatinat, fut professeur en philosophie et ministre à Genève; il professa ensuite à Deventer (i634), puis h Franeker (i638),etil mourut dans cette dem ière ville en 1 6 4 9 . Voir l'article Vedelius dn Dictionnaire critique de Bayle.
tent S et un autre livret du mesme autheur Vedelius de tempore utriusque episcopatus Pétri ^. J'ay receu par mesme moyen un petit fagot de M'"Buon, ou il n'y a que trois sortes de livrets in 8" de sa boutique, cet Ecclesiaste de Guibert, cez essais de [ ]^ et la vie Nostre Dame
de Marcassus, ensemble le texte de la dernière édition de l'Histoire de Mess" de S'^ Marthe in folio* sans commencement ne fin. Il n'y a rien de Mathieu comme il vous promettoit. Je n'ay peu prendre le loisir de voir ses factures pour luy escrire et espère que ce sera par la prochaine commodité, Dieu aydant, et que vostre autre ballot du 7 septembre ne tardera pas de venir, les dernières lettres que j'ay de M"' Gardon estant du 5°*'' de ce moys , api-ez laquelle datte lesdicts roulliers du 7"°^ seront arrivez bien tost dans Lyon. Quant au mémoire des œuvres de Gampanella j'ay esté ravy d'admiration de voir une si grande multiplication^ d'ouvrages, et vouldrois bien que le nepveu les fit imprimer en corps pour en avoir l'assortiment entier, les bizzareries de cet homme ayant quelques foys de irez bons fondements. Je ne vous pourray pas renvoyer l'inventaire de ses œuvres à ce coup , si le pacquet part si tost comme dict M"^ nostre premier présidant le vouloir faire partir, mais s'il tarde demain, je pense qu'il sera achevé de transcrire , et sur cejefiniray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur et de M' du Puy vostre frère,
DE Peiresc.
D'Aix, ce sammedy au soir 16 octobre 1697.
' Notce in epistolas îgiwlii. Genève ,1698, m-W.
' Commentarius de tempore utriusque Episcopatus Sancti Pétri, Antiocheni et /?omnni (Genève, 162 4).
' Peiresc a laissé en blanc la place d'un mot. Faut-il croire qu'il voulait parler des Essais du chancelier Bacon, dont une édition avait été donnée récemment h Londres (1636, pet. in-4°)? Rappelons qu'une traduction des Essais avait paru quelques années auparavant : Essays moraux, traduits
en français par le sieur Arthur Georges, chevalier anglais (Londres, 1619, in- 16).
* Histoire généalogique de la maison de France, La 1" édition est de 1619, in-4°. Il s'agit ici de la seconde édition en 2 vol. in-fol. , qui porte la date de 1 6 9 8 , mais dont , comme il arrivait souvent, quelques exemplaires avaient déjà paru dans les derniers mois de 1697.
' Multiplication est ici pour multiplicité. C'est ainsi que Michel de Montaigne a parlé de tria multiplication de nos inventions".
Je pensois pouvoir escrire à M"" Rigault, mais on m'a desrobbé tout mon temps à mon grand regret. Je vous supplie de lui faire mes excuses et à M' du Lis', à qui je vous prie d'envoyer les deux anagrammes cy joincts de M' BiHon^ par quelqu'un des vostres qui iuy baise les mains de ma part et Iuy face mes excuses. Vous suppliant d'envoyer par personne bien asseurée le pacquet cy joinct de M"" Guittard, dans lequel j'ay bazardé dix pistoles. Excusez moy de tant d'importunités réitérées.
Monsieur le premer présidant a emmené mon frère à sa maison de la Fare^ lorsqu'il vous pensoit escrire et m'a laissé disposer de cette journée, mais j'ay esté diverty de mille costez. Cependant vous aurez tousjours vostre inventaire de Gampanella avec toutes les autres pièces et mes remerciments trez humbles de tant de faveurs. Ce dimanche 17™* octobre 1627.
Il m'est venu un pacquet de Lyon de M"" de Fetan du vendredy 8"® qui fera saulter l'expédition des vostres du 5 de ce moys arrivées le g"* à Lyon jusques à mercredy dernier pour le moins et par consequant nous ne les aurons pas devant mercredy prochain et peult estre vendredy avec celles du 12'™. Dans ce pacquet de M' de Fetan j'ay ey des lettres de Venize avec l'imprimé du tremblement de terre que je vous envoyé et la carthe de cette portion de la Fouille que je pense
' Charles du Lis a déjà été mentionné dans la lettre de Peiresc à Dtipuy, du 96 juillet 1626, n° XX.
' Thomas de Billon était un avocat d'Aix qui, en 1692, présenta au J\oi, en cette ville, un recueil de 5oo anagrammes sur le nom de Louis XIII, recueil qui avait déjà paru en 1616 et qui reparut "en 162/1 [Sibylla gallica, seu félicitas seculi, justo régnante Ludovico : auctore Thom. Billonio. Paris , Buon , in-fol. — Secunda edilio auctior, 1624, in-fol.). Dans le Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Carpentras, Lambert indique (t. II, p. 9o5)un poème latin de cet
auteur : Thomœ de Billon, Rupella domita ; une pièce autographe intitulée : Viri Senatoris illustrissimi Claudii Nicolai Fabry, Guistriœ abbatis et Pelrisci domini, vera effigies anagrammatismo expressa [^. 906); d'autres anagrammes autographes en l'honneur du même {Ibid.)\ un sonnet imprimé au chevalier de Guise sur son entrée en la ville d'Aix (p. 910).
^ La Fare est une commune du département des Bouches-du-Rhône, arrondissement d'Aix, canton de Berre, à 38 kilomètres d'Aix.
estre la niesmes que vous avez receûe de M"" de Thou, c'est pourquoy je ne ia vous ay pas envoyée.
De crainte que Mess" Seguiran et d'Agut ne fussent partis pour suyvre la Cour, je ne leur ay osé adresser les pacquets cy joincts que je vous recommande pour cette foys sans consequance^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur, Me voicy retombé dans les mesnies faultes du temps passé , m'estant laissé surcharger tout d'un coup de tant d'arrérages qu'il n'y escherroit plus d'excuse si vous n'estiez si honnestes comme vous estes et si disposez de pardonner à voz amys et serviteurs quelques manquements qu'ils puissent commetlre, quand ce n'est pas à faulte de bonne volonté comme en ce faict. La dernière despesche que je vous ay envoyée estoit du 17™ du passé, par laquelle je vous accusay la réception de voz lettres du 28 septembre. J'ay depuis receu toutes celles qu'il vous a pieu m'envoyer de touts les mardys d'octobre à sçavoir du 5, 12, 19 et 26, laquelle ne vint qu'hier, et encore une d'un vendredy, qui estoit le 8"*, avec lesquelles nous eusmes plusieurs volumes, entr'autres le 2 tome du Mercure François, le Phyllargus, les élévations du Cardinal de Beru^e^ le Rivius, la Bibliothèque de Naudé^ le voyage de Drach, les opuscules de Mullerus, Discepsis Irvini de jure regni d'El-
' Vol. 716 , fol. 176. Voir h l'Appendice, principales de sa suitte et des plus signalées
n° XXXVII , une lettre de Dnpuy du 1 9 oc- en sa/aveur et en son Evangile. . . ( Paris, chez
tobre 1627; n° XXXVIII, une lettre du N. Buoii, 169.7, in-ia). a novembre; enfin n° XXXIX une lettre du ' h'Advis pour dresser une bibliothèque
<) du raéme mois. d^jh mentionne dans la lettre de Dupuy
' Elévation àJe'sus-Christ Nostre Seigneur, {Appendice, n° XXXVI), et qui a été rtîim-
sur la conduite de son esprit et de sa grâce primé sur la seconde édition (Paris, t644)
vers Saincle Magdelaine, l'une des personnes par Isidore Liseur (Paris, 1876).
i06 LETTRES DE PEIRESC [1627]
zevir in 2 4° jusques à ia 36°"= page inclusivement (qui me faict juger que le livre n'estoit pas achevé d'imprimer et qu'en son temps la suitte pourra venir), le Mercurius Gallo-belgicus de la dernière foire avec le cathalogue de Francfort, et oultre ce tout plein de cahiers et papiers trez curieux, dont nous ne sçaurions vous rendre aulcuns assez dignes remerciments, attendu la rareté de tant de belles pièces et l'excez de vostre honnesteté parmy touts vos bons offices et charitables faveurs, où vous contribuez tant de peine et tant de soing que vous nous rendez touts confus et hors de moyen de nous en pouvoir revancher aultrement que par des souhaicts qu'il plaise à Dieu vous rendre le centuple de voz bienfaits et nous donner de quoy nous acquitter au moings de quelque petite parcelle de tant d'obligations dont vous nous comblez incessamment.
Or pour respondre à voz lettres, celles du 5 et 8°"= vindrent ensemble avec celles du i 2"% en un temps que noz gents de Rians^ avoient faict une grande deputation des plus apparants de leur lieu pour nous venir semondre de régler et transiger avec eux sur touts les différents qui pou voient naistre à l'advenir entre nous pour raison des droicts seigneuriaulx et prétentions i-eciproques , ce qui nous engagea à la recherche et visite des vieulx tiltres et documents, tant de nostre maison que de leur communaulté pour examiner une infinité de choses et adviser aux moyens d'accommoder le tout amiablement, dont nous espérions sortir en peu de jours , mais ce sont des besoignes qui croissent tousjours plus qu'on ne sçauroit prévoir, à cause que la resolution d'un poinct faict naistre des nouvelles diffîcultez lorsqu'on s'y attendroit le moings, mesmes ayant à faire à beaucoup de textes qui portent divers advis et sentiments selon leurs différentes humeurs et dispositions^. Tant est que cela nous a tenus mon frère et moy depuis quinze ou vingt jours dans la plus grande subjection que nous eussions eue de long temps, et comme nous pensions en sortir d'un jour à autre nous
' Voir une note sui" cette localité dans la lettre de Peiresc à Dupuy du 8 novembre i6a6, n" XXV. — ' Allusion au : Tâl capita, tôt sensu*.
différions aussy par mesme moyen de satisfaire à nostre debvoir en vostre endroict; mais voyant que cela traisnoit tant et ayant sceu qu'il se preparoit une despesche de nostre compagnie, j'ay creu que je courrois trop de fortune de me rendre indigne de la continuation de voz grâces si je differois davantage de vous escrire, et les ay priez de me donner du relasche pour aujourd'hui affin que j'y peusse vacquer, ce qu'ils m'ont accordé assez mal volontiers, à cause qu'ils sont à gros fraiz icy hors de chez eux, mais si fauldra il qu'ilz praignent patiance, puis qu'ils me la font prendre à moy et qu'ils m'ont empesché d'aller passer l'esté S' Martin à Beaugentier \ aussy bien que le moys d'octobre, comme j'en avois faict le dessein. G'eust esté vous laisser trop long temps en peine de la réception de voz lettres, qui estoit un inconveniant encores plus grand et moings tollerable. Gela m'a empesché à mon grand regret de pouvoir escrire à noz amys, en quoy j'auray bon besoing que vous m'aidiez à trouver quelque excuse auprez d'eux, principalement envers M"^ Rigault et M' Godefroy qui m'a bien obligé par la communication du dessein de son ouvrage du commerce, espérant de luy envoyer à la première commodité tout ce que je poiirray avoir de son goust, bien marry du retardement et que ce ne puisse estre plus digne de luy. Le P. Vassan aura aussy ses cahiers du mss. fidèlement. J'avois désiré les faire transcrire par homme qui fut exacte en l'orthographe de ce siècle là et attendois le retour de mon homme d'Arles, qui me promet de jour à autre de venir pour quelque sienne affaire et par mesme moyen achever les cahiers qui restent du troisiesme volume du concile de Trente (pour n'en diversifier le caractère) et puis despescher cez cahiers du P. Vassan et entreprendre le MS, de Guill. Tyrius en vieil language françois, dont je vous avois escript cy devant^, mais si cela presse, je chercheray quelque autre copiste assez patiant pour cecy.
Le Phyllargue a bien donné de l'entretien agréable à M' nostre
' Peiresc écrit toujours Beatigentier le nom que nous écrivons aujourd'hui Betgentier. Voir sur cette terre sa lettre XXV à Dupuy, du 8 novembre i6a6. — ' Voir sur Guillaume de Tyr la lettre du 5 juin 1 627, n° LVI.
/j08 lettres de PEIRESC [1627]
Archevesque, à M'' Marchier, à l'abbé de Foy, qui est icy avec train magnifique, et à plusieurs autres de noz amys, aussy bien qu'à nous mesmes, et aprez je l'ay envoyé delà les monts, où je crois qu'il sera trez bien receu. Ce Balsac meritoit bien de tomber en telles mains, il nous tardera de voir la seconde partie. Je n'ay encores peu jetter les yeulx sur les Fragments de son Prince ^ mais je me doubte bien qu'il n'y apportera pas plus de circonspection qu'à ses autres ouvrages ^.
Je plains infiniment la mort du pauvre M' Aleaume et que ses livres et instruments^ n'ayent peu tomber en main de persones qui en peussent avoir le soing qu'ils meritoient. Mon frère a bien manqué là en cette rencontre aussy bien que moy. 11 falloit que le Roy acbeptast tout cela pour en mettre à la Bibliothèque ce qu'il y avoit de plus rare et pour le moings les ouvrages de feu M'' Yiette* et ce qui estoit encores de la façon dudict S'' Aleaume surtout son livre de perspective avec son grand compas, son libvre des lunettes et miroirs et ce qu'il avoit faict de l'aymant et de ses belles esguilles aymentées tant verticales qu'orizontales, oii M'' de Lomenie et M"^ de la Ville aux clercs se sont chargez de grands reproches d'avoir laissé eschapper cela de leurs mains, qu'ils debvoient avoir d'authorité en toute façon. Je me serois bien rançonné pour cela si j'y eusse esté et si j'eusse veu que ceux à qui il appartenoit mieux qu'à moy n'y fissent leurs diligences requises.
' Le Prince , dont les fragmeuls circulaient dès les derniers mois de 1 6 a 7, ne parut qu'en i63i (Paris, in-i").
^ Peiresc avait bien raison, et Balzac manqua tellement de circonspection, qu'il fut censure par la Sorbonne et qu'il dut se résigner à opérer de considérables suppressions dans la seconde e'dition de son livre (Paris, Toussaint du Bray, 1689, in-8°).
' Instruments de mathématiques et de physique. Nous avons déjà rencontré le nom du savant collectionneur dans la lettre à Dupuy n° LXIX.
' François Viète naquit en i54o à Fon-
tenay-le-Comte (Vendée) et mourut à Paris en février i6o3. Voici comment Pierre de L'Estoile (^Registres-Journaux, édition Jouaust, t. VIIl, p. 64) annonce son décès : rtM. Vielte, Maistre des Bequestes, homme de grand esprit et jugement, et des plus doctes mathématiciens de ce siècle (le chroniqueur aurait pu dire le plus docte), mom-ust, en ce mois, h Paris, aiant, selon le bruit commun , vingt mil escus au chevet de son lit. 11 passoit l'aage de soixante ans." Les œuvres du précurseur de Descartes furent réunies en i646 par F. de Schooten (1 vol. in-foi.).
C'est une grande perte pour ce siècle et pour la postérité n'en sera pas moings si cez papiers ne tombent en mains charitables et soigneuses d'en faire ayder le public. Je me repents infiniment que je ne luy envoyay le livre de la quadrature du cercle aussy tost que je l'eus, car il eust eu assez de loisir d'en examiner une partie et d'en dire son advis, que nous n'aurons pas facilement d'un tel personage. Ce fut un malheur pour nioy de l'avoir laissé lors sortir de mes mains, mais je ne pensois pas qu'on me l'emportast de la sorte hors du pais, et ne s'en est poinct trouvé d'autre exemplaire à Lyon ne à Genève. Dieu sçait s'il n'en viendra poinct avec ceux de la foire dernière, car cez guerres du Tilly rompent, je m'asseure, tout commerce de ce costé là, d'oià il s'en pouvoit attendre. Puisque je suis tombé sur ce propos de la dicte foire, je ne passeray poinct au reste sans vous dire qu'à l'ouverture du cathalogue j'y trouvay cez Tables Rudolfines de Tycho et de Keplerus que l'on a attendues si im|)atiemment depuis une vingtaine d'années et desquelles je vous supplie me retenir un exemplaire s'il est possible d'en avoir et qu'ils ne soient enlevez avant l'arrivée de cette mienne despesclie, ce que je crains bien. Que si le prix n'en est pas trop grand j'en achepterois volontiers deux exemplaires pour en accommoder de l'un M' le prieur de la Valette, qui est fort versé en l'astronomie, comme aussy du Snellius', Doctiinae triangulorum, etc. lih. IV de Leyden in-8°. 11 y a encores Fasti Danici d'Olaus Vormius ^, f", Vitembergo ^, qui pourroient bien estre bons, si le pais de Dannemarch y a contribué quelque chose de l'exactesse de feu Tycho Brahe, et une nouvelle uranometrie ou Coelum stellatum christiannm Jullii Schilleri , etc. , Beyeri d'Auspourg, qu'il fauldrà encores voir si le prix en est tollerable, pour voir comment ils auront faict le changement des figures célestes
' Voir sur Snell la lettre de Peiresc à tembre i654 dans la capitale du Dane-
Dupuy inscrite sous le n° XXXVII. mark.
' Olaus Worm naquit h Arhus (Jutland) ^ Fasti Danici, universam tempora compu-
en mai i588, fut professeur au collège de tandi ratioiiem antiquitits in Dunia et vicinis
Copenhague, médecin du roi Christian V, regionibus obsercatam exliibentes. Le recueil
chanoine de Lunden et mourut en sep- reparut en 1643, in-fol.
tMfAtMKnir XATIOUALI.
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payennes en chrestiennes \ et s'ils y auront retenu les vrayes dimentions et grandeurs des estoilles avec leurs distances et principalement pour les signes du Zodiaque ce qu'ils y auront peu subroger. En un feuillet à part je feray extraire dudict cathalogue et des deux précédants les livres qui me peuvent estre plus duisables, n'y ayant pas grande chose oultre ceux là dont je fusse bien friand, si ce n'est ce Laurea Austriaca Juin Belli, f°, de toutes cez guerres de Bohême et du Palatinat, ce commentaire de Jo. Hemelarius^ sur les médailles d'or du duc d'Arscot^ et ce Tarich ou Généalogie arabique des Galyphes et autres potentats des Perses et des Turcs de W. Schikardus, Tubingae*, que nous attendrons impatiemment en son temps.
Je vous renvoyé vostre carthe de l'Apouille avec mille mercis en ayant eu une pareille de l'édition de Venize. C'est une rencontre si
' Le P. Jules Schiller, de l'ordre des ermites de Saint-Augustin, né à Augsbourg, joignit, en 1627, h la nouvelle e'dition de XUranometria nova de Jean Bayer (d'Augsbourg), publiée pour la première fois en 1 6o3, le Coelum stellalum christianum; il y substitua aux dénominations empruntées à la mythologie païenne des noms tirés des saintes Écritures, donnant, par exemple, aux douze signes du zodiaque les noms des douze apôtres, etc. Voir Delarabre, Histoire de l'astronomie moderne, t. II, p. 298.
' Jean Hémelar ou, comme l'appelle M. Ruelens, Jean de Hemelaer, né à la Haye en i.58o, chanoine en 1607 à la cathédrale d'Anvers, mourut le 6 novembre i655. Bayle (Biclionnaire critique) l'appelle run fort savant homme n. Paquot lui a consacré un article dans ses Mémoires. Il fut l'ami et le correspondant de Juste Lipse et de Rubens ; il fut aussi très lié avec Grotius.
' L'ouvrage est intitulé : Imperatorutn romanorum , a Julio Cwsare ad Heraclium usque, numismala aurea, Excell. nuper dum viveret
Caroli ducis Croit, etc. (Anvers ,1627, in-4°. seconde édition.) La première édition est de i6i5 (Anvers, in-4°). Voir sur cet ouvrage d'abondants détails dans la brochure de M. Ch. Ruelens sur Nicolas Rockox (Anvers, i883, p. 19-22).
* Guillaume Schickard naquit près de Tubingue en avril 1692, étudia et professa dans cette ville et mourut en octobre 1 635. Labouderie [Biographie universelle) parle ainsi du livre de ce célèbre orientaliste : r Tanch , hoc est, séries regum Persiœ , 1628, in-4°. C'est la traduction d'une partie d'un ancien manuscrit arabe , en forme de rouleau de i5 pieds de long, qui se conserve aujourd'hui dans la bibliothèque de Wolfenbiiltel. Schickard l'enrichit d'un savant commentaire.» Voir sur G. Schickard, qui fut l'ami et le correspondant de Gassendi, l'ouvrage de Bougerel déjà plusieurs fois cité. Peiresc adressa quelques lettres à Schickard. On en garde six h Garpentras ( registre VI des minutes, fol. 101-1 1 1). Ces six lettres appartiennent aux années i634 et i635.
déplorable et accompagnée de tant de circonstances merveilleuses quand ce ne seroit que pour rendre quelque raison s'il est possible de la difl'erance des secousses plus ou moins grandes en lieux dont le voisinage ou l'esloignement sembloit devoir produire d'autres effects, que je pense que l'affaire meriteroit de bien exactes recherches et examens de tout ce qui peult servir à l'esclaircissenient et mémoire d'un tel accident. Il me souvient qu'en venant de ÎS. D. de Lorete, ou pour mieux dire, d'Ancone vers Ravenne, toute cette coste de mer, quand nous passions sur des collines, estoit remplie de grandes et effroyables crevasses et bien proffondes, qui me faisoient dez lors appréhender des grandes ruines et changements en cez pais là au moindre tremblement de terre qui peust arriver.
Je suis bien aise que la diligence du S'' Berger ne vous ayt pas esté dezagrcable; s'il avoit mieux de quoy vous tesmoigner sa bonne volonté, il dict qu'il ne s'y espargneroit pas.
iNous venons d'avoir la déclaration du Roy contre M'' de Rohan, laquelle a esté incontinant mise soubs la presse K Je crois bien que vous en aurez eu de pardelà aultant et plus tost que nous, mais à tout hazard, puis qu'elle est dattée du camp de Nestray^et adressée à Thoulouse, j'ay creu vous en debvoir envoyer quelque exemplaire., quand ce ne seroit que pour la diversité de l'édition, ne doublant pas qu'on ne l'ait imprimé à Thoulouse et bien tost contrefaicte à Paris. C'est une pièce bonne pour le recueil des pairs et le procez qui se fera en suitte ne le sera pas moings. Je ne sçay si on l'aura voulu envoyer à Castres', attendu leurs primeurs en celle du S' de Soubize contre qui ils pouvoient procéder sur la simple notoriété de sa rébellion, quand il n'y ettst eu aulcune déclaration du Roy, tant s'en fault qu'ils deubsent prétendre l'original des lettres patentes de S. M. J'ay grandement plaint M' de Maussac le filz d'avoir rencontré la
' La Déclaration du rvi contre te duc de du dc'partenient de la Charente-Inférieure,
Rohan , ses complices et communautés adhérents canton de la Rochelle, à h kilomèU'es de
à sa faction, est du i4 octobre. cette ville.
' Nestraij est Ik pour Aytrd, comnume ' Ville où siégeait la chambre de TÉdit.
Al'i LETTRES DE PEIRESC [1627]
persone de son père en lieu où il s'en devoit si peu doubler et crois certainement que sa faulte est tout à faict inexcusable; mais je plains bien aultant et plus l'affaire de M' le Prev. : il ne faict pas bon s'attaquer à un corps puissant ny le mespriser, mesmes tandis qu'on est encores à leur mercy,
J'ay prins grand plaisir de voir le tiltre de ce livre de Naples, où Ant. Garacciolus a recueilly cez anciennes chronologies de cez pais là, dont j'ay une fort particulière curiosité'; c'est pourquoy vous ne me pouviez pas procurer de plus agréable pasture, et suis fort aise aussy qu'ayez trouvé le Nonnius de re Gibaria ^.
Vous avez fort bien faict de prendre le restant de la partie de la D'^ de Lignage pour acquitter les parties de cez libraires, je feray r'affraichir le crédit de ce costé là , ayant grand regret que ce Nobiliario vous soit eschappé, car Dieu sçait s'il en reviendra plus : à tout hazard envoyez nous le tiltre du livre pour juger aulcunement de ce que c'est.
Je ne plains pas tant ce bréviaire mozarabique, oultre que je ne suis pas hors d'espérance d'en avoir un jour un du païs mesmes en suitte des asseurances qui m'en avoient esté cy devant données.
Je m'estonne que ce Moreau^ n'ayt pas ouy parler de réplique contre la Dame Boursier, car il y a des gents si asseurez qu'ils soubstiennent l'avoir veiie.
Ce Naudé* monstre bien qu'il n'a veu la clarté que par un trou,
' Le père Antoine Carracioli , de l'ordre des Théatins , publia , en 1 6a 6 , in-i°, Nomenclator et Propykain quatuor anttquos Chronoloffos. Les quatre chroniqueurs dont s'occupe le docte religieux en ce recueil devenu très rare sont Hérempert , moine du Mont-Cassin ; Lupus Prolospata; l'anonyme du Mont-Cassin; enfin, Falcon, notaire du sacré palais.
' Sur Nonnius et son De re cibaria, voir ci-dessus la lettre LXXIL
' Ce Moreau, comme dit dédaigneusement Peiresc, était, nous l'avons vu, un grand bibliophile , et , h ce titre , digne d'être
mieux traité par son illustre confrère. Du reste, quelques relations s'établirent bientôt entre les deux collectionneurs , et le registre IV des Minutes de Garpentras contient sept lettres écrites, du h janvier 1629 au 6 novembre i634, tfà M. Moreau, docteur en médecine à Parisn (fol. 779-774)-
'' Encore une désignation presque injurieuse que Peiresc aurait bien regrettée et bien désavouée plus tard, si l'on en juge par les lettres qu'il écrivit à Naudé dans les dernières aimées de sa vie (Minutes de Garpentras, registre V, fol. 9-38).
comme on dict', puis qu'il a parlé si perfunctoirement des persones dont la mention debvoit principalement rendre son livre recommandable. Je vous remercie pourtant de son livre, dont j'eusse esté plus affamé, si je ne l'eusse veu.
Le cahier imprimé en Flandres est bien d'importance pour le temps, je l'ay faict transcrire et le vous renvoyé avec mes humbles remerciments et quelques autres pièces demeurées cy devant en arrérages.
Je jugeois bien que M"" Bignon trouvcroit quelque chose de son goust au livre des Assises. La collation que vous promettez de faire sur l'italien ne pourra estre que trez utile. J'attends si nous n'aurons pas quelque cahier du texte par le prochain ordinaire, qui passera demain, Dieu aydant, pour le moings des chappitres des généalogies cy devant promises.
Je vous remercie encores de la souvenance que vous voulez conserver de l'empreinte du camayeul de Mantoiie. 11 fault avec la patiance venir à bout des choses si difficiles comme sont celles là.
Je suis estonné de ce qu'on vous a dict des desseins de M' d'Aubray à Rome et ne le sçaurois imputer qu'à quelque traverse trop opiniastre en ses amours, combien que dans Testât des choses présentes, s'il songe à la vaccation ecclésiastique, il y a si peu de concurrans de sa volée qu'il pourroit bien se rendre digne de bon employ en ce païs là et espérer aux honneurs, auxquels sont parvenus les cardinaux d'Ossat et de Marcomont.
Voilà pour voz trois despesches du 5, 8 et la'""" du passé. Restent celles du 19 et 26. C'est une bonne fortune pour moy que vous ayez rencontré cez fastes de Vignier et cez Kalendriers de Gauricus et crois bien que le Verrepaeus se trouvera un jour soit chez M"' Buon ou autre, mais je m'estonne qu'il ne se soit poinct veu de ce Promtuarium theologicum ou Cathecheses Galeni de l'édition des Pais Bas. Il fault voir d'en faire escrire en ce païs là pour sçavoir ce que c'est, si quelque bon
' La même locution proverbiale a été sais rien, je ne vois le monde que par un employée par Voltaire dans une lettre h son trou, de fort loin et avec de très mauvaises ami d'Argental, du ih mai '1764 : tfJe ne lunettes. n
docteur de Sorbonne n'en a, pour en sçavoir l'édition et le tillre s'il y avoit quelque differance.
N'ayez nul regret à l'Histoire^ des Païs Bas de Carlo Coloma, car je ne l'ay pas, et en cez choses de petit prix, quand bien on courroit fortune d'en avoir de doubles, l'inconveniant n'en est pas considérable au prix du desplaisir qu'il y a de les avoir laissez eschapper quand on les apporte de loing.
Ce MuHerus qui a faict ce petit Compendtum geometncum a nom Jacobus et n'est qu'un alleman, qui n'est pas, je m'asseure, comparable à ce Nicolas hollandois, mais il n'y a pas grand danger et est si succint et si net que je pense que l'acquisition n'en est que bonne.
