‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 18 sur 39 · Tome /, L · texte numérisé non relu

Tome /, L

24a LETTRES

Ue d'Egypte ) , le Seigneur parla à Moïse dans le désert de Sinaï ^etU liti dit : Que les Israélites fassent la pdque le quatorze de ce moiSf selon qu'il est prescrit. Et Moïse ordonna aux enfans d'Israël de faire la Pdque , et ils la firent le quatorze du mois au soir , xiinsi qu'il est ordonné.

Il est vrai qu'il n'est point dil dans l'écritore que les luifs aient célébré d'autre pâque dans le désert. Mais est-ce que nos pères ne célébrèrent de pâques que celles dont il est parlé dans les livres saints / &

cela était ^ il faudrait croire qu'ils ne firent la pâqiie qu'une ou deux fob depuis Moïse Jusqu'à Josi*"* * "" qu'apparemment ces critiques ne prétendent pas.

qu'une ou deux fob depuis Moïse Jusqu'à Josias } ce qu'apparemment ces critiques ne prétendent pas. D'ailleurs est-il bien sûr que la célébration de la pâque ait été de précepte dans le désert ? D'habiles gens le nient (i) , et l'incirconcbion des Israélites nés dans le désert prouye assez ce sentiment , du moins pour la plus grande partie de la nation y pendant les d^-» nières années qu'ils y séjournèrent.

L écriture y disent enfin vos critiques , ne parle d'aucun acte religieux du peuple dans le désert» Mais elle parle de la construction y de l'ierection et de la consécration du tabernacle et de l'autel ^ de celle d'Aaron et de ses enfans , de celle des yases sacrés ^ etc. Elle nous montre un pontife y des prêtres y une tribu toute entièr« consacrée au ministère de l'autel. Les Helsreux auraient-ils eu tout ce qui était nécessaire au culte ^ sans en faire jamais aucun acte ? Elle parle du feu sacré entretenu sur l'autel des holocaustes , de l'encens qu'on brûlait sur l'au^ tel des parfums y etc. Ne sont-<ce pas là autant d'ac*

( I ) D'habiles gens le nient. Nous observerons pourtant que le Lévitiqae , en mettant les (êtes de la Pentecôte et des tabernacles au nombre de celles qui ne devaient être célébrées que dans la terre promise , ne dit rien de là pâque. Mais si elle fut de précepte dans le désert , ce ne put être que pour les Israélites circoncis. Aut*

t^ religieux ? Elle nous fait voir Aaron , Pencensoir h, la main , invoquant le nom du Tout-Puissant sur Israël } ses enfans punis de mort pour avoir offert devant le Seigneur un feu étranger; et Gorë , avec ses partisans , disputant au frère de Moïse les fonctions du sacerdoce, etc. Tous ces faits arrivas dans le disert n'y supposent-ils aucun acte de religion 7

L*flcte de religion le plus solennel , c'est le sa-> crifice ; et c'est sans doute de celui-ci particulièrement que ces critiques ont voulu parler. Mais comment peuvent-ils dire qu'il n'est jamais fait mention de sacrifices offerts par les Israélites dans le désert ? Ils n'ont donc pas lu le cbapitre xxiv de l'Exode , où nous apprenoits que Moïse érigea un autel au pied du mont Sinai ^ et que des Israélites choisis jr prirent des holocaustes et des victimes pa^ cifiques. Ils n'ont pas lu le livre des ^iombres y où il est rapporté ( ch. ix. ) qu'à la consécration du tabernacle les chefs des trious présentèrent à Moïse trente six bœufs y soixante-douze béliers autant d'agneaux j pour être immolés au Seigneur. Us n'ont lu ni le cbapitre vm du Lévitique , où Moïse conjacrant Aas)n , offre [un sacrifice d'expiation et un holocauste 'y ni le cbapitre ix y où Aaron ayant offert divers sacrifices pour lui-même et pour le peuple , un fea envoyé par le Seigneur y consume en un moment les chairs des victimes posées sur l'autel 5 ni le cha-

Sitre XVI , où le sacrifice du bouc émissaire est oronné , et où il est ajouté qu' Aaron fit ce que Moise avait prescrit,

Non y ib n'ont rien la y du moins avec attention : ces écritures qu'ils critiquent leur sont tout-à-fait étrangères y ou très-superficiellement connues ^ car les avoir étudiées , les connaître , et annoncer hardiment qu'il n'y est parlé d'aucun acte religieux dans le désert y ce serait pTorter la mauvaise foi trop loin.

a44 LETTRES

§. IV. Pourquoi le Pentateuque ne parle ^au* cun acte religieux du peuple dans le désert^ pendant l'espace de trente - huit ans. Conh ment les écrivains sacrés ont pu dire que les Hébreux servirent pendant quarante ans des dieux étrangers.

Nous ne devons pourtant pas diasimuler que , dans l'histoire des éyénemens amyés aiu Israélites durant ces quarante années , il &e trouve un intervalle de trente «-huit ans pendant lequel le Pentateuque ne fait mention ni de sacrifices , ni d'aucun autre acte religieux. Hais pourquoi ? La raison en est simple , vous auriez pu l'apercevoir , si vous eussiez donné un peu plus d'attention k la lecture des saints livres : c'est que le Pentateuque omet absolument le détail de ce qui se passa durant tout cet espace de temps. Prenez-y garde , monsieur j vous verrez que le récit crue Moïse fait de ces événemens se termine vers la un de la seconde année y pour ne recommencer qu'au premier mois de la quarantième.

