ADVOCAT EN LA GOUB DE PARLEMENT
Monsieur, Depuis avoir envoyé ma despesche à la poste, ayant apprins que M' le Gouverneur avoit envoyé retarder l'expédition de la staffette jusques à demain au matin, j'ay bien voulu vous faire cette appendice' pour vous donner advis de l'arrivée de M' de Thou, et de cez autres Messieurs Haligre, le Grand et le Pelletier, en trez bonne santé Dieu mercy, et que M' de Thou a prins une consolation non pareille à la lecture de voz lettres du 8 et lâ"^ et des papiers qui y estoient joincts, ensemble de la préface de M' Rigault sur son Tertullian, où il a voulu yoir le chappilre contentieux entre Iuy et M*^ d'Orléans, n'estant pas moings scandalizé que moy d'ouyr dire qu'il y puisse avoir eu du mal entendu entr eux. Il a prins aussy grand plaisir à cez Marmora Arundelliana, où il fault advouer qu'il y a de si notables époques, que je ne pense pas qu'il nous soit demeuré un plus beau monument de l'antiquité grecque que celui là. Pour moy, de ce peu que j'y ay peu jetter les ieux j'en suis demeuré infiniment satisfaict. Et
^ Gabriel de i'Aubespine. iit-on dans le Dietùmnmrt de Littrë, a varie,
* Vol. 717, fol. 56. et on le trouve souveot fëminin d'après le
^ r Ce mot, qui est aujourd'hui maBcnlin, latin. ^
les observations^ du sieur Seldenus, où j'ay trouvé quil a manié un Pentateuque Samaritain d'un Archevesque d'Hibemie, d'où il tire de bonnes et curieuses consequances. Il fault que celuy du P. Sancy^ soit tout le mesme, et seroit bon de vérifier sur l'eschantillon que je vous envoyai dernièrement de celuy du sieur P* délia Valle, si ce n'est pas aussy la mesme chose, car ce gentilhomme avoit creu que la langue n'en fusse pas purement hébraïque, ains une version en dialecte samaritain. Le P. Morin aura bien tost esclaircy tout cela. On vient de nousasseurerde la réduction de la ville d'Anduse, de Sauve ^ et autres d allentour. On avoit creu que ceux d'Anduse se fussent voulus saisir de M"^ de Bohan, mais cela ne s'est pas encores bien vérifié. G'eust esté une prinse d'importance. Sur quoy je finiray pour aller boire à vostre santé avec cez Messieurs, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresg.
A Ail, ce 97 join 1699 aa 8oir\
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Je vous accusay par la dernière staffette la réception de voz despesches du 8 et 1 â de ce moys et l'arrivée de M"^ de Thou en cette ville, venant de la S^^Baulme avec Mess" Haligre, le Grand et le Pek
' Ce8t-à-dire:aind que des observations. Saint-Malo en t63i et mourut ie 90 no-
* Cëtait Achille de Hariai, fils de Nicolas vembre i6i6. de Hariai, seigneur de Sand : d'abord abbé ' Chef-lieu de canton du département du
de Sainl-Benolt-fiur-Loire, de Villdoing, de Gard, arrondissement du Vigan , à ko kiio-
Ghastdiers, il fol nommé évéque de Lavaur, mètres de Nîmes. et, après avoir été ambassadeur en Orient, ^ Vol. 717, fol. 58.
il entra dans l'Oratoire, devint évèqne de
nirkmzuc iflTioiAU.
122 LETTRES DE PEIRESG [1629]
letier, lesquels me firent la faveur de s'ar rester encor icy trois jours, mais il n y eut pas de moyen de les retenir plus longuement, quelque instance que je leur en fisse, principalement à M' de Thou, car pour les autres, ils estoient mandez par M" le Garde des sceaux, et mesmes M" le Pelletier estoit pressé de se trouver à la resolution d^affaires importantes à cette Province auprez du roy, c est pourquoy je les laschois patiemment, mais pour M' de Thou, il sembloit que toutes cez considérations cessassent et quil ne me deubt pas refuser 7 ou 8 jours, car la presance des autres m'empeschoit de le gouverner et entretenir selon son goust particulier comme j'eusse désiré. Il voulut neantmoings partir en mesme temps que les autres, et s'en retourner à Marseille, m ayant neantmoings engagé sa parole qu'il reviendroit icy pour l'amour de moy et me donneroit quelques jours. On me donne tous les jours de ses nouvelles tandis que je l'attends en bonne dévotion. Je luy fis voir voz dernières despesches auxquelles il print un plaisir non pareil et à quelques uns des livres que j'ay receus de vostre main par la poste. 11 raconte des merveilles de ses voyages, et s'il en faisoit jamais une relation, ce seroit toute autre chose. que tout ce que nous en avons jamais veu jusques à présent. Il me dict entre autres choses de trez belles particularitez de la mer rouge, et du mont de Sinai, où il vid de trez beaux livres grecs ni[anu]s[crit]s oi!l il souhaictoit bien la sagacité et patiance de M' Holstenius, pour y distinguer ceux qui nous manquent en l'Europe de ceux que nous avons. Et a grande envie de s'aboucher avec le dict sieur Holstenius, pour luy donner sur ce subject des instructions importantes, monstrant d'ailleurs d'avoir tousjours en l'esprit anîmum redeundi^ vers l'Italie et Rome, bien qu'il aye promis assez solennellement à cez Mess^ et à moy de n'y songer plus, et qu'il s'en retournera d'icy à Paris, sans autre destour que de la cour. Mais j'ay peine pourtant de me le bien persuader, et vous asseure que sur un bruict qui vint cez jours icy de l'arrivée des galères de Malte à Marseille, pour repasser en Italie, je tremblois que la commodité et les
^ Le dÀir de revenir, Fesprit de retour.
habitudes qu^ii a prinses ne le r amenassent en Italie. A faulte de quoy, il y a trois de noz galères qui ont eu pour mission du Roy d aller charger à Messine quelques soyes des Marseillois qui doivent partir dans le moys prochain. S'îl faict guieres plus de sesjour à Marseille et qu'il en ayt le vent, il sera malaisé de le retenir. Car dans ce temps là tout le pire de la saison mauvaise de Rome sera expiré et il se pourra arrester quelques jours à Florence et à Gènes, et par aprez s'en retourner en France par l'Allemagne. Je feray touts mes efforts pour l'en dissuader, mais s'il ne se peust esviter, il fauidra bien se consoler à plus forte raison que du voyage du Levant. Il me resterait beaucoup de choses à vous dire en responce de voz lettres tant les dernières que les précédantes, mais nous sommes au desgel de nostre parlements de sorte que pour expédier quelques pauvres gents qui sont demeurez en arrière, il £atult que je remette à ce moys de juillet, que j'espère n estre poinct de service, m'asseurant que vous m'en excuserez cependant, seulement vous diray je que se présentant occasion pour Rome , j'ay envoyé à Monseigneur le Cardinal Laus Asini de Heinsius avec ses autres opuscules, attendant d'en avoir quand nous pourrons, comme aussy la vie de Dom Ant[onio] de Portugal, qui se remplacera bien plus facilement. Jen'ay pas veu le lieu de Serrarius où il citte le Goronides Dorotheus in synopsi chronicorum, mais je l'ay veu allégué à la marge du Ghronicon Alexandrinum, en divers endroicts de l'édition de Raderus^ in«/i^ Monachii i6â/i, page 369 où il cotte la page 397 de Serrarius ad Machabœos et ailleurs, ee me semble, car je ne le sçaurois maintenant vérifier. Nous eusmes icy hier M*^ de Bul-
^ Si je eomprends bien cette métaphore, Peirese veut dire cpiè |e Pariement, après avoir été un pea engourdi , s'est remis au travail avec beaucoup d'activité et, en raison du retard qui avait été apporté à l'expédition dea affurea , ett phia occupé que jamais.
