‹ Lettres de PeirescChapitre 28 sur 48 · II · texte numérisé non relu

II

IMPHlVtaïC HA,Tï01Alt.

418 LETTRES DE PEIRESC [t633]

dont vous ne cessez de me combler à toutes heures, dont je vous remercie de tout mon cœur et surtout de la bonne nouvelle du retour de M** de Thou , à qui je vous supplie d'agréer que je fasse la bien venue par ce mot d exploict en vostre personne, de peur de luy fournir auicun subject d'interruption de ses complimentz et meilleures occupations, sçachant bien qu'il vous a faict une assez ample procuration pour cela et pour beaucoup davantage; la bonne odeur qu'il a laissée en Bourgongne de la sincérité de ses intentions et de la grandeur de son génie a esté escripte en ces quartiers icy de beaucoup de divers endroictz , au grand contentement tant de M' le Mareschal et de M' le Premier Président, que de tous les bons serviteurs qu'il s'est acquis icy, avec un grand applaudissement universel sur la voix publique qui s'en est espandûe qui a esté généralement suyvie de vœux communs, à ce qu'il plaise à Dieu de bénir et faire prospérer ses actions et louables desseins, de quoy je n'ay pas voulu manquer de me conjouyr comme je faictz de toute mon affection avec vous, Monsieur, et avec tous ceux qui l'ayment d'aussy bon coeur comme vous, estant bien marry de n'avoir pas de quoy respondre à la bonne relation qu'il a voulu vous faire de nous, et qu'il n'aye peu rien trouver céans qui fusse bien digne de luy si ce n'est qu'il n'aye pas voulu desdaigner la bonne volonté de ses serviteurs à l'exemple de la bonté divine, puis que nous n'avions point de meilleure monnoye à débiter en son endroict, pour l'acquittement de tant de debtes contractées de si longue main et à tant de justes tiltres, mais s'il luy plaisoit de nous faire cognoistre qu'il y eusse veu quelque chose de son goust, ce me seroit une consolation nompareille d'eu avoir notice pour luy envoier, comme je ferois de tout mon coeur, tout ce que je pou rrois apprendre qu'il luy feust duisable, à quoy vous pourriez bien vous rendre mon entremetteur, si vous vouliez, pour extorquer de luy soubz main ^ la déclaration de ses intentions. C'est de

' littrë ne cite, au sojet de cette exprès- les Qmsidirations politiques wr les eoufi

sion figurée, que des ouvrages postérieurs d'État, de Gabriel Naudë (lôSg), et le

k la présente lettre. Ceux de ces ouvrages SoUnutn de Mairet, lequel est aussi de

dont les dates s'en rapprochent le plus sont 1689.

quoy je vous supplie ie plus instamment que je puis ensemble M*^ vostre frère, d'aussy bon coeur que je vous requiers à tous deux la continuation de voz bonnes grâces. J avois oublié de vous dire cy devant que si dans ces inventaires, ou par aultres occurrences, vous rencontriez à achepter cette compilation des canons de Tédition de Mayence de Tan 5â5 fol^ soubs le tiltre de Corpus Ganonum ^ vous me feriez piaisîr de me la faire achepter, ensemble l'édition de Paris de l'an 609 in S"" soubs le tiltre de Codex Canonum, Vêtus, Ecclesiae Romanae^, où sont le Ferrandus et le Cresconius. Je vous ay envoyé vingt pistoUes par le sieur de Thorenc, qui partit en poste jeudy passé, pour avoir de quoy prendre cez petits livres qu'il vous pourroit faire de besoing, et vous prie de faire prendre encores cez Ëpistres du mesme Ferrandus de l'édition de Rome, encore qu'elles soient un peu chères, parce que nous avons icy un honneste homme qui faict quelque chose de gentil à l'honneur de ce s* personnage, lequel il fault ayder. Il me souvient d'avoir veu sur les catalogues des foires de Francfort depuis quelques années un livre d'Hervartius ' soubz le tiltre, comme je pense, Theatrum hieroglyphicum, in fol^*, dans lequel debvoient entrer grand nombre de figures en taille douce qu'on disoit estre d'assez grand prix, dont je ne sceuz avoir pour lors aulcun exemplaire, et quelque année aprez j'eus un exemplaire d'un livre qui portoit le mesme tiltre, mais il n'y avoit aulcun discours et n'estoit qu'un recueil de planches en

^ Canones Apostolorum; veterum emciliorumeonstitutiones; décréta PotUifieum antiquwra, etc., impressum Moguntiœ in œdihus Jehan. Schœffer, a$mo M.D,ixy, même aprUi, in-foL C'est la première élitioD d'une collection qui devait être cent fois réimprimée.

' Uauteurdu Jlf<mvf/(^tt libraire ne mentionne pas cette édition et se contente d'indiquer les trois éditions parisiennes de 1 66 1 , 1618 on 1690, et 1661.

' Jean-Geoi*ge8 Herwart de Hohembourg , conseiller et chancelier du duc de Bavière,

naquit à Augsbourg vers i55o et mourut dans cette ville, non vers i6a6, comme on lit dans la Biographie wnkereeUe, mais le 16 janvier 1639. Voir nne notice très exacte et très détaillée sur Herwart dans la Bibliotkeea Attgustana de Veith ( t. X , p. 1 dk-

* Thésaurus Uieroglyphkonm e Museo Joannis GeofgU Herwart ab Hohenbwrg (Vienne, in4ol., sans indication de lieu ni d'année). Quelques bibliographes attribuent la date de 1610 à ce recueil de 96 planches qu'aucun texte n'accompagge.

420 LETTRES DE PEIRESG [1633]

taille douce assemblées par un bout pour un livre en forme bisiongue en nombre de s 5 ou 3 o feuilles ouvertes seulement, dans lesquelles sont représentez tous les obélisques de Rome avec la table Bembina du Pignorius* et plusieurs aultres figures hierogliphiques gravées en des planches de cuivre collées de divers nombres chascune à part comme relatifz à quelque discours, que l'autheur avoit faict et préparé sur chascune des dictes Ggures. Or je voudrois bien sçavoir si cez discours ont esté imprimez ou non , et s'il s'en est veu aulcun exemplaire ou non dans Paris; j'ay bien eu un livre in 6** du même autheur où il y a diverses questions de cronologie et aultres examinées à sa mode, mais pour ces hierogliphiques il n'y en a qu'un seul sur la table Bembine que j'ay trouvé si extravagant que j'en euz grande pitié, et si les aultres debvoient estre de ntesme, je n'aurois guieres d'envie de les voir. Je vous supplie de m'excuser de ceste peine et l'imputer à la continuation de voz offres qui tenteroient la pudicité de la plus modeste et réservée crealure du monde, et qui me rendent si importun en vostre endroict, pour ne dire impudent et indiscret, dont je vous demande pardon trez humblement et non sans beaucoup de honte de faire si mal ce qu'il faudroit pour le mériter. Depuis avoir escript, l'homme que vous m'aviez recommandé m'est venu voir et m'a apporté à ce soir deux lettres clauses que j'ay trouvées estre l'une de M' l'Archevesque de Thoulouze et l'aultre de M"^ le Prieur de Roumoules : je n'ay pas manqué de luy dire incontinant la recommandation que vous m'aviez faicte en sa faveur, et combien elle esloit puissante pour moy. Il m'a respondu qu'il avoit une lettre vostre addressée à moy, laquelle il avoit faict scrupule de me rendre, parce qu'on la luy avoit envoyée ouverte, et qu'il avoit trouvé qu'elle n'estoit faicte que pour luy, tant il est modeste ; je luy ay faict eu propre personne les mesmes offres dont je vous ay parlé cy dessus , pour m'abstenir du jugement de son procès, ce qu'il n'a pas tesmoigné désirer; le temps nous fera voir à quoy il vouldra insister, et je tascheray pour l'amour de vous de contribuer

' Sur l'antiquaire Pignoria, voir t. I, p. 3-4.

tout ce que je pourray pour le contenter, en la meilleure façon qu'il

me sera possible et loisible, demeurant,

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresg. j A Âix, ce 16 janvier i633 \

