II. di
UirBllliail lATIOVAU.
jours ou desguisé, mais enfin le mal a esdatté en sorte que tout le monde en est sorty en grand desordre, ce qui a faict grand tort au commerce des MarseiUois qui auront peine de trouver ung autre lieu si opportun que celuy là. Si cet arrest du Conseil de Monsieur se peult voir, il sera bon à garder. Je n ay pas encores leu ces cahiei's du Bureau de rencontre, mais puisque vous y trouvez quelque utilité, je n'en doubte nullement. J'attendray la petite bible bébraïque et ne seray pas marry de la relieure parce que ce n'est pas pour moy. Je ne regrette si ce n'est que les parties ne sont pas communément rangées dans ces volumes des HoUandois selon l'ordre des Juifs, comme j'eusse voulu qu elles fussent pour la commodité de cez gens là. Si mon relieur^ estoit hors de la ville d'Aix, je les aurois bientost faict remettre à l'ordre qu'ils veulent, mais il n'en sçauroit encores sortir et s'y est maintenu en trez bonne santé grâces à Dieu dans nostre maison, où il a de beau loisir de faire bien de la besogne. Je vous supplie neantmoins de prendre les autres deux exemplaires que vous avez laissez chez Drouard ; seulement vouldrois-je, si cela estoit facile, sans gaster la relieure flamande, qu'il vous plenst de les faire descouldre et remettre en Tordre rabbinesque qui sera cotté au billet cy inclus, et puis y remettre cette bonne couverture de gros vellin qui est propre pour cez pays de Levant où je les veux envoyer, en revanche de la peine que aulcuns de ces gens là ont prinse pour l'amour de moy.
Pour le catalogue de la foire, je suis toujoui's curieux de le voir, car n'ayant pas le goust si délicat que beaucoup d'autres , j'y trouve toujours quelques chardons supportables à la rudesse de mes lèvres. Sur quoy je finiray demeurant.
Monsieur,
yosti'e trez humble et trez obligé serviteur, DE Peiresc.
A Boyfigency, ce 16 juin i63o.
^ Oa lira , dans un des volumes consacres ce relieur, qui s'appelait Gorberan , comme à la correspondance de Peiresc avec divers , nous l'avons déjà vu au commencement du une curieuse lettre adressa de Belgentier à présent volume (lettre III).
Depuis vous avoir escript d'hier au soir, je viens d'apprendre le passage des â/ï galères d'Hespagne qui portent l'Infante Dona Maria, lesqiielles abordèrent en veue de Tollon sur les six heures du soir et en sont parties à cette nuict, aprez que dez hier au soir elle sceut, par une chalouppe envoyée jusques à la tour de l'embouschure du port, que les Roynes n'estoient pas à Tollon, comme elles avoient promis de s'y trouver.
Ce 17 juin.
La partie dont vous escrivoil le prieur de RoumouUes estoit pour satisfaire aux livres que vous prenez la -peine de faire prendre pour mon compte, ayant creu que les soupçons de la maladie de Marseille et de Cassis pouvoient peult estre laisser du regret au crédit des Marseillois qui vous souloient faire fournir de l'argent.
[A côté de radresse.^ J'oubliois de vous dire qu'il ne fauldra pas laisser le Nicephore grec en fin papier tandis qu'il s'en trouvera, puisqu'il vous plaict en prendre le seing ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur,
Je receus hier voz despesches du 10 et 1 4™* de ce moys, avec celles
que vous y aviez joinctes de la part de mons' le Grant, et de M"" Ber-
geron, et la petite bible, ensemble plusieurs pièces du temps très
curieuses et le roolle de mes ballots, dont je vous remercie trez humble-
* Cette lettre manque au volume 717. communiquer l'autographe qui fait partie J'en avais déjà pris copie à Carpentras dans de sa riche et belle ooUeclioa. J'ai pu ainsi le recueil des minutes des lettres aux frères amëliorer ma copie et constater une fois de Dupuy {Additions aux tnanuserùs dePeirese, plus que la transcription qui semblerait deregistre V, fol. s 35), quand M. Paul Ar- voir être la plus sûre ne remplace jamais band, d'Aix en ProveAce, a bien voulu m'en complètement le document original.
ment , et de ia continuation de voz bonnes grâces et de voz bons offices. Je plains infiniment le bon M' Rigault et en ay grande compassion \ mais au bout du compte je pense que sa bonne foy gaignera le dessus. Car j'ay de la peine à me persuader que son adversaire se puisse donner cette violance de ne point lascher plus de six exemplaires de son escript,^ cognoissant son humeur^, que j avois certainement appréhendée de longue main, pour M' Rigault, qui aime tant la tranquillité d'esprit^. C'a esté un grand tradiment* que celuy de cet imprimeur qui est indigne d'estre employé par les gents d'honneur. Je n'avois pas creu que rOptat deubt faire un volume in fol., mais puis que cela est, il fault qu'il y ayt joinct possible toutes les autres pièces du temps que feu M'^ Pithou y avoit joinctes, avec de grandes notes ^. Uautheur m'en a voit faict voir quelque chose durant son sesjour de Marseille, où j'avois trouvé, ce me sembloit, de bien bonnes observations. Mais l'ouvrage estoit fort petit. Je crains qu'en le voulant grossir il ne luy réussisse peut estre pas si bien. Toutefoys il faudra voir ce que ce sera. Gez commissions pour la relation des facultez de personnes particulières seront de bien dure digestion partout, et s'il en falloit venir à cela, on inviteroit le monde à vivre et cacher ses moyens à la Turquesque. Si l'on commençoit par les facultez de celuy mesmes qui les a expédiées, et qu'on y fit distinction des temps, il y auroit peult estre bien aultant
' Au sujet de réternelle querelle avec Gabriel de TAubespine , ëvëque d'Orlëans.
* Humeur (rès batailleuse, comme on peut le voir dans la notice sur le savant prëîat en télé du fascicule VII des Correspondants de Peiresc, p. 7-8. J'ai cite là ce jugement porte sur G. de TAubespipe par le cardinal Benlivoglio: ff D'une nature très ardente, il est homme h porler tout k Pextréme. i>
* Rigault, si grand ami de la tranquillité, eut encore une autre retentissante discussion : ce fut avec le P. Vavasseur, au sujet de la beauté du Christ, niëe par lui, adirm{e par son adversaire.
* Le Dictionnaire de Trévoux domie, d'après Borel, cette interprétation du mot tradiment: (renseignement, tradition.') Mais Peiresc a évidemment employé le mot dans le sens de trahison, comme lavait employé déjà R. Belleau dans des vers cités par La Gurnede Sainte-Palaye {Dictionnaire, t. X, p. 73).
* Le travail de Pithou sur Optât n'est pas mentionné dans les notices bibliographiques sur i'émdit champenois, notamment dans les Mémoires du P. Niceron (t. V) et dans la Vie de Pierre Pithou , par Grosley
à dire qu'à aulcun autre des subjects du Roy. La délibération du parlement sur l'observance de l'Edict des suppressions ne sçauroît estre trouvée mauvaise. Mais l'autre chef esl bien hardy concernant le desdommagement des héritiers, et s'il s'en pou voit avoir de minute, ce seroit bien une des bonnes pièces qui se pussent voir. Les dangers de la peste de ce pais icy ont mis les pauvres officiers en telle allarme , qu'il n'y en a gueres qui n'aymast mieux se mettre à rançon que de courir la fortune de tout perdre, et de voir ruiner leurs familles, dont le plus clair consiste souvent au fonds des offices.
Quant à l'ecclypse, il fauldra voir les observations de M' Gass[en]dy. En ce fonds de vallée où nous sommes, elle nous fut imperceptible dans le corps du soleil à cause des montagnes qui nous couvrent l'orizon, mais après le poinct du soleil couché , il survint une obscurité fort apparante en l'air et fort différante de celle du crépuscule qui se reclaircit^ par aprez avant la fin dud[it] crépuscule et fit un effect que je n'avois jamais veu. Tant est qu'elle deubt commancer plus tard qu'on n avoit dict; car M"" de Ghastueil et M' Lombard avoient pareillement affusté^ des instruments au fonds du parc, où le soleil disparoit le plus tard, où ils ne recogneurent aulcune apparence d'ecclypse jusques aprez sept heures, et bien prez du poinct du soleil couchant, lequel ils ne pouvoient pas voir^. Au reste j'ay bien de l'obligation à M' Auber[y] de son registre de Léon X; il ne se peut lasser de m'obliger, et }'ay tousjours moins de moyens de m'en revancher,.tant je suis malheureux. Je voul-
* littré n'a dié soas le mot rielaircir ^^une phrase du xii' siècle (roman-de Coud) «l quune phrase du xvi* siècle (Olivier de
' Serres).
* Autrefoia^ ajuster avait le sens général de disposer; et on trouve dans la première édition du DicHotmairtf de l* Académie ^ ^affùsii, préparé. 1» Voir le mot t^fuster dans les
Dictionnaires de Trévoux, de La Came de Sainte-Palaye.
* Gassendi (h IV, p. 34o-3&]) parte ainsf des voines tentati^^es faites par Peiresc et ses
deux auxiliaires François de Galaup (déjà intentionné en la lettre XL) et Lombard , pour étudier Téclipse : «rFranciscus Gallaupius nobilis Aquensis, qui Hebraice doctus, si quis alius, et peregrinationis orientalis ctipidissimus, Marcbaevillfeum apud Peireskium redilurum , prœstolabatur. Is fuit, cui sîmul ac Lombardo demandavit prâecîpuam cfiràm observandi eclipsimsolis, quœ die décima Junii contigit. Id tamenfhistra , quod montes occidin defîctentera soten^intén^eperint, observataque solum fuerit magna aëris obscuratio. n
drois bien que selon son sentiment mon frère vouspeust aller voir, mais il luy est Bien malaisé et quasi impossible. Il est vray que s'il me croid, il envoyera mon neveu vous rendre ses debvoirs et les miens pendant ce mauvais temps. Mon frère m'escript «qu'il a veu et payé la voilure de mes ballots de livres chez mess" de Sallicoffres ^ et qu*il me Içs fera apporter en venant ; il me tardera fort de les avoir en ce désert, où ils nous fourniront bien du divertissement, y ayant une si grande multiplicité de pièces, que j'en ay esté ravy en voyant vostre roolle. Mais je n'y ay pas apperceu, ce me semble, le livre dont vous me parliez dernièrement de M' Petit ^ ne celuy dont m'escript M' Bergeron de ses Isles Canaries '. Mais j'ay esté bien aise d'y trouver le Nicephore nouveau , dont me faisiez feste par vos dernières *. Et toutes ces jolies pièces de l'édition des Ëstiennes. Et particulièrement ces conciles du P. Sirmond^, et ce Solin de M' Saulmaise^, encore que je me doubte bien que les notes n'y soient pas encor achevées d'imprimer selon ce que vous m'aviez escript quelque temps y a.
Nous verrons donc ce livre de la maison de Linden"^ et ce nouvel ouvrage de Snellius* et ce Phil. Lansbergius, qui a voulu parler du
' On a dans les minutes de ringuimbex^ tine (registre VI, fol. 1 58) une seule lettre de Peiresc à M. de Sallicoffres, écrite d'Aix le 9 mars 1699.
' Il s'agit là du premier des ouvrages de Samuel Petit, les Miscellanea qui parurent h Paris en i63o, in-4'.
' Histoire de la première découverte et conquête des Canaries, faite dis l'an lâosi, par messire Jean de BéAencourt, chambellan du roi Charles VI (Paris, i63o, in-8*).
* Nicephorus Callistus, Eeeksiasticœ historiœ libri XVIII, grmee wmc primum editi : adjeeta est htina mterpretatio Joan, Langi a Frontone Dueœo eum Grœds eollata et recognita. (Paris, Gramoisy, i63o , 9 vol. in-fol.) On lit dans le Manuel du libraire (t. IV, col. 5&) : (r L'article Fronton du Duc qui fait
partie des Mémoires du P. Niceron et qui est du P. Oudin (t. XXXVIII, p. 118) contient des détails curieux sur l'impression de cette édition de Nicephorus Callistus, donnée par Nie. Rigault et dédiée par lui au cardinal de Richelieu, n
^ Concilia antiqua GaUiœ très m tomos ordine digesta, etc. Paris, 1639, 3 vol. in-fol.
^ Pltniame exercitationes m Caii JuHi So- Uni Polyhistora, etc. Paris, 1699, a vol. in-fol,
' Nous avons déjà rappelé que les Annaks généalogiques de la maison de Lynden, par Christophe Burkens, parurent à Anvers en 16 a 6.
* Doctrinœ trianguhrum canonicœ Ubri quatuor (Leyde, 1697). Cet ouvrage posjLhume (Snell était mort le 3 1 octohre 1696)
mouvement de id terre S que je n attendois pas si tost, mais je suis bien obligé à M' Rigauit de son beau Phaedrus^, à M' du Ghesne de ses Ducs de Bourgogne', à M' Granier de son Malherbe*, à M*" Lhuillier de sou dictionnaire **, à M' Hosier de ses généalogies^, et à vous autres, messieurs 9 de cez belles pièces de M"* de Thou de Re accipitraria^ de Barlaeus et autres. Gomme aussy au s^ Vitray de son Testament de Mahomet et de ses rudiments en Turquesque. Mais j'aymerois bien mieux qnil m'eut obligé avec le pauvre M*^ Fabrot, de mettre son Théophile soubs la presse comme il a promis depuis si long temps.
Pour ce qui est de M' Jaquet, je ne vous sçaurois exprimer combien ce changement m'a esté sensible, et je ne voids pas d'apparence que son affaire se puisse rhabiller, de sorte qu'il faudra faire au moins mal que nous pourrons, et tant qu'il nous sera loisible de faire passer des despesches soubs les enveloppes de M' le Beauelerc, ou de M' de Lo-* menie, nous nous deffendrons bien de cez nouveaux commis, et une
fat complété et publié par Martin Horleo^ius (deDeIft).
' CofmnenUUiones in jnotum terne diumum et aimuutn, etc. (Mtddelbourg, 1 63o , in-A**).
' Falmlarum JEiopiarum Ubri V. Nie. Rigaltius reeensuit et notis illustravit. Branet indiqae (t IV, col. 588) deux édition» : la première de 1699 (Paris, Drouort,- pet.
in-19), dédiée à M. J.-A. de Thou; la seconde de 1617 (Pans, R. Estienne, in-4°). Y eut-il une nouvelle édition en i63o*?
' Histoire généalogique des ducs et comtes de Bourgogne, etc. (Paris, 1696, in-&").
* Les cBtwres de M^' François de Maiherbe, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy. Paris, Charles Ghappelain, i63&, in4''. Le véritable éditeur fût, non, ainsi qu'on Ta cru , François d' Arbaud , sieur de Pibrehères , mais Auger de Mauléon, sieur de Granier, comme il résulte de l'indication formelle que Peiresc nous fournît ici , et comme du reste l'avait établi déjà M. Lud. Lalanne
{Notice bibliographique, déjà citée) en s'appuyant sur une lettre de Dupuy à Peiresc, du 1 8 mai 1^29 , et sur une lettre de Peiresc h Dupuy, dtt 18 aoàt 1699, lettres pur bliées en ce pr&ent volume.
