II
wpaiacaii iatiouau.
322 LETTRES DE PEIRESG [1632]
pagnoient des boittes remplies de curiositez et des fagots de portraictures et desseins de choses antiques, il y avoit mesmes des livres que m'envoyoient tant le cardinal Barberia que le cardinal Bagni, dont les cachets firent un peu de peur à cez canailles, de sorte qu'ils se résolu* rent de les jetter toutes dans la mer et m'ont privé par ce moyen de la consolation que j'eusse eue à voir les lettres de mes amis, mais de ce qui est eschappé des mains de cez voleurs il y a encores quelques pièces assez curieuses pour m'empescher de regretter la peine qu'il y a eue pour en poursuivre le recouvrement, mon frère ayant faictdeui voyages à ToUon pour ce subject. Le dict sieur Menestrier faict estât de partir le plus tost qu'il pourra pour aller passer chez Iny, et de là jusques à Paris, mais il craint bien de trouver des empeschements sur son diemin avec ces trouppes en mouvementz qui fournissent de si beaux preteites aux larrons des bois, ce qui luy faict avoir un peu de plus patience de par deçà pour donner loisir aux trouppes de Monsieur de se rendre auprès de sa personne et par conséquent s'esloigner des grands chemins, par où il présuppose de passer avec ce qu'il a peu sauver de ses bardes. Nous n'avons point de nouvelles de pardeçà sinon des braîcts que des mariniers ont apportez à Tc^on les uns du costé de Barcelonne, où ils disent avoir eu quelque révolte ou émotion populaire pour laquelle l'Infant et Cardinal se retira bien viste, les aultres du costé d'ItaKe, où ils disent avoir appris que le cardinal Ludovisio ^ estoit mort à Boulongne, qui seroit un beau coup de pied* au cardinal Barberia et à son frère ^, car la seule charge de Vice Chancellier vault quarante mil eacus de rente, ce qui augmenteroit bien les inoyens du cardinal Barfaerin pour donner des appointements aux gents de lettres qui sont autour de luy plus dignes de leur mérite qull n'avoit encores peu faire. Vous en sçaurez des asseurances plus tost que nous. On a veriffié au Parlement
' Louis Ludovisio , de Bologne, neveu da dernes. C'est par ironie qae Peiresc appelle
pape Grégoire XV, archevêque de Bologne, em^ depkd œ cpii devait être si avantageux
avait été nommé cardinal en 1 69 1 . aux deux frères Barberini.
' Cette expression figurée ne se retrouve ' Le cardinal Anhmio.
pas dans nos dictionnaires anciens ou j
les lettres patentes du pouvoir de M' de S^ Ghaumont^ pour la charge de Lieutenant gênerai en ceste province, dont la publication a esté faicte fort solennellement par touttes les villes et sièges principaux du ressort du Parlement, avec l'assistance des consuls des lieux vestus de leurs chapperons, ce qui n'est pas tant ordinaire en ce païs icy comme ailleurs. On a saisy et emprisonné à Aix l'un de ceux qui avoit esté aultrefois complice des sonnettes^ pour avoir tenu quelques discours insolents sur les bruicts des approches de Monsieur en Languedoc. Il envoya faire des compliments au Vice Légat d'Avignon par un des siens qui disoit l'avoir laissé en Rouergue, ce qui consola fort tous ces Messieurs d'Avignon , car ils pensoient le voir desja à leurs portes et en avoieut belle peur, mais il les fît asseurer qu'il les protegeroit fort soigneusement. Monsieur le Mareschal de Victry s'est rendu à Tarascon pour eslre plus prez de la frontière du Rhosne. Messieurs d'Arles recourent une lettre de Monsieur de Montmorency pour les advertir que Monseigneur venoit en Languedoc et qu'ils missent bon ordre à la seureté de leur ville, ce qui seroit grandement pour demantir les faux bruicts qu'on faisoit courir comme si M' de Montmorancy et tout le Languedoc s'estoient desja desdarez pour Monsieur, mais c'estoit des bourdes que l'on faict communément débiter au change d'Avignon, sur quoy je fînis priant Dieu qu'il vous donne une bonne paix et qu'il vous tienne tous en sa saincte garde, demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Pbirbsg.
A Boysgeney, ce dernier juillet i63a.
J'envoye présentement l'exemplaire des Archevesques d'Arles pour M' du Chesne*, et à cause de la grosseur d'icelluy j'ay sursis pour cet
* Au xTii* siède on écrivait îndistinc- mentionne, tome I, Appendice, p. Syfi.
tement Samt^Chamond, Sainte Chammt ^ * Cesi-h'^m des caseavemtx, dont i\si été
Satnt-Ckaummt. Il 8*agit ici de Melcfaior question plus hant.
Mitte, marquis de Saint-Chamond, dëjà ' Pant^ium ArelatensefSivehtstoriaPri-
ordinaire de vous envoyer quelques exemplaires qui restent du petit traicté de M'^ Naudé S lesquels f envoyeray par le prochain ordinaire. Ils sont tous en blanc sans aulcûne addresse pareille à celles des precédentz exemplaires que vous avez receuz par les derniers ordinaires. S'il se trouve là un exemplaire du livre in 4** Adolphi Occonis numismatum a Pompeio magno ad Heraclium Augustae Vindelicorum i6oi ^, je vous prie d'en faire mettre un exemplaire dans la balle, et quand bien il seroit un peu frippé, il n'y auroit pas trop grand danger de le prendre pour un curieux qui me le demande avec grande instance, lequel me demande encore le Fulvius Ursinus de familiis Romanis in fol^ de Rome Tan 1 577 *, et s'il s'en ti^ouvoit quelques exemplaires à Paris quoy que frippé, jeserois bien ayse que vbus l'eussiez prins pourveu que le prix n'en soit point trop excessif et que me le voulussiez envoier par ce ballot de M' Aubery, mais il fauldroit donner la charge d'en faire faire l'emballage * à quelqu'un qui prinsse le soing de bien envelopper les livres dans des maculatures et de les bien ranger dans la caisse aGn qu'ils ne se gastent. Car ceux qui vindrent dans la dernière caisse de M' Aubery furent fort gastez à fsrulte que l'emballeur n'avoit pas bien remply les vuides et avoit trop espargné les enveloppes et maculatures ^.
malum Arelateruts Eecletnœ; auctore Petro Saxio doclore theologo canonieo Arelatensi (Aix, Roize, 1639, in^""). Une petile nolice sur P. Saxi a paru , cette année (1 888 ) , dans la Raiw de Marseille et de Provence.
' Le petit traité mentionne plus haut : An magnum homini a venenis periculum,
* Je reproduis sur ce numismate une note du fascicule XI des Correspondants de Petrese {Jean Tristan, sieur de Saint-Amant, p. 1 3) : (T Adolphe Occo, né à Augsbourg en iSai, mort en 160&, est Tauteur des Imperatorum Romanorwn numismata (Anvers, iByg, in-4'). Peiresc s'était lié avec Occo au moment où ce médecin allait donner la seconde édition de son grand ouvrage (Augsbourg,
1 60 1 , in-4*). Voir Gassendi , liv. I , p. /i5 , à Tannée 1600.»
' FamiluB romanœ qua reperiuntur in antiquis numistnatibus ab urbe condita ad iempara divi Augusti, ex bibliotheca Fulvi Vrsini, etc. (Home, 1687, in-foL). Voir ce que dit de ce travail , tant admiré de Joseph Scaliger, M. Pierre de Nolhac ( La.bibliothique de Fulvio Ursini, Paris, 1887, grand in-8', p. 43).
* Littré ne dte aucun écrivain sous le mot emballage. Dans le Dictionnaire de Trévoux, on cite, sous le même mot, une phrase des Nouveau^f métnoires sur la Chine du P. Louis I^ Comte.
' Vol. 717, fol. 1 38.
DU
ADVOGAT EN LA COUR DE PARLEMENT DE PARIS , RUE DBS POIGTBVmB PRBZ SAITIT ANDR^ DBS ARTZ, CHEZ m' DE THOCT.
À PARIS
Monsieur,
Je ne double poinl que le mérite et la vertu singulière de Monsieur Menestrier ne soit notoire à vostre académie, mais je crois bien qu elle le sera beaucoup davantage maintenant qu il s'y va faire cognoistre de plus prez. Il m'a faict la faveur de vivre privement icy quant et nous en cet hermitage durant trois sepmaines ou un mois, qui ne m'ont pas duré un demy jour, tant j'ay pris de plaisir aux relations qu'il ma faictes de ce qu'il a observé de plus digne de remarque en son sesjour à Rome qui est d'assez longues années pour y avoir veu quasi tout ce qu'on sçauroit désirer d'y voir. Il est au reste d'un naturel si bontif, si communicable et si obligeant qu'il se faict aymer par force de tous ceux qui l'approchent et a ses curiositez jusques à un si hault poinct qu'il ne s'en voit guieres de comparables à la sienne, ce qui me faict juger qu'il trouvera dans vostre académie beaucoup de gents qui en feront l'eslime qu'il fault et qui seront bien ayses de luy despartir leur amitié, et principalement ceux de vostre maison auxquels je ne me mettray pas en peine de le recommander de peur de faire tort aux uns et aux aultres, mais je ne laisray pas pourtant de prendre grande part à toutes les obligations que vous acquerrez sur luy, faisant la profession que je faicts d'estre son serviteur comme je suis de toute mon affection ,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DR Peir^sc.