C'est sans doute dans cet intervalle qu'il faut pla* cer ces longues et fréquentes rechutes dan? l'idolâtrie^ que Moïse, Josué, Amos leur reprochent^ et que nous ne nions pas. Cet abandon tant de fois ré-

S été du culte de Jehovah , ces odieuses apostasies eyenues si communes , jointes à celle de la pre^ mière année où ils avaient adoré le veau d'or , et de la quarantième où ils se joignirent à Béelpht^ gor ^ suffiraient bien pour que nos ]^roi>hètes pas* sent dire oratoirement que ce peuple infidèle avait servi des dieux étrangers pendant quarante ans dans le désert. Ces saints hommes parlaient conformément an génie de leur langue et de leur aièc^^ ils ne vétillaient pas sur les mots / presser aujourd'hui puérilement leurs expressions pour le^ mettre en contradiction avec le législateur , c'est recourir à m^f faible ressource ^ monsieur ; et chicaner 4*4^^

manière peu digne d'un écrivain de votre i-ëputation et de votre savoir.

§. V. Dieux étrangers adorés par les Israéli^ tes dans le désert. S'ils furent tolérés par Moïse, Passage du liyre de Josué , v. 20.

Vos critiques se prévalent d'un passage de Josuë. de conquérant dit aux Hébreux : «L'option vous est donnée ; choisissez ^el parti il vous jplau^a , ou d'adorer les dieux que vous avez servis dans le pays des Âmorrhéens , ou ceux' que vous avez reconnus en Mésopotamie. Il n'en sera pas ainsi ^ répondirent- ils : nous servirons Adonaï. vous avez choisi vous-métatSy répliqua Josué ^ ôtez donc du milieu de vous ies dieux étrangers. » D'où ils concluent que les Juifs avaient donc incontestablement d'autres dieux qu' Adonaï } sous Moïse. Eh ! qui le nie ? L'écriture le dit en cent endroits. Mais de ce qu'ils avaient eu d'autres dieux qu'Âdonaï dans le désert , s'ensuitil qu'ils ne l'y aient jamais adoré y et qu'ils ne l'aient reconnu qu'après en être sortis ?

Ces dieux f dites-vous , furent donc tolérés par Moïse» Remarquons 1.0 que tolérer des désordres ^'on voudrait , mais qu'on ne peut empêcher , ce n'est pas accorder une liberté entière de les commettre. 2.» Quand la plus gi'ande partie de la nation abandonnait le Seigneur pour des dieux étrangers comment Moïse n'aurait-u pas toléré les prévaricateurs ? ils secouaient le joug de l'obéissance en même temps que celui de la religion , et joignaient la ré- Tolte à l'idolâtrie. Il aurait donc fallu des miracles pour les punir. Dieu seul le pouvait : aussi les punit-il> L'éeriture , qui nous apprend que les Juifs pendant les trente-huit années aont l'histoire est omise dans le Pentateuque y adorèrent la milice du ciel Holoch^ etc., nous apprend en même-temps qu'ils périrent tous dans le désert y sous la main de Jehoyah : c'est tout ce que nous en savons , et tout ce

que Tos critiques peuvent en sayoïr : P&rilure fte tait sur le reste. Vous ignorez ce qui s* est passe durant cet intervalle ^ et vous le proposez poar modèle de couduite à vos gouvernemens ! les yoiiàbien éclairés!

$• VI. Passage du Deutéronome : faux sens que

le critique lui donne»

Vous citez encore le passage du Deutéronome , ou il est dit : Quand vous sannf dans la terre de Chanaam , vous ne ferez point comme nous/eà'^ sons aujourd'hui , où chacun fait ce qui semble bon : vous en inférez , avec vos critiques , que Moïse laissait nos pères entièrement libres sur le culte *y et que sous son gouvernement , ils pouvaient adorer à leui* choix tous les dieux qu'ils jugeaient à propos.

Mais quels critiques que ceux qui en «tirent cette conséquence l U suffit ae )eter les yeux sur cet endroit du Deutéronome pour se convaincre que la liberté dont il y est question se bornait à offiôr des ^Crl£r.C; ) Uulut uâuâ un lieu ^ tantôt dans un autre , parce qu'ils n'en avaient point de fixe. Vous ne vous conduirez pas , dit Moïse , à i'égard de votre Dieu comme les nations à l'égard des leurs : vous n'offrirez pas vos sacrifices sur lés hauteurs , à l'ombre des bois , etc. , mais dans le lieu que le Seigneur aura choisi ; vous ne ferez pas alors comme aujourd'hui y où chacun fait ce qui lui semble bon , parce que vous n'êtes point entrés dans l'héritage que le Sel' gneur votre Dieu doit vous donner j mais lorS' que vous serez en possession , vous apporterez vos holocaustes dans le lieu que le Seigneur aura choisi. On pourrait peut-être encore étendre cette liberté à l'inonservalion de quelques autres rités , tels que la circoncision , diverses oblations et purifications , etc. , que les Israélites ne pouvaitnt guère pratiquer régulièrement pendant leur voyage

Mais pour trouvisF dans cepssage que Moïse avait laissa aux Hébreux . une liberté entière d'adorer tous les dieux qu'ils voulaient , il ne fallait rieu moins que l'œil impartial de vos critiques.

§. VH. Si Mo'ise transgressa la loi qu*il at^ait donnée de ne /aire aucun simulacre. Serpent d'airain, Bœujs de Salomon.

