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guère vu ces dames; je ne les connais même pas encore bien; je ne saurais donc vous en donner d'autres nouvelles.
C'est une très bonne chose que vous fussiez tous bien portants : je crois que vous, ma fille puînée, vous vous serez bien trouvée des sirops que vous avez pris; mais je ne sais si vous vous serez purgée. Les détails que vous me donnez sur la fontaine, l'horloge et la chapelle d'Aranjuez me mettent tout à fait au courant de l'état des choses. Je vous ai dit plus haut que je ne comprenais point de quel jardin de l'ile vous parliez : c'est probablement celui qui touche le pont qu'on feit en ce moment sur le Tage. Je ne crois pas que toutes les fenêtres à l'entour de la chapelle puissent aller; j'en ai parlé aujourd'hui à ma sœur ; elle a été du même avis que vous : mais je doute que cela soit praticable. Vous avez raison : ce sont pour moi de très bonnes nouvelles d'apprendre que votre frère est débarrassé de ses fièvres : puissiez-vous tous être toujours bien portants!
Comme il est fort tard, je ne puis répondre à vos dernières lettres : ce sera pour un autre jour. Ma sœur m'a envoyé ce pli que j'ai été sur le point de ne pas vous transmettre, parce qu'elle ne vous écrit pas ainsi qu'elle devrait le faire : demandez-lui qu'elle vous écrive autrement. Dieu vous garde comme je le désire !
D'Almeirim, 7 mai 1382.
Votre bon père.
A SES FILLES. l^b
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, â 4 de junio i582.
No pudc responderos con el corrco pasado, y aun oy no fuera mucho ser lo mysmo, porque, como han sido estos dias ocupados de vi'speras, antier y iiycT de misa de pontifical y oy de sermon, quedôme mucho que hazer para esta tarde. Oye my hermana los oficios dcsde una ventana junta a la que 3'o tengo, y my sobrino y yo abaxo en la capilla. Muy bien fué que vuestro hermano no tubiese mâs que la efimera 3^ qu'estubiese ya bueno. My hermana me mostrô una carta suya y una pintura de un caballo que me parece cstâ'mcjor hecha que solia : decidselo asî y que tengo libres de pinturas que llebarle quando baya. Y su retrato dice m}^ hermana que no esta bueno y qu'él esta mejor, y aun que lo estaba el otro retrato que ella vio, que se hizo primero que este. Ame parecido en él que hacrecido, aunque no mejorddose en el gesto. A todos os querria ver mâs que en retratos. Agora he visto la carta en que me dccîs que os avîa 3^a escrito otra vez de las vcntanas que my hermana tiene â la capilla, y tambien lo avia dicho en esta carta : de manera que con esta os lo he escrito très vezes; y por aquf veréis quai deve andar la cabeça con tantas cosas como la
cargan : pero, con todo esto, estoy bueno, que no es poco. O}" ha visto my hermana my aposento, y andâdole todo, que no es poco, y tomarale }'o con la vista del rio 6 mar en otra parte. Y tambien vos, la mayor, os enganais en lo de la posta de my sobrino, que nunca alla la corriô , y la de agora fue la primera vez, y creo que lo havréis pensado porque una vez dixe yo que avîa estado cerca de correrla con él y su hermano. No se si â vuestra hermana le habrâ buelto la enfermedad, que ya debe ser tiempo y dcvcse correr con ella, pues no ha dicho nada, y no se si vos tambien, de que la aya tenido primero que vos; 3^ si fuera entônces la cayda, quiza tubiera mâs que contar el lacayo del conde. Bien creo que las damas de my hermana han achicado los avaninos, porque no los traen grandes, mas las berdugadas no por cierto, que son terribles, si no es la de doiia Graciosa, con quien esta agora muy mal Morata, 3' de manera que a no se quantos dias que no le podemos hazer ir al aposento de m3' hermana.
Y estando diciendo esto, ay una gran grita que le dan en la calle, aunque 3'a no le dan tantas como solian.
