II
IMPRlMSHIt XATIONAtt.
vant exercer ma vengeance sur aultre chose, puis que je n'en tiens plus que cela , je crains qu'il fauldra que j y passe ma fantaisie tout à faict, et que je les garde plus que je n'eusse faict. Car si je les luy eusse laschées en mesme temps que je luy en aurois peu desduire mes conjectures et resveries, que j'aurois peine de coucher par escript aussy librement comme je les luy eusse dictes.
Sans cette mortification qui m'a esté si sensible, ma joye eust bien esté plus grande, au bruict de la promotion des cardinaulx, où certainement j ay esté grandement aise de voir comprinsM^"' Bagny \ à qui j en escripts un mot de felicitation, et Mp^*" de Lyon ^, à qui j'en escripts pareillement, mais pour celuy cy j'en faicts l'adresse à M'Gassendy, qui est familier chez luy *. Vous rendrez , s'il vous plaict , celle de M«"*^ Bagny, et y ferez, je vous supplie, les suppléments de mes deffectuositez, car j'estois en assez mauvaise humeur pour rendre cez compliments bien à mon gré, et avois le cœur si gros, que vous voyez comme je me suis laissé transporter jusques à vanter mes coquilles*, ce qui ne m'est guieres ordinaire, et que je vous supplie pardonner en moy, encores que je ne l'eusse pas mérité, à la charge que ce sera sans consequance, et que je ne vous rompray pas dezhormais la teste de pareilles importunitez, si je puis, commançant à recognoistre que j'ay possible abusé de vostre patiance. Mais j'espère pourtant que vous m'en excuserez, et implore, si
^ Comme nous TavioDs déjà rtimarqaë dans une note du tome I ( p. 6 1 a ) , Jaaa-Frai^ çois Bagni (on a toujoucs écrit en Italie ce nom sans y, comme m'en avertit un bien savant et bien aimable bibliophile de Rome, M. le marquis Gaetano Ferrajoli), ne devint pas cardinal en 1637, mais seulement en 1639. L'erreur esta corriger dans une foule de livres.
^ Alphoose-Louis du Pleasts-Richelieu, dont il a élé et dont il sera encore si souvent question en toute cette correspondance. Le firèredupremier ministre reçutla barrette delà main du roi dans la chapelle du Louvre le 7 jan*
vieri63o. Le nonce Bagni reçut la barrette le même jour et il dba avec Louis XIII.
' Voir, sur les excellentes relations du cardinal de Lyon avec Gassendi, les Documents inédùg de 1877 déjà plusieurs fois mentionnes (p. ai, a 4).
^ Si Peiresc parle ici au figuré, je constaterai que Texpression dont il se sert n'est pas donnée par nos dictionnaires, où Ion trouve seulement bien vendre ses coquilles, faire valoir ses eotpdUss, etc. Mais peut^tre Peiresc par coquHles entend-il tout simplement les pétrifications qu'il regrette tant de n'avoir pu faire admirer à F.-A. de Thou.
jugez que besoing soit, la secourable intercession de W de la Hogoette, qui vouldroit bien avoir veu, je m'asseure, cez métamorphoses, car laspect du lieu peult grandement ayder à comprendre les voyes que la nature a tenues pour y parvenir, et qui se concevroient beaucoup plus difficilement, quand on ne verroit que les seulles pétrifications arrachées de leur assiette et fragmentées. Je n'en sçavois pas tant, lorsqu'il nous fit l'honneur de nous venir voir, comme nostre presant sesjour nous en a faict descouvrir, car je l'y eusse ammené , ou faict conduire, si je n'eusse peu marcher pour lors, bien asseuré qu'il n'y eust pas plaint son temps ne sa peine, quelque presse qu'il eust de retourner en cour. Salluez le, je vous supplie, de ma part quand vous le verrez, ou que vous luy escrirez. Si je puis me donner la patiance de rédiger un peu de relation de cez pétrifications et coquillages, je la feray volontiers pour l'amour de luy, et la vous adresseray, comme je faicts celle que vous trouverez cy joincte de ce trepié ^ à la charge, s'il vous plaict, qu'elle
* Le père Desmolets, dans V Avertissement de ]a Dissertation de Peiresc , dit ceci : rr La trop vaste érudition de M. de Peiresc faisoit qu'il ne finissoit aucun ouvrage, et qu'il n'ëtoit jamais content de ce qu'il avoit écrit sur les matières qui se présenrtoient; aussi n'a-t-il jamais rien fait imprimer: mais l'estime que les sçavans faisoient de tout ce qu'il écrivoit, en multiplioit les copies. C'est ce qui est arrivé h la dissertation que je publie aujourd*huy, dont je suis redevable au R. P. Oudin, de la Compagnie de Jésus, connu dans la république des lettres par son éloquence et son profond sçavoir; car il me marque qu'il en a trouvé plusieurs copies manuscrites dans la seule ville de Dijon. Spon en avoit eu communication; il avoue lui-même à h fin de son traité de Tripodibui qu'il Ta presque tout tiré de la dissertation de M. de Peiresc. Le sçavant Père du Moulinet, chanoine régulier et bibliothéquaire de Sainte-Geneviève, semble insinuer dans
la description du cabinet de cette abbaye, où ce trépied est conservé, que l'original de cette dissertation se trouve dans un volume manuscrit des ouvrages de M. de Peiresc , qui est à la bibliothèque du Roy. La maladie et la mort de M. Boivin, garde des manuscrits de cette bibliothèque, universellement regretté de tous les sçavans, à qui il n'étoit pas moins cher pour sa politesse que pour sa profonde énidition, m'ont empêché de pouvoir éclaircir ce fait, et de conférer ma copie avec l'original. J'nurois fait graver la figure du trépied dont M. de Peiresc a fait la description , si elle eût été nécessaire pour l'intelligence de la pièce. Ceux qui souhaiteront l'avoir devant leurs yeux en la lisant , peuvent avoir recours à la planche 53 du second tome de Y Antiquité expliquée, etc. , du R. P. de Montfaucon, ou à la dissertation de Spon de Trtpodibus, ou enfin h la description du Cabinet deS^'-Geneviève par le R. P. du Moulinet, où se trouve l'empreinte de ce trépied, d
212 LETTRES DE PEIRESG [1629]
ne sorte poinct de voz mains, et que vous ne la monstriez poinct qu'aux amys plus conûdants, et qui peuvent mieux excuser mes sottises, et vous m'obligeriez encores plus de ne la monstrer qu à M*" de Thou seulement, pour flatter ma petite vengeance, et de vous en servir seulement, pour enquerre ^ sur les chefs que vous jugeriez plus à propos Mess" de Saul niaise, Riga ult, Grottius, Gassendi et, en un besoing, M'Bignon. Mais pour le dessein vous en pourrez faire ce que bon vous semblera, car il suffira pour fournir de la matière aux curieux qui en vouldront discourir. Au reste je me fie tant de mon bon droict, et me tiens si asseuré d'avoir mis M' de Thou en son tort, que je me promets que vous serez de mon costé contre luy, et que vous m'ayderez à luy faire de justes reproches qui peuvent escheoir, à cette précipitation non forcée, ne si absolument nécessaire, comme on nous a voulu faire accroire, et comme nous eussions creu volontiers en toute aultre occasion que celle cy, quand il ne tiendroit qu'à cela pour faire plaisir à un amy qui ne touchast pas daffection et vénération si estroite comme luy nous touchoit. Il en fera un jour la réparation, s'il luy plaict, et voulust il ou non je ne laisray pas d'estre son serviteur mddito gratiss"* (comme on dict au païs d'oiSi il vient) et qui cède tous ses propres interests à ceux de son patron, comme je luy cède les miens de bon cœur, hors de cette liberté françoise de m'en plaindre, jusques à tant qu'il y ayt apporté quelque sorte de satisfaction, laquelle attendant je finiray par mes supplications qu'il vous plaise pardonner mes foiblesses et maladies d'esprit et de corps, et me tenir tousjours, Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peibesg.
A Boysgency, ce i5 décembre 1629.
Je ne sçaurois maintenant escrire à M' du Puy vostre frère comme
^ Enquérit est I ancien infinitif que noud disons enquérir, comme le rappelle Littré, qui renvoie à l'historique de ce dernier mot.
j*eusse désiré, me trouvant tout destraqué S mais ce sera par le premier, Cependant il trouvera icy mes trez humbles recommandations, et me fera, s'il luy piaict, la faveur d'avoir soing de faire tenir le pacquet à M' Rubens promtement par quelque voye bien asseurée, s'il est possible, d'amy, de crainte que par la poste la voicture^ n'en fust de trop grand prix, qui diminuast la grâce des desseins du Tripos dont je luy envoyé un duplicata , et ceux de l'anneau de Tecla ^, et aultres bagatelles qui ne méritent pas d'estre payées si chèrement que la poste les feroit payer, si ce n'est qu'il peut aller soubs l'envelope de cet aniy qu'il avoit au faulxbourg S^ Michel. Je luy recommande encores les aultres lettres pour les amys, et particulièrement celles de Lorraine, et le supplie et vous aussy d'excuser l'excez de mes importunitez^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, Je vous avois cy devant accusé la réception de toutes voz despesches jusques au a octobre inclusivement et puis avois demeuré longtemps sans en recevoir aulcunes, quand l'homme que M' d'Agut avoit envoyé exprez à Lyon rompit la glace*, et m'en rapporta une du 19 novembre toute pucelle ® sans estre passée au vinaigre , laquelle fut bientost suyvie de cinq autres, du 9, 16, 28, 3 o octobre et 6 novembre qui vindrent quasi en mesme temps bien que par diverses voyes, les unes du costé de Marseille, les aultres du costé de Sallon, et les deux
* Littrë n'a cite, sous ieiDotieirraftfar^qm» partie de X Appendice y u** IV, une lettre de deux écrivains postérieurs, M"' de Sëvigné Christophe Dupuy a Peiresc écrite de Rouie et Voltaire. le 1" janvier i63o.
* G'est-h-dire le transport. * Voir ci-dessus, lettre 1, p. 3, note a.
* Voir ci-dessus, lettre XX XL * Le mot s'employait alors communé-
* Vol. 717, fol. 93. Voir à la seconde nient à la place du mot vierge.
plus vieilles, et neantmoings les plus tardives, du costé d*Aix, où elles m'estoient allé chercher à contre temps, lesquelles furent suyvies de prez de deux aultres du 6 et 18 décembre, venues pareillement Tune par Marseille et Taultre par Sallon, avec lesquelles nous eusmes de si beaux livres et si curieux papiers, et si bonne part des nouvelles du monde, quil nous sembla, aprez une longue absence, estre tout d'un coup retournez au milieu du Louvre, et de l'académie S bien quen effect nous en fussions si esloignez, et quasi confinez au milieu d'un désert. Ce qui estoit merveilleusement doulx en Testât que nous nous trouvions, et d'une merveilleuse consolation, comme vous l'avez trez bien preveu, et dont nous avions bon besoing dans ce qui nous reste des objects de la maladie, laquelle ne se peult encores desraciner de nostre ville, bien qu'elle soit sur le déclin, ce semble, depuis quelques jours, mais principalement dans le crevé cœur que nous avoit laissé M' de Thou, par son passage précipité, sans avoir voulu souffrir que nous fussions advertis de son arrivée à Marseille, craintte que nous ne l'allassions visiter jusques là, comme nous eussions faict sans double, ce qui est bien loing de la mesure et de l'aulne à laquelle vous le mesuriez par vos dictes lettres, quand vous nous donniez advis de la routte qu'il vouloit prendre par icy, et que le mal y seroit bien grand s'il Tempeschoit de nous venir voir jusques en nostre Hermitage, où il eust possible trouvé quelque chose de plus que ce qu'il pensoit et dont le regret qu'il en pourroit concevoir quelque jour, me vangera, s'il plaict à Dieu, du tort et du mauvais traiclement qu'il nous a faict en se desrobant de la sorte. Estimant qu'il en a desja eu quelques remors de consciance, quelle mine qu'il tienne, à ce que je puis comprendre d'une lettre qu'il escrivit de Lyon à Marseille au sieur de Gastines, où il advouoit d'avoir bien paty par les chemins de Marseille à Lyon, et de n'avoir peu esviter un bien fascheux object^ des cabanes et maladeries des pestiferez en plusieurs lieux, ce qu'il n'eust pas trouvé,
' N'oublions pas que ce mot désigne toujours le cabinet des frères Dupuy. — * Dans le sens d'aspect.
s'il eust prins le destour de quelques lieues qu il y avoit de Marseille icy, par un ehemin fort net, et fort esloigné des lieux infectez, qui le pou* voit mener d'icy h Lyon par Sisteron, toiisjours fort loing de tout soubçon de maladie, mais nous nen vallions pas la peine, et tousjours faut il que je luy demeure bien redevable des recommandations qu'il m'a faict faire par le dict sieur de Gastines, et du soing qu'il avoit eu de me faire advertir par luy, qu'il avoit recogneu à la poste de Lyon un pacquet pour moy venant de vostre main, qui estoit, je m'asseure, celuy du A décembre puis que luy escript du xi"®. Cette satisfaction est neantmoings bien petite eu esgard à la gravité du coup que nous avions receu de sa part, dont il n'est pas encores quitte, et ne m'est pas encor eschappé pour tout cela. Et si vous vous joignez à moy, comme je Tespere, puis que vostre parolle y estoit engagée comme la sienne, je le mettray à la raison lorsqu'il y pensera le moings, et luy feray advoiler son tort voulust il ou non devant tous les juges qu'il sçauroit choisir, s'il me laisse former ma juste plainte, dont j'ay grande peine de me taisre, encores que j'aye desja bien deschargé mon coeur tant eu celle que je luy escrivis à la chaude cez jours passez qu'ià celle que je fis à W du Puy, vostre frère, laquelle commancera de me vanger de luy, quoy qu'il puisse faire ou dire au contraire.