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur,

Je receûz par le dernier ordinaire vostre despesche du i4* janvier avec une lettre de M'^de Thou, à qui je ne manqueray pas de respondre par ceste mesme voye : et vouldrois bien avoir aultant de moyen de le servir que j'en ay de bonne volonté et d'obligation , ensemble M' du Puy vostre frère et vous, qui ne vous lassez jamais non plus les uns que les aullres de nous combler de toutes sortes de faveurs, tant en la personne de nos amis qu'en la nostre propre, dont nous sommes destiner à vous demeurer entièrement redevables tout le temps de nostre vie, puis que nous ne sçaurions nous acquitter de la moindre portion de noz debvoirs que nous ne nous trouvions incontinant engagez en d'aultres nouvelles debtes qui ont tousjours de ladvantage sur les anciennes, à mezure que nous nous trouvons tousjours plus reculez des occasions de revanche. Mais puis que nostre impuissance ne vous est pas moins cognue que nostre esloignement, nous nous asseurons que vous ne vous contenterez pas moins volontiers à l'advenir de nostre bonne volonté que vous avez faict par cy devant, en attendant si nous serions jamais assez heureux pour y pouvoir joindre quelques effectz de nostre fidèle service aussy bien que noz voeux et que noz trez humbles remerciementz de tous vos bienfaictz et charitables offices. Tay esté bien ayse d'apprendre les nouvelles qu'il vous a pieu me

* Vol. 717, fol. 19a.

donner en la personne de M' Cunœus. La jalousie des prérogatives de la patrie peut fournir quelque sorte d'excuse tant à M*^ Heinsius qu'à luy des premiers mouvementz auxquels ilz se sont laissez emporter contre M' de Saulmaize, tandis qu'il estoit encore si loing deulx; mais à ce peu qui se peut recognoistre dans leurs escripLz de Tingenuité de leur naturel, j'estime que la présence d'un tel personnage les aura incontinant vaincus et qu'ilz seront, je m'asseure, du nombre de ceux qui auront receu et qui recevront à plus grand honneur, que sa nouvelle demeure en leur païs luy acquiert le droict comme d'une seconde patrie de ce grant homme et de sa prodigieuse littérature, et quilz s'estimeront tant plus obligez à le servir et à contribuer tout ce qui pourra dépendre d'eulx à ses plus louables estudes et exercices ^ Je me doubtois bien que la nouvelle de l'extrémité où s'estoit trouvé reduict M' le Marquis de Narmoustier seroit capable de vous toucher bien avant, tant pour son mérite particulier que pour les intherestz de M' de la Fayette qui y estoient meslez. C'est pourquoy je me rendis curieux de vous tenir adverty de ce peu de bonne espérance qu'on avoit au soulagement de son mal. Il y a longtemps qu'il a congédié tous ses médecins et qu'il est tout à faict quitte des restes de l'empiresme de la fiebvre^. Il est pourtant contraint de tenir encores le lict une bonne partie du jour pour soulager sa foiblesse , mais le temps s'estant fort addoucy il commance à prendre courage de se tenir quelques heures du jour et je crois bien qu'il ne tardera pas de faire quelque petite sortie pour prendre un peu d'air soit de la ville ou des champs. Mon frère luy a faict voir et à M*^ dé la Fayette le soing que vous aviez pris de m'en escripre voz sentimentz, dont ilz se recognoissent tous deux bien redevables à vostre courtoisie. Il me reste à vous dire que la notice que j'avois eue de pontificia jurisdictione, je l'avois prinee dans un

* Peiresc avait jugé Heiosius avec trop rete, Afpetidiee, lettre III, p. io4-iia). de bienveillance, comme on le voit par * Littré, qui ne donne pas la forme ailles plaintes de Saumaise dans une lettre piresme, ne cite, sons le mot empyrewne, à Jacques Dupuy du 99 janvier i634 que deux phrases d'un écrivain du xvi' siècle, (fascicule V des CarregpondatUs de Pet- Ambroise Pare.

carton où estoit imprimé le tiltre du dict livre en placart conjointement avec celluy que vous m'avez envoyé de M' du Refuge^ in 4^ de sorte quils doibvent avoir esté affichez conjointement par les carrefours de Paris. L'on m'a faict feste aussy d'une certaine vie de Dom Jean de Casliile que je nay poinct encore veûe, et que l'on prétend estre du style de M"^ le Cardinal durant son sesjoar d'Avignon, mais j'auray bien de la peine à me le persuader; au surplus j'ay desjà recouvré un exemplaire de l'Alcoran in-fol^ de l'édition Tigurine de l'an i55o ou de la version de Robertus Retenensis, faicte à l'instance de Petrus Venerabilis abbé de Cluny % de sorte que comme je vous mandois la sepmaine passée, il ne sera pas nécessaire de m'envoyer celluy de M'' Aubery, car pour mon assortiment de moy j'auray bien loisir d'attendre celuy de l'Inventaire de M*" d'Auxerre ou quelque aultre s'il s'en présente à prix toUeraUe, car j'avois gardé assez longtemps celluy de M' Aubery, pour y passer ma fantaisie ; je voudrois bien en pouvoir dire aultant pour le regard de l'Ëusebe de Scaliger, dont je n'ay pas encores eu la responce du lieu où je l'ay redemandé et dont j'espère de vous pouvoir donner bien tost plus de resolution qu'à présent. Je vous remercie bien humblement du soing que vous voulez reprendre de ceste carte Hébraïque en taille douce, aussy bien que de la rellieure de ces petitz volumes des Republiques d'Elzevir. Je voudrois bien cependant voir un peu d'inventaire de tout l'assortiment qui se peut trouver de cez petits volumes, pour recognoistre et pouvoir demander ceux qui me seront eschappez i;ant de bons autheurs classiques anciens que de cez petites Republiques et de cez pétitz volumes de prière et dévotion. Je desirerois encor une aultre faveur de vostre grâce, pour apprendre si Petrus Scriverius' a jamais faict imprimer les livres de

^ EuBfaehe du Refiige, conseiller d^État,- r^daeia sunt opéra et studio Tk^ BMandri

mort en 1698. (eecoode édition, sans Ken d'impression

' Maekmwiie efmque sueeeseono» vùa, [Tiguri]^ 16&0, in-fol.). doetrim, ae ^ Aleoran, qtuB D, Peinte, * Seriveriu8(PieiTeScliryver),né àHar-

abbas Clm,, ex arabiea Ungna m ha, trana^ lem le 1 s janvier 1 876 , moorat le 3o avril

ferri curaxnt, . . Hœc omnia m tmtmt volumen 1 660.

Re agraria qu'il promettoit à la suilte de Marcus Junius Nipsus, Tun d'iceulx non encores imprimé que je sachet II en faict mention en sou édition du Vegece et de quelques aultres autbeurs de Re militari, chez Raphelengius de l'an 1 607 in 4°, où il a adjousté tout ce qu'il a voit de Frontinus tant de Aquaeductibus, de Re agraria, de Limitibus, de Coloniis comme des Stratagesmes militaires ^, sur lesquelles pièces il renvoyé fort souvent à des nottes que je n'ay poinct trouvées dans ce volume, bien que j'en aye deux exemplaires, n'y ayant que les commentaires de Godescalcus Stevechius, sur le Vegece et sur les Stratagesmes de Frontin, et des nottes de Franciscus Modius' tant sur l'un que sur l'aultre, mais il n'y a rien sur les aultres pièces du Frontin, quoy qu'il y aye à la marge d'icelles tout plain de petitz renvoys aux nottes, lesquelles n'estoient possible pas encores lors achevée? d'imprimer, quand mes deux exemplaires furent acheptez (car je crois bien que Scriverius n'aura pas manqué de les faire imprimer tost ou lard, et qu'elles ne vous seront pas eschappées comme à moy). C'est pourquoy je vous supplie de le faire voir et veriflBer dans vostre bibliothèque, et de me faire, s'il est possible, recouvrer ces nottes, ou plustost un troisiesme exemplaire si elles ne se peuvent avoir à part. Et s'il a esté faict quelque aultre édition postérieure des pièces de ce Frontin et de cez aultres autheurs de Limitibus agrorum, je les recouvrerois fort volontiers, n'ayant que celle de Turnebus* et de Galandius^ à Paris in 6*" de

^ Scriverius ne fit jamais imprimer les Uvres agronomiques dont s occupe ici Peiresc.