^ Un dictionnaire arabe que François Luillier avait procuré à Peiresc,
* Probablement des généalogies manuscrites de Pierre d'Hozier. De tous les recueils du célèbre juge d'armes de France, celui qui, par la daté de sa publication, se rapproche le plus de i63o est celui-ci : Les noms, surnoms, armes et blasons des chevaliers et officiers de Vordre» SaintrEsprit , etc. , recueillis par Pierre d'Uozier, sieur, de. la Gardey histmographe et g/hUuhgi&te de France {fam^t Taveiiûer, i6â4, in-foL).
' On connaît deux» éditions du poème du président de Thou : Hieracosophion , sive de re acdpitraritf libri III (Paris, Mamert Pâtisson, i584, in-4'; Paris, même imprimeur, 1587, in-8-).
enveloppe que vous veuilliez faire à M' nostre Premier Présidant sur tout ce qu'il vous plairra m envoyer nous mettra à couvert de tout autre conteroolle du costé de deçà, sans qu'il vous faille charger de luy escrire. Il suflBra, si vous ne le trouvez mauvais, de faire mettre soubs son enveloppe quelque petite demy feuille des nouvelles plus communes, cottee sur le dos pour m'estre envoyée avec le pacquet y joinct, car cette friandise fera souffrir patiemment l'adresse qu'il vous plairra me faire de livres ou de quelque autre chose que ce puisse estre. Des nouvelles de cez pais de deçà nous ne sçaurions pas maintenant vous en escrire de considération qu'un peu de contention qu'il y a eu à Toullon entre M' le General des galères et M' de S^ Ganat, gouverneur de la ville \ pour les casaques ou hocquettons de trois ou quattre gardes qui suy voient d'ordinaire ledpt] gouverneur et pour le salut des soldatz du corps de garde de la porte de la ville, dont vous aurez sceu les particularitez d'ailleurs, ne s'estant trouvé persone dans le pais qui ait peu s'en entremettre et les consuls de la ville ayant tiré parolle de surceance de part et d'autre, attendant si M"" le Gouverneur de la province viendra, comme on dict, pour y mettre la dernière main. Et s'il tarde guieres, possible que M^ le premier présidant d'Oppede prendra la peine d'y venir à cette heure que le parlement sera finy. Sur quoy je finiray demeurant,
Monsieur,
vostre trez humble et Irez obéissant serviteur, DB Peiresc^.
' A BoyBgency, ce 97 juin i63o.
^ Était-ce Gaspard de Forbin, seigneur de Solliers et de Saint-Gannat, personnage qui avait été dëputë par la noblesse de Provence à l'assemblée des notables convoquée à Rouen en 1617?
* Vol. 717, fol. 106 bis. Cette lettre, qui avait été enlevée h la Bibliothèque nationale, a été rendue & cet établissement en
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y, A PARIS
Monsieur, Je receus hier au soir, par un courrier extraordinaire de M' du Lieu , vostre despesche du 1 6 de ce moys, mais je n'ay pas encor eu celle que vous accusez du 9"*®, oui bien d'aultres précédantes du 2 juillet, â8 juin et 1 7 avril , toutes accompagnées de trez belles curiositez à vostre accoustumée, et ay pareillement receu tous les fagots dont M" d'Âu^ bray s'estoit chargé, et les balles de livres « qui arrivèrent bien peu de jours aprez les dicts fagots et rouleaux, où jay trouvé tout le plus agréable entretien que j'eusse peu désirer, et tout le plus grand soulagement qu il se pouvoit avoir en cette solitude champestre. Mais depuis lors nous avons eu icy tant de divertissements que je n'y ay pas peu guiere mettre de temps, et à peine ay je peu parcourir Jes pièces m[anu]s[crit]es, où j'ay prins un trez gfand plaisir, et en ay faict dresser le rooUe qui sera cy joinct. Cez pauvres fagots coururent encores grande fortune le jour de leur venue, car à deux lieues d'icy, celuy qui les portoit se trouva enveloppé parmy des forçats de galère lors qu'ils rompirent leur chaisne et tuèrent leurs gardes et conducteurs^ ils estoient 1 28 en nombre, et firent belle peur à ce pauvre voiturier, qu'ils voulurent rançonner, mais n'estant pas encores tous deschaisnez, et voyant paroistre du monde, ils le laissèrent pour grimper les montagnes^ et se saulver comme ils le firent la plus part. Jay esté infiniment aise d'apprendre que M' Grotius ayt daigné prendre le soing du Nicolaus Damascenus, ,et M"" Bignon de mon pacquet d'Angleterre, dont je ne manqueray pas de les remercier par la première commodité, ne pouvant pas maintenant satisfaire à ce debvoir, ne respondre punctuellement à voz lettres, pour ne retarder M' de Marcheville^, qui est
^ Le verbe grimper a ëtë aussi employé activement par Régnier (Satire xvi) ; rrcomme une cbèvre en grimpsudt un rocher». — * Sur le comte de Marcheviile, voir 1. 1, p. 195. II. 33
WrilllIIIII ■ATIOBALB.
258 LETTRES DE PEIRESG [1630]
pressé de passer oultre et m'a donné avec un peu de peine le temps qu'il a fallu pour escrire à M' Holstenius par le susdict courrier et à M' Gassendy, pour les inviter à faire quant et luy le voyage de Constantinople, où il a grande envie de les mener. Et j'estime que l'occasion est si belle pour leur curiosité qu'ils ne la debvront pas laisser perdre, et qu'ils y proffiteront grandement pour le public, et saulyeront de bons livres, et aultres singularités, s'ils veuUent^
Nous avons veu comme vous le Décret imprimé de l'Ëminensa, et je m'apperceusr à l'ouverture du livre de ce Mystagogus du père Cresso* lius^, quil avoit possible donné l'envie à ces cardinaulx de prendre beau tiltre, puisqu'il avoit trouvé de si belles authoritez des Saincts Pères, pourt son origine et application aux chefs de l'Eglise. Et ne sçay si le livre n'auroit point esté faict exprez pour ce dessain, puisque le mot d'Ëminentissime^ y est représenté et affecté en différant caractère, pour en marquer plus fort l'énergie.
' Ni Gassendi, ni Holstenius n*accompagnàrent à Constantinople, en lôSi^ Tambassadeor du roi de France auprès de la Sublime Porte. Voici ce qu'on lit sur oê sujet dans Touvrage de Bougerd (p. 91-93):
fr Henri de Gournay, comte de Marcheville, venoit d'être nomme h l'ambassade de la Porte. Comtneiiaimoit iessataDts, il en voulut mener plnsieurs-avec lui : il le fit proposer à Dedcartes, aussi bien qu'à Gassendi ; celui-ci fut plus facile à gagner que Tautre. J.-J. Bouchard , Parisien , qui ëtôit pour lors à Rome , Hobfaiius , chanoine du Vatican , et plusieurs autres savants d'Italie et de France , dévoient être de la partie. L'on ne parloit de rien moins que d'enlever à TOrient tous ses manuscrits et toutes ses raretez. Gassendi étoit si résolu à ce voyage, quil en écrivit à Galilée, à Goliut, à Aubert Le Mire, à Reneri, à Erycius Puleanus, et à plusieurs autres desesamis dltdie, d'AlleniagBe et des Pays* Bas, pour leur offrir ses services dMis le
Levant Leur départ fut fixé au mois de novembre [1 63o]. Gassendi , qui pensoit sérieusement à ce voyage, se mit de nouveau à la lecttire d'Hoiok^, parce qu'il vooloit porter avec lui Straboa qui a pris à tâche d'édairâr et de défendre ce poète; mais tout ce projet s'en alla en fumée, car malgré toute l'envie qu'il en avoit , il ne put en être , et je n'en trouve nulle part la cause. Bencfaard et Hobtenius ne purent être prêts pour le tems du départ, quoique le comte de Marcheville eût été obligé de le différer jusqu'au ao juillet i63i.n
* LudoiM CretoUu Armariei e goeietaU Jesu My^agagus de sacrorum hominwn diici* pUna, etc. (Paris, Séb. Gramoisy, 16^9, in-fol). Voir sur le P. Louis Gr^l en ce présent tome la page 68.
' Le Dictionnaire de Trévoux dit de ce superiatif : ir Titre d'honneur qu'on donne depm qudque temps aux cardinaux, n C'est depuis 1 63o que cette qodtf cationap
Nous verrons bien volontiers les pièces des m[anu]s[crit]s de THincmarus \ Le mal est que nous n avons rien à vous envoyer en revanche. H y aura pourtant îcy quelques petites feuilles où je vouidrois bien que vous poussiez trouver quelque chose non encore passée par voz mains:
Au reste M'^ de Marcheville désire bien d'estre agrégé à vostre Académie avant que de s'en aller en Constantinople, et m a dict qu'il vous iroit voir. H y a vingt ans que je le cognois et que j'ay veu en luy de tre2 belles «t reeommandables parties^ de probité, de curiosité, et de courtoisie; vous aurez du contentement à le gouverner, et je participeray à ses obligations. Estant bien marry d'estre constraint de clore et demeuraoït, t
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE PEmESG.
A Boyqpency, à la desrob^, ce 36 jaillet i63o.
Si M"" du Lieu peult establir ses courriers par icy jusques à Genes, ih ne aous manqueroit pas de commoditez de renouer nostre. eommeree ; si non, il y aura bien de la peine, tant les postés sont rompues entre Lyon et ce pais ^.
partient atix membres du Sacre Cdiège en vertad*im décret de k congrégation des rites approuvé par h pape Urbain VUI le 1 o juin. Voir en ce qui regarde le titre à'étmnenee, prématurément donné au cardinal de Richelieu par Tauteur des Mémoires de PontU et par quelques autres écrivains, les observations du P. Griflfet {HieUnre du règne dt Lomé XIII, t. Il, p. 1 oA )< Émnence el émnentUsime sont deux titres cré^ le même jour.
' Hincmar, arehevAque de Rmms, mort h Bpemay le »i décembre 88fl , a laissé des ouvrages théologiques publiés par le P. Sirmond en i6&5 (a vol. in-fol.) et une chro-
nique de 861 à 88 s dont la dernière édition a été donnée par Tabbé E. Dehaisnes dans les Annaksde Sdnt^Bertm et de Saint^Waast publiées pour la Société de Thistoire de France (1871).
* Sous le mot jMiHfe« pour ^/tté^^Littré n*a cité que des écrivains postérieurs, Bossuet^ Corneille, Fénelon , La Bruyère, Montesquieu, Racine, Saint-^imon, etc.
* Vol. 7 1 7, fol. 1 07. Voir à VAjfèndice, seconde partie, n* VII, une lettre de Jac- <qnes Dupuy h Peiresc, du 3 septembre i63o, et, n** VIII, une lettre du même au même, du 90 du même mois.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Nous avons eu le bien de gouverner icy M'^ de Fontenay Bouchard un jour ou deux ^ avec un grandissime plaisir d'apprendre de si bonnes nouvelles de l'Âcademie et de ce que nous y avons de plus cher. Nous luy avons baillé afforce lettres pour Rome aui cardinaux Barberin et Bentivoglio et aultres qu'il a désiré^, mesmes à M' Holstenius, encores qu'il y deubst avoir plus de crédit que nous, puisque vous l'avez ainsin voulu. Il est encor à Tollon^ avec quelque incertitude si le train de M** le cardinal Bagny est passé ou non, à faulte d'estre descendu d'Avignon oiïi il l'avoit manqué^ jusques à Âries, où on luy avoit dict
^ Le 1 A et le 1 5 novembre , comme nous rapprend le très curieux volume intitule : Les corfessùms de Jean-Jacques Bouchard, Parisien, suivies de son voyage de Paris à Rome en 1 63o , publiées pour la première fois sur le manuscrit de l'auteur (Pam , Isidore Liseux, i88i, in -8"). Bouchard raconte d'une façon bien intéressante (p. laô-iSâ) son voyage en Provence et sa visite à (r Beaugencier, village enfermé entre deux montagnes, qui a environ 95o feus». Je ne citerai que les premières lignes de Tenthousiaste éloge qu'il fait de l'hospitalité de Peiresc et dePeiresc lui-même: «r Monsieur de Peiresc retint le soir et le lendemain i5 toat du long du jour (ypéaflrjs [c'est le nom de guerre du narrateur] chez luy, avec toute la bonne chère et tontes les faveurs que Ton sçauroit souhaiter. Aussi est-ce un honune qui n'a pas son pareil en FEurope pour la courtoisie et humanité, comme aussi pour la sagesse, science, curiosité de toutes les belles choses ...»
' Bouchard dit (p. mS) que «partant de Paris, il avoit pris de M" du Puy et Rigault lettres de recommandation adressantes à Monsieur de Peiresc,» et que ce dernier ff bailla à Ùpéaliifç diverses lettres pour Rome, entre autres aux cardinaux Barberin et Bentivoglio. . . ».
' Sur Bouchard à Toulon avant et après le séjour à Bdgentier, voir les pages is5- 196, i3a et 199-198 du volume quenoas venons dé citer. Le voyi^feur quitta Toulon le 3 décembre.
* On lit (p. 109 du Voyage de Paris a Rome) : tùpéaltfç ayant apprins que la famille du cardinal Bagny estoit passée quelques jours auparavant, et qu'elle pottrroit estre alors à Marseille, il ne séjourna pas plus de deux heures en Avignon, voulant rattraper cette compagnie pour passer avec elle plus commodément et seurement en Italie. 1)
qu'il estoit allé changer de barque pour passer en Italie, doù Ion escript de si grands progrez que la peste y faict dans Venize, dans Flo* renceetdans toute la Toscane jusques à 9 milles de Rome et à â lieues de Gènes, que je ne luy conseillois poinct de continuer son voyage de cette année et luy ofiris cette petite maison cy \ au cas qu'il y vouiust sesjourner et passer l'hyver, mais il tesmoignoit d'aymer mieux se retirer en Languedoc s'il ne se prevaloit du passage de cette barque en Italie, où il a grande envie d'aller, encores qu'il eust volontiers, comme je crois, passé le temps à voir les m[anu]8[crit]s grecs platoniques dont vous avez veu le catalogue, lesquels j'avois apprestez icy pour M"" Hol-* steniuR^. Je trouvay sa conversation grandement doulce^ et me serois tenu bien heureux qu'il eust voulu s'entretenir céans, en attendant si le progrez de la maladie en Italie se pourra arrester, car je le plaindrois fort s'il s'y trouvoit dans les rigueurs et inhumanitez que le mal faict encore aux pays chaulds, sur les gentz mesmes du pais, et à plus forte raison sur les estrangers. Mais je recogneus bien que les mouvements de la ville d'Aix luy dounoient de l'appréhension * et qu'il ne seroit pas demeuré en repos d'esprit dans ce païs. Nous espérons pourtant que tout s'appaisera Dieu aydant, les gents d'honneur de la ville s'estant enfin rendus les maistres, par l'establissement d'un corps de garde jour et nuict, où se trouvent les plus qualifiez chascun à son tour, ce qui fut commancé tandis que ces jeunes fouis estoienl allez faire du desgast à la Barben ^, d'où revenant ils trouvèrent les places
^ Bouchard a très bien décrit (p. i3o) cette prétendae petUe maiton (non pas «omp tnewe, dit-3, mais tammoie) et les beaux jardins qui Tentouraient.
^ Entre autres raretez, Peiresc montra à son hdte (p. lag) des momies, le trépied antique de Fréjas et «quantité de commentaires grecs manuscrits sur Platon ^ qu'il vouloit envoyer à Holsteinius».
