LETTRES DE PHILIPPE H
adônde ira el rio una légua de ancho; y posâmes muy junto â ella v de mds de cien navîos de todas maneras qu'estavan allî, que avi'an venido algunos, poco ântes, de muchas partes. Y asî fuîmos orilla de Lisboa, viendo todo lo que cae al rio, qu'es cerca de una légua de largo, y my posada, y reconociéndolotodo mu}' bien; y cstava todo Ueno de gente. Y fuymos asî hasta mâs abaxo de Lisboa, desde adônde atravesâmos el rîo para venir aquî d Almada , donde tengo una posada muy bonita, aunque pequeiîa, que de todas las ventanas se vee cl rio y Lisboa, y las naos y galeras muchas vezes. Y de una pieça alta, donde j'o escrivo, se ve de una ventana todo lo mâs del largo de Lisboa, que por aqui no tiene el rio de ancho sino poco mâs de média légua, y de otra ventana se vee Belen y Sant Jian y mucho del rio abaxo, y todos los navfos que entran y salen por él.
El dom\mgo adelante nos fuymos, my sobrino y yo, con sola la capitana, â desembarcar en Lisboa, sin que alla lo supiesen, al cabo de la varanda de my posada, y cntrâmos por allî y la vîmos roda, aunque tardâmes mucho, qu'es grandîsima, aunque desbaratada, aunque tiene muy buenos corredores y vistas y un jardin en alto muy bonito ; y con lo que se ha adereçado, qu'es mucho y ha costado mâs de lo que yo pense, ha quedado buena. Y creo que nos podrémos ir â ella el jueves, dia de Sant Pedro, }■ dicen que adereçan gran recibimiento paraaquel dia. Antier, dia de Sant Juan, nos embarcâmos â la manana, y fuymos à Belen, una buena légua de aquî, de la otra parte del rio, mâs
A SES FILLES. gâ
abaxo de Lisboa, y allî oymos misa cantada y comymos, y despues oymos vîspcras en cl coro, y nos fuymos â embarcar en un barco, y cnirdmos y vi'mos la terre de Belen, qu'esta dentro del rio y tiene mucha artillcn'a. Y de allf boh îmos p()r delante de Lisboa y aquî, con tanto viento contrario que, al descmbarcar, baylava muy bien ci esquife de la galcra en que ibamos. Y ayer hizo mucho mâs, de manera que a la tarde no pudieron ir varcas de aqui a Lisboa.
Otras cosas habria que decir dcstos dias, mas no ay tiempo para ello, y Madalena y otros las deven d'escrivir. Y ninguna calor ha hecho estos dias, sino oy que ha hecho mucha. He holgado mucho con las buenas nuevas que me dais de vuestros hermanos, y no m'escribieron las dos tcrcianas del chi'co, sino vosotras, }' espero que no pasarian adelante }' que todos estais buenos, como yo lo deseo; y pareceme muy bien el cuidado que teneis del aposento del mayor, y yo boy myrando lo que convendrâ. Muy bien es que no traygais las tocas, como me deci's; y el saliros sangre de narices, à vos la ma}'or, creo que durara hasta lo que parece que tarda ya, y asî es bien que dure hasta l'entonces. Y vos, la menor, hazeis bien en tomar caldos de rayzes, como me decîs : con que espero qu'estaréis muy buena. Madalena anda oy con gran soledad de su yerno que partiô 03' para ay, aunque yo creo que lo haze por cumplimyento; y estu\'o muy enojada comygo porque le reiîf algunas cosas que avîa hecho en Belen y en las galeras; y con Luis estuvo muy brava por lo mysmo. Y yo deseo ya mucho ir â Lisboa, por
darme mas priesa a lo de acâ, que aquî no se puede. Y Dios os guarde como deseo.
De Almada. â 213 de junio i3Si.
Vucstro buen padre.
(Parafe du Roi.)
AUX INFANTES MES FILLES
Almada, lO juin i5Si.
Je ne pus vous écrire lundi dernier; pour qu'il n'en soit pas de même aujourd'hui, je le fais avant de m'occuper d'autres choses : ce qui sera cause peut-être que j'achèverai celles-ci fort tard.
Je désirais vous écrire lundi, pour vous dire ce qui sMtait passé depuis le lundi précédent que je vous écrivis de"Villafranca' ; et ce fut que, le jour suivant, mardi, fête de Saint- Antoine, 1 3 de ce mois, j'allai entendre la messe à un monastère de moines déchaussés, du nom de Sant Antonio, à une lieue de là. Après la messe nous allâmes nous embarquer, en un autre endroit tout près, sur un brigantin (comme on dit en Portugal) à bord duquel les rois ont coutume de parcourir le tfeuve -. Nous vînmes, après un trajet d''une demilieue environ, jusque devant Villafranca, où étaient les galères : nous primes place sur la capitane, où se trouvait déjà Madeleine, qui n'avait pas été au monastère. Aussitôt les rameurs se dépouillèrent de leurs vêtements, ne conservant que des culottes de toile ; ils sont sur cette galère, qui
' Cette lettre nous manque.
^ Le Tage.
est bonne, près de trois cents, tous la barbe et la tétc rases. De là-bas jusqu'ici il y a six lieues. Notre voyage, que le temps favorisa, fut très-agréable; nous allâmes toujours il la rame. Mon neveu et moi nous dinàmcs en une place à Tarrière du bâtiment ; les autres dînèrent dans le corps de la galère, où nous les voyions de l'endroit où nous étions. Nous dînâmes fort tard, pour laisser passer, avec la marée qui monte et baisse de six en six heures, quelques bâtiments. Mon neveu et moi nous dînâmes tout en cheminant ; les galères s'arrêtèrent pendant que les autres dînaient : la nôtre allait en avant, et il y en avait dix derrière elle : tout ce que fait la capitane, les autres le font aussi. On y avait dressé des tentes qui les couvraient entièrement pour le soleil. Par les côtés on voyait le fleuve ou la mer avec les bords; en quelques endroits la largeur du fleuve était de deux ou trois lieues, de sorte qu'on n'apercevait presque pas l'une ni l'autre rive.
Nous vînmes de cette façon Jusque près de Lisbonne, là où le fleuve a une lieue de large; nous nous arrêtâmes tout contre la ville et à portée de plus de cent navires de toute sorte, dont quelques-uns étaient venus de différents endroits peu auparavant. De là nous voyions tout ce qui aboutit au fleuve sur une longueur d'environ une lieue, ainsi que mon palais, et nous reconnaissions tout très bien. 11 y avait foule partout. Nous allâmes ensuite jusque plus bas de Lisbonne, où nous traversâmes le fleuve pour venir à Almada, où j'ai une demeure très jolie, quoique petite : de toutes les fenêtres on voit le fleuve et Lisbonne, et souvent les navires et les galères mêmes. D'une pièce d'en haut, d'où j'écris, on voit, par une fenêtre, presque tout Lisbonne dans sa longueur; de ce côté, le fleuve n'a qu'un peu plus d'une demi-lieue de large. Par une autre
gS LETTRES DE PHILIPPE II
fenêtre on aperçoit Belem et Saint-Juliao avec une grande partie du bas du fleuve, ainsi que tous les navires qui y entrent ou qui en sortent.