Pour le voyage de Drach, le tiltre porte l'augmentation d'une seconde partie cappable de le rendre recommandable, mais quand il n'y en auroit pas eu, tousjours serois-je bien aise de l'avoir en cette forme, car je n'en avois rien que dans les grands recueils des voyages in fol. J'ay depuis rejette les ieux sur cette seconde partie et trouve que c'est une espèce de supplément de choses bien destachées de sa navigation, mais il y a tout plein de curiositez, dont aulcunes semblent bien dignes de mémoire pour ce peu que j'en ay rencontré par iiazard, et je suis homme pour envoyer delà les monts l'exemplaire que m'avez envoyé, vous priant de m'en envoyer un autre pour moy.
J'ay regretté le pauvre M' de Fancan ^, encores que je ne l'eusse jamais cogneu, et regrette bien encores son frère l'Anglois*. Si vous en apprenez autre particularité, vous m'obligerez de m'en faire part.
' C'est-à-dire à avoir acheté pour moi l'Histoire, etc.
" En écrivant cette plirase , Peiresc a-t-ii voulu déplorer la mort de Fancan h la Bastille? En ce cas, cette mort, dont l'époque a été vainement cherchée et au sujet de laquelle l'eu Léon Geley, dans la monographie déjà citée, a pu dire seulement qu'elle est antérieure au mois de juin 1 6a8 (p. 3o8), serait de la fin d'octohre 1627. Mais Peiresc
a plutôt voulu dire qu'il regrettait que l'on eût emprisonné Fancan, qui était malade à la Bastille , et ce qui justifie cette interprétation , c'est qu'il va se servir du même mot regretter au sujet du frère et du compagnon d'infortune de l'auteur de In Chwniyue de* Favoris , lequel , comme on le verra dans la note suivante, devait hientùt être mis en liberté.
' Dans le Journal de BicheUeu, il est
Quant à M"" de Thou, je ne pense pas qu'il se puisse empescher de fere son voyage de Levant, puisque h petite veroUe ne luy en a peu oster l'envie. Il me tarde de voir par le prochain ordinaire à quoy il se sera résolu.
J'ay veu la lettre de M" Holstenius et je suis bien marry de n'avoir de meilleur moyen de le servir et de nie rendre digne de tant de bon gré qu'il me tesmoigne; mais c'est l'excez de son honnesteté. Il m'a escript quasi en mesmes termes sur le mesme subject la plus obligeante lettre qui se puisse voir, que je vous envoyé, avec celle dudict S'' de Thou. Ils ont maintenant mes responces, car en toute façon je ne pense pas que M"' de Thou ayt voulu partir avant l'hiver.
Sur vostre dernière lettre du 26, aprez vous avoir remercié comme je faicts trez humblement de tant de curieuses pièces qui l'accompagnoient et de la bonne nouvelle du voyage de M' de la Ville aux clercs à N. D. de Liesse^ qui présuppose son entière guarison, dont je me suis resjouy infiniment, et du voyage aussy de M'" le Pelletier, qui me faict espérer qu'il pourroit bien descendre jusques icy, il fauit que vous me permettiez de me plaindre un peu de l'excessive et surabondante peine que vous vous donnez pour tenir conte de l'argent du prix de mes livres. En quoy, soubs vostre correction, vous me faictes un peu de tort et m'osterez enfin la hardiesse de recourir à vous aussy librement que je ferois si vous en usiez autrement; car il suffiroit qui vous pleut tenir en un sachet à part l'argent que je vous feray tenir et tant
appelé tfle sieur de Dorval-Langlois» et aie sieur de Fancan-Langioisi. On mentionne dans ce Journal son emprisonnement et son élargissement. L'auteur de Fancan et la politique (le Richelieu dit (p. 3o4) : «Le malheureux Fancan a été frappé, non pas seulement dans sa personne, mais dans sa famille. Il avait un frère, Doreal-Langloys , qui fut, peut-être par son influence, intendant de la maison du cardinal. La correspondance publiée par M. Avenel renferme deux lettres d'affaires adressées par Richelieu à son in-
tendant (I, p. 7o4, 743)». M. Geley reproduit {ibid.) une lettre écrite d'une chambre de la Bastille, le ai juillet iGaj, signée Langlois, oii justice est demandée au Cardinal. Le môme auteur a trouvé aux archives des Affaires étrangères une autre lettre, écrite à Richelieu le ao juin i6a8 par un autre frère des deux prisonniers, lequel signe Dorval.
' Aujourd'hui commune du département de l'Aisne , arrondissement de Laon , canton de Sissonne, h i5 kilomètres de Laon.
qu'il durera l'employer aux livres et coppistes dont vous vous prevauidrez pour mon conte, et quand il n'y en aura pîus, nous tascherons de restablir nouveau fonds sans vous charger la mémoire de touts cez divers contereaux et marchez de livres singuliers, qui est une subjection que je ne sçaurois prendre pour moy mesme; c'est pourquoy je porte impatiement de vous y voir opiniastrer, et vous supplie d'en user comme je vous dicts, à sçavoir de tenir mon argent séparé en lieu où vous puissiez mettre la main quand les occasions s'en présenteront, sans vous amuser à cez roolles, parmy lesquels vous ne sçauriez si bien faire que vous n'en oublyiez souvent des articles, et qu'il n'y aille de vosti'e argent en pure perle, parmy le mien, dont je serois bien marry. Vous en voyez l'effect en ce qui est du prix du Mercure François que vous aviez oublié, lequel il ni'eschappeoit de ne vous poinct mander afin de rompre là cette glace et conimancer à vous faire accoustumer de ne poinct tenir de compte, mais pour cette foys, de crainte que vous n'y ayez desja adjousté du vostre, pour vous oster de regret, j'ay recherché dans voz lettres et ay trouve que par celle du 3t aoust, vous me mandiez avoir achepté de Gallot le volume de Siraphcius, qui y estoit demeuré par hazard, de Basle pour 3 testons et le Mercure François en 1 2 tomes pour 26 ib. [livres]. Depuis j'ay trouvé encores la liasse de la despesche du 7 septembre que je ne trouvois pas tantost, avec laquelle vint le premier volume dudict Mercure François, et fort opportunément s'y est rencontré le mémoire que vous m'envoyiez des livres contenus au ballot enfermé dans la grosse balle de Cramoisy, qui est possible le mesme billet qui vous manque à présent, lequel je vous renvoyé en vous réitérant tousjours la supplication de vouloir pour cette foys sans consequance faire vostre compte ainsin que bon vous semblera sans vous plus mettre en peine à l'advenir d'aulcun autre compte quel que ce puisse estre. Il suffira de dire au bas du roolle, que vous ferez faire des livres contenuz en voz balles ou ballots à venir, que le prix gênerai monte à la somme de tant, etc. J'ay depuis advisé que pour vous oster absolument tout scrupule touchant les fournitures que vous avez faictes pour mes livres et coppistes, il vaudroit mieux
[1627] AUX FRÈRES DUPUY. At7
vous envoyer touts voz contereaux que j'ay enfin r'amassez avec prou peine, afin que vous recoignoissiez plus aiseement ies livres qui y sont tirés en ligne de compte ou autres despences et ce qui y pourroit estre obniis à vostre préjudice, car je crois que cela vous soit inesvitable, si vous ne vous résolvez à ce que je vous dis pour l'avenir.
Quant aux ombrages de la maladie, c'est la vérité que Mess" de Lyon font à cette heure faire quaranteine aux marchandises de Paris. M' Cardon m'en donna advis dernièrement et de l'arrivée et séquestration de la grosse balle du S'' Cramoisy (où estoit mon ballot) faicte de l'authorilé des intendants de la santé puis' le 21 octobre seulement, de sorte que si la quarantaine se conte de ce jour là, sans rien desduire des six semaines du temps employé par les chemins, on n'en sçauroit avoir la mainlevée de tout ce moys de novembre. 11 fauldrà prendre patiance et remercier Dieu si le tout arrive à bon port tost ou tard.
J'ay admiré d'entendre que le chancellier d'Angleterre^ se soit amusé à faire des romans. Je crois que c'est l'air de ce païs là qui porte quasi généralement un chascun à la romanserie ^. Mais je verrois volontiers ceux là, ne doubtant pas que la gentilezze de cet esprit n'y paroisse. Il fauldroit induire le traducteur de son Henri VII de traduire encores cela en françois. Je croys bien que M' Buon luy payeroit volontiers sa peine, aussy bien que du Bray, son voisin*, quand ce ne seroit que pour cez Romans et discours politiques.
M"^ Granier^ nous obUge trop mon frère et moy de nous faire si bonne part de ses labeurs^ sans nous fournir des moyens de nous en
' Pour depuis. gislre VI , fol. 092 ) une lettre à lui adressée
' François Bacon. le 20 août i636.
' Littrë ne cite, sous le mot romancerie, ' L'éditeur des Mémoires de la reine Mar-
qu une phrase de Marie-Joseph de Ghénier. guérite, dëjà nommé dans la lettre LXXII.
Encore s'agit-il , dans l'exemple donné , d'une Auger de Mauléon. sieur de Granier, né
eo//ec((bnrferom«»s, tandis que sous la plume dans la Bresse, ftit élu, le 6 février i635,
de Peiresc le mot veut dire marne rfey«(Verfe* membre de l'Académie française et en fut
romana. exclu, le j 4 mai suivant , pour un acte d'in-
* Le libraire Toussaint du Bray est au délicatesse. Chapelain , comme Peiresc, l'ap-
nombre des correspondants de Peiresc. Je pelle M. Granier [Lettres, 1. I, p. 9).
relève dans les minutes de Carpentras (re- ' Granier avait sans doute offerte Peiresc
IVFMIIMIB RittOllAtl.
à\8 LETTRES DE PEIRESG [1627]
revancher en son endroit, comme nous désirerions; je vouldrois bien sçavoir si je ne pourrois contribuer quelque chose à sa curiosité.
J'ay grand regret que l'exemplaire des funérailles de l'archiduc Albert que M"' Tavernier m'avoit faict venir avec tant de peine et d'attente soit arrivé si gasté comme il vous a dict et que celuy du duc Charles de Lorraine soit encor en arrière en cette conjoncture, où nous ne sçavons s'il n'y aura pas de rupture de ce costé là, car je n'attendois plus autre chose pour faire relier mon recueil de funérailles, qui est fort assorty, et Dieu sçait à quand cela me va reculer.
Je viens de marquer dans les trois derniers catalogues de Francfort les livres qui y semblent estre plus curieux selon mon goust ou pour quelqu'un de mes amys, jugeant que puis que voz libraires a voient esté quelque temps sans y aller ne envoyer, ils se seront à ce coup pourveus et assortis aultant des uns que des aultres comme pouvant touts passer pour nouveaux. J'ay distingué de la marque d'une croix ceux qui sont principalement de mon goust et lesquels je laisrois eschapper de mes mains plus à regret, s'il estoit à ma disposition de compatir à ma curiosité pour ce regard, puis que vous daignez en prendre la peine; mais pour les autres je laisse à vostre disposition de les prendre ou de les laisser, principalement si le prix en est cher, ou de somme trop considérable, bien que sans trop de cherté, parceque en les voyant sans pénétrer guieres avant, vous jugerez assez tost si c'est rien qui vaille, beaucoup mieux que je ne puis faire sur le simple tiltre.
Je n'y ay poinct comprins l'édition de l'Histoire d'Aubigné faicte à Leyden ^ pour ne sçavoir s'il y a rien de plus ou de meilleur qu'en la première édition de France'.
l'édition des Mémoires de la reine Marguerite livres avec le plus de soiu qu'il étoit
et quelques-unes de ses autres publications. possible, en faisoit beaucoup de présents.»
C'était chez lui une habitude, d'après Pel- ' D'après le Manuel du Libraire, c'est
lisson, qui, dans V Histoire de l'Académie l'édition dite d'Amsterdam (pour Genève),
(édition Livet, t. I, p. i53), s'exprime iGaô, 3 tomes en a vol. in-fol.
ainsi : ail faisoit imprimer et relier ses ' Brunet déclare que cette édition est
Je n'y ay pas comprins nomplus la somme theologique de M'' Gamache' de redition du S' Cramoisy f", ne sçachant si c'est chose imprimée de l'adveu de son deffunct autlieur et qui responde à la réputation qu'il avoit acquise ou non.
Il avoit une belle bibliothèque, je vouldrois sçavoir si elle est
dissipée ou non, et si vous ne trouvez ailleurs ce Promtuarium Theo-
logicum Galeni de l'édition de Douay ou autre lieiji des Païs Bas, il
fauldroit faire chercher dans la bibliothèque de M' Ribier^ ou en celle
de feu M"" des Portes Tyron ^. Je suis marry de vous donner cette im-
portunité, mais je sçay que vous prenez plaisir d'obliger voz serviteurs
et entr'autres celuy que vous avez desja comblé de tant de grâces et
bienfaicts et qui sera tout le temps de sa vie.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, ce 11 novembre 1627.
Je vouldrois bien pouvoir escrire à M' du Puy vostre frère et à quelques uns de noz amys et avois espéré de joindre icy quelque lettre à quelqu'un, mais on me vient de mander que si je ne ferme bien tost, la despesche sera partie. Vous ferez s'il vous plaict mes excuses; je suis leur serviteur trez humble, estant bien marry de m'estre trop estendu en cette cy et d'avoir consumé le temps qu'il falloit reserver pour quelque autre. J'entreprendray d'en faire quelqu'une de jour à autre avec moings de presse, Dieu aydant*.
moins belle que la première (Maillé, 1616i6ao, 3 vol. in-fol.), mais (jiie le texte en est préférable, ayant été complété et amélioré. Je renvoie d'avance le lecteur à la Notice bibliographique qtie doit publier M. le baron A. de Ruble dans l'édition de VHisloire universelle qu'il publie pour la Société de l'Histoire de France et dont le tome I vient de paraître (décembre 1886).
' Summa theologica (Paris, 1637. a vol.
in-folio). L'auteur, Philippe de Gamaches, docteur de Sorboane et abbé de Saint-Julieu de Tours, naquit en i568 et mourut en Sorbonne le ai juillet 16a 5.
' Ribier a été mentionné plus haut (lettre LXXIl).
' Le poète Philippe Desporles, abbé de Tyron, a déjà figuré dans la lettre à Dupuy, du 1" avril 1627, n° XLVL
' Vol. 716, fol. 179.
420 LETTRES DE PEIRESG [1627]
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
H me fault resppndre à voz deux lettres des 5 et 1 2 du passé et nous sommes desjà si avancez dans ce moys que je ne puis m'acquitter si tard de ce debvoir sans un peu d'amande honorable , mais vous estes si bon que vous accepterez l'ingénuité avec laquelle j'implore vostre pardon, cette foys comme tant d'autres, et recevrez mes excuses, qui sont certainement plus fortes que je ne le vous sçaurois exprimer. J'en ay touché un mot dans la lettre de M"" vostre frère, dont je m'asseure que vous vous contenterez l'un et l'autre et que vous m'ayderez à faire que cez autres mess" de pardelà,qui ont le bien de vous voir, me pardonnent aussy bien que vous, entr'autres M'' Godefroy, à qui je ne puis satisfaire à mon trez grand regret pour encores, mais j'espère que l'attente ne sera poinct inutile au bout du compte et que nous trouverons possible quelque chose de son goust. Nous attendrons la responce que vous fera M' de Poitiers et aprez tiendrons le chemin plus plausible pour avoir d'ailleurs ce qu'il manquera de vous communiquer s'il n'y satisfaict comme je pense qu'il debvroit faire.
Les lettres de Rome ont esté retardées trois jours plus que de coustume à cause des pluyes. Vous verrez ce que M' Aleandro m'escript touchant le livre des Assises et celuy du Consulat de mer. Comme aussy du Nonnus, que nous laisrons là (puisque vous ne le jugez pas digne de s'en mettre en peine) et du Procope dont vous verrez qu'il renvoyé l'effect à M"' Holstenius, ce que je suis d'avis d'accepter, et pour cet effect j'estime que vous pourriez en cscrire un mot au dict S' Holstenius pour le disposer à prendre le soin d'en conférer le ms. sur l'édition d'Hoeschelius', et s'il ne veult faire imprimer à Rome ses sup-
' David Hoeschel , né à Aiigstaourg en ville , où il e'tait conservateur de la biblioavril 1 556, mort en octobre 1617 dans celle thèque (il rédigea le catalogue des manu-
plements et observations qui luy eschapperont insensiblement en faisant cette lecture, vous luy pourrez offrir de le faire imprimer à Paris, ou à Lyon par Timprimeur de rAnecdola\ ou autrement comme ils trouveront le plus à propos en ce païs là, et si vous m'envoyez vostre lettre je la feray tenir audict S"" Holstenius et l'accompagneray d'une mienne , et si le jugez à propos luy envoyeray par mesme moyen mon exemplaire dudict Procopius pour y adjouster les suppléments et diverses leçons à la marge ou en entrefeuille comme il leur plaira. J'y adjousteray encores une lettre au cardinal exprez pour ce subject, afin d'en tirer le consentement plus exprez, que je crois bien neantmoins estre desja intervenu, bien que le S"" Aleandro ne l'escripve si précisément, attendu qu'il me respond à une autre chose que je luy a vois escripte à la prière de M' d'Orléans^, lequel desiroist un commandement de la part du pape pour contredire au libvre de du Moulin ^ (je vous prie que ceci demeure entre nous), et il me mande qu'il n'y a pas trouvé la disposition qu'il eust fallu, à cause, dict-il, que cez mess"^ les prélats de France, qui s'attachent à semblables employs, prétendent aprez que tels commandements soient des gages des plus haultes recompenses, il veult dire des chappeaux\ Aussy vous verrez en quels termes m'escritMgMe Cardinal sur ce suject, à qui j'en avois touché un mot. Si M"' d'Orléans venoit à Paris, je serois bien aise que vous luy eussiez envoyé monstrer la lettre du dict seigneur Cardinal afin qu'il y vit originellement comme son entrcprinse seroit louée de pardelà pour ce regard. Sinon il suffira qu'il vous plaise luy envoyer la lettre que je luy escripts, où j'ay faict
scrits grecs de cet établissemenl , lôgô), publia (toujours dans la même ville) Procopit Qesariensis Ilistoriarum libri VIII (1607, in-fol.). C'est la première ddition qui ait élé donnée des Histoires de Procope.
' La première édition des A[SEKDOTA, en grec et en latin , fut imprimée à Lyon , en 1628, in-fol., par les soins de -Nie. Alemanni, d'après un manuscrit du Vatican.
' Gabriel de l'Aubespine.
' Nouveauté du papisme opposée à l'antiquité du vray christianisme (Sedan, 1627, in-fol.; Genève, 1697, a vol. in-4°).
' Tout ceci, jusfpi'à présent inconnu , est à joindre aux renseignements sur la vie de Gabriel de l'Aubespine réunis dans la notice biographique qui précède les Lettres à Peiresc (fascicule Vil des Correspondants de Peiresc , i883).
insérer coppie de l'article le concernant en ladicte dudict Cardinal, car de liiy envoyer l'original à sa discrétion, je craindrois de faillir à cause des autres tesmoignages de familiarité qui sont en la mesme lettre, qui me pourroient tirer à envie. Vous verrez que les epistres de Scaliger ne luy ont pas esté malagreables. Je m'estois precautionné d'une consultation précédante sur ce subject, et me dispençay d'y adjousler cette autre pièce de Hollande touchant l'évangile hébraïque de S' Mathieu, dont il ne dict mot eu sa lettre que conjoincteraent avec l'autre. Les notes de M' Rigault sur la passion de S'° Agathe ont bien rencontré son goust à cause du tiltre de sou église' et de l'estime qu'il laict dudict S' Rigault, aussy bien que ses autres observations et ses emendations^ du texte de Pline concernant les insectes et particulièrement les abeilles, jusques là vous verrez qu'il se veult charger de trouver une de cez grandes lunettes dont s'estoit servy ce Justus Richius, pour en donner le plaisir au dict S" Rigault. Je crois qu'il est obligé de continuer l'édition du livre de Pline sans intermission, tant que dure le traicté des insectes, puis qu'il a esté promis sur sa parolle. Exhortez l'y, je vous prie, et de m'envoyer les feuilles à mesure qu'elles se tireront pour en donner le plaisir au dict S"' Cardinal, puis qu'il le désire si ardemment.
Quant au livre des Assises, par modestie et voyant qu'il le faisoit transcrire par un sien domestique, j'avois restrainct ma demande aux trois premiers chappitres et à ceux des généalogies, pour voir le fruict qui s'en pouvoit tirer, mais j'ay donné ordre soubs main de faire trans^ crire en payant tout le restant du livre. A quoy je m'asseure qu'on travaillera.
Au reste j'ay esté esmerveillé que ce Cardinal, qui a esté si punctuel à me respondre à tant de petites particularitez, aye omis de me rien toucher à ce coup de ce qui concernoit vostre persone. Puis
' François Barberin fut d'abord (1628) mot correction, qu'une seule phrase du
diacre-cardinal du litre de Saint-Onuphre, xvi' siècle, empruntée ù Jacques Amyot. Le
puis de Sainte-Agathe. Dictionnaire de Trévoux nous rappelle que
' Littré n'a cité, sous ce synonyme du le mot est dans Gotgrave et dans Nicot.
qu'ainsin est j'atlendray le retour du voyage que M' de Thou est allé l'aire à Naples et Gapri pour, en prenant l'occasion de parler de Dom du Puy, la prendre aussy de luy rafraischir la mémoire de vous. Ces gentz [sont] si assassinez' que je m'estonne qu'ils puissent avoir souvenance de rien qui ne les touche de fort prez.
Pour le proprium sanctorum nous sommes quasi à la veille d'entrer en mésintelligence avec M"' nostre prélat, qui ne se peult rendre, mais pour n'accumuler trop de choses les unes sur les autres, cela est demeuré en surceance, en attendant l'issue du traicté oà nous sommes touchant la forme de celte offrande cy devant prétendue à recevoir sur son théâtre, dont il a commancé enfin de relascher et la vouloit faire adosser contre l'autel, auquel il fault monter par six degréz; mais on y trouve quasi la mesme difficulté. 11 s'en est remis à l'arbitrage de l'abbé de Foix, qui nous relasche desjà les trois plus haults degrez et vouldroit faire placer la chaire sur un pallier, qui est entre lesdicls trois plus haults degrez et les trois plus bas. Je ne sçay si noz mess" se pourront resouldre à cela, oij il n'y auroit en effect qu'un seul degré à monter, à sçavoir le plus bas, car sur le suyvant on logeroit le carreau de velours, sur lequel on met le genouil et sur le bord du troisiesme on feroit abbouttir ladicte cliaire. Nous en sçaurons bientost le succez et aprez cela il fauldrà vuider l'affaire du bréviaire; que s'il ne se resoult de faire de luy mesmes quelque chose pour le contentement de la compagnie, la cour y pourvoira infailliblement.
Je suis Irez aise que la conversation de M. le Nonce Bagny vous reuscisse^ si agréable comme vous dictes. Je l'avois bien tousjours creu ainsin, sçaichant ce qui estoit des recomniandables qualilez qui sont aux uns et aux autres. Sa lettre pour Rome concernant le concile de Calcédoine arriva le lendemain du passage du dernier ordinaire d'Avignon, de sorte que je ne l'ay peu envoyer plus tost que par le prochain
' Assasstiier (Inns ie sens inula|)l)ori(jue ' Réussir dans le sens A'étre, ({'advenir,
(le fatiguer, (l'imjwrluner à l'excès, n'a ëtti ce qui est le sens propre comme l'indique
retrouve par Littré que dans des tîcrivains l'élyniologie italienne (de n' ou re, eluscire,
poste'rieiirs , Molière et M"" de Sëvigné. • sortir).
424 LETTRES DE PEIRESG [1627]
ordinaire qui sera dans une quinzaine de jours, Dieu aydant. J'escriray par mesme moyen à M' Holstenius pour l'accompagner et lyy diray qui [sic pour qu'il] vous rende conte à vous de cette lecture et collation ^
J'ay bien du i-egret que les papiers de feu M" de Boissise soient tombez en si mauvaises mains, il fault prendre patience. Que si par hazard vous trouviez la liasse des lettres dudict feu S"" de Boissise soit à vous ou à feu M"^ de Thou ou autres, je serois bien aise que vous me les eussiez faict transcrire en cahiers par Quentin ou autre escrivain. Gela me consolera aulcunementde la privation de ses autres meilleures relations.
J'ay receu de Rome une petite cassette de la part du S'' d'Auberay avec quelques livres des oeuvres d'Ant. Augustinus par un de mes amys et quelque autre bagatelle pour moy, et ay eu les relations du cardinal Bentivoglio, dont j'ay esté quitte pour une douzaine d'escus de ce pais là, mais elles sont fort bien escriptes, et semblent estre bien correctes pour ce peu que j'en ay peu lire. Je vous les envoyeray par la première commodité, Dieu aydant, de quelque amy, car c'est un juste volume^.
Par occasion on m'a jette dans cette caisse dix ou douze liasses de lettres et instructions qui passoientpar les mains de feu M' de Fresnes Forget* sur la fin de la Ligue et quelques années aprez (Je vous prie que cecy soit entre nous). Je n'ay pas encores peu voir ce que c'est, mais j'y ay rencontré des lettres de feu Mg' du Vair et de M' d'Espernon*, concer-
' Littré, sous le mot collation pris dans le sens de confrontation d'une copie avec l'original , n'a cité qu'une phrase de Chateaubriand.
' C'est-à-dire assez considérable et suffisant pour former un véritable volume. La môme expression se trouve dans une phrase de M'"' de Sévigné : rr Cette lettre [du 3.3 décembre 1 67 1 ] est devenue un juste volume, n
^ Pierre Forget, sieur de Fresne, né vers i54/i, mourut en avril 1610. Il fat am-
bassadeur en Espagne et resta secrétaire d'État depuis le 29 février 1589 jusqu'à sa mort. 11 avait commencé par être (1576) secrétaire du roi de Navarre , le futur Henri IV. ' On sait que Guillaume du Vair passa près de vingt années eu Provence, soit comme intendant général de la justice à Marseille, soit comme premier président du parlement d'Aix, et que Jean-Louis de Nogaret fut gouverneur de Provence de i585 à 1596.
nant cette province, qui ne sont pas à néglifjer. Au reste ce sont les propres originaulx et ne sçay comment cela estoit passé delà les monts. On me faict feste d'un plein coffre que je suis aprez de redimer si je puis comme j'ay faict cela, mais il ne fault mot dire. Si en les parcourant au premier loisir, j'y trouve rien que je juge pouvoir tomber dans vostre goust, je suis homme pour vous en envoyer tout le fagot avec lesdictes relations du Cardinal Bentivoglio.
On demanda au Gard. Bentivoglio de ma part le registre de ses lettres missives pour en faire transcrire quelque nombre. Il s'en excusa , bien que d'autres en ayent eu; c'est pourquoy je vous prie de vous enquérir de Mg"" Bagny s'il n'en a pas veu quelque recueil , ou s'il en sçait rien , car si j'en avois quelqu'une , je le reduirois possible insensiblement à m'en faire part de quelques autres comme j'ay faict desdites relations, lesquelles il m'avoit autres fois promises, au moings quelques unes, ensemble de ses lettres mesmes, et puis s'en estoit excusé sous prétexte de modestie et des intérêts d'estat, dont je le fis despartir sur l'advis des coppies mal correctes qui en couroient par Paris dont vous m'aviez adverty. Si j'avois quelqu'une de ses lettres j'en userois à peu prez de mesmes.
Il a divisé ses relations en deux volumes. Au premier sont celles tant de Testât de la nouvelle republique des Païs Bas de Hollande que de celuy des autres provinces demeurées soubs l'obéissance des archiducs, et puis y a une petite relation du Danemarch et une autre petite de l'assemblée de Loudun et Huguenots de France. Au second volume y a trois autres pièces, l'une du traicté de la trefve de l'an 1609, l'autre de la fuitte de M"' le Prince de Condé, et la troisiesme de la guerre de Juliers. Je m'estois mesconté d'y comprendre pour quattriesme pièce un discours, qui n'est pas de luy, ainsin que je viens de le vérifier, ains du feu Sig"" Pamphilo Persico, lequel vous avez veu là secrétaire du Cardinal légat'. C'est sur les moyens qui se proposoient pour l'accommodement des différants de la Valtellne, où il conclud à l'ostablis-
' Nos recueils n'ont pas une seule ligne sur le secrétaire du cardinai François Barberin. Cet habile homme, comme il est appelé un peu plus loin, ne figure pas parmi les correspondants de Peiresc.
mpimciiii lATtontfcc
seraent d'une nouvelle republique en ce pays là. Je crois que vous ne le verrez pas mal volontiers, car l'autheur estoit habille homme. Son neveu m'a permis de faire transcrire cette pièce, ne me pouvant fournir la relation du voyage de France, où j'avois veu travailler icy le deffunct à son retour, lequel m'en avoit promis coppie, mais le pauvre homme mourut à Savone et je ne sçay que sont devenus ses papiers, tant y a qu'il ne s'en est plus rien trouvé à Rome au retour que fit le Cardinal d'Espagne, où j'en ay faict faire un peu de recherche. Il est vray que je n'ay pas osé m'en ouvrir au Cardinal mesmes, qui possible les a, pour n'encourir possible le blasnie de trop d'indiscrétion et de manquement de pudeur et modestie à cause de la jalousie qu'il y a parfois en telles escrittures.
