EXTRAIT P'UN PLUS GRAND
A l'usage D£ m. U£ VOLTAIRE ET DE CEUX QUI
LISEZtT SES OEUVRES.
V ous êtes né , monsieur , comme tous les grande hommes ^ pour donner le ton à votre siècle ^ et pour en réformer tous les préjugés. Le titre de commentateur était devenu le dernier de la^ littérature (i) : vous l'avez daigné prendre 3 il est ennobli : de toutes parts on s'empresse de le porter après vous. Heureux qui le soutiendrait avec les mêmes talens et avec les mêmes succès !
En commentant le grand Corneille , l'estimaLle auteur des délits et des peines ^ etc. ^ vous avez fait lionneur et ajouté un nouveau prix à leurs ouwages. En commentant les vôtres ^ aurions-nous le bonheur ^de contribuer à leur perfection ? C'est du moins le désir qui nous anime toujours ^ et ^ après la défense de nos saints livres , le principal objet qui nous occupe.
Aussi ne nous attacherons -no us point ici a relever les beautés dont vos écrits étincellent partout ; malheur à ceux qui ne pourraient les apercevoir qu'à l'aide d'un commentaire ! Nous croyons travadler T>lus utilement à votre gloire ^ en vous mettant sous tes yeux les petites inadvertances qui vous sont échappées sur des matières qui nous intéressent ^ et
(1) Le dernier de la littérature» Ainsi en jageait Pope. u D'auteur, disait-ii , je sois devenu traducteur ; de traducteur je deviens commentateur , bientôt je ne aérai plus j rien. >«
dont vous parlez quelquefois sans les avoir assez approfondies.
Nous espérons , monsieur , que vous ne desapprouverez point notre zèle. Vous aimez trop la vérité pour vous irriter contre ceux qui vous la montrent avec^lc respect et les égards qui vous sont dus.
Nous commencerons , si vous voulez bien , par la réfutation d'un article de vos questions sur l'Encyclopédie.
PREîOER EXTRAIT.
Réfutation de ^article Fonte ^ tiré des Questions sur l'Encyclopédie *. Que le yeau dor a pu être jeté en fonte en moins de six mois,
V eus nous avez donc fait l'honneur de nous lire j monsieur ? et pendant que vous gardez un profond et morne silence sur tant de savans ouvrages y où les chrétiens de toutes les sectes , quakers ^ protestans , catholiques romains y etc. y ont conubatta , comme nous , et plus vivement que nous , vos préjugés et vos erreurs , vous daignez nous répondre.
Ce n'est pas que nos Lettres vous aient paru plas fortement et plus solidement écrites , que nous y traitions des sujets plus importans , ou que nous les présentions d'une manière plus intéressante : non. vous n'avez pas de nos faibles essais une idée si avantageuse j et nous savons mieux les apprécier.
Mais de pauvres et malheureux Juifs allemands , des étrangers , qui savent à peine votre langue , vous ont paru des adversaires moins redoutables. Telle est la générosité philosophique l Elle ménage l'ennemi qu'elle croit en état de se défendre,
* ^oj.Dictionn. philosophique, tome iv , art. Fonte, tome XVI dea (Euvres.
COMMENTAÏllË. igS
et s'attaque au faible , dont «lie se promet uq triomphe aise.
Nous sentons toute notre infériorité , monsieur. Des partisans nombreux , des protecteurs puissans , une réputation brillante et méritée , Vétendue du savoir , les agrémens du style , etc. , tous les avantages^ont de votre côté j mais la vérité est du nôtre. Avec elle , ' on est toujours fort , quelque adversaire qu'on ait k combattre.
C'est dans la confiance qu'elle nous inspire , que nous entreprenons d'examiner ici la réponse dont vous nous avez honorés.
§. I. Observations sur le titre de la réponse de de M, de Voltaire à deux de nos lettres.