namkmm et «cdbatuliMm. • . opéra et $tui» Mëtik. Rmim. La première édition est de
Munich, 161 5, pet in-A*. L'éditeur du Chronicùn Alexaxkdriman ou Chranican paschale, le jésuite Matthieu Rader, naquit dans leTyrol, à Inichingen , eo i56i et mourut h Munich en décembre i63/î. Voir un important artide sur cet érudit dans la BibUo- /UftM des écrivmM de laCoH^Mgme de Jéswt (t III, in-fol., 1876, col. 6-11).
i2à LETTRES DE PEIRESG [1629]
lion, qui y tinct le lict tout le jour disant avoir des fiebvres et la goutte, mais il n a pas laissé de partir à ce matin pour Marseille où il s en va voir M' de Guise qui a mandé les Ëstats du païs à Tarascon au i o"^ où M' de Bulion a charge de porter la parole de la part du Roy. L on avoit mandé aux deux premiers présidants des deux compagnies sou*veraines de s'y trouver à l'ouverture, et M' de Bullion entendoit d'y présider comme plus ancien conseiller d'estat. Mais on n'a pas trouvé que cela fust nécessaire ne toUerable, n'ayant jamais esté practiqué en ce païs, que le premier présidant y ayt esté précédé par autre que par le gouverneur, ne qu'autre y ayt porté la parole que luy en sa presauce hors de quelques mots que le gouverneur a de coustume d'y prononcer pour compliments au commancement, et pour attester que ce que leur va dire celuy qui le suit est par exprez mandement du Roy^ les autres qui y assistent sont coustumierement des trésoriers de France et receveurs des deniers du Roy aprez celuy qui porte la pa^ rôle. On a despesché en cour sur cette difficulté, et je crois que noz premiers présidants seront tenus pour excusez, si M"" de Bulion s'y trouve* Sa maladie fut honneste prétexte à luy de ne pas sortir, et à M' le Premier Présidant de l'aller visiter charitablement. Je m'y trouvay, et il dict à M' le Premier Présidant lors qu'il se retiroit qu'il ne manqueroit pas de l'aller voir chez luy. Je ne scay pourtant s'il l'a veu à ce matin avant que partir. Au reste nous sommes tous en grande allarme de ce que la maladie a commancé de paroistre dans la ville de Digne et en deux ou trois autres villages d'allentourS de sorte que l'on vient de faire arrest pour les faire blocquer, et de suspendre pour vingt jours le commerce de touts les lieux circonvoisins qui sont à trois lieues à l'entour des uns aux autres, pour voir s'il n y aura poinct eu de communication qui eust peu apporter du mal ailleurs. Dans le vil-
' Sur la peste qui ravagea cette ville et pitre vi iotiinlë : De Pair et de la peete de
les environs, voir le récit de Gassendi dans tSag, est très curieux et très ânouvanL
sa Notice eur VigUie de Digne y traduite par Gassendi dëdare qu'il t^udt les détails qu'il
Firmin Guichard (Digne, i8i5, in^ia , fournit sur le fléau, du savant docteur Lau^
p. &i'&9). Ce récit, qui remplit tout lécha- taret, lequel donna ses soins aux pestififrés.
lage de Ghenerilles qui fut attaint le moys passé , tout y est mort à trois seules persones prez et médecins et cirurgiens et tout sans remission. A Reillane il y a desja plus de soixsante morts de la maladie; ce sera un grand miracle si tout ce pauvre païs ne s'embrase avec cette convocation des Estais sans laquelle nous avions de besoing de suspendre la communication de lieu à autre quasi par toute la province pour laisser paroistre le mal là où il peult avoir esté porté insensiblement. Jamais la paix ne vint plus à propos que fera celle-cy, dont on nous donne tant d espérance. Je prie à Dieu de la vouloir accelierer le plus que faire se pourra, et sur ce je finis demeurant ^ Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DB Peibesc.
A Aix, ce 99 juin au soir 1629 \
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Celle cy sera encor aussy courte que mes précédantes et faicte aussy à la haste, pour ne rompre guieres la compagnie que je doibs à M' d'Aubray et à M' de la Hoguette qui arrivèrent céans devant hier fort opportunément l'un par le chemin d'Avignon et l'autre par celuy de Tarascon, sans sçavoir Tun de l'autre. Je ne vous sçaurois exprimer le contentement que ce m'a esté ne combien cela a servi à me consoler du tort que M** de Thou nous avoit faict à trez touts, en meslant noz plaintes communes et particulières , car M' d'Aubray le venoit voir icy pensant le trouver encores céans. Il croid que ce pourroit bien estre quelque vœu faict dans les dangers du voyage de Levant qui pourroit
avoir engagé M' de Thou à ce voyage de Rome avant que se retirer. Pour moy je ne l*impute qu à un scrupule de s'acquitter de sa parole envers cez Mess**. Au reste la douceur de la conversation de mes hostes est telle que rien ne la sçauroit esgaler ou meliorer que si nous avions l'honneur de vous y pouvoir tenir l'un ou l'autre. Cependant nous vous y avons bien souhaicté, et ce na pas esté sans parler de Tacademie , et implorer du ciel toutes ses grâces pour vostre santé et prospérité.
M' de la Hoguette fut un peu surprins quand je luy dis que M' Granier^ songeoit à donner au public cez escripts du chancellier Baccon, et me dict qu'il vous en escriroit pour vous conjurer de l'empescher, n'estimant pas que cela soit tollerable pour ne prostituer la réputation de l'autheur, qui s'en estoit fié à luy et ne luy avoit baillé que des choses informes et non digérées. Je luy ay remonstré que cela se pouvoit aulcunement reparer par un adverlissement au lecteur qui tesmoignast le îarrecin en la forme qu'il a esté faict, mais il ne s'en paye pas, et crois que vous luy ferez grand plaisir d'empescher ce coup la.
M' nostre Gouverneur partit hier de Marseille pour aller voir le Roy, sans passer par cette ville, croyant trouver Sa Majesté à Beaucaire. On assure que ceux de Nismes ont enfin crié vive le Roy; si cela n'est, je crois bien qu'il ne sçauroit tarder^ puis que les autres sont à leur debvoir, qui n'est pas un petit miracle, aussy bien que de voir que la maladie ne se soit poinct encores mise dans l'armée du Roy. Nous ne sommes pas si heureux en ce pais icy où elle faict bien du progrès du costé de Digne, en sorte que nous allons mettre des bornes à la rivière de Verdon et de Durance, pour exclurre le commerce de tout ce qui est ay delà, avec le reste de la province, et Dieu sçait si nous
^ Auger de Maul&n, sieur de Granier, let] les desputés de Nismes vindrent traitter
rëditeur des Mémoires de ViHeroy, des Mi- tout ie matia avec Monsieur le Cardinid. . .
moim de Marguerite, des ï^eUr» du car- Le jendy 5"* Mcmsieur le Cardioal et M' de
dînai d^Ossat, etc. Voir sur faii le tome I, Mootmorency ammeoèrent les desputës de
p. 355. Nismes quy firent leurs soumissions au Roy.
* On lit dans les Mémoires de Bassom- Levendredy 6"' on publia la paix à Nismes
pierre (t. IV, p. 5a) : «Le mardy S"*' [juil- et y fit-on les feux de joye.i»
nous en pourrons garentir. Cependant M*" d'Aubray se charge de la cassette, pour ia faire tenir comme des choses du train de la cour en voz quartiers.