Or pour revenir à voz despesches, il y a bien à déplorer le desordre des postes, qui les a faict venir si tard et parfoys assez mal adressées, principalement ces deux de plus vieille datte qui m'allerent chercher encor à Aix bien à contre temps. Vray est que je pense que cela avoit esté artificieusemenl affecté, à cause que celle du 16°*® octobre fut ouverte à l'entrée de la Province, et quelques lettres retenues, mais non pas de ce qui estoit soubs vostre enveloppe, ains quelques aultres qui y estoient joinctes, dont j'ay bien faict du bruict, car j'en a vois eu le vent; enfin la vostre fut jettée dans Aix, et rendue miraculeusement à mon relieur^ qui est demeuré chez nous en bonne santé jusques icy grâces à Dieu , lequel avec prou peine trouva moyen de la faire ressortir
' Corbenin, comme aoas l'avons déjà va plus haut, leUre lil, p. 9.
et me la faire retomber en main, quoyque par la seconde rigueur du vinaigre, ayant retenu seulement les opuscules du P. SirmondS crainte que le second vinaigre ne lachevast de gaster, car il avoit eu peine, en la relavant, de le remettre en estât de porter une honneste relieure, à laquelle il se voulut amuser pendant son loisir, mais il abandonna la comédie des comédies^ dont je ne fus pas marry, car le vinaigre où elle fut trempée un cahier aprez laultre n'empescha que je n'y aye prins un entretien des plus plaisants que j'eusse eu de longtemps; certainement l'autheur primitif de toutes cez conceptions avoit de si mal tollerables jactances* qu'il meritoit de trouver une chausseure à son poinct aussy juste que celle la, et aussy bien convenable*.
Le livre de motu cordis et l'aultre qui y- estoit joinct de cette prodigieuse grossesse furent bien du goust de M' Noel^ qui s'est retiré en ce lieu cy à la sortie d'Aix, aprez une exacte quarantaine, lequel se sent bien redevable de l'honneur de vostre souvenir, et vous supplie de le tenir pour vostre serviteur et de tous les vostres. Pour moy je n'ày pas encores peu lire cez libvres depuis leur arrivée, mais à ce peu que j'en ay veu de l'Anglois^, je le trouve bien agréable, et plains grandement le decez d'un cirurgien anatomiste d'Aix nommé Payen que la maladie a frappé si souvent qu'enfin il luy en a cousté la vie, car M** Gas-
^ Opuseula dogmatica veterum quinque scriptarum, qui ante atmos st. ce. claruerunl (Paris, Sëb. Cramoisy, i63o, in-8").
* La Comédie des Comédies, traduitte de l'italien en langue de l'orateur fran cois , par L. S. D. P. [fe «ieup Du Peschier], Paris, i6a9, in-8\ Le nom de Du Peschier avait ëtë pris par Renë de Barry, qui , selon Sorel {Bibliothèque françoise, 1667, p. laô), était un gentilhomme auvergnat. Celte pièce eut beaucoup de succès; il s'en fit coup sur coup quatre éditions. De nos jours, elle a été réimprimée dans Y Ancien théâtre français, t. IX, p. a6i {Bibliothèque eltémrienne).
^ Cet auteur si malmené par Peiresc est Balzac. La Comédie des Comédies, dont on chercherait en vain Toriginal italien, comme nous en avertit Quérard ( Les supercheries littéraires dévoilées, t. I, p. 71^), est un centon des passages les plus ampoulés de Balzac, dont on fait ressortir le ridicule.
* Littré ne cite aucune autorité au sujet de la locution figurée : trouver chaussure d son point, ou à son pied.
* Le docteur déjà mentionné précédemment.
* C'est-à-dire de William Harvey dont il a été fait mention plus haut, lettre XXXIIL
sendy vous dira une curieuse observation qu'il avoit faicte au coeur, dont Tautheur de ce livre eut eu grand besoing^ et euat bien eu de quoy s'exercer. Je n'ay pas non plus considéré comme il fault les cahiers du chancellier Baccon, qui méritent de l'attention, et de plus grands remerciments que je n'en sçaurois faire à M' de la Hoguette^ et à vous aussy de la peine, vous suppliant de les luy faire de ma part à la première veûe, et l'assurer que je suis tout à luy. Le Mercurius Gallobelgicus nous apprend encores des particularitez d'Allemagne que nous n'eussions pas sceiies sans luy, et au catalogue de la foire, il n'y sçauroit jamais si peu avoir, qu'il n'y faille donner un coup d'oeil. C'est pourquoy ce nous est tousjours de l'obligation qu'il vous ayt pieu nous en faire part, et de cette action de Filesac ^, ou nous avons encores veu des particularitez de sa fabrique lesquelles nous ignorions, comme aussy des vers du sieur Grammont*, où nous apprismes la promotion de M' de Champigny^ qui n'estoit pas encore veniie jusques à nous plus tost. Je luy escripts un mot de felicitation en suitle de l'honneur que me faisoit aultre foys ce bon homme de me tenir pour son serviteur^. Mais je l'ay adressé à M*" Gassendy à cause de la parenté de M' L'Huillier, et des offres qu'il m'avoit faict faire auprez de luy. Mais surtout
' Rappelons que louvrage de W. Harvey est intitule : Exercitatio anatomica de motu cordis,
* Voir dans les Lettres inédites de Fortin de la Hoguetle (la Rochelle, 1888, grand in-8*) divers passages relatifs aux manuscrits du chancelier Bacon communiques à Peiresc.
* Jean Filesac, docteur en théologie, le 9 avril 1890, mourut è Paris, sa ville natale, le 97 mai i638, doyen de la faculté de théologie. Il avait été professeur au collège de la Marche, curé de Saint-Jean-en- Grève et recteur de rUniversilé. Voir la liste de ses ouvrages dans la Table des autewrs (tome V de la Bibliothèque historique de France, p. &17).
^ Je suppose qu'il s'agit là de 1 écrivain
provençal Scipion de Gramont, sieur de Saint-Germain , secrétaire de la Chambre du roi, sur lequel on peut voir un article du Moréri de 1759, où est complété, surtout au point de vue bibliographique, et surtout à laide des Remarques de Vabbé L.-J. le Clerc , Tarticle Gramont du Dictionnaire critique de Bayle.
^ Jean Bochart, seigneur de Charopigny, premier président au parlement de Paris.
^ On a, dans le registre lit des minutes à Garpentra8(fol. 56), une lettre de Peiresc «^ frM. de Cliampigny h Paris» du 20 janvier i63o. C'est celle dont il est ici question. Deux autres lettres (ibid,, fol. 55) sont datées d'Aix (98 décembre 1619 et 93 février 1 6 1 3).
laPftlMtRIl lATIOXALK.
ay je prins un plaisir nompareil à ce traicté de M*" de Kohan, sur le subject duquel je vous envoyé un certain advis d'un Espagnol qui présuppose je ne sçay quoy de ce costé là. C'est le dict sieur Noël qui me Ta baillé, et tel qu'il est à faulte de rien de meilleur il fauldra que vous le preniez en gré. La lettre de M' Gevartius^ qui estoit en la mesme despesche est un peu ternie du vinaigre réitéré, dont j'ay esté bien niarry pour l'amour de vous et de luy mesmes, tout ce qui vient de sa part méritant d'eslre chèrement conservé, mais j'ay creu que vous l'aymeriez encores mieux recouvrer en Testât qu'elle est que par la coppie que j'en ay retenue, ayant regretté la perte de tant de genls de lettres dont il y a cotté le decez, et particulièrement du pauvre Rosweidus^, qu'il n'eust préalablement donné au public cez bons autheurs, et grands recueils des vies de Saincts qu'il prometloit'. Mais je crois que cet Hugonius* est encores plus à plaindre, car il y avoit du plaisir à lisre ce siège de Breda ^ et aultres opuscules qui èstoient sorlys de ses mains ^. Je ne plaignois que de le voir attaché à l'Espagne ^ au lieu que j'eusse désiré qu'il eust employé une si gentile plume pour la France. Je verray bien volontiers ce qu'on promet de luy la foire pro-
*■ Voir, sur 1.-6. Gevaerls, le tome I, p. i3.
^ Heriberl Rosweide, ii^ èi Utrecht en 1669, entra dans la compagnie de Jésns en 1 589 , professa la philosophie et la théologie h Douai et h Anvei's , et mourut dans cette dernière ville le 5 octobre 1629. Voir la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, t. lII,in-fol.,cal. 360-368.
' On sait que le P. Rosweide, qui avait publie en 1607 * ^^^^ Sanciorum quorum vitœ in Belgicis bihiiolhecis manuseriplœ asservantur (1607, in-8*), fut, en quelque sorte, le premier des Bollandistes, car ce fut lui qui forma le plan des Acta satictorum tel que devaient le suivre Bollandus et ses continuateurs.
* Hennan Hugo, né h Bruxelles en 1 588,
entra dans la compagnie de Jésus en 1 6o5 , fut professeur d'humanités à Anvers , préfet des études h Biiixellcs, devint Taumônier du général Ambroise Spinola et mourut de la peste, le 10 septembre 1629, dans le camp de l'armée espagnole, à Khinberg.
* Obsidio Bredana armis Pkilippi IV :
Auspieiis Isabellœ ductu Ambr, Spitwlœ per-
fecta (Anvers, imprimerie Plantin, 1639, in-fol.).
* Voir la liste de ces autres opuscules dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus , t. Il, col. 300-293.
' Le P. H. Hugo avait suivi en Espagne le duc d'Aschot, qui l'avait nommé son confesseur. Attaché ensuite comme aumônier à Spinola, il le suivit dans toutes ses expéditions militaires.
chaine De niilitia equestri anliqua et nova ^ Ëncores faut-il regretter le pauvre bonhomme BertiusSet sa géographie chrestienne, bien que le tout soit coinprins dans les desseings de M^ Holstenius qui s en pourra bien mieux acquitter, mais tousjours son édition n eust point esté inutile, et eust possible faict hasler celle de M' Holstenius, induisant ses patrons à la luy faire mettre au jour plus tost. La harangue de M' de Léon ' et la relation de M*^ des Hayes* m'ont esté bien agréables, pour voir Testât des affaires courantes parmy cez sortes de gents dont ils parlent, et Tedict des maisons régulières est bien notable de la main d'où il vient; il fauldra voir ce règlement du conseil dont on faict feste, et s'il pourra estre mieux observé que les précédants. J'ay esté bien aise d'apprendre que M"* Deodati se porte bien et soit prez de vons; s'il y est encores à l'arrivée de la présente, vous m'obligerez de l'asseurer de mon humble service et de l'obligation que je luy ay d'un exemplaire de sa dernière édition du concile ^, qu'il a dict me vouloir despartir. Mais j'ay esté tout transporté de joye à la nouvelle de l'arrivée du sieur Samuel Petit de par delà, à cauâe de la grande peine où j'avois esté de luy pendant les bruicts qui couroient de la maladie de Nismes, où l'on m'avoit donné de grands ombrages qu'il ne luy fust mesadvenu, ce qui m'avoit grandement r'engregé la douleur que me donnoient les maux de noz quartiers. Je loue Dieu de le voir eschappé, et luy souhaicte aultant de santé, de repos d'esprit et de contentement qu'à moy mesraes. Ayant prins un singulier plaisir d'entendre le goust que vous ont donné les eschantillons qu'il vous a mis en main de son Plante, qu'il faut luy faire donner au public®, et moyenner de luy faire re-
* De mlitia equestri antiqua et nova ad ' Sur Charles Bnilarl, prieur de Lëon, Begem PhUippwn IV Ubriqumque (Anvers, voir t. I, p. à.
i63o, in-fol.). On possédait déjà de cet ou- * Sur le voyageur Des Hayes, baron de
vrage une édition qui avait été faite ^a- Cormenin, voir 1. 1, p. Sag-SSo.
lement in*folio à Bruxelles en i6a8. ^ Il s'agit de T histoire du Concile de
* Rappelons que Pierre Bertius ëtait Trente par Paoio Sarpi.
mort le 3 octobre lOag, âgé de soixante- ^ Le Plante de Samuel Petit ne devait
quatre ans. jamais voir le jour.
mettre les plumetifs^ de feu Passerat^ qui estoieni ez mains du feu libraire Morel^, car il en retirera sans doubte ce que d'aultres ne sçauroient deschiffrer, sçaichant comme il sçaict par coeur, s'il fault ainsin dire, le fonds de cet aulheur. Je suis bien fasché que l'homme quil m'envoyoit ne peult passer, car il m'eust osté d'une grande peine où j'ay esté jusques à présent, et mes lettres eussent peu arriver plus à temps pour ce qui est de la cour, dont je crains bien Tesloignement de Paris plustost qu'il ne fauldroit pour luy. Mais à tout hazard je ne laisse pas de luy en envoyer quelques unes, bien que là où vous estes, il ne m'appartienne pas de m'en raesler, veu la commodité que vous avez dans l'académie, sans bouger de chez vous, de luy procurer toute sorte d'entrée et de favorable accueil partout où il voudra s'introduire, comme je m'asseure que vous aurez desja faict. J'escripts entr'aultres à M^ le cardinal Bagny qui m'en demandoit des nouvelles i et le verra fort volontiers^. Il fauldrà que vous le luy meniez un jour si faict na esté, et que luy fassiez trouver bon de le faire quand on l'en vouldroit divertir. Car il luy importe plus qu'il ne pense de faire ce coup là, dont il n'aura jamais de subject de s'en repentir. Ce que vous m'escrivez de cetlç promotion et de l'applaudissement avec quoy elle a esté receûe en cour m'a esté fort agréable. On en escript aullant de Rome,
* Gesl-à-dire les brouillons, les notes. On sait que le mot plumetif (aujourd'hui plumitif) dësigrait le papier sur lequel on écrivait les notes d'audience destinées h préparer le jugement définitif.