J'attendois à ce soir une cassette de Venize , qui est arrivée à Marseilles avec quelques livres, mais elle n'est pas venue, ce sera possible de la matière pour le premier jour.
Aujourd'huy nous avons ouy dans la chambre le P. Michaelis jésuite, supérieur de la maison de residance de Marseille S et luy a esté enjoinct de remettre par devers le greffe dans i5™.les brevets de permission du Roy, en vertu desquels il prétend s'estre peu estabhr à Marseilles, ensemble certain brief apostolique pour l'union d'une église parrochiale à leur dicte maison, et en mesme temps par autre arrest a esté résolu que les autres Jésuites qui ont commancé des residances en Arles et Frejus rapporteront semblablement leurs permissions pour, le tout veu, y estre pourveu ainsin que de raison. Cette affaire est pour esclatter de delà aussy bien qu'icy, et je suis un peu trop las d'escrire à cette heure pour vous en entretenir plus au long. Vous suppliant de m'en excuser et me tenir tousjours. Monsieur, etc.
DE Peiresc^.
D'Aix, ce 16 novembre 1627.
' Je trouve dans la Bibliothèque des écri- Sermons. Mais ce religieux, qui fut jM-«^di-
vains de la Compajrnie de Jésus ( t. II , in-fol. , cateur pendant trente-trois ans , ue me semble
1870, col. 1995) un Antoine Michaelis, né pas pouvoir ôtre identifié avec le supérieur
à Avignon en iSgS, mort dans la même delà maison de Marseille, ville en 1671, auteur de divers recueils de ' Vol. 716, fol. i85.
[1627] AUX FRERES DUPL'Y. 427
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Enfin aprez une infinité de diffîcuUez formées de la part de M. d'Almeras les articles del'establissementde nostre ordinaire de Lyon sont revenus avec son adveu , et neantnioings une reserve d'ordonner des deniers que le pais octroyé pour cet eiïect qui a failly à tout rompre pour les ombrages que cela a donné qu'il ne voulut gaspiller ce fonds au lieu d'en laisser jouyr les courriers et maistres de poste auxquels le pais l'a voulu affecter pour estre mieux servy. On devoit resouldre aujourd'huy la minute du contract pour faire commancer à tout le moings au commancement de janvier prochain, si ce n'est que les ratifications nécessaires soient arrivées plus tost. Il me tarde fort que cela soit exécuté pour ne despendre plus de la discrétion de certaines gent8 qui ont parfois de la jalousie du contentement d'aultruy et pour ne tomber aux inconveniants qui m'ont mis eu grande peine et anxiété cez jours icy.
Je vous avois faict une despesche avec prou peine parmy d'autres assez importunes occupations, laquelle arriva demy heure trop tard pour marcher au jour de sa datte par une suppercherie de vallet qui ne voulut pas estre si courtois que son maistre. La semaine suyvante j'avois adjousté quelques autres lettres à aulcuns de mes amys et vous r'envoyois tout plein de papier dont j'avois faict un assez gros pacquet, qui fut porté assez à temps pour allei*, mais je ne sçay si on le trouva trop gros, ou s'il y a voit d'autre dessein ou artifice, tant est que lorsque je pensois qu'il fut arrivé entre voz mains, on me l'a rapporté, disant que pour la grosseur on l'avoit baillé à une autre personne que je ne pensois, qui s'est trouvée mal en chemin, d'où on l'a rapporté. Ce qui me mit en une si grande cholere que je ne la vous sçaurois exprimer.
428 LETTKES DE PEIHESC [1627]
Au reste il est revenu si bien conditionne que je double fort qu'il ne soit jamais party de la ville. Cependant mon frère y en avoit joinct un autre (où il y avoit mesmes quelque mienne lettre) qui n'est point revenu et que je crains bien estre perdu tout à faict.
De longtemps il ne m'arrivà une plus grande mortification ^ et ne doubte pas que vous n'en ayez ressenty le contrecoup avec plus de desplaisir que nous ne sçaurions mériter pour le retardement de noz importunes lettres; mais vous aurez compassion de nous et serez vangé quant et nous^ quand vous sçaurez que Dieu nous a faict la grâce d'entreprendre et promouvoir l'establissement de cet ordinaire, en despit de l'envie de prou de gents qui n'osent laisser paroistre le regret qu'ils y ont et dont les traverses cachées ont esté vaines et inutiles, et espère qu'ils seront constraiuts de passer par là, veuillent ils ou non. Jusques alors il nous fauldrà passer au moings mal qu'il nous sera possible, mais aprez nous n'aurons à rendre conte à persone et espère que tout sera bien réglé de ce costé cy comme de ceiuy oii vous estes. Cependant il est venu quattre aultres despesches vostres du 2 , 9, 16 et 2 3°"^ novembre, toutes hors de temps excepté la dernière, laquelle fut si heureuse que de venir de Lyon ici dans la malle d'un gentilhomme de M' de Gressy, à qui M' Jacquet trouva bon de la confier et arriva dans trois jours tout à propos pour nous faire resouldre à faire chanter le Te Deum le lendemain pour la desfaicte et fuitte des Anglois^ jugeant bien qu'il n'en falloil plus attendre de mandement exprez du roy, puis
' LiUrë n'a cité , sous le mot mortif cation pris dans le sens d'humiliation et de peine , que des écrivains posléi-ieurs à Peiresc, tels que Patru, M"' de Sévigné, Flécliier, Voltaire et Diderot.
' Avec nous.
' Ce fut le lundi 8 novembre que, comme s'exprime Bassompierre (t. III, p. 3 37), rrles Anglois deslogerenl de Saint-Martin». Dès le lendemain, Louis XIII lui-même annonça cette bonne nouvelle h l'archevêque de
Bordeaux {Lettre du roi à Monseigneur l'illustrissime et revérendissime Cardinal de Sourdis, 9 novembre) (Bordeaux, 1627, ia-8°. Paris, 1627, in-8°). On a plusieurs plaquettes sur ce sujet. En voici une qui n'est pas indiquée , ce me semble , dans le Catalogue de la Bibliothèque nationale : La Défaite entière des Anglois et leur honteuse fuite et retraitte de l'isle de Ré, ces nouvelles apportées aux Roynes par le sieur de Bellingant (Paris, Jean Brunet, 1637).
[1627] AUX FRÈRES DUPLY. 429
qu'il n'estoit venu en ce temps là. Je m'estois hasté tant que j'avois peu de vous envoyer un mémoire des livres de la foire que j'eusse désiré d'avoir, de peur qu'ils ne fussent touts vendus, mais cette haste ne m'eust servy de guieres, si de vostre grâce vous ne m'en eussiez retenu quelques ungs comme vous avez daigné faire, dont je vous remercie trez humblement, ensemble des livres et papiers qu'il vous a pieu m'envoyer, qui me plongent tousjours plus avant dans le comble des obligations que je ne sçaurois acquitter de ma vie.
Le Mercurius Gallobelgicus dernier et celuy qui manquoit du recueil que vous m'aviez achepté sont venus tout à propos pour faire entreprendre la relieurc de tout l'ouvrage. Et le livre de M' Grottius encores plus à poinct nommé la mesme matinée du passage de l'ordinaire de Rome, ou je l'envoyay bien volontiers, car je n'avois lors rien en main de si propre ne si digne que cette pièce là '.
Le Verrepeus m'a fort agréé et je le prixserois bien davantage si le charactere n'en estoil si menu, mais possible n'a il jamais esté imprimé en plus grosse lettre. L'epistre du pape Grégoire XV au Persan est bien curieuse. Le livre de la Musique ne peult estre que bon aussy, mais il me fauldrà un peu plus de loisir pour le voir et ne reveleray pas le nom de l'autheur que j'honnore fort^. Celuy de Re cibaria est fort de mon goust' et cette partie que vous m'en avez envoyée à l'advance me fera attendre plus patiement le surplus. Il s'y est trouvé une feuille de trop que je vous renvoyé à tout bazard, au cas qu'elle manquast à quelque autre exemplaire chez celuy qui vous en a accommodé.
Les autres petits livrets courants nous sont venus fort à propos pour en payer les trop affamez de nouvelles et puis il s'y est trouvé d'assez bonnes pièces du temps. Je me suis estonné que le seul Pelletier ayt esté employé à respondre au manifeste de Rukingam* et que persone n'aye
' De veritate religionis christianœ. tait quelquefois dans ses familières causeries
' Le R. P. Marin Mcrsenne. avec ses bons amis?
' Peiresc, en parlant ainsi du livre gas- ' Au sujet de cette petite révélation pour
tronomique de Nunez, a-t-il voulu faire une l'histoire littéraire, je me demande si Pelle-
de ces petites plaisanteries qu'il se jiermet- tier est le même que ce Pierre Pelletier au-
entreprins plus sérieusement une si grande et si sérieuse affaire pour \a satisfaction principalement des nations eslrangeres comme de la France.
Des pièces mss. je ne pourrois pas entreprendre de vous en dire mon sentiment sans entrer en un discours bien long et qui vous seroit possible trop ennuyeux à ce coup y ayant de très belles singularitez et domestiques et estrangeres, dont je ne sçaurois vous rendre seulement des remerciments à la centiesme prez de mon debvoir. Je vous en renvoyé la pluspart de celles que vous avez marquées, et si mon homme est aussy diligent à ce coup comme il me promet, vous aurez la dernière venue des traictez du Palatin et du Danois qui sont reduicts à si piteux estât. Je n'avois pas veu les vers de M' Grottius que vous pourrez l'endre à M"" de Cordes avec mes Irez humbles remerciments, s'il vous plaict, ensemble audiét S'' Grottius, dont les ouvrages sont admirables et grandement admirez aussy de pardeça, où M' nostre Archevesque y a prins un trez grand plaisir dans ce peu de temps qu'il les eut en main et que M'^ Marchier luy en fit la lecture.
Quant aux livres de la foire, j'ay veu le roolle de ceux qu'il vous a pieu me reserver, dont vous trguverez la plus grande partie dans le mémoire que j'avois dressé sur les catalogues des trois dernières foires, ce qui monstre un grand rapport de nostre humeur et de nostre gous.t et me rend bien glorieux d'avoir ce bonheur.
Je ne doubte nullement que cette Laurea Attstriaca ne soit trez bonne, le subjet en estant si important, et crois bien que les dernières guerres du roy de Dannemarch ayant si mal succédé produiront de ia matière pour une seconde coronne et une seconde partie des commentaires de ce Jullius Bellus, qu'il fauldrà recueillir en son temps, Dieu aydant. Je n'avois pas marqué cette Basihca SS. Vdalrici et Afrae d'Auspourg, parce que je ne la vis pas dans ces cathalogues, possible pour les avoir parcourus trop légèrement, car je sçay bien qu'en cette ville là, il ne
quel la Bibliothèque historique de la France a croire que le fécond et médiocre écrivain attribue un si grand nombre d'ouvrages ou- doit être identifié avec le personnage dont .bliés {Table des auteurs, p. 661). Je penche Peiresc fait si peu de cas.
[1627] AUX FRÈRES DUPDY. 431
s'imprime guieres de livres qui ne soient bons et cette chronique seulle meritoit la despence des figures. Gez ouvrages de Goldastus ' ne peuvent estre que trez bons, mesmes aprez le jugement de M' Godefroy, il n'en fault nullement doubter. Tout ce que j'y desirerois seroit le choix de l'édition fol. plustost que celle in h°, s'il est loisible de choisir, comme de la Laurea Austriaca, imprimée aux deux façons selon lesdicts catalogues. Vous m'avez obligé de retenir deux exemplaires de cette constitution Caroli III de Freherus^, l'une pourra passer les monts, s'il y escheoit. Cette Legatio Moscovitica doibt estre bien jolie selon le tiltre, si Tautheur estoit judicieux tant soit peu^. Cette construction d'horloges par reflexion au miroir sera encores plus gentile. Je n'en n'avois jamais ouy parler et ay bien de la peine à me l'imaginer. Il fauldrà voir ce Novus Globus Bartschiorum pour juger de ce que ce peult estre. Ce Tractatus de Sabatlio me sentoit trez bon, mais n'y ayant que deux feuilles comme vous dictes, il n'aura pas peu grandement approfondir la .matière. J'ay bien cez volumes de recueils de Goldastus oii sont cez constitutions de iniaginibus'', mais si l'édition de Pareus, 8", est belle et de beau charactere ou plus correcte, je n'y plaindray pas le prix que vous avez trouvé bon. J'ay eu bonne opinion de cet ouvrage des guerres civiles des Païs Bas jusques à la trefve et l'ay bien meilleure depuis ce que vous dictes qu'en juge M' Grottius ^. Cette Moguntia devicta ne sçauroit estre mauvaise, traitant ex proffesso
' Sur Melchior Goldast, voir ci-dessus la lettre LI, du i6 mai 1637. En 1627 cet historien publia : Commenlarii de regni Boliemiœ incorporaUirumque provinciarum junbus ac privîlegiis , elc. (Francfort, iii-/i°); Suevieaniin reriim scriptores alif/uot velerea (Ulm, in-fol.). La première édition de ce dernier recueil est de Francfort (i6o5, in-fol.).
' Voir la lettre LI, du 16 mai 1637.
^ Jac. Ulfeldii nobilis dani, Legatio moscovitica. Hodœporicum Rulhenicum , in qiio de Moscovitarum regione , moribits et aula impe-
ratoria tractatur. La première édition est de Francfort ,1608, in-4°. On en cite une autre de 169a. C'est probablement de cette dernière qu'il s'agit ici.
* Coiislitutionum imperialium colteetio. Les bibliographes que j'ai pu consulter ne citent qu'une (édition du xvin' siècle , celle de Francfort, 1718, en 4 vol. in-fol. Bayle, dans le très ample article du Dictionnaire critique, ne donne pas la date de l'édition faite du vivant de Goldast.
' L'ouvrage dont il a été déjà question un ]teu plus liauL
une histoire, bien que particulière, de prez de deux cents ans. Toutes les traductions du livre du P. Mariana ' sont toujours de garde, quoy qu'on puisse dire. Au reste j'avois quelques uns des autres livres contenus en vostre mémoire, qui seront cottez en un rooHe cy-joinct, mais n'y ayez aulcun regret, car ils sont de trop peu de prix et pourront la pluspart servir pour noz amys.
Quant à vostre autre mémoire de livres curieux que vous avez veu au retour de cette foire, celuy d'Adrianus Spiegelius^ de humani corporis fabrica^ est excellent à mon ad vis, car l'autbeur estoit bien exacte. J'avois escript à Venise pour en avoir un, ensemble un autre traicté de mesme forme, de formato foetu\ mais ma lettre n'y arriva pas à temps avant le partement de ma cassette. On me mande depuis qu'on les envoyerà touts deux dans quelque balle de marchandise, de sorte que puis que vous ne l'avez encore prins, il se pourra laisser. Des volumes de la Bavaria Sancta je n'en ay pas un : si l'on pouvoit avoir l'assortiment complet à prix honneste, il n'y auroit pas de danger de le prendre, mais je crains bien que le prix n'en soit gros et qu'il n'y ayt de la peine d'avoir les trois volumes ensemble. Cette Sylloge numisraatum unius saeculi lo. la. Luckii ^ f", Argentine 1620, est prou de mon goust, il en fauldrà demander des nouvelles au pauvre Tavernier, car Tautheur m'en avoit faict envoyer un exemplaire en beau papier (mais relié à l'allemande) pour le faire voir et traicter avec quelque libraire d'un nombre d'exemplaires. Je le prestay pour cet effect audict
' Le grand historien de l'Espagne , Jean Mariana , c'tait mort h l'âge de quatre-vingtsept ans, le 17 février i6a4. Je ne puis dire de quelle traduction Peiresc veut parler, même avec le secours de la précieuse Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus.
'' Adrien Spiegelius, de Bruxelles, fut professeur d'anatomic à l'université de Padoue et mourut dans celte ville en i6a5, âgé de quarante-sept ans.
^ Venise, 1 696, in-foL L'ouvrage est en dix livres et enrichi de figures.
* Padoue, 1626, in-fol., avec ligures. Ces deux traités furent réimprimés , avec les autres ouvrages de l'auteur, par Jean-Antoine Van der Linden (Amsteixlam, i645, a vol. in-fol.).
' Voir lettre XXXIX, pagei5o, note 3.
Ajoutons que Joseph-Jacques Luckil, bailli d'Everhard, seigneiu* de Rappolstein et de Stauffenberg, naquit à Strasbourg en 1 576
S' Tavernier qui le monstrà à M'' Halle S maistre des Comptes, de qui il n'y eust jamais moyen de le retirer. Je negligeay lors d'en achepter un autre, parce que ceux qui estoient venus les premiers estoient de trez misérable papier; mais ilz furent toutz enlevez et je n'en ay depuis jamais peu retrouver, dont le pauvre Tavernier estoit bien en peine, car il avoit cela sur le coeur. C'est pourquoy je vous supplie de m'en prendre un exemplaire et s'il est possible faire tirer les feuilles sur plusieurs exemplaires pour en accomplir un qui au moings ne soit pas deschiré ne maculé, et puis il en fauldrà, s'il vous plaict, faire advertir ledict Tavernier afin qu'il ne se mette pas en peine de m'en envoyer un autre, s'il en rencontroit à son chemin, comme il disoit vouloir faire en remplacement du mien; et s'il fault en faire venir exprez, comme je m'en doubte, il fauldroit user de cette précaution que celuy qui s'en chargera taschast de l'avoir en beau papier ou au moings eu fit choisir les feuilles pour n'y en laisser pas de rompues comme en d'autres que j'ay veus. Puisque le livre de ce Fortunius Licetus^, De intellectu agente\ n'est pas gros, il n'y a pas de danger de le prendre là, s'y trouvant, car cez livres de Venize sont si longs à venir et les correspondances que j'ay sont si mal exactes qu'on laisse la moitié de mes mémoires et les choses mesmes qui y sont les plus communes. J'avois voulu doubles exemplaires d'aulcuns qu'ils n'ont sceu exécuter en deux foys qu'à demy. Si je n'y avois escript pour l'anatomie du Spiegelius, je l'eusse mieux aymé prendre à Paris, l'y trouvant. De cette Analecla sacra Hiberniae je n'ay que la première partie de l'an 1616, 8°, et pense qu'elle soit de Paris. C'est pourquoy je seray
et mourut en t-653. Le 3/orcn l'appelle b un ' Fortunio Licetti,néàRapalloen 1677,
des auteurs qui se sont le plus distingués mourut octogénaire à Padoue en 1657.
parmi ceux qui ont écrit de l'histoire des Voir sur ce professeur aux universités de
monnoies» et déclare que son livre (Sy/fog'e Pise, de Padoue, de Bologne, la Vie de
nwnismatum elegantiorum) est tfrare et eu- Pierre Gassendi par Bougerel (p. 188),
rieux». les Lettres de Jean Chapelain (t. I,
' Halle a été déjà mentionné plus haut p. 706), etc. dans la lettre XXXIX, du ai février ^ De intellectu agente lib. V. Padoue,
1637. 1637, in-folio.
niMuniUll KATIORitl.
bien aise d'avoir le recueil tout entier, soit de Paris ou de Cologne, principalement ce que Rivius y aura faict, s'il est possible, car je faicls cas de son labeur'. Reste cette Bizarrie^d'Herwartius^, dont j'ay veu un escbantillon qui m'avoit semblé fort estrange, ayant depuis quelques années un recueil qu'il avoit faict imprimer d'une tranteine de grandes feuilles en taille doulce soubs le tiltre de Thésaurus Hieroglyphicorum *, sans datte d'édition et sans expression de la ville et sans aulcun discours, seulement y avoit aprez le feuillet du tiltre un dessein de la Tabula Bembiua^ imprimé à rebours de l'édition d'Aeneas Vicus® avec des applications des vents selon les dénominations septentrionales ou allemandes. Je ne fus jamais si scandalisé que de voir un capprice si estrange et esloigné du sens commun. C'est pourquoy je seray trez aise de voir quels fondements il y peult trouver et d'avoir ce que son filz'' a faict imprimer à Ingolstat 1628, h", et pour sa chronologie, puis qu'elle est augmentée^, tousjours la verray-je volontiers, sans qu'il faille vous arrester à la tyrannie de cez libraires qui veuUent vendre conjoincteraent ce Thésaurus Hieroglyphicorum, que j'ay desjà, car j'en despesseray un exemplaire pour le joindre h d'autres livres des Antiquitez Romaines, Dieu nous garde d'autre inconveniant.
' Voir ci-dessus sur Thomas Rivius la lettre n° LI, du 16 mai 1627.
' Bizurrie pour bizarrerie. Le mot n'est cité dans aucun de nos lexiques. Du reste, bizarrerie est relativement moderne , et Litlré ne le trouve que dans Corneille, Bossuet, la Bruyère. Au xvi' siècle, on disait bigearrure, comme on le voit dans Olivier de Serres.
' Jean-Georges Herwart de Hohembourg , chancelier de Bavière, naquit à Augsbourg et mourut vers iGaô.
' Ce Hvre est h peu près inconnu. Les biographes d'Herwart ne le mentionnent pas et on ne Ta pas cité, à l'article Hiéroglyphes, dans le Nouveau manuel de bibliographie universelle (Paris, 1857, in-8°).
' La Table du cardinal Bembo ou Table isiaque , sur laquelle on a tant disserté.
* Enea Vico , né à Parme au commencement du xvi° siècle , mort à Ferrare vers le milieu du même siècle, fut le premier qui grava la Table d'Isis {Meiisa hiaca). Voir divers détails sur ce précieux monument dans l'article sur Pîg-Horm (Laurent) de la Biographie universelle , lequel article est de Weiss.
' Jean-Frédéric Herwart.
' Le chancelier Herwart avait publié à Munich en 161 2 : Chronologia nova, vera et ad calculum aslronomicum revocata (in-i°). La suite de cette chronologie fut imprimée à la fin d'un ouvrage de J.-Fréd. Herwart, intitulé : Admiranda ethnicœ theologiœ mysteria populaia , elc. (Munich, iGaCin-i").
Je suis bien plus fasché de ce que vous n'avez pensé à me retenir un exemplaire de cez Tables Rudolfmes de Kepierus, 1°, Ulmae, si tant est qu'il en soit venu à Paris, car les guerres de ce roy de Dannemarch le pourroit bien avoir empesché, et Dieu sçait s'il s'en trouvera plus à cette heure icy. Vous m'obligerez infiniment de m'en faire avoir un s'il est possible plus tost par emprunt en attendant la prochaine foire qu'il en pourra vraysemblablement venir provision afin d'estancher la faim ^ de noz mathématiciens de deçà qui perdent patience en cette attente. J'ay escript à tout hazard à M'' Godefroy pour m'en envoyer un exemplaire de Genève , s'U s'y en trouve. Aussy bien nous en fault il plus d'un.
Le S' de Gastines de Marseille^ m'a mandé de la part du S' Lambert que la Dame de Lignage, qui vous a fourny les loo l[ivres] en dernier lieu, a ordre de continuer à vous fournir tout ce que vous vouldrez pour mon compte. Vous en pourrez donc disposer selon que vous le trouverez à propos; et si de mes roolles vous pouvez trouver encores quelque chose, le joindre à ce que vous avez prins et l'envoyer par la première commodité, bien emballé 5 cause de la mauvaise saison et bien recommandé aux roulliers, puis qu'il vous plaict d'en faire prendre la peine à quelqu'un de voz gents. M' Cardon m'escript de Lyon qu'il a h la Santé un gros ballot pour luy qu'il estime estre celuy du S' Cramoisy, où est mon fagot. Je crois bien que cez sortes de balles ne se peuvent pas perdre facilement.
Pour le surplus de voz lettres, aprez les remerciments trez humbles que je vous doibs de vostre surabondante courtoisie et du soing qu'il vous a pieu avoir de faire tenir mes lettres de pardelà, je vous diray que j'ay eu une lettre de M"" de Tiiou de Ligourne par un de ses laquais , par qui je vous fis un mot en passant, et de qui j'apprins l'arrivée de Dora Du Puy à Rome en bonne santé, bien que un peu foible, qui me faict craindre pour luy s'il ne se resoult de quitter cet air là trop
' Peiresc, en transportant à la soif ce vençal estaitear, lequel signifie rassasiei: qu'on n'applique jamais qu'à la faira, s'est » C'était un négociant qui rendit de
trop souvenu du sens primitif du uiot pro- nombreux services à Peiresc.
subtil. Je crois que le prochain ordinaire nous en apportera d'autres nouvelles.
Je suis bien aise que l'indice des chappitres du livre des Assises vous ayt donné du plaisir. On m'a voulu asseurer que j'en auray un exemplaire de l'édition de Venize dans fort peu de jours, et de Gypre on mande avoir quelque espérance d'un ms. pour raison de quoy le vice-consul vouloit aller en persone à la montagne pour l'amour de moy, cependant il m'envoye trois mss. en parchemin, qui sont en quarantaine aux isles de Marseille. Dieu sçait s'il y aura rien qui vaille.
Je ne doubte poinct que l'on ne fasse respondre à Rome tost ou tard à l'Historia del Concilio, et m'en estant enquis depuis la réception de vostre lettre à un gentilhomme de Cavaillon' qui revenoit de Rome, nepveu d'un père Jesuitte qui me l'ammena, il me dict que c'estoit du P. Jesuitte nommé le Père Tercnce, à qui le Pape l'avoit commandé d'authorité, lequel en avoit faict voir au pape quelques chappitres qui furent trouvez bons^, mais qu'il a depuis eu une cheutte qui l'a reduict aux potences^ et luy a faict faire une longue intermission de son ouvrage.
La bonne nouvelle de la santé de M'' Saulmaise m'a esté fort agréable. M'' Godefroy m'escript qu'il n'est pas bien résolu de travailler contre l'Alemanni, ayant sceu que M' Saulmaise avoit ce dessein.
La prinse de Montagut'' a esté fort conforme aux vœux d'une infinité de monde. Il nous tardera d'entendre qu'il soit encoffré à la Bastille^.
' Chef-lieu de canton du département de Vaucluse, an-ondissement d'Avignon, à 97 kilomètres de cette ville.
' Malgré cette haute approbation, l'ouvrage ne fut pas publié, car le nom du père Terence est absent de la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus.
' Peiresc , dans l'emploi de ce synonyme de béquille, vient se placer entre Ambroise Paré et Lesage {Guzman d'Al/arache), cités par Litlré.
' Lord Montaigu, envoyé secret de l'An-
gleterre, fut arrêté sur les frontières du Barrois.
^ Les vœux de Peiresc furent exaucés : lord Montaigu fut encojfré à la Bastille, comme nous l'apprennent les Mémoires de la Porte (lyBS, p. 87). Voir sur lord Montaigu, outre les Mémoires de Bassompierre (déjà cités sur lui) , deux passages des Historiettes de Tallemant des Réaux (t. I, p. 16; t. VI, p. 49), et surtout V Histoire du règne de Louis XIII par Michel Le Vassor, où beaucoup de détails sont donnés sur le
M' Desplans ' a esté icy voir W nostre Arclievesque et Mad" de Grequy '^ Il ne fit qu'y coucher un soir et partit le lendemain pour retourner en Avignon, de là passer vers M"' de Montmorancy, ayant veu M'' le Prince à Lyon, où M"" de Grequi l'est allé voir. 11 nous dict afl'orce particularitez de Rhé et de la Cour, et en passant par le Rhosne envoya quérir Brison sur le bord pour le voir et luy faire des grosses et sévères remonstrances ^.
Le duc de Savoye a faict des feux de joye solennels et faict chanter le Te Deum pour la routte * des Anglois. Nous n'avons poinct encores aujourd'huy de lettre du Roy sur ce subject, qui est un grand inconvenianl, et si n'eussions prévenu les commandements du Roy en cela, les ennemis de l'Estat tout notoires nous eussent prévenu en ce debvoir. Sur quoy je finis, demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
Aix, ce 8 décembre 1627 au soir.
Je vous envoyé un bordereau du contenu en une caissette de livres que j'ay recède de Rome et en une autre de Venize. Pleut à Dieu qu'il y eust quelque chose de vostre goust, ce me seroit un souverain contentement qu'il vous pleut d'en disposer, comme je vous en supplie de tout mon coeur. Ce gentilhomme de Cavaillon m'apporta une lettre du
confidenl du duc de Buckingham, confident qui finit par devenir abbë de Saint-Martin de Pontoise. A propos du mot encoffrer, je constate que Liltré n'en indique la présence que dans la Satire Méntppée.