* FI. Vegetii alionanque aliquot veterum de re militari lihri; aecedunt Frontini Stratagematibus ejusd, auctoris alio, opuêcula ; omnia emendatius, quœdam nunc primum édita a Petro Siriverio, cum eommentar, God. Stewechii et Fr. Modii, Ex ojfficina Plantiniana Rapheiengii. (Leyde, 1607, in-4'.)

' François Modius, ne à Oudenborg (près de Bruges) en i536, mourut chanoine k Aire (en Artois) Tan 1697. Ses tra-

vaux sur les tacticiens Végèce, Frontin, Élien et Modeste avaient paru , rëunis en un volume in-8*, en i58o, à Cologne.

* Adrien Turnèbe , ne aux Andelys ( Eure) en 1 5 1 a , mourut à Paris le 1 a janvier 1 565. Voir sur ce philologue le Mémoire historique et littéraire sur le Collège royal de France, par l'abbé Goujet, t. I, p. 4^7-456.,

' Pierre Galland, ne en 1 5 10 à Aire (eo Artois), mourut à Paris le 3o août iSSg. Voir la notice de Tabbé Goujet (Mém. hist. et litt, sur le Collège royal de France, t. 1 , p. /i38-/i67).

[1633] AUX FRÈRES DDPDY. 425

Tan 1554 tirée d'un m[anu]s[crit] de S* Bertin S où f ay auUresfois prins beaucoup de plaisir d'en examiner certains passages qui donnoient bien de la lumière à mes petites curiositez. Quant à vostre Gazetan, c*est un grand mocqueur, s'il prétend insister à vouloir nous faire accroire que les Gazettes plus récentes que celles qu'il nous livre le samedy puissent venir par le courrier du mardy, attendu qu'il n'y a point de courrier qui puisse arriver icy à partir de Paris le mardy, aux heures que partent les ordinaires de Lyon , qui se puisse rendre icy le vendredy au soir ou le sabmedy du grand matin, auquel temps les nostres sont arrivez depuis quelques sepmaines avec les Gazettes de la huictaine précédente, et particulièrement la dernière du i5*^ de janvier, où nous apprismes dez le vendredy au soir la Royaulté de la febve du marquis de Gordes^ et l'honneur qu'il eut de boire une fois couvert avant le Roy, qui nest pas une petite prérogative pour la province ^, dont l'honneur se plaist beaucoup plus à manger du pain bis chez soy, et à boire de l'eau en liberté, que s'il falloit servir à boire du nectar à la table des Roys. Vostre homme auroit plus tost faict de s'excuser sur quelques deffenses, si on luy en a faict aulcunes, ou sur ce que telz plaisirs sont volontaires et ne se font qu'à ceux que l'on veult gratiffier et non à aultres. Nous n'avons rien icy de nouveau que ce que vous verrez au papier cy joinct des nouvelles d'Allemagne venues du costé de Gènes; le duc de Lenox^, qui estoit allé à Marseille et à la S** Baulme, est de retour icy depuis ce soir en poste; nous sçaurons

^ Vabhé Goujet dit à te sujet (p. Uh) : «Ce fut lai [Galiand] qui, ie premier, mit au jour les Seriptoreg de agrorum Umitibus et de constituUonibus , qu'il avoit trouvés en Flandre ; il ne les publia qu'après les avoir revus, conjointement avec Adrien Turnèbe; cette édition est in-^\ Nicolas Rigault, qui en a donné une autre depuis plus parfaite et plus complète, ne fait honneur de la première qu'à Turnèbe seul, m quoi il s'est

rompe. «

* Sur Guillaume de Simiane, marquis de Gordes, voir t. I, p. ^56.

^ On sait que Gordes est aujourd'hui un chef- lieu de canton du département de Vaudnse, arrondissement d'Apt, à 4â kilomètres d'Avignon.

^ James Stuart, duc de Lenox et de Rich* moud, né le 1 6 avril i6iâ, mourut le 3o mars i655. Voir les Méminrei de Bassompierre, t. III, p. ayi.

OIPUMtUI ifAtMIAU.

demain s'il voudra reprendre la routte d'Angleterre ou ^c&e d'Italie; sur quoy je finiray demeurant, Monsieur,

vostre très humble et très iibeissant servitMr,

• DE PlIIHBaC.

A Aix, ce 3&v)^vier i633.

J'ay recouvré une relation de rexecution de M' de Montmeteney qui est assez particulière. C'est pouDquoy j'ay creu à tout hazard de vous en debvoir envoyer auUant, ensemble les proviflioos de M' de Paule^ et quelques arreste où vous pottrriee rencontrer à i'adventure de ce» curiositez ecclésiastiques dont vous faictes des recueils^.

XG À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, Ce n'a esté que par les lettres tant de M'' du Puy que de Dom Christophe du Puy, voz ehers frères , aussy bien que par les vostres que j'ay eu les premières et prineipalles ooj^oissances de la sureminente vertu et littérature de M*" Holstenius, et que je me suis desvoué à son service. Je pense aussy que ce n'ayt esté que de vostre part que j'ay eu les premiers advis de cez beaux recueilz qu'il avoit faicts des anciens Géographes Grecz, dont je vous envayay le catalogue qu'il m'en avoit communiqué avec plusieurs trez belles et doctes lettres , qu'il m'escripvit lors sur ce siibject , en la plus part desquelles il me tesmoignoit l'extrême passion où il estoit de recouvrer le texte Grec de TANAPLVS DIONYSII BYZANTII sur son Bosphore Thracien*, dont il n'avoit que la seuHe

' Le prMde&t de^Pattle, mentiooiié phis * Vol. 717, fol. 196.

haut comme 8occefl8eiir4ii.pté8ideBt'de Go^ . 'Le titre Ad Topuseule du po^ géth noiû. g^raphe Deoys de Bysaooe est; ÀnévAow

Digitizêd by

ptefoee et les fragmenlz de la versioa du reste de son texte que PelruB CrtlUùs^ a- fbuFrjez pesle et mesle dans le discours quil a iaict sur oe sabject^ et crois que vous vous sou vieadrez d'y a^oirveu les instances réitérées qu'il ma souvent faictes pour la^ recherche de 1 exemplaire de cet autheur qui avoit appartenu au dict Giilius ^, et que imus avons veu estre passé avec la bibliothèque du cardinal d'Armagnac au pouvoir de M' l'Bvesquie de RhodezS qui nous a tenu en grande iirresolutian jusques à présent pour ce regard, ne nous ayant jamais advoiié ne desadvoûé de lavoir et nous ayant seulement promis que s'ii le troi^ voit il nous en f^oit part fort volontiers; enfin un boa» prebstre de oe pais là m'est venu dire qu'il avoit sceu de bon heu (pie M^ l'Ëvesque de Rhodez avoit trouvé un vieux livre m[anu]s[crit] dont il me vou^ kit escripre, que j'estime ne pouvoir estre aullre cpie celTuy là, puis que je ne luy avoîs point fait d'instance pour aultre que pour cel* luy là. Toutesfoîs cela ne conclud rien pour encores, puis que nous ft avons point de ses lettres longtemps y a, lesquelles je nay pas attendues comme vous pouvez penser pour luy raffraischir mes instances et tascher de prévenir l'effet de la eommanication qu'il nous a faict es^ perer de ceste pièce sans laquelle il semble que M. Hdistenius se puisse malaisément laisser persuader de mettre au jour le recueil de ses Geo^ graphes que je voudrois pouvoir fecilliter et accélérer comme je tiens

Boaisépoii, Oq n'oyait ne posséder de oel opuscule qn un fragment copié par Tsaac Vossius dans la bibliothèque de Florence et qui a été plusieurs fois publié, notamment par Du Gange, Hudson, Fabricias et, en dernier lieu, par A. F.-Didot {Geographi minores, t. II). Mais la Bibliothèque nationale a acquis en i866 un manuscrit qui contient le texte que Peiresc désirait si ardemment communiquer h Holstonus. Ce texte a été publié pour la première fois par M. Wescher: Dionysti Byzantii de Bosphori navigatione quœ supersunt (Paris, iSyi, grand iii-8' de xxxv et i5& pages).