Y muy bien haze vuestro hermano en aprender â dançar, 3' asî selo decid de mi parte. Y muy bien haréis en ir â la huerta del Campo; 3^ es asî que no esta como solia, mas creo lo estard, porque embié deaquî uno por teniente del Calabrés, que creo tendria mâs quenta con ella. My sobrino me ha dado un gran recado para vosotras en agradecimiento del roquete; dalde por escrito aquî, y otro de Madalena, disculpândose de no aver escrito oy; y 3'o creo que ha sido por tener visi-
tationes, que ha/c estos dias ventana en su aposento, para ver baylar los negros. Y no digo mâs, porqu'es muy tarde }' hc de madrugar para ir fuera manana. Esas nuevas han venido de la Indiaporticrra. Aunque ha un ano que partieron de alla, embio'slas, porque las tienen los de aquî por muy bucnas. Y Dios os guarde como deseo.
De Lisboa, à 4 Je junio i 582.
Vuestro bucn padre.
(Parafe du Roi.)
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, 4 juin i582.
Je n'ai pu vous répondre par le dernier courrier, et encore aujourd'hui il s'en est peu fallu qu'il en fût de même : car, ayant eu à assister, ces jours derniers, à des vêpres, avanthier et hier à des messes de pontifical, et aujourd'hui au sermon, il m'est resté beaucoup à faire pour cette aprèsmidi. Ma sœur entend les offices d'une fenêtre près de celle que j'ai, et mon neveu et moi en bas à la chapelle. C'a été une bonne chose que votre frère n'ait eu qu'une petite fièvre et qu'il en fût quitte déjà. Ma sœur m'a montré une lettre de lui avec la peinture d'un cheval, qui me paraît mieux faite que ses précédents ouvrages : dites-le-lui, et que j'ai des livres de peinture que je lui porterai à mon retour. Ma sœur dit que son portrait n'est pas bien ; qu'il est mieux que le peintre ne l'a représenté; que son autre
lyS LETTRES DE PHILIPPE II
portrait, fait auparavant et qu'elle a vu, était préférable. Il m'a paru, en examinant celui-ci, que votre frère a grandi, mais je ne lui ai pas trouvé une meilleure mine. Je voudrais vous voir tous, au lieu de vos portraits. Je viens de lire la lettre où vous me dites que je vous avais déjà parlé des fenêtres que ma sœur a à la chapelle, et je vous en ai parlé encore dans ma dernière lettre, de façon qu'avec celleci je vous Faurai écrit trois fois. Par là vous verrez en quel état doit être ma tête, avec tant de choses qui l'occupent : mais, malgré tout cela, je me porte bien et ce n'est pas peu. Ma sœur a visité aujourd'hui mon appartement dans tous ses détails, ce qui n'est pas une petite affaire; moi je Taurais choisi ailleurs, avec la vue sur le Tage ou sur la mer. Vous vous abusez aussi, vous, ma fille aînée, touchant la poste que mon neveu aurait courue en Espagne : celle qu'il vient de courir a été la première; ce qui vous aura induite en erreur, c'est probablement ce que je dis un jour, que j'avais été sur le point de courir la poste avec mon neveu et son frère. J'ignore si la maladie sera revenue à votre sœur, comme on doit le supposer d'après le temps écoulé, puisqu'elle n'a rien dit, et, je crois, vous non plus, de ce qu'elle l'a eue avant vous : si la chute avait eu lieu alors, le laquais du comte ' aurait eu peut-être plus de choses à rapporter^. Je pense que les dames de ma sœur ont raccourci leurs garnitures de robes, car elles ne les portent pas grandes : mais il n'en est pas de même des vertugadins, qui
' De Barajas (r)
^ Nous avons traduit cette phrase aussi littéralement que nous l'avons pu : mais nous devons avouer que nous ne la comprenons guère. Peut-être Philippe II veut-il dire que les signes de la puberté s'étaient manifestés plus tôt chez Tintante Catherine que chez sa soeur. On aura remarqué que, dans plusieurs des lettres précédentes, il exprime son étonnement de ce qu'ils tardent tant à apparaître chez l'infante Isabelle. Quant à la chute, ii en est parlé dans la lettre XX.
