‹ Lettres de Philippe II a ses filles les infantes Isabelle et Catherine, ecrites pendant son voyage en PortugalChapitre 8 sur 17 · I40 LETTRES DE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

I40 LETTRES DE PHILIPPE II

que sirve quando ellos no pueden, tambien flamenco, y tienen cargo de los ninos. No se que obra dicen alla que se haze aquî, sino es el castillo de Sant Jian que se haze mayor, y no le he visto después que fuy â Sintra. Otro se haze en Setubal, que no he visto aun: si tuviese tiempo, le \ei"îa; mas no se quando pueda, y agora, con cl tiempo que haze, no es posible, qu'es cosa estrana lo que llueve. Y por esto han tardado très dias de la semana pasada en hcchar un galeon a la mar. Avi'a poco que se començava, quando aqui vine, en la plaia desta casa, adônde se via muy bien de la varanda de aqui, y hdseacabado; y pensaron hecharle el jueves al agua, y tuvieron nos toda la manana esperândolo; y es tan grande y pesa tanto que no fué posible. Y el viérnes fué lo mysmo, y aun nos hizo quedar sin misa por verlo, }■ tampoco pudieron. Y el sdbado tambien tardaron buen rato, y ya estàvamos desconfiados; y al fin fué al agua, y vanse por su pié y con unos como chapines debaxo sobre que carga. Y es cosa de veer : mas séria muy largo para deciiio todo aquf. Y otro esta començado en la mysma parte. Ayer fuy a. misa â la perocha desta casa, que aun no avîa ido alla, y llâmase Sant Jian como el castillo; y dicen que quiere decir Sant Julian. Madalena me dixo oy qu'escriviria, y hasta agora no ha venido, que no se que se trae estos dias, que parece muy poco. No se si el vino tiene alguna culpa d'esto; ybueno my pondrîa, si supiese que 3'o escrivo tal cosa; y jMorata esta aquî agora y un poco asido y con cl mayor desasosiego del mundo. Con que me ha hecho tardar mds en escrivir

esta carta de lo que pensé. Y ya me parcce que quedava a}^ don Antonio de Castro, y crco que no puede ya tardar; y deseo que venga, por saver nue vas d'él de todas las partes dondc ha estado. El sello he hecho adereçar, con que no esta tan mocho; no se si os lo parecerâ totadi'a : mas j'a no se puede hazer mas en él, y no me parece que sella bien, aunque mejor qu'el vuestro. Y este es depiedra; y otro me estân haziendo agora de la mysma manera, sino qu'es mcnor, aunque agora esta malo el que los haze. No pensé que fuera esta carta tan larga, sino que la he podido escrivir mâs temprano que otras vezes, por aver tambien acabado tintes los otros despachos, y no por ser pocos. Y Dios os guarde como deseo.

De Lisboa, à 29 de enero i582.

Vuestro buen padre.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Lisbonne, 29 janvier i582.

Vos lettres, où vous répondez à tout ce que Je vous ai écrit, m'ont fait un grand plaisir; la réponse que j'ai à y faire sera courte, puisqu'elles sont elles-mêmes des réponses à la mienne. C'est une bonne chose que votre petite sœur se soit remise, et il me paraît que cela a continué, d'après ce que le comte' m'a écrit par deux courriers arrivés ici.

' De Barajas.

L'un venait de Barcelone sans m'apporter de lettre de ma sœur; mais peu auparavant j'en avais reçu une d'elle, et longue, par la personne que vous avez su : elle était déjà alors à Barcelone. Maintenant l'on écrit qu'elle en devait partir le lundi, 22 de ce mois. Avec tout cela je crois qu'elle n'arrivera pas (à Madrid) avant la fin de février ou le commencement de mars, qui est aussi celui du carême : je veux dire que le dernier jour de février est le premier du carême. Je crois bien que vous vous réjouirez de voir ma sœur. Vous me rappelez qu'elle et moi nous nous ressemblions un peu, surtout par la lèvre inférieure; je ne sais ce qu'actuellement il en sera. Elle aussi, je ne doute pas qu'elle ne se réjouisse de vous connaître ainsi que ses petits-enfants : avec tout cela je pense qu'elle veut aller vivre aux Descalzas, mais qu'avant d'y entrer elle voudra voir Saint-Laurent '. J'étais sur le point d'envoyer là Herrera -, pour qu'il s'assurât si les travaux y marchaient bien; je lui donne à présent plus de presse, afin que ma sœur, si elle va à Saint- Laurent, y trouve en ordre le logement, qui déjà était démeublé, comme n'ayant été que provisoire, et parce qu'il me paraît qu'elle aimera mieux loger où je logeais d'habitude, pour la proximité de l'église, que dans le nouveau bâtiment, lequel doit maintenant être achevé. Ce qu'on vous a dit de Féglise ne doit pas être certain, puisqu'on ne me l'a pas écrit. Vous me donnez de bonnes nouvelles de mon appartement au palais. Si ma sœur voulait loger là,

■ L'Escurial.

' Juan de Herrera. Dans une lettre au duc d'Albe, du i3 décembre i58o [Documcntos inéditos para la liislorii de Espaiia , t. XXXIII, p. 332), Philippe II le qualifie de su aposcntador de palacio (son maréchal des logis de palais).

Ce fut lui qui eut la charge de faire restaurer et mettre en ordre le palais de Lisbonne où le Roi alla habiter.

je l'engagerais à occuper cet appartement ; mais je crois qu'elle préfère s'établir aux Descalzas.

Il est très bien que les dents percent à votre frère ', et je souhaite qu'elles percent mieux que celles qu'il avait : il me paraît qu'elles viennent bientôt, mais il vaut mieux que ce soit maintenant que quand je retournerai, bien que j'en doive toujours voir une partie, au moins si elles tardent à venir autant qu'à vous, ma fille puînée, car je crus un instant qu'elles ne vous viendraient pas. Je ne sais encore que vous dire touchant mon retour, sinon que je le désire beaucoup, tant pour voir ma sœur que pour vous voir vous autres, ainsi que vos frères. Celui qui chante

avec les orgues doit être ^ : ma sœur le connaîtra mieux

que vous, car il a été à son service; il n'est pas maître de chapelle, quoique avec les Espagnols il en ait quelquefois fait les fonctions. Ceux qui l'ont été sont tous Flamands; ils ont un lieutenant, Flamand aussi, qui les supplée en cas d'empêchement; ils ont la charge des enfants [de chœurl.

Je ne sais quel ouvrage on dit là-bas qu'il se fait ici, à moins qu'il ne s'agisse du château de San Juliao; je n'ai pas vu ce château depuis que je fus à Cintrai On en construit un autre à Setubal, que je n'ai pas vu encore : si j'en avais le loisir, j'irais le voir, mais je ne sais quand je le pourrai; à présent, avec le temps qu'il fait, cela n'est pas possible, car il pleut d'une façon extraordinaire. Cela a été cause que, la semaine passée, on a tardé trois jours à lancer un galion à la mer. La construction en avait été commencée , peu avant que je vinsse ici, sur la plage du palais, où de la terrasse on le voyait très-bien, et elle s'est achevée. Jeudi

' Le Roi veut parler vraisemblablement de l'infant don Philippe. 5 Mot illisible.