Je vous envoyé une lettre du cardinal Barberin toute de sa main où vous verrez ce qu il me respond à la proposition que je luy avois faicte de subroger M' Holstenius au soing de la publication des postûmes du feu sieur Aleandro, et une lettre du dict sieur Holstenius bien gentile aussy. Je ne les avois pas receuesparlordinaire d'Avignon, ains par celuy de Lyon, de sorte que le tout passa dans le vinaigre, avec le livre que le cardinal y avoit faict joindre des Hymnes corrigez, lequel je vous envoyeray par le premier ordinaire, afin d'y pouvoir un peu jetter les yeux entre cy et là si tost qu'il sera sec, car il la fallu relaver à cause du vinaigre. Je crois bien que vous aurez en recommandation les lettres cy joinctes que je vous envoyé de Mess" d'Aubray et de la Hoguelte sans autre semonce, ils sont aprez à les clorre. Et ne me veuUent pas accorder de s'arrester encores demain , pour attendre mon frère qui doibt estre de retour d'un petit voyage qu il estoit allé faire depuis sa venue de la cour, vers M^ de Guise à lifarseille et de là à Beaugentier. J'espère pourtant de les retenir, veuillent ils ou non et de boire encores à vostre santé avec cez Mess", mon frère estant de la partie, sur quoy je finis demeurant,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DK Pbirisc.
A Aix, oe samedy an soir 7 jafllet 1699 en haste.
J oubliois de vous dire que le sieur Suare^ m'escript de la mesme datte du 1" juin que les vers de Borbonius et de Sirmondus' ont esté veus par le Pape et le Cardinal^ à Castel Gandolfo^, lesquels les ont trouvez excellants, et me mande que le dict sieur Cardinal m'envoye cez Hymnes sacrez par commandement de Nostre Saint Père et y ad-
* Les yeiiB sar ia prise de ia Roclielie. — * Urbain VIII et Fr. Barberini. — ^ A 17 Itilomètres de Rome, sar ie lac Albano<
jouste un distique faict par Sa Sainteté sur ceux qui jouent de la harpe et chantent, en cez termes :
Pierios roodulos digiti sine voce ioqauntur • Damqae canuat certans provocat ora manus.
Je ne vous envoyé pas sa lettre à ce coup afin de pouvoir respondre au préalable à tout plein de divers chefs qu il y a auxquels eschoit responce. Il dict entr'autres que M' Holslenius me vouloit escrire concer* nant le mot TRITVKRI, mais qu'il doubte s'il le pourroit faire lors, estant fort affairé depuis la nouvelle qu'il avoit eue de l'heureuse issue de la prevosté d'Ambourg à luy conférée par Nostre Saint Père à la requeste de Monseigneur le Cardinal, la recommandation duquel avoit esté si puissante, que l'Empereur sans avoir esgard aux prétendants trez nobles, l'a préféré et agréé, dont je pouvois, dict il, me resjouyr avec luy. Je crains que cette occasion ne le fasse retirer de Rome, dont je ne serob pas tant marry, s'il avoit an préalable veu un peu à souhaict les m[anu]s[crit]s du Vatican, possible sera ce pour le mieux.
11 me reste à vous adresser les papiers de ce gentilhomme de Madame la Comtesse, à qui je pensois faire responce, mais la lettre qu'il m'avoit escritte s'est esgarée entre me& papiers, en sorte que je ne la sçaurois retrouver maintenant. Je tascheray de la retrouver pour y satisfaire; cependant vous luy pourrez faire rendre ce qui le touche afin que le temps ne luy nuise, et l'asseurer de mon service, aussy bien aurois je peine de l'entretenir à ce coup. L'homme de qui je luy avois parlé l'a servy fort franchement et fidèlement, et mérite qu'on y ayt esgard selon qu'il a daigné l'en asseurer.
Je ne sçaurois non plus escrire à Madame de Brèves, à laquelle je vous prie de faire cependant tenir le paquet et lettre cy joincte ^
» Vol, 717, fol. 6«.
fl629] • AUX FRÈRES DUPUY. 129
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur Ce mot à la haste dans les iDcommoditez de la cour en logement emprunté, n'est que pour accompagner la lettre cy joincte de M' Gassendy laquelle debvoit accompagner un fagot de ses escripts, lequel je baiUay fort inopinément à M' Haligre et à M' le Pelletier sans y pouvoir adjouster une lettre de deux lignes, à quoy je salisferay maintenant par une commodité de l'un des siens que je viens de rencontrer inopinément, lequel s'en va le suyvre. Mais je ne vous sçaurois entretenir, d'aultant que l'homme veult partir. Seulement vous prieray je de faire adverlir M' l'Huillier ou M' de la Motte en son absance, que vous avez ce pacquet du dict sieur Gassendy et que vous estes prest d'en suyvre les ordres que M' Gassendy en aura donnez.. Et si le dict sieur l'Huillier s'en alloit en Flandres, il les pourroit porter; sinon il fauidra attendre les commoditez qui vous pourront estre indiquées par le dict sieur Gassendi. Car cez pièces luy sont si chères, que je ne suis pas d'advis de les conâer à autre qu'au dict sieur l'Huillier, s'il n'y en a ordre bien précis. Excusez moy de cette peine. Nous avons veu icy M^ de la Hoguetie, qui est tousjours le plus courtois et le plus obligeant homme du monde, et M*" Sanguin, vostre parent, qui nous est venu si à propos que sans luy, qui nous a desparty son logement par pitié, tous noz députez du Parle^ment qui estoient venus pour sallûer le Roy demeuroient logez dans les rues. Et il ne se contenta pas de nous céder son logis et son lict, mais il nous y fit apporter de chez le Roy de quoy vivre et à disner et à soupper le premier jour de nostre arrivée, si magnifiquement qu'il ne se pouvoit rien faire de plus exquis. Il est merveilleusement honneste et bien faisant, et est bien vostre parent de ce costé là. Le Roy entra en cette ville mardy au
nrRMBBII lATIOBAU.
130 LETTRES DE PfiIRESC [1629]
soir S et croid on que les députez de Nismes le viendront aujourd'huy prier d'aller voir la leur et qu'il s'y en ira demain ^ M' le conte est tousjours bien mal, et si Dieu ne faict résister et agir puissamment la jeunesse, il court grandissime fortune de la vie*. Je receu» avant que partir d'Aix vostre despesche du 26 juin fort bien conditionnée, mais je differeray d'y respondre par l'ordinaire; aussy bien ne crois je pas que cette lettre puisse aller guieres viste, et sur ce je finis demeurant,
Monsieur,
vostre tre* humUe et trez obligé sefviteur, DB Peirssg.
A Uzez, ce la juillet 1699 en haste *.
• À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
Nous voicy enfin de retour sains et sauves du petit voyage de la Cour que nous sommes allez faire du costé d'Uzes et de Nismes où Mess^ de nostre compagnie voulurent que je me trouvasse entre leurs députez. pour sallûer le Roy et Mess'^ les Ministres. On nous avoit rendu à l'advance de mauvaises charités, mais nous ne laissasmes
^ On lit^ doBS les Mémoire* de Bassom-^ pierre (t. IV, p. 53 , 54) : (rCeux d'Usés vindrent [à Beaacaire] prier le Roy d'aller en leur ville, à quoy il se résolut. . . Le mardy 1 G** M' dfe Ghoinberg et moy vînmes le matin à Use» pour donner les ordre» nécessaires. Le Roy y arriva le soir. »
' Nous lisons dans les mêmes Mémoires (p. 54) : ffLe vendredy 1 3"* nous eimies les ostages de Msines, et leurs depiitëff vindrent
supplier te Roy devoidonr honorer leur vilte de sa présence. Le samedy i^"* le Roy vint à Nismes; il fut fort bien reçu; puis il alla voir les arènes. »
' Ce fiit le la juiHet, selon Bassompierre (t'M.), que Louis de Bourbon, oomtè de Soissons, «rfut à Textremité de sa maladies, n commença, le dimanche 1 5 , à aller mieux.
