‹ Lettres de PeirescChapitre 29 sur 48 · ET SECRETAIRE DE SES COMM ANDEMENS · texte numérisé non relu

ET SECRETAIRE DE SES COMM ANDEMENS

À PARIS'

Monsieur, L on a faict tant de bruict à Marseille à l'arrivée des ordres du Roy pour faire apprester deux galleres qui doibvent porter en Italie M" le Mareschal de Grequy ^ et Ton y travaille avec tant de diligence depuis trois jours que Ion a commancé de croire qu'il voulusse bien tost faire le voyage. On attend d'heure à aultre l'arrivée de deux galleres de Gènes à Marseille où elles viennent porter l'Ambassadeur de ceste Republique là ' qui se debvoit embarquer le i s*^ de ce mois pour venir trouver le Roy, le jour précèdent ayant esté publié dans la ville de Gènes le restablissement du commerce de Provence en conséquence de la publication faicte quelques jours auparavant du restablissement du commerce du Millanois et du Montferrat, de sorte que l'on croit que cela fera cesser la formalité des quarantaines, qui a voit tant incommodé le monde depuis quelques années en çà ; ilz ont eu vraysemblablement quelque appréhension que Messieurs de Marseille, par forme de revanche des rudesses qu'on leur faisoit à Gènes, n'en voulussent aultant faire à leur Ambassadeur, ce qui ne seroit pourtant pas arrivé par le bon ordre qu'on y avoit mis à tout le moins pour la personne de l'Ambassadeur et de tout son train que l'on avoit résolu de

^ Ayant annoncé {Avertissement, t. I, frères Dupay, furent gardées par eux et

p. u) que Ton troavera dans ce recueil la restent mêlées aux leUres qui leur sont per-

reproducCion complète des trois volumes sonndiement adressées. 716, 717 et 718 de la Collection Dupuy, * Sur le marécbd Charies de Créqay,

je n'hésite pas à donner ici , à son rang chro- voir 1. 1 , p. 35.

nologique, une lettre de Peirescà Loménie, ' Nous avons vu plus haut que c'était

de même que je donnerai d'autres lettres Augustin Genturione. qui , communiquées par les destinataires aux

[1633] AUX FRÈRES DUPUY. 4i5

traicter le plus favorablement que faire se pourroit, mais pour les gentz de galleres, je crois bien qu'ils n'eussent pas eu l'entrée libre sans quarantaine de quelques jours ; li n'aura pas esté| besoin d'uzer de cette sorte de représailles. On escript de Rome du 39 janvier que le cardinal Barberin estoit sur le point de bailler sa démission de la légation d'Avignon en faveur du cardinal dom Antoine Barberin son frère, et Messieurs d'Avignon croyent que la chose soit desja faicte, dont le prochain ordinaire apportera l'esclaircissement. J'envoye à M' du Puy un règlement assez notable pour ceste province faict au conseil privé du roy François II par le chancellier de THospital et soubzcript par feu M' de Lomenie vostre père ^ du temps qu'il exerçoit tout seul la charge de secrétaire du conseil qui est maintenant divisée en 8 ou 10 offices. Je pense que vous en debvriez avoir l'original par devers vous, et si cela n'estoit, je croys bien que vous en aurez eu la coppie longtemps y a ; c'est pourquoy je n'ay pas creu de vous en debvoir faire l'addresse; que si par hazard ceste pièce vous estoit eschappée parmy les desordres des guerres civiles, je ne doubte point que vous ne la voyez trez volontiers , et que vous ne luy trouviez bonne place dans voz recueilz, mais je croys non seulement qu'elle y est desja, ains qu'elle y est accompagnée des aultres qui y sont alléguées en la narrative sur la mesme matière, bien que pour aultres personnes et pour aultres provinces, auquel cas je vous aurois une bien grande obligation, s'il vous plaisoit m'en faire bailler aultant comme je vous en supplie et de me tenir tousjours, Monsieur, pour

db^Pbiresg.

A Au, ce a 1 febvier 1 633 *.

* Martial de Loméirie, seigneur de Versailles, tué comme calviniste le jour de la Saint* Bartbëlemy (ai août 167a). — * Vol. 717, fol. ao5.