' Voy. p. iib.

on pensa à le faire descendre du chantier, et nous fûmes toute la matinée à attendre Févénement : à cause de sa grandeur et de son poids, cela ne fut pas possible. Vendredi on renouvela la tentative, et pour la voir nous nous privâmes de la messe, mais ce fut encore sans succès. Samedi ' il y eut aussi du retard, et déjà nous n'avions plus d'espoir : mais enfin le galion fut lancé à Teau ; il marchait tout seul, au moyen d'un appareil, comme qui dirait des socques, sur lequel il reposait. C'est une chose digne d'être vue, mais il serait trop long de vous en faire la description. On a commencé la construction d'un autre galion dans le même endroit.

Hier j'ai entendu la messe à la paroisse du palais, où je n'étais pas allé encore; on la nomme Sant Jian comme le château; on dit que ce nom signifie Saint-Julien'. Madeleine m'a dit aujourd'hui qu'elle écrirait; jusqu'à ce moment elle n'est pas venue : je ne sais ce qu'elle a eu ces jours-ci, mais je crois que c'est peu de chose; peut-être le vin n'y est pas étranger. Si elle savait que je vous écris cela, elle m'en ferait de belles. Morata est ici en ce moment, un peu tourmenté et dans la plus grande agitation du monde. C'est ce qui m'a fait tarder plus à écrire cette lettre que je ne le pensai. Il me paraît que don Antonio de Castro reste longtemps là-bas; je crois qu'il viendra bientôt; je désire le voir, pour avoir de lui des nouvelles de tous les endroits où il a été. J'ai fait arranger le cachet de façon qu'il n'est pas aussi tronqué; je ne sais s'il vous le paraîtra encore, mais on n'y peut faire davantage. Il ne me semble pas qu'il marque bien, quoiqu'il marque mieux que le vôtre. Celui-ci est de pierre; on m'en fait un autre sem-

' 27 janvier.

^ San Jiiliao dans le langage du pays.

blable, mais plus p2tit; en ce moment l'homme qui les fait est malade.

Je ne pensai pas que cette lettre serait aussi longue; mais j'ai pu récrire plus tôt que d'autres fois, ayant auparavant achevé l'expédition des dépèches, lesquelles n'étaient pas en petit nombre. Dieu vous garde comme Je le désire !

De Lisbonne, 29 janvier i582.

Votre bon père.

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Lisboa, a ig de liebrero i382.

No creo que os escrivi oy ha ocho dias; y asî tengo las cartas de dos correos. Y en ellas me respondeis niuy bien â las myas; y asî holgué mucho con ellas.

Y por ser tarde, no os dire sino que os tengo gran invidia de que creo que, quando llegue esta, habréis ya visto à my hermana, 6 estaréis muy cerca de verla.

Y si no se ha detenido en el camyno, ya la havréis visto. Y escrîvidme muchas buenas nuevas délia, que asî espero que serân, 3^ si viene gorda 6 flaca, y si nos parecemos agora algo, como creo que soliamos; y bien creo que no estanâ tan vieja como j'o. Tambien m'escrivid de vuestra prima y si os entendeis bien con ella, que me dixo don Antonio de Castro qu'él no se avîa entendido, que hablaba poco castellano. En fin m'es-

crivid muchas nuevas de todo. Y à la verdad tambien os tengo un poco de invidia d la ida al Pardo, donde ya deveis d'estar agora, porque ha escrito Salazar qu'estava muy bueno. Quern'alo, pues le a de ver my hermana. que creo no se acordard dél. Y vosotras le mostrad todo lo que quixere ver. Y no se si Tofino llegarâ a tiempo,y Herrera si creo que llegarâ, porque partie dotes. He holgado mucho de lo que ni'escrivîs que à vuestro hermano le salgan bien los dientes, que menester hera que fuese mejor que los de dntes. Estos dias ha hecho aquî muy bueno, y querria que asî hiziese ay y en Sant Lorenço, y no los ayres que suele; y asî espero que ha de hazer buen ticmpo d mv hermana. Y es asî qu'estava ya desbaratado el aposento de allî, y de otra manera se pondra agora, y no como estaba dntes, como lo vercis quando fuéredes. ]Muy bueno ha sido que ayais visto la varca, y creo la havréis hallado en cl Pardo y vîstola mds particularniente, aunquebien la vistes,segunlasparticularidades que m'escrivîs délia, que muchas délias no las savîa vo. El junquillo amarillo que os llevaron de Aranjuez, creo qu'es del campo que sale primero que del jardîn, aunque no huele tambien. Ya creo que havrd de todo, y es d muv buen tiempo, para que le vea my hermana, que creo no le ha visto; que quando se fué de acd, no creo que le avîa. Si los guantes son tan grandes como decîs, mejor serdn para vos. la mayor, para quien no lo serdn, que bien creo que para vuestra prima lo serian. Y escrîvidme quien es mayor, ella 6 vos la menor, y dalde entrambas un recado de my parte, el

que â vosotras os pareciere, que bien creo puedo fiar de entrambas que se le sabréis bien dar. El pàjaro no es a3Ton, sino muy diferente, que aquellos son grandes y él es muy pequeno, conio os escrivî. Mds he escrito de lo que pensé, mas yo no puedo decir mds, qu'es muy tarde, sino que os guarde Dios como deseo.

De Lisboa, à 19 de hebrero i382.

Vuestro buen padre.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Lisbonne, 19 février i582.

J e ne crois pas vous avoir écrit il y a huit jours ; j'ai donc vos lettres de deux courriers. Vous y répondez très bien aux miennes; aussi elles m'ont fait beaucoup de plaisir. Comme il est tard, je me contenterai de vous dire que je vous porte grande envie de ce que, probablement, quand cette lettre arrivera, vous aurez vu ma sœur ou vous serez bien près de la voir. Si elle ne s'est pas arrêtée en chemin, vous l'aurez déjà vue. Mandez-moi beaucoup de bonnes nouvelles d'elle (car j'espère qu'elles le seront), et si elle vient avec de l'embonpoint ou de la maigreur, et si nous nous ressehablons encore un peu, comme je crois que cela était autrefois : je suis bien persuadé qu'elle n'aura pas autant vieilli que moi. Parlez-moi aussi de votre cousine ', et ditesmoi si vous vous comprenez bien ensemble : don Antonio

' Marguerite, fille de l'impératrice Marie et de l'empereur Maxi milien.

de Castro ' m'a dit qu'il ne s'est pas entendu avec elle, car elle parle peu l'espagnol. Enfin écrivez-moi beaucoup de choses de tout. A la vérité je vous porte un peu envie pour votre allée au Pardo -, où vous devez être maintenant, Salazar^ ayant écrit que le séjour en était très agréable. Je le souhaiterais, puisque ma sœur, qui probablement en a perdu le souvenir, doit y aller. Montrez-lui tout ce qu'elle désirera voir. Je ne sais si Tofino arrivera à temps; pour Herrera*, je crois bien qu'il arrivera, parce qu'il est parti plus tôt. J'ai été fort charmé de ce que vous m'écrivez que les dents viennent bien à votre frère : il était nécessaire qu'elles vinssent mieux que celles d'auparavant. Ces Joursci il a fait très-beau à Lisbonne; je souhaiterais qu'il en fut de même au Pardo et à Saint -Laurent, au lieu du vent qui y règne d'ordinaire; ainsi j'espère que ma sœur pura un temps favorable. Il est très vrai que l'appartement de là-bas était déjà démeublé : on l'arrangera à présent d'une autre manière, comme vous le verrez quand vous irez là. Il est bien que vous ayez vu la barque; vous l'aurez, je pense, trouvée au Pardo et visitée plus particulièrement, quoiqu'il me paraisse que vous l'aviez bien vue, selon les détails que vous m'en donnez et que je ne connaissais pas tous moi-même. La jonquille jaune qu'on vous a apportée d'Aranjuez provient probablement des champs, plutôt que du jardin, quoiqu'elle n'ait pas une si

' Voy. p. 12G, note 2.