' Sur Desplans ou d'Esplans , voir à V Appendice une note de la lettre XXXVII, du if) octobre 1627.
' C'était Françoise de Bonne, fille de François, duc de Lesdiguières, pair et connétable (le France, et de Marie Vignon, sa seconde femme, laquelle Françoise avait été
mariée, en décembre i6a3, avec Charles de Blanchefort, sire de Créqui, plus tard prince -de Poix, duc de Lesdiguières, pair et maréchal de France.
' Nous avons déjà trouvé le nom du seigneur de Brison (Joachim de Beaumonl) dans la lettre de Peiresc h Dupuy du .3 octobre 1627, n'LXXVI.
' Peiresc est probablement un des derniers écrivains qui se soient servis du vieux mot route (de ruptus , rompu) pour déroute.
S' Suarez, qui désire sçavoir si on trouveroit un Fontianus^ de provinciis Romanorum, et Gervasii Tilleberiensis ^ otia imperialia ^. Vous me ferez faveur de me mander ce que vous en pourrez trouver; pour le premier je n'ay veu que ce qui est rapporté de B. Rhenanus* dans la Bibliothèque de Gesner^, et le P. Valadier, abbé de S' Arnoul^ citoit autres foys un Jacobus Fontianus de inclinante imperio, mais je n'ay veu ne l'un ne l'autre. Pour le Gervasius, c'est ce Mareschallus regni Arçlatensis du temps d'Otton IIIP, de qui j'ay un ms. Descriptionis mundi en trois parties*, mais il est fort récent, en papier, et interpolé ou farcy de tout le livre des taxes des banquiers de Rome fourré par pièces en divers endroicts sans en pouvoir bien recognoistre la distinction d'avec le texte del'autheur^
' J'ai vainement cherché le nom de ce Fontianus dans tous les recueils qui sont sous ma main.
^ Gervais de Tilbury est un historien anglais du xii' siècle sur lequel on sait très peu de chose.
' Un fragment des Otia imperialia , relatif aux rois de France et d'Angleterre , fut inséré peu de temps après la mort de Peiresc , dans le recueil de son ami André du Ghesne, Historiœ Francorutn Soiptores (t. III, Paris, i6/ii, p. 363-379). L'ouvrage tout entier parut pour la première fois dans le recueil de Leibniz , Scriptores t-crum Brunsvicensium, etc. (Hanovre, 1707, in-fol., t. I, p. 88i-ioo4;t. II, p. 751-784).
* Beatus Rhenanus , dont le véritable nom était Bild, naquit à Schelestadt en i485 et mourut à Strasbourg en 1547. Il a été le premier éditeur de l'Histoire romaine de Velleius Paterculus (Bâle, iSao, in-/t°) et des Œuvres de Tertidiien (Bâle, 1 5a 1, in-fol.).
' Conrad Gesner, né à Zurich en i5i6, morl à la fin de l'année i565, publia dans sa ville natale un recueil qui fut longtemps célèbre : Bibltotheca universalis (1 545-1 5^9, in-fol. ).
" Voir sur le père André Valladier, qui fut le professeur de Peiresc au collège des Jésuites d'Avignon, le fascicule VIH des Correspondants de Peiresc, Le Cardinal Biclii, évêque de Carpentras, i885. Il y a là (seconde partie, p. xxxi), une note biographique sur ce religieux et (p. 41-47) deux lettres de lui (aS janvier et 18 mars i6o3) au plus brillant de ses anciens élèves.
' Le recueil de récits divers intitulé Otia imperialia est dédié à cet empereur par le maréchal du royaume d'Arles.
* Cet ouvrage était une partie des Otia imperialia, la seconde, où l'on trouve la description de la terre en trois chapitres.
' Vol. 716, fol. 303.
k MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y,
À PAHIS.
Monsieur, Encores tascheray-je de vous faire ce mot pour vous dire qu'en lin nostre contract pour l'establissement d'un ordinaire h esté publié et signé ce jourd'Iuiy en présence de M'' nostre Archevesque et des autres procureurs du pais. Le S"" Cappus, maistre de la poste de cette ville, s'en va demain au matin de poste en poste d'icy à Lyon faire passer les obligations à touts les maistres de poste, et de Lyon il l'envoyerà à M"" d'Almeras pour avoir sa rattification, et si elle vient tost, possible commancerà on bien tost de nous envoyer un courrier de Lyon, si ce n'est mercredy prochain, ce sera de mercredy en liuict jours. Auquel cas, quand il vous plairrà nous honnorer de voz lettres, il vauldrà mieux que ce soit par l'ordinaire du vendredy que par celuy du mardy, parce qu'on a trouvé plus à propos do faire partir d'icy le courrier touts les dimanches, qui portera noz lettres à Lyon à temps pour aller par l'ordinaire qui partira le mardy de Lyon et arrivera à Paris le samedy au soir, et ainsin noz lettres ne chaumeront plus en chemin que six jours et demy ou sept et là on aura le loysir d'y respondre jusques au vendredy suyvant; dont les lettres venant à Lyon le mardy, partiront de Lyon le mercredy matin et seront icy le vendredy matin dans les sept jours complets et pourra on respondre le sammedy, et vous aurez noz responces dans quinze ou seize jours à conter du jour que vous aurez escript. On n'a pas trouvé la mesme commodité au choix de vostre ordinaire du mardy, à cause de l'inesgalité des interstices' entr'un de voz courriers ordinaires et l'autre dans une mesme semaine, où nous
' L'exemple ici fourni de ce synonyme d'intervalle vient chronologiquement se placer entre les deux exemples empnmtés pnr Littré au grand chirurgien Ambroise Paré et an grand peintre le duc de Saint-Simon.
ààO LETTRES DE PEIRESC [1627]
ne pourrions pas proffitter un jour de loisir pour vous respondre, et noz lettres arrivant là le niardy aprez l'heure du despart de vostre ordinaire il se perdoit un jour pour nous à attendre voz responces, sans que nous y eussions aulcun advantage. Avec le temps, selon la commodité que nous y trouverons, possible doublera on noz ordinaires comme les vostres et lors il y aura moings de temps à perdre. Tant y a que j'espère que dez hors mais cette commodité nous rendra plus soigneux de nous acquitter de nostre debvoir à poinct nommé une foys la semaine et de nous charger pas de tant d'arrérages, sans despendre de la discrétion de tant de gents.
Vous aurez sceu que M"' de Gressy eut son arrest contre sa partie avec quelque adjudication d'amande et bannissement de ce pais là; du lendemain il quitta les habillements noirs et depuis s'est tousjours vestu de gris blanc, de verd, de rouge et ayant esté desnommé comme tesmoing dans un acte qui se publioit chez M'' l'Archevesque, oii il estoit qualifié de conseiller au parlement de Paris, fit longue difficulté de le signer disant qu'il avoit envoyé sa desmission dudict office et qu'il se vouloit habituer icy où il a mandé M"^ de Gressy sa femme et où il traicte du gouvernement d'Antibe ^ Un sien frère est revenu d'Italie depuis deux jours et faillit à estre prins par une galiotte de Turcs qui les avoit poursuivis sur leur barque, mais une galère d'Espagne revenant de Sicile les garantit, ayant donné la chasse aux Turcs qui se jetterent en terre prez six jours, où ils ont esté emprisonnez en nombre de 2 2 de l'authorité du lieutenant de l'admiraulté de Toullon. Le cappitaine espagnol a présenté requeste à la Cour pour revendiquer lesdicts Turcs comme sa proye ou sa chasse et comme descheux de leur privilège puis qu'ils poursuy voient des François, mais je ne pense pas qu'il les obtienne.
Nous sommes bien advancez pour l'accommodement du différant des offrandes, il ne se conteste plus qu'un degré de plus ou de moings de ceux
' Antibes, chef-lieu de canton du déparlement des Alpes-Maritimes, arrondissement de Grasse, à a3 kilomètres de celte ville et à la même distance de Nice.
de l'autel. Je vous supplie de me mander comment en usent les prélats de delà et s'ils adossent jamais leur chaire à l'autel. Je vouldrois bien aussy apprendre si les prédicateurs prêchants devant M"' de Paris adressent leurs sermons à luy seul par la qualité de Monseigneur comme on faict en présence du Roy par le mot de Sire (Les aumosniers de M"" nostre Archevesque songent à toutes heures à des nouvelles occasions de jetter des jalousies par des nouvelles entreprinses), et si les evesqucs marchant en procession derrière le daiz des reliquaires, font porter leur croix entre le daiz et eux, ou s'ils ne marchent pas devant le daiz.
Nous avons icy un qui se dict de la maison de Chastelet de Lorraine, dont il m'a baillé coppie de sa généalogie, qui prend qualité de baron de Beausoleil en Daulphiné ' et de baron souverain de l'isle de Chausse^ prez Jarsey ^ et Garnesé* en Bretaigne, qui a une commission de M'' de Fiat'' pour les mines en ce royaulme. Lequel nous a faict voir des merveilles de la nature et de l'art par la transmutation des métaux. 11 promet de faire voir naistre une plante entière avec ses feuilles et fleurs dans une fiolle d'un peu de terrain mis au fonds et meslé avec le sel de la mesme plante et puis le tout se dissouldre et renaistre une autre foys''. S'il faict cela, j'auray opinion qu'il en sçait plus que M"' du Boys. Il dict avoir maison à Paris sur le cay de la Tournelle vis à vis le pont de boys. Enquerez vous un peu, je vous prie, s'il est cogneu en ce quartier la.
Comme je voulois fermer cette lettre, on m'a apporté un exemplaire des Assises de Hierusalem de l'édition de Venize de l'an i535 in fol. en grande forme, que je n'avois jamais veu, un peu frippé et maculé
' Sur Jean du Gbâtelet, baron de Beausoleil, alchimiste, astrologue, radtallurgiste, etc., voir une longue note dans le fascicule VI des Correspomlants de Petresc, Balthazar de Vias, i883,p. 18-19.
° La principale des lies Ghausey, qui dépendent aujourd'hui du dëparlement de la Manche (commune de Granville, arrondissement d'Avranches).
' Jersey, à a5 kilomètres de la côte française, è iSa kilomètres de la côte anglaise.
' Guernesey, à 26 kilomètres de Jersey.
' Le surintendant des finances, marquis d'Efliat.
' Ddtails h rapprocher de ceux que donne Balthazar de Vias à Peiresc dans sa lettre du 3 1 décembre 1 627 (p. 1 8-ao du fascicule VI cité plus haut).
laPKIMCIIIB XATIOfALB.
/,42 LETTRES DE PEIRESG [1627]
d'ancre, mais assez entier, ce semble, de prim' abbord pour ce qui est des feuilles du texte et cahiers reduicts aux deux signatures par alphabet, mais je crains qu'il y manque des feuillets mis avant le texte aprez le tiltre, parce qu'il y paroict de la dechireure en fonds. Je le feray collationner par mon libraire et y jetleray un peu l'oeuil. Dieu aydant, et puis le vous envoyeray, car j'espère que le consul de Cypre m'en busquerà' quelque autre tost ou tard, celuy cy s'estant recouvré par autre voie d'un Flamand qui se trouva céans quand j'en parlois au consul, qui l'a apporté de Seide^. Puis que nous avons ouvert cette porte du Levant en matière de livres, nous pourrions bien en rencontrer de meilleurs avec le temps, y tenant la main, comme je désire faire. Cependant je finiray, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et irez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 9 décembre 1627.
En fermant on me vient d'apporter un billet de M'' Cardon avec l'advis de l'arrivée de la balle du S' Cramoisy et un muUetier me l'apporte, qui doibt arriver à ce soir.
J'ay redeffaict un vieil paquet pour en oster un livre de Rome, qui ira parla première commodité, et pour mieux r'aggeancer' touts les papiers qui y estoient avec ceux que j'y adjouste à présent; si M'' d'Agut est à Paris, il fera tenir toutes les lettres importunes, ou bien mon frère de Bouc\ sinon pour cette foys vous m'excuserez*.
' Busquer, chercher {Dictioivtaire de Tré- ' Littré, sous le mot ragencer, ne donne
votuv). qu'un seul exemple tiré d'un auteur du
' Seide ou Saide, l'ancienne Sidon, ville xvi' siècle, La Noue. de la Turquie d'Asie, province de Syrie, à ' G'est-à-dire son beau-frère, H. de Se-
3a kilomètres de Bairouth, à 80 kilomètres guiran, seigneur de Bouc. d'Acre. ' Vol. 716, fol. a 06.
AUX FRRRES DUPUY.
àiS
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur, Les trois livres mss. dont je vous parlois dernièrement ont enûn achevé leur quarantaine et sont parvenus sains et sauves entre noz mains, et si bien pas un d'eux n'estoit celuy que nous avions demandé, je crois que vous ne trouverez pas pourtant que nous ayons perdu au change. Le plus petit n'est qu'en papier de Damas lissé à la turquesque, in-/i° couvert de boys, et n'est qu'un registre de la chambre des finances du royaulme de Cypre de l'an M CCCC LXVIIl oi!i sont enregistrées diverses lettres patentes de ce roy Jacques le Bastard^ (sans toutefoys que son nom y soit exprimé par affectation de brièveté), les unes conceûes en langue Françoise, les autres en italienne et d'autres en grec vulgaire, ensemble quelques délibérations des officiers des finances et recognoisçances des biens domaniaux, où il se pourroit encores trouver quelque chose à remarquer. L'un des autres est en parchemin in fol. espois de plus de trois doigts, escript par colonnes en caractère d'assez bonne marque et ne contient que des vies des saints, que je pense estre du Metaphraste'^, et contient les saincts du mois d'octobre, selon que j'ay veu par l'ordre des calandriers grecs et que j'ay vérifié par le martyre de S' Denys qui y est en son rang au troisiesme jour d'octobre en mesmes termes que le P. Petrus Gancelius l'a imprimé
' Jacques II , Cls naturel du roi de Cliypre Jean III et de Marie de Patras, rëgna de i46ijusqu'au5 juin 1478, jour où il péril victime d'une conspiration, âge de trentetrois ans. Voir Y Art de vénfier les dates, édition in-8M. V, 1818, p. 1 36.
' Siméon le Métapliraste, ainsi surnommé , parce qu'il a paraphrasé les vies des saints.
naquit h Constantinople h une époque incertaine (au x° siècle, selon les uns, tels que Léon Allatius , au xii* siècle , selon les autres , tels que Baronius et Casimir Oudin). On lui attribue 589 vies de saints, mais toutes ne sont pas de lui. Plusieure de ces vies ont été publiées en grec et en latin dans les Acia Sanctorum des Bollandisles.
ààà LETTRES DE PEIRESC [1627]
dans le S* Denys de la dernière édition de Paris. Mais le troisiesme est bien autre chose que tout cela. Il est en fort beau veliii in fol., mais plus grand de beaucoup et fort espois, contenant 336 feuillets escripts en caractère de six cents bonnes années pour le moings et les filtres en majuscule de lettres d'or comme aussy une quinzaine de vers jambiques inserez entre la préface et le pi-emier chappitre, et les pages sont si grandes et si remplies qu'il y a bien de la matière, n'y en ayant pas une qui ne fist un feuillet entier par colonne y joignant la version latine comme c'est la coustume des libraires de Paris et en la forme du Polybe de Gasaubon àpeu près^. Ce livre est intitulé nEPI ÀPETH2 KAI KAKf AS ^ et contient des extraicts ou collections sur cette matière, tirées de quattorze différants autlieurs des meilleurs que l'on eust encores en Gonstantinoble au temps de Constantin Porphyrogenete ^ qui a faict ou faict faire cette compilation'', àsçavoir de Joseplie, de Georgius Monachus (qui poursuit jusqu'à Michel Amorraeus et Théophile) , d'un loannes Malela (que je n'avois pas encor ouy nommer) \ du loannes Antiochenus (qui ne passe plus oultre que Focas) et puis de l'histoire qu'il qualifie catholique de Diodorus Siculus et de celle qu'd quahfie semblablement catholique de Nicolaus Damascenus, ensemble de ce
' Le Polybe grec-latin d'Isaac Casaubon parut à Paris chez Drouard ea 1609, infol.
' Sur les vertus et les vices. C'est le manuscrit qui devait être publié par Henri de Valois sous ce titre : Excerpta Polybii, Diodori Siculi, Ntcolai Damasceni, etc.
(Paris, i63i, in-8°.) Voir Gassendi, sous l'année 1637, p. 3i 1, et sous l'année i63i, p. 43o-43a. Ce manuscrit, dont la beauté était si justement admirée par Peiresc , est aujourd'hui conservé à la bibliothèque de la ville de Tours, sous le n° 980. Voir le Catalogua des manuscrits grecs des bibliothèques des départements, par Henri Omont (Paris, 1886, in-8°, p. 63-65, article 86).
^ Constantin VII, dit Porphyrogenete,
succéda à son père Léon VI en 9 1 1 et mourut en 959.
* On attribue généralement la compilation à l'Empereur lui-même , qui s'occupait plus d'écrii'e que de gouverner. En i8i3, M. E. Miller a retrouvé dans la bibliothèque de l'Escurial de nouveaux fragments de cette compilation (Denys d'Halicarnasse, Diodore, Polybe) : ils ont été imprimés en i8i8-i849 dans les Fragmenta hisloricorum grœcorum, t. II et III.
' Cet auteur s'appelait en réalité Jean Malala , c'est-à-dire le Rhéteur. Il naquit à Antioche et avait composé une Chronique, de la Création du monde jusqu'en 566 après Jésus-Christ, dont les deux premiers livres sont perdus.
[1627] AUX FRÈRES DLPUY. 445
qu'il a faict, dict il, de Vita Gaesaris Junioris. Aprez il vient à la suitte de l'histoire grecque d'Hérodote, Thucidide, Xenophon et Arrianus, et finalement à ceux qu'il qualifie escrivains de l'histoire romaine, à sçavoir Dionys. Halicarnasseus , Polybe, Appian, et Dion qu'il surnomme Coccianus. Au reste dans les exlraicts du Polybe il y a des pages entières et autres grands articles tirés de divers libvres qui nous manquent dont sont cottez entr' autres le X, XI, XX, XXVI, XXVIII, XXXI; mais de cet autheur (s'il n'y a de l'equivocque en l'assemblage des cahiers et notes marginales), il y en debvra avoir une cinquantaine de feuillets entiers pour le moings. Je dis s'il n'y a trop d'équivoque, car ce volume a esté relié en la forme qu'il est, et les feuillets cottez il y a bien 200 ans. Mais il falloit qu'il eust esté auparavant descousu et deschiré et quelques feuilles perdues, dont il est aisé d'en recognoistre les deffectuositez , manquant le tiltre du recueil tiré de Nicolas Damascenus et ceulx de l'Arrianus et du Dyonisius Halicarnasseus, et se trouvant des transpositions toutes manifestes en divers endroicts, où l'on a entrelassé des cahiers du Polybe dans ceux du Dion et de ceux du Dion parmy ceux d'autres autheurs. Ce qui a besoing d'une disquisition ^ bien exacte et d'une patience telle que pourroit estre celle de Mess" Saulmaise, Holstenius (ou de M'' Rigault, s'il vouloit s'y assujettir) pour bien discerner par le style différent, ce qui mérite d'estre restitué à son vray autheur, là ou les allégations manquent.
Tant est que oultre ce qui est tiré d'autheurs non encor imprimez, je pense que pour les imprimez mesmes il y aura possible quelque chose à profliter pour la collation comme nous avons desja recogneu par liazard en la rencontre de quelque passage, et de ceulx dont aulcuns livres sont imprimez, il y aura icy des choses asseurement non inq)rimées, comme du Dion, dont les extraicts commencent à Numa etdel' Appian qui coramance aussy à Tarquin , de ce que l'édition de Dion ne monte pas plus hault que Pompée et que le 35° livre et que de l'Appian nous n'avons rien de plus ancien que la Guerre Punique, et possible la qualifie il
' S0U8 ce mot Littré ne cite qiie deux phrases, une de Racine, l'antre de Chateaubriand.
446 LETTRES DE PEIRESG [1627]
BASIAIKHN iSTOPIAN pour commancer aux rois de Rome. Vous aurez un petit extraict cy joinct tant de toutes les allégations desdicts autheurs que j'ay peu recognoistre assez à la haste que des vers jambiques faicts à l'honneur dudict Constantin Porphyrogenete, et des tiltres des autres , parties des collections ordonnées par ce prince y mentionnez. Quant au poème, la feuille en est un peu rongée en quelques endroicts, mais il est en mesmes mots que celuy qui est en teste des Eclogae legationum de l'édition d'Hoeschelius ' et de Casaubon, sans autre differance, si ce n'est qu'au lieu qu'en ce recueil des légations, il dict que ce traicté là est intitulé 'csspl rspsaëeiwv Pdifi-aicov TSpo? èdvixovs et qu'il estoit le 27""= entre les 53 , auquel nombre on avoit voulu réduire tout ce grand ouvrage, en celuy cy il dict que le tiltre en est comme dessus tsepi dpeTr}? xoLt xaxt'as et qu'il faict la cinquantiesme partie de l'oeuvre, et puis à la fin, au lieu des autheurs alléguez pour garants desdictes eclogues des légations, il en allègue d'autres avec quelques ungs de ceux là, mais en autre ordre, au bout desquels il renvoyé encores à un second volume concernant cette mesme matière, qui pouvoit estre, je m'asseure, extraict d'autres autheurs plus modernes ou pour le moings qui traictoient l'histoire plus récente que ceulx icy. Mais il se fault contenter de ce qu'on peult avoir de reste du débris et de la perte de tant de volumes, qu'il ne fault pas espérer de pouvoir r'assembler. Hoeschelius veult que l'autheur de ce poème aye nom Theodose. Fulvius Ursinus* faict auttheur de la compilation de cez eclogues des légations un loannes Constantinopolitanus, sans toutefoys que l'un ne l'autre ait eu le courage d'insérer le nom de tels autheurs dans la tisseure de l'oeuvre, qui me faict croire qu'ils n'en ont eu que des conjectures ou qu'ils l'ont trouvé marqué en leurs mss. de caractère plus récent et par simple conjecture de ceux qui pouvoient avoir manié cez livres devant eux. Mais pour moy, voyant que celuy qui en est l'au-
' Eclogœ Legationum Dexippi Atheiiiensis , - Fulvio Orsini, né à Rome en iSag.
Eunapii Sardiani , Pétri Patricii et Magtstri , fut bibliothécaire du cardinal Farnèse et
Prisci Sophistœ, etc. Augsbourg, i6o3, mourut en 1600. in 4'.
tlieur a affecté de supprimer son nom, aussy bien en nostre ms. qu'en ceux là, et voyant qu'on a réitéré les mesmes paroles de ce poème en teste de deux compilations de si différante matière et que le compilateur est demeuré dans cette religion^ de n'employer que le pur texte des autheurs par luy alléguez, sans y rien adjouster du sien, je me persuade que ce prince Constantin n'a pas trouvé mauvais de passer luy mesmes pour autheur de cette compilation générale, et comme il estoit studieux et estoit demeuré dans un grand loisir et descharge de l'administration des affaires tant que Romanus avoit régné conjoinctement avec luy durant longues années et usurpé toute l'authorité souveraine^, il ne seroit pas inconveniant qu'il eust marqué luy mesmes en lisant cez historiens les passages qu'il desiroit faire extraire soubs cez 53 divers tiltres et qu'il l'eust faict par aprez exécuter et transcrire par des simples coppistes soubs une mesme formule de préface et que cela eust esté la cause que les compilateurs ou pour mieux dire les coppistes eussent faict scrupule de s'y nommer ne d'y faire mention d'autre nom en teste de leur compilation que de celuy de ce prince qui les pouvoit avoir mis en besoigne. Si ce n'est qu'on aime mieux que ce prince ayt affecté de laisser son nom à cette compilation générale, comme Theodose et Justinian avoient esté bien aises d'employer les leurs aux compilations des loix faictes de leur authorité et par leur mandement; ce qui avoit donné subjecl à quelques uns de doubter aussy pour le nom des Basiliques, s'il n'avoit pas esté affecté à l'honneur de Basilius, ayeul de ce Constantin icy', encores qu'elles n'eussent pas esté achevées de publier de son temps, ains de celuy de Léon
' Le mot religion, dans le sens de sentiment, de respect, de scrupule, n'a été trouvé par Littré que dans des écrivains postf'rieurs, Bossuet, Fléchier, M"' de Sévigné, etc.
* Romain Lecapène, Arménien de naissance et grand amiral de l'empire, avait fait épouser sa fille Hélène h l'empereur Constantin (i 5 avril 9 1 9) , et , ayant ceint la cou-
ronne en décembre 919, il fut chargé du gouvernement pendant que son gendre et collègue s'appliquait h l'étude.
' Basile le Macédonien succéda (au septembre 867) à l'empereur Michel III, dit l'Ivrogne, et mourut le 1" mars 886. Ce fut en l'an 877 que Basile, h l'exemple de Justinien , fit une compilation des lois en quarante livres.
àiS LETTRES DE PEIRESC [1627]
son filz' et reveiies et authorisées soubs ce mesme Constantin icy son petit filz, et de faict l'intention de l'autheur tant dudict poème que des vers jambiques qui y sont rais en suitte ne s'esloigne pas de cela, comme vous vei'rez par la coppie qui en sera cy joincte. Il me tarde bien de sçavoir si dans la bibliothèque du roy il n'y a rien de ms. soubs ce mesme tiltre TSepl àpsTvs xal )ccLx{as et ne manqueray pas d'en envoyer faire recherche au Vatican , car il ne seroit pas impossible qu'il y en eust des fragments sans allégation des noms de cez autheurs anciens, lesquelles sont fort souvent obmises en celuy cy. Je n'y ay encores jette les yeulx qu'à la desrobée parmy une infinité d'importunes occupations qui m'accablent. Je verray s'il s'en pourra transcrire quelque chose qui ayt un peu de suitte pour commettre par aprez avec moings de regret l'original au danger des chemins, de peur que cez reliques qui sont parvenues si inopinément entre noz mains ne courussent encores fortune d'achever de se perdre aprez tant de siècles et d'autres dangers qu'elles ont courru jusques à présent. Cependant je vous supplie de faire part de cetadvis à Monsieur Bignon et à Mess" Rigault, Saulmaise et Grottius, et si le P. Sirmond vous vient en rencontre, il n'y aura pas de danger de luy en parler, et leur baiser trez humblement les mains de ma part à treztouts. Excusez moy de cette peine et de la prolixité de cette importune lettre et faictes estât de moy comme , Monsieur, de
vostre trez humble et obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 18 décembre 1697.
Depuis vous avoir escript, j'ay voulu voir ce que nous avions de Constantin Porphyrogenete et particulièrement les Geoponiques ou de l'agriculture que je n'avois regardé bien longtemps y a. Je n'ay pas le grec de l'édition de Basle derrière l'Aristote de Plantis (que j'achepterois bien volontiers s'il s'en rencontroit), ains ay seulement la ver-
' Lëon VI, dit le Philosophe (886-9 11), ajouta vingt livres au recueil des lois formé par son père. L'ensemble des soixante livres porte le nom de Basiliques.
sion de Cornariusi dont la préface d'un autheur anonyme comme celuy de la noslre monstre bien quelles avoient esté les bonnes inclinations de ce prince en faveur des lettres, en premier lieu de restaurer la philosophie et rhétorique et aprez la politique, laquelle il avoit subdivisée en milice, sacerdoce et agriculture. Or, comme les recueils de l'Agriculture sont faicts quasi de la mesme manière que les nostres de Icgationibus et de virtute, je me doubte fort que ceux de la Politique n'estoient guieres dissemblables, et de faict bien que la préface de celuy de administrando imperio^ soit véritablement conceiie au nom de ce prince, voire le commencement du premier chappitre, si est ce que par dedans ledict livre on void bien que l'autheur est différent et qu'aux endroicts ou est faicte mention des pactez et alliances de luy et de son fils, l'autheur en parle en tierce persone et en autres termes qu'il ne fairoit luy mesmes s'il parloit originairement en cez discours, ce qui me faict croire que par adulation on luy a par aprez adjousté quelques clauses pour mettre l'oeuvre en son nom. Comme aussy cez livres de thematibus imperii^ bien qu'il y ayt quelque mot en passant qui semble de luy mesmes en quelque endroict, je doubte fort que ce ne soient des gloses adjoustées postérieurement. Tant est que quand ce seroit de luy mesmes, l'ouvrage n'en est pas si relevé qu'il ne puisse estre de la façc-n d'un prince oisif, comme il a esté longtemps ; et cela n'empesche pas que tandis qu'il travailloit à cela, il ne peust faire travailler d'autres aux autres compilations nécessaires à sa politique et à sa milice et à toutes cez 53 matières, soubs lesquelles il avoit voulu
' Jean Gornarius , mi^decin allemand , né stanlini Porphyrogeneti Opéra , Leyde ,1610,
à Zwickau (Saxe) en i5oo, mort à léna en in-8').
mars j558, traduisit le recueil des Géopo- ' Gibbon appelle cet ouvrage une espèce
niques sous ce titre : Coiistantini Cœsaris se- de géographie raisonnée. C'est une descrip-
lectarum prccepùonum de agricullura libriXX, tion en deux livres des Thèmes ou provinces
Joann.Cornariointerprete(B&]e,i5d8, in-8°). de l'Empire d'Orient. Le premier livre, avec
Cette traduction fut réimprimée avec un titre la version latine de Vulcanius, fut publié à
quelque peu différent h Lyon, en i543, Leyde, en 1 588, in-8°; le second , avec la
in-8% et à Bàle, i558, in-8°. version de Frédéric Morel, h Paris, 1609,
' Ce traité fut publié par Meursius dans in-8°. Ces deux livres reparurent dans le
son recueil des OEuvres de Constantin ( Con- recueil dtjà cité de Meursius.
mPIIIIIERIB KATIOKilE.