On ne peut douter ^ monsieur , que vous n'ayez voulu mettre r^ beaucoup d'esprit dans cette réponse : il y en a jusque dans le titre. Le voici :
Texte, a Fonte. L'art de jeter en fonte des figures considérables d'or ou de bronze > réponse à un homme qui est d'un autre métier. » ( Dict. philosophique , art. Fonte, )
Commentaire. Ce titre est tout plein d'esprit , monsieur , nous en convenons : mais u'eût-il pas . été plus ingénieux encore , et en même-temps plus vrai , si vous eussiez dit j a Art de jeter en fonte des figures considérables . . . . 6! environ trois pieds j réponse à un homme qui est d'un auti-e métier. , . . par un homme qui est du métier ?
Ces expressions , figures considérables
d'environ trois pieds , feraient un contraste heureux y elles surprendraient agréablement le lecteur.
Et rien de plus vrai que ces autres mots , par un homme qui est du métier ; car vous en êtes assurément, moasieur; on s'en aperçoit d'abord.
2g6 PETIT
§. II. Petite ruse du savant fondeur.
Mais , puisque vous êtes du métier , monsieur , puisque vous poss^z si prfaitement l^an de jeter en fpnte , pourquoi recourir *auz petites finesses des disputeurs de mauvaise foi ?
Vous débutez par cbanger Tétat de la question.
Texte. « Il s'agissait de savoir si on peut sans miracle fondi'e une figure d'or en une seule nuit. »
. CoMUEKT. Il ne s'agissait point du tout de cela, monsieur -y ni l'Exode n'a rapporté , ni nous n'avons
Ï prétendu qu'Aaron ne mit qa*une seule nuit à jeter e veau d'or en fonte. Faux exposé par conséquent ^ et petite finesse.
Dans l'endroit que nous réfutions ^ vous parliez d'i/n seul four , et dans votre réponse vous pariez diune seule nuit. Quel avantage trouvez^vous , monsieur , à changer le jour en nuit ? Votre assertion n'en deviendra pas plus vraie. Kous vous l'avons niée 9 nous vous la nions encore.
Oui y monsieur ( vous nous obligez de prendre on ton qui nous déplaît )j oui^ il est faux y très-faur, absolument faux", que l'Exode , ni aucun de nos livres saints ait dit y ou que nous ayons ptétendu en aucun endroit qu'Aaron ne mit qu'wn seul jour ou qu*£//ie seule nuit à jeter en fonte le veau d'or.
Vous le supposiez sans en donner àts preuves : vous nous répondez sans en produire aucune : vous n'en produirez jamais 3 nou§ vous en défierions , s'il était honnête de donner un défi à quelqu'un qu'on respecte.
COMMEîîTAIRE. 297
§» III. Autre petite ruse^
Ce n'est point assez de changer Pétat de la question j vous usez d'une autre petite adresse, ^ous nous faites dire tout le contraire de ce que nous ayons dit.
Texte, (c On a prétendu que rien n'est plus aisé que de jeter en fonte en trois jours une statue qui
Suisse être aisément aperçue de deux ou trois millions 'hommes. »
Comment. Vous voulez dire ^ monsieur ^ de deux ou trois millions dhommes k la fois sans doute ; car la plus petite statue pourrait être aisément aperçue de deux ou trois millions d'hommes successivement.
Mais où ayez-vous trouvé qu'il soit question , dans notre lettre , d'une statue qui puisse être aisé-' ment aperçue de deux ou trois millions d'home mes k la fois? Citez l'endroit^ monsieur y ou convenez que vous nous imputez sciemment une ahsur-»dité que nous n'ayons point dite.
Une statue qui pourrait être aisément aperçue de deux ou trois millions d'hommes à la fois , serait nécessairement une statue considérable, Or^ loin d'avoir dit ou d'avoir cru que le veau d'or ftt une statue considérable , nous vous disions qu'une de vos méprises était de vous le figurer comme le groupe de la place des F'ictoires , ou le Lao" coon de Marly. Nous vous faisions remarquer qu'il fut fait pour être porté à la tête de l'armée , et qu'une statue portative ne peut pas être une sta^ tue considérable.