^ Le contentement fut réciproque, car Bouchard loue beaucoup (p. tSi) les dUeours libres etga^ de Peiresc, qui, comme
tant d'honnêtes et grands érudits, aimait à mettre dans sa causerie beaucoup d'abandon et beaucoup d'enjouement.
* Bouchard a donné (p. iià-itg) de visu d'abondants détails sur les mouvements de la ville d'Aix. Quand il y arnva, «r toute la ville estoit en armes, le peuple s'estant souslevé pour un nouveau establissement d'edus que le Roy vouloit faire en cette province. . . 9).
' La Barben, commune du département des Bouches - du *Rh Ane, arrondissement
prinses, et peu s en fallut qu'ils ne trouvassent visage de boys^ et qu'on ne les laîssast dehors tout à fatet. Depuis ce temps là, il ne s'est pins faict de violance contre persone, et desjà le Paiiement a commaneé de foire quelque arrest contre cez assemblées et voyes de> faict, eft pour la seureté de la ville, mesmes pour faire sortir ttous^ les vagabons et gents qui n'y avoient pas des affaires notoires qui y esteient actoorus de toute la province comme à un saiecage de ville, qui »'en alloit peu à peu tout au pillage, si Dieu n'y eust mis la main^, car le peuple tant de la ville qu'estranger commençoit à gouster les douiceHP& de la vie oisive aux [dejspaus' d'autruy, et n'y avoit persone qui eust des moyens qui ne passast incontinant pour esleu. Vous aurez sceu ee qui s'estoit passé contre divers particuliers, et spécialement contre un de noz voisins, dont le logis fut pillé en plain jour, et deux aultres maisons joignantes entamées, entr'autres la nostre par un costé, où Dieu mercy ils ne trouvèrent pas grande chose à prendre^» Mais quelques uns de noz amys ae* coururent assez à temps pour empescher un plus grand mal, et en vin-
ci' Aix, canton de Salon, à 9 kiiomètres de cette ville. Gaspard deForbin, seigneur de la Barben, premier eassiil «l'Aix en i63o, vit saccager, comme nous le rappelle Roux- Alpheran (Las ruei d'Aix, t. II, p. 5o), crson château de la Bari[>en al mettre le feu à la forêt qui Teuviroiine par une troupe armée, composée d'environ deux mille hommes, accourus, en grande partie, de Pelissane , de Rognes , de Saint-Gannat , etc. , qui partit d'Aix dans cette intention, tambour battant, mèche allumée, ayant à sa tète le seigneur de Ghàteaunenfv.
^ Littré n*a cité aucun écrivain au sujet de cette expression figurée , soit au mot boû, soit au mot visage.
* Bouchard n'a-l-il pas trop rembruni le tableau en présentant comme généralement accompli ce qui , d'après Peiresc , ne fut que partiellement exécuté? Voici quelques-unes
des exagérations du voyageur en Provence (p. 116): (rLePremier Prérident et quel* qoes eooBeiUers du Parlement avoient esté contraints de sauver leur vie par la fuite, leiu*s maisons ayant esté pillées, bruslées et abbattues tant aux champs q'uà la ville, pour un simple soupçon qu'on afvoit qu'ils favorisoient le parti des esins. . . 9
* DéAirurc du papier.
• Bouchard raconte (p. 1 17) que Peiresc avait été obligé de quitter Aix trà cause des soupçons que l'on avoit qu'il ne fiivorisast les eslus : jusques là que le peuple luy avoit abbatu une maison dans Aix, qui estoit at«> tachée h celle où il demeure, soubs prétexte qu'il l'avoit louée ë un partisan des eslus; et leur furie avoit passé jusques à un ca* binet où le s' de Pefaresc tenoit qudques livres, qui, ayant esté prins, luy furent par après reportés k Beaugender. . . y>.
drent heureusement à bout par une spéciale providance divine, car ii n'y. manqua pas' des gents qui nous vouioient rendre bien coulpables» pour avoir logé aidtres foys M"" d'Âubray chez nous^ Maintenant qu'on asseure de grands changements à la Cour, et surtout en la persone de M' le Snrintendant qui s estoit si opiniastrement heurté à cez edeus, sans vouloir eseouter et considérer les grands inconveniants que cela trainoitS nous espérons que le Roy aura considération de ses peuples, et qu'il deschar|[era cette province de toutes cez nouvelles an^ garies^ et par mesme moyen nous rendra le repos et la tranquillité, où nous avions vescu jusques à presant, au moyen de laquelle nous pourrons Dieuaydant reprendre nostre petit commerce avec vous. Mais si cela n eust esté, il le nous falloit rompre tout à faict. Car cez peuples estoient entrez en une telle jalousie et deffiance que toute sorte de commerce du costé de la cour ou de Paris lear estoit suspect, et prins en si mauvaise part, qae la moindre chose du monde estoit cappable de fournir des prétextes pour faire entreprendre sur les biens et sur la vie des plus gents de bien et des plus innocens. Si nostre pauvre jardinier nouvellement venu- se fust aussy bien rencontré- à la> couchée comme à iadisnéeen passant par Âiï, on luy eusses sansdoubte' faict affi'ontS maïs nayttnt faict que boire en passant, au faulx bourg, et
' GitoDê enoofè ici ' ce que Bouchard (p. iiS)<litddPetrQ0ei:<<rleqnjal.e0Wîl.8US' pect pour avoir traité chez lui k s' d*Aubray, maistre des requestes, qui avoit porté la commission des eslus, et qui fut contraint de se sauver par dessus ies toits des maisons. G'estoit f ancien ami de M' de Peiresc, ayant fait le voyage d'Italie ensemble. »
* BoiidiardFsppdie(p.ii5)qne(rrimage du marquis d'Ëffiit»}, ainsi qse celte du cardinal de Hicbdieu, vavoit esté imislée pn-^ Uiquenent ea la place». Ce fut sur la place des Prèdieors qu'on brAlale mannequin représentant le surintendant des finances^
' Le mot dont se 8ei*t ici Peiresc est ainsi
expliqué dans le Diedomake de Richdet; rrDans'lea ooinmentateuBS de la rèj^e. de S. Benoit, on lit le mot angarie, pour signifier une charge, un travail pénible.» La Cume de Sainte-Palaye {Dictùmnaire hislù-^ rique ie FêMien' hmgagê fnmpois) traduit le mot par corvée, impôt, vexaUon. \o\r le Glossaire de Du Gange, au mot Angaria et aussi le DiettmuuUre de Gof grave. Le verbe angarier a été employé par Rabelais.
* Bouchard, qui semble affectionner rhyperbolcf substitue, en ce qui le conoeme, un danger de mort à un danger A'i^front, Voîd œ qu'il raconte de seft- entrée dans Ail (p. ii5): trOp^i;^, encetle reaeoirtre.
seulement demandé le chemin de ce lieu cy, on ne creut pas le pou* voir rattaindre, comme on l'eut faict volontiers, pensant luy pouvoir oster ses lettres, et y apprendre des nouvelles, ou de quoy fournir des prétextes de nous nuire. Et de faict je vous allois supplier de cesser tout à faict de nous escrire, comme je m'estois abstenu depuis quelque temps de m acquitter de mon debvoir en vostre endroict, pour ne laisser de ce costé là aulcun fondement des prétextes qu on y cherchoit, et pour diminuer la jalousie de ceux qui ne trouvoient pas bon que d'autres qu eulx eussent des advis de la cour. Mais j'espère que les affaires pren* dront dezhorsmais une auitre face, et qu'il y aura plus de liberté. Dieu aydant, que nous n'en avions eu. Cependant je vous supplie d'aller le plus réservé que vous pourrez en ce qu'il vous plairra nous escrire, et de recommander à M'' du Lieu de suyvre les adresses que nous luy avons données, des marchands de Marseille, jusques à ce que les choses soient en meilleur estât. C'est pourquoy il ne fauldra guieres grossir les pacquets. J'ay esté bien aise de cette commodité du voyage de M' de Baiilibault en cour, qui est de noz bons amys S pour vous pouvoir escrire, ce que je n'eusse peu faire par une auitre voye, mais j§ suis marry de n'en avoir eu l'advis plus tost, pour pouvoir escrire à touts noz bons seigneurs et amys de par delà, espérant de ne tarder plus guieres d'y satisfaire , et possible d'envoyer homme exprez au moings jusques à Lyon; seulement vous supplieray je de les vouloir asseurer de ma dévotion en leur endroict, que je conserveray tousjours inviolable, et de les conjurer de ne pas imputer à deffault de bonne volonté le retardement de mes debvoirs m leur endroict, qui n'a esté qu'à bonnes fins, et pour nous conserver plus de moyen de les servir trez touts en meilleure saison que celle où nous avons esté depuis quelque temps.
couroit danger de sa vie, s'il eust dit à la grande rëputatioD qu'il avoit en cette ville...» poste qu'il estoit venu h Aix pour parier à ^ Son nom ne figure pas dans la liste des
M'dePeiresc, comme véritablement il venoit correspondants de Peiresc telle que j'ai pa
pour cela ; ce qu'il n eust pas manque de dire rétablir d après les copies d' Aix , les minutes
et monstrer les lettres qu'il avoit de Paris de Carpentras, les autographes de Montpel-
pour luy, s'imaginant qu'elles lui serviroient lier, Paris , Bome , etc. de passeport , veu sa qualité de consefller et la
It
[1^30] AUX FRÈRES DDPUY. «65
J ay receu le catalogue de la foire « où fay bien trouvé d^ la matière pour noz curieiix, principalement à ce qu il y a de Ke^eros tant de la présente et prochaine année, que des tables de plus longtemps. En* semble ce qu'il y a de MuUerus de Anno JudsBorum^ et de Meursius de Pythagorico denario ^ et encores de ce Ludovicus Remmelinus de Num^ Sapientis^, les Epistres de s^ Boniface^ et àultres meilleures pièces que nous pourrons voir quelque jour, si Dieu plaict, si la commodité s'en presentoit opportune. Cependant si cette histoire corrallorum, de Jo. Lud, Ganzius Francfort 8^ se trouvoit, je serois bien aise de la voir et encores plus si nous pouvions vous rendre quelques bons services en recognoisçance de tant d'oMigâtion's que nous vous avons, dont nous ne sçaurions seulenient vous remercier comme il fault, sur quoy attendant de vous pouvoir amplement escrire au premier jour sur toutes voz lettres et de voz bons amys, je finiray priant Dieu qu'il vous tienne en sa sainte garde, et nous fasse la grâce de vous pouvoir tesmoigner que je suis,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE PsiBBSG^
A B[oysgency] , ce 18 novembre i63o.
* Nicolai Mûllerti Judœorum annus, elc.
Gponingue, i63o, in-fo). Nie. Mûlïer, né à Bnigge le 9 5 décembre i564, mourut à Groningue le %" septembre t63o. H e^^i:ça la médecine à Amsterdam , à Harlingen , à Groningue, et fiit directeur de la Compagnie hollandaise des Indes. " •
' Joan, Meursii Pythogmeus, seu^denumerorum usque ad denarium qualitate ac nonUmbus secundum Pyth^gùrieos (Leyde, t63o,in-/i').
' Lud. Bemmelmi kptdftès à 2o^, hoc est : coAtemp^slib numeri safieMis adtnir* randa et ingenua, trinuno systemaie Dei estentiam adumbrans (Leipzig, lôSo.in-i'*).
Remmelin était un médecin qui naquit
à Ulm en i585 et qui mourut après i633.
* Epistohe S. Bontfaci Martyris, prmi Moguntmi Archtepiscapi , Germanorum ApostoU , pluriumque Pontijlcum, Regum, et altorum , nunc primum e Cœsareœ MajestatU ' Vieitnen»i BibHotheca luce notisque donake per Nicolaum Serarium, Sodetatis Jesu preabyterum, etc. (Mayence, 1639, in-i""). La première édition est de 1 6o5 (même ville et même format). Voir sur d'autres éditions dé ce recueil le Manuel du libraire (L I, coL 1099), ^^ Bibkatkèque des écrivame de la Compagnie de Jésus (t. IIJ, coi. 769).
^ UHiskjria Corallorum du médecin J.-L. Gans fut réimprimée en 1669 (in-ia).
Sa
lurmilKMC lATIOIALK.
266 LETTRBS DE PEIBESG [1681]
Mon frère vous avoit eseript par M^ le Baron de MealayS mais il craint que ses lettres ne soient (kmeurées qael({ae part puis que ceux de Lyon n accusent pas la réception des leurs. Novs vous supplions très humblement de vouUoip sailûer de nestre part M' de Thou , M' de Meslay et M' du Puy vostire frère, ensemble MIC'' Ri(|[ault, Grelins auxquels j'escriray parle prochain y M' Gassendy et tous ces Mess^de !• Académie^.
À MONSIEUR, HONSnmR PU PUY, À PARIS.
Monsieur, Nous aynais esté exposeï depuis quelque temps à des jalousies si estrauges, q«e nous avons esté constraincts de nous abstenir d'escrïre du costé de la cour, et de prier nez amys de ne nous pas escrire aussy, pour esviter les occasions d'encourir les reproches, et la punition dont nous estions menasses À tonts moments qui n'estoît poinct moindre que de faire piller, brusler et raser noz maisons, et dans la ville et aux champs', et spécialement d'affecter le saccage et incendie de mes pauvres libvres et papiers ) comme ce qu'ils sçavoient bien m'estre fort à coeur. Il ne falloit poinct lors d'aultre crime plus grave pour estre condamné à ce traictement, que d'avoir des habitudes en cour, «t d'en recevoir ou révéler aultres nouvelles que celles que l'on vouloit semer, selon les interests de ceux qui donnoient le bransie à tous ces mouvements. Et il y avoit des espies de tous costox, pour observer noz actions et '.de to^iâceux qui abordoient à nous. Encores ne pouvions nous esvîter mille impostures
^ Jaoqoet^AogiisIe de Thoo, iiaron de * Vol. 717, M. 111.
Meday, frère de Prençaie-Augttete de Tbom , ' On voit par cette phrase, eomoiè par
futpvéïideiit deiaehambredeeen^iaéteBdv bieta d>RitK§, que les «toèe sîgirtMs par
parkment de Paria, ambassadeur en Hoi* Boivehard ftirent bm plus' 'des parales que
lande, etc. Voir sur oe personnage, d'abord des fiiils. On menaça beauconp, on exéenta
comra BOUS le nom d*abbë de fimneval, les peu. Quatre maisons seulement forent sac-
Letir$$deJetmCkfelmH{tleiïï,pamm). calées et pîHéesie 97oe(obre i63o.