M6 LETTRES DE PEIRESG [1633]

,XGV À MONSIEUB, MONSIEUR DU PUY,

À PARIS

Monsieur, Jay receu vostre despesclie du lo^avec la charte du roy Hugues Gapet et plusieurs. aultres pièces curieuses.dont je vous suis bien redevable et, dont Je .voufr remercie très* humbiemisnt, ayant pris grand plaisir de voir eette chairte, non sans quelque sorted*adinirationqaeHe me fusse esohappée, car il y a plus de a5 ans que le bon homme feu M' le Febvre^ print la peine dosme mener i au monastère de S^Maur desEosaex^ rà il me fait monstrer toutesies vieilles chartes de leurs archives ; d où je tiray les premières empreintes que j aye jamais eues des vieux seaux du roy Charles le Chauve et.de plusieurs auitres; il falloit que ceste charte y eust esté* lors pffoduicte en quelque procès, et possible desja portée. à M5 Galand^; tant est que je desirerois bien d'avoir une empreinte de ce sceau s'il estoit possible, soit que la charte ayt esté remise dans .les archives de m monastère ou qu'elle soit d^meuFée ei mains .du dict sieur Galand à qui j'en escripray en ce cas pour l'enr supplier ou pour l'en remercier s'il prevenoit ma demande v et M' le Prieur de RoiuaMules fera fort bien tout ce qui sera nécessaire pour en tirer Tempreinte.^ on sorte que j'en puisse demeurer satisfaict : que s'il estoit besoing de quelque plus grand crédit, je croys bien que M' de Iiomenie ne reff useroit pas d'y faire interposer son authori té pour l'amour de vous et pour l'amour demoy^mme^je vous en supplie, vous remerciant ce pendant par un million de fois de la communication de ceste belle charte, et

^ S*agit->il là da philologae Nicolas Le qui fat maître d'bAtd de Louis XIII et am-

Fèvoeoillie F«bvre, né <k Paris le a juin iMSsadwr en Ang^cl^re^ mort ea i6i5?

i5&&, raort le 3 novembre iSia^Ii» . ffeos avons- dëjàftronv^ laeotkiD^ €» cepré-

95 ans dont parle Peiresc mettraient la sent vdiime (p. i5), du frère atné de œ

visite en 1 6o8. Ou bien Peiresc eut-il dernier, Guy Le Febvre de la Boderie.

pour compag^non de voyage k Saint-Maui^ ' Le généalogiste Gailand, déjà men-

les-Fossés Antoine Le Febvre de la Boderie, tionné {dus haut (Lettre LXXXIX).

[1638] AUX FRÈRES DUPUY. 4â7

des bonnes nouveHes que vous me donnez de là part de M'Besly, sur les preuves de la Généalogie et vraye tige de ce PHnce*, comme aussy du second ëxemplairequ-ilvoufif a pleti m'envoyertiu placard et des tiltres de tant de beaux ouvraîges de si bonne et exacte main que celle du dîct sieur Besly, bien ayse aussy que M' du Chesne n'aye point employé dans son dernier cathalogue- des Historiens de FVattce aulcun des m[anu]s[crit]s de feu M' Petau, ce qui me faict e^erer qu'il y ti*ouvera sans doubte quelque chose à adjouster plus qu'il ne s'est imaginé". Il feuidra bien que j'aye encore quelque exemplaire de son dict Cathaloguc in 'fol**, car aprez en avoir faict passer deux de Ift lea montz, à des gentz qui contribueront possible quelque eschantillon à son recueil, je m'en estois réservé un pour moy, qui "m'a esté' enlevé ce jourdhuy ^otir le porter au sieur dfe 8» Btènèard à Thoulouse et pour tascher de s'en prévaloir en son endroict pour luy arracher des mains ce volume dont je vous escripvois dernièrement sur le recifeque m'en avoit faict vostre-Mtmsieur de Cyron, lequel gaigna son^pi^oîtîez'de baulte lutte en pleine audience jeudy dernier, comme vous verrez' par l'extraict que je vous envoyé de son arrest, où il auroit biëntrouté plus ^é' difficulté si la partie eusse faict faire la réquisition du bénéfice contentieux en qualité de gradué nommé, eoùïme il le pouvoit faire s'il s'en fust advisé. Le dict sieur de Cyron, venant faire les comptimenls? aprer son narres t; me fit de bellèB offres de ses m[anu]s[c^it]S que je n'acceptai pas avexî la liberté que je l'eusse possible faict dte quelque aultre que luy ou en aultre temps, mais je luy dicts bien qiie je stipulerois volontiers ceste faveur pour M*' du Chesne et pour le public. Il se laissa' entendre qu'il estoit bien avant dans lia délectation des plantes, sur quoy je ne me sceus tenir de luy dire qu'il estoit donc bien exposé à la mercy de ceux qui en avoient des rares, que nous n'estions pas véritablement de ceux qui en avoient le plus, mais que nous avions bien quelques uned des plus curieuses à son service; mais que cela soit dîct, je vous prie, entre vous et moy en attendant ce que le temps pourra produire pour ce regard. Il est allé

