II
du P, Ferrarias, que le R. P. Dom du Puy m'avoît adressé avec celuy de Schioppius que je vous envoyay par Fordinaîre passé. Il ma promis de le vous rendre incontinant qu'il arrivera. J avoys faict garnir une petite caisse, pensant la faire tenir par mesme voye, des m[anu]s[crit]s que me demanda le R. P. Mercene, mais les Moreaux me promettent de la faire partir au premier jour. Py avoys mis le Pentateuque Arabe des Samaritains pour le R. P. Morin et le petit volume m[anu]s[crit] de rOrphée, et des Hymnes d'Homère et de Produs que vous m'aviez cy devant demandé, ce me semble, et vouldroys bien en avoir qui fussent plus à vostre goust^
GXLVI À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, L'ordinaire dernier qui nous apporta vostre despesche du ai*^ du passé arriva presque en mesme temps que celuy qui alloità Rome, de sorte que si je me fusse trouvé hors du palais quand ii fut apporté au logis, c'eust esté encor à temps pour envoyer le pacquet de M"* de Bonneval* par l'ordinaire de Rome, 'lequel ne se trouva despesche de M' le Mareschal qu une demy heure auparavant que je fusse retiré chez nous, dont je fus bien marry; il fauldra attendre l'aultre à t5 jours d'icy, et je ne manqueray pas de la recommander au mieux qu'il me sera possible, n'estant b^soing de vous mettre en peine du port, attendu que vous sçavez comme nous vivons maintenant avec M' du Lieu et les Moreaux pour ce regard, et d'icy à Rome je sçay que bailler aux courriers de marché faict, aultant quand ils ne me porteroient qu'une seule lettre comme quand il y a quelque libvre ou quelque boitte. Seulement suis je à délibérer si je Tenvoyeray par la poste soubs l'enveloppe du
' Vol. 717, fol. 307. — ' L'abbë de Thou.
cardinal Barberin, ou non, puis que vous dictes que les courriers lont cy devant voHé. Car je ne vouldroys pas que cela advint à celuy cy. Je cherche quelque libvre qui s'y puisse joindre commodément, pour demeurer à Son Eminence en compensation délia brigga S comme ils disent. Au reste j'ay prins grand plaisir de voir toutes les particularitez de Taffaire de Bourdeaux qu'il vous a pieu nous despartir, et seray infiniment aise d'en voir les aultres, et les suittes en son temps. Cependant je vous renvoyé ce que j'avoys cy devant receu sur ce subject, avec ce que vous nous en aviez envoyé cette foys, et vous en remercie le plus affectueusement que je puis, ensemble du soing que vous avez daigné prendre de faire tenir à M*" Saulmaise mes lettres, où je vouldroys Inen que vous eussiez trouvé chose plus digne de vostre curiosité, mais nostre foiblesse ne peult rien faire de mieux, et vous estes si bontif que vous vous payez àultant de la bonne volonté que de leffect. J'ay receu une lettre de M' Hullon qui meriteroit bien de l'estude pour y dignement refondre, et un morceau de vostre m[anu]s[crit] d'Avitus un peu différant, ce semble, en là substance et construction du Papyrus de celuy que j'en pensois avoir, qui sera vraysemblablement venu de quelque aultre part, mais M' Hullon disoit y avoir escript quelques mots de sa main que je n'y ay pas trouvez, ce qui me faict craindre qu'il n'ayt mis daiis sa lettre un morceau pour aultre. Vray est qu'on ne laisse pas de bien voir son inlention, au morceau qu'il m'a envoyé, et que je me resouls de r'envoyer par le prochain ordinaire Dieu aydant et l'accompagner du mien, avec quelque fragment de cet ancien livre trouvé avec la mommye. Bien marry de ne l'avoir peu faire k présent, mais on me destouma tout hier et tout dimanche et ay bien eu de la peine ce matin de desrober ce peu de temps pour ne laisser eschapper la commodité de vous escrire par celuy cy.
J'ay eu des lettres de M' vostre frère le R. P. Dom du Puy du 5 novembre oii il m'accuse enfin la réception de mes despesches à M' l'abbé de*Thou, sur l'affaire de Remette, mais il n'entre poinct au destail de
^ Chagrin, souci.
ce qui s y estoit faict. Il dict que ia bibliothèque du cardinal Barbe riu est demeurée à la disposition d un advocat Vénitien de bien peu d'érudition et mal versé aux livres, ce qui tire en consequance une plus grande jalousie et discourtoisie ^ que de raison. Ce sont d'estranges fatalitez que ceux qui ont de quoy avoir les livres n en puissent user ne faire user ceux qui le pourroient, si ce n'est parmy cez peuples sep* tentrionaulx dont Tair est si rude et si mal supportable à nostre nation. On escript que le Galilei est sorty du monastère de Sienne où il avoit esté jusques à présent, pour se retirer chez larchevesque qui est de ses amys, et qu on esperoit qu en6n il luy seroit permis de se retirer à une sienne maison des champs. Mais que cependant le Grand Duc de Toscane ne laissoit pas de faire imprimer ses mechaniques^. Sur quoy je finis demeurant, Monsieur,
vostre trez humble et trez obéissant serviteur, DE Pe^bsc.
A Aix, ce 6 décembre i633.
En pensant clore le pacquet j ay trouvé que par mesgarde mon homme avoit envoyé à mon frère qui est à Boysgency Toriginal de la lettre du Prieur de Roumoules et de l'ordinaire Je M' d'Espernon, mais l'aultre ordinaire vous suppléerons Dieu aydant'.
^ Littrë, sous le mot dUeourtmie, ne dte que deux écrivains du xvi* siècle, Montaigne et d*Aubigné.
* DUcorsiedimo8trazianinuUemaU€he,€ic.
( Leyde , Elzevier, 1 638 , in-4*). Voir le titre complet dans le Manuel du Uhraire (t. II,
col. 1 i6d ) et dans Les Ekevier de H. A. Willems (p. 1 16). L*ouYrage est dédié au comte de Noaiiles qui , pendant son ambassade à Rome, fut un des plus dévoués protecteurs de Galilée.
' Vol. 717, fol. 3io.
' GXLVII À MONSIEUR, MONSIEUR DU PUY
À PARIS
Monsieur, Je receus par le dernier ordinaire vostre despesche du â de ce moys, avec les feuilles du premier cahier de l'edilion de M'' du Ghesne, et à ce soir j'ay receu son m[anu]s[crit] des epistres du temps du roy Louys le jeune fort bien conditionnées, ensemble un bréviaire de M'L'Huiliier pour M' Gassend , n'estant arrivé que deux balles aux sieurs Moreaux qui en ont d'aultres en arrière parties de plus vieiUe datte. Mais je ne suis pas marry que celle où estoit ce m[anu]s[crit] ayt esté anticipée afin de le pouvoir plus tost renvoyer. Et vouldroys bien que les exemplaires de TertuUian que M' Rigault a destinez à Romç peussent arriver à temps pour la commodité des galères puisque M' deNouailles ne donne poinct encores de ses nouvelles gueres pressées. J ay cependant faict relier les deux exemplaires que j'en avoys, pour suyvre les deux lettres qu'il a escrittes aux cardinaux Barberin et Bagny, touts deux en marroquin de Levant rouge, le plus proprement que l'a sceu faire mon relieur ^ et un peu mieux qu'on ne faict communément à Rome pour ces Mess[ieu]rs à ce que j'ay peu voir de la relieure d'un exemplaire en grand papier de ce livre du P. Ferrarius que le cardinal Barberin m'a voulu envoyer relié en marroquin rouge par son relieur^, mais il faict pitié, tant il est savetté', ce qui me faict bien regretter de ne l'avoir eu en blanc, car la beaulté et la blancheur du papier est telle
' n s'agit là probablement de Gorberan, aux livres qu'3 Ini offrait la parure que
déjà mentionné et qui parait avoir été de plus Tëminent bibliophile aimait à donner à ses
en plus, dans les dernières années de la vie propres livres, de son maître , le relieur favori de ce dernier. ' Littré n'allègue aucun écrivain au sujet
* Le cardinal, connaissant les doubles de l'emploi de ce mot et se contente de rap-
préférences de son correspondant, avait pder que Ion dit d'un ouvrage gAté : «rCest
voulu, par une exquise attention, donner de l'ouvrage 8aveté.ii
662 LETTRES DE PEIRESG [1633]
quil meritoit de passer par les mains d'un meilleur ouvrier. C'est grand daumage que le papier dû Tertullian ne soit de pareille blancheur, y ayant tant d'aultres singularitez qui rendent cette édition Irez excellante et trez élégante , n estimant pas que le siècle oà nous sommes en ayt faict aulcune si digne que celle là ^ Ce sera un peu de reproche à cez MM" de Rome de n'avoir communiqué les diverses leçons de leurs m[aiiu]s[crit]s puisque les aultres qui sont passez par les mainz de M' Rigault ont esté si bi^i employez, ne doublant pas qu'il ne s'y feusse rencontré quelque chose de bon en plusieurs lieux difficiles, combien que j'estime que Futvius Ursinus en avoit veu quelques uns^. Il fauldra Dieu aydant relire cet autheur de bout à aultre pour y gouster le génie et le grand zelle et naifveté de ce grand personnage en son vray lustre, à cette heure qu'il y a esté restably de si bonne grâce.
Je vous remercie trez humblement du livre de Schioppius qu'il vous plaict me despartir, estant curieux de ne rien laisser eschapper, particulièrement sur le subjet de la Généalogie de cette maison d'Austriehe, pour voir le prog^z de la flatterie plus ou moings grande de ceux qui s'en sont mesiez, et si par hazard, quand il se vend des bibliothèques, il s'en rencontroit quelque pièce rare, comme celle de Roo, et celle de certain carme imprimée en Allemagne in ii®, je les payeroys volontiers quelque chose de plus qu'elles ne valent communément. Je suis marry que le bon homme de M' de Lone ayt laissé eschapper de ses mains la rdation de Constantinople avant que vous l'eussiez veûe; une aultre foys, je vous en feray les adresses. Mais je suis bien plus marry de n'avoir plus tost sceu qu« M' Aubert ne prétendisse pas d'interest particulier au m[anu]s[ont] des Astronomes Grecs, car j'en «usse pressé M' de Thoulouse un peu plus vivement, ne l'ayant osé faire pour ne heurter les desseins de ce personnage dont j'avoys la vertu en singulière vénération. Et fault que cez empeschements viennent de quelque aultre costé dont nous ne nous doubtons possible pas. Mais puisque nous les ignorons, îl
' Éloge qoi mérite d'ëre àbé partout o& Tortiiliien, voir la Bibkothèfm de Fukm Oril iera question da beau travaîi de Bigaoit ^ki, par M. Pierre de NoBiac (Paris, 1887^ ' Sur les travaux de ce eavaat relatifs à p* ^9^ iSy, 970, 889).
[1633] AUX FRÈRES DDPDY. 663
nous sera permis de parier tant plus librement de cette affaire pour la* quelle il semble qu on ne sçauroit faillir de suyvre les ordres contenus en la lettre que m avoit escritte M' de Thoulouse, sçavoir est que si tost qu on l'auroit tratascript, l'original me seroit envoyé, pour le faire tenir à M' Holstenius. Que s'il se trouve là un coppiste Grec, qui en veuille prendre la peine, j'en feray volontiers la despence et feray laisser la coppie à M' Aubert, pour en jsuyvre les ordres du dict sieur Archevesque. Ne doubtant point que M' Holstenius ne m'abandonne les livres qu'il a de S^ Cyrille, qu'il avoit desja offerts, et dont il m'a engagé sa parole, n'estimant pas qu'il me les voulust avoir refusezquand mesmes il ne se trouveroit pas engaigé de parole à ce marché conmie il est. II fauldra seulement voir d'y faire le meilleur mesnage que faire se pourra, car je me doubte que M' l'Archevesque sera bien aise de remettre cette coppie possible au P.Petau, ou aultre de sa compagnie. Quant à M' de Valloys, je ne luy escriray pas de ce coup, attendant si la responce de M' Godefroy pourroit arriver. Mais pour esviter qu'ils ne se brouillent ou desgoustent l'un de l'autre, je seray trez aise de payer les 100 francs dont est question, que je ne plaindray nullement, pour faciliter l'édition. N'estimant pas que M' de Valloys ayt subjecl de se tant plaindre de M' Godefroy pour cela, attendu que le mal est venu de cet Ëlie EhingerS qui doibt estre quelque pauvre pédant, bien nécessiteux et bien sordide % et de faict lorsque je demanday une pareille tran-
^ Élie Ehinger, né en 187 3, mourut en i653. Il fut d'abord pasteur, puis professeur; en 161 3 il devint recteur et bibliothécaire à Augsbonrg. De i635 à 16&9 il dirigea le gynuase de Ratisbonne. Voir la liste de ses publications dans le Moréri, dans la Biogrc^hie Miekaud, dans la Bù^raphie Dtdot, etc. On a inséré dans les Amœni^ tatet lùieranm de Schelhorn ( t. VIII) une notice biographique sur Ehioger par Jacques Brucker. On trouve dans le même recueil (t. III, p. a6i-a65) deux lettres de Peiresc
du 3 janvier 1 633 et du 5 septembre de la même année, adressées trA Monsieur, Monsieur le très docte professeur Elias Ehingerus. Bibliothécaire de TEminentissime Ré> publique d'Auspourg».
' Dans la liste des exemples de Temploi de ce mot donnés par Littré , aucun (sauf un terme de médecine tiré d'Ambroise Paré) n'est antérieur à la date de cette lettre. Les citations qui 8*en rapprochent le plus sent empruntées à La Mothe-le-Vayer et à Patru.
66à LETTRES DE PEIRESG [1633]
scriptioo, un gentilhomme d'honneur de mes amys, qui se tient à Au9pourg, m'escrivit que Ehinger en vouloit 5o escus pour ia peine, qu est un tiers de plus qu'il n en a prins de M' Godefroy, lequel il est raisonable de faire indemniser, soit qu il y àyt desbourcé son argent, ou que son credict soit demeuré engaigé. C*estoit proprement aux libraires qui entreprennent l'édition à faire cette advance, mais je sçay qu'ils sont assez desgoutez pour .vouloir le morceau tout cuict et tout masché; c'est pourquoy je ne suis pas d'advis qu'il tienne à cela que la chose ne s'achève. Et avant que sortir de la matière des livres, M' Gassendi , ayant veu le catalogue de la Foire , m'a conseillé de faire venir deux libvres in fol. imprimés à Francfort, que je seroys bien aise d'avoir quand ce ne seroit que pour l'en accommoder s'il venoit icy, ou s'ils estoient à son usage les luy envoyer chez luy. Les tillres sont Henrici Briggii ^ Trigonometria britannica etc. lib. II apud Glementem Schleich. Et de l'aultre Trigonometria Artificialis, sive Magnus cano etc. Adriano Viacio etc. ibid.^. Mais il fault que ce soit de cette dernière édition, qui est meliorée de beaucoup par dessus les précédentes à ce qu'on présuppose. Quant au Gazetier, je n'ay poinct eu de ses nouvelles par cet ordinaire, et celles que j'en eus par le précèdent vindrent soubs son ordinaire cachet de l'esperon, ce que je trouvay quasi aussy estrange que de n'en avoir poinct à ce coup cy. Mais son imprimeur ne laissa pas de me les apporter le soir mesmes, tellement que si il faict tant le renchery, il fauldra se redimer de cette vexation en se passant de sa despesche puis qu'il y veult plus de façon que je n'en puis fournir, regrettant infiniment l'importunité qu'il y a pour vous. Il me reste à remercier comme je faicts trez humblement M"^ du Puy vostre frère de ce qu'il vous plaict me faire espérer de sa part concernant le testament de nostre roy René et son premier mariage, dont je vous suis grandement redevable à tous deux. Mais vous m'avez bien descontenancé en m'escrivant ce qu'il vous
' Henri Briggs ëtait mort trois ans au- ' Le mathëmaticien h<dlaiidais Adrien
paravant(9 6janvier i63o) , ftgë de soixante- Vlacq fit aussi paraître, en i6a8, à Gouda,
dix ans, k Oxford où il occupait la chaire de une édition de YAritkmeiica hgariihmica du
géométrie. mathématicien H. Briggs,
l^ûet me mander «oncwnant ie prioré de S^ Leons , car ce n'a jamais esté mon iiitetttion <fiie M' de Thou &e raua. Monsieur, deussiez i^msi^ dcrer mon i&terceaBÎon au cas que la pièce iust de la qualité rëquîsa ou compatible à vostre induit, de manière que puiaque vous dictes que ie prioré S^ Martin a aultres foys passé par là, il n'y a nulle a^fNirance que ceiuy cy aye de plus grand privilège. C'est pourqvoy je vous déclare formellement que je révoque toutes les instances que vous pourrâes prétendre vous y avoir esté faictes de ma part, et ne consentiray jamais que vous vous despartiez de vostre droict, vous asseurant que je ne le souffriroys pas pour moy mesmes ne pour mes plus proches, et beaucoup moings pour cez Messieurs là dont la parenté n'est pas plus proche que de remué de germain, et avec lesquels nous n'avons aulcune sorte de meslange d'intérêts que d'une affection de sang telle que la nature nous peult obliger en cas pareil. Estimant au centuple la ttfindre des obligations ^que^ vous ay et à M' de Thoo. N'estant plus^le besoing de songer à aultre cbeee qu'à vous ftiire remettre le droiet du religieux noKuaé pMr en poursuyvire vostra provision en comaiande à Rçme où je vous serviray du bon du coeur si je le puis eomoi^e^ Monsieur,
vostre trez humble et trez obeiasant serviteur, Ds iWiassc.
A Ab, ee xii deoemhre i6S3.
[Au boê d$ kfoge:) S'il voua piaict de tourner.
11 est arrivé à ManieiUe me occasion 4e pr ocez à»w piaJMnte rpour nison d'un anneau am^uel estoit enchaseé un diamant de bon prix, que le sieur d'Âgostîn avioil; kissé tambèr daas la mer, lequel a'est Uaouvé depuis dans 4e ventre d'urn poisson mis œ paisté, OiverBee persones pre* tendant participation è oette bonne advanture, tant entue le ouisjiiier, le pâtissier et l'bosie «qu'^eolre les pesdieurs,ist «eiuy qui a voubi ¥endiquer sa Jbagne, encores qu'il l'eusse perdue en bonne iiioai^agnie assez longtemps auparavant. J'ay envoyjé demander extraict des pièces principdes du procez pour le vous envoyer, afin de ne rien advouer quiae