LETTRE PREMIÈRE
J?e M. Guasco ^ Juif Portugais de Londres , à M. Sweei-mind . chanoine de TVinchester.
Occasion et sujet des lettres , etc, de quelques
Juifs Portugais.
V ous desirez , monsieur , savoir ce qui a donne naissance aux Lettres et aux Réflexions suivantes , il est juste de vous satisfaire.
(i) Septième tome C'est le cinquième de rédition faite à Genève en 17 56. Edit,
* Voyez Dictionnaire philosophiqne , tome ▼ , art« Juifs , i.re section « tome xli des ^.urres.
Nota, Pour faciliter la recherche des passages de M, de Voltaire , cités dans l'ouvrage de M. Guénée , et rendre notre travail utile a un plus grand nombre de personnes, nous avons cro devoir préljérer l'édition faii-e à Kell ; en
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L'intérêt divise quehjtkefois ceux même que le sang , la religion et les mali^eues communs devraient unir. Il survint 9 il y a bpitVu dix ans ; un différend entre les Juifs portugais^ âiblis à Bordeaux , et quelqtes Juifs d'autres ns^iiins: Ceux-ci prétendaient faire corps avec les portu^s. , et partager avec eux les privilèges dont ils jouis»çnt.âans cette ville depuis plus de deux siècles. /•'!*•
Dans cess'wconstances , les portugais recoururent à l'auteur (i) ^ et le prièrent de joindre ses sollicitations à ce-^es de leur agent à Paris (3) : il le fit avec zèle i il écrivit à M. le maréchal duc de R. , et il en reçu\ xai réponse aussi flatteuse pour lui quejsatisfaisaste pour la nation portugaise (3).
Ce ne fut pas la seule obligation que les Portugais Inr eurent. Cette contestation ayant donné lieu de réflécliirsur les préjugés désavantageux et injustes qu'p^ a contre lès Juifs en général , et sur l'ignorance où
70 volumes in-8'' , par lei soins de M. de Beaumarchais , comme étant dans on ordre adopté pour toutes celles qui ont été imprimées depuis. Nous prévenons donc que c'est ^ cette édition que nous renverrons ; néanmoins nous avons conservé scrupuleusement tous les ronvois de l'auteur à rédition de Genève.
Toutes nos nouvelles notes sont marquées d'un astérisque.
(i) A. l'auteur. Les Réflexions critiques , et les Lettres qui y sont relatives , ont pour auteur M. Pinto , Juif portugais , très -estimé pour sa politesse et Bes talens. On a de lui un Essai sur le luxe , imprimé à Yverdun en 1764 , un Traité sur le commerce , etc. Edit.
{2) De leur agent à Paris, Cet agent est M. Pereire , connu par l'art de faire parler les sourds et muets de naissance. Edit,
(3) La natioa portugaise. On nomme ainsi les Jnifii pdrtngais et espagnols : ils sont établis en France etyloais* sent y depuis 1 55o t des mêmes privilèges que les autres sujets du roi , en vertu de lettres -patentes renonv<)iées de règne en règne, Aut»
Ton est communément, eu France , de la distinction qu'on doit mettre entre les Juifs portugais et espagnols , et ceux des autres nations , on crut qu'il était nécessaire que quelqu'un se chargeât d'écrire une courte apologie des Juifs en général , et d'y faire sentir la différence qu'il y a entre les uns et les autres. On y engagea l'auteur , et il y consentit.
Le premier chapitre du septième tome des œuvres dç M. de Voltaire était ce qu'il y avait de plus fort à leur désavantage. Le poids que cet illustre écrivain donne par son autorité à ces préjugés , était capable d'écraser cette nation (i) , en fournissant, dans la suite , des aimes à la calomnie. Persuadé que ce n'a jamais été ni pu être l'intention de M. de Voltaire , et que ce grand homme verrait lui-même arec plaisir qu'on prévînt des maux qu'il n'avait pas prévus , ou auxquels il n'avait pas fait assez d'attention , l'auteur
est le sujet des lettres , etc. , que vous voulez relire. Ces connaissances préliminaires pourront servir , en effet , comme vous l'avez pensé , à répandre quelques lumières sur les Réflexions critiques. On comprendra mieux par quels motifs , dans une apologie de la nation juive , on élève si fort les Juifs portugais et espagnols au-dessus des Juifs allemands et polonais.
Nous souhaitons beaucoup que tous les chrétiens lisent cet écrit avec les sentimens de modération et d'impartiahté que nous vous connaissons : ils pourront y prendre des idées moins défavorables de la nation juive j où s'ils nous condamnent , ils le feront sans nous haïr. Que le philosophisme déclame 5 que ^ous le masque de la tolérance et de l'humanité , il
(1) D* écraser] cette na^zo/i. Est-ce sérieusement qu'on craint que les écrits de M. de Voltaire n'écrasent la nation juive ! De raines déclamation» opéreraient- elles ce que tant de siècles d'oppression n'ont pu opérer } Edit,
insulte et calomnie un peuple malheureux f le chré* tien ne doit connoitre ni l'emportctnent ni la haine. *Ifous sommes ; avec respect ^ etc.
