II
d'ieres, ks despesches estants passées jusques à Pertuys vers ie Mares^ chai, mais si mon frère en revient à ce soir, comme il le nous faîct espérer, et que} en appraigne davantage, )e vous en feray part. L'assemblée a esté tenue, et les resolutions s'en dévoient publier à ce matin. On y aimpofié cent libvres pour feu exigeables dans troys moys au tiers par moys, ce qui faict la moietié de ce que le Roy a voulu, et ie surplus sera emprunté. On y a advoûé une assignation de i5o mille libvres que M"" de BuUion a voulu qu'on paye par advance cette année, de la première paye de la prochaine. Il me tarde bien d'apprendre si on ne despesckera personne en cour, ou qu il se présente quelqu'aultre commodité asseurée pour vous faire tenir ce que je voua avoys appresié long temps y a pour satisfaire à touts cez curieux libvres quii vous a pieu me faire retenir, et envoyer par le sieur Perrin, par laquelle voye il fauldra attendre cez exemplaires de l'epistre de S^ Clément. Il m'estoit malaisé de garder longtemps celuy qu'il vous pleut m'envoyer par la poste, daultant que ce2 choses perdent la meilleure partie de leur grâce quand elles arrivent tard, et surtout si ^es sont prévenues d'ailleurs. C'est pourqooy je ne deubs pas perdre de commodité de luy faire passer les monts, où eUe estoit attendue en grande impatiance. Je ne manqueray pas de vous accuser la réception de teuts les fagots de libvres qui viendront de vostre part, mais je vous supplie dezhorsmais d'y faire cotter sur l'enveloppe la datte du jour que vous les envoyerea au dict aieur Perrin, afin qu'à l'arrivée je puiisse recognoistre le t^nps de leur seafour par les chemins. Car le dernier avoit esté bie» longtemps puis que c'estoit avant que le sieur Prieur de Roum^ules allast à Bordeaux. Nous vous avons bien de l'obligation, M^ Fabrot et moy, du souvenir qu'il vous plaict avoir de son Théophile, et avons esté bien aises d'entendre que l'ouvrage de M' du Chesne aye d'aultres assossiez qui n'ayent rien de commun avec les entreprinses particulière^ du sieur Cramoisy. Il fera beau voir eette Amérique de Laet^ On m'a dict qu'il
* Il sagil là du célèbre ouviifige de Jean i633, iiwibi.). Voir le Manuel du Shraire, de Laet: Noms oHhs, seu descnptiimis Inàim' 1 111, coL 7/11; Lu Elzmer, par A. WSlems. occidentaUs libri XVIH (Leyde, Elsevier, p. ^5.
[1633} AUX FRÈRES DOPUY, 587
y a une chronologie de Lan8bergiu8 c[ué je seroys bien aise de voir ^ cet homme estant assez exacte en ses aultres onvraiges à comparaison dn commun. Vous avez raison de dire que le livre des Isies flottantes n'est pas ce c[u on eust attendu sur un subject si extraordinaire; neantmoîûgs je n'ai pas esté marry de le voir. J'ai vu dans le cahier de supplément de la Gazette ou 1 3"^ feuille, du 1 1 aoust, entr'aultres livres à vendre, ce volume des poètes Grecs d'Henry Ëstienne fol. où vous disiez qu'eetoit la Vie d'Homère par Plutarque^, lequel j'achepteroys volontiers , ensemble le Sébastian Serlio de TArchitecture iu-fol.^ sans que je trouve le prix un peu cher. Mais s'ils sont encor en estai quand vous recevrez mon petit paquet, je ne laisray pas de me rançonner du prix cotté, s'il •ne s'en peult rien rabbattre, ou s'il ne s'en rencontroit ailleurs par hazard, à prix plus modéré, d'aultres semblables bien complets, car pour la relieure je ne la considère guieres. Vous aurez à ce coup des nouvelles de Constantinople et du Mogor, dont je vous prie de faire voir la relation au sieur Gailhard pour la monstrer à un de mes amys qui est curieux de telles chosettes. Et sur ce je demeure, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peirssg.
A Âix, ce 99 aouBt i633.
On nous mande qu'il y a grand bruict à Lyon d'un edict qu'on dict estre sur le tapis au conseil du Roy, pour l'establissement d'un parlement à Lyon, les uns y trouvant aultant de subject de desplaisir que des aultres de contentement.
 ce matin, sur la présentation des facultez du nouveau légat d'Avi-
^ Cktùnohgiœ êocrm libri très (Amster^ i55i). Voir de nombreux détails sur
dam, lôaSt in-&*). cet ouvrage dans le Manuel iu libraire,
• Voir ce que Gassendi rapporte (p. 36 1) l. V, col. 3o4-3o5. L'architecte Sébastien au sujet de la Vie d'Homère et des poètes Serlio naquit h Bologne en 1^76 et mourut grecs édites par Henri Esti^me. h Fontainebleau en i5&a.