' C'est-à-dire de Hugaes Capet.

faire un petit voyage de dévotion par la Province, à ce qu il m'en avoit dict avant son départ : je crois bien que nous le reverrons avant son retour chez luy. Je ne sçay si je ne vous aurois point supplié de me faire avoir un aultre exemplaire de l'histoire de la maison de Guines de M' du Chesne\ car M*" Menestrier repassant par icy voulut emporter à Rome celluy que M*" du Chesne m avoit donné, dont ie cardinal Barberin me faict de grandz remerciementz par ses dernières lettres du 29^ janvier et me demande mesmes l'histoire de Montmorancy du mesme autheur^ dont je vous supplie de me faire envoyer pareillement un aultre exemplaire, car je luy envoyeray le mien par la première commodité de passage d amy, croyant bien qu'il n'en manquera pas si M** de Grequy faict son voyage d'Italie si tost comme l'on veut dire, deux galleres ayant eu commandement exprez de se tenir prestes pour son embarquement, à quoy l'on travaille depuis trois jours en grande diligence. Je ne sçay si je n'ay point oublié de vous demander aussy pour un de mes amys d'Italie qui en a bonne envie de toutes ces sortes de petitz livretz qui ont esté imprimez en langue bas bretonne et en basque, s'il s'en trouve quelque eschantiilon, auquel cas je les vouldrois doubles pour en retenir pour moy, je dis des bas-* ques^, car pour les bas bretons j'en ay deux ou trois pièces; j'ay mesmes quelques pièces du pais de Wales en Angleterre dont je voudrois bien avoir quelque exemplaire double pour le mesme subject, s'il s'en rencontroit, à quoy je vous supplie trez humblement de vouloir faire prendre garde aux occasions. J'attendray bien impatiemment des nouvelles de Dionysius Bysantius m[anu]s[crit], ayant peine de me per^ suader que les deux exemplaires de la bibliothèque du Roy, estants

^ Histoire généalogique des maisons de fol., seconde édition). La première édition

Guines, d'Ardres, de Gond et de Couey, et de est de 16a /i , également in-folio. quelques autres familles illustres qui y ont esté ^ Voir Tindication de quelques livrets en

alliées , etc. ( Paris , 1 6 3 1 , in-fol. ). langue basque publiés à Bayonne en 1616,

* Histoire généalogique de la maison de à Bordeaux en 1617 et en 1697, dans la

Montmorency et de Laval, justifiée par Bibliographie basque mise par Francisque

chartes, tiltres, arrêts et autres bonnes et Michel à la fin de son livre sur fe Pay« iiMytie

certaines preuves, etc. (Paris, 1639, in- (Paris, 1857, in-8% p. 487-A88).

enrôliez comme ilz sont, ne contiennent que la pre£ace de rœuvre,de laquelle seulle M' Holstenius disoit avoir le texte grec. On me donne plus d'espérance que jamais de la recouvrer encores du costé de Rhodez; de sorte que nous sommes pour le voir venir de divers endroictz en un mesme temps, qui ne sera pas une petite consolation aprez l'avoir longtemps attendu, ne pouvant m'imaginer que le pauvre M*" Holstenius se soit laissé porter aux propos que 1 on vous en a voulu dire, croyant que c'est une charité qu'on luy a voulu prester ^ ; il ne seroit pas inconveniant qu'il se fusse trouvé quelque chose à redire, sur ce que la France n'avoit pas bien sceu se prevalloir de l'estude et du travail d'un si digne personnage lorsqu'il s'y estoit présenté, ce qu'estant mal pris par les gentz

