Tome l. M
i66 LETTRES
rares ^ et ce sont des faits qu'il serait on peu dur de
Touloir imiter, d
Ne cramez poiat , monsieur y qu'on les imite j les bommes qui d'un mot font sortir les ours des forêts y et descendre le feu du ciel , ^ont toujoins rares sur la terre -, et quand il s'en trouvera quel- «ques-uns revêtus de ce pouvoir^ on pourra croire qu'ils n'agiront que par de justes motifs.
Remarquons en passant que ce ne fut point pour consumer les prêtres de Baal qu'Etie ût descendre le feu du ciel , mais pour punir les satellites
ministère. Ce sont deux faits différens ^ qu'un bomme yersë comme vous dans notre histoire n aurait pas dâ confondre* Vous ayez mal lu^ monsieur, le troisième livre des Rois ^ que vous citez. Mais la nature de l'homme est si faible y et Von a tant éCaffaires dans la vie*.* que ces petites méprises ne aoiyent point ëtonner.
§• YL^Si Elisée permit à Naaman d^ adorer les
idoles,
ik Mais y ajoutez-vous y lorsque Naaman l'idolâtre, demanda à Elisée s'il lui ëtait permis de suivre son roi dans le temple de Remmon y et d'y adorer avec lui , ce même Elisée y qui avoit fait dévorer les enfans par les ours (i)^ ne lui répondit^il pas : Allez en paix l »
(i) Déi^orer les enfans par les ours» A ce qu'on a. dit plus haut sur cet ëvënement , nous ajouteront nne obaer- ▼ation do docte Léland : c'est que ces enfant étaient de Bëthel t siëge principal de l'idolâtrie qui régnait alon dans Israël. Eat-il inconcevable qu'un événement qui pouvait arriver naturellement, ait été ménagé par la Providence pour venger son prophète outragé dana le tempi
Naaman V idolâtre I Naaman , guCri par Elisée , avait embrassé le culte du Dïeu d'Israël; il n'était donc plus idolâtre, La question même qu'il fait au prophète en est la preuve 3 c'est une sorte de cas de conscience qu'il lui propose. Il venait de dédaref qa'tZ n* offrirait plus d* holocaustes ni de yictime$ aux dieux étrangers , et qiCil fC adorerait que le Seigneur, Résolu de tenir cet engagement , il veut savoir d'Elisée y non s'il peut adorer l'idole' de
qa*il commençait sa mifiion , et pour punir les pirei idoUtrea dana leurs enfana idolàtrea et impie» comma eux ?
II ne faat paa a'îmaginer que ces petits enfana lussent des enfana qui n'ayaient paa encor atteinte l'âge de raison. Lea meta du texte n*ont paa nécessairement cette aignificatîoa. Aussi sont-iia appliqués a la jeune laraéiite emmenée prisonnière de guerre à Daroaa , et qui conseilla k Naaman de a'adreaaer au prophète Elisée. ( Roia « iiv. IV. ) lia aont appliqués h Salomon , aprèa son élévation au trône et son mariage avec la fille de Pharaon ( Roia I Ht. m } , et même à Benjamin , déjà père de pluaienrs enfana. ( Gen. xliv. } Eco puer pàruulus ^ aràochi naarkaton , disait Salomon dans sa prière. Voyez lea deux antrea paaaages que nous venons de [citer. On peut donc et on devrait traduire des jeunes gens ,. et: non des petits enfans , ces derniers mots n'ayant paa dana la langue française la même étendue que. lea mota hébreux nmarim katonim,
Tindal faisait encore une autre objection contra ce fait : noua sommes surpris que M. de Voltaire l'ait négligée ; elle était aussi digne que plusieurs antrea de trouver place dans aea deux chapitrea. Tindal donc disait qn'jl est impossible que deux ours mangent quarante* denx enfins. Mais on répondait a Tindal que le terf&c hébren aignîfie déc7iirer, mettre en pièces ; aussi bien que dévorer. Nous avons cru devoir rapporter cette objection dn déiate anglais , parce qu'elle jieat servir il fiiirej«ge)f da caractère de l'écrivain. Edit.
Eemmon y ( c*e6t i\é dëmentir dans l'instant la pi)-
testation qu'il venait de faife ) , mais s'^il peut con-
ner même , s il ëtait nécessaire jpour le service dn prince. Voilà tout ce qu'il demande , et tout ce qa'&lisée lui permet.
Les termes d'y adorer avec luifs^ les<^aeb vobs rendez le texte ^ sont une petite adresse qui ne peut en imposer qu'à ceux qui n'entendent ni le mot hé* breu y ni le latin qui y repond. Ces termes ne signifient pas nécessairement adorer y dans le sens que les Français attachent d'ordinaire à cette expression : ik peuvent signifier aussi se baisser y ^incliner , etc.
De bonne foi y si nous ne trouvons pas que cette permission y demandée par l'étranger iHaaqian y soit une preuve fort convaincante (i) que la tolérance fat toujours mise en pratique dans le judaïsine y est-ce notre faute ?
§• 111. Rois idolâtres appelés par les prophètes les serviteurs de Dieu.
Est-ce notre faute encore si nous n'apercevons pas le plus léger rapport entre la question que vous traitez 6t ce que vous dites ici î
tf Isabuchodonosor est appelé dans Jérémie le ser-
(i) Preuve fort eonvaiaaiiUe* Elle le eerail encore moins eo admettant Texplicatipa qae le M^ant Bocbrt 'doane de ce passage. Ce n'est pas, seioalui, one permission que Naaman demande pour l'avenir , c'est onliaoïble avea du pasaé « l'expression de soo vif repentir ; et la réponse da prophète y aUez en paix , n'a d'antre bqt qoe de rassurer une conscience alarmée. Bochart prétend que le texte original est susceptible de ce sens , et noqs le croyons comme lui. M. de Voltaire aime-fc- il mieux cct^e explication / JEdit,
viteur de Dieu. Le Kir ou Koresch ^ ou Kosroé» ,
2ue nous appelons Gyrus^ n^est pas moins fayoris^. ^ieu p dans Isaïe y l'appelle son cbrist y son oint , quoiqu'il ne fût pas oint , selon Ja signification corn-* mune de ce mot y et qu'il suivit la relmion de Zoroastre : il l^appelle son pasteur , quoiqu'il fût usnrpatetnr aux yeux des hommes. Il n'y a pas dans toute la sainte écriture une plus grande marque dé prédi* lection. »
Que. d'érudition en pure perte ! Le Kir , Ko^ resch ou Kosroès , etCé : poudre jetée aux yeux des ignorans.