* Vol. 717, fd. 64.
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pas d'y trouYer trez bon accueil. Je vous escrivis par M' d'Haiigre et vous adreesayiun petit fegot des papiers de M*" Gassendi et crois que vous l'aurez veu à Paris avec M' le Pelletier, avant la réception dé la preiante. J'escripvis encor un mot à M*" de Lomenie avant que partir d'Uzez à l'indication que me fit M' Lucas V d'une commodité extraordinaire d'un gentilhomme qui s'en alioit en poste à Paris, et luy envoyay coppie de là première érection d'Uzez en tittre desimpie Duché ^. Mais ce fust si à la haste que jein'eus pas de moyen de vous escrire. Devant hier au soir nous arrivasmes icy, et y trouva^mes voz depesches du 99 juin et 3 juilletbien conditionnées, avec le Babbi Ëlcfaa,'et les deux opuscules d'Erycius Puteanus', dont je vous remercie trez humblement ensemble M' de Vris. Le Tertullian pour Dom du Puy est aussy venu en trez bon estât, et je ne manqueray pas de le faire tenir à Rome par la première commodité, ensemble le pacquet pour M' de Thou, de qui je receus hier une lettre de Gènes par l'ordinaire de Rome et une autre de Maillorque laquelle estoit :demeurée en arrière. Vous y verrez ce qui estoit de ses premiers desseins, et ce qui a depuis prevallu. Il faut trouver bon tout ce qui luy plaict et. espérer que le tout sera pour le mieux Dieaaydant, ne doublant poinct que tous ses voyages et divertbsfiments ne luy soient grandement utiles, tost ou tard, et qu'il n'en demeure beaucoup plus satisfaict et beaucoup mieux instruict, pour
' Voir sur Lucas le toinç I, 4^^pendii^, p. 818.
* La vicomte d'Uzès fut érigée en duché (mai 1&65) en faveur d'Antoine de Grussol.
' Henri Dapuy (nom francisé d'Hendrik van Put), né à Venloo en iSyA, mourut en 16&6 à Louvain, où il avait succédé à JosleJjipfle dans la chaire de bdles-lettres (1606), quil oecupa jusqu'à sa mort Un des deux oputeuies envoyés à Peiresc (Ery- ^s Puteanus en laissa 98, dont on peut voir la liste dans.le tome Wllâes.Mémoires de Niceron) devait élre : De S, Flavia Do-
mitUla, Uer(^e, ObsenaAmeuk epULeUea, ai loeum Martyrohgn Romani ffanis MaU (Louvain, 1629 , in-4'). Voir sur H. Dupuy le curieux article du DteHotmaire de Bayle (t XII, p. 363-373). On a deux lettres de Peiresc à «M. Erycius Puteanus, professeur royal en l'université de Louvain» : Tune écrite d'Aix le 16 août i6a6, l'autre écrite «r de Boisgency, le do .novembre 1 699 » ( Minutes de Carpentras, registre V, loi. 394 et 395). Ce dernier document a été publié, avec d'intéressants commentaires, par M. G. Bojdens dms le Bulktin Rtihens, 4* livraison de 188s , p. a68 et sniv.
se pendre plus cappable des plus grandes affaires du royaulme où j'estirne que ses mérites nom pareils rappelleront un jour, pour le bien de l'estat.
Le mesme ordinaire de Rome m'a rendu une lettre de M' Holstenius grfindement honneste à son accoustumée sur le subject de ses Platoniciens. Mais par un bien grand malheur le bruict de la maladie du Heu où ils estoient prévint de deux jours seulement l'arrivée de l'homme que j'envoyois pour les prendre, qui n'eust pas le courage d'y entrer, de peur de faire quarantaine à la sortie, et depuis le mal s'y estant estendu , il n'y a plus de moyen d'y pourvoir que l'on ne voye ce ^ que deviendra cette ville, et qu elle soit bien et deiiemeht purifiée. Ge^ pendant j'ay mis ordre qu'on les fit bien emballer, et séquestrer en lieu qui fust hors de commerce dans la maison où ils sont. Ce sera une grande mortification à M"^ Holstenius et à moy ne sera gueres moings grande pour n'avoir moyen de satisfaire assez tost à sa curiosité pour ce regard et à laparoUe que je luy en avois donnée. Tousjours prendrez vous plaisir, je m'asseure, de voir sa lettre.
Gomme j'en estois arrivé jusques icy, j'ay receu vostre despesche du 9°*^ avec le g^libvre de M*" d'Orléans ^ l'antidote, la remonstrance de M' l'evesque de Montpelier^, et autres choses dont je vous rends grâces très humbles. Il y a voit une autre lettre pour M*" de Thou, que je joindray au précédant pacquet, et les adresseray à Rome à M' de Ronnaire, qui m'escript en avoir receu un grand nombre de toutes parts pour ledict sieur de Thou, lesquelles il luy garde jusques à ce qu'il repasse à Rome, ou qu'il luy donne autre ordre de les luy faire tenir ailleurs.
J'ay aussy receu une seconde lettre de M' l'Huillier, qui estoit en
^ Un nouveau fragment de Y Ancienne de ce prâat antérieure de plusieurs années
police de VÈgliee, ouvrage ici plusieurs fois è Tëpoque où nous place la présente lettre :
mentionne. Remontranee m Roi centre ks duels, pro-
' C'était Pierre de Fenouillet. On men- noneie au nom du clergé de France à la tenue
tienne dans la BMiotki^ UsUnique de la des Étalé, le s6 janvier î6t5, France (t. I, n* aoa53) une Remontrance
peine de ia première, à cause du retardement de ma responce, mais il l'aura meshuy receue, et ne tardera pas de recevoir les papiers qu'il attendoit de M' Gassendi, lesquels je vous ay adressez, par M'' d'Haligre et Pelletier, qui partirent en carrosse de Tarascon le mercredy xi de ce moys, et ne pensoient pas sesjourner en chemin plus d'une quinzaine de jours ou environ, de sorte qu'ils ne tarderont pas d'estre là.
J'ay esté bien aise d'apprendre que vous ayez receu la coppie du m[anu]s[crit] de Jacques de LalainSque j'avois faict transcrire ^ sur un exemplaire du sieur Chifflet*, n'ayant pas sceu que M' Godefroy ne M' Chrestien^ en eussent de semblables, car j'eusse eu recours à eux piustost qu au dict sieur GhiBlet, mais il importe peu d'où que la coppie en vienne, pourveu qu'elle soit bien correcte. Cependant je vous remercie de l'advis de cez deux autres exemplaires, pour m'en pouvoir prévaloir en la collation si besoing estoit.
Les alphabets et mémoires samaritains et cophtites ne pressent nullement, non plus que la lettre du sieur Pietro délia Yalle que l'on m'escript de Rome s'estre marié depuis peu à une Arménienne qu'il avoit emmenée du Levant avec sa defuncte femme ^.
J'ay veu à Nismes le sieur Samuel Petit ^, professeur en théologie
' Jacques de Lalaing , dit le bon chevalier, naquît vers i&aa, et fut tuë le à juillet 1&53. G*est le héroB d'une chronique longtemps attribuée à Geoqfes Chastelain et qui a pour auteur Jean Le Fèvre, seigneur de Saint-Remy. (Voir la Notice sur cet écrivain mise par François Morand en tète du tome II de la Chronique publiée pour la Société de Tbistoire de France en 1881.) VHieUnre du bon chevalier, Jacques de Laloin, parut du vivant de Peiresc par les soins de Jules Ghifflet, fils atné de Jean- Jacques Cbifflet (Bruxelles, i63&, in-&*). Uonvrage a été réimprimé par Buchon dans les Chrmiqueê nationales française» et dans le Panthéon, littéraire.