^ C'était Dom Christophe Dupuy qui avait écrit de Rome, le i5 janvier i633, à son frère Pierre, que L. Holstenius avait tenu de vilains propos contre la nation française. Voici, du reste, un fragment de sa lettre qui m'a été communiqué par M. le marquis de Clapiers, Taimable et célèbre collectionneur de Marseille : vLa bonne fortune advenue à M' Holstenius d'avoir esté pourvu d'une chanoinie de Cambray l'approchera bien de la France , mais je crois qu'elle ne luy changera pas l'humeur, estant devenu si passionément partisan de la maison d'Autriche , qu'il se montre non seulement aliéné de nostre nation, mais tout à fait ennemi, ce qu'il témoigne tous les jours par ses discours, se laissant échapper des paroles indiscrètes. Pourroit estre que l'interest particulier le transporte de la sorte, et que se voyant privé de la jouissance de quelques bénéfices qu'il a en Allemagne, il en attribue la cause aux grands changements qui y sont depuis longtemps fomentés, ainsi .qu'il dit, par les FVançois peu affectionnés à la Religion Catholique. Il en est quelquefois venu à tels termes et avec des François et avec des Italiens, qu'il a entendu des paroles qui ne luy

pouvoient guières plaire. Un de ces jours estant en conversation il luy eschappa de parier mal des Vénitiens et sur ces différents qui sont maintenant entre eux et le Pape, pour les confins du Ferrarois, de dire qu'ils estoient de très mauvais chrestiens, et ennemis de l'Eglise, ce qui fut bien relevé par un Florentin qui le rencontra lors domestique ici de l'ambassadeur de la République, qui le fit taire honteusement et luy donna par le nez del Beno. . . Enfin il est si malade de cette passion ou, pour mieux dire , il est si affectionné k la Religion Catholique, que si la paix ne se fait en ^lemagne, et que la maison d* Autriche ne soit absolue, et qu'il ne jouisse de ses bénéfices, il n'y a pas moyen de le guérir, et d'empescher qu'il ne devienne un autre Scioppius. Je seray bien aise qu'on ne sache point que tous ces ad vis viennent de moy, que je vous ay voulu faire savoir, afin que vous fussiez informé de tout, et que vous sceussiez qu'ir est devenu fort bon catholique, de quoy je loue Dieu que je prie de luy donner persévérance, aussi bien qu'à Wouveren, son compatriote, qui pendant son séjour en cette ville fit pareille démonstration. »

IV^MHKMX HATIORAU.

qui cherchent quelque fois à tondre pourrait avoir donné matière à ceste mauvaise charité; si je sçavois d'où vient ee brutct, la qvaliié des personnes ayderoitpeut estre bien à juger de la probabilité d*îodlay. Quant aux livres d'Italie, celluy de Marinus Guetaldus n»e fut envoyé tandis que j'estois à Boysgency, dontjje nay goîeres bien faict mon proffîct. Pour ces Tabulas regiae Hilarii Alto beliî, j'aymerois bien mieux les prendre à Paris puis qu'il y en a que d'avoir la peine d'en escripR en Italie, tandis que je ne sçay si ce livre la peut valloir. Pour la Roccella del Bracciolini \ je ne pense pas qu'il soit de si grand prix qu'il ne le vaille mieux faire venir de Paris que dltalie. Quant à vostre 6asetan, d semble que ses assertions soient rasceptibles de la doctrine d'equivocalions ^ quelque serment qu'il y puisse adjouster, car je ne faictz point de difficulté de croire ce qu'il jure, quil ne distribue point de Gazettes le vendredy c'est à dire dans Paris, mais. cela n'empesche pas qu'il ne les £asse distribuer s'il veuit ou qu'il ne les envoyé possible luy mesme au dehors, comme je le tiens; mais quoy qu'il en poisse estre, puis que vous trouvez bon de m'envoyer séparément la Gazette, il ne serviroit de rien de le faire le mardy ; il faudroit, s'il vous plaist, l'envoyer à la poste le sabmedy de grand matin ou le vendredy au soir si faire ce pouvoit, parce que il passe assez souvent des courrier extraordinaires de Paris à Lyon qui vont plus viste que les ordinaires et qui ne laissent pas d'arriver à Lyon dans le mardy, qui seroit assez à temps pour les faffe prendre par nostre ordinaire de Provence qui ne part de Lyon que le mecredy à midy pour estre icy le sabmedy matin , mais en ce cas il faudroit addresser vostre pacquet à M' du Lieu, à celle fin que les postillons ne faeent pas difficulté de s'en charger, et pos^ sible par ce moyen la les nostres viendroient aussy viste que celtes

^ La Rsecêla e^mfMola, poème hét>iiqiie vent meDÉionné dam les LHireB de km

en vingt chaots (Rome, i63o, in-ia). Chapelain (t I, p. ii3, 997, 355-468,

Fraocefleo Braccioiini naquit k Pistoie le 465, â6<, 63i).