Vous nous faites donc dire précisément tout le contraire de ce que nous avons dit. Noble et franche manière de se défendre ! Preuve nouvelle et convaincante de la sincérité et de l'amour du vrai qui vous conduisent dans vos écrits !
§. IV. Faux reproches qu'il nous fait.
Vous coatinaez avec la même eandeor et yoos dites:
Texte. « On a écrit contre nous et contre tous les sculpteurs anciens et modernes , faute d'avoir consulte les ateliers. On oppose l'autorité des comr mentateurs à celle des artistes. Ce n'est pas ainsi que. les arts se traitent. »
Comment. On a écrit contre nous y etc. Ecrire contre vûus y monsieur ^ et contre tous les sculp^ teurs I Le ciel nous en préserve ! lious ayons trop de respect pour tous et trop d'estime pour eux.
U est vrai que , par zèle pour yotre gloire , et dans le désir de contribuer , s'u nous était possible , à la perfection de yos écrits , nous ayons pris la li* berté de vous ayertir de quelques méprises qui yousy sont échappées. Mais , si nous ne nous trompons , ce n'est pas là écrire contre i^ous. Identifiez-^yous ^ monsieur , tant qu'il tous plaira avec yos préjugés, yos fausses assertions et yos erreurs , nous nous ferons toujours un devoir .de vous en distinguer avec soin.
Nous nous garderons surtout d'attribuer à tous les sculpteurs anciens et modernes les idées d'un artiste tel que vous. Nous sentons trop combien ce procédé serait injuste f et quel tort ce serait voas faire.
Faute d'avoir consulté les ateliers et les ar» tistes. Nous les avons consultés ^ soyez- en sur, monsieur. Nous pourrions vous en nommer plus d'un, s'il était nécessaire : et nous n'ayons point opposé à leur autorité celle des commentateurs. C'est ainsi que les arts se traitent . est-ce ainsi que vous les avez toujours traités ?
§. V. De quelques beaux secrets inventés par
VhahUe artiste.
Vous prenez fe ton raUlear , et vous dites trèsplaisamment :
Texte. « Il ne s'aj;!! que d'une affaire de fondeur : il ne faut pas consulter Artapan , Bcrose , Manetkon , pour savoir comment on fait une statue qui puisse être vue de. toute Tarmëe de Xerxès en marche. »
Comment. // ne faut pas consulter Artapan , €lo. Vous nous faites trop d'honneur, monsieur. Cest à vous qu'il appartient de consulter Artapan , Berose y Manethon. Leurs noms se lisent en plusieurs endroits de vos ouvi'ages , ils ne se trouvent nulle part dans les nôtres. Il serait beau vraiment que de francs ignorons , comme nous , s'avisassent , à propos de statues , de citer Artapan et Maneihon,
Quand nous voudrons apprendre , ce qui serait en effet très - curieux de savoir , comment on fait une statue qui puisse être vue à la fois d'une armée d'un million d'hommes en marche ^ telle qu'on a dit qu'était celle de Xerxès , nous n'irons pas consulter les anciens auteurs de l'Egypte et de la Chaldée j nous nous adresserons à un écrivain plus i-écent , et tout autrement instruit dans l'art de londi-e , à vous , monsieur , qui êtes du métier , et qui en connaissez tous les secrets.
îîon , il n'y a qu'un fondeur tel que vous, et d'une imagination vive , féconde , poe'lique , comme la vôtre , qui soit capable de concevoir et d'exe'cuter une statue qui puisse^être vue de toute V armée de Xerxès en marche.