A Boysgeacy, ce 4 aoast i63a ^
' Vol. 717, fol i38.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, A ce coup nous avons recen le pacquet de Tordinaire si tard que nous craignions qu'il n eusse esté arresté par les chemins, mais encores aurons nous le moyen de vous accuser la réception de vostre despesche du 36® du passé avec ies ad vis et aulfres pièces curieuses dont je vous remercie trez humblement, ayant esté bien ayse d'apprendre que les livres sauvés de naufrage ayent commancé de tomber entre voz mains sains et sauves, vous envoy[ant a]vec ceste despesche tout ce qui m'en estoit demeuré avec un peu de griifonnement des couppes d'argent antiques dont je vous avois cy devant parlé, bien marry que le peintre ne fusse plus capable de représenter sur le papier ce qui est de leur vraye forme. Si M' Fredeau me tient paroUe, il ne tardera pas de nous venir voir et lors je vous en envoyeray un meilleur dessein, Dieu aydant, ensemble du vase daibastre. J'ay esté grandement fasché d'entendre le mauvais estât de la santé de M'' Saulmaize, espérant que la jeunesse et le bon secours qui ne luy manque point le tireront de ce mal quand bien il seroit plus grand, avec l'ayde de Dieu, lequel je prie fort instamment pour sa guerison et pour son salut. Je defereray à M^ Bigault tout ce qu'il luy plairra, mais je le prierois volontiers de m'apprendre quel estoit le nom des pendants d'oreille et aultres pierreries qui se voient souvent aux ornements des figures antiques, lesquels semblent véritablement une poire, mais elle est tournée à rebours et suspendue par le gros bout, la pointe estant pendante en bas; car si le nom d'Ëlenchus luy est incompatible comme veut M'' Rigault, il falloit qu'il .y en eust ung aultre qui ne fusse pas moins en usage que celluy d'Ëlenchus, estant véritable que la description qu'en faict Pline est fort convenable à la figure d'une poire, mais il ne dict pas qu'il fusse deffendu de les porter suspendues par le gros bout et de
laisser pendre la pointe en bas, en lacpelle posture ou situation semble luy convenir beaucoup plus proprement TËtymologie qui signifie un Index, mais je nay pourtant garde de le disputer contre cez Messieurs qui me condampnent m'advouant indigne de leur deslier leurs courroies. J ay esté tout surpris de la nouvelle que vous me donnez du voyage de M' Gassendy en ce pais icy S où il me tardera grandement davoir le bien de le voir et de Fembrasser, vous remerciant du soing que vous avez eu de mes lettres à cez peintres^ et de Tadvis du partemenl de la balle de M' Aubery qui présuppose la coste nette et qui a faict resouldre M' le Prieur de Roumoulles de se mettre en chemin tandis que sa santé et la liberté du commerce le luy peuvent permettre. Il se chargera de la caisse à l'acheminement et retar-* dément de laquelle il y a tant de fatalité jusques à cette heure, ^ous avons esté en grande allarme des menaces qu'on nous faict du passage de Monteur en cette province, mais giaces à Dieu Monsieur le Mareschal de Yictry a mis si bon ordre à toutes les advenues plus dangereuses, qu'il semble que l'orage soit pour aller fondre d'un aultre costé.
Nous avotts bien sceu que M** de la Fayette vous a escript sur ce subject et croyons bien que cez nouvdles voileront en voz quartiers, mais vous ne nous excuseriez pas pourtant si nous avions manqué de vous faire part de tout ce que nous en avons peu apprendre, car eneores que vous ies recepviez tard elles méritent pourtant d'estre ieûes et d'estre creues. Vous aurez par mesme moyen une petite relation de Gonstantinople un peu diOferante de ia vostre et bien mal eseripte, mais il n'y avoit pas de temps pour la faire mettre en meilleur caractère, mais vous excuserez la simplicité de celluy qui l'a eseripte. J'attends icy dans deux ou trois jours M' Lambert et luy escripts à ce soir, ce qui ne sera pas sans luy faire les compliments de conjouissance de
* Nous lisons dans ia Vie de Pierre mois d*oc(obre le chemin de Provence. . . « Gaseendi, |)ar Boagerel (p. m) : «Gas- * Les peintres Gobert el Lejeune dont il
sendi, depuis son retour de Hollande, n'é- a dëjà été question plnsiears fois. toit point sorti de Paris; mais il prit an
sa venue de la part de M' de Thou, attendant de les luy faire icy de vive voix en voyant les singularitez qu'il dict m'avoir apportées de ce pais d'Egypte, entre lesquelles je suis bien desja asseuré qu'il n'a pas rencontré rien de comparable à un livre que j'ay recouvré ceste sepniaine du costé du Levant qui a esté trouvé enfagotté avec une momie. Il est du vray Papyrus antique et est tout escript en figures ou caractères hyeroglifiques de la mesme forme que ceux qui se voyent gravez sur les obélisques de Rome, tellement qu'il se peut affirmer sans regret que [c'est] un livre pour le moins de deux mille ans, n'y ayant guieres moins de temps que ces caractères ne sont plus en usaige, et possible est il plus ancien d'aultres deux mille ans par delà. Mais je suis bien fasché de n'avoir point encores receu le Nouveau Testament Arabe que Ton m'avoit faict espérer; pourveu que nous le recevions tost ou tard, tousjours en fauldra il sçavoir bon gré à ceux qui s'en entremettent, ausquels je n'avois pas manqué de recommander la diligence sur toutes choses pour l'amour de cez Messieurs qui travaillent à la grande bible. Sur quoy je finiray demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peibbsc.
A Boysgency, ce 8 aoust i63si.
Je vous supplie d'aggreer que je puisse asseurer icy Monsieur de Thou de la continuation de ma fidélité et de ma dévotion à son service ^
* Vol. 717, fol, 189.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
A PAWS.
Je viens de recepvoir vostre despesche du â^de ce mois assez à temps pour vous respondre par cest ordinaire, et pour me conjouir avec vous de la bonne nouvelle qu'il vous a pieu me donner de Testât asseuré de la santé de M' Saulmaize, dont je craignois inGniment la maladie et le danger auquel il estoit reduict, espérant que puisqu'il a eschappé d'une si grande violence de mal, Dieu l'aura voulu préserver pour son plus grand bien et pour celiuy du public, et pour le contentement de ses amis et serviteurs du nombre desquels je me tiens grandement honoré qu'il m'ayt voulu advoûer. Je suis bien ayse que M' de la Mothe aye réceu son livre assez bien conditionné^ pour en demeurer contant, mais il eust esté encore mieux si j'eusse lors faict esprouver d'en réitérer à diverses fois la laveure, par le moyen de quoy mon rellieur a enfin osté et faict perdre toute la puanteur qu'avoit longtemps gardée un livre que m'avoit apporté le sieur Menestrier dans le mesme coffre où estoit vostre fagot, ce qui luy pourra servir d'advis, au cas qu'il voulusse faire rellier proprement le dict livre. J'ay veu les nouvelles qu'il vous a pieu escripre à mon frère , dont je vous remercie par un million de fois comme aussy de ce discours de bello moscovitico que je seray trez ayse de voir, comme chose dont nous ne pouvions guieres avoir ouy parler, en revanche de quoy je ne vous sçaurois pas faire de bien digne relation des mouvements qui se sont commancez en Languedoc au delà de nostre frontière du Rhosne. Je vous envoyay par le dernier ordinaire ce qui s'estoit passé à Beauquaire jusques au 6^ de ce mois entre la ville et le chasteau ^ et sur le sesjour que Monsieur avoit
^ L'opuscule de GabridNaudë mentionne château de Beaucaire, 8*ëUiit déclaré du
plus haut. parti de Monsieur et avait entrepris de s'em-
' Le baron de Perant, gouverneur du parer de la ville qui tenait pour le roi. II. /ia
nrtlVKRtl lATlOIAU.
faict aux eavirons; vous verrez maintenant la suitte jusques au dixiesme, à quoy je ne puis rien adjouster si ce n est qu'on a faict advancer quelques trouppes tant du régiment de la Tour que de Yaiilac non seule* ment de ce costé là, et pour en mettre en garnison dans le chasteau des Baulx ^ (qui eusse servy d'une retraicte bien forte à ceux du party contraire s ils eussent peu le surprendre comme il eust esté diflBcile de l'empescher, sans le grand service que Monsieur le Marescbal de Vitry a rendu au Roy de ce costé là^), mais aussy pour aller au fort de Brescou^ à ce qu on présuppose, en ayant veu embarquer bon nombre sur des tartanes qui ont pris ceste routte et qui sont parties des isies de Marseille jusques où on les avoit faict conduire par des galleres. J ay veu un honneste homme qui disoit avoir appris en Avignon que ceux de Nismes s'estoient déclarés pour le Roy et avoient chassé leur evesque comme suspect du contraire party ^ avec quelques aultres de ses amis et que le mesme jour qu ils feirent ceste action ils avoient receu une despesche du Roy de Suéde pour les exhorter de demeurer dans la fidélité et dans lobeissance au Roy, dont il. parie, ce disoit on, en termes de si grand respect et de si grands éloges d'honneur qu'il ne se peult rien voir d'esgal. Deux matelots de Sixfours^ et par conséquent vas-
^ Les Baux, commune des Boucbes-du- Rhône, arrondissement d'Arles, canton de Saint-Këmy. Sur le chAtean des Baux et sur les seigneurs de la terre de ce nom, voir rimportant travail de M. le docteur L. Barthélémy : Inventaire chronologique et analytique de la maison de Baux ( Marseille ,1883, grand in-8* de xxx-680 pages)*
' Voici comment le P. Griffet {Hi$t<nre du règne de Louis KHI, L II, p. 287) raconte , d'après les Mémoires du due d'Orléans , ce que fît le maréchal de Vitry : tr Lorsqu'on se disposoit k commencer Tattaque [de la ville de Beaucaire] , on apperçut des troupes qui passoient le Rhône; c'ëfoit le corps de 4oo hommes que le maréchal de Vîtri en* voyoit au secours des habitants de Beau*
caire... Quelques jours après le maréchal de Vitri arriva lui-même h Beaucaire avec de nouvelles troupes. D fit armer cinq grosses barques pour empêcher les ennemis d'aborder par le Rhône, et il assi^ea le chAteau dans les formes ...»