96 novembre t566, fui secrétaire du car- * Sous ce niot le J)ib<toRiu»pv de littnS oe

diaalAnLBarberini, et mourot dans sa ville cite qu'on écrivain du nr' aîède, Nkeim

natale le 3i août i645. Bracctolini est sou- Oresme.

de M' le Maresdial et des aullras qvi eii ont quelquesfois hoict jours pfaifi toet que bous, comme par le dernier ordinaire plasîeurs ont en la gazette du àorne de ce mois, là où nom n'avons eu soubz vostre envdoppe que celle du 5. J'ay receu le petit fagot de livres que v<m8 avies £uct bailler à M' ie sacarialain Valbelle où estoient les trok exemplaires du Gunseus^ dont je vous remercie trez bumblement comme des aultres, et principalement de cez preparatifz du P. U Faille^ à la quadrature du cercle, où je passay une aprez disnée bien doucement', l'ayant remis à M' le Prieur de la Valette pour l'examiner et pour l'envoyer par aprez à M"^ Gassendy afin de vous faire part de leur advis en temps et lieu.

Je plains grandement M' de Thou avec l'indisposition de son rhume, et luy ay bien de l'obligation du seing qu'il a daigné prendre d'endosser vostre lettre avec de si hannestea et obligeantes parolles dont je me trouve tousjours plus redevable en son endroict, ne pouvant vous dissimuUer que j'ay esté fort ayse de la bonne nouvelle qu« vous m'avez diMEmée de son retour en Bourgongne, duquel Je ne doubte point qu'il ne revienne grand proffict à ce pais là , à tous le» bons subjectz du Roy, et possible y aura il quelque advauiage aussy en mon particulier avec la bonne vdonté qu'il a de me faire et procurer du bien. Je luy envoyé un extraict de lettres pattentes d« roy François II que je luy avois alléguées, où il troa^vera de bien notable» reglementz du style et prudente direction du chancelier de l'Hospital , si^fué par le père de M' de Loioenie du temps qui) estoit, comme je pense, seul secrétaire du conseil privé du Roy; si le re^stre de ce temps la se trouvoit entre ses mains ou ailleurs, j'appreadrois bien volontiers les noms des presantz qui assistèrent au conseil du Roy lorsque les differeutz du Parlement et du Gouverneur furent iermisez par ce beav règlement. Et au def-

^ Afri Cnwpt d$ repubUeë^ Stbmonm matiqaes avec iiae grande réputatîea è lihri m (s 639 , iu-a U ). Ouvrage déjà plu- Loavain et à Madrid , et mourut à Barcelone sieurs fois mentionne. le U novembre i65&.

' Le père Jean-Cbarles Délia Faille na- ^ Theoremata de centra graviuaù partium

quit k Anvers en 1S97, professa les mathé- circuit et ellipsis (Anvers, i63â , ia-4f*).

fault de cela , s il se pouvoit trouver dans voz mémoires ou dans ceux de M' de Lomenie quelque instruction d'où Ton pusse comprendre de quelles personnes à peu prez estoit lors composé le conseil du Roy, ou pour le moins quelz grands estoient lors à la cour de Sa Majesté, je serois infiniment ayse de Tapprendre par vostre favorable assistance , et en ceste attente je demeureray tousjours, Monsieur,

vostre Irez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peiresg.

A Aix, ce ai febvrier i633*.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur, Je receuz hier par nostre ordinaire voz despesches du 1 8® de ce mois et en mesme temps le petit pacquet que vous aviez mis à la poste le mardy précèdent pour la gazette du douziesme, mais M"^ le Mareschal a eu par le mesme ordinaire la Gazette du 1 9® et me l'envoya auparavant que j'eusse eu mes pacquetz, de sorte qu'il n'y a plus de plaisir de recepvoir la dicte gazette huict jours aprez l'avoir veûe aux aultres. Il faudra voir si en la faisant mettre à la poste dez le sabmedy de grand matin , ou dez le vendredy au soir, si faire se peult, elle ne pourroit point arriver à Lyon avant le despart de nostre ordinaire qui n'est que le mercredy à 10 heures ou midy. Je vous ay une obligation trez particulière du soing et de la perquisition du Dyonisius Bysantius m[anu]s[crit] dont les termes du Catalogue m'avoient mis en goust de sorte qu'il ne sembloit pas que ce livre nous deust eschapper des mains comme il a faict, dont je n'ay pas ressenty peu de mortification, je vous en asseure, et cela me fera redoubler mes

