‹ Lettres de PeirescChapitre 41 sur 48 · À DIJON · texte numérisé non relu

À DIJON

Monsieur, Vous apprendrez par le donneur de la présente le desastre arrivé en la maison dun mien proche parent et ancien amy trez intime, et le piteux estât où il est réduit, si vostre induit ne trouve son ouverture en la vacance d'un Prieuré conventuel du païs de Rouergue, qui avoit esté longues années en sa maison, et pour la conservation duquel il avoit faict de grandes despences et desvoué son filz aisné à la vie ecclésiastique et relligieuse, dont j'ay grande compassion, et voudrois bien que le sort fust tombé sur quelque aultre. Il vous déduira les fondementz sur lesquelz on luy a voulu faire à croire que le bénéfice dont est question ne soit pas de la mesme nature des aultres qui sont subjectz à induit, mais si vous ne les trouvez sufiisantz, je ne pense pas qu il s'y veuille arrester, et croys bien qu'il tiendroit plus volontiers la pièce de vostre main , si tant est que vous en veuillez traicter par les voyes d'honneur, et qu elle ne puisse pas estre commodément tenue par quelqu'un de vozparentz, auquel cas il n'oseroit y aspirer, et moy encores moins vous en faire la supplication qui ne pourroit estre qu'inciville; mais comme je sub obligé de la vous faire en tous les cas qu'elle me peult estre loysible et admissible, je la vous faicts la plus humble, la plus instante et la plus affectueuse que je puis, bien marry de ne m'en estre peu excuser dans la notoriété de l'honneur que vous me daignez faire en m'advouant pour vostre serviteur, et dans les liens où je me trouve attaché par droict de sang et d'inclination aux interestz de ceste maison. Mais je me prometz que vous ne laisrez pas de me pardonner comme je vous eiï

supplie et conjure trez humblement, et de croire que je tiendray à singulière faveur toute la grâce que vous luy voudrez faire et que je seray à jamais, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Peiresc.

A Aix, œ 99 novembre i633.

Monsieur Gras mon cousin sest depuis résolu de faire luy mesmes le voyage pour Tamour de son fîlz, et vous pourra faire de meilleure grâce les offres qui y escherront^

GXLV

À PARIS

Monsieur, J ay receu vostre gros pacquet du 1 8"* avec ce beau panégyrique de M' Heinsius au Roy de Suéde, et sa lettre originale, que je n'ay pas veu moings volontiers, pour une infinité de bonnes choses que j'y ay apprinses, entre lesquelles j'estime bien ce qu'il vous mande sur son triivail au Testament nouveau^, d'où il se peult attendre des choses bien dignes de luy, mais principalement cette ingénuité avec quoy il se justifie des jalousies qu'on luy avoit imposé contre M' Saulmaise, à qui il rend un éloge bien honnorable à mon gré dans la conjoncture où ils ont esté et dont je ne pouvoys m'imaginer le progrès tel qu'on nous le figuroit. Je pourray bien faire passer les monts à ce Panégyrique, c'est pourquoy il fauldra songer d'en remplacer un aultre tost ou tard. J'ay par mesme moyen receu k despesche de M' Rigault, qui n'a pas voulu

' Vol. 717, fol. 3o6. — * Les Eœerùitationes saerœ ad Novum TistamerUim parurent en iGSg (Leyde, in-fol.).

que je lu y desiobasse Thoimeur de présenter son Tertultiaa à M^'rEminentissime Cardinal Barbeiûn pour qui il ma envoyé une lettre que je feray tenir par le prochain ordinaire, attendant que le livre lasuyve, par un religieux de ma cognoissance fort cappable de se bien acquitter de celte commission. Et suis fort tenté d envoyer par luy mesmes l'aultre exemplaire à TEminentissime Cardinal de Bagni , puis que M' Rigault me mande qu'il luy en a destiné un. Mais je seroys bien mortîBé par aprez s'il ne s'en trouvoit plus pour moy du grand papier pour remplacer celuy que m'aviez envoyé de sa part. Les ayant desja faict relier touts deux en marroquin de Levant incarnat^ assez proprement pour le pais où nous sommes. Il s'est trouvé, ce me semble, dans vostre pacquet un cahier des Harmoniques du R. P. Mercene in fol^^ mais je crains que mon libraire ne l'ay t prins parmy les enveloppes des dicts volumes du TertuUian, et que ce ne soit possible une partie de ce qu'il me promettoit dez le i octobre. M' Moreau m'a adverty qu'on luy mandoit de Lyon l'arrivée de quelques autres balles de Paris, où il y avoit d'autres fagots pour moy, espérant d'y trouver les Bgures du dict P. Mercene et ce manuscrit des epistres de Louys VII dont je com'mensois desjà d'estre en grande peine, crainte de manquer à une si courte assignation que l'on nous en donnoit du commancement, ayant prins grand plaisir d'entendre qu'on le remette à la fin du volume et que nous le puissions teïiir un peu plus de temps sans regret. Mais je m estonne bien que vo2 libraires ne sçaichent rien de cez livrés de Hollande que j'avoys marquez sur le catalogue de la Foire ; si faudra t'il avoir cette Statera de Puteanus pour laquelle on dict qu'il a failly d'estre ruiné tout à faict et qu'il est bien empesché à inlerpretelr «on dire. Ce n'est pas livre de deux ou troys feuilles, mais je pense que vos libraires aymantmiei»