Mais voia quelque chose de mieux. « C'est Moïse faii-méme qui semble bientôt transgresser la loi qu'il avait donnée. Il a ddfendu tout simulacre : cependant il érige le serpent d'airain, Salomon fait sculpter douze bœufs ^ etc. »

Vous pouviez ajouter , pour fortifier cette petite objection , que le législateur fit brocher et broder (i) Aes figures de chérubins (2) sur les voiles du taber-

(1) Fit hroclier et broder. Nos p^es avaient appris ces arts en Egypte. Ce trait da Pentateuque s'accorde avec eè que les auteurs profanes nous rapportent , que les Egyjktiens y peuple , selon vous de tout temps méprisât hle, avaient inventé l'art de brocher les e'tofFes » et porté a un Èaut point de perfection celui de les broder , qu'ils tenaient , dit-on , des Babyloniens.

Le savant comte de Caylus , dans les nouveaux mémoires de l'Académie des inscriptions , parle ^e deux figures d'une porcelaine égyptienne égale à celle du Ja« pon I et qui porte toutes les marques de la plus haute antiquité. Nouvelle preuve que ce peuple méprisable n'a - ▼ait point de chimie ni de connaissances chimiques. Aut^

(a } Figures de chérubins , etc. Ces chérubins , si l'on en juge par ceux qu'Ëzéchiel décrit , et par ce qu'en dît M. de Voltaire , étaient des figures composées de plusieurs parties de différens animaux ; c'était une sorte d'hiéroglyphes ou d'arabesques emblématiques, que Spencer • Marsham , etc. , croient imitée d'après les Egyptiens qui en ornaient leurs temples. Chrét,

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nacle et du sanctuaii^e ^ qu'il fit placer 'sur Farclie même des chërubins d'or qui la couvraient de leurs ailes y etc. , il ne transgressa pourtant point h loi qu*il at^aii donnée. Cette loi ne défend pas absdamcnt de faire aucune image , aucun simulacre , mais mais d'en faire pour les adorer. C'est ainsi que nos pères , que Josephe même et surtout le sayant Maimonide (i) l'ont entendue. Or , Moïse ne fit Çoint le sei-pent d'airain , ni les chérubins , pour être adorés. Les soyons Juifx ne leur rendirent ^ de votre aveu : aucun hommage y et lorsque d^n& la suite on commença de rendre quelque culte au serpent d'airain y un pieux roi le fit détruire. La conduite de Moïse ne contredit donc point sa loi , mais le sens qu'il plaît de lui donner.

Telles sont y monsieur y les réflexions que nous ayons faites en parcourant ce que vous dites de la tolérance sous le gouvernement de Moïse. Ce grand homme eut sans doute toute l'indulgence d'un législateur sage et humain y qui ne sévit qu'à regret ^ quand la sévérité devient indispensable et qu'elle peut être utile. Voilà ce que vous pouviez prouver par les récits du Fentateuque y et en quoi la conduite

(i) £e savant Maimonide, « Cette loi , dit-il , ne vont défend pas indistinctement toutes sortes de figures et d'images , celles du soleil , de la lune et des étoiles , ai elles sont en reliefs : pour les figures d'animaux, d'arbres , de plantes , elles ne nous sont pas interdîtes , même en relief >» Voyez son Traité de l'idolâtrie. Ce fut donc dans un excès de zèle que Josephe fit abattre le palais qu'Hérode avait b Tibériade , parce qu'il était dëcor^ de figures d'animaux. La captivité de Babylone et les persécutions d'Antiochus portèrent k un point excessif Taversion des Juifs pour toutes les images et les figures en général. CFwét,

DE QUELQtfK JUIFS. ^^

tendre qu'il laissa aux Hébreux une liberté entière «or ua objet si impoitant aux yeux de tout législa^ teur sage y et pour confirmer ces idées y pour mettre lidiciflement le Pentateuque en contradiction, ayec les prophètes, ajouter que ces écrivains sacrés assurent ^ue nos pères ne reconnurent que des dieux étrangers dans le désert , quHls n*jr firent au' cun acte de religipn y et qu'ils n'adorèrent Jehovah que depuis -y c*est démentir sans yraisemfclance le caractère connu de ce grand homme y et ccmtredire . sans fruit comme sans raison , non-seulement le jPentateuque et nos prophètes , mais toutes nos écritures et toute notre tradition. Il nous semble que ces assertions fausses et inutiles au succès de votre ouvrage y n'auraient pas dû y trouver place y ou qu'elles ne devraient point y rester.

Nous sommes avec respect y etc.

Si M. de yoltaire prouve mieux la pratique d'une tolérance universelle dans le judaïsme par l'histoire des juges. Explication de di" vers passages de l'écriture,

Votrs essayez encore ^ monsieur y d'appuyer vos idées de tolérance sur l'histoire de nos juges. Vous en citez plusieurs faits. Voyons avec quelle exactitude vous les rapportez , et avec quelle justesse vous en faites l'application.

a5o LETTRES

§« I. D'un passage du livre des Juges, où Jepké

parle de Ckantes.

Vous produisez d'abord un passage du livre des jages , cbapitre xi , où Jephté dit aux Ammonitei t « Ce que votre dieu Cbamos vous a donné ne Tiras appartient-il uas de droit ? souffrez donc aussi que nous prenions la terre que notre Bien nous a donnée. » cette déclaration est précise , dkes-vous , elle peot mener bien loin 3 mais au moins elle est une preuve évidente que Dieu tolérait Cbamos 5 caria sainte éciilure ne dit point : Vous pensez avoir droit sur Iti terres que vous dites vous avoir été donqées par le dieu Cbamos 5 elle dit positivement : (c Vous avez droit , tibi jure debentur : ce qui est le vrai sens de ces paroles bébraïques y otho tirasch, n

Dieu tolérait Chamos bors du judaïsme : donc l'intolérance ne fut pas toujours mise en pratique dans le judaïsme. Kous l'avouons y monsieur , il ne nous est pas donné de sentii* toute la justesse de cette conséquence.

