XXX PRÉFACE
après avoir donné à la politesse au-delà de ce qa elle pouvait exiger , on leur permettra de donner quelque chose à leur zèle et à leur juste vénération pour les livres saints , qu ils défendent si avantageusement. »
L'écrivain finit par préférer , au ton qu'ont pris nos Juifs , la louche J'er/ne et vigoureuse du Supplément à la philosophie , « Ouvrage accablant contre M. de Voltaire , qui la bien senti , puisqu'il y a opposé une ré-' ponsc pleine d'injures atroces. »
Kous souscrivons avec plaisir aux éloges que récrivain donne au Supplément. L'ouvrage^ été utile à nos auteurs ; ils se font un devoir de le reconnaître ; et ils regardent depuis long-temps la manière dont M. de Voltaire y a répondu comme une des plus grandes injustices dont cet homme célèbre s'est rendu coupable.
Quant au reproche que l'écrivain périodiste fait a nos Juifs , ou plutôt au conseil qu'il leur donne , il est accompagné dotant de politesse et d'honnêtelé , que , loin de s en plaindre , ils ne doivent que l'en remercier. Son zèle est louable , et ses raisons , qui ne seront probablement pas goûtées de M. de Voltaire et de ses partisans , ne manquent ni de justesse , ni de solidité.
Mais nous le prions de considérer que , s'il est permis , s'il est aisé à des chrétiens de s'abandonner à l'ardeur de leur zèle , des Juifs opprimés , proscrits , livrés au mépris et à la haine des peuples , ne sauraient être trop circonspects, Leur convenait-il d'irriter
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contre leur malheureuse nation un ennemi que le crédit et les talens rendent si redoutable ? Déjà même , malgré cette honnêteté , cette politell^ et tous ces éloges qu on leur a reprochés comme excessifs et fastidieux , M. de Voltaire s'emporte , et ses partisans murmurent : qu'eût-ce été , si nos Juifs avaient eu moins de modération ?
Sans doute il est des faussetés quil faut repousser avec force : M. de Voltaire n'en disconviendra pas j il le dit lui-même. Mais , en écrivant , cnacun doit consulter son goût et sa tournure d'esprit. Peut-être ce ton de véhémence auquel on exhorte nos auteur»
était-il au-dessus de leurs forces , comme il est opposé à leur caractère et à leur façon dépenser. La critique la plus douce paraît toujours si amère ! il est si dur d'être oblieé de dire à quelqu'un qu'il a tort et mille fois tort , de le lui prouver , de le convaincre , au point qu'il ne puisse se le dissimuler à lui-même ! qu est-il besoin d'ajouter la vivacité à la démonstration ? Le ton de véhémence n'est, pas celui qui mène le plus directement au succès ; on donne volontiers sa confiance à l'écrivain impartial qui ne montre ni passion ni humeur -, on se met en garde contre celui qui s'échauffe.
El c'est peut-être autant à leurs déclamations indécentes et à leur style fougueux , qu'à l'absurdité de leurs systèmes , que nos
f prétendus sages doivent le décri général où eurs écrits commencent à tomber. Laissonsleur l'emportement et les injures , ce sont
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les raisons de ceux qui ont tort : les défenseurs de la vérité doivent être calmes comme elle. Enfin , pourquoi s'erapqrterait-on si fort contre M. de Voltaire , ^u contre la petite troupe qui combat sous ses drapeaux , Une demi douzaine de grands enfans ont formé le projet de renverser un édifice religieux y que , depuis quatre mille ans , les injures du temps et les efforts des hommes n'ont pu ébranler. Les pierres dont il est Mti , la solidité d^ leur assiette , le ciment indestructible qui les lie , tout lui promet une éternelle durée. Et ces enfans s'imaginent qu'ils vont l'abattre avec des boules de neige. Encore comment s'y prennent-ils ?
L'édifice est à droite , et se dressant sur leurs pieds , ils lancent d'un air nienaçant leurs boules de neige à gauche. La plupart leur retombent sur la tête , et tout le Iruit qu'ils tirent de leurs efforts , c'est de s'éclabousser les uns les autres. En vérité il y a là plus à rire qu'à s indigner.
La contrariété des reproches faits à nos auteurs prouve bien qu'il est difficile de contenter tous les lecteurs ; l'un aime l'amer , l'autre aime le doux : comment satisfaire des goûts si opposés (i)?Noùs nous rappelons ces convives d'Horace , qu'on ne
( i) Si opposes. Pendant V impression , on nous a adressé deux petits traités manuscrits anonymes , en nous exhortant à les joindre aux Lettres , etc, Uun est intitulé : Apologie pour les Juifs portugais et allemands , oii , par la comparaison de ce qu*ont écrit contre M* de P^oltaire des chrétiens français , anglais , genevois , ctc , on
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sait cominciit servir. Quiddem ? Qu'id non dem P reunis tu quodjubet aller , etc.
Un écrivain qui na ni le style ni lu po-.
litesse du précédent , vient encore de renouveler ce dernier reproche. Que prétend ce censeur ? Voudrait-il que nos juifs eussent dit aussi à M- de Voltaire et aux philosophes , qu ils sont des frelons , des guê^ pes y et même des mouches cantharides ?
Nos auteurs n ont point ce ton ; mais ils ne condamnent personne , ne jalousent personne \ ne se mettent au-dessus de personne.
Ils savent que la modestie , qui orne le»
grands talens , est nécessaire a qui vlç\\ a
Se de médiocres. Leurs vœux les plus ers seront accomplis , quand tous ceux qui courent la même carrière qu'eux auront plus de succès et feront pl^js de fruit qu'eux.
prouve que les Juifs portugais et allemands ont été les
plus msdérés de ses adversaires^ L'autre a pour titre :
l'Art de réfuter poliment , tiré des écrits de M. de Voltaire* IjCS auteurs peuvent les publier , s* ils le jugent à
propos m Pour nous , nous déclarons que nous n'en ferons point usage 1 Nos Juifs nous en sauraient certainement trjbs' mauvais gré : ils estiment , ils aiment l* illustre écrivqin qu'Us combattent ; leur objet , non plus que le
nôtre , n'est pas de le cliagriner , mais de le ramener , s'il est possible f à des sentimens plus vrais» Editeurs.
xxxiv AVIS DE L ÉDITEUR.
Ordre dans lequel sont placées les matières dans cette nouvelle édition.