â50 LETTRES DE PEIRESC [1627]
réduire toutes sortes de livres. J'ay par mesme moyen reveu un peu moings couramment nostre ms. et ne désespère pas qu'il ne s'en puisse remettre en ordre une bonne partie. J'en ay faict extraire un article de chasque autheur et quelques articles à part de divers livres du Polybe afin que vous en puissiez mieux juger par l'eschantillon. Il y a un article concernant cet Aurum Tolosanum^ où. il me semble qu'il y a quelque notable particularité oultre et pardessus tout ce qui en a esté si généralement escript par les anciens autheurs que nous avions, mesnies une défection et conjuration de cez peuples avec les Cimbres qui donna le prétexte à Coepio ^ de les ravager, qu'il ne me souvient pas que les autres ayent ainsin exprimé. Vray est que je ne l'ay peu bien vérifier à mon gré à faulte de loisir d'en revoir les passages que je n'ay poinct veus depuis fort longtemps.
Gomme je pensois clorre cette despesche, le courrier de Lyon est opportunément arrivé pour repartir demain en poste et commancer nostre establissement, dont j'ay esté infiniment aise et prie à Dieu qu'il n'arrive rien qu'il le puisse interrompre.
Ce jour de noel au soir aprez soupper '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Par mes dernières despesches j'ay respondu à toutes les vostres tors à celles du 3o novembre et 7 décembre, que j'ay depuis receiies, ensemble le restant du Nonnus de re cibaria, le Reinecius de Saxonum
" Sur l'or de Toulouse, sur cet or fatal l'an io6 et en l'an io5 avant J.-C. L'ar-
devenu proverbial, voir Cicéron, De m- mée qu'il commandait fut écrasée par les
tura Deorum , iib. II ; Aulu-Gelle , lib. I ; Jus- Cimbres le 6 octobre de la seconde année de
tin, etc. son consulat.
' Quintus Servilius Gépion fut consul en ' Vol. 716, fol. aog.
origine, le traicté de Sabatlio, Ganceliaria Suedica, Raisons des Grisons, Globe, vers de Boisrobert', ordonnance de Montgla* et autres curiositez, dont je vous doibs tant plus de remerciments que moings vous aviez de subject de vous souvenir de nous dans une si longue et inexcusable cessation de noz lettres; mais vous estes trop bon et troj) courtois pour vouloir jamais rien retrancher des habitudes de vostre lionnestcté, dont vous nous avez desja daigné donner de si grandes et signalées preuves, que nous serions les plus ingrats du monde si nous ne faisions dezhorsmais tout ce qui sera jamais de nostre pouvoir pour user de quelque revanche réelle en vostre endroict, car d'acquitter noz debtes, nous ne sçaurions estants surchargez comme nous sommes à toutes heures de nouvelles obligations, oultre les grands arrérages des anciennes. Le prochain establissement de noz courriers qui commanceront d'aller d'icy dez le dimanche 26 de ce moys, nous esteront les uns et les autres de la peine oili nous pouvions estre pour ce retardement de lettres, car chasque samedy au soir, nous ne manquerons, poinct d'escrire peu ou prou, ne dépendants plus de la discrétion de persones, dont on n'advanceroit rien de se plaindre et dont le discours plus particulier ne serviroit nieshuy de rien que d'ennuy.
Le ballot du S' Cramoisy arriva samedy passé fort bien conditionné, Dieu mercy, et par consequant les extraicts de Quentin qui y estoient enclos, le fagot du S' Tavernier, la carthe de ce canal que je trouve excellante à mon gré pour son exactesse et les beaux livres que vous y avez adjoustez de vostre chef, qui augmentent bien la honte de nous voir si esloignez des moyens de nous revancher jamais dignement de tant de bienfaicts. 11 me tarde bien de voir venir le fagot du S"^ Buon
' François Le Mélel de Boisrobcrt, abb(5 de Châlillon-sur-Seine , membre de l'Académie française , naquit à Caen en » Bga et mourut en mars 1 669. Voir diverses particularités curieuses sur ce j)oète dans les lettres de Guez de Balzac (1878) et dans celles de Chapelain.
' L'ordonnance par laquelle le manpiisat
de Montglas-en-Brie (Seine-et-Marne), érigé en faveur de Robert de Harlai , baron de Moutglas (161 4), et qui, à sa mort, devait s'éteindre faute d'héritiers mâles, l'ut confirmé (décembre iGay) en faveur de sa fille Jeanne de Harlai, mariée à Hardouin de Glermont, seigneur de Saint- Georges.
àb2 LETTRES DE PEIRESC [t627J
à cause du catalogue de la bibliothèque, où j'eusse desja vérifié s'il y a rien de ce Gervasius Tilleberiensis Marescallus regni Arelatensis sub Ottone IIII, dont j'ay recouvré l'ouvrage qu'il a faict de la description du monde, mais farcy en divers endroicts de tout plein de choses modernes qui m'importunent et sans quoy je trouverois en cet ouvrage des choses qui ne seroient poinct à négliger, mesmes pour nostre pais. Il fault que je me rende curieux d'apprendre ce qui se peult trouver de cet autheur en divers lieux, et je vous supplie d'ayder en cela ma curiosité et de ceux qui m'en ont faict prier d'ailleurs comme je vous disois dernièrement. J'ay receu enfin les mss. qui m'ont esté envoyez pour remplacement de celuy des Assises que j'avois demandé, qui me firent passer une demy journée en grand plaisir pour les recognoistre aussy exactement qu'il m'estoit possible dans la foulle d'affaires où nous sommes sur le dégel de ce parlement et pendant l'absance de mon frère, qui est à Rians, bien avant aux mains avec noz habitans pour voir si cette cloche se pourra fondre pour une foys^ ce qui n'est pas pour me soulager, mais si Dieu luy faict la grâce d'en venir à bout, j'espère qu'il y pourra acquérir beaucoup de repos d'esprit et de corps, tant pour moy que pour luy. Vous verrez ce que j'escrivois tantost à M' du Puy vostre frère sur le destail desdicts mss. et ne doubterez pas, je m'asseure, que je n'aye faict de nouvelles recharges au païs d'où ils viennent pour en avoir tout ce qui pourra tomber en commerce, dont on me faict feste de la charge d'un chameau.
L'ordinaire de Rome passa hier seulement, reteim une semaine entière plus que de coustume par les grandes eaùes. 11 m'apporta des lettres de Mg' le Cardinal Barberin avec coppie des trois premiers chappitres des Assises et de tout le livre des lignages d'oultre mer, que je n'ay peu encores parcourir que fort superficiellement, mais je crois que Mess" Godefroy et du Ghesne y trouveront bien de la pasture de leur goust et Mess"^ de S*^ Marthe aussy ^ Je tascheray de le voir
' Locution proverbiale. Fondre la cloche, ' Voir Les familles d'Oiilre-mer de Du
c'est prendre un parti, en venir au fait, à Gange publiées par E.-G. Rey dans la Coll'exécution. tection des documents inédits (Paris, 1869).
le plus tost que je pourray à cez festes pour le vous envoyer afin qu'ils ne languissent pas en cette attente.
Mg'" le Cardinal parle de M' de Thou et de M' Holstenius en si bonne bouche ' que j'ay creu d'estre obligé de vous envoyer sa lettre qui sera cy joincte. Les livres dont il parle me font souvenir de vous supplier de me faire, s'il est possible, remplacer celuy de Gomar de Genealogia Christi, etc., ensemble celuy de Sabatho, que je luy envoyeray, Dieu aydant, par le prochain. Monsieur vostre frère Dom Du Puy m'escript de Rome du 1 7 novembre en termes trez obligeants à son acoustumée , se louant grandement de la courtoisie dudict seigneur Cardinal, qui print la peine de l'aller visiter, et qui receut aussy sa visite avec tant d'honnesteté et de soing de luy monstrer sa bibliothèque et ses antiquitez que rien plus; je vous envoyeray aussy sa lettre, mesmes afin que vous voyiez combien a esté prisée en ce païs là cette modestie et cette retenue de M' Heinsius en son Nonnus. Je vouldrois qu'il m'eust cousté de mon sang de bon coeur et que M"" de Saulmaise et M"' J. Godefroy en peussent faire de mesmes en leurs belles oeuvres. Ils n'ensegneroient pas moings leurs rares observations et ne blesseroient ny desgousteroient pas les gents qui sont si bien méritants du public comme la plus part des doctes hommes de delà les monts.
M"' Holstenius m'envoye ses vers imprimez en ce païs ^à^ mais le caractère n'est pas comparable à celuy qu'on employé à Paris en semblables pièces. Il m'escript qu'il s'est mis sur le Porphyrius^ et qu'aprez suivront ses Homélies*, ayant espérance que le Cardinal fera entreprendre l'édition de ses Géographes et y fera adjouster les tables ou carthes nécessaires que les imprimeurs de Paris ne vouloient pas
' Sifavorablement.si aimablement. Cette Holstenio, qui disserlationem de Vita Por-
iocution n'a pas ëtë recueillie dans le Die- phyrii et scriplis adjecit.
tionnaire de Littré. * Holsteniu» traduisit sept homélies iné-
' Endecasyllabi in nuptias Thaddan Bar- dites attribuées à saint Alhanase, liomé-
berini et Annœ Columnœ {Wome, iù^'],m-li°). lies qui furent insérées dans l'édition des
' Ce fut en i63o que parut à Rome œuvres de ce docteur donnée par J. Pis-
(in-8°) Porphyrii liber de Vita Pythagorœ... catori chez Sonnius (Paris, 1637, 9 vol. in-
grœce et latine. Interprète et notatore Lucca folio).
entreprendre. Sur l'advis qu'il a eu des S" Aleandro et Suarez de la recherche que je faisois faire des usages nautiques des costes d'Italie, il nie mande qu'il a veu en Angleterre en la bibliothèque du S' Cavalier Robert Cotton ' un livre ex professo en language latin d'un certain pisan , qui a descript toutes les costes de la mer mediterranée, environ U ou 5 00 ans y a et qui marque spécialement à quels princes elles sont soubmises et soubs quels droicts. D'où je ne doubte poinct qu'il ne se puisse tirer de trez bonnes curiositez et notices pour le dessein de M"" Godefroy ^, à qui je vous supplie de le communiquer. Ne doublant poinct qu'il ne soit fort aise de procurer que ce livre passe la mer pour venir entre voz mains et les siennes soubs la foy ou responsion ^ de quelqu'un de la cour de la royne d'Angleterre, ou plus tost soubs quelque lettre de cachet vers la royne d'Angleterre, si besoing est, pour le faire commander. Auquel cas pour mon droict d'advis je vous supplieray que je puisse avoir coppie de ce qui touchera nostre coste de Provence. Que si vous faisiez difficulté de l'entreprendre, j'oserois quasi m'en charger, bien que j'aye esté un fort long temps sans avoir des nouvelles dudict S"" Cotton'*. On nous fait à croire icy qu'il se doibt envoyer des ambassades pour supplier la royne mère de se rendre médiatrice entre les roys de France et d'Angleterre ses enfans, ce qui fournii'à bien des occasions pour cela. Je vous supplie par mesme moyen de baiser trez humblement les mains de ma part audict S' Godefroy, pour qui j'ay desja appresté quelque chosette que je tascheray de luy envoyer au plus tost qu'il me sera possible.
' Sur Robert Colton, voir plus haut la lettre de Peiresc au chevalier Cotton , et,
lettre n° XVI, du 29 janvier iCaô. d'autre part, je n'ai trouvé aucune lettre de
' Touchant son ouvrage sur le commerce , l'érudit anglais à l'e'rudit français dans les
dont il a été déjà plusiem-s fois fait mention. manuscrits d'Aix et de Paris. On voit seule-
' Garantie, caution, de responsio , action ment dans la collection Peiresc, à la biblio-
de celui qui répond. Littré n'a pas indiqué thèque d'Inguimbert (registre IV, t. I),
ce sens et s'est contenté de dire, après le quelques notes sur des médailles du cabinet
Dictionnaire de Trévoux : irancien terme de R. Cotton et un document tiré du même
d'ordres militaires, charge, redevances. cabinet relatif à la captivité en Angleterre et
' Les registi-es de minutes de la biblio- à la mise en liberté de Marguerite, fille du
thèque de Carpenlras ne contiennent aucune mi de Sicile (octobre liyô).
Le S' Suarez m'envoye de la part du Cardinal une coppie d'une charte si antique qu'elle est du temps de l'empereur Léon et de son quatriesme consulat, qui estoit en l'an ^71, dont M"' Rigault estoit en impaliance. Je la vous envoyé pour la [lui] communiquer, s'il vous plaict, et à M' Bignon, m'asseurant qu'ils y trouveront bien des particularitez de leur goust, et le P, Sirmond aussy, quelques faultes qui s'y puissent estre glissées, car je ne crois pas que cela soit transcript sur le propre original, ains sur quelque bien vieille coppie de personne ignorante qui a voulu mettre en extensoire les abbreviations qui y pouvoient estre selon son sens et qui entr'autres ayant vraysemblablement trouvé escript LEONE PP. AVG. IlII. ET PROBIANO V. C. GOSS. , au lieu de lire LEONE PERPETVO AVG., etc., est allé mettre PAPA Augusto et Probiano V. C. GSOLE. Et y a bien faict d'autres besveiies; mais cez messieurs les restitueront aisément, au moings celles qui ne seront bien convenables à la corruption du language desja introduicte en ce temps là au moings parmy le vulgaire.
Je plains la mort de ce pauvre compilateur du Mercure François'. Il fauldroit que celuy qui en entreprendra la suicte fust personne encores un peu plus intelligente que luy en matière d'histoire. Jusques icy, du sammedy 18 décembre 1627.
J'ay esté si malheureux encores à ce coup que pensant continuer bien à loisir tout le dimanche à vous escrire et à noz autres bons seigneurs et amys, selon la resolution prinse avec ceux qui ont droict de mettre les despesches à la poste, j'ay encore esté prévenu par l'anticipation d'un jour tout entier, de sorte que je continue à présent sans espérance de pouvoir liùre aller mes lettres plus tost que dimanche prochain par
' On prétend que Jean Richer, irapri- compilateurs. Est-ce de la mort de Jean Ri-
meur-Iibraire, et, après lui, Etienne Richer cher que Peiresc veut parler? Il en est
rédigèrent les vingt premiers volumes du qui le font vivre jusqu'en i655 (voir, par
Afercure /rancojs (qui renferment l'histoire exemple, la Bibliothèque historique de la
delà période comprise entre l'année t6o5 France, t. II, p. 498, n° aaiyg). Si l'on
et les années 1 634-1 635). Mais on ne sait regardait i655 comme une faute d'im-
rien de précis sur la biographie des deux pression pour 1637, tout s'expliquerait.
le premier ordinaire qui doibt commancer son eslablissement, si autre chose n'arrive entre cy et ià et si M'' Jacquet n'y trouve d'autres obstacles ou difficultez de la part du S"' d'Almeras.
Cependant on nous faict bien appréhender la venue de Mg'' le Prince, qu'on dict devoir estre bien tost en Avignon, s'il n'y est desja, et qu'en passant par la rivière du Rosne, il a faict mettre le feu en deux ou trois petits villages voisins de Privas, qui servoient de retraicte à Brison, qui avoit faict faire je ne sçay quels compliments à mondict seigneur le Prince, sur ce qu'il ne pouvoit, disoit-il, mettre les armes bas sans estre préalablement rembourcé de quelques 4o mille escus, qu'il avoit despensez, A quoy fut respondu par ledict seigneur Prince qu'il les y vouloit aller porter luy mesmes. On tient aussy qu'il a faict pendre quelques soldats et enlr'autres un cordelier desfrocqué, lequel se trouva parmy ceux qui furent surprins. Il avoit donné un rendez vous à Mompelier au jour des Innocens, entr'autres à M' le M[arquis] de Cordes ', mais on dict pourtant que cela sera différé au premier jour de l'an prochain. On adjouste qu'il a certaine commission pour faire vérifier des edicts à Mompelier tant en la chambre des Comptes et cour des Aydes et aprez au parlement de Thoulouse, mais qu'il tiendra préalablement les Estats à Besiers. Ce qui nous faict craindre que cette nue ne vienne encore fondre sur nous par trop de voisinage.
On m'a voulu asseurer que M"" le premier présidant de Grenoble"^ l'est allé sali lier en passant, soit à Lyon ou à Vienne, avec quelques autres messieurs de sa compagnie comme députez de leur corps, à cause que son pouvoir comprend le Daulphiné aussy bien que le Languedoc et qu'il les traicte un peu rudement sur ce qu'ils n'avoient pas usé du mot de Monseigneur en parlant à luy, et que M"" de Crequy s'y estant depuis voulu interposer pour luy faire agréer leurs excuses fondées sur ce qu'ils n'avoient jamais usé de ce terme de Monseigneur
' Guillaume de Simiane, d'abord baron, des gardes du corps et mourut en i64a. puis marquis de Gordes, i^tait fils de Bal- ' Nous avons déjà plusieurs fois rencontré
thasar de Simiane, baron de Gordes, et le nom de ce magistrat, Frère (Claude). d'Anne de Saint-Marcel : il était capitaine
qu'en parlant au Dauphin, comme il apparoissoit par leurs registres, Mg'' le Prince s'en mocqua , et M' de Grequy ayant pensé renchérir et dire qu'il tenoit le rang de chef en ce parlement et que comme le premier présidant de Paris ne luy cedoit pas dans le parlement, le gouverneur du Daulphiné feroit la mesme dilliculté, Mg' le Prince se mit en grande action \ luy disant qu'il l'arracheroit bien vite de sa place et qu'il ne s'y jouast pas, mais M'' de Grequy luy dict qu'il estoit son serviteur et qu'il se mettroit à ses pieds.
Je vous supplie de nous mander comment on en use au parlement de Paris, en parlant à Mondict seigneur le Prince dans la compagnie et si on a député autres foys vers luy et usé de ce terme de Monseigneur en son endroict ou non. Je sçay bien que M' du Harlay ^ en son particulier en a usé en luy escrivant ou parlant, mais la question est s'il en a laict de mesme en la compagnie et s'il luy a parlé en qualité de député d'icelle, dont il ne me souvient pas bien. Il fault qu'aye en quelque part une remonstrance dudict S' du Harlay que je n'ay sceu trouver à cette heure cy à mon très grand regret lors que j'en avois bien affaire.
Nous ne sommes bons qu'à vous importuner, mais vous le voulez ainsin que je sois tout le temps de ma vie comme je le seray inviolablement.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce dimanche 19 décembre 1627.
J'oubliay dernièrement en vous escrivant des feux de joye '' de vous dire que les galères de Gènes qui se trouvèrent à Marseille, lorsqu'on
' Colère. Littré n'a pas indiqué ce sens Paris Christophe de Thou , naquit à Paris
que conserve encore de nos jours le Langage en mars i536 et y mourut en octobre 1619. populaire en certaines provinces. ' Au sujet de l'abandon de l'île de Ré
' Achille de Harlay, gendre et successeur par les Anglais, du premier président du parlement de
■MrMllllllIl I(iTI01l.tLI.
Zi58 LETTRES DE PEIRESC [1627]
y faisoit feu de joye, tirèrent tant de canonades et firent tant d'artifices de feu que si leur republique eust gaigné la victoire, ils n'eussent pas peu faire de plus belles démonstrations de leur conjouyssance, à quoy on ne s'attendoit nomplus qu'à celles du duc de Savoye,
Le M[arquis] de Gordes vient d'Aurange où le gouverneur l'a fort" caressé et festoyé et pendant qu'il y estoit, arriva un gentilhomme d'Orange revenant de Hollande devers le Prince sur un navire, qui fut porté par la tempeste en Irlande, où ils trouvèrent Bukingam bien descontenancé avec son armée. Il leur i-efusoit passeport pour quelques françois qui estoient avec ce gentilhomme d'Orange, mais enfin il le leur octroya, disant qu'il vouloit rafraischir son armée et revenir en France bien tost et plus fort que devant.
Depuis la conclusion de cette lettre nous avons apprins l'arrivée de Mg"" le Prince en Avignon, puis sammedy par un jeune gentilhomme qu'il despescha incontinant icy vers M' l'Archevesque pour le sallùer de sa part et luy faire de grands compliments sur l'obligation qu'il recognoit avoir à Mg"" le Cardinal de cet eniploy qu'il dict ne vouloir oublier de sa vie. M"' l'Archevesque luy doibt aller rendre sa visite Dimanche l'endemain de Noël et M"" nostre premier présidant l'irà pareillement salliier à son passage par Tarascon \ où l'on dict qu'il veult aller lundy, et de là en Arles pour aprez passer en Languedoc. II mit d'abbord quelques trouppes à Barbentane ^ et autres lieux circonvoisins dans ce païs et a dict aux consuls d'Arles qui Festoient allé voir en Avignon qu'il les vouloit faire raffraischir durant trois moys dans leur Camargue^, qui est un païs gras, ce dict il*, et propre à porter
' Chef-lieu de canton des Boucbes-du- tares, renferniëe dans le delta du Rhône.
Rhône, arrondissement d'Arles •, à 16 kilo- coupée de nombreux ruisseaux, canaux,
mètres de cette ville. étangs, marais.
' Commune des Bouches -du -Rhône, ' Le prince de Gondé avait bien raison
canton de Châteaurenard , arrondissement de parler ainsi de cette plaine dont le sol est
d'Arles, à 46 kilomètres de cette ville. très fertile et dont les pâturages nourrissent
' Plaine d'une superficie 'de 55, 000 bec- plus de cent mille quadrupèdes.
cette l'ouHe '■, bien qu'il n'y ayt pas de villages, de sorte qu'il a bien mis tout nostre monde en allarnie. Noz procureurs y sont allez, mais nous ne croyons pas qu'ils obtiennent grand chose. Ils n'ont espérance qu'en la seule intercession de M"' l'Archevesque. Ceux d'Arles luy voulurent parler de ses pouvoirs. Il dict que la Provence n'y estoit pas desnommée, mais que s'ils se mettoient en peine d'envoyer quérir deux doigts de parchemin, ils les auroient bien tost et les accommoderoit bien.
Nous pensions que nostre ordinaire commençast à partir demain et que vous auriez ce pacquet dans sammedy prochain, mais le postillon qu'on allendoit hier n'estant pas venu, les gents de la poste d'icy n'ont pas osé faire partir leur courrier, crainte de quelque dilficulté survenue de la part de M' Jacquet ou de M'' d'Almeras, ce qui a bien augmenté ma mortification et mon desplaisir de ce que mon pacquet demeura la semaine passée. Je pensois que ce temps seroit recompancé par la diligence de ce courrier. Il faull prendre patience et attendre ce qu'on pourra obtenir de pardelà.
Au reste nous avions concerté un accommodement du dilTerent de l'offrande et solennellement accordé qu'il se conlenteroit de la prendre sur les degrez de l'autel, sans nous faire monter ne descendre aulcun escallier, et pour cet effect on avoit faict faire exprez un certain marchepied de bois pour eslargir un degré pour la commodité de sa chaire. Mais quand il a esté sur les lieux, avant que s'asseoir, il a faict ester ce marchepied, de sorte qu'il nous a fallu monter un degré, ce qu'on a trouvé fort estrange attendu la convention stipulée. Il s'est depuis excusé comme l'ayant commandé par equivocque et pensant que son aumosnier eust cherché cette nouvelle à nostre desavantage, et en est allé faire des excuses en persone à M' le premier présidant, aprez vespres, avec protestation de voulloir punctuellement observer ladicte convention et vivre en bonne paix. Dieu le veuille par sa saincte grâce. S'il en fut demeuré aux ternies à ce matin, il ne se fust jamais plus
' Surcharge, oppression. Nous avons garde le mol fouhr, opprimer, accablei- d'impôts, d'exactions.
parlé de conferance ne de concert d'aidcunes affaires entre nous, ains par délibérations et saisies en cas d'inobservance. On luy a voulu lascber encores celle là, puisqu'il en a tant faict d'excuses. Le pauvre abbé de Foix estoit bien descontenancé, parcequ'il en avoit porté les dernières paroles et promesses, et quand je l'ay veu arrester un peu de temps avant que de s'asseoir, je pensois qu'il voulut oster le marchepied pour faire loger sa chaire au lieu où la mettoient ses devanciers tout au dernier degré, car nous la laissrons sur trois degrez à ce coup cy pour le contenter '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, J'adjousteray ce mot à ma précédante que vous recevrez conjoinctement avec celle cy pour vous accuser la réception du fagot du S"" Buon que l'on me vient d'apporter tout présentement, bien qu'il fust arrivé dez la veille de Noël, mais si tard que le muletier voulut différer jusques à présent de m'en advertir à cause de l'heure tarde de la solennité du jour d'hier. Il est venu bien conditionné, Dieu mercy, et par conséquent le catalogue des romans et livrets latins de la bibliothèque, lequel je parcourray tantost. Dieu aydant, aprez l'expédition du courrier qui vint hier au soir et s'en retourne à ce matin pour commancer nostre premier ordinaire. J'ay seulement recogneu superficiellement le contenu dudict ballot et spécialement les cahiers de Quentin à sçavoir ce diaire d'Alexandre VI ^ et cez deux pièces des Grisons avec les til-
' Vol. 716, fol. ai 3. Castello, mort le 16 mai i5o6. Ce Diarium
' C'est le fameux journal rédige par Jean a été publié pour la première fois par Ec-
Burchard , natif de Haslach , près de Stras- card , dans le tome II des Scriptores medii
bourg, d'abord clerc, puis maitre des céré- œvi (Leipzig, 1783 ). Déjà des extraits en
monies pontificales, évéque de Città-di- avaient été donnés par Leibniz {Spécimen
très des livres de historicis latinis, de Goloma, des aulheurs Neapolitains, où je crois bien que je Irouveray de trez bonnes choses et autres. Mesmes du cours du S' Godefroy, oii mon relieur a trouvé que manquent certains cahiers ou feuilles finales qui n'estoient possible pas encores achevées d'imprimer lors du despart dudict ballot. Ce sera, Dieu aydant, par la première commodité de Dimanche prochain que je les feray marquer, cependant je vous remercie par un million de foys de tant de soing et de tant de peine que vous ont donné mes livres et coppies, et d'aultanl que vous ne me mandez poinct que voz libraires ayent apporté de la foire de cez livres de la quadrature du cercle, dont je vous avois parlé cet esté, et que le S' Valois me l'a fraischement r'envoyé de Grenoble, j'ay creu qu'il vauldroit mieux le vous envoyer à présent qu'un autre de Rome du P. le Febvre, que je garderay encores pour le prochain ordinaire, si ce pacquet icy est assez gros. M'' l'Archevesque vient de partir sur des coureurs pour aller prendre à quattre lieues d'icy le carrosse de l'abbé de Foix, qu'il a faict tenir en relais au Vernegue \ et au passage de la Durance prendre le carrosse du gênerai d'Avignon pour s'y rendre aujourd'huy mesmes et y voir Mg''le Prince. Et je finis demeurant. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce dimanche au matin, a 6 décembre 1627 '.
historiœ arcaïue, sue Amcdola de vita Alexandri Yl papte, seu excerpta ex Diario Joannis Burchardi (Hanovre , 1696, in-4°). Une édition enfin complète vient d'en être donnée par M. L. Thuasne : Jnhannis Burchardi Diariwn sive rerum urbanarmn commentarii (i483-t5o6). Texte latin publié intégralement pour la première fois , avec introduction, notes, appendices, tables et index. Le troisième et dernier volume vient de paraître (Paris, Ernest Leroux, i885, grand in-8° de Lxviii-578 pages) au moment ovi je re'dige cette note.
' Vemègues, commune du département des Bouches-du-Rliône, canton d'Eygiiières, arrondissement d'Arles, à 6a kilomètres de cette ville.
' Vol. 716, fol. 217. — Voir à YAppendice trois lettres de Dupuy, du 97, du a8 et du 3i décembre i6a7, plus une quatrième lettre non datée, mais qui appartient incontestablement à l'année 1 6a7. Les lelti-es des frères Dupuy à Peiresc vont nous manquer, à une seule exception près, pour toute l'année 16a 8.