* Empruntant ime note au fascicule XIV des Correspondants de Peiresc {Samuel Petit, p. 60), je redirai : frJean Passerat, né h Troycs en i534, mort à Paris en 1602, est trop célèbre à la fois comme poète, comme érudit, comme professeur, pour que je ne me contente pas de saluer, en passant, sa triple renommée, n
' Dans la lettre de S. Petit a Peiresc à laquelle se rattache la noie que je viens
de citer, lettre datée du a 8 septembre i63^, on lit ceci : «r... avant lequel [retour] je me seray entretenu. Dieu aydant, avec M' Morel , qui est maintenant à Francfort, touchant le Plaute de Passerat».
Le Morel nommé en cette phrase était Charles Morel, imprimeur du roi, fils de Claude, aussi imprimeur du roi, et pelitiils de Frériéric, qui fut également imprimeur du roi. Voir sur cette dynastie d'imprimeurs le tome I, p. 117.
* Sur les relations de Samuel Petit avec le cardinal Bagni , voir le fascicule XIV des Conrespotidants de Peiresc, p. 20, ai, Sa, 36, etc.
et si! peult vivre, j estime que son mérite est pour le porter au suprême degré d'honneur, où sont portez les gents de son mérite et de ia condition où ii est parvenu. Celle de M' nostre Archevesque m*est bien aussy venue à souhaict; je ne suis marry que de ce qu'il quitte nostre pauvre église, laquelle s'en seroit bien ressentie s'il y eust demeuré un peu davantage. Mais ce qui diminue bien nostre joye est de voir que la maladie nous descrie, en sorte qu'il ne fault pas espérer qu'ils veuillent passer en ce païs en prenant la routte de Rome l'un et l'aultre où je crois bien qu'ils ne tarderont pas d'aller et que cela nous ostera les moyens de les voir en passant de pardeça, comme nous en eussions faict sans doubte.
Pour le surplus de voz lettres, ce n'est pas là seulement qu'il se parle des miracles du cardinal de Berule*; on luy a faict et rendu des vœux à Aix, bien que sans l'ozer nommer ne divulguer, dont il se prépare des verbaux d'importance, mais que la maladie présente, qui s'estoit jettée dans l'oratoire, soit hors de la ville, comme elle n'est plus en cette maison là.
Puis que l'édition des œuvres de feu M' de Malherbe est si preste de sortir au jour^, j'estime qu'il sera bon de l'attendre, car aussy crois-je bien qu'elle ne tardera pas d'estre debittée, et possible nous espargnera elle de la peine de bailler des pièces recueillies de longue main, que l'on aura possible eues de pardelà meilleures ou retouchées par l'autheur, et nous serons plus asseurez de ce que nous pourrons fournir de nouveau s'il y a rien qui le vaille. Je suis bien aise que Wostreman ^
* Pierre de Bënille ëtait mort subitement , ' Lucaft-Émile Vorsterman , ne h Hommes en disant la messe, le 90 octobre 1699. ( Pays-Bas) en 1 5 96, inscrit sur les registres Plusieurs le regardèrent comme un saint. des bourgeois d'Anvers le a8 août 1620 ,
* Les poésies de Tami de Peiresc, qui cultiva Fart de la gravure sons la direction n*avaient point été réunies de son vivant, pa- de Rubens et devint l'un des principaux inrurent pour la première fois en 1 63o , in-4', terprètes de l'œuvre de l'illustre maître ; la sous ce titre : Les Œuvres de messire Fran^ Descente de croix, la Bataille des Amazones, pois de Malherbe (Paris, Ch. Ghappelain). Suzanne, etc., sont des œu\T08 de premier Cette édition fut donnée par le cousin du ordi*e. Il grava pour Rubens les deux capoète, poète lui-même, Fr. Arbaud, sieur mées à peu pi-ès découverts par Peiresc, de Porchère^. celui de la Sainte-Cbapelle et celui de Vienne.
se soit trouvé là pour tailler son portraict ^ et vouidrois bien que Gramoisy luy eust faict tailler celuy de feu MP le garde des sceaux du Vair^, ne doubtant pas aussy qu'il n'en fasse daultres éditions, où il seroit bien employé. Je serois bien aise de sçavoir ce que coustent de telles planches, et crois que M"* TEvesque de Lisieux^ qui a l'original du dernier portraict qui en fut faict de la main de Porbus ^, ne refuseroit pas de le prester à si bonne occasion. Pour les images qu'il tient en vente, vous m'avez faict plaisir singulier d'achepter cez beaux portraicte d'hommes illustres. Mais pour ce qui est des desseins de M' Bubens, où il va tant d'argent, il n'y a poinct de mal d'avoir différé à un aultre temps, qu'il fauldra faire le recueil bien entier et bien assorty, pour le mettre en libvre. Je vouidrois qu'il luy eust prins fantaisie de graver comme cela les tableaux du dict sieur Rubens de la Galerie de la Royne mère. Les desseins primitifs que M' de S* Ambroise^ a par devers luy vièndroient bien à propos à cela, et la Royne en feroit, je m'asseure, la despence plus volontiers que l'on ne pourroit penser. En la dernière
Vorsterman habita quelque temps l'Angleterre et la France. De retour à Anvers en i63i, il y mourut en 1667. Voir sur ce grand artiste ie Pierre-Paul Rubens de M. Ruelens, 1877, p. 87-98.
^ M. Ludovic Latanne a publie dans le tome I des Œuvres eomplkes de Malherbe, à la suite de la Notice biographique, une excellente étude sur les Portraits de Malherbe, J'en détache ces lignes (p. cxxvn) : ff C'est le portrait bit pour Peiresc [par Daniel Dumonstier] et représentant Malherbe à Tâge d'environ cinquante-trois ans, qui fut gravé après sa mort, d'abord par Vorsterman pour orner la première édition de ses œuvres (i63o), puis par Briot. Ces deux gravures, fort belles, ont servi de types à cette multitude de portraits de toute grandeur publiés depuis le xvn* siècle, et qui , dtérés successivement, ont fini par devenir complètement méconnaissables. Le portrait qui accompagne
notre édition est une reproduction fidèle de la gravure de Vorsterman. «
* Sur les portraits de Guillaume du Vair, voir la Liste de portraits des François illustres dans le tome IV du recueil Lelong-Fontette, p. 978. Un des plus i^emarquables portraits du grand ami de Peiresc est celui de Finsonius (Louis Finson, de Bruges), gravé par Cundier en 1724.
' Guillaume Alleaume, neveu et successeur sui' le si^e de Lisieux de Guillaume du Vair (i6as-i63â). Voir sur ce prélat le tome I, p. aoi.
* Franz Porbus, dit le Jeune, naquit ë Anvers en 1870 et mourut à Paris en 1633. Le Musée du Louvre possède, entre autres bdles toiles de ce peintre , le portrait dont il est ici question.
* Sur Claude Maugis, abbé de Saint- Ambroise de Bourges, voir le tome I, p. 73q.
lettre que je receus de M' Rubens, il tesmoignoit désirer de voir cez petits suppléments des Ânecdota de Procope dont le sieur Bosweld luy avoit faict grande feste ^ Si j'en eusse eu icy ce que j'en avois retenu sur mon exemplaire , je luy en eusse envoyé coppie et pense que vous ferez bien de la luy envoyer, pour luy en faire passer l'envie au cas qu'il ne l'eust encore eue. Il me laisse encores quelque espérance de repasser en Italie, et de se laisser voir icy comme il m'avoit cy devant promis*, et crois qu'il l'eusse bien plus asseurement faict que M' de Thou , s'il eust passé à 3o lieues d'icy. Mais je n'estois pas digne de ce con* tentement, non plus que de celuy que j'eusse eu si M' de Thou nous eust honoré de sa visite en ce lieu cy. J'ay apprins fort volontiers ce qu'il vous plaict m'escrire de l'arrivée en bonne santé des sieurs Gobert et le Jeune, dont j'avois bien esté en peine, et leur sçay bien bon gré de tant de bonne volonté qu'ils vous ont tesmoigné d'avoir encores pour moy. Le sieur Gobert m'avoit commancé des plans et desseins de certaines fabriques^ antiques, enclavées dans nostre Palais d'Aix, où il manquoit encores la principale pièce qui estoit de l'élévation en perspective de toute la fabrique d'une seule veûe, laquelle il me promit de faire à sa première commodité sur les plumetîfs qu'il en a retenus^. Je vouldrois bien qu'il le fit, et s'il vous revient en rencontre ou que le puissiez envoyer quérir, vous m'obligerez grandement de l'en semondre et plus tost luy offrir quelque escu, afin que le reste du travail que
^ Lettre déjà citëe, du 9 avril 163 9, d'après le recueil d'Emile Cachet où le texte est publié (p. a 3 9-33 â) et où la traduction est donnée (p. 935-a38). Rubens annonce que le secrétaire Boswel a promis de lui communiijuer des fragments de l'histoire anecdotique de Procope, touchant les débauches de Théodora, fragments omis dans Tédition d'Alemanni , irpar modestie et par pudeur sans doute, et que Ion a retrouvés depuis et extraits d'un manuscrit du Vatican d.
' On lit dans la lettre citée à la note précédente (p. 937 du Recueil Cachet) : fr Je
n'ai point perdu l'espoir d'accomplir mon pèlerinage en Italie ; mon désir ne fait même que s'accroître d'heure en heure , et je vous assure que si la fortime ne me le permet pas, je ne saurais mourir content. Vous pouvez être sûr qu'en allant ou en revenant , mais plutôt en allant, je viendrai vous présenter mes civilités dans votre fortunée Provence, et ce sera le plus grand bonheur qui puisse m'arriver en ce monde, i»
' Fabriques, c'est-à-dire constructions.
* Plumetif signifie ici croquis, rapides traits de plume.
j'ay de luy sur ce subject qui est grand ne soit pas deffeclueux de cette pièce, qui est de plus dapparance que tout le reste. Ils doivent bien louer Dieu d'estre sortis d'Aix, car la maladie se fourra dans la maison d'où ils sortirent, dans huit ou dix jours aprez leur partement, et ils auroient tant paty et estoient si mal habituez, qu ils n'en fussent jamais eschappez, les pauvres gents. En un besoing le dict sieur Lejeune pourroit contretirer le dessein dont je vous escrivis quelque temps y a, de la cène représentée en forme de cigma en la basse marge d'un Nouveau Testament Grec m[anu]s[crit] de la bibliothèque du Roy. Si ce n'est que le sieur Perdreau peinctre, àquij'escrivislorspour ceteffect^ et qui hante fort chez M*^ Aubery, Taye faict luy mesmes, ou faict faire par aultre de ses amys.
Mais j ay bien de l'obligation au dict sieur Âubery de la double coppie de son registre de Léon X, qui est une grande surcharge aprez une inanité d'aultres obligations dont il m'a comblé en mille façons, avec des livres, papiers et anticailles des plus curieuses sortes que je pouvois avoir, de façon que je suis en toutes les peines du monde à trouver quelque moyen de revanche, et si soubs main vous pouviez descouvrir quelque chose de son goust, soit libvres, ou tableaux ou aultrès, vous m'obligeriez infiniment d'y faire employer de l'argent, et le luy faire donner de ma part; j'envoyeray r'affraischir les lettres de credict tout exprez, vous suppliant de croire que vous ne sçauriez me rendre de meilleurs offices, ne plus à mon gré que seroit celuy là, estant descontenancé comme je suis de ne sçavoir comme entrer en quelque partie d'acquittement de si grosses debtes. Que si vous descouvriez aussy que de ce costé de deçà il y eust moyen de luy envoyer chose de son goust, vous m'obligeriez bien de m'en advertir.