sont terribles, excepté celui de doua Graciosa, avec laquelle Morata est maintenant très mal, à ce point qu'il y a je ne sais combien de jours que nous ne pouvons le l'aire aller chez ma sœur. Au moment où j'écris ceci, on entend un grand cri dans la rue contre lui, quoiqu'il ne soit pas aussi grand que d'habitude. Votre frère fait très-bien d'apprendre à danser; dites-le-lui de ma part. 'Vous avez raison d'aller au jardin de la maison des Champs ' : il est vrai qu'il n'est pas comine il était autrefois, mais j'espère qu'il le redeviendra, car j'ai envoyé d'ici quelqu'un pour être le lieutenant du Calabrais, et je crois qu'il en aura plus de soin. Mon neveu m'a chargé d'un grand compliment pour vous deu.x en remerciement du rochet : tenez-le pour écrit ici, et un autre de Madeleine, qui s'excuse de n'avoir pas écrit aujourd'hui; la cause en est, je crois, qu'elle a eu des visites, sa fenêtre ayant servi ces jours-ci à voir danser les nègres. Je ne vous en dis pas davantage, parce qu'il est fort tard et que je dois demain me lever de bonne heure pour aller dehors. Ces nouvelles que je vous envoie sont venues des Indes par terre. Quoiqu'elles aient un an de date, je vous les communique, parce que ceux d'ici les tiennent pour très bonnes. Dieu vous garde comme je le désire !
De Lisbonne, 4 juin i582.
Votre bon père.
' La Real Casa de Campo, située à proximité du palais, sur la rive droite du Manzanarcs.
,8o LETTRES DE PHILIPPE H
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lishoa, â iS de junio i382.
No pensé poderos escrivir; pero âme qucdado un poco de tiempo, y asi' acuerdo de empliarle en esto. Decid a vuestro herniano que holgué mucho con su recado, v que yo me tengo d carga lo que me encomyenda para en pudiendo scr, porque lo deseo harto mas qu'dl, por lo que le deseo ver y à todos vosotros. La calentura de my hermana no pas6 adelante, y fué después â Enxobregas, como creo que os escrivî; mas my sobrina ha très 6 quatro dias que tiene una poca, y oy la han sangrado, aunque le sacaron poca sangre; y esta tarde me dixo Vallès que le parecia qu'estaba sin calentura, y quando él lo dice, bien se puede créer. Y diz que se usa en Alemania, la primera vez que se sangran, como lo ha sido agora, hazerle todos présentes, y asî lo han hecho oy; y uno dîz que le diô dos polios vivos. Muy bien a sido ir a la casa del Campo, y ya creo que estaréis en las Descalças. Y tambien lo fué ver las dançasde Corpus Christi. Y si vuestro hermano tiene myedo de aquellas cosas, procurad que no le tenga, y decîdle de lo que son, que con esto lo perderâ. Acâ no ubo foliones, sino muchas danças de mugeres, y algunas que cantavan bien, aunque, como escrivi, yo pude ver poco, por ir al cabo de la proce-
A SES FILLES. iSi
sion y ser tan larga. Madalcna lo haze muj^ bien en escn'viros, y esta aquî agora, y dice que os diga de su parte que quixera mds estar con vosotras que embiaros recado; y yo digo que, aunquc se le Icbantan los pies quando oye algun son, se cansa ya tanto que no puede baylar. Y el otro dia tubo un desmayo y ha qucdado harta flaca. Morata diz que estci ya bueno, mas aun no viene acâ; y hartas vezes me ha pedido que os embie recados, y queria me los dar tan largos que no os los hc escrito; y no lo sepa él, que lo tomâra mu}' mal; y algunas vezes se los doy yo vucstros, que todo es menester para que no esté mal com3'go, aunque algunas vezes lo esta harto, pero no tanto como solia. No se lo que sera después desta enfermedad. No se mâs que os diga, ni tengo mâs tiempo. Y guarde os Dios como deseo.
De Lisboa, â 25 de junio ibSz.
Vuestro buen padre.
(Parafe du Roi.)
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, 25 juin i582.