Dieu V appelle son oint , quoiqu'il ne fui pas oint y selon la signification commune de ce mot. Qu'y a-t-il ik d^étonnant ? Ne peut^on prendre les mots que dans leur signification commune ? La belle réflexion 1
Quoiqu*il suivit la religion de Zoromstre \ etc. Vous êtes surpris que cette religion n'ait pas mis un obstacle aux faveurs de Dieu ; et vous dites ailleurs^ que ces sectateurs n'adoraient que VEtre-Supré'me y et qu'ils lui rendaient un culte pur !
Il l'appelle son pasteur , quoiqu'il ^t usurpateur aux jr eux des hommes y etc. Quoique usur^ paieur aux jeux des hommes , Cyrus n'en ex^ cutait pas moins les conseils de Dieu sm* son peuple. Voilà pourquoi il l'appelle son pasteur*
Mais laissons ces observations -y venons aU fait. Nos prophètes appellent Nabuchodonosor serviteur de Dieu y et Cyrus son oint , son christ , son paS" teur. Oui , monsieur , et c'est ce qui prouve que le Dieu qu'adoraient nos pères n'était pas, comme l'ont prétendu quelques libres penseurs , un Dieu particulier , une divinité locale (i) , mais le Dieu oe l'u-
(0 Une divinité locale. C'est aioai que M. de VolUîre représente , en plus d'un endroit , le Dîêu des Jnifa. AuU
• f^ojr. Introdact. k l'Etfai sur les mœnrs , art. Babyloniens devenus Persans , p. 5o et saîtantesi tome xvl des (Euvres. -^ 3
nirers, dont ta proyidence conduit tous les ëv^ne^ mens , et s*e'tend sur tous les empires. Les rois y les conquërans sont à sts ordres y et n'exécutent que ses ' volonté. Ils sont dans sa main des instmmens de miséricorde ou de vengeance. C'est donc à juste titre que nos prophètes les appellent ses serviteurs et ses ministres. Mais de ce que les rois et les conquérans idolâtres sont en ce sens les serviteurs de Dieu , s'ensuit-il que la tolérance était pratiquée dans le judaïsme I La justesse de cette conséquence n'est assurément pas évidente ; c'est tout ce que nous nous permettons d'en dire.
§. ly. Passage de MalacMe.
« On voit dans Malachie , dites-vous y que , àak^ vaut au couchant ^ le nom du Sei{pieur est grand parmi les nations ^ et qu'on lui offre partout des oblations pures. »
Mais le culte idolatrique étant répandu chez près* que tous les peuples du monde ^ du temps de M&laâiie , le prophète n'a ni pu ui voulu dire qu'alors on offrait partout des oblations pures au Seigneur» Ce texte n'est donc qu'une prédiction de ce qui doit arriver au jour où tous les peuples retourneront au vrai Dieu. Aussi le savant Kimcni traduit ce passage par le futur : On m'offrira , dit-il , en tout lieu des parfums et des oblations pures quand je Vor»
donnerai. Or y quel rapport cette prédiction a-t-elle avec vos questions sur la tolérance)
§. V. Des Niniyites , de Melchisedech , de
Balaam y etc.
De Malachie vous passez brusquement aux Ninivites et à Melchisedech^ etc.
« Dieu f dites-vous , prend soin des I^inivites idolâtres 5 il les menace , il leur pardonne. Melchisedech , qui n'était pas Juif y était sacrificateur de
DE QUELQUES JUIFS. a^i
Dîen ; Balaam idolâtre était prophète. L'ëcriturc nous apprend donc que non-seulement Pieu tolérait tous les autres peuples , mais qu'il en prend un soin paternel f et nous osons être intolérans ! »
Que youlez-TOus dire , monsieur ^ et à quoi tout cela revient-il ? L'exemple de Melchisedech , qiû , san5 être Juif y e'tait adorateur et sacrificateur du yrai Dieu y prouve-t-il que Dieu tolérait les idolâtres , ou que l'intolérance ne fut pas toujours mise en pratiqua oans le Judaïsme ?
Mais il prend soin des Ninivites idolâtres^ Cest qu'il est le Dieu de tous les peuples. // leur pardonne. C'est qu'ils font pénitence. Mais ^ encore un coup y qu'est-ce que tout cela prouve en faveur de la question que vous traitez ?
Balaam idoldire. En étes-vous bien stuc ? Ignorez-vous que c'est une question très-indécise ? Voua la tranchez fort légèrement.
Balaam idolâtre était prophète. Ceux qui croient que Balaam était idolâtre , ne le regardent pas comme un prophète ^ mais comme un magicien ^ un imposteur ^ et ceux qui le croienc prophète , ne le regardent point comme idolâtre , mais comme avar^ et corrompu.
Quoi qu'il en soit , Balaam ne tarde pas de porter la peine due à ses crimes : une mort malheureuse en f^-st le prix. C'est ainsi que Dieu le tolère.
Dieu tolère les idolâtres : et nous osons être intolérans \ Admirable manière de raisonner ! Mais Dieu tolère les scélérats ^ en conclurez-yous que les gouvernemens humains doivent les tolérer î
§. VI. Passages d'Ezéchiel.
Vous donnez enfin , monsieur , comme une forte
Sreuve de tolérance dans le judaïsme^ ^ que le livre !£lzécliiel ^ qui , selon vous , annonce aux Juifs tout le contraire de ce que Moïse avait an'-
nonce , ait été inséré dans le canon des auieurs
inspirés de Dieu.
a Moïse y dites-vous ^ déclare plusieurs fob aux Juifs que Dieu punit les pères dans les enËsios , jusqu'à la quatrième génération. Cependant malgré cette déclaration expresse de Dieu y Ézéchiel leur dit que ie fils ne portera point l'iniquité de son père : il ya même jusqu'à faire dire Ix Dieu qu'il leur avait donné des préceptes qui n'étaient pasnons. Son livre n'en fut pas moins reçu y malgré sa contradiction formelle a!vec Moïse, d %
Pour que cette preuve f&t solide y monsieur y il faudrait que la contradiction prétendue fût réelle y et que les anciens Juifs Feusseut reconnue. Oi: ^ ai l'un ni l'autre.