Au reste j'ay esté scandalizé d'apprendre qu'en l'édition des conciles de France ^, on ay t supprimé et chastré des choseis non ignorées regar-
^ Dans le volume de Vlngaimbertine ira M' Perdreau, peintre, à Paris vt.
qui renferme les minutes des Lettres de * Concilia antiqua Galliœ, trei in toma$
Peiresc aux frères Dupuy, on trouve ordine digesta . . . ofera et studio Sirmondi
( fol. âoi) une lettre du so novembre 1699 (Paris, Sëb. Cramoisy, 1699, 3 vol. in*fol.).
dants la grandeur de noz Roy s, et aurois bien doublé que cela fust faisable dans les pièces m[anu]s[crite]s dont les originaulx se pouvoient brusler, mais en ce qui se trouvoit ailleurs, je ne trouve pas qu'il soit pardonnable, bien qu'aux m[anu]s[crit]s mesmes, ce soit une espèce de sacrilège qui tost ou tard se peult descouvrir et vérifier, attendu que souvent on pense avoir des m[anu]s[crit]s uniques dont il se trouve bien des coppies avec le temps. Le bon P. Morin est bien plus louable de n'avoir rien desguisé de la vérité, et me tardera bien de voir son Constantin ^ mais je ne pense pas qu'il y faille penser de cette année si ce n'est par la voye de la mer, et par le destroit de Gibraltare. Veu mesmes qu'on asseure depuis peu que ii maladie y a regrillé ^ durant la foire des Roys dernière, aussy bien qu'à Narbonne, ce qui tiendra le monde en deffiance toute l'année, et tant que l'on verra l'air de deçà disposé à la contagion. Toutefoys j'ay escripl (pour trouver une voye plus briefve) de faire venir un petit ballot de Genève que M' Godefroy m'avoit retenu dez l'année dernière, avec charge de le faire emballer, et sceller par dessus de la balle de plomb de la republique de Genève, et d'y joindre un certificat du dict emballage et scellé , ensemble de son parlement pour venir par Lyon sans y estre desballé, et descendre
^ Histoire de la délivrance de l'Église chrétienne par Pempereur Constantin et de la grandeur et souveraineté temporelle donnée à r Eglise romaine par les rois de France (Paris, Moreau, i63o, in -fol.). Dans Y Essai de bibliographie oratorienne, par le père A.-M.-P. Ingold (Paris, i88a), on lit (p. 1 1 3 ) cettenote empnintéeaux manuscrits de Batterel : «r Le Pape et les Romains forent blessés de ce titre et plus encore de la vignette qui est à la tète, où Ton voit Ghariemagne présentant une carte de l'Italie au pape Léon m en lui disant : Italos parère jubebo , et la réponse de Léon à qui Ton fait dire : Tu mihi quodcumque hoc regni. Ils ne pouvaient non plus digérer ce qu'il dit du baptême de Constantin qu'il met non à Rome et
dans Saint-Jean de Latran , mais a Nicomédie. Le cardinal-neveu Barberin lui en fit faire des reproches. Le P. Morin eut beau protester de son dévouement pour Thonneur du Saint-Siège sur lequel il prétendait avoir fait des preuves suffisamment. Les Romains, qui savent mieux que personne de quelle valeur sont les belles paroles, ne se payèrent point de cette monnaie et ne furent pas contents que le P. Morin n'eût promis de satisfaire par des effets et des changements réels à la première édition de son livre, mais cette deuxième édition est encore h faire. i>
* L'expression regriller, pour redoubler, se renforcer, n'a, ce me semble, été recueillie dans aucun de nos dictionnaires.
ag
iHritiittn «ATioiiu.
par la rivière du Rosne jusques à la mer, et puis aller demeurer aux isles de Marseille entre les mains des intendants de la santé et purificateurs^ de marchandises venants de lieui suspects, aultant de temps qu'il leur plairra, et aprez nous les envoyerons quérir là. Si cette voye peut i^uscir, je vous prieray de faire venir ce que j ay à Paris, soubs les liiesmes precautix)ns et adresses, mais il fault attendre encores un peu, pour voir comment cecy pourra succéder, car aulcuns m'en blasment desja, comme estant fort dangereux que le tout ne se gaste et qu'il ne s'en perde une partie. Mais encores faut il bazarder quelque chose en la nécessité. J'ay veu le rooUe des livres de la foire qu il vous a pieu me retenir, que je trouve choixsis trez tous ^ de trez bonne main, et où il n'y a rien à retrancher, n'ayant pas le Gremonin ^, et pour les aphorismes d'Hippocrate, l'édition d'Elzevir a droict de preferance sur toutes les aullres que l'on sçauroit avoir ^. Je ne plains que le temps qu'il nous les fauldra attendre; cependant je verrois volontiers un exem* plaire de cez deux feuilles in fol'' des Additions de Keplerus aux Tables Rudolphines. Car bien qu'elles se gastassent un peu, la perte n'en seroit pas comparable au plaisir de les voir s'il y a rien de notable comme il y a apparance. Et si cette epistre de Keplerus in /i® en vault la peine ^, on l'y pourroit joindre. Je sçaurois volontiers par tnesme moyen où va chercher les origines de la Généalogie d'Autriche, cet
^ Sous le mol pwrifieaUwr Littré n a cilé qu'une phrase de Voltaire. Le mot oe se trouve, du reste, ni dans le Dictionnaire de Richelet , ni dans le Dictionnaire de Trëvoux.
' Cette sorte de superlatif du mot tom n'a pas dté indiquée par littrë. Je ne le retrouve pas dans les recueils de ses devanciera.
^ César Crémonini naquit à Cento, dans le duché de Modène, en i55o, professa la philosophie à Ferrare, puis h Padoue, et mourut de la peste dans cette dernière ville en i63i. Voir sur cet écrivain Bayle (Dtciionnaire critique), Ginguené {Biographie universelle)^ J. Tissot {Nouvelle biographie.
gimtrak)^ etc. Dans ce dernier recueil on trouve une ample liste d'auteurs à consulter sur Crémonini. Je ne puis dire lequel des très nombreux .ouvrages du philosophe Peiresc avait désiré. Quatre ans plus tard, les Elievier devaient publier : Cmsar Cremmùnus CeHteiuis de Qdido itmalo, et setnine, pro Aristotele adœrsus Galemtm (Leyde, \6'6h, in-39).
^ Aphorismi Hippocratis. Eœ ree^^nitiane A. VorttH (Leyde, i6a8« in-3&).
^ Ad epistolam Jaeobi Bartsehii prœjixam Ephemeridi anni 1 6ag , responsio de Computatione Ephemeridum (Sagan, 16^9, in-A'').
1630] AUX FRÈRES DUPUïT 227
Octavius Strada S et s'il a rien descouvert de nouveau , dont M^ Godefroy et M' du Chesue seront desja esclaircis, si vous leur en parlez comme je vous en supplie , et de leur en faire mes trez humbles recommandations. Je suis bien aise qu'ayez aussy prins le siège de Grolie, et quand trouveriez ce petit itinéraire d'Elzevir Godefredi Hegenitii, etc. 18, qui est au catalogue de Francfort, il n'y auroit poinct de mal ^. Et le traicté des Schismes (qui estenroollé au mesme chapitre d'Auspourg) in 8"", et le Petronius d'Ant. Gonsal. de Salas, de Francfort 4**'* avec ce volume Rerum German. Septentrionalium Erpoldi Lindembrogi, ibid.^ fol"" (si ce n'est chose vieille refaicte seulement pour le premier feuillet, comme font souvent cez libraires quand ils ne peuvent s'en deffaire) , et les II chroniques de Trithemius* de Freherus*, si c'est aultre chose que ce que nous avons. Monumenta Sepulchralia Brabantiae de Swertius 8^ cet aultre Petronius tant de Loticchius^ que de Brassianus et aultres, car
' Geneahgia et séries Austria duewn, arehiducum , regutn et imperatarum a Rudolpho I ad Ferdinandum ( Francfort , 1 6 1 5 ).
' Gotf. Hegeniti ittneraritm Friêio-Hollandicum, et Abr, Ortdii itinetitrium Gath-Brabantieum. In fuibus quœ nisu, quœ hetu digna (Leyde, i63o, iii-18).
' L'édition de Salas a été surlont appréciée à cause du commentaire que Ton a reproduit dans l'édition du Satyrieon donnée par Barmann (Amsterdam, 1743, 9 vol.
in-A*).
* Ce recueil avait para pour la première fois en tÇgS (Hamboui*g[, in-fol.). Unenouveileédition fat donnée an oommeneement du xvm* siède : Seriptores rerum, ete, , cum nwo auctario, J, A0>. Fahrkii (Hambourg, 1706, in4bl.). Erpokl Lindebrog naquit à Brème vers i5io, fnt chaamne an chapitre luthérien de Hambanrg et monrut le ao juin
* Les deux chroniques de Jean Trithèrae, abbé de Spanheim, sont la Chronique d'Hir-
soMge et la Chronique de Spankeim» Voir, sur ces ouvrages et sur les autres ouvrages d Trithème, l'excellent article de Daunou dans la Biographie universelk.
'^ Marquard Freher a reproduit les deux chroniques de Trithème et sept autres ouvrages de ce polygraphe dans un recueil intitulé Opéra historiea (Francfort, 1601, in-fel).
' Le titre réel de l'ouvrage de Sweert est celui-ci : Monumenta sepuleraUa et nucrip' tiones Ducatus Bmbantiœ (Anvers, 161 3, in-8'),
' On lit dans ï Histoire Httèraire de la France, par les Bénédictins (t. I, p. 9o4) : (rCe que l'on avoit déjà vu en 1616 , on le vit encore en 1 699 : deux éditions de notre auteur tout à la fois. Pierre Lotiehiud prit soin d'en publier une h Francfort chex Wolfgang Hofman en un volume in-â" avec les Commentaires de Joseph-Antoine Gonsafe de Solas (sie). L'autre a été faite chei Jean Mercier, imprimeur à Genève [par Théodore
on m'a emporté tous ceux que j'avois, tout d'un coup. Et finalement cette Phiiologia sacra Barto]. Mayeri Lîpsiae 8°^ à cause de cez vocables ^Egyptiens qu'il dict y avoir recueillis. Car je ne pense pas que ce gros volume de Venise fol° des Conclaves soit arrivé à Paris, ni ce Philoponus gr. 1. sur la Genèse, de Vienne^, nom plus que cette II partie Annal. Bojorura Andreœ Brumer^ dont vous m'avez envoyé la première que je vis volontiers, ne cez 8 libvres d'Astrologie de Campanella* de qui il semble qu'il ne fault rien négliger. Mais quand le Phil. Lansbergius^ de raotu terrae 4** sortira^, il le fauldra bien voir s'il est possible et si ce ne vous est trop d'importunité , et ce Diarium Joannis Schmidii Norimbergae ia**\ Car pour l'Optat de M' d'Orléans qui est sur le dict catalogue, je crois bien que vous le nous eussiez envoyé sans attendre que je le demandasse, s'il eust esté achevé d'imprimer, comme il ne l'est pas, ainsin que je l'ay apprins par une lettre que l'autheur m'a enfin escripte aprez sept ou huict moys de silence, à laquelle j'ay creu devoir faire la responce que vous pourrez voir, et puis la faire cacbetter et rendre soubs main comme bon vous semblera.
Il me reste encor une prière à vous faire en matière de livres. C'est
de Juges], n Jean-Pierre IjOtich ', professeur de médecine à Tuniversité de Rintelu , mourut en 1669. Voir les éloges donnés au Pétrone de Lotichius par Guy Patin dans une lettre à M. de Tournes, marchand libraire, du 1" avril 1657 (édition Réveillé -Panse, t. I, p. ti63). Conférez une lettre à Charles Spon, du 7 février 16&8 {ibid., p. 375).
' Philologiœ saerw pan I seu prodromus ChaldaUmi sacri ( Leipsick , 1 6 a 9 , in-8* ).
* Joamnis Philoponi in cap. i. Geneseos de Mundi ereatione libri septem . . . Interprète Balthazare Corderio , Antuerp, , etc. (Vienne, i63o, in-A**). Voir sur Balthaiar Corder (né à Anvers en 1 699 , mort à Rome en i65o) la Bibliothèque des auteure de la (jrnipofnie de Jésus, 1. 1, in-fol., col. 1378.
^ Voir sur le jésuite André Brunner, notre
tome I, p. 86. La première partie des Annalium virtutis et fortunœ Baiorum avait paru en 1636. La seconde partie parut en 1699. ^ Astrohgicorum libri VI (Lyon, 1699, in-4').
* Philippe Lansberg, mathématicien et astronome , naquit en 1 5 6 1 dans la Zéiande ; il mourut en novembre i639.
* Peiresc veut parier de : Commentationes in motum terrœ diumum et annuumy et in verum adspeetabilis cœli typmn, 1699, traduit du hollandais en latin par Martin Hortensins (Middelbonrg, i63o, in-&*)et en français par N. Goubard {ibU., i633, in-fol.).