* Cette transcription est conservée è
ringuimbertine (Carpentras) dans le registre XVIII de la collection Peiresc, à ia suite de la transcription des mémoires de Robert de la Marck., seigneur de Fleuranges.
' A la fin de la copie que Peiresc avait fait prendre, on lit cette note écrite et signée de la main de J.-J. Ghifflet : v Concordat cum ms. originali ijjunii iSag.f»
^ Sur Claude Chrestien, fils de Florent Chrestien, voir le tome I, p. 887.
* Voir sm* le second mariage de Pierre^ délia Valle, Tarticle d'Byriès dans la BiographieumverseUe. Cet académicien donne debien piquants détails sur la première femme du voyageur, laqudle était une Orientale, comme la seconde, dont elle était la parente.
' Samuel Petit naquit le 9 5 décembre
134 LETTRES DE PEIHESC [1629]
prétendue, filz d'un Parisien proche parent de M'^ Perrot, vostre allié, et demeuray grandement salisfaict de la doulceur de sa conversation et de sa rare érudition. Il me monstra un petit travail qu'il a faict sur lecompute des Samaritains aprez Scaliger\où il monstrecombien peult son esprit aprez celuy de ce grand personage, et me dict avoir faict quelque travail d'importance sur la chronologie. Je luy montray les Marmora Arundelliana que j'avois dans ma maie, où ilprint un extrême plaisir. Il me fit voir trois libvres d'observations trez curieuses sur Athénée, sur les mesmes m[anu]s[crit]s que Gasaubon avoit maniez, où il faict comme M' Saulmaise sur le Suétone. Il les veult mettre soubs la presse à ce moys de septembre Dieu aydant qu'il espère d'aller faire un voyage à Paris pour cet effect, dont j'ay extorqué parolle de luy. Il a faict de bonnes notes sur le Martial. Mais il en a de bien plus utiles et nécessaires sur tout le Plante où il est allé si avant qu'il a interprété tout le Punique qui y estoit le plus heureusement du monde ^ et y a trouvé un sens relatif au latin du devant et du derrière, qui lie trez bien les noms propres qui y sont entremçslez dont il rend les raisons trez apparantes, par le rapport des règles de cez langues orientales qui sont dérivées les unes des autres, et lesquelles divertsifioient si fréquemment les voyelles. Il est arrivé jusques à ce poinctque d'interpréter le plus heureusement qu'on eust sceu imaginer, quelques noms propres de lieux insérés en la Saincte Ëscripture parées fragments de la langue Punique, ce que pas un des anciens Pères n'a voit encores sceu faire. Au reste c'est un homme le plus humble, le plus modeste,
iSgi à Saint- Ambroix, (ut à Nimes pasteur, professeur, principal du collège, et inourot le 19 décembre i663 dans sa maison de campagne de Couri)e8sac, près de Nimes. Sur cet érudît, voir Golomiès {Gallia metUaUs, p. 169-175), la France protestante, et surtout Texoellente et en grande partie nouvelle notice bîo« graphique publiée par M. Georges Maurin en tète du i4* fascicule des Corres-
poniaM de Pmrese (Nfcnes, 1887, m*^*).
^ Voir, sur ce travail et les autres travaux de Samuel Petit, les lettres à Peiresc insérées dans le fescicuie cité en la note précédente.
' Le bon Peiresc juge ici beaucoup trop favorablement la tentative de Samuel Petit La vérité est que ce philologue échoua dons son interprétation comme tant d^autres l'avaient fait avant lui et Tout fait après lui.
et de la pi» ckmlce humeup que j aye veu^ Je parlay de luy à Mon* seigneurie Garde des Seeaux^ ebk M^le Surintendant^ lequel en parla à MonBeigneur le Cardinal de Richelieu pour le faire tirer de là et lappointer à Paris. En quoy jetrouvay tout plein de bonne disposition. Si no«s en venons à bout, je pense qu il feroit des merveilles à l'édition de ce Pentateuque Samaritain. Ten parlay aussy à MMe Grand, maistre des requestes, pour le gouverner un peu dorant le sesjour qu il a à faire à Nismes; H me mouestra un grand Homère de l'édition de Budee in folio en deux volumes S tout apostille de la main propre du dict Budee ^ et enluminé en divers endroicts des armoiries et devises du dict Budee. Il a une grande passion de vous offrir son service, tenant vostre vertu en singulière vénération. J'estime que vous y aurez bien du contentement. Il a une belle et curieuse bibliothèque, où il a bien bouquiné ses livres^ durant i a années qu'il s'est tenu dans cette misérable ville, et a une mémoire nompareilie. Il le fauit ayder à s'en tirer.
Je vous remercie trez humblement âB l'exacte relation qu'il vous a pieu faire de ce que vous avez apprins du P. Moria et du* sieur le Jay ^
^ Ce bel ëioge complète admirablement * M. E. de Badë donne pour les apostilles
fawt oe cpe lea oontemporains de Samuel Petit ont dit de ses rares qualités.
* Michel de Marillac.
^ Antoine Coiffier^Ruzë, marquis d*Effiat.
* Goâiailmé Budé, tour èi tour seci'étaire de Charles VIII, prëv6t des marchands, maître des requêtes, garde de la librairie du roi, naquit à Paris en 1&67 et mourut le 33 août i5&o. Peiresc n'a pas voulu parler d*une édition d*Honière d»e à Budë^ mm bien d'une édition possédée par ce grand érudtk Voir, sur l'exemplaire de Fédition princeps d'Homère (Florence, liSS), qm était le plus beau joyau de la bibUothèque de Badé, les détails fournis par on d» ses deseendanl^, M. Eugène de Budé, dflns^soa owrrage intitulé: Vie de.Guilbmm^ Budi, fondateur du Collèffe de Firanee (Paris, Didier,
188&, in-ia, p. 196-303).
un collaborateur i GuiHaame. «cSes marges, diUI , étaient littéralement couvertes de scolies manuscrites de la main de Guillaume et de Louis, son frère.»
* Bouquiner est pris ici dans le sens de consiilter, sens ainsi indiqué dans la dernière édition du DicUonnaire de l'Académie française ; trO se dit aussi en parlant de l'habitude de lire de vieux livres : il s'amuse tout le Jour à bouquiner dans son cabinet,y> L'Académie, Littré, les auteurs daUHetionuaire de Trévouasj etc., n'oati indiqué le verbe bour quiner que comme verbe neutca
' Guy-Michel Le Jay, d abord avocat au paiflemeat dçi Paris, puis prêtre et doyen de Véselayv élait^né è Paris m 1 588 ; il mourut en juillet 1676, selon le Dictionnaire de Moréri, en juiHet,i67A 6don.la£ttV^ra/>At> um»ereeUe.
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touchant cez bibles S et les serviray si je puis trez volontiers l'un et l'autre soit dans Rome ou ailleurs , pour faciliter sinon les approbations qui y seroient nécessaires, au moins la toUerance et abstinance de censure dont on se peult honestement passer. J'avois veu avec grand plaisir, dans la préface du Seldenus, ce qu'il y dict de ce pentateuque samaritain del'evesque d'Irlande, mais j'ay eu grand desplaisir d'apprendre en ce voyage que le pauvre Seldenus soit prisonnier d'estat, pour avoir trop librement parlé dans la dernière assemblée du Grand parlement d'Angleterre, et serois bien marry qu'il luy mesadvint^, estant son amy et son serviteur de longue main , et ayant eu fort souvent de ses lettres.