- Le prince don Diego, l'infant don Philippe et les infantes Isabelle et Catherine partirent de Madrid le 20 février, pour aller rece\oir rimpératrice au Pardo. (Lettre de Granvelle à la duchesse de Parme, du iS février ibSi, conservée à la Bibliothèque de Besançon.)

' On trouve, dans les états de la maison de Philippe II, aux archives du palais, à Madrid, un BaUasar Muiio^ de Sala^ar, chapelain du Roi. Est-ce de lui qu'il s'agit ici .'

* Voy. p. 142, note 2.

bonne odeur. Je crois qu'il y aura là de tout, et c'est très à propos pour que ma sœur le voie : quand elle quitta TEspagne, je pense que cela n'existait pas. Si les gants sont aussi grands que vous le dites, ils vous iront mieux à vous, ma fille aînée, pour qui ils ne le seront pas trop; pour votre cousine , je crois qu'ils le seraient. Faites-moi savoir laquelle est la plus grande, d'elle ou de vous, ma fille puînée ; et faites-lui, à vous deux, de ma part, un compliment tel que vous le trouverez à propos; je suis persuadé que je puis me fier à vous pour cela. L'oiseau n'est pas un héron; il en diffère beaucoup : comme je vous l'écrivis, il est très petit, et les hérons sont grands. Ma lettre est plus longue que je ne le pensai. Je ne puis vous en dire davantage, car il est fort tard. Dieu vous garde comme je le désire !

De Lisbonne, le ici février i582.

Votre bon père.

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Lisboa, â 5 de marzo i582.

Ya podreis pensar lo que havre holgado con vuestras cartas y con las buenas nuevas que me dais en ellas de my hermana y de todo lo que pas6 en el Pardo hasta que les escrivîstes. Y asi las espero el myércoles con lo que después pasaria, asî allf como en el camyno y en Sant Lorenço, que todo creo que me lo escriviréis. Y demâsde la mucha invidia que os tcngo a. aver

t5o LETTRES DE PHILIPPE II

visto â mv hermana, no dexo de tener alguna â la estada en el Pardo, que deveestar bueno, como este ano ha llovido mucho; }' es gran cosa estar mâs espeso que soli'a : que si lo esta, no dexarâ de aver caca en él. No se que le havrâ parecido d vuestro hermano dél y de Sant Lorenço, pues creo que nunca avîa estado allî, aunque no se me acuerda muy bien ; y asi me lo decid, y le preguntad de my parte como le ha parecido lo uno y lo otro, y si se ha holgado. Estes dias y â buen tiempo llegô Tofifio, aunque hera poco tiempo cl que allf quixo estar my hermana. Y creo que me avréis escrito como os habrà ido en los oxeos. Yo creo que lo havréis hecho todo muy bien con my hermana y con my sobrina; à lo ménos asî me lo cscrive my hermana, mas d ella no la creo en esto, que lo que os quiere se lo hard parecer asi, aunque no sea; mas yo fio de vosotras que deve ser verdad lo que my hermana m'escrive. Y segun aquello deveis de aver crecido harto, pues me dice que vos, la mayor, estdvades maj'orque ellacon chapines, y tambien vos, la menor, pues estais mayor que vuestra prima, siendo de mds edad que vos. Mas no os enbanezcais con esto, que mds creo que lo haze ser ella muy pequeha que no vos grandes. De vuestros hermanos me escrive tambien que son bonitos, que asî lo dice. De los menores pocas senas sabré dar, pues hizo ayer dos afios que parti de ay, como creo se os acordard. Si me viésedes agora, no os pareceria my hermana mds vieja que 3^0, sino yo mucho mds que ella, como lo soy, pues le llevo trece meses. Segun lo que me decîs de vuestra prima, creo

A SES FILLES. i5i

que os hallarcis bien con ella; y inenester sera que le mostreis à hablar castellano, pues decîs que le habla mal, y asf lo creo. Si my hermana os tomô â vos, la mayor, para que la a}'udâsedes, esta bien ; y si no lue paraesto, notubo razon, ni scloconsintais, aunque ya creo que no liera menester deciros esto, pues deve ya estar en las Descalças, digo quando llegue esta; y por esto no os embio carta para ella. Por ser tarde, no tengo tiempo de deciros mas, sino que ityer pedricô aqui'en la capilla fray Luis de Granada, y muy bien, aunqu'es mu}' viejo y sin dientes; y â la tarde fuymos, my sobrino y yo, en la galera donde yo no avi'a entrado desde que fuy â Sintra ; y di'mos una buelta por este rio abaxo hasta Belen, y después rio arriba sin salir délia, viendo los navi'os que ay agora en este rio que son muchos de todas partes; y cierto estava para ver; y hizo muy buen dia, y el rio muy sosegado. Digo esto por vengarme de la embidia que os he tenido â la Ida al Pardo y â Sant Lorenço, donde temo que deve aver hccho mucho frio estos dias. Y con deseo espero lo que m'cscriviréis de my hermana y de allî. Y Dios os guarde como deseo.

De Lisboa, â 5 de março i582.

Vuestro buen padre.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Lisbonne, 5 mars i582.

Vous pouvez vous faire une idée du plaisir que m'ont causé vos lettres, par, les bonnes nouvelles que vous m'y donnez de ma sœur et de tout ce qui s'est passé au Pardo jusqu'au moment où vous les écrivîtes. J'en attends d'autres mercredi, qui m'apprendront ce qui se sera passédepuis aussi bien là que dans le chemin et à Saint-Laurent ', car j'imagine que vous me ferez savoir le tout. Outre la grande envie que je vous porte d'avoir vu ma sœur, je ne laisse pas de vous envier aussi pour le séjour que vous avez fait au Pardo, qui doit être agréable, vu les pluies fréquentes qu'il y a eu cette année : c'est un point important qu'il soit plus touffu qu'il ne l'était, car ainsi il y aura du gibier. Je ne sais comment votre frère- l'aura trouvé, ainsi que Saint-Laurent , car je pense qu'il n'était jamais allé ni à l'un ni à l'autre endroit, quoi je ne m'en souvienne pas très bien. Dites-moi ce qu'il en est, et demandez, de ma part, à votre frère comment il les a trouvés, et s'il s'y est amusé. Ces jours derniers sera arrivé Tofino et bien à propos, quoique ma sœur n'ait voulu rester là-bas que peu de temps. Je suppose que vous m'aurez écrit comment les choses se sont passées dans les battues. Je suis persuadé que vous aurez très bien reçu

' Du Pardo, l'impératrice, accompagnée du prince don Diego et des deux infantes, se rendit à l'Escurial; elle avait voulu voir, avant d'arriver à Madrid, le fameux monastère érigé à saint Laurent par son frère.

- Le prince don Diego.