^ Le titre complet est :J9tarnimAtslorie«m (Nuremberg, 1 63o). Peiresc attribue au volume le format in-i 9 ; d'autres lui attribuent le format in-8*.
qu il vous plaise me faire achepter jusques àqualtre exemplaires, si aultant s'en peuvent trouver, d'une petite Bible Hébraïque de Leyden des hoirs de Raphelengius S qui est in-i8 ou possible plus petite, et se souloit vendre à Lyon jusques à quattre francs pièce. Mais il y en avoit des feuilles mal imprimées, dont lancre avoit esté mal empreinte. C'est un de mes amys qui en a besoing, lequel je vouidrois bien servir à son goust, s'il estoit possible, et il vouldroit esviter, s'il pouvoit, qu'il n'y eust de cez feuilles ainsin mal marquées; sinon , encores les aymerat^l mieux ainsin que de n'en avoir poinct. Que si EIzevir les a reimprimées, comme je le pense ^ et que l'on tienne l'impression meilleure, il en fauldroit prendre un exemplaire, et les trois aultres, de l'édition de Raphelengius qui est de Tannée 870 au compute des rabins. Et s'il ne s'en trouvoit poinct de ladicte édition de Raphelengius, il vaudroit mieux prendre les U exemplaires de la récente d'Elzevir. Mais comme ils sont petits, et que c'est pour envoyer ailleurs, on auroit besoing de les recevoir par la poste si faire se peult, les envoyant à diverses foys, soubs des bonnes enveloppes de petit carloncin, pour les deffendre du vinaigre tant que faire se pourra, et surtout fauldra les faire coliationner exactement, qu'il n'y ayt pas de deffectuosité, espérant que dezhorsmais les despesches iront et viendront plus régulièrement qu'elles n'ont faict l'année dernière, principalement si on peult venir à bout, comme l'on est aprez, de la translation de la poste ordinaire du costé de Sallon , où M' le Premier Présidant retiendra les miennes conjoinctement avec les siennes, et les remettra à M' d'Agut, qui de sa grâce a commancé un petit commerce avec moy d'un laquay qu'il m'envoye toutes les semaines jusques à Rians, à jour certain, auquel je luy envoyé un des miens, et promet de contiuiier, tant que nous demeurerons ainsin séparez, au moyen de quoy nous n'aurons plus
' François RaphdeDgios, né à Lannoy, ' Peiresc se trompait : les Elzevier ne
près de Lille, le 97 février iSSg, mourut à rëimprimèreut pas la Bible hébraïque, car
Leyde le aojuiUetiS97. Nul n'ignore que ce on nen trouve pas mention dans le recueil
gendre et associé de Christophe Piantin Ait de l'impeccable M. Alphonse Willems. aussi habile imprimeurquesavantorientaliste.
à appréhender les inconvénients passez, et fauidra louer Dieu de ce qui est eschappé, et de ce que nous en sommes quittes à si bon marché, en une telle occasion de temps de malheur, que voz principales lettres sont enfin sorties quoy que tard des barrières où Ton affectoit de les retenir, et de ce qu'elles sont arrivées en assez bon estât pour s'en contenter, non obstant la formalité du vinaigre, y ayant de lapparance que nous ne serons plus tant exposez à la discrétion des espies et des envies qui ne pouvoient supporter la consolation que nous apportoient en cet exil les lettres de noz amys, et surtout les vostres, sans lesquelles nous ne sçaurions rien qui vaille des choses du monde, et encores moings des livres, nom plus que si nous estions dans les sables de Libye, de ce qu'au contraire bien que nous soyons comme au milieu dun désert, bien esloignez de tout commerce et communication, voz lettres arrivants nous transportent en un moment jusques au milieu de vostre académie, voire du cabinet du Louvre, qui nest pas une petite félicité pour ceux qui ayment mieux estre dans une grande tranquilité d'esprit plus tost loing que prez de la Cour, et qui ont neantmoings assez de curiosité pour en apprendre volontiers des nouvelles si certaines comme sont celles qui viennent de vostre main. Le mal est que nous ne sçaurions rendre aulcune revanche, tout estant envieilly et trop desguisé avant qu il parvienne jusques à nous. Mais ce n est pas pour le retour aussy que vous distribuez voz bienfaicts à voz serviteurs, et estes accoustumé à vous contenter de leur seule bonne volonté (laquelle ne manquera jamais en nous) aultant que si les effects y es*toient joincts, comme nous les y joindrions de bon cœur si nous le pouvions. Il suffira donc à Tadvenir d adjouster. sur noz enveloppes un petit mot de recommandation à M' le conseiller d'Agut, et je prieray M' Jacquet de les faire mettre soubs l'enveloppe de M' le premier présidant d'Oppede. Si ce n'est qu'il vous pleut (suy vant la prière que je TOUS en avois desja faicte) d'y faire adjouster vous mesmes une enveloppe au dict seigneur Premier Présidant, sans vous astreindre à luy escrire pour tout cela, car il ne le trouvera pas mauvais. Que si vous pouviez quelques foys faire mettre entre son enveloppe et la mienne quelque
petit mémoire des nouvelles qui se peuvent escrire eommunement et que Quentio pourrait aller transcrire tous les lundys (en un besoing M*^ Gassendy le feroit volontiers pour vostre soulagement tant qu il sera de pardelà, car sans mentir j'appréhende fort la surcharge de noz importunitez si fréquentes, principalement au cas [que Dieu ne veuille] que le mal sestendit et nous empeschat de rechef de vous pouvoir faire tenir noz lettres, car il ne laisroit pas de continuer tousjours de nous escrire sans regret), cela seroit bien de meilleure digestion^, et fauldrait cotter au doz du dict mémoire que cest pour estre envoyé à moy, ce que M' d'Oppede feroit volontiers conjoinctement avec voz pacquets. Mais j'abuse bien de vostre patiance et de vostre desbonnaireté, je vous en crie mercy et demeure, Monsieur,
vostre trez humble et trez obeyssant serviteur, DE Peiresc.
A Boysgency, ce 17 janvier i63o.
Je n'ay pas veu dans toutes voz lettres que vous ayez cotté d'avoir faict rendre les papiers que j'adressois à M' Guiliard, qui se plaignoit de ne les avoir pas receus, et je crains bien qu'ils ne luy ayent faict faulte^.
XUU À MONSIEUR, MONSIEUR DD PUY
KDB DBS POlCrBymB PRB2 SAINT ARDBl^ MS ABTZ GBM M' Dl THOU, À PARIS.
Monsieur, Je ne laisray pas eschapper cette commodité sans vous escripre, par l'un des hommes de M' Aubery qui s'en revenant de Rome a prins la
^ Litlré ne donoe aucun exempte de cette les noms de tras de nos pins grands et pias
locution figurée. En revanche, il die plusieurs pittorescpies éerivains , le cardinal de Retz ,
enoplois de la même locution en sens con- M"* de Sévigaé elle ànc de Saint-Simon, traire, mettant sous les mots dum Hgeuthn * Vol. 717, foL 98.
peine de nous venir voir icy, où il nous a apporté des lettres de Dom du Puy du 1 de ce moys, et de M'^Hoistenius du i** décembre comme il estoit sur son despart pour la Pologne où il s*en est allé porter le bonnet au cardinal Santa Groce \ s'estant chargé de voir en passant tontes les plus belles bibliothèques qu'il trouvera à son chemin, pour en rendre compte au cardinal son maistre ^, qui est une commission bien à son goust à mon ad vis, cependant il aura moyen de voir Tempereur^, comme il desiroit long temps y a, et rapportera sans doubte de belles notices et singularitez de ce voyage nonobstant Tincommodilé de la saison qui ne luy nuira poinct Dieu aydant, estant robuste comme il* est*. Il m'escript un secret, que je ne vousdoibs pas taire à vous, pour l'interest du public et pour le vostre particulier, avec prière de ne le poinct révéler à contretemps, s'il vous plaict, à sçavoir qu'il a laissé en depos à Dom du Puy vostre frère touls ses m[anu]8[crit]s avec charge expresse, au cas que Dieu le voulut appeller à soy en ce voyage, de les faire tenir aux amys qu'il a dans Paris, afin qu'ils puissent un jour estre mis en lumière, ce qui regarde principalement vostre persone, qui ne veillez continuellement qu'à procurer du bien pour le public, el la postérité. C'est pourquoy il importoit que vous en fussiez adverty par moy puis qu'il m'a faict l'honneur de m'en escrire, aussy bien que par le dépositaire , qui me mande qu'il est si scrupuleux qu'encor que le fagot luy ayt esté remis sans estre cachette, avec prière de le visiter, il est neantmoings résolu de n'y poinct toucher pour le luy rendre à son retour, tout pulceau et tel qu'on le luy avoit remis. En quoy l'excez de sa modestie et de son scrupule n'est pas excusable, ce me semble, aussy me suis je résolu de luy escrire par la première commodité, en termes couverts, et intelligibles pourtant, qu'il doibt en user avec plus
^ Antoine de Sainte-Croix, frère de Silvio Chieli et d'Urbin; il mourut le 9 5 novembre
de Sainte^oix , archevâque d'Aries , (îit gou- 1 6& i . vemeor de Viterbe, accompagna en France, ' Fr. Barberini.
en i5a5, ie cardinal-lëgat Fr. Barberini, ' Ferdinand III (1695-16A7).
alla comme nonce à Varsovie en 1 697, de- * Savait-on que L. Holstenius eût un aussi
vint cardinal en 1699, puis arcbevAque de vigoureux tempëraroent?
de liberté, puis que c'est l'intention du maistre, et puis pour touts bons respects, il importe que vous sçachiez paur le menu en quoy consistent tous les dicts m[anu]s[crit]s et que vous en ayez un rooUe que je le prie de dresser pour le vous envoyer, ce qui ne peult jamais nuire ains plus tost servir de beaucoup, et cela ft'empeschera pas que luy revenant sain et sauve, comme je le souhaicte de tout ibon cœur, et lespere de la bonté divine, on ne luy rende le tout bien facilement, pour luy mesmes pourvoir à la publication de ce qui luy plairra. Il se promet plus de loisir dans lés poésies d'Alemagne qu'il n'y en pourra, je m'asseure, trouver, et de ne pas oublier de nous escrire de cez pais la qui sera vraisemblablement soubs vostre adresse à Paris. Je m'imagine qu'il y trouvera des merveilles. Il a trouvé dans un cabinet d'un gentilhomme curieux dans Rome ^ le fonds d'un vase de verre , où sont représentées deux images de mary et femme avec une petite figure entre deux d'un christ qui les couronne l'un et l'aultre avec le mot GRISTVS, et à l'entour est escript LUCIFER VIVAS CUM TUIS FELICITER ZESES SIRTCA^ ce qui semble à peu prez estre du mesme siècle que mon
^ Ce gentilhomme était le chevalier Francesco Guaidi, de Rimini, qui avait formé h Rome une collection d'antiquités de tout genre, dans laquelle figuraient notamment divers monuments du moyen âge (voir Battaglini dans AtH deW Acead. Rom. di areheologia, t. I,p. i3i, iSa). La lettre de Holstenius à Peiresc où est mentionné le vase en question est datée du 5 décembre 1639 (voir Luc, Hoktennepùtola ad diversos, 1817, p, 176-177, avec deux notes du docte éditeur, une sur Guaidi [vulgo Gualdo, comme dit Boissonade] et l'autre sur Tinscription reproduite par Peiresc).
' M. le commandeur de Rossi a daigné me fournir sur ce point les éclaircissements suivants, dont je loi suis d autant plus reconnaissant que j'ai ainsi la bonne fortime de rapprocher du texte de celui qui fut un
des premiers archéologues de son temps le précieux commentaire de celui qui est un des premiers archéologues de notre temps : ffLe verre avait été trouvé par Bosio dans les catacombes de la voie Salaria nova, et donné par lui-même au chevalier Guaidi {Roma 80U., p. 509; n"* m). Le dessin publié par Bosio {thid,) fut reproduit par Aringhi {Roma subterrofiea , lib. IV, édition de Rome, i65i, t. II, p. 965), par Bottari {Roma sou,, t. III, pi. GXGVIII) et par d'au très. L'original existe encore aujourd'hui dans la bibliothèque Vaticane; le P. Garrucci {Vetri, »• édit., pi. XXX, 3; An, CrisL,, pL GXGVIII, 3) en a donné un bon dessin. — La lecture deHoIstenius n'est pas exacte quant h la série des noms et des paroles de l'acclamation. Le nom SIRTGA qui a été mis par Holstenius à la queue de l'ac-
do
IVPBiaBMK RATIOaiLI.
iU LETTRES DE PEIRESG [1630]
anneau de TEGLA, dont il fauldra advertir Monsieur Rigault, et pai* mesme moyen luy baiser trez humblement les mains de ma part, s'il vous piaict, comme je vous en supplie, et de me tenir à jamais,
vostre trez humble et trez obligé serviteur,
DB PeiRESC.