Moïse dit que les pères coupables seront punis jusqu'à la quatrième génération dans leurs enlans coupables comme eux. Ezéchiel assure que les en&ns innocens ne seront point punis pour leurs pères coupables. Y a-t^il là quelque contradiction \
Les Juifs y captifs à Babylone y prétendaient qu% n'étaient punis qi^e pour les crimes de leurs pères : Les pères y disaient - ils , ont mangé le raisin avant qu'il fût mûr y et les enfans en ont les dents agacées. C'est pour leur fermer la bouche qu'Ezéchiel les assure , de la manière le plus positive y et dans les termes les plus forts y que s'ils cessent de suivre les exemples oe leurs pères y et d'imiter leurs crimes ; ils n'en porteront point la peine • Si un homme y dit-il y ch. xviu y a un fils ^ qui , considérant les crimes que son père a commis 9 craint d'en commettre de pareils y et n'imite point ses injustices et ses désordres y il ne mourra point pour les crimes de son père , mais il vivra parce qu'il a pratiqué la justice, et qu'il a observé mes commandemens. Ezé- , chiel ne contredit donc point Moïse qui ne parle que des enfans qui imitent les désordres de leurs pères ^ et que Dieu punit en même temps pour les crimes de leurs pères et pour les leurs propres.
• C'^st ainsi qu'un savant An^ais expliquait ces passages y en répondant à Tindal y qui proposai! la même difficulté > et cette explication n'est i>as nouyelle. Non*seulement c'est celle de nos rabpins modernes les plus célèbres , celle d'Abenezra , de Sa* lomon y Jarchi , des talmudistes dans Ghémare ^ c'est encore celle qu'avait adoptée long-temps avant eux le paraphraste chaldéen. Tous entenoent le texte de moïse ^ des enfans rebelles qui marchent dans la voie perverse de leurs pères* Les Juifs anciens y non plus que les modernes y n'ont donc point reconnu cette prétendue contradiction formelle que TOUS croyez voir entre ces passages, et qui n'y est pas.
Quant à ce que vous ajoutez y qu'Ezécliiel va jusqu'à faire dire à Dieu qu'<7 avait donné à son peuple des préceptes qui n*étaient pas bons ; si le prophète avait entendu par là les préceptes et les lois données aux Hébreux dans le désert, ces lois^ ces préceptes que Moïse appelle saints y excellens y ad" mirables y la contradiction serait formelle sans doute. Mais j'ouvre le vingtième chapitre d'Ezéchiel , d'où TOUS tirez cette objection , et j'y lis ces paroles : Je les ai délivrés d Egypte ( dit le Seigneur en parlant ao^ Juifs ) y je les ai conduits dans le désert ^ et je leur ai donné mes préceptes et fait con-naître mes jugemens , dont l'observation fait vivre ceux qui les pratiquent. Je leur ai donné aussi mes sabbats pour être un signe entre eux et moi y afin qu'ils sussent que c'est moi qui les sancttfie, mais ils m*ont irrité dans le dé* sert : ils n*ont point marché dans mes précep^ tes y et ils ont rejeté mes jugemens , dont l'observation fait vivre ceux qui les pratiquent, J'é-^ tais prêt à répandre sur eux ma fureur y et à les exterminer dans la solitude : mais mon œil les a épargnés , et j*ai retenu ma colère , pour ne point leur âter à tous la vie.
J'ai dit ensuite à leurs enfans dans le désert t Ne marchez point dans les préceptes de vos
a,4 LETTRES
pères ; ne gardez pas leurs jugemens , et ne ^uT souillez point avec leurs idoles : Je suis le Seigneur votre Dieu ] marchez dans mes préceptes y gardez mes jiigemens y et observez lés* Mais les enfans m'ont irrité comme avaient fait leurs pères \ et ils n*ont point marché dans mes préceptes y dont TobservatiOQ fait yîyie ceux qui les pratiquent.
Ezécbiel ne nie donc point l'excellence des préceptes que Dieu donna aux Israélites dans le désert^ et dont Moïse vante la bonté. Au contraire ^ il reconnaît et répète jusqu'à trois fois que ces préceptes étaient bons y et leur observation vivifiante. Il est donc jusqu'ici parfaitement d'accora aTce Moïse.
Mais il ajoute y en continuant de faire parler k Sei|^eur / fai donc levé ma main sur eux ( c'està-dire je leur ai juré ) que je les répandrais papni les nations y et que je les disperserais en di" vers climats , parce qu'ils ont rejeté mes pré" copies 9 et tourné leurs yeux vers les idoles de leurs pères. C'est pourquoi je leur ai donné des préceptes qui ne sont pas bons , et des jugemens par lesquels ils ne vivront point 'y et pour les désoler , pour leur apprendre que Je suis l'Eternel y je les ai souillés dans leurs offrandes , dans ces sacrifices impurs où ils faisaient passer par le feu tous leurs pre»
miers-^nés.
Gomme s'il disait , parce qu'ils ont rejeté messta« tuts et mes préceptes y dont T observation devait les faire vivre et les rendre beureux , je leur ai donné y c'est-à-dire , je les ai laissé suivre (i) des statuts et
(t) Je le« ai laissé salyre. Je leur ai donné , pour je le» ■1 laissé suivre } je les ai souillés , au lieu de je les ai laissé se souiller ; qui n'étaient pas bons , c'est.à*dire » détestaUe \ toutes ces façons de parler sont si conumiiics
CE QtîÈLQtJÈS JtJtï'S. 2^5
des préceptes tout différens. Quels statuts et quels juréçeptes I Les rites cmek , et les pratiques détestables des peuples idolâtres (i) , dc^ adorateurs dé Baal-Féor , de Molocli , etc.^^ qui brûlaient leurs enfans ^ et se livraient à mille impuretés en l'honneur de ces faux dieux... Yoïik les préceptes çui n'étaient pas bons , les honteuses et funestes observances auxquelles Dieu avait abandonné les Israéli»tes prévaricateurs , et par lesquelles il les laissait se 50uiller pour les punir.
Nous savons que quelques critiques ont imaginé d'autres explications ae ce texte j et nous ne préten» dons ni les réfuter ni les exclure. Mais , quelque sens qu'on veuille donner k ce passage ^ il est clair
Î[u'Ezéchiel n'a pas voulu contredire Moïse , avec equel il est d'accord ^ et qu'il ne pouvait le contredire qu'en se contredisant lui-même j ce qu'apparemment vous ne prétendez pas qu'il ait fait.
Cette contradiction prétendue formelle , entre jEzécliiel et Moïse > n'est donc <[u'une vaine chicane ; et l'argument en faveur de la tolérance que vous eu drez s'évanouit avec elle.
