IV INTRODUCTION
des armes et prit part aux campagnes de la guerre de Pologne, et de la guerre de la succession d'Autriche; il mourut de ses blessures, à Gênes en 1747. La Faye avait pour les lettres un goût très vif, mais trop fidèlement conforme aux mœurs du temps; on a de lui quelques contes et poésies libres. Il trompait parfois les ennuis du camp ou de la garnison, en favorisant son ami Le Vayer de ses productions. En général, il serait impossible de les citer, et le récit des distractions des jeunes officiers, devant Heilbronn en 1785, ou à Falaise en 1737,. ne peut inspirer que le dégoût. Voici le trait le plus innocent : « Depuis notre arrivée (à Falaise) la barbarie de nos fêtes militaires ne m'a pas laissé un moment de sang-froid, la vertu est alors de s'ennivrer; le meilleur party que puisse prendre alors un philosophe, c'est do prévenir les autres et de se deffaire de sa raison le premier. »
La raison revenue, La Faye ne manque pas d'esprit : (( La ville oîj je suis est un spectacle amusant pour un spectateur, et je prétens être le spectateur normand. Ils sont riches, ils ont de l'esprit, ne sont pas ladites, et s'ennuyent, parce que les bonnes gens plaident toute la journée, soit devant le juge royal soit devant des commères établies pour perpétuer les tracasseries. Je suis parfait avocat pour et contre, le mal d'autruy me divertit et me sauve l'ennuy sans cela inévitable. » La Faye n'a pas que l'espiit du Méchant. L'année suivante, se rendant à Vienne avec l'ambassadeur M. de Mirepoix, il s'arrête à Lunéville, et trace ce piquant croquis de la royauté de Stanislas à ses premiers jours :
« Ce fantôme de cour est un spectacle assez sombre mais qui a sa magnificence. Tous ceux qui sont au roy de Pologne ont une prando conformité avec leur maître; ils ont par euxmêmes les j»lus beaux noms du monde, leurs charges y joignent les plus grands titres, mais cet extérieur brillant ne leur dérobe pas le sentiment de la pauvreté la plus accablante. Ils ne
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sont pas même soutenus par les désirs et l'espérance, valeur Vctixe qui est au double des biens réels. Le grand-maître, le grand-chambellan, le grand-écuyer savent qu'ils sont bornés à leurs quatre mil francs. Ainsy je pense qu'ils jouent le rôle de grans seigneurs avec autant de dégoût que le roy Stanislas en doit avoir lorsqu'il jette les yeux sur la liste des peuples dont il est appelle souverain, n'ayant réellement d'ordres à donner que dans l'enceinte de son palais. Car ne pensez pas qu'il donne le moindre ordre en Lorraine, il a deux millions à dépenser voilà ses sujets. Mais pour rendre justice à qui elle est due, l'employ de ces deux millions est fait avec splendeur, et quant à la bonté pour ceux qui l'approchent, j'en avois beaucoup ouy parler, mais j'en ay vu plus qu'on ne m'avoit dit. »
Chemin faisant, La Faye recueille, au grand ébattement de Le Vayer, portraits et tableaux.
« Après un séjour de dix jours, j'ay été à Strasbourg, où un spectacle aussy singulier mais plus gay m'a encor frappé : la fille de M. de Polastron, la comtesse d'Andlo. Elle est tout aussy jolie que vous l'ayez jamais vue ; comme elle parle à présent, elle montre beaucoup d'esprit dont vous n'avez pu juger que sur sa fisionomie ; eh ! bien, tout cela à 18 ans n'est pas mêlé de la moindre coquetterie. Elle est un exemple unique d'une femme qui est aimable sans vouloir le paroître à d'autres qu'à son mary — J'ay été de là à Stuggard où est une régente qui a 23 ans tout juste. Sa figure est noble et assés belle, sans avoir un joly visage ; elle parle françois comme Madame de Brancas et avec autant de finesse , sa dignité ne l'empèse point ; on chante à souper avec elL^, on joue tous les petits jeux de campagne ; avec ce que je viens de vous dire elle est détestée dans son pays parce qu'elle est catholique et qu'elle fait élever ses enfans dans notre religion... — J'arrivay hier à Augsbourg, c'est une ville assés singulière, les rues sont fort larges et toutes les maisons sont jM'intes en dehors ; les unes en ornemens d'architectures, mais la pluspart sont comme les bordures des tapisseries des Gobelins ; entre les fenêtres sont des tableaux à fresque qui représentent ordinairement des gens à table ; ces barbouillages font en effet extrêmement joly, car ces peintures ne sont pas des camayeux, elles ont la couleur naturelle des objets qu'elles