A Boysgency, ce 91 janvier i63o.
Vous aurez sceu une nouvelle qui aura esté portée, je masseure, par courrier exprez, du rapt commis par le chevalier de la Valette \ vendredy dernier^, en la persone de la fille du feu présidant Aymar qui avoit esté maistre des requestes^, petite fille de M' de Solliers^, qui fut enlevée en présence de son grand père^ et de tous ses plus proches parents et de toute la ville de TouUon , qui en est demeurée grandement scandalisée et affrontée*. Ayant abusé celte pauvre fille ^ soubs pre-
damation doit être au contraire place en léte de toute Tinscription. Elle est adressée aux deux ëpoux SIRTGA, LUCIFER; h chacun desquek on acclame : VIVAS GVM TVIS FELICITER, ZESES. Les deux noms correspondent aux deux têtes représentées dans le dessin sur feaiUe d*or. Fabretti {Inêcr. domest,, p. 89 1) a lu Sirica, jugeant que le T dans les lettres de ce nom est un simple I, dont la barre (^er) supérieure aurait été trop allongée. Le P. Garrucci voudrait lire Syrtica. Ce nom est très rare : Sirica, plus usité, est par conséquent plus probable. Il faut cependant avouer que l'artiste a dessiné très nettement la lettre T dans le nom inscrit sur la tête de répouse.n
^ Louis de la Valette, fils naturel du duc d*Épemon, d^à mentionné en ce volume (lettre I).
* C'était le 18 janvier. C'est donc bien inexactement que Tévénement qui va être raconté est placé au mois d'octobre 1699 par
l'auteur des Remarques historiques et ehronologiques sur la baronnie de Chdteaurenard , Joseph d'Aimar, sieur de Brès, fils d'un cousin germain de l'héroïne du récit, remarques inédites dont Roux Alpheran possédait une^^pie qu'il cite dans Les rues d'Aix (t. I, p. aSi; t.II,p.53i).
^ Honoré d'Aymar, sieur de Montsallier, président au parlement d'Aix, mort en 1 6i5.
* H. d'Aymar avait épousé Éléonore de Forbin Soliès, fille do Gaspard de Forbin, sieur de Soliès (ailleure Soiliers), gouver* neur de la ville de Toulon.
* François d'Aymar, sieur de Sainte-Catherine , président en la Chambre des comptes et Cour des aides de Provence.
* Littré n'a pas indiqué ce sens du mot affronter. Je ne le vois pas indiqué davantage dans nos anciens dictionnaires.
^ Gabrielle d'Aymar, dame de Montsallier, n'avait alors que treize ans, s'il faut en croire son ravisseur (note autographe con-
texte d'aller Caire chanter une messe nouvelle, et d'estre la marraine et luy parrain S et pour cet effect layant prinse aoubs le bras pour l'accompagner tout au premier rang de la compagnie qui estoit grande et honnorable et comme il passoit sur le cay au long du port pour aller à l'Eglise où se debvoit dire la messe, il traisna soudainement cette damoiselle dans le cahic^ de sa galère , qu'il avoit apposté^, et incontinant mit la main à l'espée avec ses vallets, et cria liberté à buict forçats qui y estoient dedans, avec lesquels il gaigna si promtement son navire prest à faire voille, qu'il n'y eust aulcun moyen de le suyvre, et enleva cette pauvre innocente, la plus désolée du monde, qui se voulut précipiter dans la mer une infinité de foys^. Ce qu'on a le plus admiré en
servëe à la bibliothèque d'Inguimbert, collection Peiresc, registre LVIII, fol. a 58).
* Roux-Alpheran {Les rues d'Aix, t. H, p. 53o) parle ainsi de cette messe: fr Un ecclésiastique, qa'il [La Valette] avait gagné, vint le prier d^ètre son parrain à Toccasion de sa première messe qu il devait célébrer, peu de jours après, dans relise des Capucins. Le chevalier accepte et témdgne le désir que Mademoiselle de Montsallier soit la marraine ; la famille y consent, t»
* Dans le xvii' siècle, le genre ni l'orthographe du mot caîque n'étaient déterminés. Si Peiresc écrit caUe, d'autres écrivaient eaic, d'autres encore la cahique. Le Dtcttormaire de Trévoux donne ces quatre formes : caïe, catq, eaique ttk(ne,
* D'après Roux-Alpheran {ioc. ck,), La Valette v pousse brusquement la demoiselle [dans k oak], s'y précipite lui-même, et malgré les pleurs et les cris pitoyaUes de sa viclîme ii traverse le port et monte avec elle sur son vaisseau, à la vue des parents et de plusiears miUiers de spectateurs plus stupéfaits encore qu'indignés d'une pareille aventare. Jï
* M"* d'Aymar ne tint pas ioDgfcemps ri-
gueur au coupable. Cependant, dit Roux-Alpheran , ftk force de respects , de soumissions et de témoignages de son amour, le chevalier, qui prend dès lors le titre de marquis de la Valette , adoucit peu à peu le cœur de la belle Gabrielle de Montsallier, et la fait consentir à lui accorder sa main. Le vaisseau qui les portait relâche h l'Ile de Saint-Pierre , voisine des côtes de Sardaigne , où la bénédiction nuptiale leur fut donnée , et bientôt après ils firent leur entrée à Venise avec la plus grande magnificence, d Outre le récit de Roox-Alpheran, tiré en grande partie de Y Histoire de Provence manuscrite du président Jacques Ganfridi , on peut voir, sur l'audacieux coup de main de La Valette, les Documents relatifs à relèvement de Mademoiselle d'Aymar que j'ai publiés dans la Revue Sextieme du 10 avril i88i (p. &9-5/i), documents extraits du registre LVIII de la collection Peiresc de l'Inguimbertine et qui sont au nombre de quatre : t"* arrêt du parlement de Provence, séant à Sdon, rendu contre le chevalier de la Valette et ses complices, le dernier jour de lévrier i63o , sur le rapport du conseiller Hcmoré d'Agut, le grand ami
cet acte, a esté qu'il avoit esté grandement honoré et familier dans la maison de M' de Soulliers, o^îl n avoit neantmoings jamais parlé deux fois à cette fille, ce qui empQsche de croire qu'il en eust peu devenir amoureux, comme en effect elle n'est gueres belle ^; il croid avoir faict un grand butlin et se trompe, car elle n'a pas plus de 200 Ib. (libvres) vaillant^, encores que le bruict fust de plus de âoo mille escus, de sorte qu'il se trouvera bien loing de son compte, dans se vaste ambition qui engloutliroit des empires entiers'.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
Pour ne pas laisser eschapper une si bonne commodité que celle cy, bien que possible un peu longue, du voyage de M' Marchier, vers M^" le Cardinal de Lyon, j'ay voulu vous faire ce mot pour vous asseurer tousjours du trez humble service que nous vous avons voué à si juste tiltre. Je ne vous diray pas des nouvelles de deçà, où. il n'y a rien de digne de vostre entretien, et que je ne face scrupule de vous mander, pôiir n'augmenter les desplaisirs que vous avez eus, je m'asseure, de là désolation de nostre pauvre ville, qui commençoit un peu à respirer quand le mal a recommancé d'y faire de nouveaux progrez, au r^our des convalescens, et qui pix est , nous craignons bien que ceux de Marseille ne soient enfin affligez comme les autres, la terreur y
de Peiresc; ù" quelques lignes du ravisseui* quels Roux-Aipheran attribue une incontes-
demandant à un jurisconsulte son avis sur table beauté à M"* d'Aymar,
^affaire ; 3' consultation délivrée à Paris pai' * Peiresc a écrit ^00 Iwres seulement,
ledit jurisconsulte, nommé Gomouailhe; mais il a oublié d'ajouter le mot mile, et il
h" observation du chevalier en réponse h s'agit évidemment ici de 300,000 livres
cette consultation. réelles opposées aux prétendus a 00,000
^ On voit que Peiresc n'est pas d'accord, écns.
sur ce point, avec les auteurs diaprés les- ' Vol. 717, fol. 100.
estant incroyable depuis trois jours qu'il y a eu quelques suittes d'un accidant fort suspect advenu depuis trois semaines. J'estois sur le poinct de vous prier de hazarder mes livres à Lyon soubs l'adresse d'un marchand qui se chargeoit de les faire conduire par le Rosne , avec de grandes precaultions. Mais il fauldra avoir encor un peu de paliance, et voir si Dieu vouldra permettre que le mal de Marseille se puisse estouffer en sa naisçance comme on le peult espérer mieux que de celuy d'Aix, à cause qu'il y a plus de practique aux purifications des persones et choses infectées. Je crois que vous aurez maintenant receu le coffre de M' de Thou et celuy de M' Aubery, et afforce lettres miennes, quoy que bien envieillies par divers événements dignes de quelque compassion ; c'est pourquoy je finiray par mes prières à Dieu, pour vostre conservation et de tous les vostres, demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obligé serviteur, DB Peibesc.
A Boisgency, ce Sâ febvrier i63o\
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur, J'ay receu vostre despesche du 20 mars où j'ay esté bien estonné de ne poinct trouver de mention de je ne sçay combien de miennes lettres que je vous ay escriptes en responce de toutes les vostres, lesquelles par la désignation qu'il vous plaict m'en faire semblent estre toutes venues seurement, bien que la pluspart hors du temps ordinaire qu'elles pouvoient estre par les chemins, de sorte que si les miennes ne sont tout à faict perdues, ce que j'ay peine de croire, elles ne vous pourront pas
* Vol. 717, fol. 101.
arriver meshtiy, sans avoir perdu le plus grand ava^tage qu elles pou* voient avoir, si elles eussent peu parvenir aussy fraisches qu elles deb* voient entre vos mains. Que si elles s'estoient perdues, la perte nen sera pas grande pour vous, au contraire elle vous sauvera bien de Tennuy et de Fimportunité « à lisre des discours qui n'estoient que trop prolixes, et possible trop importuns. Le regret que j'y debvrois avoir seroit que cela ne vous eust fait prendre plus mauvaise opinion de moy qu il ne fâuldroit, et comme je meriterois, si j'avois commis un si grand manquement que de ne vous rendre mes debvoirs en temps et lieu, et la correspondance qui appartient à tant de surabondante courtoisie dont il vous plaict me combler à touts moments. Cependant Thomme de M*" Aubery m'a apporté une bien agréable nouvelle qu'il apprint à Lyon du sieur Vidault, à sçavoir que le coffre de M' de Thou estoit arrivé à Paris, ce qui m'oste d'une grande peine où je debvois estre jusques à ce que Cela fust arrivé chez luy. Le mal est qu'il n'y aura pas trouvé tout ce qu'il avoit recueilly en Levant, dont il m'est demeuré en main plus de pièces qu'il ne falloit. Mais ce ne sera pas Dieu aydant en pure perte. Au contraire je commence à songer de luy en faire la restitution ainsin que de raison, mais j'y auray cependant prius quelque petit usaige, et sa privation aura en quelque façon servy jusques à présent de punition du tour qu'il nous avoit fait de ne pas passer par icy. Vous y aurez trouvé vôstre extraict du concile et le m[anu]s[crit] des Eclogues de Polybe* et aultres avec quelque aullre chosette, où je vouldrois bien que vous eussiez trouvé. quelque pièce de vostre goust.
Pour responce à la vostre, je vous remercie bien humblement des nouvelles du passage de M*" Holstenius par Vienne; il me tarde bien d'apprendre qu'il soit de tetonr en bonne santé, ce qui ne sera pas sans avoir fouillé bien avant, et rencontré de grandes singularitez dans cez bibliothèques plus célèbres où il faisoit estât de passer. J'ay veu ce cahier qu'il vous a pieu m'envoyer du prétendu fragment de Tertullian,
^ Ai-je besoin de dire que le mot églogue est pris ici dans le sens primitif de pièces choisies, le mot étant venu A'èxXéyeiv, choisir?
que Ton ne ma pas encore envoyé du costé de Rome, et crois comme vous qu'il n'y a gueres de rapport de cela avec ce qui est de cet autheur. Geiuy qui l'a mis au jour n'a pas ce génie qu'il fauldroit avoir pour manier de telles choses, mais il fault èncores sçavoir quelque gré de la bonne volonté. Tousjours la pièce, de qui qu'elle puisse estre, mer ritoit de n'estre pas supprimée.
