‹ Lettres de Philippe II a ses filles les infantes Isabelle et Catherine, ecrites pendant son voyage en PortugalChapitre 3 sur 17 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Tomar, â 'i de abril i58i.

Sicmprc deseo responderos y nunca pucdo, y menos agora que son las once, y aun no he cenado. Solo digo agora que séria muy bien qu'escrivais y respondais à my hermana, como creo que os lo cscrivî ya y bolvî su carta. Y de oy en 8 dias creo yo que embiaré cartas para ella, con que se havrâ de despachar correo; y asi para entônces podréis tener escrito, y yo procuraré de responderos, pues agora no puedo. Y porque he visto que no teneis sello, os embio el que va aquî, para que con él podais sellar las cartas de my hermana y las de la reyna madré y las myas; y en lacre creo que sellarâ mejor, que en papel no me parece que sella muy bien : mas para my no selleis en lacre que rompe las cartas, si no fuere el pliego que se ha de cortar. Y es el primer

sello nucvo en que se han puesto las armas de Portugal, conio veréis en lo que \a en la cartilla. Creo que se començarân presto las certes, y primero el juramento, porque ya viene mucha gente;y ya habréis savido como me quieren hazer vestir de brocado, muy contra my voluntad, mas dicen qu'es la costumbre de acâ.

De Tomar, â 3 de abril i58i.

Vuestro buen padre.

(Parafe de Pliilippe.)

AUX INFANTES MES FILLES

Thomar, 3 avril i58i.

Toujours je désire vous répondre et jamais je ne le puis, et moins encore en ce moment, car il est onze heures du soir, et je n'ai pas soupe. Je me borne donc à vous dire qu'il sera très bien que vous répondiez à ma sœur, comme je crois vous lavoir écrit déjà en vous renvoyant sa lettre. Je pense que, d'aujourd'hui en huit, j'enverrai des lettres pour elle qui nécessiteront l'expédition d'un courrier : ainsi vous pourrez avoir écrit pour lors, et je tâcherai de vous répondre, puisqu'on ce moment je ne le puis pas. Comme j'ai vu que vous n'avez point de cachet, je vous envoie celui qui est ci-joint, afin que vous vous en serviez pour cacheter vos lettres à ma sœur, à la reine mère ' et à moi. Je crois que c'est sur de la cire qu'il fera le meilleur

' Catherine de Médicis.

effet; sur le papier il me paraît qu'il ne marque pas très bien : mais pour moi n'employez pas de la cire, qui déchire les lettres, à moins que ce ne soit sur le pli qui se doit couper. C'est le premier caclict où Ton ait mis les armes de Portugal, comme vous le verrez par ce qui est en la petite lettre. Je pense que bientôt auront lieu l'ouverture des cortès et la prestation de serment, car il vient déjà beaucoup de monde. Vous aurez su qu'on veut me faire vêtir de brocard, bien contre ma volonté ' : mais on dit que c'est la coutume d'ici.

De Thomar, le 'i avril i38r.

Votre bon père.

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Tomar, d i" di mayo i58i.

Hazeislo tambicn en el cuydado que teneis d'escrivirme, que no puedo dexar de pagaroslo en lo m3'smo, y asf lo he querido hazer agora, aunquc no me sobra mucho tiempo. Y doyos muchas gracias por la nora

' D'après la relation qui est dans le tome VII, p. 1^44, de la Colcccioii de documenios incditos para la liistoria de Espana, le Roi, le jour de la pi-estation de serment, était vêtu d'une soutane ou habit long de toile d'or [sotana de tela de oro), avec une robe de brocard double'e de même toile; il portait le collier de la Toison d'or et était coifl'é d'un bonnet de velours.

Suivant une autre relation, insérée au tome II de Cabrera, p. 63j>, Philippe II avait une soutane et robe longue de brocard cramoisi.

buena que me dais del juramento; y harto quisiera que lo pudiérades verdesde una ventana, como lo viô my sobrino, que se via mj^ bien todo. El no ha estado bueno estos dias, que ha tenido un poco de calcntura, y le sangraron una vez, y ayer se purgô con unas pîldoras, y esta ya sin calentura, y asî creo que se levantarâ manana. Y con aver sido poco el mal, me ha dado harto cuydado. Y bolviendo al juramento, por la relacion dél que os embié, havréis visto si heran verdaderas las que ântes avi'ades visto ; y por si han ido otras taies del de vuestro hermano, os embio la ôrden que en cl avi'a de tener y se tubo. Y porque no me quedan copias de aquel papel y deste, guardadmelos entrambos para quando yo baya ay, que placera â Dios que sea presto. Y por estar ya bueno Lisboa y andar en buenos térmvnos las côrtes, trato ya de ir alli, aunque passaré por Almen'n v otros lugares que estân cerca del camyno; y lo màspienso ir por el rio, qu'es muy buena cosa. Y por estar mâs desembaraçado para el camyno, he dado oy el Tuson al duque de Bragança, y fué comygo à mi'sa, y entrambos con los collares, que sobre el luto parecia muy mal cl myo, digo qu'cl mâs galan ib.i, aunque dicen qu'el dia de my juramento fué el primer dia que se puso çapatos, que ya les traen acâ todos, sino soy yo. Segundo que deci's, mas calor deve hazer ay queaquf, que no hazeninguna, sino algunos dias harto fresco; y con todo esto no llueve, aunque para aca no es tan malo esto como para a}' y para Aranjuez, de adonde cscriven grandes lâstimas del daiïo que huze de no Uovcr. y tambicn del Escurial;

y la obra de alli cscriven que va muy adclantc. No se si lo avcis hcchado de ver dcsde vucstras vcntanas, pues de alli le dcveis de ver hartas ve/.cs. Creo que se hallarâ muy bien vucstro hermano en corto, pero no devc ser para andar segun lo que todos tardan en esto. Mucha embidia ticne Madalcna â las fresas, y yo â los ruysenores, aunquc unos pocos se oyen algunas vezcs de una ventana mya. Y Luis Tristan pregunta si ha llegado alla hîlo que dice que os ha embiado, aunquc yo creo que myente. Aoi han escrito que â vucstro hermano chico le avîa salido un diente : pareceme que tardava mucho, para tener va très aiïos, que oy los cumple, que se bautiçô, como se os acordard; y estoy en duda si son dos 6 très, y creo que très y que deve estar li'ndocomodeci's. Tambien estoy en dudaquanto cumple el mayor en julio, aunquc creo que son seis. Avisadme lo cierto dello, y Dios os guarde â vosotras y â ellos como deseo.

De Tomar, primero de mayo i58i.

Vucstro buen padre.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Thomar, i" mai i5Si.

Vous êtes si soigneuses de m'écrira que je ne puis laisser de vous payer de retour; et ainsi je l'ai voulu faire en ce

moment, quoique je n'aie pas beaucoup de temps de reste. Je vous remercie infiniment des félicitations que vous m'adressez sur la prestation de serment '; j'aurais souhaité que vous pussiez voir la cérémonie d'une fenêtre, comme mon neveu ^ Ta fait, car de là il voyait parfaitement tout. Il ne s'est pas bien porté ces jours-ci, mon neveu ; il a eu un peu de fièvre; on l'a saigné; hier il s'est purgé avec quelques pilules; maintenant la fièvre l'a quitté, et je crois que demain il se lèvera. Quoique le mal n'ait pas été grand, il m'a donné assez de souci. Pour revenir à la prestation de serment, la relation que je vous en ai envoyée vous aura mises à même de juger si celles que vous aviez lues auparavant étaient exactes; et, comme de telles relations du serment prêté à votre frère pourraient vous être parvenues, je vous envoie l'ordre qui y devait être et y a en effet été observé. Il ne me reste pas de copies de ces deux papiers; gardez-les-moi donc l'un et l'autre pour quand je retournerai à Madrid; et plaise à Dieu que ce soit bientôt 1 Lisbonne étant saine maintenant, et les affaires qui se traitent avec les cortès étant en de bons termes, je songe à y aller : mais je passerai par Almeirim et d'autres lieu.x qui se trouvent à proximité de la route. Je compte faire la plus grande partie du chemin par eau, et ce sera une très bonne chose. Afin d'avoir moins d'embarras dans mon voyage, j'ai donné aujourd'hui la Toison au duc de Bragance^ : il a assisté avec moi à la messe, et tous deux nous portions

' \'oy. p. 14.

- L'archiJuc Albert.

' Don Juan de Portugal, sixième duc de Bragance et de Barcelos, fils de D. Théodore et de dona Isabelle de Castro. Il avait, comme nous l'avons dit (p. 3), épousé la princesse Catherine de Portugal, fille de l'infant don Edouard. La remise du collier lui fut faite par Philippe II au couvent de Thomar. Il mourut au commencement de i583.

le collier : le mien faisait un triste effet sur mon habit de deuil'; le duc était plus élégant, bien qu'on dise que, le jour où Ton me prêta serment, il mit pour la première fois des souliers »j que déjà tout le monde porte ici, excepté moi. D'après ce que vous m'écrivez, la chaleur doit être plus grande à Madrid qu'elle n'est ici, oîi nous ne la ressentons pas du tout : même il y a certains jours où il fait très frais. Avec tout cela il ne pleut pas : mais en ce pays la sécheresse n'est pas fâcheuse autant qu'elle l'est à Madrid et à Aranjuez, d'où l'on écrit, ainsi que de l'Escurial, que l'absence de pluie cause beaucoup de dommage. On mande aussi que les constructions de là-bas' avancent beaucoup : je ne sais si vous vous en serez aperçues ; mais, de vos croisées, vous devez le remarquer souvent. Je crois que votre frère sera très-bien vêtu d'un vêtement court *, mais ce ne doit pas être pour marcher, à en juger par le retard que tous les enfants mettent à le faire. Madeleine a grande envie de fraises, et moi d'entendre chanter les rossignols, bien que d'une de mes fenêtres j'en entende parfois quelques-uns. Luis Tristan demande si l'on a reçu là-bas du fil qu'il dit

' Le deuil qu'il portait de la reine Anne. Voy. l'Introduction, p. 1 1.

' Peut-être faut-il traduire çapatos par bottines. La relation citée page 73, note i, qui donne la description du costume du duc de Bragance, ne mentionne pas cette particularité.

' Il s'agit vraisemblablement de constructions au palais de Madrid. Quintana nous apprend que Philippe agrandit ce palais en y faisant ajouter les tours et galeries qui regardent le parc, avec plusieurs autres pièces . {La antigûcdad, noble^ay grande^a de Madrid, p. 33 i .)

* Le prince don Diego comptait, le V mai i58i, cinq ans neuf mois et vingt jours, étant né le 12 juillet iSyS (voy. p. 8, note 5). Une lettre du cardinal de Granvellc à la duchesse de Parme, du i(j novembre 1584, nous apprend que le prince Philippe, alors âgé de six ans et sept mois, avait été n vestu de court avec chausses longues », pour la cérémonie où, quelques jours auparavant, les cortcs de Castille l'avaient reconnu comme prince héritier. {Archives Farnésiennes, à Naples.)

go LETTRES DE PHILIPPE II

VOUS avoir envoyé : je crois qu'il ment. On a écrit ici qu'une dent est venue à votre petit frère : il me paraît qu'elle a tardé beaucoup, puisqu'il y a trois ans, aujourd'hui, qu'il a été baptisé, comme vous vous en souviendrez. Je suis en doute si c'est deux ou trois ans; je crois pourtant que c'est trois ans ', et qu'il doit être gentil comme vous le dites. Je suis également en doute sur l'âge qu'aura l'aîné au mois de juillet, mais je crois que ce sera six ans. Ecrivez-moi ce qu'il en est à cet égard, et Dieu vous garde, vous et eux, comme je le désire !

De Thomar, le l'ornai i58i.

Votre bon père.

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