Le dimanche suivant', mon neveu et moi nous allâmes, sur la capitane seule, débarquer à Lisbonne au bout de la terrasse du palais, sans qu'on en sût rien dans la ville. Nous entrâmes par là au palais et le visitâmes entièrement, ce qui nous prit beaucoup de temps, car il est fort grand, mais assez mal composé : il s'y trouve toutefois de bonnes galeries, de très jolies vues et un beau jardin dans la partie haute : au moyen des travaux que l'on y a faits, qui ont été considérables et ont coûté plus que je ne Lavais pensé, il a été mis en bon état-. Je crois que nous pourrons y aller jeudi, jour de Saint-Pierre '. On dit qu'il se fait de grands préparatifs de réception pour ce jour-là.
Avant-hier, jour de Saint-Jean, nous nous embarquâmes dans la matinée et allâmes à Belem. une bonne lieue d'ici, de l'autre côté du fleuve, plus bas que Lisbonne. Là nous entendîmes une messe en musique et nous dînâmes; après diner nous assistâmes aux vêpres dans le chœur ; puis nous allâmes en b;irque visiter la tour de Belem : cette tour est dans le fleuve; elle est garnie de beaucoup d'artillerie. Nous revînmes ici en passant devant Lisbonne ; le vent était si violent qu'au moment de débarquer il faisait très bien
' i8 juin.
' Le duc d'.\Ibe avait déconseille au Roi d'habiter ce palais: « Il est « triste comme une prison, lui ccrivait-il le 3o novembre i58o, et c'est «à peine si de là l'on voit la merw : La casa de la ribera es triste como una prision, que apciias se vce la mar délia. Philippe II mit en apostille, sur cette lettre, que les autres palais étaient encore plus tristes : Mds tristes son las otras. Il ordonna néanmoins que le palais du Rucio fût restauré, mis en bon état, et qu'on en fit sortir les inquisiteurs qui l'occupaient. (Dociimcntos incditos para la historia de Espaha, t. XXXIII, pp. 277 et 32(3. j
A SES FILLES. fjçi
danser le bateau qui nous conduisit à terre. Hier il l'ut plus fort encore, au point que l'après-midi il ne put aller aucune barque d'ici à Lisbonne.
J'aurais encore des choses à vous dire de ces derniers jours, mais je n'en ai pas le temps; Madeleine et d'autres doivent d'ailleurs les écrire. Il n'a pas fait chaud ces joursci, mais aujourd'hui la chaleur est grande. Je me suis réjoui des bonnes nouvelles que vous me donnez de vos frères; vous êtes les seules qui m'ayez fait part des deux fièvres du plus jeune; j'espère qu'elles n'ont pas eu de suite et que vous êtes tous bien portants, comme je le souhaite. Je trouve très-bien le soin que vous prenez du logement de l'aine; je m'occupe de ce qu'il conviendra de faire. J'approuve que vous ne portiez pas les toques, comme vous me le dites. Les saignements de nez que vous avez, vous, ma fille aînée, je crois qu'ils dureront jusqu'à ce qu'arrive ce qui paraît tarder beaucoup; ainsi il sera bien qu'ils continuent jusqu'alors. Vous, la cadette, vous faites bien de prendre des bouillons de racines, comme vous me le dites ; j'espère qu'avec cela votre santé ne laissera rien à désirer. Madeleine montre une grande tristesse de ce que son gendre est parti aujourd'hui pour Madrid; je crois qu'elle le fait pour la forme. Elle a été très fâchée contre moi, parce que je l'ai grondée à propos de certaines choses qu'elle avait faites à Belem et sur les galères; elle a été très hardie avec Louis ' pour le même motif.
Je désire beaucoup aller à Lisbonne afin d'avancer les affaires de ce pays : ce que je ne puis faire ici. Dieu vous garde comme je le désire!
D'AImada, le 2(j juin i58i.
Votre bon père.
' Louis Tristan , dont il est parlé dans les lettres suivantes.
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, ;i lo de julio i5Si.
Muy bien lo hazeis en escrivirme de la salud de vuestros hermanos. Y espero en Dios que la tendra el mayor presto cumplida, y tambien el menor; y bien creo que la calor havrâ sido causa de las tercianas, y paréceme que se deve de aver pasado alla la calor, pues acâ haze poca, y oy ha hecho harto fresco. Y pues asî es, mu\- bien es que os paseis todos d las Descalzas; y con las casas que se han de tomar, creo que no estaréis tan aprctados y que os podréis aprovechar de las pieças que caen à la huerta grande, que son muy buenas de verano, que lo se yo muy bien de algunas que estuve en ellas. Tambien holgué mucho de saver que vos, la menor, estubicsedes ya buena, y no de que cstàndolo subiésedes â la tribuna, que os pudiera hazcr mâs mal; y bien sera que entrambas lengais mucho cu3-dado de hazer lo que en esto }' en todo os dixere la condesa, pues ella le tiene tan grande de vuestro servicio y de lo que es bien que hagais; y asi os lo cncomyendo mucho : que con esto no podréis herrar en nada. Y del mal del conde estoy con cuydado por la voluntad con que veo que os sirve â todos, Y espero que tendra salud como es menester. Las alverchigas vinieron de manera que, si no lo escriviére-
des, no se pudieran conocer, y asf no las pude provar: de que me peso mucho, porque, por ser del jardinillo de vucstra ventana, me supieran muy bien. Acâ ay asf unos jardinillos en algunas partes, que llaman alcgretes, y no son malos. Llevarémos alla la traça dcUos, aunque no veo ay donde los pudiesc aver.
De acâ no ay que deciros, sino que ayer fuymos à misa, my sobrino y yo, à Santo Domingo, qu'esta en una plaça muy grande y buena que llaman el Rosio, y à la tardc'vinicron aquf dos infantes moros qu'estân aquf, tio y sobrino, y este es muchacho, con muchos Moros a pic y â caballo. Y esta manana saliô de aquî una armada de 14 6 i5 galconcs y naos y carabelas con mil Espafioles y mil Alemanes de los que vistes, que van à la isla Tcrcera, qu'esta por don Antonio, y estân agora delante de Belcn esperando tiempo para ir su viage; y esta tarde fuymos à verla en la galera capitana, y hazîa un poco de viento, y hubo un mareado. Y después que vîmos la armada y la gente qu'estava en ella, andando al rededor de los navios, vem'mos à la vcla en la galera, porque liera bueno el viento para venir. Y siempre las otras vezes avi'amos andado al remo sino agora; y llegdmos }"a casi noche. Y dntes de salir de la galera, dixeron allî la salve que suelen decir los sâbados, porque viese m}^ sobrino como se dice; y lo mds es con unos menestriles que son esclaves de la galera, que son muy buenos y taiîen muy bien muchos instrumentos; y asf con cllos dixeron muy bien la salve. Y no se si havréis savido que, por no aver aquî quien tanese bien los ôrganos en la capilla.
hizeveniraqui dCabezon. Madalenafuc ov a. la galera después que yo, y creo que anduvo un rato mareada; y hasta agora no se osa desmandar mucho por este lugar : creo qu'es porque no le den grita como las dan â otras, diciéndoles daca la ciicrda. No diréis que no os cscrivo hartas nuevas. Y Dios os guarde como deseo.