J'ay bien de l'obligation à M' d'Aubray de se souvenir de son servir teur si inutile, et de s'estre voulu charger de cez beaux cahiers, et de ces roulleaux. Dezhormais je pense qu'il y aura plus de moyen de faire venir quelque chose, pourveu que le mal de Marseille ne fasse du progrez ailleurs comme Ton s'en garde tant qu'on peult, car M' d'Agut a faict venir de Lyon une balle de livres où il y a quelque fagot pour moy, laquelle les intendants de la santé promettent de luy faire délivrer bien tost, et si cela reuscit, les miennes pourront venir, et cepeudant gaigner le temps du chemin de Paris à Lyon, où je vous prie de les adresser à yostre commodité, comme de coustume à M" Gardon qui n'a poinct eu de mal chez luy, où nous les envoyerons prendre possible plus tost que nous ne pensions, ou au sieur René Gays marchand demeurant en riie longe; il fauldroit faire apposer sur l'emballage les bulles ou seaux de l'hostel de ville de Paris, et en un besoing du petit Chastellet, et avoir des certificats en bonne forme, scellez des mesmes seaux, pour l'asseurance du jour de l'emballage et chargement à Paris, et un billet des fermiers pour empescher que rien ne s'ouvre à Lyon, dont on prendra certificat au dict Lyon, afin qu'en bruslaut icy les enveloppes de Paris aprez deiie recognoisçance des seaux, on puisse avoir quelque grâce et remise des rigueurs des quarantaines et purifications. Il fauldroit payer là les droicts à M'Gharlot, comme j'ay faict aultres foys, et retirer son billets Et pour les lettres, j'espère aussy que dezhorsmais il n'y aura plus tant dé desordre aux commodités ordinaires, et pour les extraordinaires, elles se vont fort rendre fréquentes, car nous avons à cette heure icy le grand chemin de la cour à Rome, pour touls ceux qui veullent toucher
^ Ce passage, depuis les mots : ou au sieur René Gays, est une addition marginale.
à Tollon, et qui ne peuvent passer que dans cette petite vallée, et à la porte de ce village. Cette despesche s'en ira par le sieur Aycard de TouHon S qui s'en va en cour et m'a faict advertir à ce matin qu'il debvoit passer par icy sur le disner. C'est un des honnestes hommes qu'il y ayt en toute cette province, et grandement curieux, lequel sera bien aise, je m'asseure, de vous aller voir s'il va jusques à Paris; sinon, il vous y fera tenir mes lettres, soit de Lyon, ou de la cour; il a de bonnes correspondances en Constantinople, à Smyrne, et quasi par tout le Levant, comme par toute l'Italie. Je m'asseure que M' de Thou prendra plaisir de le voir et d'acquérir un tel serviteur, aussy bien que vous aultres, Messieurs. Nous n'avons pas veu M' de Barclay^, encor que l'homme de M*^ Aubery dict qu'il s'estoit chargé de voz lettres. J'entends qu'il est passé fort opportunément par le Piémont avec le Nonce Pancirole^. J'auray un extrême regret de ne voir M»' le cardinal Bagny, s'il passe par le Piémont comme il y a grande apparance dans cez conjonctures présentes. Au reste je plains bien M"^ Rigault de n'estre sorty deffinitivement de son affaire, mais encores y a-t-il de quoy le consoler d'avoir cependant le possessoire. Je plains bien davantage le pauvre Aubery,
^ Aycart fut un des plus actifs correspondants de Peiresc. On n'a pas moins de 2 90 lettres de ce dernier à son ami de Toulon dans le premier registre des minutes de ia bibliothèque de Garpentras. Le nom d' Aycart figure souvent dans le petit recueil des Lettres inédites de M. de Peiresc communiquées à M. Millin far M. Fauris de Sainte Vincens, correspondant de l'Institut (Paris, 1 8 1 5 , in-S** de 56 pages , extrait du Magasin eïicyclopédique de septembre i8o6), et aussi dans un autre recueil complémentaire intitule : Lettres de M, Fauris de Saint-Vincens , correspondant de l'Institut, à M. A.-L. Millin ,,,surdes lettres inédites de Peiresc ( Paris , 1 8 1 5, in-8'' de a 1 1 pages , extrait du Magasin encyclopédique de mai i8i5.) Voir notamment, dans ce dernier recueil (p. aoi), Téloge
fait par Peiresc à Thomas d'Arcos, le a o mai 1637, rrdu bon M. Aycard de Toulon», à propos de la mort de leur ami commun, arrivée le i"mai 1637.
' L'abbé Guillaume Barclay, fils du célèbre écrivain Jean Barclay. Le père et le fils ont été souvent mentionnés dans le tome L
' Jean-Jacques Panciroli, filsd un tailleur d'habits, selon le Naudœana, naquit à Rome en janvier 1 687 et mourut dans celte ville le 3 septembre i65i. Il fut successivement avocat en cour de Rome, majordome du cardinal François Barberini, patriarche de Constantinople, nonce en Espagne, ministre secrétaire d'État d'Innocent X. Urbain VIII le créa cardinal le i3 juillet i6/i3.
puis qu il a perdu tout à faict son affaire; il est si modeste qu'il n a pas voulu m'en faire ment[ion dans] ^ ses lettres comme vous pensiez.
Nous n'avons pas icy des nouvelles à vous dire en revanche des vostres. Car il ne se parle que de la galère Pernone ^ que M' le General^ a destinée au voyage d'Italie, laquelle s'appreste fort, mais de huict jours elle ne sçauroit partir. Cependant M' l'Ambassadeur* aura tout loisir de venir avec Madame sa femme, par terre, comme>on dict, car il n'a pas sceu passer plus oultre que Grenoble où il se trouva indisposé, et fut constrainct de rebrousser chemin , et s'en aller rendre à Tarascon où Madame^ l'atlendoit avec tout son train. Il y a grande fouHe de genls à ToUon, jusques à des seigneurs Ânglois, qui pensent pouvoir passer en Italie avec cette galère, mais il en fauldroit plus de trois pour lever tout. On doubte bien encores s'il ne trouvera pas bien de la difficulté d'eslre receu en ce pais là, et possible luy sera ce grande grâce de passer par la quarantaine. A Barcelone il n'y a que 1 6 galères assez mal en ordre pour le voyage de l'Infante, et dix aultres qu'on y attendoit de Cartagene , qui ne sont pas plus lestes , de sorte qu'on n'a pas grande peur de ce costé là. Il n'y a que la maladie qui tient tout le monde en suspens. Je viens d'apprendre qu'on se doubte que dans Cassis^ il n'y ayl eu 2 ou 3 accez. Si cela est , le peu qui restoit de commerce est tout à faict ruiné, pour longtemps. Dieu veuille avoir pitié de son pauvre peuple, et nous tenir tous en sa sainte garde, et avec ce vœu je finis demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Peibesc.
. A Boysgency, ce 29 avril i63o. .
^ Déchirare du papier. ^ Philippe de Bëtbune, comle de Selles,
Ce nom ëtait-il emprunte à celui de de Charost, etc., avait ëpousë en secondes
noces (novembre 1608) Marie d'Alègre,
' Le général des galères. veuve de Jean de Sabrevois, baron de |Be-
* Il s'agit là, non de notre ambassadeur Ibomas, fille de Christophe d'Alègre, mar-
h Rome, lequel était alors Jean Galard de quis de Saint-Just, et d'Antoinette du Prat
Béam, comte de Brassac, mais bien d'un ' Commune du dép' des Bouches-du-
des frères de Sully. Voir, outre la note sui- RhAne, sur la Méditerranée, arr' de Marseille,
vante , la note 1 de la page s&6. c^* de la Ciotat , à 1 a kil. de cette ville.
Il 3i
uirtiaEMc lATioiau.
Mon frère est à Salon. S'il se rencontroit commodité extraordinaire pour m'envoyer les médailles de M' Aubery, vous m obligeriez particulièrement. Je desirerois bien aussy par les premières commoditez, soit ordinaires ou extraordinaires, quelques exemplaires de la petite Bible Hébraïque sans poincts de Raphelengius que je vous avois cy de-* vaut demandée avec tant d'instance pour quelques amys qui lattendent en grande impatiance. Je vous en avois demandé jusques à quatre exem* plaires si tant s'en pouvoit avoir de bien complets et de bien nets. S'il ne s'en trouve plus de celles de Raphelengius, et que Elzevir l'eust refaicte, il se fauldra contenter de cez dernières, mais les premières seroient possible plus au goust de ceux qui les veullent. Elles sont en deux petits volumes in â/i de l'an 370 du petit Gompute des Juifs, qui est l'an 1 6 1 0 si je ne me trompe, à Leyden \
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY, À PARIS
Monsieur, Je viens d'apprendre avec un grand contentement que mon frère, qui s'estoit trouvé porté pour affaires domestiques sur la frontière du Daulphiné, s'est laissé emporter jusques à la Cour, d'où il aura moyen de vous sallûer d'un peu plus prez que d'icy, et avec moings de danger de voir perdre ou retenir ses lettres, comme nous sommes encores icy en doubte si celles que nous vous avons envoyées seront tout à faict perdues (puis que vous ne nous en accusez poinct la réception) ou seulement retenues, dont il se pourra informer par les chemins qu'a voit tenu un homme qui s'en estoit chargé, dont nous n'avons poinct eu de nouvelles, ne l'un de noz parents, le sieur de Meaulx^, qui l'avoit envoyé exprez
^ Vol. 717, fol. io3. Voir à VÀppendice, * On ne trouve aucune lettre adressée h
seeonde partie, n*" V, une lettre de Jacques ce parent dans les registres des minutes con- Dupuy à Peiresc du ao mai i63o. serves à Garpentras.
pour lever un ofiQce de sa maison. En quoy il a receu un notable interest, pour n'avoir eu ses permissions à temps pour payer le droict annuel , et Dieu sçaict s'il n'aura pas bien de la peine à sauver son office s'il estoit venu faulte de cet homme, ne sçaichant s'il est mort par les chemins, ou s'il a prins aultre routte par desbauche avec les trouppes qui alloient lors par pais, au qu'est ce qu'il est devenu. Et le mal est qu'il estoit saisy des résignations et provisions originelles du devancier, et de quelques despesches nostres que j'avois creu luy pouvoir confier plustost qu'à la poste, au temps où nous estions encor alors. Ce vous seroit bien de l'importunité saulvée, si cez lettres estoient perdues tout à faict, mais ce me seroit bien de la mortification à moy qui avois tasché de correspondre au moings mal qu'il m'avoit esté possible à voz honnestetez, et au moings de vous tesnioigner combien nous nous en recognoissons redevables. J'y avois mesmes adjousté des petits desseins et mémoires tels que l'incommodité du lieu où nous sommes nous pouvoit fournir, quelqu'un desquels se feut possible rencontré de vostre goust. En nne chose certainement je puis avoir failly, dont je me promets neantmoings que vous ne laisrez pas de m'excuser, c'est que je vous deubsse avoir escript souvent par la voye de la poste plustost que par des personnes particulières, mais ce n'a pas esté sans juste occasion, comme vous le sçaurez quelque jour plus à plain. Cependant puis que nonobstant de tds deffaults, sujets à si mauvaise interprétation, vous n'avez pas laissé de nous tenir tousjours pour voz serviteurs, sans revocquer en double ce qui estoit de nostre fidélité, comme nous le pouvons comprendre par voz dernières lettres qui sont du 20 mars, et par aultres de noz amys qui l'ont ainsin apprins de vostre bouche, il fault que vous ayez bien bonne opinion de nous, et meilleure que nous ne méritons, et que nous advoubns qu'il n'y a pas d'honnesteté comparable à la vostre, ne d'obligation de serviteur pareille à la nostre en vostre endroicti Aussy le tesmoiguerons nous tant que nous vivrons, en toutes les meilleures façons qu'il nous sera possible, mais je vouldrois bien que ce fust principalement en vous bien servant. Que si par malheur toutes noz principales despesche» estoient absolument perdues,
dont j'attendray impatiemment d'estre esclairez par mon frère, il fauldra voir d'en refaire ce que nous pourrons, et à tout le moings vous envoyer le duplicata que j'ay retenu des desseins, et de quelqu'un des cahiers qui y esloient joincts. Pour les aultres, il n'y auroit pas tant à regretter, et j'ose bien croire qu'il en pourra estre eschappé quelqu'une, quand ce ne seroit que celle dont M' Marchier s'estoit chargé.
Au surplus, nous n'avons pas à présent rien qui vaille la peine de vous estre envoyé à nostre grand regret. J'eus dernièrement un pacquet de Rome où je trouvay un exemplaire du Porphyre de M"^ Hoistenius qui est une bien digne pièce de ce personage^; il y avoit encores un Kalendrier m[anu]s[crit] turquesque lequel j'avois aultre fois envoyé à feu M"^ Âleandro, que le cardinal Barberin a faict recouvrer des mains d'un Maronite qui se l'estoit approprié, et me l'a faict renvoyer, mais j'ay esté estonné d'apprendre par la mesrae despesche qu'il ne s'est trouvé persone dans Rome qui l'aye sceu deschiffrer, et me prie t'on d'en envoyer une version, que nous luy pourrons fournir possible quelque jour. J'ay eu par mesme moyen le prétendu fragment de Tertullian, dont je vous escrivis dernièrement, sur ce que m'en aviez envoyé, que mon advis ne s'esloignoit pas du vostre. Je viens d'apprendre tout présentement qu'il est arrivé à Cassis une barque de Rome chargée de 53 caisses toutes remplies de statues et aultres marbres et antiquitez, et de quelques excellents tableaux que le sieur Vignon^ y est allé achepter pour Monsieur frère du Roy, ayant prins grand plaisir d'entendre que ce prince n'aye pas encores perdu ce goust tout à faict comme l'on avoit voulu dire, car cela pourra saulver quelques jours d'excellentes singularitez du temps passé, qui seroient peries comme tant d'aultres à faulte
^ Porpkyrius de vita Pylhagorœ; ejusdem sententiœ ad mtelUgihilia ducentes; de aniro nytnphartan, Luc. Hoktenius laU vertit, disserUUionem de vita et scriptis Porphyrii et ad vùam Pythagorœ observationes adjecit, ( Romœ, typis Vaticanis, i63o, ia-8^)
• Claude Vignon, né à Tours vers iSgS, mourut à Paris ie lo mai 1670. Il devint
membre de VAcadémie de peinture en 1 65 1 . On possède à Carpentras (registre VI des minutes, fol. 61 3) quatre lettres de Peiresc à aM. Vignon, peintre du roi à Paris n, écrites, une de Bdgentier te 16 janvier i63o, trois d'Aix le 10 avril i633, le 97 juin et le 18 juillet de la même année.
de Grands qui en voulussent faire cas en ce Royauime. Ceux de cette barque disent que les galères de M*^ l'Ambassadeur avoient esté rebuttées à Gènes, et qu elles n estoient pas encor arrivées à Ligourne.