^ Ou voit qde Peiresc reste toujoiirs' fidèle diffSrentesparlMséjjMii^'dotatôiil^

h ses goûts exclusife pour le maroquin rodge réaumératioii d«Ds U^Maaml du libraire

(le première qualité. (t. IH, col. 1661-1663). Une de ces parties

* On sait que Y Harmonie universelle de ou pièces ( Traité des consonances) est dé- Marin Mei*senne, qui parut h Paris en deux diëe k Peiresc. tomes in-fol. (1636-1637), est composée de *

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attendre les voyages d'Ekevir à Paris que de se proDvoir de ses livres à la Foire de .Francfort, «t pense qu'ïL» y trouvent mieux leur compte. N'ayea pas de regret au Fromondus double, quelque amy sera bien ayse de s'en accommoder de pardeça, et peult estre M' Gassendi mesmes, s'il ne l'avoit desjà. Mais je ne trouve pas que vous ayez tant de raison d'insister à exciurre le pauvre M" Gaillard de ce petit einploy ^ dont il a aultant d'envie de se me^er que moy de luy en endosser tout ce qu'il en pourra prendre, de quoy je ne prétends pas neant^ moings rien diminuer de mon obligation en vostre endroict tout aussy grande que si persone aultre ne s'en mesloit que vous. Car je ne refuse pas puis qu'il vous piaict que vous marquiez, sur les^ factures des libraires* qui vous sont portées ^ ce que vous vouHrez prendre pour moy. Mais quand il iroit luy mesmes dans les bouttiques pour les faire mettre à part, et coUationner devant luy, et puis les porter chez vous et en dresser luy mesmes les roolies et mémoires, sur ie prix que iuy aurez conseillé d'en accorder, je ne vois pas que vous ayez tant de subject de vous plaindre de sa persécution nom plus que de la mienne, attendu que vous aurez tousjours la peine du choix et d'en ordonner, et luy y gagnera tousjours quelque routtine bien utile pour la cognoisçance et prinsée^ des bons livres. Et je ne plaindray pas tant sa plume que la vostre, à dresser touts cez roolies, dont je ne me puis souvenir, sans que cela mette ma cervelle en chalteur et altération cappable de m'em^ pescher de dormir, tant j'ay de honte de voir que vous vous don- >niez de telles tortures, pour si peu de chose. Encores si vous vouliez vous contenter de tenir un sachet à part suyvant mes précédantes requestes et y prendre de l'argent à mesure qu'il en faict de besoing, sans aultre conteroUe que d'en remplacer le fonds quand il commence à manquer, je m^e consolerays aucunement, mais puis que ne le voulez ainsin , il fault bien que vous souffriez qu'un aultre s'endosse celte peine , si vous m'en voulez tirer moy. Aultrement je vous dicts à bon esciant

' La charge d'assister les frères Dapay ^ ment de copies pour l'iosaliable bibliophile, dans leurs commissions pour Peiresc et de * Prinsée est là pour appréciation, pour

tenir les comptes d'achat de livres et paye- frisée, mot déjà employé par Amyot.