' S'agit-il Ih de la place de guerre actuellement appdée Y ilôt de Breseou , dans la commune d*Agde, à Tembouchure de rHéranlt?
* Claude de Saint-Bonnet de Toiras, qui allait mourir quelques raob plus tard ( 3 1 décembre 1 63 9).
* Commune du département du Var, arrondissement de Toulon, canton d*Ollioules, à 5 kilomètres de cette ville, h 8 kilomètres de Toulon.
saux du comte de Moret ^ en qualité dabbé de S* Victor lez Marseille, qui estoient ajlés en Languedoc pour achepter du bled, s'en retournoient sans rien faire à cause de cez nouveaux troubles, mais ils rencontrèrent le comte de Moret, leur seigneur spirituel et temporel qui battoit la campagne auprès d'Adgue^, lequel leur fit laisser leur bource, quelque cognoissance qu'ils prétendissent debvoir estre entre eulx, sauf de recouvrer leur remboursement des fermiers de son abbaye quand ils pourroient. Mon frère est à Aix d'où il vous pourra faire part de plus fraisches nouvelles s'il y en a. Quant à l'affaire dont Vernier vous a escript et au sieur Gramoisy, je pense que je trouveray le mémoire qu'il vous a pieu m'en envoier aultresfois, seulement vous puis je dire pour ceste heure que sur un petit conterolle que tient mon homme de mes lettres, il a trouvé que le k décembre 1 6a 8 je vous fis addresser par la poste d'Aix un pacquet pour ce dict Vernier, dans lequel estoit la responce d'un de son païs nommé Fontaine, et la commission que je donnois au dict Vernier pour m'achepter quelques livres, dont il m'avoit envoie le rooUe taxé ; or ce fut par ceste despesche là que je vous suppliay de luy faire tenir ce pacquet par quelque libraire de voz amys qui prinsse le soing non seulement de faire rendre les lettres, mais aussy de luy faire payer la somme qu'il me demandoit lors pour l'achapt des dicts livres de laquelle il ne me souvient pas bien precizement à cette heure, mais elle estoit d'environ quinze ou seize escus sy je ne me trompe, et me souviens fort bien que vous me respondistes que le sieur Cramoisy s'estoit volontiers chargé de cette commission pour l'amour de vous et depuis en m'envoyant un bordereau de l'argent que vous aviez daigné employer pour moy, il me semble qu'il y avoit un article concernant la partie que Cramoisy avoit faict payer pour moy à Nancy, de quoy il se debvroit trover quelque chose sur les livres de ce temps là. Toutesfois je m'en rapporteray tousjours à tout ce qui sera de la vérité, et si par hazard il vous estoit demeuré quelque liasse de mes lettres de ce temps là , possible y en trouveriez vous davantage de lumière , pour
^ Voir sur Antoine de Bourbon, comte de Moret, le tome I , p. 989. — * Sic pour Agde.
vous remettre en mémoire ce qui se passa lors en ceste affaire ; sinon en m'en allant à Aix , comme je ne puis plus guieres tarder, je pense que je retrouveray les liasses de voz lettres de ce temps là, qui vous osteront de toute sorte de doubte. Cependant je vous supplie trez humblement de m excuser des importunitez que vous recevez non seulement de ma part, mais aussy de plusieurs autres qui à ma considération vous importunent à toutes heures, bien marry de ne vous pouvoir à ce coup icy fournir aulcun meilleur entretien, ce qui me fera finir en priant Dieu qu il vous tienne en sa sainte garde et qu'il vous préserve trez tous de cez grandes maladies, qui ont affligé ceste année tant de monde, et des troubles, dont nous avons couru de si grosses fortunes de sentir les premiers esclats, demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DB Peiresc.
A Boysgency, ce i5 aouBt i63a ^ -
À MOIVSIEUR, MONSIEUR DU PUY
Monsieur, Les lettres de l'ordinaire de la sepmaine passée n'estant arrivées à Aix qu'un jour et demy plus tard que de coustume à cause de certain destour que le courrier fut contraint de prendre, ce dict on, cela Gt que je ne les peuz pas avoir à temps pour vous respondre par le dernier ordinaire de mardy, par qui vous aurez, je m'asseure, receu un petit mémoire de ToUon que je vous fis adresser, concernant la prise du brigantin ^ de Monsieur de Montmorancy et l'évasion de la plus part de ceux qui estoient dessus, dont en a depuis esté arresté en divers
' Vol. 717, fol. 1&9. — ' La forme hriganiin est dans Froissart et la fonne hrigwmlùi dans Amyot.
lieux jusqaes à cinq ou six, mais rinlendant principal, qui estoit saisy des lettres et des pistoUes, se sauva par de grands contours jusques à Brignolle, où il prit la poste, et au lieu de tirer en Languedoc où il s'imagina bien qu'il auroit de la peine de passer par lerre, il prit le chemin de Nice, avec une telle diligence, qu'il y pouvoit eslre arrivé devant qu on eusse ladvis de sa routte pour le suyvre de ce costé là , comme on avoit faict de tous les aultres. Vous aurez sceu depuis la prise du vicomte de l'Ëstrange dans le fort de Tournon, joignant Privas \ dont vous aurez neantmoins une petite relation cy jointe pour servir au cas que vous n eussiez pas sceu toutes les particularitez qui y sont deduictes^. Je receus par aprez vos despesches tant du 9^ que du 1 3^ de ce mois, accompagnées à vostre accoustumée de tout plein de curiositez et d'une lettre du P. Sirmond, dont je vous remercie trez humblement, ayant pris plaisir à voir les nouvelles dont il vous plaict me faire part, et principalement celle de ceste belle et digne action de M' Bignon (dont nous attendrons la relation que vous nous faites espérer avec grande impatience) et celle de la convalescence de M' Saulmaize, dont j'avois esté en extrême appréhension, croyant bien qu'il se tirera de ceste petite fiebvre lente qui luy est demeurée, aussy facilement que je fis de la mienne, puisque mes forces n'estoient pas comparables aux
^ MichelLe Yasser (Hûtotre^fe Lolita J///, t lY, p. i5o) parle ainsi du vicomte de Lestrange : trLe mareschal de la Force attendoit aa Pont de Saint Esprit Tarrivëe de toutes les troupes qui lui ëtoient destinées ... Il envoie dans le Vivarez une partie de celles qui sont auprès de lui, sous la conduite de La Roque Massabaut, et ordonne à cet officier de dissiper un régiment que le vicomte de Lëtrange ramassoit. La Roque et ses subalternes, ayant tenu conseil, et considéré Tétat où étoit le vicomte , résolurent de Tatlaquer dans un retranchement oii lui et ses gens prétendoient se défendre bravement. On se battit de part et d*autre avec beaucoup de courage
et d'opiniâtreté. Mais enCn Lëtrange fut contraint k se rendre prisonnier de guerre, lie voilà incontinent entre les mains de. Tintendant Machault, qui commence Tinstruction d'un procès criminel. Elbeuf réclame inutilement le vicomte de la part du due d*Or* léans. Il offre une rançon . . . Machault, qui a les ordres de Richelieu, condanme Lëtrange à la mort. U fut* décapité au Pont de Saint- Esprit. . . D Yoir sur le vicomte de Lestrange une note du Recueil Avenel (t lY, p. 353). * Le catalogue de la Bibliothèque nationale ne contient Tindication d*aucune pièce relative à l'affaire du vicomte de Lestrange.
siennes. Je vous suis trop obligé de la souvenance qu il vous plaict avoir de moy et de mes lettres et du soing que vous dictes vouloir prendre de celles que je vous avois escriptes concernant les mesures antiques, à quoy je n'adjousteray aultre chose pour le présent, si ce n'est que je recouvray la sepmaine passée un petit escuelion de pierre fine, de celle que les anciens appelloient Prasius et les modernes Presme d'Ëmeraude, qui est fort haulte en couleur, lequel est de la juste mezure de la cyane de ma pile antique, à sçavoir de la contenance de deux cuilliers ne plus ne moins. Et eh mesme temps en ay eu un aultre de Roche d'Améthyste fort fine et fort belle en couleur, de la juste mezure du double de l'aultre, laquelle mezure j'ay depuis recogneûe estre marquée par une raye faicte exprez dans l'escuellon de ma pille antique, qui peze le quadrans, lequel jusques à la dicte raye ne contient que les quatre cuilliers ou la double cyane, mais en le remplissant jusques à atteindre au hault de ses lèvres, il contient une cuillier de plus qui fait la concha ou le demy cyathe. J avois longtemps y a un petit vase de bronze fort antique et fort conservé, faict en forme de la teste d'un enfant, avec je ne sçay quel chapiteau par dessus, qui sert de goulet au vase , et qui me faisoit juger qu'on eusse voulu représenter la teste d'un Arpocrates. J'en ay depuis peu de jours recouvré ung aultre, qui ne contient que la juste moitié du précèdent, et qui est faict en forme d'une petite demye idole sur sa base, qui ressemble fort exactement au visage d'Antinous, le favorit d'Adrian, avec la mesme chevelure qui' se voit dans ses médailles, et des boucles de là et de çà, pour le {ferter pendu, par une ance ou par une chaisnette, comme une situla ou ung petit seau.