' Voir sur Pierre Gilles » 1 1, p. 187.

* De Baspkoro Thracio libri ///(t56i, in-8°).

^ Voir, dan8'^e/?^tt«t7deBôi88onâde,les pages 36, 66, tiâ, 160, 1^99, &71.

* BeraardindeComeiUas, neveu et ooadjuteur de Tévêque François de ComeiUan, siégea de i6i.4 à t636. Voir GalKa Christiana, t. V, col. aïi. Od conserve, dans Ife registre V des Mimiles deilogoiinbertine^ quelques-lettres échangées, au siqet du manuscrit de Denys de Byzance, entre Peiresc et le prélat, du 9 octobre i63i au aS décembre i6U (foii 579-575).

que vous feriez trez volontiers de vostre costé, si vous pensiez eu avoir les moyens avant. Or en voyant ces jours cy le catalogue de la Bibliothèque du Roy pour y cognoistre ce grand nombre qu'il y a de petitz opuscules sur la matière de ponderibus et mensuris (que je pourrois bien esclaircir avec la comparaison de mes antiquailles s'il m'estoit loisible d'en avoir la communication), j'y ay rencontré par hazard deux exemplaires de ce Bosphore de Denys Bizantin , l'un soubs le nombre 8 , et l'aultre soubs le nombre 1 35 , que j'ay creu ne debvoir estre que la seuUe prefate de cet autheur dont M' Holstenius faict article en son inventaire, ayant de la peine de m'imaginer que si la pièce estoit entière elle eusse peu eschapper à la diligence de ses recherches lorsqu'il fouilloit dans la Bibliothèque du Roy, où je crois bien qu'il n'y avoit rien de caché pour luy. Toutesfois parce que peu de chose pourroit avoir produict cet inconvénient au cas que cez deux volumes eussent esté prestez à M^ Saulmaize ou à quelque aultre lorsque M' Holstenius faisoit ses visites, j'ay creu vous en debvoir donner advis pour ne rien négliger en ce qui regarde le contentement et advantage d'une personne que vous honorez tant, sachant qu'avec vostre prudence vous trouverez le moyen de luy procurer son contentement sans faire aulcun préjudice aux intherestz que pourroient y prétendre soit M' Rigault ou M' de Saulmaize ou aultre de voz amis qui aggréeront tousjours, comme je m'asseure, que ceste pièce ne deffaille pas au recueil de M' Holstenius auquel ils en ont contribué d'aultres, qui ne sont possible pas guières moins importantes. Vous pouvez avec vostre discrétion accoustumée vous aller promener un jour dans la bibliothèque , et sans faire semblant de rien vous en esclaircir, et faire porter le volume chez vous, si besoing est. Ayant quelque peine à me persuader que si ce n'estoit que la simple préface, le catalogue n'en eusse esté conceu en aultres termes, puis qu'il est faict de la main de personnes qui y regardoient de sy prez en tant d'aultres articles de bien moindre conséquence que ceux là. Que si quelqu'un de cez Messieurs avoit dessein sur cet autheur, ce seroit grand dommage qu'il deust empescher celluy de M' Holstenius qui est beaucoup plus vaste et qui comprend tant d'aultres bonnes pièces, les-

quelles eussent possible couru fortune de périr sans le soing qu'il prend de les restaurer et publier. L'exemplaire de M' l'Evesque de Rhodez que j'attendz d'heure à aultre^ me pourra bien fournir un assez bon supplément sy nous l'avons, et pourroit bien servir aussy de couverture et d'honneste prétexte pour la consolation de ceux qui pouvoient prétendre intherest à ne point laisser communiquer ceux de la Bibliothèque du Roy, au cas que vous trouvassiez à propos, pro majori bono, d'avoir recours pour ceste fois sans conséquence à un pieux larrecin d'une coppie de l'un de cez deux exemplaires collationnée sur laultre, transcripte à la desrobée chez quelqu'un de voz amis ou des miens, que nous envoyerons au bon M' Holstenius comme venu de Roergues en attendant celle qui est encores cachée en ce pais là, auquel cas M' le Prieur de Roumoules fournira tout ce que besoing sera soit pour le logement du coppiste, ou pour ses vaccations, vous advouant que je serois merveilleusement fier s'il advenait que M'' Holstenius reeeust cette pièce là de ma main, de quelque part qu'elle puisse sortir, puis, qu'il m'a si souvent escript qu'il en avoit une ferme espérance, bien que sans aultre fondement que du bonheur que j'aurois eu de luy faire recouvrer certaines aultres choses , dont il avoit esté en trez grande peine, et je voudrois bien qu'il eusse dict vray de ce costé là comme du reste. Vous y ferez tout ce que vous jugerez le plus à propos et que j'approuveray tousjout^ trez volontiers, et au cas que mes conjectures n'ayent pas esté du tout vaines, comme je le voudrois bien, il ne seroit peut estre pas inutile d'examiner un peu ce qui est sous le nombre 343 cotté en cez termes Geographica quaedam de Byzantio, Roma, Heptalopho, Daphne, Nilo, et plus bas de Cyllene Arcadiœ monte, et au nombre suyvant 344 Inscriptio in monte olivarum, car j'estime que M' Holstenius trouveroit sans doubte quelque chose à proflBtter à tout cela, s'il ne l'ar desja veu; je crains fort que vous ne blasmiez ma trop grande curiosité en cette occasion d'aller fouiller trop avant non seul-

^ Cet exemplaire tant atlenda n*arriva jamais , et il faut le considërer comme défifiitivement perda.

SâO LETTRES DE PEIRESG [tft»]

lementparaiy ci» vieux bou«[aiii8,' mmèncorm jusque» dittsiea pensées de cez Messieurs que j'honore et respecte infiniment et que je ne you-^ droîs^ point dezobiiger pour rien du monde; mais puis que je se faictx rien en cela peur ]e pauvre M*" Holsteniue qu'ils ne^ voulussent que j en fisse aultant pour euii emeas semblable^ je pei»se qu'ils ne laisroient pas de me le pardonner de boa corar tost ou tard , puis que le public y a tant d'intherest joint à celluy de* Afr Hobtenius, tandis qu'ih ne sont pas en estât de fiaire tmpdmw plus tost ceste pièce que luy; mais soit que mes oonjectupes puissent valloir ou non, je vous supplie bien trez humblement que ceste mienne lettre ne demeure pas en nature, quand elle vous aura servy pour la veriffication de ceste rechevche, et désire bien qu'il vous plaise de la faire brasier incontinant que votis vous en serez esclaircy S de peur qu'elle ne me fiissè un jour reprochée par quelqu'un qui ne sceusse pas ce q4ii est de<ma sincérité et jugement et que le bonus ddlus n'a pas mise auprez de moy sans une aussy grande nécessité que celle qui se rencootroit ence iàiato icy, dont je vous suis desja si ennuyeun, espérant neantmoias que vous ne laisres pas de me pardonner la fiiulte quii y pourroit avoir de ma part, comme je vous en supplie trez instamment et de croire qu'en ce feisant je nay pa& creu de vous pouvoir rendre moins de service à vous aultres. Messieurs, qu'à vostre bon amy et qu'il n'y a rien de loysible que je ne fisse pour me signaler tousjours dadvantage, Monsieur,

vostre trez humble et ttez obéissant serviteur,

Gé dernier jantier 1 633 ^

* Nouvelle preuve de Tinutilitë des rc- * Peiresc n'a pas voulu signer en toutes

commandatioDB de^oa genre. Du reste, qui lettres un document qui lui seniblait un peu

doncanraitle courage de reprocher à Dupoy compromettant, et il s'est contenté duoe

de n'avoir pas détruit une lettre que Ton initiale empruntée h l'alphabet grec, peut certainement regarder comme une des * Vol. ji-f, fol. 197.

plus intéressantes de tout le recueil?

■WPfW"WWiWfPW-Vf1 1 lUIi

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PABJIS.