IfQ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur,
Nostre second ordinaire nous apporta hier vostre despesche du ao avec des lettres de M"' de Fetan de mercredy dernier 29°"=, ensemble la Republique d'Escosse et d'Irlande \ l'oraison de Grangier^ et autres livrets et feuilles courantes , le tout trez bien conditionné.
Ce me fut un grand crevecœur de voir que lors vous n'eussiez pas encores eu mes despesches du moys de novembre, veu les asseurances que m'avoit données nostre maistre des postes (qui s'en chargea enfin pour les rendre luy mesmes à Lyon) de les rendre à Lyon à temps pour l'ordinaire plus prochain. Il fault avoir encores patiance pour cette foys là, mais dezhormais cela ne pourra plus arriver. Dieu aydant, ayant apprins par la susdicte lettre de M"" de Fetan que la mienne de dimanche dernier 2 6""* estoit arrivée à temps pour estre envoyée par l'ordinaire de Lyon de mardy passé, de sorte qu'à ces heures icy je crois qu'elle est entre voz mains, comme j'espère que sera la présente sammedy prochain et ainsin règlement à l'advenir pour peu ou prou que je puisse escrire, plustost que jeferois escrire par un autre de ma part, si je ne le pouvois, afin que vous ne soyez plus en aulcun regret pour mon regard. Je ne m'amuseray poinct à vous réitérer mes excuses
' Respublica, sive status re/pii Scotiw et Hiberniœ. Diversorum aulorum. Leyde, Elzevier, 1627, in-ai.
' Jean Grangier, né à Châlons-sur-Marne vers 1 676 , mourut à Paris en 1 646 , fut successivement théologal de Beauvais , principal du collège d'Harcourt, principal du collège de Dormans, dit de Beauvais, professeur d'éloquence au collège royal de France. Voir
le Mémoire historique et littéraire sur ce collège par l'abbé Goujet (t. II, p. SSg-SgS). VOraison dont parle Peiresc doit être l'oraison funèbre du protecteur de Grangier, le premier président Nicolas de Verdun, mort le 1 6 mars 1 627 : Oratio funebris in laudem Nicolai Verduiii in Curia Parisiensi Pritnarii Prœsidis ( 1 6 a 7 , in- 4°). Grangier est plusieurs fois mentionné dans les lettres de Guy Patin.
sur ce subject, car quelque justice qu'il y puisse avoir de mon coslé, pour ne dire innocence, vous ne pouvez avoir que trop de raison du voslre de vous plaindre de moy, sauf mon recours contre ceulx qui en ont la coulpe.
Je viendray donc au restant de voslre lettre et aprez vous avoir faict mes irez humbles remerciments en premier lieu de vostre patiance et debonnaireté, n'ayant voulu m'imputer touts ces desordres à deffault de bonne volonté, bien qu'il deubst senibler que je m'en fusse rendu indigue, et puis de la reprinse du train de vostre courtoisie et de touts cez livres et papiers curieux dont vous avez daigné accompagner vostre obligeante lettre, je vous diray que la Republique d'Ëscosse vient fort opportunément pour passer les monts et pour servir d'assaisonnement et enrichissement à ma despesche à Mg"" le Cardinal, à qui je ne sçavois qu'envoyer, car les simples lettres ne peuvent estre qu'à charge à cez gents la, si elles ne sont accompagnées de quelque autre curiosité digne de garde, croyant que le Nonnus de re cibaria, estant enfanté si prez d'un nonce, debvoit desja estre passé jusques à luy, et le Vossius de historicis latinis estoit trop gros pour la poste \ de sorte que mon obligation vous en doibt demeurer double, et neantmoius suivie d'une nouvelle importunité pour le remplacement de ladicte Republique en temps et lieu quand il s'en retrouvera à vendre. Gela a garanty le livre de sabatho (qui fust allé sans cette subrogation) en attendant s'il s'en pourra avoir un second exemplaire, car je vouldrois bien n'en demeurer pas despourveu, s'il est possible.
Je vous envoyé la lettre de Mons' le R. P. Dom du Puy avec sup-. plication de ne la pas laisser voir, de peur que cela ne fit tort aux ungs ne autres, ayant creu neantmoings de ne le vous devoir pas ceeller, afin qu.e par cette bonne disposition vous jugiez de ce qui se pourroit espérer en ce pais là pour luy ou pour autres de sa condition qui y pourroient entendre. Cela soit entre nous s'il vous plaict.
' C'était un volume in-4° (Leyde, 1607).
,à6à LETTRES DE PEIRESC [1628]
J'ay esté fort aise d'apprendre la resolution de M' Rigault sur l'édition de ses observations sur Tertuliien. 11 le fault presser là dessus et le prendre au mot sans le laisser recognoistre , caria chose estant un jour achevée, il seroit bien marry que ses amys l'eussent espargné en cela, quelqu'incommodité qu'il y puisse trouver durant le progrez de son travail.
Au reste je ne me peus tenir de parcourir cez jours cy ce catalogue de la bibliothèque du Roy', oiî je trouvoy un Breviarium Sexti Rufi, num" 356. Je ne sçay si vous l'avez veu; s'il vous estoit eschappé, je vous supplie d'y chercher le lieu de ce Trachala.
J'y trouvay un répertoire des livres du Chastelet^ soubsla cotte 676 dont je vouldrois bien avoir la coppie, si ce n'est chose de si longue haleine et si vous jugez qu'il y ayt rien à proffiter, ra'imaginant qu'il y puisse avoir quelque chose de notable touchant les coustunies, ordonnances de noz vieux roys et possible qui toucheront l'histoire des siècles passez, car j'ay autres foys veu de fort bons registres du Ghastelet, entr'autres un nommé le livre rouge 011 il y avoit des ordonnances fort rares et que je n'avois veu nulle autre part. Il y a pareillement à num" 569 un Inventaire des meubles et joyaulx du roy Charles V de l'an 1879', qui vauldroit bien possible la peine d'estre transcript, principalement pour voir s'il y avoit de colliers ou camails de chevallerie et de cez camayeuls antiques*, tel qu'estoit celuy de Tibère qu'il donna à la S"' Chapelle.
L'inventaire des livres de Bloys, num" 790, ne seroit pas aussy à négliger pour avoir ce qui s'est depuis esgaré, et s'il y avoit rien
' Catalogue achevé par Nicolas Rigault en 1692 et dfîjà mentionne plus haut.
' Les registres des divers tribunaux qui tenaient leurs audiences dans le Châtelet de Paris.
' C'est le document qui a été inséré dans ia Collection de documents inédits sur l'histoire de France , sous ce titre : Inventaire du mobilier de Charles V, roi de France, publié
par Jules Labarte, membre de l'Institut , etc. (Paris, 1879). Voir la description du manuscrit (aujourd'hui n° 2706 du fonds français) à la page xxxi de Y Introduction.
' On trouve dans le susdit Inventaire de fréquentes mentions de Camayeuls ou, comme écrit le savant éditeur du précieux document, Camahietix. Voir ce mot à la Table des matières.
de nolal)le de celte maison d'Orléans' et de leur ordre du Porc espic^.
J'ay esté bien estonné de n'y trouver aulcun volume des poètes provencaulx, car M"' Godefroy me disoit ce me semble d'y en avoir veu plusieurs, si ce n'est en quelque autre part et que j'ay prins équivoque'. Il y a quelques livres en provençal ou en catalan qui meriteroient possible un peu d'examen de ce que c'est, entr'autres celuy qui est cotté 1898 de plusieurs batailles et prises de villes, voir s'il y auroit rien dç noz princes particuliers. Celuy costé 2 45o de l'agriculture, voir si c'est chose différente du Petrus de Crescentiis* dédié à nostre roy Charles 11 ^, dont il y a deux exemplaires mss. cottez par les num. 609 , 886, oiî je vouldrois bien qu'on vid s'il y auroit des portraicts ou devises dudict roy Charles II.
Il y a Gesta comitum Andegavensium, imra. 12 la, Andias ad Ludovicam comitissam Andium et Cenomanorum Renati Monachi Vindoc.
' Voir le mémoire de Le Roux de Lincy sur La bibliothèque de Charles d'Orléans à son château de Biais en tiaj ; Le Cabinet des manuscrits, par M. Léopold Delisle, t. I, p. io5 et suiv.
' L'ordre militaire fondé en iSijà par Louis de France, duc d'Orléans, lors du baptême de son fils Charles, ordre ainsi nommé, comme on sait, parce que le duc donnait aux membres qu'il recevait, outre un collier, une bague d'or garnie d'une agate (appelée alors camaïeu ou camail) où était gravé un porc-épic. Voir, louchant le porc-épic figuré sur les manuscrits , enseignes, etc., de la maison d'Orléans, une note de M. Léopold Delisle {Cabinet des manuscrits, t. I, p. ia3).
' LaBibliothèquenntionale possède (fonds français) deux recueils manuscrits de poésies provençales, le n° 856, qui a appartenu à Guillaume de Catel, et le n° 1749, qui a appartenu a Peiresc.
* Pierre Crescenzi naquit à Bologne en laSo et mourut en i3ao. Ce fut de i3o4 à 1809 qu'il publia son traité sur l'Économie rurale {Opus ruralium commodorum, libri duodecim). L'édition jonncep* porte ce titre : Pétri de Crescentiis, civis Bononiensis , Opus Ruralium Commodorum (kagsbouvg , 1^71, in-fol. ). Une traduction française parut à la fin du XV* siècle; elle est intitulée : Prouffits champeslres et ruraulx, touchant le labour des champs, vignes et jardins, composé en latin par Pierre Crescens, et translaté depuis en langagefrançois , à la requeste de Charles V, roi de France, en i3y3 (Paris, i486, infol.).
' Charles II , fils de Charles I", frère de saint Louis, et de Béatrix, fille de Raymond Bérenger, comte de Provence et de Forcalquier, leur succéda en i9 85 dans ces deux comtés, comme dans le royaume de Sicile. Il mourut près»de Napies le 6 mai 1809.
mmlNEHIC KATIONALI.
nuni. 1668, qui sont peuit estre aussy bons que semble pi'ometlre le tiltre'.
Un Tractatus de feudis Jo. Blanci Massiliens. io65, qui a esté imprimé. 11 est vray que celuy là estant ms. pourroit avoir quelque chosette de plus ou de moings, dont je serois bien aise d'estre adverty à loisir.
Il y a bien de curieuses choses à mon advis sur le subject des tournois et chevaleries et cez livres oii il y a des portraicts des princes tant roy que roynes et autres princes meriteroient bien d'estre veus exactement pour voir s'il y a des marques de leurs ordres de chevallerie, me souvenant d'avoir veu autres foys en semblables livres un portraict du
' M. Léopold Delisle a bien voulu me fournir la précieuse note que l'on va lire , où l'on trouvera tout à la fois des renseignements ge'nëraux sur les catalogues de la bibliothèque du Uoi et des renseignements particuliers sur le poème latin en l'honneur de l'Anjou, composé par René Macé, moine de Vendôme : irCe qu'il importe au lecteur de la correspondance de savoir, c'est que Peiresc, en écrivant ces lignes, avait sous les yeux un exemplaire, non pas d'un catalogue complet de la bibliothèque du Roi, mais seulement du catalogue de la série supplémentaire , que Nicolas Rigault organisa vers 1620 et qui tut disloquée vers 1622 pour faire place à un nouvel arrangement, lequel dura jusqu'en i645. Ainsi, l'ordre des manuscrits de la bibliothèque du Roi, au moment oii Peii'esc écrivait sa lettre, ne répondait déjh plus à l'état du catalogue dont il venait de prendre connaissance. Dupuy avait assurément le moyen de trouver la correspondance des anciens numéros de la série supplémentaire avec les ijuméros du catalogue de 1 6a a. Mais nous n'avons pas la concordance entre ces deux ordres de numéros. Nous ne pouvons même pas rendi-e rigoureusement compte des
numéros du catalogue de 162a. C'est seulement à partir du catalogue de 1 665 que nous avons des concordances exactes. Pour les catalogues antérieurs , c'est seulement en tâtonnant qu'on peut arriver à constater l'identité des exemplaires. Mais je m'écarte de la question. J'y reviens en disant que l'exemplaire du catalogue que Peiresc avait sous les yeux devait différer des deux exemplaires du même catalogue que nous possédons à la Bibliothèque nationale, n°' 5665 et 5685 du fonds français. J'ajoute que les numéros portés à ce catalogue et indiqués par Peù'esc se voient encore sur les manuscrits ; ils y sont marqués soit par des chiffres i-omains simples, c'est-à-dire non surmontés d'une barre, soit en toutes lettres.Tous les manuscrits énumérés par Peiresc d'api-ès le catalogue dressé par Rigault devraient se retrouver chez nous, et je crois que peu manqueraient à l'appel. Je n'y connais cependant pas XAnàxas de René Macé, et j'ai lieu de penser que l'exemplaire de ce poème porté sur les anciens catalogues de la bibhothèque du Roi pourrait bien être celui que j'ai signalé dans le Cabinet des mamsci-its (III, 353) comme étant à la bibliothèque de Gotha. 1
tf628] AUX FllÈRES DUPUY. 367
roy Louis XII avec son ordre du Porc Espy, lequel estoit fort curieusement représenté. Je n'avois pas lors la curiosité de telles choses et me suis grandement repenty que je n'en fis lors un peu de mémorial, car je ne l'ay jamais peu retrouver depuis ne me ressouvenir précisément en quel lieu je l'avois veu.
Des livres imprimez il y a mesmes, ce me semble, des pièces assez curieuses, mais j'eusse désiré que M' Rigauit les eusl faict mettre en cliappiltre séparé d'avec les m[anu]s[crit]s.
Il y a tout à la fin un livre de Galterius Magalonensis episcopus sur les Psaulmes', cotté 2766, dont je vous supplie de me vouloir faire envoyer coppie de i'epistre liminaire avec un peu de relation de l'antiquité de l'escritture à peu prez.
Mais l'une des pièces que j'aurois plus de haste de voir, s'il estoit loisible, seroit celle qui est cottée 38o des anciennes chroniques dePise en italien. Je me rendrois fort soigneux de restituer fidèlement, et la commodité de la venue de mon frère de Seguiran ou de M"" d'Agut seroit trez bonne et seure pour cela. Je suis marry de vous donner cette importunité et à M"' Rigault, mais j'ay moyen de m'en revancher un jour d'ailleurs en son endroict.
Il y a semblablement un autre livre en italien des monnoyes de divers princes et seigneurs cotté liSg et un de ponderibus et mensuris, cotté i5i 1, treziesme de ce chiffre, qui seroient bien aussy de ma curiosité et celuy de mineralibus ex diversis authoribus, num. 1266, si c'est rien qui vaille la peine; mais nous pourrions préalablement rendre celuy de Pise.
J'y ay trouvé une vieille édition des epistres de S'* Catherine de Sienne en italien de Venize de l'an i5oo^, cottée 1617. Vous aurez peu voir par le rooUe des livres qu'on m'a envoyez dernièrement de Venize, qu'il y en a un tout pareil et d'aultant qu'il est imperfect d'une
' Sur Gtiutier, évêque de Maguelonne de ' Voir sur ce recnei\( Epistok devotissitue
1 1 o4 à 1 1 29 , et sur ses écrits (notamment de Santa Catharina da Siena. yeiwtia in cam VExposition sur les psaumes), voir VHtstoire da Aldo Manutio. in-fol.) le Manuel du lilittéraire de la France (t. XI, p. 81-80). braire (t. 1, col. 1669).
feuille entière cottée CXGVIII et CXCIX, je vous prie de me la faire transcrire de la mesme grandeur de l'édition pour en insérer la coppie dans mon livre avant que le faire bien relier. J'y ay trouvé des pièces qui ne sont pas à négliger, de ce que celte bonne religieuse escrivoit à noz princes et aux papes d'Avignon.
J'y ay rencontré une description des ports de mer par Jean Maillard cottée 1 195, qui sera possible traduicte ou extraicte de celle que dict M"' Holstenius avoir veu chez le s' Cotlon en latin. En toute façon je vous prie de la voir pour l'amour de moy pour voir s'il y a rien de noz costes de Provence, et possible que M' Godefroy seroit bien aise de la voir s'il ne l'a desja faict, ensemble la description des isles et costes maritimes num° Ulio.
Il y a de ces histoires d'Angleterre entre lesquelles il pourroit bien y avoir quelque chose de notable et ce Modiis tenendi Parlamentum Angliae, num" 69Û, meriteroit bien vostre examen comme aussy la dédicace du temple S. François où est l'assemblée des pairs pour ce jugement du comte de Flandres, cotté 1 1 43. Toutes cez histoires d'oultre mer, tant soubs le tiltre de Guillaulme de Tyre, que des gestes duroy Eracles, meriteroient pareillement d'estre conférées pour voir s'il y a de la diversité ou non, et si c'est celle dont je vous escrivois cet esté passé, car elles finissent toutes, ce semble, au roy Jean d'Acre. Il y a un roman d'Aymery de Narbonne et de Guillaume du Cornet, que je pense estre imprimé, lequel toutefoys je verray bien volontiers quelque jour. J'ay oublié d'en cotter le nombre, comme aussy d'un livre intitulé Tarentina contra principem Tarentinum.
Il y a pareillement dans ledict catalogue de la Royne mère', soubs le nombre 5/»3, derrière des opuscules de Nilus, Germanus et Athanasius , des collections d'histoires tirées de divers autheurs in li°, num" î 6 ,
' Je reproduis ici une nouvelle note de Peiresc lui-même , se trouve à Carpentras
M. Léopold Delisle : tr Quant aux manuscrits {Catalogue de Lambert, H, 8). Il n'y a pas
grecs deCatherinedeMe'dicis, les indications de concordance entre les numéros du Cata-
de Peiresc doivent se rapporter à un Gâta- logue et les numéros que portent aujour-
logue dont une copie , jadis possédée par d'hui les manuscrits. »
vol. iSg, 2 3*. Je n'entends pas ces chiffres S mais ce pourroit bien estre quelque morceau des dépendances de cez eclogues faictes de l'authorité, mandement ou adveu de l'empereur Constantin Porphyrogenete, comme nostre ma[anu]s[crit] de virtute et vitio.
Voire soubs le num. 207 est enrôlé Antiochus de virtutibus et vitiis capita varia in 4°, num" 17, qui est peuit estre un fragment de nostre mesme volume^ ou des appartenances du second volume qu'il y avoit de mesme matière. Aussy bien que soubs le num. 22^ derrière un quadripertitum de Ptolemée est marqué Ex Antiochi Thesauris capita 107 collecta, etc. Item capita GVI diversorum astrologorum in fol. num. 36 vel 37, VI. vel VII capsae. Il fault bien résolument que vous fassiez vérifier cela. Car soit que ce soit en matière d'histoire ou d'astronomie, estant compilé de différents autheurs, ce pourroit bien estre des appartenances de cette générale distribution de toute sorte de matières soubs LUI tiltres ou hypothèses, et cet Antiochus pourroit bien avoir esté le compilateur de quelques parties et spécialement de la nostre de virtute et vitio, qui est ce que je cherchois. Encores ne sçay je si touts cez assemblages d'autheurs, de la milice, de la musique, de l'agriculture, de la médecine, de la rhétorique ne sont poinct de cez appartenances là. Si je maniois cez livres, je gaige que j'y trouverois des adminicules^ cappables d'asseoir quelque fondement à mes conjectures pour ce regard , car la prefface du livre des Geoponiques suppose quelque chose de semblable, et dans Gesner est faicte mention d'un m[anu]s[crit] grec
' Ces chiffres que ne comprenait pas Peiresc sont, comme me le fait remarquer M. Léopold Delisle, des renvois aux trente-huit boîtes dans lesquelles étaient renfermés les manuscrits de Catherine de Médicis. Voir le Cabinet des manuscrits
^ A ce que j'ai déjà dit de ce volume, qui était une des plus g-randes curiosités du cabinet de Peiresc, j'ajouterai que le précieux
manuscrit est venu s'échouer à Marmoutier avec les débris de la bibliothètjue de Lestliguières. J'ai déjà cité , au sujet de ce recueil , le Catalogue général de M. H. Omoiit. J'aurais pu citer un catalojjue spécial antérieur, le Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Tours, par Dorange, p. /ia8 , n° ()8o.
^ \y adminiculum , ir échalas 1 et , pai' extension , irappui , secours»). Lillré n'a cité sous le mot adminicuk qu'une phrase de Buffon.
de la bibliothèque de S' Saulveur de Bologne intitulé Porphyrogeneti régis Constantin! epitome de alimentis.
Il y a soubs le nombre 5o8, derrière la chronique de Gonstantinus Manasses, Basilii imperatoris Romae capita adnionitoria ad fdiumsuum, et ex Dionysii geographia annotationes, etc. Je vouldrois bien sçavoir ce que c'est.
Tout à la fin, num. 768, est enroollé cet article : Fasces cartarum et figuraruni veterum numismatum. Je vouldrois bien sçavoir si cez liasses sont plus en nature ou non.
11 y a bien d'autres belles choses à noter à mon sens, mais j'abuserois de vostre patiance à ce coup cy, pour discerner si cez chroniques d'autheurs qui portent le nom de Georgius, de Joannes, etc. seroient de ceux d'où sont tirées quelques unes de noz eclogues, mais il y aura plus de plaisir de le faire sur le bon catalogue que M' Rigault me faict espérer, ou les choses seront plus fidèlement designées qu'en celuy que j'ay. Mon intention estoit d'escrire aujourd'huy audict S' Rigault, mais pour faire advancer un quartier à nostre nouveau courrier il m'a fallu perdre une bonne partie de la journée, de sorte que puis qu'il fault qu'il parte de grand matin, je seray constrainct de remettre la partie à sammedy prochain. Dieu aydant. Cependant je vous supplie de le salliier de ma part, comme aussy Mons' du Puy vostre frère et Mess" Godefroy et de S'" Marthe et du Chesne.
Je n'ay poinct examiné le livre des généalogies d'oultre mer comme je pensois faire à cez festes , ayant esté distraict par nostre traicté d'accord avec noz habitans^ avec lesquels nous passasmes enfin nostre transaction. Dieu ayant, jeudy passé, et hier mon frère s'y en retourna pour assister au changement de l'hostel de ville qui s'y faict aujourd'huy et y faire passer la ratification de nostre contract. J'espère que cela nous tiendra en plus de repos d'esprit à l'advenir et en plus de commodité de servir noz amys.
Cependant me voyant encores surchargé pour quelque temps d'au-
'■ Les habitaiils de Rians.
[1628J AUX FRKRES DUPUY. 471
très occupations dont je ne me puis desdire, pour ne faire languir cez Messieurs, je vous envoyé ledict livre des généalogies d'oultre mer et les trois premiers cjiappitres du livre des Assises en françois pour eu faire part à cez Messieurs, priant M"' du Ghesne qui a plus de loisir de m'en escrire un jour son advis. Et sur ce je finiray, demeurant. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
D'Aix, ce 1 jour de janvier et de l'an i6a8, que je vous souliaicle Irez heureux et à toute vostre maison.
J'oubliois que dans le catalogue de Quentin num° 3781 il y a des tables grecques et françoises du labourage de la terre ou de l'assortiment des Geoponiques, qui meriteroient bien que l'oii vid si c'est rien qui vaille. Soubs le nombre aSi 1 douziesme est cotté Orbis terrae dis- Iributio per l'amilias levitarum. Il fauldroit voir si ce ne seroit poinct un fragment du Gerardus [sîc] Tilleberiensis Marescalus Arelatensis, qui intitule ainsin une portion de son ouvrage dans mon ms.
Il seroit bon de sçavoir si ce lapidaire ou des pierres précieuses est rien qui vaille. Il y en a deux exemplaires mss. num. 1990 et 2oi8. J'ay retrouvé par hazard sur ce rolle l'article du roman d'Amery num. i3i6, et cette Tarentina contra Principem Tarentinum Fusci Paracleti Aceronensis episcopi num° 1 183,
Il y a une dédicace à la royne d'Angleterre lille du roy René de Naplesi par manière de consolation num° 976, dont l'epistre seroit bonne à voir. Et y a un Fr^nciscus de Garonellis super curru Garrariensi, num. 6A7, qui pourroit bien estre curieux gi c'est sur le s^ubject des armoiries des princes de Padoue de la maison de Garrarç.
L'epistre dedicatoire de Berengarius Biterrensis episcopus- ad
' Marguerite d'Anjou, femuie de Henri VI. — ' Bé-enger de Fredol, qui fiit évêque de Bëziers de lagi à i3o5.
G. Ebredunensem archiepiscopum > sur son répertoire juris canonici pourroit encores servir, num. 661.
Et finalement la création du pape Jean XXII meriteroit tout à faict d'estre transcripte. Elle est derrière des motets de musique du livre de Favel, num" 46.
Et possible aussy le Chronicon S. Victoris Parisiensis seu memoriale historiarum, si M'' du Ghesne ne se resoult de le faire imprimer avec son Gorpus historicorum Francorum. Il est num" 18.
Mais je ne m'apperçois pas que j'abuse estrangement de vostre patiance. Pardonnez-moy, je vous supplie.
Je vous supplie de me faire transcrire quelques feuilles du commencement de l'histoire de Pise 38o, et puis après tout ce qui concerne nostre pays et finalement tout ce qui est environ la fin qui tient le moins du fabuleux, j'entends de ce qui touche l'histoire de Pise^.
A MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Voz despesches du 28 et 3i décembre arrivèrent hier au soir bien conditionnées et par consequand les papiers, livrets et volumes entiers qu'il vous avoit pieu d'y joindre, à sçavoir cette constitution Karoli m, ce lo. Vicecomes de capitatione, Irvinus de jure regni, cette epistre Saxibellii ^, Moguntia devicta et cette narration semestre de lo. Vdalricus Schorchius, que je prenois d'abbord pour une suitte de Mercurius Gallobelgicus, mais je m'apperceus incontinant que c'estoit chose différante, voire je pense que les autheurs de l'un et de l'autre soient de différant party, si je ne me trompe (car je n'ay pas le loisir de
' Guillaume de Mandagot, qui fut ar- ' Epistola Saxibellii de Cardinali Richelio ,
cbevêque d'Embrun deiagSàiSii. ad Pazœum ainicum, nobilein romanum (Cal.
' Vol. 716, foi. 219. decembr.) (Paris, J. Jacquin, 1697, in-8°.)
[1628] AUX FRÈRES DUPUY. 'i73
l'examiner présentement) , ce qui faict que le recueil des volumes de l'un sans l'autre ne seront pas bien complects (stV-), c'est pourquoy je seray bien aise de les avoir touts deux et comme nous avons desja l'assortiment du Merc. GaJiobcIgicus, il fault tascher de recouvrer de la foire l'assortissement de celuy cy, croyant qu'il y en ayt d'autres volumes faicts,aussy bien qu'il en promet la suitte à l'advenir, puis qu'il faict mention en teste d'un autre volume du précédant semestre, auquel il renvoyé le lecteur, et si bien ce n'est qu'un bon gros Alleman qui n'a pas un style tel qu'il fauldroit, si est ce qu'il y mesle des parlicularilez et pièces qui ne se trouveroient possible pas si commodément ailleurs. Le s"' Gellerier fera bien cela. Il fault lier un peu de commerce entre luy et moy pour vous descharger d'une partie de mes importunitez trop frequantes et luy bailler le mémoire que j'avois dressé des livres des dernières foires pour tascher de ni'apporter de la foire mes assortiments. Et lors que les livres seront venus, vous n'aurez qu'à faire prix et ordonner le payement chez la Dame de Lignage ou autre marchant. Car je ne puis mettre mon esprit en repos de ce costé là, quand il est question que vous ayez la teste chargée de cez menues despances, estant impossible que vous n'en oublyiez tout plein d'articles à vostre préjudice, la peine que vous a dorme le conte des 12 pistoles me faisant rougir de honte quand j'y songe. Qui me faict vous supplier encoi' un coup de retrancher toutes cez punctualitez et vous contenter de tenir (sic) en quel([ue coing de vostre cabinet où vous fassiez mettre de mon argent pour en payer tant qu'il durera cez menues fournitures de coppistcs et contreporteurs et tenir seulement mémoire de ce que vous ferez prendre chez la dame de Lignage pour mettre dans ladicte bource. Aussy bien ne suis je pas pour aller esplucher ne considérer les articles de semblables comtes, mesmes ayant affaire à une personne de vostre sorte. Or pour [ne] sortir de la matière des livres, puis que nous y sommes, j'ay veu le mémoire de ceux que vous a nouvellement fourny ledict Gellerier et seray bien aise de les prendre au prix que vous avez trouvé bon ou que vous arresterez. Mesmes le Coelum stellatum de 8 livres que je ne trouve pas cher eu esgard aux belles figures que vous 1. 60
tHPBIliniE II«TI0S1LK
Mh LETTRES DE PEIRESC [1628 1
me descrivez. Je craignois bien quelque plus grosse taxe pour ce regard. Pour l'Euphormio il ne m'en manque pas S mais à cause de cette prétendue clef, quelque impertinance qu'il y ayt n'importe*, le prix ne vault pas le parler et ne suis pas d'advis que le rendiez pour si peu de chose, quand ce ne seroit pour cette qualité de la Varenne* si naifvement exprimée'*. Je ne plains que cez Tables Rudolphines, et puis que Celerier i'aict les voyages de la foire, il fault bien stipuler que j'en aye un exemplaire; que s'il en trouvoit de meilleur papier que le commun, j'en payerois volontiers la différence. Voire si le prix n'en est excessif, je serois bien aise d'en prendre deux ou trois exemplaires. Je plaincts aussy ces Fasti Danici et le Cassian, mais ils viendront tost ou tard. Pour le Ghronicon Alexandrinum Raderi, s'il n'est qu'in h", il ne s'en fault pas mettre en peine. Le catalogue de la foire le cottoit in fol., c'estoit ce qui m'avoit faict espérer quelque chose de meilleur qu'à l'in 4°, et c'estoit le mesmecathalogue qui faisoit article de l'Argenis cum clave^ et non de l'Euformio, si je ne me trompe. Il n'y a pas grand danger à tout cela. Je plains encor un peu cet Admiranda Hervarti, et vous prie de charger Celerier de m'en apporter un la prochaine foire s'il luy plaict. J'ay l'Hortus Eystetensis* fort long temps y a et n'ay pas
' Voir sur les fliverses éditions de YEuphormio (de i6o5 h i6a8 exclusivement) la monographie déjà citée de M. Jules Dukas, Elude bibliographique et littéraire sur le Satyricoii, p. ag-So). Le savant antique décrit en ces vingt pages plus d'une douzaine d'éditions.