J'ay mesme un petit vase de terre antique tout noir à la mode, comme je pense, de^ceux de Thericles, sur lequel est peinte une teste de je ne sçay quelle déesse, et je ne sçay s'il n'y avoit point eu quelque affectation de faire cez vases de la mezure d'un cyathe tout entier soubs l'image d'une figure, d'une teste de deité comme les iGgyptiens faisoient leur Dieu Canopus en forme d'un vase sans jambes ne bras, et qu'ils eussent affecté aussy de faire un vase de la contenance
d un demy cyathe soubs Timage d*un demy Dieu ou d un Héros , tel que ces peuples dateurs quallifioîent et representoient, dans leurs temples et dans leurs monnoyes, ce favorit dAdrian, sur quoy je m'imagine que M'' Saulmaize aura encores à nous dire quelque galanterie d'importance \ comme je seray bien ayse que vous luy fassiez sçavoir sur le subject des belles observations qu'il à faictes en ses exercitations sur le Solin, concernant les Tables citrines des anciens, et les citronniers, que j ay recouvré cette année une espèce de citronnier venue des Indes (et comme Ton m'asseure de la Gochincbine) qui faict la feuille fort pareille aux autres citronniers, et seulement un peu plus pointue, mais il faict la fleur double comme une petite rose d'une odeur très excellente, elle fruict semblable à un citron, de mesme couleur, et d'un goust fort approchant, mais plus suave et comme musqué* Il est vray que sa graine ou semauce n'est point dans le mitan du corps du fruict comme aux aultres citrons ordinaires, ains tout à la pointe d'icelluy, et quasi tout à faict séparée du fruict, à ce que l'on m'a dict. Car je ne l'ay pas encores veu fructiffier, mais on adjouste que sa racine a le b,ois tout damasquiné ou jaspé de si belles et différentes veynes ou nerveures et de si vives couleurs qu'il n'y a point de jaspe oriental plus agréablement madré, ce qu'il me tardera bien de pouvoir veriffîer. Mais ce pendant je vous puis bien asseurer que tout le tronc de ma plante qui est au dessoubs dea branches portant feuilles est ondoyé en son escorce horisontalement avec des ondes de relief qui semblent serpenter tout à l'entour du tronc les unes sur les aultres et environner tout le dict tronc jusques dans la terre d'une façon fort extraordinaire. Et ceste escorce s'est rougie depuis quelques mois en çà quasi comme du corail , qui est chose si rare et si différente de tous nos citronniers desquels je pense avoir céans comme une vingtaine d'espèces différentes comme j'ay bien une douzaine de différentes espèces d'orangers, mais il n'y a rien d'approchant à ceste plante là, ce qui me faict croire que ce doibt estre un troisiesme
^ Nous av«Q8 trouve (t. I, p. &8&) le mot ffolatUene emfrfoyë dans le sens de présent. Nous le trouvons ici employé dans le sens de communication agréable, curieuse.
genre d'orangerie ou de citronnerie qui nous estoitsi incongneu jusques à présent, qu'il ne fauldroit pas trouver estrange que ce fust celluy d'où se tiroient les tables citrines, aussy bien que cet aultre arbre du Mont Atlas, qui avoitla feuille comme le Geniefvre ou le Gyprez, lequel pouvoit bien fournir des tables madrées comme ce bois odorant qu'on apporte des Indes dont on faict des chappeletz assez beaux, mais je n'estimerois pas que ce peust estre celluy qui faisoit ces tables citrines si pretieuses et dont on comparoit les nerveures à celles des coquilles de tortues, lesquelles ne sembloient pas avoir de si vives couleurs de leur naturel qu'ellea ne se peussent rendre plus belles par le moyen de la teinture et plus capables d'imiter la beauté du vray bois citrin , ce qui méritera bien un peu de disquisition particulière de Monsieur Saulmaise, lorsque sa santé luy en pourra permettre le divertissement et l'entretien. Seulement ne veux je pas oublier de luy dire encores sur le propos des orangers que nous avions de longue main une espèce d'orangers, que l'on nomme pommes d'Adam, dont l'arbre est beaucoup plus petit que les aultres de son naturel et n'a point d'espine, mais le fruict est prodigieusement gros et quelquefois comparable à la grosseur de la teste d'un jeune homme et de figure fort ronde, qui a l'escorce espoisse quelques fois de deux doigts et d'une consistance quasi aussy pleine d'eau que les pommes et trez agréable à manger, bien qu'il y reste tant soit peu d'amertume; mais j'en ay receu un arbre ceste année du costé de Rome de pareille nature et dont le fruict est en ovalle, comme les citrons, et l'escorce encores meilleure, car il n'y reste aulcune sorte d'amertume. Et neantmoins la couleur de l'escorce extérieure est tout à faict orangée et le jus de mesme couleur et saveur que les meilleures oranges, comme au contraire nous avons des citronniers qui font le fruict si parfaitement rond, qu'on les appelle balotins S
^ On trouve dans le Dictionnaire de Tré- des orangers communs, et dentelées tout à
voux cette définition , donnée d'après La l'entour, et par ses fruits ou ses oranges qui
Quintinie : «rBalotin, espèce d'oranger, qui ressemblent presque à des citrons, c'est-à-dire
difière des orangers ordinaires par ses feuilles qu'elles sont grosses et longues. » qui sont plus grandes , plus larges que cdles
[1632] AUX FRÈRES DUPUY. ââ7
de sorte que les genres ou espèces d'orangers ou de citronniers ne se peuvent pas distinguer par la seule rondeur ou longueur du fruict. II y a mesmes des oranges faictes en forme de poire, comme plusieurs sortes de citronniers. Mais j'abuse bien de vostre patience en vous entretenant de ces badineries, dont je vous supplie trez humblement de me vouloir excuser. Et si je vous dis encore de plus, qu'il ne fault pas aller en Perse pour trouver des orangers qui soient chargés de fruicts toute l'année, car tous les nostres en ont tousjours ou peu ou prou, tant des vieux que des nouveaux. Et lors qu'ils sont en fleur, l'odeur en est au double plus grande et capable de se faire sentir de beaucoup plus loing le soir et le matin, voire toute la nuict, que durant le jour, comme la plus part des aultres fleurs odoriférantes, et particulièrement des Jossemins d'Espagne, et des Jossemins jaulnes des Indes et des Hyacinthes Tubéreuses. Mais il ne se trouve pas bien véritable que les orangers soient beaucoup plus grandz arbres que les citronniers, d'aultant que les citronniers montent beaucoup plus hault que les orangers, lorsqu'ils sont plantez en mesme temps et de mesme aage, et ce qui les faict sembler plus petits n'est que leur délicatesse, car craignant beaucoup plus le froid que les orangers, ils meurent souvent jusques à fleur de terre, lorsque les orangers ne perdent que les sommitez de leurs branches, de sorte qu'il leur fault peu aprez recommancer à former leur arbre par divers rejettons qui par ce moyen font leurs branches plus déliées à comparaison des troncs des orangers, dont ils ont bien tost neantmoins ratteint la haulteur; mais quand ils sont plantez en lieux advantageux où ils se peuvent bien defl^endre du froid, ilz s'elevent le double plus haut que les orangers, et quand ils se trouvent meslez dans une spaliere^ parmy des orangers, on a souvent la peine de leur couper la teste, si on les veut entretenir dans la mesme haulteur des orangers, ce que M' Saulmaize navoit pas creu, et s'il n'a veu ce qui se trouve escript dans une relation du voyage de Scouten HoUandois^ (que le
^ Nous avons déjà relevé (t. I, p. 65 1) voir Tartide d^Ëyriès dans laBiognq>hie uni-
cette forme tonte provençale. verselk, Lo géographe académicien donne
' Sur Gantier Schonten, né à Harlem, de grands éloges au Voyage aux Indes oc- II. AS
MPtlMCMC KITIOXALI.
338 LETTRES DE PBIRESC [1632]
sieur Tavernier fit inipnnier à Parist quand j'y eatois^) cancemaot les orangers et ckrimniers que ces HoUandois trouveceat en la ooale occir dentalle d'Afrique, au long de quelques ruisseaux oik ils sembloient estre nés origiaellement et tou» sauvages, sans apparence dJauloune culture humaine, ni daulcune freqùentatioa d'honunes, il Bera* posûble bien ayse den voir le passage et trouvera tant plus probable ce que les anciens ont escript des pommes faespertdes, puia que leur lieu natal estoit si proche des colonnes» d'Hercule et des blés fortunées.