Monsieur, Nous a¥M3 receu «par Yoatre demieve ideafiesche^du fn^ tout plaiu de b^es etteuriwaesrpieees à vodlre «eoouatuoiée, dont je vous ren* voye ia lettre ^latine qui a esté tiîottvée itrez belle et judicieuse, deot je vous remercie iistB kuoibl^ttent^oomme anssydefOe f»etit madrigal qui est bien geniii.; ij'ay prie grand.plaiair éeveirce ipiacard de M^Besly^ i»e dMAitant ipoint qu'ii ne <iioii8 enseigne^ de tnes belles fchoses non seu^ lement sur Ja.tgiatieK de Ttiislpite^de Guyenne efc de Tbaulouze, maia sur tout le ceate^eBcopea, et fmptioiidiarement muidroia bien sQaBoic.s'ii a iteouvé de iBOuxietfes preuves plus Goncluamkes que celles quil BJdoU du temps que >naus^eatîon8 eaooteftà Paris, sur le aubjeet deladesoen^ dance «aspulûif du roy Hugues Capefc par la lignée ^royalier, à quoy il s'estoit rencontré dez lors je ne sçay quelle difficulté plus fasdieuse quil neust esté à désirer^. S'il y a moyen d'avoir quekpie aiîltre e^empliûre «de^ce plaitard, j'en recoavreroîs volontiers pour en faire passer de là les moutz d'il eat loysible. J'avois bien jugé sur l'inventaire des Historiens de France de M' du Ghes»e n'aguiereS'inppiin>é in fol

*- Le placard dans lequel était anooncëe V Histoire des comtes de Poietou et des dues de Gwfennê, laquelle ne devait paratfre que qualone ans plos lard (Paria, t6i7^iA*>foL).

' Bealy, dans sa correspondance publiée ea i88q ((onie JX des JfcdÛMt htâk^riqtieBdu Pmtm}tt9sABlA msmfBttm-Màê question.

Vmir JiQlaOHQMit pagea g, ^7, 8i7*8«9, 3&»« 864. Dèi la a5 «marâ6i6, Osaly écrivait à Dapay i^ttje iny ay aaasi iaift voir unercbose îoAuye à ût siMe^.ei osanèmoins tvès véritable, queiHiigueft-Gaftttiestoit iasu. de la raae de 'ÔMiifnMgDQ...« iLe 8

1 6 33 , il r^oûdait aux questions de Peiresc , lesquelles lui avaient été communiquées par 'leur ami commun, P. Dupuy. Le \à janvier 4 fi A3, jl/éarivâl à MM., de Sainte- Marthe : «Quant à mon origine de Hugues Gapat, je n'ay aMODesniié4a>d6nièpe maiii à €a<tpie fy pense nécessaire^ n Da» Ybunn dwtùmuài Lêètre$ de Jeak Sêd^^ Uédîieur, M. A. Briquet,, dit (p. luvi) : «C'est de piemtar.tiiEii ait. prouvé ique iHngiies >Capet descendait de Ghariemagne.1

.' Glétttt, ooHUne leifriscont dont ii^ient d'être question, une sorte de prospectm qui

&32 LETTRES DE PEIRESG [1633]

qu'il falloit que les in[anu]s[crit]s de M' Petau ^ luy eussent esté ims en main, y en ayant recogneu quelques uns que j'avois aultresfois veuz dans sa bibliothèque, dont je fus merveilleusement consolé, et voudrois bien qu'il prinst envie à M' L'Abbé* de descharger sa conscience en ceste occasion, et de mettre entre les mains du bon M' du Ghesne ce qu'il retient de ceste matière à tant d'honnestes gens, à ceste fin que le public n'enfasse pas frustré. Je vous remercie trez humblement du soing que vous avez eu de ceste Garthe Rabinique et de ces exemplaires de Gunœus; si dans l'inventaire de M' d'Âuierre ou ailleurs, vous rencontriez la bibliothèque de Gesnerus^ de la plus ample édition à prix tollerable^, vous m'obligeriez bien de la faire acbepter pour mon compte. Mon frère a faict voz comphmentz tant à M'' de la Fayette qu'à M' te Marquis de Narmoustier lequel s'en va à grandz pas à sa primitifve santé, Dieu aydant. Madame la Mareschalle sa mère l'ayant voué à s^ François de Pauie et l'ayant obligé quelque temps à porter la couleur de Minime pour le recouvrement inespéré de sa guerison. Nous n'avons icy du tout rien de nouveau; c'est pourquoy je finis demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peuiesc.

A Aix, oe dernier janvier i633.

M' le Mareschal nous fit voir la Gazette du 92^ tost aprez l'arrivée du dernier ordinaire, où nous apprinsmes 1 arrest de Dijon contre Messieurs d'Ëlbeuf et Puylaurens ', de sorte que ce ne fut pas sans morti-

prëeédait de phisienrs années le grand et * Snr Conrad Gesner, voir t I, p. &38.

eâèbre recueil intitulé : Hùtmœ Françormn * Voir, snr la BiblioAeea wUvenalis et sur

scriptaret eoœtanei (Paris, Séb. Cramoisy, les sappléments qui furent donnés à oe ca-

1 636-*i 6^9 , 5 vol. in-fol. ). talogne, Tampie et curieux artide du tfamfe/

' Sur le bibliophile Paul Petau , voir 1 1 , (fa Uhroire ( t. Il , col. 1 565-1 667 ).

p. a6&. * Le duc d'Elbeuf, Puylaurens, Du Gou-

' Sur Térudit Gharles Labbé, voir t. I, dray-Montpeasier, Godas, furent con-

p. i48. damnés à mort par le pariement de Dijon

fication que nous eusmes par aprez en vostre pacquet celle du iB"" seulement, que je trouvay triple. Il suffit de deux exemplaires, et si ce gazetan persiste en sa rudesse, je pense qu'on s'en poufra passer tout à faict et vaudra quasi mieux se contenter de voir la fraische par le moyen de ceux qui la reçoivent que de l'avoir si vieille; et huict jours aprez l'avoir veue publiquement. Voire cela pourroit faire envie aux imprimeurs de la contrefaire en attendant la veniie de l'ordinaire suyvant. On nous a dict icy qu'on avoit envoyé commission pour saisir le Mareschal d'Ëstrée et lui faire son procez^ sur les plaintes de l'électeur de Trêves, qui seroient bien secondées de divers aultres endroicts, s'il estoit permise Bezançon^ de se rendre instigateur contre luy '.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, J'ay receu vostre despesche du fkS^ accompagnée tousjours de tout plein de belles curiositez dont nous vous sommes tousjours plus rede-

comme criminds de lèse-majesté et cootu* maces : ib eurent ia tête tranchée en effigie à Dijon. Voir les Mémoires de Nicolas Goulas , geruilhomme ordinaire de la chambre du due d'Orléans, t. I, 1879, p. 910.

^ Voici comment Michel lé Vassor raconte raffaire {Histoire de Louis XIII, t IV, p. aai) : «rLe maréchal d'Etrées, intime ami de celui-ci (Ghàteauneuf), prend Tépouvante à Trêves , oà il commandoit les troupes du Roi. Le courrier qui apportoit la nouvdie de la disgrâce de Ghàteauneuf ayant rendu quelques dépèches de la Cour à La Saludie et à Bussi-Lamet, offiders subalternes du

Maréchal, il craignit que ce ne fût un ordre de s'assurer de sa personne. Etrées sort au plus tôt de Trêves, et se çelire hors des terres de la domination du Roi. Peu de temps après , il reconnoit sa terreur panique , envoie un de ses gentilhommes demander pardon au roi et au cardinal , et confesse ingénument la raison de sa iiiite précipitée. On le rassura , et il reçut ordre de s'en retourner à Trêves.»

* Le maréchal d^Estrées et Charles de Besançon ont été mentionnés ensemble dans la lettre III de ce tome (p. 8).

* Vol. 717, fol. 199.

oirMMeuc nàjtotiLt,.