[t631] AUX PHÈRES DUPUYi »7
et inventions à toutes heujrôsf de ceux qui tasehoient de nous tirer à là haine publiqiie, qui nous faisoient imaginaireiiiient courir en poste tan^ tost d'un costé ^ la pioTinciB , lantost d'un aultre» pour aller porter ou |N'endre des advis, et trâictear aval) les personnes les plus descriées et les plus suspectes, et bien souvent ils se persuadoient tdliement cez calomnies qulk avoient mesmes de la .peine d'en croire les certififcations-^ de leurs étions enCores -qu ils fussent teamoingB oeculahres de nostre sesjour en cet hennitage. Et sans les particulières (^ligationsinlportantes que nous avoient plusieurs de ceux qui aavoientpeu esviter de se ranger pariéyJes plus mauvais, je ne pense pas que nous «ussions ja^ mais esvité le maUaieur. C'est pourquoy nos bons seigneurs etjunys oot bien de quoy nous tenir pour excusez du manquement de nostre cor^ respondâoiee et de ïïm ddyvoirs. Nous espérons que dezboTsmais il nous sera plus loiàible de re^rer et de nous en acquitter, le monde coni^ mencciant à se dessiller, les ieulx et à recognoistre la vérité des motifs et considérations d'interests psorticuliers, qui ont feuet embrasser et emprunter cez prétextes publiques, pour vanger des afférente et querdles privées, et discréditer ceux qui éstoient dans les aflfaires, et esloigner de la veûe de leurs actions touts ceux qai pouvoient avoir de la créance en cour, dont les remedea ne peuvent estoe que d'une irez grande riiine à ce pauvre pais, et sur tout à cette ville dezoiée, où les sonnettes ne font plus de bruicts grâces à Dieu S et semblent avoir perdu ou di^ rainué grandement leur empre. Mais on ne pourra estre en repos d'eaprit que l'on ne voye quels expédiants prendra M^ le Prince ', k qui
^ lÀitré n'a cUë soiu ce mot que des éeti- tiannaire pravençal-franpaû de Frédéric AiBs-
Ysins antériesrt aa xvu* «iède, Orasine, trol, oùe8ttténtk«aëe AiioiimmJb«<4 Cm-
Froiflsart, Calvin, Amyot. caveu et où Ton rappelle que lei GonjiiréB
' Un passage du récit de Bouchard avaient pris pour signe de ralliement un
(p. 11&) explique ainsi cette phrase: grelot suspendu à une courroie. Voir en-
tr . . . si détesfaUetet si horribles è la popo^ core, sur )a révolte des Céiseaxfé&usô (nc)^
Iace[iift-agitde8é/ii9]qu'dlfta^itforniéini Ltt m$9 i'Am, pa$$im', aotimineat t I,
parti contre^ nommé le eoêcaveau, k cause p« 46, a5i, ASg, et surtout t II, p. 48-59.
d'une sonnette qu'ils portoient au bras pour ' Sur le prince de Condé à Aix, voir
signe, laquelie s'appdle cascaveau en' pro- ¥ Histoire de cette ville par Pitton, p. 889
vençal. » Conférez Tarticle Cascamm du Dt^ et suiv.
2«8 LETTRES DE PEIRESG [1631]
touts les ordres ont envoyé de grandes dépHtations , sans qu'il ayt encores rien voulu respondre, attendant d'en conférer avec M^ le Gouverneur qui l'est allé trouver en Avignon. Cependant la terreur du pauvre monde est si grande qqe la ville d' Aix est despourveue de tout ee qu'il y avoît de plus apparaut ou peu s'en fault. Ils avoient fort pressé Monsi^ le Gouverneur de s'y. en alieb passer, mais il s'en est excusé^ attendant d'y accompagner M^ le Prince, qui est arrivé en Avignon 7 ou 8 jours y a ^. Si tost que nous aurons recouvré un peu plus de seureté de conn meroe, nous ne manquerons pas de satisfaire à nostre debvoir envers vous et envers tous noa bons seigneurs et amys de par de là , au mieux qu'il nous sera possible; vous suppliant et conjurant très instamment -de nous vouloir excuser, et ayder à obtenir d'eux par mesme moyen que noz légitimes excuses puissent estre admises, et particulièrement <le M' de Thou,.de Messieurs Rigault, Grottius et aultres de l'Académie dont je regrette bien M' Le Jay et leR. P« Morin, pour le Pentateuque que nous n'avons encores 'peu^ envoyer, mais j'espère que nous ne tarderons.pas de pouvoir le faire Dieu aydant , et Dieu sçayt si nous n'aurons pas à y adjooster un aultre exemplaire fort entier qui doibt estre sur la mer à cez heures, dont on me faict grande fe»te.
Cependant j'ay reeeude Rome. un pacquetde M^^' le Cardinal dans lequel s'en est trouvé un de M" Suarez pour M' Rigault, à qui je vous supplie trez humblement de le vouloir bailler, et luy faire part d'une inscription cy joincte que le dict sieur Suarez m'a envoyé de la part dudict seigneur Cardinal , qui mérite bien d'estre examinée et deschiffrée de la main de cez Mess^ de l'Académie , et spécialement du dict sieur Rigault, et de Mess" Grottius et Saulmaise, d'ils daignent en prendre la peine.
Au reste je suis si malheureux que cette commodité qui estoit trez bonne et assurée du voyage de M' de Piensin, nostre parent, a été si inopinée et si soudaine, pour la presse qu'on luy donne de son affaire, lorsqu'il y pensoit le moings, qu'à peine me donne il le loisir de vous
* Le prince de Condë était arrive à Avignon le 1 3 février.
&ire ce peu de lignes pour passer plus oultre et aller prendre la poste, ià où il pourra , de ce que j'aurois à vous escrire et entretenir bien plus d'un jour entier. Espérant de le pouvoir faire bien tost Dieu aydant, et de pouvoir accuser en particulier toutes ces lettres et despesches dont il vous a pieu nous honnorer, et dont nous avons tiré toute la principale consolation que nous pouvions avoir icy.
Cependant je vous envoyé une recharge de la lettre de crédit de Marseille, au cas qiie le Marchand de par delà ne vous ayt envoyé offrir de continuer ses fournitures comme il en avoit esté prié. Et ne doibs pas obmettré de vous dire que nous avons esté quelques semaines dans l'interdiction du commerce en ce lieu cy soubs des gardes de noz voisins à cause de la mort soudaine d un paisan en un moulin à papier de ce territoire, à une demy lieue d'icy, dont on avoit prins l'allarme; mais Dieu mercy il n'y a poinct eu de suitte, nom plus que de vraye marque de maladie contagieuse. Par arrest de la cour le restablissement de nostre commerce nous fut donné pour dimanche dernier aprez les quarantaines et précautions accoustumées. Ces troubles nous avoient faict retarder l'exécution d'un traicté de mariage de mon neveu ^ avec une damoiselle du comté Venaissin , fille de feu M': de Rousaet ^, que nous tascherons de faire accomplir Dieu aydant en fort peu de jours, maintenant que la liberté publique semble estre sur le poiuct d'estre remise. Aprez quoy il ne tardera pas de faire un petit voyage en cour, où il luy
' Claade de Fabri, déjà souvent meolionne. Citons sur lui une phrase de Bouehard qui , bon juge en la matière , refuse ioat esprit an neveu de Peiresc : ir Arrivé à Tolon [Bouchard], il fut treuver ce juge Ghabert pour qui il avoit des lettres; duquel il reeeut toutes les courtoisies imagmables, rayant mesme fait souper et coucher chez lui: on coucha aussi avec Ôpédr^s le neveu de M. de Peiresc, fils de M. de Valavec, nonuné le baron de Riants, jeune homme fort simple et qui n'a point de plus belle qualité que celle de gentilhomme, d La faible in-
telligence du baron de Rians explique et atténue jusqu'à un certain point les torts qu'il eut soit à r^ard de son oncle, soit à Tégard de Gassendi.
* C'était Marguerite des Abrics, fille de Jacques des AIrics, seigneur de Rousset, et d'Isabeau de Simiane. Voir Gassendi , I. IV, p. s 66 ; Pithon-Curt, Histoire de la noblesse du comté Venaissin, 1. 1, p. Aa; le doctem* Jules deBourrousse de Laffore, Généalogies des maisons de Fakri et d'Ayrenx ( Bordeaux , i884,in-8%p. 38).
fauit aller, et le sieur Pr[ieur] de fioumonles ^ i aceompagnera et mettra ordre de par de là à tout ce qui sera nécessaire, ce voyage ayant esté accroché^ par force durant ces mouvements, comme tow aultres de»* seins. Vous asseurant que j ay prins un extrême contenteme&t de voir le rare choix des livres qu'il vous a pieu me retenir, dont je me trouve icy la Ph[i]osoph]ia Magnetica Nie. Gabni, folio, Ferrarias, ne sçaichant poinct si vous ne me laves pas envoyé dez laultre foys, sans le ootter en vostre bordereau , ou si le dict Pr[ieur] de Roumoules ne iauroit pas prins à Lyon, en passant, car il n'est pas à cette heure icy, pour lelay demander. Voa dernières de^esches sont du 6 janvier, 3 1 et i o de* cembre, 7 et la novembre, 10, 18, ^5, 39 octobre qui sont aultant de gaiges inestimables de vostre surabondante honnesteté, et aultant de reproches et accusations très justes de noz manquements et infirmités que je vous supplie neantmoings vouloir pardonner comme je lespere, estant de toute mon affection.
Monsieur,
vostre très humble et trez obéissant serviteur,
DE Pbirbsc.
A B[oy^gpeney], ee 18 febvrior i63i.
Vous aurez icy une coppie de la charte que M' de Betune ma wvoyée , et que je crois certainement ne vous estre pas eschappée ne à M' Go* defroy, bien que je n aye pas icy de quoy le vérifier sur son cérémonial. Le sieur Vincens Blanc m'a promis enfin de me venir voir icy; je tascheray de le disposer à aller voir M' Bergeron', Dieu ^lydant, bien tost, et Tadresseray chez vous afin qu'il ne s en revienne si braaque-
^ Denis Goiilcnîn, déjà souvent men- ^ Sur Pierre Bergeroa, voir 1. 1, Afjp&nr
tionné. àk%y p. 77a. Ajoafom aux r«ii8eignement8
' Accrocher est pris ici iam le sens de domës là TinÂcatioa de divor» ptesagcs
retarder, sens employé par Saint^Smon des Hiitarieitet de TaiiemaDt des -Rëaax re*
dans cette phrase des Mènoiam : «Les bA* latib à ce géographe (t IV, p. §17, So5,
tards ne songèrent plus cpi'à endMrrasser et 5o6; t. Vi , p. 6oi«&o£). accrocher Taffaire.)»
[1681] AUX FRERES DUPUï, 271
ment que 1k dernière foys, vous suppliant de vouloir agréer que je salue le dict sieur Bergeron et tous cez aultres Messieurs qui daignent se Mravenir de moy.
Possible seroit il bon d'examiner si au temps de cette charte de l'an 1 /io8 et du so mars le cardinal de Bar ^ n'avoit poinet quelque qualité de légat de k part du pape Benoist^, ou des Gardinauk qui avoient convocqué le concile de Pise, où il se trouva par aprez (car il se mesla fort de lextirpation du schisme), et si ce n esloit poinct pour cela qu'il avoît peu prendre la préséance sur les Roys de Sicile et de Navarre « car pour estre oncle de la femme du Roy de Sicile ^ je ne pense pas que le dict Boy la luy eust cédée, n'estant pas lors encores duc de Bar, comme il fmt aprez, auquel cas je n'eusse pas trouvé estrange que l'espérance de la succession avec son aage et son caractère luy eusse feict bailler cette defierance^*
Ln
À UONSIEUR, MONSIEUR DUPUY,
ADVOOAT IK hfi COUft DR PARLEMENT À PABIS.
Nous afvotts receu trois despedehes de vostre part du iS mars, 8 et 98 avril, dont la seconde ttous a Caict ressenlÂr bien vivement la nouvelle de la perte inestimable et irréparable que vous avez faicie en la personne ée feu Madame vostre mère S dont la vie eust esté si neces-
^ LcMiis, frère du comte et dac de Bar * BwoitXIII(Pierre de Lune), le dernier
Edouard III, fut son successeur et cëda, en pape d'Avignon , ëlu le aS septembre 1 39^ ,
i&i9,ledttcliéiisonpetit-n6veuRenéd*An* déposé par ie concile de Pke ie !i6 jmllet
joa, qui letéonit à la LorniiDe.Il fiitévéqae i&iy. de ChAlos»-«ttr*MAme (i/ii3^i4ao) et de ' Vol. 717, M. ii3.
Verdun (i&ao-i&3o). Il mourut, le a3 juin * Cétait Claude Sanguin, veuve de Claude
de cettedemièreamiée, à Varennes. Voir Y Art Dupuy depuis le 1 " décembre 1 Sgi . ie9énjîerle9iate$,t. XIII, 1818, p. i&3.
saire pour ]a continuation de la jouyssance du repos d'esprit où vous estiez, et de la descharge que cela vous donnoit des soings et de la fatigue des affaires domestiques. Je prie à Dieu que cette perte vous soit recompancée par le recouvrement de quelque aultre qui puisse suppléer au moings en quelque façon ce qu elle faisoit chez vous, et vous soulager au moings des affaires plus importantes. Pour le restant, je crois bien que vous estes gents de tant de resolution principalement aux occurances de cette nature, que vous n'avez pas de besoing de si foibles consolations que pourroient estre celles de mon frère et de mon neveu ou de moy ; c'est pourquoy je me contenteray de me condouloir avec vous par debvoir, tant en leur nom qu'au mien propre, et de vous remercier comme je faicts trez humblement de la faveur spéciale qu'il vous a pieu nous faire, de nous en donner advis en la qualité de voz serviteurs intéressez à vos desplaisirs comme à vos contentements, en quoy vous nous avez inGniment honoré, et obligé tout ensemble. Je ne regrette que de ne nous rendre dignes de ce bonheur, et de n'avoir de quoy correspondre comme il faudroit à tant de bienfaicts et de marques de bonne volonté, et porterons tousjours avec un extrême regret quand nostre malheur ou nostre foiblesse ne pourront souffrir que nous nous acquittions de nostre debvoir en vostre endroict, comme il nous est arrivé depuis si longtemps, par des travei^es que nous avons successivement rencontrées, quand il a esté question de vous tesmoigner nostre dévotion. £t pour vous parler des dernières et plus récentes, et que vous trouverez dq)lolrables, comme nous pensions estre sortis des tyrannies et desordres populaires par les approches de M«' le Prince, et avoir quelque liberté, il s'est trouvé que le remède eatoit bien cuisant, et que les ombraiges n'estoient pas moindres, ne moings dangereux, au moings tant que M^ le Prince estoit dans le pais, et il n'en estoit pas guieres esloigné que je me trouvay surprins d'un accidant de paralysie de tout le costé droict; laquelle n'estoit pas formelle, mais j'en avois eu la langue liée, la jambe incappable de me porter, et la main droicte si incappable d'escrire que vous n'eussiez pas recogneu, ne sceu lire mon escritture, et m'estoit quasi impossible d'escrire sans
faire des transpositions de lettres. Mais grâces à Dieu, cez perclusions ^ ne furent pas de durée, encores que j'en aye eu diverses secousses; leû plus rudes furent la veOle de Pasques et le jour de S^ Marc. Il n'y eust que la main et l'escritture dont je nay recouvré la pleine fonction que depuis cette semaine. Ayant esté depuis Pasques entre les mains des médecins, assez heureusement, puis que les empeschements et obstrue-^ tiens ^ ont cessé apparemment, jusques un tintoin^ dune oreille, qui seul estoit resté plus longuement que le reste, dont je suis dellivré depuis 5 ou 6 jours aprez l'usage où je me suis mis de la phtisane^ de sarsepareille ^ que je bois le plus doulcement que je puis, bien que trezamere, m'imaginant pour ma consolation qu'elle a un peu du goust de la bière que j'aymois tant aultres foys.
