IV.' EXTRAIT
D'Adam et de son histoire ^ de Noé et de ses
trois fils.
jAlDam et son histoii'e méritaient bien , monsieur ^ de trouver place dans vos ccrit^ philosopbico-^hëologico-critiques. Vous ayez été long -temps sans eu rien dire : tous tous êtes enfin aperçu de Tomis-^ sion y et tous l'aTez amplement réparée. Les pre-* miers parens du genre humaia occupent maintenant dans Tos ouTrages de longs et forts ingénieux articles.
Vous n'y adoptez point ,. on s'en doute bien j les idées Tulgaires. Vous en aTCz de singulières y de curieuses ^ et même ^ à ce que tous prétendez , de toutes neuTes, Nous nous proppsons d en faire ici la revue : ce ne sera pas tous désobliger sans doute ; et ce sera peut-être faire plaisir à quelques-uns de nos lecteurs.
§. I. Si Adam fut créé mâle et femelle.
C'est à cette sage question qu'est consacrée une
Krtie de l'article Adam , de la ^ Raison par Alpbat *. Pour appuyer la belle idée qu'Adam fut ci-éé mâle et femelle , tous ne citez ^ monsieur y ni tos anciens maîtres x}ui l'ont eue y ni les cbrétiena qui l'ont répétée d'après eux. Vous ne recourez ni à Platon , qui , dit-on , l'aTait prise en Egypte , ni à l'Edda ou théologie en Ters i/^s anciens peuples du Nord ^ où on la retrouTC , etc. Vous ne remontez
* Voyez Dictionn. philosophiq. tome icr , art. Adam , tome xxxTii des CBËnTrts.
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pas aussi haut y et vous n'allez pas ckerclier des suffrages si loin. A ces sayantes autorités tous en préférez une d'un autre genre y celle de Ia pieuse madame Bourignon^
Texte. « La pieuse madame Bourignon était sûre qu'Adam avait été créé hermaphrodite. » ( Raison par Alphabet *. )
Comment. Madame Bourignon y peu connue des Juifs ; était y dit-on y une illuminée : bel ornement pour yotre Raison y que les imaginations créai^s d'une visionnaire !
^ous l'avouons pourtant ^ vous ne vous donnez pas dans cet article comme adoptant l'idée de ma-* dame Bourignon : vous dites y au contraire :
Texte. « Dieu lui avait révélé un grand secret} mais comme je n'ai point eu les mêmes révélations y je n'en parlerai point. » {Ibid. )
CoMMEifT. Je n'en parlerai point* Si vous n'en parlez point ici y Vous ne tarderez point à le faire ailleurs. Bientôt y sous la fourrure du licencié Za» pata y vous allez l'avancer comme un fait attesté dans nos écritures. Parmi cette foule de questions que ]vous proposez à vos maîtres pour les embarrasser , vous leur demandez d'un ton moqueur :
Texte. « Comment est-il dit d'Adam , que Dieu le créa mâle et femelle? » ( Questions de Zapata **,)
Commeiït. Comment est-il dit , etc. Vous le voyez y monsieur ^ voilà l'opinion de l'illuminée madame Bourignon devenue la votre. Vous supposez, comme elle y qu'Adam fut créé hermaphrodite : toute la différence y c'est que madame Bourignon se fondait sur des révélations y et que vous vous appuyez sur l'écriture .
Mais l'écriture , monsieur le licencié , dit-elle ce que vous lui faites dire ? Son , monsieur j l'écri-
* Voyez la note page 33 1.
«^ Voyez Philosophie i tome il f Qoestiona de Zapata , p. 4o3 I tome xxxiii dc« (EaTrea,
tare ne dit nulle part et Adam » que Dieu le créa mâle et femme : elle ne le dit ni dans le texte , m dans aucune version^
Le texte porte : Et Dieu dit : Faisons Adam à notre image et à notre ressemblance , afin qu*iLS PRÉSIDENT oux poissons de la mer} aux oiseaux du ciel ^ et aux bêtes de la terre,' Et Dieu créa Ha*adam / et il le créa à l'image de Dieu , et il les créa mâle et femelle. Mais dans ce passage , comme en yingt autres y monsieur le futur docteur en théologie y le mot Adam ; Ha-adam n'est pas un nom propre , un nom personnel y restreint uniquement au premier père du genre humain ) c'est un nom commun aux deux sei&s y et qui y dans Fhëbreu y comme le mot homo dans le latin ^ et le mot homme dans le français y comprend l'homme et la femme. Le sens est donc y non pas que Dieu créa le père du genre humain maie et femelle y mais qu'il créa les deux individus appelés hommes y Ha-adam ; qu'il les créa tous deux à son image -y e;t qu'il les créa l'un mâle et l'autre femelle.