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que je n oseray plus vous prier de telles commissions et importunitez. Je suis bien aise que l'édition des edogues de M' de Valloys aille tout à bon S car de cez MM" les libraires il ne fault croire gueres plus que ce qu'ils font voir en matière de leurs promesses. Je vous renvoyé la lettre de M' Heinsius, et s'il estoit loisible de voir vostre responce, et sa réplique sur ce subject s'il en faict, je vous en auroys grande obligation, comme aussy s'il estoit loisible de voir celle de M' de Saulmaise sur ses inBrmitez. Bien marry de n'avoir encore peu trouver le temps de dresser la relation àes caméléons, qu'il fault en toute façon luy envoyer Dieu aydant^. Je ne laisray point eschapper le traicté de Nancy, qui est une trez digne pièce pour le temps. On m'a dict qu'on a veu ceux que M' de Lorraine âvoit faicts, tant avec l'Empereur qu'avec les Espagnols, où il y avoit article pour le voyage et expédition du Duc de Feria, mais le temps fera sortir un jour tout cela des lieux où il est tenu pour encores trop secret pour venir jusqu'à nous. Il me reste donques pour respondre à voz dernières de vous satisfaire sur le point par où je debvois avoir commancé, à sçavoir que par l'ordinaire de Rome de jeudy prochain Dieu aydant je ne manqueray poinct d'escrire au Cardinal Barberin (puis que vous le desirez, quoy que je l'estime bien superflu et supererogatoire veu que vous luy en avez escript) sur l'expédition du Prioré conventuel de S^ Saulveur à vostre proffît, où je ne pense pas qu'il puisse escheoir aulcune difficulté, ne pouvant assez louer la magnanimité de M' l'abbé de Thou, à vous faire ce petit presant de si bonne grâce comme vous le dictes, désirant que ce vous soit une planche pour arriver à quelque meilleure et plus digne pièce. Bien marry que ce ne soit en attendant mieux celle de Romette, pour raison de quoy je vous advoûe que je me laissoys emporter à croire que vous avie^ plus de droict et d'advantage que l'on ne vous l'accorde par delà. Car pour les simples provisions de droict en la forme ordinaire nous

^ Nous disons aujourd'hui tout de bon. la correspondance avec Qaude de Saumaise.

* On trouvera ce que Peiresc appelle la Du reste, c'est un siqet sur kqnA Peiresc

relation des eamiUona dans le volume qui, est revenu souvent et qu'il a traité avec pré-

eonsacrë aux lettres à divers, contiendra dilection.

tenons bien sans difficulté que le Pape ne les pouvant refuser, la seule réquisition (quelque refus qu il y ait) sert de tiltre. Voire Facte de l'anrivée du courrier en un besoing. Mais quand il s'agist d une dispence contre le droict commun, qui est chose volontaire et arbitraire, nous ne l'avons pas encores veu practiquer de par deçà, quand il y a un droict acquis à un tiers dans Tentretemps. Mais comme la cognoisçance de cette affaire appartiendroit absolument à MM^'du Grand Conseil, il en fault demeurer à leurs maximes qui vous sont mieux cogneûes sans doubte qu'à nous. Nous n'avons eu icy qu'un arrest pour la Prevosté de la Métropole de cette ville, où l'on avoit voulu induire une nécessité au Vice légat de dispenser en pourvoyant, dont on avoit faict tant de bruict par de la, que c'a esté une des choses plus mal interprétées et imputées à aussy grand crime quasi que touts les desordres derniers des sonnettes , pendant lesquelles cet arrest fut donné contre M' Marchier que vous cognoissez qui avoit un acte d'élection capitulaire^ Mais en s'accommodant par aprez avec le resignataire, il a laissé confirmer cet arrest non sans de grands reproches encourus, et bien généralement. Je pense vous en avoir envoyé aultres foys la coppie; si non, je le feray, ou peult estre luy mesmes, qui est encores de par delà, sera bien aise de vous en fournir toutes les pièces. Tant est que vous aurez veu ce qui vous est escheu du costé de Roiiergues, vous avez beau fouyr et croire que vous cognoissez tant de malheur en vous, car voicy trop de concurrances en un coup qui vous appellent à la vacation ecclésiastique veuilliez vous ou non meshuy. Donc je vous félicite et demeure, Monsieur,

vostre trez humble et trez obéissant serviteur, o£ Peiresc.

A Aix, ce a8 novembre i633.

Par un secrétaire de M' le présidant Segueran mon beau frère, party à ce matin à ses journées, je vous ay envoyé le volume in 4® de la Flora

* Voir ftor Fabbé Marchier, prëvôl de l'église cathédrale de Saiot-Saiiveur d'Aix, t. I, p. 95, Qote 6.

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