àZi LETTRES DE PEIRESG [1633]

vables, et de la bonne volonté et inclination que vous tesmoignes à fa* voriser et obliger noz amis aussi bien que nous, comme vous le montres à la personne de M' de Thorenc et de M' Billon. J'ay esté grandement ayse d'entendre que vous ayez recouvré les actes du procez de M^ de Montmorancy ^ et que vous ayez aggréé que Quentin s'occupe à m'en faire une coppie, mais encore plus de la communication qu'il vous plaist me faire espérer de ceste auitre pièce de Fra Paolo sur l'inquisitioii qui est une matière encore plus friande ^ et si vous pouvez recouvrer celle de Fra Fulgentio ^, elle en vaudra bien la peine et la despence. J'avois aultresfois recouvré ce livre in &^ intitulé Thesauro politico, mais je ne m'estois pas avisé d'y chercher les relations vénitiennes que je vous envoya y dernièrement, lesquelles se pourront coUationner dessus l'édition, et quant à celle qui est imparfaicte, je ne laisray pas de la faire transcripre si vous le trouvez bon, quand ce ne seroit que pour ce petit dialogue que j'y ay trouvé de la feue Royne Catherine de Medicis. Je vous remercie trez humblement du seing que vous avez pris de stipuUer avec Gamusat la reserve de son Eusebe de Scaliger, et de retirer de ses mains le Pentateuque et le Joseph d'Erpenius comme aussy sa Grammaire Giarumia, laquelle j'ay aussy bien que les aultres, mais je seray pourtant bien ayse d'en avoir un exemplaire double pour luy faire passer la mer avec les aultres, ne trouvant rien d'estrange à la taxe de leur prix, quoy que vous fasse dire au contraire vostre modestie, d'aultant que quand on a si grand besoing de ces pièces là le double du prix n'est point trop grande cherté : vous remerciant aussy des livres qu'il vous a pieu desja m'envoyer par le

^ La BtbHotkifUê Uêtorique de France ior pièce : Diecareo di F. P. V. [ira Paoio Veoe-

diqiM (article 3S'j^&)]efrioek crmmelfail âano] al Doge di Venma, eopra la meiUna

à Henry de M^mimarenog, due et pair de ddt Inquieiziane.

Franee, l'an î6S^, ÎD-fol., ocmservë entre ' Fra Fulgentio^ disei^ et «mi de Sarpi,

les manuscrits de M. Dupuy, n* 878, entre est tortifiit eéUfare peur «vair été le tio-

ceux de M. de Briemie, n* 19$, etc. graphe de râoquent iMtonea : F«te del

' On eonserve, dans ie registre XV de la Padre Paohy drif imSue de' eerei (Leyde,

collection des manuscrits de Peiresc ( Bibtîa- 1 646 , in«i« ). thèqae de Garpentras), nne copie de cette

sîear Yalbeile, et vous Buppiiant de me faire envoyer le plus tost que vous pourrez ces Anbes et aultres que vous avez recouvrez depuis peu, m'estant estonné que le commentaire d'Hervartius sur son recueil d'obélisques n ayt point esté apporté à Paris, puis qu'il estoit sur le catalogue de la foire, et si cez libraires vont ou escripvent à Francfort, il fauldroit bien s'en enquenr sur les lieux. S'il se trou voit à vendre quelque eieraj^aire des œuvres de Golzius ^ bien assorty, je serois bien ayse d'apprendre pour quel prii on s'en pourroit redimer pour un amy qui m'en a prié. Il me semble que depuis que Ton a réimprimé en Flandres les volumes plus rares, la cherté en estoit beaucoup diminuée. Cependant si Ton trouvoit là la dactyliotheca de Gor- Ittus in k^^ et un certain petit supplément qu'il avoit faict des me* dailles des familles Romaines, je vous prie de me faire achepter l'un et l'aultre le plus tost que vous ea pourrez avoir la commodité, ensemble les discours de Sebastiano Erisso in U^ sur les médailles , encores qu'il fusse frippé,pourveu qu'il ne soit point trop gasté ne imparfaict, j'en pourrois accommoder un amy qui en a grande envie; sinon il le laudra faire venir d'Itallie. Vous me pardonnerez bien si je vous dictz que vous avez eu un peu de tort de monstrer à M' de Thou ce que je vous escripvis pour le sonder, affin de tascher de descouvrir soubz main qu'est ce qu'il pouvoit avoir rencontré de son goust dans ma petite estude, car ce m'eust esté une merveilleuse consolation de luy pouvoir envoyer quelque chose cappable de toucher son goust, mais il est si modeste qu'il ne fault pas trouver estrange qu'en luy en parlant ouvertement comme vous avez faict, il se soit tenu dans la mesme hon-

^ Habert GoUzias , ne ie 3o octobre i SaS il Venioo (docile de Guekbe), mourut k hrvtges le a& mars 1 583. Voir sur les (Kuvres de cet antiqoaire l^artide de MîlKn ( Bùhgraphie UÊiwenille). Gooférei Farticle GoUz {Ihher) du Mmmel du Ormrt, le Nicoiat Badcoxàe M. Ch. Roeleos (Anvers, lâSd, p. 19-99); enfin une note dn Cascieale XI des Correspondants de Peirese {Jean Tris-

tan, siewr de Saint- Amant , 1886, p. i3). * DaetylioAeca , seu atmulorum sigillarimnque ferro, mn, argento atqne auro pmmptiiarium, etc. (Nuremberg, 1600; Delft, 1601). Abraham Gorlms (de Goorle) naquit à Anvers en i5&9 et mourut à Delft en 1609. V^ ^ iascicttfe XII des CorrespOÊHkmiê de Peirese {Pierve-AnUme de Rascas, sieur de Bêfforris , 1887, p. 58).

nesteté du reffus qu il avoit pratiquée estant sur les lieux de par deçà. Si nous l'y pouvions tenir une aultre fois, nous tascherions d'y faire de plus grandz effortz pour tascher d'entrer en quelque revanche de tant de bienfaictz qu'il ne cesse de pratiquer journellement sur nous et sur tous les nostres. Quant aux Ghatz, s'il y a rien qui vaille à la première ventrée de celle qui a faict tous les aultres qui se trouve plaine, vous pouvez penser si nous aurons soing de les luy reserver et faire conduire le plus tost que nous pourrons ^ Je luy envoyay par le dernier ordinaire une coppie de la harengue de M' de Léon à noz derniers Estatz transcripte sur un exemplaire grandement incorrect à mon grand regret; de quoy estant tombé par hazard en discours avec M' le Premier Président, il m'offrit de m'envoyer une coppie que l'autheur luy en avoit donnée en partant, ce que je ne reffuzay point, et auray soing de la retirer pour en faire faire un extraict moins incorrect que je tascheray de vous envoyer par le prochain ordinaire. Au reste la cause de la chancellerie de Thoulouse commença d'estre audiancée^ j^udy passé, que l'advocat du sieur Maran^ tint toute la séance, où M** nostre Archevesque* voulut assister; elle sera continuée pour le moins encore deux séances à mon advis , car M' du Perier, advocat de M' Giron ', qui

' On Irouvera dans quelques-uoes des lettres suivantes divers curieux détails sur les chats dont il est ici question , et qui, venus de TAsie Mineure , avaient été acclimatés par Peiresc. Gassendi parie ainsi (p. ^98) des chats angora que nous devons à son héros : ffEx Oriente quippe obtinuit cinereos , rufbs, variegatosque, elegantia spectabili; quos propagatos etiam Parisios, et alio ad amicos misit. 11

' Le verbe audiancer n'a pas été recueilli dans le Dictionnaire de Trévoux et dans nos autres lexiques.

' Ce Maran, grand archidiacre et doctenr>régent en l'université de Toulouse, était le fils du câèbre jurisconsulte Guillaume Maran, mort en 1631, dont il a

été question dans le tome I (p. 99).

* Louis de Bretel.