Et la preuve que les deux auteurs de la race humaine sont compris sous le mot Adam -y Ha-adam
( l'homme) y ce sont d'ahord ces mots y afin qu'ils président -'*'' ~i..-;-i »
ué
avoir dit que Dieu créa l'homme ( Ha-adam ) image y ajoute y non pas comme vous le dites y quHl LE créa , mais qvLiL les créa mâle et femelle , et il LES bénit y poursuit - elle y et il leur dit : Croissez et multipliez» Pouvait-elle marquer plus clairement deux individus séparés l'un de l'autre ?
Où avez-vous donc pris y M. le bachelier ^ qu'i7 est dit d* Adam que Dieu le créa mâle et fe^ melle X Ce n'est pas dans le texte ^ comme vous voyez 'y ce n'est pas non plus dans les anciennes versions; pas même dans la Vulgate ; car la vulgate^
très- exacte^ en cet endroit ^ et tris* conforme an texte original ^ porte que « Dieu cséa Phomme à son image , et qu'il L£s créa mâle et femelle* JUaS' culum et feminam creavit eos : traduction tout autrement ûdèle que celle de votre fameuse Bible enfin expliquée., où vous dites :
TexiIe. tt Dieu fit l'homme à son image ^ et il le fit mâle et femelle. » ( Bible enfin expliquée. * )
G>MifE5T, Et il LE fit mâle et femelle • Cet
U LE fit y monsieur , peut être élégant , mais it est équiToque j et pourrait donner Ueu de croire qu'en effet Adam fut créé mâle et femelle. Vous auriez évité cette ambiguïté en traduisant plus littéralement y et conservant comme la Vulgate , le pluriel du texte , bara otham j il les fit, Âj^iaremmeot vous n'aviez pas alors le texte sous les yeux ^ vous ne l'y aviez pas non plus quand vous disiez :
Texte, t C'est ici la première fois qu'Adam est nommé dans la Genèse. ^ )
Commeut. La première fois , etc. Permetteznous de vous dire , monsieur y que vous vous trompez un peu. D'ad)ord y ce verset n'est pas le
Sremier où se trouve le mot Adam : on le lit d^à ans le verset précédent. Secondement y ni dans l'un ni dans l'autre ce mot n'est le nom propre d'Adam. C'est ici un nom commun y qui signifie rhofth me en général : ce n'est que dans la suite que ce mot devient le nom propre du premier homme.
Adam n'est donc pas nommé ici -y et faute , ou d'avoir daigné ou d'avoir pu recourir au texte , vous donnez dans une double méprise.
En vérité j monsieur le licencié , on serait tenté de Croire que la langue hébraïque et le texte hébrea
^ f^oy, Philo«oph. , tome m , Bible enfin expliquée, page 7 » tome xxxir dea (Eurrea.
*♦ f^oy. Dictîonn. phîloaophiqae , tome iv , art. Gcnàae , page 4^7 i tome XL , ibid.
ne vous sont pas fort connus. Il conviendrait pourtant , ce nous semble y qu'un critiijue j un profond théologien ^ qui prétend faire rougir sts maîtres de leur Ignorance ^ sût du moins assez d'hébreu nour pouvoir , au besoin , consulter le texte. Un peu d hébreu y monsieur le bachelier , un peu d'hébreu : sans cela f au lieu d'embarrasser ses maîtres ^ on les faire rire.
Demandez-leur encore comment il est dit d'/i-^ dam que Dieu le créa mâle et femelle ? Vous voyez ce qu'ils peuvent vous répondre.
Assurément j monsieur le bachelier ^ si vous croyez que de pareilles questions doivent être fort embarrassantes pour les docteurs de Salamanque^ vous faites bien peu de cas des docteurs de Salamanque.
§• II. Formation de la femme. Si ce récit est déplacé 'f et d'où serait venu ce déplace^ ment.
