‹ Lettres de quelques juifs portugais: avec un petit commentaire, extrait d'un plus grand, à lChapitre 23 sur 39 · Tome L · texte numérisé non relu

Tome L

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§. VL De feu M. Rouelle , et du cas qiCilfai' sait de la chimie de M. de Voltaire.

A propos de votre chimie ^ nous avions cité' M. Rouelle , que votre académie des sciences a perdu depuis. Vous nous faites Thonneur de rapporter notre passage d'après l'e'dition de 1769 , chez Lan-' rent Prault j dites -vous , avec approbation et privilège du roi ( en effet nous n'in4>rimons rien sans approbation .... ) ; mais , en le rapportant , vous vous permettez deux petites infidélités.

Vous y ajoutes quelques mots que nous avions supprimés de cette édition y dans la crainte qu'ils ne vous déplussent y et vous en retranchez qaelqnes-«xprcssions flatteuses dont nous usions à yotre égard. C'est sans doute par modestie que vous faites l'on et l'autre !

Mais , de grâce y monsieur » quand vous nous citez , moins de modestie et plus de fidélité. Surtout, nous vous en supplions y ayez l'honnêteté de ne pas nous faire dire ce que nous n'avons point dit, et même tout le contraire de ce que nous avons dit.

Revenons k M. Rouelle.

Texte. « U y eut un M. Rouelle, savant chimiste, et apothicaire ae sa majesté , qui accompagna un garde du trésor royal en i^SS , à Colmar, où j'ai uo petit bien. Il venait faire l'essai d'une terre qu'an chimiste des Deux-Ponts changeait en salpêtre.... Je dis à M. Rouelle qu'il ne ferait point de salpêtre : il me demanda pourquoi : C'est lui dis -je , que je ne crois pas aux transmutateurs , qu'il n'y a point de transmutations , que Dieu a tout fait , et que les hommes ne peuvent qu'assembler et dé* suoir. »

CoMMETïT. Vous ovez uK petit bien à Colmar:

nous en sommes enchantés , monsieur y vous n'en aurez jamais ^lutant que nous vous en souhaitons.

COMSffilîTÀIÎlE. ^ 3i5

Nous apprenons que la bienfaisance et la générosité dirigent l'usage que yous en faites } nous saisissons l'occasion d'y applaudir en passant. Puissent tous les riches employer , comme tous y leur fortune à sou-^ lager l'inaigence , et à faire des heureux !

f^ous ne croyez point aux transmutaieurs ; vous ayez raison : bien des gens se sont repentis d'y avoir trop cru. On dépense avec eux beaucoup d'argent y et on n'est pas sûr de faire de l'or ; vous faites sagement de ne pas leui* confier le vôtre.

Au reste ^ nous doutons <que les transmutateurs se laissent ébranler par le petit raisonnement que vous leur opposez. En vous accordant que Dieu a tout fait y ils peuvent vous i^pondre que dans leurs transmutations us ne prétendent ni créer y ni faire y mais assembler et désunir 'y qu'aucun transmutatcur ne se propose de créer , de faire de la matière y mais de changer la configuration et l'arrangement de ses paities -y ce qui n'est pas la même chose.

Nous doutons encore que M. Rouelle y que vous appelez sai'ant chimiste y et qui l'est en effet y ait eu besoin dé vos leçons y et qu'il ait fallu que vous lui pouvassiez qu'*7 ne ferait point de sal»^ pétre.

Quoi qu'il en soit , le M. Rouelle que nous citions , n'est pas celui dont vous parlez ; c'était son frère aîné y M. Rouelle de 1 académie des sciences.

Texte, a J'ignore si M. Rouelle se miet en colère quand on n'est pas de son opinion. •

GoMMEUT. M. Rouelle aimait la chimie de passion et avec enthousiasme ; les mauvais raisonne* mens sur cette matière le mettaient y dit^on , dans des impatiences singulières y et quelquefois foit plaisantes.

C'était un petit défaut compensé par d'excellentes qualités. Il faut bien , monsieur y passer quelque

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chose aux graads hommes. C'est une de nos maximes : elle ne doit pas tous déplaire.

Lorsque pour l'impatienter 5 on lui opposait votre * autorité : a M. à€ Voltaire , répondait-u yiyemeDt ^ M. de Voltaire est un beau parleur ; mais , ayec tout son beau partage , il ne parle pas fort correctement quand il se mêle de* parler de chimie. » Ceux qui ont connu M. Rouelle le reconnaîtront à ces expressions : on le reconnaîtra encore mieux ^ si nous ajoutons qu'en prononçant ces mots , et ayant de les avoir finis , il s'était assis y levé ^ rassis quatre ou cinq fois , et que sa chaise avait autant de fois 'change déplace.

Au reste , M. Rouelle était un homme judicieux. 11 distinguait en vous , monsieur , le chimiste et le poète.' S'il n'adinirait pas l'un , il aimait beaucoup rautre.

Vous finissez en nous disant :

Texte. « Si M. Rouelle est fâché contre moi , si vous êtes taché, j'en suis fâché pour vous et pour lui : mais je ne crois point qu'il soit si colère que vous le dites. »

Comment. Si M. Rouelle est fâché contre moi y etc. M. Rouelle se fâchait quelquefois contre \yolre chimie j mais il n'était point fdché contre ihous y et le ton sur lequel nous vous répliquons, monsieur n'est pas , C.G nous semble , le ton de la fâcherie : ainsi ne soyez pas fdché.

Je ne crois pas qu'il soit si colère. Hélas ! monsieur , M. Rouelle est mort , c'est tout ce qui nous fdche \ laissons ses cendres en paix , et ne jetons que des fleurs sur son tombeau.

Nous remarquerons seulement que nos Lettres ont paru avant sa mort j et nous n'avons point apjffis •ju' elles lui aient dcplu.

Reprenons en peu de mots ce que nous venons de difé de votre chimie.

COMMÈNtAÏRE. 3i^

Vous aviez avance , monsieur , sans restriction , que la chimie la plus savante ne peut réduire l'or en poudre qu'on puisse avaler. Depuis nos Lettres vous vous êtes aperçu de la mëprise ; rien n'était si simple que d'en convenir. Après la gloire de ne pas se méprendre , la seule digue d'un grand homme est d'avouer qu'il s'est mépns.

Au lieu de faire un aveu honorable , vous aimez mieux soutenir une assertion fausse ^ et poiir la justifier vous la dénaturez , vous changez l'état de la question ^ vous nous faites dire ce que nous n'avons pas dit f etc. En vérité , monsieur , cette manière de vous défendre pourra bien ne paraître pas des plus victorieuses !

Ce n'est pas tout : vous nous querellez sur notre or réduit en poudrts qu'on peut avaler. En vain nous vous avions cité Sthal ^ Sénac , Le Fèvre^ les Mémoires de l'Académie des sciences^ et tous les chimistes 5 vous ne voulez reconnaître d'àu- Are or potable que celui des charlatans. Avions-nous tort de dire avec M. Rouelle que /a chimie n'est pas votre fort ?

lïon y monsieur y elle ne l'est pas y convenez -en. Vous étiez allé chercher des armes dans les laboratoires des chimistes y et vous vous êtes perdu dans les creusets et les matras.

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