Je plains le P. Sirmond de s'en aller à Rome en ce grand aage^ et de quitter l'air où il a esté norry la pluspart de sa vie. Mais j'ay esté bien aise d'apprendre qu'il se soit rangé du costé de M** Rigault avec le cardinal de Berule contre M' d'Orléans. Je n'avois encores peu examiner la difficulté, mais à cette heure que j'ay les escripts de part et d'autre, et que nous serons un peu plus en repos, j'auray meilleur moyen de le faire. Je verray bien volontiers ce que M' Saulmaise médite sur le concile eliberitain, mais je vouldrois bien qu'il se voulust abstenir de toute sorte de termes d'aigreur envers qui que ce soit.
Je ne m'estonne pas que le cardinal Bentivoglio veuille supprimer l'édition de ses relations^, car je sçay qu'il desiroit qu'elle fust différée jusques aprez son decez. On imprime certainement aujourd'buy toutes choses avec un peu trop de liberté et trop peu de respect. Le pauvre
^ Il 8*agit là de ia Bibh polyglotte qai années aaparavant pour les mêmes motOs
porte le nom de Le Jay et qui parut en dix (i6as).
volumesin*fol.(i6a8-i6&5).Ontrouvepar- ' Le P. Sirmond avait alors bienprèsde
tout des détails sur la belle publication à soixante-dix ans.
laqndle Le Jay consacra sa fortune et sa vie. * Rdazioni varie fatte in tempo délie i
Citons seulement Tarticle sur Le Jay fourni ziatwre di Fianira e H Francia (Anvers,
par Tabbé Labouderie à la Biographie mi- 1699, in-i"*). Le recueil fut réimprùné dans
verselle. le même format en i63o à Cologne, (»ii 63 1
* Seiden fut mis en liberté Tannée sui- i Paris, ea i633 à Venise, vante. Il avait déjà été emprisonné quelques
M' de la Hoguette est en grande colère scontre M' Granier pour les fragments du chancellier Baccon, sur lesquels il vouloit travailler luy mesmes, à ce que j'ay peu comprendre, en ce voyage de la cour, où je l'ay reveu. C'est pourquoy, si pouviez rompre le dessein de cette édition, je pense que vous Tobligeriez grandement.
J ay prins grand plaisir à ce petit feuillet des arrestz sur les 9 articles du code Micheau \ et le recevrois bien plus grand si quelque jour on pouvoit faire transcrire chez vous mesmes le verbal journalier sur ce subject. L autheur nous dict que l'interest des greffiers avoit faict faire le plus grand bruict.
Sur ce je finis estant pressé de clorre, demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DE Peibbsg.
A Aix, ee samedy ai juillet 1699,
Nos Estats, voyant la grande surcharge qu'on leur jettoit sus, oultre les dernières ruines du passage des trouppes, et l'entretien de trois régiments qu'on y faict mettre en garnison, et la peste qui nous menasse de tous costés, ont voulu revocquer Testablissement des ordinaires pour se prévaloir du fonds qui y estoit destiné, dont j'ay esté bien marry. Mais noz lettres ne laisront pas d'aller touajours comme elles pourront soubs les précautions du vinaigre tant que le mal durera. M' Guiltard m'a laissé le factum de M' de Thoulouse pour le voir et le luy renvoyer, comme je feray; ce que j'en ay veu est d'importance, et je crois bien que le père Sirmond y a contribué du sien prou de bonnes choses. M' le Beauclerc vous fera part des nouvelles, comme je l'en prie, estant surprins, et ne pouvant vous en escrire autre chose. Vous verrez aux lettres de M*" d'Agut Testât de la santé, qui va mal dans la montagne; nous sdlons mettre pour barrières la Durance et le Verdon et possible surseoir la communication de lieu à autre dans la province aussytost
' La fameuse ordonnance que le garde des sceaux Michel de Marillac fit enregistrer au commencement de Tanni^ 1699.
tlirftIIIEMC «ATIOIALI.
138 LETTRES DE PEIHESC [1629]
que les régiments seront achevez de passer pour estre aux escouttes et voir si ie mal paroistroit en quelque autre lieu ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Depuis l'expédition de la dernière staffetle par laquelle je respondis à Yoz lettres du 3, 5, 9 juillet, celles de la semaine suyvante n estant pas encor arrivées, je vous diray que j ay veu le livre de M' d'Orléans, et particulièrement ce qu'il a voulu escrire contre M*" Rigault, où j'ay trouvé grandement à redire, et si bien sa conception me semble. bonne en ce qu'il estime que le cas de l'absance ou empeschement des prélats se puisse entendre du temps des persécutions, je ne vois pas pourtant qu'on en doibve exclure celuy des navigations en terres. barbares et destituées du christianisme. Vous pouvez voir ce que j'en escripts à M** Rigault, que je plains grandement en cette occasion pour l'inquiétude d'esprit que cette rencontre luy peult avoir apporté; mais ayant la raison de son costé, il ne s'en doibt pas tant mettre en peine, ce me semble. Et crois qu'il fault bien plaindre davantage M' d'Orléans pour le tort qu'il s'est faict à soy mesmes en touts cez discours, qui desrogent sans doubte grandement à tout plein d'autres bonnes pensées qui se trouvent dans ses escripts et observations et desquelles il pouvoit espérer de l'honneur, dont U a grandement diminué la créance et l'authorité, s'estant prins si mal à propos à un tel personage que M^ Rigault, et s'estant voulu opiniastrer à chose si mal compatible avec le sens commun, et faire tant de bruict de chose qui pouvoit au bout du compte passer pour indifférante, puis que, généralement parlant^ la Doctrine du TertuUian n'est poinct approuvée par l'église, ains plus-
' VoL7i7,foL65.
[1629] • AUX FRÈRES DOPUY. 139
tost censurée et condamnée. J attendray avec impatiance la lettre du dict sieur Rigault à Monseigneur le cardinal fiarberin, me promettant qu il ne iaisra pas en traictant cette difficulté de se contenir dans cette modération qui luy est si naturelle et si recommandable et laquelle a tant dadvantage sur toute sorte d'aigreur, quoy qu aulcans ayent peu dire et practiquer au contraire, lesquels ne se sontguieres moings faict de tort à eux mesmes par ce moyen qu à leurs antagonistes. Je luy escripts concernant Finseription d une bague antique trouvée en Arles depuis peu iaqudle j y acheptay en revenant de la cour, et laquelle inscription semble assez curieuse estant conceue en cez termes, + TECLA VIVAT DEO CUM MARITO SEO. et peult avoir esté autres foys Yannuhis pronuhuêy et avoir passé pour orra genialis ^ Il ne fault pas que vous le laissiez en repos qu'il ne m'ait faict responce, et dict son advis sur ce subjeet. Je seray bien aise que vous preniez la patiance de voir ce que je luy en escripts, eneores qu il y ait bien des extravagances et possible des resveries, afin que vous m aydiez à les faire excuser et supporter, aullant que nostre familiarité les peult rendre tollerables, estant d'humeur de ne pas considérer tout ce qui seroit requis, quand il est question de fournir de la matière à cez grands personages d'exercer leur bel esprit, et daller fouiller dans leur grande lecture des choses non communes, pour en arracher des notices auxquelles ils n'auroient pas quelque foys daigné penser, si on ne les avoit chastouillez de la sorte, ce qui m'a autres foys reussy fort à souhaict envers feu M' de la Scale, et autres grands hommes de lettres. M'Saulmaise etM'Grottius en diroient bien aussy de trez bonnes choses s ils vouloient, et possible que M*" Besly, s'il se rencontroit là , à ce retour de la cour, fourniroit quelque observation de la vieille langue Fran-
* Gftssendi semble avoir eu sons les yeax eruditis disserait, oceanone inscriptionis :
le récit de Peime, tant son propre rëeit TECLA VIVAT DEO CUM MARITO SEO.»
ressemble & eehii de son hëros (p. 335):' Voir, dans le Dietiaimairt des muifuités
(rAreiale CQmrediret,. . . aeqoisrvitqoe an- gneques el romamet de M. Edm. Saglîo
nalam qaendani Pronubom, seu Arrbam (fiiseiccdes n et m), 1» articles Afinubu el
genialero, de qua plura per literas cum Arra.