A SES FILLES. i53

ma sœur et ma nièce; du moins ma sœur me l'écrit ainsi, mais elle, je ne la crois pas en cela, parce qu'elle peut se laisser abuser par l'affection qu'elle vous porte : toutefois j'ai cette confiance en vous, que ce qu'elle m'écrit est la vérité. D'après sa lettre, vous devez avoir assez grandi, puisqu'elle me dit que vous, l'aînée, vous êtes plus grande qu'elle avec ses sandales, et vous aussi, la cadette, puisque vous êtes plus grande que votre cousine, qui est plus âgée que vous. Mais il ne faut pas vous enorgueillir de cela, car c'est parce qu'elle est très petite, et non parce que vous êtes grandes, qu'elle s'exprime ainsi. Elle dit de vos frères ' qu'ils sont gentils : ce sont ses termes. Je ne sais que peu de chose des plus jeunes, puisqu'il y eut hier deux ans que je partis de là-bas, comme vous vous le rappellerez. Si vous me voyiez maintenant, ma sœur ne vous paraîtrait pas plus vieille que moi, mais vous me trouveriez beaucoup plus vieux qu'elle, comme je le suis en effet, puisque je suis son aîné de treize mois. D'après ce que vous me dites de votre cousine, je crois que vous vous trouverez bien avec elle : il faudra que vous lui enseigniez à parler l'espagnol, puisque vous dites qu'elle le parle mai, et je le crois ainsi. Si ma sœur vous prit avec elle, vous l'aînée, pour que vous l'aidassiez, ce fut bien; si ce ne fut pas pour cela, elle n'eut pas raison de le faire et vous n'y devez pas consentir : je vous dis cela, quoiqu'il n'en soit guère besoin, puisque ma sœur doit être maintenant aux Descalzas ', je dis quand cette lettre vous parviendra, et c'est pourquoi Je ne vous en envoie point pour elle. Comme il est tard , je n'ai pas le temps de vous en dire davantage, sinon qu'hier, en la cha-

' Philippe II paraît entendre, par hennanos, la petite princessa Marie aussi bien que les deux princes.

* L'impératrice, comme on le verra plus loin, entra aux Descalzas le 6 mars.

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pelle, fray Luis de Grenade prêcha, et très bien, quoiqu'il soit fort vieux et n'ait plus de dents '. L'après-midi mon neveu et moi nous nous embarquâmes sur la galère où je n'étais pas entré depuis que j'allai à Cintra ; nous fîmes un tour par le bas du fleuve jusqu'à Belem, et depuis nous le remontâmes, voyant les navires qni s'y trouvent en ce moment et qui sont nombreux et de tous pays *. Certes c'était un spectacle à voir : le temps était très beau et le fleuve très calme. Je dis cela pour me revancher de l'envie que je vous ai portée de votre allée au Pardo et à Saint-Laurent, où je crains qu'il n'ait fait très froid ces jours-ci. J'attends avec désir ce que vous m'écrirez de ma sœur et de ce qui s'est passé là-bas. Dieu vous garde comme je le souhaite! Lisbonne, 5 mars i5S2.

Votre bon père.

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Lisboa, â 19 de marzo i582.

Mucho he holgado con vuestras cartas y con las buenas nuevas que me dais en ellas, primero de la

' On sait que ce célèbre bénédictin, non moins fameux par ses prédications que par ses écrits ascétiques, s'était, depuis une vingtaine d'années, retiré dans un couvent de son ordre, à Lisbonne. 11 comptait, en i582, soixante-dix-sept ans, étant né en i5o5. 11 mourut le 3i décembre i5g8.

^ D'après des lettres de Lisbonne, du 26 février, que relatent les nouvelles de Madrid en date du 5 mars, il venait d'entrer dans ce port plus de quatre cents navires, et il en était résulté une extrême abondance de toutes choses. (B. N. P.)

A SES FILLES. i5d

salud de vuestros hermanos, y después de lo que pasô al venir ay y en la Fresncda; y tambien my hcrmana m'escriviô grandes bienes dclla; y creo que como no lo habria oydo decir, le deviô parecer mejor; y ya sabeis quanto mejor esta quando estân verdes los drboles, 3' agora no lo devfan de estar, aunqu'el suelo creo que si'. Y esto no me lo aveis escrito ni como estava la Hesterîa, aunque bien se que pasâstes muy poco por ella, y por esto no la deviô de hechar de ver my hermana, que quando esta toda verde, ya sabeis que no hay mejor cosa en todo aquello, aunque no ay tanta caca como en la brama. La pesca deviô de ser buena para vuestra prima y aun para vuestro hcrmano, que creo nunca la avi'an visto, y délia asî me lo escrivîs. Y todadîa creo que le parecerâ mejor Aranjuez, si le vee, como creo lo havréis acabado con ella. Y yo estoy esperando con mucho deseo saver partira para acâ, por lo que la deseo ver, qu'es mucho; y ya veis la razon que tengo para ello, aviendo tanto que no la he visto, que creo que ha 26 anos ô los harâ muy presto. Y mucha embidia me haveis puesto en lo que decîs del Pardo; y en invierno parece mejor que en verano, que entônces mejor estân las otras casas que estân mâs verdes; y â la buelta poco estubfstes en el Pardo, para pareceros tambien. Y Tofino hizo muy bien en matar las 4zoras que deci's, que bien creo que deve aver muchas. Muy bien fué que my hermana entrase ay por el parque, que no devi'stes de conocer que avi'a ya algunos ciervos sin cuernos, porque se le han començado â caer mâs temprano que otros anos.

i56 LETTRES DE PHILIPPE II

Y muy bien fué que combidâsedes a. corner allf à my hermana, ya que no os quixo dexar ir à las Descalças ; y bien crco que quedariades con mucha soledad délia. A vuestro hermano decid que he holgado mucho le aya parecido bien lo que ha visto, y que quando, placiendo â Dios, yo baya, espero que lo podrâ ver mas vezes; y tampoco creo que no ha estado en Aranjuez, y no holgarâ me'nos allî, si fuere alla. De vosotras me dan todos muy buenas nuevas y de qu'estais muy grandes. Segun esto deveis de avcr crecido mucho, â lo ménos la menor. Si tcneis medidas, avisadme quanto habréis crecido después que no os \î, y embiadme vuestras medidas muy bien tomadas en cintas, y tambien la de vuestro hermano, que holgaré de verlas, aunque mâs holgaria de veros â todos. Y espero en Dios que os he de ver presto; y asf selo pedid vosotras y que lo ordene todo de manera que pueda ser. Y el os guarde como deseo.

De Lisboa, à lo de marzo i582.

Vuestro buen padre.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Lisbonne, 19 mars i582.

Je me suis beaucoup réjoui de vos lettres et des bonnes nouvelles que vous m'y donnez, d'abord de la santé de vos frères, et ensuite de ce qui se passa dans votre excursion

A SES FILLES. iSy

là-bas ' et ù la Frexneda '. Ma sœur m'a écrit aussi beaucoup de bicu de ce dernier endroit; je crois qu'il lui a paru d'autant mieux qu'elle n'en avait pas entendu parler. Vous savez combien la Frexneda gagne à être vue quand les arbres sont verts; ils ne devaient pas l'être lors de votre visite, mais le sol probableinent l'était. Vous ne m'en avez rien dit ni comment était la Hestcria : vous n'avez guère passé par là, je le sais, et par cette raison ma sœur ne l'aura pas bien vue ; quand elle est toute verte, vous savez que dans tout l'endroit il n'y a rien d'aussi beau, quoiqu'il n'y ait pas alors autant de gibier qu'à l'époque du rut. La pêche, selon ce que vous m'écrivez, a dû faire plaisir à votre cousine, et elle aura plu aussi à votre frère, car ni l'un ni l'autre n'en avaient probablement jamais vu ; je pense toutefois qu'Aranjuez plaira encore plus à votre cousine, si elle y va, comme j'espère que vous l'y aurez déterminée. J'attends avec impatience l'annonce du départ (de ma sœur) pour venir ici ', tant est grand le désir que j'ai de la voir, et vous en comprenez la raison, puisqu'il y a ou qu'il y aura bientôt vingt-six ans que je ne l'ai vue''. Ce que vous me dites du Pardo ma causé beaucoup d'envie : l'hiver il paraît

' Philippe II veut parler de Saint-Laurent-Ie-Royal.