Je ne pensai pas pouvoir vous écrire; mais il m'est resté un peu de temps, et je veux l'employer à cela. Dites à votre frère que son billet m'a fait beaucoup de plaisir, et que ce qu'il me recommande je me charge de l'accomplir, lorsque
i82 LETTRES DE PHILIPPE II
cela se pourra, car je le désire plus que lui, étant impatient de le voir et vous autres tous. Ma sœur a été vite débarrassée de sa fièvre; elle est allée à Xobregas, comme je crois vous l'avoir écrit : mais, depuis trois ou quatre jours, ma nièce a ressenti de légères atteintes du même mal; aujourd'hui on lui a tiré un peu de sang. Vallès' m'a dit, cette après-dînée, qu'il lui paraissait que c'était fini; et, quand lui le dit, on peut y croire. On prétend que c'est l'usage, en Allemagne, de faire des présents aux personnes qui sont saignées pour la première fois, comme ma nièce vient de l'être; et ainsi tous ses gens lui en ont fait aujourd'hui : l'un d'eux, dit-on, lui a donne deux poulets vivants. Vous avez très bien fait d'aller à la maison des Champs; en ce moment, je le suppose, vous êtes au monastère des Descalzas. Vous avez également bien fait de voir les danses du Corpus Christi. Si votre frère a peur de ces danses, appliquez-vous à la lui faire perdre en lui expliquant ce que c'est. Ici il n'y a pas eu de danses à la manière d'Espagne-, mais beaucoup de femmes dansaient- et quelques-unes qui chantaient agréablement; du reste, comme je l'ai écrit, je pus voir peu de chose, parce que je marchais en tête de la procession et qu'elle était fort longue. Madeleine fait très bien de vous écrire; elle est auprès de moi en ce moment, et elle me prie de vous dire qu'elle aimerait mieux être avec vous que de vous donner de ses nouvelles par correspondance : moi je dis que, quoique les pieds lui démangent quand elle entend quelque air de danse, elle se fatigue maintenant si vite qu'elle ne peut plus danser. L'autre jour
' Dans les états conservés au palais de Madrid figure un Antonio Vallès en qualité de chirurgien du commun des Bourguignons [ci'-iijano dd comiin de los Borgonones].
- C'est-à-dire accompagnées de harpes, guitares, violons, tambourins et castagnettes.
A SES FILLES. i83
elle eut une défaillance et elle en est demeurée très faible. On dit que Morata est rétabli; mais il ne vient pas encore ici : assez souvent il m'a demandé de vous envoyer ses compliments; il voulait me les donner si longs que je ne vous en ai pas écrit. Il ne faut pas qu'il le sache, car il le prendrait très mal. Quelquefois je lui donne de vos nouvelles. Tout cela est nécessaire pour qu'il ne soit pas mal avec moi, bien que quelquefois il le soit assez, cependant pas autant qu'il en avait coutume. Je ne sais ce qu'il en sera après cette maladie. Je n'ai plus rien à vous dire, et n'ai d'ailleurs plus de temps. Que Dieu vous garde comme je le désire !
De Lisbonne, 25 juin i582.
Votre bon père.
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, â 3o de julio i582.
Después que os cscrivi cl otro dia, he ido siemprc mejorando, aunque algo despacio. De dos 6 très dias a esta parte me parece qu'es mâs â priesa, aunque todadfa tomo xaraves â las maiianas, y bien vellacos, porque tienen ruybarbo, y bevo una vez de dos que bevo de agua de agrlmoni'a. Espero qu'estaré presto bucno del todo, si Dios fuere servido dello. Con vuestras cartas, que recivî el myércoles, holgué mucho, por
iS4 LETTRES DE PHILIPPE II
saver que todos esteis Buenos : asî sea siempre. Y bueno es que en Aranjuez aya ya cidras, como vos, la menor, me lo escrivîs. A las demds cartas vuestras, por ser ya viejas, acuerdo de no responder, sino qucmaiias, por no cargar mds de papeles, y no creo que ay nada en ellas â que ubiese que responder cosa que importase : pero, si lo avîa, me lo podréis bolver â escrivir. Ayer vino nueva como ha llegado, 40 léguas de aqul, à un puerto, una nao de las que vienen de la India, que por ser vieja vino primero que las demâs. Creo que vendra aquî presto. No se lo que traerân : solo he savido que viene en esta nao un elefante que embia à vuestro hermano el \isorey que embié â la India desde Tomar, que liera ya llegado alla y llegô â buen tiempo, porque hera muerto el que alla estava, digo el visorey que alla estava. Decid â vuestro hermano esto del elefante y que le tengo un libro que embiar en portugués, para que por él le aprenda, que muy bueno séria que lo supiese ya hablar; que muy contento vino don Antonio de Castro de las palabras que le dixo en portugués, que fué muy bien si asî fuc. Y ya esta es muy larga para conbaleciente y flaco. Y Dios os guarde como deseo.