çoise, qui ny seroit pas inutile, comme aussy Mess" Godefroy et du Ghesne, auxquels je vous supplie de faire mes trez humbles recommandations. Je vous envoyay la semaine passée des lettres de M" de Tliou, maintenant vous en aurez une d'un marchand de Marseille qui me donne advis de l'arrivée de ses hardes d'ifigypte saiidvées du naufrage de Messine, lesquelles j'ay envoyé demander, pour voir s'il y aura moyen de saulver encores quelque chosette de la rouille et de la pourriture ; j'en attends des nouvelles à ce soir, mais je ne sçay s'il ne fauldra pas clorre la despesche avant que je les aye. Nous venons d'apprendre par un honneste homme venu de Mompelier que M*" le Cardinal y fit son entrée à cheval en gênerai des armées du Roy ^ trois mareschaulx de France marchants devant en un rang^, puis M' le Duc de Montmorancy, avec M' le Duc d'Uzez' en un autre rang, et aprez eux M*^ le Cardinal seul avec le cappitaine de ses gardes un peu en arrière , et ses vallets de pied , et que M' le Comte , se portant mieux ^^ s'estoit desja acheminé vers Paris, dont tout le monde est grandement aise. On a enfin expédié et exécuté un edict de reunion de la Chambre des comptes de Mompelier avec la Cour des aydes^, ce qui avoit autres foys esté empesché avec tant d'ardeur, et en mesme temps on leur a presanté l'edict d'eslablissement des esleus d'Aix en tout le Languedoc qui est passé nemine discrepante ^. On en avoit auparavant faict
* Bassonipierre ne dit rien de celte pompeuse entrée du cardinal de Richelieu. Il se contente de nous donner (t. IV, p. 55 ) les indications que voici: «rLe mercredy i8* [juillet] nous arrivâmes à Montpellier. . . Le jeudy 1 9"" Monsieur le Cardinal nous festina, puis nous mena vers le jardin des simples du Roy. . . i.
* Ces trois maréchaux étaient Bassompienre, Marillac et Schomberg.
' Emmanuel de Crussol, duc d'Uzès.
* Bassompierre dit (t. IV, p. 55): <rLe vendredy ao"" [juillet] M' de Longoeville arriva qny nous asaeura que M' le Comte estoit hors de danger.?)
^ Citons encore les Afémoires de Bassompierre (t. IV, p. 55) : ffLe samedy ai"" on fit la réunion de la Court des aydes à la Chambre des comptes. 9 Confères la note de féditeur (même page).
* Peiresc était-il mal informé? Bassompierre, qui était sur les lieux, raconte les faits tout différemment (t. IV, p. 56) : <rLe mercredy 95°" [juillet] on apporta le refus que les estats avoint fait de verifiei* fédit des eslus. Monsieur le Cardinal envoya rompre les estats et leur deffendre de se plus assemUer k Tadvenir.»
l'adresse au parlement de Thoulouse où peu s'en fallut qu'il ne passast, car il ne tint qu'à une ou deux voix qui firent la plus grande opposition au reject, Onleur avoit parlé d'une jussion; mais cette voye icy a esté plus briefve. Et l'importance est qu'on nous asseure que cette province ne sera pas plus favorablement traictée, voire que M' de Bullion doibt arriver lundy à Marseille avec M*" d'Aubray, et que M' de Guise les doibt mener icy le mardy suyvant, pour faire le mercredy quelque chbse de semblable. Dieu veuille disposer toutes choses au bien. Vous verrez la coppie d'une lelti*e que je vous prie ne pas laisser voir concernant ce qui s'est passé aux derniers estats, qui a mis le monde en grande consternation. Au reste je vous envoyé touts les cahiers que j'avois de reste du Théophile de M' Fabrot jusques à la fin, que j'avois bien du re* gret de n'avoir envoyé avant mon petit voyage de la cour. Mais j'avois tousjours esté si pressé, que je n'avoîs pas eu le loisir de les chercher. Enfin je les ay retrouvez bien opportunément pour cette occasion, et vouldrions bien que l'imprimeur se résolut d'y mettre la main à bon essiant, et de nous en envoyer bientost la première espreuve. Je vous supplie trez humblement de l'en faire presser, et luy faire cognoistre que je luy en auray de l'obligation, estimant que ce soit tousjours M"^ Vitray \ qui m'a tesmoigné d'avoir tout plein de bonne volonté pour moy, dont je tascheray de me revancher en son endroict quand je le pourray. La maladie ne faict pas du progrez dans la ville de Riez grâces à Dieu, parce que l'ordre y est bien observé, mais dans Digne le ravage y est furieux et cez jours passez ils ont voulu forcer les gardes, en sorte que les villages voisins au son du tocsain coururent au secours, et faillit à y avoir bien du desordre. On faict ce qu'on peult pour se conserver depardeça. Et sur ce je finis demeurant. Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DE Peibesc. • A Aîx^eesamedy 98 juillet 1699.
* Antoine Vitray ou VitrtÇ, un des plus à Paris vers iSgS et mourut dans ceUe ville célèbres imprimeurs du xvn* siècle, naquit en 1674. Absorbe par Tëdition de la Poly-
U2 LETTRES DE PEIRESG [1629]
11 y a dans la bibliothèque du Roy un m[anu]6[crit] de Theodorus Hermopolites^ derrière lequel il y a un petit traicté du dict Theodorus Hermopolites sur le fit. de Reg. Jur. ^. Il n est pas de la contenance de plus d un feuillet ou deux tant seulement. Et je vouidrois bien en avoir coppie, je vous supplie de me la faire faire, et aprez Tavoir faict collationer exactement me la faire tenir s'il vous plaiet le plus tost que vous pourrez, croyant que M' Rigault n y fera pas de la difficulté.
On a en6n veu les articles de la paix d'Alez ^, qui eussent faict un peu plus de mal au cœur à prou de gents, si on n eust veu entrer le Roy dans Nismes et Uzez et desabuser cez pauvres peuples , qui ne seront pas dezhormais si revesches et si portez k suyvre les chefs de faction et de rébellion ^.
XXXU À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Voz despesches du 1 3 et 1 7 de juillet arrivèrent en bon estât mardy dernier, jour fatal à cette pauvre ville, d'aultant que la nuict précédante, la maladie avoit commancé d'y paroistre et jouer son personage^.
glotu de Le Jay, il ne put se charger de rimpression du Théophile. Voir à la suite de la Notice sur la vie de C.-A. Fahrot, par Ch. Giraud, parmi les Pièces justificatives (p. 90i-9o4), une lettre de Vitré à Peireac, du 3 9 juillet i63o, et une lettre de Peiresc à Vitré, du 8 novembre i633.
^ Voir sur cet obscur auteur, oublié dans i a plupart des recueils biographiques et dont Tépoque est incertaine, un assez vague petit article de Fabricius {Bihl grœca, édition Harles, t X, p. 897).
' Ms. grec 1 358, fol. 3&7 et 368 : Oepi
h}t9M9iivtf€ vàiAOv xal W9pl pfn^eov tn)fiaaias, x.t.A. Le manuscrit i358 provient de Tancienne bibliothèque de Fontainebleau. (Communication de H« H. Omont)
' Articles de la grâce que le roi a voulu faire au due de Rohan ef an sieur de SouUse, aux habitants des villes d'Anduze, Sauve, etc. (97 juin).
