‹ Lettres de PeirescChapitre 34 sur 48 · II. 7t · texte numérisé non relu

II. 7t

beaucoup de mortiOcation, mais le premier qui passera en aura la courvée. Je n ay pas esté moings marry que M*^ de Boutteviile soit partie sans que nous ayons peu envoyer la petite chatte rielée^ de Monsieur de Bellievre ^ et sans que le muletier qui a porté une charge de ses coffres plus pressez s'en soit chargé, car bien qu on dise qu'il y en a encores d'aultres en arrière, et qu'on la fera prendre, j'ay peine de le croire, et la bailleray avec regret à des simples muletiers s'il n'y a d'auitres persones plus soigneuses avec eux. Nous n'aurons rien à vous envoyer par cet ordinaire à mon grand regret, et je me suis trouvé si embarassé de l'expédition d'un religieux de mon Âbbayie qui s'en va trouver le Prieur de RoumouUes, que tout mon temps a esté consumé en vain et je suis constraint de clorre et remettre le surplus à une auUre foys, demeurant.

Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Pbiresc.

A Ail, 06 11 juillet 1 633 ^

GXXI À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Trouvant cette commodité extraordinaire d'un des courriers de M' du Lieu qui s'en retourne, j'ay esté bien aise de vous pouvoir adresser des lettres de M' Gassendi et de M' l'Evesque de Digne qui es-

^ Le GlùsMire de La Garoe de Saiate- ' La petite chatte dealinëe à M. de Bel-

Palaye donne du mot rieli cette définition : lièvre , de laquelle il a été question plus haut

régulier. Peireac entend-il par là que sa pe- (lettre GXV). tite chatte avut des lignes r^ufières, des ^ Vol 717, fol. 9S8.

taches bien placées sur sa robet

toient arrivées trop lard pour l'ordinaire passé à cause que le porteur demeura malade en chemin de Digne icy. Et par occasion je vous diray que Monsieur TAisné nostre premier président partit hier d'icy , s'estant faict mener dans son carrosse luy seul avec son secrétaire à une lieiie d'icy, où il monta à cheval et r'envoya son carrosse pour venir prendre icy Madame la Première Présidante et le reste de son train, laquelle ne doiht partir, ce dict on , que demain lundy pour aller retrouver mon dict sieur le Premier Présidant en Arles oii Ton dict qu'il l'attendra. Mais d'aultres croyent que pour se tirer de la presse et de l'importunité des visites il se pourroit bien estre retiré dans quelque cloistre de reh'gieux, en attendant que Madame soit preste à partir, pour avoir loisir d'escrire à ses amys sur l'occasion de soa voyage. Le temps fera voir la vérité. Il s'est enfin résolu de laisser icy deux de ses filz les plus jeunes entre les mains des PP. de l'Oratoire à cause des trop grandes challeurs qui leur pouvoient faire courir quelque fortune par un si grand voyage et pour servir de gaige de son retour. Mais on ne s'en peult pas asseurer pour tant, la voix commune estant qu'il ne vouidra pas revenir, à laquelle je commance à encliner plus que je ne faisoys auparavant. Je prie à Dieu que noz appréhensions en soyent vaynes, et que les voeux du peuple en soient exhaulcez où il est merveilleusement aymé et révéré, généralement à la reserve de fort peu de persones qui ne sont peult estre pas des mieux intentionnées.

Nous n'avons poinct d'aultres nouvelles que celles de la cavalcate ^ de M' de Grequi à Rome, que je vous envoyé telles que nous les avons icy. M' le Mareschal s'en alla hier soir à Marseille, aprez avoir adsisté à des thèses dédiées à S^ Alexis aux Jesuistes, où le sieur Gharlemagne son secrétaire argumenta et fit par préface une harangue in génère demonstrativo, en termes fort elegans, où il dict des merveilles des grands services que M' le Mareschal son maistre avoit rendus au Roy et à la

' Peiresc écrit eavaleate, se souvenant de l'italien eavakata. Le DicHannairê de Littrë n^in^ diqne que les fonnes eavalquade on cavalcade, citant d*Aabîgnë, V. Garloix, Michel de

LETTRES DE PEIRESG

couronne, sans oublier les bons offices qu'il avoit faicts à cette province en destournant loraige des trouppes de Monsieur Tannée dernière, et en toutes les aultres occasions qui se sont présentées depuis sa venue au pais. Monsieur le Premier Présidant a prins plaisir de voir avant son partement cez belles odes des sieurs Ghappellain, Godeau et Pellant, et prixse bien la dernière partie de celle de M' Ghappellain^ M' de Thou n'a aulcun besoing de faire user d'excuse en mon endroict. Je sçay assez les grandes occupations qu'il a, et qui ne luy peuvent pas permettre d'escrire à des gents comme nous qui ne sommes qu'à charge et à importunité à noz bons seigneurs et amys. Nous attendrons en bonne de* votion les pacquets de libvres que vous nous avez envoyez par la voye des marchands de cette ville qui est la meilleure, la plus brefve et la moings incommode. Vous remerciant trez humblement du soing que vous daignez prendre de me faire avoir le libvre de M'Middorçe^ et de m'envoyer le billet du R. P. Mercene à qui j'envoyeray par la première comodité de cez libvres rituels des Eglises Grecques oii le chant est noté. Mais je ne sçay si ce sera rien digne de luy, et si dans cez volumes qu'ils ont faict imprimer à Venize de leurs horologes * et aultres semblables, ils n'auront pas mis la mesme chose dont il y a plusieurs exemplaires dans Paris, je m'asseure. Nous attendrons impatiemment cette belle epistre de S^ Glement. Et avons veu l'indice du Gampanella et, de plus, un livre imprimé à Padoûe, du Danube et de son drigine et de plusieurs aultres rivières que le cardinal Bagni m'a envoyé, lequel je pourroys bien vous envoyer par le prochain ordinaire pour em-

^ Les odes dont il a été fait meotion , eo ce qui regarde Chapelain et Godeau , dans la lettre CXVIII, et, en ce qui regarde le mystérieux Pellant, dans la lettre GXtX.

' GéiaiiVEaamendu Iwndet Bécréations mathématiquei et des problèmes, <A sont aussi disciuées et rétablies plusieurs expériences physiques y proposées, par Cl. Mydorge, sieur de la Maillarde en Picardie (Paris, i633, petit in-8*). Le livre avait d^jà paru

en i63o et devait reparaître en i634, en i638, en i6â3, en 16&9 et en 17&3. Voir divers renseignements sur YExamm et sur les Récréations mathénuUiques du P. Jean Leurechon dans le Recueil des PP. de Backer et Sommervogel (t. II, col. 73 1- 733).

' Peiresc écrit le mot conformément à rétymologie (horologimn). Littrén'a pas indiqué la forme horologe.

pescher de gaster les cahiers du Philon Byzantin de M^ Holstenius. Cependant je demeureray

vostre trez humble et Irez obéissant serviteur, DE Peibesg.

