VIT
Je viens de recevoir, nionsiciu', les ?.'|o fr. que vous aviez donné ordre qu'on me remit. Votre commissionnaire vous a servy avec toutte l'exactitude et la diligence que le désiroit votre bienfaisance; car le facteur ne m'a rendu votre lettre qu'après cette commission faite. J'espère que pour mettre le comble à vos bontés, vous ne douterez pas un instant de l'effet qu'elles font sur riioy; vous honorez bien l'humanité; et je m'en sens moins misantrope. Je soufle ma lanterne cinique; l'homme n'est plus introuvable, et tous les cœurs ne sont pas d'airain. Grammercy mile fois; vous me portez toutte sorte de bonheur. Le récit que sur le champ, j'ay fait à la malade du bien qui m'arrivoit, luy a mis dans la bouche les propos les plus suivis qu'elle eût encore tenus; et je suis tenté de croire que je vous devray encore sa raison par dessus le marché. Me voilà devenu moyennant cela bien insolvable; car avec cette raison je vous devray encore la mienne qui commençoit terriblement à se ressentir de la contagion. Il est vray que votre bon ofice est assaisonné de tout ce qui pouvoit émouvoir le sentiment. Je n'imagine rien de plus complet. Ne craignez pas. Monsieur, que j'aye l'indignité d'en mez-user : vous n'en serez que pour les ofres obligeantes que vous me faites de prolonger des secours de cette espèce; j'entrevois
pleine et parfaite guérison comme vous me l'annoncez; sans que j'aye besoin d'autre chose que de patience. Ma pauvre femme vous reverra et vous remercîra peut-être mieux que moy. Elle n'a point eu de répugnance à se voir pour la première fois de sa vie dans les liens d'une pareille reconnoissance; la main dont luy venoit le bienfait et la façon qui l'accompagne le luy ont fait accepter avec autant de joye que si elle-même elle en eût rendu un; et c'est tout dire; car il faut l'avouer à son honneur : c'est une belle âme; et je ne l'ay vue, toutte sa vie, sensible à aucun plaisir qu'à celui d'obliger. Elle a pleuré de joye surtout à l'ofre si noble que vous me faites d'un asile de consolation en cas que sa maladie eût pris le cours qu'elle sembloit prendre. Franchement aussy cela est bien beau, bien doux et bien digne de ma reconnoissance jusqu'au dernier soupir; comptez-y donc, s'il vous plaît Monsieur, avec une confiance égale à celle que j'ay eue envers vous dans mon adversité. Un de mes grands sujets de joye, en voyant ma femme revenir du tombeau, c'est de voir que nous serons deux à partager des sentimens qu'un seul cœur en effet auroit peine à contenir. Permettez-moy, pour dernière grâce, d'avoir quelquefois d'icy à votre retour, l'honneur de vous écrire ; ne fût-ce que pour vous donner des nouvelles du bonheur que j'espère et dont je vous devray la bonne partie. Je ne puis vous parler encore d'autre chose pour le présent. Sous un ciel plus serain je tacheray de vous dire quelque chose de plus anmsant pour vous, et de plus nouveau que les assurances de l'attachement respectueux avec lequel j'ay l'honneur d'être monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Piron.
Paris, ce lo juin 1749.