De Lishoa, â 3o de julio i5S2.
Vuestro buen padre.
(Parafe du Roi.)
A SES FILLES. i85
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, 3o juillet 1382.
Depuis que je vous écrivis dernièrement', mon état n'a pas cessé de s'améliorer, quoique avec quelque lenteur-'. L'amélioration, à ce qu'il me semble, est plus sensible depuis deux ou trois jours, bien que tous les matins je prenne encore des sirops, et de fort mauvais, parce qu'ils contiennent de la rhubarbe; j'en prends un verre sur deux d'eau d'aigrcmoine. J'espère que bientôt, s'il plaît à Dieu, je serai entièrement rétabli. 'Vos lettres, que Je reçus mercredi ', m'ont fait beaucoup de plaisir en m'apprenant que
' Cette lettre est une de celles qui nous manquent.
^ On écrivait, de Madrid, le 10 juillet, que le 27 juin Philippe II avait été atteint de la goutte au poignet droit, avec quelques accès de tièvre; qu'on lui avait tiré six onces de sang; que la fièvre l'avait quitté, mais que la goutte s'était portée aux pieds et que, le 2 juillet, il gardait le lit.
Le 24 juillet on mandait que le Roi était hors de danger; qu'il avait souflert, durant trois jours, de grandes douleurs d'entrailles; qu'il était toujours alité, mais que l'appétit et le sommeil étaient bons.
On annonçait, le 5 août, qu'il était presque entièrement rétabli, mais qu'il était faible et pâle. (B. N. P.)
L'ambassadeur de France à la cour d'Espagne, Saint-Gouard, qui était en ce moment à Lisbonne, écrivait, de son côté, le 23 juillet, à Catherine de Médicis : « Sur l'indisposition de la goutte qui fut « occasion de faire mectre le roy catholique au lict, l'on le saigna et « purga : sur quoy il luy chargea une douleur de costé, laquelle j'en- « tends est venue résouldre en une jonisse, laquelle enfin luy est venue « sortir dans le visage; n'aiant néaulmoins, pour ces deux accidens, « heu aulcune altération ne sentiment de fiebvre; et est à ceste heure « de tout libre de la douleur du costé, lequel l'on dict procédoit de « quelques vens; et aussi ce qui s'estoit apparu delà jonisse s'est fort « diminué et presque il n'y paroist, ainsi que l'on m'a asseuré, que « bien peu. «(Bibliothèque nationaleà Paris, Ms. fr. 16108, fol. 143. J
^ 25 juillet.