Quant à M' Gassendy, î'auray de la peiye de croire qu'il puisse quitter Paris, que je ne sache qu'il en soit esloigné, d'aultant que nous en sçaurions e^e edoignez d'icy, tant j'estime fort les.:charme5 de l'Académie et la douceur de conversation de tant de galandz hommes, avec la commodité de voir toute sorte de bons livres qu'on sçauroit désirer^ dont je Eaicts tant de cas que pour quelque inth^ est que j'y peusse prétendre en mon particulier je n'oierois aieshuy souhaitter qu'il vinsse perdre du temps de pardeçà^ pour ressentir les incommoditez d'un poisson hors de son élément^. Je suis infiniment ayse que vous n'avez point ouy parler du decedzdeM' Spelmannus, ce qui me faict espérer que le bruict que j'en avoi» ouy sera faulx, comme je le souhaitte. J'ay bien de l'obligation à Monsieur le Président de Medy du. souvenir et du seing qu'il a v^u avoir de ce vieux registre de la chambre des comptes dans lequel je ne pense paa vous avoir escript que j'eusse yeu les statuts de l'ordre de l'escu d'or de la maison de Bourbon \ mais il m'estoit demeuré une mesmoire confuse d'y avoir veu tout plein de desseins concernant les. devises du dict ordre et aultres
cidentahs: trLa relation de Schouten, diUI, est une des [dus curieuses que l'on puisse lire; elle conlieot des particularités précieuses sur les pays que Taoteur a vus . . . Le jugement et la bonaa bi du, voyageur éclatent dans ses récits et ses descriptions ...»
^ Voicx sur les .éditions du premier, tiers du zvii* siède (1617» 1618, 1619, etc.), le MfmiHêHuUbrtiirê (t V, col. dai-aaa). Cf.,
pour des iéditions du, même recueii au iviii* siècle, le même itfaniiW, t. IV, col. 1 170.
* Ce vif et spirituel éloge du Cabmet, qui dit tout en qoe^ues lignes, méritera d'être r^pelé ehaque fois que roa a*oooupera des frères Dupny.
' , Cet ordre de dievfderia avait été institué en janvier tSf» pao Lbnit U\ Aie de BouriKHii.
[1633] AUX FRÈRES DUPUT. 3S9
appartenances dicelluy qui mefaisoîent juger qu'il y eusse quelque pièce dans iaqàeUe fusse iedcte mention d'icelluy« Car nous le^vismes avec tant de précipitation, et nous avoit on faict espérer de le nous bire revoir une aultre fois avec tant de commodité que je n'en retins lors «uioune mémoire. C'est pourquoy je m'en rapporteray volontiers à ce que vous en peut avoir dict Monsieur du Ghesne qui a beaucoup meilleure mémoire que moy. Et si ainsy est il suffira de faire prendre coppie seulement de deux ou trois de ces actes qui y sont de la maison de Bourbon concernant le comté^de Glermont^ pour en apprendre les dattes et en pouvoir faire ]e rapport et relation qu'elles peuvent avoir avec les des-' seins du dict ordre, desquels dicta desseins je voudrois bien en pouvoir faire coppier deux ou trois des principaulx avec les couleurs plus approchantes que faire ce pourra de la vieille enlumineure de ce livre, dont je payerois fort volontiers les fraiz et encore plus volontiers si M' Babel * en vouloit prendre la peine, comme il feroit possible de bon cœur, s'il en estoit prié de ma part, soit par Quentin ou quelqu'un de voz gentz. Je serois bien ayse d'avoir le bien de voir icy M' Barclay^, mais je le serois au centuple si M' de Thou pouvoit faire ce que vous escripvez à mon frère, sur quoy je finiray pour ce coup mes importuhites, attendant ai les. lettres du prochain ordinaire pourroient parvenir assez à
' Dmiél Rahei, que Ton erat fils du peintre 6t graveur JeattRab^HarieUe,ilkeedario)^ fut lai aussi peintre et graveur et, de plus, ingénieur du roi ^n Brie et Champagne; il mourut après i63o. Malherbe lui adressa un sonnet intitulé : A Babel, pemtre, 9wr lin Uare â$ fieurt. Voir, li propos de ce sonnet, une notice de M.Lud. Lalaone, dans son édition des Œuvres complètes de Malherbe (t. I, p. 967), sur le livre de fleurs manuserit qui a élé le sujet de la pièce de Malherbe, livre conservé au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale sous ce tare: Fleurs pemtes par Babel en îSaâ (cent planches, in-fol.). M. Lalanne s'était déjà
occupé de Rabel et de soi beau reei^ dans la Cmresponiaince Stléraire du 10 septembre 1860 , p. 689. Aux renseignements donnés par M. Lalanne j*ajouterai que Tabbé de Marollés, parlant des dessins de I>amd Rabd {Mémoires, t. III, p. 3fl5), dit quVil excdloit en ces choses-là «. Voir encore Téloge de ce peintre dans le même tome (p. 1 99) , et aussi dans le tome I (p. 64). Le registre I des Minutesde Garpentras renfermeplosîett» lettres écrites par Peicesc à Rabel (d'Aiz, le s 1 mars , le k avril, le 1 9 juin et le 18 juillet i633,fol. 5&3,5i8et55i).
* Sur Tabbé Guillaume Barday, voir 1. 1, p. 87.
temps entre mes mains pour vous faire responce, sinon j envoyeray tousjours celle cy à radvance par le premier ordinaire qui partira d'Aix et demeureray,
DE Peirbsg.
De Boysgency, ce 97 aoust i633*
Les treize galleres d'Espagne estoient encore aux isles de Marseille il n*y a que deux ou trois jours, y ayant esté détenues par les vents contraires qui ont régné toute la sepmaine^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Je viens de recepvoir vos despesches du 1 6^ d'aoust encores à temps pour vous remercier comme je faicts trez bumblemeut des bonnes nouvelles que vous me confirmez de. la venue de M' de Thou, que j'attendray avec grande impatience et grande dévotion à Teminence de ses mérites, ayant esté infiniment ayse d apprendre par mesme moyen que M' Saulmaise reprenne ses forces, et qu'U en ayt desja eu assez pour prendre lair des champs, où il se remettra sans double bien plus tost qu'à la ville. Je vous remercie encores des favorables exortations que vous avez faictes au sieur Bié, que je verray trez volontiers et pense qu'il pourra fort bien faire tout ce qu'il fault pour cette entreprise, et possible pour quelque aultre qui ne seroit pas moins curieuse, s'il avoit le courage de s'y appliquer. Mais s'il vient il sera bien à propos qu'il apporte quant et luy tout ce qu'il aura peu ramasser en ceste matière
' Vol. 717, fol. 1 44.
[1632] AUX FRÈRES DUPDY. 341
et particulièrement une pièce ou deux que le père Sirmond luy a faict avoir, afin que je voye s'il y auroit rien qui me fusse eschappé ou qui fusse préférable à ce que je pourrois avoir du mesme Prince, pour luy donner rang dans ce recueil tel qu'il y pourroit escheoir. Vous avez fort bien faict de faire prendre la partie de la lettre de crédit, pour payer comptant voz marchandz libraires, et serois bien ayse que le livre des familles d'Ursinus peusse venir avec les aultres; quand bien il seroit un peu frippé, il ne laisroit pas de servir à celluy qui me le demande. Je suis bien ayse que le Breviarium Ganonum de Ferrandus diaconus se puisse trouver dfms le recueil des aultres Collections de canons, croyant que vous entendez celle d'Aiitonius Augustinus^ que je n ay pas maintenant icy pour le veriflBer, et pensois que ce feusse une nouvelle édition faicte à Rome, des opuscules de cest autheur, conjointement avec son Bréviaire des Canons qui doibt manquer en cest exemplaire que vous avez trouvé à Paris. Ce neantmoins puis qu'il est de si vieille édition , j'aymeray tousjours mieux avoir les epistres qui y sont que la valleur de cinq ou six quarts d'escu qu'on vous en demande. Mais pour l'Alcoran il faudra attendre qu'il s'en puisse trouver à prix toUerable, estant pour un amy à qui je voudrois bien en pouvoir faire passer l'envie, car pour moy je m^en patsseray fort facilement de ITiumeur dont je suis à présent, et dans ces infirmitez qui me laissent si peu de temps, pour de meilleures et plus agréables estudes que ne pourroient estre celles là. Sur quoy je finiray par mes actions de grâces des nouvelles dont il vous plaist nous faire si bonne part et de la continuation de tant de bons offices que vous accumulez journellement sur nous, estant de tout mon cœur, et à Monsieur vostre frère et à vous, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Peïresg.
De Boysgency, le 39 aoust i639.
' Antoine Aagnstin naqpit à Saragosse en vrages de ce jurisconsulte et notamment sur i5i6, devint archevêque de Tarragone en la collection dont parle Peiresc, Tarticle Aur 1 574 et mourut en 1 5Ô6. Voir, sur les ou- guttinnsdn Mamteldu libraire ( 1. 1 , col. 667).