Dans le vrai , ce n'est pas là une ope'ration aisée. Une arméç d'un million , ou même , si vous youlez , d'un demi -million d'hommes en marche , devait occuper un terrain un peu yarte ; et vous n e
3oo PETIT
supposez pas apparemment que tous les soldats de Xerxès portaient sur eux des télescopes à la Dollon. Sayez-Yous bien y monsieur , que , sans de bons télescopes f il eût été difficile qu'une telle armée en marche ( et encore plus , un peuple de deux millions cinq cent mille âmes ) put apercevoir à la fois une statue ; même de grandeur naturelle ? Il en aurait fallu y sans contredit , une plus baute -, par exemple, le colosse d'Arone (i) , monté peut-être sur la colonne trajanc. Or , le colosse d Arone faisait corps avec la colonne trajane , et jeté en fonte ayec elle , surtout d'un seul jet y serait assurément une assez jolie petite pièce de fonte.
Vous savez , monsieur , comment il faut s'y prendre pour exécuter un pareil morceau ! Et comme TOUS n'êtes pas moins fameux mécanicien qu'bakle fondeur , vous savez ce que les Yaucanson , les Laurent y les Loriot i^orent , par quelle* invention de mécanique on pouvait porter une pareille macbine à la tête d'une armée ! Vraiment , monsieur , vous
{)0ssédez là de beaux secrets ! Les envierez - vous ong-temps au public ?
§. VI. Raisons qu'allègue Villustre écrivain pour prouver qiion ne peut jeter en fonte, en moins de six mois , sans miracle , un veau {Tor de trois pieds , travaillé grossièrement.
Mauvaise plaisanterie ! dites \rous. Soit. Laissons là votre armée de Xerxès en marche , et notre colonne d'Arone. Ne parlons que d'une statue de trois pieds. Combien faut-il de temps pour jeter en fonte un veau d'or de trois pieds , grossièrement travaillé ?
Texte. « Six mois au moins, p
(i) Le colosse d'Arone» C'est ane grande statne colossale ëievëe aa saint archevêque de Milan , Charles fiorromëe , dans Arone , sa patrie. C/wét,
COMMENTAIRE, 3oi
GoMMEUT. Six mois, monsieur , c'est beaucoup* Si vous le prouviez bien , tous nous forceriez pres« <jpie d'abandonner le rëcit du Pentateuque , et de recourir au miracle. Voyons donc quelles sont vos preuves.
La première est une description , en vingt articles f des procédés qu'on suit maintenant pour jeter en fonte oes fibres considérables de bronze.
Texte. « Voici comme on fond une statue d'environ trob pieds seulement. i.« On fait un modèle en terre grasse. 2.« On couvre ce modèle d'un moule en plâtre j en ajustant les fragmens du plâtre les uns aux autres ^ etc. , etc. , etc.
Gommeut. Nous convenons que cette description^ qui vous a été fournie probablement par quelque artiste , est , à quelques omissions près , assez exacte , et qu'elle peut être fort intelligible pour les gens du métier» Quant k ceux qui n'en sont pas y ils feront bien d'y joindre les mots fonte de 1 Encyclope'die , et du Dictionnaire des beaux-^arts de M. Lacombe. A l'aide de ce double commentaire ^ ils pourront entendre quelques' endroits qui n'y sont pas assez clairement exprimés pour eux ^ à 'commencer pai* le second article ^ le cinquième , etc., etc.
Nous convenons encore qu'on suit maintenant cette méthode dans la fonte des statues de bronze considérables ; telles , par exemple , que celles de vos places publiques , et même quelquefois lorsqu'on veut f^Xer en fonte des statues de bronze de trois pieds 9 d'une élégance recherchée y des chefd'œuvres de l'art , destués à orner les cabinets des riches curieux.