' C'est l'édition de Jean de la Mare, Rouen, i6-i8, in-8° de 7 pages de clef, 749 pages et 1 feuillet blanc. Voir Y Etude de J. Dukas (p. 5o-5i) sur cette édition, qui porte le n" 1 5 dans la classification de l'excellent bibliographe.
' Guillaume Fouquet, marquis de la Varenne, né à la Flèche en i56o, mort en
* Celte qualité était celle d'entremetteur
et on devine aisément quel synonyme naïf on avait employé pour caractériser les services rendus au roi de Navarre en ses amours par celui qui , dit-on , avait été d'abord attaché aux cuisines de ce prince , ce que rappelle foit plaisamment ce mot (si souvent cité et qui n'est pas plus authentique pour cela) de Catherine de Bourbon : La Varemie a plus gagné à porter les poulets de mon frère qu'à piquer les siens.
* Argenis, editio uovissima, cum clave, hoc est nominum propriorum ehcidalione hactenus nondum édita (Leyde, Elzevier, 1627. petit in-ia).
" Hortus Eystettensis , sive plaïUarum , Jlo- 1-um , etc. , qum in viridariis arcem episcopal. cingentibtts conspiciuntur, reprœsentatio (Nu-
creii ([ue le livre que j'ay trouvé mentionné dans le catalogue de la dernière foire fust le mesme, encores que ce soit d'un mesme autheur, car si je ne nie trompe, l'article dudict cathaiogue ne promet que Icônes Florum, etc., et encores une continuation, qui me faict présumer que ce sont choses du tout dilTeranles. Or d'aultant que ce Beslerus ' a esté si exacte en la représentation de toutes les plantes de ce jardin d'Eystat, je m'imagine qu'il n'aura pas moings esté exacte en cet autre livre icy et que le nom d'Eystat n'y estant plus mentionné le recueil en sera plus gênerai de toutes les plus rares fleurs dont on ayt cognoisçance, dontjeferay grand cas. Que si c'estoit le mesme livre du jardin d'Eystat et qu'on eust seulement faict une continuation des autres fleui-s qui se trouvent ailleurs, je payerois fortvolontierstellecontinuation si elle se pouvoit avoir séparément, car il me fascheroit de payer une seconde foys un livre de si gros prix et puis la première édition vauldra tousjours mieux pour ce qu'elle contient, à cause que les planches se peuvent estre depuis usées. Pour le livre de feu M"" Gamache la réputation qu'il avoit eiie de son vivant me faisoit espérer de luy quelque chose de plus que le commun. Mais si cela ne respond à mon expectation^ et mesmes n'estant pas ouvrage par luy destiné à estre imprimé, je ne m'en mettray pas si en peine que la galoche^. Du Goldastus de Imaginibus , j'ay depuis trouvé que j'en avois une édition de 1608 in 8°, qui est, je m'asseure, la mesme chose dont j'avois perdu la souvenance, de sorte qu'il ne faudra pas avoir de regret à cette édition là. Quant au livre de Lucernis de Licetus, j'en ay receu un tout à propos dans ma dernière caisse de Venize, que je vous envoyeray dans ce pacquet, si non tout
remberg, i6i3, grand in-fol.). Yoklc Manuel du libraire (l. I, col. 826).
' Basile Besler, pharmacien et botaniste, naquit à Nuremberg en 1 56 1 , et y raoumt en 1629. Après avoir 6U\h\i cliez lui un janlin botanique , il fut charge' par Jean Conrad de Gemmingen, évêque d'Eichstaedt, en Bav ière, de Ja direction du jardin de Sainl-Wihbald. La description de cet établissement fut |)ubliée
[Ilortus Eysteltensis) aux frais de l'évoque. On compte dans les quatre volumes in-folio pIusde35o planches et plus de i ,000 figtu'es.
* Litlré cite sous ce mot Bossuet et Saint- Simon, et, à ïhistonqitc, Oresme et Amyot.
' G'est-à-<lire que les écoliers de l'université surnommés galoches, à cause de leur chaussure. Lagahche , sous la plume de Peiresc, c'était l'ensemble de ces écoliers. Co.
i76 LETTRES DE PEIRESC [1628]
entier, au moings la moitié pour ne trop grossir ie pacquet, sauf d'envoyer l'autre moitié dans le prochain pacquet. De ce Sylloge numisjnatum je crois ([u on en sera un jour si importunez qu'il ne se trouvera autre chose, n'estant que la jalousie ou l'avarice de l'autheur qui le tient si serré. Je ne vous conseille pas neanlmoings d'en prendre quand vous en trouverez sans en parler au S"' Tavernier, car possible en aura il faict venir comme il estoit aprez, voire s'il a eu notice qu'il y en eust dans Paris, il en aura sans double pour moy, ce qui pourroit bien avoir servy à grossir le fagot que vous dictes qu'il vous avoit présenté dernièrement. Tant est que je ne suis nullement d'advis que vous priviez M' de Thou du sien à mon occasion. Mais j'attendray impatiament les livres des funérailles dudict S"" Tavernier pour faire relier mon recueil de pareils ouvrages. Je suis bien aise d'avoir apprins que M' du Thou ayt le Gervasius Tileberiensis à cause des interpolations' dont le mien a esté farcy. Je vous supplie de m'envoyer un peu de relation de ce que c'est, à sçavoir s'il n'y a en filtre que Descriptio mundi comme au mien, s'il est distribué en trois décisions comme le mien et si le livre des taxes de la chancellerie de Rome y est inséré ou non. Particulièrement je vouldrois avoir coppie prout jacet^ du chappitre des provinces d'Italie et de la description de Rome, si vous avez recouvré quelque coppiste au lieu de Quentin. Ce journal du siège de Rlié eut esté bien bon, j'ay regret qu'on en ayt ar resté l'édition. Possible se fera elle ailleurs, comme on a faict à Bordeaux de la relation de la desfaicte des Anglois faicte par mandement de M'' de Schomberg^. Pour le faict de Madame de Lignage, je n'ay pas assez de temps pour envoyer quérir à Marseille une lettre de crédit à part comme la précédante. Il fauldra attendre le prochain courrier, mais pour esprouver
' Liltré, sous le mot interpolation, n'a l'île de Ré, k 8' jour de novembre 16 ay, par
«té aucun auteur du xvii' siècle; le seul les troupes de l'anuce du roi que Monseigneur
exemple qu'il donne de l'emploi de ce mot le maréchal de Schomherg y commandoit ;
est emprunté à Voltaire. avec la lettre écrite au roi par Monseigneur le
' Locution proverbiale qui correspond à maréchal de Schomherg (Bouixleaux, par
noire tel qu'il est. G. Millanges, 1627, in-8°).
^ Relation de la défaite des Anglais dans
[1628] AUX FRERKS DUPUY. 477
si la responce que ni'avoit faict le marchand de Marseille sur ce subject est vraye ou non, je vous supplie d'envoyer un des vostres chez la dicte darne pour luy demander de vostre part et de la mienne si l'ordre qu'elle avoit eu de vous fournir de l'argent pour moy ne luy a pas esté renouvelle, et si elle fera difficulté de vous en faire expédier sur voz billets payables icy par moy à son correspondant. Car je pense que l'ordre soit pour durer ad beneplacilum ^ selon que l'occurrance de mes affaires portera. Mais surtout je vous supplie de charger Celerier de vous envoyer à l'advance le plus tost qu'il pourra un exemplaire du catalogue de la foire, car à cette heure que noz courriers sont establis, je vous pourray envoyer ma responce et mon choix dans quinze jours soit pour l'aller ou pour le venir. Qui est bien le moings que puissent mettre en chemin les tonnes des libraires de plus que la voiture d'un simple catalogue. Et si de Francfort mesme il avoit commodité prompte d'envoyer à Lyon Icdict catalogue et coppie de sa facture, possible aurois je plus tost l'un et l'autre et avant son arrivée à Paris ou de ses tonnes. Il ne fauldroit que luy donner l'adresse de M"" de Fetan, sous l'enveloppe duquel il me peult envoyer tout ce que bon luy semblera librement.
En responce maintenant du surplus de voz lettres, aprez vous avoir trez humblement remercié de tant de curieuses pièces, que je n'ay encores peu gouster comme il fault pour la rencontre de mille autres divertissements, attendant d'y satisfaire en les vous renvoyant par le prochain, je vous diray que l'espérance que m'avoit donnée le coppiste, que j'avois employé l'esté dernier aux registres du Concile, de revenir icy durant le quartier passé m'avoit faict difl'erer de renvoyer au P. Vassan les cahiers de ses sermons de S' Bernard, parce que je sçay que celuy là l'eust faict mieulx que tout autre, l'extravagance'^ de la langue et de l'orthographe faisant quasy ce qu'il y a de plus notable. Mais si ce bon père est pressé, il fauldrà employer quelqu'autre, bien que moins exacte, pour luy renvoyer plus tost ses cahiers. Je vous
' Selon le bon plaisir. — ' Dans le sens de bizarrerie, d'ëtrangeté.
envoyé des vers du S' Remy ^, dont je vous prie de faire part au dict R. P. Dom de Vassan en luy faisant mes recommandations trez humbles. 11 a de bonnes pointes à mon gré, et je crois que le P. Vassan, qui l'ayme, les verra volontiers. Nous les avons envoyez à Rome par l'ordinaire dernier ^. Vous en aurez d'autres exemplaires pour en faire part à quelque autre. J'ay grand regret à la dissipation des livres et instruments de feu M"" AHeaume. J'eusse bien payé volontiers cez bussoles suspendues en forme d'astrolabe et de globe de verre. Vous avez prou faict de sauver l'harmonicum coeleste de feu M"' Viette et de faire sauver ce qui estoit des fortifications. Je vouldrois bien que vous en eussiez faict aultant de son libvre de la perspective qui estoit tout au net et tout prest à mettre soubs la presse, ensemble de son grand compas de perspective, comme aussy de son libvre des lunettes et des miroirs qui n'estoit pas si prest, mais qui estoit neantmoings assez advancé pour en faire admirer les fragments ou appareils, et surtout l'instrument que luy avoit faict Ferrier^ pour descrire la ligne nécessaire à la convexité desdictes lunettes et miroirs convexes, et les verres et miroirs qu'il en avoit essayez. Il fauldroit que cela passast par les mains de M"' Midorge, thresorier de France, qui demeure prez la place Royale en un cul de sac venant de la rue S' Antoine*. Lequel seul
' Abraham Ravaud, dit Rémi, naquit en mars i6oo à Remy (commune du département de i'Oise, arrondissement de Compiègne, à ii kilomètres de cette ville), et mourut à Paris le i" décembre i646. Il fut nomme' professeur au collège royal de France le 8 juin i643 et prononça sa harangue d'installation le i6 décembre de la même année (Voir Goujet, Mémoire historique et littéraire sur k collège royal de France, t. II, p. iiy-iaô). Remy fut im des correspondants de Peiresc. On a conservé une douzaine des lettres qu'ils échangèrent, quatre de Remy à la Méjanes (registre loag, fol. 47-54), sept de Peiresc (Bibliothèque
d'Inguimbert , registre V des minutes, fol. 446-448).
* Epithalamium TliacUei Rarherini et Annœ Coluimue. Ce poème a été reproduit dans le recueil des poésies de l'auteur {Abrahami Remmii eloquenliœ professons et poetœ regii poemata, Paris, Jean Libert, i645, in-12 , p. 51-67).
' Voir sur ce célèbre ouvrier en instruments de mathématiques, qui vivait encore en 1690 , la Vie de Gassendi, par Bougerel, p. 98, le Dictionnaire de Moréri (t. V, p. 106), les Lettres de Jean Chapelain (t. II, p. 60), etc.
" Claude Mydorge, né à Paris en i585 .
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je cognois en ce païs là plus approchant de la curiosité de feu M"^ Alleaume et de sa doctrine et prattique aux mathématiques et niechaniques. Je m'imagine qu'il doibt estre de vostre cognoisçance, et si cela n'estoit, j'estime que vous la debvez rechercher et je vouldrois bien que vous luy eussiez faict voir le livre de la quadrature du cercle pour en avoir son advis. Feu M' Macliault ^ luy avoit autres foys rendu de grands éloges sur ce subject.
On nous a voulu faire à croire icy que l'affaire de Lorraine est entièrement terminée, que M'" de Chevreuse ahcentié toutes les trouppes, excepté fort peu de chose pour le païs de Sarverden, que l'on a trouvé un expédiant touchant Montaigu, à sçavoir qu'on le rendroit non à l'Anglois, mais au duc de Lorraine, aprez toutefoys que pour la forme auroit esté ouy par M"" de Bullion^, et adjouste on qu'entre ces papiers il y en avoit d'escripts de la main de Mad" de Chevreuse, d'autres matières, des simples lettres ou poullets, aussy bien que de ceux là, et qu'à l'arrivée dudict S'' de Bullion, quelques billets furent placardez aux portes de M'' de Ghampigny^ et autres plus anciens du Conseil avec l'inscription : la corda per i vecchi^, et de plus que l'on entendoit que Montagu parlast librement de ce qu'il sçait, autrement qu'il y seroit constrainct par les voyes loisibles en cas pareil , ce que j'ay bien de la peine à croire. J'ay dict tantost à M' l'abbé de Foix qui avoit prins
mourut dans celle ville en juillel 16/17. D'abord conseiller au Ghâlelel, il acquit la charjje de trésorier de la généralité d'Amiens. Il fut très lié avec Descartes, et, comme l'a rappelé A. Baillet dans la vie de ce dernier, il fil en 1697 tailler pour son confrère en géométrie- des verres paraboliques, liyper- Iwliques, ovales, elliptiques, dont il avait donné les très exacts dessins el à l'aide desquels son illustre ami expliqua les phénomènes de la vision. Ajoutons que ce fut Ferrier, dont il vient d'être question, qui tailla les verres et qui, jaloux d'échapper à la surveillance de Mydorge, chercha dé-
loyalement à le brouiller avec Descartes.
' Louis de Machault, déjà mentionné dans la lettre n° VII de Peiresc à Dupuy, du 28 avril iGai.
^ Voir sur Claude Bullion, aloi-s conseiller d'Etat, la lettre de Dupuy à Peiresc {Appendice, n" XVllI, 1" mars 1697).
' Jean Bochart , seigneur de Champigny, allait en cette même année 1 G28 être nommé premier président au parlement de Paris, mais pour peu de temps , car il mourut le 97 avril i63o.
* La coixk pour les vieux.
la peine de venir me voir qu'il avoit couru un bruict à Paris qu'il s'estoit faict chartreux. 11 m'a dict que cela estoit fondé sur une lettre qu'il avoit escripte de Lyon à M' de Chevreuse portant qu'il s'en alloit à la Grande Chartreuse méditer le passé, le présent et l'advenir. Gomme de faict il y alla passer et faire des compliments au R. P. gênerai de la part de M"^ nostre Archevesque, lequel luy avoit dressé son itinéraire et prescript ce giste là entr'autres, ce dict-il. Ils s'en vont touts deux lundy à Marseille pour revenir de demain en huict jours à l'assemblée du clergé de cette province convocquée par ledict s' archevesque selon les mandements du Roy et des agents generaulx aux fins de députer à l'assemblée générale du clergé mandée à Poictiers au 26 de ce moys. Je pense que l'on y députera M' nostre Archevesque. Il ne monstre pas de le désirer, mais je crois pourtant qu'd fera le voyage. Les lettres des agents portent que ce ne sera que pour l'ayde que le Roy leur demande en cette occasion si praignante \ sans qu'il s'y puisse traiter autre affaire quelquonque de quelque nature qu'elle puisse eslre. Si cez messieurs s'expédient^ assez à temps de Marseille, je crains bien qu'ils n'aillent donner un coup d'esperon jusques à Toullon, auquel cas i\ fauldrà que mon frère ou moy nous rendions en ce cartier là pour y recevoir M"" l'Archevesque à Beaugentier sur son passage, dont j'ay aujourd'huy donné advis à mon frère, qui estoit engagé en la compagnie de M"' le premier présidant d'Oppede depuis son passage par Rians, et lequel toisoit estât de passer oultre jusques à sa maison de Vaucluse^ pour
' C'était une expression du xvf siècle (Littré la signale clans Vincent Carloix), qui se retrouve dans cette phrase des Mémoires de Saint-Simon : rr raisons si préfpiantesn.
' S'expédier, pour se retirer d'un lieu , et littéralement tirer le pied hors d'un lieu (eœ, hors, pes , pied). Cet emploi du mot n'a pas été indiqué dans nos dictionnaires.
Dans la commune actuelle de ce nom, arrondissement d'Avignon , canton de l'Isle , à 99 kilomètres de la première de ces villes.
à 7 kilomètres de la seconde. Je trouve dans une lettre de Jean de Tulles, ëvêque d'Orange, à Peiresc, du a avril 1628 (Bibliothèque de Carpentj-as, collection de Peiresc, registre lAXVIll, fol. 366) ces lignes sur Vaucluse : «J'ay aprins en Avignon que M' le premier président avoit rais en vente la terre de Valcluse qui est dans le Gomtat. Si cela est, j'ay moyen en main de le servir et porter un gentilhomme mien amy à cet achapt, mais il convient que je sache le prix et les rantes de ceste terre ... 1
l'execulion d'une sentence qu'il a depuis peu obtenue en cour de Home en sa faveur pour la possession de la rivière de Sorgues' contre la ville de l'isle du Venaisin ^, qui l'avoit voulu troubler en ses droicts et facullez comme seigneur de Vauclusc. Je plains bien la perte de M' Priandi^, mais puisqu'il estoit cogneu de M"" de Nevers, je me promets qu'il en sera recogneu selon son mérite et suis infiniment aise du bon succès de l'afl'aire pour M' de Nevers , car on nous escript de Lyon que le mesmes jour du decez du dernier duc, M' de Nevers avoit esté déclaré légitime successeurs de Testât de Mantoiie en la personne de M' de Rhetelois son filz et le mariage consommé en mesme temps, les portes de la ville estants demeurées fermées jusques à ce que tout fut accomply par la prudance et bonne conduicte de M' de S' Gliaumont et de M' d'Avaulx, qui ont acquis beaucoup d'honneur. Je crois que cela vauldrà l'ambassade de Rome à M"" de S* Chaumont*. On adjouste que l'ambassadeur d'Espagne avoit eu la patiance de demeurer deux jours entiers hors la porte de Mantoiie sans y entrer. Je vous remercie de l'advis concernant César le jeune ^ et vouldrois encores sçavoir au vray le nom et extraction précise de sa femme* et de son premier marry dont elle mené une fille quant et soy, disant qu'elle est de Brusseles (et de faict elle a le langage un peu flamant) et dictqu'ellc estoit vefve d'un de la maison de Crouy. Quoy que c'en soit, je vous asseure que j'ay prins plaisir de voir ce qu'il nous a faict voir. J'avois esté bien en peine en lisant vostre première lettre de voir que mes despesches de novembre et décembre vous eussent esté rendues ouvertes, mais j'ay
' Rivière qui sort de la fontaine de Vaucluse et qui se jette dans un des bras du Rhône qui entourenl l'île de la Barthelasse, h 6 kilomètres au-dessus d'Avignon.
^ Chef-lieu de canton de rarrondissemenl d'Avignon, à 92 kilomètres de cette ville, sur la Sorgue, qui l'entoure de façon à former une sorte d'i/c, d'où son nom d'/s/e du Venaissin.
' C'est-à-dire son éloignement de Pa-
ris, Priandi ayant été rappelé h Mantoue.
' Le marquis de Saint-Chaumont ne fut ambassadeur à Rome que beaucoup plus lard, en i643. Encore ne le fut-il que pendant quelques mois.
■' C'est-à-dii-e le baron de Beausoleil.
° Nous avons déjà vu que les noms de jeune fdle de M'"' de Beausoleil étaient Martine de Berthereau.
IHPRISCBIC S&TieSALI.
esté fort consolé de voir que c'eusl esté M"' de Lomenie qui les eust ouvertes. Il y avoit quelques lettres que Je vous avois particulièrement recommandées, qui auront possible couru fortune, principalement une pour un peinctre flamand nommé M' de Vris ^ adressée aux PP. de l'Oratoire, où je vous suppliois de faire demander si aulcun d'eux sçavoit le lieu ou il estoit pour luy faire tenir des nouvelles qu'il attend. Je vous supplie de l'envoyer demander par quelqu'un des vostres, et si lesdicls PP. ont aulcune maison ou establissement dans les Païs Bas. Il y avoit aussy des lettres pour Mess" d'Ozambroy et de Bailleul soubs une enveloppe volante, que je vous priois faire rendre par M. d'Agut, s'il estoit encores de pardelà, ou bien par quelqu'un des vostres. Mais pour cela je crois bien qu'on n'aura pas laissé de leur porter mes lettres. J'oubliois de vous dire que puisque M"' de Cordes n'a pas le Reineccius de origine Saxonum, vous me ferez plaisir singulier de le luy donner de ma part, et à cez fins je le vous renvoyé en ayant un autre comme pareillement j'en ay un autre de Licetus de Lucernis. Et sur ce remettant d'escrire à cez messieurs au prochain ordinaire, je vous crie mercy de la fréquence et prolixité de mes importunitez, demeurant, etc.
DE Peiresc.
Ce 8 janvier i6a8.
J'oubliois de vous dire qu'ayant faict descouldre une partie de nostre nis. grec et en ayant conféré quelques passages sur ce que nous avons de Polybe et de Dion, j'en ay assemblé du Dion jusques à 6k feuillets, dont les 6o s'entresuivent, y ayant encore une grave lacune ou interruption entre les U feuillets du commancement et les 6o du reste de la suitte ; mais il y a dans notre volume deux cahiers que je pense estre de cet autheur là, nous verrons s'il y aura moyen de les joindre. En ce cas là il y en auroit 8o feuillets en tout.
' Il a étédi'jh question de ce peintre dans la lettre de Peiresc h Dupuy, n" XIV, du ao décembre iCai.
[1628] AUX FHÈRES DUPUY. 483
Pour le Polybe j'en ay vérifié desja /i8 feuillets, dont il n'y a rien a doubter, sans quelques autres cahiers que je pense en pouvoir estre; mais la suitte n'y est si bien recognoissable'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCAT EN LA COUR, À PARIS
Monsieur, Je receus hier au soir vostre lettre du 27""^ avec celles de M' vostre Irere du 28 et 3i par nostre troisiesme ordinaire, qui veult s'en retourner dez à ce soir, à cause que les jours sont si petits et que les autres ont eu peine de se pouvoir rendre à Lyon à temps pour attaindre l'ordinaire du mardy, ce qui m'empescherà de vous pouvoir escrire à mon aise comme je pensois faire à ce soir, estant engagé à un procez oh messieurs^ ne seroient pas en nombre si je manquois. Il fauldrà suppléer. Dieu aydant, par le prochain. Cependant je vous remercie trez humblement de la continuation de tant de bienveuillance dont il vous plaict de nous honnorer et de la bénigne interprétation que vous avez tousjours daigné faire de noz actions , nonobstant que les apparances nous accusassent comme elles faisoient durant touts cez desordres et retardements de nos pauvres despesches. J'espère que dezhormais nous ne serons plus en ceste peine et en cette appréhension ; mais quoy que disent cez commis delà poste, si faut-il qu'ils boivent à ce calice \ Il feroit beau voir qu'ils trouvassent à redire aux despesches que reçoivent messieurs les secrétaires d'estat, ayant les gages et émoluments qu'ils ont pour cela. J'esviteray que deshormais les pacquets ne soient si gros, ce qui arrivera facilement, puis que nosdeputez s'en reviennent,
' Vol. 716, fol. Q23. ' Lillrë n'a cite de l'emploi de celle lo-
' C'est en ces ternies respectueux que cution métaphorique aucun exemple anlé- Peiresc désigne ses confrères les conseillers rieur à cette phrase de M"* de Sévignë : ffil an parlement d'Aix. faut avaler ce calice. »
fil.
dont les lettres faisoient une bonne partie de la grosseur des despesches, et puis que l'establissement de cez ordinaires donne commodité à un chascun d'envoyer ses despesches sans venir recourir à moy ne à M'' le présidant, comme ils estoient constraincts de faire en deffault de messagers ou d'autres commoditez extraordinaires, lorsqu'ils se trouvoient en nécessité d'escrire; aultrement il leur falloit expédier des messagers exprez, dont ils seront à présent deschargez en payant les 5 s[olsl par once tant du port de Lyon que de Paris. Pourveu que M"^ de Lomenie ne se lasse de mes adresses, comme il semble tesmoigner le contraire par toutes ses lettres, il ne fault poinct que vous y ayiez de regret. Et je crois qu'il n'est poinct marry de voir tousjours peu ou prou de nouvelles en touts les pacquets qui luy sont adressez. Ce seroit une despance considérable entre vous et moy au bout de l'an, mettant comme nous faisons en commerce, non seulement des simples lettres, mais aussy tant de papiers, livrets et parfoys des volumes entiers, dont il fauldroit payer de pardelà le port de Paris à Lyon et de Lyon à Paris, à raison de 3 s[ols] pour once et taxer les deux sols restants pour estre payez de pardeça, tant de l'aller que du retour d'icy à Lyon et de Lyon icy. Seulement l'incommodité de ferè peser et de repeser les despesches seroit une incommodité bien importune, estant si frequante. Cela seroit bon pour ceux qui n'ont que des affaires particulières qui ne les obligent à ce commerce que durant quelque temps à peu prez, mais pour en faire un ordinaire il y auroit sans doute de l'incommodité et de la surcharge qui me seroit fort griefve pour vostre regard. Quant à moy de mon costé, n'en soyez non plus en peine, car nous nous entendons trez bien avec M"^ de Fetan, qui n'a jamais voulu prendre de mon argent, mais d'ailleurs nous taschons de luy envoyer de petites galanteries^ ou provisions du païs qui le mettent à peu prez hors d'interest, et à cette heure que les courriers sont réglez, il n'en partira guieres qui ne luy porte ou du poisson mariné ou des autres choses de
' Sous ce mot pris dans le sens de petits présents, Littré n'a cité qu'une phrase de Voiture.
son goust. Et pour le S' Cappus, il ne dira jamais mal de moy à mon advis, luy ayant procuré ce que je luy ay procuré en cet establissement, dont il ne fust jamais venu à bout, si je ne l'eusse entreprins de liaulte lutte comme j'ay faict. Et puis il a tousjours quelque part de mes provisions de sel et autres choses de sa bienséance. 11 ne fault poincl vous en mettre en peine. 11 suffît de faire tousjours voz adresses à Lyon à M'' de Fetan à l'acoustumée et me laissez le pensement du reste. Agréez seulement que j'adresse tousjours à M"" de Lomenie ce qui vous concernera. Ce seroit un scandale que cez gents y trouvassent à redire, de la qualité qu'il est.