i8C LETTRES DE PHILIPPE II
VOUS VOUS portez tous bien : puisse-t-il en être ainsi toujours ! C'est une bonne chose qu'il y ait déjà des citrons à Aranjuez, comme vous, ma fille puînée, me l'écrivez. Je ne crois pas devoir répondre à vos autres lettres, parce qu'elles sont déjà de vieille date, et je les brûlerai, pour ne pas me charger de trop de papiers; je ne suppose pas d'ailleurs qu'elles renferment quelque chose sur quoi il importe que je fasse réponse; si cependant cela était, vous pourriez m'en écrire de nouveau. Hier on a reçu la nouvelle de l'arrivée, dans un port, à quarante lieues de Lisbonne ', d'un des navires attendus des Indes, lequel, étant d'ancienne construction, a devancé les autres. Je crois qu'il viendra bientôt ici. J'ignore ce que cette flotte nous apporte; je sais seulement que sur le navire en question est un éléphant envoyé à votre frère par le vice-roi que je nommai pour les Indes, étant à Thomar', et qui y arriva à propos, car celui qu'il allait remplacer était mort dans l'intervalle. Annoncez à votre frère le fait de l'éléphant; dites-lui aussi que je lui enverrai un livre en portugais, pour lui servir à apprendre cette langue que je voudrais qu'il siiit déjà parler. Don Antonio de Castro' s'est montré fort satisfait des paroles que votre frère lui dit en portugais et qui étaient très bien, si en effet il les a dites. Cette lettre est déjà fort longue pour quelqu'un qui est convalescent et faible. Dieu vous garde comme je le désire !
De Lisbonne, 3o juillet i582.
Votre bon père.
' A Lagos, ville de l'Algarve.
- Don Francisco Mascareiias. Ce n'était pas à Thomar, mais à Elvas, que Philippe II l'avait nommé pour remplacer le comte Atauguia. (Voir sa lettre du 1 5 janvier i5Si au duc d'Albe dans le tomeXXXIII des Documenlos inéditos para la historia de Espana, p. 444.)
'Voy. p. 12G, note 2, et p. 14S, note i.
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, â 3 de setiembre i58i.
No pucdo rcspondcros agora, que tengo mucho que hazer y es tarde; y asf lo dexaré para el lunes, por deciros algo de la procesion que vimos ayer, my hcrmana y mys sobrinos y yo, desde las vcntanas de la Rua Nova que estdn pasado el aposento de my hermana. Y aunque creo que muchos escrivirân délia, no quiero dexar de deciros que fué muy buena. Es solamente de una perocha, que lo es desta casa, que se ilama Sant Jian, qu'es Sant Julian, como creo que ya lo sabeis; en todas las de aquf van haziendo las procesiones después de Corpus Christi, como ay tambien se haze. Y esta vî agora un aiîo, no se si os lo escrivf, mas entônces fué ordinaria, y algunos aîîos de tarde en tarde dicen que la ha/.cn muy bien, y esto pocas vezes, porque les cuesta mucho. Y à la de ayer no pudo dexar de ser asî, porque cierto fué muy buena; y aunque decian mucho délia y yo pensé que no avi'a de parecer por esto tambien, ha parecido aun mejor de lo que todos pensa vamos; y cierto me ha pesado mucho de que no la viésedes, ni vuestro hermano, aunque hubo unos diablos que parecian a las pinturas de Hieronimo Bosc, de que creo que tuviera myedo. Diéronme, la tarde antes, un papel de las cosas que
i88 LETTRES DE PHILIPPE II
iban en la procesion fuerade las ordinarias, }• fué muy necesario, porque le tuvimos y por el entendi'amos lo que hera cada cosa; y aqui os le embio : por donde lo entendercis, aunque va mucho de visto a escrito; y lo que dél no entendiéredes os lo podrâ declarar dona Maria Manuel. Y porque otros escrivirân otras cosas. no quiero decir mâs, sino que esta tarde me han dicho qu'el galeon que se hizo aquî y se hechô â la mar, como creo que os lo cscrivf, }• se llama Saut Phelipe, y fué por capitan de las naos que fueron â la India en principio de abril, es buelto y esta en Cascaes, y dicen que ha buelto de mil y quinientas léguas de aquî; no he sabido aun el porque ni la causa; y agora no podrâ bolvcr à partir hasta março, con las que entônces han de partir. De las très que faltan aun de la India ha}' alguna nueva de las dos, aunque no muy ciertas; si lo fuesen, creo que vendrân presto aqui, porque para esto haze buen tiempo, pcro no para aquî, que haze mucho ayre y anda la mar alta, de manera que las galeras se han pasado a la otra parte del rio, adônde no haze tanto viento como aquî. Y Dios os guarde como deseo.
Ue Lisboa, â très de setiembre 1382.
^'uestro buen padre.
tParafc du Roi.)
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, 'S septembre i582.