Voilà , monsieur , toutes les preuves de tolérance que vous ont pu fournir l'histoire de nos juges et de xuos rois , la conduite et les écrits de nos prophètes ^ nous n'en avons omis aucune. Sérieusement ^ les çrorez-vous encore fort solides , et bien capables de la persuader à vos gouvernemens l Nous en doutons ; et ; pour vous le dire conûdemmcnt y nous
dans l'Ecxiture, qu'elles ne peuvent arrêter que ceux qai n'auraient aucune connaissance de la langue héf>rai« que. M. de Voltaire , sans doo^e , n'est point dans ce cas. Aut»
(i) Des peuples idolâtres* Nous nous arrêtons à cettt explication comme à la plus vraisemblable et k lapins, conforme au texte. Elle est [suivie pai le parapfaraste chaldéen , Louth , Wels , le savant Vitringa , etc. : c'est celle que Waterlandproposs en répondant à findal. dut*
i^ LETTRES
qui la souhaitons , nous à qui elle M nécessaire , nous la croyons jusau'ici fort mal prouvée dans rw deux chapitres. Éh ! monsieur, n'ayiez-yous riep-dte mieux à dire ? Il nous semble que vous n'êtes point assez délicat sur le choix des preuves. Prenez-y garde : les mauvaises raisons nuisent aux bonnes.
. I^ous sommes avec la plus haute estime , etc»
LETTRE Vni.
Des différentes sectes fuit^es* Si elles prouvent la pratique d*une tolérance extrême dans le judaïsme. Méprises et contradiction du sa»
vant critique.
V#ous trouvez donc, monsieur, quelque chose à louer dans les anciens Hébreux , vous croyez même pouvoir les proposer pour modèles aux nations polies^ de l'Europe. Cette horde barbare , ce peuple t>itolérant , et le plus intolérant de toute l'anti" quité ( I ) , était non-seulement tolérant , mais à^une tolérance extrême. L'éloge pourra paraître contradictoire à quelques lecteurs : u est donc à propos de voii' jusqu'à quel point nos pères le méritent.
Vous le fondez sur l'extrême opposition à,ts sectes qu'ils tolérèrent. Poui* sentir toute la force , touè la
(S) De toute V antiquité. Si M. de Voltaire nous repro* che d'avoir été le peuple le plus intolérant de toute Van" tiquité y /ions pouTona noDs conaoler : il reproche bien aux chrétiena èL*z,vo\T été jusqu'ici les plus intolérans des hommes, C'eat k cette prétendue intolérance qn'il attribue lea cmellea et aanglantea peraécntiona que lea chrétiens souffrirent aona leai Néron , lea Domitien • lea M(zimien , lea Dèce, etc., empereora romaina tout-à-£iît tolérana. Qui se connaît point leur humanité et leur douceur ! Aut*
'îsolidité de cette preuve y il ùjxt examiner d'abora si vous exposez ûdèlement les opinions de ces sectes ; en second Uea ^ si en supposant votre exposé Vrai , «Ues ne pouvaient se tolérer sans une extrême to» lerance , enfin , si elles se tole'rèrent eh effet. Tel esl^ monsieur y l'objet de cette lettre. U serait assez sin« golier qu'après avoir tant de fois outragés nos ancêtres sans sujet ^ vbus les eussiez loués sans raison.
§. I. Des Pharisiens.
Si l'on vous en croit ^ monsieur ^ les pharisiens sonjt nouveaux y et leur secte n*est pas beaucoup an» térieure à votre ère vulgaire. (1). Vous allez encore plus loin dans un autre endroit ^ vous fixez répoque de leur origine y et vous dites qu'<i> ne commencèrent que très - peu de temps avant J. C. (a).
Cette assertion y monsieur y ne parait pas aisée à concilier avec les écrits de Josepbe y qui les repré^ sente comme redoutables aux souverains y dès le temps du grand-prétre Hircan y environ cent vingt ans avant Jesus-Christ, U peut y avoir quelque dimculte à concevoir qu'une secte redoutée des souverains y cent vingt ans ayant Jésus " Christ , et* qui dès-lors^ selon vous-même^ voulait condamner
(1) Ère vulgaire. Voyez Dictioon. philos., ^ etphil. d« l'histoire. "^
(s) Avant Jesuê'Christ. Voy. Dictioiinaire philosoph. art. RésarrectîoD. Aut» ^'^^
* Voy. Dictionn. pbilosoph. , tome i.er , art. Ame , tome xxxvii des (EuTrea.
V* Voye^ Introd. à l'Essai sar les mceori , art. Aogcs » etc. > tome xvi des (Earres.
#»» Voyez Dictionn. philosoph. » tome vii , art. Ré«nrreciion » pag. 96 » tbm. Xliii des (EaTxes.
le grand-prétre à la piison et au fouet (i) , a-^uil
coinmelice que très^peu de temps avant J. C,
Vous ajoutez que les pharisiens ne commencé' rent ifue sous ÙilleL Or , ou fah yiyre HiUel sooi H&ode-Ie-Grand ^ et vous le fautes yous-même coih temporain de Gamaliel y dont Paul fut le disciple (pi). Pensez-vous ^ monsieur y qu'il soit si facile de ^ comprendre qu'une secte nombreuse et puissante y cent vingt ans ayant J. 6*. ; ait eu pour fonda* teur un homme qui vivait sous Hérode-le-Grand y ub contemporain au maître de Paul l Apparemment HiUel fonda cette secte lorsqu'il e'tait encore en
nourrice y ou ce Nestor des Hébreux vécut beaucoup plus long-temps que celui des Grecs.
Mais Uissons-là ces petites contradictions sur l'origine des pharisiens y que Casaubon juge antéfienr de plus de deux cents ans à votre ère vulgaire y qœ Scatiger place sous les Macchabées (3) y que d'autres font
{{) Et au fouet» Voyez Philosophie de l'histoire, i^. des Juife depuis Saûl- Aut. *
* Voyez Introd. k l'Essai sur les mœorsi art. des JuIIj depuis Saûl , page i85 , tome xvi des OEnrres.
(a) Fut le disciple» Voyez Dictlonn. philosophique i art. Réanrrection. Aut, ^^
(3) Sous les Maccliahées» Scah'gef, Serarius et Drasini , sans oser rien déterminer , ont cm que les pharisiens ont pu tirer leur origine de cette sociétë de Juifs qui , da t emps des Macchabées , se retirèrent dans les dëserti pour éviter la persécution. On les nomma d'abord aiidéens , et ensuite pharisiens , c'est-à-dire , séparés t parce qu'ils Tétaient en effer i d'abord par leur demeure i et ensuite par leur attachement aux traditions , par leurs habits , leurs austérités , etc.