Mais cette méthode est*elle ancienne , remontet-elle au temps de Moïse l tous ces procédés sontils indispensablement nécessaires ? n'en peut - on omettre aucun (i) I N'a-t-on jamais pu -, ne peut-
(1) i?/i omettre aucun» Ne peat-on , pir exemple , et n'a-t-on jamais pa jeter en fonte une «tatae de deax ou
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on encore leur en substituer de pins eipédhifs et de i^s prompts ? En un mot , n'y «vait-d pas autrefois , n'y a*t-il pas même aujourd'hui d'autres manières de jeter en fonte une statue 4tor de trois pieds en moins de six mois ? Voilà, monsieur , ce ^e TOUS ne proayez pas , et ce qu'il aurait pourtant fallu prouver , sans quoi toute yptre savante description est en pure perte. On vous accordera qn'ii y a des procédés qui peuvent demander six mois , et on vous niera qu'u n'y en ait point qui demandent moins de temps.
A cette première preuve , qui , conune vous voyez, n'est pas ibrt coDcIuante , vous en ajoutez une autre : c'est r autorité d'un de vos plus célèbres artistes.
Texte. « J'ai demandé à M. Pigal combien il lui faudrait de temps pour faire en bronze un cbeval de trois pieds de naut seulement. » Il me répondit par écrit : Je demande six mois au moins. Pal sa déclaration datée du 3 juin 1770.
Gomment. Une déclaration par écrit n'est pas nécessaire , monsieur. I^ous ne doutons point de ce fait dès que vous l'assurez -, mais qu'en pouvez-vous conclure ? M. Pigal , artiste célèbre , riche , trèsoccupé .f demande six mois au moins pour jeter en bronze un cheval de trois pieds : donc un altiste moins occupé en demanderait autant ! M. Pigal, jaloux de sa réputation , et qui ne veut laisser sortir de ses mains que des chefs-d'œuvre y emploierait des procédés savans , recherchés : donc il n'y en a point de plus simples ! Il faut à M. Pigal six mois au moins pour jeter en bronze une figure de trois pieds , travaillée avec le soin , Télégance , la perfection qu'il donne à tous ses ouvrages : donc on
trois pieds sans eau grasse sortie de la composition d*une terre rouge et de fiente de cha-al tnacérée pen* dont une année entière ? Ant.
COMMENTAIRE. 3o3
n'en peut mettre moins à faire en or une figure travaillëe grossièrement i
Il nous semble y monsieur , que sans prétendre' en savoir plus que M* "Pigal sur Vart de fort" dre f on peut juger ces conséquences mal déduites , et que les nier y ce n'est pas tout-à-fait nier des vérités.
§. VII. Si f et comment on pourrait Jeter en fonte un veau dor de trois pieds ^ non^seule" ment en moins de six mois f mais en quinze jours y et même en huit»
Ayant d'aller plus loin, permettez-nous d'observer ici que , pour justifier le récit de l'Ëxode , il suffirait, à la rigueur , qu'on put jeter en fonte un ycau d'or en trois semaines , et même en un mois : car l'écriture n'ayant déterminé ni le temps qu'Aaron mit à faire le yeau d'or , ni le moment o'ù les Israélites commencèrent à murmurer de l'absence de leur cbef , on pourrait supposer qu'accoutumés à y(Hr Moïse monter tous les jours sur la montagne , et en redescendre , ils s'ennuyèrent de son absence' au bout de vingt , de quinze , ou même de dix jours. Ainsi Aaron pourrait avoir eu trois semaines, et même un mois pour faire le veau d'or. Or qu'on puisse sans miracle faire un veau d'or , fût-il de trois pieds , en un mois ou en trois semaines , c'est sur quoi il nous semble , quoi que vous en disiez, qu'il ne saurait y avoir aucun doute.
Mais pourrait - on jeter en fonte un veau d'or de trois pieds en quinze jours , et même en huit ? Nous avons prétendu que oui , et nous le prétendons encore.
Vous dites :
Texte. « Si l'on s'était adressé à M. Figal ou à M. Le Moine j on aurait un peu changé d'avis. »
GoMMEKT. Nous l'avouons ; monsieur , nous ne
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nous sommes point adressa aux Le Mairie et aai Pigal : pour faire une statut de trois jôeds ^ grossîèremeiit trayaillée , il n'est pas nécessaire de recourir aux Phidias de la France.
