ADVOGAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS, A PARIS
Monsieur, Je viens de recevoir un grand déplaisir, pour ne dire affront de la part de M" de Thou , qui non content d'estre passé si prez de nous sans se laisser voir, a sesjourné quelques jours à Marseille sans me laisser advertir de son arrivée, pour m'oster le moyen de l'aller voir là, comme j'eusse faict, dont je suis si oullré et si mortifié, que je ne sçay par' où commancer les plaintes que je vouldrois bien vous en faire, et que j aurois bien de la peine à retenir. Non que je me doibve présumer de tant que de prétendre^ qu'un personnage de sa sorte se deubt donner de l'incommodité pour un homme si ehetif que moy, car je n ay garde de me mescognoistre jusqu'à ce poinct là. Maïs puis qu'il s'y estoit aulcunement engagé de paroUe, c'estoit une espèce de contract plus obli** gatoire, pour ung seigneur de sa condition, et delà proffession qu'il faict, que s'il eust esté submissionné ^ à toutes les rigueurs de la charnière rigoureuse que nous avions autrefoysen ce paîs icy. Et si les persones n'en valloient pas la peine, possible que le lieu et les choses qui s'y trouvoient des lors eussent peu fournir quelque sup|dement admissible de noz deffaults. Car encores qu'il semble bien désert et de peu de considération, et possible moings encore^, tout ce qu'ilsçauroit produire, ou qu'on y pourroit avoir apporté jusques à présent, si ne crois je pas que M' de Thou ayt trouvé en tous ses voyages, jusques à
^ Forme si raremetit employée qu'on ne poited ef Montaigni^ «vaieM At mèA t pri*
retrouve te présumer de dans aucun des sumer de.
exemples du Dktmnaire de Littré. Deux ' 5ttfcmMtoNit« (pour «mmû)n*a été addes contemporains de Peiresc cités dans le mis dans aucun de nos dictionnaires, mais savant recueil, Corneille et Malherbe, ont on trouve submiuwn dans Malherbe, Cordit : préemner de. Au siède précédent , Des- neille, Vaugelas , ce dernier cité par Bichdet
la mer Rouge, des singularités que je luy eusse peu (aire voir^ et peult estre bien admirer icy. Et oserois je quasi faire une bonne gageure, qu'il n'est pas si peu curieux, que si estant au mont de Sinay, il eust apprins qu'il y eust moyeu de voir de telles raretez à dix lieues pardelà, il n'y eust voulu aller en persone à travers tous les dangers qu'il y couroit bien plus ^ands que ceux de la maladie de Provence. Et pense bien que feu Monsieur le Présidant son père, qui avoit tant prins.de peine pour aller grimper sur les Pyrénées*, ne luy auroit pas facilement par»donné l'obmission de cette recherche, pour en pouvoir parler comme tesmoing occulaire, attendu la grande difficulté qu'il y a bien souvent de s'imaginer les choses telles qu'elles sont, et de les croire si admi^ rablement comme celles sont, sans les afvoir veiies sur les lieux mesmes. De quoy je n'eusse pas voulu m'estre vanté à l'advance, pour les luy faire trouver plus belles quand il les verroit inopinément, en l'estat qu'on m'avoii apporté peu de jours auparavant un Tripos^ d'AppoUon de bronze antique, fraischement desterré, non^ gueres loîng d'icy% et eu Testât que je luy avois fait conserver et apprester une
^ Jaequea-Ai^ostedellipaartooiilëaoïi voyage de Vannée i58a aux Pyrénées dans le livre II de ses Mémoires. Voir la traduction qui en a ^ donnée en tète de Y Histoire iMteenMflf (Londres , 1 734 , in-4% p. 65-66 ).
* Il s'agitN là du fameux trépied trouvé auprès de Fréjus et au sujet duquel on peut voir divers détails dans Gassendi (livre IV, année i63o, p. 356-356). On trouvera plus de détails enoore dans la Di^erUiitum wr un trépied anjliquepar M' de Peirese inséréedans le X' volume des Mémoires de littérature et d'histoire, publiés, de 1726 à 1731, par le père Desmolets. Voici les premières lignes de la dissertation : rrLe Tripos ou Trépié de bronze antique, déterré sur la côte maritime de Proifeaee', en Tan 1699, dans les raines et masures d'un vieil Temple, et tAt après ajqport^an sieur de Pairesc pendant son sé-
jour-d&-Beisgenoy, estasses bien-^onservé pour faire 'Connottre qu'il est de manière grecque , vraisemblablement , et que l'ouvrier qui Ta forgé et élabouré semble y avoir affecte en la structure et aux proportions, ornements eteoriehissameas, certoinespetites particularitez qui en rendent la symmétrie fort gentille, et fort convenable à Tusage auquel telles pièces étoient conununément empl<^ë68 ou- destinées, et h la primiéve origine et introduction d'icelies dans les mystères fatidiques . . . i>
' D'après A.-L. Millin (Biographie miverselk, article Antelmi [Pierre]), ce fut cet archéologue, neveu du savant chanoine Joseph Antelmi , qui donna à Peirese le beau trépied de bronce trouvé anx environs de Fréjus, ville où Tonde et le neveu avaient formé une riehe eoUection d'antiquités.
caverne dans laquelle on venoit de trouver ine$pérement des merveilles de la nature si exquises, qu en touts mes voyages il ne m'estoit poinct arrivé de rien voir de semblable, et dont M' de la Hoguette et M' Gassendy eussent bien mieux faict leur proffict, et tenu plus de compte, que luy n a daigné faire. Car il y avoit des pétrifications nompareilles d'une infinité de différantes espèces de feuilles, trez bien recognoissables, que j ay depuis esté constraint de faire tirer du lieu où elles a voient esté ainsin transformées, pour ne les pas laisser à labandon, ce qui leur a osté une grande partie de la grâce qu'il y eust trouvé. Mais pourtant elles n'en ont pas tant perdu, qu'elles ne se fassent grandement admirer de tous ceux qui les voyent, comme aussy d'aultres sortes de pétrifications maritimes de grand nombre de coquillages tant petits que grands et d'une monstrueuse grandeur, la plus part fort biggearres ' et fort incogneus, et que nostre mer Méditerranée ne produict nullement, et plusieurs aultres, que l'on sçaict asseurement estre touts semblables à aulcuns des plus précieux qui se trouvent au fonds des Indes Orientales, là où se peschent les perles, et non ailleurs. D'où l'on peult tirer de merveilleuses consequances et de bien curieuses notices de plusieurs choses que les anciens n'ont peu cognoistre comme il falloit, et particulièrement Pline et les aultres, quand ils ont voulu descrire les pierres figurées en forme des cornes d'Ammon, et aultres de pareille nature, bien que de fort différantes figures, pour raison de quoy nous avons'bien trouvé icy de quoy enchérir sur tout ce qu'ils en avoient peu descouvrir. Les seuls arbrisseaux et plantes que produisent les lieux plus incuits ^ des collines qui nous environnent seroient cappables de donner de bien agréable divertissement à ceux qui ne vouldroient pas mespriser de voir la gomme de mastic sur nostre lentisque, celle du Styrax, trez odorante et suave, sur un arbrisseau qui faict la fleur comme l'oranger, et la feuille comme le coignier ^, dont la race n'est
' Voir t. I, p. ai 5. mot ineuUe, aucun auteur qui ne soit posté-
' La forme ineult n'est pas donnée dans ie rieur à Peiresc ( Bourdaloue , Féneion , Saint-
Dictionnaire de Littré. Ce recueil ne nous Évremond, Voltaire).
offre, du reste, parmi les exemples, sous le ' Gâtait autrefois le nom du cognassier.
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espendûe quicy, et à une lieiie aux environs tant seulement. Oullre une infinité daultres singularitez en matière de plantes, que nous fournit ce petit terroir, et la colline d'Anis qui nous est limitrophe, où les plus curieux arboristes^ trouvent plus de choses exquises qu'en tout le reste de la Province, et possible du Royaulme. Que si cez choses sont communément négligées, elles n'en vallent^ pourtant pas moings parmy ceux qui les sçavent prixser, comme les pierres précieuses, et semble qu'il nous doive estre loisible de nous en vanter maintenant, plus que nous n'eussions faict, si on n'eust pas tenu si peu de compte de nous et de noz hermitages, afin que cette petite jactance, avec un peu de reproche, nous vange aulcunement de l'injure qu'on nous a (aicte, et que si une aultre foys l'envie prenoit à M' de Thou de n'en passer pas loing (comme il nous en menasse, bien que possible en se mocquant), il voye qu'il y avoit de quoy attirer un curieux, et que toute la peine n'eust pas esté perdue pour luy, et pour ceux de sa compagnie, qui n'estoient possible pas si desgaustez qu'ils n'y eussent patiemment sesjourné quelque peu. Et hors de tout cela encores avois je emporté quant et moy sortant d'Aix, bien qu'en desordre, et comme d'une espèce d'incendie et de naufrage, sinon un Palladium, au moings quelque petite layette, remplie d'autres petites curiositez et galanteries cappablés de donner quelque heure d'agréable amusement à ceux qui n'ont pas en horreur les merveilles de la nature, et les vénérables reliques de l'antiquité. Quand mesmes nous n'aurions faict que visiter et examiner ensemble les raretez de son coffre d'^Egypte, que nous eussions faict revenir de la purification de Tollon, et ce que j'en avois retenu par devers moy, il y eust bien eu de bonnes heures de passe temps, qui ne luy eusse pas esté, je m'asseure, si dezagreable. Mais ne pou-
On trouve coigner dans les auteurs du toutes les éditions données par La Fontaine
XVI* siècle, notamment dans Olivier de lui-même , et que c'était le titre pris par Ves-
Serres. Le Dictionnaire de Trévoux indique pasien Robin, (rarboristeduroi Louis XIIIi.
les trois formes : eoignassier, ou cognasner, Il ajoute que cette forme ancienne rejetée
ou eognier, par Tusage est conservée encore parmi te
^ Littré rappelle (fxarhoriate figure dans peuple.