* Libri einque d'areUtettura (Venise, •
gnon le cardinal Ânt. Barberin, la Chambre des vacations, ayant faîct appeller tous Messieurs de la Cour trouvez dans la ville, a refusé lannexe acoustumée jusques à ce qu'il eust r apporté lettres patentes du Roy. Ëncores que le Parlement de Grenoble, les chambres assemblées, eusse faict arrest d'enregistration à la charge de rapporter les dictes lettres patentes dans six moys. Mais nous avions un arrest du 1 7 octobre 1623 sur la vérification des facultez du prédécesseur, portant que pour cette foys on le recevoit à la charge de rapporter lettres dans deui moys, mais quà ladvenir on ne le feroit plus, sans lettres patentes précédantes, à cause qu'on avoit par aprez trop .tardé à rapporter les lettres du Roy nécessaires ^
A MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
J'ay bien eu du regret que M' Rigault se soit trouvé party, à l'arrivée du Philon Byzantin, mais puis que c'est pour une si bonne occasion, il ne le fault pas plaindre ^. Vous me ferez faveur de m'en faire faire une coppie par vostre coppiste Grec, ayant fort bien deviné que nous ne pouvons pas avoir icy des persones bien propres à s'en acquitter, selon le mérite de telles pièces. J'ay eu mille peines à trouver quelqu'un pour transcrire un cahier que j'avois envie, de vous envoyer, de l'an de mes volumes Grecs m[anu]s[crit]s derniers venus, pour voir si quelqu'un de cez Messieurs de delà vouldra prendre la peine d'en examiner un peu le style, car nous n'y cognoissons rien. Et je m'asseure qu'on aura bien tost recogneu de par delà, de qui ce peult estre. Lie volume est assez grosset , in fo^, plus large que l'ordinaire , et le caractère est fort semblable au volume des eclogues de Constantin; que s'il n'y a moyen de faire transcrire un cahier tout entier, je verray à tout le moings d'en
* Vol. 717, fol. 5173. — * Rigault était parti pour Metz, où il était allé preodre possesùoQ de sa charge de conseiller.
faire transcrire un feuillet. Jattendoys icy M' Petite pour prendre la peine d'examiner un peu plus curieusement et plus patiemment que moy touts cez fragments de volumes Grecs. Mais il a esté fort malade à son retour chez luy et le menassoit on d une fiebvre eitique ^, dont je le plaindroys bien. Mais il se porte mieux, et je l'ay fort pressé de venir icy changer d'air pour quelques jours durant les vacances, je ne sçay s'il se pourra resouldre, car l'air de cette ville est meilleur pour cez mauvaises dispositions là que celuy où il est. Je n'attendoys que cela pour voir de ranger plusieurs cahiers descousus et hors de place, afin de les faire couldre et relier quelques pièces, et incontinant vous en envoyer une caisse,. entr'aultres ceux que demande le bon P. Mercene. Mais s'il ne se resoult bien tost, possible me resoudray je de les vous envoyer tels qu'ils sont, car voz Messieurs de delà prendront possible plaisir de les ranger d'eux mesme comme ceux des eclogues. J'envoyeray par mesme moyen les deux volumes Samaritains, dont l'un faict la version Arabique entière du Pentateuque, mais en charactere Arabe, et l'aultre contient divers discours moraulx, et de piété, et quelque chose d'histoire, entr'autres la Généalogie de Mahomet.
Ce livre du Glymacus Grec-Latin feroit faulte à l'assortiment^ puis qu'il se trouve, mais il me desplaict que l'assemblée n'ayt pas faict la deputation que nouf pensions , et qu'il passe si peu de gents maintenant en voz cartiers. On m'en faict attendre pourtant dans peu de jours. Et parce que les galères du Pape viennent à Marseille à ce moys de septembre, je pense qu'elles amèneront quelques uns du voyage de M' de Crequy. Si l'histoire de M' de Thou fust partie plus tost, c'eust esté une belle commodité pour l'envoyer, car malaisément pourra t'elle estre icy dans moins de six semaines, lesquelles à conter du â3 juillet iroient bien avant en septembre. Toutefoys il fault voir ce que pourra la Fortune.
' L'heliàuste et orientaliste Samuel Petit qui wJgo CUmacus appellalur. Opéra omnia
' Les contemporains de Peiresc écrivaient fgr. et lot.), interprète Matthœo Radero
étique ou hectique. (Paris, Séb. Gramoisy, t633, in-fol). ' Joannes sehobuticuê abhae mantis Sina,
Je plains bien la belle mère de M' Saulmaise S et encores plus sa belle sœur de sestre ainsin laissée enlever par un mftrault^ et croys bien qu on en vouldra faire un exemple pour desterrer un crime gui se rend si fréquent. Je plains bien davantage le pauvre ehat de M"* Aubery puis qu'il estoit tout porté sur les lieux, que ceux qui se sont laissez mourir de par deçà. Il fauldra les r emplacer à ce bon temps Dieu aydant, celuy que javois destiné à M*^ de Bellièvre s'estantfort bien remis, et en estant eschappé un àultre de mesme manteau, mais d'une aultre ventrée, qui sera plus robuste, et plus vigoureux, et plus grand; mais pour ceux de poil de rat, il s'en est encores perdu une ventrée toute entière depuis quattre jours, à faulte que les valets n'en ont point pris de soing à leur naissance. Il en reste encore une à naistre, mais elle ira si avant dans l'hiver, je veux dire si prez que malaisément vauldront ils rien; toutefoys j'y feray veiller plus soigneusement, puis qu'on s'est apperceu du temps que la chatte a esté cou* verte, car elles ne manquent pas d'un jour tout au plus les neuf semaines toutes entières, qui est une merveille de la nature, digne de plus de considération qu'il ne semble. Quant aux nouvelles, nous n'avons que celles d'Italie que vous trouverez cy joinctes qui viennent de M' de Sabran , à quoy un aultre adjouste que l'armée du duc de Feria est de 18 mille hommes et deux mille chevaux, et que l'on es-^ cript d'Auspourg que le maréschal Horn' s'advançoit du costé de Tyrol avec fÀO mille hommes, et que le Valstein songe à faire hyverner son armée. Pour cette province, depuis la closture de l'Assemblée dont vous aurez les principales délibérations, il n'y a rien que le voyage de M^ le maréschal de Victry à Tarascon et Beaucaire où il avoit esté
' On sait que Claude de Saumaise avait leurs généraux de la Suède, et que Gustave-
ëpousë Anne Mercier, fiilede Josias Mercier, Adolphe appelait son bras droit, naquit en
sieur des Bordes. iSga et mourut en 1667. Voir sur cet
* Connaissait-on rhistoire de renièvement homme de guerre une bonne petite notice
de M'** Mercier? Sait-on ce qu*il advint d'elle de M. E. Beauvois dans le tome XXV de la
et du manmltf Nouvelle biographie générale.
^ Gustave, comte de Hom, un des meil-
invité longtemps y a par cez Messieurs de Beaucaire, en recognoissance des bons offices et favorable secours qu'il leur avoit mené Tannée dernière. Je luy ay Éaict tenir là les lettres de M' de Thou et à M"" le marquis de Narmovstier ensemble à M' de la Fayette, et demeure^ Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Pëirisq.
A Aix, oe3oaou8t i(
J ay faict portraire la houppe de la plante Papyrus, mais elle n a pu estre coppiée assez à temps; ce sera Dieu aydant pour le prochain ordinaire.
Cependant, ne pouvant mieux, vous aurez une page de ce volume m[anu}s[crit] Grec de quelqu'un des anciens Pères, dont nous n'avons peu recognoistre le style ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Je ne pourray pas à ce coup tous entretenir à souhaict, ayant esté tout destracqué depuis d& heures, pour la maladie de la fille de mon neveu laquelle est à l'extrémité, et par disgrâce je suis tout seul, tout nostre monde, hommes et femmes, estant à Marseille , et je suis bien mal propre à cez soings. C'est pourquoy vous m'excuserez, s'il vous plaict, si je me contente de vous accuser la réception de vostre despesche du a6 aoust avec toutes cez belles pièces que vous avez joinctes au Philon Ryzantin , dont je vous remercie trez humblement , et mesme de l'extraict de ce Philon cp'il vous a pieu me faire faire, qui m'est un grand sou-*
* Vol. 717, fol. 374.
lagement, ayant bien doublé de ce que vous dictes, pour le regard de la foy de cet autheur, qu il y ayt de Tampliation de rhéteur, mais tousjours auray je de la peine à me persuader que ces Pyramides n'ayent esté incrustées de quelque aultre pierre plus précieuse ou mieux taillée et adjustée que celle qui y reste, puis que Ton nous dict quelles sont fort inesgales, et assemblées quasi témérairement. Nous avons icy un mausolée en forme de tour ronde toute solide, enrichie neantmoings par dehors de colonnes au plus hault estage et de pillastres aux aultres du dessoubs , mais derrière les incrustations, le noveau du mitan paroict encores, de la mesme sorte, composé de grands et énormes quartiers de pierre, assemblés quasi témérairement les uns sur les aultres, et en quelques lieux y est demeuré un petit passage entre ce noyeau et l'incrustation, car je ne trouverois pas un si grand miracle en cez Pyramides, s'il n'y avoit esté faict que ce qui s'y void. Toutefoys je m'en rapporteray tousjours à cez Messieurs qui ont esté sur les lieux et qui par conséquent sont plus cappables d'en juger que nous. Teusse bien voulu escrire à M' Bodier et au R. P. Mercene, mais il est meshuy bien difficile; vous leur ferez, s'il vous plaict, mes excuses. Jay receu de Tunis un mémoire sur ce que le bon père desiroit sçavoir de la musique des Turcs, que je mettray possible céans, encores que je ne luy peusse escrire, pour ne le laisser languir en attendant l'aultre ordinaire. L'on m'a aussy envoyé de Marseille les coppies des aultres deux chartes d'Alfonce de Gastille ayeul et de son petit filz de mesme nom que je n'avoys peu extraire dernièrement, quand j'en tiray la troisiesme que vous m'avez renvoyé. Je n'ay pas seulement eu loisir de les lisre et les vous envoyé pourtant et à M"* Godefroy, attendant la veûe que l'on me faict espérer des originauix, dont on faict la recherche dans les archives S^ Victor. Du restant de vostre lettre j'en ay usé selon voz ordres précisément, priant Dieu qu'il nous donne ce qu'il juge nous estre nécessaire. J'ay receu un fagot de livres par les sieurs Moreaux où j'ay trouvé un exemplaire de ce petit traicté d'Hortensius \ et de
^ Ce petit traite, dëdië par le mathématicien de Deift à Gassendi, était intitulé : Martini Hortenm diêserUUio de Mereurio in sok viêo (Leyde, t633 « in-&*).
celuy du P. Malapertius ^ sur les macules solaires que je desiroys avec grande passion '-^^ et eusse bien «ouhaicté qu'ils eussent esté doubles, pour en pouvoir faire passer l'un en Italie , car je n'ose le faire de peur de m'en trouver despourveu, comme de celuy de Schickard. J'ay prins plaisir de- voir ce Malapertius, et bien que sa supposition reçoive de grandes difficultez, si est ce que je n'en trouve pas moings à l'aultre advis plus communément receu du P. Scheiner, voire j'y trouve des choses plus mal compatibles qu'à l'advis du P, Malapertius. Nous avons receu par mesme moyen cet autheur si bien imprimé en Hébreu in 4°. Il fauit advoûer que lez Hollandoys font mieux que nous. J'ay rendu le fagot du P. Minime couvert de toille verte à son addresse, et me suis dispensé d'ouvrir celuy de M' Gasseud selon ses ordres et de M"" l'Huillier, y ayant trouvé un livre in 4° d'Angleterre des Veritez et Révélations qui mérite bien d'estre achepté s'il s'en trouve à vendre*. Je l'ay faict couldre et couvrir promtement avant que le faire tenir à M' Gassend, parce qu'il n'a pas des libraires à Digne. Il aura cet advantage à la liberté que j'ay prinse d'ouvrir son fagot. Je vous rends mille grâces trez humbles de voz nouvelles, et ne puis vous rendre aulcune revanche que de celles de Languedoc que l'on vient de m'envoyer, et que je n'ay pas seulement veûes. Estant de tout mon cœur, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Pbiresc.
A Aix, ee 6 septembre li
^ Charies Malapert, ne à Mpns en i58i, entra dans la Compagnie de Jésus en i6oo , fut professeur en Lorraine, en Pologne, à Douai, devint recteur du collège d'Arras et monrut en i63o à Victoria, se rendant à Madrid où Philippe IV Tavait appelé pour enseigner les mathématiques.
' Aucun ouvrage spécialement consacré aux macules solaires n'est cité dans Tarticle Malapert de la BMwAkqut des éerwame
de la Compagnie de Jésus. Mais on y signale un ouvrage de Tannée i633 dans lequd le P. Malapert a dû s'occuper des taches du soleil : Austriaea sidéra heliocyclia astronO" mieis hypothesilms ill^ata; opéra Ré P. Giroli Malapertu Be^fœ Montensis (Douai, in-i*).
^ De verùate proùt dittinguilur a révélatione, a verisknili, a possUnU et a falso (Londres, i634, in-i*). Ce livre d'Edouard
Nous avona obtenu la permissiou que desiroit M"* de Valoya^ de faire transcrire les oeuvres non imprimées de Libanius dans la bibliothèque d'Âuspourg ^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Par le dernier ordinaire de Lyon je reeeus vos despesches du â sep* tembre, avec la petite boitte pour Rome qui seroit allée par le dernier ordinaire si elle feust arrivée un jour plus tost, mais ce sera Dieu aydant dans dix jours par le prochain. Cependant j ay aujourdhuy receu par la voye des Moreaux deux fagots de livres fort bien conditionnez dans lesquels sest trouvé tout le contenu que vous aviez cotlé sur lenveloppe de chascun de vostre main tant pour ce qui accompagnoit le livre de f Amérique de Laet ', dont vous aviez oublié de retenir un memcHre, que pour ce qui accompagnoit les deux exemplaires de Tepistre S^ Clément, et le livre de M' Midorge, conformément au mémoire qu en aviez retenu et datte du â aoust qui est venu dans vostre lettre du 2 septembre, si ce n'est que vous n y cottiez que deux exemplaires du discours de M' Juste! in-4®*, et toutefoys il s'y en est trouvé troys,
Herbert de Gherbury avait déjà paru à Pa- On conserve à la Mëjanes d'Aix (ms. loaA ,
ris, eo i6a&, et devait bientôt reparaître à fol. 97) une lettre en latin dans laquelle
Londres augmente du traité : De cratiMf 01TO- le dvecteur de la Compagnie dee Indes
rinii(i645,îii^4'').On8aitq[ue le philosophe demande à Peirede (Leyde, 9& mai 169&)
diplomate traduisit lui-mftme le De writate des échantillons de divera minéraux et de
en langue française : D9 la Vérité, en UaU diverses pétrifications que Ton trouve en
qu'eik Bit dùtinete de la révélaUm, du vrai- Provence, en échange d*échantillons de sem-
sembkbk, etc. (1639, in-A*), Uables objets qu'il adresse au grand curieux
^ Henri de Valois. provençal.
^ Vol. 717, fol. 276. * Diêeowê du duché de Bouillon ^ et du
^ J*ai ouUié de dire plus haut que Jean rang que lee ducs de BouilloH ont en Franee
de Laet ht un des correspondants de Peii^esc. (i 63S , in-4* ) .
[1633] AUX FRÈRES DDPUY. ^ 5«5
eomme voué aviez marqué sur ie fagot, de sorte qu'avec eeluy qui estoit dans le fagot de Laet, il y en a quattre exemplaires, qui trouveront aasez de bons maistres. Pleut à Dieu que les aultres fagot» que vous m'accusez tant du âo aoust dd l'Histoire de M' de Thou que du 27"* du mesme moys, où est le pacquet de M' Diodati pour le P, Campanella, fussent arrivez, pour pouvoir aller à Rome par les galères du Pape que l'on attend de jour à aultre à Marseille, car ce seroit une admirable commodité de les joindre aux mémoires du Languedoc de Gatel S et aultres livres que je faics estât d'envoyer au cardinal Barber in par les dictes galères. Je feray tenir à M' Gassendi les deux livres couvers de papier madré in 8^ cottez de son nom , tant de la responce de Du Moulin^ que de la retraicte d'Alcippe. Ne pouvant vous rendre assez de remerciments de la continuation de tant de soings et de peines que vous daignez prendre pour moy. Le quattriesme exemplaire de l'epistre S^ Clément, venu dez sammedy par l'ordinaire, fut îneontinant cousu , et a bien eu des veiies ^ avant l'arrivée des aultres deux du fagot du s aoust, dont je feray relier l'un proprement pour Rome avec ordre d'envoyer le précédant au cardinal Bagny, qui me le demandoît avec grande ardeur, et l'aultre du fagot sera pour moy, le quattriesme courra partout où besoing sera chez les amys d'icy et des environs, car quand ils ont une foys esté ployez et battus en plus petite grandeur que leur forme, ils ne se peuvent jamais relier bien proprement. £t après tout cela il ne luy manquera pas de maistre, Dieu aydant. J'ay eu avec voz despesches celle du bureau d'adresse d'ordinaire comme vous l'aviez bien jugé, mais à cette foys icy, j'y ay trouvé à redire une feuille de la relation du moys d'aoust d(mt on avoit doublé la première et laissé en arrière la deuxiesme, au lieu de quoy, on avoit mis le billet que je vous envoyé, où l'on me faict un deffy auquel je en m'attendoys imllemeiit^ car Je ne suis poinct résolu d'ouvrir de bureau d'adresse en
' Mémoires sttr l'histoire du Languedoc Pierre da Moulin et Guez de Balzac les JLat^ref (Todoase, i(ft33, méA.). de Jetm Chgfehm, 1. 1, p. la.
' lUfonêe à lahUn de M. de Babae ' GW^nlire : a été mmmaé par plii:
(1 633, iii-8*). Voir sur la polémique entre siems.
cette ville pour cette correspondance de gazettes dont je me tiens certainement bien obligé à M' Raynaudot, mais puis que dans les cahiers de la suitte des gazettes^ il a déclaré à tout le monde que pour une certaine pièce d'argent, il se cbargeroit d'envoyer les gazettes partout, il semble qu'il auroit aultant d'occasion de me les envoyer à moy comme à d'auitres pour mon argent, s'il veult maintenir de bonne foy la paroUe qu'il en a donnée toute mouUée si solemnellement. Que s'il vouloit dire que ce ne fust qu'aprez la publication dans Paris, ce seroit bien inutilement attendu qu'il n'arrive poinct d'ordinaire qui n'apporte les gazettes toutes fraisches non seulement à moy, mais à troys ou quattre aultres, qui en font si bon marché que les imprimeurs qui les contrefaisoient quelque foys n'y trouvant plus à vivre, ou à se r'embourcer de leurs fraiz,ont esté constraincts de s'en abstenir, tellement qu'en ce cas mon argent seroit bien mal employé. Et pour la communication des nouvelles, je suis un trop mauvais autheur pour en faire de capital sur moy S et me priveroys bien d'auitres plaisirs plus grands que la communication de la Gazette, plus tost que de m'obliger à donner aulcuns advis. J'ay creu que s'il vous alloit voir, il ne tiendroit qu'à luy d'y apprendre quelque chose de ce qui se peult divulguer sans regret. Je seray bien aise que vous le luy fassiez entendre de ma part, s'il ne vous est dezagreable, par quelqu'un des vostres qui luy fasse voir cette mienne lettre, et qui luy paye par mesme moyen les arrérages de la pension telle qu'il l'a taxée, ou aultre plus grande s'il y escbeoit; si non, je luy déclare que je le remercie comme je doibs de la faveur qu'il m'a £aicte jusques à cette heure , et que nous ne laissons pas d'avoir d'ailleurs la communication des mesmes gazettes, tout aussy fraisches, sans luy en avoir l'obligation à luy, car de l'édition mesmes de Lyon qui y est tousjours achevée dé contrefaire avant que nostre ordinaire en parte, il en vient tant qu'on veult à fort bon compte. Et je croys que puis qu'il ne veult pas que je trouve mauvais sa discontinuation, il ne trou-
^ littré n'ft pas recaeiUi Texpreseion : fuirt wn eai^ud de', avec exemples tirés de fnre de eapilàl wr quelqu'un. On trouve seu- Bourdaloue, de Féoeioii , de La Brayère , lement dans son Dtctiotmaire la iociition : de Pascal, de M"* deSérqpié.
vera pas mauvais aassy qu'un aultre acquière sur moy robligation dont il commance de ce lasser; que si en aultre chose y avoyt moyen de le servir, il se peult bien asseurer que je ne m'y espargneray jamais, soit qu'il continue ou non les faveurs qu'il a commance de me despartir. Ne regrettant en tout cela que rimportunité que vous y recevez, dont je vous crie mercy de bon coeur, aussy bien que de l'adresse de mes aultres lettres, dont je n'abuse poinct tant que je puis; et pour vous rendre compte du contenu de ma despesche du ââ aoust, je pense que vous aurez sceu ce qui avoit grossy le pacquet de M' L'huillier si extraordinairement, car il contenoit la responce de M' Gassend à Schickard, avec de grandement belles observations nouvelles tant sur le Mercure que sur aultres phœnomenes célestes bien curieux, dont j'avoys faict brocher en â/i heures une coppie escripte beaucoup plus au large, pour la pouvoir conférer promtement de par de là, sans retarda tion de l'envoy de l'autographe, afin d'en envoyer coppie à Hortensius. Et je croys bien que vous n'entendez pas que cela soit exclus du privilège de passer soubs l'adveu de M' de Lomenie. Le pacquet du sieur Gaillard n'estoit que de mes lettres à diverses persones dont j'estois bien aise de vous descharger du soing de les faire tenir en divers lieux, où il pouvoit aller quérir luy mesmes les responces, comme il est bien officieux. Geluy de M' Petrequin contenoit un bail ou aultres pièces de grande importance qui regardoient les interests de M' l'abbé de Montmajour \ qui est si proche parant de M' de Thou, que je ne pense pas faillir de vous en faire adresse, tant pour la seureté, s'estant perdu d'aultres despesches importantes, que pour les faire rendre plus tost, car elles ont tardé deux foys de beaucoup de jours et en occasions de grande consequance, avant qu elles passassent par noz mains. Et je n ay poinct veu que M' de S* Geosmes aye guieres envoyé que de simples lettres ouvertes hors de cette foys là. Sur quoy il fault que je vous dise que je tascheray d'en user le plus sobrement que je pourray, et que comme Jusques à cette heure nous avions tousjours payé le port à raison de
*^ Le fii» dëjk mentionné de Fr. Savary de Brëtes.
598 LETTRES DE PEIBESC [1633]
3 s[ols] pai' once de ce qui vient de Paris icy par 1 ordinaire, je ne sçay quelle bonne fortune a esté ]a nostre depuis le voyage que M' du Lieu fit icy, où mon frère et moy luy rendismes bien du service et depuis en deux ou troys occasions signalées, dans les assemblées des Estais et des cornmunautez,où l'on l'avoit voulu traverser, en sorte que meu de quelque remors de consciance , depuis deux ordinaires il n'a plus voulu m^ettre noz lettres avec celles qu'on faisoit payer, et les a faict joindre à celles du Roy et aultres qui vont franches, n'ayant rien voulu de son droict, ce qui a faict honte à Mess** les Moreaux qui nous avoient bien plus d'obligation que luy, lesquels n'ont rien voulu du leur nom plus, et ne nous ont plus mis en taxe noz lettres. Tellement que nous sommes bien plus fortunez que nous ne pensions lorsque nous nous y attendions le nK)ings. Ek; ce seroyt grande honte que les vostres fiissent moings privilégiées de par delà, soubs un nom si vénérable que celuy du bon homme M** de Lomenie S et qu'on s'en advisast de par delà lorsque de par deçà nous commandons de jouyr du privilège de franchise, et c'est à cette heure principalement que je vous supplie d'en user plus sobrement de vostre costé qu'auparavant, car quand je payois le port je n'avois pas de regret de le payer d'un livre curieux, et à cette heure qu'on me veult affranchir, j'ay plus de honte de charger leurs pacquets. La commodité est si belle d'envoyer les livres par les balles si réglées des mesmes Moreaux,. où ils ne font pas de difficulté de prendre le payement à raison de 5 s[ols] pour livre, que s'ils les recevoient tous jours aussy tost que celle du s aoust, je ne m'en plaindroys jamais. M' de Saulmaise jne demande des livres Cophtes dont j'attends bonne provision d'Egypte avant la fin de l'année Dieu aydant, et un livre Hébraïque, pour lequel j'ay escript à Venise, d'où j'en fis aultres foys recouvrer à feu M'' de la Scala, aultant qu'il m'eu demanda. Je ne luy sçauroys pas respondre par cet ordinaire, mais ce sera Dieu aydaM par le prochain infailliblement. J'ay qu^que aultre chose de ee Rîvius
^ Antoine de Loménie, né en i56o, avait alors soixante-treize ans et était, par conséquent, assez âgé pour mériter le titre de hm kotime.
si je ne me trompe de ia matière navale^ et un livre soubs le tiltre que vous dictes des Hiéroglyphiques Areana Arcanissima qui n'estoit que de TAlchimie; je seroys bien mortiSé si ce nestoit quelque chose de meilleur. M' le maresehal de Vitry vient de revenir de Marseille d'où il r'amene mon frère à qui je feray voz baisemains comme je vous supplie de faire les miens trez humbles à M' du Puy vostre frère, et de me tenir l'un et l'aultre, Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, D6 Peiresc.
A Aix, ce 19 septembre i633.
Mon homme avoit oublié dernièrement d'enclorre dans vostre enveloppe un feuillet Grec d'un m[anu]s[crit]dont je vous faisois mention, et un du Languedoc que vous aurez maintenant avec des nouvelles de Gènes et de Gonstantinople ^.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
A PARIS
Monsieur, Ge mot n'est que pour accompagner trente pistoles d'Espagne que je vous envoyé par la commodité de M" Farnoux , cy devant cQnsul en Alexandrie d'iEgypte^ pour M^ de Brèves, qui s'en va à Paris, pour voir
^ HUtorianavali8antiqua{Londve8^i63S)^ autres ouvrages, notamment une défense
ouvrage dëjk mentionné plus haut (p. î 56, de femperetir Justinien contre Alemanni
note A ). Une seconde partie, Hisiorm navalia (i 6d 6 ). média, parut en t &4o. La première édition ' Vol. 7 1 7, foi< 378.