D'autres ont cru que le nom de pharisiens vient da mot ^arof , c'est- a-dire récompense , parce qu'ils serfaicnt Dieu dans la vue de la^iécompense : et qu'ils soutenaient contre les saducéens les peines et les récompenses d'une* autre vie. Aut.
** Foy. Dictionn. philosophique , K vil , art, Résuf reetion, p. 98 | tome XLixi des ÔEurrcs.
DE QUELQUES JUIFS. a^j
remonter jusqu'au temps d'Esdras ; en un mot | dont tous les savans ne parlent qu'avec incertitude ^ et crue vous fixez avec tant de certitude et tant de confiance (i).
Passons à l'eiposé que vous ifaites de leur doctrine. Vous dites ^ dans votre texte ^qu'i/s crojraieni à la fatalité et à la métempsjrcose ; et vous ajoutez en note : Le dogme de la fatalité est ancien et universel ( universel ^ c'est beaucoup dire ) on le trouve toujours dans Homère 5 U était soutenu par les philosophes. Vous voulez apparemment fidre confondre le système des pharisiens avec celui d^Homère et ceux des pliilosophes. Il y a pourtant entre ces opinions des diiSiérences qu'il eût évi bon de faire observer à vos lecteurs*
hsL Jatalité d'Homère est supérieure à Jupiter Jnéme : le destin * ordonne , Jupiter ne peut qu'obéir. Celle des philosophes y ou du moins de quelques philosophes f est un enchaînement de causes et d'effets sans première cause 9 ou , selon d'autres y un enchaînement de causes et d'effets , nécessaire et physi* que 5 système dont l'un est un absurde athéisme^ et aont l'autre ôte ou semble ôter k Dieu sa provi-dence^ et à l'homme sa liberté.
Les pharisiens j au contraire , mettaient en sÂreté la liberté de l'homme et la providence de Dieu* Leur
(i) Tant de confiance* On ne connaît point | dit Basnage 4 roTÎgîne des pharisiens , ni le temps auquel ils ont commencé de paraître... U vaut mieux tToner qu'on ignore la véritable origine de cette secte que de la chercher inutilement, s» Voyez l'Histoire des Jniif , livre 11 , chapitre 10. Aut.
Un rabbin , qui écrivait dans le douzième siècle , les jugeait plus anciens. H croyait pouvoir prouver l'ancieniMté des pharisiens par une succession suivie depuis Adam jusqu'à son temps. Chrét*
38o LETTRES
fatalité ^ si Pou pent user de ce tenne pour exprimer leur sentiment ^ est la providence même et ses décrets. « Les pharisiens ^ dit Josephe, pliarisien luimême f et par conséquent bien instruit de leurs opinions ^ croient que les décrets de U providence récent tous les événemens naturel? ; mais ils n'otent point à l'homme la liberté de se déterminer. lU pensent que la providence j oui agit d'une manière absolue dans les éyéncmens ae la nature ^ modère son pouvoir dans les actes du vice et de la vertu ^ afin qu'ils soient libres ; et dignes de châtiment oa de récompense, a
Voilà y monsieur , quelle était la fatalité des |fa« rîsiens. Ce n'est pas là le destin d'Homère ^ ni la fatalité de quelques philosophes : ce n'est pas même la vôtre (i). CeUe des pharisiens n'a., ce nous sem« ble^ rien de répréhensible (2)*
(i) Même la vâtre, Voyet en effet les art» Chaine det événemens , Destinée » Liberté f etc« > du Oictiomiaîie philosophique. * L'auteur y aootient la &talité abaolne » il y prétend que tout est nécessaire dans le moral comme dans le phjsique ; que l'homme n'a pas plus de liberté que son chien ; que nous roulons nécessairement , ea conséquence des idées qui se présentent nécessairemeat à nous I etc. Et si vous roulez savoir ce que deviendra la liberté , il répond qu'il ne vous entend pas^ et si roos lui demandez comment la justice divine peut punir des crimes commis nécessairement , il dit qu'il y a des geni qui le savent , mais que ce n'est pas lui ; et si voos insistez , il ajoute : « J'ai nécessairement la passion d'é> crire ceci , et toi €u as la passion de. me condamner :
♦ Foy. Dictionn. philoioph. , t,U,Ui , iv, xxxvili , XXXIX etXG des Œuvres.
(a) Bien de répréliensible» C'était / selon Josephe , na de leurs principes , que l'homme , pour faire le bien , a besoin du secours de la destinée , c'est-à-dire de la Pravideoce et de sa grâce. Pouvaient -ils s'expliquer d'une' façon plus orthodoxe \ £dit.
DE QUELQUES JUIFS. a8i
La métempsycose ^ des pharisien^ n'est pas non
^us celle de Vadmirable quinzième livre des
Métamorphoses d'Ovide, Les pharisiens croyaient
Jue les âmes des justes passaient dans un lieu de déces f d'où elles pouvaient revenir sur la ten*e animer d'autres coi'ps humains. Mais en même temps ils tenaient pour certain que les âmes des méchans ^ ^renfermées pour toujours dans des cachots ténébreux , y souffraient éternellement des peines proportionnées à leurs crimes. Ces idées , si nous ne nous trompons y ne sont pas tout^k-fait la même chose que la métempsycose apportée des Indes par Pjrthagore , ^t chantée par Ovide,
Quoi qu'il en soit ^ les opinions des pharisiens ne contredisant en rien la loi de Moïse ^ nous ne voyons pas que y pour les tolérer , il fût bfiSQÎa d'une iolé^ ronce extrémCt
§• II. Des ÈssénienSé
Il en était moins Besoin encore pour les Esséniens) car c'était moins une secte d'hérétiques qu'une espèce d'ordre religieux ^ une association a'honmies pieux et zélés j que le désir d'une plus haute perfection avait réunis. Occupés de la contemplation^ ou de l'agri* culture et autres arts utiles y ils menaient dans la retraite une vie innocente |et pure ; et ^ fidèles adoirateurs du Dieu de nos pères y sUls n'ocraient point de sacrifices dans le temple ^ ils y envoyaient leurs oblations. Pleins de respect pour le
nOQB f ommef tons deux également sots , également le* joneta de la destinée. Ta sature est de faire da mal ; la mienne est d'aimer la férité , et de la publier malgré toi. w Doctrine lumineuse , salutaire digne des oracles de U phi* losophie moderne ! Voilà le consolant résultat de leurs re* cherches , et l'heureux fruit de leurs travaux ! Qael# ipiorans et grossiers philosophes que nos pliarisienf | eacomparaison de ces messieurs ! Aut.
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l^Uteur , son nom ëtait ce qu'il y avait nour eux de plus yënârable. Ik regardaient comme des bhs*> pbraiateurs ceui qui osaient en parler nialj et( ce nVtait pas là de la tolérance ) ils les mettaioit vmjir toyablementà mort.
Us pensaient , k la venté y qu'au sortir de cette vie les âmes des justes étaient transportées au-delà de l'Océan , dans un séjour délicieux ^ où les froids ligoureux de l'hiver ni les chaleurs brAlantes de l'été ne se faisaient jamais sentir } et que les amas des mécbans étaient renfermées sous la terre , dans on antre ténébreux et glacé , où ils souffraient d^étemels tourmens. Mais cette opinion , quoique assez sembla* ble à celle des Grecs , ne s'éloignait pas de celle des pharisiens et de la plupart des Juifs. D'accord avec eux sur le fond du dogme ^c'est-à-dire ^ sur les té* compenses et les peines d'une autre vie y les Esséniens convenaient de la chose , et ne différaient que sur le lieu. Cette légère différence ne pouvait-eUe pas être tolérée y surtout en des hommes qui honoraient la nation par des vertus ( i ) admirées même des païens (a)?
'( i) La nation par dei t>ertust Voyez ce qu'en <|nt dit Josephe et Philon ayant loi. Quelques chrétiens en ont été si frappes , qu'ils ont voulu en &ire honneur, à leur église naissante. Edit»
(%) Des païens. Voyez Soliui chap. xxxvili , et Pline, lifre ▼• Pline remarque , cooame Philon *, et peut*étie d'après lai , que les Èssëniens se distinguweat par levr continence et par leur désintëressement ; qoe ce peuple singulier vivait sans argent , et se perpétuait sans mariages , ceux qui mouraient se trouvant remplacés par iel nouveaux disciples , que le dégoût du monde et le désir de mener une vie plus tranquille et plus vertueuse lear amenait de toutes parts. Esseni , gens sola et in toto orbe prœter casteras mira , sine ullàjeminà , omii f^c ngre ahdicatd f sinepecunid. In diem convengwum turba renascitur , large Jrequentabimus y quos vitdjessos ad mores eorum fortunes Jluctus agitât* Jta ( iacrcdibUc
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Vos théologieDS ^ monsieur ^ ne sont pfts tous d'accord sur le s^our des peines et des recompenses (i) de l'autre yie 5 ils se tolèrent néanmoins les uns les autres ^ et le poète célèbre qui parmi tous s'est avisé de mettre l'enfef par de-là le soleil , dans un globe uniquement destiné à cet usage , n'a point été inquiété , que nous sachions y pour une opinion si singulière. Croyez-vous , monsieur . qu'il ait fallu pour cela une extrême' tolérance i
£n un mot ^ dire : liCs Esséniens ont été tolérés par les Juifs ^ donc les Juifs étaient d'une tolérance extrême , ce n'est certainement pas faire un rai« soimement sans réplique! On en sent encore mieux le faible ^ lorsqu'on le rapproche des magnàiques élc^ft donnés aux Esséniens par Philon et Josepbe. Cet deux savans Juifs auraient-ils tant vanté une icctt liéretique?
§. m. Des Saducéens.
La tolérance dont jouirent les Saducéens aurait de oi surprendre davantage ; mais vous avez l'art de iminuer l'étonnement précisément en voulant l'augmenter.
« Lorsque l'immortalité de l'ame ^ dites-vous , fut un dogme reçu . ce qui probablement avait commencé dès le temps oe la captivité de Babylone , la secte
diettt ! y gens œterna et/ , in tfud nemo nascitur s tam fecunda illis aliorum vitœ pœnitentia est ! Edit.
(1) Des peines et des récompenses, <( Les théologiens : dît M. de Voltaire , n*ont point encore décidé , comme on article de foi , qae l'enfer fût an centre de la terre \ ainsi qu'il Tétait dans la théologie paieaae. Queiqnea-ooÉ ( on Anglais ) l'ont placé dans le soleil , etc. Sur quoi nous obseryerons , en passant > qa'il nous parait éton* nant qa'un chrétien aussi instruit que M. de Voltaire 1 a'imagioe que dans sa religion les théologiens décident des articles de foi* Edit.
des Saducéens persista toujours à croire qu'il n'y avait ni peines ni récompenses après la mort. » Ayant tous, monsieur , le déiste Morgan ayait d^à prétendu qoe les Saducéens n'étaient que les restes des anciens JuiË y et qu'ils n' avaient fait que persister dans les sentimens de leurs pères , en refusant d'adopter la nouvelle doctrine de l'immortalité de l'ame ^ et d!ime vie à venir . qu'ensei^aient les Babyloniens ^ et qae les Juifs y ditril j avaient apprise d'eux pendant la captivité. Si vous n'embrassez pas ouvertement ici^ comme ailleurs y l'opinion de ce critique ^ on sent assez que ces mots y la secte des Saducéens per* sista toujours , etc. vous voulez donner à entendre que cette secte était bien antérieure à la captivité de nabylone. Mais cette ancienneté des Saducéens et de leurs dogmes vous parait-elle une preuve qu'on
. ne devait pas les tolérer 711 nous semble y monsieur , qu'elle pourrait prouver tout le contraire.
Vous ajoutez ipl'ûs différaient beaucoup plus des autres Juifs que les protestons ne diffèrent des catholiques. C'est y si nous ne nous trompons • ce qui serait peut-être difficile de prouver y surtout oans
. vos principes. Autant que nous en pouvons juger y d^
{oints essentiels y des articles fonoamentaux divisent » protestans d'avec les catholiques } et ce qui fait encore plus d'impression sur le commun des hommes ^ et contribue davantage à éterniser les schismes y des rites dififérens et qui tiennent à la croyance y séparent les uns d'avec les autres. Mais rien cle sem* blable ne distinguait les Saducéens des Pharisiens et des autres Juifs 5 ils priaient dans le même temple ; ik observaient les mêmes rites y et suivaient les mêmes usages 'y ils croyaient y comme les autres y un pieu y sa providence y sa justice vengeresse y etc.
Il est vrai qu'ils n'admettaient point de peines et de récompenses après la mort : mais ne vous souvientils plus qu'i/ est trèS'Certain et indubitable que Moïse ne proposa aux Juifs , en aucun endroit » les peines et les récompenses d'une autre rie } que
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le grand Arnaud le dit nettement et avec force y dans son apologie de Port-Rojral (1)5 que le savant évéque de TVorchester Va prouvé évidemment dans sa divine légation de Moïse (2) f Du moins ne devriez-vous pas oublier ce que tous ayez dit vous-même ^ et répété cent fois que Moïse ne dit pas un mot qui puisse avoir le moindre rapport avec les chdtimens d'une autre vie (5) 5 que la croyance des esprits et de la per* manence des âmes étaient des dogmes inconnus aux anciens Juifs : que ces dogmes étaient ceux des Egyptiens ; des Babyloniens , des Perses y etc, j et qu'ils ne constituaient nulle" ment la religion des Juifs (4)*
« Les Saducéens , dites-vous y demeurèrent dans la communion de leurs frères : on vit même des grandsprêtres de leur secte. » Qii*y a-t-il là d'étonnant dans vos principes ? Si les dogmes que niaient les Saducéens étaient nouveaux ^ s'il n'en est pas dit un mot dans la loi , si ces dogmes ne constituaient nullement la religion des Juifs , ce n'était donc pas des articles essentiels de leur croyance , les Sa-
(i) De Port' Royal, Voyez Traité de U tolérance , art* De l'extrême tolérance des Juifs» * Aat«
(1) Légation de Moïse. Voyez Dictionn. philoaopique , art. Religion, ^ Aati
(3) D*une autre vie. Voyez Dictionn* philosophique, art. Enfer, »»* A ut.
(4) Nullement la religion des Juifs, Voyez Philoaop. de rhiat. ^***»^tt^
* Voy, Poh'tiq. et Législ. , tome II, page i44 ei 1^5 1 tom. XXX des ŒËuyres.
** Voy, Dictioon. philosophiq. , tome vu , art. Religion , page 71 , tome xliii des Œuvres.
♦»* Voy% Idetn^ tome'fv, art. Enfer , tom. XL des Œuvres.
vw^ Voy, Introd. k l'Essai sur lesmœur«i, art.Moïs««^ chef de la nation » pages 175 et 176 1 t. xvi des (Eavrii»J^
dncétna ne différaient donc pas des autres Juifs f beaucoup plus que les protestàhs ne diffèrent des catholiques ^ et ils pouraient , sans une tolérance extrême y rester dans la communion de leon frères 9 et avoir des grands-prêtres de leur secte.
Gomme vous raisonnez ^ monsieur ! Vous youlez prouver V extrême tolérance des Juifs parce qu'ib tolérèrent les Saduceens , et vous ne cessez de dire que les dogmes qu'ils rejetaient ne constituaient point la religion juive l Vous voulez qu'on s'étonne de voir des grands-prêtres de Içur secte ^ et V'ous répétez qu^on n'était alors grand^prétre que les armes à ta main , et qu'on n'arrivait au sanùtuaire que sur les cadavres de ces rivaux (i) ! lia violence prouve-t-elle le droit et le consentement f
Four nous ^ monsieur ^ nous pensons , et nous avons nos preuves , que les Saduceens et leurs dogmes étaient nouveaux -, que leur secte y loin d'être antérieure à la captivité de Babylône , ne commença ou'environ trois cents ans après ^ sous le pontificat a'Onias ^ qu'Antigonus et Sadoc en furent les fondateurs j et ^ue celui-ci lui donna son nom -y qu'égara par des pnncipes de spiritualité et de pur amour mal entendus (2) y les Saduceens errèrent sur des points iinportans , et nièrent des vérités dont la croyance utile et salutaire aux hommes y nous avait été transmise au moins par des traditions respectables ^ et qui remontent à l'origine de la nation,
(i) De se* rivaux, VoyezPhiioao^, de Thiat. , art. Dts Juifs depuis SailL * Aut.
^ Voy, Introd. à TEasai aur lea oiœura , art. dea Jaift ». dapnia Saùl , page i85 , tome xvi dea Œuvres.
(a) De par amour mal entendu^ Antîgonua avait ponr tna&ime , qu'on doit aervir Dieu par pur amoor : et mm par iotérêt et daoa la vue detf récompenaea. Le croirak- OD I c'eat d*un principe ai épuré que partirent aea dlaciplea pour nier lea récompenaea de l'autre vie et l'immortalité de l'ame. Voyez Baanag« , Histoire dea Jnifa. Aut.
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Que si TOUS nous demandez comment , avec ces erreurs y ils restèrent dans la communion de leurs frè'? . res f comment on en vit même quelques-uns grands* prêtres^ nous tous dirons :
I .<> Que s'il y a une tolérance de consentement et d'approbation , il y en a une de ménagement et de nécessité; et que n'ayant jamais eu ^ et ne pouvant avoir l'une , il n'est pas aussi surprenant que vous le pensez , que nous ayons eu l'autre ;
2.«Que ces matérialités y plus raisonnables et moins dangereux que ceux de nos jours , respectaient au moins les gi*ands dogmes de la religion dominante ;
avaient du moins conservé l'autre } et que c'était toujours un grand frein mis aux passions ^ que la crainte des cbâtimens présens y et l'espérance des biens que , selon eux , Dieu distribue toujours ici-bas à ceux qui le servent.
3.« Que f dépendans des rois de Syrie ^ puis des Romains y nous n'avions pas toujours la liberté d'élever au pontificat ou d'en exclure qui bon nous semblait.
4-' Qu'il y eut un temps où les Saducéens étaient trop puissans pour n'être pas tolérés ; que y devenus -dans la suite moins nombreux et moins unis ^ ils dissimulaient avec art leurs sentimens ; que , ne différant en rien à l'extérieur de tous les autres Juifs y et contens de séduire en secret les grands et les riches qu'ils délivraient du joug des traditions y ils ne dogmatisaient point dans les cafés de Jérusalem; que, plus circonspects et plus retenus quQ les matérialistes modernes y ils n attaquaient point les . opinions communes par des écrits scandaleux ; ou qu'ils avaient peut-être aussi l'art de les publier sous les noms em^ pruntés d'auteurs phéniciens et arabes » et de les attribuer à d'illustres morts même connus pour avoir pensé tout autrement qu'eux ; qu'ainsi il eût peut» être étédif&cile de les convaincre légalement.
