INTRODUCTION XVII
sant(i) de la plus parfaite comédie en vers que nous ayons depuis Molière; l'inventeur de Gustave Wasa, dont la lecture est aujourd'hui encore attachante (le caractère du tyran Christierne est une peinture nette, vraisemblable et ferme), mérite peut-être qu'on le prenne plus au sérieux. Obtiendra-t-il jamais l'étude minutieuse, attentive, patiente, qui distinguera dans sa carrière les différentes périodes et lui donnera sa vraie place, meilleure à coup sûr que celle qu'on lui accorde avec un trop facile dédain, au premier rang des amuseurs un peu suspects ?
Piron est, attardé dans son siècle, le dernier poète, digne de ce nom, disciple de Boileau. C'est un bon ouvrier de lettres, assidu, consciencieux jusqu'au scrupule, estimant que le commerce des Muses suffit à remplir une vie et à l'honorer. Sa formule d'existence est en somme celle des génies du siècle précédent. Aussi le voyons-nous s'intéresser surtout aux œuvres purement littéraires, principalement aux tragédies, que, sans se lasser, le xviii^ siècle reforge sur le modèle classique, sans jamais réussir à y insuffler la vie. Voilà pourquoi Piron s'étonne et se scandalise des ambitions multiformes d'un Voltaire. Un poète courtisan, historien, géomètre, pamphlétaire et philosophe, lui paraît un phénomène monstrueux; sa malice ne tarit pas, à ridiculiser des prétentions si nouvelles, si démesurées.
Est-il aussi aveugle qu'on l'a dit, devant le talent prodigieux du Protée littéraire ? On verra, lettre XXIII, que s'il paraît une brochure « d'une force singulière... parfaite », qui a (( la netteté et la légèreté des Provinciales », Piron l'attribue sans hésiter à Voltaire. Qu'est-ce à dire "^ sinon que la postérité est de l'avis de Piron; qui ne donnerait tous les vers du patriarche, pour l'un de ses romans ou tel de ses pamphlets .►*
Il faut l'avouer cependant, les Lettres à Le Vayer four-
(i) CondoMset, Yie de Voltaire, note sur Piron.