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2»8 LETTRES DE PEIBESG [1632]
aulcunement barbariKé^ et qui tient possible un peu du Gaulois, aussy bien que du Grec. Lequel nonibre de lettres se rapporte à la juste mesure de treiee cyathes ^ que peut contenir celluy des dicts godets qui est intérieur et si petit qu il s emboitte dans laultre, dont la contenance est plus grande au double (si on le remplit jusques au dernier bord), à sçavoir de vingt six cyathes, mais si on y veut laisser le vin couronné, ou bien ne le laisser monter que jusques à la couronne exclusivement, et laisser paroistre dehors du breuvage les petits filaments qui le bordent et Tenrichissent par le dedans, il ne contient pas davantage du demy congius {m) ^ qui est de vingt quatre cyathes, de façon que le nombre des treize lettres ne se pouvant rapporter à la mesure du godet sur lequel elles sont gravées , par le dehors qui estoit le plus exposé à la veiie, au contraire se rapportants à la juste mesure et contenance de l'aultre moindre godet qui s'emboitte dans celluy là, je me suis imaginé, soubs le bon plaisir de Monsieur Saulmaise, que ce pouvoient estre de ces doubles godets dans lesquels assemblez avoient droict de boire, privativement^ aux aultres, ceux qui sestoient renduz signalez à la guerre par leurs prouesses pardessus les aultres, n'ayant jamais peu comprendre qu'il soit facile ne possible de boire en un mesme temps dans deux verres assemblez, principalement s'ils ont leur orifice de forme ronde et pour peu quils ayent de grandeur ou capacité, laquelle ne pouvoit pas estre petite ne d'aultre figure que ronde, en ces couppes dont parie Hérodote^, dans l'observation de Monsieur
* Littrë s'est contente de dire: nBarbaruer, nëoiogisme, parler d'une façon barbare.» Il n adtësoQsee mot aucun écnYain. Dans le Dietùnmaire de Trévoux on avait constaté que le mot n'est point usitë.
' Voir dans le Dictionnaire des antiquités grecques et rùmaines (fascicule xi. Hachette, 1887, p. 1675*1677) l'article Cyathus, par M. Edm. Pottier.
* Voir dans le même Dictionnaire (fascicule X, 1886, p. i&6&-i&&5) l'article Qmgius, par le mtene archéologue.
* Littré n'a cité^ sous ce mot qu'un écrivain du XVI* siècle, Loysd, et qu'un écrivain du xvm*, Montesquieu. Le xvn* sîède sera désormais représenté dans la série des exemples par Peiresc.
* Livre IV, chap. lxv. Le grand historien parie ainsi des Scythes (traduction Â.-F. Miot« t. II, p. &&) : «rQuant k la partie osseuse de la tète , non pas de tous ceux qu'ils ont tués , mais seulement de leurs plus grands enneniis, & la préparent ainri. ils la scient d'abord au-dessous des sourdb, et nettoient
Sanloiaîse^ lescpielies e^toient eomposeez des crânes de la teste des en* nemys tuez. Or noz Gaulois imitoient en cela ceux dont parle le dict Hérodote , puis qu'ils avoient soing de conserver les testes des ennemys tuez, ou de les faire enchâsser en or ou argent pour leur servir de eouppes à boire comme £aisoient les »ultres. Ce qui présuppose qu'ils poavoienl bien avoir encores la mesme coustume d'en assembler deux à la fois quand ils en avoient acquis ce privilège, c'est à dire de les mettre l'ime dans l'autre, quand ils y vouloient boire, pour ne se charger de double quantité de breuvage, de sorte qu'il ne seroit pas inconveniant qu'il se fusse introduiet (pielque chose de semblable ou d'approchant à cette coustume en l'usage des eouppes d'argent, aussy bien que de c^es qm estoient composées actueUement de crânes et de testes humaines.
Et je ne sçay s'il ne se pourrait point soustenir à bon droict que ces eouppes icy, qui s'emboittent l'une dans l'aultre, fussrat de ceste sorte qu'Homère appelle (^i£kv d(i(p^6Tos, pour estre l'une environnée, etn^ brassée ou mise à l'entour de l'aultre. Ce qui semble plus sortabie à l'etymoiogie que toutes les interprétations des autheurs modernes, et que celles mesmes que rapporte l'Athénée, pour faire entendre un vaze à deux ances, ou qui se tournoit à double sens.