De Lisboa, a lodejulio i38i.
Vucstro buen padre.
(Pjrafc du Roi.)
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, lo juillet i5Si'.
Vous faites très bien de me tenir au courant de la santé de vos frères. J'espère en Dieu que Tainé Taura bientôt parfaite^, ainsi que le plus jeune. Je crois que les fièvres auront été causées par la chaleur; elle doit là-bas avoir cessé maintenant, car ici on la ressent peu, et même aujourd'hui il a fait assez frais. D'après cela il est très bien
' Philippe 11 , comme nous l'avons dit page i5, avait fait son entrée solennelle à Lisbonne le 29 juin.
^L'ambassadeur de France à la cour d'Espagne, Saint-Gouard, mandait, le 10 juillet, que le prince don Diego souffrait toujours de la tîcvre. Le 24 il écrivait : « Le prince est travaillé d'une fiebvre « double tierce de laquelle il est fort maigri et deffaict, et ne sçay si u enlin il aura assez de complection pour résister longtemps à tant « d'indispositions avec lesquelles il s'est nourry jusques à ceste « heure. » (Bibliothèque nationale, à Paris, Ms. fr., n" 1G108.)
A SES FILLES. lo'j
que vous passiez tous aux Descal^as'; avec les maisons qu'on prendra, je crois que vous ne serez pas aussi resserres, et que vous pourrez vous servir des pièces qui donnent sur le grand jardin et qui rétc sont ircs-bonncs : je le sais fort bien de quelques-unes où j'ai été. Je me suis aussi réjoui d'apprendre que vous, la cadette, vous soyez rétablie, mais non que vous soyez montée dans la tribune, ce qui aurait pu vous causer un nouveau mal. Il sera bien que l'une et
' Monastère fondé par la princesse dofia Jiiana, sœur de Philippe 11, en la même msison où elle était née. Il était sous l'invocation de Notre- Dame de la Consolation. Les relifjieuses suivaient la première règle que sainte Claire reçut de saint François de Borja. (Quintana, laAiitigiiedad, noblc^a y grande^a de la villa de Madrid, p. 41 3.)
Suivant la dépêche de Saint-Gouard du 10 juillet mentionnée à la page précédente, ce fut le jour précédent que les infantes avec les princes passèrent au monastère de las Delcal^as, ou plutôt à une maison qui y était attenante et y communiquait, « pour les faire « changer d'air » : l'opinion commune était que, l'été, à cause du voisinage du Manzanares, l'air du palais n'était pas bon.
Dans une lettre du -26 avril, Saint-Gouard s'était plaint à la reine mère de la manière dont les infantes étaient gouvernées : « Depuis « qu'elles sont de retour à Madrid — disait-il — n'ont jamays sorti du « pallais pour aller prendre l'air, attribuant cela au comte de Baraje « (Barajas), qui est demouré à leur garde, et croy, à la vérité, que le « Roy Catholique ne luy a pas donné charge de les traicter avec l'ap- « preste qu'il semble qu'il faict, qui pourroit bien causer des indis- « positions, tant à mes dictes dames qu'à monsieur le prince d'Es- « paigne,qui est traicté tout de mesme. Et dans le pallais ou ilz sont (I il n'y a point de jardin, de manière qu'il fault qu'elles soient tou- « jours dans des chambres. Et, du temps de la feue royne, elles « s'alloyent proumener avec elle, et alloient souvent, tant à Arrangeois « (Aranjuez), l'Escurial, que le Pardo, quand le roy y alloit. » (Bibliothèque nationale à Paris, Ms. fr., n" 16108.)
De son côté, le cardinal de Granvelle, le 18 mars i.îSi, écrivait à la duchesse de Parme : « Monseigneur nostre prince et les aultres du « sang se portent fort bien, combien que la façon de leur nourriture, « les tenant si enserrez, ne me semble fort à propos, ny pour la santé, « ny pour les diriger à la vie que princes venans en eage doibvent « tenir pour se trouver entre gens : que me donne peine, et ne laisse
« d'en dire souvent mon opinion » (Archives Farnésiennes, à
Naples.)
l'autre vous ayez grand soin de faire, en cela et en tout ce que vous dira la. comtesse ', car elle en a beaucoup de votre service et de ce qu'il convient que vous fassiez; je vous recommande donc ce point particulièrement : en agissant ainsi, vous ne pourrez errer en rien. La maladie du comte ^ me cause de la peine, pour le zèle avec lequel je sais qu'il vous sert tous. J'espère qu'il recouvrera la santé, comme il en est besoin. Les pèches sont arrivées en un tel état qu'on n'aurait pu savoir ce que c'était, si vous ne me l'aviez écrit; je n'ai donc pu en goûter : ce que j'ai regretté beaucoup, parce que, venant du petit jardin qui est devant votre fenêtre, elles m'auraient fait grand plaisir. Ici il y a de même en quelques endroits de petits jardins qu'on nomme alegretcs et qui ne sont pas mal. Nous en emporterons le plan, quoique je ne voie pas où là-bas l'on pourra en créer.
D'ici il n'y a rien il vous dire, sinon qu'hier mon neveu et moi nous fiimes à la messe au couvent des Dominicains, qui est situé sur une très-grande et belle place qu'on nomme le Rucio. L'après-midi vinrent deux princes mores qui sont ici, oncle et neveu ', ce dernier encore enfant, avec beaucoup de Mores à pied et à cheval. Ce matin est sortie du port une flotte de quatorze ou quinze galions et navires
' La comtesse de Paredes, qui avait été camarera mayor de la reine Anne et était chargée du gouvernement des infantes.
^ Le comte de Barajas, don Francisco Z.ipata de Cisneros, qui était grand maître de la maison des princes et des infantes.
^ Ces deux princes étaient : l'un, Muley Nazar, le frère; l'autre, Muley Jeque, le neveu du roi Negro, qui avait péri à la bataille d'Alcazarquivir. Le roi Henri leur avait donné asile en Portugal et pourvoyait à leur entretien : Philippe II ordonna que les secours qu'ils avaient reçus jusqu'alors leur fussent continués.
Avant que Philippe entrât à Lisbonne, Muley Nazar et .Muley Jeque avaient fait les plus vives instances auprès du duc d'.\lbe pour qu'il leur fût permis d'aller présenter leurs hommages au nouveau souverain du Portugal. [Documcntos inéditos para la historia de Espana, t. X.X.\I1I et X.X.KV, passhn.)