A Aix, ce 17 juillet i633«

Nous avons icy le R. P. General des Minimes qui s^est hasté pour voir M"" le Premier Présidant avant son voyage ^

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y

À PARIS

Monsieur, Je n'adjousteray rien à celle que je vous ôscrivîs dimanche par le retour d'un courrier extraordinaire de M' du Lieu, si ce n'est les nouvelles de Gènes cy joinctes, que je viens de recevoir, estant pressé de clorre. Aussy bien ne sçauroys je vous dire si ce n'est que nous avons depuis sceu plus certainement que M' noslre Premier Présidant monta à cheval liiy cinquiesme à deux lieues d'icy sammedy sur les 3 ou ti heures, et r envoya son carrosse, ayant surprins tout le monde, et n'y eust que le bon homme M"" Ollivier, doyen du Parlement^, qui, regrettant de ne luy avoir pas bien dict adieu, monta à cheval, et l'alla r'attaindre à Ballon, à la couchée, d'où il s'en alla par aprez en Arles attendre Madame la Première Présidante qui partit d'icy la nuict du dimanche au lundy avec la famille, exceptez les deux plus petits garçons logez aux PP. de l'Oratoire. Monsieur le Mareschal partit le mesme jour du sammedy pour aller à Marseille la nuict, d'où il est revenu cette nuict, à la mode du pais, car depuis deux ou troys jours, les challeurs sont si excessives qu'il vault mieux aller la nuict que le jour. J'ay

* Vol. 717, fol. «159. — ' Nous avons dëjà trouve le mot bon homtne employé dans le sens d*homme âgé. Voir t. I, p. 5 00.

faict venir par Gènes les volumes Arabes de Tédition de Milan qae j'attends à Marseille d'heure à aultre. J'ay demandé ce livre du Duc de Savoye pouf sa qualité d'Altezza real, et vous en envoyeray si tost que j'en pourray avoir, estant de tout mon coeur, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peirbsg.

A Aix, ce 19 juillet i633.

Je viens d'avoir des lettres du R. P. Dom du Puy du â3 juin, oii il me confirme la nouvelle du Galilée aagé de 70 ans, logé chez l'Ambassadeur de Toscane, glorieux d'avoir esté eslargy en si peu de jours, et si avantageusement, et qu'on avoit regret de l'avoir si mal traicté.

L'on me dict que M' de Lomenie s'en va à la Ville aux Clercs ^ Je croys que vous mettrez ordre que les Euclogues^ soient ouvertes chez luy. Gela m'empesche d'aller bazarder le Philon de M^ Holstenius de peur qu'd n'aille courir si loing et jusques à ce que je sçaiche quel ordre vous aurez mis à cela^.

k MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,

k PARIS.

Monsieur, Le dernier ordinaire nous a apporté vostre despesche du 1 5 et du mesme bureau nous avons receu depuis le fagot de libvres où vous aviez mis les tables de Lansbergius, les oeuvres de Metius^, et deux pièces

^ Ai;yoiird'hai commune de Loiiv^i-Cher, écrit d'une façon confiue et incomplète et on

arrondissement de Vendôme, canton de Mo- le devine plus qu'on ne le Ht. rée, à 67 kilomètres de Blois. ^ Vol. 717, fol. 96a.

^ 11 s'a^t là des Égloguu ou fragments * Noua avons déjà trouve mention du gëo-

dont il a été déjà question ici. Le mot a été mètre hollandais Adrien Metias et de ses ou-

de JoDstonus \ Tune in i a° et laaitre in 1 6*, avec les epigrammes iatinsS dont je vous remercie trez humblement; nous avions eu par la mesme voyé , et sous i'addresse du sieur Perrin , qui est le respondant des Moreaux de cette ville (qui ont acheptë l'ordinaire), un aultre fagot où estoient les Papes du sieur Bosquet ^, lequel nous avons gouverné de tout un jour avec plaisir, ne pouvant assez louer sa modestie. Il s'en va à Narbonne chez luy, pour revenir au commancement de septembre, et passer en Italie avec M' de Nouailles^. N'ayez pas de regret au pacquet du minime couvert de verd; j'ay tant damys dans cet ordre là, quils ont droict d'user de toute liberté avec moy; c'est un de leur ordre ^ qui m'a procuré la pluspart de cez Pentateuques Samaritains et aultres bons livres. La commodité est maintenant si belle des balles de cez Moreaux qui viennent touts les moys, que pour 5 sols la livre on est quitte sans avoir la peine et le soing d'en escrire à Lyon ou ailleurs. Mais ils n'ont pas encor estably le commerce d'icy à Paris comme celuy de Paris icy. On est pourtant aprez et lors les livres marcheront aussy librement et

vrages de mathëmatiques (t. I, p. 338). La liste complète des œuvres de Metius a été doiuiëe par Weiss dans la Biograpkie utUver- 9e1k. La dernière publication du géomètre d'Alcmaer {Primum mobile astronomiee, etc.) est de 1 63 1 (Amsterdam). Une nouvdle édition, revue et augmentée par Guillaume Blaeu (Amsterdam, i633, in-4*), faisait sans doute partie de Tenvoi dont Peiresc accuse ici réception.

^ C'est très probablement Arthur Johnston , docteur en médecine et poète latin , né près d'Aberdeen en 1887, mort à Oxford en 1 64 1 , après avoir longtemps professé au collège de Sedan. Les pièces dont parle Peiresc doivent être des fragments de la traduction des Psaumes : Psalmorum Davidis paraphroiis ffoetica, laquelle parut en 1637, k Aberdeen et à Londres. Les biUiographes signalent un échantillon de celte tra-

duction qui fut publié à Londres en i633.

* On sait que le mot êpigramme a été longtemps de genre incertain , et que plusieurs écrivains du xvi* siècle , notamment Amyot et Montaigne, Tont employé au masculin.

* Les Papes d* Avignon, c'est-à-dire flwtoria ab atMO ChriêU mcccv ad annum McccxGir ,ex mss. eodieibus nune primum édita ei notis illustrata (i639). Voir ce qu'en dit (p. 378) Gassendi, qui donne à Bosquet le titre de jurisconsulte et parle de lui comme d'un homme très recommandable : vin eommendatitsimi.

* Le comte de Noailles, ambassadeur de la cour de France auprès de la cour de Rome, déjà mentionné plus haut. Bosquet ne suivit pas en Italie le comte de Noailles.

' C'était le P. Théophile Minoti dont il sera question plus loin.

seurement que les lettres. Je les en presse tous les jours pour envoyer le Pentateuque qui me reste, par le moyen duquel on peult suppléer la version Arabique de mon Tritaple, et cez livres des Rituels et musique des Grecs pour le bon P. Mercene. Tay desja envoyé à M' Gassend les tables de Lansbergius que je fis couldre hier précipita ment pour ne perdre l'occasion de le luy faire tenir par un amy, tant il en avoit d'impatiance. J admire les irrésolutions de voz libraires pour l'epistre de S* Clément; mais s'il y a moyen d'en avoir une coupple d'exemplaires d'Angleterre, je l'aymeray bien mieux. Le P. Sirmond a grand tort de ne vouloir donner celle de S^ Barnabe. Je luy en veux escrire, et possible en advertiray le cardinal Barberin, pour l'en prier, car il y fault quelquefoys de cez petites façons, à la mode dltalie, lors mesmes qu'on a plus d'envie de faire quelque chose. Je vous rends grâces trez humbles des réitérez offices pour le Théophile du bon M' Fabrot. Cez Italiens sont bien de loisir de croire que voz libraires leur baillent de l'argent pour cez pièces d'Onuphrius, puis que cette epistre de S^ Clément est négligée de la sorte, et tant d'aultres bonnes pièces des plus doctes du temps.