Au reste, ce qu'il y a d'estrange en la manière de ces eouppes icy, est que par le dehors elles sont toutes lizes et unyes, sans comparaison comme le crâne de la teste d'un homme, n'y paraissant aoltre ouvrage que l'escripture du nom [déchirure] OTENIKOIMEAOT marquée par des seuls poinctz et non par des rayes. Ce qui ayda à me faire songer à la mesure de la contenance d'ieelles, d'aultant que les plus anciens poids qui se trouvent ont leurs marques ou inscriptiens formées par des simples poinctz. Et me souvenant de ce que Martial et aultres poètes ont escript des godetz où estoient inscripts les noms de CAESAR, de CAIUS, de IULIUS , de PROCULUS, et aultres où le nombre des lettres
ensuiteavec mn la cavité da crâne. SI le poe- estriche, apràs avoir garni de même le crâne sesBeoresl pauvre, il se contente d*ëteodre«i» extérieurement en pasu de boMf, il fe dore dekorsde ee erèso/e ose peau de bcBof et s'em m dedans, et ta fait usage ^aleownt pour sert eoBMue d*«ve ooiqpe. Si aucuntraire il boôe. . . «
estoit indice du nombre et de la mesure des cyathes de la contenance d'iceux comme NAEVIA ,
NAEVIA sex Cyathis, septem IVSTINA bibatar,
je songeay que les treize lettres du nom OTENIKOIMEAOT pouvoient marquer la mezure de treize cyathes, ce qui me réussit grandement juste, par l'examen et comparaison tant d'un Gongius Romain que j'ay tiré sur l'antique du cardinal Farnese, et de plusieurs vases antiques, que j'ay aussy, du Sextarius, de l'Hemina ou Gotyle, et du Cyathus, que d'une pille antique que m'apporta feu Monsieur Aleandro lors du passage du légat, où sont assemblez tous les poids antiques formez comme des petits vases ou escuellons qui s'emboittent lun dans l'aultre, et qui donnent non seulement les vrays poidz depuis le Dupondium jusques à l'once (marquez des vrayes marques ou notes antiques des poidz Romains II . L S . | .•'.'• . ■-■*)' ™^^ aussy les justes mesures de l'eau ou du vin qui repondent à la demy-Hemine, l'Acetabulum, le Gyathus, le Mystrum, la Goncha, la Gheme et le Gochlear ou la LigulaS ce qui peult fournir de la matière de beaux" discours sur ce subject , pour esclaircir les plus grandes diOicultez qui y soient escheiies.
Tant est que tout ce peu de façon qu'il y a en ces couppes d'argent est par le dedans, comme si on avoit affecté de ne laisser par dehors aulcune aspérité de cizellure, laquelle peusse offenser la lèvre inférieure de la bouche en beuvant, les façons et mouUeures du bord interne ne pouvant offenser la lèvre supérieure, attendu qu'en beuvant elle se tient ouverte et esloignée du bord de la couppe, pour laisser passer entre deux et humer le breuvage. Ces couppes furent trouvées en terre l'une dans l'aultre et furent mal Iraictées des paysans qui les desterrerent. Mais ce qui y est resté en son entier est si bien
* Voir sur pi*e8qae tous ces mots le Die^ cet ouvrage en cours de publication , le Dtctùmnaire d'tmdquiih de MM. Daremberg et Uonnaire général de hiograpUe et â'kkimre . . . Saglio, et, pour ce qui eonoeme les mots tes atUiquùés et mstitaUùme grecques, rodes lettres L et M non encore abordées dans maineê, etc. ,parGh. Desdiny et Th. Bacheiet.
poly, que l'ouvrage de nos orphevres d'aujourd'huy n a rien de semblable , tellement que ce n est pas sans cause qu'Isydore ^ a remarqué que les anciens n'affectoient pas moins le grand lustre de l'ouvrage en leurs vases plus précieux, que l'excellence de la cizellure ou de la main qui les elabouroit et la bonté du métail. Si tost que j'auray la commodité d'un peintre, je les feray desseigner, afin que vous puissiez mieux comprendre ce que c'est, et que le puissiez faire voir à Monsieur Saulmaize, à Monsieur Rigault et à cez autres Messieurs, s'ils en ont la curiosité, dont je serois bien ayse d'apprendre les ad vis (comme le vostre) si vous trouviez bon de me le faire sçavoir, et qu'il ne vous fusse pas incommode, vous suppliant d'excuser ma liberté à vous escripre des songes et resveries d'un fiebvreux, et de me commander avec l'authorité que vous ont acquis tant de bienfaictz sur celuy qui sera à jamais, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Pbirbsc.
A fieeugentier, ce 18 juing i63a'.
\ MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Depuis celle que je vous escripvis la semaine passée, je me suis faict apporter icy huict ou dix vases antiques de bronze que j'avois à Aix dans mon cabinet et trois ou quatre autres modernes, mais contrefaictz sur des antiques les plus célèbres et plus curieux qui fussent à Rome de mon temps, comme estoit le congius du cardinal Farnese^, tous les-
' Isidore de Sëville,rau(ear des Onj^W. chevèque d* Avignon, patriarche de Jéru-
* Vol. 717, fi>l. laS» saiem, etc., cardinal en 1 53 4, mort le a mars
* Sût Alexandre Famèse, né à Rome le iSSg ; soit Ranuce Farnèse, né le 1 1 avril 7 octobre 1 5 90 , ëvèqne de Parme , puis ar- 1 53o , archevêque de Naples , de Ravenne ,
302 LETTRES DE PEIBESC [1632]
quels vase» floot faietz sur les mesures justes des aueiens, taut du dîet GoDgius et du Gbœoix , du double Sextarius» de rHeuiina oa Gotyle, du Quartarius ou Semicotylium, de rAcetabulum et du Gyathus, que de certaines aultres mesures qui se trouvent faictes et représentées en forme d'Ëscuellons^ assortis en telle sorte qu'ils s'entresuyvent les uns les aul* très depuis le Quartarius, TAcetabulum, le Gyathus, le Mystrum, la Goncha, la Gyane et jusques au Gocblear ou Lygula, et aultres plus menues subdivisions dont je pris grand plaisir de faire Texamen et comparaison avec mes eouppes d'argent antiques nouvellement desterrées , dont la contenance et capacité s'est tousjours trouvée conforme à ce que je vous disois des treize cyathes respondanta au nombre des treize lettres dont est composé le nom propre OTENIKOIMEÂOT, pour la couppe intérieure, et du double pour celle qui luy sert d'estuy, restrainte neantmoins au demy Ghœnix, ou au tiers du Gongius (m^), lorsqu'on ne la veult pas remplir plus avant que jusques au premier cercle de sa couronne ou de son bord.
J'eusse bien souhaiclé d'en faire l'espreuve en présence de M' Saulmaize, et de ces aultres messieurs qui peuvent avoir de telles curiositez, quand ce n'eust esté que pour leur faire voir le rapport et proportion qu'il y a entre toutes ces mezures des unes aux aultres, si exactes, qu'on ne se l'imagineroit quasi pas que cela fust possible, entr'aultres de celle du Mystrum, qui respond au quint du Quartarius, et ne contient pas moins de six cuilliers. En quoy il est conforme à ce que dict Fannius^, qui luy donne le triple de la Gyane, laquelle il faict de deux cuilliers, mais il fault qu'il y ayt faulte au texte, quand il diet
At Myslrom Gyatfai quarta est, «e tertia Hystii Quam[qiie] vocaai Gyaaem, capit hœc cocblearia bina.
patriarche de Gonstantinople , cardinal en cueils iexicographiqaes. Dans le langage pro-
1 5&5, mort k Panne le g8 octobre 1 565. vençal une petite écuelle s'appeik maideleto,
^ Ce diminutif du root ^cti«//« ne se trouve * Fannii de Ponderibus tt Mmuum Uber,
md«MleDî^'oiMaifvdeIUchelet,mdai»lc mm ewmmentario J. Gnarti (Haguenau,
DMommnJeTrhmuCfmdaxiBriQêmgLtnire^ i5a8, in-â'').
estant certain que le Gyathus ne contient ne plus ne moins de dix cuilliers, et qfte le Mystrum comparé au Gyathus n'est que comme de six à dix, qui est bien ioing de la proportion du quart. C'est pourquoy ce Myslram ne peut estre le quart que d'un vase de la contenance de xxun cuilliers, de laquelle contenance j'en ay un antique de la forme de la Situla que les anciens peignoient pendante à la main de la déesse Isis, dans laqudle s'emboîtent comme dans ung estuy toutes les auitres moindres mesures.
Ce qui m avoit une fois faict conjecturer que le nom d'Abacus ne luy seroit peut estre pas incompatible, puisqu'il est prins aulcunes fois pour le nom d'un vase^ d'aultant que celuy cy faict la fonction de la table oe repo^torium sur quoy se tenoient les vases ou gobelets destines à la boisson, puis qu'il contient tous ces petits godets et escuellons proportionnels aux mesures anciennes.
Tavoîs mesmes une fois pensé que les noms d'Incytega ou êyyvdi^xv ne luy seroient pas moins convenables par les mesmes raisons que Dactyliotheca se prend pour nne boitte où se tiennent les anneaux , puis que les escuelloris dés 'mesures sont emboittes en ce vase cy, auquel cas je lisi*ois dans le Fannius :
At Mystnim Incytegee quarta est,
au lieu de Cyathi, si l'on n'aymoit miétex lisre Situlae, ou bien :
At Mystrum quarta est Abaci.