^ Innocent de Giron , professeur et chanceher de l'université de Toulouse, avait été un des meilleurs disciples de Guillaume de Maran. Il mourut vers 1 65 o, laissant divers ouvrages de droit mentionnés dans la Biographie touhusaine. Ce fut un des correspondants de Peiresc. Voir, dans le rostre VI des Minutes de Tlnguimbertiae, une série de lettres trà M' de Cyron, chancelier de l'église et université de Toulouse» , écrites du 19 mars i633 au 90 juin 1637 (fol. 4o6- ^(►9), et, dans le vol. 95^9 du fonds firançais (Bibl. nat.), plusieurs lettres de Giron à Peiresc, écrites de 1 633 à 1637 (foL 1 34i43).

se piaist k bien dire S ne vouldra pas nous quitter à moins d'une séance entière en un si beau subject, et M'^ TAdvocat gênerai de Baye, nou* veHement receu en sa charge, qui la doibt playder pour sa première causé, nen vouldra pas faire meilleur marché. Le dict sieur Giron s'est un peu plus apprivoisé que devant, et m'entretint une aprezdisnée d'une plus grande curiosité qu'il dict avoir aux livres m[anu]s[crit]s que je n'eusse pas imaginée. H me parla entr'aultres d'une Chronique manuscripte qu'il dict avoir transcripte de sa main sur Toriginal, dont le nom me semble un peu bîgearre, car il l'appelle Chronicon Roriconis^, et dict qu'il commance depuis le temps des Gotz, mais il ne me sceut point dire si c'estoit le nom de l'autheur ou du monastère où avoit esté escripte cette hystoire. Il faudroit voir que cez Messieurs qui vous ont parlé de luy le luy demandassent pour M' du Ghesne, car je n'ay osé m'en dispenser. M' le Premier Président nous a aujaurdhuy faict un grand festin à toute la grande chambre du parlement fort somptiieux avec une musique d'importance, et nous a tenu tout le jour à un caresme prenant fort modeste et fort innocent qui m'a osté le moyen de nous entretenir plus à plain pour ce coup. G'est pourquoy vous m'excuserez s'il vous piaist. Monsieur, si je ne satisfaictz mieux à mon debvoir. Il ne Bçauroit assez admirer la beauté de noz jours d'hyver et voudroit bien sçavoir si l'hyver a esté aussy seraiii à Paris, ceste année, comme icy. On me donne de bonnes espérances du cosié de Levant pour raison des m[anu]s[crit]s ausquels je faictz l'amour depuis tant de temps; j'en ay eu des lettres assez fraisches, et crois bien que nous ne tarderons pas d'estre esclaircis de quelque chose de plus que devant, mais je voudrois bien avoir les livres Arabes que vous m'avez

* Peiresc caractérise très bien ainsi la dans le Recueil de Dom Bouquet (t. III, brillante faconde du célèbre avocat. p. i). Voir sur Roricon V Histoire littéraire

* Gesta Francorum; ab ipsiw getuis ori- de la France, t. Vil, p. t86. lL*ëdition de ginêadobitimutqueClodoveiL Régis ;auetore Duchesne fut faite sur la copie d*u& ancien Boricanequodammonacho.Telesihtàtreaous manuscrit de Tabbaye de Hoissac,^ copie lequel la chronique fut imprimée pour la fournie par Innocent de Giron. On trouvera pf%mière fois dans le Recueil d* André Du- d^autres renseignements sar le manuscrit en chesne (t. 1, p. 779) ; elle a été réimprimée question dans h lettre suivante.

iS8 LETTRES DE PEIRESG [1633]

acheptes; si Bon il fauidra qu'en attendant eaux li ks miens fassent k voyage d'oultre mer, sur quoy je finirày demeurant.

rostre trei humble et trez obéissant serviteur, BB Pbibesc; A Aix, 06 6 febvrier i633 \

xcm

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, Je TOUS remercie trez humblement de la continuation de voz soings à nous &ire part de tant de belles curiosités et de bons ad vis, et par* ticulièrement de l'inclination que vous recongnoissez tousjours en la personne de M' de Thou à nous continuer l'honneur de ses bonnes grâces desquelles nous tenons tant de bienfaidx mon frère et moy. Je ne desîreroîs pas qu'il feist un second voyage en Bourgongne de long sesjour, si ce n'est selon ses vesux , mais s'il y doibt aller, je voudrms qu'il y fust desjà, pourveu que ce ne feusse que pour peu de temps, à celle fin qu'il eusse moyen d'en estre bien tost desgagé. U nous feroit grand tort s'il s'incotmnodoit tant soit peu pour nous escripre, n'estant nullement raisonnable qu'il interrompe rien de ses meilleures occupations pour cela. Monsieur le Marescbal de Victry m'envoya demander si je n'avois point receu de ses lettres. Je luy dis que non, mais que vous m'aviez escript qu'il estoit pour lors fort embarassé en visites actives et passives, fay esté bien ayse que M"^ Godeflfroy aye prins plaisir à la relation d'Allemagne de Suriano qui avoit acquis une grande réputation parmy les gentz d'Ëstat de la Republique de Venise. Et quand nous n'aurions tiré aultre proffict des cahiers m[anu]s[crit]s

* Vol. 717, M. «00.

que je yom ay aivoyé que d y apprett<lre le nom de i autheor de ceste relation. J'estime qnii valloit la peine de recueillir les dicts oaliiere» pour le moins c'est moai humeur de moy, qui n'ay pas le goust si délicat comme d'auitres ny restraint à des oeuvres si parfaietes comme ils les veullent. C'est une des choses que je trouvois à redire en l'édition des pièces de ce Thesâuro pditico que les noms des autheurs y manquent la plus part, et si on les pouvoit restaurer tous, je pense que le travail n'en seroit pas inutile, et qu'il ne seroit pas difficile à M' Godeffroy de le £Biire, s'û le vouloit entreprendre, avec le recours des registres de la bibliothèque de M' de Thon, et de tant d'auitres curieux qui sont dans Paris. Je ne sçay si M' de Lomenie ne s'est point encore mis jusques en ceste curiosité là. Feu MUoan. Vincenao Pinelli en avoit 1 2 qqaisses toutes entières dans sa bibliothèque, lorsqu'il mourut à Padoûe K mais les sénateurs du conseil d'Ëstat les envoyèrent saizir après son decedz et les feirent mettre dans les archives de leur Republique; je n'ay de ce Thesâuro politieo que le premier volume de l'an 6to in k% recueilly par Gomen Ventura, et une seconde partie recueillie par Philippe Honorius, de l'an 6i 1 à Francfort; s'il s'en est imprimé quelque chose de plus, vous m'obligeriez de m'en procurer des exemplaires selon la com^ n)odité que vous en rencontrerez, car il me semble de vray que j'en ay veu si souvent des articles dans les catalogues de la foire, qu'il est malaysé qu'il n'y aye quelque chose de plus.

Au reste vous m'avez faict esprouver la foiblesse de ma mémoire en me ramentevant l'édition qae M*" Rigault a faicte si accomplie des Autheurs de Limitibus agrorum , laquelle je receus véritablement tandis qu'elle estoit fort récente , mais comme je ne la garday que fort peu d'heures pour luy faire passer les montz, je Tavois si mal visitée que j'en avois entièrement perdu la souvenance, dont je fus si honteux en lisant vostre lettre, que je ne sçays encores où me cacher, ne pouvant bonnement Yoos en escripre sans recommancer de rougir, mais ce sont des effectz de fragilité humaine qu'il fauldra reparer par vostre bon

' Nous «vaitt vu (t I, p. 5o) que Jeaa-Vineeot Pinelli BMmraft «u t6oi.

ààQ LETTRES DE PEIRESG [1633]

advis, et pour cet effect je vous suf^lie de m envoyer uu exemplaire de l'édition de M' Rigault bien exactement collationné et du plus grand et meilleur papier qu'il s'en pourra recouvrer, en payant le double et le triple si besoing est du prix ordinaire, mais s'il se présente commo* dite d'amy je vous supplie de me l'envoyer le plus tost que vous pourrez, car il me tarde infiniment de le lire, espérant de m'en pouvoir bien prévaloir en mes curiositez. Il fauldra bien avoir ce livre pour la Sorbonne contre la Spongia, non que je me voulusse condamner non plus que vous d'en faire la lecture bout à bout, mais pour en voir les principaulx chappittres. On me demande d'Italie tous les petitz traittez du sieur Gaffarel S tant des Talismans^ que de son Gribrum Cabalistarum'; c'est pourquoy vous m'obligerez bien de me les {aire tenir le plus tost qu'il sera possible. J ay esté fort ayse de sçavoir par vous ce qui se trouve d'apocrife en la relation de M' de Montmorency et le seray par conséquent bien davantage si nous voyons le procès tout entier que vous nous faictes espérer, et me tardera bien que vous y ayez employé le pauvre Quentin. Au reste vous m'avez faict un singulier plaisir de me faire envoyer ce griffonnement du portraict du roy Hugues Gapet et de me dire que l'original de la chartre estoit passée par les mains de M' Galland ^, mais pour assouvir ma curiosité il n'y a p|is de moyen de la satisfaire pour ce regard sans me faire voir non seulement la copie de la chartre qu'il vous plaist me faire espérer, mais aussy une empreinte du seau origind sur laquelle seulle je puis

' Jacques Gaffarel naquit à Mane (canton de Forcalquier) en 1601 et mourut à Sigonce (même canton) en i58i . Voir ïAvertiisement de Qmtre lettres médites de Jacques Gaffarel (Digne, 1886, in-8% p. 3 et 4).