Au surplus puisque vous n'attendez rien de M' de Poictiers, je tenteray la voye de Rome. Je suis bien aise que ayiez de si bonne espérance des suppléments du Procope sans en embarrasser M' Holstenius, mais je pense qu'on parloit des suppléments non seulement de l'Anecdota, mais aussy de son histoire. Il fauldroi't que W Heinsius vidst le m[anu]s[crit] de la Bibliothèque du Roy, puis qu'il y travaille dessus. Je scrois inarry que M"' Holstenius ne Irouvast pas l'air de Rome compatible à son naturel, y reuscissant comme il faict et y ayant les moyens qu'il y trouve de favoriser ses estudes; le public y perdroit, et pense que pour un peu d'épreuve d'abbord, il ne fault pas perdre espérance, mesme y estant arrivé contre saison comme il fit. J'avois tousjours creu en la mesme opinion que vous de M"' d'Orléans et luy en avois assez librement escripl mon sentiment, et je crois qu'il s'en soit fort raffroidy luy mesmes sur les advis qu'il a eus de M'' de Belhunes. Je suis trez aise que M"" Rigault fasse imprimer ses observations sur Tertullian , mais je porte impatiement qu'il diffère la suitte de l'édition de cez chappitres de Pline concernant les insectes au moings jusques à ce qui peult toucher toutes ces mouches à miel et autres, puis qu'il s'y est engagé de parolle. On m'a envoyé de Rome une lunette, mais c'est de celles qui ne sont bonnes que pour des pulces, qui sont assez communes, et ay appriiis qu'il ne s'y en faict poinct de cez grandes propres à regarder des mouches à miel. 11 fault en avoir du costé de Cologne, où résident les parents de
486 LETTRES DE PEIKESC [1628]
Corn. Drebels^ qui en font profession. M' le Nonce fera bien volontiers cela, si on le luy met en teste, et desja il m'en avoit demandé des nouvelles. C'est aussy un trez bon entremetteur pour faire voz remerciments tant plus efficaces à Mg' le Cardinal Barberin, qui n'a l'ien faict pour M' vostre frère qui ne soit bien légitimement deub à son mérite. Vous estes trop modeste d'y vouloir mettre en part des gents de si peu de considération que nous. Vous avez trez bien faict de luy envoyer ce livre de Cardan , que nous attendrons en son temps, lors qu'il en viendra. Je crois que vous ne serez pas marry d'avoir mis ensemble les lettres et harangues de M' de Boissise , et pense que le recueil de celles de M' de Fresnes Canayes seroit bien de req[ues]te^ et contiendroit de trez bonnes choses pour l'histoire mesmes du temps, ouUre la netteté de son style et de ses conceptions. C'est daumage que cela soit tombé ez mains d'un tel cerbère. Qui se fust advisé de cela du temps de feu Mg'' le G[arde] d[es] S[ceaux] du Vair, il les eust bien extorquées de sa main indubitablement. Je loue le zeelle de Mg'' le G[arde] d[es] S[ceaux]^ pour les parentez des parlements, mais je ne crois pas qu'il puisse luy mesmes faire observer ce qu'il désire. J'ay regret que Quentin vous manque. Il fauldrà faire comme on pourra au moings mal. Mg'' le Prince a faict de grandes recommandations et instances à M"^ nostre premier présidant
' Ailleurs appelé Drebbel, par exemple traité de la nature des e'iéinents, et comme ils
dans le Calalopie des manuscrits de lu biblio- causent le vent , la pluye , l'esclair, le tonnerre ,
thèque de Carpenlms (t. II, p. ag) où l'on et à quoy ils servent; par Corneille Drebbel,
signale (collection Peiresc, registre V) une d'Alkmaer.» Traduction française anonyme,
note sur les lunettes de Cornélius Drebbel et Cet ouvrage fut, ainsi que l'auteur nous Va[>
sur les de'couvertes vraies ou prétendues de ce prend, composé en langue hollandaise; il a
personnage. Voir (même volume , p. 38 ) i'in- été traduit en latin par Pierre Lauremberg ,
dieation d'une noie aulograplie de Peiresc et imprimé dans celte langue à Hamlwurg,
{veg\stre\ll)'mtilu\6e:Relalioudecequej'ai lôai, in-ia, à Genève et à Francfort,
apprins de la vie et des inventions de Corneille 1628. Il a été publié en français dans le re-
Brehhel par Abraham Kuffler, son gendre, et cueil intitulé : Dùws traités de philosophie
Gilles Kujfler, frère de ce dernier, à Paris , au naturelle ( Paris , 1 6 7 a , in- 1 2 ). commencement de septembre 1 6si. Voir enfin * C'est-h-dire serait bien recherché. Littré
un curieux passage (p. 3i5) du Catalogue s'exprime ainsi: rr Celle chose est de requête,
déjà cité sur un manuscrit conservé dans le se disait d'une chose rare, difficile à avoir.» registre LUI de la collection Peiresc : ir Petit ' Michel de Marillac.
en faveur des PP. Jésuites de Marseille, lesquels n'ont poinct manqué d'obéir à l'arrest et envoyer leurs brevets et bulles au greiïe de la Cour, se soubmettans absolument à sa disposition, ce qui ne leur a pas esté inutile jusques à présent. Cela aura son cours et je n'oublieray pas de vous tenir adverty du succez. Je ne mcttray poinct témérairement en chemin les relations du Card[injal Bentivoglio, Assises de Jérusalem et autres choses que j'ay apprestées pour vous envoyer. Mais pour la coppie des pièces du Concile, vous me faictes {jrand tort d'user de cez cérémonies. Mon regret est de la longueur, parcequ'ayant eu desseing d'en faire collationner, signer et attester l'extraict, je faicts scrupule de faire achever les cahiers qui restent de main différante de celle dont sont les deux premiers volumes et la pluspart du troisiesme, et celuy qui y a travaillé a autres foys servy feu mon père et tient de nostre maison le meilleur de sa fortune, y résidant quand il vient en cette ville, comme si c'estoit chez lu y, de façon qu'il ne m'a poinct fallu mettre la main à la bource pour ce regard. Je ne ferois pas dilliculté de vous l'advoiier, puisque vous y regardez de si prez, il luy est survenu une afl'aire pour sa femme qui l'a debtenu plus qu'il ne vouloit, mais ii m'asseure qu'à ce caresme, il viendra indubitablement pour des affaires qui l'appellent icy, veuille il ou non, ou il aura cet entretien fort agréable, et je pense que dans la première semaine de son retour tout sera achevé. 11 est si correct au près des autres coppistes que nous avons icy et sa letlre si nette et si lisible que j'ay creu que cela ne pressant poinct, il valloit mieux que cette copie fust de sa main que d'un autre et vous supplie de ne le trouver pas mauvais et que cela ne vous fasse poinct aller plus réservé en mon endroict comme vous inenassez, car ce me seroit une grande mortification , ains croyez que je suis et seray à jamais, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peuiesc'.
D'Aix, ce 8 janvier 1628.
' Vol. 71 G, fol. 997.
LETTRES DE PEIRESG
LXXXVIII À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, En attendant la veniie de l'ordinaire, laquelle nous fournit par aprez de l'occupation à voir ce qu'il apporte, je proffileray ce peu de temps que j'ay trouvé à l'avance pour vous dire que j'ay depuis mes dernières veu les papiers qui estoient en vostre pacquet et ay prins grand plaisir de voir en quels termes avoit parlé M'' de Marcheville^ à cez Todesques^, et cette proposition de Dansiec pour l'establissement de cette générale compagnie du commerce, laquelle coupperoit bien l'herbe sous les pieds ^ à celle de Morbian ou du Havre. Je pense que les heureux succez des armes de l'Empereur en cez pais septenlrionaulx auront bien facilité de ce costé là cette entreprinse et faict changer les affaires de face. Je n'avois pas veu la proposition du M[arquis] de Leganes* la première foys qu'il vous pleut nous en faire part, mon frère l'avoit leiie et je m'estois contenté d'en faire retenir coppie. Mais à cette heure l'ayant leiie moy mesmes sur l'exemplaire imprimé qu'il vous a pieu nous envoyer pour la seconde foys, j'ay esté infiniment aise d'y voir la foiblesse où sont reduicts les Espagnols et Testât présent de leurs affaires. Estimant que c'est une bien haulte et bien importante entreprinse et qui seroit cappable de produire de grands efîects, si elle se
' Le comte de Marcheville a déjà été mentionné dans la lettre de Peiresc à Dupuy n-XLVILduSavriliôay.
' PourTudesques, c'est-à-dire Allemands.
Littré a cilé seulement sous ce mot une phrase de d'Alembert au roi de Prusse , du 3o novembre 1770.
' On retrouve la locution métaphorique dans les Mémoires de Saint-Simon , dans les
Lettres de M"' de Sévigné, et, en remontant un peu plus haut, dans le Virgile travesti de Scarron , où se lisent ces deux vers :
Sous le pied te va couper l'herbe , Comme dit l'antique proverbe!
' Don N. de Guzman, marquis de Leganez, était le gendre du marquis de Spinola. Comme son beau-père, il fut un des meilleurs généraux des armées espagnoles.
pou voit exécuter punctueilement, mais je crois qu'il s'y trouvera tant d'obstacles et d'impossibilitez qu'ils n'en viendront poinct à bout autrement qu'en apparence comme ou escript des Pais Bas et (jue quand il fauldrà que les pais qui sont en paix contribuent pour le secours de ceux qui seront en guerre, ils en seront bien tost las, attendu la grande multiplicité des pais qui iaict qu'ils ne sçauroient quasi esviter que la guerre ne soit tousjours de quelque costé qui les toucbe. Je garderay donc cette pièce bien chèrement entre les bonnes du temps, puis que vous l'avez agréable et que n'y avez pas cotté la marque du renvoy, et vous renvoyé les autres avec mes trez humbles remerciments, ensemble cette lettre du Roy et cet arrest du Conseil, qui est bien rude, mais neantmoings un peu moings que le bruict qui en avoit couru, comme aussy des lettres de M"" Rubens, que je trouve tousjours plus agréable. Il me tarde bien de voir par escript quelque acte des responces faites aux propositions de M. de Leganes par cez provinces là, ou au moings par aulcunes d'icelles, estant vraysemblable qu'il en eschapperà quelqu'une.
Au reste on m'a faict avoir une coppie des relations que M' de Rohan faisoit envoyer à ceux de Nismes pendant son absance, du progrez de son voyage au païs de Foix, dressées avec tout plein d'artifice pour tenir cez peuples là en haleine à sa dévotion. J'ay creu qu'encores que les choses fussent vieilles et un peu desguisées, vous ne laisriez pas de les voir volontiers et les vous envoyé pour cet effect avec un autre papier que l'on m'a donné avec une lettre que vous ne verrez peult estre guieres moings volontiers.
Je viens d'apprendre que le s' de Breton envoya hier au soir d'Avignon à M' nostre Arclievesque des lettres de la cour avec un plan fort exacte des travaulx de la Rochelle, qu'on luy a faict tenir aujourd'huy iS"* janvier par homme exprez despeché à Toullon, oiî il doibt se rendre aujourd'huy. Je pense qu'il passa hier la journée à Beaugentier, où mon frère le receut le moings mal qu'il luy feut possible, ayant esté surprins comme il fut du soir au lendemain. Nous les attendons icy dimanche au soir ou lundy, où est mandée l'assemblée du clergé de la province pour la deputation à celle de Poictiers.
tMI'nillKklt HATIOIALK.
Madame de Crequy a esté quelques jours en grande affliction et désolation de la perte de son filz^ sans se vouloir laisser voir quasi à persone. M' l'Archevesque la vid par privilège spécial; à présent elle commance à se laisser voir. On a faict peindre cet enfant tout mort, que l'on dict ressembler fort M"" le Mareschal de Crequy.
Le S' d'Esparron^, autlieur du livre de la Faulconnerie', est mort cez jours passez grandement regretté parmy la noblesse, où il avoit acquis grande créance. On luy eut donné encores ao ans de vie, car avec son grand aage il alloit encores fort souvent à la chasse et estoit fort robuste. C'est une notable perte en ce païs. Il estoit aagé de jU ans et se morfondit* en allant leurrer un oyseau, qui suyvit la voix d'un ecco au lieu de revenir à celuy qui l'appelloit, et luy se mit aprez tout à pied à si grand pas qu'il se mit en sueur, et l'ayant re-
' Anne du Roure, fille de Claude du Roure, seigneur de Bonneval el de Gombalet, et de Marie d'Albert de Luynes, avait épousé, en mai 1620, Charles, seigneur de Crequy et de Canaples, meslre de camp du régiment des gardes. Madame de Crequy eut trois enfants: Charles, 3'"' du nom, duc de Crequy, prince de Foix, pair de France, etc.; François, mort en bas âge, celui dont il est ici question; et Alfonse, comte de Gauaples, qui devint duc de Lesdiguières par l'extinction des branches aînées de sa maison.
' Charles d'Arcussia, que VVeiss {Biographie universelle) appelle trcélèbre théreuticographe» et dit ttissu d'une ancienne et illustre maison de Provence», naquit au château d'Esparron (département du Var, arrondissement de Brignoles, canton de Barjols, à i5 kilomètres de cette dernière ville), non en iSiy, comme l'indique le biographe susnommé, mais en i554, selon le témoignage de Peiresc en la phrase qui va suivre. Or Peiresc ne pouvait qu'être bien
informé, car il était deux fois voisin du grand chasseui-, son voisin h Aix et aussi son voisin de campagne, le château d'Esparron se trouvant peu éloigné de la terre de Rians.
'La Faulconnerie de Cltarles d'Arcussia, seigneur d'Esparron , do Fallieres , etc., divisée en trois livres; avec une briefve instruction pour traitter les Auteurs , sur la fin de l'œuvre, par le même autlieur (Aix, Jean Tholozan, lôgS, petit in-8°). Voir sur les éditions suivantes (Paris, 1 699, 1 6o5 , 1 607, 1608, i6i5, 1691, 1697, xdliZ), h Manuel du libraire (t. I, col. 889). Conférez l'article déjà cité de Weiss ovi l'on voit ceci : rtCe n'est pas seulement en France que l'ouvrage de d'Arcussia trouva de nombreux lecteurs, il fut traduit en allemand et en italien. On doit dire qu'aucun traité sur la chasse au faucon ne renferme autant d'observations judicieuses et instructives . . . i>
* Ce mot morfondre est pris ici dans un sens peu usité, le sens primitif, fondre jusqu'à la moi't (inort-fondre).
prins attendit des chevaulx pour revenir et print le froid qui l'a morfondu ^
J'ay faict transcrire l'indice des cliappitres du livre de Gorvasius Marescalius afin qu'il vous plaise de voir si dans le m[anu]s[crit] de M' de Thoujj y en a plus ou moings, principalement en la Iroisiesme partie, où je me doubte qu'il y en ayt quelques uns entremeslez long temps aprez. Pour la seconde, si bien l'indice ne contient que petit nombre de chappitres, ce neautmoings dans mon m[anu]s[crit] il y en a au double , parcequ'on y a fourré touts ceux du livre des taxes. Je desirerois sçavoir aussy, pourveu que vous ne l'ayiez pas désagréable, si dans l'epistre liminaire de vostre m[anu]s[crit] est faicte la mention de majoribus minoribusque sedibus, qui est dans le mien, car je doubte que ce soit un supplément relatif à l'interpolation du livre des taxes, et ay faict transcrire le chappitre de Italia pour vous supplier de le faire conférer sur le vostre et vérifier non seulement l'interpolation de ce qui est dans le tableau des taxes et unions des abbayes, mais aussi la mention de Ponte Sixto, nom qui ne fut imposé que plusieurs centaines d'années aprez Gervasius, si je ne me trompe, et possible s'y trouvera il d'autres glosses ou suppléments parmy la tissure du texte de l'autheur, dans lequel on void apparemment une répétition des paroles concernants la province de Toscane pour avoir esté la taxe des abbayes de Rome insérée un peu bors de son propre lieu. Nous ne cessons jamais de vous donner de la peine et du divertissement en voz meilleures occupations. Excusez nous en, je vous prie.
' Weiss a reproché à Bouche {Essai sur cussia, fils de Gaspard d'Arcussia, reçu con-
l'histoire de Provence, t. II, p. 292) d'avoir seiller au parlement d'Aix en i542, et de
placé la mort de Charles d'Arcussia dans Marguerite de Glandevès, dont le mariage
l'année 1679. Mais lui-même s'est trompé datait de 1 546. Il n'indique pas l'année de la
en conjecturant que d'Arcussia mourut en mort de Charles qui fut premier consul d'Aix
1617, à l'âge de soixante-dix ans. On trou- en 1 596-1 697 , puis en 1 6 1 9-1 6a o , et qui ,
vera d'intéressants détails sur d'Arcussia qui, le 7 juin 1673, avait épousé à Aix Mar-
à Aix, habitait la rue de Jouques, dans l'on- guérite de Forbin-Janson , de laquelle il eut
vrage si souvent mentionué de Roux Alpheran divers enfants baptisés à Saint-Sauveur,
{Les rues d'Aix, t. I, p. 393-3a6). Roux l'éghse cathédrale. Alpheran fait naître vers 1 55o Charles d'Ar-
Je vous envoyé le reste des cahiers du livre de lucernis de Licetus, dont je vous envoyois les premiers dimanche passé.
On vient de dire que le comte de Sault est arrivé et qu'il a mis pied à terre à l'hostellerie des deux escus, qui n'est pas la principale •, sans se laisser voir. Aulcuns disent que ce n'est qu'un faulx bruict, d'autres qu'il est incogneu. Dieu sçait si cela sera sans mystère. Et sur ce attendant ce qui pourra esclorre cette nuict,en attendant l'ordinaire de demain, je finiray la présente, demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peiresc.
D'Aix, cejeudy au soir 1 3 janvier 1628'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieui', Bien me dict de vous escrire ^ devant hier, car les extraordinaires occupations que M"" le comte de Sault a données depuis hier à nostre parlement ne nous ont guieres laissé de temps par la procédure qu'il a poursuyvie contre Madame de Grequy ^. Je ne reitereray poinct ce que j'en ay touché en passant dans celle que j'escripts à M' vostre frère, mais avec le temps il y aura moyen de joindre une partie de ce qui s'y fera de plus important au recueil des pairries. Je vous diray donc un peu à la haste que voz despesches du 7'"*= vindrent hier au soir sur les
' Cette hôtellerie n'est pas mentionnée * Formule surannée que nous remplacedans Les rues d'Aix, oxx l'on trouve seu- rions par ces mots: Je fus bien inspiré de lement (t. II, p. i3i-i38) une notice sur vous écrire.
nune fort belle hôtellerie, dite l'hôtel des * La fameuse procédure pour supposition
Princes?!. de part qui tient une si large place dans la
' Vol. 716, fol. 929. correspondance de Peiresc.
[1628] AUX FRERES DUPUY. /»9:i
quattre heures fort bien conditionnées avec tout le contenu sous voz enveloppes et de M'' d'Ajjut, par qui vous me pouvez fort librement envoyer cez papiers que vous dictes avoir touts prests, car il est homme à en prendre grand soing, ne pouvant que vous remercier Irez humblement de tant de belles curiositez et de tant de peine que je vous donne quasi incessament. Le S' Vallois est venu icy avec le comte de Sault\ mais je ne l'ay encores peu gouverner. Il me tarde de sçavoir de luy ce que ses amys auront jugé de cette nouvelle cyclometrie, et encores plus ce qu'en dira celuy que vous en avez chargé et puis M'" Midorge. Je n'ay poinct «ez vies que vous dictes de Pie V de Gathena'^ et de Gabutius'' et les achepteray volontiers à la rencontre. On me parloit d'une qu'avoit faict le pape Paul V, que je n'ay pas veiie*. Si on le canonise, comme on dict, à ce printemps S il ne manquera pas de nouveaux escrivains sur ce subject ne de nouvelles éditions des vieulx. G'estoit par oubliance que j'avois obmis de vous advertir du dezarmement des Huguenoz du Monteil aymar", qui autres foys estoient aussy revesches qu'ayent jamais esté ceulx de la Rochelle, Montauban et Nisraes. G'est leur vray bien, comme des petits enfants, de n'avoir pas des coutteaulx en main, dont ils se puissent mesfaire.
Le livre des généalogies d'oultre mer doibt estre arrivé long temps y a ez mains de cez messieurs Godefroy, du Chesne et S'^ Marthe, auxquels je vouldrois bien rendre le meilleur service. Il a esté hors de mon pouvoir de voir les cahiers de M'' Godefroy en cette conjoncture, mais je ne tarderay pas. Dieu aydant, et les luy renvoyeray par le pro-
' Nous avons déjà vu (letlre n" LXXV) ' Celte vie, si elle a jamais 6té écrite,
que Jacques de Valois, l'astronouic-trésorier n'a du moins pas été publiée,
de Grenoble, était attaché à la maison du '" Pie V ne fut canonisé qu'en 1718 par
comte de Sault. le pape Clément XI; il avait été béatifié par
' Girolamo Catena ; Vita del papa Pio V, Clément X en 1679 , cent ans après sa mort
fi raccolla di sue ktlere, Rome, 1 586, in-4''; arrivée le 1" mai 157a.
t'ii'rf. , 1587, in-8°. " Montélimar, chef-lieu d'arrondissement
^ Giovanni Antonio Gabuzzi : De vita et du déparlement de la Drôme, h 44 kilo-
rebus gestis PU V libri VI, Rome, i6o5, mètres de Valence, in-fol.
à9à LETTRES DE PEIRESC [1628]
cliaiii ordinaire. Pour le livre des. costes de la mer mediterranée je pense véritablement que si les ports sont refermez en Angleterre, comme on dict, et la guerre en estât d'estre recommancée, malaisément en faut il rien espérer, si ce n'est que M' Rubens ou quelqu'un de Lorraine intervinct à ce traicté\ Si le pauvre evesque de Thoul vivoit ^ il auroit bravement faict cela.
La charte de l'empereur Léon ne presse nullement. M' Rigault en peut disposer tout à son aise, comme il luy plairrà. Je n'ay pas veu sa première feuille de Terlullian , mais elle ne passera poinct les monts sans mandement spécial. Il fauldrà que je remette de luy escrire par le prochain ordinaire, le temps de celuy cy s' estant tout consommé ailleurs à mon grand regret.
J'ay de l'obligation à M'' Gravier du remplacement de cette généalogie de Gomarus et vouldrois bien m'en pouvoir revancher; puisque le livre de Sabatho ne se trouve plus et que je ne me suis pas encores dessaisy du mien, je suis bien homme pour attendre qu'il en vienne quelque autre exemplaire à la foire prochaine.
J'avois bien un volume in h" de Miraeus^ soubs le tiltre de Codex donationum \ mais celuy que vous dictes estre qualifié Codex diplomatum belgicorum^ pourroit bien estre différant et en ce cas je seray trez aize d'en avoir un, coumie aussy du 2°"= tome de du Plessis^
Je suis bien aise que vous jouyssiez de la doulce conversation de
' N'y-a-t-il pas là un grand éloge des talents diplomatiques de Rubens?
' Jean des Porcelets de Maillane , mort le i4 septembre 169/1. Voir sur ce prélat la lettre de Peiresc à Dupuy n" IV, du a 8 décembre 16a 3.
' Voir sur Aubert le Mire, à V Appendice , la lettre n° XXXVI , de Dupuy à Peiresc.
' Codex Donationum piarum, prœsertim Belgicarum (Bruxelles, i6a4, in-4°).
' Diplomala Belgica. Libri //( Bruxelles , 16a 8, in-4°). L'année suivante, Aubert le Mire publia un autre recueil intitulé : Dona-
lionesBelgicœ. LibnII{Aa\ecs, 162g ,in-4°). ' Il s'agit là très probablement des Mémoires de Philippe de Mornay, seigneur du Plessis-Marly (né en novembre iS^g, mort en novembre i6a3). Les Mémoires, depuis lôya jusqu'en 1699, furent imprimés à La Forest en lôai-iôaS, a vol. in-Zi*. La seconde partie de l'ouvrage (i6oo-i6a3) parut à Amsterdam, chez Louis Elzevier, i65i-i65a, 9 vol. in-4°. Peiresc n'aurait pas, dans ce cas, reçu le second volume de la première partie au moment de la publication (i6a5).
M' Silhon ', que je suis obligé de ne vous poinct envier, mais je vouldrois bien avoir eu le bonheur de le voir icy à son passage^ et croys qu'il auroit prins le chemin sans la bibliothèque Ambrosiane de Milan et les galants hommes qui y hantent, oiÀ il estoit bien raisonnable de se porter plus tost qu'en tout autre lieu par oià il eut peu prendre son chemin. M'' d'Orléans m'escrivit dernièrement qu'il ne soiigeoit plus guieres à l'entreprinse de respondre à du Moulin, mais j'attendois sa responce sur ma lettre pour ce regard, laquelle il n'avoit pas lors recette ". Je l'en ay tousjours dissuadé et ne crois pas que les autres deux compétiteurs y puissent faire ce que luy possible feroit s'il s'y captivoit. Cette appellation comme d'abbus est déplorable et neantmoins s'il s'en void rien j'en aurois part volontiers.
Le grand prix de ce livre de Bavaria Sancta me semble pouvoir estre mieux employé en d'autres livres plus utiles et de meilleur usage. Je ne puis voir l'heure que le Solin de M'' Saulmaise soit achevé et déplore infiniment la mauvaise humeur oii l'a mis le P. Petau*. Au reste il me semble que cez dévotions ^ commancent d'oultrepasser les bornes de la bienséance. C'est grande pitié que cez gents ne se puissent tempérer en cela, et encores plus grande de voir les desbauches qui peuvent tant
' Jean de Silhon, conseiller d'État, membre de l'Académie française, secrétaire du cardinal Mazarin, né à Sos (Agenais), vers 1696, mourut à Paris en février 1667. Voir sur lui les Lettres de Balzac (1878)01 celles de Jean Chapelain (1880-1 883).
' Le voyage de Silhon en Italie n'a pas été mentionné par le moillour biographe de cet académicien, M. René Korviler {Jean de Silhon, Paris, 1876, brochure gr. in-S"). Rappelons qu'on a de Silhon un recueil [)0sthume intitulé : Divers mémoires coiicernanl les dernières guerres d'Italie, depuis i6a5 jusqu'en iSSa (Paris, 1669, 2 vol. in-12).
' On n'a malheureusement pas cette ré-
ponse de Gabriel de l'Aubespine. La dernière que nous possédions des lettres écrites par le savant prélat à son illustre ami d'Aix est la lettre du 17 juin 1697 publiée dans le fascicule VII des Correspondants de Peiresc (Orléans, i883, p. 28-Q9).
' On peut dire que, pendant presque toute sa vie , le P. Petau et Claude de Saumaise luttèrent l'un contre l'antre. Voir, au sujet de ces violentes autant qu'incessantes querelles, l'article Petau de la Bibliothèque des écrioaim de la Compagnie de Jésus (t. II, in-fol.,col. 1891-1909).
' Peiresc appelle ironiquement dévotions les injures qu'échangeaient si libéralement le savant jésuite et le savant huguencit.
faire de préjudice h une personne que nous devons tenir si chère \ l\ fault que cette conversion et modération vienne de la main de Dieu et des prières des gents de bien, car je crois que de la part d'elle mesmes il n'y a guieres de disposition qui vaille ou telle qu'on souliaicteroit.
C'est une trez grande affaire que celle de Mantoiie. J'avois ouy dire que M'' de S' Cliaumont s'y estoit trouvé en cette conjoncture avec M' d'Avaulx et qu'ils y avoient faict des merveilles, mais ce n'est pas icy que viennent les nouvelles asseurées comme là oii vous estes.
Je suis bien glorieux de voir que vous avez prins du plaisir à la simple relation du m[anu]s[crit] grec^, ce qui me faict espérer que vous en aurez bien davantage quand vous verrez l'original, comme je tasclieray de le vous faire tenir, Dieu aydant, mais je crois que vous excuserez ma première faim , qui me rend curieux d'y esplucher ce peu qui peult estre de ma cognoisçance. Je n'y ay peu mestre le nez depuis la dernière despesche qu'à la desrobée une petite heure, mais encores y trouvay-je la suitte de quelques cahiers des derniers ouvrages de Dionysius Halicarnasseus qui ne sont poinct imprimez, et me double qu'il y ayt aussy quelque chosette de Josephe non imprimé, que je n'ay pas encor eu loisir de vérifier exactement comme je vouldrois. Sur quoy je finis, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
P'Aix, ce samedy au soii-, i5 janvier i6a8.
Je vous envoyé une lettre de mon frère, où vous trouverez la réception de M"' l'Arche vesque dans ToUon^. Je vous prie qu'elle ne soit pas veiie d'autre que de vous à cause de nos petites vétilles domestiques
' Saumaise était l'intime ami des frères lavés soit venue jusqu'à nous. Du moins je
Dupuy et avait, depuis dix ans, les plus n'ai pas eu le plaisir de la rencontrer jusqu'à
cordiales relations avec Peiresc. cejour dans mes recherches à la Bibliothèque
^ Le manuscrit de Constantin Porphyro- nationale, à la Bibliothèque d'Inguimbert et
génète. à la Méjanes , les trois sources de la corres-
" Je ne crois pas que cette lettre de Va- pondance du frère de Peiresc.
qui y sont meslées en la première pajje. Sans que le courrier est icy présent qui me presse, j'eusse faict transcrire la réception de Tollon à part, mais à vous il n'y a rien de caché \
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY