CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS D'ESTAT
ET SECRJÎTàlRE DE SES COMMANOEMBNTZ ,
À PARIS
Monsieur, Nous n'avons à cette heure aultres nouvelles du pais que l'arrivée des galleres du Pape à Marseille depuis deux jours, où elles ont porté 600 balles de soye de Messine; elles n'entrèrent pas toutes dans le port, ains tantost l'une, tantost l'aultre, parce qu'elles portent l'estendard avec lequel elles font difficulté de commencer le sallutà Testendard de France des nostres. Le mauvais temps les a obligées de refaire quelque chose et de spalmer' avant leur retour, ce qu'elles feront à Toulon
^ Vol, 717, fol. a8&. donner le sutf, elcn Uttrë donne à la fois
^ Ld Dictionnaire de Trévoux -déSnii eioù espaltner et spabner. Voir le mot espabni
ce mot : «r Terme de marine, pour signifier . dans le Ghssaire de La Cume de Sainte-
enduire les navires de bray ou de goudron. Palaye et les mots etfahèraie et spalvérade
Cestla même chose quepotaser, goydrmmer, dans le Lexiqm qoatë par M. Lud. Ldaone à
comme Ton croid, où il n'y a poinct d'estendard geoendl à saiiâer. C'est le grand prieur Nary qui les commande et qui, en quaUté de Graad Croix , doibt demain solennellement donner la Grand Croix à son con* frère M' le Baillif de Fourbin , cappitaine de la Galère Royale de France , et quiies coransande toutes en l'absance de M' le General. Mon frère y est allé cejourd'buy exprez^ pour adsister avec les consuls à la cérémonie, dont vous aurez la relation en temps et lieu.
Les ravages des eaux pluviales ont esté fort grands en touts cez quartiers de deçà, et estime t'on le daumage seulement dans le terroir de Marseille, à deux cents mille escus^, tant il y a de murailles abbatûes et de terres gastées. Noz pauvres gents de Boysgency eurent belle peur, mais il n'y a pas eu de mal grâce à Dieu. M"" noslre Archevesque vid abbattre à la veûe de son chasteau de Jouques^ toutes les murailles qu'il avoit faict construire autour de son jardin et ravager tout ce qu'il y avoit faict planter, avec une mortification nom pareille, qu'il n'impute si ce n'est à i'excez du plaisir qu'il y avoit prins l'esté dernier. La Duranee et le Rhoene ont desbordé de toutes parts si furieusement qu'il y a de la besoigne pour beaucoup d'années k reparer le mal qu'il y a en des endroicts, et à recueillir le bien qu'ils ont apporté en daultres, selon la vicissitude des choses. Il y a eu grande contention de charité^ en Arles entre une Dame de qualité et le corps de la ville, pour les aliments^ d'un petit enfant que le Rosne apporta de bien loing dans son berceau, accompagné d'un coq, sans qu'on aye peu sçavoir d'où il est venu, si ce n'est que l'enfant estoit fort affamé; enfin le corps de ville d'Arles a eu la preferance et le faict norrir aux deSpens du public, sur l'espérance que ce debvroit estre un jour un bon cittoyen, puis qu'il est eschappé d'un tel danger. Nous n'avons pas de
sonéJaidùùéeèŒwres complètes de Pierre de vaste ëdiûce qui « conserve le nom de
Bawdeak, seigneur de Brantâm (t. X, i 88 1). lÉvéchë.
^ Gommimedadépaiiemeat des Bouches- * Ce que bous appelons ua combat de
du-RhAne, arrondissemeiit d'Aix, cautou - gëuéronté.
de PeyraUea, à 67 kiiomèUres de Marseille. ' C'est-ènlire pour «ubveuir aux ifrab^ide
On remarque à Jouques les débris d'un TialinieQUiikMi.
612 LETTRES DE PEIRESG [1633]
meilleur entretien comme vous pouvez voir; c'est pourquoy. je croys bien que vous m'en excuserez pour ce coup comme je vous en supplie et de m'ad vouer tousjours, Monsieur, pour
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peirrsc.
A Aix, ce 3 octobre i633*.
GXXXV À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
ADVOCilT EN hk COUR DE PARLEMENT DE PARIS, À PAB18.
Monsieur, Avec vostre despescbe du aâ septembre j'ay receu le livre des ob~ servations sur la relation du m[aréch]al de M[arill]ac% que je seray infinin>ent aise de voir ne l'ayant encores peu , non sans beaucoup de mortification, depuis l'arrivée de l'ordinaire, par lequel j'ay aussi receu le pacquet de M*" Hulon, avec cette relation qui est si gentile et si curieuse, que je ne sçaiche rien de plus digne d'estre sceu pour le temps courant par ceux qui ont eu quelque goust et quelque cognoi* sçance des ordres et règlements du cabinet, et des civilitez plus emi* nantes, qui fera un jour l'une des plus belles pièces du siècle. Estimant que la suitte ne seroit pas moins curieuse si celuy qui a commancé de rédiger par escript de si belles particularitez se donnoit la peine de continuer, aux occasions qui se présenteront principalement en cas qu'il se fist
' Vol. 717, fol. 986. leur aateur, la notice consacrée par M. Renë
* Obtervatùms [de Paul Hay, sieur du Kervi\eT,ieiiï8 La Bretagne à rAeadétnieJrm-
Ghaatelet] sur la vie et candamnatùm iu Mor paise (a* éditieo, 1879)., à Pa»U Haïf Ai
réehal de MariUae, et sur k UbeUe indtuU : Chasteht (p. 1-6A). L'exceHeat critique s'oc-
Relation de ce qui e'est passé au jugement de cupe ,dam ua chapitre spécial , le troisième ,
son prùds, en t63S (Paris, i633, in4'' du Procès du moi'éehalde MariUac. et iii-8'). Voir» sur ces ObsehHUions et sur
quelque solemnisation^ de l'alliance dont il sagist, aultreque celle qu'on dict avoir esté faicte à huiz cloz, dont le destail se sçaura aussy quelque jour et méritera bien d'estre sceu, car on asséure que les articles eussent esté signez par les Roys d'Espagne et d'Angleterre, et d'aultres adjoustent par l'Empereur. J'ay eu bien de l'obligation à Messieurs du Ghastelet et Hulon de cez deux rares pièces, mais vous ne pouvez pas desnier aussy que ce ne soit pour l'amour de vous principalement, puis que je n'ay pas seulement l'honneur d'estre cogneu de l'un ne de l'aultre, et que ce ne peult «stre que par voz bons offices qu'ils ont apprins de moy, plus tost ce que vous vouldricz que je fusse, que le peu qu£ je puis estre, qui seroit trop indigne de la bonne volonté qu'il leur plaict avoir pour moy. C'est pourquoy c'est à vous, Monsieur, que j'en doibs les principauk remerciments et à qui il me fouit avoir recours po\ir foire admetti*e à cez Messieurs mes compliments et actions de grâces, en attendant les moyens de leur rendre quelque service trez humble en revanche, comme je feray trez volontiers* et vous supplie les en vouloir asseurer. Les galères du Pape sont arrivées à Marseille depuis deux jours commandées par le grand prieur Nary, qui doibt foire demain la cérémonie de bailler la Grand Croix au Baillif de Fourbin, qui commande les galères du Roy en absance de M" le General des galères. Elles n'entrèrent pas toutes dans le port, à cause qu'elles portent leur estendard, et qu'il leur fouldroit commancer de salliîer l'Estendard de France, ce qu'ils prétendent ne debvoir foire à cause de la prérogative ecclésiastique. Mais il y en entre tantost l'une, tantost l'aultre. Et y doivent sesjourner encor deux jours. Vous pensez en quelle peine j'ay esté de voz livres pour Rome que J« n'ay poinct encores, mais on me vient d'advertir qu'il arrive des balles des Moreaux où j'espère qu'ils seront venus assez à temps pour aller par une si. opportune commodité, ayant desja receu un libvre que M"" Gailhard avoit baillé au sieur Perrin seulement le 2 septembre qui est arrivé à l'ad-
^ Le DfcUamaire'ie littré ne cite sous ce mot que deux ecrivaiûs, un du xy* siède, Gerson, Tautre du ivi% Robert Estienne.
vance avant les balles du 20 aougt. Gomme j'en estois icy. Ton m'est \enu faire une bien agréable interruption, pour voir les deux £agots de la fin daoust, qu'on venoit de tirer tout présentement des balles, que Ton a ouvertes tout de suicte pour l'amour de moy. Car on eust attendu à demain. J'y ay trouvé en l'un l'Œcumenius, avec tout ee dont vous l'aviez accompagné suy vant le rooUe cotté sur l'enveloppe de vostre main , mesmes l'exemplaire du iibvre de veritate du Milord Herbert, dont je remerciray comme je doibs M*^ Deodati, et l'aultre enveloppé, et adressé au P. Gampanella, à qui je l'adresseray par mesme voye. Dans l'aultre fagot, qui estoit encerpillé ^ à part hors des balles, et cotté de mon nom , il ne s'est trouvé que les quattre volumes de l'Histoire de feu M' de Thou, fort simplement attachez avec un peu de fisselle, sans aulcune enveloppe ne adresse à Rome, tellement que j'y en feray foire une en bonne forme, et l'adresseray k M' l'abbé de Thou, et an R. P. Dom du Puy, pour ensuyvre voz ordres, et mettray le tout dans une cassette que j'adresseray au cardinal Bârberin pour esviter les difficultez des censeurs. Je luy envoyé troiz aultres volumes in-fol"* et une coupple au cardinal Bagny, qui s'en iront touts soubs la mesme faveur du cardinal Bârberin. Si cette commodité m'eust failly, j'eusse esté bien empesché à trouver de la seurté pour cez volumes de M' de Thou , mais eir est venue du ciel tout à soubaict, dont je suis bien aise pour l'amour de vous et de cez Messieurs qui se sont voulus servir de mon addresse.
Il me reste à vous remercier, comme je faicts trez humblement, du souvenir que vous daignez avoir de l'édition du Théophile de M"^ Fabrot, et encores plus de la continuation de voz bons offices auprez de Monsieur nostre Premier Président et Madame la Première Présidante, dont je vous doibs toutes les grâces et bienfaicts- que j'en ay receus, n'ayaut lien faict qui les peust mériter. J'escripts à mon dict sieur, en respouce d'une trez honneste lettre dont il m'a voulu honorer, et vous supplie de
* Je ne trouve ce mot dans aucun de nos vieai dictionnaires. Être eneerpilU, cest être eninrioppë de ocUe toiie grosse et daire ^i sert k emballer les marehaBdiies et qae f on appelle serpilUère.
[16331 AUX FRÈRES DUPUy. 615
m adaister à faire excuser le pecbé ori^el de nostre chetif païs et mon desmerite particulier.
Je vouldroys bien sçavoir Tautheur de ce petit livret de l'Esiat et ùmrmne de Smde 8? chez Augustin Courbé ^ et vous prie 4e m'en envoyer un aultre exemplaire quand la commodité s'en présentera. Car celuy-là m'est eschappé des mains. J avoys un ex:emplaire double de THistoire de Chastillon de M' du Chesne ^ que j'eusse envoyée au Cardinal par cette commodité, sans qu'il s'y est trouvé une feuille double, et par consequant une de manqu^e qui estoit la seconde du cahier b g aux preuves laquelle debvoil estre cottée Gg % et la page â35. Si elle se peuU recouvrer, vous m'obligerez de me la faire avoir; c'est de l'édition de l'an 1621 fol*» Cramoisy. Je vous envoyé la feuille double pour la luy rendre au cas qu'elle luy serve.
Monsieur nostre Archevesque m'a voulu faire presant du premier volume de Petrus Aurelius in 6*" fort gros, et en grand et beau papier, lequel je n'avoys pas^, et d'une aultre deflfence de la Hiérarchie ecclésiastique in &'' par Franciscus HallierS où il manque un feuillet, qui n'est qu'un demy carton, cotté Aiiij, pag. 7, chez Morel» i632. Au second volume d'Aurelius, il n'y a poinct d'aultre commancement que k première feuille A. Assertio Ëpistol«& Antistitum etc. ; toutes^les epistree et pi^faces y desfaillent; s'il y en a esté faict aulcunes, encores £aiiidra t'il voir de les perfectionner, si faire se peult, puis que «ela faiel un si grand article de ce qui a tenu le tapÂs^ depHÎs quelques animées.
^ Noas avons vu plus haut que ce livret a 1 5 9$ , fut docteur et professeur en Sorbonne ,
pour auteur le P. Gault syndic de la faculté de théologie, fat nommé
' Hiêtùire généalogique de la- mai$pn de en i656 éyéque de Gavaillon, et mourut le
ChastiUon-sur-Mame, justifiée par titres et â3 juillet 1689. Voici le titre complet de
bonnes preuves, etc., par André du Chesne l'ouvrage cité par Peiresc : Défense de la
(Paris, Cramoisy, 169 1 , in-fol.). hUrarekk eeelésiastique et de la censure de la
' Vindicia eensurœ/aeubatis theohgiœ Pa- faeuUi de théologie de Parie contre l'éponge
risiensis, etc., Paris, i63a, in-Â*. Cet ou- d'Hemum Loémelius.
vrage de Jean du Yergier de Haiu*aane, ^ Nou9 avons teouvé dtm k Unm I les
aU>édeSaint-G;raD,futréiaipriméeni635, ej^pressiouA durer jmr k ttqfie (p« afia) et
eo i6ii, en 1696. tenir h tapis (p. J^a).
* François Hallier, né ë Chartres vers
Quant auprioré^ de Roumette (aw:) ^, asseurez vous quen Avignon il ne s'en est expédié auitre chose que ce que vous avez veu du 3o juillet per obitum en faveur du sieur Ponat, dont M*" le sacristain Valbelle me fit voir le mémoire de la date, qu'il envoya à M' de Thou ensemble d'une auitre date, <]u'un auitre avoit prinse pour un auitre prioré de S* Laurens dépendant de Cluny, vacant par le decez de la mesme persone qui avoit le prioré de Romette. J'ay veu un mémoire de touttes les dates prinses en Avignon dans les moys de juin et de juillet, où il n'y avoit rien de plus sur cela. C'estoit à Rome qu'on avoit envoyé la résignation de Romette en faveur d'un neveu du dernier titulaire qui n'avoit pas l'aage, afin d'en obtenir par mesme moyen la dispence, comme vous aurez veu par mes despesches du précédant ordinaire, pour raison de quoy j'escrivis à Rome afin de prendre acte de tout ce qui se trouveroit refusé ou accordé pour fortifier vostre droicl que je tiens indubitable, et dont je vous félicite de rechef comme d'une pièce digue de vous et dont j'admire de voir la contestation d'honnesteté non seulement entre l'Eminentissime cardinal de la Valette et M' de Thou, mais encores entre M"" de Thou et vous, puis qu'ils s'y sont touts portez de si bonne grâce. Je prie à Dieu que vous en puissiez jouir aussy longuement et heureusement que le vous peuvent souhaicter voz plus fidèles serviteurs, entre lesquels si je suis des moindres en pouvoir, je vous puis bien jurer que je ne le suis pas en dévotion toute entière envers vous et tous les vostres, estant du meilleur de mon cœur,
Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peirbsg.
A Aix, ce 3 octobre i633.
^ Liitrë a retrouve la forme prioré dans * Romette est une commune des Hautes-
des texte» du uf et<iu xv* siècle. Une cite, Alpes, canton de Gap, à & kilomètres de
pour le xn* siè(jé, que cette phrase d*Au- cette ville. On y signale les vestiges du
bignë : cria chambre priorefkyf .(^^ ^^^ prieure dont parle Peiresc. prieural).
[1633] AUX FRÈRES DUPUT. 617
J'oublioys de vous dire que la lettre d'Espagne imprimée sur le subject du voyage de l'Infant Cardinal monstre bien la foiblesseï puis qu'il n'a osé passer au lieu oik û est destiné, et que cette aultre vieille pièce de la Rochelle meritoit bien d'estre veûe et conservée.
Vous aurez enfin le dessein du Papyrus, avec le iibvre de i'Âltezza rea! de Savoye, et si le paquet n'est trop gros, encor un aultre contre le pauvre Galilaei de Claudio Berigardo ^
Vous aurez du Papyrus le boui*geon comme il paroit en sa naisçance avant que s'esclorre ou espannouyr, et puis le mesme tout esclqs, et à part un des fiUets de la houppe ou du Scapus^, tout verd, et ui^ de ceux qui sont secs et fannis^ tels que Ton employoit à faire les feuilles à escrire. Vous en aurez aussy de ceulx que j'ay faict arracher de la plante, afin que les puissiez mieux comparer sur les feuilles de vostre m[anu]s[crit] des epistres d'Âvitus^
Quand vous le trouverez bon, vous m'obligerez d'agréer que M' Gailhard l'aille faire voir à M' Robin *, à frère André ^, et à M' Gault ^ et en un besoing à M' des Nœuds ®. Le bon P. Mercene le voulloit voir aussy, et je pense qu'en son temps M' de Saulmaise nç sera pas marry de le voir.
Tandis que le Roy a la Lorraine et le Barroys, il iauldroit bien avoir faict diligence pour trouver le contract de mariage du bon roy René
^ DuUtationestndialogutnGalilœiLyneei, traité d^à luentionDë phs haut (p. 458). L'aulear de ce traite, Claude Gnillermet, seigneur de Bërigard ou Beauregard, naquit à Moulins à une date qui est controversée (1578, selon les Mhnairei de Niceron, t XXXI ,1591 selon rinaeription de son portrait mis en tète du Circulus Pisamu^ i6Â3); il étudia à l'université d'Aix en Proveuee, s'établit à Paris, alla en i6s8 professer la philosophie à Pise et eo i6i&o ii Padoue, o& il occupa sa chaire jusqu'à sa mort (i663).
* Dans Pline le naturaliste, le mot seapui a le sens de tige d'une plante.
^ Littré remarque que l'on a dit fanir au XTU* siècle, comme au xvi*, et il cite ce
vers de Racan (traduction du psaume xxxv) : Le voit 8*épanouir, fanir, tomber à terre. ^ Il s'ftgit des fragments des Œuvres d'Avitus surpapyrus qui sont àia Bibliothèque nationale, ms. lai. 8913. Voir 1. 1, p. 63.
^ Sur iea botanistes Robin père et fils, voîrt I,p. 55o<
* On ne conserve dans les Minutes de la bibliothèque de Carpentras qu'une seule lettre de Peirescau R. P. André (reg. IV, fol. 3 1 0).
' Nous avons d^à trouvé plus haut le nom de cet amateur (p. 39^1).
* M. des Nœuds était un autre amatevir parisien auquel Peiresc a écrit qudqnefois, notamment le 10 décembre i639 (Minutes deTIngnimbertine, registre I, fol. 53^).
d'Anjou avec la nièce du.cardind duc de Bar, héritière de Lorraine, où estoitia. substitution du Qa^rroys en feteur deia France. Busemble i'Ereciion de la Ducbé de Bar ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PU Y
À PARIS
Monsieur,
Je nay janotais rien faict pour vostre service, et partieuiierement en Taffaire de cette vatiance, que Je ne vous eodeusse au centuple, et que je ne fisse d'aussy bon eoeur, ai f en avois asseï de moyens. J'escrivis en mesme temps au sacristain de Valbelle & Marseille, et luy demanday s'il y avoit aulcuns graditea nommés sur.S^ Victor, le priant en cas qu'il y en eust de faire un tiltre an rdigieux tenant Tiadalt de M' de Thou, et d'y exprimer 1 annexe de Briautt sans attendre aultre ad vis. Je n ay pas encores eu de respooce deluy, mais je croy» bien qui! vous aura reepondu de Maraeâlie par le mesine ordinaire. Vostre aultre lettre fut bier rendue icy à M' le lieutenant ValbeUe, dequi vous aurez comme je pense la responce, mais je me doubte que vous aviez faiçt equivocque et que vous aviez prins pour sienne une lettre du conseiller son frère qui se trouva présent icy et qui avoit escript à M' de Thou lors de la despesche du 19"^ du passé dont vous m'accusez la réception. Je ne pense pas qu'il y ayt aulcun gradué nommé sur S* Victor, parce que f usage n'en est pas encor introduict en cette province, où la proximité de la légation d'Avignon faict admettre les résignations ordinairement assez à temps pour exclure quasi toute la fonction des ordinaires. C'est pourquoy on ne se veult pas amuser jicy à attendre des grâces expectatives si casuelles et de si longue attente que pour Je joyeux advenement du Roy, et choses semblables , il y en a qui ont esté des 2 0 années sans pouvoir estre remplyes et davantage.
' VoL 717, fol. 987.
Je nae trouve si pressé à ce coup, que; je ne sçauray vous entretenir qu à la desrobée à mon grand regret, et me fauldra finir en vous remerciant comme je faîcts de tout mon coeur de tant de belles pièces sur le subject de Tacquisition de Nancy, que j'ay trouvées toutes escriptes de vostre main, etl'excez est neanlmoings si grand en vostre honnesteté qu'aprez tant de feuilles de vostre escripture, vous me faictes encore des excuses de ce qu'il vous en eschappe quelque chose, en quoy vous me faictes grande honle, et si en cez occasions vous vouliez envoyer quérir Quentin, il pourroit bien vous soulager d'une bonne partie, et escrire chez vous ce qui se pourroit confier à ses yeulx, car je ne seroys pas d'avis que vous luy laisi^ssîez emporter liors de chez vous ces curiositez si rares et si jalouses. Au reste je vieos de recevoir de Toulon la responce du grand prieur Nari, gênerai des galères du Pape, sur la réception de ma caisse de livres puis le 7°** et m'a t'on asseuré qu'elles firent voiHe dez hier, tellement que M' l'abbé de Thou et le P. Campanella ne tarderont guieres d'avoir leurs livres aussy bien que le cardinal ceux que je luy envoyé par mesme moyen, le gênerai m'asseurant qu'il aura soingde cette caisse comme de ses propres yeulx puisqu'elle porte l'adresse del Cardinal Patron. Elle estoit arrivée trop tard à Marseille pour y estre embarquée, car le gênerai n'y vint que mardy à l'heure de la messe pour la cérémonie de la Grande Croix qu'il donna au Baillif de Fourbin chez qui il disna et puis se retira aux isles d'où il partit la nuict mesme pour Tollon, de sorte que le lendemain ma caisse le suyvoit par terre à ToUon. On attend icy mecredy Madame la Mareschale qui debvoit estre à ce soir à Tarascon avec M' le Marescbal de Victcy. Son fds M' le Marquis de Natfnbustier y va demain an devant et mon frère (qui vous salue tous trez humblement) l'accompagne, sur quoy je demeure.
Monsieur;
vostre trez humble et trez obéissant serviteur,
DE Peiresg.
A Abc, te 10 octobre i633.
M' Petit ne voulut pas estre icy plus de dix ou douze jours pour
s'en aller à Montpellier avant louverture du collège. G est véritablement un trez honneste honime digne d'eslre aymé et servy.
J'ay prins un merveilleux plaisir de voir ces epistres escriptes au roy Louys VU et attendray en extrême impatiance l'édition des restantes s'il n'y a moyen de les voir à Tadvance.
Les lettres de M' Rigault viendront tousjours à temps par la poste quand il trouvera du temps d'escripre, dont je doubte un peu. Cependant vous avez trea bien jugé qu'il valloit mieulx laisser gaigner temps aux balles des sieurs Moreaux qui vont si lentement.
Je ne sçauray escrire à ce coup à M' Deodati comme j'esperois pour le remercier de son livre de Milord Herbert, ni à Mess" de Saulmaise et Godefroy et le P. Mercene, tant le temps nous est court. Je nay aussy peu trouver une pièce que je vous avois apprestée, et que je vouloys joindre au livre contre Galilei, pour la conserver, qui me fera différer jusques au prochain ordinaire. Dieu aydant, sous vostre bon plaisir.
Je vous remercie des Gazettes d'Amsterdam qui font une bonne partie de celles de ce Renaudot, et sont aultaut et possible plus fidèles. Il a encore continué le dernier ordinaire, je ne sçay s'il cessera ou non ^
À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Un compliment qu il m a fallu rendre à ce soir à un Prélat qui m'estoit venu voir et qu'il a fallu reconduire à l'heure du serain^ m'a tellement enrumé tout d'un coup*, et attiré sur les yeulx trop de deffluxion pour
' Vol. 717, Toi. a88. ^ Le poète Philippe Desportes, dans ses
^ C'est Toccasion de rappeler que, dans spirituelles imprécations contre aae Huit trop
les t^tes anciens, serein n'a que le sens de claire, a dit:
noir, Ofltei-voos du sefein , eraigae»-n>d8 point da rbeame t
pouvoir supporter des lunettes, sans lesquelles je ne sçaurois escrire de ma main, lors que je m'y trouvois le plus obligé par la réception de vostre despesche du 7*^ octobre contenant plus de huict ou dix feuilletz de minutte tout de vostre main, dont je suis si honteux et si surchargé d'obligation que je ne sçaurois jamais vous en rendre d assez digne revanche, ne pas mesme des remercimentz qui ayent aulcune proportion à ma debte, mais vous le voulez, ainsy et je me contenleray de vous dire que c'est du meilleur de mon coeur que je vous en rends mes trez humbles actions de grâces, attendant si j'y pourrois adjouster aulcuns effetz de ma dévotion qui peussent mériter une partie de la bonne opinion qu'il vous plaist avoir de moy. Nous estions fort affamez de nouvelles sur les occurances présentes, mais vous nous en avez tellement rassasié et de celles du plus hault goust que nous debvrions en avoir faict un repas pour long temps. J'en useray selon qu'il vous plaict me l'ordonner, principalement de celles du costé de Metz. J'ay bien pris plaisir de voir les vers du sieur Colletet^ et bien que M' Gaulmin^ ayt mieux faict aultrefoys, je n'ay pas laissé de trouver ses conceptions aussy extraordinaires que libres et bien respondantes à son humeur et à son style. C'est tousjours une des pièces du temps qui debvra tenir rang entre les plus curieuses. J'ay prins grand plaisir à la ntifveté du style de ce commencement de version Françoise de rHi9to{re de M' de Thou, et ne manqueray pas de le vous renvoyer apret lavoir fait voir à quelqu'un de noz ami^ si ce n'est que vous trouvassiez bon que je le fisse voir à nostre Daulphinois', à cette fin qu'il se laisse plus
' Sar Guinaume Colletât, né à Paris le ' Ce DouiphinoU éiaiX un sieur BouUe,
19 mare 1698, mort en la même ville ie dont il sera souvent question dans la suite
ioIéyvieTt6bg^Yoir\eêLettnêdâJean Cha- de cette correspondance. D'après des noies
pelain, t I et II, surtout 1. 1, p. 56, t II, manuscrites du P. Bougerel qui m*ont ëtë
p. 17-96. Les vera de Colletet devaient être communiquées par M. le marquis de Cla-
des vers de circonstance , des ven faits à Foc- piers , Gabriel Boulle naquit à Marseille vers
easion deientn^'ede Louis XIII h Nancy. i58o et mourut en i65o. On voit dans la
' I.<es vers de Gilbert Gaulmin devaient seconde édition* de la France protesttmte aussi célébrer les beurenx événements de (t II, 1880, p. 998) qu'il était ministre Lorraine (prise de Lunéville, deMireoourt, en 1690 h Baix et de i695 à 1637 h Vincession de Nancy). sobres en Daupbiné. C*est pourquoi Peiresc
622 LETÏRES DE PEIRESC [1633]
tost vaiucre à lascher le pied, voyant la besongne desja si advancée et d une main qu il ne sçauroit esgaller; mais je ne le feray pas sans vostre ordre expresse. Bien feray je ponctueUement tout le reste qu il vous plaist me prescripre par vostre lettre, et attendray fort impatieinment ce beau glossaire que vous nous faictes espérer sur ce subject. J'escripray à Rome par le prochain ordinaire de jeudy avec Tayde de Dieu pour faire lever un perquiratur s il n a desja esté faict, de toutes les expéditions concernant le prioré de Roumette, et auttres beneSces du dernier titulaire d'icelluy, pour y apprendre le nom du Banquier chargé de cette poursuitte, et pour tascher de voir sur son registre ce qu'il y pourroit avoir cotté du reifus de la dispense dont est question. Il me tardera de voir que vous en soyez paisible possesseur, comme je lespere, vous remerciant trez humblement de tant de soing que vous continuez à me procurer de toutes parts des libvres et aultres pièces curieuses, dont je vous rendray quelque change quand il plairra à Dieu. H est vray que j avois entreprins de ranger mes papiers lors du despart de Monsieur le Premier Président, mais les chaleurs survindrent si violentes tout d'un coup qu elles m'en osterénl le moyen tout à faict et me contraignirent de quitter la place qui n'estoit plus tenabie et de me retirer à une estage plus bas de la maison et un peu plus fraische S laquelle je ne sceus abbandonner que jusques à la S^ Remy, depuis lequel temps il na pas esté en mon pouvoir de m'y remettre; mais je suis bien résolu de le faire si^je puis avant que l'aultre exrtemité contraire du froid nous surprenne, et en ce cas je pourrais donner plus de satisfaction à M' vostre frère, sur le subject .tant du comté Venaiscin que d'aultres terres adjacentes. Au reste je suis honteux de la peine que vous avez voulu prendre pour ce vénérable gazetier, de qui
^fpelh DaulpUnotê ce Marseillais. Ou cite, A. Vitre, 16/16, in-8''), il rappel!e(/V^ffce)
dana la France protettante, d'après Gui Ai- ^*il a coHaborë peodaDl qodqaes années k
lard et d'après Rochas, de nombreux ou- la traduction de * celte grande et excellente
vrages de Bouiie. Dans un de ces ouvrages Histoire de M. le Président de Tlioa«. ou Tancien ministre converti prend le titre '' Je ne trouve nulle autre part le mot ^Ci^
de coiueiiier et hàtorwgraphe du Roy (Etsay employé au féminin. de rhiatonv gàiérak des ptvteslants , Paris,
je n ay point eu de pacqaet par le dernier ordinaire bien qu'il Teust faict faire en vostre présence, ne sachant à quoy imputer cela si ce n est à quelque bizarie (sic), puisqu'il estoit demeuré d accord avec vous de ce qu'il avoit à faire, mais quoy qu'il vous aye dict, je ne crois pas comme il n'y a aulcune apparence qu'il reçoive aulcune correspondance de nouvelles de la part de M"^ le mareschal de Vitry ne de M' de la Poterie, auxquels il ne manque point d'envoyer sa gazette tous ies ordinaires comme il l'envoyé pareillement à un certain advocat nommé Boux, son correspondant, de qui je ne pense pas certainement qu'il puisse apprendre des nouvelles qui vaillent quand il luy en voudroit escripre. 11 se contec^te de partager avec Fimprimeur quand il peut trouver quelqu'un qui la veuille entreprendra, ce qui arrive rarement parce qu ilz n'y trouvent pas leur compte. 11 en usera comme bon luy semblera, et nous ne laisrons pas de voir sa gazette et ses relations d'ailleurs comme nous avons faict à ce coup cy. Vous verrez les nouvelles que nous avons eues du costé d'Italie par le dernier ordinaire el je fmiray demeurant ,
DE Peiresc.
k Aix, ce XVII octobre i633.
J'eusse bien voulu escripre à M' L'Huillier, puis que je n'ay poinct de lettres de M^ (iassend àltiy envoyer, pour satisfaire à mes conventions et accuser la réception de sa despesche que j'ay faict tenir au dict sieur Gassend, mais l'heure est desja un peu tarde, et mon homme s'endonnant sur le papier, je suis contraint de vous supplier de faire mess excuses pour ce coup, ensemble à M' Gailhard et aux aultres qui se pouvoient attendre à. voir présentement de mes lettres, les suppliant de patienter jusque» au prochain ordinaire, et de ne me tenir pas moins leur serviteur pour cela ^
* Vol. 717, fel. 390.