Dieu tolérait Chamos y comme il tolérait tous les dieux des idolâtres. A quoi cela revient-il ? et où cela peut-il mener ?

D'autres écrivains^ Tindal y par«xemple^ qui ont cité avant vous ce passage y en concluaient ce que vous voudriez aussi en faire conclure ( Dictionnaire pbil. et Pbil. de l'bistoire * ) , que Jephté recoin naissait Chamos pour un véritable Dieu. Comme si tous les jours on ne raisonnait pas contre quelqu'un d'après ses principes , en les supposant vrais pour un moment , quoiqu'on les croie faux. C'est ce que fait ici Jcpbté^ et certainement cela ne peut pas mener bien loin.

La savante citation des mots bébreux otho

^ La Philosophie de l'histoire porte le titre d*Introd. à l'Eisai sur les mœurs | et fait le tome xvi des (Earres.

DE QUELQUES ;rûIFg. aSi

tiras ch , tïhi jure debentur , peut éblmiir quelques liseuses ^ mais elle ne d^uit point notre réponse.

Quand mi dit à un musulman : « Vous devez obéir à la loi de votre prophète 5 vous ne devez donc pas boifc de vin 5 » regardc-t-on l'obéissance à la loi de Mahomet comme une obligation réelle ^ et l'imposteur comme un prophète ?

§. IL De Michas , et des six cents hommes de

la tribu de Dan.

Mais voici une difficulté qui paraîtrait plus réelle , si vous n'en affaiblissiez vous-^même la Force. C'est l'histoire de Michas et des Danites , rapportée aux dix-septième et dix-huitième chapitres du livre àts Juge».

« La mère Michas , dites-vous , avait perdu onze cents pièces d'argent 5 son fils les lui rendit : elle Toua cet argent au Seigneur et en fit faiie des idoles. Elle bâtit une petite chapelle : un lévite desservit la chapelle , et Michas s'écria : C'est maintenant que le Seigneur me fera du bien , puisque j'ai chez moi un prêtre de la tribu de Lévi. Cependant , six cents hommes de la tribu de Dan j qui cherchaient à s'emparer de quelque village , n'ayaot point de prêu^s lévites avec eux , et en ayant besoin pour ^pe Dieu favorisât leur entreprise , allèrent chez Michas et prirent son éphode , ses idoles et le lévite : alors ils allèrent avec assurance attaquer le village iKMmmé Laïs , et y mirent tout à feu et à sang. Ils donnèrent le nom de Dan à Laïs , en mémoire de leur victoire : ils placèrent l'idole de Michas sur un autel , et , ce qui est bien plus remarquable ; Jonathan , petit-fils de Moïse , fut le grand prêtre de ce temple , oii l'on adorait le Dieu d'Israël et l'idole de Michas. »

Michas eut des idoles ; soit : mais dans quel temp ? Dans un temps ^ dit le livre à^s Juges ^ oà

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il n'x avait point de chef en Israël , et aâ chacun faisait ce qui lui semblait bon. C'est une remarque que l'ëcriture fail jusqu'à trois fois dans ce chapitre : elle n'aurait pas au vous échapper. Seraitil étonnant que , dans ce temps d'anarchie y un particulier eût commis impunément quelque désordre ? et qu'en pourriez-vous conclure ? Est-ce sur ce qui se passe aans un temps de trouble que doivent se régler des gouyernemens sages ?

Vous direz peut-être que les Danité^ perséyérèrent plus long-temps dans ce culte. Nous en convenons i mais que sayez-yous si ce culte fîit assez public pour avoir été connu dans Israël \ Du moins , il s'en Êiat bien qu'il ait eu tout l'éclat et la célébrité que vous lui supposez. Vous donnez aux Danites un temple , un grand-' prêtre 5 mais ce temple , c'est votre imagination qui Va. bâti y comme c'est à votre imagination qu'est dû le titre de grand-prétre dont vous décorez Jonathan • Ces exagérations ne nous surprennent point : il est de la même impartialité de mettre un grand-prétre et un temple dans un village , et de traiter de grange , de village le temple de Jérusalem.

Il se peut que le prêtre de Dan ait été petit-^fils de Moise. Les hommes les plus religieux ( on ne le voit que trop ) n'ont pas toujours des descendans qui leur ressemblent. Cependant ^ monsieur^ si la Yulgate fait Jonathan petit-iils du législateur , la Paraphrase chaldaïque j les septante ^ le texte bébren, etc. j lui donnent Gerson pour père ^ et Manasse pour aïeul : ainsi ce que vous regardez comme trèsremarquable pourrait bien être très-faux ^ au moins est-il fort douteux.