A SES FILLES. io5
et caravelles avec mille Espagnols et mille Allemands, de ceux que vous vîtes, lesquels vont à Tîle de Tercère, qui tient pour don Antonio : la flotte est en ce moment devant Belcm, attendant le vent propice pour mettre à la voile. Cette après-midi nous allâmes la voir sur la galère capitane; il faisait un peu de vent; il y eut du mal de mer. Après que nous Teùmes passée en revue, ainsi que les troupes qu'elle porte, en faisant le tour des navires, nous revînmes en nous servant de la voile, pour profiter du vent qui soufflait dans cette direction; jusqu'à ce jour nous avions toujours été à la rame. Il était presque nuit quand nous arrivâmes. Avant de quitter la galère, nous avons assisté au salut qu'on a coutume d'y dire les samedis, afin que mon neveu vît comment cela se pratique : la plus grande partie en est dite avec le concours de ménétriers, esclaves de la galère, qui jouent de divers instruments, ce dont ils s'acquittent très bien. Je ne sais si vous aurez su que, n'ayant personne ici qui sût toucher les orgues en la chapelle, j'ai fait venir Cabezon '. Madeleine est montée aujourd'hui sur la galère lorsque déji\ j'y étais; je crois qu'elle a eu un instant le mal de mer. Jusqu'à présent elle n'ose ici se permettre beaucoup de choses; je crois que c'est pour qu'on ne crie pas après elle comme après d'autres : A la corde.
Vous ne direz pas que je ne vous donne pas beaucoup de nouvelles.
Dieu vous garde comine je le désire !
De Lisbonne, le lo juillet i 58i.
Votre bon père.
' Dans les archives de la maison royale, à Madrid, il existe plusieurs pièces concernant Fernando de Cabezon, qui y est qualifié de mùsico du Roi. Il était attaché à la maison de Philippe II depuis le mois de juin i566.
io6 LETTRES DE PHILIPPE II
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, â 14 de agosto i58i.
El myercoles de manana recivî vuestras cartas de
5 deste, y â la tarde las de 3, de manera que estas
tardaron mucho. Holgué mucho con ellas, por las
buenas [nuevas] que me dais de la salud de vuestro
hermano y de vosotras y la chica; y espero que presto
me las embiaréis tambien taies del chico; y no podrâ
dejar de hazelle provecho el caldo que le guisan en
esa casa las monjas, como decîs. Manana pienso yr
por mar d oir misa en un monesterio que ay fuera de
aquî, de la mysma ôrden, que se llama la Madré de
Dios de Enxobregas, que creo que habréis oydo decir;
y después me pasaré d comer d uno de frayles francis-
cos qu'esta allî junto. Y en medio esta la casa donde
vivi'a laTeyna my tia, y no la podre ver, porqu'estdn
allf sus criadas. Nunca a tronado ni aun creo que
llovido después qu'estoy aquf; y si lo hiziese, creo que
lo oyria bien, por ser casî las pieças de ala â teja vana,
de manera que se 03'en todas las campanas del lugar,
que no dexan dormjT en amaneciendo. Bien creo que
los médicos havrdn tenido el cuydado que decîs, y
qu'el mysmo tendrdn hasta qu'esté bucno el chico.
Estos dias haze harta calor, mds no tanto como en
Badajoz con mucho, y no me querria acordar de tan
mal lugar. Y es tarde ni ay nids que dcciros, sino que os guarde Dios como deseo.
De Lisboa, â 14 de aj^osto.
Alla crco que tendréis 4 embaxadorcs de Venecia que se han despedido ya de my.
Vuestro buen padre.
(Parafe du Roi.)
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, 14 août ibSi.
Mercredi matin je reçus vos lettres du 5 de ce mois, et l'après-midi celles du 3 : vous voyez que celles-ci ont beaucoup tardé. Les unes et les autres m''ont fait un grand plaisir, pour les bonnes nouvelles que vous me donnez de la santé de votre frère' et de vous deux, et de la petite'; j'espère que bientôt vous m'en enverrez de semblables du petite Le bouillon que les religieuses de cette maison* lui
' Le prince don Diego.
' La princesse Marie.
' Le prince Philippe.
A la Bibliotlièque nationale, à Paris, il y a, dans le Ms. 416 du fonds italien, une série de nouvelles, en forme de lettres ou de relations, envoyées de Madrid en i58i, i582 et i583. M. Allred Morel- Fatio a eu la complaisance de m'en envoyer des extraits. Dans une lettre du 8 août i58i on lit que le prince (don Diego) est hors de danger, mais que l'infant (don Philippe) est étique : El principe niiestro seiïor estdfuera de pcligro,y el infante esta ético.
Je ferai plus d'un emprunt encore à cette série de nouvelles que j'indiquerai par les les lettres B. N. P.
* Las Dcscalzas.
io8 LETTRES DE PHILIPPE II
préparent, comme vous dites, ne pourra que lui faire du bien. Demain je pense aller par mer entendre la messe à un monastcre du même ordre ', qui s'appelle la Mère de Dieu de Xobregas, dont je crois que vous aurez entendu parler; de là j'irai diner à un couvent de frères franciscains qui est tout près. A mi-cltemin se trouve la maison où vivait la reine ma tante ^; je ne la pourrai voir, parce que les femmes qui servaient la reine y sont. Depuis que je suis ici il n'a pas tonné, et je crois qu'il n'a pas plu : s'il tonnait, je l'entendrais bien, car les pièces de l'aile où j'habite sont fort légèrement couvertes, de sorte qu'on y entend toutes les cloches de la ville qui, le matin, empêchent de dormir. Je ne doute pas que les médecins n'aient eu le soin que vous dites du petit, et qu'ils n'en aient le même soin jusqu'à son rétablissement. Ces jours-ci la chaleur est assez forte, mais pas si grande pourtant qu'elle l'était à Badajoz : je voudrais ne me ressouvenir plus d'un si mauvais endroit. Il est tard, et je n'ai plus rien à vous dire, sinon que Dieu vous garde comme je le désire !
De Lisbonne, 14 août.
Je crois que vous aurez là-bas quatre ambassadeurs de Venise qui ont pris congé de moi '.
Votre bon père.
' C'est-à-dire de religieuses déchaussées de l'ordre de saint François.
' Catherine d'.\utriche, sœur de Charles-Quint, épouse du roi Jean lU.
' La république de Venise avait, pour ambassadeur résident auprès de Philippe II, en i58o, Gioan Francesco Mdrosini. Le 5 octobre de cette année, le Sénat résolut d'envoyer au Roi, pour le féliciter sur l'acquisition du royaume de Portugal, une ambassade extraordinaire composée de Vincenzo Tron et Girolamo Lippomano. Dans l'été de 1 5Si, Morosini, remplacé à la cour d'Espagne par Matteo Zane, alla présenter son successeur au Roi, à Lisbonne; après quoi il prit congé, ainsi que les deux ambassadeurs extraordinaires. Zane ne tarda pas à
A SES FILLES. log
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, à 21 de agosto... (i58i).