CXXXVIII À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, J'ay eu des mortifications bien sensibles à Tou ver tare de vostre dernière despesche du 1 4°*®. En premier lieu de ce que j'y trouvay une lettre pour Rome si importante comme est celle de Monseigneur le cardinal de la Valette, et que Tordinaire de Rome n'estoit passé que du jour précédant, tellement qu'il y aura i5 jours à perdre icy en l'attente du prochain, comme vous aviez appréhendé à Paris. Si vous vous fussiez advisé d'advertir M" du Lieu en luy faisant l'advance de mon pacquet, qu'il y avoit des lettres pour Rome, et de le prier de me l'envoyer à l'advance s'il pouvoit (comme il a faict aullres foys par le courrier mesmes de Rome, lequel part de Lyon le mardy), il me l'eust peu envoyer à temps et l'eust faict je m'asseure volontiers, comme il le practique tousjours pour le pacquet de M' le Mareschal qui amve de 1 5 en 1 5 jours, la semaine de l'ordinaire de Rome, par le courrier de Rome, un jour ou deux avant l'arrivée de nostre ordinaire qui ne part de Lyon que le mercredy à midy, ou à & heures du soir. S'il passoit quelque extraordinaire comme il y en a quelque foys, je le hazarderois, pour ne perdre tant de temps en affaire si pressante, dont j'ay meilleure opinion que vous, estimant que la fortune, qui donne aprez le mauvais temps le beau, vouldra commencer à ce coup de faire pour vous, et recompenser le temps perdu cy devant. J'en feray l'adresse selon voz ordres à Dom du Puy, comme la plus asseurée, et la plus disposée et préparée à se servir de cet advantage par les précédantes poursuittes qui auront esté faictes sur cette occurrance. Gomme j'en estois icy, l'on m'est venu interrompre avec un pacquet de Rome venu à Marseille sur une galère de Gènes, où j'ay trouvé une lettre de M' l'abbé de Bonneval, dont la signature m'avoit grandement resjouy d'abbord, croyant que ce fust en response de ce que je luy avoys
escript pour l'affaire de Roumettes, mais quand j'ay jette les yeulx sur la datte que j ay trouvée du 1 1 septembre, j ay bien veu qu il ne pouvoit pas avoir lors receu mes despesches, et de faict ce ne sont que compliments, mais les plus obligeants et les plus cordiaux qui se puissent mettre par escript, quoy que ce ne soit que sur Taddresse de cez petits livres et boittes que vous aviez faict passer par mes mains, dont je luy suis mille foys plus redevable que tout ce qu il vouldroit estre à moy, et feray bien tout ce que je pourray pour luy en bailler des tesmoignages et à touts les siens, du nombre desquels je vous tiens, vous ayant d'ailleurs tant d aultres obligations de vostre chef particulier, que je ne vous en sçaurois exprimer les justes sentiments nom plus que l'estime que je faicts de vostre vertu et de Teminence de voz mérites par dessus la plus part des personnes tenues pour les plus méritantes du siècle ; c'est pourquoy vous ne debvez pas soubs correction trouver estrange qu'il m'en soit eschappé quelque petit mot en escrivant à Monsieur de Thou par une occasion si plausible, et en laquelle je ne m'en fusse peu taisre sans crime, et sans grande charge de consciance, vous estant desvoûé comme je suys, et sçaichant Taffection qu'il vous porte, estant bien asseuré que je ne luy pouvoys desplaire en luy parlant d'une personne si chérie. Par une lettre de M' de Bonnaire du âa^ septembre venue avec celle de M' l'abbé de Thou, j*ay appiîns le partement du sieur Chartres puis le 1 9"*®, et qu'il s'estoit chargé de quelques fagots pour moy, entre lesquels il y en a un de Dom du Puy, avec un livre de plantes, ce dict-il, que je croys estre celuy del Padre Ferrario jésuite \ dont le Cardinal m'envoya un exemplaire par le courrier ordinaire qui partit de Rome de mesme datte du a a"^ du passé. Tauray soing de vous faire tenir celuy de Dom du Puy le plus tost que je pourray aprez l'avoir receu, espérant que le dict Chartres debvra arriver à Marseille par la première barque de Gènes, où il ne vouUoit
' Jean-Baptiste Ferrari, ne à Sienne où il monrut en i655 , après avoir occupé pendant vingt-huit ans la chaire d'hébreu au Collège Romain, venait de publier : De Fhrum cultura fiJn/F(Rome, i633,in-4-).