* VoL 717, fol. ao6.

instances et mes effortz pour voir si du costé de Rhodez je pourrois estre moins malheureux; J'ay esté grandement scandalizé de ce qu'on vous escript de l'humeur de M" Hoislenius, qui a certainement grand tort s'il ne vous sçait le gré qu'il doibt de toute sa fortune. Je croy que je vous ay aultresfois envoyé une trez belle lettre qu'il m'escrivit à son retour de Pologne ^ oii il me Eaisoit une trez belle description de l'honnesteté de l'Empereur et du Roy de Hongrie son filz, ensemble de la favorable réception et longue audience que l'un et l'aultre luy donnèrent, tant en allant qu'en revenant de Pologne^, avec de grandes. protestations de vouloir faire pour luy, qui furent à mon advis de bien puissants charmes pour le gaigner, dans l'admiration d'une familiarité si obligeante parmy cez grandeurs et solitudes ou gravitez ËspagnoUes si différentes des fouUes que l'on voit communément autour de la personne de nos Roys, qui ne se captivent guieresà de telles audiences et complimentz, principalement à des gentz de la condition et profession que faisoit ce personnage lors de son sesjour en France, qui n'estoit pas dans l'employ des affaires ne accompagné de lettres de nostre S* Père trez obligeantes comme estoient celles dont on l'avoit chargé en ce voyage de Pologne ^. Pour moy je tiens l'humeur de cet homme là plus-candide que l'on ne croyroit sur les discours dont est question, mais je le tiens neantmoins si bontif et si facile, pour ne dire si foible, qu'il est fort aysé de l'emporter plus loing qu'il ne vouidroit aux moindres ombrages, donf sa nation est grandement susceptible, /et crois bien que le zèle de la Relligion catholique et l'interest ou préjudice qu'il recepvoit aux progrez du Roy de Suéde le peuvent avoir faict eschapper contre le party et contre les fauteurs d'icelluy, et par conséquent contre la nation, si on luy a faict accroire qu'elle en fusse coulpable, c'est à dire

^ Cette lettre, datée de Rome le ai juin blicis privatisque rebns loquentem audivit.» i63o,e8t la a8'"*da i?ectt6t7de Boissonade ^ Holstenios (p. i85) avait ainsi parlé

(p. 189-193). de ses lettres à Peiresc : vK Serenissimis

* Peiresca raison de parler d'une Imguea»- Principibus literas commendatitias fecile ob-

iùnee; Holstenins dit ( p. 1 86} du roi de Bon- tinui ad Cœsarem et Poloniœ Regem , ut bisce

grie : «rDuas ferme intégras horas me de pu- parariis facilius me insinuarem. yi

àSà LETTRES DE PEIRËSC [1633]

contre ceux qm y portoîent leurs arme» ou. leur conseil , mais je ne me persuaderay jamais (que je a en voye des preuves plus evideiiies) qu il aye jamais pensé d'oublier de aï iHunenses abiî^ons que celles qu'il vous a , auxquelles ïie peuvent pas eatre comparaUes de bien loing les fotbies services que je luy ay rendus; mais je nesçauroisnon plus croire qu'il ne m'en saiche encore trex bon gré : et quand il ne le feroit pas , ce ne seroit pas le premier qui se seroit dispensé des termes 4'une amitié réciproque , et n empescheroit pas pour cela que je ne fiusae tout prest de les pratiquer de rechef envers toute sorte de genta de mérite; je sais grandement tenté de lay en escripre un mot, mais je ne l'ose laire sans vostre pareatis^ bien que si je le &ictz, je ne me dispemeray nulkment des loix de la discrétion qui semblent y debvoir estre observées, et en sorte qu'il ne puisse jugier en façon quelconque de quel costé procedde et soit passé l'advis jusques à nu>y ; cependant j'ay pris grand plaisir de voir tout le restant de k lettre où û est inséré \ et me doubte que le missel Sclavon y mentionné, dont vous estes possible aussy en peyne que eelluy qui vous eseript, ne soit pas e^aré plus loing que de la maison de céans, auquel cas vous n'aurez pas perdu tout à faict vostre peine de m*envoyer ceste lettre, pour me donner une si gentille occasion de me descbarger du bien d'anltruy, lequel je n'eusse pas tant gardé à la monidre double que j'eusse eue de n'en estre pas le vray maistre. Mais je le trouvay dans le cofire de livres que m'apporta M' d'Arène lié d'un peu de fisselle avec une petite feuille pour en deffendre le tiltre sans neantmoins qu'il y parusse aulcune addresse particulière, et d'aultant que je n'avoœ point d'inventaire des livres contenuz au dict coffre, je n'avoîs pas, oe semble, deub croire qu'il y eusse rien qui ne feusse à moy, si ce n'est les deux fagotz dont l'un esiint addressé à M' Moreau, et pour l'aultre si bien l'adresse en estoit à moy, je voyois bien par l'escripture de Dom du Puy que c'estoit pour les vous faire tenir, comme j'ay faict tant de l'un que de l'aultre; sur quoy néant*