Messieurs des contes ont enfin quitté la ville de TouUon, et en partirent en corps sammedy dernier, pour se retirer à Brignole où ils ont esté fort favorablement receus. On attend en revanche M' de Guise dans Tollon au premier jour, M' le General des galères y est desja arrivé. Voila toutes noz nouvelles, si ce n'est un bruict sans autheur, que les Hollandois ont prîns Fernambuc^ au Brésil, et qu'il descend de la cavalerie vers Nice. Nostre pauvre ville d'Aix est entrée en sa première quarantaine de purification puis le 37™^ du moys passé. Marseille a eu 2800 personnes attaintes durant le moys de may, et dont il en est mort 1 5oo; 3oo en sont hors de danger, et les autres sont encor à la mercy de Dieu. Le pix est que le mal a saisy jusques à 60 bastides de leur ter* roir, encores que l'ordre soit beaucoup meilleur dehors que dedans la ville. Dieu par sa miséricorde veuille se contenter de ce qu'il y a eu jusques à présent, et sur ce vœu je finiray demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Peiresc.
A Boysgency, ce 3 juin i63o.
Mes trez humbles recommandations, s'il vous plaict, à M' du Puy. vostre frère, et à tous les bons seigneurs et amys de l'Académie.
M' Fabrot vous sallûe trez humblement, et escrit un mot au sieur Cramoisy pour son Théophile, dont nous n'avons jamais veu seulement une espreuve depuis si longtemps. Vitray a un peu de tort de vous avoir si mal tenu parole^.
* Peniamboac, vulgairement Fernam- * Vol. 717, fol. io5. Y oit ï Y Appendice,
bouc, cheHieu de la province du même seconde partie, n* VI, une lettre de Dupa y
nom , est un port surrAtlantique , i 1 ,900 ki- à Valavez , du aS juillet 1 63o. lomèlres nord-est de RioJaneiro.
XLVU \ MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
k PARIS.
Monsieur, Aprez avoir esté assez longtemps sans avoir de voz lettres , j ay eu quasi tout dun coup trois despesches du â avril, lo et so may, accompagnées de plusieurs belles curiositez, mesmes de la relation de Femambouc, que les ad vis de Barcellonne desguisoient tant qu ils pouvoient. Les deux premières m'ont esté envoyées de Sallon tant par le filz de M' le conseiller Olivier que par M' d'Aubray, qui y est arrivé en bonne santé et s'est réservé les rouUeaux et cahiers, qu'il vous a pieu luy mettre en main. Attendant si ma santé me pourroit permettre de monter à cheval pour luy aller rendre mon debvoir et les recevoir de sa main, ce que je n ay encores peu mettre à exécution à mon grand regret tant je vaulx peu. Cependant nous avons veu icy M' de Bethunes^ qui, à faulte d'autre logis en ce chetif lieu, où il estoit venu prendre son premier giste, nous a faict l'honneur de s'arrester un soir dans nostre petite maison , ce qui n'a pas esté sans parler de Rome et de M** de Thou dont il tient le mérite au plus hault degré de prix qu'il se puisse mettre et non sans juste raison. Il avoit eu en partant de Borne un exemplaire de l'édition des Relations du cardinal de Bentivoglio dont vous me parlez en vos lettres^, mais on le fit prier de ne le pas laisser voir, et l'eut on bien voulu retirer, à cause de ce qui est eschappé à l'autheur en la relation du Caict de M' le Prince, concernant le mariage
^ Philippe de Bëthone, fils puinë de mée entre la France, le Pape et Venise. François de Béthune, baron de Rosni, na- * Relazioni varie faite m tempo délie ntm-
quit en i56i et mourut en 16&9. Voir ziature di Fiandra e di Fronda (Anvers,
un rësiunë de ses négociations diploma- 1639, in-&°). Il y eut une nouvelle édition
tiques dans une note du Recueil Avenel i Cologne en ]63o, in-â% une autre à Paris
(t. I, p. 85). La dernière de ces négocia- en i63i et une autre encore h Venise en
tions (1639) fut relative à la ligue for- i633.
du feu Roy \ et de tout plain d autres chosettes qu'il vouldroit bien aYoir changées, quand ce ne seroit que la mention si souvent réitérée des interestz des deux Couronnes, où il nomme celle d'Ë&pagne devant celle de France, comme il eust deub. J apprins que le subject de la saisie des Païs bas estoit fondé sur le trop d'estime qu on y faict des establissements des HoUandois, de sorte que je voys quil sera pour s'en trouver en peine et n'avoir contenté ny les uns ne les aultres et luy fauldra faire possible quelque réparation faseheuse. Au reste le livre des observations de M' Rigault s'estant par hazard trouvé sur une table, M' de Bethune print grand plaisir d'y lisre l'Epistre liminaire et la préface, et gousta grandement l'espérance que je luy donnois de voir un jour du mesme style l'histoire de la prise de la Rochelle. Il avoit avec luy M*' MarescotJ^ et M'^ Hardy ^ qui faict particulière profession de serviteur de M' de Thou , et un laquay du frère de M' de Thou qui ne se donna à cognoistre que lorsque tout estoit monté à cheval, car je ne l'eusse pas laissé aller sans un billet.
Nous avions veu à l'advance le sieur Matheo Mileti, lecteur en langue grecque à la Sapience de Rome, qui me dict que le bibliothécaire du Vatican avoit esté changé, et qu'en sa place on avoit estably un P[ere] de l'Oratoire nommé le P. Giustiniano, Grec de Chio , personnage de grande considération, et que l'on tient pour cardinal des premiers*, lequel on dict estre fort affable ^. Mais cela debvoit estre réservé à M' Holstenius.
^ Relazicne Mlajuga ii Francia delprm" eipe a Qmde. Voir sur toute cette aflaire ÏHiêUnre de» princes de ùmdè, par M** le duc d'Aumale, t. II, 186&, p. 96ô-3fiÂ. L'éminent historien cite plusieurs fois la relatîoii de Bentivoglio (notamment p. a8o, 989). En cette dernière page ii signale ainsi Tenthousiasme du narrateur pour la princesse de Condé : «rLes chroniqueurs du temps accordent à la princesse des attraits ai irrésistibles, qu tous ceux qui approchaient d*eiie en restaient épris. Le cardinal Bentivogito décrit les charmes de cette blanche et gracieuse
figure avec une complaisance qui ferait soupçonner ce prélat un peu mondain de n*avoir pas échappé au péril commun . • . 9>
^ Voir sur Guillaume Mareseot le tome 1 , p. 80A , note 7.
' Claude Hardy, déjà mentionné en ce j^ent volume (lettre III ].
* Le P. Horace Justiniani ne devint jamais cardinal.
^ Fort c^ahle! C'était une réputation usurpée , si Ton en croit deux érudits qui habitèrent longtemps la ville de Rome et qui furent non seulement témoins, mais encore
Et l'eust possible esté sans que cez gens tiennent qu'il iroit de Thonneur de la nation d'y mettre un qui ne fust Italien, ce Grec estant réputé pour Geneuois d'origine, et ayant un proche parent dans Rome Grand Seigneur, qui porta 5o mil escus au Pape en son emprunt. Je veux croire que si M*" Holstenius revient à Rome, il aura plus d'accez que devant dans la Valicane soubs ce Padre Giustiniano, Grec naturel, et qui ayme la langue grecque, et non seulement luy, mais tous les autres qui seront bien méritants des lettres et particulièrement ceux qui seront tant soit peu recommandez de la part du cardinal Barberin de qui ce Giustiniano est fort particulièrement chery et porté comme créature immédiate.
Je n ay point eu de lettres de Rome par aulcun de la suitte de M'^ de Bethune. J'estime qu'ilz n'avoient pas creu qu'il passast si prez de nous. J'ay esté infiniment ayse d'apprendre l'arrivée du coffre de M' de Thou , et que vous ayez mis le m[anu]s[crit] grec en si bonnes mains que celles de M*^ Grottius. Estant marry qu'il n'y ayt des fragments de l'antiquité plus importants, et plus utiles au public, mais si faudra t'il qu'il y ayt quelque petite chosette qui ne soit pas ainsin ailleurs. J'ay une grande obligation à M' d'Aubray de la peine et du soing qu'il a voulu prendre de mes papiers et roulleaux, et mesmes des médailles de
Tictiraes des peu libéraux procédés du bibliothécaire du Vatican. Le premier de ces érudits est Jacques Bouchard, qui, dans une lettre du 7 mars 1 636 , annonce à Peiresc qu'il n y a pas eu moyen d avoir les renseignements demandés, car le P. Jiistiniani «rfait justement de cette bibliothèque comme le diien des jardiniers fait des chous de son maître» (fascicule II! des Correspondants de Peiresc, p. A7 ) ; le second est Gabriel Naudë, qui, dans une lettre du â6 mai i636, complète ainsi les récriminations de Bouchard : (rLe père Justinian, qui en a la garde [de la Vaticane] , est si difficile et extravagant qu'il vaudroit mieux que la dicte Bi-
bliothèque îài tout à fait fermée. . . C'est un homme dt poco sotmo qui n a presque rien veu ni sceu, hors de ce qui est dans la Bible , le Baronius et les Conciles, et qui faict le bigot pour devenir cardinal... 9 Naudé raconte ensuite avec la verve la plus malicieuse une anecdote qui prouve combien le P. Justinian était peu digne par ses lumières des importantes fonctions qui lui avaient été confiées. Poresc, en lisant les plaintes et les railleries presque simultanées de Bouchard et de Naudé, dut bien regretter les éloges qu il avait jadis donnés à Taffabilité du prédécesseur de Hoktenius.
M' d^Aubery dont j'avois eu du regret, comme aussy à M' de Valbelle d'avoir voulu faire venir mes livres avec ses bardes. S'ils arrivoient à Lyon tandis que mon frère y sera , il l'en soulageroit , car il s'en chargeroit luy raesmes. Et en un besoing ferois conjoinctement apporter celles du dict sieur de Valbélle, s'il estoit demeuré derrière. J'ay bien de l'obligation à M"^ de Thou de la protection qu'il a faicte audit s*^ de Valbelle, et à son retour nous nous efforcerons tous deux ensemble de trouver quelque moyen de servir tous deul [m) si nous pouvons en revanche de tant de bienfaictz.
Tay grand regret de ne m'estre trouvé à Sallon au premier abbord de M' d'Aubray pour le servir comme je debvois. Mais à ce que m'en ont mandé quelques uns de ceux de la Compagnie, elle est demeurée fort satisfaicte de son proceddé, et fort disposée de demeurer avec luy en toute sorte de bonne intelligence. Et je crois qu'elle le fera. J'ay eu des petites incommoditez qui ne m'ont pas permis jusques à cette heure de l'aller voir, comme je debvois, mais je ne suis pas encores hors d'espérance d'y pouvoir aller faire un tour dans la fin du moys Dieu aydant, et je n'oublieray pas vos recommandations. Je vous remercie trez humblement des honnestes offres qu'il vous plaict me faire pour le sieur Aycard qui est encor à Lyon, et me mande qu'il pourroit bien avant que s'en revenir aller faire un tour à Paris quasi exprez pour avoir le bien de vous y aller saluer. Il fault que vous acheviez l'accommodement de M' Rigault puisque ses parties se mettent à la raison, afin que. vous luy mettiez son esprit en repos de ce costé là.
Je plains grandement le pauvre M' Petit de Nismes qu'il n'ayt eu un amy qui vid son ouvrage entier avant que l'avanturerS car un peu d'advis pouvoit prévenir bonne partie de ces inconveniants qui s y rencontrent. Je plains bien auâsy M' Jacquet, et crains que ce changement n'adjouste bien de l'incommodité à nostre commerce, maintenant que nous pensions estre quittes des desordres de la maladie, laquelle a quasi cessé dans Aix et dans Arles, mais faict bien du progrès dans Marseille et Aubagne. L'accident de Cassis avoit esté esludé quelques
' Il s'agii\kdesMiscMmea{Vans, i63o , in-Â').