* Curiositez inouyes sur la sculpture talismanique des Persans, etc. (Paris, i6ag,

^ Sive de Cabala judicium. Voir la liste de la plupart des petits traités de Gaffarel dans le recueil d'Aliacci, Apes urbanœ (Rome, 1 633 , p. 1 39-1 ^ t), dans le reoaeilde P. Go-

lomiès {Gdlia Orientalis, i665,p. 954).

* Auguste Galland, procureur général du domaine de Navarre et conseiller d'État, naquit à Tours vers 1870 et fut enterré le 1 7 juin. 1 64 1 dans le cimetière de Charenlon. Voir la longue liste de ses travaux (en grande partie inédits) dans la Bibliothèque historique de la France, à la Table dee auteurs (t. V, p. 5519). Conférez les articles du Dictionnaire de Moréri, de la Biographie universelle ( Weiss), de la France protestante (seconde édition, t. VI, 1888, p. 8oa-8io).

fonder mes conjectures soit pour approuver ceste image comme fidei* lement représentée, soit pour Timprouver comme supposée quelques siècles aprez la datte de la chartre comme il est advenu en plusieurs monastères où l'on n a pas creu mal faire en forgeant de pareilles suppositions. La forme du caractère, la manière des habillementz et de louvraige et la figure mesme du seau pourront beaucoup servir pour appuyer ou destruire la fidélité et légitime antiquité de ce portraict. C'est pourquoy je vous supplie et conjure le plus instamment que je puis de vouUoir faire effort pour trouver le lieu d'où M' Galand avoit tiré ceste pièce et d'en advertir le Prieur de Roumoules qui prendra la peine d'y aller faire un voyage exprez pour l'amour de moy, si ce n'est pas loing de Paris ou de son chemin de Bordeaux, auquel cas il sçaura bien faire tirer proprement ce&te empreinte sans en rien intéresser- l'original S et seroit mesmes à propos de faire portraire deux ou trois motz de l'escripture de la chartre pour juger par là aussy bien que par le style de la convenance d'iceile avec sa datte ; aultrement je ne m'asseurerois pas facilement sur ce portraict, tant je suis relligieux en ces matières là, ayant aultresfois rencontré quelques Chartres du mesme prince fort légitimes qui n'estoient scellées qu'avec un petit cachet d'une graveure antique, dont j'ay diverses empreintes, n'y ayant jamais rencontré le portrait du prince qui estoit le seul et unique de sa race qui me manquoit, par où vous pourrez comprendre combien ceste recherche et veriification me peut estre à coeur, car sans mentir je ferois bien un voyage de 20 lieues loing pour l'aller voir tant je suis fol et passionné en cez badineries là, et ne me restoit aultre ressource pour restaurer son portraict que de sa statue qui reste encore sur la porte Nostre Dame et sur celle de l'Eglise de Rheims, que l'on me disoit estre encores un peu plus ancienne que celle de l'Eglise Nostre Dame de Paris, ce que je n'avois pas encores bien examiné et dont je ne me soucierois guieres si ce seau se trouvoit legi-

^ Sous le mot intéreêser, pris dans le sens de cùmpromeUre, ilre nuiMh, le Dietknmaire de Littrë ne dte que des écrivains postérieurs à Peiresc , tds que Saint*Évremond , Hatnîlton , ea.

IMPItllIlBIZ KATIOXALF.

time comme H pourvoit ertre, ce qui deppendr» de ia^eonniunintioa et relation que nous en pourrons avoir quelque jour par vostrsnioye&v comme je Vcspere; Vortre M^ Cyron m'est v«tou' revoit» aujourd'huy et aprez m'avoirfaict quelques petites protestationB et inatanoes de vouloir juger en son affaire s'est mis denouveau^sur le discour» de ses m[ahu}s[Grit]s, m'ayant diet qu'il av<Ht un vieil exemplaire des registres de Clément nilf" à la fin> duquel il y a une petite chronique du mesme temps qui meriteroit bien de tomber es mains de M*^ du Chesne et que je ne voudrois paa avoir négligée si elle pouvoit estre à ms disposition à cause des affaires qui y doibvent estre traictées de la negoiciatîon et expéditions de nostre roy Charles I^ comte de Provence, frère de S^ Louys, lors de la conquesie du Royaulmede Naples et de Sicile. Il ma faiot festes etioares de certains vieux Registres en parchemin^ contenant des procès verbaulxdes Inquisiteurs de la foy sur les abjurations des Albi^ geoisqui se reconcilioientavec TEgliseet informaiionacontre les obstines, où il se pourroit bien trouver de bonnes choses pour en suppléer les def- £ault2 des escripvains du temps; ila derechef mis sur le tapis lelivredont il m a voit parlé l'aultre fois, sur quoy layant faict expliquer un peu plus précisément il ma dict que c est un volume in U^ escript en parchemin d'assez vieille escripture appartenant à un de ses amis^, homme d'Eglise, 61b d'un conseiller au presidial de Thoulouse, pourveu de quelque dignité de l'égiise de Tarbe, nommé le sieur de S^ Blancard^ et que dans ce volume il y a en premier Heu une vie de Charlemagne soufaz le nom d'Ëginardus beaucoup plus ample c[ue celle qui est imprimée, ce dict il,. à la raitte delaqudle il y a une auitre pieee dont le tiitre est Gesta Francorum Roriconis , et que , aprez cela , il y a une suitte des Roys Gots,

^ C'était Jean de Saint -Biancat, à la difl-je, sar ce personnage les LeAlres de Balfois poète, historien, théologien, etc., qui zac {Mélanges historiques de 1878, p. Syimourbtde la pestéà Toaloase, sa ville na- &7^)i \e9Lenreeie Chapelain (t. I, p. i66, taie, en 166». Voir 'sor ce personni^e, 790), les'LeUrm touhusmnes {kmh^ xSji ^ oublié dans la Biographie universelle, dans la p. 1 1-1 3 ). La forme réelle du nom est Saint' Nouvelle Uogràpln» générale, et même dans BImeat > comme oirle- mib par. la* signature la Biûgniphie ftitifaaMtW, et h peine n^^ An poète historien; ^ tîonné dans le Dictionnaire de Morérij voir,

estant à la fin un certain aiiltre fragment qu'il ne m'a sceu designer plus particulièrement, si ce nest quil y estoit parlé de quelque guerre du costé de Nismes dont je m'en rapporte à luy. Il dict qu'il transcripvit de sa main ceste quitte des Boys Gotz et ces Gestes Francorum Roriconis, mais il ae m!^n a sceu ootter auloune pai^cularité, de sorte qu'en tout cela je ne voys pas tous ces fondements qu'il seroit à désirer, mais j'ay neantmoins appris et bien souvent esprouvé qu'en ces matières là il ne fault rien négliger et que les équivoques que peuvent prendre ceux qui ne SO) plaisent pas en toute sorte d'estudes n'empeschent pas qu'en voyant les livres originaulx qui sont passez par leurs mains, il ne s'y rencontre bien souvent de tre^ rares et curiewes pièces. Vous vous sévirez de l'advis selon que vous le jugerez?À propos avec M' du Ghesne et je finiray d^oieurant, Monsieur,

vostre tpe0 /humble et trez obligé serviteur,

DE PEUtSSC.

A Aix, ce i4 febvrîer i633.

Monsieur le Premier Président s'est envoyé excuser à>«ce matin de l'andiancepour indisposition qui l'a voit £aict dUicter.hiw aprai ledisner, mais Dieu mercy i{ s est levé ceste après disnée, eta'est trouvé que ce n'estoit que rume K

' Vol. 717, fol. so3.

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