* Vol. 717, fol. 67.
* Litlré a retrouve cette métaphore dans les Essais de Montaigne, dans la satire xiv de Régnier, et dans plusieurs des grands écrivains du xvn* siècle.
par la mort d^un bon Père trinitaire qui fut suyvie le leudemain de celle de son compagnon, avec lequel il estoit allé chez une femme decedée quelques jours auparavant de la pierre, comme on avoit abu* sivement creu, car ses deux filles furent tost aprez attaintes de la maladie, dont Tune est depuis morte, ensemble un garçon tailleur qui y estoit allé porter un corps picqué ^ A la suitte de quoy il y a eu trois ou quattre autres personnes mortes soudainement, soit deffroy ou de la vraye maladie contagieuse. De sorte que nous voilà en bien piteux estât, ai Dieu n appaise son courroux. Toute la consolation que le pauvre peuple ressentit en son malheur, fut de ce qu il avoit paru, ce leur sembloit, bien opportunément, peu d'heures auparavant l'arrivée de M' le Gouverneur qui s'y en venoit mener M*^ d'Âubray, chargé de l'edit des eslections avec commission à luy et aux sieurs de BuUion et d'Aubray de l'aller faire enregistrer en la Chambre des comptes et Cour des aydes. De quoy M"^ de BuUion s'estoit desja excusé, pour ne contrevenir aux bonnes paroles qu'il avoit données icy, pour l'entretien des privilèges et prérogatives de la province. Comme ils arrivèrent donc à la porte de la ville, et qu'ils fuient accertainez de la vérité du bruict de la dicte maladie, qu'ils avoient desja apprins à quelques lieues d'icy,. ils firent scrupule d'entrer dans la ville, et jugèrent qu'inutilement mesmes ils en feroient i'enregistration, si l'establissement actuel ne pouvoit estre Oûct en mesme temps. Et disnerent au fauxbourg, et puis s'en retournèrent à Marseille, où le dict sieur d'Âubray fut retenu jusques à hier en attendant de se mieux esclaircir du faict de la dicte maladie, et si les ordres qu'cm y mettoit en pourraient arrester le cours et l'estaindre à bon essiant, mais ayant veu les suittes. M' de Guise donna son carrosse et de ses gardes au dict sieur d'Aubray pour le conduh:e jusques hors de la province, et de faict il passa hier à une lieue d'icy et s'en est allé ce jour d'huy coucher à Orgon^. Comme je fusadverty de leur arrivée à la porte, et que iW.le premier presi-
* Un corsage. Je ne retrouve pns Texpression corps piqué dans nos dictionnaires. — • Chérie» de <»nton du département des Bonches-du-Rbône, arrondissement d'Arles, h h% kilomètres de cette vQle.
la LETTRES DE PEIRESC [1629]
dant d'Oppede y estoit allé pour sallûer M' de Guise, je m'y en allay aussy, pour voir ledit sieur d'Aubray, et le voyant en cette resolution de s'en retourner bien tost à Paris, je voulus luy bailler le m[anu]s[crit] du Polybe et caetera que je voulois envoyer tirer de vostre cassette avec vostre coppie du concile, me voyant exclus du moyen de luy faire porter la dicte cassette, comme nous avions arresté dez la première venue icy, que je la luy envoyerois à Tarascon lors qu'il seroit en estât de partir pour Paris. Mais il s'en excusa sur ce qu'il n'avoit pas icy du train, dont je fus bien marry, et luy eusse bien baillé homme pour le suyvre et les porter aprez lui jusques au bout de la province, sans que je craignis qu'il ne fit luy mesme quelque scrupule, sur le mal qui es* toit desja dans la ville. Ce qui me fut une bien grande mortification, et ne fut guiercs moindre le soir ensupant que l'on m'apporta de Marseille le coffre (ou corbeille couverte de cuir) de M"" de Thou, qui n'avoit peu estre tiré plus tost dessoubs les balles de marchandises qui estoient venues par le mesme navire qui l'a apporté de Messine à Marseille* Car oultre le desplaisir que j'ay eu depuis, de voir le daumage que Teau de la mer a faict à la plus part des beaux livres qu'il y a voit mis, ce m'estoit un regret nom pareil de le voir engagé icy entre mes mains, hors d'espérance de m^en pouvoir descharger de longtemps, si Dieu n'a pitié de ce pauvre païs. En quoy j'admiray la fortune de cez pauvres livres d'avoir esté tirez avec tant de peine des mains des barbares qui les possédoient, et puis des ondes de la mer qui les a voient englouttis et retenus dix jours entiers, à ce que m'escript le cappitaine Roubault et autres, et aprez des mains des volleurs (car le dict Roubault asseure qu'on l'avoist destoumé au sortir de l'eau de la mer pensant qu'il eust des choses bien précieuses, et qu'on le surprint entre leurs mains, lorsqu'ils l'a voient desja ouvert et commencé de se le partager) et maintenant de le voir engagé en une ville interdicte de tout commerce pour la maladie et, s'il se peult dire, à la mercy de la maladie et des desordres qui l'accompagnent bien souvent. Mais je faicts estât de me retirer dans la sepmaine prochaine Dieu aydant à Beaugentier, où j'ay desja envoyé toute la famille à l'advance, et y feray
porter ledict coffre quant et moy, pour voir quels moyens le temps nous pourroit fournir de le vous faire tenir aprez les quarantaines accoustumées, si Dieu nous préserve de mal, comme nous Tesperons, à quoy on contribue touts les soings et ordres qui se peuvent humainement apporter. Mais il fault que Dieu les bénisse et fasse reuscir, autrement nous avons beau faire. Ëntr autres choses il est desja sorty plus de 1 5 mille persones de cette ville qui ont prins leur retraicte dans le terroir ^ des villages circon voisins où Ton se contient en quarantaine, pour aprez estre admis dans les dicts lieux. On a mis les mandiants dehors dans des huttes, oik l'on les faict norrir aux despans de la ville au deffault des aumosnes. On loge d'un autre costé les gents de basse condition non mandiants, mais nécessiteux, pareillement dans des huttes, pour les y entretenir de mesmes aux fraiz du public. La peine n'est qu'aux paisans travailleurs, qui sont en grand nombre et qui seroient gents à mettre la ville au pillage, en cas de plus grand malheur, si la vilie se trouvoit destituée des magistrats et gents de créance cappables de les contenir en debvoir. C'est ce principalement qui y re» tient encores la cour, ou du moings la chambre des vacations où je suis de service. Mais je tascheray de m'en faire excuser, non que j'appréhende le mal, mais bien le peu d'obéissance qu'on y trouveroit au bout du compte, oultre que mes inBrmitez et foiblesses ordinaires ne peuvent pas promettre grand -service en telles occurrances où il fault des gents bien robustes. Dieu mercy le mal n'est poinct encores saulté dans nostre cartier de ville, et s'est contenu dans celuy qu'on nomme des Augustins, qui est assez esloigné de nous^, pour encores. Je m'en vay faire enfermer touts mes livres dans une ou deux chambres, et les faire murer à chaux et sable, tandis que l'air n'y es^ poinct infecté, et en retiendray fort peu pour emporter quant et moy, afin d'avoir de quoy m'amuser aux champs. Cependant il ne me manque pas de la
^ Terroir est employé ici dans le sens de publiées par M. Lad. Lalanne, t I, p. &o&. lerriioire. Malherbe s^est servi de la même * Sur le quartier des Augustins, voir Les
expression dans sa traduction du XXXIlIMi- rues [d'Aix^ par Roux Alpherau, t. 1,
vre de Tite-Live. Voir les ŒwBves complètes p. 3âo.