Je vous envoyé lum- petite lettre d un père diartrekn de nos voysins que je voua prie de faire tenir à M' Scarron^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUÏ
À PARIS
Monsieur, Je receuz vostre despe&che du^o* trop tard d'un jour pour y pou^ voir respondre par nostre dernier ordinaire ei me trouve maintenant si embarassé i desmewager pour me pouvoir trouva à Âîx à la venue de ma ni^e de Rians que je ne sçaurois escripre k ces Messieurs de par de là par eest ordinaire. Et parlicuHerement au sieur de Bié, de qui j atteudray de voir les feuilles et espreuves ou desseins que vous aves faict mettre dans la balle de mon frère* Ce pendant j ay prins plaisir, de voir le dessein qu'il a faiet graver de 1 e66igie du Roy Jean , et la préface de son livre ^ et vous prie de me mander de qui en est le style, ayant quelque regr^ de ee que le bon homme de Bié a changé d'advis, ce que je n impute pas à deffault de bonne volonté de son costé, ains à quelqu'un de ceux auxquels il en peut avoir demandé conseil, qui n'ont pas esté portes de si bonne volonté eu mon endroîet, comme vous aultres, Messieurs, et ceux qui se trouvèrent eh vostre Accademie, lorsqu'il vous avoît tesmoigné la ]Hremiere resolutioa de s'en venir, dans laquelle il eusse possible trouvé plus d'avantage qu'il ne pen^ soit pour sa santé principidement. Car s'il se fost mis lors en chemin, il pouYoit arriver encores à temps pour aller aux bains de Di^e où il ne va guieres de Paralitiques c[ui n'y laissent leurs crosses, et c[ui n'y recouvrent la fonction de leurs membres engourdis', et s'il a trouvé de
^ Sur le conseiller au pariemeot de Paris Le» vrais portraits iss rois de France, elc.
PaulSGa]rroD,¥Qirt.Up. 839. — Val.717, ' Gel âoge des eaux de Ugne aurait pu
fol. t&8. servir d*^igraphe à riatâresmit peât vo-
' On a déjà vu que eelivre est iotitolé: lame mtiûùé : ÉtudehiMorifmsmr hs imm
[16S2] 4UX PBÈRES DUPUT. 3&3
rallegement au ohangeiÉeQt à^Ymv des Paî&bas pofurcettuy de Paris, il eiist troavé et tiré sans doubte beaucoup plus debeiwfiee de i air de ce pais icy que de eeliuy de Paris pour sa paralysie, quand Biesme il n*aarait pas voulu prendre fusaige des bains, mais m voit quasi ordinairement que ceux qui sont malheuraix (uyent toutes leurs bonnes fortunes. Il me demande des desseins ou des empreintes ^ue je ne luy reffuserois pas si je pensois qu ii en peusse tirer ce qu il fault^ mais je vous puis asseurer que tout ce qu'il en pourroit faire sans mes instructions seroit fort peu de chose au prix de ce qu'il feroit aprez mes advertissements sur ce subject, lesquels seroient trop longs à mettre par escript et trop difficilles à exprimer. Je Tayderay pourtant de ce que je ponrray juger luy estre plus nécessaire s'il me faict voir toutes ses es* preuves; Jlattendray impatiemment l'advis deM' Rigault sur lesfilenchi, et me resjouis infiniment qu'il ne reste phis àM'^Saulmaise'que la foiblesse de laqueUe j'estime qu'il se tirera bientost avec l'ayde de Dieu, vous remerciant trez humblement de la peine qu41 vûus a pieu prendre pour les livBes que vous. m'avez envoyez, bien marry de ne pouvoir fournir rUrsnMs de fisimilirs à ce bonhomme qui me l^alvoit^denMndé aveotant de. passion^ à qui j'etMse donné le nNM^ de bon^eœur,''sans tout plein d'apostilles^ que j'ay faictes ^ukrefois de ma «main, en attendant d'en recouvra un aultre plus à loisir.
Pour des nouvelles de deçà , je ne vous sçaurois rien mander à ce coup du costé du Languedoc, espérant que mon frère y suppléera s'il en a rien appris qui en vaille la peine. Seulement vous diray je que sur un commandement arrivé devant hier au soir à ToUon de la part du Roy les galleres furent mises en estât de pouvoir s'en retourner à Marseille dez hier au grand regret et desplaisir de la pluspart des capitaines et encores plus grand des habitantz de ToUon, par ce que <cez galleres ennoblissent fort ce port quand elles y' sont. On faietle proeez è un particulier habitant de Strfliers^ (nommé Valerent pour avoir donné un guide
thermaux de Digne, par M. Joies Amoux, ' Aujourd'hui SolUès-Pont, cbeHieu de
m«pecteard'AcadëmieàDraguignan(I)igue, canton de rarrondiflseraent de Toulon, à 1886, in-iô). j6 kilomètres de cetteviBe,8ar le Gapeau.
Uà LETTRES DE PEIRESC [1632]
à Tun des gentz qui s estoient sauvez de ce BrigantÎD de M' de Mont* morancy. Lon mit en prison deux jours y a Tun des chefs des sonnettes, sur ladvis qu on eut qu'il estoit venu en une grange à deux ou trois lieues d'Aix dans laquelle on Tenvoya prendre « iequel pourra bien payer pour les aultres qui firent tant les fols cez années dernières ^ sur quoy je finis demeurant.
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE PeiRisc.
De BoyBgeDcy, ce 3 septembre i63ft.
J oubliois de vous dire que Quentin m*a escripl sur la proportion que vous luy avez faicte de ma part. Et s'il vous vient voir, vous luy pourrez dire que mon intention n'a jamais esté de le tirer d'avec son maistre puis qu'il en a un dont il a subject de se! contenter; que ce n'estoit que sur ce que vous m'aviez mandé qu'il sembloit qu'il sentisse quelque nécessité, que je luy avois faict offrir de le reprendre à mon service s'il estoit en ceste volonté de quitter Paris, comme ne pouvant pas souffrir patiemment qu'il y demeurast avec nécessité ou incommo* dite. Mais puis qu'il a bon maistre, je ne trouverois nullement bon qu'il le quistast et luy conseille de s'y tenir avec la patience requise ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY
À PARIS
Monsieur, Enfin l'on m'a arraché du sesjour des champs pour revenir à la ville où je n'ay peu me rendre que depuis vendredy dernier. J'allay descendre chez Mons' le Premier Président, où je receuz un si bon accueil et de
* Vol. 717, fol. 1*9-
[1632] AUX FRÈRES DUPUY. 3/i5
Madame la Première Présidente que* je jugeois bien qu'il ne se pouvoit imputer qu'à vostre favorable intercession et aux bons offices que vous avez daigné me rendre auprez de l'un et de l'autre, dont je vous remercie par un million de fois et dont je vous seray à jamais redevable. J'ay depuis eu l'honneur de le voir chez luy, où il me demanda incontinant si vous ne m'aviez point envoyé l'action de M** Bignon au dernier lict de justice que tint le Roy ^ Je luy dis que vous ne m'aviez envoyé que celle de M"" le Garde des Sceaux \ laquelle je luy ay baillée avec celle du Roy de Suéde, n estimant pas qu'il soit facile de vaincre l'excez de la modestie de M' Bignon jusques à la pouvoir tirer de ses mains, si ce n'est que la compagnie aye voulu qu'elle fusse couchée sur le registre, auquel cas je croy bien que vous la pourrez facillement recouvrer pour contenter la curiosité de Mons'' le Premier Président dont je seray bien aise de me pouvoir prévaloir. 11 me dict qu'il pensoit que M' de Pontcarré auroit bien ce crédit sur M' Bignon, ce que je desirerois grandement pour ma consolation particulière. Il a faict aujourd'huy une œuvre de grande supererogation ', ayant daigné prendre la peine de me venir voir céans, dont j'ay esté bien honteux et bien surpris d'aultant que ce n'est pas la coutume de par deçà que les premiers presidentz visitent les simples conseilliers. C'est pourquoy, m'ayant dict qu'il le Youloit faire, je l'avois supplié le plus instamment que j'avois peu de s'en abstenir, tant pour éviter que d'autres ne le voulussent tirer à conséquence que pour me descharger d'envie et de jalousie, mais il n'y a pas eu de moyen d'arrester le cours de son honnesteté.
J'ay receu par le dernier ordinaire les cahiers de l'histoire de Guines*
^ Sur favocat général JérAme Bignon, voir 1. 1, Appendice, p. 769.
* Michel de Marillac, qui allait être disgracie, moins de deux mois plus tard, le 19 novembre, c'est-à-dire le lendemain de la fameuse jottm^e des dupes,
^ On trouve la forme svperirogalù^ dans Calvin, dans Montaigne. littrë ajoute h ces deux exemples Fobservatîon suivante :
tr Balzac, disait, comme âu xvi* siècle, buperërogation. «Ce sont bien, i vrai dire, (rdes œuvres de superérogation. «
* Chef-lieu de canton du Pa&^e-Calais, arrondissement de Boulogne, à 3t kilomètres de cette ville. La Bibliothèque historique de ia France mentionne un petit recueil imprimé {Le Traité, extrait par Estienne Prévost, touchant. . . les comtés et vUtes de Calais
kk
nirtxvi»» «ATioiiu.
avec voz bons ddtis acMustumez et reiMSU, estant à Marseille, vostre despesche précédente du 3o d'aoust avec les advis de la prise de Maeatrich^ et de la réduction de Trêves* avec ces belles harangues dont je vous remercie trez humbietnent et de tant de bonnes curiositez dont il vous plaist de me faire part. Je fus grandement aise d'apprendre l'arrivée de M' d'Aubray de par delÀ en ai bonne disposition et en si bonne posture, parmy les affaires courans, dont jeloneDieii et le prie de tout mon cœur de le vouloir faire prospérer tousjours de bien en mmxa.
