INTRODUCTION HT
souhaitait avoir une bonne route pour se rendre dans ses terres (i).
On peut donc affirmer que l'amour des lettres et le goût des affaires publiques étaient, chez les Le Vayer, une habitude de famille. Le correspondant de Piron ne s'y montra pas infidèle. Il était né en 171 2, de Jean- Jacques Le Vayer, président au Grand Conseil, et de Anne-Louise du Pin. Une fois hors de page, il paraît s'être mêlé avec assez de fougue à la jeunesse élégante de son temps, trop fidèle élève des roués de la Régence, ïl y portait, comme par une sorte d'hommage rendu à la gravité paternelle et à la réputation de prudhomie des Le Vayer, le nom de Monsieur de Marsilly (2).
Parmi ses compagnons de plaisir, on voit le prince de Condé, l'ancien premier ministre duc de Bourbon. Le prince, voyageant en Hollande, envoie ses impressions à son ami de Marsilly; une autre fois, à son réveil, il lui adresse des vers faits pendant une insomnie. Cet impromptu est fort indigne, à tous les points de vue, du grand souvenir évoqué aux premières lignes du billet : <( O vous, Monsieur, dont la trisayeule ou bisayeule Le Boindre étoit petite-fille de ce grand tragique Garnier, à qui par conséquent la veine poétique est de race et un présent des dieux héréditaire dans votre maison... »
C'est aussi dans cette période de dissipation que Le Vayer fit la connaissance de Piron, grâce au comte de Livry, protecteur en titre du poète, et à La Faye. Ce La Faye était le neveu de l'académicien assassiné, si l'on en croit l'oraison funèbre qu'a donnée de lui Piron, par l'ignorance du médecin Sylva (3). Il suivit la carrière
(i) M. G. Senois, dans la réédition de son La Bruyère (Collection des Grands Ecrivains) publiera deux lettres inédites de La Bruyère à Jacques Le Vayer.
(2) Il cessa de le porter dès avant la mort de son père (d'après des adresses de lettres de 1738).
(3) Mélanges de la Société des Bibliophiles, t. IV. Lettre au marquis de Sénas d'Orgeval, 3 août 1731.