' Peiresc ae sert, en pUsântMit, d*in tehii». 4b dUnoelerie m suyel dinfod ie Dietêomudre die Littré ne cile qu'uae plirase de Voildre. --» * La lettre de d« Dapuy.

[1658] AOI FRÈBES »UPUY- 4i6

moins ii fault q^e je vans die p«r pwentese que M' Moreaù ne m'en a jamaê aocvsé la neteption^ non picsque de la iMn qve je luy avois escriple pocir «ceompagncr ce qui hiy apputenoit, et que s'il ne nous a remercié vo«6 non plus que moy, il se peuh imptt1;er à ia vaeeation tp[i n'est pas obligée de dire grand merey de to«t oe qv'ooi luy donne. Je ne rais pôurtanaft pas moias son serriteur, et \oadrois qu'il se pre- ^entafst quelque ocoasion pour hiy en donner des preuves dignes de sa vertu et «de son mérite, tout ee que je viens de vous en dire n'estant qu'entre vous et n>oy, et pmr me donner earriere , ear je serois bien marry que vous me feiisiez une qaterelle ia dessus avec un personnage tJe td mérite et que j'honore tant, et à qui j'ery vrayment des obligations bien singulières. It Naindé m'avort envoyé \m inventaire plus de 5 ou 6 mois auparavant la réception en «offre, et » longtemps que le diot inventaire s'estoit esgaré parmy mes papiers et estoit demeuré à Boysgency, les livres estante venus depuis ma retraitte en ceste ville. Or je croys bien que W Dlaudé tie mavoit pas achepté ce messel, oofflme il ne. me reste aulcune aouvenaiiQe de l'avoir veu mentionné en son roolle, mais M'^ d'Arène m'apparia touft plein d'aultres livres de la part de plusieurs de mes amys, et entr'aultres de la part du cardinal Barberîn il m'apporta un aultre assez gros fagot de livres quasi tous imprimez pour la congrégation de Propaganda fide ou du mandat d'icelle en cez langues estrangeres, ce qui me feît juger que le messel Sclavou feusse des dépendances de l'assortiment des aultres. Mais comme si j'ay failly, c'est innocemment, je croy bien que le pardon que vous m'en octroyerez ne sera pas plus controversé que ceiluy que l'on accorde aux innocentz; je suis bien marry que les sieurs Heinsius et Gunœeus se soyent si mal comportez envers M' Saulmaîse, mais s'il est loisible (comme on le révoque en doubte en ce siècle) de louer Dieu de quelque mal pour un plus grand bien, je ne suis pas tant marry que M* Saulmaise ayt SFubject de s'en retourner en France. Cependant à quelque cbose malheur aura tousjoiirs esté bon , en ce qu*il aura peu voir tous les boas m[aQu]s[crit]s de ce pais là, durant l'année courante, et possible que pour le ramener en France, il se trouveroit en-

core quelque occasion de luy procurer quelque honneste appointement auprez du Roy, pour le faire revenir avec un peu plus d'honneur. Je plains bien le bon M'^ Grotius , et ne pensée pas qu'il ne feusse mieux eu France que là où il est S quelque difficulté qu'il y aye trouvée pour jouir de sa pension. Vous m'avez obligé de me retenir ces deux volumes de l'Affaire d'Aurelius ^, mais j'ay si mauvaise mémoire que je n ay peu me ressouvenir d'avoir veu la lettre du P. Sirmond que vous dictes m'avoir envoyée aultresfois sur sa deffense touchant le passage du concile d'Orenge ^ mais je chercherày ce que vous m'aviez envoyé touchant son édition des concîlez, pour voir si elle est parmy cela. Je vous remercie aussy du souvenir que vous avez de cez petites Republiques et de cez livres que vous avez remis ez mains du Prieur de Roumoules, comme aussy de la recherche de cesle Bibliothecque de Gesner dont le prix ne me semble pas^ si excessif à 1 5 livres veu sa rareté. Puis que les livres de M' d'Auxerre ont trouvé maistre, il faudra chercher aultre party, mais cela ne presse pas encores pour les globes, tandis que j'attends certaine responce aprez laquelle nous reprendrons les derniers errements. Ce pendant je demeureray, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DE Peibesc.

A Aix, ce 37 febvrier i633.

Je vous ay bien de l'obligation du grand soing qu'il vous plaist me

' Groiius avait quitté la Hollande le 17 mars tôSa, et il s'était réfugié à Hambourg, où il passa près de deux années bien tristes, car il était séparé de ses livres et aussi de sa femme, dont Taffection dévouée lui avait été et devait lui être encore une si douce consolation.

* Tout le monde sait que Taffaire d'AvrreUus n est auti-e que TaSaire de Jean du Vergierde Hauranne, abbé de Saint-Cyran.

Les deux volumes sont intitulés : Vindieiœ

eensurœ faeultaiis theohfiœ ParUienns, etc. (Paris, i63a, in-4').

^ Antirrhettctu. De eanone Araimicano.

Adversus Pétri Aurelti Theologi responsionem , qua ejus epiêtolam infirmare eonatus est (Paris, Séb. Gramoisy, i633, in-8*). Voir toute rhistoire bibliographique de la querelle dans le Recueil des PP. de Backer et Sommervogel, t. HI, col. 8o5. Conférez le Port-Royal de Sainte-Beuve, t. I, 1867, p. 3 16-817.

promettre concernant la transcription de cez petits opuscules de Ponderibus et mensuris ; vous pourrez voir ce que j'en escriptz à M*" Rigault, et me ferez plaisir singulier, si par hazard ii insistoit d'en vouloir transcripre luy mesme quelque pièce, de vous employer pour l'en dissuader, n'estant pas en cela que je désire qu'il m'oblige et n'estant nullement raisonnable de luy laisser prophaner son temps pour si peu de chose , laquelle neantmoins est si pénible et importune. Si M*" Valloys avoil assez de loysir et de bonne volonté d'en entreprendre quelqu'un des plus anciens et des plus briefz, je ne le reflPuserois pas de la sorte, et m'asseure que vous n'y espargneriez pas voz suasions, comme je vous en supplie. Mais puisque dans la bibliothèque il n*y a aulcun m[anu]s[crit] du Marcellus, duquel je me prometz plus de secours que de tout le reste, s'il y avoit moyen d'en descouvrir quelque aultre exemplaire en quelque part dans ces païs bas ou ailleurs, ce me seroit une obliga* tion beaucoup plus etroitte et plus sensible, principalement s'il y avoit moyen de me procurer coppie de cez deux petites pages, de la matière des poidz et des mesures, qui sont en teste de ses livres de Medicamentis, et tousjours vous aurois je beaucoup d'obligation de pouvoir apprendre par vostre moyen s'il ne s'en trouve quelque exemplaire quelque part que ce soit, car si vous n'y aviez des addresses, je pense qu'il y auroit bien moyen d'en trouver quelqu'une suffizante pour nous faire avoir la communication de ce peu de lignes qui nous font ^ tant de besoing.

Le livre que vous m'aviez envoie du pais des Hurons in 8*^^ a passé les montz, tellement qu'il fauldra que je tasche d'en avoir un aultre par vostre moyen , s'il vous plaist , et un certain livre dont on me faict feste d'un enfant qui parle sans langue. On m'a pareillement faict feste d'une Histoire de l'Abbaye S* Victor lez Paris en deux volumes^, et d'une nouvelle Chronique de Flandres en plus d'un volume aussy qu'il fauldra

^ Par un lapws Peiresc a ëcrit ont. S, Victor Us-Paris, succession des abbés, pri-

^ Dictionnaire de la [langue kuronne, par vilèges et singularités d'icêUe, par Jean de

le P. Gabriel Sagart (Paris, 1683 , in-S**)* Thoulouse, religieux ç^ cette abbaye (Paris,

* Abr^é de la fondation de l'abbaye de j63o,iii-foi.).

Page 1