Quoi qu'il en soit ^ si Laïs (i) ^ si Dan était un village y ne pouvait -il pas se faire qu'on ignorât

(1) Si Laïs , etc. C'était une ville habitée parles Sido- Qiens ; elle était sitnée au pied du mont Liban , près des sources du Jourdain. Aut,

en Israël ce qui se passait d(ins un village k PeX"* trémité du pays /

Allons plus loin. Est-il bien sÂr crue Michas et les Danites aient adoré les idoles ? D habiles critiques le nient ^ et tout récemment un savant anglais vient d'entreqprendre de les justifier. Il le fait d'une manière y ce semble y très-plausible (i) : si ces raisons ne sont point démonstratives ^ il en re'sulté au moins

{i) Très-plausible» Il prëtend que la mère de Michaa % habitant loin de Siloh , où résidait alors le tabernacle , et ■e voyant privée par-là de la consolation d'y aller sonvent adorer le Seigneur , voulut remëdier à cet inconvénient ; que ce fut dans cette idée qu'elle consacra Tarant que son fils lui avait rendu , à bâtir pour aa famille et pour le voisinage , une chapelle on maison de prière : ^'il y avait de ces lieux de prières ( proseuchœ ) répandaa dans le pays dés les premiers temps de la république jaive ; que les mots du texte , que la Vulgate traduit par tcitiptilia et conflatilia , et même ces expressions latines ne BÎgnifient pas seulement et exclusivement des idoles , Biais toutes sortes d'ouvrages sculptés et jetés en fonte , tels que pouvaient être un autel portatif, des chandeliers ït antres ustensiles dont on se servait dans cette cha- ^ile I k l'imitation de ce qui se pratiquait dans le taïemacie ; qu'encore que cet oratoire soit appelé dans laeiques versions maison des dieux i on peut rendre » :t que quelques interprètes ont rendu le texte par maison le Dieu t que les elohim (les dieux ) que Michas avait -ait faire , et qu'il redemandait à grands cris , pouvaient >ien n'être que les ustensiles employés au culte , ce que 'auteur prouve par divers passages de l'écriture, etc. lônsi la faute de Michas n'aurait pas été d'avoir en des dolea » mais d'avoir imité dans son oratoire le culte •enda k Dieu dans son tabernacle ; de s'être cm par-là Uspensé , et d'avoir détourné ses voisins d'aller l'adorer i Siloh. En effet , il n'est pas aisé de concevoir comnent la mère de Michas aurait pu consacrer au Seigneur lea onze cents pièces d'argent ponr en faire des idoles ,,

a54 . LETTRES

que l'idolAtrie de Michas et des DaniHes n'est pas ansai

incontestable que vous la supposez.

Mais n'adoptons pas cette conjecture , quoique in- ^nieuse, quoique appuyée de l'autorité du savant Grotius ; avouons , avec la plupart des commentateurs que les Danites y contre la défense expresse de la loi y adoraient le Seigneur sous la figure de l'idole enlevée à Michas. Pour autoriser la tolérance autant que vous le prétendez faire par l'exemple de ce culte , u faudrait toujours avant tout en fixer l'époque et la durée. Or , c'est sur quoi vous n'avez^ m ne pouvez avoir aucune certitude. Si quelques critiques en font remonter l'origine à la mort de Josué et des ancieas qui lui servaient de conseil , d'autres soutiennent ^ et ^ à ce qu'il nous semble , avec quelque fondement^ qu'il ne commença qu'après la mort de Samson , et qu'il finit au temps où l'arche fut prise ^ et les Danites dépossédés de leurs conquêtes par les Philistins victorieux. De ces deux opmions , l'une est au moins incertaine : dans l'autre ^ qui nous parait assez probable , ce culte n'aurait été toléré que. durant un temps d'anarchie , et sous un gouvernement faible et malheureux. v

Ifous croyons ^ monsieur , qu'un exemple d'idolâtrie si incertain y pris dans des temps si fâcheux y^ ou d'une époque si peu assurée y ne prouve pa< beaucoup^ s'il prouve quelque chose (i).

et comment Michas et les Danites »e aeroicnt ftatte'ii comme ila le faisaient , d'une protection spe'ciaie du Selgoenr i parce qu*ils avaient avec eux des idoles, Aut.

{i) S* il prouve quelque chose» Cette prenve serait d'an* tant plus faible , que , contre l'institution de Moïse , lei Hébreux , après Josué , ne'gligèrent long temps de » donner des chefs qui eussent • comme lui , une autorité générale sur tout Israël; que la plupart des juges qui loi snccëdèrent ne furent reconnus que ps^r leur tribu parti' cnlière \ et qu'aucun d'eux peut-être , jusqu'à Samuel i n'eut le pouvoir nécessaire pour faire régner partout la

DE QUELQUES JUIFS. a55

§. m. Culte de Baah-Beriih,

Si quelques sayans ont douté que Miohas et les D|tnites aient adoré des idoles ^ personne iie conteçte que nos pères n'aient rendu un culte idolatiîque à Baal-Berîtli (i) ; mais vos idées sur ce culte ne paraissent pas fort exactes.

« Les Hébreux y dites-vous y après la mort de Gédéon f adorèrent Baal-Berith pendant près de viilgt Ans y et ils renoncèrent au culte d' Adonaï sans qu'aur cou chef y aucun juge y aucun pétre criât vengeance. Leur crime était grand y je 1 avoue ) mais si cette idolâtrie fut tolérée , combien plus les différences dans le vrai culte ont-elles dû l'être I »

Mais d'où savez-vous ; monsieur , que les Hébreux adorèrent Baal-Berilb pendant près de yingt ans ? L'écriture , en parlant de ce culte , n'en fixe point la dorée. Qui vous a dit que cette idolâtrie , qui commença après la mort de Gédéon , ne finit point à la judicature dé Thola ? I^ous croyons avoir lieu de le conclure de ce que dit l'écrivain sacré , que Dieu , touché sans doute du repentir de son peuple^ lui suscita un libérateur dans la personne de ce juge. Ayez-vous quelque preuve du contraire?

Il est flicheux que l'écriture ne marque point que quelque prêtre ait crié vengeance. C'eût été pour certains écrivains une belle occasion de déclamer contre les prêtres !

Mais dctriez-vous vous étonner qu'aucun chef, aucun juge ne se soit récrié contre ces désor^

▼raie religion. 11 ne serait donc pas étonnant que , dan« un temps où i'antorité du goaTcrnement était si fiiibie , et où les Chananéena étaient encore les maîtres d'anV ^«rtie da paya t Un culte idolàtrique se fut maintenu impunéafient chez quelques Danitea établis sur les frontières. Voyez Chaîa > sur le livre des Juges. Edii. (i) A Baal Berith, Voyez Juges, viii , 33. Aut.

a56 LETtRES

dres y etc. ? Eh ! monsieur , <{iiel juge le pouvait * faire dans on temps où il n'y ayait point de juges 7 Car f apparemment tous ne comptez pas Abimelecli au nombre des juges , et ce n'était pas d'un tel monstre qu'on deyait attendre <juelque zèle de religion oo quelque amour de l'ordre.

Si cette idolâtrie fut tolérée , etc. Est^il âon* nant qu'elle l'ait été dans un temps de confusion i de tyrannie / Quoi ! monsieur , c'est un tyran td qu'Abimelech y c'est ce qui se passa sous le gouyer* nement odieux et mal assuré de cet usurpateur , qoe yous proposez pour modèle à yos souyerains i Eo yérité y yous choisissez bien yos exemples !

§. IV. Des Beihsandtes frappés de mort au re» tour de l'arche. Réflexions du critique sur ce sujet.

Si l'on yous en croit ; monsieur , quelques-uns donnent pour preuye d'intolérance la séyérité dont \» Seigneur usa à l'égard des Bethsamites (i) , et ^ il faut en couyenir y yous réfutez yictorieusement cette idée. Il n'y a qu'une chose à dire, c'est que cette .idée n'est jamais yenue à personne.

Non y personne n'a raisonné si mal ) c'est une supposition toute gratuite de yotre part. Vous ne Fignoriez pas ; mais yous youliez amener ce trait de notre histoire y et yous ne trouyiez pas d'autre moyen de le faire. Le tour n'est pas heureux : yoyons du moins d les réflexions sont )ustes.

« Le Seigneur , dites - yous y fit périr cinquante mille soixante-dix hommes de son peuple y uniquement parce qu'ils ayaient regardé son arche y qu'ils ne deyàient pas regarder 5 tant y ajoutez-yoos y les lois y les mœurs de ce temps y l'économie judaïque, diffèrent de tout ce que nous connaissons ! tant ks

(1) Des Beihsamitts. Voyex Rois j Uttv I , chapitre Ti , y. 19. Aut.

DE QUELQUES JUIFS. ^ tiSn

voies inscrutables de Dieu sont au-dessus des nôtres ! La rigueur exercée , dit le judicieux dom Calmet y contre ce grand nombre d'hommes , ne paraîtra excessive qu'à ceux qui n'ont pas compris jusqu'à quel point Dieu voulait être craint et respecté parmi son peuple , et qui ne jugent des vues et des desseins de Dieu qu'en suivant les faibles lumières de leur raison • « Telles sont , monsieur , les reflexions très-étrangères à votre sujet , que vous avez cru devoir insérer dans votre traité : tant vous craignez apparemment de ne les pas communiquer assez tôt au public !

Quoique la réponse du savant religieux ne nous paraisse pas , à beaucoup près j telle que vous voudriez le persuader ( i ) ^ nous lui en préférons une autre ;

{\) Le persuader. Quand le nombre de cea téméraires y {mois de mort , aurait été ausii considérable que le suppose ici dom Calmet ; vjuand il serait certain , ce qui me l'Mt assurément pas , qu'il faudrait s'en tenir à l'opinion commune des interprètes , y aurait-il donc là de quoi tant révolter la raison ?

Qoe les gouvememens humains sacrifient an maintien dea lois et à la gloire de l'état des milliers d'hommes , on vante leur sagesse ; et l'on ne concevrait pas que Dien elkt immolé cinquante mille coupables pour venger è^b lois enfreintes et sa majesté outragée ! « Maître absolu de notre vie , Dieu , dit un écrivain célèbre ( Grotins ) , peut , sans aucun sujet, et en tout temps, ôter k «hacnn I toutes fois et quantes que bon lui semble , ce pré- •ent de sa libéralité. •» Ne nous étonnons point qu'il l'ôte à des sacrilèges qui , selon la loi , méritaient de la tperdre. Quelque rigoureux que ce châtiment puisse paraître , serait-il comparable à ces fléaux terribles que aa main vengeresse répand de temps en temps sur la terre pour punir les peuples ?

^ Prenons -y garde : l'amour -propre ^n'est point un juge impartial : un retour secret sur nous-mêmes nou^ met à la place des coupables ; et parce que noua nous croyons quelque chose , {nous ne craignons pas d'accuser

îi58 LETTRES

plut faite pour un homme yersé Gomme tous daû k tangue hébraïque ^ et qui peut consulter les manus* cnts et yërifier les textes : rest qu'il n'est rien muini que certain qu'il y aiteu cinquante mille soixante' dix hommes frappa de mort en cette rencontie.

En effet , est-il nien probable que cinquante m3te 8oixante*dix hommes aieot été regarder dansi'arche? et conçdit-ou aisément que tant de personnes se soient permis une curiosité si punissable 7

Aussi les auteurs des versions arabes et syriaques paraissent-ils n'avoir lu dans leurs manuscrits crae cinq mille hommes du peuple* Josephe va plus loin. Ce prêtre histonen y qui sans doute avait des manuscrits exacts y ne compte que soixante et dix personnes punies de mort ^ et le savant Kennicott vient d'apprendre au public qu'il n'en a pas trouvé davantage dans deux manuscnts anciens qu'il a collationnés.

Ces variations dans les nombres portent d^à naturellement à soupçonner quelque altération dans ce texte. Le soupçon se confirme quand on considère que le texte hébreu y tel qu'il est dans les bibles impiimées et dans la plupart des manuscrits y étant pris k la rigueur de la lettre y signifierait que Dieu frappa soixante et dix hommes cinquante mille kom" mes y ce qui ne fait aucun sens.

Enfin l'aitération faite dans ce passage y supposé qu'il y en ait une y ne serait pas du nombre die cei méprises qui n'échappent que difficilement k des copistes habiles : il ne s'agirait que d'une particule; d'une seule lettre omise (i).

Dieu d'injustipe. O homme ! vapeur légère , qui pariia aujourd'hui pour diaparaltre demaia , eatimec-tu ta vie un objet ai important aux yeux de TËterael , et oublies* ta juaqu'à ce point ton néant et aa grandeur ! Chrét,

(i) Une seule lettre omise, L'/n dea Hébreux. C'est une particule qui répond tiVâf on è , ex , de , des Latins. On ia joint aux noina , ainsi que pluaieura aatrea parti-

DE QUELQUES JUIFS. aSg

Mais j que dis-je ? il n'est pas nëcessaii'e d'admet'* tre ici une altération dans le texte. Qu'on suppose seulement 9 avec les sayans Bochart, Le Clerc y etc. , cette particule sous entendue ( ce que permet le gé-* nie de la langue hébraïque y et ce que font tous les interprètes dans un grand nombre d'autres passages ) ; on pourra traduire d'une manière très-simple|et trèsnaturcUe : Dieu frappa soixante et dix hommes de ou Sun cin<juante mille hommes^ traduction cpii Ifis réduit au même nombre que Josephe et les oeux manuscrits du docteur Kennicott. Il n'est donc pas certain qu'il ait péri cinquante mille soixante et dix hommes dans cette occasion : ce n'est , très-traisemblablement que dans un texte altéré y ou plutôt mal entendu et mal traduit , qu'on en trouve un si grand nombre.

En yain'^ après avoir porté le nombre de cim Beibsamites très-probablement beaucoup au-delà du vrai y TOUS dites y pour atténuer leur taute y que Dieu tes fii périr uniquement parce qu-ils avaient regardé son arche qu'ils ne devaient pas regar-» det : on ne peut douter qu'ils n'aient été très-coupables. Us ne pouvaient ignorer que y par une loi expresse y il était défendu y même aux lévites , sous p^e de mort , de toucher à l'arche , et de la regarder à découvert. Cependant ; au mépris de ces oéfenses y les Bethsamites osent s'en approcher y y arrêter des regards téméraires 5 et ^ selon le texte hébreu , la découvrir et regarder dedans (i). Quelle difficulté peut-il y avoir à crpîre que Dieu ait puni cette désobéissance publique et volontaire y cette curiosité soupçonneuse et sacrilège y par la mort

cotes hébraïques. M. de Voltaire , qui , dit-on , sait Thëbreu I et qui le cite comme si c'était sa langue naturelle , sentira mieux que personne la vérité de cette réflexion. Edit,

\\) Regarder dedans. C'est le sens du texte , et c'est ainsi que plusieurs satané interprètes l'entendent. Aut^

36a LETTRES

fesseat un culte différent de celui de VéM l Salo-

mon idolâtre y mais Salomen roi , et roi malhenreiix,

n'était donc pas un exemple à citer arec tant de

confiance.

Jéroboam et Roboam (i) éirgèreni des îioles. Oui , monsieur , et plusieurs de nos rois imitèrent leur impiété. Mais ^ dans ces grandes défections où les rois , et les peuples entraînés par l'exemple de leurs rois y abandonnaient le culte de leurs pèiei pour adorer des dieux étrangers ^ le petit nombre des Israélites fidèles pouvait-il ne pas tolérer la foule des prévaricateurs \ Qui doute que les religions opprimées doivent tolérer la dominante!

§. IL Du grand-'prétre Urîas.

XJrias , dites-vous , érige un autel du roi de Syrie, Qu'appelezi^vous , monsieur j un auti^ du roi de Sj-rie ? Qu'entendez-vous par là ? Votre style y toujours intelligible et clair y est ici assez obscur.

Pressé par Téglat«*Fhalazar y devenu y de son allié, son vainqueur et son maître y Acbaz veut l'apaiser

Î)ar ses présens. Faute d'auti'e ressource , il prend e parti de consacrer à cet objet tout l'airam du magnifique autel des holocaustes , construit par Salo» mon y et d'en faire ériger un plus simple y dans le goût de celui de Damas , où u était allé au-devaat au monarque assyrien» Il en envoie le modèle su grand-prêtre Urias , avec ordre de substituer ce nouvel autel à l'ancien y qu'il se réservait pour en | vendre le métal (ci). Urias obéit : c'est-là ce que vous ■ appelez ériger un autel du roi de Sjrrie ? Soit j < nous ne disputerons pas sur les termes*

(f ) Jéroboam et Robomm, Rois , m , chapitre Xll> XIV , etc.

(i) Pour en vendre le métal , etc. Voyez Rois i ifi chap« XVI. Aut..