Vous quittez les bancs et la fourrure^ monsieur, vous devenez , de licencié ^ V honnête homme disputant contre un de ces gredins (i) qu'on nommé caloyers *. Vous voulez qu'il vous explique com«* ment la femme étant créée dans le premier chapitre de la Genèse y Dieu ^ dans le second ^ la tire d'une des côtes d'Adam. Vous Ini dites ^ avec votre ton ordinaire d'assurance et de raillerie :
Dieu ensuite
Comment Avec un peu de surprise \ etc. Nous
(i) Un de ces gredins. Expression donce , honoéte, toot à-fait phiiosophiqae. Aut,
* Vey. Dialogae entre an caloyer et un homme de bien , pag. i46 tome xxxvi des ŒEttyres.
conyenons , monsieur^ que divers sayans en ont été; comme tous , un peu surpris» Ib ont cherché la cause du désordre qu'ils croyaient voir dans cette narration ^ et considérant de ^elle i^anière l'auteur de la Genèse raconte certams traits d'histoire ; combien son récit est clair ^ précis, rapide, ils n'ont pu se persuader que ce dérangement dût lui être imputé.
lies uns l'ont attribué aux mémoires qu'il suirait, disent-ils , dans le commencement de la Genèse , et que , pour des raisons qu'il n'est pas étonnant que nous ignorions après tant de siècles , il aima mieux joindre les uns aux autres , que de les refondre^ Telle était l'o{»nion du célèbre Astruc , et cette opinion n'est pas sans quelque Trabemblance (i).
D'autres ont ciu que ce désordre vient du dépla-
aperçus de ce dérangement. C'était le sentsn^ent luchard Simon et de l'abbé de Villefroy -, sentiment soutenu après lui par les savans caloyers , ses élèves (2). Nous vous renvoyons à leur ouvrage, monsieur 5 vous y verrez quelle harmonie et queUe liaison résultent de la manière dont ils prétendent ré* parer ces transpositions.
D'autres ennn , et c'est le plus grand nombre , moins difficiles que les critiques précédons , pensent que ce désordre n'est pas aussi réel , ou dn
(4) Sans quelque vraisemblance. On ne peut donteri ce nous semble , que Moïse n'ait écrit sur des mémoi- Tes faits avant loi. De simples traditions orales n'aa* raient pu conserver tant de noms propres , tant de nomi de peuples , de villes , de lieux diffe'reos , tant d'époques f de dates , de nombres , etc. Aut,
(s) Ses élèves. Les PP. capucins hëbraïsans de la rue Saint-Honoré. Voyez leurs principes discutés. Cltrét,
moios
moins aussi choquant qu'on l'imagine. Qui ne sait eift effet qu'en écrivant l'histoire , on est quelquefois dans le cas d'annoncer d'abord en gros un fait qu'on reprend ensuite pour le raconter plus en détail 7 On en trouve cent exemples dans les historiens sacrés et profanes les plus estimés. C'est , disent-ils ^ ce que fait ici Moïse : après avoir rapporté brièvement la création de l'homme et de la femme dans l'ouvrage des six jours , il revient sur ce fait intéressant y il le détaille , il en décrit les circonstances : comment l'homme avait été formé de la terre ^ comiEi£pt il avait reçu l'ame et la vie ^ comment la femme avait été formée d'une partie du corps de l'homme , etc.
Après tout f monsieur ^ quand il y aurait quelque désordre réel dans cette narration , ce qui peut être ; quand on serait sûr , ce qui n'est pas , que ce désordre viendrait de l'auteur même de la Genèse^ qu'en pourrait- on conclure ! tout au plus que l'écrivain sacré n'aurait pas lié et arrangé les iaits avec autant d'art et de méthode que l'historien de Char-
perfectionné , il n'j aurait rien là de fort surprenant. Eh 1 qu'importe , monsieur , ces minutieuseé critiques à l'authenticité et à la véracité des écriii de Moïse , a la sublimité de sa doctrine ^ à la pureté de sa morale ? L'honnête homme qui aime la vérité , qui la cherche , qui désire sincèrement
de la reconnaître y refusera-t-il de l'embrasser , parcfe
Iu'elle lui es* -"'^— ♦-« «-— — — '-- ^' « méthode î
au' elle lui est présentée avec un peu moins d'art et