Mais quand nous les aurions consultes , nous n'aurions probablement pas cbangë d'avis : dès que nous leur aurions parle d'une statue d'or ^ et que nous leur aurions dit que nous cherchions la cékfrtte de l'éxecution plutôt que la perfection de l'ouvrage, ces hommes célèbres auraient eu l'honnêteté (i) de nous indiquer eux-mêmes des artistes qui suivent une méthode plus aisée' , et des procédés plus prompts.
Il en est de tels , monsieur : il est j même de notre temps , une manière de jeter en fonte beaucoup plus abr^ée que celle dont vous nous donnes une SI longue description. Vous ne l'ignorez pas apparemment , quoique tous l'ayez long-temps aiB' sunulée ; car tous ajoutez d'un ton de trimn^e :
Texte, a On n'a consulté que des fondeurs d'assiettes d'étain , ou d'autres petits ouTrages qui se jettent en sable. »
Comment. Le mot enfin tous échappe ! On j eue en sable. Oui, monsieur, on jette en sable , et on y jette non-seulement des assiettes d^élain , et' d'autres petits' ouvrages , mais des "candélabres , des Tases , des figures de cuivre , d'or et d'agent, d'un , de deux , de trois pieds de haut ^ et même quelquefois au-delà. Adressez-Tous , monsieur , non aux fondeurs d* assiettes d'étain , mais aux fon-
(i) Auraient eu V honnêteté , etc. Cette honnêteté, on Ta eue en* effet pour nous. Depuis la réponse dont M. de Voltaire nous a honores , nous avons en occasion defconsulter M. Guy.ard , digne élève de rimmortel Bonchardon , et né pour remplacer son maître. Ce savant artiste nous a adressés k nn orfèvre de ses amis , qui ne nous a demandé que huit jours. Aut^
COMMENTAIRE. 3o5
deurs 6a cuivre , aux orfèyres qui travaillent pour vos églises ^ et soyez sûr qu'ils vous jetteront en sable y quand vous voudrez , un cheval de cuivre , an veau d'or^ de trois pieds et plus , en moins de six mois , et même en moins de trois sC" maines , sans miracle»
Voilà les ateliers et les artistes que nous avons consultés y et que vous auriez dû consulter vousmême y puisqu'il s'agissait de jeter en fonte , par le procédé le plus court y une statue portative. C est là que nous nous sommes assurés par nos yeux y et que. vous auriez pu vous assurer parles vôtres , que la manière de jeter en fonte des figures de trois pieds , qu'on vous a décrites en vingt articles , n'est pas la seule en usage , mcme de votre temps 5 qu'on peut y suppléer par une opération plus simple ; en un mot y qu il est très-possinle j sans miracle , de jeter en fonte une statue de trois pieds , non-seulement en moins de six mois y mais en moins de quinze fours.
Vous nous demanderez peut-être oh nous avons trouvé des artistes qui nous aient offert de nous faire une statue d'or ou de cuivre de cette grandeur y en
guinze jours y et même en huit. Ou y monsieur ? à loterdam y à Bruxelles y à Anvers y à Paris , rue Guérin-Boisseau , rue des Arcis y au Pont-au-change y sur le quai des orfèvres y etc. Mais , comme nous vous l'avons dit , nous leur avions promis la matière y des ouvriers , s'il leur en fallait y et même le modèle à ceux qui ne nous ont demandé (i) que
(1) Que trois jours. On nous a fait obserTcr que les cavriers de Paris sont un peu aujets à manquer de parole , et qu'en faiaant marché avec eux , il est bon d'y mettre dea dédita conaidérablea , ai l'ouvrage n'eat point fait au tempa convenu. Noua avouona ingénument que noua n'avons point pria cette précaution avec ceux qui ne noos ont demandé que troia joura ; mais noua n'avona pta oublié de la prendre avec ceux qui n'en demandaient que huit. Aut,
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trois jours, Ifous leur laissions la liberté de la faire d'un ou de plusieurs jets (i) ^ et nous leur ayioas bien explique que nous ne demandions point une statue délicatement travaillée , réparée , brunie , etc. ^ et que y quand elle serait faite de manière qu'on pât prendre la tête de y eau pour une tête d'âne, nous n'en serions pas mécontens.