Le 27 février, les deux infantes, le prince don Diego, l'impératrice Marie et l'archiduchesse Marguerite arrivèrent au monastère, venant du Pardo. Ils furent reçus en grand apparat par le prieur à la tête de tous les religieux. Ils assistèrent à plusieurs offices célébrés en leur honneur. Le 2 mars ils retournèrent au Pardo. [Colcccion de documentos incditos para la historia de Espana, t. VII, p. 35o-333.)

L'impcratrice arriva à Madrid le ô mars, et prit son logement au monastère des Descalzas. (B. N. P.)

- La Frexneda était une dépendance du monastère, à une demi-lieue de là.

^ L'impératrice quitta Madrid le 26 mars ; elle fit ses pâques à Guadalupe. ^Lettre de Granvelle à la duchesse de Parme, du 3o mars, à la Bibliothèque de Besancon.)

* Philippe II avait vu la dernière fois sa sœur lorsque, au mois de

i58 LETTRES DE PHILIPPE II

mieux que Fêté; dans cette dernière saison, les autres résidences où il y a plus de verdure sont plus agréables ; vous y fûtes bien peu de temps, à votre retour, pour vous en montrer aussi satisfaites. Tofino fit très bien de tuer les quatre renards que vous dites, car il doit y en avoir beaucoup. Je suis charmé que ma sœur soit entrée là par le parc : vous ne saviez probablement pas qu'il s'y trouvait déjà quelques cerfs sans cornes, parce qu'elles ont commencé à leur tomber plus tôt que les autres années. Vous fûtes fort bien inspirées d'inviter à dîner là ma sœur, puisqu'elle ne vous voulut pas laisser aller au.x Descalzas. Je crois sans peine que la séparation vous aura été sensible. Dites à votre frère que j'ai été charmé de savoir que ce qu'il a vu l'a satisfait, et que quand, au plaisir de Dieu, je retournerai, j'espère qu'il le pourra voir plus souvent. Je crois qu'il n'a pas été encore à Aranjuez; s'il y était allé, il ne s'y serait pas moins plu. De vous autres tout le monde me donne de très bonnes nouvelles, et l'on me dit que vous êtes très grandes; il faut, d'après cela, que vous ayez grandi beaucoup, au moins vous, la cadette. Si vous avez des mesures, faites-moi savoir de combien vous avez grandi depuis que je ne vous ai vues, et envoyez-moi vos mesures prises exactement avec des rubans de soie ou de fil; joignez-y celle de votre frère : je serai charmé de les voir, quoique je le fusse davantage de vous voir tous. J'espère en Dieu que ce sera bientôt : demandez-le lui, vous autres; suppliez-le d'ordonner tout de manière que cela se puisse. Et qu'il vous garde comme je le désire!

De Lisbonne, igmars i582.

Votre bon père.

juillet I 556, elle était venue à Bruxelles, avec Maximilien, son époux, rendre visite à Charles-Q.uint, qui était à la veille de s'embarquer pour l'Espagne.

A SES FILLES. iSg

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Lisboa, â 2 de abril ifiSî.

Quixera respondcr agora â vucstras cartas; mas es tan tarde que no puedo, y asf lo dcxaré para otro dia. Solamente os dire que holgué mucho con ellas y con vucstras medidas, y que os tengo gran invidia estes dias, primero por l'andar con niy hermana, y después por la ida de Aranjuez y Aceca, que creo que con lo que ha llovido deve cstar muy bueno, y después de manana espero cartas vuestras en que me lo escribais. Ayer fuymos, my sobrino y yo, al auto, y estuvimos en una ventana donde lo vi'mos, y lo oymos todo muy bien, y diéronnos sendos papeles de los que salian a él, y el m3'o os embio aquî, para que veais los que fueron. Ubo primero sermon, como suele, y cstuvîmos hasta que se acabaron las sentencias , y después nos fuymos, porque en la casa donde estàbamos los avîa de sentenciar la justicia seglar â quemar â los que les ralaxaron los inquisidores. Fuymos a las ocho y bolvi'mos à corner cerca de la una. Y Dios os guarde como deseo.

De Lisboa, â 2 de abril i582.

Vuestro buen padre.

(Parafe du Roi.)

i6o LETTRES DE PHILIPPE II

AUX INFANTES iMÊS FILLES.

Lisbonne, 2 avril i582.

Je voudrais répondre en ce moment à vos lettres; mais il est si tard que je ne le puis, et ainsi je le remettrai à un autre jour. Je vous dirai seulement qu'elles m'ont fait beaucoup de plaisir, ainsi que vos mesures, et que je vous porte grande envie, ces jours-ci, d'abord parce que vous êtes en la compagnie de ma sœur, ensuite pour votre voyage à Aranjuez et Aceca', qui doit être très-agréable depuis les pluies qu''il y a eu. Après-demain j'espère avoir des lettres de vous où vous me le direz. JJier mon neveu et moi nous assistâmes ù Tauto-da-fé : nous le vîmes d'une fenêtre, et nous entendîmes tout très bien. On nous donna à chacun un papier où étaient inscrits les noms de ceux qui allaient y figurer; je vous envoie le mien, pour que vous voviez quels ils ont été. Il y eut d'abord un sermon, comme de coutume. Nous restâmes jusqu'après la prononciation des sentences. Nous nous retirâmes alors parce que, dans la maison où nous étions, la justice séculière devait condamner au feu ceu.x que les inquisiteurs venaient de remettre entre ses mains. Il était huit heures quand nous arrivâmes, et nous revînmes dîner vers une heure. Dieu vous garde comme je le désire !

De Lisbonne, 2 avril i582.

Votre bon père.

' Château royal, à cinq lieues de Tolède.

A SES Fir.LES. i6i

A LAS INFANTAS MIS HUAS.

Lisboa, â iG de abril i5S2.

Mucho holgué con vuestras cartas y con las nuevas que me dais de Aranjuez. Y de lo que mas soledad lie tenido es del cantar de los ru3'senores, que ogano no les he uj'do, como esta casa es lexos del campo. No se si los uyré por cl camyiio, porque después de manana pienso pasar este rio y ir a dormyr al Barrero y esotro d Setubal, por vel aquel puerto y el fuerte que allî se haze. Y de allî ira my sobrino â recivir d my hermana, creo que d la raya de Castilla, y yo d esperarla d Almeyrin. Y de allî nos vendremos, creo que luego, aquî. Y bolviendo d Aranjuez, muy grandes vallesteras creo que deveis estar cntrambas, pues tambien matdstes los gamos y tantos conejos. Y decîsme, vos la maj'or, que vuestro hermano cobrô mucha fama (y creo lo decîs por vuestra hermana, y es asî segun lo que decîs adelante, sino que por la a pusîstcs o, y otra palabra se os olvidô). Creo que devîstes d'escrivir la carta d priesa. Tambien aquî ubo truenos los otros dias, y très ô quatro muy grandes y que se vîa bien que herdn de rayos; y paréceme que herdn tan grandes como el del rayo de Sant Lorenço; y asî dicen que cayeron aquî no se quantos y que mataron dos 6 très hombres. La casa nueva deve d'estar buena, v la