(en un seul volume in-S*") est de 16Q9 ^ Voir, au folio 366 du registre III des
(Londres). Ajoutons que Thomas Ryves, Minutes de Tlnguimbertine , une lettre de
né vers 1680, mourut en i65i à Londres, Peiresc à Farnoux, consul à Alexandrie, du
et que ce docte magistrat a laissé divers 9 mars 1639.
cez Messieurs et donner raison du consulat, et instruction des affaires qu ils ont en Levant. Il ne manquera pas de visiter monsieur de Thou, et avec cette occasion il m'a promis de vous faire rendre en main propre ce pacquet qui estoit demeuré sur mon cabinet troys ou quattre moys y a prest à clorre, à faulte de commodité d'amy depuis que j'eus perdu celle de M"" de Piensin de ToHon, ne s'en estant présenté depuis àulcune aultre de ma cognoisçance. Au reste le dict sieur Farnoux a esté longues années en Levant, et particulièrement en ^Egypte, mais il n'estoit pas curieux comme d'auitres, pour le moings en ce dernier voyage qu'il estoit plus aagé et qu'il a eu de fascheuses rencontres. Il pourra neantmoings donner encores de bonnes instructions aux curieux qui le vouldront enquerre, et mérite plus qu'il ne monstre. Je m'asseure qu'il trouvera chez vous le bon accueil que les gents d'honneur y trouvent, à quoy je prendray part, et seray à jamais, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresg.
A Aix, ce 17 septembre i633 '.
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOGAT EN LA COUR, RÛB DIS POIGTBVmS DBBBiIeE V ANDB^ DBS AATI, 421IBZ H' DB THOD,
À PARIS
Monsieur,
La rivière de la Durance, ayant desbordé, conjoinctement avec le
Rhosne, jusques aux portes d'Avignon, a retenu nostre ordinaire troys
jours plus tard que de coustume, en sorte que nous ne l'attendions plus.
En6n il est arrivé encor assea à temps pour vous pouvoir accuser la
' Vol. 717, fol. a8a.
[1633] AUX FRÈRES DUPDY. 601
réception de vostre despesche du 9°** de ce moys, où j'ay prins plaisir de voir cez belles lettres de M' Grotius et de M"" Rigault aussy bien que les ad vis estrangei^, dont je vous remercie trez humblement, ne pouvant assez déplorer les occasions nouvelles de mezintelligence, au lieu des accommodements que Ton nous avoit voulu faire espérer. Dieu y mettra sa main toute puissante quand il le jugera à propos pour nostre bien, et ne le fera jamais âussytost comme je le souhaicte. J'ay veu comme le mot de Bepudium grecisé^ avoit rebutté voz MM" à Fabbord que vous leur aviez monstre cette feuille. J'avoys affecté de choixsir ce lieu là plus tost quun aultre exprez, pour leur donner plus de moyen de juger du temps et parce que ce mot n'a pas esté si tard naturalizé^ entre les Grecs qu'il ne se trouve dans Justin, ce me semble; je ne sçay pas pourquoy cez Messieurs ont voulu si tost condamner ce pauvre bon père sans l'ouyr, et sans attendre qu'il se prescntast, car ce sont des scholies continuées par l'Evangile de S* Mathieu dont il manque fort peu du dernier chappittre, mais au commancement il y a bien quattre chappittres de perdus, à mon grand regret, car je tiens un peu de Thumeur du bon P. Mercene que vous dictes estre de si bon appétit que toutes viandes luy sont bonnes, vous pouvant asseurer que j'ay souvent apprins des choses bien notables en des ouvraiges bien négligez, principalement en matière de pièces antiques, de quelque siècle qu elles puissent estre. Vous verrez un aultre passage du mesme autheur, dont je pense que feu M' Casaubon auroit bien faict son proffît s'il Teust veu, lorsqu'il en alleguoit d'aultres au mesme gens. Il fauldroit vérifier dans cez volumes des Catenas des Pères Grecs, si entre ceux qui ont faict sur S^ Mathieu on ne trouveroit poinct des vestiges
^ Soas le mol ftéciseï- Littré ne cite , en au xvi* siècle (V. Carloix, 0. de Serres,
sjn Dictunmaire, qu'un seul écrivain qui est Michel de Montaigne, etc.). Parmi les oon-
du xvui' siècle, Buffon, ajoutant, ii est vrai, temporains de Peiresc, Balzac s*en est plu-
quon trouve ce mot dans le recueil de Cot- sieurs fois servi. On aime à voir Peiresc,
grave. I) rappelle, de plus, que Ton disait qui a naturalisé en France divers ani-
aus» greeaniêer, comme on le voit dans les maux et diverses plantes, employer une
Reekerdkei de Pasquier. expression si souvent employée à cause
' Le mot naiwaliser était déjà employé de lui.