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5.« Enfin ; qne les droits d'aller au temple , d'y offrir leurs sacrifices , de parrenir .au sacerdoce et au pontificat , droits autant ciyils qu'ecclësiastiques , ne pouyaient leur être 6tés , surtout dans ces Veasp de dépendance ^ qu'en yertu d'une loi expresse ^ et
Ïii'encoré que les yërit^s qu'ils niaient fussent crues e tout temps dans la nation y et visiblement Bnpf/h sées dans tous les livres de la loi , elles n'y soot pourtant en aucun endroit formellement ënoncâs y et qu'il n'y est nulle part expressément ordonné de ks croire , sous peine de retranchement.
Si TOUS pesez bien toutes ces raisons , monsieur , TOUS pourrez trouyer moins étrange que ces sectaires aient été tolérés pendant quelque temps.
%. IV. Si ces sectes se tolérèrém.
Mais ces sectes qui ^ dans yos principes surtout , pouyaient et devaient se tolérer , se tolérèrent-eUes en e£fet ? Vous le croyez ^ monsieur ; yous l'assarez f mais tous les monumens de notre histoire déposent unanimement le contraire.
Dès la naissance des deux princi])ales , les disputes et divisions éclatent. Leurs partisans s'insinuent alternativement à la cour ^ et s'appuient de l'autolité du gouvernement pour opprimer leurs adversaires. Hircan j gagné par les Saducéens^ poursuit les Pharisiens sans relâche , emprisonne les uns , fait miytrir les autres j force la plus grande partie à se réfiigier dans les déserts^ et défend , sous peine de mort, de suivre leurs institutions. Aristobule ^ fils d'Hircan y héritier de sa haine pour eux , leur fait y comme lui , une guerre cruelle ; et Alexandre , frère d' Aristobule j les persécute jusqu'à la mort*
La veuve d'Alexandre change de parti par soa conseil : aussitôt les Pharisiens j devenus maîtres sous le nouveau règne , persécutent à leur tour les Sadiicéens ^ et leur rendent tous les maux qu'ils en avaient reçus. Le Saducéisme est alors si odieux, que »s
sectateurs |
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^ctateors , forces de plier , abandonnent les affai-i res y ou n'osent plus décider dans les jugemens et les conseils que ce qui plait à leurs adversaires.
Enfin , tour-à-tour oppresseurs et opprimes , ces sectaires ne cessent point de se poursuivre avec acbarnement ; et les haines se perpétuent jusqu'à la ruine entière de l'état y qu'elles accélèrent. « Cette multiplicité de sectes ^ dit un savant protestant y qui les connaissait , et que vous n'accuserez point d'intolérance (1) y fut une des principales causes des mallieurs de la Judée. La haine 3 qui devait se ralentir par la durée des siècles et par la misère ^ subsista ; ta guerre même ne réunit point les esprits : et l'on aima mieux périr par la division que de se sauver en combattant ae concert contre l'ennemi »
C'est ainsi , monsieur ^ que ces sectes se tolérèrent. Est-ce là ce que vous proposez à l'imitation de vos peuples modernes y et est-ce sur cette conduite que vous fondez ces éloges de tolérance extrême que TOUS donnez à nos pères ? Vous le voyez : aussi peu juste dans vos louanges que dans vos critiques y vous blâmez la loi qui y bien que sévère ^"[était sage , et TOUS louez la pratique qui ne l'était guère.
CoKCLUSioir,
Eh bien ! monsieur , croyez-vous encore que les exemples gue vous apportez en faveur de la tolérance , soient fort propres à la faire goûter de vos gouyernemens ? Pour la leur persuader , vous leur proposez pour modèles les anciens peuples y les Egyptiens y les Grecs ^ les Romains y etc. ^ et les anciens peuples y selon vous y si tolérans y furent y selon Tous-méme , si peu tolérans y que les philosophes et les initiés étaient partout dans la nécessité de cacher leurs opinions et leurs dogmes avec la plus grande circonspection -y et les Egyptiens tolérans
(i) D* intolérance . Basnage , HiBtoire des Jaifs. Aut, Tome I. N
ago LETTRES
se faisaienl y par intolérance religiease , des guerres Larbares -, et les Grecs , qui y ditcs-TOus, ne persécutèrent que le seul Socrate j bannissaient, proscriyaieul y emprisonnaient, mettaient à mort ceux qui, dans leurs discours et dans leurs écrits ^ attaquaient le culte reçu y ou chcrcbaient à en introduire de nouTeaui ^ et les KontaÎDs , qui , selon vous , ne persécutèrent personne et adoptèrent tous les dieux , défendaient d'adorer les dieux étrangers , démolissaient leurs temples , cbassaieut leurs adorateurs , battaient de verges les pbilosopbes , réléguaient les Juifs ^ et inondaient l'empire du sang des cbrétiens , etc.
De ces peuples vous passez aux Juifs. Mais quels faits citez-vous ? Des faits incertains ou faux , ou présentes sous de faux aspects 3 des faits étrangers à la question , qui ne prouyent'rien ou qui prouvent contre vous y des faits arrivés dans des temp de troubles y d'auarcbie y de dépendance , et qui , loin d'avoir eu des suites heureuses pour l'état, n'ont fait qu'en précipiter la ruine. En vérité, sont- ' ce là des preuves ! Et ne dirait-on pas , qu'au lieu d'inviter vos gouvernemens à la tolérance , tous cbcrchez à la leur faire redouter \
Eh ! monsieur , laissez -là les anciens peuples, laissez les Egyptiens , les Grecs , les Romains , etc. . Ds eurent tous des principes d'intolérance : tous , soit
Î)ar fanatisme de la religion , soit par des vues po- I itiques , furent intolérans dans l'occasion. i
Mais siutout laissez les Juifs , ou apprenez mieux 1 leur histoire. Déjà les étrangers (i) et vos compatriotes (2) vous ont reproché plus d'une fiûs de n'en
(1) Déjà les étrangers» Voyez Warburton , et tout récemment les savans auteura de MoQthly Review , etc< Edit.
(2) Et vos compatriotes. Voyez Défenae dea litrea de rancien Testament ; Réfutation de quelques articles ^ Dictionnaire philosophique ; Supplément à la Philosophie de l*hi8toire , etc. Edit^
avoir pas une connaissance fort profonde. Etudiez-^ enfin , ou n'en parlez plus.
Nous l'ayons déjà dit et nous le re'pëtons en finissant : tolére's à peine dans la plupart des états ^ nous n'ayons pas eu dessein de combattre la tolérance. Nous ayons voulu seulement vous montrer que vous la prouvez mal dans vos deu^ chapitres. N'avons-nous pas rempli notre objet f Nous vous en faisons juge.
Nous somme» ^ avec les sentimens les plus distingués^ etc.
Na