Je ne puis vous répondre en ce moment, car J'ai beaucoup à faire, et il est tard; je remettrai donc ma réponse ù lundi, pour vous dire quelques mots de la procession que nous vîmes hier, ma sœur, mes neveux et moi, des fenêtres de la rue Neuve , qui sont après Tappartement de ma sœur; et quoique je suppose que plusieurs personnes en écriront, je ne veux laisser de vous faire savoir qu'elle a été très belle. Cette procession est celle de la paroisse de ce palais, laquelle se nomme Sant Jian, c'est-à-dire Saint-Julien, comme déjà vous le savez, je crois. Dans toutes les paroisses de Lisbonne les processions se suivent depuis le Corpus Cliristi, de même qu'à Madrid. Celle-ci je lavis déjà il y a un an; je ne sais si je vous l'écrivis', mais alors elle fut ordinaire : on dit qu'il y a des années, par intervalle, où ellâ a une solennité exceptionnelle ', mais comme cela entraîne des dépenses considérables, on ne le renouvelle pas souvent. Il a dû en être ainsi de celle d'hier^, car elle était véritablement fort belle; et quoiqu'on en eût beaucoup parlé et que je doutasse qu'elle répondît à tout ce qu'on en disait, elle a encore surpassé l'idée que nous nous en faisions tous : aussi j'ai infiniment regretté que vous et votre frère vous ne l'ayez pas vue, bien qu'il y eût des diables,
'Il l'écrivit en effet. Voy. la lettre VII, du 21 août 1 58 1.
' Tous les sept ans, selon une relation envoyée, le 6 septembre, de Lisbonne à Madrid. En 1 582 elle fut anticipée de deux ans en l'honneur du Roi. (B. N. P.)
' Elle coûta plus de douze mille ducats. (B. N. P.)
igo
comme Jérôme Bosch' en a peint, qui, je crois, lui auraient fait peur. La veille, dans Taprès-midi, on m'avait remis un papier où étaient décrites les choses qui y figureraient, indépendamment de celles qui y figurent d'ordinaire ; il était très nécessaire, car il a servi à nous faire comprendre la signification de chacune de ces choses. Je vous l'envoie: vous saurez par là ce qu'il en a été, quoiqu'il y ait une grande différence entre voir un objet et en lire la description; ce que vous n'y comprendriez pas, dona Maria Manuel vous le pourra expliquer. Comme d'autres écriront d'autres détails , je ne vous dirai rien de plus, si ce n'est que, cette après-midi, on m'a rapporté que le galion Saint-Vhilippe, lequel se construisit et fut lancé à la mer à Lisbonne, comme Je crois vous l'avoir écrit ', et qui fut la capitane des navires envoyés aux Indes au commencement d'avril, est de retour et se trouve à Cascaes. On dit qu'il est revenu de quinze cents lieues d'ici; je ne sais pas encore pourquoi: maintenant il ne pourra remettre à la voile qu'au mois de mars avec ceux qui doivent partir alors. Des trois navires qui manquent encore des Indes, il en est deux dont on a des nouvelles, mais pas bien certaines; si elles l'étaient, je pense qu'ils arriveraient bientôt à Lisbonne, car le temps est propice pour cela; il n'en est pas de même pour ici, où le vent est très fort et la mer haute : c'est pourquoi les galères ont passé à l'autre côté du fleuve, où le vent ne se fait pas autant sentir. Dieu vous garde comme je le désire !
Lisbonnu, 3 septembre i582.
Votre bon père.
' Bos, Bosch ou Bosco, peintre hollandais, né au milieu du quinzième siècle, mort au commencement du seizième. Il y avait plusieurs tableaux de lui à l'Escurial.
- Voy. p. i4Ji.
A LAS INFANTAS MIS HUAS.
Lisboa, ;i 17 de setiembre i582.