Nous avions eu icy trois ou quatre jours durant M^ le cardinal de Bagny avec M' Naudé ^, ce qui n'estoit pas sans parler souvent de vous aultres. Messieurs, dont il ne se pouvoit assez louer, et comme je l'aliay voir embarquer à TouUon, M»' le Prince y survint le jour d'aprez, à la suitte de quoy il nous fallut songer au mariage de mon neveu qui fut achevé le 5 avril '^. Je commençois à me persuader d'avoir plus de santé que je n'en avois eu de quelque temps, lorsque M' de la Poterie*
^ Littrë ne cite sous ce mot aucun auteur du xTii* siècle. Pour le xv* siècle, il mentionne les Mimoires de Commynes, et, pour le xvi% les Mémoires de Carloix.
' Sous le mot obsiruetion, on ne trouve dans le Dietùmnaire de Littrë qu'une seule citation tirée d'Ambroise Pare.
' Tintoitm, qui est dans Cotgrave, a été employé par Bassdin, par A. Paré, par Sully, par Pellisson, etc. Montaigne s'est servi du verbe tmUndner, Le très exact Gassendi mentionne (p. 36a) cet accident:
ir sobiit quoqne anrem tinnitus, . . »
^ Littré cite cette phrase de Henri Estienne ( Précellenee du langage JrançM) : tr Ptisane, qu'on appelle communément tisane, »
' Peiresc écrit le mot conformément à
rétymologie espagnole, zarzaparrilla , de zarza, ronce, et Pairillo, nom du médecin qui le premier a employé cette plante. Montaigne s'est servi de la forme salseperiUe.
^ Voir, sur le séjour à Belgentier du cardinal Bagni et de son jeune et déjà si savant bibliothécaire , le livre IV de l'ouvrage de Ga»* sendi, p. SSg-Sôo , le fascicule XIII des CorreipondantedePeireie, Gabriel Naudé yp. a-3.
^ Cette date n'avait pas été donnée par le consciencieux auteur des Généalogies des maisons de Fabri et d*Ayrenx, M. de Laffore , lequel se contente d'indiquer l'année i63i.
' Charles Le Roy de la Poterie , collègue de d'Aubray. On possède dans le r^istre I des minutes de la correspondance de Peiresc, à ringuimbertine, six lettres adressées
WPBIlIKaiK XATIORAU.
nous fit ce hien-de Bona venir ycht icy, mais le Irademaiii, qui estok le Grand vendredy S je oomodençûds à sentir les menaces de Taecidant qui s'en ensuyvit le jour d'aprez tandis qne j astois dans la ehactrense^ de Montrieu, à une petite lieiie d'icy^. De sorte que mon frère et UMm neveu furent constraints de quitter plus tost qu'ils n eussent fidct l'oo-* cupation de leurs nopces, peur venir à moy, et ai f en estoîs quitte pour ce que j ay eu, j'en auroîs bien bon marché, car je n'y ay pas ressenty de douleur, graeea à Dieu, et l'usaige de k raison y a toujours esté en* tier, bien que la parole ne peusse pas exprimer tout ce que j'eusse voulu. Dans ce temps de mon plus grand empeschement on m'apporta une lettre de M' de Tbou si honneste et ai obligeante, qu elle semUa me délier la langue pour m'en louer et tesmoigner le gré que je luy en debvois, et receus en mesme temps une coppie de certaine chanson, (iaicte pour Monsieur frère du Roy en ce earneval, comme on dict, que les gents de M' le Prince a voient laissé à Aix, dont ayant foit faire lecture de quelques coupplets au hazard, j'en trouvay de si jolys et de si délicats, sur le subject des amours de la Rose et du Lys, que la gentillesse de cez conceptions acheva de me desgourdir l'esprit, et m'anima en certaine façon qu'il ne me sembloit quasi plus avoir de membres perclus^, hors de la difficulté d'escrire correctement, à quoy le remède n'est venu
à M. de la Poterie et mêlées aux lettres adresBées k d'Aobray (IbL 497, 6a8, 439, 430). La première lettre k La Poterie e&i du i3 février i63i; la deraière est da 3o mai delà même année. Toutes ont été écrites de
^ G'eat-à-dire ie vendredi esMit. On sait qa% la même éfoqm le jeudi saint était appelé le jeudi iduolm. Voir les LeUrm de Jean Chapelain (t I, p. i5o, lettre du 13 avril 1637).
' Département daVar^arrondistenent de Brignoles, canton delà Roqaebrussanoe, commune de Méounes, à 4 kiiomèfres du village de ce nom. La chartreuse de Montrieux était
située dans la forêt qui lui awit donné se» nom et sur les boids du Gapasn, la petite rivière qui arrosait les jardins de Beigeotier. ' Gassendi qui, remarqu0na4e encore une fois, semble avoir eu sons les yeux les lettres de Peireso aux frères Dupvy, raoonie ainsi rincident (p. 363) : ffCmn oubinde nesoio qais h^mnus in Lilii Rosaqne amoies seiCe ceneretv, ite captus est snavitale oantus, et strophes cujusdam kpore, ut, quemadmodum Grœsi fiHus, prorunpepe volens in atiqua veiàa, ac in ea speciatim : Quam- pulchrum est hocl prorsos in ilk proruperit^ eeque momeote libertas facritmenbris 4 nibttsrestîtita.»
quavec le temps et les purgations et aultres precaultions, qui me provoquèrent les emorroidesS et des sueurs fort opportunes; tant est que cet effeet du plaisir d'ouyr lire des choses agreaUes me sembla notable et mè fit désirer de sçavoir le nom de i'autbeur de cez vers, et s'il est mis en musique et sur les instruments, je verrois trez volontiers le tout, pour le donner à ma nièce nouvelle qui en a envie ^. Cest pourquoy je vous supplie d en faire faire la recherche et d'y adjouster un exemplaire de la dernière édition qui se sera faicte des airs plus nouveaux; le tiltre de la chanson est Ike matinée ckampêitre, ce me semble, car je ne Tay pas maintenant à la main : premier vers : jeune déesse au teint vermeil.
Or pour respondre maintenant à voz lettres comme il faadroit, je me suis tellement laissé emporter à celles des aultres que j'ay peur qae le temps ne me manque pour la vostre, par où je debvrois avoir ccnnmancé. Je vous suppiîe donc de pardonner encores ce retardement de responce durant le temps que les médecins me tenoient assiégé, aprez quoy je me suis trouvé en grands arrerai^fes de touts costez. Je tascheray à ladvenir de mieux faire si je puis, maïs Dieu sçait si je pourray satisfaire à ce que je debvrois et crains bien qu'il ne faille que les aultres amys vous lacent procuration pour recevoir en voetre persone les responces et compliments que je leur debvrois à eulx en leur particulier afin de me descharger tant soit peu dans l'augmentation de ma foiblesse.
Les curiesitez que vous avez joinctes à voz lettres nous ont servy d une pasture bien friande, dans nostre désert, et si le ballot de M' de Valbelle peult arriver, il y aura bien d'auHre matière; mais la maladie de Lyon a fiaiict de rechef rompre le commerce des marchandises, et y aura de la peine de le faire recevoir; à la bonne heure i aurez vous baillé à M' de Valbelle' qui a son beau père tout puissant en Avignon^, où il le fera, je m'asseure, passer parmy ses bardes par quelque traict
* Peiresc adopte, pour TorChographe du Akyrargues (par héritage des Alagonia), mot, une forme du xv* siècle {esmarouk), La conseiller an parlement d'Aix depuis i6â/i. lettre h est mise, au siècle suivant, en tète * Léon de Valbelle avait épouse en 1638 du mot par Ambroise Pare. Silvie de Galean des Issarts (d'une famille
' M"* de Rians. d'Avignon) : Silvie était fille de François et
* Celait Léon de Valbelle, seigneur de de Lacràoe Mistral de Montdragon.
de souppiesse. Le fagot de M' Léger n est pas venu non plus, dont j'ay bien plus de regret, d auitdntque ce pauvre gentilhomme tomba malade à Lyon jusques à Textremité, et croit on qu il s'en sera possible retourné chez luy, ce que j'aymerois mieux que s'il estoit encores en cette ville infectée, principalement si Dieu veult qu'il ayt r'emporté à Paris vostre fagot, car s'il l'a voit laissé à Lyon il faudra languir longtemps en l'attente, les Marseillois ne souflfrant plus que leurs voituriers aillent plus avant qu'à Vienne, à la charge de ne rien prendre qui vienne de Lyon. Toutefoys les rigueurs ne sont pas si extrêmes qu'elles estoient les années dernières. J'ay regretté principalement pour le livre de Keplerus qui admonestoit à l'advance les curieux d'observer l'ecdypse de Venus et de Mercure soubs le soleil , que j'eusse bien volontiers recouvré par quelque voye plus courte que cez rouUiers, craignant d'en perdre l'occasion, ou que M' Gassendy ne vous en eust cotté le jour et l'heure, mais il nous falioit encores cette mortification. £t je pense qu'il arrivera encor à temps, car nous vismes hier Venus toute ronde et qui par con-* sequant doibt estre passée par dessus le soleil, pour passer par des- 30ubs dans quelques moys.
J'ay à vous supplier d'une chose dont il me souvient maintenant et que j'ay oublié plusieurs foys, c'est que je vous avois adressé longtemps y a quelques papiers concernant le traicté de paix et les affaires d'Alger \ qui estoient adressez à M' Guiltard qui est depuis decedé^à Lyon. Je vouldrois bien sçavoir si vous les luy aviez rendus ou non, car il ne m'en avoit jamais accusé la réception, et si vous les aviez encores je vouldrois bien que vous fissiez rendre tout le pacquet par voye d'amy qui aye soing d'en retirer un mot de descharge, non à la vefve du dict Guiltard car cela courroit fortune de se perdre, mais au sieur Sanson Napolon qui est maintenant en cour, et qui en a possible faulte. Excusez moy de l'importunité que je vous ay donnée pour si peu de chose.
Quant au reslablissement des courriers ordinaires de Provence, sll
^ Voir sur ce traite de paix (19 septembre i6a8), ÏHUtoire d'Alger son» la énrnnatùm turque, par H.-D. de Grammont (Paris, 1887, gr. în-8% p. i65).
Cdloit que le paîs y contribuast la moindre chose du monde , je ne pense pas que M' du Lieu ne aultre quelqu onque en peust venir à bout maintenant avec les fouUes de la gendarmerie et impositions si extraordinaires, et cela est traversé non seulement par les Grands qui veuUent estre seuls advertys, mais aussi par les marchands de Marseille, qui ne veulient pas que les advis aillent si viste, si ce n'est à ceux qui ont de quoy envoyer des courriers exprez. Que si cela se peult faire aux des^ pens du Roy, à la bonne heure; sinon il n'y fault pas songer, car s'il pensoit enchérir le port des lettres et se desdaumager là dessus, il se trouveroit court, attendu que peu de gents ou persone vouldroient se servir plus d'une foys d'une voye trop chère, et aymeroient mieux attendre aultres commoditez, de façon que je n'espère pas de voir cela restably, mesmes à cette heure que la voye du Piémont sera ouverte. Si j'y pouvois servir, j'y contribuerois vôlontiei^ tout mon crédit, mais il y a maintenant trop d empeschements et trop peu d'employ pour y trouver son compte.
Je suis bien marry d'avoir esté trop lent à envoyer mes Pentateuques Samaritains, mais j'ay peur que le bon P. Morin n'ayt esté trop promt à le mettre soubs la presse, car cez ouvraiges me semblent de ceux qu'il ne fault nullement précipiter. Si le P. Berlin m'eut laissé l'exemplaire du sieur Pietro délia Valle, comme il en avoit charge, le sesjour que faisoit M' le Nonce à Garpentras ^ m'eut donné moyen d'en conférer ce que je desirois avec le mien, et de luy renvoyer l'un et l'autre à Garpentras par homme exprez. Mais à ne vous rien desguiser, comme je vois qu'il ne m'avoit pas voulu fier celuy là, je ne creus pas d'estre obligé de luy fier le mien. Gependant noz furies populaires ne tardèrent pas de survenir, et nous donnèrent d'aultres choses à penser, et puis je n'eusse pas creu qu'on fut allé si viste, en chose si peregrine^ et de
^ CétaitAlexandreBichi, qui fut presque des CarrespondasUs de Peiresc: Le cardinal
eu même temps nommé nonce en Fninee et Bichiy Mque de Carpentnu (i 885 , p. ix). ëvéque de Garpentras. Il vint passer un mois ' C^est^nlire étrangère , exotique , dej^ere-
dans sa ville épiscopale (novembre i63o) jrma.Nosrécents dictionnaires, qui donnent
avantde8erendreàParis.Voirlefa8cicnleVIII les mots péréfrmateur, pérégrination , péré-
si grande consequance comme j estime celle là. M'' Gasseûdy m'^roit mandé une foys que cez Messieurs le Jay^ ou Vitray, ne pretendoie&t prendre que des diverses leçons, pour les marquer aux notes sur le texte Hébraïque. Je luy mandois que j estimoîs qu'U iaUoit imprimer à part le texte des Samaritains tout entier, non seulement THebraïque, maifi avec ses aultres deux versions, et aémbloât qu'ils y eussent depuis pensé, et qu'ils s y fussent résolus; tootefoys on me dict que le p. Morin ne veult faire que le texte Syriaque, quil appelle Samaritain, sur l'exemplaire du sieur Pietro délia Valle, auquel cas je me doubte que Tenireprinse ne reuscira guieres bien, et pense que l'Arabique est sans comparaison beaucoup pius essentiel et important, pour l'antiquité qu'ils en prétendent et quand ce ne seroit que pour faciliter l'inidligenee que recherchoit par là feu M' Scaliger de ces grandes chroniques sih maritaines escriptes en cette langue, lesquettes il me dict un jour qu'il ne croyoit pas pouvoir descfaiffrer en perfection, sans avoir ce Pentateuque en diverses langues dont il avoit eu dez lors quelque vent, et m'avoit fort prié de le luy faire recouvrer, ainsin que je m'en estois mis en soing, mais l'exemplaire fut noyé dans le navire Sainct Victor coulé à fonds. En effect, quoique cez grandes bibles ne semblent se faire à autre dessein que pour avoir toutes les diverses conceptions et interpréta*tiens que peuvent fournir diverses versions, je ne vois pas pourquoy on veuille avoir les unes et négliger les autres, principalement celles cy, qui se trouvent accompagnées de tant de circonstances notables et de tant de diversitez considérables et utiles. Ils en feront ce qu'il Irar plairra, et s'ils ne font l'édition complette, quelqu'un se mettra possible un jour en peine de l'entreprendre. Pour moy, je vous ay appresté une cassette, où j'ay mis les trois Pentateuques que j'ay, lesquels en comprennent des fragments de deux aultres, dont Tun n'estoit qu'à deux colonnes, à scavoir l'Hébraïque et l'Arabique e regione, comme plus
^rm^r^/^À^^'iiàé^iiedoimeiitpaslemotp^- qu'en fiiaconnerie, où Tod -appelle firacon
r^t'jie. Mais on lit dans le Dictionnaire de périgrin on faneon de passage.» Pérégrin
Trévaiut: <t Pérégrin, vieux mot qui signifioit n'est pas dans le GJmairv de La Corne de
autrefois étranger, pèlerin. On ne le dit plus Seinte^Pdaye.
tl631] AUX FRÈRES DDPDY. 279
digae que. la Syriaqae laquelle n'est qu'au troisiesme rang en celuy que j'ay à trois langues. J'y ay mis encores mon Lexicon aux mesmes trois langues, et eerlains fragments de priei*es et aultres eseritures, aulcunes Hébraïques avec la version Arabique, et d'autres en un quattriesme dialecte medé semblables à des lettres missives que je vous envoyé aussy dans la mesme cassette escrites à feu M*^ Scaliger, par le grand prebatre des Samaritains, et par leur Synagogue d'Œgypte Tan iBgo, où ii y a de jolies responees sur les demandes que leur avoit faict M' de la Seala, lequel n'avoit jamais receu les dictes lettres, et en eusse bien £aict son proffit; je les recouvray par grand bazard, et pense que le bon P. Morin y trouvera de qooy faire quelques bonnes observations, qui luy eussent bien servy s'il n'eust tant basté le libvre dont vous m'avez envoyé le tiltre. J'y ay enoores adjousté les deux textes des Evan^es en Syriaque dont l'un a la version Arabique e regione d'une partie de S' Mathieu seulement, de sorte qu'à mon grand regret ces Messieurs n'y trouveront pas le secours qu'ils pouvoient attendre; finalement il y a trois volumes de lifcnrgies des copbti, où il y a tout plein de fragments des Evangiles^ des Epistres des Apostres, des Psaulmes et aultres choses qui se cbtiEtent en leurs églises et y en a an qui a la vei"^ sion Aralûque e regione. Le P. Morin m'avoit prié de demander au sieur Pietro délia Valle ce qu'il avoit en cette langue, mais il s'en excusa; c'est pourquoy je n'ay pas voulu manquer de luy envoyer les miens. L'occasion de cette cassette me fera mettre encores quelque chose pour le bon M' du Chesne, et je bailleray le tout à M' de la Poterie qui m'a promis le faire aller avec ses bardes plus précieuses et en avoir grand soing, la mcdadie de Lyoa m'ayant constraint de prendre cette voye, pour ne bazarder cez pièces là témérairement. Que s'il ne debvoit partir bien tost, nous chercherions aultre voye pour diminuer l'impatience de cez Messieurs , et au pix allex ce sera par mon neveu qui prépare son voyage , pour lequel je luy ay expédié ma procuration ad resîguandum de mon oflBce , afin qu'il ne revienne poinct sans les provisions. Et l'absance de la Cour ne l'empeschera pas d'aller à Paris, quand ce ne seroit que pour avoir le bien et l'honneur de vous voir, et vous remercier de vive voix
de noz obligations et des nouvelles offres que vous daignes loy faire à luy mesmes par voz dernières lettres.