LETTRE IL (i)
De l'auteur des Réflexions critiques à Af. Per , agent de la nation portugaise de Bordeaux ^ en les lui enyoj'ant,
JUa lettre qu'à votre considération , monsieur , j'ai écrite à M. le maréchal duc de.... eu faveur de la nation portugaise établie à Bordeaux , m'attire de voti'e part des remercîmens et des éloges que j'aurais à peine mérités ^ quand je me serais acquitté de tout ce que TOUS et cette nation avez lieu d'attendre de mon zèle pour ses intérêts. Ils doivent m' être chers à plus d'un titre , tant par l'origine commune de nos ai^cêttes , qui ont habile plusieurs siècles en Espagne et en Portugal , que par les sentimens qui m'attachent à notre plus ancieune patrie , et à cette antique religion {i) y mèi'c de toutes les autres j et aussi universellement qu'injustement méprisée par ceux qui lui doivent du respect et de la vénération. Les services signalés que j'ai eu le bonheur de rendre à la nation portugaise établie à Amsterdam y et dont j'espère qu'elle jouira lqng-temj)S , ne sont qu'un motif de plus pour m'engager à donner à mes frères , établis ailleurs , les preuves de bonne volonté qu'ils ont droit d'attendre de çQoi : mais je regrette que vous
(i) Cette lettre et les Réflexions suivantes ont «té imprimées à Amsterdam en 176a. Edit,
(2) Cette antique religion* Les chrétiens , qui regardent le culte juif actuel comme superstitieux et vain , respectent sincèrement l'ancienne religion juive, mère de la leur : il n'y a parmi eux que les athées et les déistes qui la méprisent^ Ghrét.
m'ayez employé dans deux occasions où il parait que les intérêts de nos portugais se croisent pour ainsi dire ayee ceux des Juifs des autres nations : mon cœur en souffre , et je vois c[ue le vôtre n'en est pas moins touché ^ quoique la raison et la saine politique autorisaient vos démarches. Galigula souhaitait que le peuple romain n'eût qu'une tête , pour avoir le l)aii)are plaisir de l'abattre d'un seul coup. Que ne faisait-il le même souhait pour que le bonheur d'un seul devînt celui de tout un peuple l Tel serait notre voeu si la chose était possible. Le bonheur que nous ac-" quérons aux dépens d' autrui est un malheur déguisé ; c'est un poison qui n'est un remède que pour les malades y mais malheureusenient on est souvent réduit à l'empirisme , en politique comme en médecine. Il paraît que c'est un malheur attaché à l'humanité ^ au moins depuis qu'on s'est partagé en plusieurs corps de société séparés et distincts ^ que tes intérêts des uns soient souvent opposés aux intérêts des autres. I^ous devons donc défendre les droits des portugais , quand ib seraient préjudiciables aux allemands et aux avignonais ^ et en même temps que nous souhaitons ) vous et moi y leur faire oublier , s'il était possible ,par les plus grands services , les petits désagrémens que la défense légitime et nécessau-e des privilèges des portugais nous a forcé de leur occ asionner , en distinguant quelquefois notre cause de la leur.
Je vous envoie ^ monsieur y mes Réflexions sur ce que M. de Voltaire a écrit contre les Juifs. Vous en trouverez qui demanderaient une plus longue discussion pour être mises dans tout leur jour : mais comme mon intention n'est point de m' attaquer à M. de Voltaire , je me borne k présenter k cet illustre auteur de nouveaux matériaux , que personne ne peut mieux mettre en oeuvre que lui ; et que son amour pour la
4o LETTRES
vérité le pressera d'employer dans une nouvelle édition (i).
Vous savez , monsieur , que je suis son plus grand admirateur : je croirais avoir un reproche à me faire (a) s'il y avait quelqu'un en Europe qui eût plus lu , plus étudié que moi ses ouvrages , que je regarde comme une bibliothèque encyclopédique (3) j je lui rends dès aujourd'hui , parmi mes concitoyens , la justice complète que la postérité lui rendra un jour. Odere incolumen (4) po^^ genitis carum. Son intention ne peut être de donner cours à la calomnie : il terrassera ce monstre dès qu'il le connaîtra. Je suis persuadé que mes Réflexions , s'il daigne les lire , ne lui déplairont point j et loin qu'il m'en, sache mauvais gré , je me flatte qu'elles m'attireront son estime. Vous connaissez celle que j'ai pour vous , et que je suis et serai sans fin et sans fard ^ etc.
(i) Nouvelle édition, C^tte DOuvelle édition se préparé : c'est pour M. de Voltaire nne belle occasion de remplir «es engagemens , et de rendre gloire à la vérité quHl aime» Edit.
(2) Un reproche à me faire , etc. Comment M. de Voltaire peut-il haïr si violemment un peuple parmi lequel il a des partisans si zélés l Clirét
(3) Bibliotlihque encyclopédique. Nous ne savons si cet éloge est digne de M, de Voltaire : jusqu'ici il n'a été donné à personne de parler de tout , et d'en parler bien. La sphère de l'esprft humain a des bornes ; au-delà de ces limites ; il perd toujours en profondeur ce <fu*il g-agne en superficie, Edit.
(4) Odere incolumen , etc. Nous ignorons si M. de Voltaire a des ennemis ; mais nous sentons qu'on peut le réfuter sans le haïr , et même en l'admirant. La postérité chérira sans doute une partie de ses onvrages ; nous souhaitons bien sincèrement qu'elle n'ait aucun reproche à lui faire but l'autre. Edit,