He holgado mucho de cntcndcr, por vuestras cartas, que todos esteis bucnos, 3^ que la calentura de vuestra hermanica no pasase adelante ; y el conde me ha escrito dos vezes, después acâ, con dos estraordinarios que han venido, qu'estava buena; y el otro dia m'escriviô grandes quentos suyos. Bien deveis d'entender portugués, pues deci's qu'cntendi'stes el papel de la procesion; y no es poco, porque algunas palabras avi'a en él que no las entendî yo hasta que me las dixcron; y bien creo que algunas dexarîades de entender, pero serian pocas. Si los toros que ay manana aqui delante son tan buenos como la procesion, no habrâ mâs que pedir, V aun que sean como los tablados que han hecho para cllos, que son tan de propôsito como si ubieran de durar mucho tiempo, y hoy los han començado a adercçar, y van pareciendo bien : no se lo que sera manana. Y Madalcna ticne un pedaço de un terradillo que sale â la plaça en su aposento, y a estado tan ocupada en componerleque no ha podido escrivir, ni aun creo que ha qucrido, aunque yo se lo he acordado algunas vezes, que dice que no puede acabar consigo d'escrivir en vîsperas de toros; y esta tan regocijada
para ellos como si hubiesen de ser muy buenos, y creo que serâii ruynes. Lo mejor creo que serdn foli'as que dicen que han de andar por la plaça. Y lo que fuere Madalena lo escrivirâ después, si no sele holvidâre de aquf al lùncs, que sî creo que hard. Decîs, vos la mayor, que avi'an dicho ay que avîan Uegado las galeras que venian de la India, y no se os acuerda que no son galeras, sino naos y muy grandes; y no Uegaron sino antier aquf, y el dia ântes â Cascaes, y junto con ellas llegô el marqués de Santa Cruz con la mayor parte de la armada; y aunque avîa partido dntes que las naos, las alcanço al llegar d Cascaes, porque, estando ya muy cerca de la Tercera, le diô una tormenta muy grande que le apartô de allî hdzia acâ, de manera que no le pareciô bolver alld, ni que podria ya tener tiempo para ello. Y de aquella tormcnta que fué el mysmo dia que aquf ubo una poca, y se quemô ay la puerta de Guadalajdra, digo la mysma noche, se desaparecieron cinco 6 seis naos que no han llegado aun ni se sabe délias, aunque se crée que havrdn ido â algun otro puerto. No ha sido malo quemarse la puerta de Guadalajdra, porque dntes embaraçava allf aquella torre, y estard la calle muy buena sin ella, mucho mejor qu'estaba dntes. Y estando en esa mysma casa, vî yo otro gran fuego, muchos aiïos ha, que fue de la casa de don Francisco de Vargas, que no creo que deveis avcr visto ni pasado por ella. Y no cay en verlo de los aposentos altos, sino del baxo donde posava, aunque creo que del uno ny del otro no se vîa sino la llama del fuego que hera muy grande, por ser
A SKS FILLES. igï
la casa no '. Se parccc de alli, y la puerta creo
que se dévia parccer agora de lo alto. "\' bien creo que de ahy se hecharâ mènes el relox, aunque no niucho, segun andava algunas vc/.es, aunque agora devîa andar mejor. Y cl del alcaçar tampoco creo que no anda muy bien, quando yo no cstoy en el. Muy bien es que vuestro hermano no tcnga myedo, como decis, vos la menor, v no creo que le tubiera de los diablos de la procesion, porque venian buenos y vianse de lexos, y mas parecian cosas di hieromôvoces que no diablos; V cierto que heran buenos, pues no heran verdaderos. No a}' mas nuevas que deciros ni otra cosa sino que os guarde Dios como dcseo.
Lisboa, à 17 de setiembre i582.
A'uestro bucn padre.
(Ptvafc du Roi.)
AUX INFANTES MES FILLES
Lisbonne, 17 septembre i5S2.
Je me suis réjoui d'apprendre, par vos lettres, que vous êtes tous bien portants et que la fièvre de votre petite sœur n'a pas continué. Le comte ^ m'a depuis, par deux courriers extraordinaires qui m'ont été expédiés, écrit qu'elle
' Ici finit la deuxième page de la lettre qui forme une feuille. Il doit y manquer une feuille ou un feuillet intercalé. La troisième page commence par se parccc de alli.
De Barajas.