J ay receu une dent, que l'on a voulu vendre pour estre de ce pre^ tendu géant d'Aifrique, mais je tiens que ce soit une dent de bdaine plutost que d'un homme; un mien amy a esté sur les lieux du tombeau^ et n y trouva que la pouidre des os^. Les Mores tenus pour grandement doctes en ce pais là disent que par leurs livres il se justifie que ce géant avoit nom MENOIËL min el Moutideri, qu'il vesquut 600 ans et mourut il y a & 000 ans empoisonné par sa femme, quil avoit dix enfants masles et sept femelles. Je tiens qu'ils veuUent dire Hercule, lequel j'ay veu represanté en quelques médailles Arabiques, tantost avec les deux serpents comme un enfant, tantost avec sa clave^, tantost avec sa peau de lion. Et ay veu quelqu'un de leurs livres qui dict qu'il avoit conquis sur le géant Antée l'Afrique, mais il le nomme Garmil, et puis avoit esté au destroict ouvrir le passage à la mer Occeane , de sorte que cez traditions qui semblent si fabuleuses et estranges ne sont pas encores sans quelque fondement et rapport aux origines des histoires Grecques, qui ont esté embarrassées de tant de fables et suppositions. On me faict espérer une relation fort exacte du lieu qui n'est qu'à une mousquetade de la mer, de l'occasion de la descouverte par le ra-
^ Ce mien ami était Thomas d'Arcos, aa sujet daquel je renverrai à on prochain fascicule des Onrespondanis de Peirese, Voir, en attendant, sur d'Arcos, ainsi que sur le prétendu géant d^Afrique, les publications déjà citées de Fauris de Saint- Vincens : Letr très de Thomas d'Arcos à Aycard et à Pei-^ resc et Lettres de Peirese à Thomas d'Areos. Je compléterai cette correspondance d'abord dans le fescicule que je viens d'annoncer, pour ce qui regarde d'Arcos , ensuite, pour ce qui regarde Peirese lui-même, dans un des volumes qui suivront les trois volumes consacrés à la corresiM)ndance avec les frères Dupay.
' Voici oe que d'Arcos écrivait è Aycard, le 95 avril i63o : irJe vous baise les mains et à M. de Pdresc, duquel je suis fort serviteur; dites -luy que j'ay recouvré deux dents de ce grand Géant duqud je vous ay eseripf , et pèsent chacune plus de trois livres et demie. Le reste de ses ossements sont tous tombés en poudre. «
' C'est-à-dire massue. Le mot elave n'a pas été recueilli dans lea Dictionnaires de Richelet et de Trévoux. On le tronve dans le Glossaire de La Corne de Sainte- Pdaye , d'apràe un texte de l'an 1 3A6. C'est une addition des éditeurs, MM. Favre et Pajot.
vage d'un torrent qui vint ouvrir la terre par le beau milieu de la place où estoit traversé ce corps. Ce mien amy y fit travailler dix hommes tout un jour, mais il n avoit pas achevé d en dresser la relation, quand partoit la barque par laquelle il m'en a envoyé Tadvis. Il fauldrà encor avoir cette patiance. Il me faict mesmes espérer coppie du passaige de ce libvre où est faicte mention de ce géant, en leur langue Arabique avec la version en Provençal , et croid que cette dent ayt esté supposée en cette occasion pour la mieux vendre, et de faict elle est si pesante, quelle semble pétrifiée, comme d'aultres dents de monstres marins, bien que différantes, dont j'en ay veu une ce me semble à M' Aubery. Si les aultres os estoient pétrifiez, je croirois que ce fust esté corps de quelque monstre marin tout à faict plus tost que d'un géant, et le voisinage de la mer y serviroit bien.
Au reste je ne suis pas marry que M" Saulmaise travaille à la recherche de cez anciens ritus ecclesiae, mais je n'ay pas moings de regret que vous qu'il ne se laisse emportera II est vray que tousjours pourra t'on bien distinguer le bon du suspect, et y aura tousjours grandement à apprendre. J'ay mis pour luy dans vostre cassette un Suétone m[anu]s[crit] qui semble fort moderne, mais j'ay apprins que feu M" Gasaubon^ avoit faict de grandes instances pour le voir, à cause des passages grecs, et croid on qu'il ne l'eust pas veu; à tout hazard, il y pourroit avoir quelque mot à son goust, dont je serois bien aise. Pour sortir de la responce de vostre première lettre, il fault que je vous remercie encores trez humblement des bons offices qu'il vous plaict nous offrir envers M' de la Marguerie, nostre premier présidant *, dont je vous suis infiniment redevable ; ni m'a envoyé faire de trez obligeantes recommandations, ce qui m'a donné
' Dupoy et Peiresc craignent qu'au voir le recueil déjà cité de P.-Jos. de Haitze
sujet des anciens rites de TÉg^ise, le zèle du sur les premiers présidents du pai*lement
calviniste ne fût plus grand, dans San- d*Aix (avec un portrait d'ÉlieLaisné de la
maise, que Timpartialité de Térudit. Marguerie par Gundier). Le registre I des
' Isaac Casaubon a déjà été mentionné minutes de la correspondance de Peiresc à
(t. I, p. 395). Carpentras renferme treize lettres adressées
' Sur ce successeur du baron d'Oppède, à Laisné de la Marguerie (foL 73-77), la u. • 36
lll»MMEKIK ilATIOlAU.
la hardiesse de luy escrire; vous suppléerez à mes deflEaults et ferez œuvre méritoire.
Le restant de voz lettres estant principalement sur la communication des choses du temps , vous m'excuserez si je n'y respons plus punctuellement et si je me contente de vous en remercier comme je faicts trez humblement, bien marry de ne vous pouvoir rendre d'eschange, car il n y a que la présentation de Tedict de crue de conseillers en nostre Parlement sur lequel aujourd'huy matin la Cour a résolu, à ce quon me vient de dire, de s'en excuser sans respondre et M" d'Âubray vouldroit un refus par escript, et s'en est quant et quant allé à S^Maximin, pour presser Messieurs des Comptes d'un semblable edict, où je ne pense pas qu'il advance davantage* Il avoit en main les lettres patentes du restablissement du Parlement et des Comptes à Aix, mais il ne s'en dessaisit poinct, et sans le dire veult bien que l'on croye qu'il ne tient qu'à la vérification de céz edicts qu'il ne les dellivre [et que] les Irouppes de gendarmerie ne sortent d'Aix et du pais, mais cela ne seroit pas suffisant pour faire franchir le sault, tant les esprits sont mal ployants et indignez. Dieu aura pitié de cette pauvre province désolée quand il luy plairra. Et je fîniray cette importune lettre par mes réitérées protestations que je ne puis estre que,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur et de tous les vostres ,
DE PsniBSG.
A Boysgency, ce a3 may fort tard , 1 63i .
Nous avons eu icy ce soir à souper M'' le chevalier de Boissise S avec
première écrite de (rBeaugender le a 3 may Prùoence, e» Omr. Aa folio 76 du registre I
i63i », la dernière écrite d'Aix trie 8 may estrniecopied'mielettredupremierpnfoideot
i635)». Voici la suscription de la première adresséeèPeîrese de ParislesS février i63&. lettre : Maïuieur L'AUni sieur de la Mar^ ^ Quelque fils sans dente de Jean de
gnme,CanseilkrduBoyeiiM$sCanseihd'E9tat Thumery, sieur de Boissise, sur lequel on
et premier président en sa Cour du parlement de peut voir 1. 1, p. 378.
le cooimandeur de Fourbin S qui ont voulu apprez soupper passer ouitre I
à ToUon. Ils n avoient apprins à Brignole aulcunes nouvelles de la Cour, bien que le secrétaire de M' de la Potterie y fust fraischement arrivé. On nous a voulu dire d'ailleurs que Mess" de Gourtenay sont bien maintenant sur les rangs. Je vous envoyé à faulte d'une chose plus digne de vous Teiemplaire que ma envoyé M^ le cardinal Barberin de l'inscrip* tîon de PtolemdBus, fils du Philadelpbe, que M' Holstenius avoit descouvert dans la Yaticane, et qu'un aultre luy a desrobée par jalousie^, et daultant quil ne m'en avoit peu envoyer un exemplaire, me doublant que M" vostre frère n'en ayt peu avoir aussy. J'ay mieux aymé vous envoyer le mien que de vous laisser en peine de l'attendre, si ne l'avez encores peu voir et faire voir à Mess" les curieux, et particulièrement à Mess" Rigault, Grottius, Saulmaise, et je pense que M'Bignon le verra trez volontiers, et vous m'obligerez bien de luy faire mes recommandations par mesme moyen'.
Lin À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,
À PARIS
Monsieur, Je suis interrompu encores cette foys lorsque je pensois vous escrire, par l'arrivée céans de trois gentilshommes Florentins, venus sur un navire du Grand Duc à Tollon oii ils ont faict un peu de quarantaine. Ils partirent de Ligourne deux jours aprez que M' de Guise y estoit arrivé, et desjà il estoit allé voir son Altesse à Florence, qui le vint rencontrer à my chemin, et luy avoit préparé une réception fort honorable. L'un d'eux a nom Galilei , et le sieur Galileo-Galilei n'a pas de maiscMi dont il face plus d'estat que de la sienne. Il m'en a desja dict
^ Sur le commandear de Forbin, voir scripiiondan8lerecaeildeBois0ODade(Ltt«cr 1. 1, p. a63. Holstemi Epistolœ ad dwergos).
* n n'est fait nulle mention de cette in- ' Vol. 717, fol. 1 15.
28â LETTRES DE PEIRESC [1631]
des nouvelles que vous ne serez pas marry d'apprendre nomplus que M' Deodati. C'est qu'enfin on luy a donné permission à Rome d'imprimer son livre du flux et reflux de la mer soubs certaines déclarations et protestations mises en teste du libvre par l'autheur qui l'a composé en forme de dialogue, oii il introduit des personnes qui parlent pro et contra du mouvement de la terre sans en rien déterminer. Car c'est sur cela qu'il fonde tout son flux et reflux. Il y en avoil desja un tiers d'imprimé à Florance, il y a plus d'un moys, et le libraire asseure qu'il aura achevé dans la Toussains^ On m'en promet des premiers exemplaires dont je ne manqueray pas de vous faire part.
Je vous remercie trez humblement des petits discours imprimez que M' Aubery m'a envoyez de vostre part, comme de ceux qui sont venus soubs voz enveloppes , mesmes de cez gazettes ou demi feuilles de nouvelles estrangeres^, que je trouve de trez bonne et commode invention, et crois qu on en fera des recueils comme du Mercure. Je serois bien aise d'en recevoir deux exemplaires de chasque sorte, à mesure qu'ils s'imprimeront, pour en retenir un tandis que l'autre eschappe des mains et qu'on ne le sçauroit retenir.
Je crains d'avoir oublié par mes dernières de vous accuser la réception et vous remercier comme je faicts maintenant des libvres d'Airs qu'il vous pleut m'envoyer quelque temps y a, dont noz petits grim-
* Le livre ainsi aDooncë ne parât pas en novembre i63i, mais seulement Tannëe suivante. En void le titre : Diaiogo êopra i duo sistenU del mando , etc. (Florence, G. B. Landini, i63s,in4').
' On sait que le premier numéro de la Gazette de Théophraste Renaudot parut le 3o mai i63i. M. Eugène Hatin {HUtokede la presse en France, t. I, iSSg) a ënumërë (p. 73) les nouvelles étrangères contenues dans la première Gazette et venues de Gonstantinople,de Rome, d'Espagne, de Portugal,
d'Allemagne , de Venise , d'Amsterdam , d'Anvers, etc.; il a reproduit (p. 7/1} les articles consacrés aux nouvelles de Constantinople (du ù avril) et à odles d'Anvers (du ai mai). 11 n'y a point de nouvelles de France dans les cinq premiers numéros, ce qui explique pourquoi Peiresc ne mentionne que les articles relatifs aux choses étrangères. C'est seulement dans la sixième gaiette que wai données des nouvelles de Paris et de Saint- Germain.
melins ^ de musiciens ne se sçavent pas servir pour y trouver auicune friandise. S'il y en a d'aultre sorte, vous m'obligerez de m'en envoyer à la commodité. Cependant je vous envoyé les vers de la chanson de la Rose qu'on attribue à Monsieur pour ses amours de la Princesse Marie ^, puis que n'en avez ouy parler. On y a faict icy deux ou trois airs à boulle veue*, mais ce seroit vous faire trop de tort que de les vous envoyer de par delà. C'est pourquoy je m'en abstiendray, attendant si M"^ du Monstier ou quelque aultre amateur de la musique ^ vous sçau-? roit fournir le vray air primitif de cette chanson.
Cependant, au lieu de meilleure matière, je vous envoie coppie d'un des registres de Seneque de la traduction de Malerbe^, qui n'a pas nuy à ma consolation en nostre petite solitude, principalement daiis la contemplation des révolutions présentes. Vous recevrez par mesme moyen coppie d'une charte originelle en parchemin, avec le desseing de la bulle qui y est encores pendante, qu'un amy a inesperement trouvé en une isle de l'Archipelago • prez de Rhodes, dont j'escrips à
' Littré ne cite sous ce mot, diminutif de grimaud, que cette phrase d*un aatear du x?i* siècle, Etienne Taboarot, le prétendu seigneur des Accords (Bigarruret) : «rU n*y aura pas jusqu*aux petits grimelins. . . n
' Louise -Marie de Gonzague, fille de Charles de Gonzague, duc de Nevers, puis de Mantoue, et de Catherine de Lorraine, devint (novembre 1 6&S^ reine de Pologne et mourut à Varsovie le i o mai 1 663. Savaiton que la chanson allégorique avait été at- Iribuëe au frère de Louis XIII? Voir, sur les amours de Gaston d'Orléans avec la future reine de Pologne (1699), les principaux mémoires du temps, qui ont été assez bien résuma dans Tarticle consacré {Nawelle Mh grtfkie générak) à Marie de Gonzague par Camille Lebrun.
' Nous avons déjà trouvé dans le tome I Texpression à houlk-tue avec le sens de préc^tûnwctU,
* Les biographes de Daniel du Monstier, et, parmi eux, Taliemant des Réaux luimême , ont oublié de nous dire que le câèbre peintre était aussi un zélé musicien.
* Les Epistres de Seneque, traduites par Af" François de Malherbe, gentilhomme or^ dmaire de la chanAre du Roy, parurent pour la première fois à Paris, chez Antoine de Sommaville, 1637. L'achevé d'imprimer est du 7 septembre de cette année. Voir sur cette édition, qui était restée inconnue à tous les bibliographes, la NoUee bibliographique mise par M. Lud. Lalanne dans le tome I des Œuvres complètes de Malherbe (p. xcvi).
' De ritaiien arcipelago, corruption du grec moderne alytonékayos^ c'est4i-dire mer Egée. Littré, auquel j'emprunte cette explication, ajoute que du temps de Ménage, quelques-uns disaient archipelague , ce qu'il condamnait
286 LETTRES DE PEIRESG [1631]
M*^ du Ghesne, à qui je vous supplie d en faire part, et à M' Besiy, pour ayder à la généalogie de Poictiers, car c est du prince Raimond Rupin qui estoit de cette maison là, et que les autheurs ne nommoient que Rupin ; s'il vouloit voir Toriginal, je luy en pourrois faire passer lenvie^ car je lay par devers moy S et crois que vous ne verrez pas mal volontiers en quels termes il parle aux cardinaux de Rome, ayant admiré la dernière clause [Actum est ecclesiarum in omnibus salue jure] ce qui me faict doubter qu il n'y eusse quelque plus particulière submission à Téglise de cette principaulté, ou qudque spéciale protection des églises d'icelle entreprinse par TEglise Romaine. Et ne sçay si les images de s^ Pierre et s* Paul qui sont au revers de la bulie n'auroient poinct quelque relation à cela, aussy bien qu'à la chaire S* Pierre en Antioche aussy bien qu'à Rome. Tant est que cela ma semblé extraordinaire, et bien digne sinon de vostre curiosité, au moings de celle de M' Besly, aussy bien que de M' du Ghesne, et possible du P. Sirmond, à qui vous la pourries monstrer si le trouvez à propos, et par mesme moyen il vous pourra faire voir une empreinte que je luy envoyé d'un seau que j'ay recouvré en mesme temps de l'Archipelago, avec l'inscription + COPAnC TIAAKOC NI0Ol)NOC KAGHrOYMeNOY que j'estime pouvoir avoir esté de ce Niphon Patriarche de Gonstantinople environ iSii, qui renoncea au Patriarcat^ et possible au monde pour aller vivre monachalement' en cez isles, avec quelques prebstres de son humeur. Mais que direz vous des extravagances de mon entretien au lieu de satisfaire punctuellement à mes debvoirs en vostre endroict et de vous demander pardon de ce que je m'en acquitte si mal? G'est le trop de confiance que j'ay en vostre bonté, qui m'en faict abuser de la sorte, et espérer que pour
* Nulle menlioD de cette eharte n'est 1 3 lâ et Ait dëpoeë dans ao concile leou en
ftdte par Bealy dans m correspondance pu- i3i5 {Arl ii vhifier les datai, duxmabgU
bHée par M. Briquet {AreUoes historiques kisUnnquedespatnarehesderÉlgU$ed'OneiU,
du Poitou, L IX, i88o). t IV, i8t8, p. ii5).
' Niphon, mëtropolitam de Gysique, ' Sous le moi mmweakmeut Utile n'a cité
monta sur le siège de Gonstantînopie Tan que le Dictionnaire d'Oudin.
qudque faulte que je puisse commettre, vous ne me tiendrez pas moings tousjours, Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obéissant sei'viteur, DB Pbibesg.
A Boysgeoicy, ee i3 septembre t63i.
Mon frère est arrivé des champs tout à poinct, et M' le Pr[ieur] de Roumoules aussy pour vous remercier comme ils font trez humblement de rhonneur de vostre souvenir.
Je vous supplie de faire noz humbles saluts à M*" du Puy, vostre frère, et à M' de Thou, et toute TAcademie sans oublier le bon M' Petit \
k MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y,
À PARIS
Monsieur, Aprez une longue opiniastreté de mes indispositions et incommoditez, qui me contraignirent dernièrement de me laisser porter en chaise d*icy à ToUon pour avoir le bien d*y salifier M^ le Mareschal de Vitry ^, sans que pour cela je peusse estre quitte de la suppression d'urine dont j*eus une fort rude secousse, et dont j'estois travaillé quasi incessamment, et lors mesmes que le dict seigneur Mareschal me faisoit l'honneur d'agréer que je fusse avec luy, je me résolus de boire des eaui d'une fontaine chaude qui est en l'isle des Embiers à deux lieues de Tollon que le prince Doria^ a mis en réputation en en envoyant quérir
' VoL 717, foî. 119. de Provence en i63i et mourut à Naady
* NicolasderHospitaU marquis, puiA(j«i- (Sdoe-et-Mame), le sS septembre 16A&. vier 1 643) duc de Vitry, naquît en 1 68 1 , fnt * Andrë Doria , prince de Melfi. Voir le
capitaine des gardes de Louis XIII, devint ma- récit absolument conforme de Gassendi,
récbal de France en avril 1617, gouverneur liv. IV, p. 871.
de Gènes fort souvent et ne passant jamais par là avec ses galères sans se destourner pour en aller prendre, dont Tessay me réussit tant à souhaict que dans moings de 1 5 jours, j'en ay ressenty de bons effects et un si grand bénéfice et soulagement, que de longtemps je ne m'estois trouvé avec tant de repos, ne en estât de pouvoir espérer comme je faicts maintenant d'avoir moyen de renouer quelque peu de commerce et de correspondance avec mes bons seigneurs et amys. Ayant voulu commancer par M' de Thou, et par Monsieur du Puy vostre frère et vous, Monsieur, attendant de satisfaire aux aultres peu à peu avec layde de Dieu, et de ne plus demeurer en de si longs arrairages comme par le passé, ne par consequant dans les regrets que je ressentôis de ne me pouvoir acquitter de mes debvoirs, à quoy servira de beaucoup le restablissement des ordinaires de ce païs à Lyon (qui a esté résolu, et ne sçauroit guières tarder d'estre exécuté) et la cessation des ombrages et jalousies que le commerce des lettres de la cour donnoit à quelques uns qui cherchoient des prétextes de nuyre à aultruy, car lors certainement, il y avoittrop de danger d'en ressentir du desplaisir, dans quelque bonne foy que ce fust qu'on eust peu se contenir, et bien qu'ils n'eussent peu trouver à mordre sur la qualité des advis, parce que la seuUe correspondance passoit pour un grand crime auprez de ceux qui n'en vouloient poinct qu'à leur mode.
Venant donc à voz lettres, bien que mon frère m'ayt asseuré de vous avoir faict quelques despescbes d'Aix en responce d'icelles (en quoy certainement il avoit fort diminué mes regrets de n'y avoir peu satisfaire en son temps) , je ne laisray pas de vous accuser la réception des dernières qui sont du 21 octobre, û, 10 et 18 novembre et 5 décembre, oultre le pacquet dont M" Petit s'estoit chargé où il n'y avoit poinct de lettres vostres, mais tout plein de petits livrets curieux aussy bien qu'avec touts les aultres, et quelques lettres de divers amys dont je vous suis bien redevable et vous remercie trez humblement, ensemble des livres qu'il vous a pieu faire mettre dans les coffres de M' le Premier Présidants bien marry de l'importunité que ce luy pourra eslre.
* Laisnë de la Mai^uerie.
Nous Tattendrons en bonne dévotion et crains bien que la rigueur de la saison ne le retarde jusques au renouveau. Si cependant il se presen* toit quelque commodité de nous envoyer un auitre exemplaire tant de ce livre de Muys ^ contre le pauvre P. Morin in 8°*que de celuy du dict sieur P. Morin in ti^ contre lequel agit le dict Muys', vous me fere plaisir, car je ne l'ay plus et seray bien aise de les voir ensemble. Nous n'avons pas encor eu d'Italie le livre du Galilée, et j'entends que la ville de Florence n'a pas encores recouvré la liberté du commerce, ce qui nous retardera encores plus ce contentement. On ne m'a envoyé de Rome que le livre du P. Scheiner in A^ intitulé Pantographice* lequel je vous envoyé à faulte d'aultre chose. M' Naudé m'escript d'en avoir veu faire la preuve chez le Gampanella^. J'eusse bien mieux aymé qu'ils m'eussent envoyé un autre livre du mesme autheur in fol° de Maculis in sole^, mais il le fauldra attendre avec le temps. Le cardinal Barberin m'a envoyé des plantes du Rosier de la Chine dont les fleurs changent, ce dict-on, de couleur troys foys par jour, estant tout rouges le matin, et bien incarnates le soir, et neantmoings bien blanches sur le midy, ce que je trouve plus estrange que si ce changement se faisoit du rouge brun à l'incarnat et de l'incarnat au blanc; il en fauldra voir la preuve
* Simëon Marotte de Muis , savant hëbraïsant , naquit à Orléans en 1 687, fut chanoine et archidiacre de Soissons, professeur d'hébreu au Collège royal (161&) et mourut en
' Assertio veritatis hebraîcœ adversus Jokamûê Mmini exereitaUones in utrumque Samaritanorum Pentateuchum ( Paris , 1 63 1 ).
' EœercilaUonum eccksiastiearufn libri duo de patrtarcharum etprimatum origine, primis orhis terrarum ecelesiastieis divisionibus atque antiqua et primigenia censurarum in ckricos natura etpraœi (Paris, i6a6, in- A"*).
* Chrislophori Scheiner e societate Jesu Gernumo-Suevi, PaniograpUee, seuaredelineandi res quasUbet, etc. [Voir le reste du titre dans la Bibliothèque des écrivains de la compagnie de
ywi«,t.IlI,col.6o4.](Rome,i63i,in4'.) ^ Nous n'avons pas la lettre ici men tionnée. La première des lettres de Naudë à Peiresc recueiDies dans le fascicule XIII de la collection des Correspondants de ce dernier est du t" février lôSa. '^
* Peiresc abrège ici en deux mots le titré démesurément long que voici : Rosa ursina sive sol ex admirandofaeularum et maeularum suarum phœnomeno varius, necnon cirea centrum suum et axemjixum ah oceasu in ortum annua, circaque alium axem mobilem ab ortu in oecasum conversione quasi menstrua , super polos proprios , libris quatuor tnobilis ostensus a Christophoro Scheiner Germano-Suevo , e societate Jesu , etc. ( Bracciano , 1 63o , in-fol.) ; rimpression avait été commencée en 1696.
IH»llt«CllIC RâTIOUALB.
en son temps, et un laurier Américain , avec ung libvre des espreuves en taille douice et figures chrestienhes des cemetieres soubsterrains recueillis par feu Bozius ^ qui est fort curieux et dont il dict n avoir esté imprimé que dix coppies, attendant que louvrage entier puisse estre mis en lumière. Je luy avois envoyé une fort belle plante du Jassemin jaulne des Indes, et quelques livres et desseins de son goust. Il m'escript que le Jassemin jaulne est arrivé tout à temps pour estre portraict en taille douice dans un libvre latin que faict un P. Jesuitte^ de la culture des plus rares plantes, qui estsoubsla presse, et bien advancé^. Au reste je ne seray pas marry que M' Grottius trouve son contentement en Hollande, mais je seray bien fasché que nous le perdions, et encores plus de M^ Saulmaise, vous asseurant que vous m'avez faict un singulier plaisir de luy avoir baillé cez eclogues m[anu]s[crite]s et eusse esté bien fasché que me les eussiez renvoyées. Car je faisois estât de vous renvoyer les cayers que M' Grottius en avoit tirez, pour, si vous et luy ne le trouviez pas mauvais, les faire donner au public. Lie retardement du retour de M' de la Poterie différé de moys à aultre est cause de cet inconveniant comme de beaucoup d'aultres et mesmes de ce que mes Pentateuques ne sont à Paris, et un pacquet vostre lequel je regrette grandement, que M' vostre frère m'avoit adressé de Rome longtemps y a, estant fasché que les livres de TAtheismus triumphatus du Gampanella ^ que vous eussiez eu receus se soit si. misérablement envieilly en ce pais. La contagion ou recheutte de Lyon , et l'interruption du commerce des
* Voir sur Antomo Bosio , mort en 1 69 9 , 1 6 3 3 , in-A* ). Une noavelte édition fat donnée et8ar8aAoma«or(errafiea^quiparateni633, parBern Rottendorf sous ce titre : Joh. Be^ in-foi., complétée par le P. Severani, une lùtœ Ferrarn Senenàê ^ S.-J,, Flora, seu de lettre de Gabriel Naudé à Peiresc, du 1*' fé- flonm eultura libri IV ( Amsterdam , 1 66 A , vrier i639, dans le fascicule XIII des (hr- in-&*).
respandauts de Peirese ( p. 1 9 ). * Th, Campanelim atkeismus triumphatus
* Jean-Baptiste Ferrari, né 'à Sienne, (Rome, 1 63 1, in-fol.). Sur ce livre, comme entra dans la compagnie de Jésus en 1 609 , sur toutes les circonstances de la vie littéraire occupa pendant vingt-huit ans la chaire et politique de Fâoquent dominicain , voir le d'hébreu au Collège Romain, et mourut à grand ouvrage de M. Lnigi Amabile: Fra Sienne eni 655. Tmnaso Gampanella, etc. (Naples, 1889-
* De Flarum cultura lihri IV (Rome, 1887, 6 vol, in.8*).
[1631] AUX FRÈRES DUPDY. 291
marchandises de ce eosté là s estant de rechef interrompu, ce qui m'empeschoit de hazarder ma cassette par aultre voye, et puys l'espérance que j'avois eue du voyage de mon neveu ma tenu le hec en Teau ^ jusques à ce qu'il a esté constraint de le différer jusques aprez la réception. Ce qui m'avoit faict resouldre en mesme temps de faire partir M' le Prieur de Boumoules qui l'avoit attendu plus de deux moys, et de malheur, comme il estoit prest à monter à cheval, il tomba malade d'une maladie qui avoit faict grande peur aux médecins, et qui s'est résolue enfin en une apostume interne qui s'est inesperement crevée, reprenant ses forces peu à peu pour partir au premier beau temps avec l'ayde de Dieu. Cependant si je trouvois de commodité de bonne malle pour vous envoyer vostre petit fagot, je l'employerois volontiers pour ne vous tant laisser languir* Et si le porteur de la présente despesche s'en vouloit charger, je l'en feray semondre avec grande instance pour me descharger d'un depost qui a tant perdu de temps en ce païs. Sinon, il ne le fauldra pas oster de la place qu'il tient dans ma cassette si longtemps y a avec cez vieux Pentaleuques et aultres m[anu]s[crit]s orientaulx d'où j'en attendoys une coupple dont on m'a faict grande feste, et crains bien qu'on ne les eust chargez sur le navire S^ Jean qui s'est eschoûé vers Trapano ^, mais qui a esté relevé et n'y a que la mouilleure de la mer en toutes les marchandises, auquel cas mes pauvres livres seront possible en aussy mauvais estât que les m[anu]s[crit]s cophtes de Monsieur de Thou. Il me tarde bien d'en estre esclaircy, et vouldroys que ce fusse la Bible Arabique où estoit l'Apocalypse que l'on me faisoit attendre bien impatiemment pour pouvoir rendre ce bon office à M" le Jay. Que s'ils estoient arrivez à temps avant le partement du sieur Prieur de Roumoules, je les joindray à la cassetle, et vouldrois * bien estre en peine d'en faire faire une plus grande pour envoyer chose qui fusse bien duysable à cez Messieurs, lesquels vous pouvez asseurer que le dict sieur Prieur de Roumoules se mettra en chemin si tost que le temps et lafoiblessé où il est encores le pourra permettre, me tardant
^ Sous cette expression ûgarée, Littrë cite sealement uq vers de la satire vi de Renier. — ' ViHe de Sicile, à 80 kilomètres de Palerme.
qu'il soit là pour pourvoir à toutes cez petites affaires et chicanes dont on nous rompt la teste, et donner satisfaction à un chascun. Il faict estât de proffîtter les beauit jours de janvier que nous avons accoustumé d'avoir quasi annuellement, et les pluyes que nous avons quasi incessamment depuys tout ce moys de décembre luy font espérer tant plus tost le retour de la sérénité. Il me tarde encores plus qu'à luy de le voir en chemin et que touts cez Messieurs ayent veu s'ils pourroient rien tirer qui vaille de mes pauvres libvres, bien fasché de tant de retardements impreveus.
J'ay principalement du regret pour le R. P. Morin qu'il ayt ainsin précipité l'édition de son Pentateuque, et craignois bien (ce que vous me mandez estre advenei) que cette précipitation n'extorquast de luy des choses qu'il auroit retenues ou modifiées, s'il se fusse donné un peu plus de patiance. Car (entre vous et moy) un homme fort sçavant en cez origines trouvoit fort à redire à aulcunes de ses assertions à mon trez grand regret, ce que j'eusse voulu rachepter s'il m'eust esté possible, et s'il n'eust laissé publier si tost ses exercitations, j'avois disposé l'homme à luy en faire donner soubs main les advertissements et motifs, mais cela le rebutta, et depuis je ne l'ay peu ramener à cet office.
Nous n'avons poinct veu ce manifeste dont on parle dans les responces à Cleonville(?)^ et au! très, et pense qu'il n'en soit venu dans le pais qu'un exemplaire à M^ le M areschal ^ qui m'a voit dict qu'il me le monstreroit, mais je n'avois garde de l'en faire souvenir. Nous attendrons en bonne dévotion le Prince de Balsac *, et ce Ministre d'estat de Sillon*.
Mais si l'on a apporté de la foyre la seconde édition in fol^ du Ghronicon Âlexandrinum, je l'aymerois beaucoup mieux pour mes curiositez
^ Mol surchargé. usage de la politique moderne. Par le sieur
* Le maréchal de Vilry, ie nouveau gott- de SUhon. (Paris, Toussaint du Bray, i63i, vemeur de Provence. in-4'.) C'est la première partie de Touvrage.
' Le Prince parut à la fin de l'année 1 63 1 La seconde parut en 1 6&3 , et la troisième en
& Paris, chez Touss. du Bray, Pierre Bo- i66i. La première partie fut réimprimée
colet et Ci. Sonins , in-/î\ par les Elsevier en 1 639 , en 1 64 1 , en 1 648.
* Le Ministre d' Estât, avec le véritable
prédominantes et vouldrois bien apprendre si la dernière édition de la Notilia ou Gallia Ghristiana du sieur Robert est si notablement augmentée comme Ton m'a voulu dire \ car je ne plaindrois pas de la faire venir.
J'eus dernièrement une heureuse rencontre de livres venus d'Italie, où je trouvay un exemplaire du Nobiliario d'Hespagne, et quelques aultres livres que je n'avois pas encores veus, bien que plusieurs fussent desja bien envîeiHîs, entr aultres deux petits in-/i°, l'un Francisci Alvarez Riberae ^ de Successione Regni Portugalliae pro Philippo II responsum cum additionibus Caroli Tapiae , Matriti 1621 ; et l'aultre du mesme autheur et édition de la précédante année, pro Infanta Elisabeth de Successione Ducatus Britanniœ. Je croys bien que vous aurez l'un et l'aultre, mais si par hazard ils vous estoient eschappez, je les vous pourray facilement envoyer, car ils ne sont pas trop gros pour un pacquet par la poste.
Je ne sçay si je ne vous ay poinct mandé que j'eus la curiosité de voir cet éléphant que vous avez veu là quelques années y a, lequel on ramenoit d'Italie. Il vint passer par icy où il fut troys jours* durant lesquels je le consideray bien à mon aise, et avec grand plaisir, ne l'ayant pas laissé eschappçr de mes mains ou despaïser que je ne l'aye faict peser, contre quelques six vingt bouUets de canon. Il me cognoissoit desja quasi comme son gouverneur*, et je me laissay porter jusques à ce poinct de curiosité ou (pour mieux dire) de foilie,*que de luy
^ Sur Claude Robert, voir 1. 1, p. aaâ. Le volnme m -fol. de 1696 ne put être améliore par Tautenr trpropter morbosam seDectuteuiT), comme nous Tapprend la préface de ses successeurs (p. m). Ce fut Tarcliidiacre de Chalon-sur-Saône luimême qui pressa souvent par ses lettres les frères jumeaux Scévole et Louis de Sainte- Marthe de compléter et de refondre son essai.
' François-Alvarez de Rihera, né à Met-
tellino, fut président de la chambre royale à Naples , chanoine h Salamanque (1 689) , etc.
' Voir, sur le séjour à Belgentier de cet éléphant, Gassendi, liv. IV, p. 365. Le biographe rappelle que Peiresc s'était déjà occupé de cet animal dans sa correspondance avec les frères Dupuy, quatre années auparavant.
* Prœeunte animalis gubemalore, dit (p. 365) Gassendi, qui multiplie les détails (p. 366 et 367) sur l'éléphant.
mettre ma main dans la bouche et de luy manyer et empoigner une de se$ dents maxillaires, pour en mieux recognoistre la forme, et ne les ayant pas assez bien peu voir sans les toucher, à cause qu'en ouvrant la gueuUe il les entrecouvroit avec sa langue. Or ce fat pour vérifier, comme je fis, quelles estoient entièrement semblables de figure, bien que de moindre grandeur, avec la dent du prétendu géant de la coste de Thunis ou d'Utica, et par consequant qu'il ne falloit pas trouver estrange ce qu'on avoit escript au premier advis que les os ou ia carcasse de ce prétendu géant avoit dix canes de long, et que le crâne de la teste sembloît un tonneau, puis qu'il s'est tant veu d'elephans dans l'antiquité auxquels on donne une longueur fort approchante de cette mesure. Et le grand voisinage de l'ancienne Garthage doibt faire trouver moins estrange qu'on eust ensevely un éléphant dont est question, et qu'on luy eusse mesme basty une espèce de tombeau, puis qu'on y en nourrissoit un si grand nombre, et qu'on y faisoit si grand cas d'aulcuns d'iceulx qui estoient plus sages ou plus adroicts que les aultres. J'en attendois une plus particulière relation, mais la tartane qui la portoit donna dans le sable en Sicile le mesme jour que le navire de S^ Jean , et je ne sçay si les papiers seront saulvez; cependant, par ce que j'ay veu dans voz lettres que vous en estiez encqres en attente, je n'ay pas voulu différer davantage de vous donner cet advis, et mesme de vous envoyer le portraict de la dent venue d'Afrique, tandis que nous attendrons l'arrivée de cette relation, ou qu'on en ayt renvoyé une seconde coppie au cas que la première ne se soit peu saulver. Ce qui me faict revocquer en double, que plusieurs ossements d'elephans qui se trouvent enterrez en divers lieux ne passent souvent pour ossements de géants.
Au surplus j'ay escript à M' l'Archevesque de Thoulouse, «t vous supplie de luy faire tenir sa lettre, et s'il est encor à Paris, en faire s'il vous plaict demander la responce à sa commodité. Je pensois pouvoir respondre encores au R. P. Sirmond, mais le temps m'a manqué pour cette foys, à mon grand regret. Ce sera pour la première occasion que je m'en acquitteray Dieu aydant envers luy et envers M' Rigault; ce-
pendant, si vous le voyez, je vous supplie de leur en faire mes excuses et de me tenir tousjours, et, s'il vous plaict encores. Monsieur du Puy vostre frère.
Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE PsniBSC.
A Boysgeney, ce a6 décembre t63i.
Vous aurez une coupple d'exemplaires de l'entrée de Mf le Ma«rescbal à Aix*, pour en envoyer un à M' de Lomenie, s'il vous plaiet ^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, J'ay eu bon besoing que vous ayez eu aultant de bonne volonté de me pardonner, comme il y avoit en moy d'impuissance de correspondre à mes debvoirs en vostre endroict, pendant une fiebvre continue de quarante deux jours, suyvie d'une quotidienne de quinze ou vingts jours et d'une infinité d'aultres incommoditez que trainent et laissent ordinairement dételles hostesses que celle là, principalement quand elles sont accompagnées des accidents que j'ay euz de gangraine aux hemor* roides et d'une inflammation si grande à un bras, que les médecins croyoient qu'il le fallust ouvrir, avec une enflure de tout le milieu du
^ On connaît deux relations de cette en- Arcs de Trwnq>he dressés par elle, à Vhan"
trée : La garde du lys, à Ventrée du maréchal nevr du Mareschal de Viiry reçu en qualité
de Vitrtf dam la viUe d*Aix, avec l'expUea- de Gouverneur de Provence, et déchiffré par
tion des emblèmes et des écriteaux apposés aux VexpUcation des Emhlhnes, Déviées et Chitf-
Arcs de Triomphe, par 6. M. [Gttiilaume fres y apposés, par J. F. [Jean Ferrond,
Masset, jésuite], Aix, Roize, i63i, in-A*. jésuite]. Aix, David, i63a, in-&*.
— Le bonheur de la ville d'Aix représenté aux ' Vol. 7 1 7, fol. 1 di .
corps depuis le dessus du petit ventre, jusques à demy cuisse S de quoy je ne me suis peu tirer que par une grâce bien specialie de Dieu, qui m'a voulu laisser encores quelque espérance de vous servir, à laquelle je vouldrois bien qu'il luy plaise adjouster des moyens de m'en acquitter selon mes souhaits et mon debvoir, ne pouvant vous représenter combien je me sens vostre obligé de la compassion que vous avez eue de mon mal , et de la favorable correspondance que vous m'avez tousjours continuée en la personne de mon frère, dont le souvenir me sera tousjours devant les yeux.
Je receus pendant ma maladie quelques lettres dont s'estoit chargé Monsieur Gaffarel, entre lesquelles il y en avoit des vostres et de celles de M"" Gassendi, et des sieurs DuvaP et Ozier*. Je n'y en trouvay pas de Monsieur Deodati ne de Monsieur de la Motte ^, comme vous me mandiez qu'il y en debvoit avoir. Il est vray que je n'euz pas le bien de voir le dict sieur Gaffarel qui estoit demeuré à Âix malade, et quand je le pensay envoyer visiter là, il se trouva qu'il estoit party assez précipitamment, sans que j'aye esté bien asseuré depuis s'il a continué son voyage d'Italie , ou s'il s'en est retourné à Paris comme aulcuns m'ont voulu dire , sur ce qu'un gentilhomme de sa compagnie s'estoit jette dans l'Oratoire.
Vous nous avez faict si bonne part des nouvelles du monde, et des plus curieuses pièces du temps, que ce n'a pas esté un petit allégement à mon mal, dont les inquiétudes ont bien souvent trouvé grands secours à un si agréable entretien ; aussy mon obligation en est tant plus grande, que l'effect et le beneBce que j'en ay tiré m'ont esté sensibles, et que moins nous le pouvions avoir mérité, mon frère non plus que moy, n'ayant rien à vous pouvoir communiquer en revanche qui fusse digne
^ Voir la même description dans Gas- ringuimbertine, registre VI, fol. &5o)
sendi, p. 871 et 37 a. une lettre écrite de Belgentier en septembre
* Sur Guillaume Duval, professeui* an i63a. Collège royal à Paris, voir le tome I, ^ Sur Pierre d'Hozier, voir 1. 1, p. 661,
p. 661. C*est à ce personnage (M. du 90&. Val, & Paris) qu'est adressée (Minutés de * La Mothe-le-Vaycr.
de vous, ne qui peust entrer en comparaison de ce qui nous venoit journellement de vostre main. Mais vous avez voulu faire aultant de fond» de ce peu que nostre bonne volonté et la stérilité du païs pou voient fournir, comme si c eussent esté de meilleurs et plus dignes effects de noz debvoirs, dont je vous remercie trez humblement et vous supplie trez instamment de vouloir encores vous contenter à l'advenir, jusques à ce que nous puissions mieux faire ce que nous souhaitterions. Quentin m'escript que la besongne luy manque ; s'il y a moyen de l'employer, ce sera double charité, tant en son endroict pour Tadvantage qui luy en peut revenir, comme au nostre, pour les rares curiositez que vous avez moyen de nous communiquer, soit de chez vous, ou de la bibliothèque du Roy. En un besoing Monsieur du Ghesne trouveroit bien tousjours quelque pièce à me faire transcripre, de celles qui peuvent concerner les choses de cez contrées de pardeça.
Il s'est desterré durant ma maladie, en cette province, sur la coste de la mer, un monument célèbre de l'Antiquité, qui me fut incontinant apporté en ce lieu, lequel je m'asseure que Monsieur Saul* maise eust esté bien ayse de veoir. Ce sont deux couppes ou gobeletz d'argent qui s'emboittent l'ung dans Taultre pour vraysemblablement les tenir tous deux ensemble en beuvant, de la façon que le dict sieur appelle, si je ne me trompe, frvvSvo^. Ils sont enrichiz, aux lèvres supérieures (mais seulement par dedans et non par dehors), de petits 61aments ou moulures et d'une petite enceinte dorée, dont la veiîe faict bien plus facilement comprendre ce que les anciens poètes ont voulu dire quand ils ont escript, magnos crateras statuunt, et vina coronant, que tous les schoUastes et interprètes ne le sçauroient esclaircir.
Ce sont de cez godets que les anciens appeloient litterata pocula, ou bien ypajXfiaTfxàisTOTï^pia, se lisants treize lettres grecques en celuy qui est extérieur, lesquelles semblent composer un nom propre, bien que
* Voir le rëdt de la dëoonverte, la description des coupes et fanalysc des recherches de Peiresc à oe sujet, daus Gassendi, p. 873-376.