Il nous tarde bien de voir le Tertullian de M' Rigault, et je n'ay pas trouvé sa resolution moings estrange que vous'. Mais s'il veult estre du monde, je n'improuve poinct son dessein, puis que la commodité du prix de cet office à ai mille livres luy ouvre la porte à un s^ bel employ pour son filz. Et qui sçait si un service par luy rendu , advenant occasion de vacance de quelque meilleure charge en ce païs là , ne pourroit pas le porter plus hault, avec la créance qu'il a et sa rare doctrine et de là à Paris ou au conseil. Mais il peult dire adieu aux Muses, s'û se met à cela. Car le semestre de vacance sera bien court à mon advis, et bien que les lettres ne soient maintenant en prix parmy cez peuples, l'envie leur en prendra facilement, principalement si des gents de ce qualibre la s'en meslent à leur veûe. Car M' du Vair tout seul les

* La résolution d*acheier un office de conâeiller au pariement de MeU, ce qui ne tarda pas k être exëcutë.

a introdoictes en ce païs cy en sorte qu'il y a plus de curieux que vous ne croiriez pas, et s'y est faict quelques hommes d'importance, entr aultres M' du Perier, advocat en la cour S qui faict des actions au barreau, qui seroient possible bien dignes du vostre, hors de quelque mot du jargon du païs, bien qu'il s'en deffende tant qu'il peult. Quant à M' Bouchard, je me trouve bien empesché de mes contenances, car je vouldroys faire pour luy summum de potentia pour vostre respect et pour ses mérites sureminants. Mais j'ay une lettre d'un minime nommé le P. Jaques, qui m'escript que M'^ Holstenius a eu cette place dont est question , et persone aultre ne m'en dit un seul mot, encores que j'aye tout plein de lettres tant de l'Evesque de Vaison que du sieur Menestrier et aultres employez à cela cy devant. Et M'^ Holstenius est en reste de m'escrire de plus d'un moys sur \es despesches que je fis à son inten^ tion, qui n'estoient pas sans quelque rapport à cela, bien que je ne jugeasse que par presomtion que le sieur Suarez pourroit avoir cet evesché dont nous sçavions lors la vacance. Tellement que si j'en escripts, je ne le puis (aire si ce n'est que cooditionnellement, au cas que M'^ Holstenius ne s'en voulust pas charger luy mesmes. Et le mal est que je n'ay guieres de temps à délibérer, car l'ordinaire doibt passer mercredy ou jeudy dans lequel temps il fauldra se resouldre. Ce pendant je vous remercie bien humblement de la communication de sa lettre où j'ay prins plaisir de voir ce qu'il dict du pauvre Galilée. Au reste nous avons aujourdhuy employé une partie du jour à gouverner le P. Gilles de Loches, cappucin^, et le P. Cesarée, son collègue', qui re-

^ Scipion du Périer, gurnommé le Papinien moderne, déjà mentionne plusieurs fois.

• On conserve dans le registre IV des Minutes de Flnguimbertine diverses lettres de Peiresc au R. P. Gilles de Loches, capucin, notamment une lettre du a 9 août i633 (fol. 3 10), une autre du 90 décembre i633 (fol. 319), quatre lettres écrites du a o mars i63& au 9 avril i634 (fol. 33&-336), etc. Gilles de Loches {jEgidius LochieneU) est

mentionné (p. 39/i) par Gassendi , qui le proclame (Tvir omnino bonus» et qui rappelle qu'il avait passé sept ans en Orient, où il avait appris diverses langues et on il s'était occupé avec. le plus grand zèle de la recherche d'anciens manuscrits.

' Comme les deux collègues furent d'inséparables compagnons , on n*a pas de lettres de Peiresc au P. Césarée; il écrivait toujours au P. Gilles de Loches.

niPllllIKia HATlOWAfct.

570 LETTRES DE PEIRESG [1633]

viennent d'iGgypte par Rome, lesquels m'ont confirmé lembrasement advenu en ^Ethiopie le mesme hyver de celuy du Vésuve ^ et de plus m ont apprins le nom de la montagne qui est appellée de Sem (qui veult dire en Abyssin, du nom) et adjousté que la montagne estoit habitée par des peuples Juifs en divers villages, lesquels en estoient les maistres soubs la souveraineté du prestre Jean, ce quils navoient en aulcun aultre lieu du monde où ils sont esclaves partout. Mais cet embrasement les a surprins, bruslee et ruinez la plus part en haine, comme on croid sur les lieui, de ce qu'ils estoient partisans du nou-* veau Roy des Abyssins, ennemy des chrestiens Catholiques. Ce qu'il dict de plus pour le temps est qu'il tient, bien que sans certitude précise, que cet embrasement là aye prévenu celuy du Vésuve de quelques moySf mais les Marseilloys opiniastrent le contraire [et] disent que s'il y a de la diiïerance elle est fort petite, et ont fait voilleavec un fort beau tem[)s la veille de la Madelaine [pour] retourner au Gayre d*oû ils me promettent de beHes relations* Ce cappucin m'a parlé d'une seule biblio» thèque de huict mille volumes m[anu]s[crit]s dont aulcuns sont cottei du temps de S* Antoine qui y avoit habité ^. L'épistre de S^ Clément n'estoit pas de gueres plus fraische datte'. J'ay grande espérance de ne mourir pas sans recouvrer quelque bonne pièce Dieu aydant et sans vous pouvoir tesmoigner, au moings par ma bonne volonté ^ que je suis de tout mon coeur, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peirbsg.

A Aix , ce â3 juillet 1 633.

' Voir dans Gassendi (p. 3^5 ) un assez long passage qui commence ainsi ; (rCum porro idem optiraus \ir mentionem obiter fecisset insignis incendii, qaod in Semo iBdnopom monte eodem tempore contigit quo Vesuvianum in Italia. . . n Le récit de Gassendi se prolonge jusqu'à la fin de la page 396.

' C'est ce que Gas8^Ildi rapporte ainsi (p. 3g5) : (rMemorabile autem est, visam ipsi bibliothecam oclies et mille vohumaam, quorum pars non eiîgua pr» se ferret œvi Astoniani notas. 1

' Citons encore Gaseendi, qui (p. i^h) rappelle que téfUre de saint Clément aux CorinthieDs avait été apportée d'Egypte et

Ce bon père n'avoit janiais peu voir en iËgypte la plante du Papyrus que je luy ay monstrée; vray est quil nestoit jamais monté à contre mont du Nil jusques au Sait où est Tabondance; il a prins grand plaisir de la voir. Je n ay poinct peu avoir de peinctre pour la portraire pour encores; ce sera par le premier Dieu avdant. Il a prins grand plaisir aussy à voir dans le Philo Bysantin la description de la fabrique des Pyramides bien différante de ce (déchirure) qui n'est que le noyeau ou la carcasse de ce qui aultres foys estoit revestu de marbres et pierres précieuses de toutes couleurs, qui rendoient les degrez accessibles , ce qu'ils ne sont pas à présent qu'avec grande peine et destour pour passer d'un degré à Taultre^

GXXIV À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, Vous avez fort bien deviné que trez volontiers j'ay payé le port de lepistre de S^ Clément, qui nous a donné et à tout plein d'honnestes gents qui le meritoient mieux que moy un trez agréable entretien; si elle fust arrivée un jour plus tost, elle eust passé les monts avec l'ordinaire de Rome, où elle est attendue en bonne dévotion et grande impatiance. Mais à quelque chose malheur a esté bon, car nous n'eussions pas eu le moyen de la voir à son passage que par le tiilre. Et possible arrivera t'elle encor assez à temps par le prochain ordinaire pour ne pas estre prévenue par d'aultres, si voz exemplaires ne vous sortent des mains pour .prendre cette routte là. J'y ay envoyé tous les

de GoBsUutinbple en Angleterre , où elle ve- h ce jBujet dans Tarticle dlsambert sur saint

naît d'être publiée. On s'est beaucoup occupé , Clément ( Nouvelle biographie générale , t. X ,

parmi les critiques ecclésiastiques comme p. 167).

parmi les critiqaes profanes, de cette épitre ' Vol. 7 1 7, foL 963.

de saint Clément Voir divers renseignements

pacquets que vous m'aviez adressez pour le R. P. Dom du Pay, dont le dernier a esté porlé par le député de la ville de Garpentras; les aultres deui précédants sont allez par la poste à deux diverses foys. Le pauvre M*^ Gassend va bien estre mortiGé de ce que le livre des Isles flottantes^ est eschappé , car il Tattendoit avec une estrange impaliance, et s'il y a moyen d'en faire venir une coupple d'exemplaires vous nous obligerez bien. H y a plus d'un moys que j'avoys gamy une trenteine de pistoles pour en charger M*^ de Piensin de Toulon; mais allant dire adieu à M' le Mareschal hors de la ville, il oublia de me venir dire adieu, et depuis il n'est party persone de cognoisçance que j'aye sceu, n'ayant pas osé les mettre dans le pacquet de la poste à cause des deffances, et de faict, parce que vostre dernier pacquet du S* Glement estoit plus pesant que l'ordinaire pour estre le livre bien battu , on avoit deschiré l'enveloppe par un bout pour voir d'où procedoit sa pesanteur, mais les curieux n'y trouvèrent que des feuilles imprimées. Je suis fort aise que l'édition des Historiens de M' du Ghesne commance à rouUer, mais je seroys bien mortiBé si cela acculloit^ le Théophile du bon M' Fabrot. M' de la Fayette a eu sa lettre en main propre dez sammedy matin. Pour M' Lhuillier, à faulte de lettres de M*^ Gassend qui n'aura pas trouvé de porteur à poinct nommé, je luy escripts un mot, comme j'avoys faict Taultre foys, et n'eusse pas manqué de le laisser soubs vostre enveloppe comme de coustume, sçaichant le plaisir que vous prenez , et l'advantage qu'il y a d'avoir des lettres plus tost que plus tard, mais j'avoys lors prins cette occasion pour luy recommander le petit M' Gailhard,a6n de luy donner entrée chez luy, comme vous pourrez voir par la response qu'il m'en a faicte par le dernier ordinaire où il accuse la réception de ma lettre dez le mercredy au matin, et je croys bien que vous ne les recevez pas devant le mardy. Je pensoys vous avoir aultres foys envoyé le nom de ce présidant Montcalius qui n'est poinct aultre en vulgaire que du présidant de Montcal, mais j'ay

* Le livre du P. Dausqne (Dûuiquius) mentionne un peu plus haut (lettre GXIX). — • Acculer signifie ici reculer, reUurier,

prias extraict d'un contract pour avoir son propre nom, surnom et quaiitez; son petit filz, qui estoit cez jours passez en cette ville, s'appelle encores M' de Montcal , qui est une terre en Languedoc du diocèse d'Usez, comme je pense, mais il se tient en Arles. On m'a bienaujourdhuy desrobé du temps que j'avoys destiné à escrire en voz quartiers. C'est pourquoy je suis constraint de clorre, ne pouvant rien remettre à demain au matin à cause qu'il me fauldra entrer au Palais pour servir à la chambre des vacations durant ce moys d'aoust. Seulement vous diray je confidament une chose que je debvrois taisre (mais à vous je ne le sçauroys), à sçavoir qu'on me faict feste d'un concile d'Arabie fort ancien tenu en la ville du Moncal prez l'embouscheure de la mer Rouge S qui vauldra la peine de l'avoir demandé, et si je le puis une foys tenir, ce me sera une grande consolation du deffault de mes dernières caisses; mais il ne nous en fauldra pas vanter s'il vous plaist et que cela ne passe poinct plus oultre que de ceux de vostre maison. Et avec cette bonne bouche je demeureray,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DB Peiresg.

A Aix, ce 1 aoast i633.

L'Ambassadeur de Gènes trouva sammedy, arrivant à Marseille, deux galères de Gènes qui y arrivèrent en mesme temps que luy, sur lesquelles il s'embarqua hier au matin.

En fermant cette despesche, il est passé un courrier extraordinaire pour Rome, par qui j'ay envoyé les epistres de S* Clément sans que nous les ayons bien peu gouster ne faire voir à plusieurs amys qui en

^ Montréal ou Mont-Royal était le chef- an nord du golfe d^Akaba. Voir Ludolphe

lieu d^nne principauté latino-firançaise du de Sudheim, dans son lier Terrœ Sanctœ

t*oyaume de Jérusalem. Cette ville n^était {Arehwes de POHent latin, t. RI, 5i* partie,

pas sur les bords de la mer, mais bien dans p. 356; Isambert, Ithiiraire de l'Orient,

r Arabie Pétrée;«es ruines se voient encore t. Ill, p. 67). dans Tendroit actuellement nommé Sch^bek ,

ont grande envie; de sorte que si vous nous en pouvez envoyer un aultre exemplaire par la poste, nous n'en plaindrons pas la voicture, et vous y obligerez bien des honnestes gents^

k MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY,

Depuis la r.eception de voz dernières despesch^ du 29 du passé, je pensoys vous pouvoir escrire tout à loisir, mais il ma fallu employer le temps à visiter l'un des cartulaires de S* Victor de Marseille que je n'avoys pas veu, qui a esté apporté en cette ville pour certaines affaires, ayant eu le moyen de le parcourir tout assez exactement; mais comme je pensoys en faire transcrire quelques pièces au long, on me l'est venu vendiquer à ce soir à mon grand regret; j'en avois pourtant fait tirer quelques pièces, entr'aultres une que vous pourrez voir du roy Alphonse VI de CaslilleS que j'envoye à M"" Godefroy, dans laquelle est nommé son prince HENRY de Bourgogne, souche des roy s de Portugal ^, avec sa femme Thérèse* et son beau frère le comte Raimon^, avec d'aultres personnes dignes de remarque en leurs alliances. Vous verree ce que je luy en viens d'escrire à la haste sans avoir peu monter à mon estude que le chault m'a faict abandonner ® pour vérifier quelque chose de cez alliances sur les libvres de ce pais là. Je m'as-

' Vol. 717, fol. a66.

* Sur Alphonse VI, surnomme le Vaillant, voir le chapitre des Rois de Castille et de Lion dans VArt de véf-^er les dates, édition de 1818, t. VI, p. 5^0-545.

' Sar Henri de Bourgogne, voir la Chromlùgie historique des rois de Portugal dans VArt de vérifier les dates, t. VII , p. i-a.

* Thérèse, fille naturelle d'Alphonse VI,

devint en logâ ou 1098 la femme de Henri de Bourgogne.

' Il s'agit là de Raymond IV, dit de Saka- Gilles , comte de Toulouse en 1 088 et auquel succéda, en 1 io5, son fik Bertrand.

* Cette phrase nous apprend q[ue la bibliothèque de Peiresc n'était pas située au rez-de-chaussée de sa maison ; elle était sans doute au premier étage.

seure que M' Besly, Messieurs de S*® Marthe et M' du Gbesne verront aussy bien volontiers cette pièce, de laquelle je nay rien peu retenir que la datte; c'est pourquoy je vous prie de me la faire renvoyer quand on en aura faict, n'ayant pas voulu différer au prochain ordinaire pour ne retarder d'aultant le plaisir de M'* Godefroy et de cez aultres Mestf*. J'ay receu tout plein de lettres d'Italie, que je n'ay poinct leîtes, pour ne me destourner de l'entretien de ce livre, tandis que je le tenoys. Cependant, puis que vous m'asseurez que M' de Lomenie ne bouge de Paris, j ay hasardé à la poste soubs son nom le Philon Byzantin de M' Holstenius, pour proCSter le temps que M' Rigault y est encores puis qu'il le desiroit, à ce qu'il vous pleut m'en escrire, estant marry qu'il soit si succint, mais encores y a t'il bien du plaisir de le voir tel qu'il est, et de le comparer à la description que font ceux qui ont veu les mazures d'aulcunes des fabriques y mentionnées, avec ce qu'il en dict. Gomme nous y eusmes un trez agréable entretien dernièrement que le P. Gilles de Losches estoit icy, sur le subject des Pyramides du Gayre, qui ne sont plus que le noyeau aultres foys reveslu ou encrousté d'aultres moindres quartiers de pierre ou marbre de diverses couleurs, subdivisez d'un degré à aultre, pour en rendre Taccez plus facile , car aujourd'huy il feuldroit que ce fussent des grands géants qui peussent enjamber d'un degré à l'aultre. Il fauldra avoir seing de ce petit cahier^ d'aultant qu'il est corrigé de la main de M' Holstenius, à qui il me le fauldra restituer, n'en ayant rien peu retenir par devers moy, à faulte de bon coppiste Grec. J'y ay moy adjousté ce libvre du Danube de Math. Ferchio , que le cardinal Bagni m'a voit envoyé pour servir d'enveloppe, et pour la conservation des feuilles du Philon. le recevray et feray trez volontiers tenir à Rome les oeuvres de feu M' de Thou \ mais pour les garentîr de Hnquisition^ il en fauldra faire l'adresse au cardinal Barberin et je tascberay d'y joindre quelque aultre chose pour luy mesme. Autrement

' Les œavres ancieBoement p«blûfes, ^r je oe vom aoeane ëdilion <le ces œttvnw acàt en i633, soit dans les dix ou douze annexes prëcëdeoles.

il y auroit bien de la peine à le tirer des mains de Tlnquisition, si ce n est eu faisant Taddresse au General des Jacobins qui est fort de mes amys ou à l'Inquisiteur mesme, bien que je ne le cognoisse pas, sur quoy je seray bien aise que vous me mandiez vostre sentiment, car M' l'abbé de Bonneval s'en desmelera bien s'il l'entreprend. H fault faire diligence de l'envoyer pour ne perdre l'occasion du passage de M' de Nouailles à ce moys de septembre. J'ay receu de Gènes les U volumes du Thresor de la langue Arabique de ce Giggœius de la bibliothèque AmbrosienneS dont j'ay faict fesle au P. Athanase Kircher en Avignon, pour luy faire anticiper sa venue, afin de venir achever sa traduction de son Raby BARAGHIAS.

Le livre de ce ministre Aubertin ^ porte un tiltre bien insolent et mal supportable en France aprez la prise de la Rochelle'. Je viens d'en recevoir un du costé d'Orange d'Erycius Puteanus*, imprimé

' ^f^ (AfU,) Thésaurus Unguœ arahieœ, Mediolant, ex Ambrosiani coUegii typograpkia excvdebat /. P. Ramellatus; lôSa, 4 vol. in-fol. Voir Manuel du libraire, t II, ool. 1 589. Sur rorientaliste Antoine Giggei , mort en i63si, Tannée même on parut son Thésaurus, voir Tarticle de Jourdain dans la Biographie universelle.

^ Edme Aubertin, ne en 1 SgS à GhMonssur-Mame^ selon la Nouvelle biographie générale, en 1696 à Vitry- le- Français selon la France protestante, fut professeur à Chartres pendant neuf années , pasteur pendant vingtnânq années k Paris, et mourut dans cette ville le 5 avril 1 65 a.

' Voici le titre de ce livre en sa seconde édition (Genève, i633, in-fol.): rr L'Eucharistie de l'ancienne Eglise, ou Traité auqud il est montré qudle a été durant les six premiers sièdes, depuis Tinstitution de l'Eucharistie, la créance de TÉglise touchant ce sacrement : le tout déduit par Texamen des écrits des plus oâèbres auteurs qui ont fleuri

pendant ce temps, avec réponse à tout ce que les cardinaux Bellarmin, du Perron et autres adversaires de TÉglise ont all^é sur cette matière, n La première édition avait été publiée k Paris en 1696 (et non, comme le dit la Nouvelle biographie générale, en 1 639) sous ce titre : Conformité de la créance de l'Église et de S, Augustin sur le sacrement de l'Eucharistie. D'après la France protestante (seconde édition), irle clergé catholique, indigné de ce qu' Aubertin avait osé taxer deux cardinaux d'adversaires de l'Eglise, et s'arroger la qualité de pasteur de l'Église réformée, sans y ajouter l'épithète àe prétendue, se plaignit de cette double énormité. Des poursuites judiciaires furent commencées contre lui à la requête de l'archevêque de Paris. Qies furent, il est vrai, bientôt abandonnées ...»

* Henri Dupuy (en langue flamande Van de Putte) a été déjà mentionné en ce volume (lettre XXX).

à Leyden, sur la balance de ce prétendu traicté de trefve, que je nay pas encores veu\ mais je nay pas laissé d'admirer la liberté d'escrire de ce subject sans que les cboses soient plus advancées. Je suis trez aise que M' Saumaise revienne en France, mais je vouldroys bien qu il eust eu loisir de voir à son aise les m[anu]s[orit]s de ce païs là. Il fault que sa femme l'aye emporté, puis que M"* Arsens^ luy avoit faict donner satisfaction sur les difficultez passées, ou que l'air leur soit mal convenable et à l'un et à l'aullre. Nous n'avons encore peu avoir le livre de TAltezza real de Savoy a*. Il n'y en avoit point à vendre à Gènes ne à Nice, et je nay pas de correspondance à Turin. Il le fauldra faire venir par Lyon. Pour le sieur Galilée, l'on m'escript que du commancement il avoit faict boire l'affront entier à ses ennemys. Mais que depuis il y avoit eu quelque changement et qu'on l'avoit mis en l'esprit de Sa Sainteté à charge et scrupule de conscience, de sorte qu'il avoit eu quelque traverse encore. Ce sont les propres paroles d'un homme qui ne veult pas être nommé, lesquelles s'adjustent fort bien à celles que vous dictes du cardinal de la Valette \ Mais on m'en promet

^ Belli et paeis statera (i633, in-i'*). Weiss {Biographie universelle) n'est pas d'ficcord avec Peiresc aa sujet da liea d'impression de ce livre; il indique Lotivain au lieu de Leyde. R rappelle que la publication de Henri Dupuy lui attira force dësagrëments, que lanteur fut mande à Bruxelles pour rendre compte de ses principes, et que Gaspard Baërle publia contre lui une satire violente intitulée Anti-Puteanus.

* François d'Aarsens, né à la Haye en iSys, fils de Corneille d'Aarsens, fut résident, puis ambassadeur de la Hollande à la cour de France , pendant plusieurs années (i599-i6i3); il mourut en i64t.

' Voici le titre complet de ce livre td que

le donne la BihUografia storica iegli Stali detta monardua di Savoia etmpilata da An- Umio Ma$mo e Vineenzo Promis (Turin, 1886, p. 36) : Trattato del titolo Regio dovuto alla serenissima Casa di Savoia, insieme eon vn ristretto délie Rivoluzioni del Reame di C^ri appartenente alla Corona delP Altezza Reak di ViUorio Amedeo, duca di Sa»oia, Preneipe di Piemonte, Re di Cipri, etc. (Turin, i6si3, in-fol.). L'auteur de ce livre était le P. Pierre Monod, le célèbre confesseur de Christine de France, né à Bonneville en 1 586, jésuite en i6o5, mort en prison au fort de Miolans le 3i mars 16&&.

^ Voir sur Louis de Nogaret, cardinal de laValette,t. I, p. 783.

Mtaïaim «ATiomi.

qudque chose de plus asseuré au premier joar. Ce qu'attendant je demeure, Monsieur,

vostre trez hnmble et trez obéissant serviteur, m PzmBsc.

A Ail, ce 8 aou9t i633 bien tard.

Je ne sçanroys escrire à d'auitres et spécialement respondre à M' Tristan^ ne à M» de Valoys pour à cette heure. Mais si quelqu'un s'en plaint, vous ferez s'il vous plaict mes excuses.

On nous parle d'un livre que M' Galand va mettre soubs la presse touchant le franc aliœud K

J'oublioys de vous dire, pour les petits chats, que je pensoys vous avoir escript des lors du partement de Madame de Bouteville ce qui en estoit, à sçavoir que je m'estoys attendu qu'elle feroit porter celuy de M' de Bellievre que j'avoys accompagné d'un aultre du poil de ceux de M* Aubery, afin qu'ils languissent moings par les chemins. Mais ceux qui s'en estoient voulu charger lors de son départ ne s'en acquittèrent pas comme ils deb voient, et ne voulurent jamais que je sceusse le nom des muletiers qui debvoient porter ses coffres, ne le temps de leur parlement, quelque instance que je leur en peusse envoyer £aire tous les jours. £t deux jours aprea leur départ, veindrent dire c[u'ils ne s'en estoient pas voulu charger. Car si j'en eusse esté adverty, j'estois bien asseuré que la friandise de quelque pistole eusse faict prendre de bien plus grandes charges que celle là. Et le mal est que depuis je ne sçay quel malheur a suîvy ces pauvres bestes, que l'une mourut soudainement la semaine passée deux jours aprez avoir faict mille saults de

^ LenwmsmaleTrittaadeSaint-AinaBt, la première, qui fut imprimée en 1687,

(k]è menCioDiië plus haul. in-ft% ches Kdier, sous oe titre : Thifrtme-

' Le conseSler d*âtat Aupi^ Galhnd, ciku et de Pcr^e ien éviu seignemimix,

<Mjà pkuievirs fois mentionna, avait priilîë m>ee les hix Amniei tm pags des ÀUngeoh

en 1699 un Traûi du frane^tteu (Paris, par Simm, eemte de Mon^t, Fan laïa.

ia-&*). Le livre amonoé par Peîreseest une Voir BibUograpkk ktstonjue de /a Firtmce,

seconde édition, plus ample d'un tîera que nT 89950.

gaillardise, et laultre que j avoys destinée à M' de Beliievre 1 5 jours devant estoit tombée malade aussy soudainement un jour dont la veille elle avoit paru la plus gentille et la pli» gaye du monde, et toutefois on me Tapporta qu'elle sembloit rendre les derniers souspirs. Mais je la fis secoarir si à propos, quelle s'est eschappée et semble prendre courage aultant que jamais. J estime qu'il ayt esté cours de quelque maladie incognûe à nous, qui soit particulière pour les cbats, car il en est mort tout plein daultres, et particuliei*ement deux cbattées du poil du vostre, qui estoient des plus beaux que j'eusse jamais eu, qui sont tous morts l'un aprez l'aultre, sans apparance de mal précédant lorsqu'ils pouvoient estre bons à donner, et non seulement des petits, mais des grossets aussy. Ne m'en estant resté qu'un qui semble encores bien gaillard et que je faicts cboyer tant que je puis, pour en accompagner celuy de M'^de Beliievre, s'il se trouve en estât de le vous envoyer, car s'il peult eschapper il sera plus gros et plus vigoureux, cette année, les aultres chattes du poil de rat n'ayant pas fiaict race qui vaille le garder. On nous faict feste du Levant d'une aultre race qui seroitbien d'aultre requeste ^ si nous en pouvions avoir, car ils sont touts blancs et ont le poil long et crespellu^ comme les chiens barbets, dont la queue levée £aict le plus beau pannache qu'il se puisse voir, ce dict on^.

À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY

À PARIS

Monsieur, J'ay receu vostre despesche du 5"^ avec les pièces que vous y aviez joînctes, dont je vous remercie trez humblement. J'ay eu tout plein de

' C'est-à-dire recherAe. Cette dio«e «rt A. Paré, 0. de Serres, J. du B^y, etc.

de requête, se disait d'me diose rare, dif- Dans ie Gloiêaire de La Gume de Sainte-

fieiie k avoir. Palaye «m me Croate que la forme eretpê.

* Littrë signale la forme eregpelue au» ' Vol. 717, fol. #67*

lettres de Rome sans qu on m*ayt depuis rien dict de la bibliothèque du cardinal Barberin et sans que M' Holstenius m.ayt escript, mais M' de Bonnaire me mande qu'il l'avoit prié de l'advertir de quelque commodité de m'escrire.. Nous verrons si le prochain ordinaire nous apporteroit ses lettres. Ce pendant je n'ay pas laissé d'escrire pour M' Bouchard, au cas que le cardinal n eust songé d'y employer M' Holstenius, et pense que ma lettre arrivera à temps, car l'Evesque de Vaison avoit remis son sacre au jour d'hier de la Nostre Dame de la my aoust, jusques auquel temps la charge ne sembloit pas estre formellement vacante. Il me tardera d'entendre que l'un ou l'aultre y soient employez. Si M' Rigault marchande tant S je me doubte qu'enfin il n'en fera rien et y aura par aprez du regret; s'il ne s'y peut resouldre pour sa personne, il debvroit faire effort pour y introduire son filz, car pour le monde ce mestier la vault mieux que le sien. La vie du Tertullian sera une rare pièce si M' Rigault s'en peult donner la peine. Nous n'avons poinct veu le Guill[aume] de S* Amour ^, mais quelque rudesse qu'il y ayt, si faut-il apprendre de ceux de ce siècle là, pour goffe^ qu'il puisse estre, en quelle manière on traictoit cez nouvelles introductions, et tousjours sera t'ii bon d'avoir ce livre tost ou tard, s'il en eschappe quelque exemplaire. Quant au P. Renaud minime, c'est la vérité qu'il y a assez long temps que nous nous cognoissons; je luy ay bien de l'obligation de ses honnestes offres, mais il n'a pas tousjours ^i bonne mémoire de ses promesses, car depuis qu'il passa par icy, je n'ay jamais

' Pour devenir cooseiller au parlement de Metz.

* Oa sait que ce théologien naquit, vera le commencement du xiii* siècle, à Saint- Amour, eu Franche-Comté, qu'il fut docteur de Sorbonne, chanoine de Téglise de Beauvais, professeur de philosophie à Técole du Parvis de Notre-Dame de Paris , recteur, puis syndic de TUniversité, et qu'il mourut le i3 septembre 1979. Voir sur Guillaume de Saint-Amour l'article de Petit-Radel dans

YHistoire littéraire de la France (t. XXI, p. 1 97-a 1 5 ). En cette dernière page on trouvera divers détails sur l'édition dont parie Peiresc (Constance, i63a, in-6*), édition qui fut l'objet d'un Arrest du privé conseil du Roy, du 1 4 juillet 1 633 , lequel fut imprimé la même année, à Paris, chez Cramoisy, en une brochure de &3 pages in-is.

* Nous avons déjà trouvé (t. I, p. 3a6) Tadverbe 'goffement employé pour grossOre^ ment.

[1633] AUX FRÈRES DDPUY. 581

eu de ses nouvelles que par dés persones interposées ; il est vray qu'il n y a pas moings perdu que moy pour sa curiosité. C'est pourquoy, s'il faict rien de ce qu'il s'est chargé, il passera la mesure de ce que j'en puis attendre, mais je vous prie que ce soit entre nous. Au reste j'ay receu par les Moreaux de cette ville un fagot de livres où j'ay trouvé le pacquet in-8^ de M' Lhuillier et un in-4** de M' Moreau, avec une sienne lettre du 3°^ juin à laquelle je pensois respondre par l'ordinaire dujourd'huy, mais je fus destourné pour ne dire assassiné ^ tout dimanche et tout hier, et je crains bien de ne pouvoir cette matinée escrire à persone qu'à vous, auquel cas vous ferez s'il vous plaist mes excuses si aulcun s'enplainct, comme ils pourroient avoir raison de faire. J'ay par mesme moyen receu deux exemplaires du volume variarum [lectio* num\ de M' Petit % le3 œuvres pieuses de M' Godeau in-i6^^, un discours de l'Estat et courone de Suéde in-û*** et celuy de Cl[aude]

' Nous avons déjà trouve le mot assoimi pris dans le même sens métaphorique, tl,p. Aa3.

• Le8F(irûs7ec<f(m€s(Paris,i633,m-A''), dont il a ëtë question plus haut.

' Dans le Catalogue des (ewree laméee par les académiciens morts avant l'année ijoo, de rabbë d'Olivet, à la suite de YHistoire de l'Académie française (t. II, i858t p* ^â^)* on trouve l'indication d'un titre et d'un format différents : v Œuvres Ckrestiennes , Paris, in-8% i633. Augmenté de deux volumes dans l'édition de 1 64 1 . « Voir sur les Œuvres chrétiennes l'étude déjà citée de M. R. Kerviler sur Antoine Godeau (p. la-ai).

* Un jeune et très savant bibliographe, M. Henri Slein (des Archives nationales), a bien voulu répondre ainsi qu'il suit, c'est-àdire le mieux du monde, à mes questions sur ce sujet : tr J'ai trouvé à la Bibliothèque nationale le Discours de l'Estat et couronne de Suède divisé en deux parties, la première contenant une description géographique très

particulière de toutes les provinces qui en dépendent, la seconde un abrégé de l'histoire de tous les roys de Suède jusques à présent ( Paris , chez Augustin Courbé, m.dc.xxxii, in-S"*). II y a du ro^e volume deux autres éditions, publiées au Mans, chez Gervais Olivier en i633, et chez Hierosme Olivier en i656. Le contenu du livre ne parait pas beaucoup différent, mais le titre assez dissemblable nous donne quelques l'enseignements. Je lis textuellement sur le titre de l'édition de 1 656 : Discours de l'Estat et couronne de Suède, divisé en dix chapitres. . . fait par E. G. T. P. D. L. D. /., seconde édition reveûe, corrigée et augmentée.

D'après Barbier, l'auteur serait Eustache Gault, Tourangeau, prêtre de L'Oratoire de Jésus.» J'ajouterai que presque tous les biographes du P. Gault n'hésitent pas à lui attribuer le Discours, depuis Moréri jusqu'à Tabaraud {Biographie universelle)^ et l'anonyme qui a fourni l'article Gaub à la Nouvelle biographie génénUe, et enfin le

582 LETTRES DE PEIRESG [1633]

DauBquius, que je nattendoys plus, in-/i^ des Terres flottantes S dont je vous ay bien de Tobligation, vosire soing nous fieûsant jouyr des plus curieuses pièces du temps. Je Tay faict couldre pour l'envoyer à M' Gassendi à Digne, qui Tatt^d avec impatiance^. J'oublioys de vous dire que Ton escript de Rome qu enGn il a fallu que le pauvre Galilée ayt déclaré solemnellement que ce n estoit pas son advis que la terre fust mobile, encores quen son dialogue il leust appuyé de fortes raisons, et qu'il estoit de laultre advis contraire. Vous aurex des lettres de M' de la Fayette, non seulement de fraische datte, maisaussy de la semaine passée, parce qu'on les apporta céans en mon absance, et qu'on les bailla à des femmes qui oublièrent de m'en parler, jusques à ce que l'ordinaire fust party à mon grand regret. Il y a eu un peu de mal entendu, qui a esté bien tost raccommodé, entre le Parlement et M' de la Poterie qui avoit faict le commandement au greffier de la cour de luy remettre certaine procédure criminelle que le Roy avoit evocquée et renvoyée à luy; la Compagnie ayant trouvé mauvais qu'on intendant de justice voulust commander le greffier de la cour au lieu qu en cas pareil quelqu'une des parties se pourvoyoit par requeste pour faire ordonner que la procédure seroit portée, à quoy on ne formoitpas de difficulté, ou bien les commissaires soit du Conseil ou d'aultres compagnies souveraines venoient visiter la Compagnie, liaquelle, ayant esté advertie de leur commission , ne faisoit pas de difficulté d'ordonner au greffier de leur remettre les procédures nécessaires, ainsi que nous l'avons aultres foys veu practiquer par Mess" Vignier de Janicour , Frère, lors maistre des requestes , qui est à présent pr[emier] Présidant de Grenoble, leBailleul et aultres. Et par feu M'^ d'Herivaulx, conseiller de la Grande

P. IngoM, qui, s'il n*ea a rien dit dans la Bibliographie cnatorierme, l'avait déjà in* diquë dans son ëdition du Recueil du P. Cloy^ seauit et doit s'en oecaper encore dans un travail spécial sur les deux frères Gault.

* No«8 avons trouve plus haut (lettre GXIX) mention des Terrœ fimUmlne da cha* noine de Tournai.

' On sait (f» Gassendi s'était occupé des Iles flottantes. Le P. Bougerel rappdie ( p. &]-&d), d'après le recueil des lettres manuscrites françaises de son héros, foe, pen* dant son voyage en Hollande, 3 cirroya (en i6«9) à Peifwc une description des lies flottantes de SaintOmer, description l'^prodaile en partie par le savant biographe (p. ia-âS).

[1633] AUX PRÈRBS DUPUT. 583

Chambre du Parlement de Paris. De quoy M' de la Potterie estant de* meure d'accord et de faire supprimer ses expioicts de commandement et son ordonnance prétendue, il vint sammedy à la chambre des vacations Jaquelie, aprez qu'il fut sorty, fit délibération que le greffier luy baiileroît extraict des informations dont estoit question pour procéder selon larrest du Conseil et neantmoings que trez humbles remonstrances seroient faietes au Roy sur la eonsequance. Car bien que Tarrest ne porte quedWyr les criminels, le bmict est qu'il entend les juger définitivement bien que les informations soient faietes de l'authorité du Parlement Sur quoy je finis demeurant, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur,

DB PsiBESC.

A Ail, ce 1^ aontt i633*

Je pense qu'aprez l'assemblée des com[mu'nau]tez mandée à Pertuys à demain, ii fauldra envoyer quelqu'un au Roy par qui je verray de me descharger de ce qui m'est demeuré en main desjà longtemps y a.

Je vieas de recevoir des nouvelles d'Italie qui seront cy jointes. En^ voyez s'il vous plaict voz lettres tousjours soubs l'envdoppe de M"" du Lieu comme vous fiedsiez, ear celles qui viennent dehors sont bien souvent mal traietées et les enveloppes deschirées^

À MONSIEUR, MONSIEUR DUPUY

À PARIS

Avec vostre despesche du i a"^ de ce moys j'ay reeeu la eoppie de l'arrest de Lorraine, ou de Bar, dont la qualité monstre bien que les

' Voi.7i7,JbK ^70*

choses sont en mauvais termes pour ce prince là, qui a cherché son malheur et quasi forcé le Roy de le chastier, comme les Rochdoys, lorsqu'on avoit le moings d*envie de s'en prendre à luy. J'ay apprins qu on a exécuté à Metz un certain ohservanlin desfrocqué par jugement du présidant Charpentier, qui a advoûé d'estranges choses, lequel avoit trouvé son asyle aux gardes de M' de Lorraine. Et si ce qu'on en dict est véritable, je ne pense pas qu'on veuille pardonner à M' de Lorraine si on a de quoy le chastier, comme il semble qu'il n'ayt gueres de moyen de s'en garentir en cette conjoncture. C'est pourquoy je pense que le jugement de cet homme et les chefs résultants de son procez soient des plus rares et plus curieuses pièces du temps présent, si les bruicts qui en sont venus jusques à moy ne sont supposez. Vous en devez sçavoir de plus certaines nouvelles que nous. Et si cela vous estoit eschappé, il ne vous sera pas malaisé d'en apprendre le fonds. Nous avons maintenant de bien estranges nouvelles à vous dire, bien qu'elles ne soient pas de telle importance, sur le subject d'un coup de tonnerre qui tomba le jour Nostre Dame dans l'église du lieu de Mazan au comté Venaiscin S où il tua le prédicateur en pleine chaire^ et trois ouquattre aultres personnes, et en blessa une vintaine, et aprez que l'on croyoit que le péril fust passé, un second coup remplit toute l'église de feu sans faire plus de mal à personne, et seulement brusla les ornements de l'église; vous verrez les lettres originales que je vous en envoyé*, en attendant une relation plus exacte. A quoy il fault adjouster qu'un bonneste homme du lieu d'Aiguières en Provence, du diocèse d'Aries*, re-

^ Commune da dëpartement de Vaucluse, * Tapprend le récit (mentiomië dans la noie

arrondissement et canton de Garpentras, à prëcélente) fieiit par Tabbë Motta, vicaire de

7 kilomètres de cette ville. Voir dans le Mazan. Voir ce même récit au sujet des

fascicule IX des CorreqMmdants de Peittêc autres victimes de Tacddent.

{Lettres inédites de Sahmon AkwU, rabUn ' Lardationdu vicaire de Mazan, Fabbë

deCarpetUras,f.h^'5t) wiï document inédit Motta, et une lettre écrite paiement de

relatif au coup de foudre du i5 août i6âS, Mazan, le i6 aoAt i633, par le P. Gassian, I

tiré du registre LUI de la collection Peiresc récoUet, cette dernière lettre publiée, i la

à ringuimbertine. suite de la relation, à la dernière page du

* Ge prédicateur était crie R. P. Sauveur, fasciccde IX des Corre^ondants de Peiresc.

observantin récoiletd*Aix», ainsi que nous * Aujourd'hui Eyguières, chef-Keu de

vebant de porter quelque argent à Gadarousse ^ et passant prez du village de Mazan sur le moment de ce desastre, fut enlevé dessus son cheval et porté en l'air deux ou troys cents pas loing, son cheval l'ayant suyvy au petit pas, sur lequel il remonta bien effrayé, et se rendit chez luy, où il est dans un lict bien malade et bien troublé de cet accidant. Le mesme jour de Nostre Dame , à prez de trente lieues loing de Mazan , prez des isles d'Ieres, troys jeunes hommes du lieu de la Valette prez Toulon 2, estants à la chasse, et s'estants mis dans un batteau de pescheurs pour passer en une isle où ils en pensoient trouver à foison, comme ils estoient dans le milieu du destroit de la mer qui sépare l'isle de terre ferme, un tourbillon de vent vint enlever un de cez troys qui estoit fîlz unique, neveu du sieur Farnoux^ revenu depuis peu d'exercer la charge de consul de la nation françoyse au grand Gayre, et porta le jeune homme dans la mer sans que ses compagnons s'en apperceussentjusques à ce qu'ayants apperceu un chappeau dans la mer, ils virent que leur compagnon leur manquoit, dont les officiers ont dressé leurs procez verbaux et informé. J'en ay envoyé demander une relation pour joindre au reste. Gependant huict galères de Gènes, ayants suy vy à la piste un navire Flament qui estoit venu faire aygade * et prendre des r'affraischissements aux meys [sic) * d'Ieres, l'attendirent au sortir des isles et le combattirent avec grand advantage, car le vent l'avoit abandonné, se tenants justement à la portée du canon de Gorsec, de sorte qu'il ne pouvoit les attaindre avec le sien.. Enfin ils luy firent abbattre les voiles et s'en rendirent les maistres, le cappitaine n'ayant jamais voulu abandonner son navire, et les matelots estants descendus pour faire leur consulat, sans que nous ayons encores peu sçavoir soubs quel prétexte on l'a attaqué dans les meys du Roy à la veue de la ville

canton de rarrondissementd* Arles, à A8 ki- sul d'Alexandrie, écrite d'Aix le 9 mars

lomètres de cette ville. 1 639.

^ Caderousse, à 6 kilomètres d'Orange. * Sons le mot aiguade, le Dictionnaire

* La Valette, à 5 kilomètres de Toalon. de Littrë ne donne aucane citation.

' On a dans le registre 01 des Minutes ' Je renonce à expliquer ce mot; peut-

de la bibliothèque de Carpentras (fol. 366 ) être s'agit-il là tout simplement du mot mers

une lettre de Peiresc à M' Farnoux, con- défiguré par la substitution de Vy h IV.

Page 1