i62 LETTRES DE PHILIPPE II

fuente no se si correria aguaen ella : decfdmelo }■ tambien si la capilla esta acabada y puesto el retablo, que no lo he savido, y si andava bien el relox. Y he miedo que deven de aver dado mano al pescado del estanque de Hontigola, pues no se pescô ninguno; y buenas fueran las cazas de las çorras, y mds por vuestro hermano, que espero que le darâ Dios salud para verlas otras vezes, pues no son mds que tercianas las que tiene, segun lo he visto por las carias del conde de Barajas : todadi'a estaré con cuidado hasta saver qu'esté bueno. De my hermana tube una carta la tarde que Uegô â Guadalupe. Estoy csperando un correo que le embié alli para saver como estava y qu andopartiria, que creo que sera el mysmo dia que yo. Bien podréis poner oro con lo negro quando se case doiia Nude Dietristan, con que sea moderado. Del auto no vine muy cansado, que no dura tanto como suelen durar alla, d lo menos losqucyo he visto, que nodurôquatro horas. Esta semana santa la he pasado bien y en esta casa, con las ventanas que tiene d la capilla, adônde he estado d los oficios, sino al encerrar y desencerrar el santîsimo sacramento, que bajé d la capilla por una cscalera que ay alli, y hubo muchos disciplinarios y pénitentes, y mds de dia que de noche, aunque la procesion de la ÎMisericordia, que aquî no ay otra, vino d la capilla myentras las tinieblas, entre las maytines y laudes; y yo la vî desde una vcntana muy bien. Dicen que no fue tan concertada como las de a\', que }'o no he visto. Hdnme dicho que hubo muy buenos monumentos en muchas Iglesias y monesterios. Y porqu'es

A SES FILLES. ï63

tarde}' he tenidoy tcngo muchoquc hazer paru partir, no puedo de/.ir mâs. Y Dios os guarde como deseo.

De Lisboa, â iC de abril i582.

Vuestro buen padre.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Lisbonne, 16 avril i582.

Vos lettres et les nouvelles que vous me donnez d^Aranjuez m'ont fait beaucoup de plaisir. Ce dont j'ai eu le plus de regret, c'est du chant des rossignols que je n'ai pas encore entendu cette année, ce palais étant éloigné de la campagne. Je ne sais si je Fentendrai dans inon voyage, me proposant après-demain de traverser le Tage pour aller coucher à Barreiro ', et le jour suivant à Setubal, dont je désire voir le port, avec le fort qui s'y construit. De là inon neveu ira au-devant de ma sœur, probablement jusqu'aux frontières de Castille; et moi j'irai l'attendre à Almeirim, d'où, sans tarder, je le suppose, nous prendrons le chemin de Lisbonne. Pour en revenir à Aranjuez, vous devez être toutes deux de grandes tireuses à l'arbalète, puisque vous avez si bien tué les daims et quantité de lapins. Vous me dites, vous, ma fille aînée, que votre frère s'est distingué : vous voulez dire probablement votre sœur, d'après ce que vous écrivez plus loin ; vous avez mis un o pour un a; vous avez aussi oublié un mot. Vous étiez probablement pressée

' Villase à deux lieues de Lisbonne.

i64 LETTRES DE PHILIPPE II

en écrivant la lettre. Le tonnerre a également grondé ici les jours derniers, et trois ou quatre fois d'une manière très forte : on voyait bien que c'était la foudre , et il m'a paru que les coups ressemblaient à celui du tonnerre qui tomba sur Saint-Laurent '. On dit que la foudre est tombée ici je ne sais combien de fois, et qu'elle a tué deux ou trois personnes. La nouvelle maison doit être bien : je ne sais pas si la fontaine donne de Feau; dites-le-moi. Faites-moi aussi savoir si la chapelle est terminée et le rétable placé , car je l'ignore, et si l'horloge marche bien. Je crains qu'on n'ait volé les poissons de Fétang de Hontigola, puisqu'on n'en a péché aucun. Les chasses aux renards vous auraient amusées, et plus encore votre frère. J'espère que Dieu lui donnera la santé pour qu'il les voie d'autres fois, puisque c'est seulement la fièvre tierce qu'il a, ainsi que je l'ai vu par les lettres du comte de Barajas; je serai toutefois en peine jusqu'à ce que j'apprenne qu'il est bien portant. J'ai eu une lettre de ma sœur, qu'elle m'écrivit l'après-midi du jour de son arrivée à Guadalupe; j'attends un courrier que je lui ai envoyé là pour avoir de ses nouvelles et savoir quand elle en partira ; je pense que ce sera le même jour où je me mettrai en route. Vous pourrez porter de l'or avec le noir au mariage de dona Nude Dietrichstein *, pourvu que ce soit

' Philippe II veut parler d'une tempête qui éclata à l'Escurial, où il se trouvait alors, dans la nuit du 21 au 22 juillet 1377. Le tonnerre tomba sur l'une des tours du monastère; il y mit le feu; onze cloches et l'horloge furent détruites, ainsi que le sommet de la tour. (Voiries Mcmorias defray Juan de San Gerôiiimo, dans le tome VII de la Coleccion de documentos iitcditos para la bistoria de Espaîia, p. 196.)

* Le baron .\dam de Dietrichstein, qui avait acompagné l'archiduc Maximilien en Espagne en 1548, et qui fut à Madrid ambassadeur de Maximilien, devenu empereur, eut de dofia Margareta de Cardona quatre hlles, qui s'allièrent à des gentilshommes espagnols : i. Marie, née en iD-îq, qui épousa don Balthazar de la Cerda, comte de Galbes, et en secondes noces le marquis de Navarre; 2. Hippolyte, née en

A SES FILLES. i65

avec modération. Je ne suis pas revenu très fatigué de l'auto-da-fé : ces cérétnonies ne sont pas aussi longues ici qu'en Castille, du moins celles que j'y ai vues; cette dernière n'a pas duré quatre heures. J'ai bien passé la semaine sainte et en ce palais, qui a des fenêtres s'ouvrant sur la chapelle; j'ai de ces fenêtres assisté aux offices jusqu'à l'adoration du saint sacrement; alors je suis descendu à la chapelle par un escalier qui y communique. Il y avait beaucoup de flagellants et de pénitents, et plus dans la journée que le soir, quoique la procession de la Miséricorde, la seule qu'il y ait ici, soit venue à la chapelle pendant les ténèbres, entre matines et laudes. Je l'ai vue parfaitement d'une fenêtre. On dit qu'elle n'était pas aussi bien ordonnée que celles de Madrid, que je n'ai pas vues. D'après ce qu'on m'a rapporté, il y a eu de très beaux monuments en plusieurs églises et monastères. Comme il est tard et que j'ai encore beaucoup à faire pour mon voyage, je ne peux vous en dire plus. Dieu vous garde comme je le désire !

De Lisbonne, le i5 avril i582.

Votre bon père.

i556, qui épousa don Alvaro de Cardona, son cousin; 3. Anne, née en i557, qui épousa le comte de Villanueva ; 4. Béatrice, née en i563, qui épousa le marquis de Mondejar.

Quelle est, de ces quatre tilles du baron de Dietrichstein, celle qui se maria en ibSz et à laquelle Philippe II donne le petit nom dsA'udc? C'est ce que nous n'avons pu découvrir. D'après le Grosses universel Lexicon, Anne de Dietrichstein avait fait partie des dames de la maison de la reine Anne d'Autriche, et, après la mort de cette princesse, elle resta attachée à celle des infantes ses belles-lîlles : ne serait-ce pas d'elle qu'il s'agit dans la lettre du Roi ?

i66 LETTRES DE PHILIPPE II

A LAS IXFAXTAS MIS HUAS.