Tay inesperement rencontré ung exemplaire du livre des àmiilles de Fulvius Ursinus, de sorte que si n'en avez trouvé à vendre depuis vos dernières despesdies, il ne nous en sera pas de besoing de vous en mettre en peine.
Je vous envoie des vers qu'on a imprimez icy faulte de meilleure matière pour avoir de quoy grossir tant soit peu le paequetdent je fais l'adresse à M^ de Lomenie, parce qu'ils soUt plus honnorables à cez messieurs là plus iis sont gros. Mais nous n'avons pas de besoing que vous nous mesuriez à leur aulne ^ car tm nous les faict payer icy à cinq sols l'once, comme si ee n'estoi^nit que des lettres missives. C'est pour* quoy quand vous aurez des p^ts livres eapaUes de grossir un peu trop le pacquet, il fauldroit essayer de les mettre en un paofuet à |>art et faire cotter par dessus que ce ne sont que des livres et (nke essayer à ia poste m l'on se voudroit contenter de k taxe proportionnée à k
et de Guisnes, Gharlres, i658, in^S*), et un ouvrage manuscrit de Lambert a Ardres {Lambérti Ariemis opéra , mtper Ghwteniiutn hisUniam, etc.).
' On iit dans fin de vénfier Im daUê {Oironohgie Ummqwie k Solhmde, i. XIV, 1819, p. &7A): irFrédërio-HoiriideNassca, {KnlTMiivaiit ses coo^Mea, Tint mettre le «ège, en 16S9 , devant Maë^ckt, dont les Espi^ois avaient eonàidérablement aiigmenié les foitifioatioBs, depoîa ip'en 1619 lis kvsmtt repris oette plade. Tout coBcoarut è rendre ce siège ménlionible. Les bravos
de diverses nalions se rendirent au camp du Stathouder, pour se former aux armes^ Les Espagnols envoyèrent de leur ttfté trois armées an secours des assiégés. Mais la valeur et rhabUelé de Frédâno4Ie&ri triomphèrent de la r&istance qu'on lui opposa ; et Maéstrioht iœ ouvrit ses portes, le aa août, après deux mois et douie jours de siège.»
* -Le maréchal d'Estrées obligea la vilie de Trêves , le ao aoAt, à se rendre^par capitalatioû, et à eoBiyédier h garmson espagnole {AHdevéryierllfs dtUeê, Chrmok^ hinmifue d$i Mrehvifmes de Trèvee, t. XV, p. 8i«).
mode dltalie, où c'est que 31 bien une aimple lettre d'une feuille entière doibt pa? exemple cinq 80I9 pour le port, on ne faipt pourtant pas p^yar p)u» de cinq sola de l'opoe du pacquet de lettres. Et les fagots de iiypea, ibaittes, rouleAui^ de tableaui^ et aultres choses de plus gros voluBais qu» les lettres, ne pay^t pas plus pour une livre peeant que pour une onee de lettres, mais on les met à part s^ns les meder avec les lettres, pour ne les faire marcher que lorsque les malles des courriers sont moins remplies. Je voudrois bien qu'on eust estably ce règlement là.
Je ne vous escripts powct des nouvelles, m'en remettant à ce que mon frère vous mande , qui est tout ce que nous en avions peu apprendre ce jourd'huy. On vient pourtant de me dire que la Royne est partye d'AvigiQiopA pour suyvre le Roy que l'on veuit ertre desja advancé au delà de Montpellier, que Ion raae le eh^t^u 4e Qeaucaire et que Bagnol? doibt eslre4ema9l»lé^ M«4aoM I4 m^PQwb^tU^ de Victry s m revient du costé d'Apt et de Sf^ Anne^ et je den)^ure grandement mortiffié que le Roy pusse si viste et que je sois frustré da l'espérance que j'avois eonceue de revoir Monsieur de Thou» qui es)»i|; la plus forte considération qui m'ftveit faÂet quitter les cjwnps fow nu eu approcher de plus prez, mais je voys bien qu'il ne m'y fiault pas ^attendre de ce coup cy et j'ay trop peu de force et de vigueur pour pouvoir courir aprez comme j'eusse £aict tr^ volontiers.
J'ay desja receu les livres que vous avez faict mettre avec la vaisselle d'argent, qui sont tqus arrivez fort bien conditionne;^ excepté ce petit volume de la nouvelle édition des poèmes de Gaspar Barleus ' qui s'est trouvé non seulement mouillé, mais quasy pourry, bien qu'il feusse enfermé dans la cassette de la vaisselle et que par conséquent il deusse estre mieux conservé c[ue tous les aultres.
^ Voir, gcir Beaucaire et Bagnok , diverse * Il s'agit là de la chapelle souterraiDe de
lettres du cardinal de Rjcbelieu au maréchal Sainte-Anne, laquelle a ëtë classée parmi les
de la Force, du mois de septembre i633 monuments historiques.
( Recueil Avenel, t. IV, p. 353-36 1) et une ^ Gaspans Barlm Pœmatum editio nova,
lettre du 1 o du même mois au maréchal de priare castigatior et altéra parte auetior
Schomberg (p. 358). (Leyde, Elievier, i63i, petit in-13).
En passant par Aubagne, M' TEvesque de Mai^lie me fit voir un recueil qu'il a de tous ces petitz volumes de Républiques] d'Elzevir, où je trouvay quatre volumes des livres Anseatiques ^ et plusieurs aultres que je n ay point euz. Il faudra à vostre commodité que vous fassiez transcrire par Quantin le roolle de tout l'assortiment qui s'en peut avoir, affin que je puisse demander ceux qui me manqueront. Cependant je demeureray, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.
A Aix, ce 30* septembre iGSâ.
Je suis encore si embarassé des visites de la ville actives et passives que j'ay eu prou de peine de desrober le temps pour vous escrire et faudra la nécessité que je remette au prochain ordinaire ce que j'ay à respondre à cez aultres Messieurs. Si Monsieur Gassendy est encores là, comme je le croy, vous luy pourrez dire que M' le Prieur de la Vallette, me venant voir aujourd'huy, m'a voulu asseurer qu'il estoit arrivé à Digne, ce que je n'ay pas voulu croire, estimant qu'il y avoit de l'équivoque en la nouvelle qu'on luy en avoit donnée \
^ De Rébus publicis Hanseaticis J. Aug, Werdenkagen, Leyde, J. Marie, i63i, U vol. in-a&. M. A. Willems a bien voalu me bire observer qae Peiresc nomme improprement, comme bien d*aatres après lui,
Républiques des Eizevièr, un recueil auquel ces imprimeurs ont donné non la totalité, mais la plupart des pièces connues sous le nom de Petites l^publiques.
* Vol. 717, fol. io8.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, J ay receu vostre despesche du 1 3^ par le dernier ordinaire et vous rends trez humbles grâces des bons adyis donl il vous plaist me faire part et du seing que vous daignez prendre des livres que je vous avois demandez, lesquels j'espère de recepvoir aujourd'huy ou demain, car on m'escript de Lyon que les balotz avoient esté consignez à des muUetiers de Marseille dez le 1 8® de ce mois. Je suis bien ayse que Tentretien que vous ont fourny mes dernières lettres ne vous aye pas esté dezagreable et me tardera bien d'entendre que M' Saulmaise soit en estât de les voir et de dire son advis sur les propositions y contenues, où j'aurois bien à adjouster de bonnes choses que j'ay descouvertes depuis mon arrivée en ceste ville, à la première entrée que je fis dans mon estude, concernant les mesures antiques et des moindres subdivisions qui s'en trouvent au dessoubs de la cuillier, en quoy ma piile antique estoit deffectueuse, car j'y ay trouvé une pièce que je n'avois jamais bien congnûe, laquelle m'a fourny toutes les dictes subdivisions depuis la Gyane ou double cuillier, jusques à une vingt quatriesme portion de la simple cuillier, comprenant des mezures de la cuillier entière, de sa moictié, et de son quart, pour respondre aux proportions du sextaus, de l'once, de la demye once, du siciliens et du scrupule ou vingt quatriesme partie de l'once. Avec quoy se peut suppléer bien exactement tout ce qu'il y avoit d'imperfection ou de defféctuosité en l'assortiment de ma pile, et y ay mesme trouvé grand nombre d'aultres pièces séparées, proportionnées à celles là, qui m'ont fourny les mesmes assortimentz. Et de plus, une pièce qui manquoit en celluy là , et qui respond à la huitiesme portion de la cuillier, et par conséquent à la dragme ou huitiesme portion de l'once, qui n'estoit, comme je pense, en usage qu'entre les Grecs, puis qu'elle se trouve obmise dans l'assortiment des mesures
Romaines. Il n'y aura point de danger d'en faire voir le dénombrement au dict sieur Saulmaize conjoinctement avec ceiluy des aultres pièces de ma pille mentionnées en mes premières lettres sur ceste matière, s'il ne les a pas encores veûes, car possible ne sera i! pas marry d'en considérer la suitte tout d un coup. Et si je pouvois rencontrer un peu de relasche, maintenant que je suis plus prez de mes livres, j'en dresserois volontiers une petite relation plus exacte et un peu mieux arraisonnée ou authorisée de ce qui s'en trouve dans ies anciens de plus exprès ou plus convenable. Je vous asseure que depuis mon arrivée j'ay esté surchargé de tant de compliments actifs ou passifs tut de ht ville que de la maison oik nous avons maintenant les plus proches parente de ma niepce de Rians, que je n'ay encores sceu trouver une heure entière pour estre dans mon estude, dont je reçois plus de mortification que quand j'en estois esloigné de dix oo douxe lieues. J'avois envie aussy d'escripre à ces Messieurs et particulièrement à M' Rigault concernant ces Elenques, mais à peine auray je assez de temps pour voiis respondre à voz dernières , à mon très grand regret.