DE QUELQUES JUIFS. . a63

Mais j monsieur , cet acte d'obéissance est->il un aele d'idolâtrie ? Depuis quand estK;e une impiété ^ dans un prêtre y de saciiner les ustensiles précieux d'un culte aux besoins pressans du prince et de la patrie ? £t qu'est«ce que tout cela prouve en faveur cte la tolérance ?

Il est vrai que dans la suite Acbaz , après avoir ]ong«-temps mêlé les pratiques des idolâtres au culte du Seigneur^ l'abandonna entièrement , et se livra à l'idolâtne avec une grande partie de son peiij^e. Puisque vous n'^n dites rien , vous n'avez pas cru , sans doute , que ce fût une preuve k alléguer : vous avez raison ^ l'idolâtrie de ce prince ne prouverait pas plus qu^ celle de Koboam y Jéroboam , etc.

Au reste y monsieur , Dieu , qui dans la théocratie judaïque y s'était réservé la vengeance de ces grandes aipostasies y punit promptement et sévèrement celle dIrAcbaz et de ses sujets, (i)

§. III. Conduite d^Aza et autres rois. S'ils Ju-^ rentiolérans. Maladresse du savant écrivain.

Le saint roi Aza , dites-vous encore y ne dé-» trait point les hauts lieux. i.« Le culte des hauts

i, J)ri point sens que vous l'entendez.

2i.<> Quoiqu'il en soit y Aza y après avoir fait tant de choses pour rétablir le vrai ctute dans ses états y

Î mouvait craindre d'aigrir les esprits en allant plus Gin 'y il crut devoir céder à la nécessité y et nous ne

« (i) D'Achat. et de sujets, m Nos pèrei ont péché , dit

)» le pieux Ezéchias à son /LU , et la colère de l'Ëterael

» a éclaté contre eux ; ils ont été livrés à la mort et à

» l'opprobre ; ils ont përi par le glaive, et nos femmes

» et nos enfans ont été emmenés en captivité , etc. »

( Parai, ii , cKap. xxix , v. 6. } jiut,

î64 LETTRES

pensons pas que votre dessein soit d'apprendre k tos souverains qu'il faut souffrir ce qu'on ne peut empêcher. Personne ne l'ignore.

3.* Notre histoire représente ce saint roi ôtiuU de ses états toutes les abominations ^ punissant l'idolâtrie jusque dans sa mère ^ jurant avec tout son peuple de mettre à mort quiconque d^entre eux ne chercherait pas de tout son cœur le Dieu de leurs pères (i) ; et vous le mettez au nombre des rois lolérans !

Quand on voit ce religieux monarque ^ et ^ à son. exemple ^ Josaphat ^ Ezëchias , Manassès ^ Josias, etc. bnser les idoles , renverser leurs temples , chasser du pays leurs adorateurs et leurs prêtres , comment se persuader qu'd n'y ait eu sous nos rois awcune contrainte sur la religion î

Y pensiez-vous donc , monsieur , quand vous proposiez le saint roi Aza pour modèle de tolëranof à vos gouvernemens ? S'ils l'imitaient , sectaires ^ dâstes; philosophes y Juifs ^ etc. , nous crierions tons à la peraecution. Avocat imprudent ^ vous trahissez la cause que vous croyez détendre.

Il ne vous manquerait plus que de citer Jézabel égorgeant les prophètes du Seigneur ; Jéhu massacrant en un seul jour tous les prêtres de Baal , Manassès f avant son retour au Seigneur , inondant Jérusalem du sang des fidèles qui refusaient d'adorer ses idoles , etc. Ce seraient d'admirables mod^es de tolérance y et d'excellentes preuves qu'il n'y eut sous nos rois aucune contrainte sur la religion

Nous sommes avec respect y etc.

(i) Le Di€u de leurs pères. Voyez Paralip. ii, chip* XT Aut.

LETTRE Vn.

DE QUELQUES JUIFS. a65

LETTRE VIL

Preuves d'une tolérance unherselle dans le judaïsme » tirées des prophètes.

V ovs ne réussissez pas mieux j monsieur y à prouver la pratique d'une tolérance universelle par la conduite et les écrits de nos prophète^.

§. I. Sévérité d^Elie et d^Elisée.

Vous commencez par citer deux traits de iéyénié ; Pan dTElie , l'autre d'Elisée. Ce n'est pas une preuve en faveur de la tolérance , vous en convenez j c'est une objection <me vous feignez de résoudre ^ pour avoir occasion de censurer la conduite de ces deux prophètes (i).

« Elie y dites-vous , fit descendre le feu céleste

Sour consumer les prêtres de Baal. Elisée fit venir es om*s pour dévorer quarante-deux petits enfans qui Pavaient appelé tête chauve. Mais ces exemples sont

(l) Censurer là conduite de ces deux prophètes. Ces deux ûiitt ont ét^ cités par Tindal , de mêfne qne eenx de, -Jof né y de Michas , des Bethaamites , et presque tous eenx dont il a été et dont il sera question dans cette Lettre, de M de Voltaire ne fait que répéter ce qu'avait dit avant lui le déiste anglais. Loin qu'il ait, dans toutes ces petites critiques , la gloire de l'invention , il n'a pas même celle d'en faire une application heureuse. S'est-

flatté qu'on ne lirait jamais Tir.dal , ou qu'on ignorerait tonjours iea savantes réponses qu'on lui a faites ? Qnçl rôle pour Iea oracles de la philosophie , pour ces génies •npérîeurs qui se croient destinés k éclairer l'univers , de 06 faire ainsi à tous propos les faibles copistes d'un faible i

ic rirais ! Auù ■ ^ jj

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