Almeyrin, d 7 de mayo i582.

Très cartas de cadauna de vosotrastengo a que responderos, y no se si podré agora, porqu'es 3'a tarde. Y primero os dire que desde Salvatera vine. el martes â la tarde, â Muja, qu'es dos léguas de allî y dos de aqu i',ad6nde my hermana avîa de venir d hazer noche dntes de llegar aquî. Y por no occupar el aposento, no la espéré allî, sino fuyme, el miércoles, â un monesterillo de Dominicos, bonitoaunque pequeiîo, que se llama Nuestra Sefiora da Sera, qu'es dos léguas de allî y dos de aquî. Y my hermana tardé mâs que pensâmes, porque, por apartarse de Portalegre que avîa peste, la truxeron por El vas y Estremoz, adônde salieron â besarle las manos los duques de Bergança, como deven aver escrito otros. Y asî m'estuve el jueves en el monesterio; y el dia que vine allî se mataron cinco puercos, aunque yo no vî matar sino el uno, y los llevô Caranda â my sobrino, que los diô â m}^ hermana, digo quatro puercos y un ciervo, que me truxeron entônces, qu'estava bien gordo, porque durmyô mj' hermana, el jueves â la noche, quatro léguas del monesterio donde yo estava. Y el \iernes, que my hermana avîa de venir â Muja, fuî yo allî, adônde se quedô Madalena â espcrarla, y llegué ântes que m}' hermana, y porque llovîa mucho, pasé adelante en el

carro hasta topar d m\' hcrmana, mds de média légua' de allî, y sali del carro d pricsa, y la fuy d besar las manos dntes que pudiese salir dcl suyo, en que venian ella y my sobrina d la una parte, y d la otra la duquesa y otra que no conozco aun bien. Y porque no podîamos caber en el carro de my hermana, se quixo pasar al myo, en que tanpoco no cavîamos muy bien, d lo ménos ella y 3^0, 3^ mis sobrinos tambien, que cabîan mejor. Y lo que ella 3' 3-0 holgarfamos de vernos lo podeis pensar, aviendo 26 aiios que no nos havi'amos visto; y aun, en 84 aîïos, solas dos vezes nos avemos visto, y bien pocos dias en ellos. Venimos asi hasta Muja, donde estuve un rato con my hermana, 3' me bolvî al moneslerio aquella noche, porque no cupiéramos todos en el lugar. Y otro dia, d las dos, bolvf al lugar y di d conocer d m3f hermana d los Portugueses fidalgos que avîan ido de aqui', porqu'el dia dntes fu3' con mu3' poca gente y sola la que estava en el monesterio com3'go, que allf cabîan muy pocos. Y luego nos pusimos los quatro en my carro; y con quitar unas almohadas, cupimos mejor, m3' hermana y yo, porque no me quixo dexar ir en una de las puertas como 3'o queria. Y asî venîmos hasta aquî, qu'es muy buen camyno 3^ en que ay muchas garçotas y otras aves. Y al cntrar aquî topdmos d Tofiîio d pie, de que 3^0 iba harto descu3'dado; 3^ todos quatro nos holgdmos harto con él.aunque nunca le he podido verdespucs acd,por aver estado con m3' hermana algunos ratos, 3' otros con el despacho deste correo. Y my sobrino ha ido oy d caca, aunque me han dicho que no ha muerto nada. Y ma-

i6S LETTRES DE PHILIPPE II

nana creo que iremos todos al campo, si conciertan alguna caca, y el jueves pensamos ir por tierra â Salvatiera,y deallî â Lisboaen dosdias, poragua,demanera que pensamos llegar alla el sdbado. My hermana viene muy buena, y me dice que mejor desde Guadalupe acâ que ântes de alli, aunque oy la uî toser un poco. Lo demâs otros lo havran escrito 6 escrivirân ; y yo estoy con el contentamiento qu'es razon. My sobrino anda de Colorado, }' yo con raso ygorra, desde que llegâmos â mj' hermana. Y bien os aveis callado la cayda que vos, la nienor, di'stes en Aranjuez, y aun creo que otras cosas; y no penseis que lo de la ca3-da me lo a3'a dicho Tofiiio, que, como digo, casî no le he hablado; mas el lacayo que se hallô alli creo que puede dar mds nuevas de la cayda, y assî se las pienso preguntar. No entiendo que huerta es la que decis que ay en Aranjuez cabe casa, que no se que se haga ninguna, ni cayo en que isla es la que decis qu'estaba alli muy linda. Decidmelo, y sino preguntarélo â Herrera, que creo vendra presto. Asî es que d m\' sobrina he uydo hablar, en el carro, con su hermano, en aleman. y hasta agora le e u3'do pocas palabras en castellano; mas paréceme que tiene muy buena condicion, segun lo que me aveis escrito délia. Y no ténia my hermana muchas escaleras para uir los oficios, pues me dice que los uya en la tribuna, y mds deviô de salir para ver d Nuestra Seîîora, que me dixo que avia subido d ver la de Orca, y es bien ruin subida, que yo subi alli, quando fuy al Andalucia, y vosotras no creo que subîstes. Madalena anda muy alegre con my hermana, aunque mu}' rota

una ropa de tafctan que trac; pero yo tengo la culpa, que no le he dado nada, aunque ella no ha dexado de acordârmelo. Haquedado para Lisboa. Tambien trae una cadenilla, y my hermana se a espantado mucho de verla asf, aunque dice que esta como solia. No me parece que traen tan grandes lechuguillas las damas; deven las de aver achicado después que vieron las de ay : pero hasta aora no las he visto mucho, ni aun las acabo de conocer bien, y asî no os sabré dar mas nuevas délias. Muy bien esta que todos estuviésedes bucnos, y crco que vos, la menor, tambien lo cstaréis ya con los xaraves, que no se si os habréis purgado.

Y con lo que me decis de la fuente y relox y capilla de Aranjuez, acabo d'entender como esta lo de allî. Y lo que no entendia ântes de la huerta de la isla creo que es la qu'esta cabe la puente de Tajo que se haze agora; y no creo que se podrian andar todas las ventanas al rededor de la capilla, y my hermana y j'o hablâbamos oy en ello, y ella me decia lo mysmo, mas no creo que puede ser. Y teneis razon, que muy buenas nuevas son para my el saver qu'estava ya vuestro hermano b ueno y sin las tercianas. Asî sea siempre que todos lo esteis.

Y porqu'es muy tarde, no puedo responder â las postreras cartas vuestras. Quedarâ para otro dia. My hermana me ha embiado ese pliego que he estado por no embîaros, por no escrîviros como lo avîa de hazer, y asî se lo pedid. Y Dios os guarde como deseo.

De Almeyrin , â 7 de mayo 1 582.

Vuestro buen padre.

(Parafe du Roi.)

AUX INFANTES MES FILLES

Almeirim, 7 mai i582.

J'ai à répondre à trois lettres de chacune de vous; Je ne sais si je pourrai le faire maintenant, car il est tard. Premièrement je vous dirai que, mardi ', je vins de Salvaterra à Mugen, qui est à deux lieues de là et deux d'ici, et où ma sœur devait coucher avant d'arriver à Almeirim. Je ne l'y attendis pas, afin de laisser libre le logement qui lui était destiné, et j'allai, mercredi, à un couvent de Dominicains, gentil quoique petit, qui s^appellc Nossa Scnhora da Sera, à deux lieues de là et deux d'ici '. Ma sœur tarda plus que nous ne l'avions pensé, parce que, pour laisser de côté Portalegre, où la peste régnait, on lui fit prendre le chemin d'Elvas et d'Estremoz, où les ducs de Bragance allèrent à sa rencontre, pour lui baiser les mains, comme d'autres doivent l'avoir écrit. Je demeurai au couvent le jeudi. Le jour que j'y arrivai, on tua cinq sangliers, dont un en ma présence, je veux dire quatre sangl-iers et un cerf qu'on vint me montrer et qui était bien gras. Caranda les porta à mon neveu, qui les donna à ma sœur, laquelle coucha, le jeudi, à quatre lieues du couvent où j'étais. Le vendredi je

' I" mai.

- Il avait avec lui, outre les personnes attachées au service de sa cliambre, don Diego de Cordova, le secrétaire Matlieo Vazquez et un évëque portugais. Tous les autres personnages de sa suite demeurèrent à Mugen. (B. N. P.)

L'évèque dont il est parlé dans cette relation était probablement l'évéque de Viseu, qui s'était montré grand partisan de Philippe II et dont il fit son grand chapelain et le président du conseil de Portugal.

partis pour Mugcn, oli ma sœur devait venir et où Madeleine l'attendait. J'y arrivai avant ma sœur. Comme il pleuvait fort, f allai dans mon chariot à sa rencontre, ù plus d'une demi-lieue de là'. Je m'empressai d'en descendre pour lui baiser la main avant qu'elle pût sortir du sien ', où elle était avec ma nièce d'une part, et de l'autre la duchesse (?) et une dame que je ne connais pas encore bien. Comme le chariot de ma sœur n'était pas assez grand pour nous tous, elle voulut venir dans le mien, où nous n'étions pas non plus très à l'aise, elle et moi ; mon neveu et ma nièce l'étaient davantage. Le plaisir que nous eûmes de nous revoir, vous le pouvez penser; il y avait vingt-six ans que nous ne nous étions vus^, et même en trente-quatre années nous ne nous étions vus que deux fois, et chaque fois pendant bien peu de temps. Nous vînmes ainsi à Mugen, où je restai un instant avec ma sœur * : après quoi je repris le chemin du couvent, pour y passer la nuit; nous n'aurions pu loger tous dans l'endroit.

Le Jour suivant', à deux heures, je retournai à Mugen, et je présentai à ma sœur les gentilshommes portugais " qui

' L'ambassadeur de l'empereur Rodolphe attendait l'impératrice à Mugen. Voyant que le Roi se disposait à aller au-devant de sa sœur, il monta à cheval pour en prévenir l'impératrice, et se déguisa afin de n'être pas reconnu. Philippe II, qui le sut, le lit appeler et lui donna place dans son chariot. (B. N. P.)

' L'impératrice voulait prévenir son frère, mais elle n'en eut pas le temps. Philippe et Marie restèrent quelques instants dans les bras l'un de l'autre, puis le Roi embrassa sa nièce, et il adressa la parole au cardinal de Séville, qui accompagnait l'impératrice. (B. N. P.)

' Voy. p. iDy, note 4.

* Philippe, dit une relation, était très-élégamment vêtu de noir; il avait, ce jour-là, quitté le deuil qu'il portait pour la reine Anne. fB. N. P.)

' i mai.

° L'impératrice leur fît un accueil gracieux, et ne voulut pas permettre qu'ils lui baisassent la main. (B. N. P.)

y étaient allés d''ici : Je n'avais été accompagné, la veille, que des gens qui étaient avec moi au couvent, où l'on n'avait pu en recevoir que très peu. Aussitôt après nous nous mîmes tous quatre en mon cliariot : en ôtant quelques coussins, nous fûmes plus commodément, ma sœur et moi, parce qu'elle ne voulut pas me laisser placer à l'une des portières, comme je le voulais. Nous fîmes ainsi le trajet jusqu'à Almeirim par un très bon cliemin, où il y a quantité de petits hérons et d'autres oiseaux. En entrant dans la ville, nous aperçûmes Tofino, auquel je ne pensais plus: il était à pied; nous fûmes tous quatre charmés de le rencontrer. Jusqu'à ce moment je n"ai pu lui parler, ayant été une partie du temps avec ma sœur, et ayant employé le reste à la dépèche de ce courrier '.

Mon neveu a été aujourd'hui à la chasse ; on me dit qu'il n'a rien tiré. Demain je crois que nous irons tous à la campagne, si quelque partie de chasse s'arrange. Jeudi nous pensons aller par terre à Salvaterra, et de là par eau à Lisbonne, où nous arriverons en deux jours, de manière à y être samedi. Masœur se porte très bien, quoique aujourd'hui je l'aie entendue tousser un peu; elle me dit que sa santé n'était pas aussi bonne avant son arrivée à Guadalupe. Le surplus, d'autres vous l'ont écrit ou vous l'écriront. Le contentement que j'éprouve est facile à concevoir. Depuis que nous sommes avec ma sœur, mon neveu est habillé de rouge; moi, je suis vêtu de velours et coiffé d'un bonnet. Vous vous êtes tues sur la chute que vous, la cadette, vous fîtes à Aranjuez, et je crois aussi sur d'autres choses. Ne pensez pas que ce soit Tofino qui m'ait appris la chute;

' Philippe, après avoir conduit sa sœur dans ses appartements, se rendit à la chapelle où reposait le corps du roi Henri, son oncle, sur lequel il jeta de l'eau bénite. (B. N. P.)

A SES FILLES. ii'i

comme je le dis plus haut, je ne lui ai presque point parlé : mais le laquais, qui était présent, pourra probablement donner plus de détails, et je me propose de les lui demander. Je ne comprends pas de quel jardin près du palais, ù Aranjuez, vous voulez parler, car je ne sache pas qu'il s'en fasse lu aucun ; je ne comprends pas davantage quelle est Tîle où vous dites que le jardin était très-beau : expliquez-moi cela, ou je le demanderai à Herrera, qui probablement ne tardera pas à venir.

Il est très vrai que j'ai entendu ma nièce parler, dans le chariot, avec son frère, en allemand, et jusqu'à présent j'ai entendu d'elle peu de paroles en espagnol : mais il me semble qu'elle a de bonnes dispositions, selon ce que vous m'avez écrit d'elle. Ma sœur n'avait pas à monter ni à descendre beaucoup d'escaliers pour entendre les offices, puisqu'elle me dit qu'elle les entendait de la tribune; elle dut monter davantage pour aller voir Notre-Dame de Orca (?), comme elle me dit qu'elle l'avait fait : c'est une bien mauvaise montée; je l'expérirnentai lorsque j'allai en Andalousie; je crois que vous deux vous ne le fîtes pas. Madeleine est très joyeuse de la venue de ma sœur; la robe de taffetas qu'elle porte est fort usée : c'est un peu ma faute, car je ne lui ai rien donné, quoiqu'elle n'ait pas manqué de se rappeler il mon souvenir. C'est chose remise jusqu'à Lisbonne. Elle porte aussi une petite chaîne , et ma sœur a été fort surprise de la voir ainsi, bien qu'elle dise qu'elle est comme elle avait l'habitude d'être. Il ne me paraît pas que les dames ' aient de si grandes fraises ; elles les auront probablement raccourcies après qu'elles auront remarqué celles dont on use en Espagne. Jusqu'à présent, du reste, je n'ai

' De la suite de l'impératrice.

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