En escripvant ceste lettre, les baUotz sont arrivez fort bien conditiottnez; c'est pourquoy je vous en doîfae de nouveaux remerciements trez humbles et irez affectuetix et seray bien ayse d'avoir ce codex canonum vêtus Ëcclesias Moguntînœ, s'il se peult rencontrer. Quant au voiiime de la maison de Bourbon \ il fauit que j« vous demande pardon de l'équivoque que j'y avois &icte, et que je demeure obligé à M' du Chesne de ce qu'il luy a pieu m'en {burair aur le crédit de sa mesMiire^ dont il a esté mieux secondé que moy. Pour M' Gassendy, ses amis m'avoient voulu £aire ac(»^ire en arrivant îcy qu'il estoit à Digne, ist le conseiller Gaultier^ avoit dict qu'il 'avoit reoeu à Biei; une lettre de sa part par homme -exprez, mais je jugeai bien iucontiaaiit qu'U avoit pris Marte pour Begnard * et croiray tousjours ^u'il reculera son partement de
^ Le ^lame mentioimë plu» haut, à ' Litlpéaite, au sujet de eetfe expression
propos de Tordre de TÉcu d'or. figurée, k Menteur de Goraeille et les Fa-
* Le nevea du prieur de la Valette dëjà ciliés de Voltaire, mentionne plus haut.
Paris plnstost que de lanticiper. On me vient de montrer une lettre dfe Montpellier do a/i^ portant que les hosteges y estaient desja arrivée de ia part de Monsieur pour la senreté du voyage que M' de BuUion sdloit £aû*e vers luy, pour lamener an Roy ^ On m'a voulu asseurer depuis que Monsieur de Buliion s y estait «eheminé , et que le Roy avoit accordé à Monsieur de pouvoir oomprendre Messieurs d'Ëlbeuf et de fiellegarde à la graœ que Sa Majesté luy a octroyée, et que pour M^ de Montmorency, bien que le Roy ne Ty aye point voulu comprendre, il avott fieanAmoins iait espérer qu'il ne ie refoseroit pas à M"" le Gardmal de Ricfadieu qui txk d^voit Saire instance è Sa Majesté pour l'asmour ^e Monsieur aprez son retour à la Cour S et finalement que Monsieur le marquis deBrezéestoitMareschal de France' et gouverneur du haûlt Languedoc depuis flioulouse jusques à Nisrbonne, Monteur le comte de Schomberg du -bas Languedoc deptiis Narbonne jusques à Beaucaire * et Monsieur de Ventadour^ du Vivarez et du reste jusques à Lyon, la grâce de Monsieur de Montmorancy ne regardant que la vie et les biens , mais je n ay point veu encore d'asseurance de toutes cez nouvelles. On nous dict que noz estatz seront mandez au 1 5^ à Tarascon où Messieurs de Léon et de la Poterie 'comme commissaires feront l'oruverture et les proposi-
' Voir dans le Recueil Avenel (t. IV, p. 365) le fragment d'une lettre écrite h Riénéim^ le 19 aepMihre, par Bdlion^ qui était doF8 à Bésiers en migaion aap rèe du duc d'Orléans. Voir {Und., p. Sya-SSo) un important document du q3 septembre 1 633 : (ifpie iê faceornitudement de Mtmsieiir *èi¥ee h Bcf^, fiât À Bhrnn par Af. A Mlwn^ (p. 384-363) un Mémoire pariiculier pour M. âeBuUimsîirPaeccmmodementdeMotmeur,
* Richelieu fit, au contraire, tout ce qu'il put pour «exciter la eolire du roi contre le due de Ikntmoreacj^ , ainai que s'exprime le jndideux éditeur ^lesLelftw, ùMrueUotu i^lfhmliqi^ «ptfiertd^Éuu (t. IV, p. 3&&). Le mémoire publié là (p. 355-359) est an véritable acte d'accosatioa ou le oardinal,
comme le remarque M. Avenel, insiste sur le mal et omet complètement le bien.
' Leèréit de k Bominafas avaitrpr^oédé de quelques <semames la nomination même. Le marquis ne fut élevé à la dignité de maréchal qtie le 38 octobre.
* U. AvendrappeHe(t.ïV^ p. 366 )^e Sèbûimberg, successeur du duc de Montmorency dans le ^uvernemeot du Languedoc, jouit peu de temps de la d^pomUe du décapité de Toulouse, car il fut frappé d'apoplexie^ à Bordeaux, quelques semaines plus tard ^1 7 novonbre).
' Charles de (jevis^ nuuquis d'Annonay, jMiîs duc de Ventadour, ipair de France jpar la cession de son frète fdné.( voirai, .p. 596.), iBourut le 4,^9 mai 1649.
tions de la part du Roy, et que ceux du Languedoc se tiendront à Narbonne pour ne pas tant retarder le passage du Roy. Noos ayons icy le père General des Jacopins^ qui avoit envoyé une ordonnance de suspension du Prieur du couvent Royal de S' Maximin et l'avoit faicte signiffier sans prendre l'annexe du Parlement contre les ordres de la province, mais il en a esté interjette appel comme dabbus qui a esté renvoyé aprez l'ouverture du Parlement. Et cependant la chambre des vacations a faict deffences au Prieur de s'abstenir de la fonction de sa charge; on est maintenant aprez à chercher des expedientz pour accommoder ceste affaire, où vous aurez en son temps toutes ces proceddures , et je demeureray, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Peoibsc.
A Aix, ce 97 septembre i63a ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Plus je m'advance dans le sesjour de la ville, tant plus se multiplient les occupations et divertissements inesvitables, par des rencontres inopinées et par des occasions d'employ dont je me serois bien passé, et dont tous aultres se seroient, je m'asseure, mieux acquittez que moy, et ce qui m'en feusse demeuré de bon eust esté la jouissance d'une tranquillité d'esprit qu'on ne sçauroit trouver dans la ville, et le moyen
^ CMtaitfCommeonle voit dans la lettre pour gouverner tout Tordre en qualité suivante, Nicolas Ridolfî, ne vers 1576 a de vicaire gënëral; il fut élu général en
Florence; il entra dans l'ordre de Saint- lOag. Voir sur ses visites en Italie et en
Dominique vers iSga, fut nommé maître France l'article Ridolji du Dictionnaire ie
du sacré palais par Grégoire XV en 16a a, Moréri. et Urbain VIII le choisit, à la fin de i6a8, ' Vol. 717, fol. i5a.
de fournir plus de correspondance à mes amis, dont je me vois esloigaer la commodité d'une sepmaine à aultre, non sans un extrême desplaisir ; j'y ay trouvé neantmoins un advantage que je ne sçaurois' assez priser, qui est d'avoir ouy laction de Monsieur nostre Premier Président à l'ouverture du Pariement, où il ravit tout le monde avec une éloquence, une majesté et une efficace^ qui luy a conquis irrévocablement les coeurs, non seulement de toute l'assistance, mais de toute la ville Qjt de toute la Provence, où les relations en ont esté receiies jusques aux lieux les plus esloignez, avec des applaudissements et bénédictions qu'on ne sçauroit exprimer. Car on ne pense point avoir acquis rien de moins qu'un second Monsieur du Vair et vous puis asseurèr que si bien il y avoit de la différence de sa façon de parler à celle de Monsieur le garde des sceaux du Vair, c'estoit neantmoins avec tant de grâce et avec des discours et conceptions si nobles, si sérieuses et si bien appropriées au subject qu'il luy falloit traicter, qu'il ne se pouvoit rien voir ny ouyr de mieux, et si feu M' du Vair eusse peu estre des auditeurs, je suis tout asseuré qii'il auroit redoublé au centuple toute la bonne opinion que je sçay qu'il avoit conceue d'un si digne personnage et qu'il en auroit adoré le mérite aussy bien que la probité qui a desja paru en luy sur diverses occurrences bien importantes. Je ne plains que de le voir confiné en un si cbetif pais que le nostre et si mal secondé comme il est pour estre nostre pauvre compagnie quasi toute changée et réduite à une ou deux barbes blanches tant seulement. J'espère bien que l'exemple de sa bonne vie pouiTa beaucoup layder à former celle de plusieurs des jeunes, d'aultant qu*ilz en pourront retenir sur le modelie de la sienne, mais il y faudra bien du temps et de la patience, et les defeetuositez de l'humeur de nostre nation ne nous y peuvent pas laisser prendre toute la part qui y seroit à désirer. Je n'ay pas encores ôzé me donner la hardiesse de luy demander coppie de sa harangue, et y feray bien grand scrupule, jusques à ce que j'aye peu rencontrer quelque
- \ Voir sur le mot fificace, empbyë abrs pour efficacUè, une note des Lettres de Jean Ckafekin (i. I, p. x^U),.