Mucho he holgado con vuestras cartas y con las bucnas nuevas que me dais de la salud de vuestros hermanos. Dios sela lleve adclante y â vosotras tambien como yo deseo. Estos dias hc andado un poco desconcertado : no se si tiene la culpa dello aver comido mâs melon algunc* dias ântes, que les avia muy buenos, mas yo creoque no; y aunquehe quedado un poco cansado, creo que me ha hecho provecho : que asf agora quedo muy bueno. He estado dos medios dias en la cama, y no arreo sino à tercer dia, que asi han acudido como â terciana, mas ya anoche me faltô, y â las tardes me lebantava. Y asi no ay de que tengais cuydado, que quedo muy bueno, y ântes espero que me havrân escusado alguna otra enfermedad mayor. Con mucha verdad podeis créer que os deseo ver y 6. vuestros hermanos : placera a Dios de ordenarlo de manera que pueda ser presto, como lo espero. Muy bien es que en pudiéndose pasen vuestros hermanos
les suivre. (Albèri, le Rcla^ioni degli ambasciatori veneti al Senato, sér. I, t. V, p. 336.)
Une lettre, en date du 27 diicemhre i5Si, écrite par le cardinal de Granvelle au secrétaire Salazar, à Venise, fait connaître que Matteo Zanc venait d'arriver à Madrid, de retour de son voyage en Portugal. {Documcntos incditos para la historia de Espaha, t. XXXV, p. 35 i.)
las fiestas â vuestro aposento, pues es muy fresco, que 3'o le conozco muy bien mucho tiempo ha y desde que naciô alli mi hermana que aya gloria. Y razon teneis de sentir no uyr misas cantadas y sermones, aunque después he savido qu'el dia de Nuestra Senora fuistes al monesterio : creo que os holgarîades en él; y la abbadesa m'escriviô que se podria hazer una puerta por donde pudiésedes entrar. A Valencia hago escrivir que vea como se podrâ hazer : que bien sera que algunas fiestas oyais les oficios mj'entras ay estuviéredes.
Y paréceme que nos avemos encontrado en ir en un mysmo dia â las Descalças, vosostras â las de ay, y yo a las de aquî, que se llaman la Madré de Dios, y por estas creo hizo ni}' hermana ese monesterio. Fuy por agua en galera, y desembarqué allî, que sera média légua de aquî, fuera del lugar, en un barrio que se llama Enxobregas. Uymos misa, en la iglesia, de my capilla de aquî, que no es muy buena, y la iglesia es bonita. Y después de misa, tanto me dixeron que entraban alla los reyes que me hizieron entrar con my sobrino. y un obispo, capellan mayor, y un conde, camarero ma3'or, que hera une de los cinco governadores. Anduve lo mas de la casa; y como no he entrado en otra, pareciome muy bien y muy fresca ; y alla dentro, en el capîtulo, esta depositada la infanta dovia Marîa, my tia, y una reyna en el claustro en llano. De ally fuy à comer y à vîsperas â un monesterio de frayles franciscanos que esta allî junto.
Y en medio de los dos monesterios esta una casa que séria buena, si fuese acabada, segun me dicen;
que yo no la hc visto, porquc estdn en ella algunas damas y otras criadas que dexaron de la reyna my tia, que posaba allf. Y â la tarde me bolvî en las galeras, dando una buelta por el rio que creo que fuc de dos ô très léguas. Luego otro dia fué aquî dia de Sant Roque, que hizieron aqui una proccsion gênerai, por averse ya acabado del todo la peste, que dcspués que yo entré aquî no ha avido casî nada y 3'a no lo ay. Vi'mosla, my sobrino y yo, desde unas ventanas que tengo sobre la Rua Nova por donde pasô, aunque son muy lexos de m}' aposento. Y a3'er \'îmos otra, por las mismas ventanas, de la iglesia qu'es la pcrroquia desta casa, que se llama Sant Jian como el castillo. Y en algunas cosas hazen grandes ventajas estas procesiones â las de ay. Y sea nora bucna aver cumplido, vos la mayor, xv anos, qu'es gran vegez os tener ya tantos anos, aunque con todo esto creo que aun no sois mugcr del todo. Y oy ha ocho dias que os quixe dar la nora bucna, }' al escrivir semé holvidô. Y vos, la menor, tambien cumpliréis presto catorze. Y muy bien hezîstes en embiarme la carta de la abbadesa, y decilde que créa que se hard en aquello lo que mas convenga para todo, pues esto deseamos todos. He holgado de saver qu'esten ya buenos el conde y la condesa, que harto ha tardado en combalecer. Y no os digo mâs, por qu'esta ya la cena en la mesa y son mâs de las ocho. Y Dios os guarde come deseo.
De Lisboa, à 21 de agosto.
Vuestro buen padre.
(Parafe du Roi.)
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, 21 août i5Si.
Vous m'avez fait un grand plaisir par vos lettres et par les bonnes nouvelles que vous me donnez de la santé de vos frères : Dieu la. leur conserve, et à vous aussi, comme je le souhaite ! J'ai été un peu dérangé ces Jours -ci : je ne sais si c'est pour avoir, quelques jours auparavant, mangé trop de melon, qui était fort bon, mais je ne le crois pas; et, quoique j'en aie ressenti quelque fatigue, je pense que cela m'aura fait du bien, car maintenant je me porte parfaitement. J'ai gardé le lit deux demi-jours, non à la suite l'un de l'autre, mais à trois jours d'intervalle, de sorte que c'était comme une fièvre tierce : mais déjà hier soir c'était fini, et l'après-midi je m'étais levé. Vous n'avez donc pas à vous inquiéter, car je vais maintenant très bien, et j'espère même que ce qui m'est arrivé m'aura évité quelque autre maladie plus grande '. Vous pouvez croire, en toute vérité, que je désire vous voir, ainsi que vos frères : plaise à Dieu de disposer les choses de manière que cela soit bientôt, comme je l'espère ^ !
J'approuve beaucoup que, si cela se peut, vos frères passent les fêtes dans votre logement, qui est très frais; je
' Le cardinal àc Granvelle écrivait à Maximilien Morillon le 2 septembre : « Le Roy se porte fort bien. II at heu le flux de ventre, que « luy vient quasi tousjours en ceste saison , ce que luy cause plus de « santé. » (Bibliothèque de Besançon.)
* On écrivait de Madrid, le iS septembre, qu'on y espérait le retour du Roi pour la Noël. (B. N. P.)
A SES FILLES. ii3
le connais fort bien, et il y a longtemps, car c'est depuis que ma sœur, qui soit en gloire', y reçut le Jour. Vous iwez raison de regretter de ne pas entendre de messes avec chant ni de sermons; j'ai toutefois su depuis que, le jour de la fête de la Vierge, vous êtes allées au monastère : je pense que vous vous y serez plu. L'abbesse' m'a écrit qu'on pourrait ouvrir une porte par où vous y entreriez; je charge Valcneia ^ de voir comment cela sera faisable. Il sera à propos que, pendant votre séjour là-bas, vous assistiez au.K offices, à quelques-unes des fêtes.
Il me paraît que nous nous sommes rencontrés dans Pidée d'aller le même jour aux Descal:{as, vous à celles de Madrid, et moi à celles de Lisbonne, dont la maison est appelée la Mère de Dieu; et je crois que ce fut en souvenance de celle-ci que ma sœur fonda le monastère de là-bas. J'y allai par eau sur une galère; c'est à une demi-lieue du palais, hors de la ville, en un faubourg qui se nomme Xobregas. Nous entendîmes la messe dans l'église hors du couvent; elle fut chantée par ma chapelle d'ici, qui n'est pas très bonne; l'église est jolie. Après la messe, on me dit tant que les rois entraient dans le monastère, qu'on m'y fit entrer, ainsi que mon neveu, avec un évêque, mon grand chapelain, et un comte, mon grand chambellan, lequel avait
' Dofia Juana.
' Elle était tîlle du duc don Juan de Borja et de dofia Francisca de Castro, et portait en religion le nom de sor Juana de la Crii^. Elle avait été élueabbesse du couvent de las Descal-(as peu après sa fondation. Elle mourut le 28 avril i6oi. Elle eut de grandes contestations avec Philippe H au sujet des qualités qu'il voulait qu'on exigeât des personnes qui solliciteraient leur admission parmi les religieuses. (Fray Juan Carrillo, Relacion historica de la real fundacion dcl monasterio de las Descal^as, etc., Madrid, 1621.)
' On trouve, dans les états de la maison de Philippe II, conservés au palais de Madrid, un Cristoval Valencia, qui était attaché à la fourrière du palais.
été l'un des cinq gouverneurs. Je parcourus la plus grande partie de la maison, et, comme je ne suis pas entré dans d'autres, elle me parut très bien et très fraîche : dans le chapitre est déposé le corps de l'infante doiia Maria, ma tante', et dans le cloître gît celui d'une reine. De là nous allâmes dîner et entendre les vêpres à un monastère de moines franciscains qui est tout prés. Entre les deux monastères il y a une maison qui serait bonne, à ce qu'on me dit, si elle était achevée; je n'y suis pas entré, parce qu'il s'y trouve plusieurs dames et d'autres personnes qui étaient au service de la feue reine ma tante -, laquelle habitait là. L'aprèsmidi je revins vers les galères, et nous fîmes une promenade sur le fleuve, de deux à trois heures.
Le jour suivant, fête de Saint- Roch, il y eut ici une procession générale pour remercier Dieu de ce que la peste avait entièrement cessé; depuis mon entrée à Lisbonne, elle n'avait pas fait grand mal, et maintenant il n'en est plus question. Nous vîmes cette procession, mon neveu et moi, des fenêtres que j'ai sur la rue Neuve par où elle passa et qui sont très loin de mes appartements. Hier nous en vîmes une autre des mêmes fenêtres; elle sortait de l'église qui est la paroisse de ce palais et qui se nomme Saint-Juliao comme le château. En certaines choses ces processions l'emportent sur celles de Madrid.
Je vous félicite, vous, ma tille ainée, d'avoir accompli votre quinzième année' : c'est être déjà vieille que d'avoir un tel âge, quoique avec tout celg, à ce que je crois, vous ne soyez pas encore tout à fait femme. Il y a huit jours, je voulais vous envoyer mes félicitations, et en écrivant je
' Fille d'Emmanuel le Fortuné et sœur d'Isabelle, épouse de Charles- Quint.
- Voy. p. io8, note 2.
' Is-ibelle, comme nous l'avons dit p. 19, était née le l'août i566. .
A SKS FILLES. ii5
Toubliai. Vous, ma fille cadette, vous accomplirez bientôt quatorze ans'. Vous avez très-bien fait de m'envoyer la lettre de Tabbesse; dites-lui qu'elle soit persuadée qu'il se fera en cela ce qui conviendra le mieux pour tout, puisque c'est ce que tous nous désirons. J'ai été charmé de savoir que le comte et la comtesse sont rétablis'; la convalescence de la comtesse a été assez longue.
Je ne vous en dis pas davantage, parce que le souper est servi, et il est plus de huit heures. Dieu vous garde comme je le désire !
De Lisbonne, le 21 août.
Votre bon père.
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Cintra, â 2 de octubre i58i.
El myércoles recibî vuestras cartas con que holgué muchoy con que fuesen largas. Y el jueves, à las ocho y média, nos partîmes, my sobrino y yo. Y porqu'el esquife de la galera, que ya sabeis qu'es el barco délia ' en que se va hasta la galera, no pudo llegar al embarcadère, per cstar baxa la niar, ube de pasar por otro varco qu'estaba allî y estaba sin mâstil ; y al pasar por elle metî una pierna por el agugero del màstil y casî cay, père tuveme bien y ne cay en el agua, sine dentro
' Catherine (voy. p. 22) était née le 10 octobre iSby. * Voy. p. 104, notes i et 2.
ii6 LETTRES DE PHILIPPE II
de la varca. Y pudiera me hazer harto mal en la pierna que metî en el agugero, y todadîa me di un golpe en la espinilla que me doliô harto por un rato }' se me desoUô un poco; pero no fuc nada, y agora la tengo ya buena. Entrâmes en la galera y fuymos â Cascaes, que son cinco léguas, en très horas, que nos hizo buen tiempo, y fuymos à la vêla; y como ya por allf es la mar fuera del puerto de Lisboa, ubo hartos mareados, y my sobrino y vo lo estuvfmos un poco; pcro pasôsenos luego, de manera que en llegando â Cascaes comîmos en la galera. Y en comyendo todos nos desembarccâmos y fuymos à casa, qu'es buena y algunas pieças pintadas. Y otro dia hizo un poco de tormenta, de manera que pudie'ramos mal venir por mar. Otro dia, que lo hcra de Sant Miguel, uymos misa y comymos allî, 3' fuvmos à Peiialonga, qu'es monesterio de Sant Hieronimo, el primero que huvo acd de su ôrden, j' uj'mos vîsperas suyas. Y el Scibado, que hera su dia, estuvîmos allî y uymos misa y sermon, y yo vîsperas, porque mv sobrino fué â caca y matô un venado, y oyô bramar no se quantos ciervos ay por allî. Y él avîa visto ântes los jardines y huertas, y yo los vî después, y son buenos y muchos, y muy buenas fuentes, que las tomaria yo por alla. El domyngo uymos misa cantada v comîmos, y después venîmos â otro monesterio de la misma ôrden, y pequefio, que se llama Nuestra Sehora da Peiïa, porqu'estd todo él sobre una peria muy alta, de adônde se descubre gran vista de mar y tierra, sino que ay tanta niebla que lo mâs del tiempo no se vee ; y asî me cmbaraçô ayer para que
no lo pudicscmos ver bien. Y ay una légua casf de subida del un moncsterio al otro; y cierto el de arriva es de ver, y el otro tambien por las fuentcs y jardines; y llâmase Peiialonga por una pena que tiene allf junto, bien estrana. En el de arriva uymos visperas, y después nos baxâmos d este lugar, qu'es muy fresco y dicen que muy bueno de verano, y bdxase mâs de média légua. Llegâmosya tarde, que no pude versino un poco de la casa. Oy no he salido délia, por despachar este correo y por ver esta casa, que, aun^jue es antigua, tiene muy buenascosas y algunas que no me parece que en ninguna parte las he visto talcs; y holgcâra yo harto de veros en ella, porque crco que holgârades, que tiene jardines y fucntes. Y no quierodecir mâs délia, porque séria cosa larga, y sera mejor dexarlo para contaroslo quando, placiendo à. Dios, os vea. Maiîana y esotro plenso ir al campo, y despucs bolverme â Lisboa, de adônde osescrivirc lo que nids huviere, si me dexaren. Mu}' bien estd que todos lo esteis y que vuestro hermano letrce tambien como deci's, y asî procurad que lo lleve adelante. Y he holgado de que fuéredes d misa, el dia de Sant Matheo, por la puerta nueva; y el que fui'stes al monesterio no hera de Sant Victor, aunqu'estd alli su cuerpo, sino de Sant Mauricio y sus companeros, como veréis en el calcndario; y porque Sant Victor hera uno dellos, le hazen la fiesta aquel dia; y creo qu'estarian bien las reliquias. No ay por acd tantas como alld. Mucho me pesa que la condesa ande todadi'a ruin como deci's, y asi no le dexeis que se rija mal. No he savido mds
iiS LETTRES DE PHILIPPE II
de la venida de my hermana, a lo menos cosa cierta. Creo que no se podrâ dexar de saver con el correo de myércoles. Las armadas de las Indias llegaron ya, como abreis savido, si no fué una que se pensôque se avîa perdido; perodespuéssc ha savido que llegô â la isla de la Madera; y asî creo que no se perderâ nada. Y por ser va esta muy larga y ser tarde, no digo mas sino que vos, la menor, tengais quenta con lo del carrillo, pues seos hincha tantas ve/.es. Y Dios os guarde como deseo.
De Sintra, à dos de otubre i58i.
Vuestro buen padre.
(Parafe du Roi.)
YIII
AUX INFANTES MES FILLES
Cintra, 2 octobre i58i.
J'ai reçu mercredi vos lettres, qui m'ont fait beaucoup de plaisir, surtout parce qu'elles étaient longues. Jeudi ', à huit heures et demie, nous partîmes, mon neveu et moi. Comme Tesquif de la galère (vous savez que c'est le canot dans lequel on va à celle-ci) ne put parvenir jusqu'à l'embarcadère, à cause que la mer était basse, je dus, pour le joindre, passer sur une barque qui était là, démâtée; en y passant, je mis un pied dans l'ouverture pratiquée pour le mât, et je tombai presque, mais je me tins bien, et ce fut, non dans l'eau, mais dans la barque, que je faillis tomber.
' 28 septembre.
A SICS FILLKS. ug
raurais pu me faire assez de mal à la Jambe, et je me donnai un coup au tibia qui me fit assez souffrir un moment; même j'en fus un peu écorciié : mais ce ne fut rien, et maintenant je ne m'en ressens plus. Nous montâmes sur la galère, et en trois heures nous arrivâmes à Cascaes, qui est à une distance de cinq lieues; le temps était bon, et nous naviguâmes à la voile. De ce côté-là de Lisbonne on entre dans la mer en sortant du port; aussi il y eut assez de personnes qui eurent le mal de mer; nous en souffrîmes un peu, mon neveu et moi, mais pas longtemps, de sorte qu'à notre arrivée à Cascaes nous dînâmes en la galère. Après dîner nous débarquâmes tous et nous allâmes au château, qui est bien et dont plusieurs pièces sont ornéesde peintures. Le jour suivant il y eut un peu de tempête qui ne nous aurait guère permis de venir par mer. C'était la fêle de Saint- Michel; nous entendîmes la messe et nous dînâmes là; puis nous fûmes à Peiialonga, monastère de Saint-Jérôme, le premier de cet ordre ciu'il y ait eu en Portugal, et nous y assistâmes aux vêpres. Samedi, qui était la fête de ce saint', nous retournâmes au monastère; nous y entendîmes la messe et le sermon, et moi j'assistai de plus aux vêpres, tandis que mon neveu fut à la chasse : il tua un sanglier ', et entendit bramer je ne sais combien de cerfs qu'il y a par là. Il avait vu auparavant les jardins et les vergers; je les visitai à mon tour: ils sont beaux et noinbreux, et il s'y trouve de belles fontaines que je prendrais volontiers pour là-bas. Dimanche nous entendîmes une messe avec chant. Après avoir dîné, nous allâmes à un autre monastère du même ordre, mais plus petit et qui se nomme Nossa Senhora da Pena, parce qu'il est entièrement situé
' 3o septembre.
' Ou un daim.
sur un rocher très-élevé d'où l'on voit une grande étendue de mer et de terre : mais le brouillard y est si épais que la plupart du temps on ne voit rien, et c'est ainsi qu'hier il nous empêcha de bien voir. Il y a presque une lieue de montée d'un monastère à l'autre. Celui d'en haut est certainement digne d'être vu; l'autre aussi pour ses fontaines et ses jardins. Ce dernier a été nommé Pefialong^a, pour un rocher qui est tout près et qui est bien étrange. Au monastère d'en haut nous entendîmes les vêpres.
Nous descendîmes ensuite à Cintra, qui est un endroit très frais et, à ce qu'on dit, très agréable l'été : la descente est de plus d'une demi-lieue. Il était déjà tard quand nous arrivâmes : c'est pourquoi je ne pus voir qu'une partie du château. Aujourd'hui je ne suis pas sorti afin de dépêcher ce courrier et de visiter la maison qui, quoique ancienne, est remarquable par d'excellentes choses; il y en a qu'il ne me paraît pas que j'aie vues ailleurs; je serais bien charmé de vous y voir, persuadé que vous vous y plairiez, car il s'y trouve des jardins avec des fontaines. Je ne veux pas vous en parler davantage, parce qu'il me faudrait entrer dans de longs détails; je les réserve pour vous les conter, quand, au plaisir de Dieu, je vous reverrai. Demain et le jour d'après je pense aller à la campagne; ensuite je retournerai à Lisbonne, d'où je vous écrirai ce qu'il y aura encore à vous dire, si l'on m'en laisse le loisir.
C'est une bonne chose que vous soyez bien et que votre frère • épelle aussi bien que vous le dites ; faites en sorte qu'il continue. J'ai été charmé que vous ayez été à la messe le jour de Saint-Mathieu -, par la nouvelle porte'. Le jour
' L'infant don Philippe.
- 21 septembre.
' Voy. p. 1 1 3.
A SES FILLEfe.
que vous fûtes au monastère n'était pas la fête de Saint- Victor, quoique son corps repose là ', mais celle de Saint- Maurice et de ses compagnons, comme vous verrez dans le calendrier' ; saint Victor était un de ceux-ci ; c'est pourquoi on célèbre sa fcte ce jour-là. Je crois que les reliques ' sont bien conservées; il n'y en a pas autant en Portugal qu'en Espagne. Je suis très-peiné que la comtesse* aille toujours mal, comme vous le dites; soyez attentive à ce qu'elle se soigne bien. Je n'ai plus rien su de la venue de ma sœur, au moins avec quelque certitude; je crois que le courrier de mercredi m'en apportera des nouvelles. Les flottes des Indes sont arrivées', comme vous l'aurez appris, à l'exception d'un navire que l'on crut s'être perdu : mais depuis on a su qu'il est arrivé à File de Madère; ainsi j'espère qu'il n'y aura aucune perte.
Cette lettre est déjà fort longue, et il est tard : aussi je n'en dirai pas plus, sinon que vous, la cadette, vous preniez garde à votre joue, puisqu'elle s'enfle si souvent. Dieu vous garde comme je le désire !
De Cintra, le 2 octobre i .^81.
Votre bon père.
' Il avait été apporté de Vienne et donné au couvent par Anne d'.-\utiiche, lorsqu'elle vint épouser Philippe 11. (Fray Juan Carrillo, Rclacioii liistorica, etc., fol. 5o.)
' C'est-à-dire le 22 septembre.
' Fray Juan Carrillo (fol. 4g-5o) donne la description de toutes ces reliques.
* Voy. p. 104, note i .
^ Dans une lettre écrite de Lisbonne, le 20 septembre i58i , au secrétaire d'État de Villeroy, l'ambassadeur Saint-Gouard lui donnait de bonnes nouvelles de la santé du Roi, « lequel, disait-il, passe tout « le jour à une fenêtre, voianl avecque très grand plaisir descharger « les navires venus de l'Inde ». (Bibliothèque nationale, à Paris : Ms. 16108 du fonds français, fol. 56.)
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, à 2^ de octuhre i58i.
El lunes os escrivî tan largo que tendre agora poco que decir. porque después acâ no he ido fuera, por csperar d m}' sobrino, que aunque sele avi'a quitado la calentura y estava va levantado, le holviô antenoche una poca y la tiene todadîa, y oy le han sagrado un poco, que no le sacaron mas de 4 onças, y aunqu'es poco el mal, meda â my harto cu3'dado, y màs siendo en los dias que es. Placera à Dios darle salud y presto, y asl selo pedid vosotras, y d la abadessa que tambien selo pidan en ese monesterio, que todadîa es bien, au nque la calentura es muy poca. Con tener capillay adônde oir misa, porque se acabô la que se hazia, se pasa mejor cl no ir fuera. Pues deci's que \uestro hermano leeria mejor si tubiese nids cuydado, acordalde que le tenga, para que. quando yo baya, placiendo d Dios, sepa ya leer bien y escrivir algo, y decilde que para quando escriviere, yo le embiaré una escrivanîa de la India; 3' muy de tarde en tarde me parece que os veis, pues decis que no es sino las licstas. Madalena esta muy cnojada comygo despucs que os escriviô, porque no renî d Luis Tristan por una quistion que tuvieron delante de my sobrino, que yo no la 01', y creo que la començô ella, que ha dado en desonrarle.
A SES KU.r.ES.
Se ha ido muy enojada comygo, diciendo que se quicrc ir y que le ha de matar : mas creo que manana se le havni ya holvidado. Tambien aquf a hccho muy buenos dias, y aun calor; \' si no haze mas frio i-iue agora, sera harto poco, mas bien creo que hani mas. De my ida no se aun que os diga, sino que ladeseo y procuro, aunque esta indispusicion de mj^ sobrino no ayuda mucho d ello, pues estos dias no me puede ayudar, y asf tendre yo mâs que hazer y havre menester mds tiempo para ello. Placera â Dios darle presto salud y tracr con ellad my hcrmana, queyo creo que deve ser ya embarcada, aunque ha muchos dias que no tengo carta suya. Y él os guarde como deseo.
De Lisboa, à 23 tic otubre i5cSi.
^'uestl•o buen padre.
(Parafe du R<ii.i
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, 23 octobre i58i.
Je vous ai écrit lundi si longuement que j'aurai aujourd'hui peu de choses à vous dire, car depuis je n'ai pas été dehors, attendant mon neveu : la fièvre l'avait quitté, et il s'était levé; avant-hier au soir elle lui revint et il Ta encore; aujourd'hui on lui a fait une petite saignée, seulement de quatre onces. Quoique le mal ne soit pas grand, il me cause de la peine, surtout en des jours comme ceux-ci.
Plaise au Ciel de lui donner la santé, et bientôt ' ! Demandez-le vous-même à Dieu, et priez Fabbesse ' de le lui faire demander dans son monastère : cela sera à propos, quoique la fièvre ne soit pas forte. Puisque la chapelle où vous pouvez entendre la messe s'est achevée, vous ne serez plus obligée d'aller dehors. Vous dites que votre frère ^ lirait mieux s'il se donnait plus de peine : recommandez-lui de la prendre, afin que, quand je retournerai à Madrid, au plaisir de Dieu, il sache bien lire et un peu écrire ; dites-lui que, quand il écrira, je lui enverrai uneécritoiredes Indes. Il me paraît que vous vous voyez bien rarement; puisque, d'après votre lettre, ce n'est que les jours de fête. Madeleine est très fâchée contre moi depuis qu'elle vous a écrit, et c'est parce que je n'ai pas grondé Luis Tristan ;\ propos d'une querelle qu'ils eurent ensemble devant mon neveu. Je n'étais pas présent, et je crois que ce fut elle qui commença, en traitant Luis Tristan avec mépris. Elle s'en est allée de très mauvaise humeur contre moi, disant qu'elle veut partir et qu'elle le tuera : mais je crois que demain elle aura tout oublié. A Lisbonne aussi nous avons eu un très beau temps; il a même fait chaud : si nous n'avons pas plus de froid que maintenant, ce sera bien peu; mais je crois que nous en aurons davantage. De mon retour à Madrid je ne sais encore que vous dire, sinon que je le désire et le hâte autant que possible : mais cette indisposition de mon neveu ne contribuera guère à l'avancer, car en ce moment il ne peut m'aider, et ainsi j'aurai plus à faire, et j'aurai besoin pour cela de plus de temps. Plaise
' Dans une lettre de Madrid, du ?o octobre, il est dit que Philippe II faisait des visites fréquentes à Tarchiduc : Su Magestad le visita miiy d mcnudo. (B. N. P.)
- \'oy. p. 1 1 3, note 2.
' Don Diego.
au Ciel qu'il recouvre bieniôt la santé, et que ma sœur qui, ù ce que je crois, se sera déjà embarquée, quoique depuis longtemps je n'aie pas eu de lettre d'elle, nous arrive bien portante ! Dieu vous garde comme je le désire !
De Lisbonne, le 2'i octobre i58i.
Votre bon père.
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, â 3o de octubre i58i.
Es muy tarde, y asi no podré deciros sino que recibî dos cartas de cada una de vosotras con las que my hermana os escriviô, que no podreis quexaros de quan cortesmente os escrive. Y ya creo le havreis escrito con don Antonio de Castro, y respondîdole â sus cartas que os embiô ; y deseo mucho saver que seaya desembarcada; y hizo aquî tormenta una noche destas, y se ahogô un correo, que me ha puesto en mucho cu3'dado, aunque espero que no llegaria alla la tormenta, que no es tan brava aquella mar como esta; y parece que adevinâvades, vos la mayor, lo que os avi'a d'escrivir my hermana, que la encomendâsedes â Dios, quando m'escrivtstesque se hiziese asi. Yo tuve una carta suya de un dia 6 dos después de las vuestras, y después acâ no he savido mâs délia. Estava entônces aun harto lexos. El mal de my sobrino fuc creciendo desde que