§, VIII. Moyens que peut prendre ViUustre écrivain pour lever tous ses doutes sur cette matière.
Vous reste-t-il encore quelques doutes , monsieur î Voici un moyen facile de les lever tous.
Déposez chez un notaire cent marcs d'or en barre , et cent mille Uyres en argent comptant. Engagezvous publiquement et en bonne forme à donner le tout au fondeur qui vous fera dans le moins de temps une figure telle que nous l'avons demandée.
S'il ne s'en trouve aucun qui l'exécute en huit
(i) De plusieurs j^ets. C'est ane remarque de Pline Tancien , que lea artistes égyptiens étaient si savans dans^ les proportions , qu'on distribuait les divers membres d'une statue à différens ouvriers , qui les exécutaient séparément. C'était assez qu'ils sussent ia hauteur de U statue , pour que tous sgs, membres se trouvassent exactement proportionnés. Il n'était plus question que de les réunir ; et Ton sait que les soudures en or et en argent sont plus aisées qu'en enivre.
Les ouvriers employés par Aaron n'étaient pent-être pas si savans ; mais ne purent ils pas recourir à ce procédé et faire leur statue de plusieurs jets ? Oo sait qoe dans l'antiquité on employait ce moyen ; non-senlement dans l'exécution des grands ouvrages , tels que le colosse de Rhodes , le cheval de Marc-Aurèle, etc. , mais pour tous ceux qu'on n'aurait pas pu faire commodéinent d'un seul jet. Aut»
COMMENTAIRE. So^
jours y nous vous promettons de nous rétracter et de faire hautement raveu de notre ignorance.
Puisque vous êtes sûr qu'o/i ne peut ; sans miracle , jeter en fonte un veau d*or de trois pieds seulement , en moins de six mois, vous ne risquez rien. Et quand vous courriez quelque ris-
?[ue , qu'est - ce que cent marcs d'or et cent mille irancs pour ub homme riche et philosophe ?
Acceptez donc la proposition , monsieur : ce n'est point acheter trop cher le tiiple plaisir de tous instruire f d'éclairer le public ^ et d!e nous confondre. Si vous la refiisez , nous aurons quelque lieu de vous croire passablement réfuté , et de nous regarder comme dispensés de vous répondre ^ quelque chose que vous disiez désormais sm* l'art de jeter en fonte»
Mais s'il est certain qu'on peut faire en moins d'un mois ^ de trois semaines , et même de huit jours , un veau d'or de trois pieds (i), à plus forte raison peut-on faire dans le même temps celui d'Aaron qui peut être n'avait pas trois pieds. Nous l'avons bien voulu supposer tel : mais , au vrai , l'écriture n'en détermine point la hauteur^ elû dit seulement qu'il devait être portatif, par conséquent qu'il ne pouvait être fort grand (2).
(i) Un veau d'or de trois pieds, Il-tst bon d'observer ici que , de tous les métaux , l'or est celui qui , noasealement se sonde le plus aîsëoieiit , mais se fond lé plus vite. C'est le premier qu'on a su travaîUei : l'argent vint ensuite , l'airain après : le fer fût le dernier. On croit que c'est ce qui a donné lieu aux poètes de désigner leurs ^quatre âges du monde par les noms de ces quatre métaux. Aut,
(2) lYe pouvait être fort grand. Les algies romaines qu'on portait à la tête des armées , et auxquelles on offrait des sacrifices , n'avaient pas trois pieds. Edit,
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