Sur quoy je serois merveilleusement ayse d'avoir l'advis du dict sieur Saulmaise s'il est encores' de pardelà , car ce passage est la pierre d'achoppement qui a mis en bredouille^ tous les autheurs modernes qui se sontmesles d'escripre des mesures, ne pouvant compatir à certaines opinions qui portent les choses si ioing de toute vraysemblance, non plus que je ne sçaurois approuver l'advis de Monsieur] délia Scala en ce
^ Voir, dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Farticle Abacus, par H. Edm. Sagiio (fasdeiile i, tSyS , p. i-&). — * Ncni» êrot» ééjà broufé cette expression dans le tome I, p. S78.
30& LETTRES DE PEIRESG [1632]
qu'il veut que Tlncitega de Festus soit une nappe ou serviette, puis que le mesme Festus la qualiBe machine.
Et sur ce propos je voudrois bien apprendre les sentiments de M' Sauluiaize sur la mezure que le dict Fannius appelle Gyane, que j'estimerois avoir peu emprunter ce nom de la qualité de la matière, dont pouvoit avoir esté composé ce vase plus ordinairement que d'autres, attendu ia magnificence que les anciens affectoient bien souvent en la représentation de leurs poidz et mezures, dont il se trouve quantité qui sont faicts de pierres précieuses et enrichis de marques et figures d'or et d'argent, lors mesmes qu'ilz ne sont que de cuivre, de sorte qu'il ne seroit pas incompatible que d'un morceau de pierre Gyane on eusse fabriqué un escuelion de la mezure ou contenance de deux cuilliers, ou de quelque morceau d'aultre pierre de couleur bleûastre ou verdastre, si le vert y est compatible, me souvenant d'avoir veu plusieurs fois (et crois d'en avoir dans quelque coing de mon estude à Aix) des cuilliers d'yvoire, antiques, teintes en verdastre. Tay bien icy entre ceux qu'on m'a apporté maintenant un petit escuelion de la contenance de la double Gyane ou de quatre cuilliers, faict d'une presme d'esmeraude^ la plus belle en couleur et la plus fine que j'aye jamais veu, et me souviens d'avoir veu des cuilliers antiques de la mesme sorte de pierre; j'oubliois de vous dire que cette petite Situla antique et qui ne contient pas davantage de xxiiij cuilliers , remplie jusques à son bord , contient encore les six cuilliers de plus lorsque ses ances sont abbaltues , pour parfaire la mesure du Quartarius ou Semicotylium. Et s'il falloit en demeurer à ceste contenance là , plus tost qu'à celle de xxiiii cuilliers, je ne ferois pas grande difficulté d'appliquer au Quartarius les noms de Situla, d'Âbacus et d'Incitega, auquel cas je vouldrois lisre, dans le Fannius, Quinta au lieu de Quarta, mais j'estime bien que M' Saulmaize aura possible observé quelque mention de vase de la contenance de xxiin cuilliers, qui est le quint de la contenance du Sextarius, et
' Voir, à propos de la même expression employée par Pierre -Antoine de Rascas, «eur de Ba^arris, ane note du bscicule XII des CorrespandmUs de Peirese, 1887, p. 69.
possible aura-t-il observé encores quelques vases de la contenance de neuf cyathes, qui est le dodrans du dict Sextarius. Ce que je vouldrois bien apprendre de luy ayant veu plusieurs vases antiques de cette mezure ou contenance.
Mais j'ay peur que vous ne vous mocquiez en fin de moy, voyant ma liberté à vous entretenir de cez bagatelles et inutilles occupations d'une vie champestre et oysive,.dont je vous prie de me vouloir excuser, et l'imputer au désir que j'aurois de vous fournir de meilleur entretien si le lieu où nous sommes en pouvoit produire, pour entrer en quelque revanche de tant de belles choses que nous apprenons en toutes voz despesches. Sur quoy je finiray en vous remerciant comme je faicts trez humblement des bonnes lunettes qu'il vous a pieu m'envoyer, et vous suppliant d'excuser l'obmission de ce compliment que j'avois oublié de vous faire dernièrement, et de m'entretenir aux bonnes grâces non seulement de Monsieur du Puy vostre cher frère, mais aussy de M' de Thou et de toute l'académie sans vous oublier, comme celuy à qui je suis et seray à jamais inviolablement,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur
DE Pbiresg.
A Boysgeocy, ce ay juing 1 63a ^
Lvn
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY